🇮🇩 Indonésie 🇮🇩

Après la traversée en bateau du détroit de Malacca, nous débarquons dans le dernier pays de notre périple en famille, l'Indonésie. Ses jungles, ses volcans, ...
Du 30 avril au 22 juin 2023
54 jours
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Le parcours en Malaisie, notre pays précédent.

Notre itinéraire en Malaisie, 1600 km environ

On a fini par trouver le ferry ! Celui qui relie Malacca en Malaisie, à Dumai sur l'île de Sumatra en Indonésie.

Le bruit courait parmi les voyageurs que cette liaison en ferry n'avait pas survécu au COVID. Et nous n'arrivions pas a trouver un site internet qui propose des billets pour la traversée. C'était un coup dur. Car nous avons vraiment planifié notre itinéraire selon une continuité géographique, de façon à pouvoir passer d'un pays à l'autre par les frontières terrestres ou maritimes, en réduisant l'avion au maximum (nous n'avons pris l'avion "que" pour arriver à Kathmandou, en repartir, puis le reprendrons depuis Bali pour rentrer à la maison).

Aussi, quand j'ai vu ce post sur Facebook, indiquant qu'un ferry assurait la traversée tous les jours, c'était à la fois la surprise que ce soit soudain si simple, et le soulagement d'avoir une solution sans passer par les airs.

Je précise au passage que le sujet n'est pas anodin, car en Asie du Sud Est il existe de nombreux vols internes ou locaux à très bas prix. Ce qui signifie qu'il faut parfois être vraiment motivé pour passer une journée ou plus dans un bus, quand l'équivalent peut être parcouru en 2h maximum en avion, et à bas coût... Et c'est ainsi des liaisons maritimes "coulent". Par exemple, en Malaisie, Langkawi - Penang coûte 15€ seulement en avion pour 25mn de vol. L'équivalent en ferry n'a pas survécu à cette concurrence. Et le trajet par la terre, 5h...

Le ferry pour Dumai

Mais nous voici à Dumai. C'est un tout petit port : la douane et rien de plus. Le premier contact avec les indonésiens est sympathique : le douanier prend le temps de nous expliquer comment renouveler notre visa pour aller au delà des 30 jours accordés. En revanche, pas un distributeur ni un bureau de change. On n'a pas une roupie indonésienne en poche, mais des Ringgit de Malaisie.

Scénario classique, les chauffeurs de taxi nous "tombent dessus" dès qu'on pose un pied dehors. L'un d'eux a l'air sympa et moins collant, on négocie un peu et on convient qu'il nous emmènera à la gare des bus avec un stop pour retirer de l'argent. Il ne parle par anglais mais est très gai, il plaisante. On voudrait aussi changer nos derniers ringgits, mais les bureaux de change sont fermés. Pas de problème, il nous emmène chez un épicier qui fera le job !

Après avoir été habitués au niveau de développement de la Malaisie, nous avons un peu l'impression de retrouver le Népal. Les constructions ont l'air moins bien finies, mais on retrouve aussi les vendeurs et marchés de rue, les klaxons musicaux des bus !

Bus de nuit version Mad Max !

A la gare des bus, la jeune femme au guichet fait de son mieux pour nous aider : une fois les billets achetés, on aimerait bien manger mais il n'y a rien autour ... qu'à cela ne tienne, elle nous commande un "Grab" (équivalent de Delivroo) depuis son téléphone, le riz (super épicé !) et les noodles (très bonnes) arriveront jusqu'à nous !

Pendant notre attente, la femme de la petite boutique de boissons vient nous offrir des épis de maïs bouilli. Comme ces attentions sont sympathiques ! Notamment un jour d'arrivée dans un nouveau pays, et dans un bled paumé !

Terima Kasih! Merci beaucoup ! C'est facile, ça se dit comme en Malaisie 😊. Pratique, pour le premier petit mot que nous apprenons systématiquement à l'arrivée dans un nouveau pays.

Prochaine étape : 12h de bus de nuit pour rejoindre Medan, 3ème ville du pays et capitale de Sumatra, puis Bukit Lawang, la porte d'entrée pour aller voir les Orang-Outan. On a acheté les 4 dernières places du meilleur bus (avec la clim et les toilettes !) mais du coup on sera assis ... à côté des toilettes 😂 !

A suivre :-)

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Malacca - Dumai - Medan - Bukit Lawang en ferry puis bus : un voyage de 24h qui nous a bien rincé !

Bukit Lawang : le point bleu sur la carte

Nous voilà donc en Indonésie 🇮🇩, sur l'immense île de Sumatra (474 000 km² pour 60 millions d'habitants), la plus grande du pays. Le deuxième pays après le Laos où nous sommes de véritables millionnaires (100 euros = 1 600 000 rupia 🪙💰).

Bukit Lawang est l'une des portes d'entrée du parc national de Gunung Leuser et ses 8000 km². Deux fois plus grand que le Taman Negara Malaysia, 8 fois plus grand que Chitwan au Népal. Quelques chiffres pour avoir une idée de la surface de jungle qui est protégée et la difficulté à surveiller ce qui s'y passe.

Située de part et d'autre de l'équateur, Sumatra est un réservoir de biodiversité aussi important que l'Amazonie. Et il est menacé de la même manière : exploitation forestière, pratique du brûlis pour étendre les zones agricoles (palmiers à huile), braconnage... Malheureusement, l'histoire se répète partout et j'ai l'impression de faire un tour d'Asie du sud-est des espèces en voie d'extinction... On voit de belles choses, mais c'est déprimant de constater que les actions mises en place pour encore sauver ce qui peut l'être semblent aussi dérisoires face à cette machine humaine implacable qui engloutit tout sur son passage... 😵‍💫 🤯

Sumatra abrite de nombreuses espèces endémiques (= qu'on ne trouve qu'ici), parmi lesquelles : le tigre 🐯, le rhinocéros 🦏, l'orang-outan 🦧... pour les plus emblématiques. Toutes, évidemment, sont en danger d'extinction 😏.

Bukit Lawang

Si les touristes viennent à Bukit Lawang, c'est qu'il est assez facile d'y observer des Orang-outan dans leur milieu naturel. Le village s'est développé car un centre de réhabilitation y a vu le jour en 1973 sous l'impulsion de deux femmes suisse zoologistes. Elles récupéraient les bébés Orang-outan capturés illégalement (les mères étaient tuées par les braconniers qui prélevaient les bébés pour les vendre comme animaux de compagnie...). Cette pratique, en plus de la déforestation du XXème siècle a décimé la population de ce grand singe qui partage 96% de son génome avec les humains : Nous pourrions lui témoigner plus de respect !

