Carnet de voyage

Les aventures de RaphWheel

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Dernière étape postée il y a 2216 jours
Hey! Voilà déjà 4 mois que je suis partie de Montréal. Après avoir visité le Vietnam, la Malaisie et la Thaïlande, je m’apprête à partir pour ma balade en vélo! De Hanoi, Vietnam à Rouen, France.
Février 2018
32 semaines
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Publié le 7 février 2018

Après avoir passé 9 semaines en Thaïlande, 7 semaines au Vietnam et une semaine en Malaisie, c’est maintenant la Chine que j’attaque dans quelques heures. Vous pouvez cliquer sur ce lien pour voir en gros les endroits où je suis allé jusqu’à maintenant : http://www.scribblemaps.com/maps/view/26uylZV84P


Je suis revenu au Vietnam le 10 janvier dernier justement pour faire ma demande de visa chinois. Que de péripéties ! D’abord, la lecture d’une multitude de blogs qui avaient rarement la même information, car sachons le, les règles pour obtenir un visa varie selon ta nationalité, bien sûr, mais aussi du pays tiers dans lequel tu fais la demande, de l’embassade (il semble que des règles de l’embassade de Hanoi et du consulat de Saigon sont différentes), mais aussi de l’employé à qui tu t’adresses…

Après plusieurs heures de recherches et d’attente, j’ai finalement eu mon visa!! :-)


Autre péripétie: j’ai perdu une 2e carte de crédit en deux mois. (Ouin, il reste encore 8 mois au voyage :-S) Rien de grave a priori, mais il se trouve que la livraison a tardé et le paiement de l’électricité et d’internet dans mon appartement dépend de ce compte (en espérant que mes colocs ne lisent pas ces lignes ;-p) Finalement, je reçois la lettre en service d’urgence hier soir! J’achète le soir même les billets de train pour mon amour de vélo et moi-même. Pourquoi en train? Quoi de mieux que de passer le Nouvel An chinois en Chine!

Le train me permet de sauver 300km et me rapprocher à environ 1 000km de ma prochaine destination, Lijanj. J’y rejoins Fernando et Mona, un couple complètement adorable que j’ai rencontré en Thaïlande et qui m’invite à célébrer le Nouvel An chez eux.

Nouveau problème technique ce matin avant le départ, la majorité des photos ne peuvent pas être téléchargés sur myatlas... J’essaie de régler ça pour la prochaine étape du voyage!


N’hésitez surtout pas à commenter, mettre des suggestions, questionnements, etc. Je prévois principalement être en camping dans les prochaines semaines et je n’aurai pas internet, ce qui fait que je vais mettre le blog à jour approximativement tous les 2-3 semaines.

Bisous! RaphWheel

Dernière Pho au Vietnam, sniff sniff 
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Publié le 11 mars 2018

Nihao tout le monde!

Désolé du délai, c’est difficile de s’arrêter et d’écrire quand tout bouge tout le temps. Me voici de retour pour vous raconter le dernier mois!


Mon entré en Chine a été plutôt laborieux. D’abord, en vélo, c’était mes premières vrais côtes à grimper. Avec du 6km/h en grimpant, c’est difficile de faire plus de 80km en une journée. À deux reprises, j’ai également eu de la misère à trouver un endroit pour mettre ma tente. J’ai dû camper près d’autoroutes et me laisser bercer par les innombrables moteurs de camions… Près de la frontière, je pouvais passer à travers 4 ou 5 postes de contrôle de l’armée par jour. Cela est sans parler de la communication, cette importante patente entre humains. En Chine, et particulièrement dans sa partie ouest, car il y a peu d’étrangers, très peu de personnes parlent l’anglais et s’ils le parlent, ils le baragouinent. À ce moment-là, tout devient plus compliqué, je ne comprends rien de l’écriture sur les affiches. Au restaurant, quand tu es chanceux il y a des photos, donc tu pointes l’images qui paraît la plus délicieuse haha!

Autre enjeu, depuis près de deux ans, le gouvernement chinois investit massivement dans les internets pour bloquer tous les logiciels et interfaces de Google, de même que les informations culturels et politiques jugées indésirables. Ces à ce moment que je me suis rendu compte à quel point j’en étais devenu dépendant, c’est fou à quel point on ne s’en rend plus compte… Les deux VPN que j’avais prévu ne fonctionnaient déjà plus. J’en ai finalement trouvé un payant, mais qui m’assure une certaine tranquillité d’esprit.


Malgré cela, il faut dire que certaines applications chinoises fonctionnent bien avec le VPN ouvert, d’autres non. Sans oublier que ce fameux VPN ne fonctionne pas toujours bien (Peut-être quand les informaticiens-enquêteurs du gouvernement arrivent à avoir le dessus).


Mise à part cette réalité, les paysages sont fantastiques et les Chinois généralement très chaleureux. Les deux premières photos sont les trois pagodes de Dali. Ce lieu de culte est classé 5A, la plus haute note de la classification des attraits touristiques en Chine.

Quelques jours après, j’ai rejoint deux amis rencontrés en Thaïlande, un couple formé d’un Brésilien et d’une Chinoise. Ils ont loué une belle et ancienne maison chinoise avec 6 chambres disposées autour d’une cours intérieure. Surtout en raison du nouvel an chinois e t de la Fête du printemps qui s’ensuit, la place s’est en quelque sorte transformée en auberge espagnole. Des ami.e.s d’un peu partout en Chine sont venus y passer quelques jours.

J’ai même été invité par les artistes d’un band populaire à Lijang à voir leur spectacle. Leur chanson culte vient d’ailleurs émoustiller l’idée que les Chinois viennent à Lijang pour trouver leur tendre moitié.


Au travers de repas copieux, de bières, de verres de Baijiu et de marches dans la vieille ville (excessivement jolie et patrimoine mondial de l’UNESCO; également classé 5A au même titre que les Trois Pagodes de Dali et la Grande muraille), je me fais plusieurs ami.e.s chinois. Ils sont extrêmement généreux et me considère comme un invité en Chine. Je dois me battre pour tenter de payer un petit quelque chose.

