Carnet de voyage

Cyclot'âges Andins en Equateur

5 étapes
36 commentaires
L'action de cycloter consiste à se déplacer à un rythme qui donne du sens au voyage et du plaisir à nos sens.
Mars 2018
5 semaines
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KM
2476

Bienvenue dans ce nouveau Carnet de Voyage où nous allons parcourir ensemble l'Equateur et surtout sa fameuse route des volcans à la condition qu'ils veuillent bien se laisser gravir par Papypédale et Paulette. Nous nous étions quittés à Pasto où je décide de reprendre la route après une journée de repos, contrairement à Guillaume qui souhaite rester un peu plus. Me voilà seul au moins pour un moment, comme je l'avais projeté à l'origine. Ça à aussi du bon, on se retrouve face à soi avec ses propres choix, plus de compromis entre ce que l'on souhaite vraiment et ce que l'autre ou le groupe voudrait faire. Les deux prochaines étapes me conduiront à Ipiales à la frontière avec l'Equateur. Pas d'autre choix que de suivre la Panam et son cortège de camions, avec une bande cyclable plus que réduite. Autant vous dire que les gouttes qui perlaient sur mon front n'étaient pas dues qu'aux montées. C'est d'autant plus dommage que la remontée des rios Guaitara et Carchi, avec des gorges impressionnantes est de toute beauté.

Une belle route gâchée par les six essieux colombiens et la conduite inconsciente de leurs chauffeurs

A Ipiales j’appréhende un peu le passage de la frontière à cause de l'immigration Vénézuélienne, mais en arrivant je constate que c'est bien pire que ce que j'avais imaginé. Plus de 2000 personnes font la queue pour enregistrer leur passage et comme nous sommes le we.....un seul guichet est ouvert, uniquement pour la sortie de Colombie. Il est 9h du matin et la situation me laisse penser que je passerais la nuit ici si je ne trouve pas de solutions rapides. D'abord trouver un endroit pour poser vélo et bagages, je ne me vois pas faire la queue avec mon barda. Un premier essai dans un resto que je ne sens pas du tout, puis dans un terminal de taxis où moyennant una propina, je décide de faire confiance. Ensuite, passer en mode grugeage. La queue fait le tour du bâtiment de l'immigration et se termine par une ligne droite sous une pergola avant le guichet ouvert. Tant qu'à se faire jeter autant que ça en vaille la peine, alors je tente une infiltration stratégique au début de la dernière ligne droite. Au bout de 5mn je suis toujours au milieu des Vénézuéliens qui ne semblent pas se préoccuper de moi, ouf ! j'ai gagné au moins 6h. Juste après je vois une fille opérer une infiltration identique à la mienne et devinez quoi ? C'est ....une Française évidemment, Tifenn est danseuse et s'est installée à Cali pour vivre sa passion et donner des cours.

Beaucoup font la queue depuis plus de 7h, mais avec le sourire 

Durant 4h je partagerai quelques instants de la vie des Vénézuéliens à la situation économique insensée. Armando est ingénieur électronicien et avec le salaire d'une quinzaine il peut manger une journée. Cristiano est tailleur et veut apprendre le français parce qu'il à un contact sur Toulouse. José Alberto et Jaini ont 22 et 18 ans, ils ont la banane et sont pleins d'espoir comme les 5000 de leurs compatriotes qui quittent par jour leur pays vers l'Equateur, le Pérou, l'Argentine ou le Chili. Encore une leçon de vie.

A San Gabriel je suis hébergé chez Armando et Amanda. Un vrai plaisir d'avoir partagé leur quotidien durant deux jours riches en échanges culinaires, découverte des animation locales, de leur culture et surtout leur projet d'Eco-Tourisme. San Gabriel est une cité Patrimonio et Rolando est un acteur de premier plan dans le développement de l'éco-tourisme au sein de sa ville. avec l'association Tourisme Montufar Adventure, ils ont créé un musée de l'artisanat local qui présente les vieux métiers, deux salles de vestiges archéologiques de premier ordre, poterie et tissage. Accolé au musée le restaurant des Arrayanes que dirige Rolando avec passion, dispose de terrasses ainsi qu'une grande véranda dominant la vallée de Montufar. Si vous passez par San Gabriel vous ne pouvez pas rater cette étape.

