Carnet de voyage

Colombie, pays de contrastes

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05.06.18 - 01.09.18
Juin 2018
90 jours
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Publié le 8 septembre 2018

Rendez-vous à Cuba :

https://www.myatlas.com/Phoenix/10-jours-a-la-havane


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Publié le 7 septembre 2018

Dernier jour à Bogota, au programme c'est shopping voyage, visa cubain, préparation du sac et impression des billets...


yoouuhhoouu ! un passeport tout nouveau tout chaud ! ❤

Sur ce mois entre Bogota et Medellin, je n' ai pu réaliser aucune des interviews qui m'intéressaient. C'était toujours "oui, oui" et rien ne se faisait. Ou alors la personne qui devait me mettre en contact faisait soudainement la morte... C'est frustrant.

Ça l'est d'autant plus que j'ai du mal à ne pas me raconter que j'aurais pu faire mieux, plus, différent pour repartir avec des images.

Et en même temps.... et en même temps je fais ce voyage aussi pour bosser sur moi pour acquérir de nouvelles techniques, de nouvelles perceptions... alors faire une vidéo sur le cristal healing c'est bien, mais prendre le temps de vivre le processus, les 4 séances et tous les effets que ça provoque, c'est intéressant aussi. Ça m'aidera à mieux en parler, à poser des questions plus pertinentes, plus précises à la personne que j'interviewerai sur le sujet.

Puis vouloir faire un thème sur les cerles de femmes ok, mais peut être avais je besoin d'expérimenter à quel point ils sont encore secrets, intimes, un peu tabous ici en Colombie pour mieux comprendre l'enjeu, la charge sociale et politique, le temps de tomber sur un article du Mivildule qui pose les cerles de femmes comme nouvelle menace montante à dérive sectaire en France...

Bref, c'est mon dernier jour à Bogota et je ne sais pas trop ce que je garderai de la Colombie. Ce fut dense, intense, contrasté...

Je vais aller reposer mes neurones (enfin j'espère !) à Cuba pendant 10 jours, en attendant de savoir si je suis autorisée ou non sur le territoire américain. Si oui.... là bas je vais en faire des heures et des heures des interviews ! Si non, direction le Brésil et la Casa de San Ignacio, lieu où opère le célébrissime guérisseur Joao de Deus. .


Univers, à toi de jouer.


Quelques photos des ateliers
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Publié le 22 août 2018

Je viens donc de me faire 2 semaines à Bogota.

Majoritairement vissée devant mon ordi, mon programme alterne entre :

- communication offensive version challenge "je remplis les ateliers"

- des sessions de coaching avec la France

- des hheeuureess au téléphone avec les copines pour se mettre un peu à jour après presque 2 mois pas très connectée

- des sessions de business dev par Skype pour commencer à préparer doucement mais sûrement la reprise professionnelle lors du rerour France (big up les copines qui croient en moi et me font du transfert de compétences à l'oeil. MERCI ❤❤❤)

- des sorties improvisées autour d'un café ou d'une bière avec Gamgie qui est arrivé dans la capitale en vue de son vol pour Cuba, quelques copains français rencontrés à Taganga et retrouvés ici

- du sport en mode invitée par les amies qui m'hébergent : coach à la maison, j'ai aussi testé le cyclo : salle de vélos d'intérieur plongée dans la pénombre, musique à fond où l'objectif, pendant 45min, est de se faire du mal concrètement 😅, et même fait de l-escalade en salle !

- des séances de cristal healing (longue histoire... encore un de mes trucs de sorcières 😊)

Bref, je renquille sur la vie de working-girl urbaine laissant bien loin de moi toutes perspectives touristiques.

Parque 93 en route pour l'ambassade et ma mission paseport

Je commence donc mon séjour chez Maria où l'appart est la plus part du temps vide. Je me mets bien ❤❤❤

Maria a vécu 10 ans en France et revenue en Colombie suite à une peine de coeur monter la branche de sa boîte de com digitale ici, à Bogota. Elle a donc un français parfait et un niveau intellectuel et culturel qui font du bien. Un peu de familier ^^

Ensuite je migre chez Louise Poncet, grande soeur d'une copie de primaire (Lully's connection !). Mariée à un colombien qui bosse dans la finance, elle a monté sa marque de pâtisserie haut de gamme "à la française".

***

Dimanche 19, je saute dans un avion direction Medellin pour ma première fournée d'ateliers.

Là-bas j'ai rendez vous avec les loulous d'un groupe de plongée qui avait séjourné à l'hostal Tortuga où j'étais serveuse.

Je retrouve donc Pedro. Pedro à 31 ans, à grandit entre Barranquilla et Miami. Il a fait ses études en Colombie (parce que moins cher qu'aux States) et là il est à Medellin pour finir une certification afin de pouvoir faire sa spécialisation dans une université aux USA.

A peine arrivée, il m'entraine direct manger dehors dans le bouiboui familial du coin. Il paye au mois et mange là tous les jours (mais du coup il mange toujours la même chose ?). Avant, le resto se tenait carrément dans l'appartement de la dame qui cuisine. Mais depuis son fils a acheté un local et gère le business. On part ensuite visiter les alentours du quartier. L'université, el Parque de los Deseos, les devants du Parc Explora (l'équivalent de notre Cité des Sciences)... On verra aussi des 'marching bands' répéter (un groupe de percu, un groupe de cuivres et un groupe de danseurs au drapeau...).



Regardez dans le tube cylindrique ce qu'on voit !!! C'est fou !!!

On goûte la typique "oblea" : sorte de disque de gaufrette tartiné d'arequipe (appelé aussi dulce de lece), saupoudré de fromage râpé (😱😱😱), et refermée avec une autre gaufrette couverte d'arequipe. J'ai pris deux bouchées : explosion de glycémie dans ton corps !!! J'avoue... j'ai pas trop fait honneur et profiter que son attention soit captée par un groupe de breakdancers pour le laisser finir inconsciemment toute la chose tout seul.

Suite à ça, retour express à la maison, 1 pull une brosse à dent dans un sac et on part pour l'anniversaire d'une amie du groupe dans une maison sur les hauteurs de Medellin.

Le coup de pot ? je connais tout le groupe et pour avoir été leur dj et barmaid ils se souviennent de moi 😄😄😄 du coup je suis conviée.

Au programme bbq, danse et bières, farniente, soleil, chiens et vue imprenable !

J'ai désormais la VRAIE recette du fameux frigole colombien (préparation a base de flageolets), j'ai succombé à l'appel du cadeau beaucoup trop fou, j'ai participé à laver des chiens, mangé de la côte de porc en sauce au petit dej, découvert le mythe "del poder de la chancla" (le pouvoir de la tatane), et digéré mes aventures dans un hamac.

Vous l'autre compris : Medellin me plait. Si ce n'est parce qu'il fait entre 25 et 28C° toute la journée et frais le soir, juste de quoi bien dormir.

Au retour, départ chez Doris de Couchsurfing, prof de français à la fac.

La vue de la nouvelle chambre... privative 😲❤

A suivre...


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POINT PROGRAMME (pour ce que ça vaut...) :

25.08 retour Bogota

01.09 vol pour Cuba où je rejoins Gamgie

10.09 vol pour Los Angeles

du 12 au 26.09 Women Gathering en Californie

Puis roadtrip véhiculé avec Gamgie

03.12 Mexico otra vez ! (Mexico encore une fois) en solo

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J'adore le calme de la nuit en ville... C'est tellement romanesque. La dernière clope de 2h du mat après une journée de taf quand tout est endormi... Il faut l'avouer, ça me manquait.

Le retour au travail, au rythme effréné des notifications des messages de gestion de projet, les réveils pour être à l'heure aux rendez-vous, la journée devant l'ordi à finir grelottante de ne pas avoir bougé, les yeux explosés de trop d'écran et la fatigue du corps et de l'esprit qui ont perdu l'habitude.

Ce n'est pas sain, pas humain... et pourtant, l'adrénaline... L'adrénaline de la gestion de projet, du challenge de monter des événements ex nihilo dans un pays, une ville inconnue, dans une langue et une culture qui ne sont pas les miennes, avec des gens que je ne connais pas mais qui adhèrent à ce que je fais pour 2k likes sur Facebook, la certification "from Paris" et un embryon de réseau composé d'amies d'amies jamais rencontrées et des possibles que laissent entrevoir couchsurfing et Facebook.

J'y crois. Je sais que si je me donne à fond, ça va le faire... ce qui ne me dédouane pas de la crainte de sortir tout ce temps et cette énergie pour un résultat médiocre. C'est le jeu, le pari.

J'aime la ville la nuit où ne restent plus que la rumeur d'une télé et de quelques voitures au loin. Il fait frais... et je décompte les maigres heures de sommeil qui me restent en écrasant la dernière cigarette.

On rajoutera au challenge de rectifier le tir les jours suivants pour tenter la cohabitation vie saine / vie pro.

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1ère douche chaude avec pression - depuis 2 mois

1er vrai lit avec matelas digne de ce nom - depuis 3 mois

1er hébergement avec électro-ménager - depuis 2 mois

1er vraie chambre solo avec vrai lit depuis 2 mois.

