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Cycling back home, from Hong Kong to Lille! :-)
Dernière étape postée il y a 54 jours
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Juillet 2018
26 semaines
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Publié le 17 juillet 2018

Ça y est, j'ai du mal à réaliser encore, mais ça y est c'est enfin le jour du grand départ pour Lille...à vélo!

Juste avant le premier coup de pédale! 

Après avoir germé l'idée il y a 8 mois environ, il m'aura fallut près de 6 mois de préparatifs intenses pour arriver enfin à ce grand jour. Ces préparatifs ont été l'occasion de nombreux échanges avec beaucoup d'entre vous, merci pour vos conseils, votre soutien et votre enthousiasme! J'en profite pour remercier tout particulièrement ma chère Mathilde pour m'avoir laissé partir dans ce projet un peu fou!

Le concept est assez simple, rentrer à Lille en vélo depuis Hong Kong. Je passerai par la Chine, le Kyrgyzstan, le Tajikistan, l'Uzbekistan, le Turkmenistan, l'Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Croatie, la Slovénie, l'Italie et enfin la France. Je vous laisse ouvrir une carte pour réviser votre géographie!

No comment

Quelques chiffres: Je devrai parcourir environ 15000km même si le chiffre est dur à estimer. Mon vélo pèse 17kg seul et mes sacoches 21kg soit 38kg au total sans eau, provisions ou encore essence! Je me suis pesé avant de partir, je faisais 69kg (un record...), je prends les paris pour celui qui saura déterminer mon poids à l'arrivée!

De quoi survivre 6 mois sur un vélo! 

Départ pluvieux, départ heureux! C'est donc sous la pluie et en avis de mousson que je m'élance depuis Hong Kong (Kennedy Town exactement, merci Peter)! Après quelques minutes mon rack arrière se détache! Ahahah, premier pépin technique, vite fixé par Sean, mon conseillé vélo. Ensuite, traversée de la mythique Kowloon Bay par le ferry et direction la frontière chinoise. Sur ma route le Tai Mo Shan, point culminant de Hong Kong qui me fera faire ma première ascension, bien raide! Juste après j'ai pu quitter le bitume pour me perdre dans les sentiers boueux de Pat Heung où j'ai trouvé un drôle de serpent, et où je me suit fait courser par un chien enragé. Sain et sauf, il ne me reste qu'à passer la frontière avec la Chine, aidé de la maréchaussée hongkonguaise! Me voilà à Shenzhen!

Hong Kong 

Arrivé à Shenzhen, je trace la route vers l'ouest pour rejoindre Canton avant dimanche soir 23h, heure de la finale France-Croatie. Fatigué, je roule de nuit pour compléter les 80km de ma première étape. C'est pas moins de 120km qui m'attendent le lendemain. 200km en 2 jours, cela valait bien un titre de champion du monde!

CHAMPIONS DU MONDE! 

Couché à 3h du matin avec 200km dans les jambes, je prends un jour de repos le lendemain, l'occasion d'affiner mon parcours, mais surtout de profiter de l'acceuil et des bons conseils de Pierre et de sa famille. Milles mercis pour votre hospitalité. C'est reposé et motivé que je reprends la route, direction Kunming et le Yunnan.

No flash, as requested Jess! 😀

En bref ces 3 premiers jours ont été un condensé de ce que je vais vivre lors de mon périple: du soleil, de la pluie, des pépins mécaniques, de la ville, de la montagne, de la piste, des chiens fous, des animaux étranges, des frontières, de la route de nuit, des grosses journées, mais surtout et avant tout de belles rencontres! To be continued...

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Après le départ officiel de Hong Kong, le « deuxième départ » depuis Canton. Cette fois-ci, je quitte pour de bon les mégalopoles et je m’enfonce dans la Chine profonde, d’abord dans la région du Guangdong puis dans celle voisine du Guangxi.

Canton-Wuzhou, Guangdong

Moi qui voulais enfin retrouver la nature, j’ai vite déchanté. Le Guangdong est la région la plus peuplée de Chine (près de 110 millions d’habitants) mais aussi la plus industrialisée. Elle contribue à 12% du PIB chinois soit l’équivalent d’un pays comme le Mexique. En d’autres termes, les routes sont gorgées de camions et le bas côté d’usines, d’entrepôts et autres bâtiments industriels affectés ou non. L’air est fort pollué et sent le bitume. Heureusement qu’ils ont pensé aux brumisateurs pour macadam, une aberration écologique dont je profite bon gré mal gré sous le cagnard.

J’avance donc les 2 premiers jours en espérant des paysages plus sauvages. C’est également l’occasion de mes premières nuits sous la tente et des douches au tuyau d’arrosage!

La première excellente surprise viendra de Lubuzhen, petit village à 150km de Canton. En me voyant chercher un endroit pour dormir, une famille attablée me convie à leur repas. Ils m’aident ensuite à installer ma tente sur la place du village entourée des gamins bouche bée devant ma présence. Pas certain que la plupart ait déjà vu un occidental! Plus tard Jason et son cousin, avec qui j’avais dîné, me rejoingnent avec des bières et des feux d’artifices. Nous serons finalement rejoints par d’autres membres de la famille pour un deuxième dîner (et une interminable séance photo!) puis rebelote le lendemain matin pour le petit déjeuner. Premier moment d’accueil et de générosité spontanés dans ce périple, c’était mémorable!

Lubuzhen sonnait également mon arrivée dans plus de nature. Je longe désormais la rivière Xijiang et profite de ses rizières et de ses vergers sous un soleil de plomb.

A l’heure du déjeuner, alors que je prends des photos et vérifie mon itinéraire, Lu Yan Xiang m’interpelle en anglais et m’invite très naturellement à déjeuner copieusement.

Adorable!

C’est le temps de la récolte et tout le monde s’affaire dans les champs.

J’ai eu la chance de croiser Jody qui faisait sécher le riz et m’a proposé de mettre la main à la pâte.

Après 4 jours de vélo et un compteur affichant les 500km, je quitte le Guangdong et j’arrive à Wuzhou dans le Guangxi, l’état voisin. Je prends un jour de repos sous la canicule pour visiter le marché et les alentours.

Je profite également de la beauté et de la grâce des pratiquants de Tai Chi, mais aussi de sa version alternative et dansante dont je ne connais pas le nom!

Tengxian, jour de mariage!

Après un bon break je repars pour Nanning. Après seulement 50km je tombe sur un groupe de danseurs et percussionnistes; curieux je m’arrête et les questionne. Ils sont là pour célébrer un mariage. Ni une ni deux le marié se présente à moi et m’invite très naturellement. Comment refuser?!

La traditionelle danse du lion

Me voilà donc en pleins préparatifs de mariage, accompagné de Oujialin, le cousin du marié qui parle un peu anglais. Ils sont des dizaines à s’affairer aux fourneaux, le tout au son des percussions et des danses. L’entrée des mariées est impressionnante sous les confettis, les pétards et des tambours.

Le repas est un véritable régal, c’est une explosion de saveurs à chaque bouchée. Tous les plats sont fins et travaillés, nous mangeons donc avec appétit. Tradition oblige, les mariés passeront même nous servir le thé et remettre à chaque invité une red pocket (enveloppe rouge contenant un billet de banque), signe de bonne fortune qui éloignera les mauvais esprits. Nous finiront la fête dans un KTV, karaoké dont les chinois rafollent!

Tengxian-Nanning, Guangxi

Je repars un peu fatigué le lendemain, il me reste 4 jours de route à travers l'état du Guangxi avant d'arriver à Nanning, sa capitale. C'est dans cet état que se trouve la ville de Yulin, célèbre pour son festival du chien. Cela n'a pas manqué, je suis vite tombé sur un barbecue assez inattendu! Le soir, campement de fortune tout aussi inattendu...

Bon appétit!

Dans le Guangxi c'est aussi le temps des récoltes: de manière traditionnelle ou parfois mécanique pour les plus chanceux!

Chaleur et eau en abondance, la nature est magnifique...

...et généreuse en fruits, légumes, fleurs!

Une ultime halte dans un marché sur la route et je serai à Nanning!

Quels sourires!

Après plus de 900km parcourus, me voici donc arrivé dans la capitale du Guangxi. Je suis tombé sur un spectacle désolant: un cimetière de vélos de partage. Je connaissais (et me réjouissais) de leur succès en Chine mais je connaissais également l'énorme problème de recyclage que cela impliquait. Des milliers de vélos se retrouvent ainsi abandonnés en périphérie des grandes villes chinoises. Malheureusement les entreprises de cyclo-partage ne sont pas encore à la hauteur du défi...

Heureusement je suis merveilleusement accueilli par Pierre-Jean: un entrepreneur français qui vit là-bas. Après avoir fait un super restau bien de chez nous: le traditionnel karaoké!

Voilà une belle première partie de voyage derrière moi, demain je sauterai dans le train direction Kunming et le Yunnan!

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Depuis Nanning, j’ai donc décidé d’accélérer pour des questions de visa et de timing. Après un saut de puce en train me voici dans le Yunnan, province chinoise réputée qui se trouve aux portes du Tibet. Je suis déçu de ne pas avoir fait ces 900km en vélo mais la perspective de passer plus de temps dans les montagnes me console.

Train et frontière vietnamienne

Déjà 2 semaines d’écoulées et mon visa ne dure qu’un mois. Je vais donc faire l’aller retour vers le Vietnam pour relancer une période de 30 jours. Une journée dans le train plus tard, j’arrive à la frontière terrestre entre la Chine et le Vietnam.

Je m’amuse du ballet de (montagnes de) marchandises qui transitent d’un côté à l’autre sur des vélos. Une fois au Vietnam, je profite d’un café local dont je raffole et repasse la frontière en sens inverse. J’ai bien sûr droit à un interrogatoire sur mes motivations à changer de pays 2 fois en 1h de temps mais les photos de mon vélo achèveront de convaincre les officiers de l’immigration. Un super repas vietnamien et une nuit dans le train plus tard me revoilà à Kunming prêt à attaquer la montagne!

Frontière Chine-Vietnam 

Kunming - Dali

Ravi de retrouver mon vélo, je fais quelques courses d’habits chauds et je reprends la route au plus vite. Je passe mon premier col à 2000m d’altitude (j’étais très fier mais j’allais vite déchanter!) et les 1000km parcourus!

Les routes sont vallonnées et l’air frais, c’est nouveau pour moi, j’en profite. Beaucoup moins d’industrie en périphérie de Kunming, la nature reprend ses droits rapidement et quelle générosité! Les champs de maïs, les rizières font place aux potagers, aux vignes et aux arbres fruitiers, le tout sur fond de montagne!

Première soirée mémorable à Lufeng (ville Jurassic Park!), je profite des animations du village avant d’être invité à dîner par une famille locale. Le patron a même sorti la coupe du monde, je goûte mon plaisir lors de la séance photo!

Petit passage matinal au marché avant d’attaquer la montagne, la vrai.

Pendant que mes cuisses souffrent du dénivelé et des premiers passages de cols, paysans, éleveurs, commerçants, tout le monde s’affaire dans un cadre verdoyant!

Je trouve un peu de réconfort dans un hôtel mignon à Chuxiang et découvre sa fausse vrai vieille ville, une sorte de Disneyland sur fond de cité « d’époque » dont les chinois raffolent pour manger (beaucoup) et acheter des babioles. Seule vraie authenticité, un délicieux spectacle de danse!

Je suis de plus en plus à l’aise en montagne et profite d’autant plus des paysages mais aussi des repas et de la faune!

Le Yunnan est également un gros producteur de tabac pour lequel il est fort réputé partout en Chine. A défaut d’y goûter j’admire les champs et assiste à la récolte encore manuelle. Je m’amuse également de leurs pipes à eau, sortent de narguilé qu’ils utilisent pour fumer.

Promis ce n’est pas de la drogue! 

Plus généralement le tabac est proéminent en Chine, on m’offre d’ailleurs généreusement une cigarette plusieurs fois par jour (que je refuse poliment). Le nombre de fumeurs est impressionnant (surtout chez les hommes) et l’autorisation de fumer partout dans les lieux publics n’aide pas non plus (hôtels, restaurants, ascenseurs, toilettes...). Je vois même des adolescents et des enfants fumer, sans parler du tabagisme passif...

Une autre spécialité de la région est la taille de pierres décoratives, je croise beaucoup d’ateliers le long des routes. Je constate d’ailleurs que l’architecture des maisons est différente de celle du Guangxi ou du Guangdong. La plupart des portes sont ornées de fresques de plus ou moins bon goût.

Juste avant d’arriver à Dali je fais la rencontre de Deng Tong, un cyclo-touriste chinois qui roule de Chengdu à Lijiang. Nous partagerons notre périple pour les 12 prochains jours. C’est un personnage intéressant, jeune prof de math, il aime la nature et le sport et rejète le tourisme de masse « à la chinoise » (voyage en groupe, vielles fausses villes, tarifs de visites astronomiques...). Il n’a pas de passeport mais ne s’en émeut pas, il est heureux d’explorer les provinces voisines à la sienne et toujours content de rentrer chez lui. Nos échanges sur la Chine seront passionnants.

Mon arrivée à Dali sera décevante, la météo est capricieuse et je dois visiter sous la pluie. Je ne profite que peu des points de vue sur l’immense lac au cœur de la ville et le coût des visites est prohibitif. Je me console avec une balade dans un magnifique couvent et décide de continuer ma route le jour le même.

Dali - Lijiang

Je suis récompensé de la décision de vite sortir de Dali, une éclaircie de fin de journée m’offre de superbes points de vue et je rencontre deux nouveaux cyclo-touristes: Gavin, star des réseaux sociaux chinois et Ding, prof de chinois qui ne parle pas anglais mais me lance régulièrement un délicieux « Long live the French »! Un dernier acolyte se joindra au groupe plus tard, lui aussi accroc aux réseaux sociaux puisqu’il filme et diffuse son périple en direct sur internet, jour et nuit!

Diner et tournées de baijiu offerts par le patron! 

Notre petit groupe progresse bien, nous nous entendons à merveille malgré la différence d’âge, de style et la barrière de la langue. Par la singularité du voyage à vélo qui nous rassemble et la difficulté du parcours, une forte solidarité naturelle se dégage entre nous.

Il a 25 ethnies différentes au Yunnan, certaines sont boudhistes, d’autres musulmanes (comme Ding avec qui nous roulons) et même physiquement les locaux sont différents des Han, ethnie majoritaire en Chine que je côtoyais exclusivement jusqu’à mon arrivée dans le Yunnan.

Juste avant Lijiang, je croise Blandine sur le bord de la route, une jeune française qui traverse le monde à trottinette! Énorme respect pour elle et beau projet, je vous invite à visiter son site pour en savoir plus: http://www.wot.latrottineuse.com/en/world-tour-push-scooter/

Déjà 3 ans et tant à parcourir encore!

Cette dernière journée avant Lijiang est un régal. Dans un village nous assistons au festival du feu et ses lâchés de ballons, nous nous gavons de fruits locaux vendus le long des routes...


... et nous profitons de l'ultime ascension et des points de vue du sommet. Cest l’occasion pour Gavin d’alimenter ses 1,5 millions de followers avec des dizaines de photos pour lesquelles je sers aussi de modèle! Ahah

Lijiang - Shangri La

Nous prenons un jour de repos à Lijiang même si la ville a peu d’intérêt. La vieille ville est un autre Disney Land et les sites à visiter sont hors de prix. Très vite la route nous manque! Nous nous consolerons avec un super dîner dans notre auberge, le gérant ayant mît les petits plats dans les grands.

