L'action de cycloter consiste à se déplacer à un rythme qui donne du sens au voyage et du plaisir à nos sens.
Août 2018
90 jours
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KM
6850

Bonjour, un nouveau carnet de voyage (n'oubliez pas de vous abonner si vous voulez recevoir les articles au fur et à mesure, ou mieux abonnez vous au blog; https://www.myatlas.com/Papyp%C3%A9dale, et deux nouveaux pays dans l'escarcelle et pourtant je n'en suis qu'a la moitié du voyage. Mais ces deux là nous ne les quitterons plus jusqu'au bout.

On commence à bien se ramollir à Uyuni. Dix jours à attendre que cette disjonction acromio-claviculaire se remette dans une ville sans charme particulier. Alors on strappe mon épaule au sparadrap bien rigide, ne cherchez pas de l'élastoplast ici, ça n'existe pas, et roule ma poule, on lève le camp. Janine suggère tout de même la prudence. En prenant un bus jusqu'à Ollagüe on rentre au Chili en faisant un bond de 200km. Il vaut mieux assurer, on ne sait pas encore comment mon épaule va réagir sur le vélo. Tout frais débarqués du bus à la frontière, nous enfourchons nos vélos et arrivons à Ollagüe à la nuit tombée. Nous sommes ravis de poser nos roues au Chili, avec des rêves d'une vie un tout petit peu plus Européenne. Mais le visage que nous présente Ollagüe c'est, comment dire,....un peu Desperados City quand Lucky Luke arrive au crépuscule après une journée de cheval. Quatre maisons au milieu du désert, pas une âme qui vive, une voie ferrée désaffectée et le vent qui soulève le sable et fait claquer une tôle de toit mal fixée. On s'y croirait, à part qu'ici il n'y a même pas de lumière dans le saloon. Bon, on arrive tout de même à se dégoter un hébergement et là on prend conscience que cet arrêt forcé nous a aussi ramolli le cerveau. Non seulement nous n'avons pas pris de pesos Chiliens, mais les bolivianos qu'il nous reste sont ridicules pour les prix qui ont triplé. Comme le distributeur le plus proche se trouve à 200km avec un désert au milieu, on négocie l'hébergement avec quelques euros que Janine a trouvés au fond de son sac et une partie des bolivianos qu'il nous reste. La nourriture pour assurer les trois étapes à venir dans désert engloutira les derniers bolivianos, et nous voilà tout contents de reprendre la route sans un rond en poche. En même temps comme on ne trouvera que des cailloux et du sable jusqu'à la prochaine ville, nous ne serons pas très tentés de consommer.

Bien contents de quitter ce bled paumé, le moral est au beau fixe 

Le vent de face est toujours présent au petit matin mais il n'entame pas notre envie de pédaler. Nous roulons dans le désert d'Atacama, le plus aride du monde. A défaut d'être variés, les paysages sont grandioses et ces grands espaces mythiques. Une heure plus tard Eole a pris du muscle et les notres fonctionnent à plein régime pour lutter contre lui. Peu de temps après c'est la tempête. Nous avons fait 25km en 3h30 et nous savons que la partie est perdue, parce que sur les 180km de désert qu'il nous reste à faire il n'y a pas un village. Alors Janine arrête d'autorité un 4X4 pick-up et nous faisons un nouveau bond de 200km jusqu'à Calama.

Le désert d'Atacama c'est ça! quelques volcans, du sable, des cailloux et du vent...beaucoup de vent.
Dans le désert il y a juste les vigognes pour nous tenir compagnie et il ne faut pas oublier le carburant. 

Le lendemain matin en préparant les vélos, l'épisode plus que frustrant de la veille est oublié, et nous sommes ravis de repartir dans le désert direction San Pedro de Atacama, mais à peine sortis de la ville on reprend Eole, plus en forme que jamais, en pleine poire. Pour la scène qui suit il vaut mieux éloigner les enfants. Janine veut reprendre un bus et Richard est en plein pétage de plombs. Il s'en prend au Chili, aux Chiliens, à Monsieur météo, au manque de bol et à tous les saint réunis, avec un vocabulaire en mode carré blanc et le volume monté à bloc. Bon, une fois la crise passée, un gentil chauffeur de bus nous propose de nous avancer vers San Pedro de Atacama et 50km plus loin miracle, il n'y a plus un souffle de vent. Comme quoi il fallait vraiment pousser un coup de gueule pour que ça cesse.

Tellement contents de rouler enfin sans vent avec du soleil et presque de la chaleur dans ces paysages grandioses. Du coup, avec cette poussette en bus nous avons vraiment le temps pour arriver à San Pedro de Atacama et profitons de ces paysages spectaculaires.

Toujours le désert avec les Andes devant nous 

Nous avons tellement le temps que je propose à Janine de passer par le Valle de la Luna. Il s'agit d'une formation rocheuse de quelques kilomètres carrés particulièrement spectaculaire, située à proximité de San Pedro de Atacama. Elle est normalement accessible uniquement par le sud, côté San Pedro, mais j'ai vu une piste sur la carte avec un accès côté nord, alors on tente le coup. Bingo! il s'agît d'une entrée aujourd'hui fermée par une barrière et un panneau "no pasar", mais à vélo tout est permis. Il fait chaud et nous profitons à fond durant deux heures de ces formations rocheuses aux formes étonnantes, pistes de sel, gypse, dunes de sable, tout y est pour vraiment se croire sur la Lune.

La chaleur, la beauté des paysages, tout est fait pour nous rendre le sourire avec le Licancabur en toile de fond. 

San Pedro de Atacama c'est une ville à l'occidentale. Le look village du désert, avec ses maisons en adobe et ses rues en terre a été préservé pour le tourisme, mais ensuite, les magasins de luxe jouxtent les tours opérateurs, les restos à touristes et les bars à bière. Nous avons même profité de La Franchuteria où l'on trouve de vraies baguettes et des croissants. Trois jours à profiter de la chaleur et de toutes les tentations en attendant de savoir par où nous devions passer pour rejoindre l'Argentine.

Que c'est bon un peu de confort 

Depuis San Pedro il faut de nouveau traverser les Andes au dessus de 4500m pour arriver en Argentine, avec deux passages possibles, le Paso Sico et le Paso Jama. Nous avions projeté le Paso Sico qui est recommandé par la tribu cyclo pour ses paysages et ses pistes, où l'on trouve pas mal de villages pour faire les étapes. Malheureusement, après plusieurs informations contradictoires, on nous confirme que Paso Sico est fermé et qu'il n'y a plus les services de migration à la frontière. Nous devons nous résoudre à passer par Paso Jama avec ses sept cols entre 4000m et 4800m et très peu de villages. Autant dire qu'à vélo, pour ne pas être obligés d'appeler au secours, il faut soigner la logistique au quart de poil, en eau, nourriture et étapes pour passer la nuit avec au minimum deux bivouacs de suite à plus de 4500m . En sortant de San Pedro le Paso Jama c'est aussi 2300m de dénivelé positif sur 30km et ça, ça ne nous tente pas du tout, alors on prend la route en se promettant d'arrêter le premier véhicule qui passe pour nous amener en haut.