En Chine, on dit que le premier attrait touristique sont les pandas, le deuxième, les touristes blancs, surnommés « monkeys ». Je représente fièrement ma nation des bras longs!


Ma vie ici est plutôt relaxe. Mon horaire est flexible, je m’assure de prendre un bain de soleil en regardant les montagnes tous les jours. Je m’affaire aux derniers achats avant le départ : alcool à brûleur, 2e sleeping bag, chandelles, bottes, chargeur de batterie, carte SIM, etc.


Je vous embrasse ! À très bientôt !

Raph

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Hey hey!

Le temps passe et je ne m’en rend pas compte dans cette petite ville de 1,2 millions d’habitants. Je m’attache à cette coquette ville. Mon pote Ergou me propose de faire une vidéo sur mon voyage. J’accepte volontier, d’autant plus en voyant une autre vidéo qu’il a fait et constater son sens de l’esthétique. Le marathon est commencé avant mon départ ! Nous filmons des séquences un peu partout dans la ville et à l’extérieur. Évidemment, ce type de projet prend toujours plus de temps que prévu, ce qui retarde à nouveau mon départ. Oups! :-)

(Je mettrai cette vidéo ici lorsqu’elle sera terminée)

Tournage dans la vieille ville. Pause-café avec la grosse blanche (la van, bien sûr) Un peu de folie.

Sans compter les randonnées dans les montagnes entourant la ville. Je suis notamment parti faire deux jours de randonnée avec une amie au Tiger Leaping Gorge. Tout simplement magnifique!

Les deux premières sont à Yulong snowmountain et les autres à Tiger Leaping Gorge  


Lors de mon dernier jour à Lijiang, nous allons manger un dernier hotpot tout le monde ensemble puis prendre un verre au bar de Ergou où il joue comme drummer tous les soirs.


Xième et dernier hotpot. 


Le lendemain midi, j’enfourche à nouveau ma monture d’acier et hop! C’est parti!

Ces deux jours de route furent assez éprouvantes. J’alternais entre brailler mon départ et ces formidables personnes que je quittais, et fou raide d’excitation et d’émerveillement de retourner en selle devant la splendeur des paysages. Beau mélange! Haha!


Une fois à Shangri La, je fais le plein de Yak séché. C’est léger et protéiné, donc parfait pour les longues journées de vélo. De fil en aiguille, j’apprends que c’est du boeuf, puis finalement que c’est du porc! Je comprends mieux pourquoi cette viande n’est pas dispendieuse et ce n’est pas seulement en raison du bon prix que j’ai via une amie! La mauvaise réputation du « Made in China » est tout aussi vrai à l’extérieur qu’au sein même de la Chine!


Le lendemain de mon arrivée, je vais prendre une marche pour visiter les lieux et trouver un café. Un petit café-restaurant attire mon attention. J’y entre et comme de coutume, le serveur ne parle pas un mot anglais. Je pointe le tableau de craie en direction d’un expresso. Je finis par comprendre que le M. ne sait pas comment faire du café expresso. En insistant un peu, je vais derrière le comptoir pour me le faire moi-même. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cela arrive, même qu’à deux reprises je suis entré dans la cuisine de restaurants avec des amis pour cuisiner avec les restaurateurs. J’aime bien cette façon conviviale de faire! Bref, je me mets à discuter avec le M. (Phong de son prénom) par application de traduction interposée. Il est propriétaire de l’endroit et roule son restaurant depuis 16 ans! Il souhaiterait bien que je travaille pour lui quelques temps. Je lui partage la route que je fais depuis quelques mois. Un couple entre peu de temps après et dont le garçon est le neveu de Phong. Parle parle, jase jase, ils m’invitent à partir avec eux 2 jours à la Meili snow mountain le lendemain matin! C’était justement un endroit que je voulais visiter, mais sans avoir eu le temps auparavant. L’occasion est en or! Après un copieux repas d’os de poulet au tricholoma matsutake (Traduction libre), un champignon prisé, je pars chercher mes bagages et mon vélo pour aller dormir chez Phong et être prêt pour le départ du lendemain.

Gigi et Jerry. Vol d’oiseau de Shangri La. Pray wheel et monastère. 


Encore une fois, le paysage est à couper le souffle, tant sur la route qu’une fois rendu à destination. La Meili snow mountain s’élève à 6 740m et constitue une frontière naturelle avec le Tibet. Le gouvernement chinois y a interdit l’escalade depuis la mort de 16 alpinistes durant les années 90. Elle n’a jamais été gravit jusqu’à maintenant! Les 5 heures de route à faire en montagnes pour Shangri La arrivent rapidement le lendemain. Il faut bien que je continue ma route! Phong me conseille une route à prendre pour la suite et me donne de la médecine en cas de grippe et une bombonne d’oxygène. Il faut dire que sur le chemin vers Meili snow mountain, c’est la première fois que je monte à 4 500m d’altitude. Je ressens pour la première fois ce léger mal de tête et cet étourdissement passager. Ce ne sera pas la première fois!

En route vers Meili snowmountain et cette magnifique montagne. 


PS1 Je veux bien un souper et tout le tralala, mais qui es-tu Melmi49?


PS2 La prochaine étape viendra très très bientôt. Avec tout ce qui se passe, je dois vous mettre à jour!


Raph

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Tashi delek!

Je pars donc de Shangri La avec tout ce qu’il me faut pour mon trip de plein air en montagne.

https://vimeo.com/260694455?ref=em-share

Sur le menu des prochains jours en direction de Litang, la plus haute ville au monde à 3 954m, je dois franchir quatre cols entre 4 200 et 4 700m. Wow, le trip tu dis!

Non, je ne pense pas m’endormir au guidon! 