Je suis refaaaiiitteee 😍😍😍😍😍

J'envoie à l'occase tout mon amour à mon amie et collègue Mara de Nudée (allez jeter un oeil à son travail, elle est merveilleuse !) de m'avoir mise en contact avec Maria, à qui j'envoie encore plus d'amour pour me mettre aussi bien dès mon arrivée à Bogota, et sa mère venue m'attendre devant la porte, me traitant comme sa fille et qui m'avait même acheté à manger "au cas où j'arrive affamée et fatiguée pour que je n'aie pas à ressortir" 😭😭😭❤❤❤

Welcome to Bogota !

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Publié le 5 août 2018

Ils sont avocats, docteurs, instits, ils sont jeunes et moins jeunes, ils sont partis avec des valises qu'ils offriront sûrement en chemin à d'autres partis avec encore moins qu'eux. Ils cherchent à rejoindre Bogota, l'Equateur mais principalement le Pérou où, paraît-il il y a du travail et où ça gagne mieux. Ils sont à l'entrée et à la sortie des villes, dans les stations services, mais aussi sur les places de villes.

Habillés comme toi et moi, propres sur eux, le regard franc et le sourire toujours accrochés au visage envers et contre tout, on a rencontré ce couple et ses deux filles dans le parc de San Gil qui nous racontait humblement que c'est la honte de faire dormir leurs filles dans le parc devant tout le monde, mais bon... il faut ce qu'il faut, la nécessité de mendier pour nourrir les filles, les vêtements de la petite qu'ils ont filés à une autre famille pour s'alléger pour marcher (ils ont déjà la petite à porter) et donné la valise à quelqu'un "qui en avait plus besoin qu'eux". Oyé ! Les gars sont dans la rue mais ils continuent à penser à ceux qui ont encore moins... Parce que oui, eux ils ont plus de "chance", ils ont un contact à Bogota qui les aide, les guide, les aide avec des transferts d'argent et leur trouve des contacts de boulot sur la route jusqu'à la frontière.

Comme le remarquait Gamgie, nous, les migrants on ne les voit que quand ils sont arrivés à destination, on les voit rarement migrer, encore moins à la sortie de leur pays, quand ils n'ont pa encore tout perdu, qu'ils n'ont pas encore le coeur et le corps trop abîmés par la route.

Peut-être que si on les voyait de nos yeux vus traverser les Alpes en claquettes ou naviguer la Méditerranée en bateau gonflable à 50, on ne réagirait pas pareil quand on les voit ensuite nos bords de périph'...

La compassion de principe ce n'est pas assez. Les médias c'est virtuel.

Il m'a fallu voir le sourire de cette femme, assise sur un chargement de purin nauséabond au milieu de 10 autres compères d'infortune, nous faire des coucous de la main parce qu'ils nous avaient croisés, 30min plus tôt, faisant du stop sur le bord de la route en plein cagnard, et que là, ils nous avaient crié "suerte !" (bonne chance). Ils ont le sourire et Dieu avec eux... et plus grand chose d'autre.

J'imagine Maman, Rose et moi dans chaque main, sur la place d'une ville inconnue avec un panneau de carton demandant humblement de l'aide... J'imagine Rose, quittant sa thèse du jour au lendemain, et partir à pied avec un microscopique sac à dos, sans destination, avec juste l'espoir de s'en sortir et pouvoir survivre un jour de plus sans encombre... Je m'imagine discutant politique, philosophie, marketing avec un voyageur curieux faisant le tour d'Europe à pieds se surprenant naïvement et malgré lui que je sois instruite alors que je vis ainsi (depuis quand un migrant est forcément inculte ? depuis quand quelqu'un dans la misère l'a forcément un peu cherché / mérité ? depuis quand par défaut sa vie vaut forcément moins qu'une des notres ? AU SECOURS, d'où nous viennent ces idées abjectes larvées dans nos cerveaux ??!!). J'imagine Mamy toute seule dans sa maison de retraite, qui ne comprend pas bien pourquoi personne ne vient plus la voir parce qu'elle aura oublié que tout le monde est parti, pour survivre... en promettant de revenir bien-sûr... et pour pouvoir continuer à payer tous les mois les soins dont elle a besoin.

D'un coup, je comprends mieux ce qu'on me disait lors de ce fameux concours blanc qui m'avait tant marquée : "Vous suivez l'actualité ? c'est bien. Mais maintenant faut aller voir sur place". Et effectivement, rien ne vaut voir en vrai, sentir dans sa chaire cet autre soi-même dans une galère qui n'est pas juste un film géo-politique qu'on te passe au 20 heures mais une réalité qui te transperce et qui, à un coup du sort près, pourrait être la tienne demain. Et quand tu le vis, ce "ça pourrait être moi", que tu ne fais pas juste que d'essayer d'imaginer mais que tu te le prends violemment dans la gueule.

La compassion ce n'est pas assez. Alors qu'est-ce qu'on fait ? Méthode Colibri les amis. On achète 4 épis de maïs au lieu de 2 pour les filer à cette famille, on file un billet quand on peut, on file un coca aux gamins qui louchent dessus à la table d'à côté, on dépanne une cloppe, on envoie un sourire, un regard franc, un geste de la main... Non, ils ne nous détestent pas, et le monde entier n'est pas persuadé que notre vie est un rêve. Ils savent qu'à ce moment là, elle est sûrement moins pire que la leur certes, mais qu'on a nos problèmes et nos préoccupations, comme eux à l'époque. Alors oui, un sourire, un geste, au feeling, juste une reconnaissance de "t'es humain, je te vois, je suis avec toi le temps d'un regard". Aucune obligation, rien de systématique et surtour pas de culpabilité paralysante inutile. Je m'adresse à la moi de l'époque qui s'est fait plus de mal que de bien à réfléchir à comment aider les migrants syriens en étant, en parallèle, incapable de soutenir un seul de leurs regards... et qui, au final, n'a rien fait du tout.

Ils sont Vénézuéliens, ils sont sur les routes. Ils sont Syriens, Afghans, Éthiopiens... et j'en passe. Ils sont humains, "igual que yo, y igual que todos" (semblables à moi, et semblables à tous) et j'ai du mal à ne pas penser qu'il y a quelques dizaines d'années, le petit jeune sur le bord de route avec sa maigre valise il s'appelait André Noël.


Et pour info...

En tout, ces 4 paquets de billets de 50 bolivars vénézuéliens ça vaut 6 euros...
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Je ne m'y fais pas.

Voilà plus d'un an que je voyage, mais chaque nouveau départ garde le même goût d'appréhension, de spleen et d'excitation bien-sûr aussi.

Réveil à 6h, j'ai quitté Gamgie à l'entrée de la chambre de l'hostal où nous étions à San Gil (un pueblo colonial à 1h de Barichara d'où part mon bus pour Bogota). Je sais qu'on se reverra bientôt (on a rendez-vous à Cuba le 1er septembre), et que même, si je veux, on sera à priori dans les mêmes coins en Colombie jusqu'au 20, donc ce sera facile de se voir. Mais malgré tout, ça chiffonne un peu de se dire aurevoir...

J'avais envie de continuer le voyage toute seule pour le mois qui me reste en Colombie. Je le fais pour moi.

Hier, on a fait des courses de tout ce qui pouvait manqué : un legging pour remplacer celui disparu et se parer pour les 12 C° de la capitale, du matériel de mercerie pour faire des bijoux (pour les vendre en chemin et se faire un peu de sous et/ou en dépenser moins en prévision de l'achat d'un camion en Californie), les photos pour le passeport... On a terminé un peu sonné par la quantité de sous sortis d'un coup (quand on a pris l'habitude de vivre avec 6€, ça fait tout drôle).

Bref. Je me suis couchée en pensant au lendemain. Demain, autre monde, autre ambiance. Retrouver le voyage seule, la ville, se reconnecter au boulot, organiser des ateliers, prendre des rendez-vous, relancer un programme de coaching en ligne, retrouver l'ordi, les réseaux sociaux et la pression "que ça marche", l'impératif "d'être pro". Et en même temps, je sais que cette vie là, je la connais. De fait, ça me la rend confortable en quelques sortes. Je retrouve mes codes, mon monde, des gens qui partagent mes références...

A Bogota, j'ai choisit la facilité. Je serai hébergée par une amie d'une amie qui parle parfaitement français, voyage beaucoup, et vit dans un quartier chicos. Arrivée au terminal, je dois appeler sa mère et on se retrouvera devant la porte de l'appartement. J'aurais une chambre pour moi jusqu'à mardi. Pour la fin de la semaine, je me prévois une petite virée à Medellin que je veux absolument voir. Puis, retour à Bogota où une chambre d'amis m'attend chez Louise et son mari. Louise, c'est la grande soeur d'une copine de primaire, que je n'ai donc pas vue depuis... 20 ans ! et dont je n'étais même pas proche à l'époque. Lully connection. Qui l'eût cru ! Mais en voyage, être l'amie d'une amie qui te recommande, ou une ancienne vague connaissance qui passe par ton pays, ça a valeur de laisser-passer VIP !

