Carnet de voyage

Manche, Iroise et façade Atlantique

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Dernière étape postée il y a 5 jours
Le voyage commence le 20 octobre 2022, au départ de Roscoff. Nous descendons la côte française, puis traversons le Golfe de Gascogne jusqu'à La Corogne. La suite reste à vivre et à écrire.
Octobre 2022
10 semaines
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Publié le 21 novembre 2022

Nous partons le 20 octobre de Roscoff, presque par surprise et après avoir salué rapidement nos voisins et amis de ponton, les serviables permanents du port de Roscoff et nos fournisseurs préférés.

Une belle navigation facile nous amène à l'escale traditionnelle de l'Aber Wrac'h, où nous laissons passer un épisode de vent violent et de pluie intense.

Concentration !
Concentration !
L'avant port de Roscoff et ses familiers Britany Ferries
L'avant port de Roscoff et ses familiers Britany Ferries
A l'heure des pêcheurs
A l'heure des pêcheurs
Il fait souvent très beau en Bretagne
Il fait souvent très beau en Bretagne
Emotion en quittant Roscoff où nous avons passé tant de bons moments
Emotion en quittant Roscoff où nous avons passé tant de bons moments
Bye bye Batz
Bye bye Batz
Ile de Batz, côte nord
Ile de Batz, côte nord
La navette Conquet - Ouessant
La navette Conquet - Ouessant
En attendant de coller l'adhésif avec le nom du bateau
En attendant de coller l'adhésif avec le nom du bateau
Aber Wrac'h
Aber Wrac'h
Décoller l'ancien nom...
Décoller l'ancien nom...
Roscoff à Aber Wrac'h
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22 octobre 2022

Encore un créneau météo favorable et nous bondissons (littéralement avec la houle du sud) vers Brest.

Pour le départ de nuit, Liliane sera à la proue avec la grosse torche, réveillant au passage nombre de goélands de l'Aber. Théorème du jour : "s'il s'envole, ce n'est pas un casier de pêcheur".

Etape en demi-teinte, parce que tout le magnifique chenal du Four est fait au moteur face au vent, avec une aide du courant assez modeste en cette période de faibles coefficients de marée. Nous sommes récompensés, dès la Pointe Saint-Mathieu, par un magnifique bord de travers dans l'avant-rade de Brest jusqu'au port du Château.

Le Galicia. Il y arrivera sûrement avant nous.
Pointe Saint-Mathieu
Ponton visiteurs à la Marina du Château
23
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Publié le 14 novembre 2022

La stratégie initiale de dégolfage (*) est de nous poster à Brest en attendant un créneau météo favorable pour une traversée directe vers La Corogne. Mais les dépressions se succèdent en rangs serrés et nous envoient en permanence du vent du sud et parfois très fort.

Cette attente est l'occasion de poursuivre l'exécution de notre "todo list", notamment coller enfin le nom du bateau sur le tableau arrière. Il reste aussi beaucoup d'efforts pour ranger minutieusement tout le matériel de rechange et surtout noter où il se trouve.

Adhésif en police de caractères Audiowide 10 cm

Surprise ! Par un hasard unique, les cousins bretons de Liliane se promènent sur le ponton visiteurs précisément au moment où Patrick se trouve affairé sur le pont. C'est l'occasion d'un premier apéro de voyage improvisé.

Tout près de la marina, au Quai du Commandant Malbert où se trouve le fameux Chantier du Guip, on découvre également l'exceptionnel remorqueur de haute mer Abeille Bourbon. A chaque alerte météo, il va se positionner (au Stiff à Ouessant, je crois) pour être prêt à intervenir en cas d'avarie grave sur un navire de commerce passant les rails de navigation au large de Ouessant.

Nous profitons de l'escale pour acheter une petite enceinte acoustique étanche qu'on posera dans le cockpit pour amplifier les alarmes de la tablette de navigation. L'exemple typique d'application est l'alarme AIS qui avertit d'une possible route de collision avec un autre navire. Quand la personne de quart est en veille dans le cockpit, l'enceinte acoustique lui relaiera cette alarme via une liaison BlueTooth avec la tablette de navigation.