Sur la route, je dois passer à côté du plus haut aéroport au monde, le Daocheng Yading, situé à 4 411m d’altitude. Également pas très loin se trouve le plus haut tunnel routier au monde, d’une longueur de 7km et à une altitude de 4 370m. Il passe sous la Cho La mountain, ce nom en tibétain voudrait dire: « des montagnes si hautes que les aigles ne peuvent pas les survoler ». Je me suis d’ailleurs mis comme objectif de grimper l’ancienne route de cet endroit. 4 930m, c’est le plus haut que je pourrai grimper et mon objectif personnel.


Sans oublier, à environ 600km de là, se trouve le plus haut tunnel ferroviaire au monde, le Fenghuo. Entre le col Tanggula au Tibet et le col Kunlun. Ce dernier étant juste avant mon arrivé à Golmud.


Il faut bien investir dans de telles infrastructures pour favoriser l’autorité chinoise en souveraineté tibétaine. Tout en continuant à nourrir l’espèce de nirvana tibétain, il faut aussi avoir les moyens de transport adaptés pour ces hordes de touristes chinois.


Je n’arrive pas à trouver la route dont Phong me parlait, alors je m’enfonce dans celle où c’est écrit en chinois « Route dangereuse et endommagée », mais je ne lis pas le mandarin, donc je ne comprends pas, héhé! Le premier jour, 107km, en montagne avec environ 1 600m de grimpe c’est respectable. Le 2e jour, 34km… Je suis tombé sur une route de gros cailloux bordel! Je n’ai d’autres choix que de pousser ma bécane une partie du trajet pour ne pas user précocement mes précieux genoux.


Je croise sur la route des gens généreux et chaleureux, l’un me donne une dizaine de bananes, l’autre du chocolat, les autres de l’eau. Tous m’offrent leur encouragement, dans ce que je comprends du langage universel.

Les paysages sont tout simplement formidables. Je me sens dans mon élément, mon trip pure de plein air. L’une des nuits, épuisé, je m’arrête pour camper à 4 100m d’altitude. Ayant bien géré l’altitude jusqu’à maintenant et avoir goûté à 4 500m plus tôt en semaine, je suis confiant. Évidemment que ce n’est pas le sommeil duveteux de son lit à la maison (aaaah tu es si loin toi...). J’ai un petit fond de mal de tête en permanence et je deviens essoufflé en un rien de temps. Faute de place, je campe sur le bord de la route. Avec en moyenne 8 véhicules par jour, ce n’est pas effrayant. Durant la nuit, j’estime qu’il fait jusqu’à près de -10 degrés celsius.

https://vimeo.com/260694155?ref=em-share

Je remplace une vis perdue et resserre tous les autres sous le regard des gardiens du chemin

Le lendemain, je me couche à 2660m d’altitude, il a fait probablement un ou deux degrés sous zéro. Difficile de sortir de la bulle de chaleur de mon sleeping bag, mais c’est déjà plus chaud que par le passé. J’ai presque terminé de paqueter le tout que les ouvriers du chantier arrivent déjà. Plusieurs salut chaleureux et de pouces levés, ils m’encouragent à continuer la route.

 Les bourrasques de vent qui courent dans les montagnes, on dirait une chanson 

Trois villages plus loin, un nouveau contrôle de police. Je montre mon passeport tout comme la quinzaine de fois dans le dernier mois. Mais cette fois-ci, ils refusent de me le redonner et me demande d’attendre un interprète. Ils m’invitent à déjeuner avec eux et boire le Ghee, un thé au lait tibétain. Bien chaud, bien calorique et bien réconfortant.


Peu de temps après, une jolie interprète tibétaine arrive avec deux représentants gouvernementaux (moins intéressant ceux-là…) D’abord, ils insistent fortement sur les dangers du climat et des routes à venir et me montre des photos de routes détruites. Je leur démontre mon trajet et ma préparation, mais ce n’est pas suffisant pour eux. Ils continuent de me recommander de retourner au Yunnan, donc de rebrousser chemin. Devant la complexité de la situation et mes vains efforts de compréhension, j’appelle mon ami Ergou de Lijiang pour me servir d’interprète de confiance.


Je finis par comprendre que la vrai raison est plutôt ma présence dans le Ganzi, cette région de l’ouest du Sichuan à forte proportion tibétaine et qui serait en négociation avec le gouvernement central. Cela dans le contexte où le groupe au pouvoir est en démarche pour ouvrir la constitution et y stipuler qu’il peut rester au pouvoir pour une période indéterminée...


Après 4 heures de discussion, il n’y a pas plus moyen de savoir s’il s’agit d’une recommandation ou d’un ordre. Il n’y a également pas moyen de savoir quel type de risque j’encours si je continue mon chemin.


Ils me disent qu’ils peuvent appeler le poste de police suivant et les prévenir de mon arrivé pour me laisser passer. 10 minutes plus tard, ils auraient fait un appel et ce n’est plus possible. La possibilité de laisser passer les étrangers serait à la discrétion des postes de police que je rencontrerai.


Pour résumer la situation, leur discours est très changeant et semble s’adapter à mes réactions: signé les autorités chinoises. Comme j’avais d’ailleurs entendu à plusieurs reprises, en Chine, il y a la loi écrite et ce qui se passe dans la réalité. Bref, la logique présente est nulle autre que l’arbitraire.


En même temps, l’une de mes amies m’informe qu’il y a une possibilité que je sois considéré comme dangereux si je continue ma route. Ou en fait, au moindre pet de travers je pourrais être dans le trouble. Dans ce contexte, je décide de rebrousser chemin… et mettre une croix sur cette zone qui me faisait tant rêver… C’est une claque en pleine face…!


Bien sûr que par le passé, des étrangers ont finit par se mêler de conflits politiques locaux. Tu cours le risque de te retrouver coincé entre deux clans ne serait-ce que pour une photo ou quelques mots dans un conflit dont il est extrêmement difficile de cerner tous les enjeux. Mais bon, je n’aurai même pas eu l’occasion de ne pas m’en mêler!


Avec une attitude certaine de paternalisme bienveillant et parce qu’ils sont ben fin, ils me paient l’hôtel dans la ville suivante et je prends le premier autobus du lendemain matin. Mauvaise comédie.