Le bâtiment du musée et les belles terrasses du restaurant des Arrayanes
Confection des feutres équatoriens
La bosse sur la joue représente la chique de feuilles de coca
Quelques pièces du musée 
Au programme balades à vélo et participation aux festivités locales, merci Rolando et Amanda pour ces deux belles journées.

Il parait que la Lagune de Cuicocha est magnifique, alors c'est parti pour 1200m de dénivelé et un petit bivouac. A peine sorti d'Ibarra je rencontre 3 cyclistes qui font leur sortie matinale. Nous échangeons les quelques questions habituelles, où vas tu, d'où viens tu, depuis quand, jusqu'à quand? Ils m'indiquent un itinéraire pour éviter la Panam et décident de faire un bout de route avec moi. Après un café à Cotacachi au pied de l'ascension me voilà invité chez Diego et Monica au retour de la Lagune pour visiter les environs et surtout faire le Fuya Fuya, le volcan local à 4279m. Ensuite la montée à la lagune se fait sans problèmes par contre il me faudra 1h30 supplémentaires pour trouver un bivouac peinard face à la lagune, mais ça valait vraiment le coup.

Diego et Monica mes futurs hôtes qui m'accompagnent sur un bout de route 
On est pas bien là ? 

Ensuite ce sera 5 jours chez Diego et Monica partagés entre visites, activités, conversations animées et cuisine, en attendant que Diego pris par son commerce de vêtements puisse me poser au Fuya Fuya.

Balades et cuisine avec initiation au mouillettes de pain dans la sauce....une première pour toute la famille 
Visite du plus célèbre marché d'Equateur à Otavalo 
Visite du parc El Condor que nous observerons dans son habitat lors de l'ascension du Fuya Fuya et kayak dans la lagune San Pablo

Je terminerai ce long séjour chez Diego et Monica par l’ascension du Fuya Fuya et toute la famille décide finalement de se joindre à moi. Je suis un peu inquiet au départ car je ne connais ni ce que l'on va trouver ni leur capacités, mais sur le terrain je suis vite rassuré par les deux. Depuis la lagune de Mojanda le cheminement vers le col entre les deux sommets est plus que facile et l'accès aux sommets n'est pas non plus très compliqué même si le point culminant à 4279m nécessite un petit pas d'escalade. Une première grimpette d'acclimatation très sympa mais gâchée par une brume persistante puis, à la descente, un gros orage avec grêle, tonnerre et pluies diluviennes jusqu'au véhicule. Oui ça fout la trouille et promis je ne partirais plus aussi tard.


Le cheminement depuis la lagune et l'arrivée au petit sommet 
On a beau être à plus de 4000m les fleurs sont présentes et on découvre un nouveau type de paramo 
Monica et Alex dépasseront leurs appréhensions pour aller chercher le sommet principal  
Heureux avant la tempête 

Je terminerais cet article en remerciant encore une fois Diego, Monica, Abi et Alex pour cette belle amitié qui s'est révélée en peu de jours. Une famille au grand cœur, curieuse de tout et avec qui j'aurais aimé partager encore. Le départ n'a pas été facile et l'émotion de Monica n'y a pas aidé. Nous nous sommes rencontrés par hasard, mais ils veulent désormais devenir warmshowers. Cyclovoyageurs si vous passez par Atuntaqui, n’hésitez pas à faire une pause vous ne serez pas déçus.

Un abrazo muy fuerte 
KM
2648

Mal de gorge, légère fièvre, bronches prises, l'orage du Fuya Fuya laisse des traces. Au moment du départ de Cayambe je préfère rester une journée de plus pour me reposer, et rejoint Guillaume chez David un warmshower bien sympa avec une maison tout confort. Le lendemain je suis frais dispo pour l'étape qui nous amènera à Tumbaco aux portes de Quito, à "La casa de ciclistas" chez Santiago Lara.

Chez David avec la photo souvenir de rigueur 

Peu après Cayambe nous arrivons au lieu symbolique que nous attendons depuis notre rentrée dans ce pays, "La mitad del mundo" ou la ligne de l'Equateur.

En arrivant avant 9h, pas de gardien et site pour vous tout seul. Prévoyez tout de même une belle poussette de vélo pour passer un fossé et traverser des broussailles.

