Carnet de voyage

Vers les lumières de l'aube

Par
49 étapes
299 commentaires
125 abonnés
Dernière étape postée il y a 31 jours
Par PolNor
 avec 
OrorBoreale
L'expérience contemplative de la métamorphose d'un monde. Une lente itinérance, au plus près des peuples et des paysages, à la poursuite du soleil levant.
Du 6 août 2018 au 27 mai 2019
295 jours
Partager ce carnet de voyage
21
juil
21
juil
Publié le 21 juillet 2018

D'un ailleurs à l'autre, le voyageur transporte ses désirs, ses rêves et ses imaginaires. Notre voyage se nourrit de cette quête d'étonnement, de découverte et d'altérité. Pour mieux comprendre le monde, apprendre à relativiser et à trouver notre place au sein de la communauté des plus de sept milliards et demi d'enfants, de femmes et d'hommes qui peuplent la planète. Une planète qui s’épuise sous l’effet de l’intensification et de l’accélération d'une certaine forme de modernité.

Nous avons voulu faire de notre voyage « vers les lumières de l’aube » une expérience de nomadisme à la fois sobre en carbone, et riche en découvertes et en rencontres. Le voyage en train, en autobus et en bateau s’imposait donc comme une évidence pour inscrire notre itinérance dans cette perspective.

Les lumières de l’aube sont pleines de promesses. Promesse d’un nouveau jour qui commence, d’une nouvelle tranche de vie à savourer. Promesse des paysages, des saveurs et des cultures d’un extrême orient qui nous fascine. Enfin, promesse d’une parenthèse à deux, le temps qu’il faut pour apprécier l’immensité du monde, unis vers le monde.

• • •

Nous avons rejoint St Pertersbourg après un détour par la Scandinavie et une étape en Estonie, puis entamé la longue traversée de la Russie en Transsibérien, jusqu'au Lac Baïkal. Puis nous avons traversé la Mongolie pour rejoindre le nord de la Chine. Dès lors, nous avons effectué plusieurs circonvolutions à travers l'Asie du sud-est, jusqu'à Singapour, à l'extrême sud de la péninsule malaisienne, ultime étape d'un voyage de 10 mois vers les lumières de l'aube.

l'itinéraire
9
août
Cathédrale Alexandre Nevsky (Tallinn) 

Après 2300 kilomètres en OuiGo et en FlixBux, nous voici arrivés au royaume de Suède.

Arrivée tardive à notre petite cabine du Red Boat, vieux navire construit en 1914, aujourd'hui reconverti en auberge de jeunesse au cœur de Stockholm.

Le Red Boat, notre première auberge de jeunesse 

Arpenter les rues de Stockholm nous donne l'impression d'être en pays de connaissance (nous y avons déjà séjourné à trois reprises). Nous apercevrons toutefois pour la première fois la relève de la garde devant le palais royal.

Cette première étape scandinave nous donne la mesure des 40 000 kilomètres qu'il nous reste à parcourir.

Nous embarquons en fin de journée sur le Baltic Queen, luxueux ferry qui nous conduira jusqu'à Tallinn, au terme d'une traversée nocturne de la mer Baltique. A partir d'ici commence la véritable route vers les lumières de l'aube. Le navire monumental se glisse à travers l'Archipel de Stockholm, nous ramenant quelques années en arrière, tandis que nous le parcourions en kayak de mer 6 jours durant, d'île en île. Autant de traversées inoubliables et de bivouacs de rêve, face aux interminables crépuscules scandinaves. Et toujours ces mêmes petites maisons rouges typiquement suédoises, posées sur quelques uns des 30.000 ilots rocheux que compte l'archipel.

Archipel de Stockholm 

Arrivée matinale à Tallinn. L'empreinte soviétique n'est pas très loin, mais c'est dans un cadre typiquement médiéval que nous abordons pour la première fois les pays baltes. Contraste entre la partie contemporaine d'une toute jeune capitale en pleine course à la modernité, comme pour rattraper le temps perdu, et une vieille ville muséifiée, avec ses maisons colorées, ses remparts, ses ruelles pavées. Tallinn compte pas moins d'une quinzaine d'églises et cathédrales orthodoxes, protestantes et catholiques, dont la magnifique cathédrale Alexandre Nevski, symbole de la russification forcée qu'a subi l'Estonie dès le début du XXe siècle, sous l'emprise de l'empire Russe tsariste. Ses clochers surmontés de bulbes nous donnent un avant goût de l'architecture qu'il nous sera donné de voir à partir de demain, lorsque nous aurons rejoint Saint Pétersbourg en autobus.

Tallinn 
11
août
Rive gauche de la Néva 

Après sept heures d'autobus et quatre contrôles d'identité, nous voici enfin en terre russe et en possession de la carte d'immigration qui nous permettra de séjourner dans l'ex-Union soviétique jusqu'à notre départ vers la Mongolie, puis la Chine.

Saint Pétersbourg éblouit le voyageur qui choisit d'entrer en Russie par la porte du Golfe de Finlande. Véritable fenêtre sur l'Europe, l'ancienne Léningrad est aujourd'hui une métropole majestueuse qui exhibe avec arrogance ses atouts de capitale culturelle héritée de l'époque impériale. Ville de contrastes, on y croise tour à tour les nouveaux riches, les nouveaux pauvres et les nostalgiques d'une époque soviétique, de plus en plus idéalisée, y compris chez les jeunes générations.

Nous nous attendions à un choc esthétique. Mais c'est la grandiloquence et l'ostentation qui s'affichent ici, quelle que soit la direction où l'on porte le regard. De part et d'autre de la Néva, ce ne sont que cathédrales monumentales, palaces, musées et façades harmonieuses. De style classique ou plus romantique, l'architecture de Saint Pétersbourg est un émerveillement de tous les instants.

Mais c'est la nuit que l'atmosphère de la ville atteint son paroxysme. Nul besoin d'un plan de visite élaboré. Il nous a suffit de déambuler, au gré de nos intuitions, pour découvrir, les unes après les autres, les scènes soigneusement éclairées des multiples joyaux architecturaux de Saint Pétersbourg.

Comment quitter Saint Pétersbourg sans visiter le Musée de l'Ermitage ? Avec ses 3 millions d'œuvres d'art et son parcours de 24 kilomètres, il faudrait des jours et des jours pour en appréhender toute la richesse et la diversité. Nous consacrons notre dernière après-midi à une rapide découverte des somptueux appartements, monumentaux escaliers et splendides galeries d'art du Palais d'hiver, avant de monter dans le train de nuit qui nous transportera jusqu'à Moscou.

Ce n'est pas encore le transsibérien, mais l'ambiance du chemin de fer russe est déjà là, qui va nous transporter avec nos rêves et nos désirs jusqu'à Irkourtsk, aux portes du Lac Baikal. Nous partagerons notre compartiment avec Anastasia, son ami et leur petit chien, dans le rustique mais confortable train de nuit entre Saint Pétersbourg et Moscou. Eux continuerons leur voyage jusqu'à Rostov, au bord de la mer d'Azov, à plus de 1000 kilomètres au sud de Moscou. Nous arriverons à Moscou à 6h40, juste à temps pour comtempler les lumières de l'aube sur la place rouge.

Sur le quai de la gare de Moscou à Saint Pétersbourg 
15
août
15
août
Publié le 21 août 2018

Durant toute notre enfance, et même au delà, notre vision de la Russie s'est formée à travers le prisme de la Guerre froide. L'évocation même du Kremlin et de la Place rouge convoquait chez nous le sentiment de gravité des défilés militaires patriotiques, au pas cadencé inimitable, et de l'austérité idéologique du pouvoir bolchévique.

Bien entendu, nous avons vécu en direct la chute du mur et les évènements historiques qui lui ont succédé. Nous avons vu apparaitre les nouveaux riches russes dans les médias et dans les stations touristiques huppées, mais nous nous demandions jusqu'à quel point la société russe s'était métamorphosée en profondeur et quelle ambiance flotterait sur Moscou à notre arrivée. La capitale apparaitrait-elle, à l'image de sa voisine du nord, clinquante et aseptisée, ou restituerait-elle encore l'ambiance générale de la grandiloquence stalinienne des soixante années de communisme.

Cathédrale du Christ Sauveur 

Le premier choc fut celui du métro. Une véritable galerie d'art à lui seul. D'entrée de jeu, l'ambiance est légère et l'on y croise les moscovites matinaux bien habillés qui se rendent au travail.

Le métro moscovite 

En débouchant sur la place rouge, ce fut la deuxième surprise. Un concentré d'architecture impressionnant se dispute la vedette : les remparts et les tours du Kremlin, la façade du Goum, prestigieuse galerie marchande du 19eme siècle, la cathédrale de Kazan et, surtout, la spectaculaire et emblématique cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux, trônant à l'extrémité des huit hectares de l'esplanade.

Nous n'aurons malheureusement pas la chance de profiter de la perspective de la place rouge, celle-ci étant entièrement occupée par de gigantesques infrastructures destinées à recevoir un spectacle équestre et musical international. Il nous faudra revenir...

Relève de la garde devant la flamme du soldat inconnu 

Mais c'est à l'intérieur même du Kremlin que les richesses architecturales de Moscou se révèlent au voyageur. Les palais et bâtiments présidentiels et les cinq cathédrales aux bulbes d'or de la place des cathédrales se dévoilent au visiteur sitôt les remparts franchis.

La place des cathédrale 

A l'extérieur de l'enceinte, le Goum s'impose comme l'étape incontournable des touristes aisés, avec ses 2,5 kilomètres de galeries et les 200 magasins de marques de luxe étrangères qui ont remplacé les magasins d'Etat. On s'y fait photographier en adoptant des poses dignes des mannequins de la haute couture. ici même, dans les années 50, on pouvait observer des queues interminables de moscovites en quêtes de quelques denrées devenues si rares à l'époque.

Le culte de l'apparence et du corps parfait domine ici, et la réussite financière s'affiche aussi bien chez certains des nombreux touristes chinois que chez les moscovites de la nouvelle classe fortunée. Il est vrai que la Russie concentre le plus grand nombre de milliardaires au monde.

Le GOUM, les boutiques de luxe et le salon de thé du Café Pouchquine 

A l'extérieur, ce sont les voitures de luxe qui s'imposent. Les limousines blanches rivalisent avec les voitures de sport. Ici, la règle semble être d'accélérer le plus bruyamment possible, et si l'on est à moto, de démarrer sur la roue arrière, donnant aux boulevards l'apparence de circuits de course automobile.

Tout comme à Saint Pétersbourg, la nuit magnifie le décors et les nombreux bateaux qui se croisent sur la Moskova illuminent le fleuve, le transformant par endroit en véritable Dance floor de musique techno.

Pas de doute, la métamorphose a bel et bien opéré, comme en témoigne le Moscow center, nouveau centre d'affaires dont l'arrogance des tours de verre n'a rien à envier à celle de la cité de la Défense.

Moscow center 

Mais pour les nostalgiques de l'architecture soviétique, il reste les sept sœurs. Ces sept fameux gratte-ciel staliniens répartis dans la capitale et dont l'esthétique ne peux laisser indifférent. Conçus à l'époque pour exalter la supériorité du communisme, ces édifices évoquent aujourd'hui certaines représentations dystopiques et menaçantes des cités du futur propres à certaines œuvres d'anticipation.

Passé l'effet de sidération, une sorte de fascination peut être ressentie, nourrissant le désir de les voir tous et conduisant à les chercher du regard dans le paysage moscovite comme autant d'éléments clés du décor.

L'université de Moscou occupe l'une des sept soeurs 

D'ailleurs, on parle aujourd'hui de l'avènement d'un style "néostalinien" avec l'édification dans les années 2000 d'une huitième sœur aux gratte-ciel de Staline. Nostalgie ou simple arrogance ?

En quittant Moscou, nous entrons cette fois de plain pied dans le voyage en transsibérien à proprement parler. Nous commençons à nous familiariser avec les chemins de fer russes, même s'il n'est pas aisé de décoder les indications en cyrillique. Cette fois, nous voyagerons en "Plakartzd", la troisième classe, uniquement composée de couchettes et sans compartiments. Idéal, semble-t-il pour faire des rencontres humaines et partager la vie du voyage avec les autres usagers du rail. Nous verrons…

Sur le quai de la gare de Kazan, à Moscou 
20
août
20
août
Publié le 25 août 2018
La mosquée Koulcharif 

Lorsque Denis Bashmakov nous a parlé de sa région, il me semble que nous n'avions que très vaguement entendu parler de Kazan auparavant. Denis est un jeune voyageur russe que nous avons hébergé l'hiver dernier. Lorsque, quelque temps plus tard, deux autres couchsurfeuses russes, étudiantes à Kazan, nous ont montré des images de leur ville, la décision fut prise : il nous fallait faire étape à Kazan, sur la route du Transsibérien.

Nous voici donc dans la capitale de la république du Tatarstan, point de rencontre historique entre l'Orient et l'Occident, entre l'Islam et l'Orthodoxie. Ici, bulbes et minarets se côtoient pour un spectacle unique.