Mâle Orang Outan

Le centre a fermé en 2016, en ayant réintroduit les derniers singes, qui habitués au contact de l'homme, sont restés dans la forêt proche du village. Les Orang-outan que l'on rencontre ici sont donc appelés "semi-sauvages", du fait de cette acclimatation à l'homme. Les Orang-outans sauvages étant tellement craintifs qu'il est extrêmement difficile de les apercevoir.

Une femelle de 12/13 ans

Sur les bons conseils de Vincent (Les 4 à l'Est), nous prenons nos quartiers chez Bobi qui a monté une agence un peu différente des autres : SUMECO (Sumatra Ecoproject). Bobi est zoologiste, conservationniste, spécialiste des serpents. Il participe avec la police indonésienne à la traque des trafiquants d'animaux sauvages. Il va aussi récupérer les serpents (comme les cobras royaux) qui se sont aventurés dans les habitations pour les remettre dans la nature (auparavant, les gens les tuaient). Allez voir son site, c'est vraiment intéressant. Les treks qu'il organise pour les touristes servent à financer ses actions. Actuellement, un aigle blessé est en convalescence dans l'une des volières.

Aigle serpentaire convalescent, vivarium pour serpent, et volière

Nous allons donc passer, avec deux membres de son équipe, les trois prochains jours dans la jungle, à la rencontre des Orang-outans et autres animaux sauvages. Pour l'heure, après une belle averse, nous prenons le temps d'observer ces belles grenouilles venues s'installer sur la rampe d'escalier 😊.

Polypedates leucomystax, une espèce dont la femelle est beaucoup plus grosse que le mâle.

Mâle et femelle
Mâle attendant son heure...

Le lendemain matin, comme le veut la tradition, un petit tour du propriétaire pour découvrir les oiseaux du coin.

Coryllis à tête bleue
Pie-grièche tigrine
Zéosterop du Japon
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Rando, premier jour.

Nous partons de bon matin de chez Bobi pour rejoindre l'entrée du Parc National de Gunung Leuser, accompagnés d'Haddid notre guide et de Medji son assistant. L'objectif est de faire un maximum d'observations, pas d'enchaîner les km à un rythme effréné ("No rush, no competition !" comme le dit si justement Haddid). Nous n'avons pas encore franchi la limite du parc que nous rencontrons déjà notre premier Orang-outan, un jeune mâle, on ne pouvait mieux commencer cette journée ! Nous sommes en admiration devant cette nonchalance qui se dégage de son attitude si paisible. Le déplacement, d'arbre en arbre, se fait doucement avec une grande maîtrise, en jouant sur la flexibilité des troncs et des branches. En mode économie d'énergie, l'orang-outan ne saute pas, contrairement à d'autres espèces de singes comme les macaques ou les Thomas Langurs, qui sont aussi présents dans le parc.

Notre première rencontre

A peine plus loin, une mère et son petit de 3/4 ans. Nous n'en revenons pas... Nos guides nous expliquent que nous avons vraiment de la chance !

Le jeune Orang-outan reste 6 à 8 ans avec sa maman, une relation fusionnelle, le temps d'apprendre comment survivre dans la jungle : se déplacer, faire un nid quotidien, choisir les fruits, les feuilles... On est loin des petites tortues marines totalement livrées à elles-mêmes...

Dans les plantations d'hévéa

Nous finissons par passer l'entrée du parc, déjà 3 Orang-outans, que nous réserve la suite ? Cette région du Gunung Leuser est très montagneuse. Les sentiers sont une succession de montées/descentes escarpées. Il faut parfois attraper les racines pour grimper le sentier de terre, qui doit sûrement se transformer en patinoire à la moindre pluie.... Et ici, il pleut ! Tous les jours depuis que nous sommes sur Sumatra. De bonnes averses orageuses, des seaux d'eau qui tombent du ciel ! But "so far so good" (jusqu'ici tout va bien) comme disent nos amis british.

Au bout de 2 heures de marche, Medhi nous prépare un magnifique plateau de fruits tropicaux pour nous requinquer ! Ce n'est pas pour les singes, c'est bien pour nous ☺️ ! Nous faisons la danse de l'orang-outan pour nous attirer les bonnes grâces de la forêt...

La danse de l'orang-outan 🦧

Quelques mètres plus loin Haddid repère cette vipère arboricole (crotale de Wagler). Parfaitement immobile, on peut la prendre en photo sous toutes les coutures.

Crotale de Wagler 🐍

On admire aussi ces belles fourmis 🐜 géantes. Impressionnantes mais pacifiques et inoffensives avec nous, malgré leurs mandibules surdimensionnées.

Nous n'avons pas trop loin à marcher, un groupe de Gibbons à mains blanches se nourrit dans des arbres. Assez farouches, on ne peut les observer que de loin.

Gibbons à mains blanches

Au même endroit, alors que nous avons les yeux rivés sur les Gibbons, à essayer de les distinguer à travers les feuillages, Anne-Laure nous interpelle, un animal se déplace sur un tronc... C'est un lézard "caméléon" qui passe d'arbre en arbre.

🦎🐉

C'est la pause déjeuner. Haddid sort de son sac du riz frit aux légumes. Ils ont tout prévu 😋 ! Nous faisons le bilan de ces premières heures, c'est incroyable la chance que nous avons eue. Certains touristes ne voient pas tout ça après trois jours de randonnée...

On pensait l'après-midi plus tranquille. C'était sans compter sur ce mâle qui est venu à notre rencontre. Qui observe qui ? Nous restons ainsi 30 minutes à se dévisager mutuellement en silence.

La journée est bien avancée. Nous arrivons sur le territoire du grand faisan d'argus. Un magnifique oiseau (surtout le mâle) doté d'un plumage très élaboré et connu pour sa parade nuptiale absolument fascinante.

Faisan grand Argus mâle

Nous n'avons pas vu la danse, mais vous pouvez la voir ici (allez directement à 4 mn sur la vidéo), ça vaut le détour !