Bien posé sur la moitié du monde 
Il y a encore du chemin 

Impossible de ne pas vous parler des "Casas de Ciclistas". C'est le rendez vous incontournable des cyclo voyageurs où l'on se pose quelques jours et échangeons tous types d'informations et d'expériences concernant le voyage évidemment. Ça parle itinéraires, bon plans nuits, mécanique, et mille petits trucs qui facilitent le voyage. Le concept est simple un amoureux de vélo et de rencontres qui ouvre sa maison gratuitement à tout cycliste de passage. C'est le cas de Santiago Lara à Tumbaco aux portes de Quito. Santiago ne se contente pas de vous accueillir, il répond à toutes les demandes et devance même nos besoins. L'installation est rudimentaire mais l'ambiance au top.

Bien installés dans le jardin sous l'avocatier avec cueillette à gogo  
Le bunker pour la popote et les repas, le coin lessive douche et wc et la petite équipe avec Santiago

La journée de visite à Quito coïncidait avec la procession du vendredi saint et nous avons vite compris qu'on ne rigole pas avec la religion en Amérique du Sud. Le spectacle est impressionnant par son ampleur d'une part et par son contenu de l'autre. Nous assistons avec stupeur au chemin de croix des processionnaires, qui dépasse notre entendement. Porteurs flagellés avec des orties, cactus scotchés sur les jambes, pieds enchainés, on redouble d'imagination dans le monde catholique.


La rivière mauve est en marche
Quelques réjouissances de cette jolie fête 

A part ça nous avons aussi visité la ville avec son centre historique et ses jolies rues bien animées.

Devant la Cathédrale avec Enrico 71 ans qui vient de terminer Argentine Quito, ça laisse de l'espoir

C'était écrit, les volcans Équatoriens ne veulent pas de Papypédale. Je m'étais fixé comme cible lors de ma traversée de l’équateur de tâter les sommets de quelques volcans réputés, mais le ciel n'est pas avec moi. Il pleut tous les jours depuis 10 jours, parfois quelques heures, parfois toute la journée. Des volcans j'en ai fait mais je n'en ai vu aucun. Que ce soit de loin sur la fameuse route des volcans ou de près lors des ascensions c'est toujours nuages, brume, pluie, voire neige. Dans ma quête d'acclimatation, après le Fuya Fuya venait le Pichincha, situé au pied de Quito et affichant 4696 mètres. Départ 7h de Tumbaco sous le crachin, 2h de bus pour arriver au pied, brouillard tout le long et pluie à la descente puis 2h de bus retour. A part l'acclimatation j'ai eu du mal à trouver un intérêt.

Au pied de la montée la vue sur Quito donne une idée du temps 
En haut c'est pas mieux
Faute de paysages vous avez droit à quelques fleurs du Paramo 

Je repars de Quito seul et gonflé à bloc. Par l'intermédiaire d'une connaissance j'ai pris contact avec un guide pour faire le Cotopaxi. Après quelques échanges sur mon niveau et acclimatation il m'assure que je peux le faire tout seul, en présentant mon brevet d'état de Canyon à l'entrée du parc. J'ai aussi une adresse à El Chaupi pour continuer mon acclimatation et louer du matériel. A El Chaupi je veux encore croire que ce temps pourri ne va pas durer et je décide de faire aussitôt le Iliniza Norte, une montée de 1100m pour atteindre le sommet à 5126 mètres . Je cale le départ à 6h pour assurer un minimum de visibilité avant que le temps ne se gâte vers midi comme d'habitude. Hélas, à 6h c'est la "lluvizna" habituelle qui se transforme en neige progressivement. Au refuge Nuevos Horizontes à 4750m je suis bien et ne souffre pas du tout, l'acclimatation joue son rôle. Mais les 400m restants seront beaucoup plus rudes avec un cheminement pas évident dans le brouillard, le long d'une crête tantôt type éboulis, tantôt archi découpée, et la neige bien présente où je m'enfonce parfois jusqu'au genou avec des chaussures basses. Tout ce qu'il ne faut pas faire.