Une simple visite du marché central vous transporte vers un ailleurs inattendu. Etalages de quartiers de viande au grand air, petits marchands de fruits et légumes du jardin familial, pâtisseries au miel et à la fleur d'oranger, petites échoppes éclectiques organisées en étroits corridors colorés, tout ici vous transporte vers l'expérience typique d'un souk oriental.

La visite du Kremlin de Kazan nous aura suffit pour apprécier la splendeur architecturale de cette ville haute en couleurs. La mosquée Koulcharif et la cathédrale de l'Annonciation y sont réunies, avec le palais du gouverneur, pour une expérience étonnante d'harmonie esthétique et spirituelle.

A l'intérieur du Kremlin de Kazan, la mosquée Koulcharif et la cathédrale de l'Annonciation

Et, comme toujours, arpenter les abords de ces joyaux au moment de l'heure bleue procure cette fascinante sensation de les voir flotter au dessus du sol et en dehors du temps.


Le ministère de l'agriculture 

Le voyage en Plastkart a tenu ses promesses. Parcourir en 3ème classe les 12 heures de train qui séparent Moscou de Kazan fut une expérience à la fois insolite et agréable. Imaginez 58 couchettes réparties d'un seul tenant, dont une partie est disposée perpendiculairement à la marche du train, par cellules de 4, tandis que les autres sont alignées dans le sens du train, le long d'une sorte de corridor permettant de se déplacer d'un bout à l'autre du wagon. Le huis clos habituel des compartiments laissant la place à une promiscuité bon enfant, la vie s'organise sous la surveillance bienveillante de la Provodnitsa, contrôleuse, gardienne et garante de la propreté de son wagon.

Sur le quai de la gare de Kazan 

Point de Plastkart disponible pour notre trajet Kazan-Ekaterinbourg. Nous voyagerons donc dans l'intimité d'un compartiment "koupé", correspondant à la deuxième classe des trains russes. Nous ne sommes que tous les deux dans notre compartiment, alors que le train quitte doucement la gare de Kazan pour 16 heures de voyage de nuit à travers les montagnes de l'Oural. Nous nous laissons rapidement tomber dans les bras de Morphée, bercés par le tangage régulier du wagon, songeant à cette région que nous traverserons nuitamment, et dont le nom sonne à nos oreilles comme la musique sourde de son passé industriel soviétique, avant qu'elle ne soit finalement délaissée avec l'avènement du capitalisme.

Au beau milieu de la nuit, nous voici réveillés par l'arrivée de notre nouveau voisin de couchette. Il est 3h30 à l'heure de Moscou et dehors il commence à faire jour. Pas de doute, nous avançons bel et bien vers les lumières de l'aube. Dix minutes plus tard, nous sommes de nouveau réveillés par l'odeur de fumet du plat lyophilisé de notre nouveau voisin puis, une nouvelle fois, par les longues et bruyantes aspirations de chacune de ses gorgées de café. Pas de doute, nous sommes bel et bien en Russie.

30
août
30
août
Rocher des chamans près du village de Khoujir, sur l' île d'Olkhon

Il est des toponymes dont la seule prononciation vous transporte vers des imaginaires qui n'ont d'égal que la magnificence de leurs paysages : Iles Lofoten, Baie d'Halong, lac Baïkal… Nos rêve de Baïkal se nourrissent à la fois des aventures verniènes de Michel Strogoff et des introspections contemporaines de Sylvain Tesson.

Depuis notre étape à Ekaterinbourg, nous progressons désormais dans la partie asiatique de la Russie. Nous voici à présent en république de Bouriatie, sur les rives du mythique lac Baïkal, mer sacrée des Bouriates, à la rencontre d'une population différente, issue du brassage des peuples indigènes chamanistes et des nomades mongoles bouddhistes.

Faire le trajet entre Irkoutsk et le lac Baïkal est en soi un véritable enchantement. Passées les prairies aux 50 nuances de vert des premiers kilomètres, nous pénétrons bientôt dans la Taïga. Les myrtillers revêtent déjà leur robe mordorée annonciatrice du bref automne qui laissera bientôt sa place au long hiver sibérien. A la lenteur du train qui nous a porté depuis St Pétersbourg jusqu'à Irkoutsk succède la conduite virile du chauffeur russo-mongol qui mène notre mini bus à vive allure vers l'île d'Olkhon. Les vaches et les chevaux se partagent la route avec les intemporels et robustes UAZ, petits fourgons russes minimalistes aussi à l'aise sur les pistes des steppes, dans les ornières de la taïga que sur les glaces du Baïkal. A l'approche du Baïkal, les traces de présence humaine s'estompent, les reliefs se redressent, ouvrant des perspectives à perte de vue, préfigurant les steppes mongoles que nous traverserons dans quelques jours.

Un petit bac nous transporte sur l'île d'Olkhon, haut lieu du chamanisme, une des plus anciennes formes de spiritualité. Nous nous installons chez Nikita, auberge réputée au sein de la communauté des globes trotteurs. Les cohortes de touristes sont ici remplacées par des backpakers en quête de nature et d'isolement.

 L'auberge Nikita

Tout ici incite à la flânerie contemplative, entre un bain vivifiant dans les eaux les plus pures de la planète et la découverte des rochers sacrés des chamans et de leurs totems colorés.

Sur l'ile d'Olkhon, le couché du soleil n'est pas seulement un spectacle esthétique et enchanteur, c'est aussi l'heure des rituels chamaniques et des offrandes aux esprits de la nature.

Voyager au long cours, c'est renouer avec les plaisirs de la vie simple comme savourer l'instant de la dégustation d'un Omoul du Baïkal sous le soleil matinal de Sibérie, devant la porte de notre cabane.

0moul fumé du lac  Baïkal 

Le lac Baïkal est la plus grande réserve d'eau douce liquide de la planète terre. C'est également le lac le plus profond : jusqu'à 1 642 m ! Son eau, d'une limpidité extrême, est considérée comme la plus pure de la planète. Il abrite la seule espèce de phoques d'eau douce ainsi que l'emblématique omoul, une sorte de truite endémique dont la consommation est appréciée dans toute la Russie. L'hiver, le lac Baïkal est recouvert d'une couche de glace d'1,50 mètres à la surface de laquelle les locaux circulent avec leurs fameux fourgons UAZ.

31
août
31
août

Irkoutsk évoquait chez nous l'ambiance terne et austère d'une ville industrielle sibérienne, figée dans le charbon et le permafrost. Terre de déportation sous l'autocratie tsariste du XIXe, puis terre de goulag durant les décennies bolchéviques, la capitale sibérienne nous apparaissait avant tout comme une étape obligée vers le lac Baïkal, certes chargée d'histoire, mais dénuée d'attrait esthétique.

C'est, en réalité, une ville accueillante et attachante que nous avons découvert au terme des trois nuits et deux jours de transsibérien entre Ekaterinbourg et Irkoutsk. Dès la sortie de la gare, nous sommes transportés vers une autre époque. Les bus, trolleybus et tramways semblent sortir du musée tant ils sont vieux et vétustes. C'est un spectacle fascinant de voir ces engins d'un autre âge circuler, se suivre et se croiser dans le chaos sonore de leurs carcasses bringuebalantes et de leurs poussives mécaniques. Une véritable leçon de simplicité et de durabilité…

Pas de doute, les 5153 kilomètres et les 5 fuseaux horaires qui séparent la Sibérie orientale de la clinquante Russie européenne sont autant une exploration géographique qu'une expérience sensorielle de la diversité humaine, culturelle et économique du monde.

Si les transports publics offrent le spectacle d'un véritable voyage vers le passé, l'architecture n'en est pas moins surprenante. Ici, l'habitat d'origine pré-soviétique domine amplement et les irkoutskiens s'enorgueillissent d'avoir su conserver un grand nombre de maisons traditionnelles en bois au cœur même de la ville. Les typiques isbas, encore habitées pour la plupart, offrent aux passants un charme à la fois désuet et romantique. Construites au XIXè siècle, sans fondations et directement sur le permafrost, la plupart d'entre elles s'enfoncent inexorablement dans le sol, donnant à voir un spectacle étonnant de façades plus ou moins inclinées et de fenêtres au raz du sol.


Le romantisme d'Irkoutsk s'apprécie à la faveur d'une simple déambulation dans la vielle ville.

Quoi de plus agréable que de flâner en fin d'après-midi sur les rives de la rivière Angara à l'heure dorée, celle où le soleil vous caresse sans vous brûler, allonge vos silhouettes sur le sol, et pare la rivière de millions d'étincelles. Des haut-parleurs diffusent une musique légère, les pêcheurs pêchent, les passants passent, les enfants patinent à roulettes … Tout prête à croire qu'il fait bon vivre, ici, en plein cœur de la Sibérie orientale.

3
sept
3
sept
Publié le 9 septembre 2018

A partir d'Irkoutsk, nous laissons le Transsibérien continuer sa route vers Vladivostok et les rives du Pacifique pour emprunter à présent le Transmongol, qui nous transportera jusqu'en Chine, à travers la Mongolie, en direction des lumières de l'aube. Nous passons plusieurs heures à louvoyer le long des berges du sud du Baïkal, dans un véritable bain de lumière matinale, promesse de longues journées de rêverie et de contemplation. Puis nous pénétrons bientôt dans une profonde taïga, ponctuée de petits hameaux aux maisons en bois vertes ou bleues, franchissant quelques unes des grandes rivières argentées qui nourrissent la mer sacrée des Bouriates. Peu à peu, la forêt s'estompe, faisant place à de vastes collines dorées.

Cette fois, notre train n'est que partiellement rempli. Nous ne serons que les deux seuls occupants de notre compartiment de deuxième classe tout au long des 1659 kilomètres de transit par la Mongolie.

La première nuit sera marquée par de multiples contrôles et fouilles des compartiments au passage de la frontière russo-mongole, opérés tour à tour par de zélés agents russes et mongols. Ce voyage aura aussi été celui de la diversité des couleurs des uniformes et des formes de casquettes.

Passés les longs arrêts à la frontière, le silence s'installe dans le wagon, les lumières s'éteignent, laissant percevoir la lune qui se détache à travers les arbres qui défilent. C'est le temps du voyage intérieur qui commence. Après avoir contemplé tout le jour le défilé des paysages, le regard se tourne vers l'intérieur de soi, revisitant les expériences de la journée en les remettant dans une nouvelle perspective, celle de l'immensité du monde et de la finitude de la planète.

Au matin du deuxième jour, la steppe est enveloppée d'un épais brouillard qui se dissipera bientôt, laissant se dessiner un horizon d'une profondeur et d'une platitude rectiligne que seul l'océan nous avait offertes jusqu'à ce jour. De part et d'autre de la ligne d'horizon, la pelouse dorée des steppes désertes et la voute azurée du ciel mongol, parsemée d'une multitude de petits nuages blancs et gris.

Cà et là, une yourte, un troupeau ou un nomade à moto apparaît dans le panorama, comme pour souligner l'immensité des lieux.

Peu à peu, l'herbe se fait plus rare, tandis qu'apparaissent les premières dunes du désert de Gobi. De loin en loin, des silhouettes de troupeaux de chameaux à deux bosses se profilent tandis que le ciel du Gobi nous gratifie d'un splendide crépuscule.

Nous savions que notre deuxième nuit dans le Transmongol serait amplement occupée par un arrêt de cinq heures à la frontière chinoise, le temps de remplacer tous les essieux des wagons afin d'adapter le train à la différence d'espacement des rails sur le territoires chinois. Les quelques kilomètres qui séparent la gare frontière de Mongolie de sa sœur chinoise nous font littéralement passer d'un monde à l'autre, de la sobriété intemporelle à la modernité lisse et clinquante. Une petite musique d'ambiance flotte sur le quai, dans la fraîcheur du soir, tandis que des éclairages multicolorent scintillent sur la façade du hall d'immigration vers lequel des agents, à la rectitude et à la tenue impeccables, nous canalisent. A l'intérieur nous attendent des portiques électroniques en tous genres et des postes de contrôle ultramodernes, qui enregistreront et stockeront nos visages d'homo numericus, ainsi que l'empreinte de nos dix doigt, pour la postérité, ou au moins jusqu'à la fin de la civilisation thermo-industrielle.

Pas de doute, nous sommes bel et bien à présent en République Populaire de Chine.

Courte nuit et réveil matinal à la faveur des premiers rayons du soleil qui transpercent les vitres du wagon. Pas de doutes, nous avançons bel et bien vers les lumières de l'aube.

Depuis Saint Pétersbourg et jusqu'à Pékin, nous aurons parcouru 6049 kilomètres et traversé 6 fuseaux horaires par les chemins de fer russes et chinois. Le voyage en transsibérien est une véritable expérience de mobilité douce et de réconciliation avec le temps long. Peu à peu, on se familiarise avec ses codes et ses usages. La provodnitsa est la personne clé qui vous accompagne sur toute la durée de votre étape. A deux par wagon, se relayant toutes les douze heures, elles sont tour à tour contrôleuses des tickets et des passeports, gardiennes de l'ordre et de la propreté, et à votre service tout au long du trajet, veillant notamment à ce vous ne restiez pas sur le quai lorsque votre train redémarre d'un arrêt en gare. Chaque wagon est équipé de toilettes, vétustes mais propres, ainsi que d'un samovar qui vous fournit l'eau chaude à volonté pour vos thés, cafés, soupes et plats lyophilisés.


