Carnet de voyage

Sur la route du Portugal

12 étapes
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Un beau périple au Portugal, en fourgon aménagé, de la Costa verde au nord du pays, en passant par le centre et en longeant la côte atlantique jusqu'en Algarve, pour terminer par l'Alentejo.
Du 13 avril au 8 mai 2022
26 jours
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Une pluie fine mais tenace nous accompagne, au moment de franchir la frontière espagnole. Hier, nous avons fait halte au pays basque français, dans le charmant petit village de Sare.Sa place centrale s'allonge sur un fronton de jeu de pelote, qui semble avoir traversé les ans, et résonne encore de cris et de bravos. A l'opposé, un étal propose les fameux gâteaux basques, fourrés à la confiture de cerises noires ou à la crème pâtissière. Partout, des maisons aux volets rouge basque, offrent une belle uniformité de couleur sans tomber dans la monotonie. Les indications, devantures, annonces... sont en deux langues, le français et le basque, où plutôt, le basque et le français. L'identité basque est ici bien présente.

Le village de Sare, plus beau village de France 

Après une nuit paisible, nous prenons la route direction Bilbao, capitale du pays basque espagnol. La route est agréable, serpente entre des valons coiffés d'herbes grasses et vertes, où moutons et vaches paissent en toute sérénité. Nous traversons des villages qui s'éveillent peu à peu en ce tout début de matinée, et jour férié en Espagne.

Après deux heures de route, nous voici arrivés à Bilbao. Le fourgon trouve sa place dans l'unique aire de la ville, installée sur la colline surplombant la cité, et offrant un magnifique panorama.

Bilbao, au premier plan, le stade San Mamés 

Il est midi, nous prenons place dans le bus pour rejoindre le centre ville, qui s'avère calme en ce jour de repos religieux. Bilbao est une ville étonnante. Volontairement tournée vers le modernisme avec ses hautes tours de verre et d'acier, ses quartiers aux formes futuristes nés de l'imagination d'architectes visionnaires, elle conserve en son centre Casco viejo, de sublimes maisons traditionnelles aux avancées de bois, et des places entourées d'arcades, bruyantes et animées.

Le long de la ria 
Balade dans les différents quartier de la vieille ville 

C'est d'ailleurs place Santiago, que nous allons pouvoir déguster les traditionnels pintxos (tapas basques). A cette heure-là, pas facile de trouver une place dans les bars à tapas qui entourent la place. Là, petites tables rondes autour desquelles se pressent des bandes de jeunes hilares. Ici, un demi-tonneau accroché au mur, ou bien juste une petite planche, servent de reposoirs à quelques verres et une assiette de pintxos, que dégustent des couples en pleine discussion. Nous trouvons notre bonheur dans un coin de salle de la Taberna Itvrriza , devant un assortiment de pintxos fait de charcuteries, croquetas, tortillas, langoustines panées, scipions, légumes grillées...un délice ! Un verre de vin blanc pour agrémenter le tout, dans une ambiance joyeuse de fin de semaine. La promiscuité du lieu n'empêche pas les sourires, la politesse, les regards bienveillants, le bon vivre ensemble. Les gens de tous âges sont là pour partager un agréable moment, profiter de l'instant, et on se laisse agréablement porté.

Dégustation des pintxos

Après cette halte incontournable à Bilbao, nous poursuivons notre tour de ville au sein du vieux quartier. Il faut regarder derrière une porte entr'ouverte, lever les yeux sur les façades pour découvrir des détails architecturaux qui font la beauté du Casco viejo.

Pour mieux découvrir la ville, nous embarquons pour une courte balade en bateau sur la ria Nervion , qui serpente au cœur de la cité. Ainsi, nous découvrons avec le bon recul, les belles et hautes façades qui ornent les quais, et notamment l'impressionnante construction du musée Guggenheim, à l'entrée défendue par une araignée d'acier gigantesque. Le musée est le seul bâtiment dont la façade est faite de titane.

Bilbao, vue de bateau 
Musée Guggenheim 

Depuis quelques heures, le soleil nous accompagne dans notre promenade. Nous quittons le pont de notre bateau, pour nous rendre au musée, et pénétrer l'antre de ce bâtiment, voué essentiellement à l'art contemporain. Des expositions permanentes des plus grands peintres et sculpteurs d'art contemporain, jouxtent d'autres, temporaires, comme celle des œuvres de Debuffet que nous admirons, pour ses couleurs crues, et ses formes délirantes. Le musée offre une véritable promenade, dans un cadre étonnant, futuriste, fait de passerelles qui se croisent, se superposent, donnant une sensation de labyrinthe organisé. Les galeries se succèdent. Modigliani, Chaggall, Andy Warhol, Marie Laurencin...les œuvres défilent jusqu'à rejoindre une enfilade où prône une collection étonnante de voitures de tous les âges. Preuve, s'il en fallait une, de l'éclectisme des collections et des inspirations du musée.

Musée Guggenheim 
Le musée Guggenheim 

En sortant du bâtiment, nous sommes surpris par un ciel bleu, où brille un soleil encore chaud. Les rues sont envahies par les groupes de promeneurs. Semaine sainte oblige, nous croisons une procession de pénitents noirs, alors que sur les berges la musique électro résonne de ses cadences répétées à l'infini. Le jour s'étiole peu à peu, alors que notre bus 58 nous ramène au fourgon.

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Nous voici enfin parvenus sur le parvis de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, après… dix minutes de marche. En bon pèlerins des temps modernes, c'est avec notre fourgon que nous arrivons au bout du chemin. Nous élisons domicile au cœur du campus de l'université, déserté en ces temps de fêtes religieuses. Il y règne une tranquillité absolue.

Nous étions partis de Bilbao vers les dix heures, alors que la ville ne parvenait pas à se débarrasser de sa pesante couverture de brume. Nous avions choisi de rejoindre Saint-Jacques-de-Compostelle directement, en effleurant Santander et Gijon, et en suivant le tracé de l'autoroute (gratuit), qui traverse la Cantabrie et les Asturies. Le trajet demeure agréable, longeant la côte, surplombant petits villages de pêcheurs, criques romantiques et plages.

Cinq heures plus tard, au milieu de l'après-midi, nous voici arrivés à Saint-Jacques-de-Compostelle. Il fait une chaleur presque estivale, et nous nous hâtons de rejoindre le cœur de ville en cette fin d'après-midi. Nous débouchons sur un parc arboré, agrémenté de fontaines, coloré du rouge des fleurs des camélias qui inondent le sol de leurs pétales. Le marchand de glaces n'y tient pas. La file d’attente se forme pour déguster les délices glacés, tandis que les enfants, impatients, s'accrochent au bras de leurs parents. Des ballons de toutes les couleurs s'envolent dans le ciel bleu azur, et au loin une mélodie joyeuse s'échappent des petites rues environnantes. Il y a foule. Nous sommes le samedi de Pâques. Le printemps semble s'installer avec autorité.

Nous traversons la foule compacte par une étroite rue animée. Déjà les bars et restaurants arborent tapas et pintxos, annonciateurs d'une agréable soirée. Au bout de la ruelle, la cathédrale s'impose à nos yeux. Nous en faisons le tour, et admirons les places qui l'entourent, rivalisant de beauté dans les détails architecturaux, jusqu'à arriver à la monumentale place de l'Obradoiro, envahie de touristes, pèlerins, curieux et dévots. Le lieu est impressionnant, empreint d'un réel magnétisme. Aux quatre coins de la place, surgissent des pèlerins, bâtons en mains, chaussures de marche aux pieds, et grand sourire aux lèvres. La cathédrale semble avaler leur fatigue, pour leur restituer la joie d'être là. Intimement, chacun d'entre eux sait pourquoi il s'y trouve. Cette certitude est sans doute la raison de tous ces sourires apaisés.

Santiago do Compostela 
 Cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle 

Nous nous perdons dans les ruelles adjacentes pour admirer la vieille ville. La lumière du jour s'épuise alors que nous trouvons un coin de table pour déguster pintxos et chocolat au churros.

Dehors, les gens prennent place sur les trottoirs, sous les arcades, aux terrasses des bars et restaurants. La procession de Pâques ne devrait plus tarder. A l'angle d'une rue, des tambours résonnent. D'impressionnants personnages aux cagoules noires et pointues se préparent, piétinent, s'impatientent, comme avant un combat. La foule trépigne, s'excite. La nuit gagne sa lutte sur la lumière. Soudainement la musique se fait plus forte. Les cuivres se joignent aux tambours, des voix s'élèvent. Le cortège se met en branle. Les hommes cagoulés ouvrent la procession, précédant un personnage portant avec peine une longue croix et chaînes aux pieds, suivi d'un bataillon de militaires musiciens et chanteurs. De jeunes enfants, eux-mêmes encagoulés, soutiennent une lourde croix. La foule est muette. Un char soutenant une scène biblique précède un groupe de femmes, toutes de noir vêtues.

Procession du samedi Saint 

Au passage du cortège, certains curieux se signent, d'autres agitent leurs portables, et d'autres dégustent leur dessert en appréciant l'animation de cette petite ville. La ferveur religieuse est bien présente, mais peut-être noyée dans une tradition à la récupération mercantile. Il fait maintenant nuit noire. La procession s'éloigne dans les quartiers bas.Nous retrouvons la quiétude du quartier étudiant pour une bonne nuit réparatrice.Demain, nous entrons au Portugal.

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La nuit fût douce et tranquille. Nous laissons derrière nous Saint-Jacques-de-Compostelle, direction la ville de Braga au Portugal. Le trajet est sensé durer deux heures trente, sans étape. Nous avons cependant prévu de nous arrêter en cours de route au village de Caminha, pour une petite pause.

La place de Caminha 
Caminha 
L'église et la forteresse 

Jolie petite cité de caractère, Caminha bénéficie de petites fortifications à la Vauban, due à sa position frontalière surveillant l'entrée du Rio Minho sur l'océan atlantique. Il fait bon se balader dans les petites rues encadrées de maisons traditionnelles aux façades colorées, faites d'étonnants azulejos. Sur la grand place, les terrasses des bistrots sont envahies par les familles venues fêter Pâques. Pantalons à pinces, chemises blanches et vestes, parfois cravates pour les hommes... Tailleurs élégants, chaussures à talons pour les dames... Tout le monde est sur son trente et un, à la sortie de la messe, pour s'en aller acheter les gâteaux du repas de Pâques, ou prendre place avec fierté à la terrasse du restaurant. L'ambiance est franchement familiale, gentiment désuète.

Les façades aux azulejos  
Vue de la ria de Caminha 
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Nous reprenons la route pour rejoindre, la petite ville de Viana do Costelo, toute proche. A la fois station balnéaire et port de pêche, avec un cœur de ville préservé autour de la belle place de la République, et un très long front de mer, Viana do Costelo demeure toutefois un simple lieu de passage.

Viana do Castelo 
La place principale de Viana do Castelo 

Notre route se poursuit en cette fin d'après-midi, pour, enfin, atteindre les premiers faubourgs de Braga, troisième plus grande ville du Portugal. Notre GPS fait parfaitement son travail, et nous dépose dans le parc situé au pied du sanctuaire de Bom Jesus do Monte. Sous les grands arbres, surplombant la ville, ce lieu est idéal pour séjourner avec le fourgon. D'ailleurs, nous ne sommes pas seuls à avoir élu domicile ici.

Une petite guinguette propose de goûter le vin vert du nord du Portugal, et le traditionnel gâteau Pastéis de nata (Flan à la cannelle sur une pâte feuilletée). Pour fêter Pâques comme il se doit, la gentille dame nous offre des œufs durs en accompagnement de l’apéritif. Le jour s'estompe, la ville s'éclaire.

Vin vert, œufs durs et pastéis de nata... Joyeuses Pâques du Portugal !
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Le soleil se faufile déjà entre les branches des grands arbres, découvrant un franc ciel bleu.