Ils installent la fibre optique pour les observatoires astronomiques et nous ont évité une suée sans intérêt, un grand merci .

Nous étions partis de San Pedro en cuissard court mais 40km plus loin, à Hito Cajon 4620m, la dure réalité nous rappelle à l'ordre. Ici ça pique fort et il y a du vent, alors vite vite on s'habille et on prend la route parce qu'il faut rejoindre l'abri pour le bivouac avant qu'il ne fasse trop froid.

L'état du panneau donne une idée de la force du vent ici haut. Le temps de s'habiller, une photo et on ne traîne pas. 

Dans cette zone tout est balayé en permanence par le vent et il est impossible de trouver le moindre abri naturel, tellement le relief à proximité de la route est plat. Les seuls abris connus consistent en de petits murets dans les aires de repos aménagés au bord de la route et il n'y en à que 3 sur le secteur que nous allons faire.

Nous roulons sur une route dépourvue d'abris naturels mais accompagnés par les vigognes
Premier col el Portezuelo de Suco 4825m, sans problèmes pour Janine qui se promène à ces altitudes

Vers 16h30 nous sommes tout contents de trouver le lieu de bivouac exactement à l'endroit où nous l'avions pointé sur le GPS, nickel dans les temps pour monter le camp, préparer le repas et manger avant que le vrai froid arrive.

Bien à plat sur le sable, et un muret pour se protéger du vent, tout le monde est content 
Les 8 litres d'eau que nous avions transportés pour la cuisine serviront plus tard

A partir de 19h il n'y a plus de soleil et on n'est bien que dans son duvet, les nuits sont longues, très longues et on le pressent, froides, très froides. Nous nous répétons souvent à ce sujet, que la difficulté du voyage à vélo réside moins dans le défi physique que dans l'inconfort permanent lorsque les conditions deviennent rudes. Nous avons beau avoir de très bons duvets, nous empilons les couches de vêtements des pieds à la tête. Le matin le thermomètres affiche moins 8° à l'intérieur de la tente, la condensation inévitable à givré sur la toile intérieure et nos duvets sont humides à l'extérieur et par endroits cartonnés par le gel. Toute l'eau est évidemment gelée et au moment de partir nous aurons bien du mal à sortir les sardines prises par le gel. Nous apprenons tous les jours.

Le gel est partout au petit matin et le séchage est obligatoire avant de partir en prévision d'une deuxième nuit de bivouac

Entre le séchage des affaires et le dégel des sardines à l'eau chaude pour pouvoir démonter la tente, nous avons pris pas mal de retard lorsque nous prenons la route à 11h. Le froid est intense le matin et lorsque le vent se lève vers 12h, il devient carrément glacial. Nous passons au point le plus haut de la traversée, le Portezuelo Paranal 4836m emmitouflés dans nos coupe vent et pressés de redescendre un peu.

Passage au Portazuelo Paranal 4836m où il vaut mieux bien se protéger du froid et du vent 

Après la descente du Paranal, nous arrivons dans une sorte de grande vallée et nous sommes bluffés par la beauté des paysages. Les tons pastels et la douceur des courbes du relief, travaillé par le vent et le sable, donnent des images irréelles et nous restons plantés dans l'impossibilité de s'arracher à ce spectacle et insensibles, en cet instant, au froid et au vent.

Des paysages d'un autre monde et au fond la Laguna Aguas Calientes lieu de notre bivouac 
En vue la Laguna Aguas Calientes un spot avec spectacle garanti rien que pour nous 

Nous arrivons finalement frigorifiés et morts de faim mais le spot et parfait avec un muret protecteur du vent, du sable au sol et tout ça face à un paysage de rêve. A peine les vélos posés nous restons un long moment assis contre le mur chauffé par le soleil et les mains dans le sable tiède, le bonheur absolu. Comme un bon moment n'arrive jamais seul, à l'heure de manger nous voyons arriver un minibus de touristes et le guide vient aussitôt nous proposer les restes de leur repas; empanadas, salade de fruits et baguette française, mieux que si on les avait commandés et c'est la fête.

Les fesses sur le sable le dos au chaud et plein de bonnes choses à manger,c'est simple le bonheur! 
Un bivouac avec vue garantie et une nuit presque aussi froide que la précédente 

Destination Argentine et la ville de Jama avec des rêves de confort plein la tête. Encore quelques dizaines de kilomètres et ce soir, si tout va bien, nous devrions dormir dans un lit et manger au resto. En quittant notre bivouac nous roulons deux bonnes heures dans des paysages semblables à la veille puis petit à petit apparaît un peu de végétation.

En route pour l'Argentine. 

Nous arrivons à Jama avec un vent à décorner les taureaux argentins et nos rêves de confort s'effondrent en trouvant un bled du style Ollagüe, (vous vous souvenez avec Lucky Luke), en pire. Les deux seuls endroits qui paraissent un peu habitables c'est la station essence et un restaurant en face, alors on s'approche et jackpot, ils ont des chambres tout confort avec chauffage et on s'en fiche du prix. Le soir nouvelle bonne surprise on fait connaissance avec le bife de chorizo. Imaginez une pièce de viande de 6 centimètres d'épaisseur et 800g par personne parfaitement grillée, on a demandé des barquettes et ça nous a fait trois repas.

Bienvenidos a Argentina, accrochez vous il y a du vent 
En arrivant à Jama ça fait peur mais la chambre chauffée et le bifé de chorizo nous ont redonné le sourire 

Oui, nous sommes en Argentine mais pas encore sortis d'affaire parce qu'il nous reste encore pas loin de 300km entre 3500m et 4000m, avant de descendre au chaud. La prochaine ville Susques, est à 115km et c'est en mode ultra motivés que nous prenons les vélos le matin, pour éviter un autre bivouac à moins 10°. La première partie est un faux plat montant et a midi nous avons 45km au compteur. Ce n'est pas terrible mais je suis confiant parce qu'il nous reste pas mal de descente et surtout le vent favorable commence à se lever. Bingo! nous roulons l'heure et demi qui suit à 30km/h de moyenne et nous bouclons les 119km à vingt de moyenne, un nouveau record pour Janine et un bon hébergement pour la nuit.

En direction de Susques ça roule fort sur des lignes droites interminables 

Voici un résumé en vidéo de ce passage entre Chili et Argentine.

Du chaud, du froid, du vent, des rires, des larmes, des descentes, des montées....que du bonheur 

Nous sommes maintenant à Susques, dès que nous descendrons en altitude nous comptons bien prendre notre temps au chaud, pour visiter la région, et même s'offrir quelques vacances avant de continuer le voyage, mais nous vous en parlerons dans le prochain article.

