En pays Karen

3 mois avec l'association Safe Haven Orphanage, dans la région de BanThaSongYang, au nord de Mae Sot, le long de la frontière birmane.
Janvier 2007
12 semaines
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L'avion entre Calcutta et Bangkok nous propulse dans un autre monde. Nous atterrissons à 2h30 du matin dans un aéroport ultramoderne flambant neuf.

L'ami Francky nous y attend ! Et ça c'est incroyable ! Il s'en est fallu d'une dred-loks pour que cette rencontre tombe à l'eau, mais par un coup de pouce du destin nous voilà réunis pour 28 heures de l'autre cote de la planète, alors pas question de dormir ! Nous prenons la direction de KhaoSan Road, sûrement la rue la plus touristique de toute l'Asie! Le taxi file a 140 km/h sur l'autoroute désert, ça faisait bien longtemps qu'on n'avait pas roulé aussi vite, depuis la France à vrai dire... Sur KhaoSan Road, ça bouge encore. De jeunes touristes surtout, avec pour certains une girlfriend thaïlandaise au bras. Nous nous posons dans le seul pub ouvert 24h/24. Ah Francky, ça fait plaisir de te voir! Comme avec les bons vieux amis, à chaque fois ça repart comme en l'an 40, comme si on s'était quitté la veille.

6h00. Une bagarre générale éclate entre ivrognes anglais. Nous évitons quelques chaises qui volent, il est temps d'aller se coucher.

8h30. Nous nous levons, pas très frais mais enthousiastes. Nous partons découvrir Bangkok avec Francky et Aleen, une anglaise rencontrée la veille. Cette ville n'a rien à voir avec les clichés glauques qui sont véhiculés dans les reportages racoleurs de TF1. C'est pourquoi nous sommes très agréablement surpris. La majorité de la population étant bouddhiste, des temples, des bouddhas géants, des monastères sont disséminés un peu partout dans cette ville construite de part et d'autre du fleuve Chao Praya. De nombreux canaux rendent les ballades à pied agréables mais le manque de ponts congestionne et sature la circulation. Nous nous perdons dans China Town, surpeuplée et commerçante. Nous goûtons à la cuisine thaïlandaise, à la hauteur de sa réputation. Nous avons l'impression d'être dans un mélange de Chine et de Japon. Après l'Inde, tout nous parait si propre et si moderne, c'est dingue.

Mais il est déjà temps de se replier sur KhaoSan Road pour fêter comme il se doit la fin des vacances de Rastaman... Un peu comme à Berlin quelques mois plus tôt : Red Bull Vodka, Red Bull Vodka, Red Bull Vodka... Traître ce petit mélange... Nous partons nous déhancher sur le son l'espace des quelques heures qui nous restent.

A 4h00, épuisés, nous tombons comme des masses.

A 5h00, Francky est debout, il doit prendre son taxi pour l'aéroport. Nous restons scotchés dans le lit, 4 heures de sommeil en 48 heures, c'est plus de notre âge! Bye bye Francky, à nous la Thaïlande !

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Mercredi 3 janvier, c'est la rentrée scolaire à l'école municipale de Ban Tha Song Yang. Nous sommes présentés aux 3 professeurs d'anglais qui sont ravies d'accepter notre aide. Tout va d'ailleurs très vite : Nous commençons à 8h30, moi avec Bank, et Pierre avec Noï.

Mais tout d'abord l'équipe pédagogique va présenter ses vœux aux 900 élèves alignés en rangs d'oignons dans la cour, en tenues de boy-scouts. "Vous allez vous aussi vous présenter et souhaiter la bonne année aux élèves" nous suggère Bank... Êtes vous prêts ? - Heu...Oui... Bien sur! ... C'est une très très bonne idée ça..." - "Mais d'abord pouvez-vous corriger le petit discours en anglais que j'ai préparé pour les élèves ?" nous demande t'elle. Nos professeurs d'anglais ont l'air complexé par leur manque de pratique, et peut-être nous imaginent-ils bien meilleurs que nous ne sommes vraiment! Pierre-Antoine en prof d'anglais, qui l'eu cru ?

En ce premier jour d'école nous lançons donc chacun notre tour un joyeux "Sawadee pee mai !!!" Ce qui déclenche évidemment des éclats de rire, certainement à cause de l'accent des "fah-lang" (étrangers) que nous sommes. Nous ne demandons rien de mieux pour briser la glace.

Une fois les vœux terminés, je suis Bank dans sa classe : un vrai laboratoire d'anglais! Une télé, une chaîne hi-fi, des dictionnaires, des posters éducatifs sur les murs, de quoi être impressionnée! Et pour être entendue de tous sans perdre sa voix, elle parle au micro! Ce gros village rural qui a "découvert" l'électricité il y a 2 ans et les téléphones mobiles il y a 2 mois seulement n'est vraiment pas en reste.

Mais j'ai à peine le temps de m'extasier que déjà les questions fusent : "Quel âge as-tu? As-tu un petit copain? Oui? Qui c'est?" Au nom de Peter, ça ricane et ça brise des cœurs... L'adolescence n'a décidément pas de frontières! Puis s'ensuivent beaucoup d'autres questions très intéressantes : "combien mesures-tu ? Combien pèses-tu" J'ai l'impression d'être une vraie bête curieuse! Ou Encore "Quelle est ta couleur préférée? As-tu eu froid la nuit dernière? Aimes-tu la Thaïlande?" Ils sont intarissables et au bout de 30 minutes ils savent tout de moi !

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Rafraîchissez-vous la mémoire en lisant la note Simple life #1 écrite au Ghana et qui vous avait fait beaucoup réagir. Nous voici depuis le 1er janvier au Safe Haven Orphanage situe dans le village de Ban Tha Song Yang, au nord ouest de la Thaïlande, à la frontière avec le Myanmar. Environ 30 enfants de 6 à 16 ans vivent dans l'orphelinat qui se trouve être une grande maison traditionnelle en bois. Une grand-mère de 78 ans (Peepee) et une cuisinière s'occupent de tous ces bambins qui font preuve d'une autonomie impressionnante. Ils font la vaisselle, participent à la cuisine, font le ménage, lavent leurs affaires...