L'abeille Bourbon

Après une semaine d'attente, un créneau météo semble se dessiner pour une traversée assez directe vers La Corogne, avec seulement un accueil musclé prévu à l'arrivée. C'est l'occasion de retrouver la famille avec Marie, la fille de Liliane, Yann son compagnon et Arthur. Il est convenu que Yann restera à bord et nous accompagnera.

Hélas ! les prévisions se dégradent et un front puissant doit balayer l'ensemble du Golfe de Gascogne, douchant pour plusieurs jours l'espoir d'une route directe. Cela fait partie de nos critères de décision : naviguer au près, d'accord ; mais tirer des bords face à la houle, disons que nous avons passé l'âge... Grâce au logiciels Weather4D installé sur un iPad et en secours Sailgrib installé sur un Chromebook, nous pouvons simuler diverses solutions de routage après la mise à jour quotidienne des fichiers de vent et de mer.


Arthur et sa Manou

La perspective de passer encore une semaine à attendre dans la marina du Château nous déplaît. Après discussion à trois, nous décidons de changer de stratégie en descendant la côte française jusqu'à ce que le vent de sud devienne un vent de travers et se transforme en atout de traversée. Evidemment il pourrait aussi virer à l'ouest, ce qui nous ramènerait à la même difficulté de progression que depuis Brest avec vent de sud. En effet, l'examen d'une carte du Golfe de Gascogne fait apparaître que la côte française Atlantique décrit quasiment un arc de cercle par rapport à la point nord-ouest de la Galice. Que l'on parte de Brest ou de tout port de la côte jusqu'à Bayonne donne sensiblement la même distance, seules les conditions de vent et de mer sont donc des variables de décision.

Quoi que nous réserve le futur, ce choix nous donne au moins l'impression d'avancer et d'être dans l'action. Finalement, du point de vue nautique, cela revient à tirer un grand bord vers le sud-est par petits bonds, avant de virer vers le sud-ouest, en supposant que le vent sera encore du sud à ce moment-là.

Dernière nuit à Brest à la Marina du Château
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(*) dégolfage : terme non officiel désignant pour les navigateurs le fait de traverser le Golfe de Gascogne et d'en sortir, généralement vers l'Espagne. C'est une étape qu'on prend au sérieux, voire que l'on redoute, à cause de la réputation de ce Golfe de malmener les équipages.

30
oct

Départ le 30 octobre en fin d'après-midi, après une sardine-party (boite géante à l'huile d'olive) et la préparation du bateau.

Le routage semblait promettre une route permettant d'atteindre Pornic en trente heures. Oui, mais voilà, le trajet comporte encore des phases au moteur face au vent pour passer le Raz de Sein et la Pointe de Penmarch, la vitesse déclarée au moteur dans les simulations est 5 noeuds, vitesse facilement atteinte lorsque la mer est plate et sans vent. Dans notre cas, ce sera plutôt 3 noeuds avec les conditions rencontrées. La Pointe de Penmarch se passe à éviter les bateaux de pêcheurs qui sortent du Guilvinec (six à tribord, quatre à bâbord, merci à l'AIS qui permet de voir en temps réel leur évolution...).

Test opérationnel des cousins de cockpit !

Au milieu de la nuit, la mer donne au Capitaine une leçon pas chère. La manille du chariot de GV cède. Comment est-ce possible ? Tout simplement, le manillon s'est dévissé et elle s'est ouverte et tordue. Pourtant elles avaient toutes été reserrées... Heureusement cela s'est passé au moment de la relève du quart avec Yann et à deux il a été facile de la remplacer.

La leçon est dans le cours des Glénans (*) : assurez vos manilles avec un bout de garcette (ou plus contemporain, un collier plastique d'électricien).

Ensuite la météo se dégrade rapidement, le vent monte d'abord à 25 noeuds, toujours de face. Nous savons que la suite sera encore plus rude. L'espace d'un instant, nous envisageons d'atterrir à Lorient. Finalement, nous décidons, après le passage de la Pointe de Penmarch de couper court et d'aller nous abriter à Bénodet. Au moins ce bord se fait au vent portant et Tusitala file alors plus de 8 noeuds vers l'entrée de la baie.