Note pour plus tard: Apprendre à cuisiner chinois!

Le périple reprend direction Shangri La, les paysages de montagne sont toujours aussi grandioses et nous longeons la Jinsha River qui hydrate des dizaines de millions de chinois. Gavin se met même à faire de la poésie (cf ci-dessous)!

Dernier arrêt avant Shangri La, nous lâchons nos vélos pour randonner dans les gorges du saut du tigre. Les autres cyclos nous quittent mais Deng Tong (le tout premier cycliste rencontré) m’accompagne. Ce parcours de 30km de randonnée est une pure merveille, nous profitons de ses points de vues à couper le souffle sous un soleil radieux, le tout au son des cigales. Improbable, je croise même un couple de randonneurs lillois! Nous finissons un peu tard et devons rentrer en stop, ça sera en camion sur une route peu rassurante entre l’apic et les éboulements.

Pour la reprise, 1600m de dénivelé à avaler pour arriver sur un plateau à 3300m d’altitude qui nous mènera à Shangri La. A l'arrivée partout des cochons et des yaks, l’architecture, les tentes et même les habits traditionnels nous donnent l’impression d’avoir changé de pays, nous ressentons déjà une légère impression de Tibet.

Le lendemain, arrivée à la fameuse Shangri La, principale ville de la Préfecture Autonome Tibétaine de Diqing (appartenant au Yunnan). C’est ici qu’on peut le mieux profiter d’un réel goût de Tibet sans la contrainte de l’obtention de visa pour les étrangers. Le pays, qui a été annexé par la République Populaire de Chine de Mao en 1951, est devenu une attraction touristique fort lucrative et Shangri La est une des dernières étapes pour les touristes chinois avant Lassa. Je pesterai d’ailleurs régulièrement sur ces conducteurs de 4x4 lancés à pleine blinde sur les routes de montagnes.

Je vous conseille un petit reportage sur le sujet si cela vous intéresse de creuser: https://m.youtube.com/watch?feature=em-uploademail&v=0D3oRTdfG0k

Le centre ville de Shangri La est plus joli que celui des villes précédemment visitées, notamment grâce à ses temples haut perchés.

Cependant le réel intérêt de la ville réside dans le monastère bouddhiste tibétain Ganden Sumtsenling, le plus grand du Sud Est de la Chine. Culminant à 3380m d’altitude, il peut accueillir jusqu’à 2000 moines et est surnommé le petit Potala en référence à son homologue tibétain de Lhassa.

Je m’y perds quelques heures avec contemplation. Entre 2 salles je m’amuse des scènes de sexe très explicites peintes sur les murs (impensable dans nos églises!) et des chinois respirant dans leur bonbonne d’oxygène personelle, forcément quand on monte à cette altitude en bus vitesse grand V, on a mal à la tête! Dommage que les photos à l'intérieur des temples soit interdites.

Sauras-tu trouver la souris qui ne sait pas nager? 

Le soir Deng Tong, mon acolyte chinois, nous a réservé une soirée à thème avec des danses traditionnelles. De la nourriture à outrance, un animateur en mode « BIP BIP » des bronzés, très peu de dance et beaucoup de jeu d’alcool, la soirée était très, très, chinoise, les touristes ont adorés! Antoine me rappelait que le Club Med avait été racheté par des chinois, il n’y a pas de hasard! Ahah!

Dans l’ensemble cette étape dans le Yunnan a tenu toutes ses promesses. Les paysages sont grandioses et variés. Si on ajoute à cela de magnifiques rencontres sur la route et une météo clémente on obtient un cocktail presque parfait. Presque parfait car les villes, trop commerciales et touristiques, n’ont pas eu l’intérêt que j’eu espéré. Peu importe, c’est sur la route que je suis bien donc c’est avec enthousiasme que je me dirige vers le Sichuan pour toujours plus de hauteur!

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Shangri La était la dernière grosse étape du Yunnan avant de basculer dans la région du Sichuan. Eponyme de son fameux poivre elle est également réputée pour ses hauteurs et ses paysages à couper le soufle (à l’ouest) ainsi que pour ses Pandas (à Chengdu, sa capitale). La bascule dans le Sichuan est aussi le cap des 2000km parcourus pour moi!

Shangri La - Ranwuxiang

Après la foule de touristes et la dense circulation de Shangri La, mon acolyte chinois et moi sommes ravis de reprendre la route direction le Sichuan. Malgré la pluie, le choc est appréciable dès la sortie de la ville puisque nous nous retrouvons presque seuls au monde en quelques kilomètres, voitures et camions préférant un axe plus rapide.

Sur d'immenses plateaux aux airs de steppes, les rivières serpentent langoureusement et yacks et cochons cobabitent sous la guidance des bergers.

Mais le court repos qu’offre ces plateaux à nos cuisses est vite dissipé par les premières grosses côtes avec des cols à plus de 4000m. Les conditions sont beaucoup plus rudes que tout ce que j’ai connu jusqu’à présent, il pleut, il fait froid et je découvre la très difficile gestion des couches de vêtements et de la température.

Sous le déluge, je trouve parfois un peu de réconfort dans les rares habitations qui bordent les routes, certaines à des endroits improbables comme ce petit village de tentes hors du temps, posé sur un col à 4000m!

La partie ouest du Sichuan (tout comme l’était la partie est du Yunnan) a le statut de « préfecture autonome tibétaine », c’est à dire qu’elle est peuplée en majorité par des minorités ethniques, dont des tibétains. De ce fait, le contrôle de l’état chinois pour « le bon maintien de l’ordre » est représenté par une très lourde présence militaire. Je croiserai de nombreux convois sans fin de véhicules de l’armée ainsi que de nombreuses bases militaires.

Malgré la météo capricieuse et la débauche d’énergie, chaque fin d’ascencion est un pur bonheur et on savoure d’autant plus la descente que l’effort pour la montée a été long. Même constat pour les moments de repos comme ce jour où j’ai trouvé un hôtel avec des sources chaudes en guise de bain!

En bon français je n'oublie pas de travailler mon style avec les accessoires échappés des voitures de touristes!

Après une grosse journée d’ascension principalement sur des chemins de terre, objectant que c’est plus facile, mon partenaire de vélo Deng Tong refuse de reprendre la route par la piste et préfère un détour de plus de 60km sur 2 jours pour rester sur du macadame. Je lui fais part de mon intention de prendre l’option piste (plus fun et plus courte) et lui propose de se retrouver au même endroit 2 jours plus tard. J’aurai droit pour seule réponse à un “OK, I go first.” et il s’en ira en effet sans plus un mot. Je n’aurai jamais plus de nouvelles de lui, absolument impensable à mes yeux sachant que nous avions passé plus de 10 jours ensemble (jours et nuits). Absence totale d’éducation ou fossé culturel?

Je ne regretterai pas mon choix. Le chemin que je prends à travers des petits villages à l’architecture originale est superbe, d’autant plus que je me vois offrir la première éclaircie depuis plusieurs jours. Les gens sont chaleureux à mon égard, il ne doivent pas voir beaucoup d'étrangers.

Encore mieux: alors que je dois me battre plus de 6h sous la pluie pour atteindre le Kuluke Pass, point culminant de mon voyage à 4727m d’altitude, je suis accueilli par une magnifique éclaircie au sommet! Le passage de ce col est une jouissance unique, je ne peux m’empêcher de hurler ma joie devant la beauté et la pureté du paysage qui s’offre à moi ainsi que par le soulagement d'être enfin arrivé au sommet!

« Incroyable de traverser tous ces cols sans chemise! », dixit Maxime Bodin 😂

Ranwuxiang - Honglongxiang

A ma plus grande surprise, j’apprends qu’il y a également des yaks dans les Alpes! Cela remetrait presque en cause mes motivations de traverser la moitié du globe alors qu'on trouve tout en France! Ahahah

Le Kuluke Pass dernière moi, j’enchaîne les cols beaucoup plus sereins (même à plus de 4600m!). La météo devient également plus clémente, je profite d’autant plus des plateaux (verts ou rocheux), des troupeaux de yacks, de quelques lacs ou encore des locaux...

...avant de finir en apothéose sur une journée d’une grande qualité!

Magique Sichuan! 

Mais malgré la beauté des paysages, je suis effaré de constater impuissant l’incivisme environnemental des chinois qui lancent systématiquement toutes sortes de déchets par la fenêtre de leur voitures. Depuis Hong Kong, je m’attriste de l’état lamentable des bords de route, couverts de bouteilles plastiques, canettes, sachets, paquets de cigarettes... Même Deng Tong, mon camarade de vélo qui se dit amoureux de la nature (et je le crois), balance tous ses déchets par terre sans s’émouvoir de me voir les ramasser. Dans les villes, de nombreuses personnes sont payées pour nettoyer le bord des routes mais en dehors, les bas-côtés sont des porcheries. Un gros travail d’éducation reste à faire...

Journée aprenti berger

Un matin, alors que j’ai reprit la route depuis peu, je croise un jeune berger et ses yaks. Celui-ci me propose de venir déjeuner dans sa tente et enthousiaste j’accepte l’invitation. Le déjeuner est original: lait et beurre de yak, brioche et une sorte de patte sucrée qu’on malaxe soit même à la main.

Après le repas mon ami berger m’offre une balade à moto exceptionnelle sur les crêtes. Nous sommes seuls au monde dans un décor vierge de toute activité humaine, les points de vues sont à couper les souffle!

J’aurai même le droit à un délicieux goûter dans le village de ses parents. Je teste la viande de yak séchée, le yaourt de lait de yak, le pain et le surprenant thé local de couleur blanche: Kuding tea.

Le retour à moto à travers la forêt et les crêtes est également un grand moment. Avant le dîner (riz et oignons grillés avec toujours beaucoup de beurre!) nous ramenons le troupeau autour de la tente et enfermons les petits dans un enclos pour éviter qu’ils tètent durant la nuit. Protégé par 2 peaux de yak, je dors à la belle étoile à plus de 4000m d’altitude, le ciel est magnifique.

Le lendemain matin je partage un dernier repas avec cette famille d’une grande générosité et j'assiste à la traite des yaks. Je prends alors conscience de la place prépondérante de l’animal dans leur vie. Celui-ci leur fournit lait, beurre, yaourt, viande, tourbe (pour chauffer le poêle), couvertures...

Avant de partir, mon ami me lance un « I love you! » sachant qu’il ne parle pas anglais: délicieux! C’est cependant tordu et dans la douleur que je reprends la route, en effet je me suis bloqué le dos en moto la veille. La conduite un peu brusque sur de la piste n’a pas été du goût de mon bassin!

Je profite malgré tout de mes derniers instants en haute montagne, le soleil est au beau fixe et les paysages sont à couper souffle. Je finirai même par une descente de 30km où l’on sent les degrés revenir petit à petit. Le soir, je dîne avec un groupe de marcheurs en route pour Lassa, léger dérapage festif au KTV à cause de la bière et du baiju!

Extension de visa

Arrivée à Yajiang, il ne me restait que 8 jours de visa pour rester sur le territoire chinois et je me devais de prendre une décision: soit je saute dans un bus pour Chengdu pour renouveler mon permis de séjour (la demande doit se faire 7 jours avant expiration), soit je finis à vélo (5 jours) et de devrai prendre un avion pour la Thaïlande à mon arrivée. J’avais, depuis le ridicule refus d’extension à Shangri La, cette épée de Damoclès au dessus de la tête et je décide donc de la jouer safe en prenant le bus pour Chengdu, quitte à perdre 3 jours. Après une courte nuit et un léger mal de crâne, je laisse donc mon vélo à l’auberge et m’embarque dans un trajet de 10h où la moitié des gens vomissent... Seule consolation: mon adorable voisin! J’étais content d’arriver, enfin.

« Quand la chine s’éveillera... », dixit mon cher Papa!

La demande de visa se passe bien mais le temps de traitement de 8 jours est hallucinant, surtout qu’on me demande de rester dans le même hôtel pendant cette période. Après concertation auprès de mes contacts français vivant en Chine, je décide de retourner chercher mon vélo dans l’intervalle, je camperai.

Yajiang -Chengdu

Je suis content de reprendre la route après 3 journées d’inactivité. Il me reste 5 jours de vélo relativement intenses avec encore pas mal de dénivelé. Je savoure mes derniers instants de montagne avec la grimpette, les yaks, les rivières, les villages mignons...

Je croise énormément de cyclistes ou de marcheurs chinois qui rallient Lassa depuis Chengdu. Ce trajet est devenu extrêmement populaire dans le pays et c’est plus d’une centaines de personnes que je verrai tenter l’aventure. Ils se lancent dans la traversée de la route G318, apparement « the most beautiful road in China » celon eux. Certains confient leurs équipements à une voiture qui les suit (tricheurs!) et d’autres rivalisent par la créativité de leur monture!

J’aurai même le plaisir de passer un dernier col à plus de 4000m d’altitude dans des conditions parfaites! Sur la descente j’aperçois (enfin) un peu de neige et me régale de noix, de mirabelles, de fruits de cactus et de kiwis à cœur rouge (2 fruits dont j’ignorais l’existence). La bonne journée se conclut par un délicieux dîner en famille.

Il me restait dès lors un peu de denivelé jusque Chengdu mais j’avance bien et j’enchaîne les grosses journée de vélo. Je repasse à moins de 1000m d’altitude et roule au milieu des champs de thé et d’orge, l'orge servant pour les nouilles et le pain.

Une dernière surprise m’attend avant Chengdu: sur la route on m’invite à une fête de naissance. Avec les plus âgés je joue au Dou Dizhou (un jeu de carte chinois dont je n’ai pas tout à fait comprit les règles) et me régale d’un superbe repas. Dans la région, presque tous les plats sont relevés au poivre du Sichuan qui les rendent très épicés mais absolument délicieux et la sensation « d’anesthésie » que procure ce poivre est très marrante à ressentir.

Je suis arrivé en pleins préparatifs du repas qui étaient très représentatifs du schéma familial que j’ai pu observer en Chine (surtout en dehors des villes): les femmes font la cuisine et les hommes jouent aux cartes. Pareil le soir dans les bars je constate souvent que les hommes dînent, boivent des bières et du baiju entre amis jusque tard dans la nuit pendant que les femmes restent à la maison et regardent la télé, modèle très très conservateur!

Les derniers 100km sont plus construits et sans grant intérêt, je m’étonnerai d’ailleurs régulièrement du choix de bétonner certaines portions de montagnes, d'y placer d’énormes panneaux publicitaires ou des statues douteuses sans le moindre respect du paysage.

Les villes toutes neuves que je traverse (et bardées de tours HLM) ont poussées comme des champignons partout en Chine ces 40 dernières années. Après la traversée du Yunnan et du Sichuan, quand je vois ce que la nature a à offrir dans ces zones montagneuses, je me questionne sur l’intérêt pour les villageois de l’exode rural à marche forcée qu’a connu le pays. La plupart se retrouvent dans des villes bomdées où il n'est pas toujours facile de trouver un emploi et où la qualité de vie peut laisser à désirer.

Chengdu

De retour à Chengdu, je retrouve un ami motard que j’avais rencontré à Yajiang. Il me fait découvrir les délices locaux, notamment une sorte de hot pot à brochettes, de la cervelle de porc et le désert gélatineux « ice powder » à base de graine de « pommes du Pérou » et baignant dans une dose non négligeable de sucre brun liquide.