Content d'arriver au sommet 
Quelques images à 4900m 
A la descente je profite d'un semblant d'éclaircie de 2mn pour enfin voir ce que je viens de faire 
Les traditionnelles fleurs pour finir sur une note agréable 

Après ce nouveau but, je décide de shunter les parcs Boliche et Cotopaxi, aucune envie de camper sous la pluie. Pour le Cotopaxi j'ai encore un plan possible sur Ambato, mais j'ai décidé de ne plus courir après, il se fera avec un temps clair ou ne se fera pas. Demain montée à Quilotoa pour un petit bivouac face à la Lagune, je croise les doigts.

KM
2887

Que ça fait du bien, le temps s'est levé et je vois enfin le Cotopaxi. Je viens de quitter la Panaméricaine et la petite route qui m'amène à Quilotoa direction Sigchos est un bonheur avec un paysage à la hauteur. Bref, oublié la frustration des grimpettes dans le brouillard la pluie et la neige, je profite à fond de ce beau moment et je verrai plus tard si j'arrive à compléter la série de volcans que je m'étais fixé. Pour le moment direction la lagune de Quilotoa que je dois rejoindre en 2 jours et si le temps veut bien être de la partie ça va être la fête.

D'ailleurs ici tout le monde se protège de la pluie 
Quelques paysages de la route entre Lasso et Sigchos 
Le lendemain rebelote en montant vers Quilotoa 

La lagune de Quilotoa est un passage obligé en Equateur. Il paraît qu'il y a vingt ans personne ne mettait les pieds dans ce coin et le village était complètement isolé. Aujourd'hui c'est l'attraction touristique, il y a une belle route pour accéder et le village regorge d'hostals et de boutiques d'artisanat. Il faut dire que le site est de toute beauté. En arrivant en début d'après midi je comprends, à la concentration de touristes que nous sommes le week end. Comme j'ai décidé de camper devant la lagune je me dis que ça va être coton de trouver un coin tranquille. Finalement je dégote "the spot" et passe la fin de journée assis et ne rien faire d'autre que regarder cette nature grandiose.

Bien content de pouvoir profiter de ce spectacle avec un beau soleil
Campement installé au plus près de la lagune et loin des touristes, il n'y a plus qu'à s'assoir et en prendre plein les yeux

Je vous présente Eva, une Équatorienne indigène renvoyée de chez ses parents, qui vient de faire 4 heures de marche dans la montagne un sac plastique avec ses affaires dans chaque main, pour rejoindre Quilotoa dans l'espoir de trouver quelqu'un pour l'aider à appeler son frère. Il fallait que ça tombe sur moi, heureusement il est arrivé avant la nuit.

 En tenue traditionnelle à 4000m il fait un peu froid en fin d'après midi

Après ça il est l'heure de dîner.

Pâtes œufs coque et tomates oignons, tout ce qu'il faut pour un petit dîner au soleil couchant et les 2 Illinizas en arrière plan
Le matin après une nuit bien fraiche où pour la première fois j'ai fermé mon duvet c'est toujours aussi grandiose 

Départ pour les 75km qui me séparent de Latacunga sous le soleil, et au programme la traversée d'une succession de vallées avant de plonger vers la vallée de la panam.

Des montagnes et encore des montagnes 

Un petit mot pour vous parler des chiens Equatoriens qui sont la plaie du cyclo voyageur. Il n'y a pas une journée sans attaque, mais on s'y fait et la technique s'améliore. D'abord évaluer la situation. S'il est tout seul t'as une chance de passer tranquille. S'ils sont plusieurs, et c'est souvent le cas, c'est sur que tu y as droit. Dès que l'un commence à aboyer c'est le déchaînement et il en sort de partout. Jamais vraiment méchants mais toujours agressifs pour te poursuivre et mordre les pneus. La méthode douce j'ai essayé ça ne donne rien, donc il s'agît de sortir le pied des cales, de foncer sur eux et envoyer des coups de sandale, ça les calme un peu avant de les distancer. Janine il vaut mieux t'entraîner!