Il nous est impossible de débarrasser ou de participer à ce genre de tache, ce qui nous attriste profondément (surtout moi...). C'est leur façon à eux de nous remercier de venir les aider un peu. La plupart des enfants dorment à l'étage à même le sol dans l'unique grande pièce, et les volontaires (nous quoi...) sont logés à la même enseigne, quoi de plus normal. Mais je ne vous dis pas les courbatures au réveil... Pourquoi avons-nous renvoyé nos matelas de sol ??? La nuit, nous entendons au choix des chiens hurlant à la mort, des chats qui se battent, ou des coqs qui pensent être au petit matin en pleine nuit...

Côté douche, rien de bien révolutionnaire. Le sceau d'eau froide, comme au Ghana, rencontre un franc succès. Ce qui est aussi très pratique, c'est la rivière qui se trouve à 50 mètres de la maison. Comme le courant est très faible a cette saison, les enfants y courent quasiment chaque jour pour se rafraîchir après une partie de sport ou tout simplement pour se laver. Le problème, c'est que pour des raisons culturelles les filles se baignent toutes habillées et elles attrapent froid en sortant de l'eau... Coté toilettes, rien de neuf. Un trou, et des vers au fond... J'ai même trouvé hier soir un charmant visiteur. Je n'ai pas osé lui faire de bisous de peur qu'il ne se transforme en Prince charmant et qu'il me pique Laurette...

Pour la nourriture, quelque soit le continent, le riz blanc fait toujours recette. A Ban Tha Song Yang, il est accompagne de légumes ou de poulet, épice ou non, et est servi au petit-déjeuner, déjeuner, dîner... C'est très bon, mais après une semaine... du riz, toujours du riz... Envoyez-nous des patates SVP !

Au rayon de l'exotisme (et non de l'érotisme pour ceux qui auraient mal lu et qui viennent sur ce site pour voir uniquement des statues aux poses suggestives) on nous a proposé de déguster des... Œufs de fourmis, glurp! Un bol plein d'œufs blancs avec des tas de fourmis dedans car il est dur de faire le tri... Si Anne-Laure est restée bloquée devant le bol, j'ai goûté le met raffiné et j'ai trouvé ça plutôt bon. Du coup, ne sachant que faire en rentrant en France, j'ai décide de m'inscrire a KohLanta !

Sinon, pour changer du quotidien (et à part manger des fourmis), il est possible de manger des soupes de nouilles (avec un nombre d'ingrédients impressionnant dans le bol) ou des salades de papaye bien épicées dans quelques gargotes du village. Bien que nous soyons dans un endroit relativement isolé en Thaïlande, les produits de première nécessité sont disponibles dans le village. Sinon, il faut se rendre à Mae Sot, à 4 heures de transport public.

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En apparence, notre école thaïlandaise a tout d'une école française. Un directeur, un surveillant général, une équipe pédagogique jeune et dynamique (hum! hum!), une salle des profs et une grande cours autour de laquelle sont disposées les salles de classe. On commence à 8h30 et on finit au plus tard à 16h30. Mais il suffit d'y passer une journée pour en noter les différences. Tout d'abord les élèves sont en uniformes. Ainsi le lundi ils arborent tous un T-shirt jaune, à la couleur du roi qu'ils adorent. Le mercredi ils sont tous en boy-scouts, et les autres jours de la semaine en bleu, blanc, kaki, ou bien en tenue de sport. Chaque matinée est ponctuée par le même rituel.

8h15, les haut-parleurs lancent la musique. Les 900 élèves se rangent dans la cour, pendant qu'un surveillant les passe en revue et qu'un des enseignants leur délivre le discours du jour. Puis la "fanfare" d'élèves se met en route : 1 grosse caisse, 4 tambours, des xylophones et des pianos à vent en plastique (très curieux!). Elle fait ainsi le tour de la cour, puis tout le monde entonne l'hymne thaïlandais et on hisse le drapeau.

8h30, chacun rejoint sa classe. Les élèves que nous croisons en route nous adressent un "wai", ce geste de politesse qui consiste à s'incliner légèrement en joignant les deux mains. Le respect est quelque chose de très présent ici, et particulièrement envers les ainés. Ainsi nous avons remarque que lorsque des élèves plus grands en taille passent à cote de nous, ils baissent la tête afin de ne surtout pas nous dépasser (ça c'est surtout vrai pour moi!). On va finir par prendre la citrouille avec toutes ces marques de respect! Avant de rentrer en classe, chacun se déchausse (pour ceux qui ne sont pas venus pieds nus!). Puis chaque leçon d'anglais commence immanquablement par le même protocole : un des élèves lance un "Stand up please!", puis ils nous adressent tous en chœur un "Good Morning teacher!" auquel nous répondons "Good Morning. How are you today?" - "I'm fine thank you and you?" - "I'm fine thank you. You can sit down." - "Thank you teacher!" De même avant de quitter la classe, nous avons droit aux remerciements en chœur "Thank you teacher and see you next time!"

En classe, je suis étonnée de voir que des grands côtoient naturellement des petits. Par exemple on peut voir dans une classe qui correspondrait à notre 6eme, un élève de 16 ans à coté d'un élève de 12 ans...

11h30, pause déjeuner. Suite a laquelle il y a le "rituel" de la prière : la musique s'élève et les élèves courent s'asseoir devant leurs salles de classe. En signe de prière, ils observent un moment de silence puis répètent en chœur les paroles religieuses dictées par un des enseignants. Puis les institutrices distribuent une noix de dentifrice sur les brosses à dents des petits, qui s'empressent d'aller se frotter les quenottes. Cette scène-là est vraiment rigolote! Nous découvrons aussi que les élèves sont impliqués dans les taches quotidiennes de l'école : tous les matins ils balaient la classe et la cour, certains nettoient les toilettes, d'autres sont assignés aux cuisines pour s'occuper de la vaisselle et du ménage de la cantine.

Mais ne vous inquiétez pas, malgré toute cette "discipline", les élèves sont bien partout les mêmes : dans chaque classe il y a des sérieux, des bavards, des rêveurs ou bien des touristes, et lors des contrôles ça louche sur la copie du voisin ou de la voisine!