Ni les internets, ni tous mes contacts chinois pensaient que j’aurais pu être bloqué de la sorte. Je prends donc le temps d’informer les groupes cyclistes de cette nouvelle réalité.



Durant cette dernière demi-journée avant d’avoir à quitter j’en profite pour visiter quelque peu avant de quitter. Cette petite ville du nom de Xingbala est remplie de policiers. Sur l’une des photos ci-bas, on peut voir au loin une manifestation pro-Chine. Je dis bien au loin parce que je ne veux pas être mêlé de près ou de loin à leurs simagrés politiques. Je ne vois d’ailleurs aucun signe pro-Ganzi , c’est curieux…


Je vais au marché local qui est un grand sous-sol poussiéreux et viandé pour m’acheter quelques fruits et légumes. Après plus d’une semaine en cavale, l’appel de ces petits trésors est trop puissant.

J’ai la chance de pouvoir compter sur des amis formidables qui viennent me chercher à Shangri La pour ensuite revenir à Lijiang. Retour à la case de départ, et sur la planche à dessin...


Pour une deuxième nuit de suite, j’ai rêvé que je tuais des dizaines de soldats au côté de Pablo Escobar! Rien de moins! Hahahah! C’est bon, pourvu que ça reste un rêve!


Raph

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Publié le 27 mars 2018

Donc, de retour à Lijiang et comme je disais, une impression de retour à la case de départ... Après avoir passé à travers toute une gamme d’émotions à commencer par la colère et un profond découragement. Je finis par m’y faire et mettre une croix sur ce projet en montagnes. Je me réconforte du retour avec mes amis de Lijiang et ces fameux hotpot.

Parce que manger c’est bon dans la bouche.
Tous les soirs et tous les matins, fidèles au poste! 

Mon premier plan de rechange est de prendre l’avion et de }*€?>€ mon camp de Chine pour aller en Géorgie ou en Turquie. Je me dépatouille pour trouver une façon de mettre mon vélo en boîte pour l’avion. Évidemment, toutes les boîtes sont trop petites. Les billets d’avions d’un petit aéroport tel que celui de Lijiang sont également trop cher. Quoi faire?


Je choisis le plus simple pour moi qui est de recréer un nouveau trajet à vélo, cette fois-ci en faisant une courbe vers l’est pour toujours ensuite me rendre à Golmud, au Quinghai.


Je reste quelques jours à Lijiang pour retomber sur mes pattes, voir les copains et presque terminer la vidéo avec Ergou. Elle sera prête dans une semaine, tout au plus. Il faut bien qu’il y ait des avantages à cette situation! Puis c’est un nouvel aurevoir. Ah la la, c’est moment-là sont difficiles…

Aaaah la la, vous allez me manquer... 


Le vent en vélo peut être un atout tout comme un ennemi juré. Durant les derniers jours, c’était davantage la deuxième option qui prévalait. Non seulement dans le sens où j’ai parfois eu de la misère à descendre une côte (oui oui.!), mais c’est de tenter de me protéger des bourrasques de graviers venues des falaises le long de la route. Heureusement, je n’ai ni reçu de chutes de plus grosses roches ni foncé sur une des nombreuses roches qui jonchent le sol. Mais pour avoir les jambes en compote, c’est réussi!

Les photos n’ont pas tout à fait rapport avec le texte, mais bon, c’est comme ça! 😀

Il faut dire qu’il n’y a pas que des difficultés en vélo, loiiiin de là! J’ai croisé un enfant et lui ai fait ce classique « Hello! ». Ce dernier se met à me suivre en courant sur au moins 1km! Et c’est le même gamin que je vois dans une boîte de pick up le lendemain après-midi qui me fait un « Hello » avec un large sourire.


Une autre fois, je tourne un coin en descendant dans un petit village. Un enfant jouait dans le sable dans la rue. Dès qu’il m’a vu, son visage est devenu complètement horrifié. Il a tout lâché ce qu’il faisait illico et est parti à courir à toute vitesse vers sa maison. Après un sourire de ma part et un « Bye bye » la vie est finalement revenue dans son visage.


Mise à part ces rencontres, je ne peux pas m’empêcher de vous partager le meilleur. Il est question ici du complet bonheur à l’arrivée d’un sommet que tu as travaillé toute l’après-midi et voir même plus, puis que tu finis finalement par franchir. Ensuite, tu savoures la descente bien mérité après autant d’heures de labeur. Il ne faut pas oublier la fin de la journée. Quel sentiment serein! Un peu euphorique avec un sourire niais, je prépare mes nouilles au poivre du Sichuan. La boisson gazeuse devient le champagne. La vie est belle!

Trouvez l’erreur dans la troisième photo. 


Après 4 jours de montagne, j’arrive finalement à Xichang. Ce n’est pas les 4 000m et plus de mon ancienne route par le Ganzi, mais il y a de quoi se mettre sous la dent avec les 3 000m. Autrement dit, j’ai découvert des odeurs corporelles que je n’avais jamais connu auparavant! Héhé…!



Autre brin d’histoire. Un peu gazé par les trois dernières grosses journées et probablement aussi par le fait que je n’ai pas mangé suffisamment. Je suis déjà en train de perdre mes pantalons! :-S C’est affamé que je débarque à la première halte le matin. Épis de maïs, crème glacée, biscuit, yogourt, etc., ça y va aux toasts! J’ai à peine commencé à me régaler que… Qu’est-ce que je vois pas arriver?! Un autobus rempli à craquer de touristes chinois! En l’espace de quelques secondes le troupeau vient s’agglutiner autour de moi: je suis leur nouvelle destination touristique. J’ai droit à de bonnes blagues et des esclaffements de rire, c’est très très drôle, mais je ne comprends rien. On est proche de l’humiliation à ce moment-là, surtout quand l’une d’elle me filme sans mon consentement… Certains semblent comprendre mon désaccord, sans plus. Ils finissent par partir quelques longues minutes plus tard.