Je n'ai pas pu les prendre en action vous comprendrez mais ceux ci étaient bien actifs

Après Quilotoa il ne me reste plus que le Cotopaxi pour boucler mon programme. J'y ai renoncé momentanément mais pas complètement abandonné, d'autant plus que le temps s'est bien amélioré. Dans l'espoir d'une dernière tentative je pars direction Ambato, où je n'avais pas prévu d'étape à l'origine, mais j'ai rencontré deux cyclo-voyageurs en Colombie qui m'ont parlé de Lenin, grand sportif et warmshower qui les avait accompagnés au Cotopaxi, et comme il a eu la bonne idée d'accepter ma demande d'hébergement....on ne sait jamais. Hélas, mes illusions retombent dès mon arrivée, Lenin a le bras en écharpe il vient de se fracturer la clavicule la veille en faisant une course de VTT. Mais comme les dieux sont avec moi, en soirée, son copain Mauricio vient lui rendre visite et vous savez quoi.....il est guide et libre toute la semaine. Bingo! ce sera avec lui et comme la série chance devait continuer les deux journées que comprend la course avec l’accès au refuge puis l'ascension sont les plus belles que l'Equateur n'ait jamais connues.

Vue du parc avec le beau temps, le Cotopaxi 5897m plus haut volcan actif de l'Equateur 
Arrivée au somme au petit matin
Avec vue sur le cratère fumant 
A la descente dans le glacier
Merci Mauricio et merci Lenin et Grace pour tant d'aide et de gentillesse 

Maintenant assez traîné ! Avec toutes ces ascensions je n'ai pas beaucoup avancé ces derniers temps, alors dès le lendemain je prends la route direction Banos, avec la ferme intention d'enchaîner les étapes. En descendant sur Banos qui n'est plus qu'à 2000m on retrouve les plantations de fruitiers avec le Tungurahua en fond, et on roule sur une petite route...juste assez large pour les vélos qui suit une belle rivière à raft

Mais comme ça ne se passe jamais comme prévu, dès l'arrivée à Banos je décide d'y passer deux nuits. Banos est au pied du Tungurahua, un autre volcan bien actif et c'est non seulement une ville thermale mais le spot des sports d'aventure de l'Equateur. Rafting sur le rio Pastaza, Canyoning, grandes tyroliennes, VTT, escalade et un ensemble de cascades et de gorges à visiter de toute beauté. Pour ma part je ferais juste une séance thermes pour la récup, mais j'avoue que j'ai failli me laisser tenter par la spectaculaire tyrolienne au dessus de la rivière.

Une tyrolienne de 850 mètres au dessus de la rivière qui va mourir au fond d'une gorge. Spectaculaire!
Pour terminer une petite photo de mon nouveau record, c'est dire si je commence à être en forme

Bon promis après Banos j'enchaîne. Alors à bientôt et continuez à me pousser dans les montées et profiter avec moi dans les descentes.

KM
3286

Départ de Baños direction l'Amazonie via Puyo et Macas. Dès la sortie de Baños on attaque une belle descente le long du Rio Pastaza. Le paysage est très sympa dans une vallée très encaissée avec de jolies cascades tout le long et des bouts de pistes cyclables sur l'ancienne route.


Une jolie gorge avec des cascades qui attirent le touriste.
Et de jolis tronçons de route pour moi tout seul.
La flore aussi à bien changé en descendant.

Apres Puyo on rentre dans la partie Amazone et je roule avec plein de belles images en tête de la jungle, avec sa faune et ses bruitages un peu mystérieux. Mais après quelques kilomètres le seul point positif c'est que ça descend encore bien et qu'il fait chaud. A part ça, ce n'est qu'une route avec du vert autour. Pas de relief, pas de vues qui te marquent, ni de faune comme j'avais espéré...à part les moustiques. Pour couronner le tout j'ai pu goûter à la fameuse pluie Amazonienne dont tout le monde parle. Et là, c'est pas du chiqué, que de l'authentique averse. Durant les 6h entre Puyo et Chuwitayo pas un instant de répit. Je pensais être bien équipé contre la pluie mais aujourd'hui j'aurais du prendre un scaphandre.

Que du vert de la brume et de la pluie.
Premier arrêt pour changer le tee-shirt. Malgré la goretex, la chaleur et l'effort condensent trop.
Deuxième arrêt technique bien accueilli sous une paillote avec un petit feu.
Voilà la seule faune que j'ai trouvé, une multitude de serpents écrasés sur la route.
A Chuwitayo content de trouver une paillote pour monter ma tente au sec.

Heureusement le lendemain j'ai juste droit à un temps couvert et des lignes droites interminables au milieu d'un océan de végétation.

On cale les écouteurs et on avale du bitume et du vert.
Une bonne sensibilisation à la protection de l'environnement mais il y a encore du boulot.