Dernière chose, nous sommes impressionnés par leur capacité à organiser des fêtes au pied levé. En l'espace de deux semaines, nous avons eu droit à la soirée de bonne année des professeurs, au jour des enfants, et au jour des professeurs. Et à chaque fois, tout s'organise à la dernière minute. Oui mais tout le monde met la main à la pâte, alors il ne faut pas être frustré de voir ses élèves "kidnappes" pour aller découper des étoiles, gonfler des ballons, ou encore faire des papier-cadeaux! Il semble que l'entraide et le travail en groupe passent avant beaucoup d'autres choses. Mais le résultat est la, en 2-temps-3-mouvements on se retrouve toujours avec une scène gaiement décorée, une sono performante, des spectacles de danse, et ... l'inévitable karaoké!!!

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Pichai est un guerrier. S'il jouait aux Cow-boys et aux Indiens, il serait éclaireur sioux. Il effacerait ses traces de pas avec des branches, galoperait à cru et allumerait des feux avec 3 brindilles détrempées. Son agilité mais surtout sa bravoure en feraient le meilleur chasseur de bisons de la vallée. Plus que tout autre enfant de son âge, Pichai vit dans son monde à lui et ne revient dans le notre que par intermittences. Ses dessins sont toujours abstraits, mais colorés. Enfin, abstraits pour nous, car pour lui j'imagine que ça veut dire quelque chose de très concret.

Les cours d'anglais ? Ca rase Pichai à un point! Quand j'insiste un peu, il veut bien mimer "the monkey" ou "the frog" pour me faire plaisir, mais c'est sans conviction. Et il est difficile de lui en vouloir. Lorsqu'il ne sait pas répondre à une question, il vous sort un sourire qui ferait fondre le proviseur le plus impitoyable. Pour le foot, il veut bien jouer, mais pas plus de 5 minutes. Il n'est pas très bon et se blesse toujours le gros orteil à jouer nus pieds.

Non, ce que Pichai aime par-dessus tout, c'est jouer "à la guerre". Armé d'une ribambelle d'élastiques, il trouve toujours un bout de papier comme projectile qu'il envoie grâce à ses élastiques "lance bidule". C'est qu'il n'a pas froid aux yeux le bougre et se lance à corps perdu dans la bataille. Pas un gémissement, pas une plainte s'il est blessé lors des combats. Il lutte contre des ennemis imaginaires ou bien contre Doola, Chunchai et Pasan, ses copains de l'orphelinat. Si on lui met des gants de boxe, c'est pareil. Pas de problème si vous faites 1 ou 2 têtes de plus que lui. Il frappe au moment opportun et tient sa garde pour ne pas prendre de coup. Pichai est un vaillant guerrier, dans son monde à lui, et dans le notre aussi!

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Samedi 13 janvier, c'est le jour des enfants en Thaïlande. Une grande kermesse est organisée à l'école de BanThanSongYan. Pendant toute la matinée, des spectacles, des jeux, des distributions de glaces et de cadeaux s'enchaînent dans une ambiance festive. Le surveillant général, aide de son micro et d'une sono réglée pour faire exploser les tympans, dirige les nuées d'enfants vers telle ou telle attraction.

Des fillettes déguisées montent sur la scène et entonnent une chanson devant la foule en délire. Ecoutez-les grâce au podcast ci-dessous.

Ici il faut grimper à un tronc lisse enduit d'huile pour récupérer un billet de 100 baths (2 euros). Là il faut faire avancer une orange à l'aide d'une courgette pendant au bout d'une ficelle et attachée à la taille (ce qui oblige à faire de déhanchements très suggestifs...). D'autre doivent récupérer un cadeau enfouit dans un bol rempli de farine... Ce qui n'a pas l'air d'enchanter tout le monde... Dans un coin, l'armée est la pour sensibiliser les potentielles jeunes recrues au maniement du fusil d'assaut, du mortier ou du lance roquette. Il n'y a que des garçons... A midi pile, tout le monde pli bagage, la fête est terminée. Chacun repart avec son lot sous le bras. Rendez-vous l'année prochaine.

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Voici des nouvelles depuis l'école et l'orphelinat "Safe Haven" du village de BanThaSongYan, province de Tak où nous nous trouvons actuellement.

Education : tenue correcte exigée. Alors que j'arrive à l'école ce matin je vois Bank, la professeur d'anglais que j'aide, armée d'une grosse paire de ciseaux devant sa classe. Elle passe en revue chaque élève avant de les laisser entrer, et coupe grossièrement des mèches de cheveux, aux garçons comme aux filles. Ce sont des ados et autant dire que ça a l'air d'en agacer plus d'un. Je ne comprends vraiment pas ce qu'elle fait mais je me retiens de faire quelque remarque devant les élèves. Quand je lui demande plus tard l'explication, elle me répond tout sourire que certains avaient les cheveux trop longs...

Education : discipline à la baguette. Le jour suivant, alors que Pierre-Antoine entame une leçon d'anglais avec la même professeur, elle commence son cours par aligner les élèves un par un dans la classe, et leur assigne à chacun un bon coup de baguette dans la paume de la main. Aie! Certains petits repartent tout penauds... Décidément, Bank qui est adorable avec nous (ouf!) n'y va pas toujours avec le dos de la cuillère avec ses élèves...

Mais rectifions tout de suite le tir et ne prenons pas Bank pour une professeur sadique.Elle est vraiment compétente et appréciée des élèves comme des professeurs à juste titre. Il s'agit certainement de ... décalage culturel?!

Musique : L'apprentissage de la chanson "Tears in Heaven" d'Eric Clapton a été un franc succès à l'orphelinat. Nous commençons donc maintenant l'apprentissage d'"Imagine" de John Lennon.

Sport : Football A la coupe de football organisée par la dynamique Tasanee (fondatrice de l'orphelinat), seulement une de nos équipes (les violets) s'est qualifiée pour le 2ème tour. Les jaunes sont rentrés bredouilles. Peut être parce que nos petits protégés étaient tellement fiers dans leurs nouvelles tenues qu'ils ont jouées avec les étiquettes de prix?! Autre déception : Pierre a été informé qu'il était "trop vieux" pour participer à 2 minutes seulement du coup d'envoi, alors qu'il était déjà en tenue et qu'il avait posé pour la photo avec son "équipe". Lui qui ne fait pas son âge, il n'a quand même pas pu se faire passer pour un moins de 15 ans...