Comme beaucoup de personnes, j’ai toujours trouvé adorable l’animal national chinois: le Panda géant. Je me faisais donc une joie de pouvoir visiter le « Chengdu Research Base of Giant Panda Breeding » pour les voir de mes propres yeux dans un environment apriori simili-naturel. Malheureusement la déception ne fut qu’à la hauteur des attentes. Au delà de 26°C les Pandas ne supportent plus la chaleur et doivent être enfermés dans des salles climatisées. C’est une excellente chose que de protéger leur santé, s’en est une autre de laisser rentrer dans le parc des centaines et des centaines de chinois hystériques qui finissent par faire la queue de longues heures pour taper sur les vitres d’une salle climatisée dans l’espoir de réveiller le Panda oppressé par la foule qui s’y trouve. Je ne parle même pas des gardiens qui hurlent d’avancer dans des microphones... C’est effrayant quand on sait que cet animal est solitaire et aime le calme par nature. Le centre devrait simplement fermer au public aux mois de juillet-août ou au minimum restreindre le nombre d’entrée mais l'attrait financier l’emporte comme souvent en Chine.

Malgré tout j’ai trouvé ces créatures tout aussi adorables que dans mon imaginaire. J’ai également découvert les cignes noirs et le petit Panda (ou Panda roux), tout aussi adorable. A ma grande surprise, il a beau vivre entre 2200 et 4800m d'altitude dans son environement naturel, sous des températures comprises entre 10 et 25°C, lui n’a pas le droit à la climatisation...

Les Pandas aiment manger, dormir et le catch! 

Repos, massage, bons et copieux repas à Chengdu m’ont fait le plus grand bien après 2 semaines à plus de 3000m d’altitude et avant de prendre le train pour 3 jours direction le Far-Ouest. Le Sichuan a été une expérience à part grâce à la beauté et la pureté de ses paysages de haute montagne. La chaleur et le plat du Xinjiang m’attendent désormais.

Déjà près de 3000km parcourus! 
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Publié le 7 octobre 2018

Après Chengdu, je saute dans le train direction le Xinjiang, la province chinoise la plus à l'ouest de la Chine. J'avais le choix entre aller directement à Kashgar (dernière grande ville chinoise sur la route de la soie) ou descendre à Akesu et pédaler les 500 derniers kilomètres pour découvrir une cinquième province chinoise. Grâce à mon extension de visa j'opte pour la seconde option, plus excitante!

Train

Le train qui nous emmène de Chengdu à Akesu dure 48h à cheval sur 3 jours, il faut donc s'armer de patience! J'en profite pour rédiger mon prochain article et dévorer un super bouquin: "Paris-Pékin express" par David Baverez. L'auteur, investisseur privé basé à Hong Kong, fut invité par Emmanuel Macron à lui présenter la Chine d'aujourd'hui (et de demain) pendant le vol qui le conduisit à Pékin pour son premier déplacement de chef d'Etat. Le livre, sous forme d'une conversation, offre des clés de lecture passionnantes pour comprendre les ambitions économiques, géopolitiques et identitaires de l'Empire du Milieu pour le 21ème siècle. Seul bémol à mon goût, une trop grande complaisance de l’auteur et/ou dédramatisation envers le sécuritarisme et le totalitarisme chinois. Malgré tout, le livre mérite largement d'être lu, je le recommande.

Entre deux chapitres, je n'oublie pas d'apprécier l'incroyable changement de paysages qui s'offre à moi, adieu les montagnes, les plaines et la verdure!

Akesu

Arrivé à Akesu, je dois trouver où dormir en attendant mon vélo qui arrive 1 jour plus tard. Impossible de trouver une chambre à un prix raisonnable, heureusement je rencontre Charlotte qui me propose de dormir dans la salle de classe d'une de ses amis. J'accepte bien entendu avec grand plaisir!

Nous dinerons en ville avec ses amis, par contre impossible d'aller boire un verre par la suite, à l'entrée de tous les bars les policiers me rejettent sans autre motif apparent que d'être étranger, je ne comprends que mieux les gens qui s'offusquent du délit de faciès. La ville a l’air en état de siège avec des policiers, des barrages et des militaires absolument partout. Première expérience sécuritaire du Xinjiang....

Le lendemain nous irons déjeuner en famille chez mon hôte institutrice. Ses parents habitent hors de Akesu au milieu des champs de cotons et de jujube, un fruit local dont j'ignorai l'existence. Superbe repas avec barbecue de mouton et de poulet accompagné par le « vin » produit par la famille et un baiju de 1989, en pleine journée ça tape un peu!

Après le déjeuner, petite balade dans les champs de la propriété. Grâce à son climat chaud et sec mais également grâce aux grosses quantités d'eau qui ruissellent des montagnes avec la fonte des neiges, le Xinjiang est le plus gros producteur de coton en Chine, elle même le plus gros producteur de coton au monde. Il faut bien alimenter les 7500 usines textiles du pays!

Champs de coton et de jujube (en haut à droite)

Une chose marquante également est le changement de faciès des locaux: visages plus ronds, plus bronzés, plus barbus. La région du Xinjiang est majoritairement peuplée d’une minorité chinoise appelée les Ouïgours. Les Ouïgours sont une ethnie musulmane sunnite et turcophone qui compte plus de 10 millions de personnes dans le Xinjiang. La gestion de cette minorité à la culture diamétralement opposée à celle des Hans (ethnie dominante en Chine), a toujours été une source de préoccupation pour Pékin qui resserre son emprise sur la région depuis des décennies et tout particulièrement depuis les années 2000.

Les Hans ne représentaient que 6% de la population du Xinjiang en 1949 mais, suite à une politique de colonisation à marche forcée, ils pèsent pour 40% aujourd'hui (même s’ils restent légèrement minoritaires). Pour se faire, le gouvernement chinois offrait aux « colons » Hans venus de l’Est des carottes fiscales s’ils s'installaient dans le Xinjiang ainsi que la possibilité d’avoir 2 enfants en pleine politique de l’enfant unique.

Akesu-Kashgar

Après ce super passage à Akesu, direction Kashgar, ma dernière grosse étape avant l'Asie Centrale. Pour se faire je dois longer une partie du redoutable désert Taklamakan, le deuxième plus grand au monde. En ouïgour son nom veut dire « l'endroit où tu peux rentrer mais d'où tu ne peux pas sortir » et son surnom est « la mer de la mort » ! Beaucoup de cyclo-touristes se lancent comme challenge de le traverser du nord au sud pour rejoindre le plateau tibétain en affrontant les tempêtes de sable. Plus modestement je ne ferai que rouler sur son flanc nord et dans sa partie vivrière et habitée, même si la traversée était tentante.

Sur ma route je découvre un univers complètement différent: le climat est chaud et aride, la route est droite et sans fin et surtout le relief est quasi inexistant. Quel plaisir de voir des troupeaux de chameaux quelques jours après avoir vu des Pandas et des yaks, ce pays est vraiment incroyablement grand et varié!

J'enchaîne donc les kilomètres rapidement mais sans horizon on perd ses repères. Se posera pour la première fois la question existentielle « Pourquoi le vent souffle t'il contre moi et pas pour moi? », question qui depuis reviendra comme un leitmotiv! Une chose étrange également est que la Chine n'a qu'un seul fuseau horaire donc le Xinjiang, 4000km plus à l'ouest, est sur le fuseau horaire de Pékin. C'est un peu perturbant mais il fait jour à 8h du matin et nuit à 22h.

Magnifiques troupeaux de chameaux!

Après 2 journées vraiment désertiques je me rapproche de la partie la plus à l'ouest du Taklamakan qui concentre une large partie de la population de la région mais également, aussi surprenant que cela puisse paraître, de vastes zones agricoles. S'enchaînent alors les champs de coton, de jujube, de maïs, de pastèques, de noyers, et même des champs de peupliers qui servent à faire des planches. Certaines zones étant extrêmement arides je ne peux que m'interroger sur la surconsommation et le gâchis d'eau de certaines exploitations...

Safety first dans la scierie chinoise! 

Depuis mon départ de Hong Kong, un constat s'impose de plus en plus à moi: plus l'endroit traversé est isolé, plus les gens sont adorables. Le Xingjiang ne fait bien sûr pas exception, les habitants me saluent chaleureusement, viennent à ma rencontre et parfois m'offrent un repas! Je devrai même refuser une pastèque entière un jour faute de place sur le vélo! Les plats ne sont pas très variés (riz mouton ou nouilles légumes) mais ils sont très bons et surtout à mon plus grand bonheur les Ouïgours produisent un excellent pain. Les fruits sont exceptionnels également, je me gave de raisins, de jujubes et de figues.

Je n'ai pas tenté les oeufs rouges!

Et qu'aurait été un passage dans le Taklamakan sans une petite balade dans les dunes de sable? Dans ma jeune carrière de photographe amateur, j'apprends à mes dépends qu'il est très difficile de photographier des dunes, j'imagine à cause du manque de contraste et d’une luminosité moyenne ce jour là.

Mathilde se moque de mes photos de dunes pas droites... 😂

Malheureusement, une traversée du Xinjiang ne peut se faire sans un profond malaise lié à une surveillance policière omniprésente. Des villes aux campagnes, des grands axes routiers aux petits chemins de terre, tout est filmé en permanence par des centaines de caméras. Les barrages routiers s'enchainent à une fréquence invraisemblable et (les policiers ne sachant pas lire notre alphabet) les contrôles de passeport interminables ne servent à rien.

Partout dans les villages j'observe des fresques à l'iconographie communiste simpliste pour vendre le rêve à la chinoise, c'est affligeant...

« Viens petit paysan Ouïgour, on va te mettre dans un HLM! »

Les maisons traditionnelles ouïgours ont été rasées par les autorités chinoises au détriments d'habitations copies conformes en béton, officiellement pour des raisons de normes sismiques. C'est surtout un excellent moyen d'effacer durablement une partie visible de la culture ouïgour. Il ne faut pas longtemps non plus pour comprendre que les centaines de drapeaux qu'arborent les rues, les façades des maisons et même les mosquées n'ont rien d'un élan patriotique généralisé mais d’une obligation par Pékin pour imposer son nationalisme exacerbé.

Le Parti va d’ailleurs beaucoup plus loin que la propagande visuelle dans les campagnes. Presque tous les kilomètres dans les villages et les champs sont installés d'énormes hauts parleurs qui vomissent de la propagande pro-Pékin en langue ouïgoure, non-stop de 8h à 22h... Aliénant!

Je ferai personnellement les frais de la paranoïa sécuritaire ambiante. Alors que je terminais mon avant dernière journée de vélo avant Kashgar, un policier en civil m'arrête pour prendre un selfie. Il « m’invite » ensuite dans sa caserne pour boire un café glacé. Il vérifie vaguement mon passeport mais reste très amical. Il demandera même à un de ses subordonnés de me cueillir du raisin, des tomates et des jujubes dans le jardin et m’offrira également quelques canettes de café. Malgré mon amusement pour la scène et connaissant la réputation de la région je tente de m’éclipser mais il est déjà trop tard, un officier d’une autre caserne m’a prit en grippe et refuse de me laisser partir. Prétextant veiller sur ma sécurité il me demande d’aller dormir à l’hôtel, ce que je refuse, il m’offrira même de payer pour la chambre ou de dormir dans la caserne: hors de question d’être redevable auprès de la police du Xinjiang. Je me retrouve alors entouré d’une vingtaine de policiers qui me regardent béatement mais personne ne prend de décision. Je décide donc après 2h d’attente de reprendre la route. Ils me laissent faire mais 3 voitures de police me suivent de près.

Je pensais m’en tirer à bon compte mais lorsque je m’arrête pour camper, les policiers m’interdisent de planter la tente. Je serai même menacé de déportation et d’interdiction de visa pour 10 ans en cas de camping sauvage. Je ne prends donc pas le risque en présence de policiers et reprends la route.

Vers minuit, après un barrage routier mes poursuivants s’arrêtent et je comprends que je suis sorti de leur juridiction. Il fait nuit noire, ni une ni deux j’éteins mes feux, j’accélère et après quelques kilomètres je me jète dans un champs et me cache dans un fossé. Je vois plusieurs patrouilles gyrophares allumés faire des rondes puis j’aperçois une battue à la lampe de poche qui s’organise dans le champs. J’ai l’impression d’être un fugitif mais je comprends surtout que je n’ai aucune chance! Je reprends alors la route mine de rien et me retrouve vite arrêté et contrôlé de nouveau. On me passe un téléphone et mon interlocutrice m’explique que les policiers vont m'emmener à Kashgar en voiture: refus catégorique de ma part, je finirai le trajet à vélo. Il est 2h du matin et il me reste 80km! Je serai suivi toute la nuit par 1 à 3 voitures de police et j’arriverai à 7h du matin après une étape de 200km...

Note pour plus tard: M’inscrire au Paris-Roubaix 2019! 😂

Mon éternelle passion pour la maréchaussée... 

La condition des Ouïgours en Chine

À mon plus grand désarroi, ce que j’ai vécu n’est en fait que la face visible de l’iceberg. Le Xinjiang est une région au bord de la crise de nerf. La situation est bien plus dramatique qu’une « simple » surveillance policière de la population. En effet les Ouïgours font l'objet d'un profond harcèlement par les autorités qui s'invitent au plus profond de leur intimité.

En plus d'une très dense présence physique de la police, police qui a plus ou moins tous les droits (contrôles d'identité injustifiés, fouilles des maisons, arrestations arbitraires), le Xinjinag est également le laboratoire iTech de la surveillance de masse en Chine. La reconnaissance faciale y est monnaie courante pour effectuer des gestes simples de tous les jours comme rentrer dans un supermarché ou acheter de l'essence. Elle est même utilisée pour alerter les autorités si une personne fichée s'éloigne trop de son domicile. Les voitures des Ouïgours sont équipées de balises GPS et la police a massivement installé un logiciel espion sur tous les téléphones Android pour télécharger leur contenu, potentiellement interdit par le régime. La police n'a d'ailleurs plus aucun scrupule et installe désormais ces logiciels espions sur les téléphones de tous les étrangers passant la frontière avec le Kyrgyzstan. Je suis sauvé par mon Iphone mais mon ami suisse n'y échappera pas...

Tout ceci n'est en fait qu'un début, la Chine a déjà commencé à collecter des échantillons d'ADN chez les Ouïgours sous couvert d'examens médicaux gratuits. Un système de notation des individus est également à l'essaie, comme si nous notions un film ou une application, chaque personne pouvant perdre des points en fonction de ses antécédents. Les citoyens aux notes les plus médiocres se verraient refuser l'accès à certains services publics tel que les transports en commun par exemple.

Bien plus dramatique encore, potentiellement 1 million de Ouïgours seraient enfermés dans des « camps de rééducation » ou « camps politiques d'endoctrinement ». Dans ces camps les Ouïgours, incarcérés arbitrairement sans le moindre motif ni le moindre procès sont « rééduqués » à l'idéologie communiste, forcés de renier leur appartenance à l’Islam en arrêtant de prier, en consommant alcool et porc (parfois de force), tout en faisant allégeance à Xi Jinping et au Parti Communiste Chinois.

A titre de comparaison, la capacité de ces camps dépasse aujourd'hui celle des camps de l’Allemagne nazi pendant la seconde guerre mondiale et apriori cette capacité ne cesse d’augmenter avec la construction de nouveaux sites d’internement. Les pires exactions reportées se « limitent » aujourd'hui à de la torture mais l'escalade des 2 dernières années et le jusqu'au-boutisme du Parti rendent probable le scénario d'extermination de masse. Effrayant...