Ce matin, nous allons prendre le funiculaire, situé à quelques pas, qui va nous déposer au pied du sanctuaire Bom Jesus do Monte. Le petit wagon, fait de bois et d'acier, hisse lentement ses occupants par une pente crénelée, au moyen d'un ingénieux mécanisme fonctionnant à l'eau. Il suffit de remplir un réservoir chaque fois que le wagon parvient en haut de l'ascension, ce qui lui permet de redescendre ensuite par la gravité, entraînant la cabine du bas qui s'élève en même temps. Pas de fumée, très peu de bruit. Et cela fonctionne ainsi depuis 1882. Nous n'avons pris que le billet aller, nous réservant la descente des 575 marches, comme exercice matinal. Cet escalier monumental permet au croyant de s'élever au plus prés des cieux, à partir de sa vie terrestre, représentée par la ville de Braga, située au pied de la colline.

Le funiculaire de Bom Jesus 

Le lieu est éminemment religieux. Les jardins sont fleuris, taillés au carré, pourvus d’impressionnants camélias, de par leur hauteur et leur taille. Tout s'articule autour de l'église centrale, dont l'intérieur, baroque à souhait, présente en son fond, la scène de la crucifixion avec des personnages à taille humaine, qui paraissent vivants tant les moindres détails de leurs corps, de leurs vêtements, ont été sculptés avec précision. De chaque côté de l'église des sentiers pavés accompagnent les visiteurs à travers un parc arboré, où diverses essences semblent se disputer la place dans un arboretum pourtant bien ordonné. Un petit lac situé en haut de la colline, permet une courte promenade en barque, et le marchand de glace est évidemment là, attendant la chaleur de l'après-midi.

L'église du sanctuaire de Bom Jesus 
L'intérieur de l’église 
 Les somptueux jardins et parterres de fleurs 
Le petit lac au détour d'un sentier dans la forêt 
Rhododendrons, azalées colorent et parfument la promenade 

Si le sanctuaire est un lieu de dévotion et de prière, il est également le point convergeant d'innombrables joggeurs et cyclistes. Transpirants, essoufflés, grimaçants, ils surgissent de tous les petits sentiers qui permettent l'ascension. Bien entendu, le défi est de grimper les escaliers de la butte.

La fin de matinée est proche. Après les sportifs, ce sont les familles entières qui viennent se promener, et profiter de ce lieu paisible. Religion et famille, ce pourrait être, ici, une devise.

Braga, vue de Bom Jesus 

Après notre visite, nous empruntons l'escalier monumental dans le sens de la descente. Chaque palier est orné de statues, religieuses et païennes, et de fontaines. Nous croisons encore quelques coureurs au joues cramoisies, parfois en manque d'air.

L'escalier monumental 

Arrivé tout en bas, nous n'avons pas le temps de souffler. L'autobus numéro 2 pour le centre ville est déjà là. Juste le temps de monter, et nous voilà partis à la découverte de Braga.

Le bus rouge nous dépose au bas de l'avenida central, noyée par le soleil, et encore peu fréquentée. Cette très large avenue offre une vue ouverte sur l'immense place de la république point central de la ville. Le quartier est réservé aux piétons. La promenade n'en est que plus sereine.

Place de la République 
Avenue de la liberté 

Nous arpentons les rues, ruelles, places qui rivalisent de petits joyaux architecturaux, avec bien entendu, les façades et leurs azulejos. Ici, bleues, là, vertes, plus loin blanches... A chaque quartier son église, son prieuré, sa chapelle.

 Au détour d'une rue
La Mairie de Braga 
Rolao house sur l'avenue centrale de style rococo 
Les maisons aux façades ornées d'azulejos 
Cathédrale de Braga 

Au coin d'une rue, une fanfare défile, suivant des enfants de chœur faisant teinter de petites cloches.

Nous passons devant la terrasse du Frigideiras do cantinho, une taverne de quartier. Deux tabourets, faisant face au bar, semblent nous attendre. Nous nous y installons pour déguster le bacalhau do bras (morue et pomme de terre), accompagné d'une assiette de riz aux légumes. Cet endroit est typique. Les habitués se mélangent aux touristes, saluent un ami, discutent avec le patron. On vient manger son assiette de bacalhau, déguster un petit café avec une sucrerie, un petit mot à droite à gauche, on feuillette le journal, et on disparaît comme on est venu. Un bel endroit, une bonne adresse. Le gâteau romain (chocolat, miel et cerneau de noix), spécialité de la maison, clôture notre déjeuner.

Nous reprenons notre périple à travers les rues enchevêtrées, jusqu'à parvenir au jardin de Santa Barbara, véritable bouquet de couleurs au sein même de la ville. Bégonias, rhododendrons, azalées, tulipes, choux fleuris, violets et blancs, tapissent le sol, en alignement géométrique parfait. Outre la palette de couleurs, les parfums superposés, ce jardin semble suspendre le temps au milieu de cette grande avenue, temple du shopping et des pas pressés.

La muraille de l'ancien Palais épiscopal et les jardins de Santa Barbara 

La fin d'après-midi arrive. Les bracariens sortent de table ou de la sieste. Les avenues sont envahies par une foule joyeuse. On se regroupe devant une fontaine, on s'installe face à face sur un banc, on s'allonge sur l'herbe épaisse d'un parc, ou bien, on arpente la grand place, dans un sens puis dans l'autre. Vue de loin, les vagues des promeneurs avancent et reculent, tel le ressac de l'océan.

Les promeneurs sur l'avenue de la liberté  

Nous terminons notre promenade devant la magnifique façade bleutée du palacio do raio, avant de retrouver notre bus numéro 2, qui nous enlève de la foule, jusqu'au parque Bom Jesus. Une bien belle journée s'achève, au dessus de la séduisante ville de Braga.

Palacio do raio 
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Derrière nous, les derniers faubourgs de Braga, en cette fin de matinée ensoleillée, mais encore fraîche.

Nous prenons la route pour une courte étape vers Guimaraës, située à environ une heure. Nous y parvenons juste avant midi. Après avoir procédé aux vidanges et remplissages d'usage à l'aire communale fort bien équipée, nous abandonnons notre fourgon sur le parking qui la jouxte, pour suivre le chemin piétonnier qui nous conduit jusqu'au cœur de ville.

Dix minutes de marche. Nous surgissons au bas d'une longue place fleurie que nous devons remonter pour nous diriger vers la vieille ville. Il est presque midi. Les ouvriers se rassemblent devant les petits restaurants, les touristes tentent de déchiffrer les menus affichés, quelques automobilistes s'impatientent devant l'hésitation des promeneurs à croiser les passages piétons... une certaine fébrilité est palpable. Nous nous enfilons dans une étroite ruelle qui débouche sur une belle place incurvée, accueillant en son centre les terrasses colorées des nombreux restaurants. Le vent, joueur et irritant, s'amuse des parasols, des écharpes, et des casquettes.

La place fleurie en remontant à la vieille ville 
Le charme de la vieille ville 

Ici, le décor change en tous points des autres villes que nous avons visitées. La vielle ville a conservé intact son caractère moyenâgeux. Les maisons, petites et étroites, se serrent les unes contre les autres, comme pour se donner la force de se dresser vers la lumière. Les poutres des balcons en bois, aux couleurs défraîchies, fléchissent sous le poids de âges, agitant le linge mis au séchage du vent, comme un drapeau blanc au devant du danger. Les belles demeures qui ponctuent places et jardins, sont faites de puissants et lourds blocs de granit. Ici, l'histoire est en place. Ici est né le Portugal. Cette ville est considérée comme le berceau historique du Portugal.

Des façades et balcons en bois 
Les ruelles pavées 

Nous nous perdons dans les mille ruelles pavées, jusqu'à la montée vers le château qui domine la ville. Le palais des ducs, la chapelle do Castello, et le château lui-même, forment un ensemble fortifié surveillant l'horizon telle une vigie attentive. La balade nous occupe près de trois heures, entrecoupées d'un légitime petit en-cas.

Le château 
Les tours crénelées 
La chapelle du château 
Le palais ducal 
Quelques images de Guimaraës 

Guimaraës est vraiment une belle surprise. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, cette jolie cité, tranquille et accueillante, mérite bien son titre.

Nous décidons de ne pas passer la nuit à Guimaraës, et de poursuivre jusqu'à Amarante, située plus loin, à une heure de route.

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En chemin, la pluie fait son apparition. Des nuages noirs paraissent attachés au toit du fourgon, jusqu'à ce qu'un fort coup de vent les chassent, pour habiller le ciel d'un bleu indigo.

Nous arrivons sans problème à Amarante, où nous trouvons notre place au bord de la rivière Tâmega, où quelques pieds de vignes ont été plantés. Pour y parvenir, nous avons suivi la vieille et belle route nationale 101, qui suit les crêtes des collines boisées et verdoyantes, traversant une succession de villages animés.

Les vignes qui donnent le vin vert  
Le charme d'Amarante 

Amarante est blottie au creux d'une vallée profonde. Toute la ville basse semble se prosterner aux pieds du vieux et robuste pont qui enjambe la rivière, emprunté par un flot incessant de piétons rejoignant les deux rives, tout en discutant de tout et de rien.

Le faubourg se reflète dans la rivière 

La rue centrale, qui a tout d'une ruelle, est occupé par les différents commerces. On y trouve notamment quatre charmantes pâtisseries, espacées entre elles par une ou deux boutiques. On peut y déguster les petits gâteaux typiques à base d’œufs et de sucre, sur des terrasses situées à l'arrière, suspendues au-dessus de l'eau du rio Tâmega. Nous nous laissons tenter par la dégustation, y ajoutant un grand crème bien chaud. La fin de journée approche, nous rejoignons notre fourgon.

Le petit instant gourmand 

Le lendemain matin, le fond de l'air s'entête à rester frais. Un vent soutenu maintient les nuages hors de notre vue. C'est jour de marché à Amarante. Nos pas nous mènent devant les étals de fruits (grosses fraises de pays), de légumes, de fromages de pays... Notre sac à provision bien rempli, nous poursuivons la promenade du bord de rivière qui contourne la vieille ville, et passe sous l'arcade parfaite du pont.

Petite balade matinale avant de quitter Amarante 

L'horloge sonne ses treize coups. Juste le temps de s'arrêter à la taverne Don Rodrigo. Nous prenons place autour d'un petite table de bois. D'énormes jambons noircis de fumée pendent autour de nous. On nous propose une assiette mélangeant chiffonnade de jambon, saucisson fumé et deux sortes de fromages de vache. Le tout, bien entendu, accompagné d'un verre de vin vert portugais.

Taverne Don Rodrigo 

C'est les papilles encore en ébullition que nous prenons la route pour rejoindre la ville de Porto située à deux heures par la nationale. Le trajet se révèlera un peu chaotique, entre les déviations pour travaux, et les traversées de ville encombrées. Mais cela n'est rien comparé à ce qui nous attendait à l'entrée de Porto. Autoroute surchargés, qui se croisent, se séparent, bouchons pare choc contre pare choc, changement de file..., enfin, après nombreuses hésitations pour nous et notre GPS, nous parvenons à destination.

Le fourgon à sa place, nous partons découvrir l'océan Atlantique, chahuté par un vent violent. Rendez-vous est pris pour demain, pour découvrir la ville de Porto.

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Il est 19h. Le bus numéro 15 nous dépose à une encablure du camping où nous avions laissé le fourgon toute la journée. Au-dessus de nous, d'épais nuages gris anthracite menacent ce début de soirée. Juste le temps de faire glisser notre porte, et une pluie violente s'abat sur le front de plage. Malgré une météo capricieuse, nous avons réussi notre visite de Porto, sans nous mouiller.

Partis dès 8h, par le bus, nous sommes arrivés tout près du Pont Louis I, que nous avons traversé, pour déboucher place de la liberté, avant de nous retrouver à la gare Sao Bento. Là, nous avions rendez-vous avec Karen, notre guide du jour. Comme souvent, pour ce qui est des grandes villes, nous avions réservé une visite guidée. Cela permet de mieux appréhender la ville, comprendre son organisation géographique, culturelle, commerçante, de mieux ressentir les influences, les courants qui la dominent.

Karen nous promet une visite atypique de sa ville.

Le point départ est donc la gare Sao Bento, avec son hall entièrement couvert d'azulejos de divers bleus dégradés, qui rappelle les Pays-Bas.