En approchant de Santiago de Mendez j'ai le choix entre continuer par le côté Amazone ou remonter vers Cuenca. Une demie heure avant d'arriver je décide d'aller sur Cuenca...mais en bus. Remonter de 600m à 2500m sur 160km et au moins 3000 D+ ça fait 3 étapes et beaucoup d'efforts. Il faut que je rattrape un peu de temps. Malgré tout lorsque je vois à travers la fenêtre, bien installé dans le bus, la beauté brute de ces montagnes je regrette presque.

Classé patrimonio, le centre historique de Cuenca propose une architecture coloniale avec de belles pierres et plusieurs marchés enchanteurs.

La cathédrale nueva avec ses dômes bleus dont l'un est en restauration.
Le marché aux fruits
Avec les traditionnelles casetas pour repas populaires
Et le marché aux fleurs.

De Cuenca à Loja j'ai 200km de pure montagne que j'ai prévu de faire en 4 étapes, avec au milieu, la seule ville qui semble pouvoir proposer un hostal. Je découvre en partant le matin un rayon cassé sur ma roue arrière, le temps de trouver à le changer je suis pas encore rendu avec 1500D+ au programme.

Dans la montée après Cuenca. C'est dimanche et tous les boui boui de bord de route on sorti le chancho.
Finalement je trouve à 3300m le spot de bivouac parfait avec un beau balcon sur la vallée en dessous.

Arrivée tardive, le temps de monter le camp et de faire ronfler le réchaud pour une petite soupe, parce qu'à cette altitude ça pique vite. Malheureusement c'est vraiment la journée des emm.... et le réchaud à décidé de jouer au con. Le temps de nettoyer le gicleur, d'inspecter la pompe, il fait nuit et il ne veut toujours rien savoir. Bon, je fais vite le point et ce soir ce sera une boîte de thon avec un reste de pain, une banane et dans le duvet à 7h.

Un peu inquiet pour la suite des événements

Le matin je suis bien décidé à trouver la panne avant de déjeuner. Je rechecke tout et Bingo! c'est la valve anti retour de la pompe qui était bloquée. Il ne reste plus qu'à retirer le ressort et le remettre correctement, mais comme on est dans la série tout va de travers, le ressort se débloque d'un coup et part direct dans l'herbe. Et voilà Richard à 4 pattes dans la rosée du matin pendant une demie heure en appelant le ressort. Je vous laisse deviner le vocabulaire. Battu d'avance à ce jeu de cache cache, je démonte le camp et prends la route le ventre vide avant de me venger sur le premier desayuno venu, et l'espoir de trouver à Oña à la fin de mon étape de quoi réparer.

Heureusement sur la route c'est toujours aussi beau.

Arrivée à San Felipe de Oña je me rends vite compte qu'il sera plus facile de trouver un poulet ou des légumes qu'un ressort. Ne me voyant pas faire un deuxième bivouac sans réchaud, la décision est vite prise, ce sera le bus jusqu'à Loja.

Le bon côté c'est que le lendemain je découvre encore une très jolie ville coloniale avec, pour certaines rues, le même style coloré que l'on avait trouvé à Jerico ou Jardin en Colombie. Et coïncidence, l'une d'elles entièrement dédiée à Lourdes et sa vierge.

Le mauvais côté c'est qu'à midi après avoir fait au moins 20 ferreterias je n'avais toujours pas trouvé le ressort adapté. Je commence à désespérer un peu jusqu'à ce que Janine m'appelle. Non pas qu'elle m'ait rassuré mais dans la rue David m'a entendu parler français. Il est de Loja travaille à Marseille depuis plusieurs années et se trouve en vacances pour visiter la famille. Il prend aussitôt les choses en main et m'amène à la caverne d'Ali Baba tenue par le Mac Gyver de la ville. En moins de deux Armelio me fabrique le ressort qui va bien. Je l'aurais embrassé.

La place de la Independecia et ses alentours
La jolie rue de Lourdes
La religion s'exporte bien.
La caverne d'Ali Baba avec la pompe et le ressort
Essai concluant dès le retour à l'hôtel

Pour fêter ça je décide de me payer un bon petit restau (5 dollars quand meme), que j'avais repéré au centre de la ville, histoire de changer del almuerzo ejecutivo.