Si l'existence même de ces camps est niée par Pékin, ils justifient leur politique sécuritaire par « la lutte contre le séparatisme, le fondamentalisme et le terrorisme », allant même jusqu'a prétendre avoir évité une « nouvelle Syrie » dans le Xinjiang. La région a surtout une position ultra stratégique pour le projet cher à Xi Jinping de « nouvelle route de la soie».

Chen Quanguo, le gouverneur du Xinjiang qui est responsable de cette politique, a été nommé à la tête de la province en 2017. Il est notamment l’ancien gouverneur de la province autonome du Tibet où il a eu à affronter un autre problème ethnique majeur en Chine. Il a fait ses preuves et s'est forgé là-bas une réputation extrêmement dure.

Voici une sélection d'articles très bien écrits sur le sujet. Le premier, assez court, est un bon résumé. Je recommande le troisième qui est publié par Slate, très complet et offrant une bonne vision globale.

Cela faisait trop longtemps je souhaitais lire le prophétique « 1984 » de George Orwell, je l'avais d'ailleurs téléchargé sur mon e-book avant le départ pour ce voyage. Ce sera ma prochaine lecture.

Kashgar

Dans l'ensemble, j'ai été déçu par toutes les grandes villes que j'ai visité en Chine. La plupart ont été détruites lors de la Révolution Culturelle et reconstruites en de pâles répliques pleines d'échoppes touristiques aux airs de Disneyland. Kashgar qui n'a pas fait exception à la règle (la vieille ville a presque intégralement été rasée au buldozer), a malgré tout plus d'intérêt que les villes précédemment visitées et j'ai apprécié me perdre dans ses ruelles.

Personne n'est dupe sur l'omniprésence ubuesque de drapeaux chinois dans les rues 

Un des principaux attraits de Kashgar est sa population et la vie qui l'anime, quel plaisir d'arpenter les rues, les bazars et les restaurants! Je goûte les spécialités locales à base de mouton et toujours leur délicieux pain. Un soir, je serai même invité à me joindre au dîner de retrouvailles de deux vieux amis (un de Kashgar, l'autre d'Urumqi). La vodka coulera à flot au son de l'accordéon: mémorable!

Le site qui a le plus d'intérêt dans la ville est le mausolée d'Abakh Khoja, extrêmement bien conservé ce qui est rare en Chine. On prend un réel plaisir à se balader à l'intérieur de ce superbe bâtiment. À l'inverse, la visite sous les dizaines de caméras de la mosquée Id Kah, place centrale du culte musulman à Kashgar en plein coeur de la ville, a peu d'interêt. Le prix déraisonnable de la visite et le peu qu'on puisse en retirer font plus penser à un moyen déguiser pour l'Etat de s'enrichir sur le dos des Ouïgours plutôt qu'à un site culturel.

En bas à gauche le Mausolée d'Abakh Khoja et en bas à droite la mosquée Id Kah  

Et que serait une ville d'Asie Centrale (qui plus est sur la route de la soie) sans son bazar? Je découvre avec plaisir cette institution régionale et me perds dans les interminables allées offrant tout et n'importe quoi, du textile à l'électro-ménager!

Pas chers les scorpions! 

Kashgar - Irkestam

Après Kashgar il ne me reste qu'un jour de vélo puis le passage de la frontière (en taxi, question de sécurité selon les chinois). Sur la route pour la frontière je rencontre le charmant Julian, un cyclo suisse qui roule de Chengdu (en Chine) vers la Suisse. Nous ne nous quitterons plus pendant 2 semaines! Nous profitons de la beauté des derniers paysages chinois qui s'offrent à nous, nous serons comme aspirés par les montagnes d'Asie Centrale!

La journée de passage de la frontière, elle, est tout sauf un plaisir. C’est pas moins de 12 checkpoints que nous devrons passer, on ne sait jamais au cas où on aurait changé d’identité entre l’entrée d’un bâtiment et la sortie... L’arrivée au Kyrgyzstan fut un réel soulagement, soulagement de quitter la Chine mais surtout le Xinjiang qui concentre tout ce que le pays peut produire de pire. La première partie du voyage m'avait séduit et réconcilié avec l'Empire du Milieu mais mon passage dans le Xinjiang a tout gâché.

Bilan Chine

Loin de moi l’idée de raconter la Chine en quelques lignes (trop grande, trop complexe), mais après près de 2 mois dans le pays à travers 5 provinces, voici ce que j'ai appris et retenu sur la Chine et les Chinois.

Avant tout, tous les clichés que nous avons sur les chinois vu d'Europe sont vrais! Un voyageur dans l'Empire du Milieu sera régulièrement gratifié de rôts tonitruants et de raclements de tuyauterie à te décrocher un morceau de poumon suivi de généreux crachats (même sur le sol à l’intérieur des restaurants ou en plus se mélangent mégots et restes du repas). Ce voyageur sera bien impuissant face à l'anarchie des files d'attente (pourquoi faire la queue quand on peut se placer en premier directement?) ou devant le spectacle de gloutons aspirant leurs nouilles le plus violemment et le plus bruyamment possible. Ce même voyageur pourra également s'amuser de la fière aération et exhibition de bedaines chinoises dans les lieux publics (relevé de t-shirt ou ouverture de chemise, chacun sa technique). Je m'arrête là, la liste pourrait être longue mais je dois avouer que je me suis bien amusé à observer les chinois! 😂

De façon moins légère, j'ai été choqué par l’incivisme sur les routes, qu'il soit sur la conduite ou le respect de l'environnement. Sur la conduite d'abord, les chinois n'ont aucun respect pour les autres usagers, surtout s'ils sont plus petits comme les deux roues. Selon eux le klaxon doit être utilisé le plus fréquemment et le plus bruyamment possible, peu importe qu'il fasse jour ou nuit, qu'ils soient au milieu de nul part ou en pleine ville. Les freins eux doivent être utilisés le moins possible. La vitesse excessive et les dépassements hasardeux sont la norme, j'ai eu parfois l'impression d'assister à des courses de 4x4 sur circuit alors que nous étions dans des petites routes de montagnes sans visibilité. La priorité à droite n'est respectée que pour les usagers dont le gabarit est supérieur à celui d'une voiture, je ne compte pas le nombre de fois ou j'ai dû piler pour éviter une collision pour refus de priorité. Les camions obtiennent la palme en cumulant l'intégralité des mauvaises conduites, pollution extrême par gaz d'échappement en prime. D'un point de vue environnemental j'ai été choqué de l'état des routes qui sont couvertes de déchets, même en pleine nature. Je verrai régulièrement des fenêtres de véhicules s'ouvrir pour y balancer toutes sortes de détritus: Pourquoi les garder jusqu'au prochain arrêt? Mais l'Etat aussi a une part de responsabilité énorme dans la destruction de l'environnement. Lancé dans ses gigantesques projets d'infrastructure, il a oublié de préserver la sublime nature des ponts, tunnels, autoroutes, pilonnes électriques, câbles...

Une chose également surprenante est la présence de statues et d'icônes de Mao partout en Chine. Le fondateur de la République Populaire de Chine garde une très forte popularité dans le pays (chez les plus vieux mais aussi les jeunes). Personne ne semble se souvenir de son bilan économique, societal et culturel catastrophique. Pour ne citer que ces deux grands projets maoïstes: le « Grand Bond en Avant » produisit la plus grande famine de l'Histoire moderne mondiale et la « Révolution Culturel » anéantira à jamais une immense partie du patrimoine millénaire chinois. Même le Parti a reconnu quelques années plus tard que c’était une erreur de la part de Mao. Cette admiration posthume est d'autant plus contradictoire qu’aujourd’hui il ne reste plus rien des fondamentaux de la pensée maoïste dans la deuxième économie du monde, qui n'a d'ailleurs plus de communiste que le nom et le totalitarisme.

Une autre figure omniprésente est celle de Xi Jinping. Dans les foyers, dans les villes, partout en Chine son image est présente, souvent à des fins de propagande auprès des minorités ethniques. Il est très apprécié chez les Hans (l'ethnie majoritaire) notamment pour son engagement féroce à replacer la Chine au centre du monde après les humiliations du siècle précédent. La pensée Xi Jinping a d'ailleurs été inscrite dans les statuts du Parti Communiste Chinois en 2017, comme celles avant lui de Mao Zedong et Deng Xiaoping.

Dans le Xinjiang, la figure de Xi Xinping est un outil de propagande pro-Pékin

Mais malgré tout la Chine reste un véritable trésor à découvrir. Sa taille offre une diversité de paysages, de cultures ou de gastronomies sans équivalent. Des cimes himalayennes au désert du Taklamakan, de l’énergie sans limite de ses grandes villes à l'immensité de ses montagnes et de ses campagnes, de son histoire millénaire à ses ambitions high-tech pour le 21ème siècle, la Chine semble en constant équilibre entre deux extrêmes. Aurait-elle atteint son Tao, équilibre subtil entre le yin et le yang?!

Une des excellentes surprises pour moi viendra des chinois eux-mêmes, surtout en dehors des grandes villes. Je les ai trouvé plus curieux et spontanés que ce que j'aurai pu imaginer. Malgré la barrière de la langue, beaucoup sont venus à ma rencontre pour échanger, m'offrir une cigarette, un fruit, une boisson, un repas ou même m'inviter à une fête ou un mariage. Beaucoup feront preuve d’une grande générosité envers moi et je leur en serai éternellement reconnaissant.

Ce fut moins une surprise mais je suis complément tombé amoureux de la gastronomie chinoise, d’une très grande variété! Je me suis fait la promesse d’apprendre à cuisiner leurs meilleurs plats à mon retour en France. Les chinois accordent d’ailleurs une forte importance à la nourriture, héritage de la grande famine de 1958. Pierre, qui m'accueillait à Canton, m'expliquait qu'en guise de salutations les chinois se demandent si ils ont le ventre plein quand ils se rencontrent. J’imagine que c’est une des raisons pour laquelle on mange très bien en Chine!

What's next?

Ma traversée chinoise fut donc un mélange de fascination et de déception, souvent mêlées. Le pays est d'une grande richesse humaine, naturelle, sociale mais en même temps certains agissements de la population ainsi que la gestion du pays par le Parti Communiste Chinois laissent perplexe. C'est toute l'extrême complexité de ce pays aujourd'hui! A méditer...

Après 2 mois très enrichissants, je suis heureux de quitter la Chine vers de nouvelles aventures: à moi l'Asie Centrale désormais!

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Publié le 6 novembre 2018


La mythique Pamir Highway au Tadjikistan

Dans un voyage aussi long que celui que j’ai entrepris il est impossible de classer les pays, les villes, les paysages, les moments de vie et je ne m’y risquerai pas.

Malgré tout, nous avons nos affinités naturelles et, beaucoup le savent, avant mon départ il y avait 5 étapes principales qui me faisaient particulièrement rêver par leurs paysages et leurs routes: le Yunnan (Chine), le Sichuan (Chine), la Pamir Highway (Tadjikistan), l’Iran et la Turquie. Et c’est précisément pendant que je me régalais de mes premiers cols dans le Yunnan que l’horreur s’est invitée dans l’actualité tadjik.

Le 29 juillet 2018 au Tadjikistan, 7 cyclo-touristes ont été attaqués par des terroristes, 4 d’entre eux ne survivront pas. Leur seul tort: arpenter la mythique Pamir Highway (deuxième plus haute route du monde et partie intégrante de la route de la soie) pour se frotter à ses cols à plus de 4500m d’altitude, y découvrir des paysages extraordinaires et une culture millénaire. J’ai une pensée émue pour leurs familles.

Le pays n’avait connu aucune attaque terroriste ces dernières années (en avait il déjà connue?). Même si les motivations de ce geste restent floues, il est probable qu’il soit une sorte de ras-le-bol d’un système dictatorial incompétent et répressif qui a laissé le pays dans une extrême pauvreté depuis la chute de l’URSS. Ci-dessous vous trouverez la réponse de Steven Hermans, fondateur du site Caravanistan (la bible du baroudeur en Asie Centrale et sur la route de la soie), qui offre quelques clés de lecture sur cet événement.

Comme Steven je partage le sentiment qu’il faut continuer à vivre malgré le risque terroriste qui existe en France, en Belgique et dans les villes que nous fréquentons tous et comme lui je ne ferai jamais la folie d’aller en Afghanistan ou en Somalie. D’ailleurs j’ajouterai que les risques du quotidien ne sont pas que terroristes. Ils peuvent être routiers, météorologiques ou criminels mais ils ne doivent pas nous empêcher de vivre nos vies, de vivre nos rêves, sans prise de risques excessive bien entendu.

C’est donc en pleine connaissance de cause que je me suis lancé dans cette aventure mais j’avais fait une promesse à mes proches: en cas de doute sur ma sécurité dans un pays, je ne tenterai pas le diable. J’aime le voyage, j’aime découvrir de nouvelles cultures, j’aime rencontrer des gens qui ne vivent et pensent pas comme moi mais cet horrible incident est trop ciblé, trop directement lié à mon projet et à mon parcours et je ne prendrai aucun risque. A mon plus grand regret je n’arpenterai donc pas les sommets de la Pamir Highway pendant mon retour de Hong Kong à vélo.

C’est par le nord que j’éviterai le Tadjikistan, j’ai trouvé un itinéraire bis à travers le Kyrgyzstan qui promet d’être magnifique et vallonné. Mais comme je ne suis pas du genre à jeter l’éponge si facilement, je reviendrai sur la Pamir Highway, je m’en fais la promesse.

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Après près de 2 mois passés en Chine me voilà donc en Asie Centrale et plus préciséement au Kyrgyzstan. Suite à ma décision d’éviter le Tadjikistan j’ai dû penser un itinéraire bis. Je traverserai donc le Kyrgyzstan d’est en ouest puis l’Ouzbékistan par la Fergana Valley avant de prendre la direction du Turkménistan vers le sud.

Ne passant pas par mon parcours initial, je n’avais alors que peu d’attentes sur la traversée de ces pays. Bien mal m’en a pris, ce fut un voyage à couper le souffle qui m’emmena aux portes de l’Iran!

Kyrgyzstan

La première impression est inquiétante! En effet, juste après le passage de la frontière, nous longeons une interminable file de camions qui attendent de rentrer en Chine. Grâce à sa position ultra stratégique, le Kyrgyzstan est la porte de sortie de l’Empire du milieu sur la « nouvelle route de la soie » de Xi Jinping. Pékin est d’ailleurs régulièrement accusé de néo-colonialisme dans les pays d’Asie Centrale. Les chinois y construisent à crédit et à grands frais des infrastructures qui serviront leurs intérêts avant tout, et vassalises en même temps les états surendettés pour des décennies. C’est doublement gagnant pour la Chine.

La Nouvelle Route de la Soie

Heureusement, mes inquiétudes sont dissipées après quelques kilomètres. Les camions disparaissent rapidement et, accompagné de Julian, mon camarade de route, je retrouve la liberté des grands espaces après la désagréable expérience du Xinjiang (cf étape 5). Je retrouve également les montagnes que j’avais quitté dans le Sichuan en Chine. Entourés de pics enneigés, nous évoluons à plus de 3000m d’altitude. Quel plaisir de retrouver du relief malgré le froid et les cuisses qui chauffent!

Ce qui nous a rapidement marqué, est la gentillesse et l’accueil des Kyrgyzes. Ils nous invitent presque tous chez eux pour le thé ou un repas! Alors qu’au milieu de nul part nous bataillons contre un violent vent de face, un berger nous invite à déjeuner dans sa yourte. Nous acceptons très emballés et profitons même d’une balade à cheval!

