Carnet de voyage

Grosse île, île de quarantaine

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Par Silvie
Août 2023
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Publié le 2 juin 2023

Demain nous partons passer quelques jours sur le bord du fleuve. Notre but est de visiter Grosse-Ile.

Qu'est-ce que Grosse-Île qui est aussi appelé l'Île de Quarantaine?

C'est un lieu historique national qui est située sur une île face à Montmagny, dans l’archipel de l’Isle-aux-Grues du fleuve Saint-Laurent.

Je connais, j'y suis allée il y a 20 ans. Je suis bien contente d'y retourner voir quelles sont les améliorations qui ont été effectuées au fil des années.

En 1832, c'est l'époque des grandes épidémies en Europe. Il est important de protéger le Québec, d'éviter la propagation des maladies infectieuses.

Comme Grosse-Île est déserte et est située au milieu du fleuve Saint-Laurent, elle a été transformée en station de quarantaine pour les immigrants. Grosse-Île a été la principale porte d'immigration au Canada pour des dizaines de milliers d’immigrants qui sont arrivés au Canada entre 1832 et 1937. Beaucoup étaient des immigrants irlandais qui fuyaient la famine et la misère. Mais pour plus de 5400 d'entre eux, le voyage s'est arrêté à Grosse-Île.

L'accès est uniquement possible par bateau à la marina de Berthier-sur-Mer. Nous avons déjà réservé notre motel à Berthier sur mer, notre transport en bateau jusqu'à Grosse-Île où des guides de Parc Canada nous attendent pour nous raconter l'histoire fascinante de cette station de quarantaine. Une histoire qui dura 105 ans.


Enfin, Grosse-Île! 
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Publié le 21 août 2023

Les premières années à Grosse-Ile furent très difficiles car la médecine n'était pas très avancée, on ne savait pas trop comment traiter les maladies et, comme on ne connaissait pas la contagion, tout le monde était ensemble malades ou non.

On a beaucoup entendu parler des conditions pour venir en Amérique en bateau à voile conditions qui étaient horribles, les navires sont insalubres, les gens sont entassés dans les cales sans pouvoir prendre l'air. Imagine l'hygiène, les pots de chambre au bout des lits. Que se passe-t-il quand il y a des vagues? Je préfère ne pas y penser. Plusieurs sont morts durant la traversée.

La pire année fut l'année 1847, où 441 navires transportèrent des immigrants au Canada à destination du port de Québec. La traversée dura de 6 à 9 semaines.

La plupart d’entre eux étaient les réfugiés d’une effroyable famine en Irlande qui a tué un million de personnes et en jeter un million d’autres sur les routes pour un ''monde meilleur''. Famine causée par un parasite qui attaqua la pomme de terre, la seule culture en Irlande.

Grosse-Ile était prête à en accueillir 25 000 à 30 000 nouveaux arrivants mais en fait, 100 000 sont venus dans des navires qui devront attendre en file sur le fleuve. Il fallait enlever les morts, les enterrer, vérifier qui est malade et doit être soigné et mettre les autres en quarantaine.

On les met où tous ces gens?

Rapidement, les installations ne suffisent plus, une douzaine de nouveaux grands bâtiments sont bâtis dans l’est de l’île et des tentes aussi sont installées.

Les gens vivent les uns sur les autres par manque de place, les malades infectent rapidement les autres.  

Il mourra, cette année-là, près de 5500 hommes, femmes et enfants. Il y avait tellement de morts chaque jour qu'ils ont dû les enterrer dans une fosse commune.

Justine, notre guide, nous explique que, malgré la fosse commune, tous les noms sont recensés.  
Les noms ont été classés par année et par ordre alphabétique 

Ce monument a été érigé pour tous les médecins, les employés, les marins, les prêtres et les religieuses qui sont morts en service.

La croix celtique est l'un des symboles de l'Irlande. Elle fut érigée en 1909 pour commémorer la Grande Famine irlandaise et l'hécatombe de 1847.

Chaque côté de la croix, il y a une explication dans une langue différente. Il y a un côté qui est écrit en gaélique la langue celtique des Irlandais.

La Croix celtique, symbole de l'Irlande. 

Ce fut l'endroit le plus triste que nous avons visité sur cette île. Tous ces gens qui fuyaient la famine et qui, après avoir fait une traversée horrible, finissent leur vie dans une fosse commune.

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Publié le 19 août 2023

Dans les maladies , une personne sur dix meurt de la variole qui est très contagieuse. Comme le nombre d’immigrants augmente beaucoup à la fin des années 1800, ils doivent être vaccinés contre la variole avant leur départ d’Europe. Les symptômes sont la fièvre, les vomissements, le délire, les maux de tête et d’importantes éruptions cutanées laissant des cicatrices permanentes.