Les russes parlent très peu l'anglais mais lorsque vous tombez sur un compagnon de compartiment qui maîtrise quelques mots d'anglais, vous pouvez vous faire un nouvel ami pour la vie.

Ce fut le cas pour nous avec Sergueï, avec qui nous avons voyagé entre Iekaterinbourg et Omsk. Ingénieur dans l'industrie pétrolière au nord du cercle arctique, Sergueï rentre chez lui un mois sur trois. Passionné de pêche, de briquets Zippo, de de toutes sortes de choses insolites, et tatoueur à ses heures, il est surtout un grand producteur de clips vidéo amateurs qu'il publie abondamment sur sa chaîne YouTube. Il n'aura pas manqué l'occasion de notre rencontre pour réaliser un reportage sur ces français bizards qui prennent le transsibérien par plaisir pour se rendre en Asie. Nous voici donc peut-être devenus aujourd'hui, grâce à Sergueï, très populaires en Russie.

Cliquez sur l'image puis sur le lien pour ouvrir la vidéo de Sergueï directement dans YouTube 

Autre belle rencontre du Transmongol, Valérianne et Lukas, un jeune couple suisse en tour du monde qui a exploré les fins fonds de la Mongolie en autonomie totale. Le hasard fera que nous nous aurons réservé dans la même auberge de Jeunesse pour nos premières nuits à Pékin.

11
sept
11
sept
Publié le 22 septembre 2018
La cité interdite depuis la colline du Charbon 

Parler de contrastes à propos de la République Populaire de Chine est un euphémisme. Si la course à la modernité peut donner le vertige, l'ancrage dans la tradition bouleverse tous nos repères. Ici, tout semble se compléter sans s'opposer ni se confondre, comme si les extrêmes formaient un tout dont l'équilibre et l'harmonie l'emportaient sur le mélange et la dilution. Comme si l'élan du Yin, dans sa course vers le futur, avait besoin de la tempérance du Yang, et des valeurs sur lesquelles s'est construite une civilisation durant plus de 4000 ans. Le gigantisme s'impose ici comme la norme absolue, s'appliquant aussi bien aux infrastructures modernes qu'aux édifices anciens, témoignant des époques successives de prestige et de déclin au cours desquelles se sont succédées tant de dynasties.

Si l'on s'en tient aux grands boulevards et aux quartiers modernes, Pékin peut apparaitre comme une ville de buildings lisses, rectilignes et couverts de gigantesques écrans lumineux. En se perdant dans les hutongs, on découvre l'autre visage de Pékin, celui des ruelles et de l'habitat pékinois hérité de la dynastie des Yan. Derrières de longs murs en briques surmontés de petites pentes en tuiles se cachent d'étroits passages conduisant à des cours intérieures. La vie s'y organise comme si chaque quartier constituait un village à part entière, avec ses échoppes et ses artisans. On y rencontre des gens attablés sur les trottoirs, jouant aux cartes ou regardant simplement la vie qui passe. En y déambulant tôt le matin, vous y croisez des gens en pyjama, allant ou venant des toilettes publiques présentes à tous les coins de rue. Il y règne un calme étonnant, car les voitures y sont très rares et tous les véhicules légers, qu'ils soient à deux, trois ou quatre roues sont électriques. C'est d'ailleurs un point qu'il convient de souligner et qui fait partie de nos grands étonnements en mettant les pieds à Pékin pour la première fois. Nous savions que la Chine avait massivement adopté les deux roues électriques. Nous avons découvert qu'en réalité, tous les petits véhicules, qu'ils soient récents ou antédiluviens, sont mus à l'électricité, de la simple trottinette au tricycle de transport de personnes ou de marchandises.

Des hutongs 

Le soir venu, les plus commerçants des hutongs s'animent de tous leurs feux pour offrir une cuisine de rue parfois surprenante, dans une ambiance sonore indescriptible, mêlant le son des haut-parleurs nasillards à celui des cris des restaurateurs, dans une joyeuse ambiance de foire permanente.

Notre imaginaire de la Chine et des chinois s'est formé dans notre plus jeune enfance, au début des années 60. Nous partageons en effet tout les deux la même expérience d'avoir pu voir, dans nos écoles respectives, un film franco-chinois intitulé "le cerf-volant du bout du monde". Tourné en Chine en 58, ce film raconte les aventures d'un petit garçon qui, découvrant un cerf-volant dans un arbre de la butte Montmartre, fait un rêve et se retrouve en plein cœur de la cité interdite, à la recherche de l'enfant chinois propriétaire du cerf-volant égaré. Arrivant sur la place Tian Anmen, face à la porte principale de l'enceinte pourpre orangée, ces souvenirs d'enfance enfouis au plus profond de nos mémoires remontaient à notre conscience, entremêlant les images oniriques du film avec la charge émotionnelle des souvenirs de notre prime enfance. Comment ne pas prolonger ce voyage sensoriel à la simple évocation de quelques uns des noms de la multitude de temples et de palais abrités par les remparts de la Cité Interdite : pavillon de l’Harmonie suprême, pavillon de l’Harmonie parfaite, pavillon de l’Harmonie préservée, pavillon de la Pureté céleste, pavillon de la Tranquillité terrestre…

La cité interdite 

En plein de cœur de Pékin, la cité interdite est un site incontournable, mais pour le voyageur en quête de quiétude et de verdure, le palais d'été et le temple des Lamas offrent une parenthèse apaisée. Dans une ambiance plus bucolique, on y croise tour à tour des chinois pratiquant leur gymnastique matinale aux sons de la nature, et des groupes de danseuses pratiquant des chorégraphies plus ou moins gracieuses sur des musiques variées, mêlant chants traditionnels et variété chinoise contemporaine.

Le Palais d'été et le temple des Lamas 

Que dire des chinois tant ils sont à la fois singuliers, de par leur diversité ethnique et sociale, et unis dans leur appartenance à l'empire du milieu, formant un peuple de presque 1,4 milliards d'habitants et œuvrant au développement de la deuxième puissance économique du monde.

Pour le voyageur, la barrière de la langue pourrait constituer un obstacle à la communication avec les chinois, tant il est vrai que ces derniers, même parmi les jeunes, parlent très peu ou pas du tout l'anglais. Ce serait sans compter avec la formidable capacité humaine à entrer en relation autrement qu'avec le langage parlé. Et quelle n'est pas notre émotion à chaque fois qu'un jeune chinois ou une jeune chinoise parlant peu ou prou l'anglais vient spontanément nous proposer de l'aide dès que nous paraissons quelque peu perplexes devant une billetterie automatique, un panneau d'affichage électonique tout en sinogrammes, ou tout simplement en nous voyant avec nos gros sacs à dos et constatant que nous nous sommes trompés de bus pour nous rendre à la gare. Oui, nous en sommes convaincus, les chinois nous intrigueront par leurs différences et nous attacheront par leur générosité et leur sens de l'hoSpitalité.

Voici à present 7 semaines que nous parcourons le monde par le rail, la route et à la force de nos jambes. Vous êtes nombreux à déposer vos questions et vos commentaires sur ce carnet de voyage. Soyez en remerciés du fond du coeur. Vos réactions, aussi diverses soient-elles, nourrissent notre plaisir de partager notre expérience et nos émerveillements. Nous les attendons à chaque fois avec impatience.

Patrice et Fabienne

7
sept
7
sept
Publié le 26 septembre 2018

Appartenant aux 7 merveilles du Monde, la Grande Muraille de Chine est considérée comme l'édifice le plus important jamais construit par l'Homme. Marcher sur la grande muraille faisait partie de nos rêves de voyageur. Songez plutôt : construite, détruite puis reconstruite à maintes reprises depuis plus de 2000 ans, pour protéger les Yan, les Zhao et les Qin des invasions mongoles, sa longueur totale est estimée à 6700 kilomètres soit un sixième de la circonférence de la Terre. De récentes études révèlent qu'en considérant ses parties enterrées ou disparues, la Grande muraille aurait totalisé plus de 21000 kilomètres, soit plus de la moitié de la circonférence de la Terre !

Nous avons fait le choix d'explorer une partie dite "sauvage" de l'édifice, à l'écart des parties aménagées pour le tourisme de masse qui transforment les lieux en véritable Disneyland équipé de téléphériques, tobogans et commerces en tous genres. En lieu et place de la foule touristique, nous ne rencontrerons ici que quelques citoyens chinois, nous gratifiant de leurs salutations et de leurs chaleureuses poignées de mains.

Marcher sur la Grande Muraille n'est pas une expérience de tout repos tant les escaliers à gravir sont raids et nombreux. La douleur de nos genoux et de nos mollets était toutefois vite relativisée en songeant à la souffrance de ces millions de forçats qui ont consacré leur existence à la construction de l'édifice, et dont beaucoup y auront laissé la vie. Et que dire de la sensation d'avoir le privilège d'arpenter la montagne chinoise sur ce serpent interminable, ou plutôt sur le dos d'un dragon dont la crête serait constituée de la multitude de tours de guet jalonnant les sinuosités du mur jusqu'à se perdre à l'horizon. Oui, la grande muraille aura été une véritable expérience de l'immensité du monde et de la folie des hommes.

17
sept
Sur les remparts de Xi'An

Xi'An se situe dans la province du Shaanxi, à 1000 kilomètres et 6 heures de train rapide au sud est de Pékin.

Considérée comme le point de départ historique des caravanes sur la route de la soie, en direction de l'ouest, ses tours majestueuses, ses remparts et son quartier musulman témoignent de la richesse culturelle de cette ville qui fut durant près de 1000 ans la capitale de l'empire chinois, à l'époque de la dynastie Qin. C'est d'ailleurs la récente découverte de la fameuse armée enterrée de soldats en terre cuite de l'empereur Qin Shihuang qui a popularisé Xi'An et en a fait l'une des destinations touristiques les plus prisées en Chine. La perspective de devoir nous fondre dans la foule des milliers de visiteurs et de devoir effectuer deux heures de trajet en bus sous la pluie ont eu raison de notre motivation de visiter ce site archéologique.

En contrepartie, nous nous sommes offert une journée de repos et une déambulation sur les remparts au crépuscule.

Alors que tout alentour, la ville moderne s'impose avec ses bâtiments, ses écrans géants et ses boulevards, les remparts de la vieille ville sont comme un ilot de quiétude en plein centre de la mégapole. De forme parfaitement carrée, la forteresse offre sur tout son pourtour une large voie rectiligne sur laquelle circulent en harmonie piétons et cyclistes. Au fur et à mesure que le jour décline dans une ambiance dorée puis bleutée, et que la nuit s'installe progressivement, les lampions s'allument et une musique traditionnelle chinoise vous transporte vers un nouveau voyage à travers l'histoire de la Chine éternelle.

A l'extérieur des remparts, dans le quartier musulman, les rues s'emplissent de passants amateurs de street food, pour le plaisir de tous les sens.

Située à 700 kilomètres au sud ouest de Xi'An, au pied du plateau tibétain, Chengdu est la capitale de la province du Sichuan, point de départ stratégique pour partir à la découverte des montagnes et des vallées de l'ouest. Nous y avons découvert un autre visage de la Chine. L'influence tibétaine est marquée, tant sur le plan de la diversité ethnique, que sur le plan gastronomique. Le Sichuan est réputé pour sa cuisine variée et épicée, dont nous ferons l'expérience périlleuse en dégustant le fameux "Hotpot", fondue chinoise revisitée à la mode du Sichuan, extrêmement pimentée.

Naturellement, la cuisine de rue exprime tout son potentiel à Chengdu. On la déguste en déambulant la nuit tombée dans un immense parc très populaire où se mélangent toutes les figures de la société locale, étudiants, familles, et moines tibétains, pour une orgie de selfies comme les chinois les adorent.

Et pour quelques Yuans, vous pouvez vous faire nettoyer les oreilles en profondeur ou bien déguster les 36 saveurs de la bière locale.

Le voyage vers Xi'An en train à grande vitesse nous offre une sensation qui tranche singulièrement avec la première partie de notre itinérance ferroviaire. Tout s'apparente, en réalité, à l'expérience d'un voyage en avion. Dès la gare, vous êtes soumis à un véritable circuit d'aérogare, depuis le contrôle d'identité et l'inspection des bagages aux rayons X jusqu'à la montée dans le train, en passant par l'attente dans l'une des nombreuses salles d'embarquement, donnant à la gare ferroviaire l'apparence d'un véritable hub aérien. L'intérieur du train lui-même ressemble à un avion long courrier, de par sa largeur, recevant cinq sièges par rangée en plus d'une large allée centrale le long de laquelle circulent des hôtesses avec leurs chariots, proposant boissons et collations tout au long du trajet.