Chenal d'entrée de Bénodet
Sainte-Marine
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L'escale à Bénodet est l'occasion de recevoir la visite de David, un ami de Yann, rencontré lors de sa transat sur Mahina. Small world !

Et comme à chaque escale, quelques travaux avancent, surtout avec le professionnalisme et l'efficacité légendaires de Yann. La toile de roulis était prévue par le chantier Fora sur les bannettes supérieures. L'étape depuis Brest nous a convaincus qu'il est impossible d'y monter lorsque le bateau gîte à contre. Nous l'installons donc sur les assises tribord du carré, symétriquement de la précédente. Il faut ajouter des pontets.

Installation toile de roulis tribord

Fortuitement, nous sommes voisins de ponton avec un autre RM1060, dont Bénodet est le port d'attache. Le propriétaire est présent et la conversation s'engage. Il ne faut que quelques minutes pour nous rendre compte que nous avons déjà échangé avec lui au travers de l'association des RM. Il s'agit de Dominique Brelot, possesseur de Noramax. Nous avons ainsi l'occasion de visiter son RM, rempli d'aménagements particulièrement astucieux.

(*) Archipel ou îles de Glénan (sans "s"), mais le Cours des Glénans (avec "s").

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Publié le 24 novembre 2022

2 novembre 2022

Nous y voilà. Novembre ! Une différence purement formelle par rapport à fin octobre, mais le seul énoncé du mois fait frémir...

Le départ du port de Bénodet est conditionné par l'heure de la marée, à cause du fort courant de jusant qui peut rendre les manoeuvres de port assez scabreuses. L'étale de basse mer est à 4h50 ce jour-là. C'est donc dans la nuit que nous quittons ce port, avec Yann à l'étrave éclairant le plan d'eau à l'aide d'une torche.

Une belle traversée sur une mer assagie. Encore une fois, nous allons nous abriter pour laisser passer le grand frais qui va suivre. Nous choisissons après Quiberon de passer la Teignouse et d'aller au Crouesty.

 On pense bien à toi, Michel, dans les parages de la rivière d'Etel
 Port du Crouesty - Ponton visiteur
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Marie nous rejoint au Crouesty avec Arthur et Chloé pour une soirée en famille à l'issue de laquelle Yann quitte le bord. Un grand merci à Yann pour sa participation lors de ces étapes difficiles.

Le passage du front tient ses promesses météos : 41 kt dans la nuit.

Tusitala côtoie le bateau de Alain Maignan, qui se prépare à accomplir en solitaire le tour de l'Atlantique nord en quatre étapes, selon le trajet Arzon - Pointe-à-Pitre - New York - Québec - Arzon.

Comme tous les bateaux de voyage, c'est rapidement Waterloo à bord de Tusitala à chaque escale.

Le shipchandler local nous permet de compléter l'armement de sécurité. Liliane trouve nos gilets trop lourds et s'en offre un neuf. Nous complétons aussi la liste des huiles et graisses qu'on emporte pour faire face aux futurs travaux inévitables au long cours (voir dictons).

Conformément aux recommandations du Ministre de l'Intérieur, nous limitons la température intérieure du bateau aux environs de 14°C la nuit, qui est la température de l'eau de mer, semble-t-il...

"Ya pas que le bateau et les équipements" (Liliane)
Dernière escale en Bretagne
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Publié le 22 novembre 2022

"Enfin un départ de jour, dit Liliane. Dommage, parce que c'était facile".

Cette journée nous offre une belle traversée sur une mer belle. Tusitala marche bien.


La côte sauvage du Pouliguen
Au loin, l'immense champ d'éoliennes
Coucou les Hocq', on vous embrasse ! 

La traversée du Chenal de Saint-Nazaire, avec ses énormes cargos immobiles à l'ancre, est signe que nous quittons la Bretagne.

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Les jours suivants, nous restons bien à l'abri derrière le brise-lame, pour laisser passer un nouvelle dépression qui déferle sur l'Atlantique.

Astuce pour éviter que l'écoute de génois se prenne dans le tangon aux virements
Installation de charnières sur la baille à bouts
Jamais moins de trois trousses à outils pour le moindre bricolage
La Lune vient jeter un oeil curieux sur Mahina
Travaux sur Mahina (moteur neuf)
Le Chemin côtier

Une fenêtre météo se dessine pour le jeudi 10. Nous préparons le bateau au départ et c'est une nouvelle occasion de dîner en famille, car Marie se propose de nous accompagner pour cette traversée du Golfe de Gascogne.