Ça sera donc confortable, sans trop d'accrocs culturels. J'aurais du monde pour me filer les clefs de la ville. Je retrouverai le confort d'un vrai lit, de supermarchés où l'on trouve tout, d'un wifi fidèle au poste et... surtout... d'une douche chaude !

Je me demande dans quelle mesure le retour à la ville pourrait tout aussi bien être violent... Je sens que je supporte de moins en moin le bruit, la pollution, la foule... et de moins en moins longtemps. Reprendre un rythme de vie urbain pour un mois, avoir des obligations... Restera-t-il de la place pour maintenir les 2/3 axes d'hygiène de vie que j'essaye d'ancrer durablement au quotidien ? Moins ou pas d'alcool, 7 à 8h minimum de sommeil, méditation quotidienne... au moins, pour la limitation de viande, ça sera plus simple en ville, loin des fermes et des "Royaume du poulet rôti, au plus près des petits restos de hipsters et autres boutiques vegan-gluten free.

De fait, je sens que malgré tout j'attends mon bus avec la confiance d'un retour "à la maison", parce que la ville, je connais. Pourtant Bogota a la réputation d'être sacrément dangereuse...

Entre "vie d'hier" et "d'aujourd'hui", chaque nouveau départ est comme un appel à faire le bilan, un renvoie à où t'en es :

- et alors, tu partais avec quelles envies et maintenant t'en es où ?

- t'étais où y a un mois ? 6 mois ? un an ? et, là, t'en es où ? et dans 1 mois ? 6 mois ? un an ?

- tu travaillais sur tel et tel thèmes, ça a avancé ? t'as appris des trucs ? ça a bougé ? t'as trouvé tes réponses ? t'as réglé tes trucs ?

- et ton voyage ? ça ressemble à ce que tu veux ? il te plait ? qu'est ce que tu pourrais faire de mieux ou de différent ? comment tu voyages ?

Sur ces réflexions existentielles matinales, me voilà embarquée dans mon bus pour Bogota.

Affaire à suivre... 😀

En direct du terminal de bus...
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Réveil à 5h30 pour voir le lever de soleil et découvrir le paysage qui nous environnant qui était hier plongé dans les nuages...

Puis notre hôte nous emmène à bord de la Chichirita pour une découverte des environs...


Plaza Campesina (place du village ? place du marché ? place paysanne littéralement...) avec son comedor inspiration française et la découverte de l'arepa de choclo : une galette de maïs doux et blond, préparée avec du sucre et du sel, fourrée au fromage fondant et frite. Un délice ! Et pour le coup, servie dans une feuille de maïs : très cop 21, Santander !

On retourne voir le panorama de la veille sur le Canyon del Chichamocha mais ce coup-ci, de jour...

Bon ba du coup... "un dia mas" (un jour de plus), comme d'hab. On ne partira que demain.

Au programme : traversée du Canyon en périphérique (woouuhhoouu ❤❤❤), stop jusqu'à San Gil (pueblo colonial trop mignon qu'on nous a recommandé). Là, mission impression de papiers et photos pour le passeport + achat de mon billet de bus pour Bogota (je vise un voyage le 4 ou le 5) et on file se la couler douce à Barrichara, un pueblo encore plus choupichou.

En tout cas, c'est le plan.

"Pero, quien sabe..." (mais, sait-on jamais).

Avec notre chauffeur ami et héro de la semaine Francisco !
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Publié le 2 août 2018

Après une nuit rythmée par un coq insomniaque... nous décollons au petit matin pas très frais et un peu ronchons. Réveil 6h, départ 7h, 7h30 petit dej' avalé en bord de route et c'est reparti pour le stop !


Quand je vous disais modeste demeure... Sous la tôle, c'est la salle de bain...
Petit dej healthy : papa rellenas (comprendre purée de pomme de terre frite fourrée au riz et au poulet) et tinto

Il faudra avouer qu'après avoir marché jusqu'à la sortie de la ville sous une chaleur déjà bien intense et senti la galère s'installer (trafic intense et pas un regard), le 1er chauffeur de poids lourd qui s'est arrêté on lui a un peu sauté dessus : "SORTEZ NOUS DE LA". On fera quelques kilomètres dans un silence de mort priant pour ne pas y passer à chaque dépassements rageux à une vitesse excessive. Ok, ça s'est fait à ne plus refaire. Mais bon, on est sorti de la galère. On embarque un peu plus tard avec l'adorable Alfonso (qui a une chouette tête de vieux loup de mer habillé tout de jean) et son super camion super spacieux. Finis la contorsion écrasés par les sacs. Changement d'ambiance, changement de paysage : on sent le modjo revenir !

On se fait déposer avec les bénédictions d'usage à une station service. On longe la route verdoyante pour passer l'échangeur qui marque le début de l'axe pour Bucaramanga. On y croisera une jeune femme, croisée plus tôt en bord de route, descendant d'un camion en rajustant son mini short qui me lancera un sourire triste de son visage au maquillage défait, un groupe de 4 vénézuéliens contraints de baisser leurs caleçons en bord de route devant 2 agents de police suspicieux. Après contrôle, ils repartiront en courant tentant de s'agripper à l'arrière d'un poids lourds avec leur maigre bagage. On en verra beaucoup, beaucoup d'autres... Après l'échangeur, on arrive là :

Après bien 30/45min de galère en plein cagnard, on se motive à ré-endosser les sacs pour une traversée du village de San Alberto : 2km, 25 min de marche... Pueblo mignon remplis de motards, de magasins de moto et d'ateliers de réparation. On dirait un point relais de la Route Napoléon version colombienne (coucou Simon ^^). Bon ba là clairement, t'en rêves d'une moto à marcher comme un perdu avec ton sac...

Arrivés à la sortie, suants tout ce qu'on sait, mon dos criant au secours pendant que mon bide joue du Wagner, en 15min de pouce, le héros de la journée s'arrête. Dieu bénisse Francisco sur 15 générations ! (c'est une façon de parler hein, que les athées fondamentalistes se tranquilisent, ici que "Dieu te bénisse" ça sonne plus comme une ponctuation ou une façon cool de dire aurevoir).


Bon déjà, on se fait offrir un Salpicon : jus gélatineux sucré avec plein de fruits frais dedans.

Il se trouve qu'il va précisément vers Bucaramanga. Mieux, il nous annonce qu'il a un terrain à 1h de la ville où nous sommes les bienvenus pour poser un bout de tente ! Là, il faut mettre en perspective qu'on avait sacrément peur de se retrouver en bord de periph de Bucaramanga ou pire, en pleine ville, en fin de journée avec les sacs après 10 à 12h de stop avec la nuit qui tombe. Donc là, littéralement, il nous sauve la vie en plus de nous offrir précisément ce qu'on cherchait : un spot de camping sauvage au milieu de la nature.

Il nous offre un salpicon (voir plus haut), insiste pour nous inviter à déjeuner. On avait pas mangé autant depuis 15 jours, et surtout pas de viande ! De retour dans le camion, je m'endors direct sur le coup de la digestion...

Une cuisine de resto en Colombie... No comment ^^'

On traverse des paysages sublimes... un peu assombris par la quantité de Vénézuéliens qui longent les routes. Les uns en claquettes, les autres avec un sac de 20L comme tout bagage, des jeunes filles d'à peine 20 ans, des familles avec poussette et enfants... J'ai du mal à si ce n'est qu'imaginer comment une telle expérience pareille te marque à vie. A 20 ans et quelques, partir sans rien, dans un pays où les gens te sont hostiles, pour profiter des quelques fruits que tu trouveras sur le chemin, espérant trouver de quoi travailler pour un salaire encore plus miséreux que le salaire colombien mais qui au moins te permettra d'acheter le minimum pour survivre (ce qui n'est plus le cas au Venezuela : un salaire minimum est inférieur au prix d'un paquet de farine...). Je repense aux Syriens à Paris.

Le discours des chauffeurs à ce sujet s'alterne entre compassion impuissante et critique : ils volent parce qu'ils n'ont rien à perdre, c'est de leur faute parce que Chavez leur a appris que l'Etat leur donne tout et du coup ils ne veulent pas travailler, puis les filles se prostituent et tuent le marché des colombiennes... L'humain est définitivement le même partout...

Bref, un peu de paysage idyllique pour changer d'ambiance...

Et puis, à la tombée du jour, après avoir déguster un café produit dans la zone où se trouve le terrain de Francisco, on découvre ça...

Des montagnes à perte de vue... On reste émus et sans voix...

Francisco nous avait prévenu que la maison n'était pas finie. Il a acheté le terrain pour y faire une sorte d'hostal camping pour voyageurs. Il nous raconte son expédition d'un mois en van de Colombie jusqu'au Pérou avec sa femme, van qu'il avait aménagé lui-même, la Chicharita. puis Ils sont même passés à la télé ! Il a le virus du voyage, ça se sent, et on met son extrême gentillesse sur le compte qu'on lui rappelle de bons souvenirs tout en lui donnant des envies d'encore. Il nous dit qu'il rêve de Corse ou de Sardaigne, mais aussi de descendre jusqu'en Patagonie en van. L'idée de l'hostal est de lui rapporter suffisamment pour qu'il puisse repartir voyager.