Nous arrivons finalement au campement pour passer notre première nuit dans la forêt. Encaissé entre deux versants abrupts, au bord d'un cours d'eau, c'est sommaire mais suffisant. Des armatures en bambou sont recouvertes de bâches, ce qui permet de passer la nuit au sec en cas de pluie (ce qui arrivera).

Campement en bord de rivière

Après un super dîner mieux qu'au restaurant, nous faisons une petite sortie de nuit avec Maxime et nos guides, en remontant la rivière à la lumière de nos lampes frontales, histoire de découvrir la faune nocturne des environs. Nous trouverons quelques beaux spécimens de grenouilles.

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Rando, deuxième jour

Manquant cruellement d'inspiration pour la suite de nos péripéties dans le Gunung Leuser, je mets ici le résultat de nos observations de la journée.

Le singe Thomas's Langur (Semnopithèque de Thomas) et sa crête bien caractéristique. Endémique du nord de Sumatra, il est menacé par la destruction de la forêt.

Thoma's Langur

Le macaque à queue de cochon des îles de la Sonde. Classé vulnérable à cause de la disparition de son habitat.

Mâle avec un beau pelage

De nouveau des Orang-outans.

Une femelle de 12/13 ans

En vrac, quelques autres prises.

Nous nous prenons une averse tropicale avant d'arriver au campement. Seul Maxime a eu le temps de sortir sa veste de pluie. Les guides, prévoyants, récupèrent nos sacs à dos en quelques secondes et les rangent dans des sacs plastiques bien épais, la seule garantie de ne pas se retrouver avec l'intégralité de ses affaires trempées. C'est assez impressionnant, on se prend des seaux d'eau sur la tête et en une minute à peine, nous sommes humides jusqu'aux os ! Heureusement, 30 minutes plus tard c'est déjà fini et nous arrivons au camp sous un rayon de soleil. Je suis bien content d'avoir vécu cette expérience, sans quoi l'aventure dans la forêt n'aurait pas été totalement réaliste ☺️.

Des macaques ont investi le camp, il faut bien rester vigilant avec la nourriture qu'ils essayent de chiper dès que l'attention baisse.

On nous signale la présence d'une mère Orang-outan et de son petit dans un arbre tout proche. La nuit est en train de tomber, mais nous pouvons quand même en profiter. Nous voyons même la mère utiliser une liane pour se balancer et passer au-dessus d'une rivière (avec son petit accroché à ses hanches) : impressionnant !

Trop choupinou celui-là 😘

Le soir nous faisons une nouvelle excursion nocturne et découvrons des espèces de grenouilles totalement inédites 🤣.

Rando, troisième jour

La troisième journée est moins prolifique. Nous faisons tout de même quelques belles rencontres 😍.

Voilà, c'est déjà fini... Une expérience que nous ne sommes pas prêts d'oublier.

Encore un grand merci à nos guides Medhi et Haddid : teri makasi !

Avec la team !
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Pour ceux qui pourraient s'inquiéter de ne pas avoir de message sur le blog, nous sommes encore en vie et le voyage suit son cours 😊. Avec un message tous les 3/4 jours, nous vous avons trop bien habitués !

Avant d'arriver en Indonésie, je n'avais pas pris la mesure de l'immensité du pays... Et pourtant j'en passe du temps à regarder les cartes ! On avait bien lu que les transports prenaient du temps ici ; que les trajets, sur les routes sinueuses de Sumatra, allongeaient les distances...

Du nord de Sumatra à Bali : une broutille de 4200 km...

Nous avons 7 semaines pour rallier Bukit Lawang (Sumatra nord) à Bali, notre point de retour pour la France. 2300 km à vol d'oiseau et beaucoup plus par les moyens de transport terrestre (4200km). Avec notre décision d'éviter autant que possible de prendre l'avion (Une sorte de politique du "quoi qu'il en coûte" adaptée au voyage au long cours...), nous nous retrouvons à enchaîner depuis un moment des bus de nuit et des journées entières de transfert en "taxi". 16h de bus de nuit par ici, 13h de voiture par là, pour faire grosso modo à chaque fois environ 500km à 40 de moyenne... Bien que les conditions de voyage soient "globalement bonnes" cet enchaînement est assez fatiguant physiquement mais surtout moralement, d'autant plus que les lignes de train sont quasiment inexistantes sur Sumatra.

L'autre aspect concerne cette sensation d'enchaîner des spots touristiques (et pourtant ici nous sommes très loin du tourisme de masse, c'est tout juste si nous croisons 10 touristes par site) qui me laissent sur ma faim, qui ne provoquent plus ces sensations de découverte que j'éprouvais les premiers mois. L'impression d'être " «prisonnier»" d'un flux dont il est difficile de s'extraire, ou alors au prix d'efforts supplémentaires en termes de transport et de logistique. Et quand tu commences à être blasé dans des endroits pareils, alors que beaucoup de monde, j'imagine, rêverait d'être à notre place, c'est peut-être qu'il est temps de rentrer 😏...

Aucun frisson face à ce couché de soleil ? Ça pose question...

Un voyage au long cours, c'est aussi un défi lancé à sa propre famille. Ce huit-clos à 4 pendant 10 mois ne laisse pas de place à l'intimité et aux bouffées d'oxygène que nous aurions chacun dans la vie normale en France. Ce H24 qui m'était facile à gérer au début est un peu plus difficile à vivre aujourd'hui (me concernant). Plus positive, Anne-Laure garde en tête que cette année sabbatique en famille est exceptionnelle, et il lui tient à cœur d'en profiter pleinement.

Sur un site internet consacré aux volcans d'Indonésie, Anne-Laure repère le Bukit Kaba 🌋. Malgré sa facilité d'accès et son cratère fumant, il est très peu visité par les occidentaux. Nous nous écartons alors du "flux" pour rejoindre le pied de cette petite montagne. A 1000m d'altitude, le village de Curup est entouré de champs, la zone semble particulièrement fertile et le climat plus clément (plus frais) que celui des villes côtières et leur chaleur accablante. Ici on trouve des oranges🍊, clémentine, avocats🥑, et même des fraises 🍓.

A l'attitude des locaux, on comprend que nous sommes bien en dehors des sentiers battus comme on dit. Nous sommes devisagés, la plupart des gens nous disent bonjour en nous croisant et les demandes de selfies sont fréquentes 😎. Autant nous sommes anonymes dans notre propre pays, autant ici on a l'impression d'être des vedettes... Les gens sont tellement sympas et souriants que nous nous prêtons volontiers au jeu.