Le déjeuner est bien local: pain, beurre, yaourt ainsi que du foie de bœuf, le tout produit sur place. Nous goûtons même la spécialité locale: le koumis. Cependant, j’ai beau être relativement aventurier et manger de tout, je trouve cette boisson (à base de lait de jument fermenté, acide et très forte en goût) absolument immonde! 😂

Mauvaise idée le koumis...

Nous reprenons la route, toujours dans l’immensité. Les journées sont difficiles avec le vent de face mais, les paysages à couper le souffle sont une belle consolation. Et que dire de nos campements?!

Après une superbe ascension à 3600m, nous nous sommes arrêtés prendre des photos lorsque le premier ministre du Kyrgyzstan est passé en voiture, sous escorte, en nous saluant!

La descente en forme de lacets fut un pur bonheur.

La température remonte rapidement et nous pouvons d’autant plus apprécier la beauté des montagnes et des rivières.

Nous nous arrêtons souvent sur la route pour manger: Le pain est exceptionnel, les plats sont peu variés et simples mais bons et copieux. Un jour, j'ai découvert à la télé dans un restaurant, un match de Buzhashi: un sport répandu en Asie centrale. Comble de la surprise, le match oppose l’Ouzbékistan à la France! Le principe est étrange: deux équipes de cavaliers s’affrontent, la vainqueur étant celle qui arrivera à placer un cadavre de mouton le plus de fois dans une sorte de but en forme de cercle (non ce n’est pas une blague et oui la France a bien une équipe nationale!).

La veille de notre arrivée à Osh, 2ème ville du pays et dernière étape avant l’Ouzbékistan, nous nous arrêtons dans un café pour faire notre demande de visa en ligne. Alors que nous sommes concentrés sur l’écran d’ordinateur nous entendons un bruit sourd dehors. Par chance le patron vérifie ce qu'il s'est passé et nous constatons que mon vélo a été volé par un local, apriori bien attaqué à la vodka! Il n’aura pas fait 100m avant de chuter. La Chine est le pays le plus sûr que je connaisse en terme de vol et j’ai pris de mauvaises habitudes en attachant rarement mon vélo. Sans rancune, on s’offre un bon dîner, une nuit à l’hôtel et on continue de profiter des locaux pour nos derniers kilomètres.

Le port du chapeau est une véritable institution partout en Asie Centrale

Après une grosse ascension sous la pluie, suivie de 65km de descente, nous arrivons à Osh, deuxième ville du pays après Bichkek, la capitale. Si la ville n’a que peu d’intérêt, l’auberge est géniale et nombreux sont les cyclistes qui s’y reposent. Chacun échange sur son parcours passé ou à venir et on récupère de bons conseils. Nous visitons la ville avec Johanna et Victor, un couple de français qui roule du Vietnam à la France.

Lénine est toujours bien présent, plus de 90 ans après sa mort...

Finalement je n’aurai vu qu’une infime partie du Kyrgyzstan mais la beauté des paysages, l’incroyable accueil et la gentillesse des Kyrgyzes m’ont convaincu qu’il fallait y revenir. Peut-être un combo Tadjikistan-Kyrgyzstan?!

Ouzbékistan

Après une semaine au Kyrgyzstan nous voici déjà en Ouzbékistan. Une des spécificités amusantes du pays est qu’il est doublement enclavé: il n’a pas d’accès à la mer et ses pays frontaliers non plus. Seul le Liechtenstein est également dans ce cas.

Moi qui n’ai pas vu la mer depuis Hong Kong, il va falloir patienter! Surtout que l’Ouzbékistan est également connu pour la dramatique quasi disparition de la mer d’Aral. En 1960, alors partie intégrante de l’URSS, l’Ouzbékistan sera choisie par les économistes de Moscou pour produire du coton massivement. Le pays étant désertique et le coton ayant besoin d’énormément d’eau, ils détournèrent vers l’Ouzbékistan les deux plus gros fleuves affluents de la mer d’Aral: le Amou-Diara et le Syr-Daria. La conséquence fut que la mer, à l’époque 4ème plus grande surface lacustre au monde, a perdu 75% de sa surgace,14 mètres de profondeur et 90% de son volume. Sa salinité a explosé et la plupart de ses espèces endémiques ont disparu. Les pesticides et le sel, à l’époque stockés dans l’eau, se sont retrouvés à l’air libre, ce qui a fait exploser la mortalité infantile du pays (parmi les plus élevées du monde) et le nombre de maladies respiratoires. C’est une des plus grandes catastrophes environnementales du 20ème siècle.

L’autre conséquence de cette culture massive du coton (le coton représente toujours 17% des exportations de l’Ouzbékistan) est l’esclavagisme et le travail des enfants. En 2016 encore 1,2 millions de personnes (dont des enfants âgés de 8-9 ans) seraient forcées de travailler dans les champs de coton pour pas ou peu de rémunération. C’est le deuxième pire pays du monde sur l'esclavagisme en pourcentage de la population.

Enfin le pays n’est pas réputé pour être des plus démocratique. Je dois avouer que s’ajoutant à ma méconnaissance totale de son histoire et de son patrimoine, je n’attendais pas grand chose de l’Ouzbékistan à part de me conduire vers l’Iran.

Fergana Valley

Le passage de la frontière est très facile et nous profitons de notre première journée dans le pays. Comme au Kyrgyzstan, les gens nous saluent tous chaleureusement et nous offrent du thé et des fruits. Alors que nous cherchons où planter la tente, Shorva, un jeune du village voisin, nous invite à dormir chez lui. Nous acceptons volontiers et passons la nuit avec lui et sa famille après avoir dîné tous ensemble.

L'incroyable bonne surprise viendra dès le lendemain. Shorva nous réveille aux aurores et nous demande de nous habiller. Pour le petit déjeuner il nous emmène à la fête organisée pour la circoncision de deux enfants du village. Chose surprenante, nous ne sommes qu’entres hommes!

Après la fête, Shorva nous invite à une seconde fête: le mariage d’un couple du village. Nous arrivons en pleins préparatifs pour échanger avec les plus âgés et profiter de l’orchestre. Encore une fois nous ne sommes qu’entre hommes.

Après une balade en ville, nous retournons au mariage où un repas nous attend mais également des bouteilles de vodka auxquelles nous n’échapperons pas! La fête est très curieuse. Une fois de plus, nous ne sommes qu’entre hommes (les femmes sont au fond de la salle, cachées derrière un rideau...). L’orchestre joue, les convives dansent chacun leur tour par petits groupes et ceux qui ne dansent pas leur offrent des billets. Julian et moi serons bien évidement conviés à danser et nous aurons nous aussi droit à quelques billets!

L’after mariage se fera dans un bar de la ville où nous boirons des bières. 80% des Ouzbeks sont musulmans mais ils ne se privent pas pour boire de grandes quantités d’alcool, probablement les vieux restes de l’union soviétique. Un des jeunes du groupe me glissera d’ailleurs un délicieux « it’s ok Allah is sleeping » en me tendant une pinte de bière! Outre une large consommation d’alcool, beaucoup chiquent du Naswar, une sorte de tabac à mâcher extrêmement addictif et très répandu en Asie Centrale, certains pays l’ayant même considéré comme drogue et donc interdit.

Le lendemain, après cette étrange expérience culturelle complètement décalée, nous reprenons la route. Nous longeons des champs de coton à perte de vue, rarement remplacés par quelques champs d’arbres fruitiers ou de piments.

Les gens sont extrêmement gentils, ils nous arrêtent souvent pour nous offrir de la pastèque, du melon ou des grenades! Nous aurons même droit à un melon entier, pas facile de pédaler avec un fruit de 3kg derrière soit! Les pastèques et les melons sont les meilleurs que je n'ai jamais goûté, ils sont juteux et sucrés!

La dernière partie pour sortir de la Fergana Valley est beaucoup plus vallonnée. Julian et moi profitons de nos derniers kilomètres ensemble car arrivés à Tashkent, la capitale, nos routes se sépare. Julian continue vers le Kazakhstan alors que je dois m’arrêter pour faire mes visas turkmène et iranien.

La Fergana Valley est à part en Ouzbékistan. Entourée de montagnes, elle est plus verte que le reste du pays mais surtout beaucoup plus conservatrice. Les femmes sont toutes voilées, cantonnées aux tâches ménagères et restent à la maison. Même lors des grands événements la femme ne participe pas... Bienvenu au 19ème siècle! Heureusement ce n’est pas le cas ailleurs dans le pays, plus moderne.

Tashkent

Arrivé à Tashkent, je retrouve Sarva, mon hôte Couchsurfing qui me loge gratuitement pendant 5 jours. C'est l’occasion de me reposer et de soigner mon estomac, fatigué de la nourriture ouzbek. On mange toujours la même chose (shashlik = brochettes de viande, samsa = pâte feuilletée fourrée au mouton, soupe ultra grasse et pain) tout est gras et il est difficile de trouver des féculents (pas de pâtes, de riz, ni de pommes de terre). À cela se rajoute les boissons sucrées que les Ouzbeks consomment en grandes quantités. Beaucoup (même jeunes) se retrouvent avec de sacrés panses.

Sarva est un hôte exceptionnel, il me fait visiter la capitale Ouzbek avec enthousiasme et je découvre doucement la grandeur architecturale du pays avec notamment le Hazrati Imam complex.

Je découvre également de nouveaux visages: 5% de la population est d’origine russe et une grande partie d’entre eux vit dans la capitale. J’ai d’ailleurs observé une vrai sympathie des locaux pour le voisin russe malgré le passé du pays. Lors d’un dîner en famille, l’oncle de Sarva qui est Ouzbek me dira: « Poutine good, America bad ». Je me permets de lui glisser que la Russie soutient non loin de là, un dictateur commettant des crimes de guerre. Cependant les bombardement de civils au gaz par Bachar Al-Assad en Syrie ne semblent pas l’émouvoir. Selon lui, ce serait de fausses informations montées par les médias occidentaux. Assad et sa coalition ne combattraient que des terroristes, version officielle de ce dernier depuis 7 ans. Même si nous ne sommes pas dupes en occident, la propagande du régime sanguinaire fonctionne ailleurs dans le monde.

Tashkent to Samarkand

Après mes démarches de visas, je reprends la route avec enthousiasme direction la mythique Samarkand. Les paysages sont plus arides et je traverse des champs de coton à perte de vue, ce qui rend la route quelque peu monotone malgré l'animation dû à la récolte. Les sites de camping, eux, rivalisent de beauté, surtout au couché du soleil!

Mais on ne s’ennuie pas en Ouzbékistan: les habitants sont toujours aussi chaleureux et accueillants. Ils m’invitent à déjeuner sur le bord de la route, à manger un fruit, à faire une photo et même à dormir chez eux.

Un peu de monotonie ne fait pas de mal, surtout pour arriver à Samarkand! La ville millénaire, classée au patrimoine mondiale de l’Unesco, est une des plus vieilles villes habitées sans discontinuer en Asie centrale depuis le 8ème siècle avant JC. Elle a notamment bénéficié d’une très grande prospérité grâce à sa place centrale sur la route de la soie.

J’avais entendu parler de la beauté et de la grandeur de Samarkand par d’autres voyageurs mais je n’imaginais pas à quel point la ville était exceptionnelle. Son architecture monumentale, ses dômes de mosquées bleus, ses madrasahs, son bazar vous font perdre la tête! Parmi les merveilles qu’elle abrite on retrouve entre autre le Registan (place centrale de Samarkand entourée de 3 superbes madrasahs)...

...le Gur-e-Amir (un superbe mausolée)...

...le Shah-i-Zinda (une nécropole)...

...ou encore la mosquée Bibi-Khanym.

On ne sait où donner de la tête dans cet immense musée à ciel ouvert! Seul bémol, la ville est un peu prise d’assaut par des bus entiers de touristes voyageant en groupe, je suis peut-être tombé à une période pleine.

Samarkand to Bukhara

Après la visite de Samarkand c’est donc les étoiles pleins les yeux que je continue ma route vers Bukhara: le deuxième joyaux ouzbek. Je m'arrête dans un ancien caravansérail et je suis invité à dormir chez des gens adorables. De nouveau, je traverse les champs de coton et étant en période de récolte je m'attriste, impuissant, d'y trouver des enfants...

J'ai eu droit à un peignoir en peau de bête! 

Mais, arrivé à Bukhara, c'est le coup de foudre! La ville n’a pas à pâlir devant son immense voisine Samarkand. Elle aussi a prospéré grâce à sa position sur la route de la soie et son patrimoine est tout aussi exceptionnel. Énorme avantage à mon goût, la ville est beaucoup plus petite et de manière contradictoire, on peut plus facilement s'isoler des groupes de touristes. Les sites les plus exceptionnels de la ville sont entre autres:

La Mosquée Poi Kalan (on raconte que son minaret était tellement beau que même les soviets se sont refusé à le détruire!)...

...la Mosquée Chor Minor (unique en son genre dans le monde musulman avec ses 4 minarets, les fausses cigognes seraient un porte bonheur)...

...ou encore la Mosquée Bolo Khauz et ses colonnes en bois.

J'aurai même la chance d'assister à un match de foot de gala: Bukhara contre Tashkent! 😂 C'est loin d'être du grand football mais c’était une expérience bien locale que j'ai vécu avec Mendy et Lee, un couple que j'ai rencontré plus tôt. Toujours avec eux je profiterai également d'un coucher de soleil exceptionnel sur la Mosquée Poy-Kaylan.

Alors que je visite la ville, je reçois la bonne nouvelle: mon visa pour le Turkménistan a était approuvé. Je suis chanceux car de nombreux voyageurs se le voient refuser et sont obligés de prendre l’avion ou encore de faire un détour énorme par la mer Caspienne pour aller en Iran. Il n’y a pas de raison spécifique ou rationnelle, 50% des gens se voient refuser leurs demandes, toutes les nationalités, les âges et les sexes semblent affectés: une vrai loterie!

Petit aller-retour à Tashkent en train pour collecter mon visa et boire quelques bières avec Sarva et ses amis. Me voilà prêt pour rouler vers l’Iran! Sur la route vers la frontière avec le Turkménistan je prolonge le plaisir par la visite du mausolée Chor Bakr.

Turkménistan

Le Turkménistan est un ancien pays de l'union soviétique. À la chute de l'URSS, Saparmurat Niyazov, premier secrétaire du Parti Communiste turkmène, prend la tête du pays et se déclare président à vie. Il le restera donc jusqu'à sa mort en 2006 après un dictât brutal et sans partage, centré autour de sa personnalité. Son successeur, Gurbanguly Berdimuhamedow, réélu en 2017 à 97% des voix, utilise les mêmes méthodes centrées sur le culte de sa personnalité. Partout on trouve d'énormes photos du président (sur un cheval, avec un chien, dans une voiture de course, faisant de la lutte, en habit militaire, en habit de médecin, faisant sa prière...) ou plus modestement des statues en or.

Merci à Marek pour les photos! 

Selon Human Rights Watch, le Turkménistan reste aujourd'hui un des pays les plus répressifs au monde. Seul 5% de la population aurait accès à internet et le pays a la 3ème pire liberté de la presse après la Corée du Nord et l'Érythrée, deux références...