Les voies elles-mêmes sont la plupart du temps aériennes, donnant l'impression de survoler les paysages, alternance d'immenses territoires cultivés, de centrales électriques gavées au charbon, et de villes champignons. Ce premier transfert diurne en Chine du nord nous fait prendre conscience du point auquel en est ce pays dans sa course vertigineuse à la modernisation de son habitat et au développement de ses infrastructures. Toutes proportions gardées, voir défiler toutes ces forêts de tours d'habitations uniformes et alignées en pleine campagne nous rappelle nos années 60, celles de la construction massive des cités d'habitat collectif autour de nos villes occidentales, en réponse à la crise du logement et au besoin d'apporter rapidement la salubrité et le confort moderne dans un contexte d'exode rural et de forte croissance démographique. C'est un peu la même histoire qui se joue ici, 50 ans plus tard, dans un pays grand comme 17 fois la France, peuplé d'1,4 milliards d'habitants, et avec une planète à bout de souffle.

Devant la gare de Pékin Ouest 
20
sept
20
sept

Situé dans la province du Sichuan, dans la cordillère du Qionglai, le mont Emei est l’une des quatre montagnes sacrées bouddhiques les plus vénérées de Chine. Son sommet culmine à 3099 mètres d'altitude et son ascension exige de gravir 60.000 marches à travers une dense forêt primaire jalonnée de temples bouddhistes.

Nous mettrons deux jours et demi pour gravir les 2500 mètres de dénivelée dans l'ambiance humide de la forêt tropicale comme les pélerins que nous retrouverons à plusieurs reprises, sur le chemin ou à l'étape du soir.

Passé le premier temple, nous progressons au milieu d'arbres millénaires couverts d'orchidées sauvages. Les papillons sont gros comme des oiseaux. La brume s'ajoute au vert sombre des bosquets de bambous géants pour diffuser l'ambiance d'un immense temple végétal sillonné par les allées pavées et les escaliers moussus. Par endroits, des singes sauvages se tiennent en embuscade, près à nous sauter dessus pour dérober ce qui dépasse de notre sac.

Après six heures de montée incessante sous la pluie, nous trouverons refuge dans le temple Xianfeng. Il nous faut parcourir des coursives, des escaliers en bois et des couloirs d'un autre âge pour atteindre notre petite cellule froide et humide. Notre hébergement est spartiate et le repas très frugal mais nous aurons une couverture chauffante. Le son des gongs et les chants des moines feront de cette expérience un moment inoubliable.

Premier jour d'ascension et nuit au temple Xianfeng 

Le deuxième jour, nous quittons le temple aux premières lueurs de l'aube, puis nous sommes bientôt baignés dans la lumière éphémère d'une trouée de ciel bleu, provoquant le réveil immédiat de la nature tropicale. Le bruit des animaux se mêle au chuintement des ruisseaux et des cascades. Puis la brume nous enveloppe, dessinant avec les arbres, les bambous et les montagnes de véritables scènes de calligraphie chinoise. Nous croisons dans les escaliers vertigineux quelques porteurs et quelques randonneurs chinois surpris ou admiratifs de voir un couple de longs nez s'infliger un tel pèlerinage. Nous n'avons qu'une obsession, ne pas glisser sur les marches et les dalles humides.

A notre arrivée au temple Leidongping, le dernier avant l'ascension finale vers le sommet, nous sommes accueillis par Xue Ren, un moine bouddhiste de 44 ans, qui nous offre l'hospitalité pour le tiers du prix ordinaire de la nuitée. La chaleur de son accueil finira de nous convaincre d'y passer la nuit. Xue Ren nous offrira un moment d'exception en nous invitant à assister à la totalité du rituel de 15h30. Les chants polyphoniques des moines rythmés par le gong auront été une émouvante expérience d'harmonie et de spiritualité.

En quelques heures, Xue Ren s'est attaché à nous comme nous nous sommes attachés à lui. Nous aurons de longues conversations en nous promenant dans le brouillard autour du temple.

En initiant ce voyage, nous partions à la poursuite des paysages et des lumières de l'aube. En gravissant les 60.000 marches du mont Emei, nous avons trouvé les lumières du cœur du moine Xue Ren.

Deuxième jour, nuit au temple de Leidongping et rencontre du moine Xue Ren

Au matin du troisième jour, nous partons bien avant l'aube en direction du sommet final, le Golden summit, surmonté d'une impressionante statue dorée représentant une déesse à têtes multiples juchée sur quatre éléphants ainsi que d'un immense temple.

Espérant pouvoir admirer un lever de soleil sur la mer de nuage, nous arpentons les escaliers dans la nuit noire, à la lueur de nos lampes frontales dans une atmosphère particulière nous rappelant les marches d'approche nocturnes des ascensions en haute montagne. Nous sommes absolument seuls à emprunter l'itinéraire pédestre à partir du temple où nous avons dormi. Les autres pèlerins auront, soit dormi en hôtel au sommet, soit pris une télécabine pour y monter le matin.

Nous arriverons finalement au sommet dans un épais brouillard donnant à l'endroit une atmosphère particulière. Tandis qu'une musique instrumentale fait planner une ambiance de sérénité et de plénitude, les effluves d'encens se mêlent à la brume, renforçant l'enveloppe mystique et sacrée du mont Emei.

Arrivée au Golden summit, point culminant du Mont Emei 
21
sept
21
sept
Publié le 13 octobre 2018
"La montagne est un Bouddha, le Bouddha est une montagne" extrait d'un poème chinois 

A quelques dizaines de kilomètres du Mont Emei, au pied de la falaise du mont Lingyun, s'écoule la rivière Min, affluent du Yangzi Jiang.

En traversant à la ville de Leshan, elle rencontre deux autres rivières formant une confluence dangereuse pour la navigation l'été, et menaçant la ville d'inondations. En 713, durant la dynastie Tang, un moine nommé HǎiTōng entrepris de faire sculpter dans la montagne un bouddha géant dans l'espoir de calmer les eaux turbulentes de la rivière et de protéger les navigateurs, ainsi que les habitants de la ville.

L'édifice monumental fut achevé en 803 et constitue le plus grand Bouddha assis du Monde antérieur au XXe siècle. Le chef d'œuvre rivalise de beauté avec le Sphinx de la vallée des Rois et pouvait se comparer avec les Bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan, avant que ces derniers ne soient détruits en 2001 par les Talibans.

Songez un peu. Sa hauteur est de 71 mètres, ses oreilles mesurent 7 mètres de haut et son majeur 8 mètres.

Pour approcher le Bouddha au plus près, il nous a tout d'abord fallu suivre un parcours qui commence par la découverte du temple de Wuyou, animé par les prières des moines, les fumées des bougies et de l'encens, le son du gong, et les inclinations des fidèles.

Le temple de Wuyou 

La visite se poursuit par de multiples escaliers débouchant tout à coup au niveau de la tête du géant. Ce premier contact avec la statue nous fait prendre conscience de l'ampleur du travail accumulé pour creuser et façonner un tel édifice avec les moyens techniques de l'époque.

Une fois la tête du Bouddha atteinte, il vous faut redescendre jusqu'à ses pieds par un escalier très aérien. Les chinois, grands amateurs de selfies, s'en donnent à cœur joie pour prendre la pause à chaque point de vue sur le géant. Arrivé aux pieds de la statue, votre regard peine à embrasser l'envergure de celui qui vous toise du haut de ses 71 mètres.

Le bouddha de Leshan 

La remontée se fait par une galerie taillée dans la roche rouge de la falaise, pour finalement déboucher sur un jardin tropical extraordinaire. Vous progressez parmi les fougères arborescentes, en vous perdant au hasard de la sinuosité des allées et des ruisseaux, pour découvrir par moment de petits temples cachés procurant à ce lieu l'atmosphère d'une aventure d'Indiana Jones.

Enfin, en prolongeant votre exploration, vous traversez un village de pêcheurs dans lequel vous pouvez manger toutes sortes de mets inhabituels, tels que des tortues ou de grosses salamandres. Puis vous débouchez enfin sur un point de vue magnifique sur l'antique pont rouge de Leshan, merveille de l'architecture traditionnelle chinoise.

Nous avons expérimenté de train de jour et de nuit en Russie et en Mongolie, le train à grande vitesse en Chine, il nous restait à vivre l'expérience du train de nuit en Chine. C'est chose faite puisque nous avons dû faire un aller-retour express à Hong Kong afin de sortir de Chine et ainsi pouvoir activer la deuxième partie de notre visa à double entrée. Nous avons donc enchaîné deux nuits en train, entrecoupées de quelques heures, le temps nécessaire pour franchir la frontière et entrer de nouveau sur le territoire chinois, avec, bien évidemment, les formalités d'immigration habituelles dans les deux sens.

Nous avons opté pour la troisième classe, celle qui se nomme "Plastkart" en Russie, et que l'on qualifie simplement de couchette dure, ici, en Chine. On y retrouve le principe des couchettes réparties dans des boxes ouverts sur le couloir. Mais à la différence des trains russes, ici les couchettes sont au nombre de 6 par box. Autant dire qu'il convient de ne pas craindre le confinement lorsque vous êtes placé au troisième niveau, et qu'il vous faut une certaine souplesse pour vous hisser jusqu'en haut.


Côté ambiance, c'est très différent de ce que nous avons pu connaitre sur le chemin de fer russe. Disons simplement qu'une bonne paire de bouchons d'oreilles est fortement recommandée si vous souhaitez pouvoir fermer l'œil une bonne partie de la nuit. Côté équipement, on y retrouve a peu près les mêmes installations que sur les trains russes : un samovar, des lavabos et des toilettes rustiques mais propres et fonctionnelles. Point de Provodnitsa pour garder votre wagon, mais des agents affectés à chaque voiture, qui vous confisquent votre ticket de train à l'arrivée, en échange d'une carte numérotée, et vous le restituent au moment d'arriver à votre gare de destination.

Train de nuit en couchette dure 
5
oct
5
oct
Les rizières du Dos du dragon 

Notre imaginaire de la Chine éternelle se nourrit des images emblématiques que nous ont inspiré les poètes et les artistes chinois depuis des siècles. Les collines en pains de sucre, les bosquets de bambous géants et les rizières en terrasses offrent ces paysages sans cesse renouvelés au gré des saisons, de la brume, des aubes et des crépuscules. La région de Guilin, dans le Guangxi, rassemble à elle seule tous ces tableaux. Si l'on y ajoute la diversité culturelle de ses minorités ethniques, Guilin ne peut que combler le voyageur amoureux de la Chine rurale multimillénaire.

C'est au petit hameau de Tiantouzhai, perché dans les rizières de Longji, que nous avons décidé de nous réfugier pour passer la semaine de la fête nationale célébrant l'anniversaire de la fondation de la république populaire de Chine par Mao ZeDong le 1er octobre 1949. Avec le nouvel an chinois au printemps, la première semaine d'octobre est la semaine durant laquelle 700 millions de chinois prennent des vacances et s'engouffrent dans les gares et sur les autoroutes pour retourner dans leurs régions d'origine ou simplement découvrir les splendeurs de leur pays.

Nous aurons donc la chance de séjourner dans les rizières juste avant les moissons, période à laquelle les épis de riz dorés ondulent au vent, offrant à la montagne le camaïeu jaune et vert des milliers de couches formées par les terrasses soigneusement sculptées dans la pente par le peuple Yao depuis des siècles.

Parti de Guilin aux aurores, notre autocar nous dépose au village de Dazhai, au bout de la route qui mène aux rizières du Dos du Dragon. Il nous faut ensuite arpenter la montagne pendant trois quarts d'heure avant d'atteindre notre auberge, le Dragon's Den, qui surplombe les rizières. Notre gîte, tout comme les autres maisons traditionnelles Lao, est une construction toute en bois sur plusieurs niveaux. La vue panoramique depuis notre chambre finira de combler notre enthousiasme à l'idée de passer une semaine dans ce cadre enchanteur.

Montée matinale à l'auberge 

Le lever de soleil sur les rizières est un spectacle aussi éphémère qu'inoubliable. Levés à 4h30, nous voici en pleine nuit sur les sentiers pavés qui serpentent dans les terrasses, traversant de temps à autre un village endormi, jusqu'à atteindre une terrasse joliment nommée "Music for paradise". Le ciel abandonne progressivement son noir profond pour un dégradé indigo. C'est l'heure bleue, celle qui précède l'heure dorée des premiers rayons du soleil. L'astre fait enfin son apparition derrière la ligne d'horizon, baignant tour à tour les versants des collines de sa lumière orangée.

Levé de soleil sur les rizières 

Pour contempler les mêmes rizières au soleil couchant, il faut gravir une autre colline idéalement positionnée, nommée "Golden Bouddha", ou tout simplement se régaler du spectacle depuis la terrasse de l'auberge en partageant des histoires de voyage avec d'autres voyageurs.

Les rizières au soleil couchant

Notre séjour au milieu des terrasses de Longji aura comblé nos désirs de rizières, de ciels bleus et de lumières. Cependant, la beauté de ces paysages restera intimement associée à la beauté des rencontres qu'il nous a été donné de faire à l'auberge. Tout d'abord, nous avons eu l'agréable surprise de voir arriver nos deux nouveaux amis voyageurs suisses, Valériane et Luca, rencontrés quelques semaines plus tôt dans le Transmongol, puis dans notre première auberge de jeunesse à Pékin. Nous relaterons nos expériences et partagerons nos réflexions autour d'un flacon de l'excellent vin de riz maison.

