Débacle au Kirghizstan

Les dernières péripéties de notre voyage de 13 mois à travers l'Asie.
Mai 2007
6 semaines
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Nous quittons le Pakistan le 1er mai, le jour de l'ouverture du Khunjerab Pass, la seule route qui relie Islamabad à la Chine. Dans le bus, il y a 4 japonais, 1 américain, 2 hongrois, 1 andorran (obligé de mettre son vélo dans le bus pour cette partie de la route), 5 chinoises d'un style bizarre (et peu recommandables au dire des douaniers pakistanais...), et nous. Tous des voyageurs au long cours. L'un des japonais a 70 ans et ressemble avec son crâne dégarni, sa longue barbe blanche, son bâton de marche et son petit sac, à un vrai sage. Tout le monde se prend d'affection pour lui et l'aide à sa manière. Une autre japonaise est partie pour 2 ans et à l'intention de faire le tour de l'Afrique en bus. Les hongrois vivent en Inde et rejoignent le Tibet pour y effectuer un pèlerinage bouddhiste. Ferran, l'andorran est parti d'Andorre la Vieille sur son vélo, direction Kathamandu...

Les douaniers pakistanais sont en retard, nous les attendons 2 bonnes heures. Nous en profitons pour faire la connaissance de la famille Duchateau, qui voyage pendant 1 an en camping-car (Obélix) en Asie avec leurs quatre enfants : Un périple en famille. Nous les retrouverons avec plaisir à Kashgar puis au Kirghizstan dans quelques jours.

Une fois les formalités réglées, nous embarquons pour les 80 Kms qui nous séparent de la frontière physique et du col, à 4700 mètres d'altitude. Quelques marmottes rousses et un groupe d'ibex (bouquetins) nous regardent passer, impassibles. C'est avec un certain pincement au cœur que nous franchissons ce col. Nous quittons le Pakistan plein d'affection pour ses habitants si accueillants.

Contrairement aux douaniers pakistanais, aimables mais un peu bordéliques, les chinois nous accueillent avec des têtes de portes de prison. Ils sont tirés à 4 épingles, ordonnés, robotisés. La route pakistanaise pleine de nids de poules laisse place à un billard asphalté. Les vallées encaissées côté pakistanais s'élargissent, les montagnes deviennent moins abruptes, les paysages sont grandioses et désertiques. Nous arrivons peu après à Tashkurgan, première ville chinoise. Et le réflexe de tous ceux qui descendent du bus, est d'aller s'acheter une bière bien fraîche ! Nous renouons également avec plaisir avec la nourriture chinoise, plus variée.

L'étape du lendemain nous mène sur les bords du lac de Karakul. Bien que cet endroit ne nous laisse pas un souvenir indélébile, cela permet néanmoins de faire "connaissance" avec les familles kirghizes qui peuplent les rives, un avant goût de notre prochain (et dernier ?) pays...

Sur les rives du lac Karakul 

Finalement, nous rejoignons la mythique Kashgar avec un jour d'avance. Kasghar et ses parfums d'Asie Centrale, son immense marché coloré et odorant, ses habitants (les Ouighours) à l'hospitalité renommée. Kashgar, à la croisée des routes de la soie, la plus grande cité commerciale de la région...

Seulement voilà, Kashgar a bien changé. La ville a suivi le rythme du développement du reste du pays. Et aujourd'hui Kashgar, c'est plus chinois que ouighour... Les hans, l'ethnie majoritaire chinoise, ont appliqué ici les mêmes "recettes" que celles du Tibet, à savoir une invasion par le nombre.

Mais ne soyons pas si pessimistes et négatifs, car il y a encore de belles choses à voir à Kashgar. A commencer par la vieille ville (qui malheureusement n'en a plus pour très longtemps...). Des rues étroites, en briques de terre séchée, où il fait bon se réfugier, hors d'atteinte des rayons brûlants du soleil qui ravagent les larges artères modernes. Des artisans, des forgerons, des boulangers, des menuisiers, qui travaillent dans la rue, comme à l'ancien temps.

Il reste encore le marché aux bestiaux, le "sunday market", pour s'en prendre plein les yeux, les narines, et les oreilles. Mais dépêchez-vous, car dans quelques années, ce ne sera sûrement qu'un lointain souvenir.

Et puis le temps presse. Il nous faut prendre la route du Kirghizstan. Direction le col de Irkeshtam, mais ça, c'est pour une prochaine note...