Les revenus du pays qui proviennent de l'extraction de gaz (6ème plus grosses réserves au monde) servent à enrichir le président et à construire des villes futuristes, notamment Ashgabat, la capitale. Presque personne n'y habitent, les loyers sont bien trop élevés. Fait amusant, jusque 2017 le gaz et l'électricité étaient gratuits dans le pays. L’autre source de revenu du pays est le coton mais comme en Ouzbékistan cela implique le travail des enfants...

Retour vers le futur 

Ce n'est donc pas particulièrement emballé que je traverse le pays. Ayant 500km à parcourir en 5 jours maximum (la durée de mon visa, double passage de frontières compris), je n'aurai de toute façon pas le temps de visiter. 80% du pays est recouvert par le désert, ce qui en fera une traversée très monotone. Je ne passerai que par 2 grandes villes (Turkmenabad et Mary) mais sans vraiment m'arrêter, le reste n’est que cailloux et sable.

Du peu d'échanges que j'aurai avec les locaux, je comprends qu'ils souffrent de la situation du pays. Serait-ce pour oublier? En tout cas, la vodka coule à flot. On m'en propose régulièrement, même pour le déjeuner.

Tel un enfant, je reste toujours autant émerveillé devant les nombreux dromadaires que je croise et qui se baladent en troupeaux dans le désert!

Le pays n'étant pas à une excentricité près, en 1971, des géologistes (sûrement renommés...) ont allumé une poche de gaz pour éviter qu'il ne se propage. La poche s'est alors effondré sur elle même et brûle toujours 50 ans après, créant un gigantesque cratère de feu. Je n'ai pas eu le temps d'y aller mais ce site représente une des rares attractions touristiques du pays. Ça donne envie non?!

"Jean-Michel Bonne Idée" = "Door to Hell"

Je ne sais toujours pas vraiment quoi penser de ce pays qui ressemble sacrément à la Corée du Nord d'Asie Centrale. Il restera certainement l'ovni de mon voyage.

Bilan Asie Centrale:

Lors de la planification de mon itinéraire, trop obnubilé par le Tadjikistan et l’Iran, j’avais complètement sous-estimé l’intérêt des pays limitrophes d’Asie Centrale. Le Kyrgyzstan et ses montagnes sont magnifiques. Sa nature est vierge et ses habitants adorables! Je reviendrai très certainement explorer le pays plus en profondeur. Quant à l'Ouzbékistan, elle s'est révélée pleine de surprises avec un patrimoine millénaire et une population chaleureuse et accueillante. Le Turkménistan, quasi fermé, est à part dans le monde. Je n'ai pas pu découvrir le pays par faute de temps sur mon visa, même si le peu que j'ai pu expérimenter m'a laissé perplexe.

Après presque 3 mois de route et 6000km au compteur, je rentre enfin en Iran où je devrai retrouver Mathilde à Téhéran!

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Après la bonne surprise de l'Asie Centrale, me voilà donc en Iran! Je ne sais plus depuis quand je souhaitais visiter le pays mais c'était devenu une véritable obsession ces dernières années. L'histoire millénaire de la Perse ou encore l'histoire moderne de l'Iran me fascinent! Le pays, chiite, a toujours joué un rôle important dans la région et s'est aujourd'hui imposé comme un contre pouvoir à l'Arabie Saoudite sunnite et à son allier américain.

J'ai entendu tout et n'importe quoi sur l'Iran avant d'y aller. Selon certaines personnes le pays serait "fermé", "dangereux", "en guerre" (???), "sans intérêt"... Depuis des années le pays est en fait victime de larges campagnes de diabolisation de la part des médias occidentaux qui dénoncent, à juste titre, les exactions dans la région d'un régime religieux (les gardiens de la révolution) qui ne représentent plus que leurs propres intérêts. Le soutien inconditionnel de l'Iran au Hezbollah libanais ou au boucher de Damas, entre autre, est inexcusable et l'Occident se doit de s'élever contre les pratiques de son gouvernement. Mais pourquoi une différence de traitement vis-à-vis du principal allier américain dans la région, l'Arabie Saoudite, qui démembre un journaliste trop critique envers son régime dans une ambassade ou décapite et lapide ses condamnés à mort pour adultère ou homosexualité? Et que dire des bombardements de civils au Yémen par l'armée saoudienne, enfermée dans son jusqu’au-boutisme par sa rivalité avec l’Iran?

Quoi qu'il arrive, les grands perdants seront toujours les iraniens. Ils ne cautionnent majoritairement pas la politique de leur gouvernement. Ayant voté à 57% pour le réformiste Assan Rohani en 2017, ils ont prouvé leur volonté de réforme et d'ouverture du pays. Les iraniens sont éduqués, hommes et femmes (plus de la moitié des étudiants à l'université sont des femmes). Les iraniens sont également informés même si certains sites comme Facebook ou quelques sites de presse sont interdits. Privés de voyages par une monnaie qui ne vaut plus rien et des prix de visas exhubérent, ils surfent sur Google, Instagram, Twitter et connaissent bien le monde qui les rejette. Malgré la mainmise du clergé sur le pouvoir, le pays aspire à plus de démocratie. En 2009 (1 an avant les printemps arabes) la jeunesse lança le "Mouvement Vert" aussi appelé "Révolution Twitter". S'opposant à la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad, le peuple s'est soulevé pour réclamer justice. Même si ce mouvement fut violemment réprimé par le régime, il démontre une grande vitalité démocratique et une profonde volonté de réforme de la part des iraniens. Nous sommes loin de l'image rétrograde que l'on peut avoir, vu d'Occident.

Loin d'être un modèle de démocratie, l'Iran d'aujourd'hui bouillonne donc entre deux courants diamétralement opposés au sein même de sa population: d'un côté les conservateurs, très religieux, fidèles au régime et aux gardiens de la révolution et de l'autre les réformistes, jeunes, citadins et éduqués aspirant à plus de liberté. Même si ces deux parties de la population semblent irréconciliables, un voyage dans l'Iran d'aujourd'hui vous plonge dans ce paradoxe fascinant!

Sarakhs - Machhad

Après ma traversée express du Turkménistan, me voilà donc en Iran. Nouvel alphabet, écriture de droite à gauche, moustache...pas de doute j'ai bien quitté l'Asie Centrale! Je change 20 USD et je deviens millionnaire. Alors que je prends tout juste la direction de Machhad, la ville sainte du pays, une voiture s'arrête et son conducteur m'offre un sac de pomme: le ton est donné! En effet les iraniens sont d'une gentillesse et d'une générosité extraordinaire, je n'ai jamais vécu ça par le passé. Presque tous me saluent, ils veulent discuter, m'inviter chez eux, m'offrir à boire ou à manger.

 La partie est de l'Iran est vallonnée et sublime.

Machhad

Arrivé à Machhad je retrouve Oscar, un cycliste allemand rencontré à Tashkent et Poul son acolyte. Machhad est une ville extrêmement conservatrice en Iran où presque toutes les femmes portent le tchador, habit traditionnel iranien les couvrant de la tête au pied. C'est une des villes les plus saintes de l'Islam chiite qui attire chaque année 30 millions de pèlerins venus prier autour du mausolée de l'imam Reza, le 8ème des 12 imams chiites.

Pour comprendre l'importance que les iraniens portent à leurs Imams et à leurs martyrs (l'Iran étant le plus grand pays chiite au monde), il faut se plonger dans l'origine de ce courant de l'Islam. A la mort de Mahomet, celui-ci n'ayant pas désigné de successeur, deux courants se forment: les sunnites, majoritaires, qui ne reconnaissent que le Coran et organisent un clergé dédié à l'application de ses principes et les chiites qui reconnaissent Ali, gendre de Mahomet comme son successeur légitime et donc le premier d'une lignée de douze imams. Les chiites et leurs imams, minoritaires chez les musulmans, furent longtemps persécutés. Deux de ces douze imams chiites symbolisent particulièrement ces persécutions par leur martyre: Hussein (3ème imam qui fut massacré avec toute sa famille à Karbala en Irak) et Reza (8ème imam qui fut empoissonné dans l'actuelle Machhad dont le nom signifie "lieu du martyre"). Karbala et donc Machhad sont des villes saintes pour les chiites.

Je me trouve d'ailleurs en Iran en pleine période de commémoration du martyre de l'Imam Hussein. Partout des drapeaux noirs sont élevés dans le pays. Après Ashura, la date de la décapitation de l'imam et de sa famille, s'ouvre une période de deuil de 40 jours qui se termine par 3 jours de fête appelée Arba'een. Tous les ans à cette période 20 millions de musulmans majoritairement chiites partent en pèlerinage à pied de Najaf à Karbala en Irak ce qui en fait le plus grand rassemblement de personnes au monde!

Au centre, un portrtait de martyr de la guerre  Iran-Irak

Plus généralement le culte des martyrs a été repris à son compte par la République Islamique depuis la guerre Iran-Irak de 1980. Cette année là Sadam Husein, souhaitant profiter de la fragilité politique de son voisin suite à la révolution islamiste, envahira l'Iran pour solder de vieux litiges frontaliers et s'imposer comme la seule puissance chiite de la région. L'irak, pourtant agresseur, recevra le soutien des États-Unis, des Soviétiques et de la communauté internationale alors que l'Iran sera livrée à elle-même. Après 8 années de boucherie et plusieurs centaines de milliers de morts le statu quo fut établis. Le régime islamiste de Téhéran, ayant trouvé le meilleur prétexte pour blâmer l'Occident, sortira renforcé de ce conflit et glorifie depuis ses héros morts au combat. Partout en Iran on retrouve ces icônes peintes sur les murs ou sur des drapeaux.

Après Karbala en Iran, le mausolée de l'imam Reza de Machhad est l'autre grand lieu de pèlerinage chiite. Avec une des plus grandes mosquées du monde en superficie, il peut accueillir jusqu'à 800000 personnes: hallucinant! Les étrangers non musulmans sont autorisés à pénétrer dans l'enceinte mais accompagnés d'un guide. Le mien est architecte et me raconte l'histoire de cet endroit fascinant tout en faisant un peu de prosélytisme! Il me rassure sur le courant chiite qui tolérerait toutes les religions mais n'oublie pas de mettre quelques tacles aux Etats-Unis qui ont “créé Daesh” et à l’Arabie saoudite qui les finance: il ne perd pas le nord! Il me glissera également un délicieux: “France is the centre of freedom in the world! You are the first one who started a revolution!”.

En haut avec moi un ami Seyyed, membre du clergé et descendant direct de Mahomet: la classe!

Blague à part la visite de ce site exceptionnel est mémorable. Avec un pur style persan, les milliers de miroirs au mur créent un rendu extrêmement esthétique. Les architectes auraient pensé ces mosaïques pour renvoyer à l'homme des centaines de petits reflets lui rappelant qu'il n'est rien devant la grandeur d'Allah: une vrai leçon d'humilité!

En haut à gauche, le cercueil de l'imam Reza

Ce qui me marque particulièrement est la foule qui se prépare à la prière. Cela doit être délirant en période de fêtes religieuses! Les femmes sont admises mais au fond, séparées des hommes qui sont devant.

Machhad - Téhéran

Après cette superbe mise en jambe dans l'univers chiite. Oscar, Poul et moi reprenons les vélos direction Téhéran. La route est magnifique, nous longeons des montagnes d'un côté et un désert à perte de vue de l'autre. Nous utiliserons même sur plus de 100km une voie piétonne réservée exclusivement aux pèlerins donc sans voitures: grand luxe pour rouler!

Les iraniens sont extrêmement accueillants et fidèles à leur réputation, ils nous invitent à dîner et à dormir chez eux régulièrement. Ce sera d'ailleurs l'occasion pour nous de goûter le Aragh Sagi, un alcool de raisin que les iraniens distillent eux-même pour contrer l'interdiction de vente d’alcool qui frappe le pays. Les différentes sortes variant entre 50 et 70% d'alcool et la réalisation n'étant pas toujours parfaite, il faut avoir l'estomac bien accroché!

A un accueil chaleureux s'ajoute des paysages sublimes et des effets de lumière extraordinaires tout au long de la journée.

Le trafic est faible et la route est bonne, nous ne nous privons donc pas pour faire de bonnes journées quitte à finir tard. Aussi surprenant que cela puisse paraître nous dormons régulièrement dans des mosquées! En effet ces dernières offrent à bas coût de grandes pièces chauffées avec cuisine et salle de bain ce qui est parfait pour les voyageurs itinérants.

Rouler de Machhad fut une expérience unique, d'autant plus appréciable qu'elle fut partagée avec deux amis cyclo-touristes. Un peu à court de temps, je saute dans un camion pour finir les 200 derniers kilomètres qui me séparent de Téhéran. Je récupère Mathilde à l'aéroport dans 2 jours pour continuer à découvrir ce pays fascinant!

Rien de choquant sur le panneau dromadaire?! 😂

Téhéran:

Arrivé à Téhéran je m'installe et file à l'aéroport récupérer Mathilde qui me rejoint en iran pour 2 semaines de visites. En plus de l'émotion des retrouvailles j'ai la surprise de retrouver ma chère et tendre portant le voile islamique, un vrai choc la première fois!

😍

L'obligation du port du voile en Iran date de la révolution islamique de 1979 mais son application est relativement moins stricte depuis l'arrivée au pouvoir du modéré Hassan Rohani en 2013. C'est d'autant plus vrai à Téhéran, la capitale, où les femmes laissent apparaitre de très grandes mèches de cheveux au point de se demander parfois comment le voile peut tenir, tellement il est reculé sur le crâne! Je vois dans cette pratique une forme de résistance civique dû au raz-le-bol de se couvrir. De nombreuses femmes militent d'ailleurs pour la levée de l'interdiction allant même jusqu'à se filmer cheveux aux vent dans les rues.

Un autre fait marquant chez les femmes est l'utilisation extrêmement excessif du bistouri. Je ne sais pas si la chirurgie esthétique est un moyen d'exprimer une forme de féminité mais un nombre hallucinant d'iraniennes a le nez refait façon Michael Jackson et la bouche gonflée façon Pamela Anderson. C'est d'ailleurs parfaitement assumé et nous croiserons plus d'une vingtaine de femme exhibant un pansement sur le nez. Apriori ce serait même un symbole extérieur de richesse mais quel gâchis...

Nous savions que le programme serait chargé pendant le voyage et nous décidons de nous balader tranquillement le premier jour sans courir aux quatre coins de la capitale. Premières visites d'une longue série au bazar et à la Mosquée de l'Imam Khomeini. Nous passons voir également l'impressionnante Azadi Tower.

En bas: l’Azadi Tower de nuit 

Le site touristique principal de Téhéran est sûrement le Golestan, superbe Palais Royal du 15ème siècle en plein cœur de la ville. L'endroit est d'une grande beauté architecturale et renferme des pièces de collection inestimables provenant à la fois d'Orient et d'Occident, héritage de l'âge d'or de la Perse qui fut au coeur des échanges sur la route de la soie. Je fus surpris que ce patrimoine royal put être épargné par la révolution islamique.

Concernant l'histoire moderne de l'Iran, le site le plus emblématique de Téhéran est très certainement l'ancienne ambassade américaine. Lors de la révolution islamique de 1979 c'est dans ce lieu que se cristallisa toute la haine anti-américaine accumulée depuis près de 30 ans.