Valériane et Luca 

Il y bien sûr tous ces inconnus, habitants des rizières ou simples touristes chinois croisés en chemin, avec qui nous avons eu ces échanges spontanés, pleins de vérité et d'autenticité, à travers quelques mots, des sourires ou une photo souvenir.

Puis il y eu Kitty, professeure de Yoga à Shanghai, passionnée de philosophie chinoise et grande connaisseuse de l'art du thé et de la méditation. Kitty nous a offert une matinée inoubliable d'initiation à la dégustation de ses thés d'exception, issus des grands jardins de Shanghai, et à la pratique du yoga, face aux rizières et sur un fond de musique de méditation zen. Promis Kitty, si nous revenons en Chine, nous viendrons te voir à Shanghai.

Kitty 

Enfin, il y a Shirley, notre hôte au Dragon's Den. Que dire de Shirley si ce n'est que notre séjour dans les rizières restera marqué par son sourire, sa disponibilité, sa joie de vivre et son souci permanent de rendre notre séjour agréable et de nous faire découvrir les trésors alentour.

Shirley 

C'est le cœur gros que nous quitterons Shirley, son équipe et l'auberge des rizières. Sur le chemin qui descend au village, les rayons du soleil matinal s'accrochent aux millions d'épis des champs de riz. En contemplant une dernière fois les courbes des rizières, une parcelle lumineuse nous apparait comme la réplique du coeur de Shirley et des habitants de la rizière. S'il est un lieu, parmi tant d'autres, qui nous aura laissé son empreinte de plénitude et de joie de vivre, c'est celui des rizières de Longji, du peuple Zao et de l'auberge de Touantouzhai.

L'auberge, Shirley et son équipe 
11
oct
11
oct
Publié le 28 octobre 2018
Pêcheur au cormoran  sur la rivière Li

Située à 60 kilomètres au sud de Guilin, Yangshuo est l'archétype même du paysage de montagnes karstiques entourées de rivières et de rizières. Nous décidons de commencer par une étape au village de pêcheurs de Xingping, au bord de la rivière Li, puis de terminer notre séjour dans le Guangxi aux abords de Yangshuo, à la confluence de la rivière Li et de la rivière Yulong.

La terrasse de notre auberge du port de Xingping est à elle seule une invitation à la rêverie contemplative.

Il nous suffira de traverser la rue et de gravir l'une des nombreuses collines en pain de sucre pour admirer le soleil couchant sur la rivière Li et contempler les silhouettes des pics de calcaire entourant la ville comme les pétales d'une fleur de lotus.

Coucher de soleil sur la rivière Li 

C'est avant l'aurore qu'il faut gravir le sommet du mont Xianggong pour pouvoir saisir toute la magie de la rencontre de la brume, de la rivière, des montagnes et de la lumière de l'aube. C'est comme un miracle qui se répète à chaque fois que le temps décide de vous accorder une faveur. Si vous avez cette chance, vos efforts sont récompensés par une succession de tableaux parmi les plus beaux que la nature puisse vous offrir.

Levé de soleil sur la rivière Li 

Explorer la région de Guilin est aussi l'occasion d'aller à la rencontre des pêcheurs au cormoran, témoignage d'une parfaite coopération entre l'homme et l'animal. Cette technique de pêche ancestrale est aujourd'hui abandonnée au Japon mais est toujours pratiquée en Chine. En éclairant l'eau à l'avant de son radeau de bambou avec sa lanterne, le pêcheur permet au cormoran de capturer facilement les poissons attirés par la lumière. Le cou de l'oiseau est ligaturé de telle sorte qu'il puisse avaler les petits poissons et restituer les plus gros au pêcheur. Conscients de la richesse esthétique de leur art, certains pêcheurs savent le mettre en valeur pour le plus grand bonheur du photographe.

Pêcheurs au cormoran 

Les ballades à pied à travers les collines, à vélo au milieu des plantations de pamplemousses chinois, ou en scooter électrique le long de la rivière, seront de nouvelles occasions de rencontrer des habitants. Ici une étudiante vendeuse de glaces aux haricots, là un viel homme proposant quelques victuailles au bord du chemin, et, comme toujours, des papillons beaux comme des arcs-en-ciel et des bambous gros comme des arbres.

15
oct
15
oct

La province du Yunnan, à l'extrême sud ouest de la République populaire de Chine, est limitrophe de la région autonome du Tibet , ainsi que du Vienam, du Laos et de la Birmanie. De nombreuses montagnes du nord du Yunnan s'élèvent à plus de 5000 mètres. Les massifs sont traversés par de profondes vallées, dont celle du Yang-Tsé-Kiang. Lijiang et ses alentours sont peuplés par différentes minorités ethniques, fortement empreintes de la culture Naxi, groupe majoritairement matriarcal, dont les ancêtres ont créé un système d'écriture comportant plus de 2000 caractères.

Nous effectuons une première étape à Lijiang, dont la vielle ville est restée pratiquement intacte malgré un puissant tremblement de terre en février 1996. Nous y ferons un palier de quelque jours afin d'acclimater nos organismes à l'altitude, en vue de continuer notre progression en direction des montagnes du Tibet. Nous sommes ici à 2400 mètres d'altitude, et la fraicheur nocturne commence à se faire sentir. Fort heureusement, nos lits sont équipés de couvertures chauffantes.

La vielle ville est entièrement constituée de ruelles piétonnes et traversée de toutes parts par de petits canaux d'eau courante, lui conférant une ambiance romantique de station thermale.

En arrière plan, on peut admirer les sommets enneigés de la montagne du Dragon de Jade qui s'élève fièrement à 5596 mètres, encerclée par le fleuve Nu Jiang et le Mékong. Quand le ciel est dégagé, elle prête ses flancs immaculés à la perspective de l'étang du Dragon noir et à son traditionnel pont en pierre blanche.

Nous profiterons de notre séjour à Lijiang pour explorer les gorges du Saut du Tigre au fond desquelles dévale le fleuve Yang-Tsé dans un tumulte assourdissant. Nous y parviendrons au prix d'un long trajet sur une route chaotique, exposée aux nombreux glissements de terrain qui sévissent dans ces régions.

Nous parcourons à pied la partie aérienne des gorges, surplombant l'un des canyons de rivière les plus profonds du monde, en songeant à la disparition prochaine de cette merveille de la nature qui sera, un jour ou l'autre, anéantie par les barrages hydro-électriques planifiés par le gouvernement chinois.

A quelques kilomètres de Lijiang s'écoule une rivière d'une couleur étonnante. Issue des glaciers de la montagne du dragon de Jade, elle prend une couleur blanche après la pluie, ce qui qui vaut d'être nommée Rivière Baishui par les Naxi, littéralement rivière aux eaux blanches. En période sèche, elle revêt la couleur bleue turquoise des lagons. Considérée comme la rivière de l'amour selon la légende, les scènes spectaculaires qu'elle offre à la contemplation servent de toile de fond pour les photos de mariage toujours très romantiques de nombreux jeunes couples de la région.

20
oct

Shangri-La est le lieu imaginaire, théâtre du roman "Les horizons perdus" écrit par James Hilton en 1933. Le récit décrit l'existence d'une lamaserie utopique, aux confins du Tibet, aux paysages merveilleux, où le temps est suspendu dans une atmosphère de bonheur paisible.

Nous y ferons un nouveau pallier d'acclimatation à l'altitude avant de gagner le village de Feilai Si, le point le plus haut de notre voyage.

L'autobus qui nous transporte de Lijiang à Shangri-La longe des torrents aux eaux grises, témoignant de la proximité des neiges éternelles de l'Himalaya. Au fur et à mesure que nous gagnons de l'altitude, le vert intense de la luxuriance tropicale laisse place au patchwork vert tendre et jaune orangé des couleurs d'automne qui habillent déjà les hauts plateaux. Çà et là apparaissent les premiers yacks paissant paisiblement dans les prairies ou divagant tranquillement au beau milieu de la route.

En découvrant la ville de shangri-La, sur le trajet qui nous mène de la gare routière à notre auberge, nous comprenons que nous ne rencontrerons pas beaucoup d'autres voyageurs en ces contrées si proches du Tibet. Peut-être sommes-nous déjà hors saison ? Bon nombre d'habitants sont ici des tibétains et les costumes des femmes ne sont pas qu'un simple apparat folklorique, mais la perpétuation des traditions rurales des hauts plateaux et l'expression d'une vie culturelle intense.

Nous sommes à 3160 mètres d'altitude. Le soir tombe vite et, bien que nous soyons enveloppés de la lumière dorée d'un soleil radieux, l'air est froid et nous avons le souffle court en montant l'escalier menant à la pagode qui domine la veille ville et en faisant tourner son moulin à prières géant. La nuit tombée, en arpentant les ruelles pavées de la vieille ville, nos pas sont guidés par une musique entraînante qui nous attire vers la place centrale sur laquelle hommes et femmes de toutes les générations se réunissent tous les soirs pour danser au rythme des musiques et chants tibétains. C'est un véritable spectacle de joie et de communion que de voir tous ces habitants emmitouflés, danser en ronde et se livrer à d'élégantes chorégraphies traditionnelles avec la plus grande souplesse et la plus belle harmonie, quand la température extérieure n'est que de quelques degrés au dessus de zéro.

Est-ce la proximité du Tibet, terre de quiétude et de spiritualité, ou bien la circulation apaisée sur les rues et les boulevards ? Ou bien encore la quasi absence de touristes ? En tous cas, nous sentons planner ici une atmosphère pleine de quiétude et de sérénité qui invite à s'attarder un peu pour gouter le plaisir de regarder le temps qui passe, tout simplement.

Shangri-La 

A cinq kilomètres de Shangri-La, sur le flanc de la montagne, se dresse le plus grand et le plus célèbre monastère bouddhiste tibétain de toute la région du Yunnan : le Songzanglin.

Egalement connu comme le « petit Palais de Potala », en raison de sa similitude architecturale avec l'emblématique forteresse bouddhiste de Lhassa, ce véritable trésor de paix et de beauté abrite encore aujourd'hui 700 moines de tous âges.

Avant de nous lancer dans l'ascension de l'imposant escalier qui donne accès au cœur de la lamaserie, nous décidons de nous imprégner de la quiétude des lieux en effectuant une promenade autour du lac à la surface duquel se reflètent les façades blanches et dorées du monastère.

Pratiquement personne aux alentours, à part quelques moines devisant tranquillement sur un banc ou sur le sentier qui entoure le lac. Tout alentour, une campagne aux couleurs chatoyantes s'étend à l'infini. Les villageois s'affairent à terminer les moissons ou à regrouper des yacks qui divaguent impunément dans les cultures.

Une fois gravies les énormes marches de l'escalier pentu qui conduit au cœur de l'édifice, il s'agit de reprendre son souffle avant de poursuivre l'exploration de la cité sacrée.

L'intérieur du monastère est une succession de temples, tous plus décorés les uns que les autres, témoignant de l'art bouddhique tibétain. Un détour par les cuisines, dont l'entrée est explicitement interdite aux femmes, donne un certain aperçu de ce que peut être une vie de renoncement et de simplicité. Le son des gongs, l'air vif qui agite les drapeaux de prières, le ciel bleu d'azur qui s'étend à l'infini, tout ici prête à croire que le temps s'arrête à la faveur de l'exploration intérieure et de la contemplation d'un monde, celui des horizons lointains, à moins que cela ne soit celui des horizons perdus.

Monastère de Zongzanglin 

Nous voulions pousser le plus loin possible notre incursion dans les montagnes du Yunnan afin d'approcher au plus près les sommets enneigés du Tibet. Le temple de Feilai Si, situé au bord de l'une des routes qui mènent à Lhassa, nous a offert cette ultime étape. Notre aubergiste de Shangri-La nous prêta des vêtements chauds et affréta un véhicule qui nous conduisit pour deux jours et deux nuits à ce village perché à 3300 mètres d'altitude.

Apparemment, un glissement de terrain occasionnait une déviation de la circulation, obligeant tous les véhicules à passer par une petite route secondaire qui prenait le plus souvent des allures de piste défoncée tant sa surface était ravinée par le ruissèlement des eaux de pluie. Le croisement entre les autocars et les poids lourds relevait à chaque fois du miracle tant la chaussée surplombant le précipice était étroite et chaotique. Lorsque notre véhicule nous déposa enfin au village, nous fumes autant saisis par le froid vif que par la beauté du paysage qui s'offrait à nous.

Face à nous se déployait la magnifique chaine du mont Meili, montagne sacrée comptant pas moins de 13 sommets enneigés, dont le plus haut culmine à 6740 mètres, en bordure du fleuve Mékong.

Le village semble désert en ce milieu de journée. Nous choisissons une chambre avec une grande baie vitrée orientée vers la montagne et équipée de couvertures chauffantes.

Les deux jours suivants, il nous faudra nous lever très tôt pour admirer la vue spectaculaire sur ces pics glacés au moment où les rayons du soleil viennent effleurer les crêtes de la montagne et illuminer les sommets enneigés. C'est aussi le moment où les tibétains viennent rendre hommage à la montagne sacrée. Imaginez cette ambiance. Alors que le sol est couvert du givre accumulé pendant la nuit, une épaisse fumée blanche issue du brûlage des offrandes se mélange aux milliers de drapeaux multicolores qui flottent en direction de la montagne, tandis que les chants bouddhiques accompagnent les prières des fidèles.