En l’espace d’un instant, je suis devenu un objet convoité et exotique, et ce, jusqu’à son paroxysme depuis le début de mon voyage. Car, je commençais à m’habituer qu’on me demande d’être pris en photo et de recevoir une palette de réactions différentes allant de l’étonnement, à l’excitation en passant par la curiosité et la peur. On s’habitue à être un singe. Mais à ce point, ouf!


Je comprends encore un peu mieux ce qu’est d’être considéré comme un objet exotique que le touriste occidental aime à voir en contrées lointaines. Belle leçon d’humilité! Une de plus dans ce thème si je peux dire. Je dois vous dire que ma première leçon à ce sujet est lorsque je suis parti, il y a de cela près de neuf ans, tourner un démo-documentaire sur la société vivant dans le dépotoir de Managua, la capitale du Nicaragua. Avec deux collègues, nous avions mobilisés plusieurs acteurs concernés par l’enjeu. Malheureusement, le projet a fini par avorter à notre retour, notamment, par manque de motivation et de réalisme. Le chef de bande qui avait refusé d’être filmé et de nous parler davantage avait raison...

Je pourrais reformuler ses propos comme suit avec ce que je me souviens : « Vous venez nous filmer et nous prendre en photo, puis après qu’est-ce qui change ici? Vous retournez dans votre pays avec ces images pendant que d’autres viendront à leur tour filmer, et ainsi de suite…? ».


Beaucoup de belles photos ou de films usent de ce type de voyeurisme. La question est de comprendre à quel intérêt le média sert-il? Promouvoir une culture, démontrer l’existence d’une pauvreté à quelque part ou dorer l’ego de créateurs de sensations?

Bref, peut-être aurions-nous l’occasion d’en discuter un de ces quatre!


À plus!


Raph


PS Je n’ai pas pu m’empêcher de vous mettre ces photos du village de Ranwu lorsque j’étais encore au Ganzi.

Le village de Ranwu en sortant de montagnes. 
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Publié le 10 avril 2018

Maintenant que c'est confirmé, je peux vous le partager. Comme je le sais depuis environ un mois et demi et qui me brûle les lèvres d’en parler, je dois revenir au Québec au début du mois de mai. Le cancer de ma mère est devenu agressif et il nécessitera une chimiothérapie pour s’en débarrasser. Il était pour moi impensable de ne pas être présent durant cette période auprès d’elle.


La claque donnée par la police chinoise en me bloquant l’accès au Ganzi était non seulement le deuil de ces montagnes, mais un nouvel obstacle au trip de vélo et encore moins de temps à disposer devant moi... Ce trip de vélo qui ne ressemble à plus grand chose haha… Au début, j’attendais mon ami Cédric 3 mois le temps qu’il finisse son contrat de travail, puis lui qui me dit qu’il ne peut plus venir, ensuite la triste nouvelle concernant ma mère et mon retour hâtif à prévoir, et finalement l’accès bloqué au Ganzi. Ah la la! Le tout a été difficile à digérer au début, mais maintenant je le vois d’un bon oeil. C’est la vie! Et en attendant, et bien, le voyage continu!


Avec le temps qu’il me reste, je vise à suivre approximativement mon trajet initial et me rendre au Kazakhstan et au Kyrgyzstan. Je me dis aussi que si la Chine ne veut pas me montrer ses courbes, alors j’irai voir celles du Kazakhstan et du Kyrgyzstan! Je reprends donc ma route, cette fois-ci en direction de Chengdu. Cette route évite de passer par le nord-ouest du Sichuan et par le Quinghai, donc moins de chance de me faire bloquer la route à nouveau avec toutes ces méchantes minorités ethniques. Le paysage est semblable aux derniers kilomètres avec de nombreuses plantations de cerises et d’oranges. La différence est que je veux un bout de trajet plus sportif, et c’est ce que j’ai eu! J’ai découpé les 535km entre Xichang et Chengdu en trois jours: 167, 167 et 200km. 12, 14 et 12 heures de vélo incluant près d’une heure de pause par jour. Disons que j’avais de l’énergie à dépenser!

Ah et puis ces foutus tunnels! Saloperie!

J’avais la face noire le soir venu haha! Sur ma route, j’ai d’agréables moments notamment lors d’une fin de journée scolaire. Une soixantaine d’enfants sur 30 minutes de trajet marchent dans la rue et tous ou presque pratiquent leur « Hello » avec de beaux sourires. Quel beau moment !

Autrement, je commence à avoir ma dose de la Chine: de jouer à l’extraterrestre, de susciter toutes les palettes d’émotions possible et pas possible. Une fois arrivé à Chengdu, c’est à nouveau se faire prendre en photos comme un singe, mais cette fois-ci beaucoup plus souvent. Le moindrement que je m’arrête pour me reposer, on me demande des photos à chaque 3 minutes donc c’est mieux de continuer à marcher sans s’arrêter. Quoiqu’avec de jolies chinoises, je suis moins difficile!


Maintenant, les démarches pour se rendre en train de Chengdu à Almaty, au Kazakhstan. Quel bordel! Cela a pris 2 heures acheter mon billet et il y avait peu d’attente. La préposée à la billetterie semble d’abord désemparée à ma venue, puis l’est encore plus quand je lui demande un billet pour le Kazakhstan. Quand je lui ai annoncé que je voyage avec un vélo, elle a presque fait une crise cardiaque! À un moment donné, dépassées par les évènements avec sa gérante, elle m’envoie dans une autre file d’attente 50 mètres plus loin, puis se ravisent puisqu’elles ont tout simplement à faire leur job. Finalement, j’ai mes billets pour Ürümqi, et de là je devrai acheter un autre billet pour aller au Kazakhstan. Je passe au bâtiment où je devrai déposer mon vélo le lendemain. Après une coupe de blagues très drôle que je ne comprends pas avec la gang de préposés aux bagages, le tout est relativement simple. Sauf qu’il me coûte plus cher voyager mon vélo sur 1 000 km en Chine que les milliers de kilomètres par avion de Montréal à Hanoi.