Pour comprendre cet événement il faut remonter à 1952 et au premier coup d'état organisé par la CIA contre un dirigeant démocratiquement élu. Cette année là les États-Unis (aidés par les britanniques), renversèrent le premier ministre Mohammad Mossadegh, extrêmement populaire pour ses réformes sociales et sa laïcité. Mais son plus grand fait d'arme sur la scène internationale fut de nationaliser « l'Anglo-Iranian oil Company » (AIOC et future BP) qui refusait de verser à l'Iran plus de 20 à 25% des revenus de l'exploitation du pétrole sur son sol. La Grande Bretagne imposa alors un embargo au pays en bloquant le Golfe Persique et la CIA, depuis l’ambassade américaine de Téhéran, faumonta un coup d’état contre Mohammad Mossadegh qui fut remplacé par le très impopulaire Mohammad Reza Pahlavi, Chah d'Iran et proche allier des États-Unis.

De la gouvernance nationaliste et autoritaire du nouveau Chah naîtra en 1978 un très fort mouvement de contestation social mené par les étudiants marxistes qui seront vite rejoints par les ouvriers et plus tard par les religieux. Ironie de l'histoire, le Shah étant entre temps tombé en disgrâce auprès des États-Unis, ces derniers soutiendront financièrement le mouvement de révolte! Mais si étudiants et ouvriers souhaitent accélérer les réformes, les religieux eux souhaitent les freiner. C’est donc deux camps opposés mais alliers d’un temps qui souhaitent la chute du Shah. Malheureusement après son départ en exil et le retour en héros de l’ayatollah Khomeyni en 1979, c'est bien les religieux qui récupéreront la révolution. Ils feront disparaître les autres mouvements instigateurs du coup d’état, exécuteront leurs leaders, réécriront l’histoire et imposeront un contrôle de la vie politique par le clergé.

Fin 1979 des étudiants ultra conservateurs, avec la bénédiction de Khomeyni, assiègent l’ambassade américaine pour réclamer des États-Unis qu'ils leur remettent le Shah alors réfugié à New-York. Ils prendront en otage 56 américains dont 42 resteront 444 jours en captivité! Cette crise internationale majeure fut le sujet du film Argo, Oscar du meilleur film en 2012.

Les équipements High Tech de l'ambassade!

Qu’aurait était l’Histoire de l'Iran sans le coup d’état de 1952, ingérence inacceptable des États-Unis suite à la juste nationalisation de l’AIOC? Le pays aurait-il jamais connu le régime du Shah et encore plus hypothétiquement aurait-il connu une révolution islamique? Beaucoup d’iraniens fantasment encore sur ces questions aujourd'hui. En 2018 l'Iran est plus que jamais le principal ennemi des États-Unis mais de manière contradictoire la révolution islamique ainsi que le régime le plus détesté de Washington sont en quelque sorte des purs produits de la CIA et de ses interférences.

Les relations entre l'Iran et l'Occident s'étaient réchauffées après la signature de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2015 mais l'arrivée au pouvoir de Donald Trump a douché tout espoir. Lors de mes derniers jours à Téhéran une n-ième manifestation anti-américaine et anti-Trump était organisée par les plus conservateur du pays. Ils célébraient entre autre l'anniversaire de la prise de l'ambassade états-unienne.

La reprise par Trump des sanctions économiques contre l'Iran renforce le camp ultra conservateur et fragilise les réformateurs dont le président en personne. Une de nos guides nous confira que beaucoup de gens ayant voté Hassan Rohani (modéré et réformateur) sont déçus aujourd’hui, notamment par la situation économique actuelle. Cela ne manquera pas de faire le lit des courants les plus extrêmes lors des prochaines élections: totalement contre productif...

Après cette passionnante et superbe mise en bouche à Téhéran, direction Shiraz dans le sud du pays. Cette ville vieille de 4000 ans renferme un patrimoine exceptionnel mais est également connue pour être à proximité de la mythique Persepolis, ancienne capitale de la Perse.

Shiraz

Nous commençons par flâner dans les rues longeant la citadelle, traversant le bazar ou les jardins.

Après un déjeuner bien local nous découvrons la majestueuse Mosquée Vakil, presque déserte exception faite de quelques fidèles.

Nous enchainons par la visite du Mausolée des deux frères de l'Imam Reza qui lui repose à Mashad (cf ci-dessus). L'endroit est sacré pour les chiites. Nous ne pourrons malheureusement pas pénétrer dans les différentes salles du complexe et Mathilde devra porter sur la tête un drap en guise de tchador! Le site est malgré tout monumental.

"Vous connaissez ma femme?" 😂

Lors de nos balades dans la ville, Mohammad, un jeune local nous aborde et nous invite spontanément à dîner chez sa mère avec qui il habite. Nous aurons droit à un repas mémorable, un interrogatoire sur notre vision de l'Iran et une séance photo digne d'un asiatique! Si cette soirée fut complètement improbable, elle résume très bien la gentillesse et l'accueil sans limites des iraniens.

Une des motivations dans mon obsession de découvrir l'Iran était de visiter Persepolis, ancienne capitale cérémoniale de la Perse construite en 500 avant Jesus Christ. Le site fut largement à la hauteur de mes attentes. On se sent minuscule à côté de ces colonnes et de ces palais millénaires!

Si Persepolis était la capitale de la Perse c'est à Necropolis que les rois achéménides furent enterrés. Le site est spectaculaire avec ses tombeaux taillés à même la falaise, il y a presque des airs de Petra! Cyrus le Grand, fondateur de cette dynastie ainsi que de la Perse fut enterré dans un mausolée plus "simple" mais tout aussi grandiose!

Au retour vers Shiraz Safura, notre guide francophone, nous offrira une mémorable séance de chanson française alors que nous assistions à un coucher de soleil grandiose. Charles Aznavour, Céline Dion et Maître Gims: un résumé du soft power français! 😂

C'est donc des étoiles plein les yeux que nous nous réveillons le lendemain pour visiter la Mosquée Nasir-ol-molk, surnommée la "mosquée rose". Nous n'étions pas au bout de nos surprises, l'endroit est fantastique! Chaque matin la lumière pénètre à travers les vitraux pour créer un jeu de lumière unique sur le sol et les murs de la mosquée.

Avant de sauter dans le bus pour Yazd, notre prochaine destination, nous irons flâner dans le jardin Eram. Nous comprenons alors pourquoi l'Iran est réputée pour ses jardins.

Yazd

Après la visite de Shiraz et de Persepolis il semblait difficile de nous émouvoir davantage mais c'était sans compter sur la découverte de la paisible Yazd. Cette petite ville aux portes du désert est située au nord-est de Shiraz. Classée au patrimoine mondiale de l'Unesco, elle est entre autre connue pour son pur style persan mais aussi pour l'ingéniosité de son architecture. En effet la plupart des maisons sont équipées de bâdgir ou « tour du vent » (sorte d'ancêtre de la climatisation), de qanats (canalisations d'eau circulant dans les sous-sols des maisons) et de ses citernes.

Ingénieux architectes! 

Un des principaux atouts de la vieille ville de Yazd est sa petite taille. Les ruelles sont minuscules et on s'y perd volontier. Nous prenons un plaisir fou à simplement flâner le long des murs en torchis et à visiter les maisons ou les commerces. Nous explorons également les toits dont la plupart offrent des points de vue exceptionnels sur la ville.

Le plus connu des monuments de Yazd est sans doute le complexe Amir et ses deux minarets grandioses. De jour comme de nuit, touristes et iraniens se retrouvent sur cette place pour s'assoir sur un banc, faire des photos ou déguster une pâtisserie traditionnelle.

Le complexe Amir a beau être le plus populaire des monuments de Yazd, le plus spectaculaire à nos yeux est de loin la mosquée Jameh. Sa porte élancée et ses deux minarets semblent défier la gravité. Et que dire de l'architecture à l'intérieur de la mosquée? Devant tant de beauté nous nous poserons un moment à l'intérieur pour observer le ballet des fidèles.

Une autre des attractions de Yazd est un ancien réservoir d'eau de 29m de haut datant du 16ème siècle et qui a depuis été réhabilité en '"zurkhaneh" ou "maison de force". Ici les iraniens pratiquent le sport national traditionnel qui mélange gymnastique et culturisme. Les athlètes se livrent à divers exercices de force utilisant des accessoires en bois ou en métal le tout au son d'un "tombak", sorte de gros tambour. Ce sport est extrêmement noble en Iran et la performance sportive est bluffante quand on connait le poids des accessoires qu'ils manipulent.

À Yazd également, impossible de passer à côté d'une virée dans le désert et nous allons donc assister au coucher du soleil sur les dunes de sable.

La nuit tombée, la ville n'en finit pas d’être belle et agréable à vivre. Avec l’obscurité elle garde tout son charme et nous invite à prolonger le plaisir par un bon repas, une tisane et un narguilé sur le toit d'un restaurant! En Iran les tisanes ou " herbal tea" sont toutes meilleures les unes que les autres et rivalisent par la créativité des mélanges de saveurs.

Note pour plus tard: Apprendre à préparer des "herbal tea" à l'iranienne.

Après 3 jours il est déjà temps de quitter Yazd direction Ispahan. Nous avons découvert une ville adorable où on prend un plaisir fou à se balader et à se poser pour profiter d'un cadre apaisant. Mais la ville a bien plus à offrir que la simple flânerie, elle regorge de monuments exceptionnels et n'a pas à rougir devant ses prestigieuses voisines Shiraz et Ispahan.

Ispahan

L'arrivée à Ispahan fut un choc. La ville est beaucoup plus grosse et touristique que Yazd et nous aurons besoin d'un temps d'adaptation pour se faire à la foule et ignorer les racoleurs. Nous commençons simplement par nous balader dans l'énorme bazaar de la ville et assistons au coucher du soleil sur l'impressionnante place Naqsh-e Jahan au coeur d'Ispahan. Si la place est entourée d'échoppes, on y trouve également deux superbes mosquées et un palais. Hormis les racoleurs, les iraniens sont toujours aussi charmants et viennent échanger avec nous naturellement.

Notre première visite sera celle de la mosquée Jameh au nord de la ville dont la construction commença au 5ème siècle avant d'être agrandie au court des siècles suivants. Elle est impressionnante par sa taille et par la variété de ses trois iwads (ou porche) indiquant les points cardinaux.

La figure de Khomeyni est encore présente partout en Iran

Nous continuons par une autre mosquée: la mosquée Sheikh Lotfallah. Son dôme central est particulièrement impressionnant mais l'endroit est surtout réputé pour les couleurs de son iwad. En effet au coucher du soleil, la façade d'habitude bleue, devient dorée et brille de milles feux!

Autre joyaux de la place Naqsh-e Jahan, le Palais Ali Qapu est exceptionnel! Non content avec sa terrasse d'offrir une vue imprenable sur la place qui l'abrite, l'édifice est une pure merveille architecturale. Ses colonnes fines et élancées ainsi que ses boiseries et ses plafonniers sont d'une rare beauté.

L'édifice le plus impressionnant de la place Naqsh-e Jahan est certainement la mosquée Shah. Ses iwads, ses minarets et son dôme sont grandioses. Les nombreux échos que ce dernier renvoie sont utilisés par les imams pour l'appel à la prière. Nous aurons droit à une démonstration de chant en live, la sonorité est magnifique, d'autant plus impressionnant que la mosquée date du 17ème siècle!

Nous nous baladons également sur un des emblèmes de la ville: le pont Si-o-se Pol. La structure à l'allure de carte postale est majestueuse et poétique. On y croise de jeunes amoureux, des familles, des touristes et des badauds venus chercher un peu de fraîcheur. Ce pont fut construit en 1602 pour traverser la rivière Zayandeh Rud, une des seules grandes rivières permanentes d'Iran qui a largement contribué à l'essor d'Ispahan, ancienne capitale de la Perse.

Seul hic, l'eau ne coule plus sous le pont ou seulement sous forme d'un léger filet. La quasi totalité de l’eau est captée en amont et circule dans des tuyaux destinés à approvisionner les cultures, l’industrie, les activités et les besoins d’une population croissante. La disparition de cette rivière est une véritable catastrophe écologique et la qualité de l'eau restante se dégrade dangereusement, polluée par l'agriculture et l'industrie qui l’ont sur-exploitée. Si ce pont reste magnifique, l'absence d'eau le traversant est un triste spectacle.

En bas à droite, le pont Si-o-se Pol lorsque la rivière coulait encore... 

Notre dernier jour à Ispahan tombe le jour d'Arba’een, fête religieuse pour célébrer la fin des 40 jours de deuil suivant la date commémorative de l'assassinat de l'Imam Hussein à Karbala en Irak (cf ci-dessus). Les chiites qui ne peuvent se rendre à Karbala en pèlerinage à cette date le célèbrent sur place et nous assistons à une des prières. La foule est très impressionnante et que dire de toutes ces femmes en tchadors? C'était un moment assez fort à vivre.

Impressionnants tchadors! 

Derrière la place Naqsh-e Jahan se dresse fièrement le Palais Sotoun. Surnommé le palais aux 40 colonnes malgré les 20 colonnes de sa façade, il doit son surnom au reflet de celle-ci dans le bassin d'eau dans la cours.

L'iran est bien sûr un pays musulman majoritairement chiite mais il abrite également des minorités dont les arméniens d'Iran. Une grande partie d'entre eux vit à Ispahan et ils sont regroupés dans un même quartier au sud de la ville. L'endroit est très agréable pour se balader et se poser dans les petits cafés. Les arméniens sont chrétiens orthodoxes et construisirent en 1604 la cathédrale Vank pour l'exercice de leur culte. Jolie mais relativement modeste vue de l'extérieur, la cathédrale est grandiose à l'intérieur.

À l'image du voyage, la dernière soirée fut mémorable! Après le dîner nous passons dans un bar à narguilé aux airs de caverne d'Ali Baba. Nous y rencontrons plusieurs couples iraniens adorables dont un qui nous offrira de l'alcool arménien. Le breuvage de contre-bande ressemble sacrément à de l'alcool à brûler mais l'alcool étant interdit en Iran on va dire que c'est mieux que rien!

Après Ispahan c'est avec le coeur lourd que nous reprenons la direction de Téhéran. Ce merveilleux voyage touche à sa fin et prochainement nous devrons nous dire au revoir. Une chose est sûre: par sa diversité, sa richesse, sa beauté, sa densité, la découverte de ce pays nous marquera pour très longtemps!

Bilan Iran

Je pense que je n'ai pas grand chose à rajouter pour partager mon enthousiasme sur l'Iran. C'est un véritable coup de coeur qui s'est offert à moi. Le pays et les iraniens sont exceptionnels et ne demandent qu'à partager leurs trésors avec la terre entière. Je n'ai jamais été accueillis de la sorte et nous, occidentaux, pourrions en tirer de belles leçons.

Aux nombreux iraniens qui me demanderont spontanément pourquoi nous les détestons je leur répondrai que j'aime l'Iran et que j'irai le crier sur tous les toits pour casser les clichés injustifiés. Ils se savent diabolisés et se dédouanent souvent en me disant ne pas être comme « eux », sous-entendu le régime, qu’ils critiquent ouvertement. Il faut à tout prix éviter l'amalgame entre un régime autoritaire qui ne représente presque que lui-même et un peuple hors du commun.

À tout ceux qui aiment le voyage, l'Histoire, l'architecture, l'art, le sport, la nature, l'accueil, l'authenticité, l'originalité, je ne peux que vous conseiller une chose: ALLEZ EN IRAN! Pour conclure, si je n'ai pas encore réussit à vous convaincre de visiter le pays, je vous invite à regarder la vidéo ci-dessous.

Finalement de retour à Téhéran, je m’occupe de prolonger mon visa (je suis resté plus d’un mois dans le pays!), de réparer la fourche de mon vélo et je rase ma barbe pour laisser pousser ma moustache de Movember!

