Carnet de voyage

Vers les lumières de l'aube

Par
29 étapes
220 commentaires
111 abonnés
Dernière étape postée il y a 12 jours
Par PolNor
 avec 
OrorBoreale
L'expérience contemplative de la métamorphose d'un monde. Une lente itinérance, au plus près des peuples et des paysages, à la poursuite du soleil levant.
Du 6 août 2018 au 27 mai 2019
295 jours
Partager ce carnet de voyage

Notre position actuelle : Mae Sot (Thaïlande)

21
juil
21
juil
Publié le 21 juillet 2018

D'un ailleurs à l'autre, le voyageur transporte ses désirs, ses rêves et ses imaginaires. Notre voyage se nourrit de cette quête d'étonnement, de découverte et d'altérité. Pour mieux comprendre le monde, apprendre à relativiser et à trouver notre place au sein de la communauté des 7,5 milliards de femmes et d'hommes qui peuplent la planète. Une planète qui s’épuise sous l’effet de l’intensification et de l’accélération d'une certaine forme de modernité.

Nous avons voulu faire de notre voyage « vers les lumières de l’aube » une expérience de nomadisme à la fois sobre en carbone, et riche en découvertes et en rencontres. Le voyage en train, en autobus et en bateau s’impose donc comme une évidence pour inscrire notre itinérance dans cette perspective.

Les lumières de l’aube sont pleines de promesses. Promesse d’un nouveau jour qui commence, d’une nouvelle tranche de vie à savourer. Promesse des paysages, des saveurs et des cultures d’un extrême orient qui nous fascine. Enfin, promesse d’une parenthèse à deux, le temps qu’il faut pour apprécier l’immensité du monde, unis vers le monde.

• • •

Nous rejoindrons St Pertersbourg après un détour par la Scandinavie et une étape en Estonie, puis entamerons la longue traversée de la Russie en Transsibérien, jusqu'au Lac Baïkal. Puis nous traverserons la Mongolie pour rejoindre le nord de la Chine. Dès lors, nous effectuerons plusieurs circonvolutions à travers l'Asie du sud-est, jusqu'à Singapour, à l'extrême sud de la péninsule malaisienne, ultime étape d'un voyage de 10 mois vers les lumières de l'aube.

L'itinéraire au 21 juillet 2018 
9
janv
9
janv

Nous poursuivons notre exploration du sud du Laos par une échappée en scooter de quatre jours sur le plateau des Bolovens. Vaste région de montagnes, de forêts primaires et de plantations de café, habitée par plusieurs minorités ethniques animistes, les Bolovens restent, comme la plupart des régions du sud du Laos, préservés des flux touristiques de masse.

Un premier arrêt nous permet de rencontrer Mr Vieng sur sa plantation de café, en pleine opération de torréfaction dans son modeste atelier artisanal. Nous dégustons un thé vert local avant de visiter la plantation quand une averse tropicale s'abat soudainement sur le plateau, transformant instantanément la poussière du sol en boue rouge et collante. Tandis que nous aidons Mr Vieng à mettre ses séchoirs à l'abri, des jeunes filles profitent de l'aubaine pour se doucher toutes habillées sous l'eau chaude qui dévale de la toiture. Ici, en saison sèche, la survenue d'une averse est vécue comme un bienfait auquel nous ne sommes pas habitués...

A la faveur d'une accalmie, nous reprenons la route afin d'arriver à notre Guesthouse avant la nuit. Les nuages orageux et les averses lointaines se dessinent sur fond de soleil couchant pour nous offrir un crépuscule mémorable, sur la savane des bolovens.

Sur la route de Tad Lo 

Nous voici installés au village de Tad Lo, à proximité des cascades du même nom, idéalement situé pour visiter la forêt primaire aux arbres géants, ses temples secrets, et assister au bain des éléphants, le soir, au soleil couchant.

Nous sommes hébergés par une famille du village avec qui nous partagerons le quotidien durant ces quatre jours d'escapade hors du temps, entre séances de cuisine, dîners avec la famille et partage d'expériences avec les autres voyageurs venus se perdre ici.

Tad Lo 

Nous rendrons visite à Mr Hook pour une découverte particulièrement enrichissante de son village, de ses plantations de café et de la nature environnante. Nous sommes ici chez les Katus, en terre animiste. Mr Hook nous met en garde sur les règles d'usage à connaitre pour ne pas contrevenir aux croyances profondément ancrées chez les habitants du village, notamment sur l'interdiction de photographier les adultes, sous peine de "voler leur âme". Nous sommes ici en présence d'une communauté dont la vie en société se trouve régie par un double système de loi, la loi officielle de l'Etat Lao, et la loi imposée par la religion animiste. Tout le monde fume la pipe à eau dès l'âge de 3 ans. Si quelqu'un se blesse ou tombe malade, on consultera tour à tour le gourou, le shaman et le médium. Si aucune de ces médecines traditionnelles ou de ces incatations n'améliore la santé du malade, cela signifie que ce dernier n'a plus qu'à attendre la mort car on ne recoure pas, chez les Katus, à la médecine officielle. Les villageois ne connaissent pas la langue officielle du Laos, mais uniquement le dialecte de l'ethnie Katu. Polygamie, sorcellerie, magie noire, sacrifices, mariages d'enfants sont ici toujours pratiquées, même si certains jeunes gens tentent une ouverture vers la modernité. C'est notamment le cas de Mr Hook qui, bien que neveu du shaman du village, exerce son métier de guide et propose un accueil aux voyageurs dans sa maison, sous la surveillance et le regard méfiant, du reste de sa communauté.

Tout au long de notre promenade, Mr Hook nous montrera les techniques de culture du café, nous fera découvrir les plantes médicinales et leurs usages, les techniques de chasse ancestrales, nous fera goûter les fourmis rouges, et nous livrera nombre d'informations sur les modes de vie, les coutumes et les croyances de sa communauté.

En quittant ce village, nous sommes émus par les conditions de vie des membres de la communauté et par l'histoire de Mr Hook, ce jeune homme qui a eu le courage de fuir sa famille pour étudier et s'ouvrir au monde, au prix de sa mise au banc par toute sa communauté. Car, au delà de l'archaïsme apparent de leur culture, se sont des gens affables que nous avons rencontrés chez Mr Hook, des femmes et des enfants curieux de notre apparence physique différente et prêts à entrer en relation avec nous, malgré tout ce qui pouvait nous séparer.

Mr Hook et le village animiste Katu

Nous poursuivons notre exploration des environs de Tad Lo par une longue randonnée à la recherche de la plus haute chute d'eau des environs. Nous voici donc engagés à travers les rizières asséchées et les villages de minorités, devinant le cheminement à suivre, sur les quelques sentes apparentes. En traversant un village, un homme se propose de nous guider sur la partie la plus hasardeux de l'itinéraire, sa cigarette en feuille de bananier à la bouche. Après un dernier village, nous traversons un potager verdoyant dans lequel des villageois de tous les âges s'affairent à arroser les cultures. Une jeune fille nous indiquera la direction finale qui nous mènera au pied de la chute d'eau. Un chien, qui nous avait suivi depuis le potager, prendra la relève en nous guidant précisément au sommet de la falaise, à travers les pentes, les bambouseraies et les sentes devenues insignifiantes ou invisibles.

Nous repartons en fin d'après-midi vers le village de Tad Lo, sous une belle lumière de fin de journée. En longeant la rivière, à l'approche du village, les berges sont animées par la présence des habitants qui viennent ici tous les soirs se laver pudiquement. C'est un moment privilégié de retrouvailles après la journée d'école ou de travail. Il y règne toujours une ambiance de joie et de bonne humeur, un moment où le temps semble s'arrêter au profit d'une sorte de communion, d'une certaine forme de "vivre-ensemble" que nous avons peut-être perdue en occident.

Randonnée à la cascade de Tad Soung

En quittant notre guesthouse de Tad Lo, nous ressentons un sentiment semblable à celui que nous avions connu en laissant Shirley et la famille de l'auberge des rizières de Lonji, en Chine, en octobre dernier. Un sentiment partagé entre une certaine tristesse de quitter des gens si attachants, avec qui nous avons vécu une petite tranche de vie, et la joie de reprendre la route, vers de nouveaux horizons, de nouvelles rencontres.

Nous terminerons notre boucle sur le plateau des Bolovens par la visite des principales chutes d'eau qui font la réputation de la région, toutes plus majestueuses les unes que les autres, dans leur écrin de jungle tropicale.