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7304

Pour tout vous dire Susques ce n'est pas vraiment la ville où je passerais mes vacances. Elle a beau se vouloir touristique avec son office du tourisme barricadé à double tour, qui vraisemblablement n'a pas été visité depuis belle lurette, ses affiches racoleuses et ses hostels hors de prix, elle ne nous inspire pas réellement. Si nous restons une journée supplémentaire c'est que nous avons vraiment besoin de nous reposer après cette longue étape de 119km et ces derniers jours de grand froid. Nous sommes dans un hôtel avec pas mal d'espace, du soleil (même si ce n'est pas encore les grandes chaleurs), et une bonne connexion internet. Alors on prend du temps, on se régénère au soleil et on communique avec les nôtres, ça sert à ça les étapes de repos. On fait connaissance avec David, un original d'Annecy qui voyage avec une Royal Enfield et affiche un look parfaitement adapté à sa monture. De bons moments et un nouveau personnage.

Petite séance photos avant le départ, avec David et son engin d'un autre temps 

Encore deux étapes avant d'être au chaud et je vous promets, nous ne rêvons que de ça. Pour l'instant nous sommes gâtés parce que la côte de 7km en sortant de Susques nous fait bien transpirer. En haut de la côte nouvelle rencontre avec un couple Autrichien bien sympa, qui termine leurs 4 ans de voyage avec un camping car passe partout, humm.... (à méditer dès qu'on ne pourra plus pédaler), puis une descente dans un joli canyon et pour clôturer l'étape qui nous amène à Salinas Grandes, 40km interminables de plat et de route absolument droite. Dans ce cas de figure ce sont les écouteurs qui nous sauvent, avec de la musique pour Janine et des émissions de radio pour moi. Après 10km en compagnie des grosses têtes, je me retourne (oui obligé, j'ai arraché mon rétro dernièrement), et j'aperçois un petit point à l'horizon qui ressemble à la silhouette de ma moitié. Je subodore aussitôt quelque chose de pas catholique, parce que c'est une bonne rouleuse et en général elle ne se laisse pas distancer comme ça sur le plat. En arrivant à ma hauteur c'est pire que ce que je pensais. Fini la Janine de bonne humeur et souriante, elle m'explique en mode autiste qu'elle en a marre de cette route de m.....e toute droite, qu'elle a mal partout et qu'elle finit en voiture. Je lui fais remarquer qu'on n'en a pas vu depuis un bon moment, et m’apprête à immortaliser cette délicieuse séquence par une petite vidéo. Ce que je vois dans le viseur juste au moment où je vais déclencher la camera me donne à penser, que si je ne veux pas prendre un coup de boule casqué, qui en même temps de me faire très mal détruirait mon appareil photo tout neuf, il vaut mieux que j'arrête de provoquer. Tant pis, vous ne profiterez pas de cette croustillante scène de vie, mais vous avez la preuve que le voyage des tourtereaux n'est pas toujours un long fleuve tranquille.

Contents d'en finir avec la côte et rencontre sympa avec un autre type de voyageurs
Jolie descente  dans un canyon puis la longue et horrible ligne droite avec les vigognes et les grosses têtes pour seule compagnie

Salinas Grandes c'est l'attraction touristique du coin, un salar que la route goudronnée traverse et qui permet aux voitures de stationner en bordure pour la séance photo traditionnelle. Nous, nous sommes plutôt à la recherche d'un coin pour dormir à l'abri parce que, qui dit salar, dit grand froid la nuit. Nous avons retrouvé Hilde et nous négocions en deux deux la maison à touristes pour la nuit, bonne affaire tout gratos.

Encore un salar mais cette fois avec un bon abri pour dormir en compagnie de Hilde et un couple Argentin

Il fait encore bien frisquet le matin lorsque nous traversons le salar en direction de Purmamarca, mais le moral est au beau fixe. La perpective de descendre à 2400m et de retrouver la chaleur nous donne des ailes même si nous devons grimper une dernière fois la côte de Lipan jusqu'à Alto Elmorado à 4200m, pour enfin plonger dans la grande descente de 37km jusqu'à Purmamarca. Sur les derniers des 20km de montée notre ami Eole nous rend une petite visite qui nous complique bien la tâche lorsque les lacets de la route nous mettent face à face. Les 37km de descente que j'attendais tant sont un peu gâchés par la force du vent qui arrive à arrêter notre vélo en pleine descente lorsque nous l'avons de face, et nous crée de grosses frayeurs dans les virages lorsque nous l'avons de travers. Le paysage est magnifique, nous descendons dans un canyon perpendiculaire à la Quebrada de Humahuaca et profitons de ce joyau inscrit au patrimoine mondial de l'humanité. Nous enlevons des couches au fur et à mesure que nous descendons dans un environnement très aride. La végétation est essentiellement composée de cactus et la roche est découpée, torturée par l'érosion en multiples canyons et révèle des formes et des couleurs étonnantes que nous ne nous lassons pas de photographier.

En plein vent en haut de la côte de Lipan, puis la grande descente dans des bourrasques impressionnantes au milieu des canyons. 

Maintenant il est temps de parler de nos vacances que nous ne passerons pas en Argentine. Nous prendrons un avion le 13 septembre pour retrouver Samuel, Juna et Anaïs à Rio de Janeiro où se déroulent les Championnats du monde de Canoë Kayak. Deux semaines à profiter au chaud et au bord de la mer de notre petite fille, puis une semaine supplémentaire tous ensemble après les Championnats du monde, à l'extérieur de Rio et toujours au bord de la mer, ça va nous changer la vie avant de reprendre les vélos pour terminer notre périple.

Pour l'instant nous avons le temps. Nous ne sommes qu'à 150km de Salta où nous décollerons le 13 septembre, alors nous allons chercher un coin pour nous poser et découvrir en mode léger ou en bus, les nombreux sites de cette spectaculaire Quebrada de Humahuaca qui vraiment nous enchante. En route vers Purmamarca et sa fameuse montagne des 7 couleurs que nous flairons un peu trop touristique à notre goût. Une balade de 3km le matin avant l’afflux des touristes suffit à notre bonheur pour découvrir une variété de formations rocheuses érodées par l'eau et le vent et colorées à souhait. L'accès payant au promontoire bourré de monde pour photographier la montagne des 7 couleurs nous fait beaucoup moins rire. L'habitude locale qui consiste à faire payer systématiquement l'accès aux sites naturels sans aucun service en retour, nous sort un peu par les yeux. Alors je mets mon masque de rebelle et je fais le tour du dôme à péage pour pendre mes clichés peinard tout seul.

Petite rando dans les environs de Purmamarca 
Et l'inévitable montagne des sept couleurs, beaucoup plus touristique et moins spectaculaire que ce que l'on a découvert ensuite. 