Pour en revenir à la maison, c'est 4 murs en parpaings, avec de grandes ouvertures pour des fenêtres qui n'existent pas encore. Il pleut à verse et l'eau coule à l'intérieur de toutes parts. On y rencontrera Teresa et son fils Leonardo qui vivent et "travaillent" là, comme les gardiens du terrain en quelques sortent. Ils donnent du "señor" à notre nouvel ami, nous servent à manger avec tout le protocole des domestiques du 19e siècle. Ça fait très bizarre... On finira par dormir dans la Chicharita, le terrain de terre battue s'étant transformé en mini-lac reflétant un ciel étoilé époustouflant.

Aperçu de la vue avant la pluie...
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Rien de passionnant dans cet article si ce n'est que de vous raconter un peu le stop en Colombie.

Ce matin, on avait mis le réveil de bonne heure. Objectif : interviewé un guérisseur réputé de Pueblo Bello, d'origine Arhuaca, qui possède un jardin botanique incroyable et accueille pas mal d'étrangers en formation en médecines par les plantes.


Notre spot de camping improvisé.

Ce sont les cafeteros qui nous ont hébergés à notre arrivée, il y a une semaine, qui nous en avaient parlé comme de quelqu'un de très puissant. Entre temps, à Nabusimake, on a appris que cet homme travaillerait avec les "forces obscures", qu'il aurait fait un pacte avec le diable, qu'il aurait offert la vie de sa première femme en échange, jeune femme qui s'avère n'être autre que la nièce de la mama de la famille indigène chez qui on était. La mama ne nous en dira pas plus car "il sait, voit et entend tout". Bref... ça fait froid dans le dos tout ça. Et en même temps je suis curieuse de voir si je saurais "sentir" une énergie aussi noire ou si je me ferai avoir... Un bon test de mon pifomètre en matière spirituelle.

Cependant, après maintes tergiversations, un gros cauchemard traumatisant et des sensations bien bizarres depuis notre retour à Pueblo Bello me feront décrété que... non. Je n'irai pas tenter le diable, au sens propre comme au figuré. Peur de me faire "infectée" par un truc que je ne maîtrise pas ? Manque de confiance en moi et en ma bonne étoile ? ou prudence intuitive bien justifiée ? On ne saura pas... Ainsi est le voyage, mené à l'intuition, ouvrant et fermant des portes de possibles à chaque instant.

Résultat, on file vers le cente, on se commande des arepas, j'avale un coca pour soutenir mon estomac qui digère mal les saucisses sans frigo de la veille en attendant la camionnette pour Valledupar. On a demandé à ce qu'on nous laisse au bord d'une grosse artère avant ma destination, ce qui nous vaudra une petite ristourne aisément négociée.


On traverse la Sierra et ses paysages époustouflants sur fond d'album d'Ozuna (star du reaggaeton, "Despacito" c'est lui !). Drôle de contraste entre la nature sauvage et la quintessence de la musique machine à fric...

On nous dépose comme prévu. Contraste entre l'air climatisé et la chaleur hors de la Sierra. Le stop commence. Ca va être rock'n roll ! Pas tant : une voiture s'arrête immédiatement. Après à peu près une heure de route, on nous dépose sur l'axe unique qui va vers Bucaramanga, notre destination du jour. Pause dej expéditive, et on est reparti.


Malgré le bide en vrac, faut garder le sourire indispensable au stop !

Et là... c'est l'apocalypse. On reste 2h sur le bord d'une route type nationale, blindée d'énormes poids lourds et de bici taxi (sorte de tuktuk vélo) qui nous regardent d'un mauvais oeil. Des groupes de nanas en tenue d'étudiantes grimpent les unes après les autres dans les poids lourds qui s'arrêtent rien qu'en les voyant pendant que nous, on se galère à redoubler de créativité (et de ridicule...) pour attirer si ce n'est qu'un regard de la multitude de véhicules qui passent. Poussière, chaleur accablante (12h30 et ses 38 degrés), pots d'échappement... Ce sont les moments vraiment durs du stop. Personne ne s'arrête pour nous, mais genre, PERSONNE ! Plus le temps passe, pmus on fatigue et on se sent crade et poisseux. Alors la dignité s'envole peu à peu, on improvise un pas de danse, on chante Segara, Hallyday ou un Piaf remasteurisé spécial stop... le secret ? garder l'énergie à fond et le sourire en poupe sinon on aura vite fait de se démotiver et ça ne sera que pire. (Un secret ? je ne chante jamais aussi bien qu'en bord de route désespérée ahaha. Faudrait que je m'enregistre pour The Voice 🤣🤣🤣).

Quand je finis par m'épuiser et que je pollue la messagerie de ma soeur 😄😄😄

Après un coup de moi, je relaie Gamgie et change de tactique. Je prends mon sac, le met près de la route pour bien montrer que je suis une backpackeuse, m'arrange rapidement, relève la tête, brandis mon panneau "proximo pueblo" avec conviction et incarne au plus profond de moi-même "je suis une pauvre petite voyageuse européenne seule sur le bord de la route". Et ça marche ! en 10min un poids lourd s'arrête. Il a du être surpris en voyant la tête barbue de Gamgie se pointer à sa portière 🤣🙈 Sorry not sorry, il faut ce qu'il faut et je commençais à en avoir vraiment marre.

Le voyage qui devait être du dépannage de quelques kilomètres se transformera finalement en plusieurs heures de route. On traverse des plaines peuplées de bovins paisibles, d'arbres spectaculaires le tout sur fond de collines majestueuses aux couleurs sublimées par la lumière du jour déjà déclinant.

On fait ainsi connaissance avec Alberto, notre chauffeur, originaire de Medellin. Ça échange sur les anecdotes interculturelles : est-ce vrai que le métro parisien sent le lion de cirque pauvre (elle sort d'où cette expression ??!! Rose n'aurait pas fait mieux !). Est-il vrai que les français ne se douchent pas parce que l'eau est chère et que c'est pour ça qu'on a d'aussi bons parfums ? et que dit-on des colombiennes à l'étranger ? où rencontre-t-on les plus beaux hommes du monde ? qui sont les meilleures amantes des européennes ou des latines ? sans oublierla situation politique du pays, la paix tour aussi récente que factice avec les groupes armés, et la situation du Vénézuéla qui est dans toutes les bouches de la région du fait de la frontière toute proche.



On arrive finalement à Pelaya où on s'arrêtera avant la nuit et avant la grosse ville qui suit. On se retente le poste de police... Et une fois de plus, on nous renvoie au périmètre d'à côté. On finira donc une fois de plus chez la voisine du post de police. On plante la tente dans le patio de terre batrue où Perruche, canard, chats et poules se côtoient. On se jete sur une douche (à la cuvette, dehors), on lave une culotte et le débardeur poisseux de la journée... et c'est de là, 20h30 heure locale, raffraichie et bien épuisée, que je vous écris.

Le village est désormais plongé dans le noir depuis 20 min... seuls les phares des poids lourds m'envoient un peu de lumière à travers la maison aux portes ouvertes.

Demain, on remet ça. Il reste 250km pour Bucaramanga... soit... 6h de route... soit la journée de stop. Espérons que ça marche mieux qu'aujourd'hui.

Bons baisers de Colombie !


Bières glaçon et assiette de pommes de terre à Pelaya. On est en lieu sûr pour la nuit. Ouf ! On souffle.
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Publié le 31 juillet 2018

Nous sommes donc hébergés pour une durée indéterminée chez Alicia. Nous avons notre propre chambre dans une maison en dur avec un toit de tôle. Une paillasse 2 personnes recouverte d'une peau de vache tannée et d'un mince matelas occupe la quasi totalité de la pièce dépourvue de tout autre meuble.

Notre chambre...

Ici, les journées commencent entre 5 et 6h du matin, du moins, pour nous. Eux se lèvent vers 4h du matin, à l'exception des puristes de la tradition qui eux se lèvent à 1h du matin pour se laver dans la rivière. Les anciens racontent que c'est pour intégrer la force de l'esprit du fleuve pour passer une bonne journée que, plus tard, le fleuve emporterait les pensées des paresseux qui ne se seraient pas levés à temps. Altitude + nuit + rivière... je vous laisse imaginer l'intensité du processus !

Bref, on de couche avec le soleil vers 20h. On s'éclaire à la bougie et à la lampe torche : ici, pas l'électricité, tout juste un panneau solaire qui charge les téléphones portables et le poste de radio. Du coup, après 18h... extinction des feux forcée. Le matin donc, contre toute attente, pas besoin de réveil. En général, j'ouvre les yeux toute seule ou alors au son du pilon de la mamie qui écrase un mélange de yuca (sorte de tuberculeuse à la chaire blanche) et de cebolline (légume entre l'oignon et le poireau) pour nourir les poules, canards et autres dindons qui peuplent la cours.

On enfile un pull, une écharpe (les canicules tropicales paraissent bien loin...), et je file me laver le visage et les dents à la grande cuve d'eau, près des toilettes sans eau, au bout du jardin.