Dans les ruelles de Kashgar 
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Malgré son coté chinois, nous prenons un réel plaisir à déambuler dans Kashgar. Certaines rues, encore très typiques, nous propulsent un siècle en arrière. Les shashliks (brochettes de mouton) grillent sur les barbecues (d'enfer), les gargotes servent des bols de lagmans brûlants (soupes de nouille au... mouton), accompagnées de pain frais, face à des carcasses de... mouton suspendues aux murs.

Quant au marché aux bestiaux, même si l'on y croise pas mal de touristes, il reste authentique et intéressant. Les paysans y viennent, avec une bête ou tout un troupeau, pour y vendre vaches et... moutons. Ca tâte, ça discute, ça observe, ça tond la laine, dans un capharnaüm de poussière et un brouhaha qui semble centenaire.

Le marché aux bestiaux 

Nous quittons Kashgar le 7 mai, direction le col d'Irkeshtam à 270 Kms plus à l'Ouest. Après 5 heures de route traversant des paysages désertiques, sous le regard hagard des chameaux, nous atteignons le poste-frontière chinois, vide. Nous finissons par trouver deux douaniers (têtes de prison, robotisés...) qui nous laissent passer sans problème. Nous marchons les 3 Kms qui nous séparent du poste kirghize. Nous sommes au milieu d'un no man's land à 3500 mètres d'altitude. A la douane, nous retrouvons 3 des japonais qui avaient franchi la frontière pakistanaise avec nous une semaine auparavant. Ils voulaient passer au Kirghizstan il y a déjà 3 jours, mais les chinois avaient fermé la frontière pour cause de vacances (golden week) ! Ils sont restes coincés là, à attendre, juste attendre. Un russe les accompagne. Il voyage en stop. Après 8 mois de voyage, il n'a dépensé que 200 US dollars ! Son site : Muhranoff.

La douane kirghize est assez hallucinante. C'est un camp de roulottes rouillées et délabrées. Nous y passons 4 heures à attendre un camion qui ne passera finalement jamais. Nous nous résignons alors à partager les frais pour un mini van russe conduit (ou piloté...) par un colonel des douanes. Rapidement, la belle route chinoise laisse place à une piste défoncée où il est parfois plus facile de rouler sur les bas-côtés plutôt que sur le bitume “cratérisé”. Partis de la frontière à 16h, nous arrivons à Osh à minuit et demi. Nous n'avons pas d'endroit où dormir, le colonel nous accueille tous les 6 chez lui. En deux temps trois mouvements, sa femme nous installe des a la kirghize : à même le sol, avec un bon matelas de 2 ou 3 couvertures et un énorme oreiller : bien mieux que beaucoup de vrais lits!

Le lendemain matin, elle continue à prendre soin de nous en nous offrant un café léger et en nous donnant un gros pain traditionnel couvert de bonbons! Nous apprécions ces gestes d'hospitalité; car même si le rapport établi entre nous et notre chauffeur n'était à l'origine que commercial, nous nous rendons bien compte que la notion d'invité, ici aussi, est importante.

La différence entre la douane kirgize et chinoise... 
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Nous voilà à Osh, deuxième ville du Kirghizstan, à 10 Kms de la frontière ouzbèke. Direction le bazar. Les gens sont accueillants. Ils nous parlent russe, nous avons du mal à suivre... Atkuda ? D’où tu viens ? Chiott ! L'addition ! Chiass... Attendez un peu... Nous déjeunons dans les maisons de thé (Chaikhana). C'est un peu comme manger sur un lit. Nous tombons également en pleine célébration de la victoire des Alliés (le 9 mai en Russie et dans les ex-républiques soviétiques). C'est la fête foraine dans le parc de la ville, une occasion d'avoir un bon aperçu de la population locale. La religion islamique est beaucoup plus pratiquée dans le sud du pays que dans le nord. Nous croisons donc beaucoup de femmes couvertes d'un voile, sans commune mesure cependant avec le Pakistan.

Nous partons le lendemain pour Jallalabad. Nous allons rencontrer Emilie, une française qui travaille pour ACTED. Ses parents sont là aussi. Récents retraités de l'agriculture, ils lui rendent visite et en profitent pour se balader dans le pays. Le hasard (qui fait toujours bien les choses) a voulu que nous les ayons croisés un jour plutôt sur le bazar de Osh ! Une soirée bien sympathique et pleine d'échanges.

Mais il nous faut déjà repartir. Nous avons rendez-vous avec Francky Rastaman qui doit nous rejoindre à Bishkek le 12 mai. Nous prenons un taxi collectif pour couvrir les 570 kms qui nous séparent de la capitale. Le chauffeur, très gentil, a un peu tendance à s'endormir sur le volant.