On s'est promis de flâner, alors on flâne. A la sortie de Purmamarca nous remontons vers le nord c'est à dire juste à l'opposé de notre itinéraire, mais c'est pour mieux découvrir cette Quebrada de Humahuaca qui nous tente tant. La quebrada de Humahuaca c'est une profonde vallée de type canyon qui s'étire sur plus de 150km sur un axe nord sud, avec au fond le Rio Grande de Jujuy, à sec en hiver mais coulant abondamment en été. Le climat est très aride avec une végétation composée en très grande partie de cactus. Les paysages sont d'une grande beauté, avec des roches sculptées par l'érosion qui offrent des formes surprenantes aux multiples couleurs et le patrimoine culturel est d'une grande richesse. Nous sommes conquis et curieux de tout découvrir, alors nous remontons tranquillement cette vallée sans savoir encore où nous poserons notre barda. A Maimara le canyon commence à vraiment se révéler et nous y passons une nuit, mais la ville ne nous tente pas.


Vue de Maimara et les premiers reliefs du Canyon de Humahuaca 

Le lendemain nous faisons un tout petit saut jusqu'à Tilcara est nous sommes tout de suite convaincus que c'est ici que nous poserons nos valises. La ville est sympa et l'hostel de la Casona de Albahaca, une grande maison fréquentée par les voyageurs et gérée par Toni et Pablo, nous séduit par son ambiance et ses grandes pièces chaleureuses. Avec les conseils de Toni nous bâtissons le programme de la prochaine semaine pour ne rien louper. Première visite, la Garganta del diablo, moitié vélo moitié rando, et une jolie grimpette qui nous révèle, au fur et à mesure que nous prenons de la hauteur, cette quebrada qui nous fascine. Nous sommes complètement euphoriques de rouler en t-shirt sans les sacoches et nous grimpons les 500m de dénivelé comme des avions tout sourire. Ensuite petite marche en remontant une étroite gorge jusqu'à une cascade où nous vous conseillons d'amener un casse croûte pour une pause bien sympa.

Douze kilomètres et 500m de dénivelé, avec le sourire sans les sacoches 
La gorge du diable avec sa passerelle à touristes et une jolie marche jusqu'à la cascade avec notre copain de sortie 
 Disjonct'âge au pied de la cascade en mode jeune

Le lendemain direction Uquia, une balade de 70km à vélo pour une randonnée dans la Quebrada de las Senoritas inondée de soleil et de chaleur, puis bien conseillés par Toni, trouver un petit canyon à remonter où nous serons plus au frais et se régaler des tons ocres rouges que nous offre cette roche avec l'aide des rayons filtrant dans la gorge.

En remontant la quebrada de Humahuaca vers Uquia le spectacle est au rendez vous 
Ça grimpe et il fait chaud pour atteindre la quebrada de las señoritas où on se balade dans un monde de roches rouges et de cactus
Jolie balade dans un petit canyon où les tons de rouge varient avec la lumière 

Entre les balades nous prenons du bon temps à la Casona de Albahaca. Repos et soirées, avec asados, pizzas, bières, vino tinto, musique et danses dans une super ambiance où voyageurs et équipe de l'auberge partagent rires et bonne humeur.

Ambiance et bon temps garantis à la Casona de Albahaca à Tilcara 

Iruya c'est à 3h30 de bus mais il parait que ça vaut vraiment le détour, alors nous y passerons deux jours pour prendre le temps de tout voir. Encore une Quebrada grandiose avec le Mirador de los Condores et une randonnée jusqu'à San Isidro, un petit pueblo accessible par une piste qui remonte dans le lit de la rivière, à sec durant cette période. Nous avons eu la chance de parler avec l'instituteur de San Isidro qui nous à expliqué que c'est la bonne saison pour aller le visiter, puisque durant la saison des pluies, d'octobre à mars, le village est uniquement accessible par la montagne à dos d'âne. En fait la rando dans le lit de la rivière et sous un gros soleil était bien monotone, juste égayée par les passages à gué où je guettais un petit plouf de Janine à l'occasion d'un déséquilibre, mais pas de chance, elle est en pleine forme. Même les condors nous ont snobé en nous posant un beau lapin lors de notre ascension au mirador. J'ai préféré mille fois le sentier que j'ai poursuivi durant 1h30 à partir du mirador et qui longe le grand canyon à mi hauteur de falaise et traverse plusieurs petits canyons perpendiculaires. Un enchantement qui aurait mérité une vraie rando d'une journée ou plus. Au final un petit arrière goût d'inachevé pour cette sortie de deux jours.

La route descend jusqu'au fond du canyon pour arriver jusqu'au village d'Iruya avec des paysages impressionnants
La gorge menant à San Isidro et une bibine bien fraîche en bonne compagnie à l'arrivée
Vue sur Iruya depuis le Mirador de los Condores et les nombreuses gorges traversées le long du sentier

Nous ne pouvons pas quitter Tilcara sans aller voir la montagne aux 14 couleurs. Les photos que nous avons vues sont tellement spectaculaires que nous décidons de rester un jour de plus pour découvrir ce phénomène géologique. Manque de bol à el Hornocal à 4300m, la journée est un peu nuageuse et n'offre pas une lumière parfaite pour profiter pleinement du spectacle. Malgré tout, dame nature nous en met encore une fois plein la vue et nous restons une bonne demie heure à contempler sa générosité, tout en résistant à un vent à faire tomber les cathédrales.

 Totalement sous le charme bien que les conditions climatiques ne permettent pas de profiter au maximum
Et un dernier gros plan tellement c'est beau 

Voilà bientôt une semaine que nous sommes à Tilcara et il faut se résoudre à quitter la Quebrada, d'autant plus que nous devrions retrouver à Salta Vincent et Jérémy qui ont réussi à passer par le Paso Sico. Mais nous allons descendre tranquillement en prenant le chemin des écoliers pour faire quelques détours qui nous intéressent et notamment les lagunes de Yala pour des petits bivouacs sympas en dehors de l'agitation. Et oui, la solitude, la tente, le feu de camp, ça nous manque déjà, mais cette fois sans le froid et avec de beaux endroits sans touristes.

 Descente vers Yala en profitant une dernière fois de la Quebrada

Yala on y va juste pour voir et parce qu'on nous l'a recommandé et que nous avons le temps. Ça nous fait sortir de la route principale pour une boucle d'une cinquantaine de kilomètres et quelques centaines de mètres de dénivelé avant d'arriver à San Salvador de Jujuy, et comme nous avons retrouvé l'envie de pédaler ça nous plait bien. Arrivés en haut nous ne sommes pas déçus, un site de bivouac parfait, avec un cadre superbe et la tranquillité absolue pour une sieste au calme. Le soir nous voyons arriver un vieux combi et nous faisons la connaissance de Liss et Patrick, un couple de voyageurs Colombo-Belge avec qui nous partagerons soirée et feu de camp.