Selfies avec les locaux

La montée au volcan consiste en une randonnée de 2h, à travers une jungle assez dense dans laquelle vivent des Gibbons noirs (Siamang) que nous n'aurons pas l'occasion de rencontrer (ils ne sont pas amateurs de selfies...). Puis, vers 1800m, la forêt laisse place à des arbustes. La zone est plus aride, et le paysage se dégage. Pourtant, à part quelques odeurs d'œuf pourri liées aux émanations de sulfure d'hydrogène, rien ne laisse présager du spectacle qui va suivre. Il nous faut attendre le dernier moment, l'atteinte du point culminant (1950m), pour découvrir un immense cratère niché au fond d'une caldera de 200m de profondeur. On y distingue un petit lac acide, et de nombreuses cheminées dont s'échappent des fumerolles de gaz provenant des entrailles de la terre. Nous sommes absolument seuls au sommet et ravis d'admirer notre premier volcan actif.

Le lendemain de cette belle balade, nous passons la matinée à la Guesthouse. Une voiture doit passer nous chercher à 12h30 pour nous emmener à la prochaine ville. Il y a une gare de train, nous pourrons avancer par ce moyen de transport plus reposant les deux prochains jours. En attendant, nous faisons un peu d'école, mais difficile de se concentrer, il y a tous les tubes de Coldplay qui passent sur un écran connecté à une sono et à YouTube. Les enfants découvrent Chris Martin et son groupe mondialement connu qui a rempli les stades du monde entier ou presque.

Quelques heures plus tard, nous arrivons comme prévu à Lubuklinggau. Après un passage par la gare pour acheter les billets de train pour le soir, nous finissons l'après midi dans .... un KFC (le genre d'endroit où on ne met jamais les pieds en France...) pour bénéficier du Wifi, de la clim, et manger des frites (soyons honnête, elles étaient excellentes). Nous croisons de nouveau des familles qui nous demandent de faire des selfies. Et une dame, vraiment très sympathique, qui me dit très sérieusement que je ressemble à.... Chris Martin ! A part l'année de naissance, je ne sais pas trop ce que nous avons en commun 🤣 !

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Vallée d'Harau, on arrive sous des trombes d'eau 🌧️💧💧!

Nous avons choisi une guesthouse juste sous la falaise et sa belle cascade ; tout autour, des rizières. C'est très beau.

Guesthouse chez Abdi

On se pose un peu ; Sumatra est immense, les routes très sinueuses, et pour arriver ici nous avons passé 16h dans un bus de nuit, bu un thé puis partagé une voiture pour l'heure et demie de route restante.

Mais rapidement ça nous démange d'aller voir plus haut; est ce qu'on peut monter en haut de cette falaise ? Le fils de la guesthouse nous affirme que oui, mais avec un guide, car le sentier monte dans la jungle. Adjugé, nous irons demain.

Nous partons à la journée avec Frisky, jeune guide qui parle anglais, et Ouan, qui manie la machette. Mais pas que. Cet homme de 63 ans nous a beaucoup touchés. Sourire franc et bonne humeur communicative, il a rendu cette journée belle et gaie.

Tout d'abord ça monte raide, vraiment raide. Mais Maxime et Solène sont "tous terrains" maintenant, ça passe sans problème. Ouan doit éclaircir le sentier à la machette à plusieurs reprises, le sentier n'a pas été emprunté depuis 2 mois et ici la nature reprend vite ses droits. Les herbes sont hautes et envahissantes.

Première clairière, nous avons la chance d'apercevoir un très beau "Simpaï", nom local d'un singe avec une belle fourrure orange.

Singe aux feuilles mitées

Ouan offre un joli bracelet tressé à Maxime. Nous sommes étonnés, d'où sort ce bracelet? Ouan vient de le confectionner ! Et il va essayer de nous apprendre. Il arrache une longue tige de fougère, nous montre comment dénuder cette même tige, puis la tresse. "Left, right, one, one, two, don't forget"! Ça a l'air tellement facile quand c'est lui qui tresse ! Nos créations sont ... moins esthétiques :-)

Confection de bracelet 

Il nous fait ensuite découvrir une succession de très belles grottes. Nous y faisons une pause. C'est impressionnant : une énorme dalle de pierre nous abrite, elle a l'air de tenir en suspension.

Ouan sort de son sac à dos sa flûte traditionnelle en bambou; il est complètement autodidacte : il l'a fabriquée lui-même, et a appris à jouer tout seul. Encore une fois, nous essayons, et ce qui a l'air facile avec lui est bien plus complexe pour les novices que nous sommes ! On nous explique que la pratique de cet instrument se perd : on n'en joue que lors des occasions, comme les mariages par exemple, et les jeunes préfèrent apprendre à jouer d'autres instruments, comme la guitare.

Ouan nous joue un morceau traditionnel : il ne reprend jamais sa respiration, car la technique consiste à continuellement inspirer de l'air par le nez et souffler dans la flûte par la bouche.

La pause est terminée, Ouan nous montre une belle balançoire-liane! Le long du chemin, il nous fait sentir de la cannelle, de la cardamome. Nous montre un beau lézard, immobile sur sa branche. De belles plantes carnivores qui attendent patiemment des insectes.

Plante carnivore, piment, rizières...

Nous finissons cette journée par 2 cascades. Le chemin qui y mène serpente entre rizieres et plantations de piments, la base pour le quotidien !

Frisky se baigne dans la 2ème cascade, mais pas nous. Comme presque partout en Asie du Sud Est, les gens se baignent habillés. On se rafraîchirait bien aussi, mais l'idée de finir la rando avec nos habits mouillés ne nous séduit pas...

Frisky dans la cascade

Nous quittons Ouan devant sa maison toute simple où il vit avec ses petits enfants, et on le remercie encore chaleureusement pour cette belle journée en sa compagnie!