La vue du petit déjeuner avec le soleil du matin

La papy harpente le domaine, d'un pas lent et serein, son poporro à la main, tandis que les deux jeunes hommes de la famille sont déjà en train de travailler dans un des terrains qui entourent le petit regroupement de maisons où vit la famille. Les femmes sont à la cuisine, l'une prépare le petit déjeuner pour tout le monde, l'autre, sur un petit banc en bois au raz du sol allaite son nouveau né. Elle a 23 ans, le bébé tout jsute un mois.

On me sert une tasse de tinto (c'est comme ça qu'on appelle le café noir ici. Il est préparé avec beaucoup de sucre et/ ou avec du gingembre. C'est un café bio cultivé ici, par les Arhuacos de la Sierra Nevada) et je profite du levé de soleil qui émerge de derrière les montagnes qui encerclent la vallée.

Le petit déjeuner suit rapidement la tasse de tinto. On sert d'abord le papy et la mamy, qui ont chacun leur assiette attirée, puis les travailleurs, qui seront servis plus copieusement, et enfin, les autres. Soupe de flageolets et maïs, spaghettis sauce aux oeufs, yuca et riz... C'est rustique mais ça cale. On mangera à peu près des trucs du genre à tous les repas.

La journée suit son cours au milieu des familles d'animaux qui peuplent la cours. On pourrait faire un jeu de 7 familles ! La famille chat et ses 3 chatons trops choupichous, la famille chien, les poules (Catherine, Maman, vous seriez fans ! des vraies poules de dessin animé jouflues et dodelinantes) et leurs poussins, la famille dindon... On passera la journée entre macramé, écriture, lecture, et discussions avec tel ou tel membre de la famille sur les us et coutumes locaux.


La vie animale à Casa Villafana

On s'est essayé 2/3 fois à faire la cuisine... au feu de bois... pour 8... avec comme seule source d'approvisionnement une mini-boutique où les spaghettis (de qualité très discutable) sont vendus par paquet de 200g, la seule sauce tomate est un ketchup ultra sucré en sachet de 50g (genre 2 portions de chez MacDo), où le poulet livré depuis le village le plus proche (2h de route) décongèle au fond d'une caisse "isolante" en polystyrène et où, bien-sûr, tout coûte de toute façon le double de son prix normal. On a sorti deux plats de pâtes. On a misé sur les quantités généreuses pour satisfaire nos hôtes.

Un jour, il a plu quasi toute la journée. Pour seul dîner, à 16h30, on a eu une arepa (sorte de crème de maïs frite) et une tasse de chocolat chaud. Nous, naïvement, on a pensé que c'était le petit goûter réconfortant parce qu'il faisait froid, sombre et humide... Et bien non. On s'est donc couché encore plus tôt en se souvenant du bon vieux dicton "qui dort, dîne" et en se remorant les bons petits plats traditionnels français cuisinés par nos mamans ou mamies... Blanquette de veau, andouillette de Troyes, ossi buco, gigot d'agneau haricots verts, lapin aux pruneaux... (oui, je suis censée être végétarienne mais quand on a le mal du pays, on a le droit !)... et puis du paaaaiinnnn et du ffffrroommaagggeee !!

Quand la nuit tombe, toute la famille se réunit dans la maison centrale : une seule et même grande pièce où trône 2 lits, un poêle à bois et quelques petits bancs en bois. C'est là que les femmes tissent leurs sacs, que les histoires se racontent... mais nous, nous sommes pas invités. Et de toute façon, tout ça se fait en Arhuaco.



Quand on m'initie au tissage traditionnel...ou quand on écosse les haricots

La langue Arhuaco sonne comme de l'indien qu'on entend dans les films avec des sonorités japonaises de temps en temps. Il y a beaucoup de consonnes, de "é" et de "ou". On a péniblement appris 2/3 trucs, les éternels basiques : Bonjour, comment ça va, bien et toi, je ne parle pas à Arhuaco, parles tu espagnol ?, Merci...

Ici la vie suit son cours paisiblement. Le silence est apaisant, les nuits longues et lourdes. J'ai l'impression de récupérer des années de manque de sommeil ! Bon, ok Maman, effectivement dormir pendant les heures avant minuit ça change la vie !

On goutera plein de fruits et légumes bizarres, notamment une quantité astronomique de dérives de patates, de toutes mes formes et de tous les goûts, et la manzana de Sierra (pomme de la Sierra) : forme de tomate, couleur de courge, texture de châtaigne et goût de pomme, quant au noyau il ressemble à un marron. #normal. Et c'est HYPER bon !! Je suis convaincue que si un chef gastro français découvrait ce fruit, il inventerait des trucs de fou !

Quelques balades, quelques jours de pluie, et la semaine a défilé à toute allure ou plutôt... le temps semblait s'être arrêté. Mais l'échéance du rendez-vous à Bogota se rapproche, alors, surtout si on veut descendre en stop, il faut reprendre la route. Demain matin, on appellera un des chauffeurs qui fait l'aller retour entre Nabusimake et Pueblo Bello pour réserver notre place et repartir en sens inverse pour 2 heures de traversée mouvementée. Direction : retour à la civilisation.

Bons baisers de la Sierra Nevada ❤
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Objectif : partir de Palomino en stop direction Valledupar, de l'autre côté de la Sierra Santa Marta, pour rejoindre Nabusimake, capitale indigène des Aruacos.

Depuis qu'on a quitté Taganga, je me sens beaucoup plus sereine. Je fais des grosses nuits de sommeil, ne sors plus faire la fête, mange trois repas par jour. Bref, je me requinque et ma confiance dans le voyage et les gens revient. Et puis, désormais, je suis accompagnée, et la présence masculine change tout à mon état d'esprit. Je me sens plus sûre mais aussi plus libre de vivre pleinement le voyage... vu que je n'ai plus la sensation que je risque de me faire violer ou agresser à chaque pas.

Du coup, j'ai hâte d'entamer nos deux semaines de vadrouille en stop ! Reprendre l'aventure, m'immerger à nouveau pleinement dans le présent et sortir de ma dissequation de nombril made in Taganga (ah l'oisiveté, ça fait cogiter !).

Cependant, je garde quand même en tête que tout le monde nous répète que la Guajira est une des zones les plus dangereuses de Colombie, qu'il faut être hyper prudent et que le stop... "tu fais ce que tu veux, mais tu sais ce que j'en pense", en résumé. Il suffira donc d'une discussion avec Eleonora, ma collègue de voyage argentine, qui nous répète que si tout le monde dit c'est que ça doit être vrai pour me remettre la boule au ventre.

J'ai envie de tout annuler.

J'ai peur de me faire voler mon ordi et les heures de vidéos qu'il y a dessus, mon appareil photo, indispensable au projet, sans parler du cash, du téléphone et de la carte de crédit que je viens tout juste de récupérer... ou même, imaginant pire, finir l'expédition à l'hôpital ou prise en otage je ne sais où... Bref, j'ai peur.

Je sais que la violence ici n'est pas la même que chez nous. On m'a raconté pour appuyer un "tu as eu de la chance" venant répondre à mon récit d'agression à Santa Marta, comment il y a de ça à peine quelques années, les para-militaires ont nettoyé Taganga de leurs opposants en les décapitant et jouant au foot avec leurs têtes sur la place publique... Ou comment telle touriste danoise à la Guajira s'est faite violée et trucidée pour je ne sais quelle raison obscure il y'a quelques mois, qu'à Palomino, parfois, les hostals bouclent leurs clients à l'intérieur à la tombée du jour parce que "si tu sors, tu meurs", un autre canadien qui s'est pris deux coups de couteau faute d'avoir accepté de lâcher son sac... Et puis j'ai vu de mes yeux comment on traite un simple voleur de 16 ans, ou comment se règlent les mécontentements de voisinage : frappé quasi à mort ou à coups de tesson de bouteille dans la gorge.

Alors oui, je ne suis pas franchement sereine...

Le problème, c'est que je crois aussi profondément que la peur attire le danger, qu'une vibration négative attire le négatif, et que penser au malheur est déjà lui donner une réalité dans sa vie. Donc, l'issue est simple : soit je change d'état d'esprit soit on annule tout...

Gamgie me répète son discours sur l'importance de lutter contre la peur de l'autre, pilier d'un système construit sur la défiance et l'isolement de chacun, de résister aux "on dit" répétés, déformés et relayés sans vraiment savoir qui l'a vraiment vu ou vécu, et qu'annoncer qu'on va faire du stop génère toujours une succession de mises en garde plus ou moins valables, et ce, en Colombie ou ailleurs. J'y rajoute que je me suis faite agressée une fois et que donc à priori, en terme de probabilité, ça ne devrait pas se reproduire de si tôt, qu'on se dirige vers des villages, a priori, par essence, moins violents qu'une ville où se côtoient tourisme occidental et extrême pauvreté... et puis, j'ai envie de ces deux semaines ! J'ai envie de faire du stop.

Alors, ça paraîtra peut-être kitsch, mais je ressors mon grigris mexicain (une tête de jaguar en jade du Chiapas, que je n'avais précisément pas mise le jour de mon agression et que je ne portais plus depuis un bout de temps), et je m'en remets à la prière, très fort, pour que l'Univers et ma bonne étoile prennent le relais. C''est décidé, on y va !