Une jolie montée sur de la piste pour atteindre les lagunes ....
.....Puis une belle journée de sérénité et une bonne soirée en compagnie de Patrick et Liss 

Allez, maintenant nous avons rendez vous chez Katiaa à San Salvador de Jujuy qui nous héberge pour la prochaine étape. Une grande ville avec de l'animation, des restos d'empanadas, un accueil dans une belle maison, un ciné et de nouvelles connaissances, ça tranche pas mal avec la tranquillité de Yala et c'est ce qui nous plait dans le voyage; il y a toujours du nouveau à découvrir différent de celui que l'on vient de voir. Katiaa est Française et voyageuse à ses heures. Elle est arrivée avec son vélo à San Salvador de Jujuy il y a deux ans, accueillie via le réseau Warm showers chez José, et elle est toujours là. Une belle rencontre et un super accueil avec le plein d'informations en tous genres. Depuis le temps qu'on n'avait pas fait une belle rencontre entre le Pérou et la Bolivie, ça fait du bien, mille mercis Katiaa et José.

Excellente étape à San Salvador de Jujuy en bonne compagnie et dans une belle maison 

Sur les conseils de Katiaa nous quittons Jujuy par une petite route qui certes nous fait faire un détour, mais nous évite aussi la grosse circulation des abords de toutes les grandes villes. Nous avons prévu de faire un dernier bivouac au lac de Campo Alegre. Au programme 75km et 850D+, mais comme la route 9 est un enchantement avec très peu de circulation, nous prenons un plaisir immense sur cette avant dernière étape. Une toute petite route vallonnée et tortueuse qui passe devant de multiples lacs au milieu de la "Yunga", entendez une forêt andine humide et tropicale, mais point d'humidité aujourd'hui, il fait un beau soleil et nous sommes en short t-shirt, beaucoup d'arbres sont en fleurs, (et oui c'est le printemps), et nous ne voyons pas le temps passer. Et comme les bons moments arrivent toujours en rafale (l'inverse aussi), nous tombons encore sur un bivouac de rêve. Campo Alegre est un lac avec des centaines d'oiseaux, d'échassiers, et nous avons même vu trois petits aigles se disputer un Pejerrey qu'ils venaient de pêcher. L'endroit est quasi désert mais nous avons à disposition tables de pique nique et foyer pour le feu de camp, que demander de plus.

Sur la route 9 nous avons trouvé la chaleur, des arbres en fleurs, la jungle et Tarzan
Campo Alegre, encore un bon moment de tranquillité en contact avec la nature 

En ce moment nous sommes à Salta et savourons le confort de cette belle ville pleine de douceur et de charme. Les places animées jusqu'à pas d'heure le soir, les magnifiques églises sur-bondées et mises en valeur par de savants éclairages, les asados de la meilleure viande qui soit à un prix dérisoire et le vino argentin qui coule souvent dans nos gosiers, nous donnent le sourire et la certitude de vivre des moments intenses. Nous avons aussi retrouvé les frangins, Jérémy et Vincent et passé ensemble des moments que nous apprécions particulièrement, d'autant plus que nous ne sommes pas surs de les revoir durant notre voyage. Bonne route Vince et Jérem, nous avons adoré rouler et vivre ces journées avec vous, et sommes admiratifs de ce que vous faites de vos vies et pour votre association. Voici le lien de leur site pour mieux comprendre leur action et les aider à sauver des vies; http://www.thebikingbrosheart.com/blog, . Nos vemos amigos!

Oubliées les rigueurs de la route, juste le plaisir d’apprécier ensemble les bonnes choses 

Dans deux jours nous partirons pour Rio et nous avons hâte de retrouver Samuel Anaïs et Juna pour une coupure du voyage de trois semaines. Saurons nous toujours pédaler au retour?

A suivre, dès que la réalisatrice aura terminé son travail, une jolie vidéo pour illustrer cet article.

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Oubliés les dénivelés Péruviens, les pistes Boliviennes ou le froid Chilien, on se la coule douce en Argentine, en profitant du soleil, des balades dans la Quebrada et du charme de Salta. Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir à visionner le résumé de ces dernières semaines, que nous en avons pris sur le terrain.

De Susques à Salta en passant par la Quebrada de Humahuaca 
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8012

Nous voici de retour à Salta après trois semaines à Rio et ses alentours. Trois semaines de vacances avec beaucoup de churrascos, caipirinhas, cervejas, baignades, mais surtout de magnifiques moments avec Samuel Anaïs et Juna. Autant dire que nous avons repris des formes et perdu la forme. Après 24h de voyage avec de longues attentes entre les connexions de vols, nous arrivons bien crevés à l'hostel où sont restés vélos et bagages. Surprise, il n'y a pas de chambre malgré nos demandes de réservation restées sans réponse. Pas de problème, l'aventure reprend ! Nous chargeons notre barda sur les vélos et on change d'hébergement pour une nuit. Quelques réglages sur le matériel et nous sommes prêts à reprendre la route. Notre itinéraire jusqu'à Mendoza à 1300km de Salta est calé à quelques détails près. D'abord la N68 pour profiter de la Quebrada de las Conchas jusqu'à Cafayate et ensuite la fameuse N40 bien connue des cyclistes jusqu'à Mendoza. Le seul point qui nous chagrine reste la portion entre San Juan et Mendoza, deux très grandes villes reliées par un autoroute qui ne nous tente pas vraiment, mais c'est encore loin et nous avons le temps d'y réfléchir.

Deux semaines à Rio partagées entre baignades avec Juna et compétitions, puis une semaine de vacances en famille.   Le top!

Pour les trois étapes à venir nous avons prévu 2 bivouacs de suite pour se refaire la main d'entrée de jeu, et un hostel à Cafayate. Quel plaisir de reprendre les vélos malgré la forte circulation au départ de Salta. Nous sommes tout excités et les kilomètres s’enchaînent à une vitesse qui nous semble déconcertante. D'accord l'étape n'est pas difficile mais c'est surtout le plaisir de pédaler qui nous fait avancer. A 15h les 68km jusqu'à Cabra corral sont bouclés, il ne nous reste plus qu'à choisir notre lieu de bivouac. Malheureusement ce ne sera pas face au lac, trop de monde et trop sale. Tant-pis pour la vue, nous optons pour la tranquillité sous des arbres à l'abri des regards.

Nous retrouvons rapidement notre routine, combat avec les chiens et arrêt café du matin 
Le bon bivouac avec la tranquillité, sol plat et arbre pour la douche, le top!  Et test du tarp pour la pluie matinale

Ces premières étapes nous mettent aussi du baume au cœur par les rencontres que nous faisons. Nous sommes sur la route 40. La voie mythique qui parcourt l'argentine sur un axe nord sud, très prisé par les cyclo voyageurs. Les gens nous sourient, nous saluent, nous encouragent et sont serviables. Nous rencontrons pas mal de cyclos avec lesquels nous échangeons sur les itinéraires et les bon plans. Un autre monde à quelques encablures de la Bolivie. On aime et on va se régaler en Argentine!