S'il est un lieu où les lumières de l'aube nous auront transportés dans une expérience aussi esthétique que spirituelle, c'est ici, au temple Feilai Si, aux confins du Tibet et de l'Himalaya.

Temple de Feilai Si  et la Meili Snow Mountain

De nombreuses expéditions ont tenté de gravir le mont Meili, mais toutes ont échoué. La dernière à avoir tenté l'ascension fut l'expédition malheureuse sino-japonaise Kawa Karpo en 1991, au cours de laquelle 17 personnes ont péri dans la montagne.

Depuis 2010, il est interdit d’entreprendre de nouvelles ascensions.


La montagne sacrée restera-elle à jamais le domaine des dieux ?

29
oct
29
oct
Publié le 19 novembre 2018

Cela faisait 22 ans que nous n'étions pas retournés au Vietnam. Nous avions, dans les années 90, découvert un pays qui commençait à sortir tout juste d'une longue léthargie et d'un isolement total après vingt années d'une guerre effroyable et dix années de régime communiste radical. Notre enfance avait été marquée par les images de cette guerre atroce, même si nous n'y comprenions pas grand chose. Notre désir de venir y voir de plus près se nourrissait sans doute d'une sorte de compassion et de sympathie pour ce peuple bombardé au napalm et intoxiqué par l'agent orange pour des décennies. Il y avait aussi sûrement ce désir d'explorer à rebours l'histoire d'un pays dont le destin fut fortement marqué par l'empire colonial français d'Indochine.

Nous avions alors rencontré des gens accueillants et attachants, à la vie simple, mais aussi des paysages sublimes, dans les montagnes des minorités du Tonkin et dans la baie d'Ha Long. Nous avions appris à lire et à aimer toute la poésie des scènes emblématiques d'un Vietnam rural éternel, de ses rizières embrumées, de ses piqueuses de riz et des enfants sur le dos des buffles, de ses multiples rivières limoneuses, véritables voies de navigation pour les péniches de marchandise et les sampans. Nous avions également aimé Hanoï et ses ruelles encombrées de cyclo-pousses, de vélos et de cyclomoteurs, et la vie quotidienne paisible qui s'y déroulait, loin du tumulte des grandes métropoles asiatiques.

Nous savions évidemment que ce nouveau dragon asiatique entrait dans la danse de la compétition économique. Qu'allions-nous découvrir vingt deux ans plus tard ?

Naturellement, c'est par le train que nous arrivons à la frontière entre la République populaire de Chine et la République socialiste du Vietnam. Entre Hekou, côté chinois, et Lao Cai, côté vietnamien, s'écoule le fleuve rouge, qui prend sa source dans les montagnes du Yunnan, en Chine, et arrose Hanoï avant de se déverser dans la mer de chine en de multiples bras constituant le delta du Fleuve Rouge. Le pont qui enjambe le fleuve est une sorte de no man's land entre le poste frontière chinois et le poste frontière vietnamien. C'est une sensation très étrange que de le traverser à pied, le soir tombant, parmi les nombreux passeurs de marchandise aux vélos recouverts d'impressionnantes cargaisons, profitant d'une étonnante règlementation qui exonère de taxe douanière l'importation sur des véhicules non motorisés.

 Passage de la frontière sino-vietnamienne

Après une première nuit à Lao Cai, nous filons à Sapa pour un court séjour en montagne avant de gagner Hanoï, première étape d'une longue traversée du pays jusqu'au delta du Mékong, tout au sud de la Cochinchine.

La bruine, la chaleur humide, la circulation trépidante des voitures et des deux roues à moteur, à grand renfort de coups de klaxon, les mots de courtoisie à réapprendre, la monnaie qui nous rend millionnaires et le nombre important de touristes étrangers bouleversent tous nos repères après deux mois de voyage en Chine.

Cependant, le soir venu, l'ambiance humide et brumeuse qui enveloppe cette ville d'altitude produit une athmosphère qui a quelque chose d'étrange et d'irréel, melant l'exotisme d'une région tropicale à l'ambiance plus familière d'une station de montagne.

Sapa 

Notre transfert vers Hanoï sera pour nous l'occasion de découvrir les fameux "sleepping bus", bus couchettes sur deux niveaux très utilisés de jour comme de nuit au Vietnam.

Dans le sleeper bus entre Sapa et Hanoï 

Notre arrivée à Hanoï fut un grand moment d'émotion. L'hôtel pour "globe trotteur" que nous avions réservé se trouve juste à côté du petit hôtel dans lequel nous avions séjourné vingt deux ans plus tôt, mais ce dernier avait disparu. L'ambiance de la rue est bien différente à présent. Les vélos ont presque tous disparu, laissant place à des cohortes de scooters thermiques qui envahissent les rues et les boulevards dans un vacarme de moteurs et de klaxon épouvantable. Pour autant, dans les trépidations d'une capitale en pleine mutation, nous retrouvons la plupart des monuments qui nous avaient profondément marqués tant ils représentaient les vestiges toujours debouts et bien vivants du passé. La cathédrale et ses façades noircies par le temps, le lac et la pagode de l'épée restituée et son emblématique pont rouge et, surtout, le fameux pont Paul-Doumer, rebaptisé Pont Long Biên après la guerre d'Indochine, assemblage monumental, à la Gustave Eiffel, de bois et de métal rouillé. Aujourd'hui encore, il permet au chemin de fer de traverser le fleuve rouge, en direction du Yunnan. Mais les concerts de sonnettes des milliers de vélo qui l'empruntaient autrefois aux heures de pointe sont aujourd'hui remplacés par les klaxons des scooters.

L'habitat traditionnel du centre ville n'a pratiquement pas changé, même si beaucoup de petites échoppes ou ateliers d'artisans sont aujourd'hui remplacés par des magasins de prêt à porter à la mode ou de téléphonie mobile. Même si les profonds et dangereux caniveaux sont aujourd'hui recouverts, les typiques maisons-tubes, si caractéristiques du Vietnam, sont toujours là, avec leurs façades décrépites, les enchevêtrements de fils électriques et la végétation exubérante. Et le vieux train continue de traverser la veille ville, au beau milieu des maisons, dans un étroit et étrange corridor dégageant une atmosphère d'un autre siècle.

Alors que les rues sont désormais le domaine du tourisme et de la consommation de masse, on y croise toujours des coiffeurs de trottoir et des petites vendeuses au chapeau conique, la palanche sur l'épaule, arpentant les rues dans le flot incessant de la circulation motorisée. Même les décors et les déguisements d'Halloween sont à l'honneur en cette période de Toussaint.

Oui, Hanoï nous laissera le sentiment étrange d'une capitale en pleine mutation, animée par une jeunesse qui mord le progrès à pleines dents, mais toujours empreinte des clichés romantiques qui en font un endroit unique, intemporel et si attachant.

5
nov
5
nov
Champ de lotus à Tam Coc 

En bordure de la célèbre baie d'HaLong, mais à l'écart de la pression touristique, l'ile de Cat Ba, nous a offert une villégiature appréciable après le bouillonnement urbain d'Hanoï. Entourée de villages flottants et pêcheries artisanales, l'ile abrite une forêt tropicale remarquable, et un parc national, refuge pour de nombreuses espèces animales et végétales endémiques.

La contemplation du coucher de soleil depuis le sommet de la colline aux canons est l'une des activités privilégiées pour le voyageur qui séjourne sur Cat Ba.


Une ballade à scooter sur la seule route de l'ile permet aux amoureux de nature sauvage de se rendre dans le parc national, qualifié comme réserve de Biosphère par l'UNESCO, et faire l'ascension de la colline de Ggu Lâm pour contempler la canopée à perte de vue.

Moins étendue que la baie d'Halong sa voisine, mais aussi moins fréquentée, la baie de Lan Ha, abrite pas moins de 400 iles, toutes recouvertes d'une végétation luxuriante. La baie de Lan Ha est aussi une véritable beauté vivante car elle héberge un grand nombre de villages flottants très colorés. En navigant autours des iles, vous pouvez observer la vie quotidienne des pêcheurs et de leurs familles, et toute l'activité qui s'y organise, le petit commerce, le ramassage scolaire...


Baie de Lan Ha

Situé sur le delta du Fleuve Rouge, le village de Tam Com fait partie d'une région caractéristique constituée de montagnes karstiques en forme en pains de sucre entourées de rizières. Cette région est souvent qualifiée de "baie l'Halong terrestre" tant son paysage évoque celui de la baie d'Halong. Ici, le vélo est l'instrument idéal pour se perdre sur les petits chemins et les digues qui sillonnent la campagne.

Du sommet de la montagne Mua, la vue s'ouvre à l'infini sur les rizières et les champs de lotus qui s'entrelacent autour des pics de calcaires.

Tam Coc 
10
nov

HUE

Entré de la citadelle de Hué 

Entre le Tonkin, au nord, et la Cochinchine, au sud, l'ex-empire d'Annam s'étire sur plus de 1000 kilomètres, formant une longue courbe entre le Laos et la mer de Chine.

Ancienne cité impériale du temps de la dynastie des Nguyên, Hué est aujourd'hui le centre culturel et intellectuel du Vietnam.

Érigée entre 1804 et 1833, la citadelle est une structure fortifiée dont l'enceinte, qui mesure 10 kilomètres de long, abritait la résidence de l’empereur, ainsi que de nombreux temples et palais.

Nous choisissons une fin d'après-midi après la pluie pour la visiter. Les heures qui suivent une averse en fin de journée offrent souvent des ambiances lumineuses délicates qui soulignent les couleurs et les textures. Cette lumière sied tout particulièrement à cet ensemble architectural ancien, au cœur duquel siège la cité pourpre interdite. Contrairement à son modèle chinois, ses façades sont restées en l'état, lui conférant une atmosphère particulière, ce charme suranné de l'ancienne Indochine, avec ses murs colorés et décrépits, ses allées pavées et moussues. Si la cité interdite de Pékin ne désemplit pas de visiteurs, la cité impériale de Hué nous apparait comme un havre de tranquillité, dans lequel il est agréable déambuler en prenant son temps, et de s'arrêter pour contempler les estampes formées par le travail du temps et de la nature sur l'œuvre des hommes.

Certains espaces sont couverts par de la végétation rase, à la manière de grandes pelouses naturelles. Nous comprenons alors que ces espaces sont les anciens emplacements de nombreux joyaux d'architecture détruits par le pilonnage des français durant la guerre d'Indochine et les bombardements américains durant la guerre du Vietnam.

Il pleut beaucoup sur Hué durant notre séjour. D'immenses flaques d'eau emplissent les rues. Nous prenons un scooter pour nous aventurer le long de la rivière des Parfums à la recherche d'une petite pagode repérée sur une carte. Nous sillonnons la campagne sous une pluie battante pour finalement découvrir un petit monastère en pleine forêt, occupé par des nones qui nous accueillent avec la plus grande hospitalité. Nous avons la chance de tomber au moment d'une cérémonie à laquelle on nous laissera assister discrètement. C'est toujours avec la même émotion que nous nous retrouvons dans l'intimité d'un lieu aussi chargé de paix, de spiritualité et de bienveillance. Nous nous éloignons discrètement tandis que qu'à l'extérieur de l'enceinte d'autres nones nous gratifient d'un sourire complice.

Hoï An

Cyclo-pousse sur les quais de HoÏ An 

Contrairement à Hué, Hoï An, la ville des lampions, a été relativement préservée des bombardements. Elle fait figure aujourd'hui de ville provinciale tranquille, dont les nombreuses maisons d'époque très bien préservées témoignent de l'architecture coloniale pittoresque qui donne cette identité si particulière au patrimoine de l'ex-Indochine. La tradition des lampions et le pont couvert japonais témoignent par ailleurs de l'empreinte culturelle laissée par les chinois et les japonais.

13
nov
13
nov
Publié le 7 décembre 2018

Situé à mi-chemin entre Nha Trang et Saïgon, Mui Né est un village de pêcheur qui surprend le voyageur avec ses dunes de sable rouge évoquant plus le désert du sahara que le delta du Mékong. Sensation étrange que de marcher sur le sable orangé de ce petit erg, au levant ou au couchant, entre de vert profond de la foret et le bleu intense de la mer de Chine méridionale.

Un peu plus à l'ouest, un petit cours d'eau long de 2 kilomètres, probablement l'un des fleuves les plus courts du monde, se faufile dans une véritable réplique du Colorado en miniature. C'est le Canyon des Fées. A la saison sèche, vous pouvez vous y aventurer en marchant directement dans le lit du Suoi Tien et découvrir, à chaque méandre du ruisseau, de véritables scuptures minérales formant des tableaux oniriques sur des variations de rouge, d'ocre et de blanc crayeux.

Le canyon des fées 

Mais le véritable intérêt d'une étape à Mui Né réside dans la découverte de l'activité de pêche en mer qui occupe une large partie de sa population. Il suffit de descendre sur la plage aux premières lueurs de l'aube pour voir au mouillage les petites embarcations colorées, et s'organiser le ballet des bateaux paniers, ces petites barques rondes manoeuvrées à la godille, et qui servent à transporter le produit de la pêche, entre les plus gros bateaux et la plage. Dès lors, c'est toute une organisation qui s'active, avec des femmes qui s'affairent à trier les poissons, concasser les coquillages, et transporter les produits à l'aide de leur palanche jusqu'aux motos qui iront approvisionner les marchés locaux.