On check l'itinéraire, la route fait un détour au nord et annonce beaucoup d'heures de route pour peu de kilomètres. On repère un raccourci. On va voir. On se promet d'être prudents, super attentifs, à l'écoute de nos préssentiments et de les suivre sans chichis au moindre doute.

Samedi matin. On plie tout. Je salue mes collègues de la Tortuga après quasi 1 mois et demi de vie commune (ça fait bizarre...) et vamos !

Les aurevoirs aux copines...

La première personne qui nous prend en stop, un patron d'hostal de Palomino originaire de Bogota, nous assure que le stop il n'y a pas de problèmes mais que, quand même, c'est plus long mais on ferait mieux de redescendre par Santa Marta pour éviter la Guajira, et que dans tous les cas, notre racourci, faut vraiment faire une croix dessus. L'argument principal ? Dans cette zone se côtoient para-militaires cinglés, guerillas ultra-violentes et une communauté indigène du genre belliqueuse. #SUPER !

On se répète que tout ira bien et continuons notre route... mais on se résigne malgré tout à éviter le fameux raccourci. De patelins en patelins, on avance pas très vite. Le soleil cogne fort et de plus en plus au fur et à mesure qu'on se rapproche de la Guajira (zone désertique). Les voitures s'arrêtent peu. Les gens nous prennent pour des vénézuéliens (du fait de la frontière toute proche) et apparemment ça ne joue pas en notre faveur.

Cependant, on rencontre des gens cools. Des chauffeurs bavards fans de vallenato (musique traditionnelle du coin), un couple de Bogota adorable, faisant la route de Santa Marta à Rioacha pour trouver un sac traditionnel indigène, qui nous donne plein de bons plans de choses à voir pour la suite de notre descente en stop jusqu'à Bogota, nous repasse leur numéro en nous faisant promettre de les appeler en arrivant dans la capitale, et surtout, nous raconte ce que c'était d'être militaire avant l'accord de paix avec les FARCS et du temps d'Escobar. On est loin de Netflix les copains... Wow !

Bref, on se détend. On se dit qu'on a eu raison de suivre notre plan initial, que l'être humain est fondamentalement bon : la preuve ! Les gens ont l'air plutôt préoccupés de ce qu'on pense de la Colombie et soucieux de nous laisser une bonne impression.


Déjeuner traditionnel colombien en bord de route et break bien mérité !

Vers 15h30, on finit par être laissés à un embranchement, près d'un baraquement qui vend de l'agua panella (eau et sucre de canne) au milieu de nulle part. Le chauffeur zélé nous a assuré qu'il y a un pueblo tranquille pas loin si on veut passer la nuit. Bueno... On va attendre un peu une dernière voiture. Toujours aussi peu de trafic. Les mecs du baraquement viennent nous voir, nous posent deux trois questions d'un air louche. Éternelle litanie servie à Gamgie de comment ça se fait que sa nana est là en bord de route et comme quoi il faut qu'il prenne bien soin "d'une jolie fille pareille".

Je suis pas à l'aise et commence à fatiguer.

J'essaye de faire abstraction en brandissant avec conviction le bout de carton où j'ai écrit "proximo pueblo" (prochain village) pour éviter que les gens nous disent "désolé, on ne va pas jusqu'à Valledupar" et qu'on puisse avancer. Une camionnette blanche nous dépasse, puis, réapparaît en sens inverse. Le gars a lu notre panneau, ne l'a pas compris tout de suite, puis le temps de piger notre message et de trouver où faire demi tour... Après nous avoir fait monter avec enthousiasme, il nous répète ça 10 fois, surexcité, entre deux gorgées de la bière qu'il boit au volant. C'est le deuxième qu'on voit picoler en roulant. Mais bon, vues les bières d'ici, qui ressemblent plus à des panachés coupés à l'eau, ça ne nous inquiète pas trop. Et puis, on ne fait pas les difficiles : on est content de sortir de là où on était, et dans 2 heures il fera nuit. L'urgence : trouver un lieu sûr où dormir avant de reprendre le stop demain.

En chemin, il nous offre 3 pots de dulce de leche, dont un ressemble plus à de la confiture. Le fruit s'appelle caco, c'est comme une sorte de prune-cerise avec un gros noyau strié à l'intérieur. On commence à se détendre. Il remercie Dieu toutes les 5 min de nous avoir mis sur sa route... perplexité. Il nous raconte être marié à une indigène Guyayu (on apprendra plus tard que ce sont les fameux indigènes belliqueux). Il prend un selfie et appelle sa femme pour lui raconter en direct qu'il nous a rencontré "grâce à Dieu"... perplexité toujours, mais on garde le sourire. La base. Il nous dit qu'il connaît tout le monde dans les 3 patelins environnants, qu'il nous dépose au poste de police du prochain village et que c'est ultra safe... contrairement au village qui était à 1km de notre embranchement (où on comptait aller si on ne croisait plus personne pour nous prendre en stop).

On arrive à Villa Martin, un petit patelin qui nous inspire plutôt confiance. On se dirige, sereins, vers le poste de police. Paraît que ça marche quasi tout le temps... mais pas là. On nous renvoie chez les voisins. On se dirige donc vers un espèce de baraquement de terre cuite et de tôle où se côtoient au moins 3 ou 4 générations. Des perruches se baladent au sol. Un homme d'une soixantaine d'années se balance dans un rocking-chair entouré d'une dizaine d'enfants échevelés et pieds nus qui nous observent subjugués. Une femme s'applique à plier une montagne de vêtements d'enfants, pendant qu'une autre, beaucoup plus jeune, porte un enfant en bas âge en nous scrutant d'un air patibulaire mais presque... "Bonjour, on est des voyageurs, on va a Valledupar, on aurait besoin d'un lieu sûr pour passer la nuit svp. On pose juste la tente, on a besoin de rien. On part hyper tôt demain matin...". Gamgie commence et je finis. Je sens qu'une nana qui demande ça a tout de suite un autre impact. On nous dit oui sans négocier. Surprise. Ok. Bon ba... On plante la tente du coup.

A partir de là, commence une aventure humaine complètement fofolle : un choc des cultures mêlé à la magie de cette essence humaine commune, quelque part au fond de nous, qui fait que nous sommes tous les mêmes...

Oui, c'est une peruche que j'ai dans la main...
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Publié le 20 juillet 2018

On y croyait qu'à moitié... mais on est sorti de Taganga.

Le jour du départ annoncé approchait, les groupes initialement constitué d'Eleonora (une copine argentine, bénévole à la Tortuga, avec qui on a prévu de poursuivre le voyage ensemble), s'est finalement agrandit de :

- Carole (amie suisse, bénévole de la Tortuga également),

- Gamgie, arrivé par surprise,

- Lucas, compatriote rencontré au bar quelques jours auparavant,

- Joan, un espagnol venu réparer des trucs à l'hostal qui souhaitait profiter du mouvement,

- Shakti, un franco-colombien né dans la Sierra Nevada qui a proposé de nous servir de guide pour une excursion à la rencontre d'une communauté indigène.

Tout ça en l'espace d'à peine 48h. Ah, la magie du voyage... Du coup, on craint un peu l'inertie de groupe intergalactique, et ça ne manque pas : on devait partir le lundi, on partira finalement mardi matin, sans Lucas et Shakti. En route, en étape à Santa Marta, on perdra Joan qui décidera de finalement accélérer le rythme en solo.

(Je vous raconte ça juste histoire de vous donner une idée des notions de "plans" ou "d'organisation" qui deviennent très TRÈS relatives en voyage. On apprend à surfer avec et, au final, ça me va plutôt très bien. Vous connaissez tous ou presque ma relation passionnelle avec la ponctualité - bien que vous me reconnaîtrez m'être bien améliorée - ici, je suis comme un poisson dans l'eau !!!).

Bref, après des aurevoirs à toute l'équipe de la Tortuga et quelques larmes, on finit par prendre la route pour Santa Marta où l'on récupère un bus pour : Palomino !

Départ prévu : 9h. Départ effectif : 10h30 😂

La blague dans cette histoire, c'est qu'à peine 3 jours après mon arrivée à Cartagena, deux copains uruguayens m'avaient conseillé de filer direct à Palomino. La vie aurait été bien différente si je les avais écoutés...

On arrive donc à Palomino en milieu d'après-midi, après un trajet sur fond de clips de reaggaeton. On découvre un petit patelin mi-surfers mi-hippies où touristes, locaux et indigènes en tenue traditionnelle se côtoient dans le rue principale qui mène au bord de mer. Des quantités astronomiques de mangues jonchent le sol. Chiens, chats, oiseaux tropicaux se partagent les rues où l'on croise quelques travailleurs machette à la main.

Le vent souffle, l'air porte les embruns de la mer, et tout semble vivre au ralentis au rythme du soleil (pas d'éclairage public ou presque oblige). Tout est tellement plus relax qu'à Taganga ! A tous ceux qui me disaient que ma sensation de violence ambiante à Taganga n'était dûe qu'à mon agression récente, je leur réponds : rien à voir, la preuve, ici je déambule l'esprit libre !