Avec Ouan, un guide super attachant
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Après avoir traversé du Nord vers le Sud l'immense île de Sumatra, deux heures de ferry nous amènent sur Java. Une nuit dans la capitale Jakarta, puis 8h de train, nous arrivons à Yogyakarta, la plus grande ville du centre de Java. Réputée pour être la capitale culturelle de l'île, la cité vit également sous la menace constante du stratovolcan 🌋 Mérapi (2915 m), le plus actif du pays selon les spécialistes (sur les 150 en activité dans l'archipel). La dernière éruption meurtrière remonte à 2010 (près de 400 victimes, toutes ayant refusé de quitter la zone malgré l'alerte), et le volcan est en éruption permanente depuis 2020, sans que pour l'instant il soit demandé à la population vivant sur ses flancs d'évacuer.

le Mérapi au lever du jour

Mais avant de rendre visite à ce géant, nous nous dirigeons vers Borobudur, un complexe bouddhiste vieux de 1200 ans à 40 km de Yogyakarta. Édifié entre 750 et 850 après JC, à l'aide de millions de blocs de pierres volcaniques taillés et ajustés sans ciment, ce temple majeur représente, vu du ciel, un grand mandala orienté selon les points cardinaux.

Schéma (wikipédia)

Vue de profil, c'est une pyramide de dix étages, chaque niveau s'approchant un peu plus du Nirvana. De nombreux bas reliefs ont été sculptés, ils servaient de support pour y enseigner le bouddhisme. Le troisième étage, par exemple, est consacré à la vie de Bouddha, depuis sa naissance à Lumbini, jusqu'à sa mort.

Le site a été assez rapidement abandonné, quelques dizaines d'années après son achèvement. Déplacement du pouvoir, déclin du bouddhisme, séisme et/ou irruption volcanique, Borobudur tomba dans l'oubli. Ce n'est qu'en 1815 que le site fut redécouvert et excavé de la végétation et des cendres sous lesquels il était enseveli. Plusieurs étapes de restauration eurent lieu. La dernière en date (1973-1983), sous l'égide de L'UNESCO, consista à démonter le temple pierre par pierre, à solidifier les fondations, installer un système de drainage et à réinstaller le tout. Le plus grand puzzle du monde !

Après avoir été sauvé des pillards, des tremblements de terre et des éruptions, de l'érosion des pluies diluviennes de la mousson, c'est aujourd'hui le tourisme qui menace le site le plus visité d'Indonésie. Aussi, depuis la réouverture suite à la pandémie de Covid, le nombre de visiteurs est limité à 1200 par jour sur le monument en lui-même (cela pouvait monter jusqu'à 90 000 auparavant).

On peut aussi monter sur une petite colline pour admirer le paysage au lever du jour.

Borobudur dans la brume matinale

Les paysages autour, entre rizières, petits villages, reliefs recouverts de forêts, valent bien une petite escapade.

Nous prenons ensuite la direction de Kaliurang, un petit village niché à 900m d'altitude sur les flancs du Mérapi. Nous avons choisi cet endroit car il est apparemment possible d'y admirer - de nuit - la lave qui coule sur les flancs du volcan. Nous espérons vraiment que la chance nous sourira🤞.

Un indonésien dénommé Christian emmène les touristes depuis 40 ans sur les pentes du volcan, plus ou moins proche du sommet en fonction des conditions. Or, depuis 2020 et le début de l'éruption de lave, le niveau est passé à 3 (au niveau 4, c'est l'évacuation), ce qui implique qu'il n'est pas possible d'aller au-delà du village et de pénétrer dans zone du parc national, fermée. L'homme de 77 ans accuse le coup des années et de récents ennuis de santé ne lui permettent plus d'arpenter le secteur. Sa guesthouse semble suivre la même destinée, mais nous décidons de nous y installer quand même. Heureusement, malgré le carpharnaüm de la cuisine (dans laquelle je verrai se faufiler le plus gros rat qui m'aura été donné de voir), sa femme réalise des prouesses.

Quand je demande à Christian si nous avons des chances d'admirer la lave demain matin, il me répond "60%". C'est déjà ça !

Le Mérapi et son cône fumant

C'est son fils, Aldrin, qui nous emmènera de nuit, par un chemin secret, admirer - nous l'espérons - la lave rouge régurgitée par le géant.

Pie grièche schach

Trois heures du matin, le réveil s'active, il est l'heure d'émerger.

Quatre heures, nous traversons le village endormi (sauf le muezzin qui a chanté à 4h30) puis pénétrons la forêt à la lueur de nos lampes frontales, en file indienne derrière Aldrin. Le sentier est peu emprunté, la végétation est dense. On se contorsionne pour éviter les épines des tiges de "ratane", on déjoue les pièges tendus par les lianes et les racines. Après 1h de grimpe, nous arrivons à une tour de guet, un belvédère sur le sommet éventré. Seulement l'escalier est cassé et la tour brinquebalente. Aldrin nous montre comment y monter en escaladant par la rampe en faisant bien attention aux vis rouillées qui dépassent... On hésite, puis on se lance. Ça passe. L'escalier pour le deuxième niveau est en meilleur état, on arrive au sommet, prêts pour le spectacle.

Comme c'est beau ! La lave rouge brille dans la nuit. Nous pouvons l'observer dévaler la pente, ou bien jaillir du cratère. C'est la première fois que nous voyons un tel phénomène tous les 4.

Et malgré les 6 kms qui nous séparent de l'enfer du cratère, nous entendons les crépitements, une expérience impressionnante.

Six heures, le soleil se lève, le chant des oiseaux prend le relais.

Nous redescendons de la tour, et prenons le chemin du retour.

Aldrin nous explique que la jungle luxuriante que nous traversons, avec des arbres pouvant dépasser les 20 mètres, est âgée de seulement 13 ans (comme Maxime!). La zone avait été dévastée par l'éruption de 2010, preuve en est ces vestiges d'arbres ça et là : des troncs nus et gris. La cendre qui fut déposée est tellement riche en nutriments que la forêt a repoussé à une vitesse incroyable.

Au retour, la femme de Christian nous a préparé un mega brunch : sandwichs, pancake, salade de fruits tropicaux. On se régale.

Avec Christian

Une petite sieste puis nous reprenons le chemin de Yogyakarta. Yogyakarta, dont nous retiendrons les danses javanaises, l'ancienne piscine privée du Sultan, la grande rue commerçante de Malioboro, les selfies avec les indonésiens toujours aussi sympas, et le restaurant Mediterranea, idéal pour soigner son addiction au fromage...

L'aventure se poursuit, prochaine étape le Bromo, encore un lever de soleil à ne pas manquer !