La gare de Sao Bento 
La fresque du haut représentant l'évolution des moyens de transport au fil du temps 

Nous nous faufilons dans une petite rue, située au bas de la cathédrale. Les maisons sont étroites, souvent construites sur trois étages, collées les unes aux autres, et d'une apparence misérable. La plupart sont en mauvais état, parfois même vidées de tout occupant et condamnées. Ce sont pourtant les maisons traditionnelles de Porto, et la mairie est en train d'en établir un plan de conservation.

Les maisons de centre historique 

A l'angle d'une ruelle, s'ouvre un petit marché de quartier, tenu par des dames d'un certain âge, dont la vente de poissons constitue leur unique revenu. Malheureusement, la grève des pécheurs, dues à l'augmentation du gasoil, vide les étals.

Plus loin, nous faisons connaissance avec Maria, une dame de 84 ans, l'âme du quartier, vendeuse de fruits et légumes, et surtout supportrice du club du Benfica de Lisbonne. Pour les habitants de Porto, le club de football Lisboète est l'ennemi juré, ce qui n'empêche pas Maria d'arborer les couleurs rouge du club de la capitale.

La visite se poursuit sur le parvis de la cathédrale, pour descendre ensuite à travers les rues aux maisons typiques, découvrir les places ouvertes, les églises qui se succèdent en cascade jusqu’à gagner le fleuve, les petits bistrots de quartier d’où proviennent des discussions d’habitués, et les petits commerces, patrimoine de la ville et aujourd’hui protégés en tant que tels.

Ruelles fleuries 
Quelques vues de la ville 
Boutique de cuir 
La cathédrale 
Église baroque 
L'orgue baroque 

Nous faisons une courte pause, pour prendre le temps de déguster les croquetas, avant de nous rendre devant la façade de la désormais célèbre librairie de Lello. Cette boutique est devenue un lieu incontournable de la ville, depuis que J.K Rowling, la créatrice d’Harry Potter a déclaré s’être inspirée de la librairie pour situer certaines actions de ses romans. Il est vrai que l’escalier monumental et les superbes boiseries rappellent l’univers de l’apprenti magicien. Chaque jour, devant l’entrée de la librairie, une foule se presse pour découvrir le décor. Il en coûte six euros pour l’entrée, qui sont remboursés sur le prix du ou des livres achetés.

La librairie Lello 

Notre périple à travers la ville s’achève après quatre heures de marche, sur un petit promontoire qui offre un vaste point de vue sur la fleuve Douro. Nous sommes jeudi, et le jeudi à Porto, on mange le plat de tripes à la mode de Porto. Une assiette où se mélangent tripes, chorizo Portugais, haricots blancs, liés par une sauce tomate épaisse et bien relevée. A être là, autant goûter.

Le plat de tripes déguster, nous reprenons notre visite, sans guide cette fois.

La rue Flores, rue piétonne commerçante est envahie par la foule. Elle nous permet de rejoindre les quais du fleuve. Là, les petits bateaux de croisière attendent les touristes pour une balade de fin de journée. Sur l’autre rive, les chais des fameux vins de Porto offrent leurs enseignes au soleil couchant, déjà bien chahuté par de sombres nuages : Sandeman, Porto Cruz, Graham’s …

Maisons aux azulejos colorés 
Le Pont Louis I construit par Eiffel 
Porto au bord du Douro 

L’horizon s’assombrit. Il est temps pour nous de rejoindre notre fourgon. Nous traversons le Pont Louis I, montons dans notre bus qui se faufile dans les embouteillages, et, quarante minutes plus tard, nous voici bien à l’abri et au chaud.

Le lendemain, le temps est exécrable. Nous avions prévu de nous rendre à Aveiro, mais une pluie diluvienne nous en empêche la visite. Cependant, nous parvenons à faire quelques clichés de cette petite ville surnommée la Venise portugaise et de ses bateaux typiques.

Les moliceros, bateaux tradionnels 

En fin d’après-midi, nous atteignions, la très belle ville de Coimbra, sous le soleil ! Nous trouvons un superbe emplacement tout près du fleuve et de la base de canoës. De là, nous apercevons la faculté de Coimbra, que nous visiterons demain.

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A Coimbra, un habitant sur trois est un étudiant, et la ville s’en ressent. Animée, active, sportive, musicale, la cité ne manque pas de lieux pour manger sur le pouce, écouter de la musique ou boire un verre en pleine discussion. Chaque coin de rue, chaque palier d’escalier, est occupé par un bar, une pâtisserie, un restaurant de quelques tables. Il fait bon se promener, se perdre, franchir les porches, escalader d’abrupts escaliers qui débouchent sur des places...

Coimbra 

La ville est dans l’ombre de son université, parmi les plus vieilles du monde occidental, au même titre que Bologne ou la Sorbonne à Paris... Pour y parvenir, il faut emprunter une ruelle pavée au fort dénivelé, avant d’atteindre une grande place, où chaque faculté se dispute un angle (Médecine, lettres …). Au fond de cette place, une large porte s’ouvre sur la monumentale cour de la vieille université, où, aujourd’hui, seul le droit est enseigné.

La vieille université de Coimbra 
Les statues devant l'université représentent les disciplines du savoir 



L’escalier de Minerve permet d’accéder au sous-sol de la bibliothèque, où étaient installées d’obscures cellules aux plafonds voûtés. De là, on accède au lieu magique : la bibliothèque.

La salle voutée de la bibliothèque où sont exposés par roulement des ouvrages précieux

Constituée de trois salles d’apparat en enfilade (photos interdites), cette bibliothèque est un réel ravissement. Les précieux livres sont rangés sur de hautes étagères de bois du Brésil et de chêne. Plus de soixante mille ouvrages couvrent ainsi tous les murs. Le sol est en bois. Il a été travaillé avec une telle perfection et un tel soin, qu’il paraît être fait de marbre. Chaque salle accueille un mobilier d’une finesse tout en romantisme, dont d’énormes tables recouvertes d’une marqueterie des plus fines. Les plafonds, en trompe l’œil, servent de support à des scènes picturales aux couleurs de velours. A chaque salle, sa couleur, rouge, noir et or. Les visiteurs se déplacent en silence, tant le lieu impressionne et inspire le respect. Tous les soirs, on protège les tables de grandes bâches en cuir. Cela est du à la présence dans la bibliothèque de deux colonies de chauve-souris, qui entrent par des ouvertures aménagées à cet effet. Elles sont les gardiennes des précieux ouvrages, se délectant des papillons et autres insectes qui pourraient s’attaquer aux pages des livres. Il faut aller à Coimbra pour visiter ce lieu incontournable.

D’ailleurs, la visite ne se cantonne pas à la bibliothèque seule : la chapelle adjacente, la tour de la chèvre, et bien sûr la somptueuse sala dos capelos (salle des capes). Une immense sale toute en longueur, qui reçoit les grands évènements qui ponctuent l’année d’étude. Après la librairie de Lello à Porto, les amateurs des aventures d’Harry Potter, pourraient trouver ici une ressemblance avec la grande salle de l’école de la magie.

Le splendide porche manuélin de la chapelle Sao Miguel
La chapelle Sao Miguel 
La sala dos capelos (salle des capes) 
La tour de la "chèvre" 

En extérieur, la promenade se poursuit jusqu’à la monumentale descente d’escalier qui mène aux quartiers de la ville basse. C’est là que nous rencontrons des groupes d’étudiants, occupés au bizutage des premières années. Leur uniforme est des plus simples, quasi austère et tranche avec les couleurs de la ville. Pour les garçons : Chaussures noires, pantalon noir, chemise blanche, cravate noire et veste noire. Il est va de même pour les filles, seule la jupe plissée noire remplace le pantalon. Tous, qu’ils soient filles ou garçons, portent par dessus leurs costumes, le fameux capelo noir (la cape). Nous les croisons un peu partout en ville, se déplaçant, roulés dans leur longue cape noire, qui serait bien inquiétante en d’autres lieux. Ici encore, Harry Potter pourrait bien trouver sa place.

Les étudiants devant la statue de Dinis 1er, le roi qui a créé l’université en 1290 
A la rencontre des étudiants 
Les traditions estudiantines perdurent avec notamment le bizutage des premières années 

Trois heures durant, nous avons sillonné le quartier de l’université, avant de nous lancer vers le magnifique jardin botanique, dont les étages successifs arborant les plus beaux effets floraux, emmène jusqu’aux rives du fleuve Santa Clara.

Le jardin botanique 

Nous sommes au milieu de l’après-midi, le soleil, désormais, règne en maître dans le ciel de Coimbra. Nous remontons la belle rue Ferreira Borges, rue commerçante aux ravissantes maisons, dont les façades rivalisent de détails. Place du 8 mai nous retrouvons un groupe d’étudiants «encapés» de noir, occupés à chanter des airs traditionnels, vantant tout l’amour qu’ils ont pour leur ville. C’est touchant et joyeux à la fois.

 Rue Ferreira Borgès 
Les étudiants chantent des chants traditionnels 

Une petite rue nous appelle, tout en escalier. Les badauds sont assis sur les marches ou aux terrasses, profitant des derniers rayons du soleil, pour un verre de vin blanc ou de porto. Nous faisons de même, avec des petits bouts de pain arrosés d’huile d’olive en accompagnement. Juste en face, des accords de guitare s’échappent d’une petite boutique où tous les jours en fin d’après-midi, on joue le fado traditionnel.

Peu à peu, le soleil disparaît derrière les collines environnantes, les chants des derniers étudiants partant faire la fête accompagnent sa lente descente. Nous franchissons le rio Santa Clara, par le superbe pont piéton qui nous guide jusqu’aux portes de notre fourgon.

Sur notre parcours, Coimbra ne devait être qu’un passage. La beauté de cette ville, et son indéniable attractivité en ont fait notre coup de cœur de ce début de voyage. Vraiment, Coimbra vaut le détours, cette ville mérite que l’on s’y arrête pour respirer avec elle comme un air de jouvence au travers de ces vieilles pierres.

C'est beau Coimbra, la nuit...
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Tomar

S’il est impossible de prétendre visiter tous les couvents, monastères, chapelles, cathédrales et églises du Portugal, une vie n’y serait suffire, il est cependant impossible de ne pas faire une halte à Tomar, pour y visiter le convento do Cristo.

Solidement accroché à son pic rocheux, le site s’allonge sur la crête tel un serpent de mer, et surveille la vallée.

Le convento do Cristo, forteresse du XIIème siècle
La forteresse a d'abord appartenu aux templiers, puis à l'ordre du Christ 

L’ordre des templiers y a laissé un château imprenable aux robustes défenses et aux influences architecturales mauresques. Le temps a fait pourtant son œuvre, les murs affaissés, les toitures effondrées en témoignent. Mais le joyaux du site, lui, est resté presque tel qu’il était à l’époque où il était géré par le puissant ordre du christ.

Le monastère 

Le monastère, aux dimensions impressionnantes, se livre aux visiteurs, dans l’abondance des détails, de la finesse de ses sculptures, dans la succession de ses cloîtres aux arcades parfaites, et dont les pavés de pierre, usés et glissants, témoignent des va et vient, de longues aubes de bure.

Les murs sont bien entendu couverts d’azulejos représentant des scènes religieuses d’un bleu pâle, que le soleil vient fouetter de sa lumière céleste. Les longs couloirs sous voûte, accueillent dortoirs et réfectoires, dans une profondeur inquiétante, et à la couleur assombrie de par l’absence d’ouverture suffisante. Il ne serait pas surprenant d’y croiser un des personnages du nom de la rose d’Umberto Eco. Sortant de cette grisaille austère, on pénètre dans l’église centrale, comme dans le cœur d’un volcan. Là, c’est un ravissement. Les artistes ont imaginé une organe parfait où viennent s’abreuver les esprits, les prières, les incantations. Les décors, qu’ils soient peints, sur les grands piliers centraux, installés en cercle, ou sur les panneaux de bois plaqués aux murs, attisaient et décuplaient la foi de ceux qui vivaient là, dans la prière et la crainte.