Bon plan gourmand : Nous avons découvert à notre plus grand bonheur un vendeur de crêpes ambulant dans notre village! Pour 4 Bahts (environ 8 centimes d'euro), nous avons droit à une crêpe saupoudrée de sucre et de lait concentré, c'est tout simplement bon et ça change tellement du riz! Le problème est qu'il fait tout le tour du village avec sa roulotte et n'est donc pas facile à intercepter.vBon plan: il se trouve souvent à la sortie de l'école à 15h30 (malin le vendeur!).

Anglais et diététique : Lors de nos cours d'anglais à l'orphelinat nous rencontrons régulièrement la même difficulté pour faire apprendre à nos élèves les noms des 3 repas quotidiens : petit-déjeuner, déjeuner et dîner. Et pour cause : en langage Karen, ils donnent inlassablement la même appellation à chaque repas : "Ome" qui signifie littéralement "manger du riz".

Hygiène : Samedi matin dernier, à l'aide du frère de Tasanee, nous avons passé en revue la chevelure de toutes les jeunes filles et appliqué une lotion anti-poux à toutes celles qui en avaient besoin, soit la moitié d'entre elles. Exception faite d'une de nos petites chouchoutes, Malee, dont la tête a été rasée hier car elle avait bien trop de poux. La voilà maintenant qui ressemble à un petit moine. Mais elle est toujours aussi craquante avec son sourire ravissant!

Santé : Nos pensionnaires de Safe Haven ont du arrêter hier, après un traitement de 15 jours, leur cure de vitamines. Pas facile, ils étaient presque devenus accrocs et nous les réclamaient tous les soirs!

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20h, tous les soirs, la grand-mère Peepee fait la prière (la majorité des Karens est de confession chrétienne) aux enfants, assis en cercle autour d'elle. Et j'ai remarqué que si les petits n'ont pas l'air convaincu par les saintes paroles, en revanche ils chantent tous de bon cœur.

Alors moi aussi je vais les faire chanter! Première tentative avec "Tears in heaven" d'Eric Clapton, chanson que j'aime beaucoup et qui devrait convenir à leur niveau d'anglais.

On répète une demi-heure tous les soirs. Et au bout d'une petit semaine ils la connaissent par cœur (ou presque) :

Quelle réussite ! Bien sur j'ai une ou deux sacrées "casseroles" qui ne conçoivent pas le même "la" que les autres, mais je ne veux surtout pas les décourager. Ils adorent tous cette chanson, et dés la fin de la première répétition on entend fredonner partout "would you know my name... if I saw you in heaven....". La chanson est donc la première de notre "répertoire", et figure même parmi les classiques de la prière maintenant. Je ne veux pas m'arrêter en si bon chemin et enchaîne tout de suite l'apprentissage de "Imagine" de John Lennon. Hélas si le premier couplet et le refrain sont faciles à retenir, il n'en est pas de même pour les couplets suivants et mes choristes non anglophones butent sur tous les mots...

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Les karens mènent une lutte armée depuis plus de 50 ans contre le régime militaire birman en place à Rangoon (Yangoon), la capitale de la Birmanie (Myanmar). Il est important pour moi de parler de ce conflit dans la mesure où la plupart des enfants de l'orphelinat Safe Haven Orphanage sont des réfugiés karens.

Je vais essayer de vous faire ici un résumé sur un conflit complexe dont on parle trop peu en France. Pardonnez-moi par avance pour les imprécisions ou les erreurs qui pourraient se glisser dans le texte et n'hésitez pas à laisser un commentaire ou à m'envoyer un email pour me corriger. Les karens sont une des ethnies minoritaires peuplant le sol birman (actuel Myanmar) depuis plusieurs siècles. C'est un peuple de paysans qui est originaire de Mongolie. Leurs migrations successives les ont amenés à s'implanter les premiers en Birmanie il y a 1200 ans. Les karens ont leurs propres cultures, langue et traditions. Les inimitiés entre birmans et karens remontent à l'arrivée des birmans sur le territoire de l'actuel Myanmar. Peuple de conquérants et de guerriers, les birmans instaurèrent un système féodal et forcèrent les minorités à s'y soumettre en devenant leurs vassaux. Oppressions, brimades étaient monnaie courante. Par exemple, les karens devaient régulièrement livrer leurs plus jolies filles aux rois birmans pour “alimenter leurs harems personnels”. Une partie des récoltes était confisquée pour subvenir au train de vie des birmans, etc.

L’arrivée des anglais en 1825 dans le pays changea quelque peu la donne et les karens ont pris pour habitude de dire “qu’être esclave sous les britanniques était toujours mieux que de l’être sous les birmans”. Ainsi, les karens eurent accès à l’éducation, et leur loyauté envers les anglais leur permit d’intégrer l’armée et d’occuper des postes relativement importants. Pour les birmans, c’était bien sur le contraire. Ils perdaient leur royaume et le pouvoir. Ceci accentua les tensions et leur animosité envers les karens. Aussi, les birmans firent tout pour favoriser l’invasion du pays par les japonais en 1942 pendant la Seconde Guerre Mondiale et faire fuir les anglais en Inde. Beaucoup de karens qui travaillaient pour eux les suivirent pour fuir l'oppression birmane et japonaise.

Lorsque le vent tourna en 1944-45 et que les Alliés reprirent peu à peu les territoires perdus, les anglais, grandement aidés par les karens, se réapproprièrent la Birmanie. Lors de cette reconquête et en reconnaissance de leur soutien, ils promirent aux karens la création de leur propre état. Cependant, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, les anglais étaient bien trop occupés par les demandes d’indépendance de nombreux pays, dont l’Inde. Et plutôt que de se lancer dans la délimitation compliquée d’un Etat Karen à l’intérieur de la Birmanie, ils remirent simplement les clefs du pays aux birmans en janvier 1948. Les karens continuèrent de demander aux birmans la reconnaissance d'un Etat Karen ("Kawthoolei"), sans résultat.