Cascades de Tad Fan, Tad Yuang et Tad Champee 

Voyagez en circuit individuel, personnalisé et abordable

Plus de 50 circuits inspirés des meilleurs blogs MyAtlas
Personnalisation facile en quelques clics de votre voyage
Devis instantané, réservable en ligne, sans intermédiaires
4
janv

Poursuivant notre longue et lente remontée vers le nord de l'ex-Indochine, à travers la République démocratique populaire lao, nous restons dans l'intimité du fleuve Mékong, la "mère de tous les fleuves", avec qui nous continuerons de fleurter jusqu'à notre entrée en Thaïlande, dans quelques semaines. Tantôt sur les berges, à travers villages et bosquets de bambous, tantôt sur les flots, miroirs du ciel, teintés d'or et d'argent, nous ne nous lassons pas du spectacle émouvant du Mékong et de la vie quotidienne du peuple de l'eau.

Après une pause prolongée aux Quatre mille iles, nous faisons étape à Champassak, ancienne cité royale à l'architecture bien conservée, qui s'étire paisiblement sur la rive occidentale du Mékong, à hauteur de l'ile de Don Daeng. Si les temples colorés ne manquent pas, comme c'est la règle dans toute la région, un édifice religieux nous intrigue cependant, tant il est inhabituel en ces terres bouddhistes : une église catholique, vraisemblablement la première qui fut érigée au Laos. Ses couleurs vives du passé se mélangent aux auréoles noires de la patine du temps, lui conférant un charme tout particulier, ici, au milieu des cocotiers, à quelques mètres du Mékong. Plus loin, c'est un vénérable albizia saman, arbre à pluie, qui étale ses 2400 mètres carrés de branchage face au soleil couchant.

Après une exploration de la région en scooter, sur les pistes poussiéreuses de la saison sèche, assister au crépuscule sur le Mékong, depuis la terrasse de notre guesthouse, reste un moment privilégié de méditation contemplative.

Champassak, l'ile de Don Daeng et sa campagne environnante 

Erigé sur les collines sacrées qui dominent Champassak, à l'emplacement d'une source également sacrée, le temple Wat Phou fait comme un écho aux scènes sublimes des temples d'Angkor. Initialement voué au culte de la trinité indouiste, Shiva, Brahma et Vishnu, cet ensemble architectural préangkorien remarquable, avec son escalier monumental bordé de frangipaniers centenaires, est aujourd'hui un sanctuaire bouddhiste très actif et un haut lieu de pélerinage lors de la fête du Makha Busa, qui a lieu chaque année, le quinzième jour de la lune croissante du troisième mois.

Temple de Wat Phou 

Au XIVe siècle, sous l'empire Khmer, l'actuel territoire du Laos fut nommé "Lan Xang", littéralement le "Royaume du million d'éléphants". Si nous n'avons pas, à ce jour, rencontré les fameux pachydermes, malgré nos diverses incursions à travers villages et campagnes, nous savons en revanche que le Laos est aussi le pays du milliard de sourires, une affection des zygomatiques qui peut se transmettre au voyageur au long cours en cas de séjour prolongé.

Laos, royaume du million d'éléphants et du milliard de sourires 
30
déc

Migrer du Cambodge au Laos par la voie terrestre implique de franchir un poste frontière considéré comme étant l'un des plus difficiles de toute l'Asie. En tous cas, c'est la réputation qui en est faite sur les carnets de voyage de certains "backpakers" qui s'arqueboutent sur le principe de ne pas concéder un dollar de plus au tarif officiel. Certains résistent bec et ongles, comme un défi sportif, à la pratique institutionalisée qui consiste à prélever une taxe non officielle de sortie, côté cambodgien, et à majorer le tarif du visa côté lao. Cette petite aventure fut pour nous une parenthèse récréative dont nous garderons finalement un bon souvenir.

Une fois déposés par notre mini-van au poste frontière cambodgien, au bout de la route goudronnée, nous voici au milieu de nulle part, dans un paysage de forêt clairesemée aux faux airs de savane.

C'est une belle fin d'après-midi de début d'hiver, éclairée par un soleil radieux qui diffuse une douce chaleur d'été indien. Tout est calme et silencieux. Nous commençons à goûter l'ambiance paisible et nonchalante du Laos.

Une fois obtenu le précieux laisser-passer, nous embarquons pour la première fois de notre voyage dans un Sangteo, sorte de pick-up couvert doté de deux bancs face-à-face. Première découverte des transports et des pistes poussiéreuse et chaotiques du Laos.

Passage terrestre de la frontière Cambodge - Laos 

Nous voici partis pour un séjour de deux mois au Laos. Première étape aux 4000 Iles, tout au sud du pays, un archipel de jungles, de rizières et de plages de sable qui divise le Mékong en une multitude de bras. Le soir tombe déjà et nous voici à bord d'une pirogue motorisée qui nous conduira jusqu'à notre bungalow sur l'ile de Don Khone.

Sur le Mékong, en direction de l'île de Don Khone 

Le soleil couchant s'accroche aux filets des pêcheurs avant de disparaître derrière la ligne de cocotiers de l'île de Don Det, de l'autre côté d'un bras de Mékong qui s'écoule paisiblement sous notre terrasse. C'est dans cette ambiance de bout du monde que nous avons le plaisir de retrouver Valériane et Luca, notre couple d'amis voyageurs suisses, rencontré dans le transmongol, puis retrouvé à Pékin, puis dans les rizières de Longji, puis dans les montagnes karstiques de Yangshuo.

C'est ici, sur l'archipel perdu du Mékong, que nous passerons notre premier Noël tropical.

Outre leurs splendides couchers de soleil, les Quatre mille îles offrent au voyageur la possibilité d'approcher les fameuses chutes du Mékong. Les chutes de Khan Pa Soi s'apprécient très tôt le matin, dès les premiers rayons du soleil. C'est un nouveau visage du Mékong qui se révèle alors à nos yeux, à la faveur d'un survol par drone interposé, celui de l'immensité et de la splendeur des cataractes des Quatre mille îles.

Chutes de Khan Pa Soi 

En fin de journée, c'est aux cascades Li Phi qu'il faut admirer les reflets du soleil couchant sur la multitude de bras et de cascades bouillonnantes, qui dévalent pour finalement retrouver le cours paisible et langoureux d'un Mékong assagi, qui poursuivra tranquillement sa route au Cambodge et au Vietnam, vers la Mer de Chine orientale.


Cascades de Li Phi   
• • •
Pauses longues 

A la pointe sud de l'île de Don Khone, à l'aval des cascades, le Mékong s'assagit pour prend la forme d'un vaste plan d'eau. C'est ici qu'évoluent les rares dauphins d'Irrawaddy, un cétacé d'eau douce en voie d'extinction.

Les Si Phan Don (littéralement les quatre mille îles) sont un archipel fluvial situé à l'extrême sud du Laos, là où le lit du Mékong s'étale sur une largeur de dix kilomètres. Ses chutes d'eau, d'une dénivellation de 15 mètres, et les rapides qu'elles occasionnent, forment un obstacle naturel infranchissable pour la navigation fluviale. En s'aventurant sur les sentiers de Don Khone, on trouve les vestiges des locomotives et de la voie ferrée installées par les français en 1893 pour le transbordement des canons destinés à la protection de la toute nouvelle frontière entre le royaume de Siam et le Laos. Ces impressionnants rapides sont connus pour les techniques de pêche aussi spectaculaires que dangereuses employées par les habitants pour capturer les poissons à l'aide d'énormes nasses en bambou installées dans les chutes d'eau et dans les courants. Chaque année, à la saison de la mousson humide, des bateliers se livrent à des manœuvres périlleuses, dans le tumulte des chutes d'eau se fracassant sur les rochers, pour déposer les pêcheurs sur des systèmes de cordes et de bambou, en vue de relever leurs pièges et capturer les très nombreux poissons obligés de franchir les chutes du Mékong pour leur avalaison saisonnière.

Cette pratique aura coûté la vie à nombre de villageois locaux.

Toutefois, il semble bien que cette tradition soit compromise par les très nombreux projets de barrages hydro-électriques financés par la Chine sur le bassin Lao du Mékong, leur permettant d'exporter de l'électricité en direction de la Thaïlande, de son industrie et de ses millions de climatiseurs. Au-delà d'une tradition ancestrale, c'est une ressource inestimable en protéines pour les populations locales qui devrait s'épuiser dès lors que le cours du Mékong sera définitivement modifié et, au-delà, les modes de vie et les conditions mêmes d'existence d'une population qui ne se doute probablement pas encore de la manière dont son destin pourra basculer d'ici peu.