Et il conduit à une vitesse effarante. Sa Mercedes doit avoir au moins 25 ans, heureusement qu'elle tient la route... Nous sommes régulièrement obligés de lui suggérer de s'arrêter pour faire une pause. Parfois, j'enfonce le pied dans le plancher, pensant pouvoir agir sur la pédale de frein. Mais ce qui devait arriver, arrive...

Sur la route de Bishkek 

Mais non, pas d'accident ! Nous sommes arrêtés par la police pour excès de vitesse ! Enfin, c'est ce que dit la police. Car avec leur pseudo radars qui ressemblent plus à des pistolets en plastique qu'à de précis instruments de mesure, je me demande ce qu'ils peuvent bien enregistrer. D'ailleurs personne n'est dupe, et notre chauffeur leur glisse un petit billet pour repartir tranquille. Ce petit contretemps aurait pu s'arrêter là si je n'avais pas eu la superbe idée d'aller soulager ma vessie dans le champ, à quelques mètres des deux agents... Au moment de remonter ma braguette, l'un deux me regarde tout rouge et commence à bougonner un truc qui électrifie l'atmosphère jusque là détendue. Il me somme de venir face à lui, je n'ai pas l'ironie de lui tendre la pince pour les salutations... Il me postillonne à la figure un truc du genre : "Mais tu te crois où pour pisser sur le bord de la route ? Ça va te coûter cher petit c.. !" Puis il me tend un papier et me montre une ligne écrite en russe, avec au bout le prix de l'amende : 30 Euros ! 30 euros pour urinage sur la voie publique... (Le salaire moyen au Kirghizstan tournant autour de 20-30 euros/mois, ça fait quand même une sacrée somme !). Ensuite il me reproche d'être mal rasé, bref tous les faits sont contre moi...

Il me demande mon passeport. Sachant que le lui tendre est la dernière bêtise à faire, je tourne les talons et retourne m'asseoir dans la voiture, faisant la sourde oreille. Il ne décolère pas, ce type est un vrai comédien professionnel ! On dirait que j'ai commis un crime. Je ne bouge pas, j'attends. Connaissant ma diplomatie légendaire, je préfère me taire. Finalement le chauffeur essaye de calmer le jeu. Il glisse un deuxième billet au flic, qui faisant d'abord mine de refuser, finit par accepter volontiers.

A racketter les usagers, Les flics peuvent s'engraisser, Et la police kirghize ne connait pas la crise !

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"Ne jamais vendre la peau de l'ours avant d'avoir franchi le col..."

Nous quittons Bichkek avec l'ami Francky en marshrutka (bus) en direction de Karakol, non loin du plus grand lac du Kirghizstan : Issykul (170 kms de long pour 60 de large). Près de Karakol, plusieurs petites vallées se prêtent bien à la randonnée, et malgré qu'il soit "encore un peu tôt dans la saison", nous planifions un trek de 3 jours avec le passage d'un col à 3800 mètres et une visite au lac alpin de Alakul (qui contrairement a ce que laisse entendre son nom, n'est pas si facile à atteindre!).

Le premier jour est une belle mise en jambe de 4 heures, sur une piste de 4x4 qui longe une rivière aux flots tumultueux. Le temps, brumeux au départ, se découvre peu à peu. Les montagnes sont parées de multiples variations de verts, en fonction qu'elles soient recouvertes de sapins, de prairies, d'arbustes... L'herbe est épaisse, bien grasse, on comprend pourquoi les bergers viennent y passer l'été avec leurs troupeaux. Nous arrivons à Altyn Arashan (2600 m), un hameau de 3 maisons. Des chevaux en liberté paissent paisiblement. Au fond de la vallée, nous pouvons apercevoir le mont Palatka recouvert de glace. Nous plantons la tente à coté du chalet de Valentyn. Nous prendrons les repas chez lui. Altyn Arashan est réputé pour ces paysages, mais aussi pour ses sources d'eaux chaudes chargées en minéraux. Nous consacrons la fin de l'après-midi à faire trempette dans des bains à 40 degrés, idéal pour relaxer nos gambettes. Le soir, nous faisons connaissance de James et Charlie, deux australiens qui ont l'intention de faire le même itinéraire que nous. Confiture de myrtilles, parties d’échec devant un feu de cheminée, au dodo. Il pleut une bonne partie de la nuit et au matin le ciel est bien bas. Nous décidons sagement de différer notre départ et le passage du col d'une journée. Re : confiture, parties d’échec, bains bouillants.