De nouveau opprimés par les birmans qui ne leur reconnaissent pas la nationalité du pays dans lequel ils vivent, les karens et d'autres minorités prennent le maquis et décident de rentrer en rébellion en 1949. La Birmanie alterne depuis, dans certaines zones géographiques frontalières avec la Thaïlande, des périodes de guerre civile, de calme, de combats sporadiques qui opposent le SPDC birman (Conseil National pour la Paix et le Développement) au KLNA (Armée de Libération Nationale Karen) qui est la branche armée du KNU (Union Nationale Karen).

Aujourd'hui, la situation semble stagnante. Ce conflit, qui dure depuis plus de 50 ans, est l'un des plus longs que l'histoire ait connue. Actuellement 140 000 réfugiés originaires du Myanmar vivent en Thaïlande dans neuf camps situés près de la frontière, beaucoup d'entre eux sont là depuis plus de 20 ans. Ils vivent grâce à l'aide internationale (HCR - Haut Commissariat aux Réfugies, AMI - Aide Médical International, MSF - Médecins Sans Frontière...). Ils sont sans papier, sans droit, sans perspective d'avenir sur le long terme.

Certains d'entre eux sont relocalisés dans des pays d'accueil comme les USA, la Norvège, d'autres attendent une hypothétique chance de retrouver leurs terres. Du coté birman, les karens se sont divisés dans leur lutte contre le SPDC (notamment en 1994 avec la formation du DKBA - Démocratic Karen Buddhist Army), ce qui a eu pour but de les affaiblir. Le KLNA ne tient plus que quelques bastions éparpillés dans les forêts tropicales montagneuses de l'Est de du Myanmar. La mort du charismatique Général karen Bo Mya en décembre 2006, une figure emblématique du KNU, n'a rien fait pour arranger le moral des troupes. Même si les accrochages ont l'air moins fréquent ces 2 dernières années, la position de la junte birmane est claire quant au sort des rebelles : Déposer les armes ou mourir. Et les karens n'ont jamais eu l'intention de rendre les armes... Une des sources d'information : "The Karen Révolution in Burma", 2004, par Thuleibo.

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Le Général Bo Mya est mort. Cette figure emblématique et historique du KNLA (Armée Nationale Karen de Libération) s'est éteinte des suites d'une longue maladie le 24 décembre 2006 à l'âge de 79 ans. Bo Mya est connu pour avoir été le leader de la rébellion karen entre 1976 et 2000. Il avait également lutté aux côtés des anglais pour pousser les japonais hors de Birmanie lors de la 2ème Guerre Mondiale. Retranché le long de la frontière thaïlandaise dans son petit fief de Mo Aye Bu depuis la chute de son quartier général de Manerplaw en 1995, Bo Mya était encore influent mais en retrait à cause de la détérioration de son état de santé.

Un mois après sa mort, une cérémonie en sa mémoire est organisée à Mo Aye Bu, et en tant que membre de sa famille, Peepee, la grand-mère de "notre" orphelinat y a été invitée. C'est tout naturellement qu'elle nous propose de l'accompagner. Nous acceptons avec plaisir, c'est l'occasion pour nous de passer "illégalement" 24 heures en Birmanie, dans l'un des derniers bastions de la résistance karen !

Ecoutez un extrait de musique traditionnelle enregistré dans un village karen du Myanmar :

Nous ne sommes pas seuls à partir avec Peepee. Tasanee, sa fille, a fait venir Pascal, un photographe pro installé à Mae Sot. Il était déjà présent aux funérailles du Général en décembre 2006. Cette venue est une aubaine pour moi, je vais passer deux jours à suivre Pascal et à le regarder faire, un peu comme dans un cours particulier en somme.

Trente minutes de pick-up et deux minutes de bateau pour traverser la rivière Moei suffisent pour nous rendre à Mo Aye Bu. Etant dans un pick-up estampille KNU (Union Nationale Karen), les militaires thaïlandais nous regardent passer sans rien demander. Lorsque nous posons le pied sur l'autre rive, nous sommes au Myanmar, sur l'un des derniers îlots de "liberté", encerclés par la junte birmane du SPDC.

Et on se demande pourquoi d'ailleurs, car les 300 000 soldats du SPDC (équipés avec du matériel chinois, tiens comme c'est bizarre...) ne feraient plus maintenant "qu'une bouchée" des 4000 rebelles au moral émoussé que compte encore le KLNA (Armée National Karen de Libération, branche armée du KNU). Des observateurs bien placés pensent que les birmans laissent perdurer de manière délibérée quelques poches de résistance qui ne peuvent s'étendre faute de moyens. Ceci dans le but de justifier aux yeux d'une population qui attend la démocratie, le maintien d'une dictature militaire impitoyable dont le seul budget de l'armée absorbe 40% du budget du pays! Mais revenons à Mo Aye Bu.

Un petit chemin grimpe de la rive jusqu'au village. Car Mo Aye Bu n'est rien d'autre qu'un village de jungle, fait de cases en bambou, éclairées la nuit grâce à la présence de deux groupes électrogènes. Il y a un hôpital de campagne, une école, une église chrétienne. Des rebelles sont la. Ils "patrouillent" dans le village. Ils sont jeunes et armés de manière disparate. Certains arborent fièrement un fusil d'assaut, d'autres un lance mortier ou un lance-roquette. Ils paraissent heureux de voir des occidentaux (nous devions être une dizaine en tout) se joindre à leur cérémonie. Ils ont l'impression que le monde ne les a pas encore tout à fait laissé tomber, même si nous ne pouvons pas faire grand chose pour cette cause quasiment oubliée, si ce n'est d'en parler sur ce site. Une fois encore les nations occidentales (La France en tête!) préfèrent signer de juteux contrats avec la junte militaire pour l'exploitation des fabuleuses réserves naturelles du pays que de se préoccuper du sort des ses habitants. Un seul exemple : la signature par TOTAL d'un contrat d'exploitation d'un gisement gazier en 1992.