Hein? Heureusement je peux compter sur de bons samaritains de passage... 

Et puis c’est un nouveau départ! Je dis salut à mes nouveaux potes de l’hostel: un couple de Bordeaux et un Ukrainien.


De nouveau à la gare le lende, j’apprends maintenant que mon vélo arrivera 2 jours après moi à Ürümqi...ok… Ça va encore mais c’est que mon visa arrive à échéance le 7 avril! Également, ils refusent tous les liquides durant le transport. Il s’agit de chasse-moustiques, d’huile de coco que j’avais fait en Thaïlande, l’alcool pour le brûleur, et l’huile à chaîne, sans oublier le rasoir électrique. Mais ils acceptent mon couteau, c’est à rien n’y comprendre!

Puis ils me disent les liquides seront refusés sur moi aussi… Mais tout le long du trajet, j’ai conservé ce matériel dangereux sur moi sans problème. J’ai pu alors concocter les réactions chimiques subversives sans les soucis de la détonation à distance et même me couper la barbe à volonté avec le tranchant de la lame!


Sur le chemin des rails, je fais une petite escale de quelques heures à Xining et une fois de retour dans le train: interrogatoire de 45 minutes par deux policiers. Ils passent en revue toutes mes photos et font le tour de fond en comble de mon cellulaire. Le ton de la discussion demeure amical, ils sont curieux sur tout et posent plein de questions. Après 20 minutes que l’un d’eux examine mon passeport, prend des photos dans tous les angles et parle au téléphone, je lui demande s’il est en train de passer un coup de fil au président chinois, mais il ne l’a trouve pas drôle celle là. Bizarre.


Ils font des blagues sur la dimension de mon pénis en voyant les condoms et sur ma pilosité. C’est une fois de plus vraiment très très drôle…! Foudroyant!

Il devient difficile de départager ce qui relève de son travail de ce qui relève de leur curiosité personnelle. Dans tous les cas cela est congruent avec l’arbitraire et la grande subjectivité de la chose policière en Chine. Une fois cette mascarade complétée, je peux ennnnfin avoir la &(@%# de paix et aller m’étendre suite à la nuit blanche en siège de train de la nuit dernière.


Dans tout le brouhaha des bagages, je n’ai pas pris une paire de pantalons avec moi. Ça va être chic l’étranger en short avec du 0 degré celcius le principal de la journée à cette latitude!


Je passe la première journée à Ürümqi à faire des tours d’autobus à 1 yuan pour visiter la ville et manger des pâtisseries. :-)


Ergou me met en contact avec une amie à lui, Yan Dan dan. Déjà le lendemain matin, elle vient me chercher à l’hostel vers 9h le matin pour aller manger des baow tze halal. Suite à une balade dans un parc, nous allons chez elle. J’y rencontre sa mère, son oncle et sa tante, ils sont tellement adorables et généreux!


Nous appelons la nouvelle station de train et la dame dit que le vélo sera reçu 2-3 jours plus tard que prévu. C’est la catastrophe pour moi! Mon visa arrive à échéance le 7 avril et ce délai porterait ma sortie du territoire vers le 9 avril. Je commence donc à me renseigner sur les implications d’outrepasser le visa. Si tu es chanceux tu peux avoir 1-2 jours de sursis, sinon c’est 500 yuans (100$cad) de frais par jour et la prison quand le délai se prolonge… OK, non merci. Je me penche donc du côté de l’extension de visa qui coûte normalement 250 yuans et prend 3-4 jours ouvrables pour être traitée. Nous sommes le 4 avril, c’est possible. Par contre, en m’informant sur des blogues plusieurs disent que le délai de traitement peut aller jusqu’à 3 semaines à Ürümqi, car ils ne reçoivent pas beaucoup ce type de demande. Je commence à avoir chaud soudainement!

De longues minutes passent… Puis, telle une sainte divinité descendue du ciel miséricordieux, mon ami Ergou de Lijiang m’informe qu’ils ont reçu mon vélo à la station de train principale (J’avais laissé son numéro comme référence). Aleluya !!!

Je vais transférer mon vélo de destination et j’achète mon billet pour le lendemain soir.


Ce délai me donne le temps d’aller voir de plus près la Nanshan Snowmountain avec Yan Dan dan et ses amis. L’endroit n’a rien à voir avec ce que j’ai déjà vu plus du côté ouest, mais bon. La gang est drôle et on fait du cerf-volant avec un bébé tout nu.


Je prends le train à 20h30, à nouveau je peux transporter avec moi les liquides subversifs. J’arrive à 7h30 à Huoerguosi, la dernière ville chinoise avant de rentrer au Kazakhstan. Je n’avais pas le choix de prendre ce billet puisque la frontière ne peut pas être traversée par train à cet endroit. Pourvu que mon vélo n’est pas loin derrière moi!

Sans oublier la ptite dame! 

À plus!


Raph


PS De nouvelles modifications au film fait en sorte qu’il sera prêt d’ici deux semaines. En souhaitant que ça fonctionne cette fois-ci!

7

Sälem! Priviet!

Je débarque donc du train à 7h30 à Huoerguosi et mon vélo y est déjà! Yahouu! Je fais les emplettes avant de me diriger vers la frontière Kazakh. À l’approche de la frontière, je rencontre un Français qui a travaillé plusieurs années au Sichuan pour des ONG notamment dans le domaine de l’éducation. Autour de nous, la police et l’armée sont partout, littéralement, il est impossible de ne pas être en vue par l’un ou l’autre des corps de sécurité dans cette ville. Il est 9h, nous attendons l’ouverture du poste frontalier. À 10h, on nous dit que l’ouverture est à 12h en raison du décalage horaire au Xinjiang. Je comprends par la même occasion que toute la Chine a la même heure, celle de Beijing, excepté la province du Xinjiang. Cela malgré le fait que la Chine couvre dans la réalité 5 fuseaux horaires différents. Le Xinjiang a 2 heures de moins que l’heure de Beijing, mais conserve le même horaire dans le sens où la journée normale de travail débute à 10h plutôt que 8h et finis conséquemment plus tard.