Les sources d'eaux chaudes et les chevaux en liberté (Altyn Arashan) 

Mais le lendemain matin, le ciel est encore bouché. Sagement, nous décidons de partir quand même en direction du col, en espérant que le temps se dégagera par la suite. Et notre intuition nous donne raison, du moins pour les 4 premières heures de marche. Nous avançons, doucement. Les nuages défilent, découvrant parfois les montagnes enneigées alentours. Nous profitons d’un rayon de soleil pour faire la pause déjeuner. Un torrent coule en contrebas, et des chevaux en liberté gambadent tranquillement. Nous savourons ces instants de plénitude, apprécions ces paysages, ce grand air, qui dans quelques temps risquent de nous manquer terriblement.

Nous reprenons notre progression. Avec l’altitude, nos deux australiens commencent à ressentir les premières gênes physiques : Léger mal de tête, souffle court… Ils sont à la traîne. Franck et Laurette les attendent pendant que je décrypte le relief pour trouver notre chemin à l’aide de la carte et de la boussole. Car ici, comme partout dans le pays, pas de sentier, pas de balise, aucune indication.

Vers 3400 mètres d’altitude, le temps se couvre, le vent se lève et il commence à pleuvoir. Très vite, la pluie fait place à la neige. Il faut prendre une décision et vite. Continuer alors que nous sommes au pied du col ? Il nous faut encore 2 bonnes heures de marche avant d’espérer atteindre le lac, de l’autre côté. Mais James et Charlie sont vraiment cuits et il est déjà 15 heures…

Faire demi-tour ? Cela revient à faire un trait sur notre itinéraire. Si demain le temps est meilleur nous pourrons franchir le col… et voir le lac ! Nous décidons de planter les tentes et de dormir là, à 3600 mètres. Cela nous laissera la possibilité de redescendre ou de continuer demain matin. A peine avons-nous installé les tentes que se trouvent déjà 5 cm de poudreuse sur le sol. Nous enfilons nos affaires les plus chaudes, et nous plongeons dans nos sacs de couchage. Maintenant, une seule chose à faire, patienter… Mais nos sacs regorgent de petits plaisirs transmis par les mamans et amenés par Francky. C’est comme ça que nous nous régalons de ballottines au foie gras et de fromage de brebis ! Régulièrement, nous tapons sur le double toit pour en faire tomber la neige qui s’accumule et qui fait plier les arceaux.

Jour blanc dans la montagne kirghize 

Vers 20 heures, nous passons le nez dehors. Il s’est arrêté de neiger. Le temps est un peu découvert. Il a neigé 15 cm et toutes les montagnes autour sont d’un blanc éclatant. A cours d’eau, nous faisons fondre un peu de neige pour remplir nos gourdes. La nuit tombée, nous retournons nous coucher avec l’espoir de nous réveiller sous le soleil… Je me réveille à 5 heures. Le bruit des flocons tombant sur la tente vient tout de suite à mes oreilles. Il neige encore ! Impossible de me rendormir, je ne tiens plus en place. A 8 heures nous décidons de plier les tentes et de redescendre sur Altyn Arashan, notre point de départ. Nous rangeons au maximum nos affaires à l’intérieur de la tente. Enveloppons nos pieds dans des sacs plastiques avant d’enfiler nos chaussures (un truc extra, conseil d’Anita made in Norway). Au « top départ », nous nous précipitons dehors et plions la notre abris le plus rapidement possible, avant d’avoir les mains congelées. Nous entamons la descente dans 30 à 40 cm de neige. Heureusement il ne fait pas trop froid, mais la visibilité est réduite. Sur mes souvenirs de la veille, je guide notre petit groupe. Nous retrouvons un à un les endroits traversés hier : un replat, la pause déjeuner, une tente de berger, le guet de la rivière… Après 6 heures de marche et 1000 mètre de descente dans la neige, nous arrivons enfin au refuge. Il pleut encore, mais nous savons ce qu’il nous attend : confiture de myrtille, bains bouillants et partie d’échec !

Et l’ours me direz-vous ? Ce n’est pas nous qui sommes tombés nez à nez avec l’animal, mais un couple de québécois qui a effectué la randonnée dans le sens inverse du notre…

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Les jambes encore endolories de notre descente sous la neige de la veille, nous rechaussons nos godillots toujours mouillés et reprenons la descente vers Karakol. Sur le bord du chemin, deux hommes nous invitent à boire un coup avec eux. Si l’on en croit les deux cadavres de bouteilles de vodka allongés par terre, ils ont déjà bien entamé leur descente ! Mais ils n’oublient pas leurs classiques pour autant, car lorsqu’ils apprennent que nous sommes français, ils entonnent gaiement "Alouette, gentille alouette, alouette, je te plumerai…!!!" Est-ce une introduction à la soirée qui s'annonce ? De retour à Karakol, nous reprenons nos bonnes habitudes : au bazar on mange des samsas (mot kirghize pour samossa) chaudement sortis du four, et on prend le dîner à la guesthouse, où la maîtresse de maison s’avère être une fine cuisinière. Mais ce soir notre équipe franco-australienne décide d’aller boire un verre, histoire de fêter notre retour de cette aventure enneigée!