Nous visitons librement le camp karen. Nous sommes les bienvenus et nous sentons en totale sécurité. Des karens vivant dans les camps de réfugiés de Thaïlande sont là aussi. Ils ont obtenu des autorisations spéciales pour pouvoir venir. Des vétérans de la rébellion participent aussi à la cérémonie. Leur "jambe en plastique" témoigne pour eux. Les mines anti-personnelles posées dans les montagnes environnantes n'ont pas fini de faire des victimes... Sur place, tout est gratuit : les repas, les boissons, et la nuit dans une case en bambous. Et pour dire vrai, nous sommes littéralement impressionnés par la qualité de ce qui arrive dans nos assiettes !

Le soir, un petit "spectacle" est organisé. Quelques personnes se succèdent sur scène pour chanter. Le seul instrument de musique pour les accompagner est une vielle guitare électrique...

Chanson en hommage au général Bo Mya 

La cérémonie du lendemain est plus difficile à suivre. Les discours se succèdent, en karen, parfois traduits en anglais. Le Général Bo Mya représente tellement de choses aux yeux des karens que ceux-ci veulent faire vivre sa mémoire le plus longtemps possible. Des membres de sa famille, la veuve du général en tête, rappellent son engagement pour son peuple, et chantent (extrait audio du début de l'article). Nous repartons de Mo Aye Bu plein de sympathie pour cette cause, mais avec peu d'espoir de voir les karens (comme les tibétains d'ailleurs) accéder un jour à leurs rêves d'indépendance.

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Safe Haven Orphanage, c'est avant tout l'histoire d'une femme, Tasanee. Tasanee est née en Thaïlande un jour de 1969, mais n'a jamais su lequel. Elle est Karen et originaire de Birmanie. Sa mère (Peepee) a émigré en Thaïlande avec ses parents il y a plusieurs dizaines d'années, pour fuir la pauvreté et/ou l'oppression birmane. Tasanee a perdu son père qui était soldat lorsqu'elle était une enfant et, plus tard, son mari fut assassiné. Ca fait beaucoup de mauvaises nouvelles en quelques lignes, mais la suite est plus heureuse!

Il y a 17 ans, un villageois désemparé vient la voir : une petite fille qui vient de naître a perdu sa maman lors de l'accouchement. Dans la culture karen, ceci est vu comme un très mauvais présage et il n'est pas rare que l'enfant soit tué. Tasanee décide de prendre soin du bébé et l'accueille comme si c'était son propre enfant (elle est déjà mère de deux filles à l'époque).

Tasanee (à droite) 

Puis tout s'enchaîne. De plus en plus d'enfants sont accueillis. Ils n'ont nulle part où aller et Tasanee les prend sous son aile bienveillante. C'est ainsi qu'elle "transforme" la maison familiale en un refuge pour orphelins karens. Leurs parents sont pour la plupart des victimes du conflit armé qui oppose les karens à la junte militaire birmane. Mais il n'est pas rare que les enfants aient encore leur père ou leur mère, mais il/elle ne peut s'en occuper pour des raisons variées : pauvreté, alcoolisme, trop d'enfants à charge...

Pendant 15 ans, Tasanee se débrouille tant bien que mal pour nourrir, habiller et scolariser les 25 enfants dont elle s'occupe avec sa mère. Elle trouve un arrangement avec l'école qui les accueille gratuitement, des amis de Mae Sot lui donnent de l'argent, mais les fins de mois sont difficiles et c'est au jour le jour que le futur s'organise.

En 2004, Tasanee fait la connaissance de Monte Christen, un américain qui a travaillé dans le domaine médical pendant plus d'un an en Thaïlande, le long de la frontière birmane. Monte, qui veut monter une ONG pour soutenir les orphelins de la région, décide alors d'aider Tasanee dans la mise en place d'une véritable organisation. Cette rencontre donne naissance à Safe Haven Orphanage. Depuis, un site Internet est né, et quelques volontaires sont passés par la pour donner un coup de main à Tasanee.

Et les choses bougent de plus en plus vite. Il y a un an, Tasanee peinait à joindre les deux bouts et nourrir ses petits était un gros souci. Aujourd'hui, elle envisage l'avenir un peu plus sereinement. Elle peut faire des projets à moyen terme, comme celui d'acheter un terrain de 5 hectares pour y construire un "vrai" orphelinat, avec dortoirs et réfectoire. Le week-end dernier, une donation exceptionnelle est arrivée : de nouveaux matelas et couettes pour tout le monde, mais aussi un frigidaire et une machine à laver.

La présence de volontaires pendant la semaine à l'orphelinat la rassure. Ils assurent une présence auprès des enfants qui n'ont que Peepee, la grand-mère de 78 ans un peu dépassée par les événements, pour les "surveiller". Grâce aux volontaires, les petits progressent en anglais, reçoivent plus d'attention, apprennent de nouveaux jeu, s'ouvrent sur le monde en rencontrant des cultures et des sensibilités différentes. Alors pour perpétuer la chaîne, vous savez ce qui vous reste à faire : Venez leur rendre visite !!!

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Avant de tourner (provisoirement) la page sur notre séjour à Safe Haven Orphanage, voici quelques clichés commentés de notre vie quotidienne sur place.

1, 2,3 Soleil - Une partie serrée entre les enfants dans la cours de la maison :

Cours de danse - Faroudja, qui nous a rejoints pour 15 jours, entraîne les filles dans de folles parties de danse :

Chasse - Les ados garçons ont l'habitude de passer leur samedi matin dans les forêts et montagnes environnantes. Armés de leurs lance-pierre, ils chassent les oiseaux (précision, le rapace sur la photo n'a pas été chassé) et lézards qu'ils cuisinent fièrement de retour à la maison :


Activités manuelles - Avec de la pâte à modeler, ils nous ont littéralement impressionnés ! :

Une nature extraordinaire :

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Après un mois passé tous les deux avec les enfants, nous revenons à 3, avec notre amie Faroudja. Il n'y a jamais eu autant de volontaires dans cette grande maison! Puis quelques jours plus tard débarque Lucia -autre volontaire française rapidement surnommée Lulu- pour un mois ou deux. Nous sommes ravis car notre relève est assurée! Et comme pour prouver aux enfants que des gens du monde entier veulent les aider, voilà Michael, généreux donateur irlandais, qui achète pour cette grande famille matelas, couettes, télévision, frigidaire, machine à laver, habits et chaussures. A cette occasion, Tasanee organise une soirée barbecue dans le jardin, et nous sommes émus de voir la joie des enfants recevant chacun leurs nouveaux T-shirts, short et paire de tongs. Tasanee est ivre de joie (et pas que de joie ce soir-là!) d'avoir tout ce monde autour d'elle pour l'aider; elle ne cesse de nous prendre dans ses bras et de nous remercier! Et grâce au nouveau lecteur DVD, tout le monde danse et chante dans le jardin!