En arrivant j'ai tout de suite la bonne impression. Installé au balcon, service impeccable, jolie deco. Le repas est bon mais le dessert exalte particulierement mes papilles en sommeil depuis un bout de temps. Un fondant au chocolat à tomber accompagné d'un café noir corsé. En payant je confie mon bonheur au chef et me voilà invité à un deuxième fondant et café avec une bonne heure de charla en prime. La vie est belle!


Le chef Pablo SIMANCAS à Loja que du bon.

Il me reste de nouveau 4 étapes de montagne pour passer au Pérou et après ....ce sera pareil.

A bientôt pour un changement de pays et de carnet de voyage.

KM
3462

Un dernier post avant de sortir de l'Equateur, à la Balsa, dans 25km. Il parait que c'est le poste frontière le plus tranquille de l'Equateur et je comprends pourquoi. Depuis Loja et surtout après Vilcabamba qui est une jolie ville mais très touristique et annexée par les américains, la circulation devient au fur et à mesure que l'on progresse vers le sud, de moins en moins dense. Il faut dire que la dégradation de la chaussée suit le même processus. Du coup, pour le cycliste c'est tout bonheur, d'autant plus que nous sommes en pleine cordillère avec également de moins en moins de villages au fil de la progression. Ce sont des moments magiques quand on a le privilège de rouler en pleine nature sur des kilomètres, sans voitures et sur une piste au milieu de rien. Il faut les savourer même si c'est un peu exigeant physiquement, surtout sur la dernière étape entre Valladolid et Zumba, 67km dont 30 de piste et 1600D+ avec quelques passages à plus de 12%.


A la sortie de Loja une belle descente de 20km puis l'entrée dans Vilcabamba
Une belle lumière et des paysages, tout ce qu'il faut pour voyager à vélo. 
En fin de descente c'est toujours un pont avec souvent une belle rivière à kayak. 
Fin du bitume, après Valladolid on attaque la piste 
Avec spectacle garanti
Pour essayer de partager le bonheur 
A gauche arrêt au hameau de Progreso pour Réal - Bayern, à droite 1h30 après, le hameau est au col en face du vélo

Voilà pour l'Equateur, demain j'attaquerai le troisième pays de mon périple. L'Equateur en chiffres c'est 1278km, 18900m D+, 22 étapes, 89h de selle, 39 jours, 4 sommets entre 4700m et 5900m, 0 chutes, 0 crevaison, 1 rayon et un frein avant cassés, vitesse mini 3,8km/h (j'ai cru mourir dans le rampaillon à la sortie d'Ismanchi), vitesse maxi 82,95km/h (trop content), toujours autant de bières.

Pour le bilan de l'Equateur je retiendrai évidemment les volcans et particulièrement le Cotopaxi pour le symbole qu'il représente et surtout la météo extraordinaire que j'ai eu la chance d'avoir. Les lagunes de Cuicocha et Quilotoa, ainsi que les 3 dernières étapes que je viens de faire sont également de magnifiques souvenirs. Au niveau des contacts ça a été très riche dans le nord du pays mais beaucoup plus distant dans le sud. Espérons que ça ne présage pas ce qui m'attend au Pérou, il parait que oui.

Pour le bilan du bonhomme et du matériel, c'est très satisfaisant dans l'ensemble. Paulette se porte à merveille et demande peu d'entretien. Un rayon et une gaine rigide de Vbrake abîmés durant un transport, et une chaine changée à 3000km ce qui est normal. Une petite frayeur vite résolue avec mon réchaud et une carte bancaire bloquée (tête de linotte), avec 10 dollars en poche. Pour Papypédale, un peu de fièvre après la douche du Fuya Fuya, la première turista du voyage depuis 2 jours et une petite gêne de temps en temps à la rotule gauche mais rien qui puisse compromettre le voyage. Les watts augmentent et le poids diminue. Côté moral les moments positifs prennent toujours le dessus sur les négatifs et je ne me suis jamais demandé ce que je foutais là. Enfin, sur la manière de voyager, je pense que le voyage seul a plus d'avantages que d'inconvénients. Néanmoins, à l'étape comme dans les moments intenses, qu'il s'agisse de bonheur ou de difficulté, il manque parfois quelqu'un avec qui partager.

Attention, bientôt nouveau carnet de voyage toujours avec invitation, et vous savez combien je tiens à rester en contact.