10
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Publié le 22 novembre 2022

Finalement, c'est de Pornic que nous partons le 10 novembre au lever du jour. Nous embarquons Marie-Charlotte comme équipière super-qualifiée après son tour de l'Atlantique juste terminé avec Yann et leur enfants Chloé et Arthur.

Dès la sortie du court chenal de Pornic, le vent permet une route directe vers l'ouest-sud-ouest pour passer Noirmoutier. Le bateau avance bien, nous sommes protégés par l'île de la houle du large.

Le moral de l'équipage est excellent. Après tant d'attente et de météos défavorables, le créneau entrevu dans les prévisions se confirme.

Salade préparée par Liliane avant le départ. Au top !

Les quarts se mettent en place très rapidement, dans l'ordre Marie, Patrick, Liliane. Plutôt que de cadrer strictement les horaires des quarts, nous convenons que chacun fait ce qu'il peut, sans aller au bout de ses forces, et qu'il va réveiller le suivant. Cette souplesse permet de profiter au mieux de l'état physique et psychologique de chacun, car il arrive souvent qu'on se sente bien et envie de continuer son quart. Dans ce cas, autant laisser dormir les autres. On constate que la moyenne des durées de quart s'établit aux alentours de trois heures.

De même pour la nourriture, des plats préparés d'avance sont disponibles dans le frigo, ainsi que barres de céréales, fruits secs et frais, boissons et chacun pioche à son gré.

Liliane s'équipe, heureuse de prendre son quart
A la poursuite du soleil couchant

La nuit est un peu houleuse, mémoire du fort vent d'hier, mais le redouté Golfe de Gascogne est clément pour nous.

11 novembre 2022

Au lever du jour, il est même carrément calme.

La journée s'écoule paisiblement et le vent diminue encore. On se laisserait bien aller sous voile tout doucement, mais la prochaine dépression se prépare dans l'Atlantique et on doit se mettre à l'abri avant son passage. Nous convenons qu'en dessous de trois noeuds, on lance le moteur.

Papotages mère-fille dans les bannettes de quart
Passage en eaux espagnoles

En fin de journée et presque toute la nuit nous progressons au moteur face au résidu de la houle. Le bateau tape dans ce clapot. C'est désagréable.

En début de nuit, nous sommes symboliquement passés en eaux espagnoles, et Tusitala est plus à l'ouest que Ouessant, à une longitude où il va pour la première fois.

12 novembre 2022

Bon anniversaire Maman !

C'est le message que j'ai transmis via IridiumGO lors de notre vacation sécurité avec Philippe, qui a bien voulu assurer le rôle de contact à terre. Il retransmet les informations sur un groupe WhatsApp familial.

Au petit matin, le vent revient, léger mais suffisant pour nous propulser plus vite que le moteur. Nous sommes encore au près serré pour faire route vers le nord de la Galice. Le lever du jour est toujours un moment privilégié pour ceux qui sont réveillés.


La vue panoramique depuis la table à cartes du RM
Envie de ravioles chaudes au déjeuner

Cette journée est assez riche en surprises. Nous avons eu des visites.

D'abord un moineau, qui entre dans la cabine, se pose sur la table à cartes et ressort précipitamment. Est-il épuisé ? Pas sûr. Il virevolte autour du bateau et s'éloigne. Plus tard un autre (ou le même ?) reviendra se poser dans le cockpit.

Puis des dauphins joueurs, le grand classique, toujours un joyeux moment. Marie a l'ouïe très fine et entend leurs cris de l'intérieur du bateau.

Ensuite, Marie et Liliane aperçoivent trois souffles de cétacés à un demi mille nautique environ.

Enfin, on distingue au sud une longue bande sombre. Terre !

...

Liliane satisfaite de son quart de nuit

13 novembre

Bon anniversaire ma petite-fille Charlotte !

Toute la nuit se passe à optimiser notre route. Le vent ne fait pas de cadeau et il sera encore face à notre route au passage du Cabo Ortegal et du Cabo Prior. Le pilote est mis en mode vent, pour gagner chaque minute possible dans la bonne direction. Nous réglons les voiles au meilleur près avec génois et GV à un ris.