Malgré la vaccination, la maladie est présente dans les navires qui arrivent à la station de quarantaine.

Lis bien ce qui suit.

Selon le médecin danois Finsen, la lumière du soleil est dommageable pour les variolés. En 1904, une salle du lazaret (lieu de quarantaine) est donc peinte en rouge. Des châssis vitrés et des ampoules électriques rouges sont ajoutés, protégeant ainsi les malades de la lumière. On pense ainsi raccourcir la durée de guérison et diminuer les cicatrices. De nombreuses mesures et précautions doivent être prises pour la durée du traitement des malades, qui dure environ un mois et demi.

Comme il fallait les protéger du soleil, les fenêtres ont été peinturées en rouge et pourquoi pas tout peinturer en rouge.

Est-ce qu'ils guérissaient parce qu'ils étaient cachés des rayons solaires?

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Publié le 21 août 2023

J'en ai appris une bonne.

Avant 1870, on croyait à la théorie des miasmes c'est-à-dire que l'air était mauvais. On pensait que ces maladies n'étaient pas contagieuses, que les miasmes étaient transportés par le vent dans les airs et que ceux ou celles qui étaient atteints subissaient une punition divine parce qu'ils menaient une mauvaise vie ou étaient de mauvaises personnes. ah ben ah ben

Un nouveau surintendant arrive, c'est-à-dire le grand chef Frederick Montizambert qui, malgré son nom, est né à Québec. Il arriva à Grosse-Île en 1869 et y resta 30 ans.

Cet homme est formé aux Etats-Unis en médecine bactériologique, il fut reconnu internationalement et reçu de nombreux honneurs. Il n'avait pas ces idées démodées.

C'est grâce à lui que Grosse-Île doit toutes les installations modernes. Pas seulement à Grosse Île mais dans d'autres stations canadiennes.

Enfin, on implanta de l'équipement de désinfection.

Il est important de mentionner que les bateaux vapeur vont de plus en plus remplacer les voiliers. Une traversée sur un voilier pouvait prendre 6 à 9 semaines, sur un bateau-vapeur, on parle plus de 7 jours. Évidemment comme les conditions à bord s'améliorent, il y a beaucoup moins de transmission de maladie.

Si tu as vu le film Titanic, tu te souviens qu'il y avait des classes: première, deuxième, troisième classe. C'est la même chose ici. Les gens paient leur billet et dans le montant est compris les services qu'ils vont recevoir sur l'île de Quarantaine.

Première étape: l’édifice de désinfection qui est à la fine pointe des technologies de l’époque par lequel tous les immigrants de plus de 60 pays et leurs bagages devaient obligatoirement passer.

C'est le premier bâtiment que nous voyons en arrivant sur l'île. Tous les immigrants doivent passer à l'inspection sanitaire.
Une infirmière qui n'entend pas à rire du tout, nous reçoit 

On doit s'enligner sur les rails face à face et faire un pas en arrière pour éviter la transmissions du Covid, excuse-moi, je me suis trompée le typhus, choléra, variole et j'en passe.

Elle nous pose des questions pour voir si nous avons toute notre tête.

Elle nous fait tirer la langue afin d'en vérifier la couleur. Une n'a pas passé le test et est partie tout de suite à l'hôpital

Celle qui n'a pas passé le test est partie en ambulance hypomobile avec d'autres malades vers la section des hôpitaux.

L'invention de l'ambulance vient d'un chirurgien de l'armée de Napoléon en 1793.

Belle invention qui fut copiée par bien des hôpitaux d'Europe et d'Amérique.

La station de quarantaine a reçu son ambulance en 1889. 

L'infirmière m'a dit d'un air de dédain que je devais enlever ce '' vernis à ongles'' même si j'étais en première classe. Oh là là, j'ai eu chaud, je m'en suis tirée à bon compte.

Ensuite, elle nous remet un jeton avec un numéro que nous devons toujours garder en mémoire.

Nous devons mettre tous nos objets personnels dans des sacs portant le même numéro. Nos objets personnels sont ensuite mis dans des grosses caisses et ils sont désinfectés par la vapeur.

Tout est déplacé par des rails , c'est moderne.

Nous sommes très nombreux. Plusieurs ont le mal du pays.

Difficile de tout laisser derrière soi sans trop savoir à quoi s'attendre.
D'où viennent-ils? 

Entre 1892 et 1927, plus de deux millions d'immigrants arrivent en Amérique par le port de Québec qui était alors le 5e port en importance dans le monde. Ils viennent d'Angleterre, Irlande, Écosse mais aussi de Scandinavie, d'Europe de l'est et de Russie. Il en arrive de plus de 60 pays.

Revenons à cette fameuse douche!