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Niché dans une immense caldeira, Bromo, l'un des volcans les plus connus du pays, libère actuellement en permanence un beau panache de fumée. Parmi les gaz rejetés, le sulfure d'hydrogène, responsable de l'odeur d'œuf pourri 🤢🤧😷 si caractéristique.

Carte du site (Google maps)

Si le site est tellement réputé, c'est que la plaine lunaire de la caldeira, les cônes éteints ou actifs, la présence en arrière plan du Semeru (plus haut volcan de Java avec 3600m), offrent l'un des plus beaux paysages naturels que l'on puisse admirer sur cette terre (n'ayons pas peur des mots 😊).

Par conséquent, des centaines de personnes y viennent chaque jour, pour déambuler au bord du cratère fumant ou monter sur l'un des points de vue pour le lever du soleil. La plupart des touristes sont des indonésiens, et autant le dire, les gens d'ici apprécient peu de marcher. Tout est bon pour approcher le plus possible avant de poser les pieds par terre : jeep, moto, scooter, mules, autant de moyens de transport qui se sont développés de manière exponentielle sans régulation. Ce qui malheureusement nuit dangereusement à cet endroit si extraordinaire : déchets, bruit incessant des moteurs et des pots pétaradants, dégradation de la flore et de la végétation, faune quasi inexistante...

Nous débarquons ici un weekend à rallonge de 4 jours, ce qui explique peut-être aussi l'affluence...

Lever 5h30, nous avons bien l'intention de nous balader (à pied) sur ce site fabuleux pour en prendre plein les yeux. Le village de Cemoro Lawang étant au bord de la caldeira, la vue au petit matin ressemble à ça :

Mer de nuage sur la caldeira

Nous empruntons un petit sentier et plongeons dans la mer de nuages. En quelques minutes, nous nous atterrissons... sur la lune 🌙... Nous avons même retrouvé la trace laissée par Neil Armstrong !

Walking on the moon...

Qui dit sur la lune, dit "faible gravité", la preuve :

Des cailloux d'au moins 100 kg

La brume se dissipe et les alentours se dévoilent : Des dizaines de jeeps, un temple hindou, et le Gunung Batok, un cône presque parfait.

Gunung Batok, temple et jeep devant le Batok

Lorsque les jeeps ne peuvent plus passer, les mules prennent le relais.

Ambiance Farwest

Le chemin menant au sommet du Batok est tellement raide que personne n'y monte... sauf nous 😅. L'effort est violent, mais la récompense est là. Devant nous, le cratère fumant du Bromo, et au fond à droite, le Semeru.

Au sommet du Gunung Batok (2450 m)

On peut aussi voir la plaine, le temple, et les centaines de jeeps garées. Le cratère fumant du Bromo se découvre.

Nous redescendons du belvédère, puis nous nous dirigeons vers le Bromo, beaucoup plus facile d'accès. Un escalier permet même de gravir les 50 derniers mètres de dénivelé. Nous croisons beaucoup de monde et comme à chaque fois, les "Hello mister" (même pour Anne Laure 🧔 😂), "where are you from ?", fleurissent ici et là. Des dizaines de personnes se pressent sur l'arête du cratère. Un gouffre impressionnant, vrombissant comme un réacteur d'avion.

Sur la crête

Le lendemain, un nouveau réveil matinal, 3h, pour monter au point de vue permettant d'admirer le panorama au lever du soleil.

Bientôt l'aube sur Cemoro Lawang

Nous marchons une bonne heure dans la pénombre. Nous avons à peine besoin des frontales, car la petite route que nous longeons, sponsorisée par l'Australie, est équipée de lampadaires... Et c'est aussi la pleine lune 🌕.

Nous arrivons à un point de vue. Il y a quelques personnes, et deux ou trois tentes ⛺. Malgré l'heure matinale, tout le monde a le sourire. Personne ne pousse des coudes, et heureusement, car mieux vaut ne pas tomber...

On attend, puis, lentement, la magie opère. 🌌

Nous reprenons la montée jusqu'au lieu-dit de King Kong Hill. Nous avons un point de vue légèrement différent. Toujours aussi beau 🤩.

Bel endroit pour célébrer son anniversaire, n'est-ce pas Anne-Laure ? 🥳🤗🌟🍻

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Depuis hier, l'accès à la caldeira et au cratère du Bromo est fermé aux touristes (indonésiens et étrangers). Seuls les habitants de la région du volcan, hindouistes, peuvent venir y célébrer la cérémonie de Yadnya Kasada. Dans la caldeira, autour du temple, un immense campement (tentes, camions, jeeps...) a été dressé en quelques heures.

Le campement des pèlerins, la nuit

On observe de loin le balai incessant des jeeps, qui ont interdiction d'emmener d'autres personnes que les pèlerins. A l'entrée de la piste principale un barrage a été installé pour filtrer les visiteurs.

Le balai des jeeps

Piqués par la curiosité, nous avons bien envie de rejoindre le cratère du Bromo pour assister à cette fête religieuse, et par chance, le sentier piéton que nous avons emprunté hier n'est pas surveillé...

La caldeira avec le Batok à droite et le Bromo fumant à gauche

Nous décidons d'y descendre avec Maxime et prenons la direction du Bromo à travers l'étendue désertique. Je m'attends à ce que nous soyons repérés d'un moment à l'autre, et qu'on nous demande gentiment de faire demi-tour, mais non, nous pourrons aller au bout de notre petite aventure du jour.

Pendant que nous cheminons vers le cratère, laissez-moi vous raconter l'histoire de cette cérémonie. Elle remonte à des temps très anciens, des temps où les dieux et les hommes se côtoyaient sur terre. Cette légende hindou est celle d'un couple qui désespérait, après plusieurs années de mariage, d'avoir des enfants. Chaque jour, ils montaient au bord du cratère du Bromo pour y prier et implorer les dieux de leur venir en aide. Au bout de quelques mois, les dieux, dans leur grande bienveillance, leur accordèrent d'avoir 24 enfants... A la condition d'en offrir un 25ème en sacrifice en le précipitant dans le cratère du volcan... Ce qui fût fait.

Aussi chaque année, le 14ème jour du mois de Kasada du calendrier hindou, les pèlerins montent au volcan pour perpétuer la tradition. Pour remercier les dieux un enfant de la communauté est désigné (un garçon les années paires, une fille les années impaires), pour être sacrifié dans le volcan. Oui, vous avez bien lu, c'est le dernier endroit au monde où un sacrifice d'être humain est toléré 😱🤯, à l'abri des regards...