Séance cinéma avant d'aller dormir

La VHF énonce ses bulletins météo en espagnol, plusieurs bateaux convergent vers La Corogne. On sait qu'une nouvelle dépression est annoncée dans les prochains jours.

Nous arrivons à La Corogne en fin de matinée, assez près des routages que nous avions faits à Pornic, ce qui constitue une satisfaction supplémentaire. Les pontons de Marina Coruña offrent plein de places libres. Nous prenons même le luxe de nous amarrer aux deux catways de part et d'autre du bateau, pour mieux amortir les rappels dus à la houle qui entre.


Formalités d'arrivée, douches délicieuses, et un pot de réconfort (j'ai oublié de préciser : nous pratiquons le zéro alcool en mer).


Yes, we did it !
Marina Coruña- Ponton 3

Pendant que d'autres partent traverser l'Atlantique en six jours au milieu des dépressions, nous avons modestement traversé le Golfe de Gascogne à pas de loups entre deux avis de grand frais. A chacun son Everest...

13
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Publié le 22 novembre 2022

Les commodités offertes par Marina Coruña sont de bon niveau, l'accueil très courtois, avec douches chaudes et buanderie bien équipée. Le vent est le meilleur des sèche-linges que nous ayons trouvé.

Marie nous quitte dès le lendemain de notre arrivée. Elle retourne dans sa famille à Pornic et retrouver son travail. Merci, Marie, pour ton aide efficace sur cette trans-Gascogne.

L'article suivant dans la "to do list" est de trouver des pétards de rappel de plongée. Le club de plongée local nous oriente vers le vendeur de pétards généraliste Traca (Rúa Galileo Galilei, 41, 15008 A Coruña, Espagne). Google Maps aidant, et pour 1,20€ de bus (arrêt Newton), nous achetons donc des "petardos de agua" "claro sí ! para alejar a las orcas".

Dans le même coin, on trouve de petits distributeurs locaux : Ikea, Leroy Merlin, Decathlon.


Autres distractions :

  • Passage de graisse cuivrée sur les cosses des batteries (et flûte, j'en ai oublié deux, il faudra ressortir le tube du coffre avant...)
  • Assèchement sous le réservoir avant bâbord, celui qui nous avons changé neuf à Roscoff. Le raccord à vis côté remplissage ne fait que un petit centimètre de filetage en plastique (probablement, le marketing a estimé que c'était la qualité juste suffisante pour le prix). Dans les mouvements du bateau lorsque le réservoir est partiellement rempli, le balan du liquide force sur ce pas de vis qui échappe d'un filet, juste un, ce qui suffit à faire fuir l'eau. C'est presque anodin, mais nous y passons une bonne journée à assécher, garnir le filetage de ruban PTFE, revisser fermement, remplir, attendre, vérifier. Done.
  • Assèchement du coffre arrière : on cherche toujours l'origine de l'entrée d'eau. Comme elle est un peu salée (un peu seulement), je pense que c'est le joint de l'échelle de secours sur le tableau arrière qui commence à être poreux. Il a huit ans, ce joint. Avec le déferlement de pluie de ces derniers mois ou les éclaboussures des vagues en navigation, cela pourrait être l'explication. Anodin aussi comme fuite, mais c'est agaçant d'avoir une zone de rangement humide.

Le reste est du domaine touristique. En flânant dans les rues, on trouve toujours des jamónerias offrant de l'excellent jamón ibérico de Bellota y queso de cabra, dans une ambiance de conversations intenses et joyeuses.

Nous avons quelques voisins prestigieux : la goélette Grain de Sail, l'Imoca Bureau Vallée durement abîmé dans la Route du Rhum, le Queen Victoria...


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Publié le 24 novembre 2022

C'est une étape mémorable. C'est à dire que nous nous en souviendrons comme une de celles que nous ne voulons plus. Comme le rappelle Liliane : le thème prévu pour notre voyage était une flânerie au long cours, où nous attendrions des vents portants en sirotant un bon Rioja avec des pimientos de Padrón.