On atterrit dans un premier camping, la Casa de Simon (private joke : après la Tortuga, décidément, monsieur Janson, vous êtes partout !), recommandation d'une copine de la Tortuga qui voyage depuis près de 4 ans. Ici, on retrouve tous les vendeurs de rue : les artisans, les musiciens, les vendeurs de "panes rellenos" (pains fourrés), les voyageurs au long cours... Tout est bon pour récupérer quelques sous. Les gens restent là comme bénévoles au camping, partent l'après-midi vendre leurs marchandises tout en récupérant des contacts pour réaliser un mural, donner un concert, ou choper un volontariat et les bons plans pour jongler aux feux rouges dans la prochaine ville sur leur route.

On passe notre première soirée devant le coucher de soleil sur la plage. On est en pleine décompression. La onda (la vibe, l'énergie) est un peu mitigée. Le groupe alterne entre discussions tranquilles et silences prolongés devant l'immensité de la mer. On ira se coucher de bonne heure. Objectif : on se recentre, on se réaligne, on reprend une vie saine.

Addiction voyage : coucher de soleil ❤
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Publié le 17 juillet 2018

Samedi 14 juillet, c'est soirée française pour la fête nationale, ma "despedida" de l'hostal (départ, je file ENFIN lundi... si tout va bien), et mon anniversaire.

J'avoue que l'organisation d'événements en Colombie quand on n'a pas la main sur les moyens de com ni l'autorité sur les troupes, c'est pas facile... Le bar est vide, j'ai un peu le spleen. Mon anniv heure française sonne à 18h55 heure locale. Heureusement, j'ai un ami cher, rencontré ici, qui est à côté de moi à ce moment là, et j'ai le droit à un super "joyeux anniversaires" avec de jolis voeux, entre le coucher de soleil et deux gonflages de ballons bleu blanc rouge. Ça met du baume au coeur d'avoir au moins une personne important avec soi.

C'est pas tant l'âge que d'être loin des miens pour ce passage de dizaines qui fait bizarre.

Ouai, parfois j'ai l'air civilisée !

Et puis le bar se remplis peu à peu. Une française donne un cours de géographie française à son amoureux norvégien en regardant le PowerPoint. Ça me régale ! Lucas, un autre acolyte français veille à ce que mon sourire prenne résidence en s'occupant de la playlist 100% francophone pour l'occasion. "Le tourbillon de la vie", "La vie en rose", "Les nuits d'une demoiselle" finissent de rallumer ma bonne humeur.

Et puis, alors que j'enchaîne la préparation de mojitos ananas (une création personnelle, un jour où il n'y avait pas de citrons, qui rencontre un franc succès), j'aperçois un coin de t-shirt bleu qui m'est familier se glisser derrière le bar. Deux mains sur les yeux et un "devine qui c'eesssstt" enjoué et je fonds en larmes. Gamgie qui devait arriver le 21 à Carthagena apparaît à la Tortuga au milieu de ce monde qui est le mien depuis 1 mois. J'apprends alors qu'une de mes collègues était dans le coup... celle là même à qui je confiais mon blues le matin même (Carole, je t'aime).

Un ami colombien m'offre un bled espagnol en français (mais où a-t-il trouvé ça ??!!), Carole une superbe paire de boucles d'oreilles avec des amethystes (pour aller avec celle qu'elle m'a déjà offerte en début de séjour suite à la perte de la mienne, qui m'accompagnait depuis un an, qui était dans le sac qu'on m'a volé) et le boss clôture en nous laissant une chambre gratos. MERCI ❤❤❤

Ça danse, ça chante, ça rit... Gamgie fait connaissance avec toute la bande. Les copines ont les yeux qui brillent quand elles le regardent. Hehe ! Salsa, reaggaeton, rock'n roll, je danse avec les uns et les autres avec la sensation d'une multitude de mondes qui se collisionnent en une seule soirée.

La fatigue mettra finalement un terme impromptu à cette belle nuit : 2h du matin, en prenant une pause pour goûter les crêpes préparées par le patron, je m'effondre. 3h de black out ponctuées de convulsions moyennement glam... On me transporte sur une banquette. Carole et Gamgie se relaient pour s'assurer que "je ne pars pas trop loin". Heureusement, il a l'habitude et sait me gérer. Sur les coups de 6 heures du matin, je reprends un peu vie. Je tiens à peine debout, mon corps ne veut plus rien entendre, et je lutte comme jamais pour grimper dans la chambre.

La troisième crise en 1 semaine... et je ne sais toujours pas ce que c'est. Les médecins en France m'ont toujours dit que c'était psychosomatique et qu'il n'y avait rien à faire. Au Mexique et au Guatemala, on m'a dit que ça pourrait être autre chose... mais quoi ?

Un petit rappel que ces 30 ans pourraient être l'occasion de prendre des résolutions et de s'occuper de ce "truc", comprendre d'où ça vient, au-delà de sérieusement lever le pied et reprendre des habitudes plus saines.

Bref, je m'en souviendrai de ces 30 ans !


Nb. merci à toutes et tous pour vos messages, pour les photos et les vidéos des cousins. C'était beaucoup trop CHHHHHHOOUUU ❤❤❤

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Publié le 17 juillet 2018

On s'est donc échappée avec les copines. Parties trop tard (inertie de groupe tout ça...), et après 3 bus différents, on se retrouve à Mamotoco, comprendre un embranchement de 4 voies, de nuit, où une multitude de gars en tout genre veulent absolument nous vendre le transport pour Minca en moto.

Mouai enfin la moto dans la montagne de nuit seules avec des inconnus aux manettes de 125 dans un état relatif... bof. On ne se démonte pas. Vu que je suis celle qui me débrouille le mieux en espagnol, je négocie un taxi pas trop cher (mais toujours le double de ce que ça coûte normalement). La raison : la centrale a fermé il y a une demie heure et la nuit, c'est plus cher. On choisit la sécurité et on embarque dans la voiture jaune que nous a alpaguée un des vendeurs de moto taxi.

On ne voit rien au paysage alors je passe le voyage à discuter avec notre chauffeur. Il me raconte comment il a vendu son business de vélo pour payer les études à ses filles, des européennes qui voyagent seules et ne sont pas mariées et sans enfants à 30 ans, du pourquoi du voyage, de la famille... On arrive à l'hostal où les filles ont réservé. Le chauffeur nous salue avec émotions. C'est chouette ces rencontres humaines. Après même pas 45min, on dirait que je fais partie de sa famille.

Je vous passe les détails sur l'hostal où finalement la tente n'est pas équipée, les prix pas ceux annoncés dans la résa et pas de place pour moi, incrustée de dernière minute. On file donc dans le centre après que le gérant, un français, nous ait assuré qu'ici on peut se balader dans la rue de nuit sans problème. Je respire : on m'a rendu la nuit ENFIN !

On sent l'adrénaline de l'aventure, des imprévus nous saisir et là où on aurait pu raler ou s'inquiéter on se réjouit : c'est ce qu'on était venue chercher et on est ensemble. On arrive dans l'hostal recommandé. Trop mimi, tout blanc style colonial. Le jeune a la réception nous accueille comme des amies. On finit la soirée à regarder les étoiles entre filles. Ici, il fait frais et le ciel est sublime. Enfin une vraie nuit reposante loin de la chaleur étouffante de la côte.

La cours de l'hostal Villa Sylvia

Le lendemain, on se promet de se lever de bonne heure pour éviter la chaleur et grimper au mirador où les recommandations des copains voyageurs nous assurent une vue époustouflante. C'était sans compter la fatigue accumulée avec notre vie décousue de Taganga... Après un réveil manqué et un démarrage en douceur, on décolle finalement vers 10h et on revoit nos plans à la baisse choisissant finalement une cascade à 1h30 de marche de là.

Ça grimpe sec, mais les environs sont assez foufous. Ombre, vent, jungle luxuriante, cours d'eau cristalline, chants d'oiseaux exotiques et bouquets de bambous géants... On se régale.

Les copines devant les bambous géants

On arrive à la cascade, trempées de sueur et ma pauvre collègue Carole, les jambes décorées par les mouches mordeuses (merci Maman pour l'anti-moustique de compète !!!). Ça ressemble un peu à un aquapark pour touristes, mais on fera fi de l'ambiance internationale pour se jeter dans l'eau fraîche de la cascade.


Naïade colombienne 😄 Je suis nulle en posing maillot...

Et on a succombé aux spots selfie... Les hammacs géants suspendus au dessus de la cascade, c'est quand même bien canon ! J'y aurais bien passé l'aprem (une nuit n'a pas suffit à me requinquer, je suis en plein décompression post-Taganga...).

Là faut s'imaginer qu'on assume qu'à moitié ce qui rend la démarche encore plus ridicule 🙈😂😂

Après baignade, pause écriture, photos et flâneries au bord de l'eau on prend le chemin du retour avec pour objectif un... fish & chips / fallafel. Oui, oui, au milieu de la jungle.

Le boss du lieu est un anglais arrivé ici il y a 5 ans. Après avoir décidé de quitter sa carrière de skiper sur des bateaux de luxe, il s'offre des vacances en Colombie et tombe amoureux de la Sierra Nevada. Et tada ! Fish & Chips jungle !