Le cratère... et le gouffre

Mais non mamie, je rigole ! On ne jette plus les gamins dans les volcans ! C'est fini les conneries !

Aujourd'hui, on jette des poireaux, des choux, des pièces de monnaie, mais aussi, ça c'est vrai, des poules, des canards et des chèvres...

Après avoir slalomé entre les jeeps et les scooters (c'est encore plus l'anarchie que l'autre jour), nous arrivons donc au pied des marches qui montent au Bromo et nous insérons dans la file de pèlerins.

Il y a vraiment beaucoup de monde. A la queuleuleu dans l'escalier, nous attendons patiemment que la file s'étire.

Une fois là-haut, c'est un spectacle hallucinant qui s'offre à nous. Des centaines de personnes sont aglutinées sur l'arrête, en baskets, en sandales, en tongs, ou pieds nus. Des enfants en bas âge accompagnent leurs parents. La poussière vole, les vapeurs du cratère, en fonction du vent, vont et viennent. Des poules sont attachées par les pattes à des piquets ; résignées elles attendent leur heure. Des sacs de légumes s'entassent, des déchets dévalent les pentes, des sacs plastiques s'envolent...

Jour de Yadnya Kasada au Bromo

Je conseille à Maxime d'ouvrir bien grand les yeux et d'enregistrer dans sa mémoire ce moment incroyable.

Affluence sur l'arrête

Nous suivons un couple qui s'aventure plus loin sur la crête. L'homme porte ses offrandes chargées dans des paniers en osier. Nous cheminons avec eux. Puis lorsque l'endroit lui semble propice, il s'installe et commence ses prières. C'est maintenant l'heure des offrandes. Il sort la poule qu'il a montée dans une boîte en carton puis la lance dans la pente.

Elle ne tarde pas à être récupérée par un homme qui était à l'affût. Et qui essaye d'attraper les autres cadeaux que le pèlerin envoie dans le cratère (paquet de chips, billets roulés en boules, légumes...). Car les plus pauvres viennent dans l'espoir de ramasser les offrandes. Cela est accepté et porterait même bonheur. Ainsi, les animaux "sacrifiés" sont récupérés et finissent dans la casserole d'un nécessiteux plutôt que dans les entrailles de la terre. C'est pourquoi on voit tant de monde à l'intérieur du cratère, certains équipés d'un grand filet à papillons.

La poulette a été rattrapée
Les filets pour attraper les offrandes
Cela n'est pas sans risque

En offrant au volcan, c'est à l'Homme, que l'on donne.

En vidéo, mon premier petit montage, il faut être indulgent 😊 !

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A l'extrême Est de Java l'ascension du volcan Kawa Ijen ("cratère vert" en javanais) est notre dernière étape avant Bali.

Réveil matinal à 3h du matin, départ à 4h05, soit 5 minutes après l'ouverture du chemin. Nous nous retrouvons derrière tous ceux qui sont partis "à l'heure", une bonne centaine de personnes. Mais nous avons de la ressource 😊 ! Il fait frais, la température est idéale pour marcher. Les enfants avancent comme des fusées, nous rattrapons rapidement les plus lents, et certains touristes (principalement des chinois selon notre enquête...) qui se font monter dans des sortes de pousse-pousse manœuvrés par 3 indonésiens.

Le jour se lève sur le Kawa Ijen

Poussés par une force inconnue, peut-être par l'envie de ne rien rater du spectacle, nous avalons les 3,5km et 450m de dénivelé en 1h pile. Nous atteignons le bord du cratère pour admirer le lever du soleil et un panorama unique en son genre.

Se dévoile alors un grand lac vert émeraude, niché au cœur d'un impressionnant et profond cratère. Un panache de fumée sort en continu en quelques points situés au sud du lac, libérant un paquet de gaz toxiques, dont le fameux sulfure d'hydrogène dont nous avons déjà parlé lors de nos articles précédents.

Les gaz volcaniques s'échappant du cratère

Le lac doit sa couleur spéciale à la dissolution des gaz remontant des entrailles de la terre. Son acidité est extrême (pH proche de 0 sur une échelle de 0 à 14, l'eau potable étant autour de 7).

Les masques pour la photo, mais ils n'étaient pas nécessaires aujourd'hui

On fait tranquillement le tour du cratère à pied. On multiplie les prises de vues. Les propriétaires de drones s'en donnent à cœur joie.

Le soufre pur produit à la sortie des bouches de gaz, par un phénomène de condensation puis de cristallisation, est exploité depuis des années par les habitants de la région. Une activité épuisante et extrêmement néfaste pour la santé, les mineurs travaillant sans aucune protection. Du fait de l'exposition répétée aux gaz toxiques, leur espérance de vie ne dépasserait pas les 50 ans 🩻.

Le soufre cristallisé

Une fois qu'ils ont détaché les blocs de soufre à la barre à mine, ils les disposent dans des paniers en osier qu'ils remontent tels des forçats en haut du cratère.

Les forçats du Kawa Ijen

Le soufre est ensuite revendu à l'industrie chimique, ses utilisations sont multiples, parmi lesquelles : fabrication de l'acide sulfurique, fongicides, engrais, explosifs, ...

Plus que 12 jours avant le retour. Direction Bali, pour une dernière surprise ! Un passage dans une association qui essaye de sauver un oiseau endémique de Bali au bord de l'extinction... Saurez-vous trouver lequel ?

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Nous avons donc rendez-vous avec le Bali Starling (en anglais), un bel oiseau blanc qui a bien failli disparaître il y a une quinzaine d'années.

Bravo à Marie-Françoise et à Virginie, nos deux ornithologistes en herbe pour avoir donné la bonne réponse, puisqu'en français, cet oiseau s'appelle : L'Étourneau de Rothschild (Leucopsar rothschildi), également connu sous les noms d'Étourneau de Bali, Martin de Rothschild (Minah de Bali designe aussi cet oiseau). Pour finir, en indonésien, il s'appelle Jalak Bali.

Mais avant de vous en dire plus sur cet oiseau, quelques images de notre périple pour arriver jusqu'à lui. Depuis le Kawa Ijen 🌋, nous sommes descendus tout droit sur Banyuwangi. En chemin nous nous arrêtons à deux belles cascades.