Une fois l'inspection de l'infirmière terminée et que les effets personnels sont ramassés, c'est le tour de la douche désinfectante, tout le monde y passe. Première ou troisième classe, pas de différence.

Un préposé donne les différentes consignes et est heureusement accompagné d'interprètes pour être certain que tout le monde comprend bien.

Le système de douche est très moderne, il est digne d'un hôtel 5 étoiles mais c'est quand même très intimidant même si c'est fait dans le plus grand des respects.

Il faut entrer dans une salle composée d'une première pièce pour enlever les vêtements et une autre pièce où se trouve la douche. Ce n'est pas que de l'eau, il y a un désinfectant aussi, du bichlorure de mercure, c'est pour ça que la douche est faite de cette façon. Il semble que ce n'est pas dangereux car ce n'est qu'une seule douche et surtout, c'est efficace.

Vers 1912, il y a 44 douches en tout, l'eau est chauffée
Ça fait peur mais on nous assure qu'il n'y a aucun danger 
Un employé contrôle l'arrivée d'eau. La personne reçoit de l'eau partout grâce au tuyau qui l'encercle et au pommeau au dessus 

Chaque immigrant reçoit un sac numéroté pour y déposer tous ses vêtements une fois rendu dans la cabine qui lui est assignée. Pendant la douche, les sacs seront ramassés et soumis à la désinfection dans les étuves. On lui remet une robe de chambre.

Après, c'est l'attente. Attendre que les vêtements et les objets personnels reviennent de la désinfection.

Petite anecdote, le crachoir que tu vois sur le plancher, me fait penser à Tante Yvonne qui a travaillé comme commis-comptable dans une entreprise familiale pendant plus de 40 ans. Étant la seule femme, son patron lui avait demandé de s'occuper des crachoirs jusqu'à ce qu'elle se tanne et refuse de faire une job aussi dégueulasse.

Pendant cette attente, nous avons rencontré un Russe. Il faisait partie d'une communauté qui prônait la paix et qui était persécutée par la garde impériale de Russie qui voulait absolument que les hommes s'enrôlent dans l'armée du Tsar. L'homme nous expliquait que, comme ils étaient pacifistes, il n'en était pas question alors tout le groupe a fui la Russie, ce fut un très long voyage.

Pendant le temps d'attente, dans toutes les salles, il y avait une propagande car, le gouvernement canadien voulait peupler l'ouest du Canada. Comme on voulait que ces immigrants soient en santé et, surtout, qu'ils n'amènent pas avec eux les maladies contagieuses qui décimaient alors des populations entières : choléra, peste, grippe espagnole, typhus, variole, etc. Grosse-Ile était le meilleur endroit que pour les recruter, les encourager à se rendre au Manitoba, Saskatchewan et autres provinces de l'Ouest.

On ne disait pas toute la vérité, que les terres étaient en bois debout par exemple. On ne parlait pas trop de l'hiver! 

Est-ce qu'on peut appeler ça de pieux mensonges?

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Publié le 21 août 2023

Grâce aux bateaux-vapeur, il est plus facile de faire la traversée et surtout plus rapide. Il y a moins de gens malades qui arrivent. Il y a quand même une quarantaine plus ou moins longue pour les gens en santé.

Je ne le trouve pas très rassurant ce bateau! 

L'est de l'île est réservé aux hôpitaux, à l'ouest on installe des hôtels classés comme les bateaux, première classe, deuxième classe et troisième classe.

Hôtel de 3e classe où sont présentement hébergés, une partie des guides de Parc Canada. 
La boulangerie. Comment pouvaient-ils faire beaucoup de pain avec un si petit four!

Là, on change complètement de registre, nous allons à l'hôtel 1ere classe

L'hôtel est magnifique, les gens y sont très bien traités 
La première classe n'a pas à préparer ses repas. 
Ici, on ne parle pas de dortoirs. Chacun a sa chambre même si elle est toute petite, elle a quand même un lavabo! 
De belles voitures pour les premières classes 
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Publié le 21 août 2023

Bien agréable le tour de l'île en train ballade.

Il y a eu souvent des agriculteurs sur l'île, disons qu'ils occupaient les ''terres de la Couronne''.

Lorsque la station de quarantaine fut ouverte, il y avait des militaires qui voyaient au bon ordre de la station. Il reste 3 canons visant le fleuve. Pour tirer sur des navires récalcitrants qui ne voulaient pas faire de quarantaine!!!!!

3 canons, vestiges de l'étape militaire. 

Une population permanente s'est établie en 1870. Il y a eu entre 200 et 300 personnes résident sur l'Île mais jamais plus que 70 l'hiver. Pas fous, ça devait être frisquet au milieu du fleuve. Il ne faut pas oublier que les bateaux ne naviguaient pas l'hiver. Les gens s'occupaient de toute l'infrastructure et d'autres s'occupaient de tout ce qui concernait la quarantaine.