Scènes de vie quotidienne sur Don Khone 
17
déc

Bâtis entre 800 et 1300 de notre ère, à l'apogée de la civilisation Khmer, les temples d'Angkor font partie de ces grandes merveilles de la planète qui nourrissent les rêves des voyageurs, telles les pyramides d'Egypte, le Machu Picchu, la grande muraille de Chine ou encore le Taj Mahal.

Nous consacrerons trois journées entières à la découverte de ce monde perdu, à parcourir à vélo les kilomètres de pistes qui relient des temples grands comme des villes, des remparts jalonnés de portes monumentales, et des galeries de bas reliefs à n'en plus finir.

Une exploration de la cité d'Angkor commence par le spectacle éblouissant du levé du soleil sur le complexe majeur d'Angkor Wat. Dès cinq heures du matin, les premières lueurs de l'aube dessinent l'incroyable silhouette des tours en forme de lotus du temple consacré au dieu Shiva. Le reflet des cinq tours du sanctuaire sur les douves, à partir de la porte occidentale, procure un spectacle aussi sublime qu'éphémère, plongeant le visiteur dans l'ambiance fascinante d'un voyage à travers l'histoire d'une des civilisations les plus brillantes que la terre ait connu.

Le temple d'Angkor Wat 

S'ensuit l'exploration de la multitude de temples répartis sur les quatre cents kilomètres carrés de forêt de la partie visible du site d'Angkor. A commencer par Angkor Thom et le temple-montagne du Bayon et ses emblématiques tours à quatre visages. Nous profitons de l'heure matinale pour apprécier les premiers rayons du soleil venant caresser ces visages monumentaux aux sourires énigmatiques. En parcourant les coursives et les escaliers qui sillonnent le palais célestre du dieu Indra, comment ne pas songer à la formidable ingéniosité de ce peuple qui a su ériger de tels monuments, apprivoiser les déluges saisonniers en bâtissant un gigantesque système hydraulique de bassins capable d'éviter les inondations et de restituer l'eau si précieuse à la saison sèche ? Comment ne pas songer non plus à l'effondrement d'un empire aussi avancé, lorsqu'il perdit le contrôle de l'eau, la ressource la plus vitale et sur laquelle il avait fondé sa prospérité et sa domination ?

Le temple du Bayon 

Vient ensuite la rencontre du mythique Ta Prohm, l'un des temples les plus stupéfiants que la jungle ait entrepris de dévorer inlassablement. Etranglés par les racines géantes des banyans et des fromagers gigantesques, ses vestiges donnent l'impression au voyageur d'explorer les enceintes successives d'un mystérieux tombeau oublié depuis des siècles par l'humanité.

Une vraie leçon d'humilité aussi, comme le message d'une nature qui finirait toujours par reprendre sa place et son pouvoir face à l'arrogance des civilisations conquérantes.

Amélie, une jeune voyageuse parisienne rencontrée à Battambang, nous accompagnera durant les deux premières journées de notre exploration des temples d'Angkor, entre balades sur les remparts de la cité d'Angkor Thom, déambulations au cœur des ruines et navigations à bicyclette, sur les pistes et les sentiers, à travers la jungle, à la recherche de nouveaux temples, modestes ou majestueux, célèbres ou plus secrets.

En sillonnant Angkor trois jours durant, de long en large et de l'aube au crépuscule, nous constatons que le site n'a rien d'un musée à ciel ouvert dont on refermerait les portes une fois les derniers visiteurs repartis. Il y règne une vie quotidienne intense, entre les petits marchands, les chauffeurs de tuk-tuk, les écoliers en uniforme, les moines bouddhistes, les paysans des rizières et les pêcheurs au filet.

Les temples d'Angkor nous auront transportés par leur grandeur et leur majesté. Ils nous laissent le souvenir d'une exploration paisible, sur les petits chemins et sous la canopée, au son des cigales, sur les traces d'une civilisation disparue. L'exploration d'une histoire prestigieuse qui s'entremêle avec un présent bien vivant, celui des femmes, des hommes et des enfants qui font la société cambodgienne d'aujourd'hui, qui portent la promesse d'un avenir prospère, et qui tournent la page des années sombres de leur histoire récente.

6
déc
La plaine de Battambang vue du Phnom Sampeau 

Nous poursuivons notre séjour au Royaume du Cambodge par une étape à Battambang. Fondée au 11e siècle par l'empire Khmer, la deuxième ville du royaume est en fait une petite bourgade provinciale aux allures paisibles, installée sur les rives de la rivière Sangkae qui serpente tranquillement jusqu'au lac Tonlé Sap.

Les environs de Battambang sont constitués de plaines fertiles et verdoyantes, propices à la riziculture, et de collines karstiques. L'une d'elles, Phnom Sampeau, est surmontée de plusieurs temples bouddhistes dominant les plaines alentour. On y trouve également quelques grottes de sinistre mémoire puisque les Khmers rouges y précipitaient leurs victimes sur les rochers en contrebas.

Comme à l'habitude, c'est au soleil couchant qu'un tel lieu révèle toute sa magie, inondé par des lumières faisant resplendir les paysages environnants, et scintiller temples, stupas et autres bouddhas dorés.

La colline de Phnom Sampeau est traversée par une grotte-tunnel qui abrite quatre millions de chauves-souris. Chaque soir, à la même heure, les petits mammifères prennent leur envol pour former un interminable serpentin constitué par une multitude de minuscules silhouettes émergeant de l'anfractuosité de la colline. Jusqu'aux confins de l'horizon enflammé par les feux du soleil couchant, c'est une véritable rivière vivante et compacte qui ondule pendant une heure vers le lointain, formant des nuages en pointillés qui se font et se défont au gré des circonvolutions.

Notre chauffeur de tuk-tuk nous conduira vers une partie plus confidentielle de la colline, à l'écart des touristes, pour apprécier ce spectacle féérique sous son angle le plus sensationnel.

Bat Cave et l'envol des chauves-souris  

L'ancien aéroport désaffecté de Battambang est une véritable curiosité sociale. Chaque soir, au soleil couchant, sa piste d'atterrissage est investie par des familles qui pique-niquent et des jeunes qui viennent ici se distraire, après l'école, à l'écart de la ville. On y fait du vélo ou du jogging. Les jeunes couples font des tours de scooter. Des courses de dragsters y sont même parfois improvisées.

Et c'est tout une micro-économie qui s'est développée sur cette friche insolite. Des familles y installent des stands de vente de boissons et de street-food, avec des chaises en plastique ou des tapis étendus sur le sol. Les quelques militaires encore affectés au site viennent y prélever leur part des recettes et compléter ainsi leurs maigres salaires, en contrepartie d'une tolérance instituée comme il est de coutume dans cette région du monde.

En limite de piste, certains cultivent leur petit potager. Il règne ici une ambiance pacifique et familiale, reflet d'un certain art de la nonchalance propre à cette région du monde.

Pour rejoindre Siem Reap et les temples d'Angkor, nous choisissons une nouvelle fois le bateau, pour une longue remontée de la rivière Sangkae jusqu'au Tonlé Sap.

Le Tonlé Sap présente un régime hydrologique très particulier. Celui-ci s'emplit à la saison des pluies à la faveur de la rivière du même nom, dont le cours s'inverse du fait du reflux occasionné par le débit exceptionnel du Mékong lorsque celui-ci est grossi par la concomitance des moussons et de la fonte des neiges des montagnes de l'Himalaya, où il prend sa source.

Ce trajet fluvial va nous permettre de rencontrer une population au plus près de la réalité de sa vie quotidienne. Sur une première partie du trajet, c'est la plus profonde indigence qui se donne à voir à travers des groupes de familles installés ci et là, sur les berges, autour d'abris de fortune souvent constitués d'une simple bâche tenue par quelques morceaux de bambous. Puis, en progressant en direction du lac, apparaissent de véritables villages flottants, occupés par des familles de pêcheurs ou d'aquaculteurs. On y trouve toutes les composantes qui font la vie ordinaire d'une communauté organisée sur et autour de la rivière : épiceries, stations services, bureaux de police, écoles… On y croise, sur l'eau, des pirogues pilotées par des enfants en uniforme se rendant à l'école. De temps à autres, notre bateau s'arrête et vient s'arrimer à une maison flottante pour y livrer de la marchandise ou déposer des passagers, habitants des villages flottants ou membres de la famille en visite au village. Et partout sur notre passage, les sourires et les "hello" des enfants témoignant, sinon d'une certaine joie de vivre, au moins d'une certaine harmonie, d'une vie en osmose avec leur milieu. Un milieu pourtant menacé par le changement climatique qui viendra tôt ou tard, inéluctablement, modifier les grands équilibres naturels qui leur ont permis de prospérer modestement.