Bon, aucune excuse pour nous être mis dans cette situation. Les excellentes prévisions météo, les incroyables logiciels de routage, tout annonçait exactement ce qui a suivi.


Oui, mais c'était quand même le meilleur créneau météo depuis et avant longtemps. Le plan A, conforté par un routage W4D promettait un transit jusqu'à Muxia en huit heures. Le plan B consistait à mettre le clignotant à gauche et à nous abriter à Laxe ou Corme. De fait, nous démarrons (littéralement : dé-marrer, c'est dénouer les amarres) au lever du jour en même temps que trois autres voiliers du même ponton.

La Tour d'Hercule, plus ancien phare du monde en activité

Pour pouvoir terminer la route sur un seul bord, il faut d'abord remonter dans le vent pendant trois heures, face à la houle du large, qui deviennent quatre dans la réalité. C'est très pénible et quand on approche du point visé, on a hâte de prendre le bord direct. Trop pressé, trop tôt, il faudra encore tirer un bord pour passer les îles Sisargas.

Des grains passent régulièrement avec rafales et averses. Partis avec grand-voile à un ris et trinquette, le pilote décroche plusieurs fois dans les rafales.

Ce regard est le signe qu'il est temps de prendre un ris
Après passage des Îles Sisargas

Avec un deuxième ris, Tusitala est moins volage, le pilote le tient bien au cap et nous sommes moins secoués. De plus on va sensiblement à la même vitesse. Évidemment quand le vent baisse il est un peu sous-toilé.

On apprécie bien d'avoir un RM. La vue panoramique permet d'assurer la veille tout en restant à l'abri à l'intérieur, le plus souvent assis à la table à carte. C'est un élément fondamental de sécurité. On voit aussi si le réglage des voiles convient et si le pilote assure la conduite. Même quand je suis de repos, allongé dans la bannette bâbord, je peux voir d'un oeil si les voiles portent correctement et si le pilote est à l'aise avec le réglage (quand il y a trop de toile, le bateau a tendance à vouloir remonter vers le vent et le pilote doit forcer sans cesse pour le ramener dans la direction demandée ; il est donc essentiel d'avoir d'abord une surface de voile adaptée au temps et un réglage correct des écoutes).

La coque plate a tendance à taper dans les vagues. Comme la coque en CP époxy est très rigide, cela résonne. Ça fait mal au coeur d'entendre les chocs sourds qui ébranlent tout le bateau et réveillent ceux qui dorment.

Tous ces bords de près prennent du temps, l'heure tourne. Au passage devant la baie de Laxe se pose la question : plan A ou B ? Ce serait tentant de mettre nos estomacs au repos, mais ce sont ici de simples mouillages abrités par un brise-lames. La très grosse houle prévue dans les prochains jours pourrait rendre les nuits fort pénibles et nous serions scotchés dans ces mouillages. Finalement on va continuer vers Muxia, où l'on arrive de nuit car, en novembre, le soleil se couche tôt. Un petit sandwich et au lit !

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Escale à Muxia

Après quarante-deux années à être libre de prendre la ligne 13 du métro quotidiennement, je [Patrick] savoure celle d'être coincé par la météo dans une charmante petite ville de Galice, ce qui nous oblige à aller goûter la restauration galicienne.

Nous sommes quasiment seuls dans la marina, amarrés des deux côtés aux catways, comme au quai des milliardaires à Antibes (toutes proportions gardées). Cet amarrage de luxe amortit bien les coups de rappels et évite les chocs sur la coque lorsqu'il y a des remous à la pleine mer. Ça doit beaucoup taper dehors. Un soir l'anémomètre monte à 40kt, on pense bien aux concurrents de la Route du Rhum encore en mer. D'ailleurs on en voit passer un ici aussi sans mât. Il fait le plein de gasoil et repart.

Nous croisons quotidiennement la Capitaine du port, qui tient en même temps la station service attenante. Elle émaille son discours de galicien (la choiva, c'est la lluvia, la pluie), je prends un cours... Il n'y a pas de ponton carburant, mais elle prête un carro pour transporter les jerricans et m'aide même dans la descente de la passerelle. On lui achète aussi une recharge de gaz, la fameuse 907 de Campingaz.