On se dirige vers le "Fakir", bar à la mode nous a-t-on dit. Le décor et l’atmosphère y sont surprenants : la décoration est assez "classe", les gens sont sur leur 31, dansent en sortie de table. On s’installe aussi, on commande une bière, mais plouf nous sommes tous plongés dans le noir par une coupure d’électricité ! Ça fait fuir pas mal de clients, mais nous en bons trekkeurs on a toujours notre lampe frontale avec nous !!! On veut surtout finir notre bière avant de partir.

Mais c’était sans compter sur Stefen, qui arrive en même temps que l’électricité revient. Expatrié allemand au Kirghizstan, marié à une kirghize, il propose de nous payer un coup : "pour promouvoir le tourisme et la culture locale" ! C'est ainsi que la première bouteille de vodka arrive sur la table, avec son escorte d’eau gazeuse et de jus de pomme. Stefen porte un toast à l’amitié entre les peuples et à la paix sur terre (il a déjà ingurgité pas mal de vodka et ça rend à priori très philosophe), et nous buvons à la locale : on avale notre petit verre cul-sec, après lequel on a droit à un verre de jus de fruit. Ça nous rappelle étrangement une soirée passée dans un train, avec des lituaniens… On discute de la culture locale, il nous raconte des blagues, puis tout à coup ça recommence : un nouveau toast, un autre verre, et encore un autre toast, pour un nouveau verre… La bouteille est vaincue !

Mais combien y a t'il de bars dans Karakol ???

Stefen nous propose d’aller dans un autre bar, nous le suivons. 200 mètres plus loin, nous voici dans un autre lieu nocturne kirghize, bar et discothèque à la fois. Nous sommes étonnés de voir à quel point les bars sont pleins dans cette petite ville, un lundi soir ! On prend une table, et l’histoire se répète : la bouteille de vodka ne tarde pas. Un toast, un verre, …, un toast, un verre… Stefen a de plus en plus de blagues à nous raconter, et nous on rit de plus en plus facilement. Franck essaie bien de passer son tour en troquant son godet de vodka contre de l’eau gazeuse, mais il a la mauvaise idée de tourner le dos avant de boire… les australiens lui appliquent la manipulation inverse : eau gazeuse contre vodka. Le fou rire est général lorsqu’il découvre le subterfuge, et nous sa grimace. Une nouvelle bouteille est vaincue, Stefen propose d’aller dans un autre bar, nous le suivons encore !

Cette fois-ci, nous arrivons dans une discothèque. La fête bat son plein. La musique est bonne ; tout le monde danse, et notre arrivée ne passe pas inaperçue. Certains locaux sont ravis de voir des étrangers sur la même piste de danse qu’eux, on discute et on danse ensemble, bref on s’éclate. Tant et si bien qu’on ne soupçonne rien de ce qui se trame autour de nous. Charlie (un des australiens) se fait piquer son portefeuille, agrippe le pickpocket et le poursuit dans la rue, en vain ; James (l’autre australien) voit son appareil photo jeté par terre par un militaire ; enfin je ne réalise que la tension monte que lorsque Franck se fait provoquer par un militaire complètement rond qui le prend pour un américain (les américains ont une base militaire à Bichkek et ont mauvaise presse auprès de pas mal de locaux). Pierre se joint à Franck pour préciser "Francuse, Francuse !" (Français, français!), pendant que d’autres militaires moins éméchés retiennent leur collègue.

A ce moment-là on ne se sent plus vraiment les bienvenus dans cette ambiance et on décide de quitter les lieux. Nous sortons. Mais à cette heure avancée de la nuit la population qui traîne dehors ne vaut pas mieux qu’à l’intérieur. On abandonne un peu vite Stefen, notre maître de soirée, et on saute dans le taxi que ses deux collègues (qui ont plutôt l’allure de gardes du corps) ont arrangé pour nous. Quelques centaines de mètres seulement nous séparent de la guesthouse, mais nous payons le prix de la tranquillité.... Et finalement ni les émotions passées ni les verres d'alcool ingurgités ne nous empêchent de terminer la soirée par... une partie d'échecs... 4 heures du matin, la France bat l'Australie!

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