17
nov
17
nov
Publié le 16 décembre 2018

Après les romantiques trains russes et mongoles, les ultra-modernes TGV chinois, il nous fallait expérimenter le populaire train vietnamien, surnommée le « Transindochinois » ou « ligne Mandarine», qui relie Hanoï et Saïgon par sa voie ferrée de 1 726 kilomètres. Depuis la chute de Saïgon et la fin de la guerre du Vietnam, il a été rebaptisé "Express de la réunification", bien qu'il roule à une vitesse moyenne qui avoisine les 40 km/h.

Construit par l'administration coloniale française entre 1882 et 1936, sa voie est de type métrique, telle qu'on les rencontre encore aujourd'hui en Corse, en Cerdagne et sur certaines petites lignes secondaires en Europe.

Au premier abord, le moins que l'on puisse dire est que l'atmosphère de la petite gare provinciale de Phan Thiet est on ne peut plus détendue, si on la compare avec l'organisation policière, technologique et industrielle des gares ferroviaires chinoises. Il flotterait presque un petit air de nonchalance méridionale en ce début de matinée à l'ombre des arbres du quai de la gare. Même le contact avec les fonctionnaires est bon enfant.

Une fois à l'intérieur de la voiture, un constat s'impose de suite. Si le matériel roulant est bien d'époque, son aménagement intérieur est tout récent et digne de certains bons trains occidentaux. Il faut dire que nous avons opté pour la deuxième classe avec sièges "mous", l'autre alternative proposant de pittoresques sièges en bois.

Toutefois, c'est bien le vieux transindochinois qui traverse les campagnes et les villes, provoquant d'impressionnants embouteillages à chaque passage à niveau aux heures de pointe. S'il est un métier à la fois désuet mais encore bien vivant au Vietnam, c'est celui de garde-barrière. Mais peut-être plus pour longtemps, car il semble bien que des investisseurs japonais soient déjà sur les rangs pour le remplacement de la voie métrique par des voies standard, des passages à niveau par des ponts et des tunnels, et des vieux wagons d'antan par des trains à grande vitesse.

Notre arrivée en soirée à Saïgon nous plonge dans le chao infernal des neuf millions de scooters qui envahissent les boulevards, les rues et les ruelles aux heures de pointe. Bien que déjà initiés à la jungle urbaine à Hanoï, nous renoncerons cette fois-ci à traverser le boulevard en vue de prendre le bus de l'autre coté de la chaussée et rejoindrons notre hôtel à pied au terme d'un véritable parcours du combattant dans une atmosphère irrespirable.

La Ville de Saïgon, rebaptisée "Ho Chi Minh Ville" après la réunification, est une ville de contraste, à l'image des grandes métropoles de l'Asie du sud est, avec toutefois un nombre encore assez limité de buildings extravagants et, en revanche, un patrimoine colonial encore bien présent et souvent remis en valeur pour son cachet pittoresque. La grande poste centrale continue de rayonner avec sa structure imposante, à l'intérieur de laquelle des fonctionnaires apposent les timbres sur les enveloppes après les avoir enduits de colle blanche, sous le regard paternaliste de l'Oncle Ho, tandis qu'à l'extérieur de grands écrans lumineux affichent des images emblématiques de l'ère communiste, célébrant le cinquantième anniversaire du "printemps" vietnamien et glorifiant l'entrée du Vietnam dans la civilisation moderne.

Si le voyage vers les lumières de l'aube nous conduit vers les beautés du monde, il nous faut accepter de porter un regard lucide sur l'empreinte plus ténébreuse laissée par la folie meurtière des hommes. A quelques dizaines de kilomètres de Saïgon se trouve le système de tunnels de Cu Chi, présenté comme "l'expression de la volonté inflexible, l'intelligence, la fierté des gens de Cu Chi, et le symbole de l'héroïsme révolutionnaire du peuple vietnamien". La visite des tunnels et les explications du guide produisent chez le visiteur un sentiment étrange. A la fois emprunt de gravité, par la prise de conscience du point auquel ces femmes, ces hommes et ces enfants ont pu sublir l'indicible, les bombardements, le napalm, l'agent orange... Et à la fois emprunt d'admiration pour l'abnégation et l'ingéniosité collective d'un peuple capable de vivre dans cette toile d'araignée souterraine de plus de 250 kilomètres de long, sur plusieurs niveaux, d'y dormir, d'y cuisiner, d'y manger, d'y combattre et même de mettre au monde !

De nos jours encore, les 80 millions de litres de défoliant déversés par l'armée américaine sur le Vietnam continuent de faire des victimes. Les cancers et les malformations à la naissance provoqués par la guerre chimique infligée par les américains touchent aujourd'hui la troisième génération. Il faudra encore de nombreuses décennies avant que l'environnement ne se rétablisse de la dioxine contenue dans l'agent orange et répandue dans le pays entre 1961 et 1971.

23
nov
23
nov
Couple de pêcheurs sur la rivière Chau Doc au crépuscule 

Après avoir traversé le Vietnam du Nord au sud, du Tonkin à la Cochinchine, nous voici à présent dans le delta du Mékong, la "mère de toutes les rivières", que nous avions approchée début novembre lors de nos excursions dans les montagnes du Yunnan, en République populaire de Chine.

Après avoir pris naissance dans l'Himalaya, puis bordé le Laos à la frontière de la Birmanie, puis de la Thaïlande, avant de couler au Laos, puis traversé le Cambodge, le fleuve nourricier irrigue le sud du Vietnam par ses neuf bras, les "neuf dragons", pour former une immense plaine fertile faite de mangroves, de rizières et de vergers où l'on cultive, en plus des bananiers, des fruits plus extraordinaires les uns que les autres : jacquiers, goyaves, mangoustans, durians...

Comment ne pas songer à "L'amant" de Marguerite Duras en empruntant le bac de Vinh Long : «Jamais, de ma vie entière, je ne reverrai des fleuves aussi beaux que ceux-là, aussi grands, aussi sauvages, le Mékong et ses bras, ces territoires d'eau qui vont aller disparaître dans les cavités des océans.»

Pour les quelques jours que notre visa nous autorise avant de devoir quitter la République socialiste du Vietnam, nous nous installerons à Chau Doc, petite bourgade frontalière avec le Royaume du Cambodge, idéalement située pour rejoindre Phnom Penh en bateau par le Mékong. Moins prisée que certaines grandes villes du delta, Chau Doc reste préservée de la surfréquentation touristique. Nous y retrouverons le plaisir des rencontres spontanées et joyeuses avec les habitants, telles que nous les avions connues dans certaines régions reculées de la Chine, et qui donnent cette saveur particulière au voyage, le sentiment ou l'illusion d'être moins des intrus que des visiteurs.

Dès notre première promenade à bicyclette, le long des canaux, au milieu des maisons sur pilotis, les sourires et les salutations chaleureux des enfants, des jeunes et des adultes nous promettent un séjour paisible et relaxant.

Sam est une habitante de Chau Doc, amoureuse de sa région et des gens simples qui y vivent. Sa passion : faire découvrir la beauté des paysages du delta et les modes de vie traditionnels de ses habitants. Depuis quelques années, elle s'est établie comme guide indépendante et propose une exploration singulière de la région, au plus près des gens et de la nature, avec une bonne humeur et un humour qui vous donnent le sentiment de partager une parenthèse amicale hors du temps et à distance des routines occidentales.

Nous commencerons dès l'aube par une navigation sur le fleuve en direction du marché flottant et des villages de pêcheurs. Après un copieux petit déjeuner vietnamien pris à bord de notre embarcation, Sam nous emmène découvrir la vie quotidienne des habitants du fleuve.

Villages et pêcheurs sur la rivière Chau Doc

Après un rapide passage au marché central, nous voici installés à l'arrière de son scooter et de celui d'un mototaxi engagé par Sam pour une longue randonnée à travers les rizières et les villages sur pilotis, en direction de la forêt de Tra Su, véritable havre de paix pour toutes sortes d'oiseaux multicolores. En chemin, nous nous arrêterons nous reposer sur la terrasse sur pilotis d'une joyeuse petite mamie installée dans son hamac, puis nous prendrons un thé chez un médecin pratiquant des thérapies traditionnelles à partir de toutes sortes de plantes récoltées bénévolement par les habitants et conservées dans de vieux tiroirs en bois tels qu'on les imaginerait dans l'arrière boutique des apothicaires d'autrefois.

Dans la campagne du delta du Mékong 

Avant un copieux déjeuner savouré en lisière de la forêt, nous nous laisserons glisser en pirogue sur les canaux d'un théâtre de forêt vierge des premiers matins du monde. Les cris des oiseaux et l'éclair furtif bleu électrique des martins pécheurs rivalisent avec la course des échassiers sur les tapis flottants des Jacynthes d'eau pour nous offrir le spectacle sensoriel d'une immersion totale dans la nature tropicale.

Forêt de Tra Su 

Au déclin du jour, Sam nous conduit au sommet de la colline Nui Sam, sur lequel trône une magnifique pagode formant un ensemble architectural bouddhiste prodigieux. Au mysticisme des lieux se mélange l'enchantement des paysages de rizières à perte de vue et la magie sans cesse renouvelée du soleil déclinant à l'horizon, inondant les temples et les âmes de sa chaude lumière et de sa promesse d'un prochain recommencement, dès qu'apparaitront de nouveau les premières lumières de l'aube.

Temples de la colline de Nui Sam 

Cette journée passée avec Sam laissera une empreinte particulière dans nos souvenirs de voyageurs, la sensation d'avoir partagé une parenthèse de la vie d'une habitante amoureuse de son pays, l'intimité des récits de son histoire et de son expérience de la guerre alors qu'elle était enfant, et le sentiment d'avoir une nouvelle amie quelque part au sud de l'Indochine.

Merci encore Sam pour cette belle soirée passée chez toi à partager un excellent repas typiquement local et à rencontrer d'autres voyageurs des quatre coins du Monde, ainsi que les enfants curieux de tes voisins.

30
nov
30
nov

Sur les conseils de Sam, notre guide et amie du delta du Mékong, nous choisissons de prendre le bateau pour joindre Phnom Penh et poursuivre notre voyage au Royaume du Cambodge. Le speed boat s'apparente à une sorte de confortable autobus fluvial que les voyageurs peuvent emprunter pour les cinq heures de trajet qui séparent Chau Doc de la capitale cambodgienne. Naturellement, ce voyage transfrontalier par le Mékong implique des escales pour le passage successif de l'immigration et de la police des frontières vietnamienne et cambodgienne. Accoutumés à la nonchalance administrative de l'Asie du Sud Est, nous savourons cette pause un peu hors du temps, dans la cour ombragée d'un petit poste frontière au bord du fleuve, avant de nous immerger bientôt dans une nouvelle capitale asiatique.

Notre arrivée à Phnom Penh coïncide avec l'Om Touk, la fête de l'eau qui célèbre chaque année, à l'automne, la renverse du cours de la rivière Tonle Sap, affluent du Mékong. Plus d'un million de Khmers se rassemblent sur les berges pour encourager les équipes de leurs villages se livrant à une incroyable course de Dragon boats sur la rivière Tonle Sap. La terrasse de notre auberge, située sur les quais, nous offrira une vue panoramique de premier choix pour observer le ballet des pirogues géantes, la marée humaine multicolore, la parade lumineuses sur la rivière au soleil couchant et un spectaculaire feu d'artifice.

Si c'est un lieu commun que de parler de terres de contraste à propos des métropoles asiatiques, la ville de Phnom Penh n'échappe pas à la règle. En son centre-ville se côtoient à la fois des monuments clinquants, tels le Palais royal ou la Pagode d'argent, et les vestiges d'une architecture coloniale plus ou moins décrépite. Comme dans toute l'Asie du sud est, les trottoirs sont jalonnés de petites échoppes de marchands ambulants, de coiffeurs de rue et de stations-services dans lesquelles on stocke l'essence dans des bouteilles en verre. Le cœur de la ville bat toute la journée au rythme de ses marchés et, le soir venu, les "night markets" s'installent pour offrir une "street food" pleine de saveurs aux habitants et aux voyageurs quelque peu aventuriers. Mais dès que l'on s'aventure dans la petite ile de Koh Pich, à la confluence du fleuve Mékong et de la rivière Bassac, dans la partie sud est de Phnom Penh, c'est un tout autre paysage urbain qui se donne à voir. Les promoteurs chinois y construisent de gigantesques immeubles avec des terrasses couvertes de piscines à vagues et de plages artificielles dans de véritables ghettos dorés pour une richissime clientèle en quête de luxe et d'exotisme.