1. Dépanneur chinois en Chine 2-3. J’ai pu prendre de photos plus proche, déjà qu’un soldat m’a averti de ne pas prendre dephotos 

Nous allons alors bruncher dans un restaurant kazakh pas très loin. Vers 12h30 nous sommes de retour au poste frontalier. Nous essayons une entrée, ce n’est pas la bonne, puis une autre et on nous dit que ce n’est pas possible de traverser la frontière à pied ni même en vélo, il faut prendre l’autobus, merde… Aussi, à chaque fois que nous croisons un policier ou un soldat, il vérifie attentivement notre passeport, ce qui veut dire de nombreuses fois… Nous nous rendons donc à la station d’autobus du centre-ville, il en coûte 70 yuans chacun (près de 15$cad) pour se rendre à la première ville Kazakh. C’est également l’occasion de franchir le premier contrôle de sécurité. Je m’essaie à nouveau de pouvoir franchir la frontière en vélo: impossible. À partir de la station d’autobus jusqu’à la frontière, la voiture utilisée est trop petite donc je dois la suivre avec mes deux roues. Une odeur d’arnaque plane déjà.


Nous franchissons un deuxième contrôle de sécurité avec scanner, puis un troisième dans le bâtiment qui suit. Il faut bien créer de l’emploi! Bref, suite à ce dernier contrôle de sécurité nous nous mettons en file. Puis, évidemment, contrairement aux autres dans la file, on m’informe que tous mes sacs seront fouillés. (Honnêtement, je sais pas pour vous, mais à chaque fois, chaque fois, je me fais fouiller. Avec ou sans vélo. Est-ce que c’est la barbe? Le regard? L’attitude? Je vais méditer la-dessus..!) En plus, mon visa a été fait à Saigon au Vietnam, c’est louche!


Cela prend 45 minutes à l’agent pour passer en revue toutes les photos et vidéos des deux cellulaires et de la caméra. Il veut savoir les raisons de ma présence en Chine, où j’ai rencontré mes amis chinois, pourquoi je suis en relation avec eux, quels sont tel et tel chose dans mes sacs et quelle est la couleur de mes bobettes... Je deviens un livre ouvert, une fois de plus. Tout cela et je ne suis pas encore sortie de la Chine! Suite à cette étape, je me rends compte qu’il ne reste plus de place pour mon vélo dans ce fameux autobus. Avec l’aide d’un américain du Minnesota, je demande à un soldat chinois si je peux me rendre en vélo à la frontière Kazakh. Bien sûr il faut attendre plusieurs minutes, le temps qu’il appelle son supérieur et que son supérieur appelle son supérieur. Finalement, ils acceptent! Wow! Je suis charmé par toute cette confiance qu’il porte en moi. J’enfourche finalement mon vélo pour me faire arrêter quelques mètres plus loin, contrôle d’identité, ils doivent noter sur une feuille qui je suis. Enfin! C’est terminé! À nouveau en selle, puis… 5 mètres plus loin, après un virage, autre contrôle d’identité. Doux Jésus Marie Joseph! Contrôle d’identité pertinent? Non. Curiosité personnelle? Probablement. Se réconforter dans son poste hautement névralgique pour la sécurité de la nation. Oui.


À un certain point, on en vient à frôler la psychose. Suis-je réellement qui je suis? Vient en Chine en tant que touriste, tu es le bienvenu avec ton argent, mais on va te faire baver! On va te poser des questions plusieurs fois et sous différents angles pour être sûr que ta réalité est bien la tienne! Il faut dire aussi que de voyager en vélo attire davantage l’attention des autorités, surtout dans la partie ouest de la Chine avec ses méchantes et dangereuses minorités ethniques.


Je fais ensuite les 15 kilomètres de la zone neutre qui me sépare de la frontière kazakh, il est près de 15h. J’arrive dans une sorte de cour arrière où un agent Kazakh m’ouvre une grande clôture grinçante et me pointe un bâtiment un peu plus loin. Je m’approche, il n’y a même pas d’affiche en kazakh et encore moins en anglais. Le bâtiment est délabré et semble abandonné. J’ouvre une des portes et je ne vois personne, c’est le silence total. Je dis « Hello! », puis quelques secondes plus tard un agent frontalier me fait signe de m’approcher. En l’espace de trois minutes, il poinçonne mon passeport…! Bienvenue au Kazakhstan ! :-)


Malgré les inconvénients et le stress causé par la chose sécuritaire en Chine, j’ai énormément appris et apprécié ces deux derniers mois. Au delà du choc culturel et de l’indifférence de beaucoup de gens, j’y ai rencontré de nouveaux ami.e.s et plusieurs belles découvertes. Que ce soit le décor des montagnes, la nourriture, la réalité politique vécu sur leur territoire, l’architecture, etc.


Dès la première journée au Kazakhstan, je sens déjà que la culture dans ce pays se rapproche de la mienne. Quel plaisir de se sentir moins étranger! Des fermiers me saluent sur la route et cela à leur initiative, oui oui leur initiative! Et d’aucun ne reste de marbre quand je le salue. :-) L’environnement est sec et rustique, il semble que ce soit déjà l’avant-goût des steppes kazakhs. Contrairement à la Chine, je vois à nouveaux beaucoup de chevaux utilisés pour le transport et pleins de vieilles bagnoles renipées.


Le lendemain matin j’arrive dans le village de Chundhza, à la chasse au guichet automatique. Je n’ai pas de tenge depuis mon entrée au Kazakhstan et je n’ai pas encore eu un repas complet. Je voulais me concocter ce désormais populaire et traditionnel met de nouilles au poivre du Sichuan, mais ma casserole était remplie de moisissures puisque j’avais oublié de la laver quelques jours plus tôt, aieaie! Les surprises nomades comme dirait-on! Je finis par trouver deux guichets automatiques où se trouve deux files de kazakhs impatients et également une heure d’attente. Une fois les tenges en poche, je vais manger dans un petit resto kazakh. Je fais aussi le plein d’eau et de gâteaux, et hop c’est reparti sur la route!