Ce site est remarquable dans ce double visage. On y ressent la ferveur religieuse d’une époque, l’extrême humilité des hommes face au très-haut, mais de par la froideur et la robustesse de la construction, jaillit la crainte, la peur de ce qui pourrait advenir, du jugement, contrôlé alors par le tout puissant ordre de christ. La minutie du détail est poussée au plus loin, sur la fenêtre de Tomar, représentation caractéristique de la sculpture manuéline.

La cour d'entrée au convento 
L'église manuéline
 La Charola, magnifique rotonde romane, inspirée du Saint Sépulcre de Jérusalem 
La chapelle manuéline 
La fameuse fenêtre de Tomar, de style manuélin 
Les croix templières 

Le convento do cristo est, bien entendu, inscrit au patrimoine de l’Unesco. Il ne saurait en être autrement, tant ce lieu impressionne par sa conception architecturale, sa représentation de la richesse et de l’influence des ordres religieux, et par ce pan de l’histoire où le ciel faisait baisser la tête des plus humbles.

Les jardins qui montent vers le convento 

A la sortie de notre visite, une petit chemin empierré nous emporte vers la grande place de la ville, agréablement ensoleillée, et ses ruelles adjacentes donnant accès à l’ancien quartier juif, où la petite synagogue est toujours là, et se visite.

La place de Tomar dominée par la forteresse 
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Batalha

Nous reprenons la route, pour faire halte à Batalha, et nous promener autour de l’imposante construction du monastère Sainte-Marie de la Victoire. Le style gothique dans toute sa splendeur, riche de statues, d’arches, de représentations de tous ordres, aux décors chargés d’anges et de gargouilles inquiétantes. Face à ce monastère et à son église, on ne peut s’empêcher de penser à Notre dame de Paris. La ville paraît n’avoir d’yeux que pour le monastère. Tout converge vers le site, et la grand place qui en fait le tour, est envahie par la foule du dimanche.

Le monastère Sainte-Marie de la Victoire 
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Alcobaça

Le jour pâli, il nous faut reprendre la route. Nous ferons halte pour la nuit à Alcobaça. Nous prenons place sur la petite colline dominant la ville, juste avant le coucher du soleil.

Le lendemain matin, nous nous accordons une petite visite de la ville, à travers les ruelles.

Nous sommes dépassés par des familles entières, sportivement habillées et baskets aux pieds. Tous semblent n’avoir qu’un seul but, l’immense place qui fait face au monastère d’influence gothique. Il s’agit en fait d’une marche pour la liberté, et la majorité des habitants a répondu à l’appel, arborant un tee-shirt jaune, où l’on peut lire «Alcobaça, ville de l’amour».

Le monastère d'Alcobaça 
Rassemblement pour la marche de la Liberté 



Nous abandonnons cette foule à ses occupations pédestres, pour profiter des jolies façades des maisons qui surplombent la rivière jusqu’à arriver au jardin de l’amour.

Un petit jardin, parfaitement entretenu, à l’ambiance volontairement kitch. Les bancs de bois sont surmontés d’une très grand cœur. La balancelle au fond du square est en forme de cœur, bref, une ambiance qui pourrait porter à rire, mais au bout du compte, le jardin fait son effet, tranquille, romantique à souhait, il en émane une jolie sérénité, bien à l’abri, rendez-vous de sourires échangés et de mains caressées par d’autres mains.

Le jardin de l'Amour 
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Nazaré

La fin de matinée est là, la route file devant nous. Nous avançons vers l’océan, direction la ville de Nazaré, et ses ruelles en pente déferlant vers un Atlantique dont les rouleaux, dit-on, approchent parfois les trente mètres de hauteur.

Nazaré vue du Sitio 

Nous sommes le 25 avril, date anniversaire de la révolution des œillets, et donc jour férié au Portugal. Les portugais portent un œillet rouge à la boutonnière.La foule se presse sur la longue promenade. Les terrasses des restaurants sont prises d’assaut, les châteaux de sable sont en construction, et les bas de pantalons retroussés pour goûter l’eau froide d’avril.

La plage de Nazaré 

Nous prenons le funiculaire qui nous dépose dans la partie haute de la ville, le sitio.

De là, la vue est imprenable sur l’Atlantique, la plage, la ville et ses petites maisons aux murs blancs et aux volets bleus. Une véritable carte postale portée par un vent léger qui a apaisé l‘océan, et laisser sans voix les rêves des surfeurs.

Belvédère du Sitio 
Le Sitio, en haut de la falaise 
La ville vue du Sitio 
Le Sitio 


Quelle soit haute ou basse, Nazaré est une jolie station balnéaire, bien entendu tournée vers le tourisme, les vieilles dames qui vendent le poissons séchées ne trompent personne, mais pour autant, il est agréable de s’y promener et de s’y laisser prendre.

La vieille dame et ses poissons séchés 
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Obidos

La journée est faite de sauts de puces, et une grosse heure plus tard, nous voici à Obidos.

Déjà, de la route, on aperçoit les créneaux de la forteresse, tel un ogre la gueule ouverte, qui prévient le visiteur, ou l’ennemi à une époque beaucoup plus ancienne. Là aussi, dès la grande porte de défense franchie, on se sent, nous, les badauds, attendus avec impatience.

Obidos 

La première échoppe propose le fameux Ginja, un alcool de griottes local, par ailleurs frais et excellent. Elle se décline sous mille formes, petites, moyennes, grandes bouteilles, mais également par parts individuelles servie dans une toute petite tasse faite de chocolat. On boit, on croque et on mange la griotte. C'est la Ginjinha et c'est délicieux !

Par la suite, il s’agit d’une enfilade de petits commerces. Là, souvenirs et bondieuseries, ici la croix et les armes des templiers, plus loin, des dizaines de tavernes et restaurants, et tout à coup, une étonnante boutique. Les murs, le sol, les recoins sont couverts de livres. Il s’agit d’une librairie, mais pas d’une librairie banale, non. Ici, s’entassent, on ne saurait dire combien de livres. Soigneusement installés dans des caisses de bois, tout en gardant un visuel proche du désordre, les livres se donnent au regard, par leur couleurs criardes ou tannées par le temps. Derrière un bureau encombré de mille et une choses, une jeune femme prodigue conseils et explications. Vous cherchez un livre, elle saura vous y amener, car, si cela ne saute pas au yeux immédiatement, tout ici est parfaitement et scrupuleusement classé. Les regards se perdent à droite, à gauche, en haut, par terre, il y en a partout. Des fauteuils d’un autre âge, ou contemporains usagers, tendent leurs accoudoirs au plus fourbu, ou simplement à ceux souhaitant feuilleter quelques pages. On peut y prendre un café, et chose plus étonnante, on peut y faire son marché de légumes et de graines à planter. Au fond de la boutique une dame, cachée derrière sa balance, vend les voluptueux produits du jardin. Un lieu où culture et culture ne font qu’un.

Plus loin, au bout du village, une ancienne église désacralisée abrite une autre librairie. Le lieu est bien sûr atypique, mais ne renferme pas le même charme, le même attrait.

Chapelle désacralisée où est installée un librairie 

Si l’on veut bien apprécier Obidos, il suffit de prendre le premier passage bifurquant de la rue principale et montant vers les remparts. Là, on se retrouve dans d’étroites ruelles, comprimées entre des maisons aux murs d’une blancheur absolue «embasées» de bandes bleues et jaunes, qui pourraient faire penser au village d’une île grecque.

Obidos 
Le porche d'entrée dans la forteresse 

La visite d’Obidos achevée, nous reprenons la nationale jusqu’à Cascais, à quelques kilomètre de la capitale portugaise, Lisbonne, notre objectif des prochains jours.

 Dernières vues sur Obidos
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Ce matin, une invitée surprise toque sur le toit de notre fourgon. Une pluie forte et hostile nous surprend, et nous oblige à renoncer à la visite de Caicas. Direction Lisbonne donc, où, d’après les prévisions météorologiques, le soleil devrait apparaître vers midi.

Belém

Grace au recoupement de plusieurs informations, nous trouvons, à l’entrée de la ville, dans le quartier de Belém, à deux pas du Tage, une petit parc arboré, pour garer notre fourgon. C’est un emplacement idéal, face à la gare ferroviaire, et tout près de la piste cyclable qui amène jusqu’au centre ville. Une fois garés et restaurés, nous avons la bonne surprise de voir revenir un beau soleil chaleureux.

Nous avons l’après-midi pour visiter le quartier.

Tout près, s’élançant vers le Tage, l’imposant monument des découvertes (50 mètres de haut), élevé en 1960, pour commémorer le 500ème anniversaire de la mort de Henri le navigateur. La statue monumentale représente le navigateur, avec dans son dos tous les grands personnages de l’époque des découvertes : Vasco de Gama, Magellan…

Monument des découvertes (Belém) 


Cette réalisation ferait presque de l’ombre à la belle Torre de Belém, construite en 1515 par le roi Manuel, et située à quelques mètres de là. Tour de défense et de contrôle maritime pour l’accès à Lisbonne, elle est en parfait état, composée d’une tour centrale, petites tourelles décorées, statues et créneaux. Une tour, témoignage du passé de la cité et de son essor.


Tour de Belém 

Notre promenade sur les quais aménagés, nous amène au pied de la passerelle qui enjambe la voie ferrée et la route nationale. De l’autre côté , le sentier pédestre parfaitement aménagé, nous pousse vers un bâtiment à l’architecture volontairement contemporaine, avec pourtant, une influence évidente pour l’art Incas. Il s’agit de l’incroyable centre culturel de Belém, que nous traversons, non sans avoir admirer quelques unes des œuvres présentées dans le jardin, notamment celle de Niki de Saint Phalle, délirante dans ses couleurs et ses formes. Le jardin est tranquille, les bruits de la ville sont dilués dans le clapotis des bassins.

Le centre culturel de Belém 
Sculpture de Niki Saint Phalle 

Le chemin de descente nous fait deviner la grand place qui entoure le monastère dos Jéronimos. Tout en longueur, richement décoré, ce superbe bâtiment étire son ombre imposante jusqu’aux premières ruelles du quartier, que nous empruntons sous un ciel vidé de tout nuage.

Monastère dos Jéronimos 


Sur un trottoir, une impressionnante file d’attente s’est constituée devant la vitrine de l’antique pâtisserie de Belém. Une centaine de personnes est là, attendant son tour, pour acheter le pasteis de nata, qui fait la réputation de l’établissement depuis des temps reculés. Il est vrai qu’il est dix sept heures, et que l’heure du goûter a sonné.

A quelques mètre de là, nous faisons halte dans un petit bistrot, à la terrasse ensoleillée, pour y déguster un pasteis de nata, sans avoir eu à faire le pied de grue des heures durant. Excellent gâteau, avec un petit expresso, en compagnie de deux dames allemandes en goguette.

Notre goûter avalé, nous traversons à nouveau vers le tage, pour récupérer nos bicyclettes. Nous sillonnons les quais, aménagés en piste cyclable. Tous les docks ont été réhabilités : de nombreux restaurants et bars, lieux de culture et d’évènements, parc gazonnés et arborés… Partout des trottinettes et vélos électriques sont laissés là, à la disposition des promeneurs qui ne se privent pas de les utiliser pour rejoindre le centre ville. Il est vraiment agréable de suivre le tracé longeant le fleuve, passant sous l’impressionnant pont du 25 avril, jumeaux du Golden Gate de San Francisco, et s’étirant jusqu’à atteindre la monumentale place do comercio, d’où s’envolent, vers les hauteurs, les plus grandes artères de la ville. Sept kilomètres aller, nous devons donc faire les sept kilomètres retour. Les terrasses se remplissent, il est l’heure de l’apéritif, un vin de la vallée du Douro, un porto millésimé, un apérol spritz... il n’y a que l’embarras du choix, avec tapas pour tous les goûts. Les bars musicaux augmentent le volume des enceintes, la soirée se prépare, alors que des centaines de joggers défilent sur les quais. La couleur rouge sang du pont du 25 avril, se confond peu à peu avec celle de l’horizon que le soleil déchire. Lisbonne s’assoupit. Pourtant, au loin, le rythme saccadé de la musique laisse imaginer un nuit longue et joyeuse.