Tout cela a-t-il mis une note d'optimisme ou change quelque chose dans l'esprit des enfants? Toujours est-il que les garçons font spontanément la promesse à Tasanee d'être de "bons enfants", et durant nos deux dernières semaines nous devenons chaque jour de plus en plus proche les uns des autres. A commencer par les bisous et câlins que nous distribuons tous les soirs pour souhaiter bonne nuit. C'est une barrière franchie par rapport à leur culture qui ne permet que très (trop?) peu de contacts physiques.

Mais la barrière reste présente entre filles et garçons. Alors faute de bisous, Pierre doit se contenter d'embêter les filles, et prend l'habitude de leur souhaiter bonne nuit à sa façon : une fois qu'elles sont sous leurs couettes il se jette comme un ogre sur leurs lits pour les apeurer, ce qui ne manque pas de susciter les réactions attendues!!! A tel point qu'un soir elles lui tendent un guet apens : elles installent des leurres sous une de leurs couettes et attendent, serrées comme des sardines, dans le lit d'à côté. Elles ricanent déjà et ne guettent plus qu'une chose : les pas de Pierre dans l'escalier. Et ça ne tarde pas à arriver : il monte comme d'habitude et se dirige droit au piège; il se jette sur la couette comme les soirs précédents, mais se rend vite compte de la supercherie car rien ne bouge et rien ne se débat! Ca finit en éclat de rire général, et les filles sont particulièrement fières de leur coup!!!

De leur coté, les garçons ont arrêté de déserter la maison tous les soirs; ils restent avec nous à dessiner, à nous apprendre quelques mots de Karen ou même à enfiler des perles (on ne leur en demandait pas tant!). Et grâce aux cours d'anglais de haute qualité que nous avons donnés tous les soirs (un peu de fleurs ça ne fait pas de mal!) nous communiquons de mieux en mieux : certains d'entre eux font même des phrases!

Mais le bouquet final reste notre soirée de départ. Nous sommes tristes à l'idée de quitter notre grande famille, mais nous tenons à partir sur une note gaie. Alors nous décidons d'organiser une "soirée" dans le "jardin". On trouve du papier crépon et des ballons pour la déco, des sodas, 2 énormes boites de gâteaux de 5 Kg chacune, et beaucoup de bougies. En deux temps trois mouvements, les ballons sont gonflés, les guirlandes accrochées aux murs et dans les arbres. La sono est branchée, les enceintes raccordées, les gâteaux ont un franc succès et on se met tous à danser! Et je peux vous assurer que malgré notre seul CD à 5 titres que nous écoutons en boucle, ce soir-la nous nous amusons mieux que dans n'importe quelle soirée parisienne branchée! Les garçons dansent en cercle et c'est à celui qui fera le pas le plus stylé. Les filles font des prouesses d'imagination; elles se déguisent avec des frous-frous qui sortent d'on ne sait ou, font des chorégraphies avec des bougies et dessinent des cœurs dans le sable. Les petits font des provisions de gâteaux dans leurs poches trouées et nous agrippent par la main pour qu'on les fasse tourner. Les guirlandes en crépon finissent autour de nos cous, les ballons dans les cheveux des filles! Et après 3 heures de danse effrénée, c'est tout naturellement que le rythme ralentit et qu'il est l'heure d'aller se coucher; nous sommes ravis mais épuisés!

Puis le jour du départ arrive. Cependant un coup de fil de Tasanee nous réserve une bonne surprise : Monte -l'Américain dont nous avons déjà parle dans "Safe Haven Orphanage"-est en route pour l'orphelinat; nous pouvons l'attendre et nous repartirons tous ensemble. Nous sommes ravis de faire sa connaissance; lui qui, avec sa fiancée Jennifer, supporte financièrement l'association. Car c'est en grande partie grâce à leurs dons et recherche de fonds que Tasanee peut offrir à tous ses pensionnaires nourriture et santé, ainsi que les coûteux uniformes nécessaires à l'accès à l'école. Ses conseils lui sont d'un soutien précieux en ce qui concerne la mise en place d'une vraie organisation. Ainsi, de puis quelques jours, l'association Safe haven Orphanage est officiellement inscrite au registre des orphelinats en Thaïlande.

Malgré tout, bien sur, la séparation est difficile. C'est le cœur gros que nous quittons cette grande famille à qui nous nous sommes tant attachés. Mais nous partons l'esprit tranquille quant à leur quotidien. Car nous savons que les choses n'ont pas toujours été aussi simples pour Tasanee qui subvient à bout de bras aux besoins de tous ses pensionnaires.

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Difficile de rebondir après ces 7 semaines intenses passées avec les enfants. Mais l'arrivée de Lulu à l'orphelinat nous a fait tellement plaisir. Nous partons mais la relève est assurée pour quelques semaines et tous les enfants l'ont déjà adoptée. De retour à Bangkok il y a comme un grand vide. Il faut dire que de 25 où plus, nous nous retrouvons tous les deux... plongés dans la foule impersonnelle de touristes de Kao San Road. Toutes les Guest House affichent complet. Ça arrive, ça part, ça va, ça vient, c'est un ballet incessant 24 heures/24. A part la bouffe qui nous permet de nous changer de notre riz habituel le reste nous semble bien fade.

Mais nous avons encore 10 jours pour découvrir d'autres aspects de la Thaïlande, alors pas question de moisir ici ! Coté destinations, ce n'est pas le choix qui manque : les plages et îles paradisiaques du sud, les montagnes du nord, les cités historiques du centre...