Tout comme le matin, il y a beaucoup de vent, mais plus la journée avance et plus il est question d’énormément de vent. Au point où j’en arrive à avoir du mal même à pousser mon vélo en marchant! Il est hors de question de pédaler. D’abord, parce que la vitesse est à peu près la même qu’en marchant, ensuite c’est que je dépense globalement trop d’énergie à pédaler en plus d’essayer de garder le guidon droit, finalement, les bourrasques irrégulières qui viennent de biais me poussent vers l’intérieur de la route où les automobilistes kazakhs gardent nettement moins une distance sécuritaire que les Chinois. Si le vent continue de la sorte, l’avancement possible devient plus de l’ordre du 35km/jour plutôt qu’une moyenne de 100km/jour, c’est assez décourageant! Surtout que je n’ai pas traîné un vélo tous ces kilomètres pour prendre une marche avec lui main dans la main, bien que je l’aime! :-)

1. Petit clin d’oeil 2. Postérieur, pardonne-moi! 

Il faut dire que le vent a le temps de courir un ultra marathon sur ces longues étendues quasi-désertiques. Je réfléchis peut-être à m’arrêter pour la journée et espérer que le lendemain soit mieux. Encore là, ce serait impossible d’installer ma tente, la seule possibilité est de faire une sorte de toit avec mon vélo dans une des crevasse contraire au vent. C’est bien excitant ce type de camping, mais les quelques heures de marche dans le corps le sont moins… Dans ces moments là, je me dis toujours qu’il faut au moins continuer à avancer, peu importe la vitesse. Autrement, le découragement prend le pas.


Je vois même arriver une tempête au loin. Aaah la la!! Puis, je fais le saut! Un camion vient m’accoster et je ne l’ai jamais entendu venir. 3 kazakhs qui reviennent de la chasse au lièvres m’offrent un lift. Au début, je décline poliment, puisque je suis un guerrier, ou j’aspire à l’être. En l’espace d’un instant je repense à toute la situation. C’est bien jolie de faire le plus de trajet à vélo, mais je ne suis pas maso non plus! Et depuis le début de mon voyage, j’adore découvrir les nouvelles contrées au gré des rencontres spontanées.


Ils sont ultras sympathiques! L’un d’eux doit se cacher dans la cabine à l’arrière puisque nous ne sommes pas règlementaire et la police ferait du chichi, et nous devrions refiler un billet dans sa poche, mais c’est à éviter! J’ai ma première occasion d’apprendre le kazakh et le russe! De plus, quoi de mieux que d’apprendre à connaître un pays de cette façon! Ils me donnent un lift jusqu’à la porte de mon hostel, wow! Et une garantie de sortir un des soirs suivant pour les inviter en guise de reconnaissance.


Almaty est une ville à peu près de la taille de Montréal et sa température est similaire également. La tension est palpable dans l’air, les gens sont stressé et à fleur de peau. Je semble aussi être l’un des seuls cyclistes de la ville. Les automobilistes ne sont vraiment pas habitués à partager la route. En l’espace de quelques jours, j’ai été témoin de deux accidents de voitures, une bagarre et une bonne quantité d’insultes. D’ailleurs, la blague est justement que les bagarres de rues est un sport national! Beaucoup d’hommes semblent juste chercher un prétexte pour en venir à une confrontation. Cela est d’autant plus vrai quand un étranger est avec une femme kazakh, je peux en témoigner! Ce désir de protéger son “territoire”, au delà d’une réaction primaire, serait pour protéger la culture kazakh et éviter sa dispersion dans le contexte où la culture russe pèse lourd dans l’un de ses anciens pays satellites.


Ce type d’atmosphère n’est en rien comparable aux énergies plus zen des villes chinoises que j’ai connu. L’amie de mon amie Kazakh de Montréal, Zauresh, s’explique cette atmosphère par la période soviétique durant laquelle la population attendait des heures en file pour se voir distribuer les denrées alimentaires de base. Ensuite, tout les bouleversements sociaux et économiques, entre autres choses, causé par la chute de l’union soviétique. Malgré cela, je passe un bon temps à essayer quelques bars, brasseries (avec d’excellentes bières kazakhs et russes), cinéma, etc. C’est aussi l’occasion de renouer avec mon vélo en allant au complexe de ski Symbulak. Cela prend 2h30 pour se rendre et seulement une heure pour revenir! Je n’ai jamais vu un angle de route aussi abrupte! À la fin du trajet, je dois m’arrêter aux 5 minutes pour reprendre mon souffle en raison de l’effort physique bien sûr, mais aussi du manque d’oxygène à cette altitude. Disons que je suis bien content d’arriver au fil d’arrivé!

3. Shymbulak 4. Les grands esprits se rencontrent! 


C’est que la frontière à Kegen est fermée. Est-ce que je veux vraiment me rendre à Karakol en vélo en faisant le grand contour par l’ouest? Ensuite ça implique de prendre l’autobus avec mon vélo pour Karakol-Bishkek et Bishkek-Almaty. Mais il n’y a pas d’autobus, ce sont seulement des minivan (nommé Marshrutka) qui font le transport, donc pas vraiment de place pour un vélo… Donc c’est décidé! Le trip de vélo est terminé! :-( Ce sera plus simple de voyager pour les deux semaines qui me restent et je pourrai prendre plus de temps pour visiter le Kirghizstan.


Je profite des jours suivant pour trouver une boîte à vélo, une roulette de gros tape et un grand sac de voyage pour y mettre mes sacoches de vélo. Au moins je n’aurai pas à m’occuper de ça à la dernière minute. J’en profite également pour aller avec Zauresh et ses deux filles à la station spatiale sur une des montagnes avoisinantes ainsi qu’au Big Almaty Lake, l’un des réservoir naturel d’eau potable pour la ville.


À très très bientôt! ;-)


Raphaël