Le pont du 25 avril 
La promenade le long des quais et Le MAAT (musée d'art moderne) qui s'avance sur le tage
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Lisbonne, de quartiers et quartiers : Chiado, Bairro alto, Avenue de la Liberté, Sant'Ana, Baixa


La matinée débute dans la petite gare de Belém (se prononce belin comme la marque de biscuits), juste en face notre fourgon. Le guichetier semble avoir avaler son croissant de travers. Sans le moindre sourire, ni explication, il finit tout de même par nous tendre deux tickets, pour nous rendre jusqu’au terminus, en plein centre de la ville. Dix minutes de trajet dans un wagon silencieux et très propre, nous voici à la station Cais do Sodré. De là, nous entrons dans la basse ville par le quartier du Chiado. Un détour par le Mercado do Ribeira, en pleine effervescence. Là, se retrouvent les habitants du quartier, face aux différents étals de fruits et légumes, poissons, viandes, fromages... Femmes et hommes, paniers aux bras, parcourent les allées, à la recherche du bon produit et du bon prix, comme dans tous les marchés du monde. Dans un angle, un marchand de fraises, parfume les alentours. De belles et grosses fraises de saison, bien rouges, bien appétissantes.

Le mercado do Ribeira 

Jouxtant le marché, une grande halle est le siège du Time Out Market. Un lieu branché et à la mode, où les touristes se retrouvent, tout au long de la journée, pour apprécier en formule tapas, tartines, petites assiettes ou verrines : charcuteries, beignets de morue, crustacés et coquillages, viandes... ainsi que le vin du Douro, le Porto, ou plus simplement une bière locale. Un DJ anime la fin de soirée. L’ambiance un peu bobo peut s’apprécier. Mais là, on est bien loin de la vraie Lisbonne.

Le Time out market 

Nous traversons le marché pour nous retrouver dans la rue do arsenal, qui suit le Tage, et aboutir sur la place de la mairie, où chaque soir, nous avons pu assister à des manifestations organisée par une jeunesse revendicative. A côté, la rue s’ouvre sur la splendide place du commerce, dominée par l’arc de triomphe de la rue Augusta. Lisboètes et touristes s’y engouffrent comme avalés, pour gravir la commerçante rua augusta.

L'arc de triomphe 
La statue de Vasco de Gama sur l'arc de triomphe
Praça do comércio 

Nous remontons cette rue jusqu’à l’élévador de santa justa. A notre grande surprise, des centaines de touristes attendent là, pour prendre l’ascenseur qui les élèvent jusqu’à la placette do Carmo. Cet ascenseur, tout en acier, de couleur grise, rappelle les créations de Gustave Eiffel.

L'élevador de Santa Justa 


Nous montons jusqu’à la placette par un jeu de petits escaliers, qui nous mène jusqu’au premier niveau de la passerelle. De là, on bénéficie d’une vue panoramique à 360 degrés sur les toits, jardins et places de la ville, et jusqu’au Tage.


Quelques vues du haut de Santa Justa 

Nous suivons un dédale de petites rues, qui s’enchevêtrent avec des passages, des montées d’escaliers. Nous déboulons, presque surpris, dans de larges avenues surpeuplées et bruyantes, pour, quelques instants plus tard, nous retrouver sur une petite place arborée, toute en tranquillité, et bercée par les accords de guitare d’un musicien installé contre un garde-corps.

Les ruelles du quartier du Chiado 

De la place du Chiado, nous prenons la direction de la place du principe réal, encore plus perchée, pour descendre jusqu’au point de vue de Sao Pedro de Alcantara. Sur notre route, un petit restaurant de quartier, sans prétention, sauf celle d’offrir un bon manger. Au menu, un délicieux et onctueux gratin de morue aux épinards, accompagné de deux verres de vin vert (18 euros pour deux), dans une atmosphère petit bistrot Montmartrois. On nous installe à la première table libre, en compagnie d’un gentil monsieur qui termine son repas et nous offre un beau sourire, et un « au revoir » à l’accent portugais. Il fait chaud. Heureusement, un petit vent venu du large s’engouffre dans les ruelles fraîches et resserrées. Nous sommes depuis quelques temps dans le Bairro alto, le quartier haut de la ville. Nous en découvrons l’ambiance populaire, les boutiques tout en longueur, les trottoirs étroits occupés, là, par de petits groupes semblant refaire le monde, ici par de minuscules terrasses de bistrot où l’on sirote un café et un pastei.

Les quartiers du Chiado et du Bairro Alto, miraculeusement, avaient été épargné par le grand tremblement de terre de 1755. Leur organisation géographique a donc été préservé, c’est pourquoi l’on retrouve cette anarchie de ruelles, rues et places, que l’on rejoint par des escaliers, des passerelles, des pentes abruptes et des descentes qui le sont tout autant.

Au sortir du Bairro Alto, nous nous retrouvons au bas de la plus grande avenue de Lisbonne : Avenida de Liberdade (2 kilomètres de long et 90 mètres de large), que les Lisboètes comparent souvent à nos champs Élysées. Nous remontons l‘avenue, jusqu’à la place Marques de Pombal (Le Haussmann portugais, à qui l’on doit le percement de cette grande artère). Encore plus haut, nous atteignons le balcon qui offre une vue somptueuse sur toute la ville, jusqu’au Tage. Au dessus de nous, dans un claquement sec, provoqué par le vent de fin de journée, un immense drapeaux portugais dévoile ses couleurs verte et rouge.

La place Marques de Pombal 

Il nous reste maintenant à faire le chemin inverse, en passant par le quartier Sant'Ana et en traversant le quartier de la Baixa (basse ville). Ceux-ci, contrairement aux quartiers voisins, avaient été entièrement détruit par le tremblement de terre. Il a été reconstruit (selon les plans de marques de Pombal), en un parfait quadrillage de rues , toutes parallèles et perpendiculaires, à l’instar du quartier de Manhattan. Nous traversons la belle place dom Pedro IV (le Rossio), considérée par les habitants de Lisbonne comme la place centrale, le poumon de la ville, son centre historique. La façade art déco de l’Eden Teatro attire les regards, pourtant déjà bien occupés par les belles demeures et palais entourant la place. Tout proche, l’arc de triomphe de la place du commerce nous indique la fin de notre visite du jour. Nous sommes partis, ce matin à 10h, et voilà déjà qu’il est 18h. Le train jaune, nous emporte vers le fourgon qui nous attend sagement quartier Belém. Demain, troisième jour de visite, et au programme les typiques quartiers d’Alfama et Mouraria.

Place Dom Pedro IV 
L'Eden Teatro 
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Alfama et Mouraria

Nous avons rendez-vous, avec notre guide Jean, à 9h30, sous l’arc de triomphe de la place du commerce. Nous serons six à faire la visite, ce qui est très confortable, pour bien prendre le temps de la découverte. Après un petit exposé historique, nous voici partis dans le cœur du quartier d’Alfama, un quartier des plus populaires. Lisbonne s’est construite à partir de ce quartier, autrefois mal famé. La ville est sorti des limites de ce quartier, pour, petit à petit descendre s’installer sur les rives du Tage, et les collines environnantes.

Jean est un français installé à Lisbonne depuis trente ans, et connaît bien son affaire. Il nous guide dans un dédale de petites rues, serre des mains, salue, plaisante avec des habitants croisés au fil de notre marche, tout en donnant explications, anecdotes et faits historiques. C’est une balade romantique, sentimentale, dans ce quartier qui sent bon l’authentique, l’habité, le vécu.

Alfama et Mouraria ont eux aussi été épargnés par le tremblement de terre. C’est un méandre de petites ruelles où seuls hommes et ânes avaient accès, et ont accès aujourd’hui. Patios envahis de bougainvilliers, chats alanguis sur les pas de portes, petites dames vendant la ginja sur un étal improvisé, maisons moyenâgeuses, enfilades pavées joignant deux places, passages couverts... le quartier d’Alfama déplace une atmosphère toute en indolence, ponctuée par la présence de magnifiques églises (San Estevao, San Miguel, Santa Luzia).

Des vues des quartiers d'Alfama et Mouraria 
Le travail des azulejos 
Sur un mur, une photo d'Amalia Rodrigues, célèbre chanteuse de fado, et la sculpture d'une guitare portugaise 

Le temps passe, et sans que nous n’en prenions garde, il est déjà 15h. Nous serons les derniers clients d’un restaurant au décor désuet avec ses azulejos bleus. Un assiette de légumes, entourant une succulente dorade grillée (5,90 euros !), et le vin blanc frais de la maison, nous aideront à reprendre nos forces pour terminer la promenade. Jean s’amuse à nous donner des astuces pour nous déplacer plus vite dans la ville : des ascenseurs peu connus sauf des Lisboètes, des passages presque secrets...

Dix sept coups sonnent à la pendule, lorsque nous nous retrouvons place Dom Pedro IV. Il est temps de nous séparer. Nous décidons de rentrer au fourgon à pied, en longeant le Tage. Nous n’avions pas assez bien évalué la distance, surtout nous n’avions pas tenu compte des dix kilomètres déjà effectué dans le cour de ville. C’est un peu fourbu que nous arrivons au fourgon, avec dix sept kilomètres au compteur, auxquels s’ajoutent les quinze de la veille.

Les tramways 
Grafs rappelant le 25 avril 1974, révolution des œillets   

Voilà trois jours que nous arpentons avec grand plaisir les rues de la capitale portugaise. Peuplée de cinq cent cinquante mille âmes, Lisbonne reste une ville à dimension humaine. Elle est dotée d’un patrimoine exceptionnel, bénéficie d’un emplacement magique entre le Tage et les collines, et fait naître, chez le visiteur, une envie de profiter d’elle, en s’asseyant à une table, juste pour contempler l’animation d’un quartier, pour déguster la riche et variée cuisine faite de spécialités aux saveurs incroyables, pour écouter le fado traditionnel, ou humer les odeurs tenaces de sardines grillées qui s’échappe d’un rez de chaussée.

Demain, nous laisserons Lisbonne s’assoupir sous le chaud soleil qui s’annonce. Nous descendons tout en bas, à la découverte de l'Algarve.

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Sortir de Lisbonne, en milieu de matinée, n'a pas été une mince affaire. Bloqués dans les embouteillages quotidiens de la ville, nous suivons les instructions chaotiques de notre GPS, et profitons de la sympathie des chauffeurs de bus qui nous laissent occuper leur espace, pour, enfin, sortir de la capitale, et prendre la route du Sud.

Depuis notre départ, nous empruntons uniquement la nationale. Pour descendre vers notre destination du jour, nous ne dérogeons pas à cette règle.

Tout d'abord ennuyeuse, traversant les banlieues de Lisbonne, et les installations portuaires, la route devient beaucoup plus agréable dès que nous atteignons les régions agricoles. Les champs d'oliviers, succèdent aux forêts d'eucalyptus, et aux plantations de chênes lièges. Le Portugal est l'un des premiers pays au monde producteur de liège. Les chênes sont ainsi déshabillés à leur base de l'épaisseur d'écorce qui sera par ensuite envoyée sur les lieux de production de bouchons, souvenirs, chaussures, sacs... Il existe toute une création étonnante à base de liège. Il faut savoir que l'écorce du liège se reconstitue tous les sept ans. La route défile ainsi. Nous croisons de petits villages, avec leurs maisons aux façades blanches, totalement déserts. Il fait chaud. Nous sommes au tout début de l'après-midi, et la sieste semble être respectée.

Chênes lièges sur tapis de fleurs 

Vila do Bispo

Il nous faudra cinq heures, après une pause déjeuner, pour enfin arriver au village de Vila do Bispo, qui apparait soudain devant nous, caché par une petite colline. Avant, l'océan jouait à cache-cache dans les paysages faits de vallons et de creux verdoyants.

Vila do Bispo 

Une aire privée, disposant de tous les services, nous ouvre ses portes. A peine installés, nous filons au Lidl, situé à cinquante mètres du fourgon, pour y renouveler nos provisions. Étonnant de trouver un petit supermarché, flambant neuf et parfaitement achalandé, dans ce village qui semble loin de tout.