Sur la rivière Sangkae, entre Battambang et Siem Reap

Voici désormais plus de cinq mois que nous avons commencé notre voyage sans avion vers les lumières de l'aube. A la moitié de notre parcours, nous tenons à vous remercier pour les nombreux et sympatiques commentaires dont vous nous gratifiez à chaque publication d'une nouvelle étape. Vos messages sont autant d'encouragements pour nous à maintenir le lien avec vous et à tenter de partager nos émotions et notre émerveillement vis-à-vis des beautés d'un monde si grand mais si fragile.

Nous vous souhaitons une belle année 2019.

30
nov
30
nov

Sur les conseils de Sam, notre guide et amie du delta du Mékong, nous choisissons de prendre le bateau pour joindre Phnom Penh et poursuivre notre voyage au Royaume du Cambodge. Le speed boat s'apparente à une sorte de confortable autobus fluvial que les voyageurs peuvent emprunter pour les cinq heures de trajet qui séparent Chau Doc de la capitale cambodgienne. Naturellement, ce voyage transfrontalier par le Mékong implique des escales pour le passage successif de l'immigration et de la police des frontières vietnamienne et cambodgienne. Accoutumés à la nonchalance administrative de l'Asie du Sud Est, nous savourons cette pause un peu hors du temps, dans la cour ombragée d'un petit poste frontière au bord du fleuve, avant de nous immerger bientôt dans une nouvelle capitale asiatique.

Notre arrivée à Phnom Penh coïncide avec l'Om Touk, la fête de l'eau qui célèbre chaque année, à l'automne, la renverse du cours de la rivière Tonle Sap, affluent du Mékong. Plus d'un million de Khmers se rassemblent sur les berges pour encourager les équipes de leurs villages se livrant à une incroyable course de Dragon boats sur la rivière Tonle Sap. La terrasse de notre auberge, située sur les quais, nous offrira une vue panoramique de premier choix pour observer le ballet des pirogues géantes, la marée humaine multicolore, la parade lumineuses sur la rivière au soleil couchant et un spectaculaire feu d'artifice.

Si c'est un lieu commun que de parler de terres de contraste à propos des métropoles asiatiques, la ville de Phnom Penh n'échappe pas à la règle. En son centre-ville se côtoient à la fois des monuments clinquants, tels le Palais royal ou la Pagode d'argent, et les vestiges d'une architecture coloniale plus ou moins décrépite. Comme dans toute l'Asie du sud est, les trottoirs sont jalonnés de petites échoppes de marchands ambulants, de coiffeurs de rue et de stations-services dans lesquelles on stocke l'essence dans des bouteilles en verre. Le cœur de la ville bat toute la journée au rythme de ses marchés et, le soir venu, les "night markets" s'installent pour offrir une "street food" pleine de saveurs aux habitants et aux voyageurs quelque peu aventuriers. Mais dès que l'on s'aventure dans la petite ile de Koh Pich, à la confluence du fleuve Mékong et de la rivière Bassac, dans la partie sud est de Phnom Penh, c'est un tout autre paysage urbain qui se donne à voir. Les promoteurs chinois y construisent de gigantesques immeubles avec des terrasses couvertes de piscines à vagues et de plages artificielles dans de véritables ghettos dorés pour une richissime clientèle en quête de luxe et d'exotisme.

Comment aller à la rencontre d'un peuple aussi attachant, et tenter de le comprendre, sans regarder en face le sort tragique que lui a infligé le régime criminel de Pol Pot il y une quarantaine d'années seulement. La visite du centre de torture "S21" et des "Killing fields" nous paraissaient comme un passage obligé pour tenter de prendre conscience de l'horreur à laquelle les Khmers rouges ont soumis leur propre peuple de 1975 à 1979, en vidant littéralement les villes, en soumettant la population à un véritable esclavage et en assassinant dans des conditions de torture épouvantables environ deux millions de personnes, soit l'équivalent d'un quart de la population cambodgienne de l'époque.

Grace à l'audio-guide en français qui nous accompagne durant toute la visite de l'ancienne école transformée en prison et en centre de torture, nous pouvons découvrir, chacun à son rythme, le témoignage de survivants du génocide décrivant la barbarie des sévices et des conditions de vie infligées aux prisonniers selon des méthodes et une organisation qui dépassent l'imaginable.

Un peu à l'écart de la ville se trouvent les "killing fields", champs de massacre dans lesquels étaient exécutés, en silence et à l'arme blanche, puis enfouis dans des fosses communes, les victimes du régime sanguinaire des Khmers Rouges. L'émotion est à son comble, et les larmes difficiles à contenir, au moment de passer devant l'arbre sur lequel furent sauvagement massacrés des d'enfants et des bébés. Enfin le mémorial dans lequel sont exposés des restes humains des suppliciés permet à chacun de regarder en face l'indicible et de se recueillir en mémoire des victimes d'un génocide commis dans la plus totale indifférence du monde et avec la complaisance, sinon la complicité, d'un occident en pleine guerre froide et idéologique.

En quittant ces forges de l'enfer, nous vient alors la douloureuse question : comment ce peuple et ses descendants, composé à la fois d'anciennes victimes et d'anciens responsables et exécutants du génocide Khmer rouge, peuvent-ils vivre ensemble, faire société ? Comment concilier le besoin de réconciliation avec le devoir de mémoire, le pardon avec la nécessaire lutte contre l'impunité ?

Il faut bien se rendre à l'évidence. La société cambodgienne reste une société éclatée où se côtoient l'affichage indécent de la richesse arrogante de quelques uns et l'expression omniprésente de la plus grande pauvreté. En quittant les "killing fields" nous replongeons dans le quotidien de ce peuple aux sourires si attachants, et dont on se prend à espérer que l'énergie et la joie de sa jeunesse sont comme l'augure d'un avenir de paix et d'humanité.

Le 16 décembre 2018, un tribunal cambodgien parrainé par l'ONU a condamné les deux plus hauts dirigeants Khmers rouges encore en vie à la prison à perpétuité pour "génocide".

Douch, le chef de la prison "S21", où 15 000 personnes ont été torturées avant d'être exécutées dans les killing fields, a été condamné à la prison à perpétuité en 2012.


Pol Pot serait mort d'une crise cardiaque en 1998 sans avoir été jugé.

23
nov
23
nov
Couple de pêcheurs sur la rivière Chau Doc au crépuscule 

Après avoir traversé le Vietnam du Nord au sud, du Tonkin à la Cochinchine, nous voici à présent dans le delta du Mékong, la "mère de toutes les rivières", que nous avions approchée début novembre lors de nos excursions dans les montagnes du Yunnan, en République populaire de Chine.

Après avoir pris naissance dans l'Himalaya, puis bordé le Laos à la frontière de la Birmanie, puis de la Thaïlande, avant de couler au Laos, puis traversé le Cambodge, le fleuve nourricier irrigue le sud du Vietnam par ses neuf bras, les "neuf dragons", pour former une immense plaine fertile faite de mangroves, de rizières et de vergers où l'on cultive, en plus des bananiers, des fruits plus extraordinaires les uns que les autres : jacquiers, goyaves, mangoustans, durians...

Comment ne pas songer à "L'amant" de Marguerite Duras en empruntant le bac de Vinh Long : «Jamais, de ma vie entière, je ne reverrai des fleuves aussi beaux que ceux-là, aussi grands, aussi sauvages, le Mékong et ses bras, ces territoires d'eau qui vont aller disparaître dans les cavités des océans.»

Pour les quelques jours que notre visa nous autorise avant de devoir quitter la République socialiste du Vietnam, nous nous installerons à Chau Doc, petite bourgade frontalière du Royaume du Cambodge, idéalement située pour rejoindre Phnom Penh en bateau par le Mékong. Moins prisée que certaines grandes villes du delta, Chau Doc reste préservée de la surfréquentation touristique. Nous y retrouverons le plaisir des rencontres spontanées et joyeuses avec les habitants, telles que nous les avions connues dans certaines régions reculées de la Chine, et qui donnent cette saveur particulière au voyage, le sentiment ou l'illusion d'être moins des intrus que des visiteurs.

Dès notre première promenade à bicyclette, le long des canaux, au milieu des maisons sur pilotis, les sourires et les salutations chaleureux des enfants, des jeunes et des adultes nous promettent un séjour paisible et relaxant.

Sam est une habitante de Chau Doc, amoureuse de sa région et des gens simples qui y vivent. Sa passion : faire découvrir la beauté des paysages du delta et les modes de vie traditionnels de ses habitants. Depuis quelques années, elle s'est établie comme guide indépendante et propose une exploration singulière de la région, au plus près des gens et de la nature, avec une bonne humeur et un humour qui vous donnent le sentiment de partager une parenthèse amicale hors du temps et à distance des routines occidentales.

Nous commencerons dès l'aube par une navigation sur le fleuve en direction du marché flottant et des villages de pêcheurs. Après un copieux petit déjeuner vietnamien pris à bord de notre embarcation, Sam nous emmène découvrir la vie quotidienne des habitants du fleuve.

Villages et pêcheurs sur la rivière Chau Doc

Après un rapide passage au marché central, nous voici installés à l'arrière de son scooter et de celui d'un mototaxi engagé par Sam pour une longue randonnée à travers les rizières et les villages sur pilotis, en direction de la forêt de Tra Su, véritable havre de paix pour toutes sortes d'oiseaux multicolores. En chemin, nous nous arrêterons nous reposer sur la terrasse sur pilotis d'une joyeuse petite mamie installée dans son hamac, puis nous prendrons un thé chez un médecin pratiquant des thérapies traditionnelles à partir de toutes sortes de plantes récoltées bénévolement par les habitants et conservées dans de vieux tiroirs en bois tels qu'on les imaginerait dans l'arrière boutique des apothicaires d'autrefois.

Dans la campagne du delta du Mékong 

Avant un copieux déjeuner savouré en lisière de la forêt, nous nous laisserons glisser en pirogue sur les canaux d'un théâtre de forêt vierge des premiers matins du monde. Les cris des oiseaux et l'éclair furtif bleu électrique des martins pécheurs rivalisent avec la course des échassiers sur les tapis flottants des Jacynthes d'eau pour nous offrir le spectacle sensoriel d'une immersion totale dans la nature tropicale.

Forêt de Tra Su 

Au déclin du jour, Sam nous conduit au sommet de la colline Nui Sam, sur lequel trône une magnifique pagode formant un ensemble architectural bouddhiste prodigieux. Au mysticisme des lieux se mélange l'enchantement des paysages de rizières à perte de vue et la magie sans cesse renouvelée du soleil déclinant à l'horizon, inondant les temples et les âmes de sa chaude lumière et de sa promesse d'un prochain recommencement, dès qu'apparaitront de nouveau les premières lumières de l'aube.

Temples de la colline de Nui Sam 

Cette journée passée avec Sam laissera une empreinte particulière dans nos souvenirs de voyageurs, la sensation d'avoir partagé une parenthèse de la vie d'une habitante amoureuse de son pays, l'intimité des récits de son histoire et de son expérience de la guerre alors qu'elle était enfant, et le sentiment d'avoir une nouvelle amie quelque part au sud de l'Indochine.

Merci encore Sam pour cette belle soirée passée chez toi à partager un excellent repas typiquement local et à rencontrer d'autres voyageurs des quatre coins du Monde, ainsi que les enfants curieux de tes voisins.

17
nov
17
nov
Publié le 16 décembre 2018

Après les romantiques trains russes et mongoles, les ultra-modernes TGV chinois, il nous fallait expérimenter le populaire train vietnamien, surnommée le « Transindochinois » ou « ligne Mandarine», qui relie Hanoï et Saïgon par sa voie ferrée de 1 726 kilomètres. Depuis la chute de Saïgon et la fin de la guerre du Vietnam, il a été rebaptisé "Express de la réunification", bien qu'il roule à une vitesse moyenne qui avoisine les 40 km/h.

Construit par l'administration coloniale française entre 1882 et 1936, sa voie est de type métrique, telle qu'on les rencontre encore aujourd'hui en Corse, en Cerdagne et sur certaines petites lignes secondaires en Europe.

Au premier abord, le moins que l'on puisse dire est que l'atmosphère de la petite gare provinciale de Phan Thiet est on ne peut plus détendue, si on la compare avec l'organisation policière, technologique et industrielle des gares ferroviaires chinoises. Il flotterait presque un petit air de nonchalance méridionale en ce début de matinée à l'ombre des arbres du quai de la gare. Même le contact avec les fonctionnaires est bon enfant.

Une fois à l'intérieur de la voiture, un constat s'impose de suite. Si le matériel roulant est bien d'époque, son aménagement intérieur est tout récent et digne de certains bons trains occidentaux. Il faut dire que nous avons opté pour la deuxième classe avec sièges "mous", l'autre alternative proposant de pittoresques sièges en bois.

Toutefois, c'est bien le vieux transindochinois qui traverse les campagnes et les villes, provoquant d'impressionnants embouteillages à chaque passage à niveau aux heures de pointe. S'il est un métier à la fois désuet mais encore bien vivant au Vietnam, c'est celui de garde-barrière. Mais peut-être plus pour longtemps, car il semble bien que des investisseurs japonais soient déjà sur les rangs pour le remplacement de la voie métrique par des voies standard, des passages à niveau par des ponts et des tunnels, et des vieux wagons d'antan par des trains à grande vitesse.

Notre arrivée en soirée à Saïgon nous plonge dans le chao infernal des neuf millions de scooters qui envahissent les boulevards, les rues et les ruelles aux heures de pointe. Bien que déjà initiés à la jungle urbaine à Hanoï, nous renoncerons cette fois-ci à traverser le boulevard en vue de prendre le bus de l'autre coté de la chaussée et rejoindrons notre hôtel à pied au terme d'un véritable parcours du combattant dans une atmosphère irrespirable.

La Ville de Saïgon, rebaptisée "Ho Chi Minh Ville" après la réunification, est une ville de contraste, à l'image des grandes métropoles de l'Asie du sud est, avec toutefois un nombre encore assez limité de buildings extravagants et, en revanche, un patrimoine colonial encore bien présent et souvent remis en valeur pour son cachet pittoresque. La grande poste centrale continue de rayonner avec sa structure imposante, à l'intérieur de laquelle des fonctionnaires apposent les timbres sur les enveloppes après les avoir enduits de colle blanche, sous le regard paternaliste de l'Oncle Ho, tandis qu'à l'extérieur de grands écrans lumineux affichent des images emblématiques de l'ère communiste, célébrant le cinquantième anniversaire du "printemps" vietnamien et glorifiant l'entrée du Vietnam dans la civilisation moderne.

Si le voyage vers les lumières de l'aube nous conduit vers les beautés du monde, il nous faut accepter de porter un regard lucide sur l'empreinte plus ténébreuse laissée par la folie meurtière des hommes. A quelques dizaines de kilomètres de Saïgon se trouve le système de tunnels de Cu Chi, présenté comme "l'expression de la volonté inflexible, l'intelligence, la fierté des gens de Cu Chi, et le symbole de l'héroïsme révolutionnaire du peuple vietnamien". La visite des tunnels et les explications du guide produisent chez le visiteur un sentiment étrange. A la fois emprunt de gravité, par la prise de conscience du point auquel ces femmes, ces hommes et ces enfants ont pu sublir l'indicible, les bombardements, le napalm, l'agent orange... Et à la fois emprunt d'admiration pour l'abnégation et l'ingéniosité collective d'un peuple capable de vivre dans cette toile d'araignée souterraine de plus de 250 kilomètres de long, sur plusieurs niveaux, d'y dormir, d'y cuisiner, d'y manger, d'y combattre et même de mettre au monde !

De nos jours encore, les 80 millions de litres de défoliant déversés par l'armée américaine sur le Vietnam continuent de faire des victimes. Les cancers et les malformations à la naissance provoqués par la guerre chimique infligée par les américains touchent aujourd'hui la troisième génération. Il faudra encore de nombreuses décennies avant que l'environnement ne se rétablisse de la dioxine contenue dans l'agent orange et répandue dans le pays entre 1961 et 1971.

13
nov
13
nov
Publié le 7 décembre 2018

Situé à mi-chemin entre Nha Trang et Saïgon, Mui Né est un village de pêcheur qui surprend le voyageur avec ses dunes de sable rouge évoquant plus le désert du sahara que le delta du Mékong. Sensation étrange que de marcher sur le sable orangé de ce petit erg, au levant ou au couchant, entre de vert profond de la foret et le bleu intense de la mer de Chine méridionale.

Un peu plus à l'ouest, un petit cours d'eau long de 2 kilomètres, probablement l'un des fleuves les plus courts du monde, se faufile dans une véritable réplique du Colorado en miniature. C'est le Canyon des Fées. A la saison sèche, vous pouvez vous y aventurer en marchant directement dans le lit du Suoi Tien et découvrir, à chaque méandre du ruisseau, de véritables scuptures minérales formant des tableaux oniriques sur des variations de rouge, d'ocre et de blanc crayeux.

Le canyon des fées 

Mais le véritable intérêt d'une étape à Mui Né réside dans la découverte de l'activité de pêche en mer qui occupe une large partie de sa population. Il suffit de descendre sur la plage aux premières lueurs de l'aube pour voir au mouillage les petites embarcations colorées, et s'organiser le ballet des bateaux paniers, ces petites barques rondes manoeuvrées à la godille, et qui servent à transporter le produit de la pêche, entre les plus gros bateaux et la plage. Dès lors, c'est toute une organisation qui s'active, avec des femmes qui s'affairent à trier les poissons, concasser les coquillages, et transporter les produits à l'aide de leur palanche jusqu'aux motos qui iront approvisionner les marchés locaux.


10
nov

HUE

Entré de la citadelle de Hué 

Entre le Tonkin, au nord, et la Cochinchine, au sud, l'ex-empire d'Annam s'étire sur plus de 1000 kilomètres, formant une longue courbe entre le Laos et la mer de Chine.

Ancienne cité impériale du temps de la dynastie des Nguyên, Hué est aujourd'hui le centre culturel et intellectuel du Vietnam.

Érigée entre 1804 et 1833, la citadelle est une structure fortifiée dont l'enceinte, qui mesure 10 kilomètres de long, abritait la résidence de l’empereur, ainsi que de nombreux temples et palais.

Nous choisissons une fin d'après-midi après la pluie pour la visiter. Les heures qui suivent une averse en fin de journée offrent souvent des ambiances lumineuses délicates qui soulignent les couleurs et les textures. Cette lumière sied tout particulièrement à cet ensemble architectural ancien, au cœur duquel siège la cité pourpre interdite. Contrairement à son modèle chinois, ses façades sont restées en l'état, lui conférant une atmosphère particulière, ce charme suranné de l'ancienne Indochine, avec ses murs colorés et décrépits, ses allées pavées et moussues. Si la cité interdite de Pékin ne désemplit pas de visiteurs, la cité impériale de Hué nous apparait comme un havre de tranquillité, dans lequel il est agréable déambuler en prenant son temps, et de s'arrêter pour contempler les estampes formées par le travail du temps et de la nature sur l'œuvre des hommes.

Certains espaces sont couverts par de la végétation rase, à la manière de grandes pelouses naturelles. Nous comprenons alors que ces espaces sont les anciens emplacements de nombreux joyaux d'architecture détruits par le pilonnage des français durant la guerre d'Indochine et les bombardements américains durant la guerre du Vietnam.

Il pleut beaucoup sur Hué durant notre séjour. D'immenses flaques d'eau emplissent les rues. Nous prenons un scooter pour nous aventurer le long de la rivière des Parfums à la recherche d'une petite pagode repérée sur une carte. Nous sillonnons la campagne sous une pluie battante pour finalement découvrir un petit monastère en pleine forêt, occupé par des nones qui nous accueillent avec la plus grande hospitalité. Nous avons la chance de tomber au moment d'une cérémonie à laquelle on nous laissera assister discrètement. C'est toujours avec la même émotion que nous nous retrouvons dans l'intimité d'un lieu aussi chargé de paix, de spiritualité et de bienveillance. Nous nous éloignons discrètement tandis que qu'à l'extérieur de l'enceinte d'autres nones nous gratifient d'un sourire complice.

Hoï An

Cyclo-pousse sur les quais de HoÏ An 

Contrairement à Hué, Hoï An, la ville des lampions, a été relativement préservée des bombardements. Elle fait figure aujourd'hui de ville provinciale tranquille, dont les nombreuses maisons d'époque très bien préservées témoignent de l'architecture coloniale pittoresque qui donne cette identité si particulière au patrimoine de l'ex-Indochine. La tradition des lampions et le pont couvert japonais témoignent par ailleurs de l'empreinte culturelle laissée par les chinois et les japonais.

5
nov
5
nov
Champ de lotus à Tam Coc 

En bordure de la célèbre baie d'HaLong, mais à l'écart de la pression touristique, l'ile de Cat Ba, nous a offert une villégiature appréciable après le bouillonnement urbain d'Hanoï. Entourée de villages flottants et pêcheries artisanales, l'ile abrite une forêt tropicale remarquable, et un parc national, refuge pour de nombreuses espèces animales et végétales endémiques.

La contemplation du coucher de soleil depuis le sommet de la colline aux canons est l'une des activités privilégiées pour le voyageur qui séjourne sur Cat Ba.


Une ballade à scooter sur la seule route de l'ile permet aux amoureux de nature sauvage de se rendre dans le parc national, qualifié comme réserve de Biosphère par l'UNESCO, et faire l'ascension de la colline de Ggu Lâm pour contempler la canopée à perte de vue.

Moins étendue que la baie d'Halong sa voisine, mais aussi moins fréquentée, la baie de Lan Ha, abrite pas moins de 400 iles, toutes recouvertes d'une végétation luxuriante. La baie de Lan Ha est aussi une véritable beauté vivante car elle héberge un grand nombre de villages flottants très colorés. En navigant autours des iles, vous pouvez observer la vie quotidienne des pêcheurs et de leurs familles, et toute l'activité qui s'y organise, le petit commerce, le ramassage scolaire...


Baie de Lan Ha

Situé sur le delta du Fleuve Rouge, le village de Tam Com fait partie d'une région caractéristique constituée de montagnes karstiques en forme en pains de sucre entourées de rizières. Cette région est souvent qualifiée de "baie l'Halong terrestre" tant son paysage évoque celui de la baie d'Halong. Ici, le vélo est l'instrument idéal pour se perdre sur les petits chemins et les digues qui sillonnent la campagne.

Du sommet de la montagne Mua, la vue s'ouvre à l'infini sur les rizières et les champs de lotus qui s'entrelacent autour des pics de calcaires.

Tam Coc 
29
oct
29
oct
Publié le 19 novembre 2018

Cela faisait 22 ans que nous n'étions pas retournés au Vietnam. Nous avions, dans les années 90, découvert un pays qui commençait à sortir tout juste d'une longue léthargie et d'un isolement total après vingt années d'une guerre effroyable et dix années de régime communiste radical. Notre enfance avait été marquée par les images de cette guerre atroce, même si nous n'y comprenions pas grand chose. Notre désir de venir y voir de plus près se nourrissait sans doute d'une sorte de compassion et de sympathie pour ce peuple bombardé au napalm et intoxiqué par l'agent orange pour des décennies. Il y avait aussi sûrement ce désir d'explorer à rebours l'histoire d'un pays dont le destin fut fortement marqué par l'empire colonial français d'Indochine.

Nous avions alors rencontré des gens accueillants et attachants, à la vie simple, mais aussi des paysages sublimes, dans les montagnes des minorités du Tonkin et dans la baie d'Ha Long. Nous avions appris à lire et à aimer toute la poésie des scènes emblématiques d'un Vietnam rural éternel, de ses rizières embrumées, de ses piqueuses de riz et des enfants sur le dos des buffles, de ses multiples rivières limoneuses, véritables voies de navigation pour les péniches de marchandise et les sampans. Nous avions également aimé Hanoï et ses ruelles encombrées de cyclo-pousses, de vélos et de cyclomoteurs, et la vie quotidienne paisible qui s'y déroulait, loin du tumulte des grandes métropoles asiatiques.

Nous savions évidemment que ce nouveau dragon asiatique entrait dans la danse de la compétition économique. Qu'allions-nous découvrir vingt deux ans plus tard ?

Naturellement, c'est par le train que nous arrivons à la frontière entre la République populaire de Chine et la République socialiste du Vietnam. Entre Hekou, côté chinois, et Lao Cai, côté vietnamien, s'écoule le fleuve rouge, qui prend sa source dans les montagnes du Yunnan, en Chine, et arrose Hanoï avant de se déverser dans la mer de chine en de multiples bras constituant le delta du Fleuve Rouge. Le pont qui enjambe le fleuve est une sorte de no man's land entre le poste frontière chinois et le poste frontière vietnamien. C'est une sensation très étrange que de le traverser à pied, le soir tombant, parmi les nombreux passeurs de marchandise aux vélos recouverts d'impressionnantes cargaisons, profitant d'une étonnante règlementation qui exonère de taxe douanière l'importation sur des véhicules non motorisés.

 Passage de la frontière sino-vietnamienne

Après une première nuit à Lao Cai, nous filons à Sapa pour un court séjour en montagne avant de gagner Hanoï, première étape d'une longue traversée du pays jusqu'au delta du Mékong, tout au sud de la Cochinchine.

La bruine, la chaleur humide, la circulation trépidante des voitures et des deux roues à moteur, à grand renfort de coups de klaxon, les mots de courtoisie à réapprendre, la monnaie qui nous rend millionnaires et le nombre important de touristes étrangers bouleversent tous nos repères après deux mois de voyage en Chine.

Cependant, le soir venu, l'ambiance humide et brumeuse qui enveloppe cette ville d'altitude produit une athmosphère qui a quelque chose d'étrange et d'irréel, melant l'exotisme d'une région tropicale à l'ambiance plus familière d'une station de montagne.

Sapa 

Notre transfert vers Hanoï sera pour nous l'occasion de découvrir les fameux "sleepping bus", bus couchettes sur deux niveaux très utilisés de jour comme de nuit au Vietnam.

Dans le sleeper bus entre Sapa et Hanoï 

Notre arrivée à Hanoï fut un grand moment d'émotion. L'hôtel pour "globe trotteur" que nous avions réservé se trouve juste à côté du petit hôtel dans lequel nous avions séjourné vingt deux ans plus tôt, mais ce dernier avait disparu. L'ambiance de la rue est bien différente à présent. Les vélos ont presque tous disparu, laissant place à des cohortes de scooters thermiques qui envahissent les rues et les boulevards dans un vacarme de moteurs et de klaxon épouvantable. Pour autant, dans les trépidations d'une capitale en pleine mutation, nous retrouvons la plupart des monuments qui nous avaient profondément marqués tant ils représentaient les vestiges toujours debouts et bien vivants du passé. La cathédrale et ses façades noircies par le temps, le lac et la pagode de l'épée restituée et son emblématique pont rouge et, surtout, le fameux pont Paul-Doumer, rebaptisé Pont Long Biên après la guerre d'Indochine, assemblage monumental, à la Gustave Eiffel, de bois et de métal rouillé. Aujourd'hui encore, il permet au chemin de fer de traverser le fleuve rouge, en direction du Yunnan. Mais les concerts de sonnettes des milliers de vélo qui l'empruntaient autrefois aux heures de pointe sont aujourd'hui remplacés par les klaxons des scooters.

L'habitat traditionnel du centre ville n'a pratiquement pas changé, même si beaucoup de petites échoppes ou ateliers d'artisans sont aujourd'hui remplacés par des magasins de prêt à porter à la mode ou de téléphonie mobile. Même si les profonds et dangereux caniveaux sont aujourd'hui recouverts, les typiques maisons-tubes, si caractéristiques du Vietnam, sont toujours là, avec leurs façades décrépites, les enchevêtrements de fils électriques et la végétation exubérante. Et le vieux train continue de traverser la veille ville, au beau milieu des maisons, dans un étroit et étrange corridor dégageant une atmosphère d'un autre siècle.

Alors que les rues sont désormais le domaine du tourisme et de la consommation de masse, on y croise toujours des coiffeurs de trottoir et des petites vendeuses au chapeau conique, la palanche sur l'épaule, arpentant les rues dans le flot incessant de la circulation motorisée. Même les décors et les déguisements d'Halloween sont à l'honneur en cette période de Toussaint.

Oui, Hanoï nous laissera le sentiment étrange d'une capitale en pleine mutation, animée par une jeunesse qui mord le progrès à pleines dents, mais toujours empreinte des clichés romantiques qui en font un endroit unique, intemporel et si attachant.

20
oct

Shangri-La est le lieu imaginaire, théâtre du roman "Les horizons perdus" écrit par James Hilton en 1933. Le récit décrit l'existence d'une lamaserie utopique, aux confins du Tibet, aux paysages merveilleux, où le temps est suspendu dans une atmosphère de bonheur paisible.

Nous y ferons un nouveau pallier d'acclimatation à l'altitude avant de gagner le village de Feilai Si, le point le plus haut de notre voyage.

L'autobus qui nous transporte de Lijiang à Shangri-La longe des torrents aux eaux grises, témoignant de la proximité des neiges éternelles de l'Himalaya. Au fur et à mesure que nous gagnons de l'altitude, le vert intense de la luxuriance tropicale laisse place au patchwork vert tendre et jaune orangé des couleurs d'automne qui habillent déjà les hauts plateaux. Çà et là apparaissent les premiers yacks paissant paisiblement dans les prairies ou divagant tranquillement au beau milieu de la route.

En découvrant la ville de shangri-La, sur le trajet qui nous mène de la gare routière à notre auberge, nous comprenons que nous ne rencontrerons pas beaucoup d'autres voyageurs en ces contrées si proches du Tibet. Peut-être sommes-nous déjà hors saison ? Bon nombre d'habitants sont ici des tibétains et les costumes des femmes ne sont pas qu'un simple apparat folklorique, mais la perpétuation des traditions rurales des hauts plateaux et l'expression d'une vie culturelle intense.

Nous sommes à 3160 mètres d'altitude. Le soir tombe vite et, bien que nous soyons enveloppés de la lumière dorée d'un soleil radieux, l'air est froid et nous avons le souffle court en montant l'escalier menant à la pagode qui domine la veille ville et en faisant tourner son moulin à prières géant. La nuit tombée, en arpentant les ruelles pavées de la vieille ville, nos pas sont guidés par une musique entraînante qui nous attire vers la place centrale sur laquelle hommes et femmes de toutes les générations se réunissent tous les soirs pour danser au rythme des musiques et chants tibétains. C'est un véritable spectacle de joie et de communion que de voir tous ces habitants emmitouflés, danser en ronde et se livrer à d'élégantes chorégraphies traditionnelles avec la plus grande souplesse et la plus belle harmonie, quand la température extérieure n'est que de quelques degrés au dessus de zéro.

Est-ce la proximité du Tibet, terre de quiétude et de spiritualité, ou bien la circulation apaisée sur les rues et les boulevards ? Ou bien encore la quasi absence de touristes ? En tous cas, nous sentons planner ici une atmosphère pleine de quiétude et de sérénité qui invite à s'attarder un peu pour gouter le plaisir de regarder le temps qui passe, tout simplement.

Shangri-La 

A cinq kilomètres de Shangri-La, sur le flanc de la montagne, se dresse le plus grand et le plus célèbre monastère bouddhiste tibétain de toute la région du Yunnan : le Songzanglin.

Egalement connu comme le « petit Palais de Potala », en raison de sa similitude architecturale avec l'emblématique forteresse bouddhiste de Lhassa, ce véritable trésor de paix et de beauté abrite encore aujourd'hui 700 moines de tous âges.

Avant de nous lancer dans l'ascension de l'imposant escalier qui donne accès au cœur de la lamaserie, nous décidons de nous imprégner de la quiétude des lieux en effectuant une promenade autour du lac à la surface duquel se reflètent les façades blanches et dorées du monastère.

Pratiquement personne aux alentours, à part quelques moines devisant tranquillement sur un banc ou sur le sentier qui entoure le lac. Tout alentour, une campagne aux couleurs chatoyantes s'étend à l'infini. Les villageois s'affairent à terminer les moissons ou à regrouper des yacks qui divaguent impunément dans les cultures.

Une fois gravies les énormes marches de l'escalier pentu qui conduit au cœur de l'édifice, il s'agit de reprendre son souffle avant de poursuivre l'exploration de la cité sacrée.

L'intérieur du monastère est une succession de temples, tous plus décorés les uns que les autres, témoignant de l'art bouddhique tibétain. Un détour par les cuisines, dont l'entrée est explicitement interdite aux femmes, donne un certain aperçu de ce que peut être une vie de renoncement et de simplicité. Le son des gongs, l'air vif qui agite les drapeaux de prières, le ciel bleu d'azur qui s'étend à l'infini, tout ici prête à croire que le temps s'arrête à la faveur de l'exploration intérieure et de la contemplation d'un monde, celui des horizons lointains, à moins que cela ne soit celui des horizons perdus.

Monastère de Zongzanglin 

Nous voulions pousser le plus loin possible notre incursion dans les montagnes du Yunnan afin d'approcher au plus près les sommets enneigés du Tibet. Le temple de Feilai Si, situé au bord de l'une des routes qui mènent à Lhassa, nous a offert cette ultime étape. Notre aubergiste de Shangri-La nous prêta des vêtements chauds et affréta un véhicule qui nous conduisit pour deux jours et deux nuits à ce village perché à 3300 mètres d'altitude.

Apparemment, un glissement de terrain occasionnait une déviation de la circulation, obligeant tous les véhicules à passer par une petite route secondaire qui prenait le plus souvent des allures de piste défoncée tant sa surface était ravinée par le ruissèlement des eaux de pluie. Le croisement entre les autocars et les poids lourds relevait à chaque fois du miracle tant la chaussée surplombant le précipice était étroite et chaotique. Lorsque notre véhicule nous déposa enfin au village, nous fumes autant saisis par le froid vif que par la beauté du paysage qui s'offrait à nous.

Face à nous se déployait la magnifique chaine du mont Meili, montagne sacrée comptant pas moins de 13 sommets enneigés, dont le plus haut culmine à 6740 mètres, en bordure du fleuve Mékong.

Le village semble désert en ce milieu de journée. Nous choisissons une chambre avec une grande baie vitrée orientée vers la montagne et équipée de couvertures chauffantes.

Les deux jours suivants, il nous faudra nous lever très tôt pour admirer la vue spectaculaire sur ces pics glacés au moment où les rayons du soleil viennent effleurer les crêtes de la montagne et illuminer les sommets enneigés. C'est aussi le moment où les tibétains viennent rendre hommage à la montagne sacrée. Imaginez cette ambiance. Alors que le sol est couvert du givre accumulé pendant la nuit, une épaisse fumée blanche issue du brûlage des offrandes se mélange aux milliers de drapeaux multicolores qui flottent en direction de la montagne, tandis que les chants bouddhiques accompagnent les prières des fidèles.

S'il est un lieu où les lumières de l'aube nous auront transportés dans une expérience aussi esthétique que spirituelle, c'est ici, au temple Feilai Si, aux confins du Tibet et de l'Himalaya.

Temple de Feilai Si  et la Meili Snow Mountain

De nombreuses expéditions ont tenté de gravir le mont Meili, mais toutes ont échoué. La dernière à avoir tenté l'ascension fut l'expédition malheureuse sino-japonaise Kawa Karpo en 1991, au cours de laquelle 17 personnes ont péri dans la montagne.

Depuis 2010, il est interdit d’entreprendre de nouvelles ascensions.


La montagne sacrée restera-elle à jamais le domaine des dieux ?

15
oct
15
oct

La province du Yunnan, à l'extrême sud ouest de la République populaire de Chine, est limitrophe de la région autonome du Tibet , ainsi que du Vienam, du Laos et de la Birmanie. De nombreuses montagnes du nord du Yunnan s'élèvent à plus de 5000 mètres. Les massifs sont traversés par de profondes vallées, dont celle du Yang-Tsé-Kiang. Lijiang et ses alentours sont peuplés par différentes minorités ethniques, fortement empreintes de la culture Naxi, groupe majoritairement matriarcal, dont les ancêtres ont créé un système d'écriture comportant plus de 2000 caractères.

Nous effectuons une première étape à Lijiang, dont la vielle ville est restée pratiquement intacte malgré un puissant tremblement de terre en février 1996. Nous y ferons un palier de quelque jours afin d'acclimater nos organismes à l'altitude, en vue de continuer notre progression en direction des montagnes du Tibet. Nous sommes ici à 2400 mètres d'altitude, et la fraicheur nocturne commence à se faire sentir. Fort heureusement, nos lits sont équipés de couvertures chauffantes.

La vielle ville est entièrement constituée de ruelles piétonnes et traversée de toutes parts par de petits canaux d'eau courante, lui conférant une ambiance romantique de station thermale.

En arrière plan, on peut admirer les sommets enneigés de la montagne du Dragon de Jade qui s'élève fièrement à 5596 mètres, encerclée par le fleuve Nu Jiang et le Mékong. Quand le ciel est dégagé, elle prête ses flancs immaculés à la perspective de l'étang du Dragon noir et à son traditionnel pont en pierre blanche.

Nous profiterons de notre séjour à Lijiang pour explorer les gorges du Saut du Tigre au fond desquelles dévale le fleuve Yang-Tsé dans un tumulte assourdissant. Nous y parviendrons au prix d'un long trajet sur une route chaotique, exposée aux nombreux glissements de terrain qui sévissent dans ces régions.

Nous parcourons à pied la partie aérienne des gorges, surplombant l'un des canyons de rivière les plus profonds du monde, en songeant à la disparition prochaine de cette merveille de la nature qui sera, un jour ou l'autre, anéantie par les barrages hydro-électriques planifiés par le gouvernement chinois.

A quelques kilomètres de Lijiang s'écoule une rivière d'une couleur étonnante. Issue des glaciers de la montagne du dragon de Jade, elle prend une couleur blanche après la pluie, ce qui qui vaut d'être nommée Rivière Baishui par les Naxi, littéralement rivière aux eaux blanches. En période sèche, elle revêt la couleur bleue turquoise des lagons. Considérée comme la rivière de l'amour selon la légende, les scènes spectaculaires qu'elle offre à la contemplation servent de toile de fond pour les photos de mariage toujours très romantiques de nombreux jeunes couples de la région.

11
oct
11
oct
Publié le 28 octobre 2018
Pêcheur au cormoran  sur la rivière Li

Située à 60 kilomètres au sud de Guilin, Yangshuo est l'archétype même du paysage de montagnes karstiques entourées de rivières et de rizières. Nous décidons de commencer par une étape au village de pêcheurs de Xingping, au bord de la rivière Li, puis de terminer notre séjour dans le Guangxi aux abords de Yangshuo, à la confluence de la rivière Li et de la rivière Yulong.

La terrasse de notre auberge du port de Xingping est à elle seule une invitation à la rêverie contemplative.

Il nous suffira de traverser la rue et de gravir l'une des nombreuses collines en pain de sucre pour admirer le soleil couchant sur la rivière Li et contempler les silhouettes des pics de calcaire entourant la ville comme les pétales d'une fleur de lotus.

Coucher de soleil sur la rivière Li 

C'est avant l'aurore qu'il faut gravir le sommet du mont Xianggong pour pouvoir saisir toute la magie de la rencontre de la brume, de la rivière, des montagnes et de la lumière de l'aube. C'est comme un miracle qui se répète à chaque fois que le temps décide de vous accorder une faveur. Si vous avez cette chance, vos efforts sont récompensés par une succession de tableaux parmi les plus beaux que la nature puisse vous offrir.

Levé de soleil sur la rivière Li 

Explorer la région de Guilin est aussi l'occasion d'aller à la rencontre des pêcheurs au cormoran, témoignage d'une parfaite coopération entre l'homme et l'animal. Cette technique de pêche ancestrale est aujourd'hui abandonnée au Japon mais est toujours pratiquée en Chine. En éclairant l'eau à l'avant de son radeau de bambou avec sa lanterne, le pêcheur permet au cormoran de capturer facilement les poissons attirés par la lumière. Le cou de l'oiseau est ligaturé de telle sorte qu'il puisse avaler les petits poissons et restituer les plus gros au pêcheur. Conscients de la richesse esthétique de leur art, certains pêcheurs savent le mettre en valeur pour le plus grand bonheur du photographe.

Pêcheurs au cormoran 

Les ballades à pied à travers les collines, à vélo au milieu des plantations de pamplemousses chinois, ou en scooter électrique le long de la rivière, seront de nouvelles occasions de rencontrer des habitants. Ici une étudiante vendeuse de glaces aux haricots, là un viel homme proposant quelques victuailles au bord du chemin, et, comme toujours, des papillons beaux comme des arcs-en-ciel et des bambous gros comme des arbres.