Que ce soit voitures, motos, cyclo voyageurs ou travailleurs en bord de route, les contacts sont chaleureux. On aime !!

Après l'euphorie de la première étape mon corps me dit que finalement le vélo ce n'est pas si facile que ça! Ce mois d'arrêt à eu raison des montées faciles et des heures sur la selle sans douleurs dont je profitais avant les vacances. Il va falloir se réhabituer petit à petit, mais c'est d'autant plus frustrant que Janine est toute pimpante et avance sans le moindre effort. Serait ce qu'elle n'a pas été assez généreuse avec la Caïpirinha? A une centaine de kilomètres de Cafayate nous entrons dans la Quebrada de las Conchas. Il s'agît d'une nouvelle gorge longue d'une cinquantaine de kilomètres le long du rio de las Conchas, qui propose dans sa partie la plus intéressante toute une série de formations géologiques aux formes et couleurs étonnantes. On veut se donner le temps de découvrir tout ça tranquillement jusqu'à Cafayate alors nous nous avançons pour trouver un bivouac en bord de rivière et profiter au mieux le lendemain.

Une bonne poussette est parfois nécessaire pour trouver le spot parfait de bivouac comme ici. 

Dans la Quebrada on nous avait prédit beaucoup de vent, mais comme nous sommes des petits veinards il était dans le dos et du coup la visite était plutôt reposante, hormis les courses après nos casquettes. Une étape de toute beauté au milieu des roches rouges et des canyons, à peine ternie par un tourisme de fin de semaine sur les sites les plus spectaculaires.

La Quebrada de las Conchas avant Cafayate, une étape enchanteresse. 
Pour les férus de cinéma, le pont où les deux chauffeurs s'entre tuent dans le film argentin les derniers sauvages 

Nous avons prévu une petite journée de repos à Cafayate, histoire de s'acclimater en douceur après trois jours de route. Cafayate, c'est la capitale du Torrontes, un cépage qui donne un vin blanc fruité excellent, au dire des locaux le meilleur de l'Argentine. Pas de bol pour notre repos c'est la fête du vin ce week end, que nous célébrons en compagnie de Martine et Bruno, un couple de parisiens en vacances.

La route des vins c'est pas de tout repos mais que c'est bon! 
Au départ de Cafayate en suivant toujours la route des vins, pas de doute nous sommes bien en Argentine

Peu après Cafayate le décor change brutalement. Nous nous trouvons dans un environnement très aride avec des lignes droites interminables et des zones désertiques de plusieurs dizaines de kilomètres. Il est important de bien calculer son coup pour l'approvisionnement en eau et vivres, d'autant plus que le vent de face très capricieux peut se lever à n'importe quel moment et rallonger beaucoup nos étapes, au point de devoir camper au milieu de rien. Heureusement il y a très peu de circulation sur la 40, il fait beau et chaud, les soirées sont plus longues et tout ça, ça change considérablement la donne.

En sortant de Cafayate la végétation est encore présente pour disparaître totalement ensuite, au contraire des lignes droites

Nous nous adaptons au fur et à mesure en fonction des températures, du vent et du terrain pour organiser nos étapes. Ça peut être un départ très tôt pour une arrivée en début d'après midi, comme une sieste obligatoire pour éviter les plus grosses chaleurs et un bivouac improvisé au milieu de rien, mais à l'abri du soleil et du vent.

Ici il vaut mieux ne pas louper les bons spots pour se reposer quitte à pousser le vélo, puis le matin la magie des couleurs opère
Entre les parties désertiques nous avons aussi droit à de beaux paysages rocheux 

Les étapes sont parfois dures mais nous sommes récompensés par ce pays merveilleux où il fait bon voyager. Les rencontres sont adorables, les soirées sont douces et l'Argentine cultive l'art de vivre avec des produits de bouche que nous adorons. Oui, nous savons que la viande ce n'est pas le meilleur aliment pour le cycliste. Mais avez vous goûté à la viande argentine? Connaissez vous la tira de costilla, le bifé de chorizo, la tapa de asado, le lechon ou la costeleta? Notre éducation à "el asado argentino" se poursuit au rythme de nos rencontres et il paraît que nous sommes d'excellents élèves. Nous nous familiarisons de plus en plus avec tous ces "cortes", à tel point que devant le boucher nous passons pour des Argentins. Alors comme nous aimons ça et que nous savons que ça ne va pas durer, nous en profitons quitte à avoir quelques toxines dans les muscles des cuisses à éliminer le matin.

Que ce soit en camping, sur les bords de routes ou à la maison, l'équipement pour el asado ne manque jamais 

A Chilecito nous avons rendez vous chez Angel et Claudia qui nous accueillent pour quelques jours de repos bienvenus. Angel est un passionné et fervent pratiquant de cyclisme. Nous sommes reçus comme si nous étions des leurs, avec visite des alentours, dégustation de maté et même invités dans leur famille pour le jour de la fête des mères. Autant dire que le régime miam miam glou glou s'est encore amplifié, mais nous avons vécu un vrai asado argentino au sein d'une ambiance familiale adorable.

Pas de fête de famille sans asado. Les hommes aux parrillas et les femmes aux salades et desserts 
Merci à Angel, Claudia, Marcelo et toute la famille pour votre accueil chaleureux 

Notre itinéraire vers le sud n'est pas encore clair. Soit nous traverserons vers le Chili à hauteur de Mendoza pour nous rendre à Valparaiso et suivre la cote Chilienne, soit nous continuerons la route 40 en Argentine avec de grosses chaleurs et pas mal d'aridité, mais aussi avec le bon vivre argentin. La suite pour bientôt....

KM
8621

La route 40 est un axe mythique qui traverse l'Argentine du nord au sud sur 5000 km. Cette route de légende est très appréciée des cyclo voyageurs et il n'est pas rare de faire des rencontres régulières lorsque l'on roule dessus. Sur le trajet que décrit cet article nous l'avons suivi quasiment tout le long.

La 40 une route de légende 

Nous nous décidons à partir de Chilecito en milieu d'après midi dans l'idée de s'avancer un peu pour espérer profiter au mieux, le lendemain, de la Cuesta de Miranda et ses paysages que l'on nous décrit superbes. Nous avons passé trois jours adorables avec Angel au sein de sa famille, et nous aurions bien profité encore un peu de leur amitié mais il faut avancer. Angel est un cycliste chevronné qui rêve de gravir tous les cols Pyrénéens qu'il voit à la télé à l'occasion du tour de France, puis de voyager à vélo sur le chemin de Saint Jacques. Lorsque nous lui avons expliqué que nous habitions au pied de tous ces cols et que le chemin de Saint Jacques passait devant chez nous, ses yeux se sont arrondis et une lueur d'espoir à illuminé son visage. Angel te esperamos en Francia, nuestra casa es tu casa amigo.