Après cette longue route, nous décidons de consacrer la fin de journée à un repos mérité.

Le lendemain matin, nos bicyclettes sont de sortie. Nous filons à la plage pour une journée farniente.

La plage de Cordoama se trouve à quatre kilomètres. Une montée assez raide, puis une descente vertigineuse nous conduit jusqu'à la petite crique ceinte de falaises abruptes, d'où se jettent des adeptes de parapente.

En route pour la plage 

L'océan, ici, est le rendez-vous des surfeurs, et ils sont légion à glisser sur les vagues encore timides, mais bien présentes. Le lieu est splendide, fouetté par un vent tenace et frais. L'eau reste très froide, malgré le clair soleil qui joue de sa lumière sur les falaises et l'ocre du sable.

La plage de Cordoama 

Nous sommes samedi, quelques familles se regroupent autour des parasols, des glacières et des planches de surf plantées dans le sable. Nous profitons de ces premières heures presque estivales, pour respirer l'air frais à pleins poumons, gagner des couleurs, prendre le temps pour ce qu'il est.

Le soleil entame une timide descente vers les eaux mouvementées de l'Atlantique, nous voici dans la longue remontée vers le promontoire qui domine la plage. Devant nous, de hautes falaises déchiquetées par l'eau et le vent. Un paysage magnifique façonné par la nature. Les éléments, souvent déchaînés, se dressent face à la roche, dans un face à face dantesque. La flore se fait timide, ne laissant se dresser que de simples rampants, capables de résister aux souffles incessants venus de la mer. Des fleurs, d'un rose vif, se mêlent à d'autres aux pétales blancs éphémères, tandis que des jeunets nains, arrosent les pentes de milliers de pointes jaunes. La palette de couleurs radoucie le tableau de cette fin de terre battue par les vents. Nous nous attardons ici, avant de redescendre vers notre village.

La journée sera passée bien vite. Un voisin italien vient papoter avec nous, contant son trajet depuis Gênes. Un bonne ratatouille est en train de cuire tout doucement. Les glaçons s'entrechoquent dans notre verre de vin blanc portugais. La soirée sera belle, sous un ciel étoilé, prometteur d'un lendemain radieux.

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Le cap Saint-Vincent

Nous franchissons le portail de notre campement, pour nous rendre à quinze kilomètres de là, à la pointe Cabo do Sâo Vicente.

Paysage de bout du monde, ce cap aux falaises déchiquetées, marque le point le plus occidental de l'Europe. Aujourd'hui, et comme assez souvent, il faut lutter contre le vent. Bien tenir sa casquette, son chapeau ou sa jupe. Le cap est coiffé d'un phare, tout de rouge vêtu, construit en 1848, aujourd'hui entièrement automatisé.

Cabo de Sao Vincente et son phare 

Le site est magique, fascinant. Marcher au bord des falaises abruptes provoque des sensations de malaises, et pourtant, nombreux et nombreuses sont ceux et celles qui osent s'approcher au plus près pour des photographies.

Un peu plus loin, en prenant la route vers Sagres, nous faisons halte à la forteresse, dont les plans et l'apparence auraient été appréciés par Vauban. C'est un lieu historique puisque c'est dans ces murs que s'éteignit, en 1460, Henri le navigateur. C'est lui qui, s'appuyant sur la richesse de l'ordre du Christ, a armé des vaisseaux et des équipages, pour les expéditions des grandes découvertes. A noter qu'aucune ne partit de Sagres, mais toutes de Lisbonne. Autre fait important, Henri le navigateur ne navigua jamais !

Forteresse de Sagres 


Nous traversons la ville de Sagres, engourdie de soleil, passons par le petit port de pêche, et prenons la direction de Lagos.

Le port de Sagres 
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Lagos

Un heure de route, et nous voilà à Lagos. Une rivière se jette dans la mer formant un estuaire abrité des vents. Une longue et belle promenade suit la rivière, encombrée de bateaux accueillant les touristes du dimanche pour une balade sur l'eau. Des ruelles piétonnes permettent de découvrir le centre de cette ville, plutôt station balnéaire que port de pêche.

Au bas d'une ruelle pavée, une dame donne à manger un poisson à un goéland bruyant et gourmand. C'est le restaurant que nous avons choisi pour apprécier le maquereau grillé, accompagné d'une sangria blanche. Un délice !


Quelques pas de plus, pour bien digérer ce bon repas, et nous revoilà dans le fourgon, prêts à atteindre la ville de Faro, capitale de l'Algarve. Une grosse heure plus tard, nous voici garés dans le sable de la plage de Faro.


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Faro

Nous étions seuls au monde cette nuit, et encore ce matin, la route de la plage est entièrement vide. Quelques minutes plus tard, nous garons le fourgon sur la place Largo de Saô Francisco, à Faro. Nous entamons la découverte de la vieille ville, en passant par la porte Arco de Porta Nova.

L'ancienne cité, enserrée dans ses remparts, du moins ce qu'il en reste, n'est pas très étendue. Autour d'une belle et modeste cathédrale, les ruelles pavées s'enroulent en coquille d'escargot. Des maisons basses, de plain pied, côtoient des belles demeures et maisons de maître aux jardins fleuris dans des patios ombragés.

Remparts de Faro 
Vues de Faro 

Le tour de l'ancienne ville se fait assez vite, et ramène toujours sur la place de la cathédrale ou à la place Alphonse III qui la jouxte.

A la sortie des remparts, nous entrons dans la ville nouvelle. Sur le toit d'une grande maison, nous découvrons deux cigognes sorties de leur nid, en pleine chorégraphie d'équilibriste. Nous avions eu l'occasion, depuis notre départ, de remarquer ces larges nids, le long de la route, en haut des arbres, sur les pylônes électriques et même, sur les grands panneaux publicitaires. Les cigognes sont bien présentes dans le sud du Portugal. Leur présence ajoute une touche poétique sur la route des voyageurs. A les retrouver comme cela, dans diverses régions, on pourrait croire qu'elle font le voyage avec nous. Une véritable compagnie amicale.

La ville nouvelle de Faro est très animée, en ce milieu de matinée. De nombreuses boutiques, beaucoup de promeneurs, des terrasses bien occupées, tout simplement la vie d'une petite ville de province. Nous flânons de devantures en devantures, laissant le temps filer, préparant la suite de notre parcours, en suivant les indications de la dame de l'office de tourisme, très aimable et aux conseils fort avisés. C'est d'ailleurs sur son invitation que nous faisons une courte halte à Olhao, quelques kilomètres plus loin.


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Olhao

Jolie petite ville, aux bougainvilliers en fleurs, débordants des balcons et terrasses, Olhao est dotée d'une longue promenade sur les quais longeant la rivière. Les rues centrales amènent devant le beau marché couvert, construit en deux parties, entièrement en briques rouges, surmontées de surprenantes tours d'angle à l'orientale. C'est ici le point principal d'embarquement vers les îles Armone et Fuzeta, et leurs plages sans fin.

Vues d'Olhao 
Vues d'Olhao 
Le joli marché couvert en briques rouges 
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Tavira

Il nous reste une heure de route, avant de parvenir à Tavira, notre étape du jour.

Sur la route, nous dépassons deux cyclistes coréens, arborant fièrement le drapeau du pays du matin calme, et que nous avions déjà frôlé aux environs de Lisbonne. Il est environ seize heures, lorsque nous garons notre fourgon. L'aire de stationnement de Tavira, nous permettra de refaire le plein d'eau, ainsi que de procéder à toutes les vidanges. Elle est parfaitement équipée, l’accueil y est vraiment des plus sympathiques. A noter que nous dormons, à trois mètres d'une voie ferrée, où, heureusement, les trains sont rares, et ne circulent plus, dès la nuit tombée (même si celui de 9h du matin à de quoi surprendre dans le sommeil !). Une fois bien installés, nous parcourons à pied, les trois kilomètres qui nous séparent de la ville. Un petit effort que nous ne regretterons pas, et qui sera bien récompensé par les atouts de la belle ville de Tavira.

Tavira 

A la sortie d'une ruelle, nous débouchons sur la rive gauche de la rivière, face au pont ancien, désormais réservé aux piétons, sur lequel un accordéoniste accompagne les passants sur la mélodie du film "La vie est belle", de Roberto Benigni. Au bout du pont, s'ouvre une belle place qui descend doucement en amphithéâtre, vers des terrasses de bistrots, que le soleil vient encore lécher de ses rayons.

La place principale de Tavira 

Nous arrivons à point nommé, pour assister, dans une toute petite salle cosy, à un court récital de fado et de guitare portugaises, agrémenté d'explication sur les origines et l'évolution de cette musique. Complaintes de femmes de marins, chansons de départs et d'attentes, cris d'espoir et de désespoir, le Fado s'accroche à la vie quotidienne de ceux qui s'en vont, sans pouvoir ni vouloir oublier celles, ceux et ce qu'ils ont quittés. Comme les chants de marins du Finistère, de Cork, de Naples ou d'Amsterdam, les paroles du Fado diffusent une brume, déchirée par la colère, le drame, la joie ou la fierté. Le Fado est un peu l'accent de celui qui erre, perdu dans des quartiers de villes inconnues, désespéré de n'y rien trouver de sa terre natale. Le rideau s'ouvre, une heure plus tard, pour nous permettre de reprendre notre visite.

Fado com historia 

Nous montons jusqu'au castelo dos mouros. Les vestiges de ce château, offrent une vue plongeante sur les toits de la ville. Des toitures bien caractéristiques dans cette région, constituées de quatre pans, en forme de pyramides. En descendre, par les étroites ruelles, est un jeu de labyrinthe, qui s'écoule joyeusement jusqu'à la rivière, le rio Gilao. Nous sommes, depuis notre arrivée, sur la rive droite de la rivière. Le soleil, dans sa lente course vers les eaux, oublie peu à peu ce quartier de la ville. Nous franchissons à nouveau le pont, pour la fin de promenade, le long des quais, encore baignés de soleil.

Nous traversons le superbe marché couvert, aux verrières soutenues par des ouvrages et piliers en fer forgé, couleur vert bouteille, qui donnent un accent parisien au lieu.

Avant de retourner au fourgon, nous nous arrêtons à une terrasse, face au soleil de fin de journée, pour déguster un apérol spritz, entourés de couples, de groupes d'amis et d'étudiants, sourires et verres aux lèvres.

Tavira est une très belle ville, tranquille, mais loin d'être ennuyeuse, d'une tranquillité accueillante, indolente, presque paresseuse. Le cœur de la cité est agréable à visiter. Il distribue le temps comme une friandise dont on profite sans même se rendre compte. On resterait là, à écouter l'accordéoniste du pont, à se dire qu'effectivement la vie est belle.

Coimbra, dans le centre du pays avait été notre premier coup de cœur, Tavira, ici, dans le sud, sera le second. A la tombée du jour, nous fermons la porte du fourgon, le sommeil s'y engouffre, compagnon d'une paisible nuit.

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Cacela Velha

Cacela Velha, un gros hameau, que l'on visite en quittant la route qui mène à Vila Real de San Antonio, vaut vraiment le court détour. Il est presque dix heures lorsque nous y parvenons. Nous sommes partis de Tavira, il y a à peine vingt minutes.

Les basses maisons aux façades de chaux blanches, enjolivées par les volets et les portes d'un bleu majorelle, conduisent à une large terrasse d'où s'envole le regard jusqu'à toucher l'horizon. Le fortin aux murs épais et insolents semble encore défier les envahisseurs venus de Castille. Une promenade en fait le tour, nous offrant notre marche matinale, dans un jardin naturel, fait, d'agaves, de figuiers de Barbarie, de pois de senteur, d'une prairie de fleurs blanches, jaunes et rouges. Sur la place du château, une belle église, dans sa robe blanche, domine l'arrière du village. Casela Velha est modeste, c'est toute cette humilité harmonieuse qui en fait son attrait. On la dirait sortie d'une toile de l'école de Pont Aven. On sent que l'homme, ici, courbe l'échine et s'accroche solidement.