Nous décidons de commencer par le Parc National de Kao Yai à 3 heures de route au nord-est de Bangkok, l'un des plus grands du pays. Ce parc est mondialement connu depuis que Leonardo y a embrassé la belle Virginie dans la scène (torride...) de la cascade du film La Plage. Faute d'y voir les deux stars nous espérons au moins apercevoir des éléphants sauvages, des singes, des hornbills (grands oiseaux au grand bec multicolore), et pourquoi pas le fameux (ou timide) tigre, on peut toujours rêver. Nous faisons du stop à l'entrée du parc et avons la chance d'être pris par un couple de touristes hollandais/grec un peu bizarre mais des plus sympathiques. La route grimpe en lacet dans des collines couvertes par une forêt tropicale dense qui souffre de la sécheresse. La fameuse cascade du film est quasiment réduite au goutte à goutte. Une horde de singes nous accueille au parking du premier point de vue. Hystérique, notre hollandaise leur balance toute la nourriture qui lui tombe sous la main pour les faire approcher (ce qu'il ne faut surtout pas faire en principe avec des animaux dits "sauvages"). Et comme elle trimbale un vrai garde-manger nous sommes rapidement cernés par une tribu de macaques visiblement plus habitués à se nourrir des offrandes des touristes et à fouiller dans les poubelles du parc que de chercher par eux-mêmes des fruits dans la forêt. Notre amie finit par comprendre qu'il faudrait faire un peu attention lorsqu'un mâle dominant lui arrache des mains une pastèque qu'elle découpait pour en faire la distribution équitable entre toute la famille! Et oui, c'est ça la loi de la jungle.

Lui c'est un jeune, donc encore timide.... 

Nous partons ensuite à pied seuls dans la forêt sur un petit chemin de 5 kms. Nous sursautons comme d'habitude à chaque bruit suspect, mais il s'avère n'être à chaque fois qu'une fausse alerte. Nous observons des singes dans des arbres (plus timides que les précédents), de beaux papillons et 2 couples de hornbill lorsque nous nous apprêtons à reprendre la route. Point d'éléphant et encore moins de tigre, ce n'est peut être pas plus mal d'ailleurs...


Un peu déçus par le parc et son aspect trop commercial, nous décidons de tracer la route à Nong Khai, sur les bords du Mékong, à la frontière avec le Laos. Nous remontons ce fleuve mythique déjà aperçu en Chine dans le Yunnan pendant quelques jours. En bus, en stop, en scooter, tous les moyens de transport sont bons à prendre. Nous prenons goût au scooter pour explorer les petites routes et pour la sensation de liberté que cela procure. Equipés de casques de chantier Playmobil, je me plais à balader Laurette (pour qui le fonctionnement de ce type d'engin reste une énigme) accrochée derrière moi sur des dizaines de kms.


Mais entêtés et définitivement attirés par la vie sauvage, nous choisissons de retenter notre chance dans un autre Parc National, le bien nomme Phu Kradung. Il est déjà bien moins accessible puisqu'il faut se grimper 1000 mètres de dénivelé à pied avant d'arriver sur un immense plateau culminant à 1300 mètres d'altitude. Le climat est plus tempéré que la fournaise qui règne dans le reste du pays à cette saison. Une partie du parc est le territoire des éléphants sauvages et nous avons bien l'intention d'y tenter une incursion pour tomber nez à trompe avec un pachyderme. Nous passons deux nuits dans le parc, sous la tente. La première est plutôt agitée. On se dit que des éléphants en furie auraient vite fait de débouler et de nous écrabouiller dans notre sommeil. Mais non, c'est un cerf qui nous réveille alors qu'il broute paisiblement à 10 mètres de nous (car en grand téméraire j'ai osé passer la tête à l'extérieur pour voir quel était l'agitateur). Une heure plus tard ce sont les chacals qui se répondent en cœur d'un bout à l'autre de la forêt...

Nous partons plus motivés que jamais le lendemain à l'aube. Il n'y a personne dans le parc à cette époque de l'année, les éléphants doivent donc être moins dérangés, donc moins méfiants. Mais la motivation n'a jamais fait apparaître un éléphant au détour du chemin. Et si nous trouvons bien quelques bouses ça et là (dont certaines d'une fraîcheur toute relative), des panneaux d'indication broyés par des éléphants qui ont du les prendre pour des grattoirs à récurer les peaux mortes, il faut se rendre à l'évidence, nous sommes maudits par les esprits de la forêt.

C'est finalement dans un des petits restos que compte le parc que nous apercevrons le plus de bêtes. Enfin, "apercevoir" est un bien faible mot quand vous avez des biches et un sanglier qui viennent vous manger dans la main...

Pour finir, nous décidons de mettre le cap sur Chiang Mai. On nous a prévenus que c'était très touristique, donc nous ne sommes pas étonnés de voir autant de ... touristes. Mais ceci dit cette ville est très agréable et parsemée de temples bouddhistes qui sont plus animés que dans le reste du pays. Nous avons même la chance d'y être pour une fête annuelle, lors de laquelle les fidèles se retrouvent le soir en procession, autour des multiples lieux sacrés que compte la ville. Les bougies, les odeurs d'encens, le silence du recueillement malgré la foule nous font passer un bon moment au milieu de tous les pèlerins. Nous relouons un scooter pour deux jours et en profitons pour papillonner de monastères en stupas, puis pour faire un tour dans la campagne environnante où les belles courbes et pentes dans des paysages de montagnes verdoyantes me donnent l'impression de jouer à Gran Turismo en grandeur nature.

Pour combler notre frustration de n'avoir pu voir d'éléphant sauvage, nous nous arrêtons dans une ferme d'éléphants, domestiques cette fois-ci. Le parc ferme à 16h, mais les gentils propriétaires nous permettent de rester 1 heure de plus. Nous assistons donc en uniques spectateurs (et acteurs) à la mise en place d'un futur "spectacle" d'éléphants. Anne-Laure gagne un concours de lancer francs, alors que je fais une petite partie de Base-ball contre un pachyderme de bien 4 tonnes ! Elle est loin la jungle mais on s'est bien marré...!