Pour la première fois depuis Brest, nous devons recharger nos batteries sur le secteur, car le panneau solaire produit très peu avec la couverture nuageuse automnale.

La halte nous permet de faire avancer par exemple la rédaction de ce blog, et aussi de remettre de la graisse silicone dans le piston de la pompe des toilettes. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup. Je me retiens de publier les photos de l'intervention.

28
nov
28
nov
Publié le 30 novembre 2022

Comment dire ? Neuf jours à attendre une météo favorable pour aller vers le sud nous ont permis de profiter du charme de Muxia (pronconcez "mouchia" en Galicien). Tous les commerçants reconnaissaient les deux Français en balade dans les rues.

Nous avons fait le tour des balades côtières accessibles à pied.

Santuario da Virxe da Barca
Costa da morte
Un séchoir à congres
Igrexa de Santa María de Muxía

Nous avons aussi réalisé quelques améliorations au bateau.

Premièrement, depuis plusieurs semaines, nous avions une entrée d'eau dans un coffre de cockpit arrière à tribord. Rien de bien alarmant parce que ces coffres contiennent essentiellement des équipements qui peuvent être mouillés (annexe gonflable, moteur hors-bord, bidons de gasoil, pagaies...), mais c'est agaçant d'avoir constamment de l'humidité qui dégouline. Jusqu'à notre départ de Roscoff, il y avait quelques litres qu'on vidait occasionnellement. Plus récemment, la quantité d'eau s'accroissait. La dernière fois à La Corogne, nous avions vidé vingt-cinq litres d'eau, ça commence à faire beaucoup, on doit régler le problème. Comme tout navigateur, à chaque fois qu'on trouve de l'eau à l'intérieur, on la goutte. Eau salée ou eau douce ? Et bien ça dépend. Parfois salée, et parfois un peu, parfois pas du tout. A l'escale de Muxia donc, nous avons pris le problème en main. Tout vider, tout assécher et faire couler le jet d'eau sur le pont pour trouver par où elle peut entrer. On trouve : c'est l'échelle de secours qui fuit (celle qu'on peut extraire du tableau arrière si un jour on se trouvait à l'eau et qu'on avait bêtement oublié de descendre l'échelle de bain). Elle est logée dans un tube en plastique rigide fixé à la coque par un gros écrou en plastique. Il semble que les pluies diluviennes, entrecoupées de séjours en mer houleuse ont rapidement profité de l'entrée d'eau pour envahir le coffre. On démonte le tout, qui date de l'origine du bateau (2013) : le tube est fissuré, le joint est sec et dur, l'écrou ne serre plus. De plus, le bouchon extérieur a été perdu depuis longtemps, mais cela ne justifierait pas que l'eau entre, car le tube aurait dû rester étanche. J'avais tenté vainement d'acheter ce bouchon chez le fabricant. Impossible, il fallait racheter une échelle complète. Travaux du jour : ponçage, décapage, collage, vissage, séchage, fabrication d'un bouchon artisanal et rangement du coffre.

Fabrication d'un bouchon dans un emballage de polystyrène
Le Pinger dans son seau, prêt à servir

Deuxièmement, nous avons aussi profité de l'attente pour commander un "pinger" de Fishtek Marine chez IsiFish à Concarneau. Un "pinger", c'est un dispositif qui émet des ultra-sons à 40 kHz dès qu'il est plongé dans l'eau. Les pêcheurs en installent dans leurs filets pour éloigner les cétacés et éviter de les y piéger. Le nôtre sera installé dans un seau à l'arrière du bateau, prêt à être jeté à l'eau en cas d'apparition d'orques facétieuses, celles qui viennent croquer les safrans des bateaux de plaisance, voire les couler à coups de tête dans la coque. Il paraît qu'elles jouent sans agressivité, et comme c'est une espèce protégée, on n'a pas le droit d'interagir physiquement pour protéger nos vies. Dont acte.

