Carnet de voyage

Cubana trip

6 étapes
9 commentaires
Du cyclot'âge pure souche avec une mer bleue, du soleil, de la salsa, des mojitos, des havanes, et quelques gouttes de transpiration.
Du 22 octobre au 17 décembre 2019
57 jours
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C'est arrivé comme ça! D'un coup, nous avons ressenti comme un besoin de bouger. Oh, pas quelque chose de méchant, juste une petite escapade de deux mois pour prolonger l'été avant la saison de ski.

Ça commence reellement le 22 octobre avec une petite contrariété lorsque nous constatons que Air Iberia nous a généreusement attribué des sièges sans dossier inclinable. