Carnet de voyage

Vers les lumières de l'aube

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Dernière étape postée il y a 10 jours
Par PolNor
 avec 
OrorBoreale
L'expérience contemplative de la métamorphose d'un monde. Une lente itinérance, au plus près des peuples et des paysages, à la poursuite du soleil levant.
Du 6 août 2018 au 27 mai 2019
295 jours
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Notre position actuelle : Ko Lanta (Thaïlande)

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Publié le 21 juillet 2018

D'un ailleurs à l'autre, le voyageur transporte ses désirs, ses rêves et ses imaginaires. Notre voyage se nourrit de cette quête d'étonnement, de découverte et d'altérité. Pour mieux comprendre le monde, apprendre à relativiser et à trouver notre place au sein de la communauté des 7,5 milliards de femmes et d'hommes qui peuplent la planète. Une planète qui s’épuise sous l’effet de l’intensification et de l’accélération d'une certaine forme de modernité.

Nous avons voulu faire de notre voyage « vers les lumières de l’aube » une expérience de nomadisme à la fois sobre en carbone, et riche en découvertes et en rencontres. Le voyage en train, en autobus et en bateau s’impose donc comme une évidence pour inscrire notre itinérance dans cette perspective.

Les lumières de l’aube sont pleines de promesses. Promesse d’un nouveau jour qui commence, d’une nouvelle tranche de vie à savourer. Promesse des paysages, des saveurs et des cultures d’un extrême orient qui nous fascine. Enfin, promesse d’une parenthèse à deux, le temps qu’il faut pour apprécier l’immensité du monde, unis vers le monde.

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Nous rejoindrons St Pertersbourg après un détour par la Scandinavie et une étape en Estonie, puis entamerons la longue traversée de la Russie en Transsibérien, jusqu'au Lac Baïkal. Puis nous traverserons la Mongolie pour rejoindre le nord de la Chine. Dès lors, nous effectuerons plusieurs circonvolutions à travers l'Asie du sud-est, jusqu'à Singapour, à l'extrême sud de la péninsule malaisienne, ultime étape d'un voyage de 10 mois vers les lumières de l'aube.

l'itinéraire actialisé le 1er mars 2019 
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Publié le 8 avril 2019

Après avoir traversé les provinces du nord de la Thaïlande, nous empruntons l'un des rares postes frontières ouverts aux étrangers pour un passage en Birmanie par la voie terrestre. Nous voici donc sur le pont de l'Amitié qui enjambe la rivière Moei entre Mae Sot, côté thaïlandais, et Myawaddy, côté birman.

Nous apprécions particulièrement ces moments privilégiés qui consistent à franchir à pied les frontières. Nous vivons alors intensément cette impression de passer d'un monde à un autre. Tantôt c'est le passage d'un réseau de chemins chaotiques à des routes bitumées, tantôt, ce sont les petits engins de transport traditionnels, tuk-tuk, tricycles, side-cars, cyclo-porteurs, qui sont différents de part et d'autre de la frontière, parfois c'est la vétusté ou la modernité des moyens de transport qui nous surprennent.

Sur le no man's land qui sépare les deux chek points, nous croisons les premiers birmans de notre route vers les lumières de l'aube. Les femmes et les enfants arborent fièrement le Tanaka sur les joues, ce badigeon issu de l'arbre à tanaka, appliqué sous forme de grands ronds ou de figures artistiques. Les hommes portent le longyi, longue pièce de tissu nouée autour de la taille. Femmes et hommes mâchent les feuilles de bétel qui colorent lèvres et dents et jalonnent le sol de l'impact rouge de leurs crachats.

En jetant un coup d'œil sur la rivière, à droite du pont, on peut observer le manège d'un petit bateau qui fait traverser les personnes à quelques dizaines de mètres seulement du poste frontière. Ce sont ces petits trafics ordinaires qui font l'ambiance particulières de ces villes frontières.

Au milieu du pont, les véhicules se croisent en changeant de file pour passer de la conduite à gauche à la conduite à droite, et inversement. Car, bien qu'ancienne colonie anglaise, la Birmanie a adopté la conduite à droite depuis 1970, ce qui n'empêche pas l'écrasante majorité des voitures, bus et camions d'être équipés d'un volant à droite, donnant lieu à nombre de situations incongrues.

Passage de la frontière ThaIlande - Birmanie de Mae Sot /  Myawaddy

Nous voici donc à présent sur le sol de la République de l'Union du Myanmar, l'ex-Birmanie. Nous effectuons une première étape à Hpa An, première bourgade sur la route de Rangoun, l'ancienne capitale de la Birmanie jusqu'à ce que la junte militaire ne décide de la transférer à Naypyidaw en 2005.

C'est pour nous l'occasion de prendre contact avec un peuple dont on loue généralement la gentillesse, le sourire et la générosité. Il faut reconnaître que nous rencontrons ici des gens particulièrement attachants. Bien que souvent d'une grande pauvreté, les birmans sont très prompts à vous adresser un sourire généreux une fois passés les premiers instants de timidité, de réserve ou de pudeur qui les caractérisent.

Pour s'imprégner de l'esprit d'un lieu, rien de tel qu'une première exploration de bonne heure, aux premières lumières de l'aube, quand le décor de la ville se dessine à travers la brume et que les habitants se livrent à leurs premières occupations matinales. A Hpa An, la magie du matin se révèle sur le petit lac et sa passerelle alors que le soleil commence à apparaitre derrière la silhouette des arbres, se reflétant sur un plan d'eau aussi lisse qu'un miroir.

Hpa An au petit matin 

En fin de journée, c'est au bord du fleuve qu'il faut venir s'imprégner de la sérénité qui s'installe au fur et à mesure que le soleil décline et colore les berges de ses lueurs dorées. Ici on se lave en même temps qu'on lave son linge. Là on décharge des pirogues les marchandises qui prendront place sur les étales des marchés au petit matin suivant. Les couchés de soleil sur les fleuves d'Asie sont toujours un spectacle apaisant, comme la promesse du nouveau jour qui vient, perpétuant le cycle du déclin et de la renaissance.

Si la petite ville de Hpa An séduit le voyageur par son caractère pittoresque, ses environs ont de quoi combler les appétits de découverte pour quiconque prend le temps de sillonner la campagne à scooter, à travers les rizières et leurs canaux d'irrigation. La grotte de Saddan offre un spectacle époustouflant avec ses nombreuses salles et galeries peuplées de milliers de chauves-souris. La multitude de reliques et statues de Bouddha qu'elle contient contraste par leur éclat avec la matière brute des parois et des concrétions calcaires. Mais l'apothéose intervient au terme d'une longue déambulation, pieds nus sur le sol froid et humide. Vous débouchez alors sur un petit lac intérieur, baigné de lumière, sorte d'oasis de verdure tropicale, où vous attendent des barques de pêcheurs pour vous conduire, au milieu des rizières et à travers un tunnel naturel, jusqu'à votre point de départ.

A la magie mystique du lieu s'ajoute l'expérience d'une chaleur humaine d'une intensité encore jamais rencontrée depuis le début de notre voyage. Une démonstration de tendresse étonnante, comme l'expression d'un rempart, d'une protection contre la dureté du régime de dictature militaire qui s'est imposé à l'un des peuples les plus pauvres d'Asie durant trois longues décennies. Oui, définitivement, les peuples les plus pauvres ont une richesse humaine à partager qui nous surprend, nous émeut, nous transporte, nous transforme...

Saddan Cave 

La pagode Kyauk Ka Lat est une autre curiosité des environs de Hpa An. Son rocher, trônant au milieu d'un lac, et défiant les lois de la gravité, est surmonté d'un stupa blanc offrant une scène absolument sublime sous le soleil matinal.

Kyauk Ka Lat Pagoda 

Enfin, comme point d'orgue d'une journée de scooter à travers la campagne de Hpa An, la visite du jardin de Lumbini, et de ses mille bouddhas identiques parfaitement alignés, avant de gravir le mont Zwegabin, clôture une journée intense en découvertes et en émotion.

Lumbini Garden et montée vers le Mont Zwegabin 

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25
fév
Le Wat Rong Khun 

Après six mois de voyage à la poursuite des lumières de l'aube, nous avons le plaisir de retrouver Marie et Joël, un couple d'amis nantais avec qui nous partageons, depuis plusieurs années, la pratique de la randonnée en kayak de mer sur les côtes bretonnes. A la faveur d'une de leurs escales entre l'Australie et la France, nous voici réunis pour quelques jours d'exploration de la Thaïlande du nord.

La ville de Chiang Rai, et son emblématique temple blanc, sera notre première découverte. Le temple Wat Rong Khun est un lieu insolite dans le paysage architectural bouddhiste. Son créateur, le thaïlandais Chalermchai Kositpipat, utilise le blanc pour symboliser la pureté du bouddhisme et les miroirs pour évoquer l'illumination, cette flamme lumineuse qui éclaire le dharma, ultime objectif du chemin spirituel d'une pratique bouddhique rigoureuse. L'artiste consacre sa vie à la restauration et au développement de cet ensemble architectural unique, en hommage au roi Rama IX, mort en 2016, ainsi qu'à sa ville natale Chiang Rai. Le temple ne devrait être entièrement terminé qu'en 2070 et comprendra alors 9 bâtiments. On atteint le temple principal en empruntant un pont sur le lac, sous lequel des centaines de mains tendues évoquent celles et ceux qui n'ont pas su résister à la tentation, à la cupidité et au désir. Plus loin, le visiteur ou le pélerin accède à la porte du ciel, où deux créatures de la mythologie bouddhiste décident de son sort après la mort. Ainsi en va-t-il, selon les préceptes bouddhistes, du cycle de la renaissance, de la libération de la souffrance par le surpassement des tentations, de la cupidité et du désir.

Avec Marie et Joël, nous décidons de rejoindre Chiang Mai en prenant le temps de découvrir la Thaïlande du nord au rythme lent des transports locaux . Plutôt que d'utiliser le bus direct, nous emprunterons un itinéraire alternatif qui nous permettra d'effectuer plusieurs étapes dans les bourgades de Thaton, Fang et Chiang Dao, afin d'explorer plus en profondeur la région.

C'est par une remontée pittoresque, et parfois un peu sportive, de la rivière Kok, que nous débuterons ce périple de plusieurs jours, au cours desquels alterneront randonnées à pied, ballade à bicyclette, excursions en scooter et trajets en bus locaux.

Remontée de la rivière Kok en pirogue, entre Chiang Rai et Tha Ton,  avec changement d'embarcation à mi-parcours.
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 Le magnifique temple de Tha Ton Chedi se contemple au soleil couchant au terme d'une longue ascension en forêt
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Journée de vélo vers le parc national Doi Pha Hom Pok et rencontre impromptue avec des écoliers de retour au village après l'école
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Une belle fin de journée aux portes de la petite ville de Chiang Dao. 
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Le hasard fait que nous aurons la chance de voir coïncider notre arrivée à Chiang Mai avec la "Super Lune" de février, occasion unique d'assister au rituel de la pleine lune dans l'un des nombreux temples de la belle ville close de Chiang Mai.

Merci à Marie et Joël de nous avoir offert cette agréable parenthèse dans notre voyage au long cours. Comme le dit Alexandre Supertramp dans le magnifique et émouvant film "Into the wild", "le bonheur ne vaut d'être vécu que s'il est partagé".

8
fév
Cascades de Kuang Si, près de Luang Prabang 

Pour rejoindre Luang Prabang, dans le nord du Laos, il nous faut traverser une chaîne de montagne par une route vertigineuse, slalomer entre les camions de marchandise et respirer cette poussière qui fait dire aux laotiens qu'il n'y a que deux saisons au Laos : la saison de la boue et la saison de la poussière.

Ancienne capitale du royaume du million d'éléphants, Luang Prabang est réputée et appréciée pour ses très nombreux temples et monastères, ainsi que pour son architecture coloniale bien préservée.

C'est pour nous l'occasion de retrouver notre fleuve fétiche, le Mékong, dont nous suivons le cours depuis Chau Doc, au Vietnam, et que nous avions quitté à Vientiane, le laissant bifurquer vers l'ouest pour former une frontière naturelle avec la Thaïlande.

Rencontre de Saro sur le "night market" du Luang Prabang. Ce jeune indien a entrepris un long voyage à vélo, depuis l'Inde.

C'est justement au bord du Mékong que nous passerons notre première soirée. Sur les conseils de Violette, une jeune voyageuse française rencontrée chez Tao, nous franchissons la passerelle en bambou jetée sur la rivière Nam Khan, à sa confluence avec le Mékong, pour prendre position à la buvette de Mr Four, stratégiquement installée dans l'axe du coucher de soleil.

Mr Four nous accueille près de sa cabane avec son sourire édenté. Il parle français et a le même âge que nous. Puisque nous avons le même âge, nous sommes amis. Et puisque nous sommes amis, il nous invite à dîner chez lui, après la fermeture de sa buvette.

Il ne nous reste plus qu'à savourer ce nouveau crépuscule sur le Mékong, contemplant le ballet des bateaux sur le fleuve, frêles esquifs de pêcheurs au filet, ou longs slow boats de transport fluvial de personnes ou de marchandises.

Coucher de soleil sur le Mékong, à Luang Prabang 

Comme promis, Mr Four nous emmène dans sa modeste maison une fois la nuit tombée. Nous y ferons la connaissance de sa femme, de sa belle-fille et de sa petite-fille. Le repas est copieusement arrosé du fameux whisky Lao, que monsieur Four avale cul sec sous le regard en coin de son épouse. Puis vient l'heure des photos de famille que l'on sort précautionneusement de la vieille armoire. Nous montrons à notre tour, et avec beaucoup de fierté, les photos de nos deux filles. Lorsqu'un projet de mariage de notre fille ainée avec leur fils célibataire commence à voir le jour dans la tête de Mr Four, nous comprenons qu'il est temps de prendre congé avant qu'une promesse trop formelle ne nous soit extirpée.

Chez Mr Four 

Si la ville de Luang Prabang recèle d'innombrables trésors architecturaux, la campagne environnante n'est pas en reste avec ses montagnes et ses magnifiques cascades. Les cascades de Kuang Si sont sans conteste les plus belles avec leur multitude de vasques en concrétion calcaire dans lesquelles s'écoule une eau turquoise au milieu du vert émeraude d'une forêt luxuriante.

Les cascades de Kuang Si près de Luang Prabang

Centre de pratique bouddhiste de tout premier plan au Laos, Luang Prabang héberge de très nombreux moines dans ses multiples temples et monastères. A condition de se lever très tôt le matin, il est possible d'assister au Tak Bat, la quête matinale des offrandes aux moines, ceux-ci ne vivant que de l'aumône des fidèles. A la lueur des lampadaires, un long cordon couleur safran déambule selon un défilé parfaitement orchestré. Chaque dévot dépose une pincée de riz ou un biscuit dans le bol à aumônes de chaque moine en méditant sur le thème de la générosité, tandis que les moines méditent sur le thème de la pauvreté volontaire.

Le rituel matinal du Tak Bat à Luang Prabang 

Nous quittons Luang Prabang en début de matinée pour deux jours de remontée du Mékong en bateau jusqu'à la frontière thaïlandaise. La brume se lève rapidement pour laisser place à un ciel d'azur.

Point de villages, ni de pêcheurs sur les berges escarpées. C'est un nouveau visage que le Mékong dévoile ici : le domaine de la roche vive et de la végétation sauvage.

Le lit du fleuve est une alternance de plans d'eau tranquilles et de veines de courant qui serpentent entre les rochers affleurants. Nous supposons que le pilote connaît le fleuve et ses écueils comme sa poche. De temps en temps, à la faveur d'un élargissement de son lit, le Mékong nous offre à voir de belles plages désertes de sable blanc. Après l'intensité touristique de Luang Prabang, cette immersion soudaine dans une telle "sauvagerie" nous rappelle que nous traversons le quatrième pays le moins peuplé d'Asie.

Le charme s'interrompt toutefois momentanément lorsque nous croisons les chantiers chinois titanesques d'édification des piles en béton qui recevront les tabliers des ponts autoroutiers ou ferroviaires. Ils permettront de lancer prochainement des trains à grande vitesse entre la Chine et la Thaïlande puis, un jour, jusqu'à Singapour, à l'extrémité sud de la péninsule malaisienne. Ce sont les "nouvelles routes de la soie" que la République populaire de Chine dessine ici, à travers jungles et montagnes, pour accélérer les flux de touristes et de marchandises vers le reste du Monde.

 Les nouvelles routes de la soie se dessinent au Laos comme ailleurs

Alors que nous sortons tout juste d'un long méandre qui nous met plein cap vers l'Ouest, une animation peu ordinaire attire l'attention des passagers. Des va-et-vient en courant, d'un bout à l'autre du bateau, des éclats de voix entre les membres de l'équipage… Puis l'information commence à circuler : il y a un trou dans la coque. Un rapide coup d'œil au compartiment moteur et le constat s'impose : notre navire prend l'eau. Après un premier échouage sur une plage déserte et une tentative de pompage, notre pilote décide de rejoindre la berge opposée qui, fort opportunément, est occupée par un village sur son flanc, tandis que quelques bateaux de transport de passagers, plus ou moins en état de naviguer, y sont amarrés. L'équipage discute et s'active, puis nous comprenons progressivement qu'il va nous falloir quitter le bateau percé pour embarquer dans l'un des slow boats que les dieux avaient fort judicieusement déposés ici, au milieu de nulle part, sur cette berge du Mékong, en pleine jungle du Laos du nord.

Et voici que l'on transfère les sièges et les bagages vers le deuxième navire venu s'accoler au premier. Au bout d'une demi-heure de manœuvre, nous voici entassés dans un bateau deux fois plus petit, parmi les piles d'œufs et les caisses d'oranges, priant les esprits du Mékong pour que la conjonction des rapides et de la surcharge ne vienne infléchir trop gravement l'équilibre du vaisseau, au moins jusqu'à Pak Beng, village étape sur notre route fluviale vers la Thaïlande. Inutile de chercher les brassières de sauvetage, il n'y en a pas.

Le soleil est désormais au zénith, baignant toute la vallée dans une lumière intense. Nous rangeons nos appareils photo dans leurs sacs étanches…

Durant la dernière heure de navigation avant d'arriver à Pak Beng, notre progression s'aligne sur l'axe du soleil déclinant, dont les rayons enveloppent les frondaisons d'un halo doré, soulignant les motifs des arbres, par contraste des feuillages et des contre-jours. Nous aimons ces ambiances de fin d'après-midi, quand la chaleur s'adoucit et que l'on peut se laisser caresser la peau par les rayons du soleil. Compte-tenu du temps perdu lors de l'avarie et du changement de bateau, la dernière demi-heure sera effectuée sous les étoiles. Nous sommes impressionnés par la dextérité du pilote qui parvient à éviter les ilots et les écueils dans la nuit noire.

Le lendemain, nous embarquons sur un nouveau bateau pour une deuxième journée de navigation vers la Thaïlande. Après la dissipation des brumes matinales, c'est une journée paisible qui s'annonce. Le rythme lent du bateau nous laisse le temps de vivre pleinement ces derniers moments au Laos, d'échanger quelques salutations et regards complices avec les locaux, habitants des villages déposés çà et là sur une plage ou sur un simple rocher, avec leurs bagages et leurs marchandises.

Puis nous réalisons bientôt que nous longeons déjà la Thaïlande, à bâbord, tandis que le Laos s'éloigne inexorablement, à tribord. Dans quelques heures, à la nuit tombante, nous foulerons le sol du Royaume de Siam.

30
janv
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Publié le 1er mars 2019
La rivière Nam Lik s'écoulant au pied de l'auberge de Tao 

Stanko nous prévient : si vous allez dormir chez Tao, vous aurez droit à un hébergement très rustique mais vous serez au bout du monde, au pied de montagnes couvertes de jungle, au bord d'une rivière magnifique dans laquelle il fait bon se baigner... Puis il nous remet un prospectus photocopié en noir et blanc sur lequel figure un schéma dessiné à la main. Il n'en fallait pas davantage pour nous convaincre !

Michele (Mikélé) est un expatrié italien établi au Laos. Avec Tao et ses deux jeunes adolescents, ils tiennent une auberge "unique et très spéciale" au village de Sisangvone, quelque part entre une piste poussiéreuse et une rivière aux reflets d'émeraude, entre Vang Vieng et Luang Prabang, au centre du Laos.

Mais pour se rendre chez Tao, il nous faut tout d'abord trouver un moyen de transport. Nous présentons au guichetier de la gare routière de Vang Vieng le bout de papier sur lequel figure le shéma pour se rendre à la "Tao Guesthouse". Un songtéo partira dans cette direction demain matin à 9h00. On viendra nous chercher à notre hôtel à 8h30. Marché conclu !

Nous voici donc arrivés à la gare routière comme prévu. Un songtéo est déjà avancé, prêt à embarquer des passagers locaux et leurs bagages. Un homme à qui il manque un œil, et qui semble être le conducteur, nous invite à monter dans l'engin, puis nous fait redescendre : il y a une erreur sur l'horaire. Notre songtéo devrait partir à 11h00. Ce premier véhicule finit par démarrer et quittera la gare routière avec l'homme borgne au volant.

On nous fait finalement monter dans notre camionnette vers midi. Le temps de charger d'autres passagers et leurs marchandises, nous partons vers 13h00 pour une épopée mémorable en direction de Sisangvone. Nous sommes serrés comme des sardines dès le départ, mais nous sommes alors loin d'imaginer que la camionnette s'arrêtera à chaque fois que des gens lui feront signe au bord de la route.

A chaque arrêt, le chauffeur commet l'exploit d'entasser des passagers supplémentaires à l'intérieur de la cage et les bagages sur le toit. Nous sommes bientôt le double de la capacité d'accueil du véhicule. Certains passagers se retrouvent debout à l'arrière, accrochés à l'extérieur du camion, nos sacs à dos coincés entre leurs jambes, tandis que d'autres sont assis au milieu, sur les bagages ou les ballots de marchandise.

La route est chaotique et poussiéreuse. Nous comprenons vite pourquoi le chauffeur avait distribué des masques avant le départ.

Lorsque nous arrivons finalement à l'auberge, des passagers se retrouvent à voyager sur le toit du songtéo. Nous sommes soulagés d'être enfin arrivés après 3 heures de trajet, mais ne pouvons nous empêcher d'avoir une pensée compatissante pour tous ces "locaux", habitants des petites villes et des villages du Laos, en songeant au quotidien que vivent ces femmes, ces enfants et ces hommes qui n'ont d'autre choix que le songtéo pour se déplacer sur les routes chaotiques du Laos rural.

L'auberge de Tao a en effet de quoi surprendre. Nous sommes tout d'abord accueillis dans la maison principale par Tao, la compagne lao de Michele, et propriétaire des lieux. Des jeunes voyageurs attablés ou allongés dans les hamacs nous saluent avec le sourire. Il semble régner ici une ambiance très amicale, décontractée, avec cette petite touche de bohême qui, soit vous met à l'aise tout de suite, soit vous fait comprendre que l'endroit n'est pas fait pour vous.

C'est dans cette grande pièce sur pilotis, au dessus des poules et des coqs, que s'organise la vie collective. Car ici, on vit, on mange, on cuisine avec la famille. Puis Michele nous conduit à notre bungalow, une petite maison en bois sur pilotis, avec vue sur le jardin et sur la rivière. Car c'est ce qui fait de cet endroit un petit coin de paradis. Un jardin en permaculture, qui nourrit toute la famille et les pensionnaires, que Michele est fier de nous faire visiter. Même le café et le tabac sont produits dans les jardins de Tao. Et une rivière d'un beau vert bleuté qui s'écoule entre les rochers et la végétation luxuriante, surplombée par une plateforme en bambou, et dans laquelle il fait bon se baigner dans le contre-courant. C'est ici que Kipe et ses amies viennent tous les jours faire la conversation avec les voyageurs. Elle ne connait que trois ou quatre mots d'anglais, mais ses rires malicieux et son petit air espiègle en font une communicante hors pair avec les étrangers.

Dès le lendemain de notre arrivée, Michele nous propose de participer à une excursion dans la jungle, en compagnie d'un ami guide local au nom imprononçable. L'homme connaît la forêt comme sa poche. Puisque nous avons le même âge, il déclare rapidement que nous sommes donc des amis proches. C'est ainsi que les relations humaines se construisent ici. Nous progresserons les trois quarts du temps dans le lit des rivières, en ne les quittant que pour traverser une parcelle de forêt jusqu'à la prochaine rivière. Ici, le maniement de la machette fait partie des compétences de base. Hommes, femmes et enfants emploient cet outil pour toutes sortes de travaux, que ce soit pour se frayer un passage en forêt, pour couper un tronçon de bambou ou pour récolter un régime de banane. De temps à autre, nous croiserons des couples d'habitants venus relever des pièges ou cueillir quelques plantes sauvages.

Puis nous parvenons à notre destination finale. Une cascade secrète au bout d'un ruisseau, dans son écrin de lianes, de bambous, de bananiers sauvages et de palmiers.


Puis il nous faudra finalement quitter l'auberge de Tao après quelques jours de ressourcement et d'immersion dans ce que Michele appelle le "Real Laos", au plus près de la vie quotidienne et des coutumes locales. En quittant la famille qui nous a hébergés et avec qui nous avons partagé le quotidien, nous éprouvons à nouveau cette émotion du départ, celle que nous avions connue en quittant l'auberge des rizières de Lonji, en Chine, et plus récemment à l'auberge de Tad Lo au bout du plateau des Bolovens.

Avant de partir, nous rendrons visite à ces villageois qui traversent une passerelle acrobatique enjambant la rivière. Le soir venu, ils reviennent de la cueillette des longues herbes au panache délicat qui servent à confectionner les balais utilisés partout en Asie. Des gens simples, joyeux et besogneux, et toujours ces sourires amicaux...

25
janv
25
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Après une pause de quelques jours à Vientiane, la capitale du Laos, nous poursuivons notre progression vers le nord du Pays pour une escale à Vang Vieng.

Installée sur les rives de la rivière Nam Song, cette bourgade est située au milieu de magnifiques montagnes karstiques. En nous promenant à pied et en scooter, nous explorons la campagne environnante, à travers les rizières en culture ou en jachère, les villages animés, les pistes poussiéreuses, les forêts de bambous et les plantations d'hévéas.

C'est par une belle fin d'après-midi ensoleillée que nous découvrons la plus belle perspective sur les paysages de Vang Vieng, à la faveur d'un vol en ballon au dessus de la plaine dorée encerclée par les impressionnantes silhouettes des montagnes. Une fois atteinte l'altitude de croisière, les bruleurs à gaz se taisent pour laisser place au silence. Vous flottez alors littéralement dans les airs, contemplant l'immensité du monde à partir de votre minuscule nacelle en rotin. Et vous vous prenez à rêver d'un autre monde, un monde où l'on voyagerait en montgolfière ou en ballon dirigeable, en rase-motte au dessus des forêts et des rizières, des fleuves et des montagnes, dans un silence tout juste entrecoupé par le son des bruleurs et la douce chaleur des flammes, entre les lumières de l'aube et les lueurs du crépuscule.

 Vol en ballon au dessus de Vang Vieng

En voyageant à travers le paisible Laos, en traversant ses fabuleux paysages et en se réchauffant le cœur des sourires et des "Sabaidee !" de ses habitants, on en oublierait presque à quel point ce peuple reste meurtri par les 2,5 millions de tonnes de bombes déversées sur son territoire, entre 1964 et 1973, durant la guerre secrète menée par la CIA en Indochine. La piste d'atterrissage abandonnée de Vang Vieng témoigne encore de cette époque récente où décollaient et atterrissaient les B52 d'Air America chargés, dans le plus grand secret, de couper les voies de ravitaillement des combattants nords-vietnamiens. 30% des munitions larguées continuellement pendant 9 ans, soit 80 millions de bombes, n'auraient pas explosé. Ces bombes à fragmentation, grosses comme des balles de tennis, sont enterrées plus ou moins profondément ou simplement restées à la surface des champs. Le simple fait pour un enfant de marcher dessus, pour un paysan de travailler la terre ou pour une femme de faire du feu pour cuisiner suffit à provoquer leur explosion et engendrer les pires mutilations.

L'ONG COPE informe le public sur l'histoire des munitions non explosées au Laos et les conséquences sur la vie quotidienne dans le pays, sur la manière de travailler des démineurs, hommes ou femmes, majoritairement de simples habitants sous-équipés, et sur son travail pour améliorer la qualité de vie des personnes mutilées.

70 000 personnes ont été tuées par l'explosion tardive des bombes américaines du Laos. Et cela devrait continuer encore longtemps. En prendre pleinement conscience est une autre manière de prendre de la hauteur quand on voyage au Laos.

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Nous poursuivons notre exploration du sud du Laos par une échappée en scooter de quatre jours sur le plateau des Bolovens. Vaste région de montagnes, de forêts primaires et de plantations de café, habitée par plusieurs minorités ethniques animistes, les Bolovens restent, comme la plupart des régions du sud du Laos, préservés des flux touristiques de masse.

Un premier arrêt nous permet de rencontrer Mr Vieng sur sa plantation de café, en pleine opération de torréfaction dans son modeste atelier artisanal. Nous dégustons un thé vert local avant de visiter la plantation quand une averse tropicale s'abat soudainement sur le plateau, transformant instantanément la poussière du sol en boue rouge et collante. Tandis que nous aidons Mr Vieng à mettre ses séchoirs à l'abri, des jeunes filles profitent de l'aubaine pour se doucher toutes habillées sous l'eau chaude qui dévale de la toiture. Ici, en saison sèche, la survenue d'une averse est vécue comme un bienfait auquel nous ne sommes pas habitués...

A la faveur d'une accalmie, nous reprenons la route afin d'arriver à notre Guesthouse avant la nuit. Les nuages orageux et les averses lointaines se dessinent sur fond de soleil couchant pour nous offrir un crépuscule mémorable, sur la savane des bolovens.

Sur la route de Tad Lo 

Nous voici installés au village de Tad Lo, à proximité des cascades du même nom, idéalement situé pour visiter la forêt primaire aux arbres géants, ses temples secrets, et assister au bain des éléphants, le soir, au soleil couchant.

Nous sommes hébergés par une famille du village avec qui nous partagerons le quotidien durant ces quatre jours d'escapade hors du temps, entre séances de cuisine, dîners avec la famille et partage d'expériences avec les autres voyageurs venus se perdre ici.

Tad Lo 

Nous rendrons visite à Mr Hook pour une découverte particulièrement enrichissante de son village, de ses plantations de café et de la nature environnante. Nous sommes ici chez les Katus, en terre animiste. Mr Hook nous met en garde sur les règles d'usage à connaitre pour ne pas contrevenir aux croyances profondément ancrées chez les habitants du village, notamment sur l'interdiction de photographier les adultes, sous peine de "voler leur âme". Nous sommes ici en présence d'une communauté dont la vie en société se trouve régie par un double système de loi, la loi officielle de l'Etat Lao, et la loi imposée par la religion animiste. Tout le monde fume la pipe à eau dès l'âge de 3 ans. Si quelqu'un se blesse ou tombe malade, on consultera tour à tour le gourou, le shaman et le médium. Si aucune de ces médecines traditionnelles ou de ces incatations n'améliore la santé du malade, cela signifie que ce dernier n'a plus qu'à attendre la mort car on ne recoure pas, chez les Katus, à la médecine officielle. Les villageois ne connaissent pas la langue officielle du Laos, mais uniquement le dialecte de l'ethnie Katu. Polygamie, sorcellerie, magie noire, sacrifices, mariages d'enfants sont ici toujours pratiquées, même si certains jeunes gens tentent une ouverture vers la modernité. C'est notamment le cas de Mr Hook qui, bien que neveu du shaman du village, exerce son métier de guide et propose un accueil aux voyageurs dans sa maison, sous la surveillance et le regard méfiant, du reste de sa communauté.

Tout au long de notre promenade, Mr Hook nous montrera les techniques de culture du café, nous fera découvrir les plantes médicinales et leurs usages, les techniques de chasse ancestrales, nous fera goûter les fourmis rouges, et nous livrera nombre d'informations sur les modes de vie, les coutumes et les croyances de sa communauté.

En quittant ce village, nous sommes émus par les conditions de vie des membres de la communauté et par l'histoire de Mr Hook, ce jeune homme qui a eu le courage de fuir sa famille pour étudier et s'ouvrir au monde, au prix de sa mise au banc par toute sa communauté. Car, au delà de l'archaïsme apparent de leur culture, se sont des gens affables que nous avons rencontrés chez Mr Hook, des femmes et des enfants curieux de notre apparence physique différente et prêts à entrer en relation avec nous, malgré tout ce qui pouvait nous séparer.

Mr Hook et le village animiste Katu

Nous poursuivons notre exploration des environs de Tad Lo par une longue randonnée à la recherche de la plus haute chute d'eau des environs. Nous voici donc engagés à travers les rizières asséchées et les villages de minorités, devinant le cheminement à suivre, sur les quelques sentes apparentes. En traversant un village, un homme se propose de nous guider sur la partie la plus hasardeux de l'itinéraire, sa cigarette en feuille de bananier à la bouche. Après un dernier village, nous traversons un potager verdoyant dans lequel des villageois de tous les âges s'affairent à arroser les cultures. Une jeune fille nous indiquera la direction finale qui nous mènera au pied de la chute d'eau. Un chien, qui nous avait suivi depuis le potager, prendra la relève en nous guidant précisément au sommet de la falaise, à travers les pentes, les bambouseraies et les sentes devenues insignifiantes ou invisibles.

Nous repartons en fin d'après-midi vers le village de Tad Lo, sous une belle lumière de fin de journée. En longeant la rivière, à l'approche du village, les berges sont animées par la présence des habitants qui viennent ici tous les soirs se laver pudiquement. C'est un moment privilégié de retrouvailles après la journée d'école ou de travail. Il y règne toujours une ambiance de joie et de bonne humeur, un moment où le temps semble s'arrêter au profit d'une sorte de communion, d'une certaine forme de "vivre-ensemble" que nous avons peut-être perdue en occident.

Randonnée à la cascade de Tad Soung

En quittant notre guesthouse de Tad Lo, nous ressentons un sentiment semblable à celui que nous avions connu en laissant Shirley et la famille de l'auberge des rizières de Lonji, en Chine, en octobre dernier. Un sentiment partagé entre une certaine tristesse de quitter des gens si attachants, avec qui nous avons vécu une petite tranche de vie, et la joie de reprendre la route, vers de nouveaux horizons, de nouvelles rencontres.

Nous terminerons notre boucle sur le plateau des Bolovens par la visite des principales chutes d'eau qui font la réputation de la région, toutes plus majestueuses les unes que les autres, dans leur écrin de jungle tropicale.

Cascades de Tad Fan, Tad Yuang et Tad Champee 
4
janv

Poursuivant notre longue et lente remontée vers le nord de l'ex-Indochine, à travers la République démocratique populaire lao, nous restons dans l'intimité du fleuve Mékong, la "mère de tous les fleuves", avec qui nous continuerons de fleurter jusqu'à notre entrée en Thaïlande, dans quelques semaines. Tantôt sur les berges, à travers villages et bosquets de bambous, tantôt sur les flots, miroirs du ciel, teintés d'or et d'argent, nous ne nous lassons pas du spectacle émouvant du Mékong et de la vie quotidienne du peuple de l'eau.

Après une pause prolongée aux Quatre mille iles, nous faisons étape à Champassak, ancienne cité royale à l'architecture bien conservée, qui s'étire paisiblement sur la rive occidentale du Mékong, à hauteur de l'ile de Don Daeng. Si les temples colorés ne manquent pas, comme c'est la règle dans toute la région, un édifice religieux nous intrigue cependant, tant il est inhabituel en ces terres bouddhistes : une église catholique, vraisemblablement la première qui fut érigée au Laos. Ses couleurs vives du passé se mélangent aux auréoles noires de la patine du temps, lui conférant un charme tout particulier, ici, au milieu des cocotiers, à quelques mètres du Mékong. Plus loin, c'est un vénérable albizia saman, arbre à pluie, qui étale ses 2400 mètres carrés de branchage face au soleil couchant.

Après une exploration de la région en scooter, sur les pistes poussiéreuses de la saison sèche, assister au crépuscule sur le Mékong, depuis la terrasse de notre guesthouse, reste un moment privilégié de méditation contemplative.

Champassak, l'ile de Don Daeng et sa campagne environnante 

Erigé sur les collines sacrées qui dominent Champassak, à l'emplacement d'une source également sacrée, le temple Wat Phou fait comme un écho aux scènes sublimes des temples d'Angkor. Initialement voué au culte de la trinité indouiste, Shiva, Brahma et Vishnu, cet ensemble architectural préangkorien remarquable, avec son escalier monumental bordé de frangipaniers centenaires, est aujourd'hui un sanctuaire bouddhiste très actif et un haut lieu de pélerinage lors de la fête du Makha Busa, qui a lieu chaque année, le quinzième jour de la lune croissante du troisième mois.

Temple de Wat Phou 

Au XIVe siècle, sous l'empire Khmer, l'actuel territoire du Laos fut nommé "Lan Xang", littéralement le "Royaume du million d'éléphants". Si nous n'avons pas, à ce jour, rencontré les fameux pachydermes, malgré nos diverses incursions à travers villages et campagnes, nous savons en revanche que le Laos est aussi le pays du milliard de sourires, une affection des zygomatiques qui peut se transmettre au voyageur au long cours en cas de séjour prolongé.

Laos, royaume du million d'éléphants et du milliard de sourires 
30
déc

Migrer du Cambodge au Laos par la voie terrestre implique de franchir un poste frontière considéré comme étant l'un des plus difficiles de toute l'Asie. En tous cas, c'est la réputation qui en est faite sur les carnets de voyage de certains "backpakers" qui s'arqueboutent sur le principe de ne pas concéder un dollar de plus au tarif officiel. Certains résistent bec et ongles, comme un défi sportif, à la pratique institutionalisée qui consiste à prélever une taxe non officielle de sortie, côté cambodgien, et à majorer le tarif du visa côté lao. Cette petite aventure fut pour nous une parenthèse récréative dont nous garderons finalement un bon souvenir.

Une fois déposés par notre mini-van au poste frontière cambodgien, au bout de la route goudronnée, nous voici au milieu de nulle part, dans un paysage de forêt clairesemée aux faux airs de savane.

C'est une belle fin d'après-midi de début d'hiver, éclairée par un soleil radieux qui diffuse une douce chaleur d'été indien. Tout est calme et silencieux. Nous commençons à goûter l'ambiance paisible et nonchalante du Laos.

Une fois obtenu le précieux laisser-passer, nous embarquons pour la première fois de notre voyage dans un Sangteo, sorte de pick-up couvert doté de deux bancs face-à-face. Première découverte des transports et des pistes poussiéreuse et chaotiques du Laos.

Passage terrestre de la frontière Cambodge - Laos 

Nous voici partis pour un séjour de deux mois au Laos. Première étape aux 4000 Iles, tout au sud du pays, un archipel de jungles, de rizières et de plages de sable qui divise le Mékong en une multitude de bras. Le soir tombe déjà et nous voici à bord d'une pirogue motorisée qui nous conduira jusqu'à notre bungalow sur l'ile de Don Khone.

Sur le Mékong, en direction de l'île de Don Khone 

Le soleil couchant s'accroche aux filets des pêcheurs avant de disparaître derrière la ligne de cocotiers de l'île de Don Det, de l'autre côté d'un bras de Mékong qui s'écoule paisiblement sous notre terrasse. C'est dans cette ambiance de bout du monde que nous avons le plaisir de retrouver Valériane et Luca, notre couple d'amis voyageurs suisses, rencontré dans le transmongol, puis retrouvé à Pékin, puis dans les rizières de Longji, puis dans les montagnes karstiques de Yangshuo.

C'est ici, sur l'archipel perdu du Mékong, que nous passerons notre premier Noël tropical.

Outre leurs splendides couchers de soleil, les Quatre mille îles offrent au voyageur la possibilité d'approcher les fameuses chutes du Mékong. Les chutes de Khan Pa Soi s'apprécient très tôt le matin, dès les premiers rayons du soleil. C'est un nouveau visage du Mékong qui se révèle alors à nos yeux, à la faveur d'un survol par drone interposé, celui de l'immensité et de la splendeur des cataractes des Quatre mille îles.

Chutes de Khan Pa Soi 

En fin de journée, c'est aux cascades Li Phi qu'il faut admirer les reflets du soleil couchant sur la multitude de bras et de cascades bouillonnantes, qui dévalent pour finalement retrouver le cours paisible et langoureux d'un Mékong assagi, qui poursuivra tranquillement sa route au Cambodge et au Vietnam, vers la Mer de Chine orientale.


Cascades de Li Phi   
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Pauses longues 

A la pointe sud de l'île de Don Khone, à l'aval des cascades, le Mékong s'assagit pour prend la forme d'un vaste plan d'eau. C'est ici qu'évoluent les rares dauphins d'Irrawaddy, un cétacé d'eau douce en voie d'extinction.

Les Si Phan Don (littéralement les quatre mille îles) sont un archipel fluvial situé à l'extrême sud du Laos, là où le lit du Mékong s'étale sur une largeur de dix kilomètres. Ses chutes d'eau, d'une dénivellation de 15 mètres, et les rapides qu'elles occasionnent, forment un obstacle naturel infranchissable pour la navigation fluviale. En s'aventurant sur les sentiers de Don Khone, on trouve les vestiges des locomotives et de la voie ferrée installées par les français en 1893 pour le transbordement des canons destinés à la protection de la toute nouvelle frontière entre le royaume de Siam et le Laos. Ces impressionnants rapides sont connus pour les techniques de pêche aussi spectaculaires que dangereuses employées par les habitants pour capturer les poissons à l'aide d'énormes nasses en bambou installées dans les chutes d'eau et dans les courants. Chaque année, à la saison de la mousson humide, des bateliers se livrent à des manœuvres périlleuses, dans le tumulte des chutes d'eau se fracassant sur les rochers, pour déposer les pêcheurs sur des systèmes de cordes et de bambou, en vue de relever leurs pièges et capturer les très nombreux poissons obligés de franchir les chutes du Mékong pour leur avalaison saisonnière.

Cette pratique aura coûté la vie à nombre de villageois locaux.

Toutefois, il semble bien que cette tradition soit compromise par les très nombreux projets de barrages hydro-électriques financés par la Chine sur le bassin Lao du Mékong, leur permettant d'exporter de l'électricité en direction de la Thaïlande, de son industrie et de ses millions de climatiseurs. Au-delà d'une tradition ancestrale, c'est une ressource inestimable en protéines pour les populations locales qui devrait s'épuiser dès lors que le cours du Mékong sera définitivement modifié et, au-delà, les modes de vie et les conditions mêmes d'existence d'une population qui ne se doute probablement pas encore de la manière dont son destin pourra basculer d'ici peu.

Scènes de vie quotidienne sur Don Khone 
17
déc

Bâtis entre 800 et 1300 de notre ère, à l'apogée de la civilisation Khmer, les temples d'Angkor font partie de ces grandes merveilles de la planète qui nourrissent les rêves des voyageurs, telles les pyramides d'Egypte, le Machu Picchu, la grande muraille de Chine ou encore le Taj Mahal.

Nous consacrerons trois journées entières à la découverte de ce monde perdu, à parcourir à vélo les kilomètres de pistes qui relient des temples grands comme des villes, des remparts jalonnés de portes monumentales, et des galeries de bas reliefs à n'en plus finir.

Une exploration de la cité d'Angkor commence par le spectacle éblouissant du levé du soleil sur le complexe majeur d'Angkor Wat. Dès cinq heures du matin, les premières lueurs de l'aube dessinent l'incroyable silhouette des tours en forme de lotus du temple consacré au dieu Shiva. Le reflet des cinq tours du sanctuaire sur les douves, à partir de la porte occidentale, procure un spectacle aussi sublime qu'éphémère, plongeant le visiteur dans l'ambiance fascinante d'un voyage à travers l'histoire d'une des civilisations les plus brillantes que la terre ait connu.

Le temple d'Angkor Wat 

S'ensuit l'exploration de la multitude de temples répartis sur les quatre cents kilomètres carrés de forêt de la partie visible du site d'Angkor. A commencer par Angkor Thom et le temple-montagne du Bayon et ses emblématiques tours à quatre visages. Nous profitons de l'heure matinale pour apprécier les premiers rayons du soleil venant caresser ces visages monumentaux aux sourires énigmatiques. En parcourant les coursives et les escaliers qui sillonnent le palais célestre du dieu Indra, comment ne pas songer à la formidable ingéniosité de ce peuple qui a su ériger de tels monuments, apprivoiser les déluges saisonniers en bâtissant un gigantesque système hydraulique de bassins capable d'éviter les inondations et de restituer l'eau si précieuse à la saison sèche ? Comment ne pas songer non plus à l'effondrement d'un empire aussi avancé, lorsqu'il perdit le contrôle de l'eau, la ressource la plus vitale et sur laquelle il avait fondé sa prospérité et sa domination ?

Le temple du Bayon 

Vient ensuite la rencontre du mythique Ta Prohm, l'un des temples les plus stupéfiants que la jungle ait entrepris de dévorer inlassablement. Etranglés par les racines géantes des banyans et des fromagers gigantesques, ses vestiges donnent l'impression au voyageur d'explorer les enceintes successives d'un mystérieux tombeau oublié depuis des siècles par l'humanité.

Une vraie leçon d'humilité aussi, comme le message d'une nature qui finirait toujours par reprendre sa place et son pouvoir face à l'arrogance des civilisations conquérantes.

Amélie, une jeune voyageuse parisienne rencontrée à Battambang, nous accompagnera durant les deux premières journées de notre exploration des temples d'Angkor, entre balades sur les remparts de la cité d'Angkor Thom, déambulations au cœur des ruines et navigations à bicyclette, sur les pistes et les sentiers, à travers la jungle, à la recherche de nouveaux temples, modestes ou majestueux, célèbres ou plus secrets.

En sillonnant Angkor trois jours durant, de long en large et de l'aube au crépuscule, nous constatons que le site n'a rien d'un musée à ciel ouvert dont on refermerait les portes une fois les derniers visiteurs repartis. Il y règne une vie quotidienne intense, entre les petits marchands, les chauffeurs de tuk-tuk, les écoliers en uniforme, les moines bouddhistes, les paysans des rizières et les pêcheurs au filet.

Les temples d'Angkor nous auront transportés par leur grandeur et leur majesté. Ils nous laissent le souvenir d'une exploration paisible, sur les petits chemins et sous la canopée, au son des cigales, sur les traces d'une civilisation disparue. L'exploration d'une histoire prestigieuse qui s'entremêle avec un présent bien vivant, celui des femmes, des hommes et des enfants qui font la société cambodgienne d'aujourd'hui, qui portent la promesse d'un avenir prospère, et qui tournent la page des années sombres de leur histoire récente.

6
déc
La plaine de Battambang vue du Phnom Sampeau 

Nous poursuivons notre séjour au Royaume du Cambodge par une étape à Battambang. Fondée au 11e siècle par l'empire Khmer, la deuxième ville du royaume est en fait une petite bourgade provinciale aux allures paisibles, installée sur les rives de la rivière Sangkae qui serpente tranquillement jusqu'au lac Tonlé Sap.

Les environs de Battambang sont constitués de plaines fertiles et verdoyantes, propices à la riziculture, et de collines karstiques. L'une d'elles, Phnom Sampeau, est surmontée de plusieurs temples bouddhistes dominant les plaines alentour. On y trouve également quelques grottes de sinistre mémoire puisque les Khmers rouges y précipitaient leurs victimes sur les rochers en contrebas.

Comme à l'habitude, c'est au soleil couchant qu'un tel lieu révèle toute sa magie, inondé par des lumières faisant resplendir les paysages environnants, et scintiller temples, stupas et autres bouddhas dorés.

La colline de Phnom Sampeau est traversée par une grotte-tunnel qui abrite quatre millions de chauves-souris. Chaque soir, à la même heure, les petits mammifères prennent leur envol pour former un interminable serpentin constitué par une multitude de minuscules silhouettes émergeant de l'anfractuosité de la colline. Jusqu'aux confins de l'horizon enflammé par les feux du soleil couchant, c'est une véritable rivière vivante et compacte qui ondule pendant une heure vers le lointain, formant des nuages en pointillés qui se font et se défont au gré des circonvolutions.

Notre chauffeur de tuk-tuk nous conduira vers une partie plus confidentielle de la colline, à l'écart des touristes, pour apprécier ce spectacle féérique sous son angle le plus sensationnel.

Bat Cave et l'envol des chauves-souris  

L'ancien aéroport désaffecté de Battambang est une véritable curiosité sociale. Chaque soir, au soleil couchant, sa piste d'atterrissage est investie par des familles qui pique-niquent et des jeunes qui viennent ici se distraire, après l'école, à l'écart de la ville. On y fait du vélo ou du jogging. Les jeunes couples font des tours de scooter. Des courses de dragsters y sont même parfois improvisées.

Et c'est tout une micro-économie qui s'est développée sur cette friche insolite. Des familles y installent des stands de vente de boissons et de street-food, avec des chaises en plastique ou des tapis étendus sur le sol. Les quelques militaires encore affectés au site viennent y prélever leur part des recettes et compléter ainsi leurs maigres salaires, en contrepartie d'une tolérance instituée comme il est de coutume dans cette région du monde.

En limite de piste, certains cultivent leur petit potager. Il règne ici une ambiance pacifique et familiale, reflet d'un certain art de la nonchalance propre à cette région du monde.

Pour rejoindre Siem Reap et les temples d'Angkor, nous choisissons une nouvelle fois le bateau, pour une longue remontée de la rivière Sangkae jusqu'au Tonlé Sap.

Le Tonlé Sap présente un régime hydrologique très particulier. Celui-ci s'emplit à la saison des pluies à la faveur de la rivière du même nom, dont le cours s'inverse du fait du reflux occasionné par le débit exceptionnel du Mékong lorsque celui-ci est grossi par la concomitance des moussons et de la fonte des neiges des montagnes de l'Himalaya, où il prend sa source.

Ce trajet fluvial va nous permettre de rencontrer une population au plus près de la réalité de sa vie quotidienne. Sur une première partie du trajet, c'est la plus profonde indigence qui se donne à voir à travers des groupes de familles installés ci et là, sur les berges, autour d'abris de fortune souvent constitués d'une simple bâche tenue par quelques morceaux de bambous. Puis, en progressant en direction du lac, apparaissent de véritables villages flottants, occupés par des familles de pêcheurs ou d'aquaculteurs. On y trouve toutes les composantes qui font la vie ordinaire d'une communauté organisée sur et autour de la rivière : épiceries, stations services, bureaux de police, écoles… On y croise, sur l'eau, des pirogues pilotées par des enfants en uniforme se rendant à l'école. De temps à autres, notre bateau s'arrête et vient s'arrimer à une maison flottante pour y livrer de la marchandise ou déposer des passagers, habitants des villages flottants ou membres de la famille en visite au village. Et partout sur notre passage, les sourires et les "hello" des enfants témoignant, sinon d'une certaine joie de vivre, au moins d'une certaine harmonie, d'une vie en osmose avec leur milieu. Un milieu pourtant menacé par le changement climatique qui viendra tôt ou tard, inéluctablement, modifier les grands équilibres naturels qui leur ont permis de prospérer modestement.