Le temps est pluvieux et les prévisions météo ne sont pas terribles. Nous arrivons à Sanogasta avec un crachin digne de la côte bretonne, tout contents de trouver le parc communal que nous avions repéré sur la carte. Tables, bancs, barbecues, mais surtout un toit pour nous abriter de la pluie, que nous partageons avec German un voyageur Argentin prof de biologie, qui a décidé, par conviction, de fuir le consumérisme. Son équipement est plus que précaire avec une couverture, une toile et deux piquets pour la nuit et un vieux pot en fer pour la cuisine. Il n'a pas de téléphone et a largué son ordinateur dans une communauté. Il cueille quelques feuilles de pissenlit pour la salade et nous le voyons bien mal barré avec son bois humide pour cuire son riz. Son credo c'est le partage sauf qu'il n'a rien à partager sinon son optimisme, ce qui n'est déjà pas si mal. Mais lorsque nous lui proposons notre soupe et poulet à l'ail, il laisse tomber sa cuisine et accepte avec plaisir. Son voyage se déroule ainsi, au gré des invitations, en consommant le moins possible. Un autre personnage!

anA Sanogasta bien abrités du crachin et des gouttières avec le tarp. Puis rencontre avec German et son équipement d'élite

Au matin ce ne sont pas les 1200m de grimpette qui nous donnent le cafard, mais bien cette purée de pois qui ne veut pas nous lâcher et qui promet de nous gâcher les beaux paysages de la Cuesta de Miranda. Nous sentons que la chance tourne en notre faveur lorsque en pleine montée la voiture du boulanger s'arrête à hauteur de Janine, la fenêtre s'ouvre et une belle brioche aux fruits confits apparaît. Cadeau, c'est pour nous récompenser de nos efforts. Nous adorons les Argentins et leur générosité. Vers 1600m on commence vraiment à penser que la journée sera belle lorsque les premiers nuages se déchirent et laissent apparaître un superbe paysage.

Le moral en berne dans la brume matinale 
Avec le sourire au fur et à mesure que le ciel bleu apparaît 
Et bien contents de laisser la grisaille en bas 

A vrai dire nous n'avons vu passer ni les kilomètres, ni le dénivelé, tellement nous étions absorbés par les belles roches rouge brun et les formes fascinantes que l'érosion au fil du temps nous propose. Cette Cuesta de Miranda tient bien ses promesses pour notre plus grand bonheur, et nous mesurons encore une fois, dans ces instants de plaisir, la chance que nous avons de vivre ces beaux moments. Nous prenons quelques photos au col lorsque apparaît German pris en stop par un argentin qui nous invite à passer la nuit dans sa ferme à l'entrée du parc de Talampaya.

En haut de Miranda nous retrouvons German et Janine hésite à changer sa monture avec un voyageur argentin de 75 ans 

Dans la descente nous avons repéré, dans les applications que nous utilisons et les blogs de voyageurs que nous suivons, un site de bivouac bien sympa en pleine nature avec un canyon et des piscines naturelles pour se baigner. En le découvrant nous décidons aussitôt d'y passer la nuit.

Notre bivouac en face du canyon avec des vasques à l'eau translucide 

Le lendemain direction le parc de Talampaya. Nous laissons tomber l'offre de German et son fermier car la piste qui coupe direct vers Talampaya nous fait gagner 40km. Tant pis pour el asado et la bonne soirée en perspective mais nous devons avancer. A l'entrée du parc les longues lignes droites au milieu de rien commencent à nous mettre le doute sur notre choix. Et lorsque nous nous arrêtons pour la nuit dans l'espace camping ça se confirme. Les beaux sites ne sont accessibles qu'avec un guide et bus collectif, très peu pour nous. Mauvaise pioche nous ne verrons pas le Canyon de Talampaya.


Dans la descente en direction de Talampaya 
Les longues lignes droites de Talampaya, seulement égayées par nos premiers Guanacos, la version sauvage du lama 

A Baldes del Rosario nous testons une autre forme de bivouac. Au centre du village à coté de la place, on est plutôt bien et ça participe à notre intégration, en Amérique du sud ça ne choque pas.

Sol plat et propre, espace à l'abri, barbecue salle de bains, quoi demander de plus! 

Nous sommes un peu inquiets sur notre timing pour la suite de notre voyage. Les 3 semaines à Rio plus la semaine d'attente à Salta nous ont bien retardés, et nous craignons d'arriver trop tard, c'est à dire après la saison favorable en Patagonie du sud et Terre de Feu. La météo dans ces régions extrêmes est bien exigeante, avec des vents terribles, du froid et de fortes précipitations, alors mieux vaut y être à la bonne période. Nous décidons alors de poursuivre en bus jusqu'à San Juan pour une pause chez Celina, une adorable warmshower chez qui nous passons deux vraies journées de détente. Ensuite, sur ses conseils, nous continuerons en bus jusqu'à San Rafael. Du coup nous ne visiterons pas Mendoza et ces célèbres bodeguas, mais nous gagnons du temps et évitons un tronçon de route qui n'avait rien de folichon. La décision est prise aussi de rester sur la 40 plutôt que de passer par la cote Chilienne.

Toujours un moment délicat de prendre le bus avec les vélos, entre les caprices de la compagnie et la crainte de casse. 

Il ne reste que 3 ans de vie active à Célina pour voyager à vélo comme elle l'entend, et ça lui semble très long. Son énergie est à l'image de sa gentillesse; ça déborde de partout et nous en bénéficions à chaque instant. Mil gracias Celi lo pasamos de bomba!

Chez Celina deux jours de baignades, repos, asados et convivialité qui font du bien

A San Rafael nous faisons une petite infidélité à la 40 pour prendre la petite route qui passe par Valle Grande et le Canyon d'Atuel. Ça rajoute une étape, 50km de piste et pas mal de dénivelé mais les paysages devraient compenser l'effort fourni. La route vers Valle Grande est un régal bordée de vignobles et de bodegas, puis nous remontons le rio Atuel où les compagnies de raft et de sports d'aventure fleurissent. En quelques kilomètres nous prenons conscience qu'il s'agit d'une véritable filière économique sur la quelle la région à misé, et ça marche. Les installations sont de grande qualité et le public répond présent, un bel exemple à suivre. Le top c'est qu'on trouve un peu plus haut, un bassin de slalom avec des bateaux à l'entrainement et l'un d'eux navigue avec l'ancien bateau de Seb Combot. Le monde est petit.