Malgré le bon temps passé à Muxia, il y a un moment où la question se pose de savoir pourquoi nous sommes ici. A priori pour voyager. Nous tenons quotidiennement notre briefing météo, avec la remarquable application Windy. Il est un peu loin le temps de nos jeunes illusions où nous envisagions d'attendre que tous les voyants soient au vert, tout en sirotant un Rioja. La période est plutôt au compromis. Tu préfères de la houle ou de la pluie ? Du vent portant dans l'air froid ou tirer des bords dans l'air tiède et humide ? Cette zone de l'ouest galicien est sur le chemin de toutes les dépressions atlantiques. Pour y échapper, il faut descendre plus au sud, il faut se sortir de ce coin coinçant. Précisons pour ceux qui sont loin du milieu nautique que le bateau s'en fiche. Il a été taillé en catégorie A de conception et peut donc affronter toutes ces situations sans broncher. Disons-le clairement, le maillon faible, c'est l'équipage.

On prépare un départ pour le 27. C'est donc l'option faible houle et pluie. Au lever, les trombes d'eau qui fouettent le pont dans le noir nous dissuadent d'enfiler nos cirés. On reporte au lendemain : option ciel clair, air frais, vent favorable et houle.

Le 28, finalement, on s'arrache de Muxia au petit matin.

Santuario da Virxe da Barca, vu de la mer

Les éléments sont conformes aux prévisions. Merci aux météorologues et leurs gros ordinateurs. C'est d'ailleurs en vérifiant le vent à la sortie du port que je vois vitesse du vent égale "00" sur l'afficheur. Je bous intérieurement. "Encore un informaticien qui a cru bien faire en faisant un calcul sophistiqué au lieu de juste m'afficher ce que donne le capteur". Je tripote les menus, rien. Je re-bous "encore cette fichue ergonomie des équipements Garmin". Tant pis, la vitesse du vent est secondaire en navigation, on s'en sort très bien en l'estimant au pif. Avançons. Une fois en mer et le bateau sur sa route, je reprends l'investigation. Panne informatique ? électrique ? connectique ? Pourtant la girouette donne bien une information correcte et l'anémomètre doit bien être en train de tourner, non ? Ah tiens, non, il ne tourne pas, il a disparu. La petite turbine avec ses godets est bel et bien absente de la tête de mât. Probablement arrachée lors d'un passage très venté ces derniers jours.

Trop loin, trop brumeux, trop houleux, nous avons même oublié de photographier le célèbre Cabo Finisterre. Endroit pourtant symbolique pour nous deux, puisque nous y étions venus en juillet 2017 en voiture et nous étions promis d'y revenir en bateau, puis plus tard à pied, par la route de Saint-Jacques de Compostelle.

Il y a un avantage au moins à voyager en novembre : nous évitons les hordes de plaisanciers dans les marinas, les hordes de touristes dans les restaurants et nous pouvons arriver à peu près n'importe où sans avoir réservé. Si c'est ouvert, il y a de la place, surtout pour notre petit bateau. Ai-je dit que dans la catégorie des plaisanciers navigateurs au long cours, nous faisons partie des plus modestes navires ? Dans les séminaires et formations de 2021, les couples que nous avons côtoyés possédaient au minimum un 42 pieds (12,60m), voire un catamaran.

L'arrivée dans la baie de Muros nécessite un examen attentif de la carte pour parer les bancs de sable et les récifs situés assez loin de la côte. Dans ces régions, le balisage est moindre que celui auquel nous ont habitués les Phares & Balises en Bretagne, riche de siècles de travail soigné et intelligent.

A la radio d'abord, puis dans la marina, nous sommes reçus par le célèbre Pedro en personne, qui se déplace sur le ponton, nous aide à passer les amarres, nous accueille en Français et nous donne les informations sur les services disponibles.

Notre guide nautique (Imray - Espagne Portugal, par Martin Walket & Henry Buchanan) date de 2017. A l'époque, certains ports étaient réservés aux bateaux de pêche. Le développement rapide a doté la côte galicienne de marinas d'excellent niveau d'équipement. En cette fin novembre, nous apprécions la perspective d'avoir un ponton avec de l'électricité, puis une douche chaude, même si la zone de mouillage forain en face de la ville paraissait bien attirante.

C'est un plaisir de déambuler dans les rues étroites de Muros. A deux pas de la marina, nous nous attablons chez Don Bodegón pour quelques délicieux mariscos y peixe (pescado en Espagnol). Il y a aussi un supermarché Gadis tout près du port.

La récolte de moules du jour, en attente de déchargement
Demain il fera soleil