On rentre à l'hostal s'offrir une petite bière de fin de journée... On aura pas fait grand chose et pourtant on s'effondre de fatigue très rapidement en se promettant que, ce coup-ci, on se lève tôt pour de vrai pour aller au mirador avant notre bus pour Taganga.

Point de scepticisme : demain, c'est la demi-finale des bleus et j'ai comme l'impression qu'on va plutôt se retrouver devant le match que devant un panorama... "A ver..." (à voir).

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Publié le 11 juillet 2018

Absence de discipline et grosse fatigue, les projets de rando matinale à Minca sont tombés à l'eau.

Avec Carole et Noa avec qui je suis à Minca, ça se réveille doucement. Ça erre entre discussions et geekeries sur le téléphone. Le match France Belgique est pour bientôt.

Une barcelonaise en fin de course se joint au mouvement pour regarder le match dans le centre après m'avoir partagé ses sensations de fin de voyage, à quelques jours de son retour pour une ville où elle n'a pas vécu depuis 6 ans. (Je récolte des feed backs sur le sujet, il paraît que quel que soit ton voyage ou ton envie de rentrer, le retour est dur...).

Sur le chemin, je recroise JB et Solenne, un couple de lyonnais rencontrés quelques jours plutôt à la Tortuga. Eux aussi vont voir le match.

Resto de "gringos", prix exorbitants pour le coin, on se contentera d'un café pour profiter du ventilateur et du grand écran.

Dans le bar d'en face, l'établissement s'est remplis de belges et de français qui se chambrent bruyamment tout en entrechoquant leurs bouteilles de bière. On les entend d'ici.

Dans notre petit resto, australiens, français, belges, espagnols, suisse, israéliens se côtoient... tous suspendus aux jeux de jambes des joueurs.

Premier but. Quelques éclats de voix, de timides applaudissement. Sommes nous en terres belges ? C'est pas la même ambiance que quand la Colombie joue... Cependant, on entend le bar d'à côté hurler. Effet de groupe et bières auront donné de la voix à nos compatriotes.

Les messages Facebook, what's app se multiplient : ils viennent d'Uruguay, de Barcelone, du Mexique, de Colombie, de France, du Nicaragua... on n'est pas physiquement ensemble mais on est tous relié par cet écran qui diffuse un présent qui a lieu à des dizaines de milliers de kilomètres de nous, quelque part en Russie. "Vamos Francia !". "Alors ? La France en finale ?". Ça commente le match sur what's app, un oeil sur l'écran et l'autre sur une pizza trop grasse.

C'est ça aussi la magie du mondial. Une fois de plus, malgré toutes les critiques, tous les mauvais côtés liés politiques, économiques, sociaux, l'hypocrisie démago et tout le tintouin lié au mondial qui ne me sort pas de la tête, je me prends au jeu et je savoure l'adrénaline qui me secoue à chaque action qui s'accélère.

Le match se termine.

Les belges se sont bien battus.

On rejoint les copains dans le bar d'à côté. Ça chante, ça trinque. Des colombiens se sont improvisés pour un camp ou l'autre. Les autres nationalités transmettent leurs félicitations ou leurs condoléances aux uns ou aux autres en recroisant leurs voisins d'hostal dans ce qui semble la rue principale du village.

Puis, les amis de quelques heures se séparent peu à peu.

Les "tu vas où après ?" et les "bon voyage" résonnent rappelant peu à peu chacun à sa réalité nomade...

On se recroisera peut-être au hasard d'une rue, ailleurs... ou pas.

En rentrant récupérer mon sac à l'hostal, le ciel se met à gronder, comme un grognement sourd et puissant provenant du coeur de la jungle.

En passant la porte, la pluie se met à tomber à grosses gouttes transformant le jardin en hammam fumant.

Une phrase beaucoup trop lyrique s'impose dans ma tête : "nos cris firent éclater le ciel".


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Publié le 10 juillet 2018

C'est bien la première fois de ma vie que je suis un Mondial.

Difficile d'expliquer ce que ça représente ici... Difficile d'expliquer cette énergie qui parcours la ville les jours de matchs. Ce que signifient ici les maisons recouvertes de drapeaux colombiens, les vieux, les jeunes, les enfants, les locaux, les étrangers, tous revêtant le maillot colombien, les rues désertes qui résonnent des échos des commentateurs... Difficile d'expliquer car moi-même je ne saisis pas bien, mais je sens que c'est plus que du foot, qu'il y a quelque chose de plus, de fort, de profondément humain qui se passe derrière tout le magma marketing et business nauséabond que je suis la première à décrier.

Alors il me sera difficile d'expliquer pourquoi je me sens amère, moi qui me fous royalement du foot habituellement.

Je suis avec la Colombie et les colombiens dans cette fin d'aventure. Je ne comprends pas bien ce qui se joue pour eux mais je sens que c'est important et ça me touche.

Merci à toutes celles et ceux avec qui j'ai tremblé, crié, pesté, et me suis enthousiasmée... avec qui j'ai découvert ce que c'est de suivre le Mondial.

Argentine, Mexique, Suisse, Colombie... il ne reste plus qu'à soutenir la France désormais... puis reprendre une vie normale.

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Publié le 10 juillet 2018

C'est l'histoire d'un retour de soirée arrosée où un mini chaton se met à nous suivre dans la rue, en miaulant comme un perdu, trottinant comme une croquette obstinée.

C'est l'histoire de Bibi en fin de course qui ne résiste pas à cette mini créature de la rue, à ce petit être voué à une vie miteuse ou, pire, à ne pas survivre longtemps. Ici, chiens et chats sont plus considérés comme de la vermine errante que comme des animaux de compagnie.

Bibi le prend dans les bras et tente de le ramener de là où il vient. Après 3 tentatives auprès de trois chats du coin, après des coups de pattes et crachats agressifs, et les flics qui viennent fouiller au corps mon collègue hexagonale qui, aussi soul que moi, à accepter de m'accompagner, Mini Croquette me court après en miaulant... 3 fois de suite. Je craque.

Je vous passe le réveil du lendemain et la prise de conscience qui me saisit : "P*** j'ai ramené un chaton à l'hostal...".

Bon ba là faut gérer. Temporiser. Improviser. Trouver une solution, une excuse, une histoire valable.

Je sais que le boss, amoureux des animaux, qui a déjà sauvé 8 chats de la rue qui peuplent désormais les différents étages de l'hostal, ne me croit qu'à moitié, mais il ne dit rien et me laisse gérer. Un autre employé m'a surement aussi grillée et le prend beaucoup moins bien... Je prends le risque.

Un oeil infecté, une petite forme, bébé chat se fait baptiser Peter Junior puis Filibert par ma collègue suisse. Vendu !

Jour après jour, Filibert fait connaissance avec les maîtres des lieux. Une grosse chatte noire le prend en affection distante, le protégeant contre les autres chats moins commodes. Les chiens viennent le renifler d'un air bonhomme. Le staff finit par se prendre à la cause de Filibert et demande de ses nouvelles, l'air de rien. Les volontaires le bichonnent... Filibert est désormais une joli petit gaillard qui n'hésite pas à s'aventurer jusque dans la cuisine quand je me lève trop tard pour son repas du matin.

Aujourd'hui, avec le soleil des lendemains de jour de pluie, Filibert a eu le droit a une session photo.

Résultat immédiat. En 2h, Filibert a trouvé une nouvelle maison et s'envole pour Santa Marta. Après la défaite de la Colombie, je me rappelle un peu plus que la vie est toujours pleine de contrastes...

Bon vent chaton.

Un départ de plus... et la satisfaction de penser que j'ai fait ce qu'il fallait... ou pas. En tout cas, il a trouvé une maison et une humaine aimante en manque de doux... une vie surement plus facile que les rues colombiennes qui me sont hostiles même à moi.

Job done.

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Publié le 10 juillet 2018

Taganga, ancien camp de prisonniers.

Dépourvue d'arrivee d'eau potable alors que la Sierra Nevada est une des zones les plus gorgées d'eau de Colombie, pour en sortir à pieds il fallait au moins 3 jours de marche... voire plus si tu te perdais... par plus de 40°C, sans ombre, sans eau... En général les gens ne tenaient pas 2 jours.

Par la mer ? la baie comporte une multitude de courants violents et contraires qui explosaient les embarcations sur les côtes ou vous ramenaient direct à Taganga.

Taganga... sal si puedes (sors en si tu peux).

Aujourd'hui, on raconte que la malédiction perdure et qu'après avoir mis les pieds à Taganga, il est difficile d'en partir... et/ou on est obligé d'y revenir.

Alors on a adopté la 'transition pansement" appelée aussi "départ sur un coup de tête" : on a sauté dans un bus motorisé (plus facile pour s'échapper de Taganga !) pour rejoindre Santa Marta de l'autre côté de la montagne : direction Minca, sa jungle et ses cascades.

Salut Taganga, on s'en va... mais on revient dans deux jours... Comme quoi, la malédiction dit vrai.

Le coucher de soleil nous accompagne...