Sur la rivière Sangkae, entre Battambang et Siem Reap

Voici désormais plus de cinq mois que nous avons commencé notre voyage sans avion vers les lumières de l'aube. A la moitié de notre parcours, nous tenons à vous remercier pour les nombreux et sympatiques commentaires dont vous nous gratifiez à chaque publication d'une nouvelle étape. Vos messages sont autant d'encouragements pour nous à maintenir le lien avec vous et à tenter de partager nos émotions et notre émerveillement vis-à-vis des beautés d'un monde si grand mais si fragile.

Nous vous souhaitons une belle année 2019.

30
nov
30
nov

Sur les conseils de Sam, notre guide et amie du delta du Mékong, nous choisissons de prendre le bateau pour joindre Phnom Penh et poursuivre notre voyage au Royaume du Cambodge. Le speed boat s'apparente à une sorte de confortable autobus fluvial que les voyageurs peuvent emprunter pour les cinq heures de trajet qui séparent Chau Doc de la capitale cambodgienne. Naturellement, ce voyage transfrontalier par le Mékong implique des escales pour le passage successif de l'immigration et de la police des frontières vietnamienne et cambodgienne. Accoutumés à la nonchalance administrative de l'Asie du Sud Est, nous savourons cette pause un peu hors du temps, dans la cour ombragée d'un petit poste frontière au bord du fleuve, avant de nous immerger bientôt dans une nouvelle capitale asiatique.

Notre arrivée à Phnom Penh coïncide avec l'Om Touk, la fête de l'eau qui célèbre chaque année, à l'automne, la renverse du cours de la rivière Tonle Sap, affluent du Mékong. Plus d'un million de Khmers se rassemblent sur les berges pour encourager les équipes de leurs villages se livrant à une incroyable course de Dragon boats sur la rivière Tonle Sap. La terrasse de notre auberge, située sur les quais, nous offrira une vue panoramique de premier choix pour observer le ballet des pirogues géantes, la marée humaine multicolore, la parade lumineuses sur la rivière au soleil couchant et un spectaculaire feu d'artifice.

Si c'est un lieu commun que de parler de terres de contraste à propos des métropoles asiatiques, la ville de Phnom Penh n'échappe pas à la règle. En son centre-ville se côtoient à la fois des monuments clinquants, tels le Palais royal ou la Pagode d'argent, et les vestiges d'une architecture coloniale plus ou moins décrépite. Comme dans toute l'Asie du sud est, les trottoirs sont jalonnés de petites échoppes de marchands ambulants, de coiffeurs de rue et de stations-services dans lesquelles on stocke l'essence dans des bouteilles en verre. Le cœur de la ville bat toute la journée au rythme de ses marchés et, le soir venu, les "night markets" s'installent pour offrir une "street food" pleine de saveurs aux habitants et aux voyageurs quelque peu aventuriers. Mais dès que l'on s'aventure dans la petite ile de Koh Pich, à la confluence du fleuve Mékong et de la rivière Bassac, dans la partie sud est de Phnom Penh, c'est un tout autre paysage urbain qui se donne à voir. Les promoteurs chinois y construisent de gigantesques immeubles avec des terrasses couvertes de piscines à vagues et de plages artificielles dans de véritables ghettos dorés pour une richissime clientèle en quête de luxe et d'exotisme.

Comment aller à la rencontre d'un peuple aussi attachant, et tenter de le comprendre, sans regarder en face le sort tragique que lui a infligé le régime criminel de Pol Pot il y une quarantaine d'années seulement. La visite du centre de torture "S21" et des "Killing fields" nous paraissaient comme un passage obligé pour tenter de prendre conscience de l'horreur à laquelle les Khmers rouges ont soumis leur propre peuple de 1975 à 1979, en vidant littéralement les villes, en soumettant la population à un véritable esclavage et en assassinant dans des conditions de torture épouvantables environ deux millions de personnes, soit l'équivalent d'un quart de la population cambodgienne de l'époque.

Grace à l'audio-guide en français qui nous accompagne durant toute la visite de l'ancienne école transformée en prison et en centre de torture, nous pouvons découvrir, chacun à son rythme, le témoignage de survivants du génocide décrivant la barbarie des sévices et des conditions de vie infligées aux prisonniers selon des méthodes et une organisation qui dépassent l'imaginable.

Un peu à l'écart de la ville se trouvent les "killing fields", champs de massacre dans lesquels étaient exécutés, en silence et à l'arme blanche, puis enfouis dans des fosses communes, les victimes du régime sanguinaire des Khmers Rouges. L'émotion est à son comble, et les larmes difficiles à contenir, au moment de passer devant l'arbre sur lequel furent sauvagement massacrés des d'enfants et des bébés. Enfin le mémorial dans lequel sont exposés des restes humains des suppliciés permet à chacun de regarder en face l'indicible et de se recueillir en mémoire des victimes d'un génocide commis dans la plus totale indifférence du monde et avec la complaisance, sinon la complicité, d'un occident en pleine guerre froide et idéologique.

En quittant ces forges de l'enfer, nous vient alors la douloureuse question : comment ce peuple et ses descendants, composé à la fois d'anciennes victimes et d'anciens responsables et exécutants du génocide Khmer rouge, peuvent-ils vivre ensemble, faire société ? Comment concilier le besoin de réconciliation avec le devoir de mémoire, le pardon avec la nécessaire lutte contre l'impunité ?

Il faut bien se rendre à l'évidence. La société cambodgienne reste une société éclatée où se côtoient l'affichage indécent de la richesse arrogante de quelques uns et l'expression omniprésente de la plus grande pauvreté. En quittant les "killing fields" nous replongeons dans le quotidien de ce peuple aux sourires si attachants, et dont on se prend à espérer que l'énergie et la joie de sa jeunesse sont comme l'augure d'un avenir de paix et d'humanité.

Le 16 décembre 2018, un tribunal cambodgien parrainé par l'ONU a condamné les deux plus hauts dirigeants Khmers rouges encore en vie à la prison à perpétuité pour "génocide".

Douch, le chef de la prison "S21", où 15 000 personnes ont été torturées avant d'être exécutées dans les killing fields, a été condamné à la prison à perpétuité en 2012.


Pol Pot serait mort d'une crise cardiaque en 1998 sans avoir été jugé.

23
nov
23
nov
Couple de pêcheurs sur la rivière Chau Doc au crépuscule 

Après avoir traversé le Vietnam du Nord au sud, du Tonkin à la Cochinchine, nous voici à présent dans le delta du Mékong, la "mère de toutes les rivières", que nous avions approchée début novembre lors de nos excursions dans les montagnes du Yunnan, en République populaire de Chine.

Après avoir pris naissance dans l'Himalaya, puis bordé le Laos à la frontière de la Birmanie, puis de la Thaïlande, avant de couler au Laos, puis traversé le Cambodge, le fleuve nourricier irrigue le sud du Vietnam par ses neuf bras, les "neuf dragons", pour former une immense plaine fertile faite de mangroves, de rizières et de vergers où l'on cultive, en plus des bananiers, des fruits plus extraordinaires les uns que les autres : jacquiers, goyaves, mangoustans, durians...

Comment ne pas songer à "L'amant" de Marguerite Duras en empruntant le bac de Vinh Long : «Jamais, de ma vie entière, je ne reverrai des fleuves aussi beaux que ceux-là, aussi grands, aussi sauvages, le Mékong et ses bras, ces territoires d'eau qui vont aller disparaître dans les cavités des océans.»

Pour les quelques jours que notre visa nous autorise avant de devoir quitter la République socialiste du Vietnam, nous nous installerons à Chau Doc, petite bourgade frontalière du Royaume du Cambodge, idéalement située pour rejoindre Phnom Penh en bateau par le Mékong. Moins prisée que certaines grandes villes du delta, Chau Doc reste préservée de la surfréquentation touristique. Nous y retrouverons le plaisir des rencontres spontanées et joyeuses avec les habitants, telles que nous les avions connues dans certaines régions reculées de la Chine, et qui donnent cette saveur particulière au voyage, le sentiment ou l'illusion d'être moins des intrus que des visiteurs.

Dès notre première promenade à bicyclette, le long des canaux, au milieu des maisons sur pilotis, les sourires et les salutations chaleureux des enfants, des jeunes et des adultes nous promettent un séjour paisible et relaxant.

Sam est une habitante de Chau Doc, amoureuse de sa région et des gens simples qui y vivent. Sa passion : faire découvrir la beauté des paysages du delta et les modes de vie traditionnels de ses habitants. Depuis quelques années, elle s'est établie comme guide indépendante et propose une exploration singulière de la région, au plus près des gens et de la nature, avec une bonne humeur et un humour qui vous donnent le sentiment de partager une parenthèse amicale hors du temps et à distance des routines occidentales.

Nous commencerons dès l'aube par une navigation sur le fleuve en direction du marché flottant et des villages de pêcheurs. Après un copieux petit déjeuner vietnamien pris à bord de notre embarcation, Sam nous emmène découvrir la vie quotidienne des habitants du fleuve.