Une petite traversée en ferry de quelques kilomètres et nous voilà à Bali. Nous avons tellement entendu de choses positives et négatives sur cette île, que je redoute un peu cette dernière étape. Entre le sud bondé de touristes et le nord plus "authentique", nous faisons le choix difficile de partir vers le nord.

Pemuteran, petite station balnéaire, est notre première halte. Baignade et visite d'un petit centre de conservation de tortues. Ici, contrairement à ce que nous avons vu sur Tioman en Malaisie, les bébés tortues sont conservés 2 mois dans des bassins avant d'être relâchés dans la mer. Selon les gestionnaires du centre leurs chances de survie seraient plus élevées. Il y a trois piscines différentes où l'on peut voir des tortues imbriquées de quelques jours, 1 mois et 2 mois.

Nouveau "né"
Âgé de 1 mois
Âgé de 2 mois
Très jeunes tortues imbriquées

Direction Munduk, dans les hauteurs, réputée pour son humidité et ses jolies cascades. En chemin nous visitons un beau temple bouddhiste (l'un des ou le seul de l'île, majoritairement hindouiste). On y trouve même une réplique miniature de Borobudur.

Temple Brahmavihara-Arama

Munduk. Nous faisons une balade en forêt, rafraîchissante. On remonte un torrent qui donne naissance à plusieurs cascades assez magistrales 🏞️.

Golden waterfall

On trouve aussi de beaux papillons (ça faisait longtemps...) 🦋.

Le lendemain, nous arrivons au centre FNPF (Friends of National Parc Foundation). Créée en 1997, cette petite ONG balinaise vise à protéger la forêt et la vie sauvage, en faisant participer les communautés locales afin qu'elles en tirent un bénéfice. Des actions de reforestation sont ainsi conduites sur Bornéo, et des opérations de réintroduction d'Orang-Outan et de Bali Starling sont menées respectivement sur Bornéo et Bali.

FNPF de Besikalung : point B sur la carte

Le site de Besikalung est dédié à la réintroduction et au suivi du Bali Starling. En accord avec les villages environnants, 45 individus ont été relâchés dans cette région de rizières, au pied du mont Batukaru en 2019. Depuis, l'association suit de près l'évolution de la population d'oiseaux. Le Bali Starling n'étant pas spécifiquement originaire de cette région, il est important d'analyser sa capacité d'adaptation à ce milieu qui est plus froid et plus humide que les forêts du nord-ouest d'où il vient. Les arbres étant différents, l'ONG installe des nids artificiels pour l'aider à nicher. A priori, cela fonctionne puisque il y aurait maintenant une soixantaine d'individus (les oiseaux réintroduits sont bagués, les nouveaux nés sur place, non).

Mâle à gauche et femelle

Si cet oiseau élégant suscite autant d'attention aujourd'hui, c'est que l'espèce a frôlé l'extinction. Depuis sa "découverte" en 1912, il n'a cessé d'être capturé pour être mis en cage et vendu aux collectionneurs. Malgré des interdictions, des campagnes de sensibilisation, le braconnage n'a pas faibli et on ne comptait plus que 10 individus en liberté sur l'île de Bali en 2006...

Notre tâche de volontaire a consisté à faire un suivi (monitoring) de l'oiseau. Il s'agit de se poster près d'un nid pendant 3h et de noter tous les passages de Bali Starling, ainsi que les comportements observés (chante, vole, fait sa toilette, danse, se nourrit, occupe le nid...). Autant vous dire qu'on a eu le temps de l'admirer ! ☺️

3h minimum par jour à observer la nature, ça laisse le temps de croiser d'autres espèces de volatiles, comme ce Petit Iora.

Ou bien des Pics de Macé.

Ou encore des Couturières peu farouches.

D'autres Bali Starling, en vol :

Nous partons découvrir les environs, à pied. Le cadre est magnifique et invite à la contemplation. Même si avec deux pré-ados la notion de contemplation reste à définir...

Les rizières au pied de la montagne

C'est l'époque de la moisson, de nombreuses personnes s'affairent dans les champs. La montagne draine beaucoup d'eau dans de multiples torrents qui ont été en partie canalisés pour irriguer les rizières. Cette profusion d'eau permet de cultiver un riz rouge, le barak (aucun lien avec l'ancien président des États-Unis, même si celui-ci a vécu 4 ans en Indonésie dans sa jeunesse).

Le long des canaux, on trouve une espèce de demoiselle aux ailes colorées et translucides tels des vitraux de cathédrale.

Et d'autres papillons...

Nous arrivons sur les hauteurs, avec vue plongeante sur les terrasses.

Sur le retour nous visitons un temple hindouiste, niché au cœur d'une forêt, un endroit particulièrement calme et reposant. Sur Bali, la religion est présente partout. Dans le village de Besikalung où nous sommes, chaque famille a sa maison... et son temple attenant, souvent plus imposant que la maison. Les autels sont nombreux, et chaque jour des offrandes y sont déposées au cours de rituels matinaux : riz, fleurs, biscuits, boisson, encens...

Le compte à rebours est maintenant bien avancé... Nous avons décidé de passer nos 4 derniers jours dans le petit village côtier d'Amed, à l'Est de l'île, histoire de dire au revoir aux coraux 🪸, petits poissons multicolores 🐠🐡🐟, et aux tortues marines pour lesquelles nous avons beaucoup de sympathie.

C'est non sans un pincement au cœur que nous refermons ici le dernier chapitre de cette formidable aventure. Un périple en famille sous le signe d'un retour à la nature, aux éléments fondamentaux de notre planète (forêts, océans, montagnes), un rapprochement avec la vie sauvage que nous avons pu observer au plus près. Mon souhait le plus cher serait de voir mes futurs petits enfants et arrières petits enfants profiter de ces mêmes paysages, de cette nature ou chaque espèce, du plus petit oiseau au plus grand mammifère, pourrait trouver un espace pour évoluer librement.

Merci à tous de nous avoir suivis. Merci pour vos gentils commentaires (merci aux Fidèles 😘😉). C'était un réel plaisir d'écrire ce blog. Ça laissera une petite trace pour nos vieux jours 😊.

Comme disaient les Guignols de l'info à l'époque : "il est temps d'éteindre la télévision et de reprendre une activité normale ! A tchao bonsoir !"

Un individu sans bague, nouvelle génération