L'océan et l'horizon... 
Le village et ses maisons basses blanches 
La petite église de Cacela 
Le fortin 
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Vila Real de Santo Antonio

Laissant le village endormi dans notre dos, nous nous dirigeons vers Vila Real de Santo Antonio. Une bien jolie station balnéaire, mais pas que. L'ambiance y est joyeuse, presque festive. Les rues sont envahies par les étals des boutiques, ici, les serviettes de plages multicolores, là, coussins et draps, ici encore ménagères et casseroles, il y en a pour tous les goûts. C'est une foire à ciel ouvert. Au coin d'une rue, un monsieur, casquette marine enfoncée jusqu'aux oreilles et cigarettes au bec, vend des tellines, fruits de sa pêche du matin.

Le style mauresque 
La place principale 
Toits pentus typiques de la région 

Nous nous arrêtons au restaurant Cuca. Le guide du routard en fait une halte à apprécier. Devant la porte d'entrée, les poissons de la pêche matinale, repose sur un lit de glace. Il suffit de faire son choix, et le cuisinier vous fait griller tout ça. Notre plat de sardines grillées, le Bacalhau a bras, sont succulents, et le petit vin vert, bien frais, s’accommode à souhait. Peu à peu, la terrasse se rempli jusqu'à déborder sur le trottoir d'en face, à la grande joie du propriétaire qui n'économise pas d'efforts d'organisation pour caser ses clients du jour. Nous ne nous attardons pas trop, afin de laisser la place à un groupe d'espagnols impatients, et surtout affamés.

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Castro Marim

Nous poursuivons notre visite des villages de l'Algarve du sud, par une courte halte à Castro Marin. La promenade allant du château jusqu'au fort, nous permettra de bien digérer les sardines de midi.

Forte do Sao Sebastiao 

A partir de là, nous entamons la remontée vers le nord du pays, en prenant la direction de la région de l'Alentejo.

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Alcoutim


En chemin, nous nous arrêtons à Alcoutim. Un très joli village de l'arrière pays de l'Algarve, que nous visiterons sous une pluie soudaine.

Ici également, le bourg est dominé par un château, auquel on accède en gravissant d'étroites ruelles pavées.

La responsable de l'office de tourisme, tout sourire, est heureuse de nous accueillir, s'appliquant à nous donner les informations dans un français très correct.

Alcoutim 

Au bas du village, sur les rives du rio Guadiana, les bateaux sommeillent. En face, c'est l'Espagne. Le village de Sanlucar de Guadiana nous regarde de ses maisons blanches qui viennent se perdre jusqu'au bord de l'eau.

Sanlucar de Guadiana (village espagnol) 
Sur le petit port de pêche 

Pour arriver jusqu'à Alcoutim, nous avions délaissé la route nationale principale, et emprunté la nationale secondaire, baptisée la route de la Guadiana. Une route tranquille, qui suit la rivière et ses méandres, se faufile dans les vallons, traverse des hameaux, surplombent les eaux marrons du rio qui secouent de magnifiques bateaux ayant jeté l'encre pour une nuit ou plus. Une route si tranquille, que des perdrix piètent puis s'envolent au devant du fourgon. Bucolique à souhait, le tracé nous fait traverser les derniers paysages de l'Argarve et découvrir les tous premiers acres de l'Alentejo, région la plus grande du Portugal.

Le long de la Guadiana 
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Mértola

Passé Alcoutim, nous nous dirigeons vers Mértola. Au détour d'un virage serré, la petite ville nous apparait sur son piton rocheux, sagement repliée sous la protection de son imposant château fort. Nous garons le fourgon pour la nuit, juste à côté de celui de deux sympathiques bretons, que nous dérangeons dans leur apéritif du soir.

Mértola 
La forteresse de Mértola 

Une visite dans les premières rues du village, nous fait tomber sur une minuscule épicerie, où nous trouvons pèle mêle, le pain traditionnel de Mértola, le chorizo doux, le fromage de chèvres et de brebis, un gâteau de fromage de chèvre, et un bon vin blanc de l'Alentejo. Ce soir, c'est festin au fourgon !

Les produits locaux de l'Alentejo 


Comme nous, Mertola, se réveille doucement, profitant d’un ciel d’un bleu profond, annonciateur d’une belle journée. Il est neuf heures. L’air est déjà chaud. Nous passons par le petit marché quotidien, installé sous une halle, où fleuristes, maraîchères et vendeuses de gâteaux se partagent le lieu pour présenter leurs produits. Nous y réservons un bol de fraises, des gâteaux aux amandes, à l’orange, et aux blanc de poulet pour nos prochains repas. La cafétéria du marché, aux tables occupées par les habitués, possède une étroite terrasse qui donne directement sur la rivière. Une vue imprenable pour apprécier son expresso en ce début de journée. Nos pas nous mènent dans une petite boutique, où un sympathique monsieur, essayant de se souvenir de son français d’école, nous vend de l’huile d’olive de la région, et un vin blanc de Mértola.

Suivre la ruelle pavée située derrière sa boutique, et qui mène jusqu’au château, est une réelle ascension, interrompue par la visite de l’église Matriz. Une ancienne mosquée christianisée après le départ des maures. L’intérieur est vraiment étonnant de par sa dimension presque carrée, son plafond en arcades soutenues par de minces piliers, et ses portes en forme de trou de serrure géant.

L’église Matriz 

En sortant de l’église, nous poursuivons notre grimpette jusqu’à la cour du château fort.

Autour du donjon, le chemin de ronde offre une vue spectaculaire sur les paysages verdoyants, et sur les gorges étroites tracées par la rivière en contre-bas.

Il ne reste plus qu’à redescendre, passer chez l’épicier faire provision de chorizo, et prendre la route.

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Serpa

Aujourd’hui encore, nous allons suivre la nationale secondaire pour atteindre Serpa.

La cité est connue sous le nom de Serpa la blanche, pour ses maisons aux façades recouvertes de chaux. Nous y arrivons vers treize heures, et la ville est presque entièrement endormie. La place centrale et les ruelles sont désertes. Il fait presque 25 degrés. Une commerçante maniant parfaitement notre langue, nous explique que par ce froid, les habitants restent chez eux !.. Un petit tour du centre ville et nous voilà à nouveau sur la route.

Place principale de Serpa 
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Monsaraz

La nationale 255, au revêtement parfois surprenant, traverse de magnifiques paysages cousins germains des vallons de Toscane. Nous filons au travers d’immenses plantations d’oliviers, auxquelles succèdent celles de chênes lièges, d’arbres fruitiers, et les champs de blé couchés par la brise.

A l’entrée des villages, les bancs et les chaises, en bord de route, sont occupés par des personnes âgées qui ne manquent rien du passage des voitures, et des touristes dans leur fourgon. Un petit salut répond au nôtre. Une heure de trajet pour rejoindre Monsaraz, qui nous apparaît sur son pic rocheux, dominant une vallée profonde envahie par les eaux du Rio Guadiana, retenues un peu plus haut au barrage d’Alqueva.

Monsaraz sur son piton rocheux à 800 mètres d'altitude 

Au pied du village, un grand parvis sert au bus pour déposer leurs passagers, pour leur permettre de faire de belles photos. Nous nous y arrêtons pour faire de même. Deux dames sont là, à scruter l’horizon. L’une d’elles nous dit être parente d'une famille de la région du Vigan. Quant à la seconde, installée au Portugal depuis cinq ans, elle nous dit avoir travaillé au Vigan. Drôle de coïncidence que cette rencontre, presque émouvante pour cette dame, de retrouver ici, au fin fond de l’Alentejo, des cévenols et leur accent chantant. Nous échangeons quelques minutes avec elle, avant de monter au village. Notre garons le fourgon, sur ce qui devrait être le plus beau spot du voyage.

Vue du belvédère 

Juste au dessous des remparts, avec la vallée pour horizon. Devant nous, une nouvelle ascension pour accéder à la cité. Le château fort dégage puissance et sécurité. En son centre, une place en amphithéâtre qui reçoit les évènements estivaux. Son chemin de ronde promène le regard sur les vignes de la région donnant le fameux Reguengoz de Monsaraz.

Le centre du bourg est constitué par trois ruelles étroites et parallèles, dont la rue centrale bordée de superbes maisons seigneuriales du 16ème siècle. Tout, ici, a été réalisé avec délicatesse. Pas de fils électriques, tous les réseaux sont enterrés. Les ruelles sont pavées de schistes, le moindre recoin est restauré, pour le regard du visiteur. Pour autant, le village n’a pas succombé à la tentation mercantile. Sut été facile, au regard de ses attraits touristiques. Les devantures des quelques boutiques de souvenirs sont restées sobres, s’imbriquant à merveille dans le décors. On ne compte que trois ou quatre restaurants. Les autres boutiques semblent avoir été triées sur le volet. On s’y promène donc avec douceur et volupté.

Monsaraz 

Monsaraz fût un très belle halte sur notre route vers Evora. Si belle, que nous décidons de passer la nuit à l’ombre des remparts du château.

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Évora


Quarante minutes de trajet. Nous voici garer Rossio de Sao Brés à Évora. Nous avons prévu de consacrer la matinée à la visite de la ville.


 Évora

Nous traversons un agréable jardin public, fleuri et arboré. De nombreux étudiants animent le kiosque, en prenant leurs petits-déjeuners, aux côtés de touristes matinaux.

Plus loin, sur la place du 1er mai, où est installé le marché couvert, on met en place les terrasses pour le coup de feu de midi. Face au marché, l’imposante façade ocre de la Capela des Ossos (Chapelle des ossuaires), s’avance sur la place San Francisco, où s’affairent les premiers commerçants.

Une petite ruelle conduit sur la magnifique Praça de Giraldo (place de Giraldo), dont l’unité architecturale fait penser aux plus belles places de Rome. De magnifiques demeures à cinq étages entourent le lieu, surplombant les terrasses des restaurants et cafés. Se faisant face, en un paisible affrontement politico-religieux, la mairie et la belle église Santo Anto, en forment les limites extrêmes. Cette place respire, bouillonne, accueille la lumière, attire les visiteurs, pour les envoyer, par la suite, aux quatre coins de la cité, par des ruelles enchevêtrées les unes aux autres, et qui, immanquablement les ramènent à elle.

Place de Giraldo 

Il faut monter la rue du 5 octobre pour accéder à la belle place Conde vila flor, pour admirer les ruines du temple romain (1er siècle), faisant face au couvent et à l’église des Loios, jouxtant le jardin de Diane, au fond duquel s’ouvre un beau panorama sur les quartiers de la ville. A deux pas, la monumentale romano-gothique cathédrale occupe les regards et les discussions.

Rue du 5 octobre 
La cathédrale 
Place Conde vila flor 

Nous ne sommes dans Évora que depuis une heure, et, déjà, nous prenons conscience du patrimoine exceptionnel de cette ville, de ses diverses influences architecturales et de son histoire. C’est ici que Vasco de Gama reçu l’ordre de partir à la recherche de la route des indes, en 1497.

La suite de la visite confirmera cela, avec son lot de palaces, de maisons de maîtres, de couvents, d’églises, de portes d’accès à arcades décorées. Il faut lever la tête quand on visite Évora ; là, un petit balcon où Juliette aurait pu attendre son Roméo, ici, une fenêtre manuéline, plus bas, un patio fleurie décoré d’hirondelles de faïence, plus haut un mur d’azulejos religieux...

Fenêtre manuéline 

Quatre heures, à passer de quartier en quartier, de rues descendantes en ruelles montantes, de places ensoleillées en petits squares baignés de fraîcheur sous de grands arbres fleuris.

Au fond d’une impasse joyeusement colorée, le charmant petit restaurant Pateo, offre ses tables dans une courette rafraîchie par une treille épaisse. Une pause bien méritée au bout de notre périple. Saucisse grillée d’Évora, morue aux pois chiches, légumes grillés, fromage de brebis fondu, feront notre repas, le tout arrosé d’un verre de vin produit dans la région.

Le restaurant Pateo, une pause déjeuner gourmande bien agréable

Il est déjà trois heures. Nous reprenons la route vers Marvao.