Comment aller à la rencontre d'un peuple aussi attachant, et tenter de le comprendre, sans regarder en face le sort tragique que lui a infligé le régime criminel de Pol Pot il y une quarantaine d'années seulement. La visite du centre de torture "S21" et des "Killing fields" nous paraissaient comme un passage obligé pour tenter de prendre conscience de l'horreur à laquelle les Khmers rouges ont soumis leur propre peuple de 1975 à 1979, en vidant littéralement les villes, en soumettant la population à un véritable esclavage et en assassinant dans des conditions de torture épouvantables environ deux millions de personnes, soit l'équivalent d'un quart de la population cambodgienne de l'époque.

Grace à l'audio-guide en français qui nous accompagne durant toute la visite de l'ancienne école transformée en prison et en centre de torture, nous pouvons découvrir, chacun à son rythme, le témoignage de survivants du génocide décrivant la barbarie des sévices et des conditions de vie infligées aux prisonniers selon des méthodes et une organisation qui dépassent l'imaginable.

Un peu à l'écart de la ville se trouvent les "killing fields", champs de massacre dans lesquels étaient exécutés, en silence et à l'arme blanche, puis enfouis dans des fosses communes, les victimes du régime sanguinaire des Khmers Rouges. L'émotion est à son comble, et les larmes difficiles à contenir, au moment de passer devant l'arbre sur lequel furent sauvagement massacrés des d'enfants et des bébés. Enfin le mémorial dans lequel sont exposés des restes humains des suppliciés permet à chacun de regarder en face l'indicible et de se recueillir en mémoire des victimes d'un génocide commis dans la plus totale indifférence du monde et avec la complaisance, sinon la complicité, d'un occident en pleine guerre froide et idéologique.

En quittant ces forges de l'enfer, nous vient alors la douloureuse question : comment ce peuple et ses descendants, composé à la fois d'anciennes victimes et d'anciens responsables et exécutants du génocide Khmer rouge, peuvent-ils vivre ensemble, faire société ? Comment concilier le besoin de réconciliation avec le devoir de mémoire, le pardon avec la nécessaire lutte contre l'impunité ?

Il faut bien se rendre à l'évidence. La société cambodgienne reste une société éclatée où se côtoient l'affichage indécent de la richesse arrogante de quelques uns et l'expression omniprésente de la plus grande pauvreté. En quittant les "killing fields" nous replongeons dans le quotidien de ce peuple aux sourires si attachants, et dont on se prend à espérer que l'énergie et la joie de sa jeunesse sont comme l'augure d'un avenir de paix et d'humanité.

Le 16 décembre 2018, un tribunal cambodgien parrainé par l'ONU a condamné les deux plus hauts dirigeants Khmers rouges encore en vie à la prison à perpétuité pour "génocide".

Douch, le chef de la prison "S21", où 15 000 personnes ont été torturées avant d'être exécutées dans les killing fields, a été condamné à la prison à perpétuité en 2012.


Pol Pot serait mort d'une crise cardiaque en 1998 sans avoir été jugé.

6
déc
La plaine de Battambang vue du Phnom Sampeau 

Nous poursuivons notre séjour au Royaume du Cambodge par une étape à Battambang. Fondée au 11e siècle par l'empire Khmer, la deuxième ville du royaume est en fait une petite bourgade provinciale aux allures paisibles, installée sur les rives de la rivière Sangkae qui serpente tranquillement jusqu'au lac Tonlé Sap.

Les environs de Battambang sont constitués de plaines fertiles et verdoyantes, propices à la riziculture, et de collines karstiques. L'une d'elles, Phnom Sampeau, est surmontée de plusieurs temples bouddhistes dominant les plaines alentour. On y trouve également quelques grottes de sinistre mémoire puisque les Khmers rouges y précipitaient leurs victimes sur les rochers en contrebas.

Comme à l'habitude, c'est au soleil couchant qu'un tel lieu révèle toute sa magie, inondé par des lumières faisant resplendir les paysages environnants, et scintiller temples, stupas et autres bouddhas dorés.

La colline de Phnom Sampeau est traversée par une grotte-tunnel qui abrite quatre millions de chauves-souris. Chaque soir, à la même heure, les petits mammifères prennent leur envol pour former un interminable serpentin constitué par une multitude de minuscules silhouettes émergeant de l'anfractuosité de la colline. Jusqu'aux confins de l'horizon enflammé par les feux du soleil couchant, c'est une véritable rivière vivante et compacte qui ondule pendant une heure vers le lointain, formant des nuages en pointillés qui se font et se défont au gré des circonvolutions.

Notre chauffeur de tuk-tuk nous conduira vers une partie plus confidentielle de la colline, à l'écart des touristes, pour apprécier ce spectacle féérique sous son angle le plus sensationnel.

Bat Cave et l'envol des chauves-souris  

L'ancien aéroport désaffecté de Battambang est une véritable curiosité sociale. Chaque soir, au soleil couchant, sa piste d'atterrissage est investie par des familles qui pique-niquent et des jeunes qui viennent ici se distraire, après l'école, à l'écart de la ville. On y fait du vélo ou du jogging. Les jeunes couples font des tours de scooter. Des courses de dragsters y sont même parfois improvisées.

Et c'est tout une micro-économie qui s'est développée sur cette friche insolite. Des familles y installent des stands de vente de boissons et de street-food, avec des chaises en plastique ou des tapis étendus sur le sol. Les quelques militaires encore affectés au site viennent y prélever leur part des recettes et compléter ainsi leurs maigres salaires, en contrepartie d'une tolérance instituée comme il est de coutume dans cette région du monde.

En limite de piste, certains cultivent leur petit potager. Il règne ici une ambiance pacifique et familiale, reflet d'un certain art de la nonchalance propre à cette région du monde.

Pour rejoindre Siem Reap et les temples d'Angkor, nous choisissons une nouvelle fois le bateau, pour une longue remontée de la rivière Sangkae jusqu'au Tonlé Sap.

Le Tonlé Sap présente un régime hydrologique très particulier. Celui-ci s'emplit à la saison des pluies à la faveur de la rivière du même nom, dont le cours s'inverse du fait du reflux occasionné par le débit exceptionnel du Mékong lorsque celui-ci est grossi par la concomitance des moussons et de la fonte des neiges des montagnes de l'Himalaya, où il prend sa source.

Ce trajet fluvial va nous permettre de rencontrer une population au plus près de la réalité de sa vie quotidienne. Sur une première partie du trajet, c'est la plus profonde indigence qui se donne à voir à travers des groupes de familles installés ci et là, sur les berges, autour d'abris de fortune souvent constitués d'une simple bâche tenue par quelques morceaux de bambous. Puis, en progressant en direction du lac, apparaissent de véritables villages flottants, occupés par des familles de pêcheurs ou d'aquaculteurs. On y trouve toutes les composantes qui font la vie ordinaire d'une communauté organisée sur et autour de la rivière : épiceries, stations services, bureaux de police, écoles… On y croise, sur l'eau, des pirogues pilotées par des enfants en uniforme se rendant à l'école. De temps à autres, notre bateau s'arrête et vient s'arrimer à une maison flottante pour y livrer de la marchandise ou déposer des passagers, habitants des villages flottants ou membres de la famille en visite au village. Et partout sur notre passage, les sourires et les "hello" des enfants témoignant, sinon d'une certaine joie de vivre, au moins d'une certaine harmonie, d'une vie en osmose avec leur milieu. Un milieu pourtant menacé par le changement climatique qui viendra tôt ou tard, inéluctablement, modifier les grands équilibres naturels qui leur ont permis de prospérer modestement.

Sur la rivière Sangkae, entre Battambang et Siem Reap

Voici désormais plus de cinq mois que nous avons commencé notre voyage sans avion vers les lumières de l'aube. A la moitié de notre parcours, nous tenons à vous remercier pour les nombreux et sympatiques commentaires dont vous nous gratifiez à chaque publication d'une nouvelle étape. Vos messages sont autant d'encouragements pour nous à maintenir le lien avec vous et à tenter de partager nos émotions et notre émerveillement vis-à-vis des beautés d'un monde si grand mais si fragile.

Nous vous souhaitons une belle année 2019.

17
déc

Bâtis entre 800 et 1300 de notre ère, à l'apogée de la civilisation Khmer, les temples d'Angkor font partie de ces grandes merveilles de la planète qui nourrissent les rêves des voyageurs, telles les pyramides d'Egypte, le Machu Picchu, la grande muraille de Chine ou encore le Taj Mahal.

Nous consacrerons trois journées entières à la découverte de ce monde perdu, à parcourir à vélo les kilomètres de pistes qui relient des temples grands comme des villes, des remparts jalonnés de portes monumentales, et des galeries de bas reliefs à n'en plus finir.

Une exploration de la cité d'Angkor commence par le spectacle éblouissant du levé du soleil sur le complexe majeur d'Angkor Wat. Dès cinq heures du matin, les premières lueurs de l'aube dessinent l'incroyable silhouette des tours en forme de lotus du temple consacré au dieu Shiva. Le reflet des cinq tours du sanctuaire sur les douves, à partir de la porte occidentale, procure un spectacle aussi sublime qu'éphémère, plongeant le visiteur dans l'ambiance fascinante d'un voyage à travers l'histoire d'une des civilisations les plus brillantes que la terre ait connu.

Le temple d'Angkor Wat 

S'ensuit l'exploration de la multitude de temples répartis sur les quatre cents kilomètres carrés de forêt de la partie visible du site d'Angkor. A commencer par Angkor Thom et le temple-montagne du Bayon et ses emblématiques tours à quatre visages. Nous profitons de l'heure matinale pour apprécier les premiers rayons du soleil venant caresser ces visages monumentaux aux sourires énigmatiques. En parcourant les coursives et les escaliers qui sillonnent le palais célestre du dieu Indra, comment ne pas songer à la formidable ingéniosité de ce peuple qui a su ériger de tels monuments, apprivoiser les déluges saisonniers en bâtissant un gigantesque système hydraulique de bassins capable d'éviter les inondations et de restituer l'eau si précieuse à la saison sèche ? Comment ne pas songer non plus à l'effondrement d'un empire aussi avancé, lorsqu'il perdit le contrôle de l'eau, la ressource la plus vitale et sur laquelle il avait fondé sa prospérité et sa domination ?

Le temple du Bayon 

Vient ensuite la rencontre du mythique Ta Prohm, l'un des temples les plus stupéfiants que la jungle ait entrepris de dévorer inlassablement. Etranglés par les racines géantes des banyans et des fromagers gigantesques, ses vestiges donnent l'impression au voyageur d'explorer les enceintes successives d'un mystérieux tombeau oublié depuis des siècles par l'humanité.

Une vraie leçon d'humilité aussi, comme le message d'une nature qui finirait toujours par reprendre sa place et son pouvoir face à l'arrogance des civilisations conquérantes.

Amélie, une jeune voyageuse parisienne rencontrée à Battambang, nous accompagnera durant les deux premières journées de notre exploration des temples d'Angkor, entre balades sur les remparts de la cité d'Angkor Thom, déambulations au cœur des ruines et navigations à bicyclette, sur les pistes et les sentiers, à travers la jungle, à la recherche de nouveaux temples, modestes ou majestueux, célèbres ou plus secrets.

En sillonnant Angkor trois jours durant, de long en large et de l'aube au crépuscule, nous constatons que le site n'a rien d'un musée à ciel ouvert dont on refermerait les portes une fois les derniers visiteurs repartis. Il y règne une vie quotidienne intense, entre les petits marchands, les chauffeurs de tuk-tuk, les écoliers en uniforme, les moines bouddhistes, les paysans des rizières et les pêcheurs au filet.

Les temples d'Angkor nous auront transportés par leur grandeur et leur majesté. Ils nous laissent le souvenir d'une exploration paisible, sur les petits chemins et sous la canopée, au son des cigales, sur les traces d'une civilisation disparue. L'exploration d'une histoire prestigieuse qui s'entremêle avec un présent bien vivant, celui des femmes, des hommes et des enfants qui font la société cambodgienne d'aujourd'hui, qui portent la promesse d'un avenir prospère, et qui tournent la page des années sombres de leur histoire récente.

30
déc

Migrer du Cambodge au Laos par la voie terrestre implique de franchir un poste frontière considéré comme étant l'un des plus difficiles de toute l'Asie. En tous cas, c'est la réputation qui en est faite sur les carnets de voyage de certains "backpakers" qui s'arqueboutent sur le principe de ne pas concéder un dollar de plus au tarif officiel. Certains résistent bec et ongles, comme un défi sportif, à la pratique institutionalisée qui consiste à prélever une taxe non officielle de sortie, côté cambodgien, et à majorer le tarif du visa côté lao. Cette petite aventure fut pour nous une parenthèse récréative dont nous garderons finalement un bon souvenir.

Une fois déposés par notre mini-van au poste frontière cambodgien, au bout de la route goudronnée, nous voici au milieu de nulle part, dans un paysage de forêt clairesemée aux faux airs de savane.

C'est une belle fin d'après-midi de début d'hiver, éclairée par un soleil radieux qui diffuse une douce chaleur d'été indien. Tout est calme et silencieux. Nous commençons à goûter l'ambiance paisible et nonchalante du Laos.

Une fois obtenu le précieux laisser-passer, nous embarquons pour la première fois de notre voyage dans un Sangteo, sorte de pick-up couvert doté de deux bancs face-à-face. Première découverte des transports et des pistes poussiéreuse et chaotiques du Laos.