Janine immédiatement attirée par une fontaine à vin le long des vignobles à la sortie de San Rafael 
Le long du Rio Atuel passage de rafts et rencontre avec Martin et Valentin deux kayakistes de l'équipe Argentine 

Nous attaquons la piste juste avant la montée vers la retenue de Valle Grande, et comme nous ne trouverons pas d'eau pour le bivouac il faut se résoudre à transporter en mode mulet les 8 litres d'eau nécessaires pour la boisson, la cuisine et un brin de toilette. Autant dire que je sens passer les 500m de dénivelé qu'il nous reste. La récompense c'est que nous trouvons encore une fois un site de bivouac comme on les aime. A l'écart de la piste, sur un superbe belvédère au dessus du lac en toute tranquillité, avec le renard et le chat sauvage qui nous rendent visite.

Montée au dessus du lac de Valle Grande sous un ciel menaçant 
Le bon spot de bivouac mais avec l'orage qui menace 

Le lendemain les 40km de piste dans le Canyon de Atuel sont un enchantement même si ça ressemble plus à une gorge . Cette piste bien à l'écart n'attire pas beaucoup les touristes et nous profitons seuls de cette belle nature. Une fois sur la route nous engageons un combat de titans avec le vent de face jusqu'à Salina del diamante où nous arrivons complètements rincés après une étape de 85km dont 40 de piste. Nous sommes dans une entreprise qui exploite le sel du salar mais comme il n'y a rien à moins de 60km nous sommes bien décidés a rester. La chapelle bien proprette, avec son sol de sel nous fait de l’œil de suite. Nous sommes prêts à nous installer lorsque Lisandro le gardien nous invite à prendre le maté, puis nous prépare le repas et nous installe dans une chambre attenante au musée. Un amour de garçon comme la plupart des argentins, qui travaille ici à temps complet avec seulement trois jours de repos par mois. La journée il prélève le sel et la nuit il garde les installations il n'a ni eau ni électricité mais se satisfait d'être logé nourri et d'avoir un travail. La crise actuelle Argentine fait des dégâts et on nous en parle tous les jours.


On s'en met plein la vue, bien peinards, sur les 40km du Canyon d'Atuel 
A Salina del Diamante, accueillis, installés et chouchoutés par Lisandro. Gracias amigo. 

Au départ de Salina del diamante nous avançons comme des avions avec un léger vent dans le dos, mais 15km plus loin rien ne va plus. Non seulement le vent à tourné mais il s'est considérablement renforcé. Nous insistons quelques kilomètres mais notre moral chute proportionnellement à la vitesse du vent. Il nous reste 45km pour trouver une ville et nous ne nous sentons pas de taille à lutter. Alors on fait appel à la générosité sans faille des Argentins et au premier coup, hop! on se retrouve dans un pick-up direction El Sosneado. Dans les bourrasques de El Sosneado on trouve William et Evelyne, un couple de cyclos Hauts Savoyards qui font la même route que nous jusqu'à Ushuaïa. Ensemble, nous avons remarqué que la route tourne à 90° à la sortie du village où nous sommes, ce qui voudrait dire que l'on aurait le vent dans le dos. On tente le coup et bingo! d'un seul coup on roule à plus de 45kmh et on s'avale en 2h l'étape du lendemain tout sourire.

A partir de là, notre route sera un combat avec le vent. En général il convient de partir le matin de très bonne heure et rouler le plus possible avant qu'il ne sévisse vraiment, mais parfois Eole ne respecte rien et te punit à n'importe quelle heure. Lorsque nous l'avons dans le dos il est possible de rouler jusqu'à 50kmh, sur le coté les claques de mister zef nous font zigzager dangereusement sur la route et de face, il ne nous reste que nos yeux pour pleurer ou arrêter un pick-up pour nous amener plus loin. Le choix dépend de la distance à laquelle nous sommes de l'étape et des abris que nous trouvons. A partir de 10km ou moins ça vaut le coup de tenter même si le combat sera très rude. Au dessus il vaut mieux garder ses forces et arrêter un véhicule, mais ne comptez jamais sur un répit de sa part. Et surtout ne pensez pas camper dans ces conditions, c'est comme lorsque vous sortez la tête par la fenêtre de votre voiture à 80kmh.

Bien pépères sur les longues droites de la 40 lorsque Eole nous épargne 
Puis tout le monde aux abris dès que Monsieur se fâche 

En arrivant à Bardas Blancas nous savons que le prochain village devant nous est à 145km et que dans 30km le goudron s'arrête pour faire place, sur plus de 40km, à une piste horrible toute en montée. A 30 ans on aurait dit oui, mais nous sommes devenus raisonnables au point de chercher un 4X4 qui puisse nous faire franchir ce tronçon assassin. Lusio est prêt à nous amener tous les 4 dans sa camionnette avec vélos et équipage pour 5000 pesos. Il nous explique que ce n'est pas 40km de piste mais 80km et qu'elle est encore plus horrible qu'elle ne l'était. En fait il était prévu de goudronner tout ce tronçon et plus. L'entreprise de travaux publics à arraché le peu de goudron restant et étendu une couche de gros gravier sur une épaisseur de 40cm prêt à recevoir le goudron de la nouvelle route. Mais comme le gouvernement ne payait pas ils ont tout arrêté et ça fait un an que la route est dans cet état. Lusio nous demande d'avancer de 30km jusqu'à l'endroit ou est installée l'entreprise où nous devrions pouvoir passer la nuit et obtenir de l'eau avant qu'il nous récupère le lendemain. Après une lutte avec le ripio (gravier argentin recouvrant les pistes) et le vent nous nous heurtons aux portes de l'entreprise à des argentins en mode butés qui ne veulent rien savoir et surtout pas nous accueillir. Nous arrivons à obtenir de l'eau et dormons dans un abri bus en ruine. A part ça tout va bien!

En route vers notre rendez vous, sur du ripio horrible où les filles n'arrivent pas à rouler par moments 
Entrée interdite! C'était écrit et ils l'ont appliqué à la lettre même en parlementant à fond 
Alors on se rabat vers une cahute abandonné, pour une nuit bien tranquille à l'abri du vent .
Le lendemain chargement dans le 4X4 à Luiso jusqu'à Barrancas, avec petit arrêt dans la montagne en pleine tempête.

A Barrancas nous décidons de pousser à vélo jusqu'à Buta Ranquil en espérant que le vent ne soit pas trop en notre défaveur. La route est magnifique mais les 10 derniers kilomètres sont un calvaire face au vent.

Une jolie montée  vers Malargüe avec le Tromen en point de mire
Superbe nuage formé par le vent avant Buta Ranquil 
Ça souffle sur la 40 

Nous venons d'arriver à Chos Malal et nous sommes rentrés en Patagonie. Dans quelques jours nous passerons au Chili où nous découvrirons de nouveaux paysages avec beaucoup plus de végétation et aussi plus de précipitations. C'est là que démarrera le dernier secteur de notre voyage qui nous conduira jusqu'à Ushuaïa au terme des quelques 3000 km qu'il nous reste. Le prochain article déclenchera également le dernier carnet de voyage, "Cycot'âges Andins Chili et Argentine Sud". Bon vent et à très vite.