À l'est complètement, un hôpital moderne fut construit.

Pour pouvoir expliquer le fonctionnement avant le début du modernisme, on installa pour nous les touristes, la salle des dortoirs malades, pas malades et aussi la salle rouge.

Un hôpital moderne fut construit à l'est de l'île. 

Derrière l'hôpital, il y a un cimetière, beaucoup plus petit que celui des Irlandais.

Les croix sont fabriquées avec des tuyaux de plomberie! 

Au centre de l'ile, il y a un village, Saint-Luc-de-Grosse-Île. Bonne idée d'avoir choisi ce nom car Saint-Luc est le patron des médecins.

Plusieurs familles y vivaient, au village et sur le chemin du village.

Un bureau de poste, un bureau de télégraphe super important à cette époque, des maisons pour installer la direction, le médecin, les infirmières et tout le personnel soignant. Comme il y a des enfants, il faut une école avec un 2e étage pour pouvoir loger la maîtresse d'école.

Elles sont grosses ces maisons, une est du côté du fleuve, chanceuse! 
Une manque d'amour, l'autre se fait restaurer. 

Il y a 2 églises sur l'île, une catholique, une protestante.

Nous avons visité la catholique. Une jeune fille nous a accueilli comme si nous étions venus nous installer sur l'île. Elle disait qu'ils ne s'ennuyaient jamais, il y avait une chorale, des jeux de cartes, ils jouaient dehors hiver comme été avec les baignades dans le fleuve.

L'église catholique
Un mariage, le curé sur son balcon, une première communion 
L'église protestante 

Que dire des paysages, ils sont fabuleux.

Grosse-Île fait partie de l'Archipel de l'Île-aux-Grues comprenant 21 îles. 
 .

Une escapade enrichissante, à ne pas manquer.






Plusieurs maisons sont encore là et très belles.

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Publié le 22 août 2023

Après plus de 100 ans d'activité, la station de quarantaine ferme ses portes en 1937.

Puis, au début de la Seconde Guerre mondiale, on parle beaucoup de guerre chimique et biologique.

De 1940 à 1956, le gouvernement canadien a mené à Grosse-Île, dans le Saint-Laurent, des expériences sur l'anthrax et la peste bovine.

Pourquoi ne pas utiliser Grosse-Île qui est au milieu du fleuve, pour devenir un lieu secret où l’armée canadienne, états-uniennes et britannique ont pu mené des recherches et ont pu fabriqué des armes biologiques comme l'anthrax.

Ça donne des frissons dans le dos.

Tout était en place il suffisait de s’installer dans l’édifice ayant servi jadis à la désinfection pour produire le bacille de l’anthrax.

Les lieux sont sécurisés, le corridor aérien y est interdit. Évidemment, il est expliqué qu’on y fait des recherches mais sur certaines maladies pas sur des armes biologiques , il faut rassurer les gens.

On y a produit 439 litres d'anthrax, l'équivalent de 70 milliards de doses mortelles de quoi détruire l’humanité plusieurs fois. Des gens ont mis la main sur des documents SECRETS et des témoignages qui confirment le tout, ce n’est pas une légende urbaine.

Mais, il n’y a pas vraiment de preuve que l'anthrax a bel et bien été neutralisé avec du formaldéhyde avant que les autorités n'en disposent... dans le fond du fleuve!

Où ça dans le fleuve?

Et il serait possible que des prisonniers allemands ont été utilisés pour des expériences. Ce n’est pas la première fois que j’entends ça mais……. à Grosse-Île!

Oh là là quelle histoire!

L’histoire ne se termine pas là!

Terminons sur une note plus joyeuse !

Après la fin des expériences bactériologiques, le site devient en 1957 un centre de recherche vétérinaire et en 1965 est aménagée une station de quarantaine animale pour les animaux importés au Canada.

Le gouvernement du Québec y crée en 1978 une réserve de chasse et de pêche sous le nom de Sanctuaire de la Grosse-Île.

En 1984, pour souligner son rôle important dans l’histoire canadienne, le gouvernement canadien accorde à Grosse-Île le statut de site historique.

En 1988, le ministère de l’Agriculture cède le site de Grosse-île à Environnement Canada. Après la désinfection de l’île, le site est aménagé sous le regard de Parcs Canada.

Il ouvre au public en 1995.

Les visites guidées sont fantastiques. Elles permettent de mieux comprendre le fonctionnement de cette station de quarantaine où sont passés des milliers d’immigrants.

ouf et reouf quelle histoire

Mais pour moi, Grosse-Île sera toujours représentée par la croix celtique en souvenir du drame irlandais.

La croix celtique face au fleuve