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Marvao

Pour y parvenir, nous suivons la route des vins de l’Alentejo, épousant les courbes et les vagues d’une mer de pieds de vignes, surveillée çà et là, par des cigognes, juchées sur les arbres ou les poteaux électriques.

Marvao, voilà un lieu que les chevaliers cathares ne renieraient pas. Éperon rocheux, en forme de bateau, et juché à plus de huit cent mètres d’altitude, le village domine la large vallée de toute sa hauteur. Par certains côtés, il rappelle le château de Peyrepertuse. Cette fierté qui se dégage de ses murs, son arrogance, sa puissance. Mais là s’arrête la comparaison, ici, les murailles sont quasiment intactes, et abritent un village préservé, aux maisons blanches.

La forteresse de Marvao sur son éperon rocheux

Le chemin de ronde ininterrompu permet de faire le tour complet des fortifications. Le panorama à trois cent soixante degré est époustouflant.

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Castelo de Vide

Petit à petit le soleil décline, nous devons poursuivre vers notre dernière destination, la petite ville de Castelo de Vide.

Castelo de Vide 

Lorsque nous arrivons sur la grand place, c’est le désert. Mais, il suffit de nous avancer un peu plus derrière l’église pour tomber sur l’animation du soir du centre ville. C’est la sortie de la messe. Non loin de là, les terrasses sont occupées et gentiment bruyantes. Les commerces tombent leur rideau les uns après les autres.

Nous montons vers la ville haute. Le verbe monter prend là toute sa signification, nous escaladons plutôt que de monter, les ruelles abruptes qui mènent à la ville haute. Les rues de San Francisco ne sont rien en comparaison. Arrivés au sommet, c’est un toile d’araignée de petites ruelles qui s’allonge jusqu’au quartier juif et sa synagogue, et descend jusqu’à la fontaine Da Vila. Il faut savoir que l’eau coulant à toutes les fontaines de la ville est potable. Un eau minérale est d’ailleurs exploitée ici.

Fontaine Da Vila 

Nous mettons fin à la visite, pour nous rendre jusqu’au village qui nous accueillera pour la nuit : Vila Velha de Rodao. Pour y parvenir nous empruntons une très belle route qui suit les méandres des gorges du rio de Nisa.

A la tombée de la nuit, nous garons le fourgon dans un parc public aménagé. La journée fût longue, notre nuit devrait être agréable.

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Vila Velha de Rodao


Vila Velha de Rodao à la tombée de la nuit

Le soleil se lève, paresseux. Il laisse la brume se promener encore quelques temps sur le bras du Tage, qui, ici, prend l’apparence d’un lac de montagne.

Une gorge étroite barre l’horizon. Ses à pics plongent dans l’eau bleue. Deux barques de pêcheurs glissent lentement au fil du courant, presque immobiles.

Le Tage à Vila Velha de Rodao 
Un havre de paix au bord de l'eau

Nous quittons Vila velha de rodao, cet havre de paix, pour la longue route qui nous attend.

12

A partir d’aujourd’hui, le chemin du retour suivra la diagonale qui monte jusqu’au pays basque. Sur la ligne tracée à l’avance, la ville de Salamanque, sera le premier point.

Comme toujours, la route nationale défile devant nous.

A notre entrée en terres espagnoles, en région d’Extramadura, elles nous proposent une belle ascension par une route sinueuse qui s’élève très vite. Les genêts sont en fleurs, la montagne a sorti ses plus belles couleurs. Un arrêt à un belvédère, nous permet d’embrasser du regard, cette belle région. L’air est frais et pur.

Paysage de la région de l'Extramadura 

Nous arrivons à Salamanque deux heures plus tard. Nous nous garons à quelques pas du pont romain, et empruntons les escaliers qui nous mènent au pied de la cathédrale.

Le pont romain et la cathédrale 

Quelle impression ! Au sortir de la petite rue servant d’accès au centre historique, on est tout de suite soufflé par la puissance, la juxtaposition des monuments. Les palais, la cathédrale, les arcades, les façades richement décorées, se succèdent sans discontinuer. Nous arrivons sur la place mayor entièrement ceinte de riches demeures sur trois niveaux. Cette place est décrite comme la plus belle d’Europe. Aujourd’hui, elle accueille les préparatifs de la féria du livre, l’effervescence est là. Nous nous perdons avec délectation dans les rues, pour tomber là, sur une charmante église, ici sur une porte sculptée, plus loin, sur une fenêtre rappelant le style manuélin rencontré au Portugal. Salamanque est une très belle ville, portée par un patrimoine harmonieux et foisonnant. L’histoire est dans la rue, sur les places, il suffit de lever la tête pour être séduit. Nous flânons comme cela trois bonnes heures, avant de poursuivre notre chemin, vers Valladolid.

Nous trouverons notre halte à Simancas, à l’orée d’un jardin envahi par la terrasse d’un café. Nous prenons une table sur l’herbe avec, dans les yeux, les rayons chauds d’un soleil déclinant. Nous terminerons cette journée, dans le restaurant juste à côté, autour de délicieuses grillades.

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Valladolid

Contrairement à Salamanque, à Valladolid, les monuments sont dispersés, comme semés çà et là, dans les quartiers de la ville. La sympathique dame de l’office de tourisme nous organise le tour du centre historique, avec enthousiasme. Nous suivrons, en détails, le tracé qu’elle a dessiné sur le plan, au bic rouge.

Notre parcours de découverte prend une forme arrondie, avec les éternels palais, couvents et églises. La cathédrale, magnifique, à cette particularité d'être inachevée depuis sa construction, et de le rester. Devant un de ses murs, se prépare une importante cérémonie, avec orchestre en habit de gala, gardes aux chapeaux emplumés, tapis rouge et quartier bouclé par les forces de l'ordre. Signe que l'évènement doit être important, les hommes et les camionnettes de la voirie municipale recueillent à la hâte, les papiers, herbes folles et autres détritus qui pourraient gâcher le tableau. Les curieux commencent à s'agglutiner derrière les barrières, ne voulant rien rater du spectacle.

La cathédrale de Vallodolid 

Nous ne pouvons nous attarder, et reprenons notre visite, d'autant qu'un monsieur nous dit que la cérémonie ne commencera qu'à midi.

Avant de parvenir devant la cathédrale, nous avons découvert un lieu vraiment atypique. Ce sont les anciennes arènes de la ville, de forme hexagonale, qui ont été transformé en appartement. Les loges servent d'habitation, et ce qui était autrefois la piste, est devenu maintenant un large patio arboré et fleuri.

Les anciennes arènes transformées en logements 

La ville est avant tout une ville moderne. Les nouveaux immeubles bousculent les monuments du patrimoine. La cité se reflète dans le rouge brique des façades des maisons. La plaza mayor est un immense carré. Les maisons s'y étirent, soutenues par des colonnes de pierre, créant une promenade abritée et fraiche. Les vitrines des boutiques sont en retrait.

Plaza mayor 

Valladolid, ville de Cervantès, l'auteur de Don Quichotte, a beaucoup de charme et d'attrait. Nous y avons passer le temps fort agréablement. Il nous faut cependant poursuivre notre chemin de retour.

Miguel de Cervantès 
Balade dans la ville 
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Burgos

A quelques heures de là, nous faisons une seconde halte dans la ville du Cid : Burgos. Nous garons notre fourgon à l'orée d'un bois qui domine la ville, juste sous le château. Une descente empierrée nous approche de la ville. Après quelques mètres, nous bénéficions d'une vue imprenable sur la cathédrale de Burgos. Inscrite au patrimoine de l'humanité de l’Unesco, elle hérisse son clocher et ses tours dans le ciel de Castille. De notre position, il nous semble que la ville entière est venue se blottir contre la cathédrale. Parvenus sur la monumentale place qui l'entoure, elle nous paraît encore plus impressionnante.

Burgos et sa cathédrale 
La cathédrale de Santa Maria 

Nous croisons de nombreux pèlerins du chemin de Compostelle, lourdes sacoches dans le dos et bâton à la main, assis sur les grandes marches, profitant de l'instant. Burgos a des faux airs de ville Italienne par les nombreuses et belles places qu'elle offre. Il suffit de passer un porche, de sortir d'une minuscule ruelle, et, tout à coup, la lumière vous happe, pour vous conduire jusqu'à une large place, où trônent fontaines et statues. Nous passons devant le Café Espana, avec sa belle devanture désuète et ses fauteuils en rotin. Ce café est une véritable institution vieille de cent ans, mais qui, ce jour là, n'ouvre qu'à dix sept heures.

Si on prend le temps de lever la tête, on peut, au fil de la promenade, admirer les avancées de bois qui doublent les fenêtres des maisons. Ceci n'est pas caractéristique de Burgos, mais cette architecture est, ici, quasiment partout présente sur les façades.

A la sortie de la place centrale, le paseo borde la rivière Arlanzon. De nombreux restaurants, aux terrasses protégées par des platanes centenaires, y proposent leurs spécialités. Un parfum gourmand de paella flotte de table en table. Les guéridons des bistrots sont envahis par les grands verres de sangria, qui donnent le sourire aux élégantes Burgalesas (habitantes de Burgos). Nous croisons le cortège d'un mariage sortant de la cathédrale. Les couples se tiennent le bras, les enfants aux souliers vernis courent devant eux, chacun rivalise d'élégance, jusqu'à cette dame arborant fièrement la mantille traditionnelle noire. Les artères commerçantes sont envahies. La rue est à la jeunesse. Les plus âgés occupent les bancs publics se délectant de toute cette agitation, tout en glissant des regards réprobateurs devant telle ou telle tenue.

La fin de journée glisse doucement, nous remontons vers les sous-bois pour récupérer le fourgon. Il nous reste pas mal de route à faire jusqu'au pays basque. Nous désirons nous avancer au plus près de San Sébastian.

A partir de Burgos, nous allons prendre un route départementale pour nous enfoncer dans une région montagneuse, au décor sublime. Les maisons aux volets rouges de notre début de voyage réapparaissent, entourées de prairies qui se jettent dans l'eau d'une tranquille rivière. Nous passons sous des tunnels taillés dans le roc, suivons le cours sinueux de la rivière, traversons des villages où s'entassent dans les arrières cours, foin et monceaux de morceaux de bois. Enfin, nous parvenons à notre village étape : Elgoïbar. Nous nous garons pour la nuit, sur le parking du stade de football. En fait, quand nous arrivons, il y a match entre l'équipe locale de jeunes, et celle de la ville voisine. Nous nous installons en mode VIP au bord de la pelouse, avec les autres spectateurs, autour d'un guéridon. Nous commandons quelques tapas à base de champignons, jambon, poissons, anchois et piment, et deux verres du vin blanc local. On ne pouvait rêver mieux pour terminer cette longue journée.

Tapas espagnols 

Le coup de sifflet final survient sur la victoire des locaux, il est vingt heures trente, nous rejoignons le fourgon. Petit à petit, les véhicules qui occupaient le parking s'en vont. Bientôt, la nuit arrive, il ne reste plus que nous.


Il est neuf heures du matin sur le parking brodant le stade. Des voitures arrivent, les portières claquent, des enfant s'interpellent joyeusement. Apparemment, il y a encore match pour les plus jeunes. Nous laissons tout ce petit monde à son ballon rond, pour prendre la route vers San Sébastian, située à une heure de là.

Nous avons la chance de trouver bien vite une place, le long de la promenade d'une des plages de la ville. Le contrôleur des parkings nous explique que nous ne disposons que d'une heure trente de stationnement, après, il faudra déplacer notre véhicule. Nous faisons donc un rapide tour de la ville, et de ses principaux lieux incontournables, en vue d'une prochaine visite, lors d'un prochain voyage en pays basque. C'est la grande foule partout, sur les plages, sur les promenades, dans les rues, aux terrasses. San Sébastian a tout d'une ville jeune, balnéaire, joyeuse, avec son identité basque de bonne vivante. C'est sûr nous y reviendrons.

En attendant, il faut pousser plus loin. C'est sur les terres de d'Artagnan, à Auch, que nous ferons halte pour la nuit. Les Cévennes se rapproche. La boucle est bouclée.