Villages et pêcheurs sur la rivière Chau Doc

Après un rapide passage au marché central, nous voici installés à l'arrière de son scooter et de celui d'un mototaxi engagé par Sam pour une longue randonnée à travers les rizières et les villages sur pilotis, en direction de la forêt de Tra Su, véritable havre de paix pour toutes sortes d'oiseaux multicolores. En chemin, nous nous arrêterons nous reposer sur la terrasse sur pilotis d'une joyeuse petite mamie installée dans son hamac, puis nous prendrons un thé chez un médecin pratiquant des thérapies traditionnelles à partir de toutes sortes de plantes récoltées bénévolement par les habitants et conservées dans de vieux tiroirs en bois tels qu'on les imaginerait dans l'arrière boutique des apothicaires d'autrefois.

Dans la campagne du delta du Mékong 

Avant un copieux déjeuner savouré en lisière de la forêt, nous nous laisserons glisser en pirogue sur les canaux d'un théâtre de forêt vierge des premiers matins du monde. Les cris des oiseaux et l'éclair furtif bleu électrique des martins pécheurs rivalisent avec la course des échassiers sur les tapis flottants des Jacynthes d'eau pour nous offrir le spectacle sensoriel d'une immersion totale dans la nature tropicale.

Forêt de Tra Su 

Au déclin du jour, Sam nous conduit au sommet de la colline Nui Sam, sur lequel trône une magnifique pagode formant un ensemble architectural bouddhiste prodigieux. Au mysticisme des lieux se mélange l'enchantement des paysages de rizières à perte de vue et la magie sans cesse renouvelée du soleil déclinant à l'horizon, inondant les temples et les âmes de sa chaude lumière et de sa promesse d'un prochain recommencement, dès qu'apparaitront de nouveau les premières lumières de l'aube.

Temples de la colline de Nui Sam 

Cette journée passée avec Sam laissera une empreinte particulière dans nos souvenirs de voyageurs, la sensation d'avoir partagé une parenthèse de la vie d'une habitante amoureuse de son pays, l'intimité des récits de son histoire et de son expérience de la guerre alors qu'elle était enfant, et le sentiment d'avoir une nouvelle amie quelque part au sud de l'Indochine.

Merci encore Sam pour cette belle soirée passée chez toi à partager un excellent repas typiquement local et à rencontrer d'autres voyageurs des quatre coins du Monde, ainsi que les enfants curieux de tes voisins.

17
nov
17
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Publié le 16 décembre 2018

Après les romantiques trains russes et mongoles, les ultra-modernes TGV chinois, il nous fallait expérimenter le populaire train vietnamien, surnommée le « Transindochinois » ou « ligne Mandarine», qui relie Hanoï et Saïgon par sa voie ferrée de 1 726 kilomètres. Depuis la chute de Saïgon et la fin de la guerre du Vietnam, il a été rebaptisé "Express de la réunification", bien qu'il roule à une vitesse moyenne qui avoisine les 40 km/h.

Construit par l'administration coloniale française entre 1882 et 1936, sa voie est de type métrique, telle qu'on les rencontre encore aujourd'hui en Corse, en Cerdagne et sur certaines petites lignes secondaires en Europe.

Au premier abord, le moins que l'on puisse dire est que l'atmosphère de la petite gare provinciale de Phan Thiet est on ne peut plus détendue, si on la compare avec l'organisation policière, technologique et industrielle des gares ferroviaires chinoises. Il flotterait presque un petit air de nonchalance méridionale en ce début de matinée à l'ombre des arbres du quai de la gare. Même le contact avec les fonctionnaires est bon enfant.

Une fois à l'intérieur de la voiture, un constat s'impose de suite. Si le matériel roulant est bien d'époque, son aménagement intérieur est tout récent et digne de certains bons trains occidentaux. Il faut dire que nous avons opté pour la deuxième classe avec sièges "mous", l'autre alternative proposant de pittoresques sièges en bois.

Toutefois, c'est bien le vieux transindochinois qui traverse les campagnes et les villes, provoquant d'impressionnants embouteillages à chaque passage à niveau aux heures de pointe. S'il est un métier à la fois désuet mais encore bien vivant au Vietnam, c'est celui de garde-barrière. Mais peut-être plus pour longtemps, car il semble bien que des investisseurs japonais soient déjà sur les rangs pour le remplacement de la voie métrique par des voies standard, des passages à niveau par des ponts et des tunnels, et des vieux wagons d'antan par des trains à grande vitesse.

Notre arrivée en soirée à Saïgon nous plonge dans le chao infernal des neuf millions de scooters qui envahissent les boulevards, les rues et les ruelles aux heures de pointe. Bien que déjà initiés à la jungle urbaine à Hanoï, nous renoncerons cette fois-ci à traverser le boulevard en vue de prendre le bus de l'autre coté de la chaussée et rejoindrons notre hôtel à pied au terme d'un véritable parcours du combattant dans une atmosphère irrespirable.

La Ville de Saïgon, rebaptisée "Ho Chi Minh Ville" après la réunification, est une ville de contraste, à l'image des grandes métropoles de l'Asie du sud est, avec toutefois un nombre encore assez limité de buildings extravagants et, en revanche, un patrimoine colonial encore bien présent et souvent remis en valeur pour son cachet pittoresque. La grande poste centrale continue de rayonner avec sa structure imposante, à l'intérieur de laquelle des fonctionnaires apposent les timbres sur les enveloppes après les avoir enduits de colle blanche, sous le regard paternaliste de l'Oncle Ho, tandis qu'à l'extérieur de grands écrans lumineux affichent des images emblématiques de l'ère communiste, célébrant le cinquantième anniversaire du "printemps" vietnamien et glorifiant l'entrée du Vietnam dans la civilisation moderne.

Si le voyage vers les lumières de l'aube nous conduit vers les beautés du monde, il nous faut accepter de porter un regard lucide sur l'empreinte plus ténébreuse laissée par la folie meurtière des hommes. A quelques dizaines de kilomètres de Saïgon se trouve le système de tunnels de Cu Chi, présenté comme "l'expression de la volonté inflexible, l'intelligence, la fierté des gens de Cu Chi, et le symbole de l'héroïsme révolutionnaire du peuple vietnamien". La visite des tunnels et les explications du guide produisent chez le visiteur un sentiment étrange. A la fois emprunt de gravité, par la prise de conscience du point auquel ces femmes, ces hommes et ces enfants ont pu sublir l'indicible, les bombardements, le napalm, l'agent orange... Et à la fois emprunt d'admiration pour l'abnégation et l'ingéniosité collective d'un peuple capable de vivre dans cette toile d'araignée souterraine de plus de 250 kilomètres de long, sur plusieurs niveaux, d'y dormir, d'y cuisiner, d'y manger, d'y combattre et même de mettre au monde !

De nos jours encore, les 80 millions de litres de défoliant déversés par l'armée américaine sur le Vietnam continuent de faire des victimes. Les cancers et les malformations à la naissance provoqués par la guerre chimique infligée par les américains touchent aujourd'hui la troisième génération. Il faudra encore de nombreuses décennies avant que l'environnement ne se rétablisse de la dioxine contenue dans l'agent orange et répandue dans le pays entre 1961 et 1971.

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Publié le 7 décembre 2018

Situé à mi-chemin entre Nha Trang et Saïgon, Mui Né est un village de pêcheur qui surprend le voyageur avec ses dunes de sable rouge évoquant plus le désert du sahara que le delta du Mékong. Sensation étrange que de marcher sur le sable orangé de ce petit erg, au levant ou au couchant, entre de vert profond de la foret et le bleu intense de la mer de Chine méridionale.

Un peu plus à l'ouest, un petit cours d'eau long de 2 kilomètres, probablement l'un des fleuves les plus courts du monde, se faufile dans une véritable réplique du Colorado en miniature. C'est le Canyon des Fées. A la saison sèche, vous pouvez vous y aventurer en marchant directement dans le lit du Suoi Tien et découvrir, à chaque méandre du ruisseau, de véritables scuptures minérales formant des tableaux oniriques sur des variations de rouge, d'ocre et de blanc crayeux.

Le canyon des fées 

Mais le véritable intérêt d'une étape à Mui Né réside dans la découverte de l'activité de pêche en mer qui occupe une large partie de sa population. Il suffit de descendre sur la plage aux premières lueurs de l'aube pour voir au mouillage les petites embarcations colorées, et s'organiser le ballet des bateaux paniers, ces petites barques rondes manoeuvrées à la godille, et qui servent à transporter le produit de la pêche, entre les plus gros bateaux et la plage. Dès lors, c'est toute une organisation qui s'active, avec des femmes qui s'affairent à trier les poissons, concasser les coquillages, et transporter les produits à l'aide de leur palanche jusqu'aux motos qui iront approvisionner les marchés locaux.