Après ce magnifique voyage et le départ de Mathilde je dois maintenant reprendre ma bicyclette. Les routes du nord de l'Iran sont réputées pour être très chargées et les iraniens ont beau être les gens les plus adorables ce sont également les plus dangereux conducteurs. Je décide donc de prendre un bus jusque la frontière avec l'Azerbaijan et plus précisément Astara sur la mer Caspienne. Cela me permettra également de rattraper Oscar, mon ami cyclo avec qui je compte continuer mon périple à vélo.

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Toujours sur mon petit nuage après la découverte de l’Iran, je reprends la route direction l’Azerbaïdjan. L’objectif est double: éviter la frontière montagneuse et enneigée avec la Turquie et retrouver Oscar, mon acolyte cyclo-touriste allemand. En effet ce dernier m’attend à la frontière pour que nous continuions ensemble notre route vers l’Europe.

Mais avant de repartir je dois réparer ma fourche. Le vélo a été préparé à la perfection avant mon départ mais, un de mes porte-bagages a été mal fixé, ce qui a causé une fissure sur la fourche. Heureusement je rencontre Keivan, un local passionné de vélo qui a son magasin de cyclisme. Il a fait du super boulot mais je n'ai pas pu m'empêcher d’avoir un petit stress en voyant ma précieuse monture se faire attaquer au chalumeau!

Aïe... 🙈

Azerbaïdjan

Oscar ayant quitté Téhéran bien avant moi, je ferai le trajet jusque la frontière nord de l’Iran en bus pour gagner du temps. Je n’ai que peu de regrets de ne pas couvrir cette distance à vélo, le traffic y est extrêmement dense et les routes étroites. D’ailleurs, connaissant la dangerosité de la conduite des iraniens, la plupart des cyclo-touristes que j’ai croisé ont également choisis le bus ou la voiture dans cette partie du pays.

J’arrive à Astara de nuit et sous la pluie. Cette ville côtière de la Mer Caspienne est également le poste frontière entre l’Iran et l’Azerbaïdjan. Ce n’est qu’au réveil le lendemain que je pourrai enfin profiter du plan d’eau et de l’air marin! J’avais laissé la mer de Chine derrière moi dès mon départ de Hong Kong, et cela faisait presque 4 mois que je n’avais vu ni mer, ni océan!

Quel plaisir de retrouver la mer! 

Le passage de cette frontière terrestre n’est pas le plus difficile du voyage mais de très loin le plus chaotique. L’énorme chute de la valeur du rial (la monnaie iranienne) ces dernières semaines a rendu tous les produits iraniens extrêmement bon marché. Les azéris limitrophes font donc l’aller retour à pied vers l’Iran plusieurs fois par jour pour faire leurs emplettes. Les queues sont de véritables pugilats où s’entassent marchandises diverses et personnes. Difficile de se frayer un chemin avec mon vélo dans ce capharnaüm...

Après mon entrée en Azerbaïdjan je suis surpris par le choc entre l'Iran et son voisin azéri. C'est assez dingue d'avoir l'impression de faire un saut dans le passé juste en passant une frontière terrestre: retour en ex-URSS! Comme dans beaucoup des anciens satellites d'Asie Centrale de l'empire soviétique on y retrouve Ladas, alcool en abondance, monuments patriotiques simplistes et dictateur mégalomane. C'est particulièrement regrettable pour un pays riche (en outre grâce à l'exploitation du pétrole en mer Caspienne) au fort indice de développement humain.

En 1991, juste avant le démantèlement de l'URSS fut créé la « République d'Azerbaïdjan ». Deux ans plus tard Heydar Aliyev, ancien dirigeant du Parti communiste d'Azerbaïdjan prit le pouvoir par la force pour ne plus jamais le lâcher. Après sa mort en 2003 c'est son fils Ilham Aliyev qui lui succéda. Il est toujours en poste. On retrouve dans le pays tous les codes de la dictature, avec le culte de la personnalité des Aliyev (père et fils), d’énormes budgets militaires, l'apologie de l’armée et des anciens combattants dans les médias ainsi que des abus en matière de droits de l'homme.

Après avoir profité de la vue sur la mer Caspienne je retrouve enfin Oscar à Lankaran, petite ville côtière. Je déguste ma première bière en plus d'un mois: le kiffe!

Comme dans chaque nouveau pays traversé nous essayons de nous adapter pour manger et dormir!

La boulangerie et le lit « super-posé »!

La météo est clémente et nous profitons des superbes paysages...

Dommage les champs pétrolifères... 

...et des azéris qui sont des gens adorables, accueillants et généreux!

Tout était parfait (comme depuis le début de ce beau voyage) mais un imprévu s'est invité dans mon quotidien: une douleur au genou persistante et de plus en plus forte jusqu'à l'arrêt forcé... Je ne veux pas me blesser davantage donc je laisse Oscar finir seul à vélo jusque Sheki, notre prochaine étape. Je le rejoindrai en stop et en bus en essayant de garder le sourire!

Sheki:

Arrivé à Sheki, je commence d'abord par me rassurer en me disant que la douleur passera avec le repos. Nous prenons 3 jours de break avec Oscar et j'en profite pour visiter cette jolie ville posée aux pieds des montagnes.

Le plus beau site à visiter est de loin le Palais de Shaki Khans...

...mais d'autres sites sont également d'une grande beauté comme le caravansérail...

...ou encore le palais d’été.

Comme prévu, 3 jours de repos plus tard, nous reprenons la route avec Oscar. Malheureusement après moins de 15km la douleur revient et je dois à nouveau m'arrêter... Oscar continue jusque Tbilissi en Géorgie et je retourne me reposer à Sheki pour au moins une semaine. Je tente ma chance à l’hôpital public local (tout droit sortit d'URSS) pour un diagnostic: après 30 secondes d'examen mon médecin (au moins 70 ans et portant la chapka) me prescrira une piqûre sous le ménisque... Je pars en courant!

Je prends le rythme calme de mon auberge hors saison. Je mange beaucoup, dors beaucoup et je joue des heures durant à un de mes jeux de société préférés: le Blokus. Je déguste également des tonnes de grenades juteuses et sucrées, les meilleures que je n'ai jamais goûté. Le café étant à 1€ dans les bars et la pinte à 0,5€, je me remonte le moral en buvant quelques canons!

Je m’occupe également par la lecture en dévorant entre autre "Terre des Hommes" d'Antoine de Saint Exupéry. Ce recueil d'essais plein de poésie, d'aventure et d'humanisme était visionnaire. Paru en 1939 il condamnait déjà le consumérisme et invitait ses lecteurs au voyage. Je dévore également un monument des romans d'aventure que je n'avais pas encore eu l'occasion de lire: "Le Tour du Monde en 80 Jours" de Jules Vernes. Le récit est exceptionnel et formidablement documenté, surtout quand on pense qu'il a été publié en 1872! Très modestement, je me sens un peu Phileas Fogg sur mon petit vélo, la vitesse en moins!

La meilleure vanne revient comme souvent à Tanguy qui me demande « Tu dors Sheki?! » 😂

Une superbe parenthèse dans cette semaine d'attente fut la visite du village de Kiş au nord de Sheki. Si le village est très joli c'est son église datant du 12ème siècle qui vaut largement le détour. Pour la visite je suis accompagné d'Anna, une néo-zélandaise que j'ai rencontré à l'auberge.

Suite à la visite nous nous baladons le long de la rivière et à force de grimper nous tombons sur une ancienne forteresse médiévale. Les vues sont à couper le souffle et nous profitons longuement de la beauté des paysages.

Après 10 jours d’arrêt je me décide enfin à reprendre la route. Je ne suis pas en énorme confiance mais je dois continuer à avancer, quitte à prendre le bus. Je ne pensais pas si bien dire, après 20km la douleur revient, moins forte mais toujours bien présente. Je décide alors de finir la route jusqu'au prochain village et de prendre un bus direction Tbilissi. Je me console quand même par la beauté des paysages.

Je dors une nuit au prochain village et je prends 3 bus différents pour arriver à la frontière le lendemain. Mais je ne suis toujours pas tiré d'affaire puisque je vais me voir refuser la sortie du territoire pour avoir passé plus de 15 jours en Azerbaïdjan sans m'enregistrer auprès de l'immigration de...Sheki... Retour à Sheki donc pour rencontrer l'immigration qui m'explique que la règle est nouvelle et que j'aurai dû être informé en rentrant dans le pays (impossible vu le foutoir décrit ci-dessus). Je dois payer 300€ pour rentrer dans l'ordre ou je serai déporté: déportation se sera, je ne mettrai plus les pieds dans ce pays.

Une fois la paperasse réglée je saute dans un bus direction la frontière avec la Géorgie. Cette fois-ci pas de problème avec l’immigration, j'ai le droit à 365 jours de séjour sans visa en tant qu'européen.

Jolie frontière!

Géorgie

Comme toujours, changement de pays changement d'ambiance mais la mise dans le bain fut vraiment instantanée en Géorgie. Après plusieurs mois dans des pays à majorité musulmane me voilà dans un pays chrétien ET producteur de vin. En cherchant mon hôtel dans le village frontalier et à cause d'une erreur sur ma carte, je rentre par mégarde chez des gens. Je pousse la porte de leur maison et je me retrouve au milieu de la salle à manger, en plein repas entres amis. En Europe on m'aurait certainement fichu dehors en me menaçant d’appeler la police et aux États-Unis on m'aurait tiré dessus (légalement bien entendu) mais en Géorgie on m'invite à dîner! En 2 minutes je me retrouve avec un verre de vin en main et une assiette pleine. Nous trinquerons énormément à leurs héros nationaux (le vin se boit cul sec) et le dernier toast, le plus important à leurs yeux, sera pour la famille. Génial!

C'est la crise de la coupe de cheveux... 😂

Le lendemain je prends le bus direction Tbilissi, la capitale de la Géorgie où je passerai quelques jours. Malgré sa position géographique en Asie Occidentale, la Géorgie est candidate à l’entrée dans l'Union Européenne. Même si le lien géographique n'est pas évident, la culture du pays est cependant proche de la nôtre. L’adhésion est pour l'ancien président Mikheil Saakachvili la « priorité numéro un ». En 2014 le pays a d'ailleurs signé avec l'UE un accord d'association politique et économique. C'est surprenant mais les drapeaux européens flottent partout dans la capitale aux côtés du drapeau géorgien.

Partout également sont placardées des affiches de campagne. En effet je suis arrivé à Tbilissi la veille du deuxième tour des élections présidentielles. C'est finalement Salomé Zourabichvili, franco-géorgienne et membre du parti politique du président sortant, qui deviendra la première présidente de l'histoire de la Géorgie, rôle malgré tout très symbolique. Cela peut paraître surprenant mais c'est Nicolas Sarkozy qui représenta la France à son investiture à la demande personnelle d'Emmanuel Macron, une tâche qui lui correspond parfaitement puisque l’élection fut entachée de « l’utilisation abusive » des ressources de l’Etat ainsi que de la « potentielle intimidation » d’électeurs.

Je retrouve enfin mon ami Oscar qui a décidé de se poser à Tbilissi quelques mois pour y travailler. Je profite d'un rayon de soleil pour me balader dans cette très jolie ville aux allures médiévales. Je goûte également aux spécialités locales: le vin, les bains sulfurés et le "khachapuri" qui consiste en gros en un morceau de pain rempli de fromage fondu recouvert d'un oeuf et d'une demi plaquette de beurre! Notre welsh régional passerait presque pour diététique à côté! 😂

Même si je suis bien à Tbilissi, je suis toujours bloqué par ce genou capricieux et je ne peux poursuivre mon périple. À cela s'ajoute la mauvaise nouvelle de l'hospitalisation de mon cher Bon-Papa. Il ne m'en fallait pas tant, je saute dans le premier avion direction Paris en laissant mon vélo à Tbilissi.

France

Vivant à l’étranger depuis 5 ans, j'ai pris l'habitude des retours en France pour les fêtes, les mariages ou les vacances et c'est donc mon premier retour qui aura lieu pour des motivations négatives. J'avoue que le choc entre le voyage à vélo et ce parachutage brutal à Paris fut très étrange mais quel plaisir de retrouver Mathilde, la famille, les copains et surtout Bon-Papa. Je profite de cette parenthèse dans mon aventure pour profiter au maximum de mes proches et également pour soigner mon genou. Merci tout particulièrement au docteur Trichard pour sa disponibilité et ses bons conseils. J'en profite également pour me raser la moustache et passer chez le coiffeur, il était temps!

Il y a une magnifique invasion de baby à Lille!

Au milieu des dîners, des visites à l’hôpital et des rendez-vous médicaux, Mathilde et moi nous accorderons même un week-end à Bray-Dune, éternel havre de paix!

L’actualité décida que je rentre en pleine crise des gilets jaunes que je ne comprends pas par sa violence et son manque de revendications claires. Je retiendrai avant tout une magnifique phrase de l'aventurier et explorateur français Sylvain Tesson (qui lui aussi a voyagé dans le monde à vélo): «La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer». A méditer...

«La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer», Sylvain Tesson

Après deux semaines en France, sachant que Bon-Papa va mieux et que le diagnostic pour mon genou est encourageant (« simple » blessure de fatigue), je décide de retourner en Géorgie. J’espère que la prochaine fois que je rentrerai à Lille ce sera posé sur la selle de mon vélo!

Tbilissi

Je suis ravi d’être de retour à Tbilissi et avant de reprendre la route j'en profite pour visiter la ville plus en profondeur. Je commence par flâner dans les rues de la capitale géorgienne...

...avant de visiter la splendide Cathédrale de la Trinité...

...et enfin de prendre de la hauteur en montant au superbe château Narikala où trône à proximité l'icône de la ville: l'impressionnante statue "Kartlis Deda" ou "mère du Karthli". Elle tient dans ses mains une épée pour protéger la ville mais également une coupe de vin, symbole d'hospitalité.

Après avoir profité une dernière fois de Tbilissi et de Oscar que je reverrai certainement en Europe, il est temps pour moi de reprendre la route. Le timing jouant contre moi à cause de mon arrêt forcé, je décide de rejoindre Istanbul directement en bus. Ce n'est que partie remise pour la visite approfondie de la Géorgie!

Bilan Azerbaïdjan et Géorgie

L'Azerbaïdjan et la Géorgie n’étaient pas des pays que j'avais prévu de traverser lors de ce voyage. Lorsque je suis sortie d'Iran; l'hiver, les montagnes et surtout le froid en Turquie m'ont poussé à ce changement d'itinéraire que je ne regrette absolument pas.

Si la tentative de racket par l'immigration à ma sortie d'Azerbaïdjan fut une grande déception, cela ne m'enlèvera jamais les bons moments que j'ai pu vivre dans le pays et notamment les superbes journées de vélo passées avec Oscar, les randonnées en montagne ou encore la gentillesse des azéris. Quand à la Géorgie, je n'y ai passé que trop peu de temps malheureusement mais le peu que j'ai vu et les échos d'autres voyageurs m'ont convaincu de revenir découvrir ce pays magnifique aux paysages variés et sauvages.

Ces deux pays étaient donc "en bonus" dans mon périple et je me console de mon problème de genou en me disant que j'ai eu la chance de les visiter plutôt que de me lamenter en me disant que je n'ai pas assez profité. En route pour Istanbul, je suis plus que jamais motivé pour terminer ce magnifique voyage à vélo! LET'S GO HOME!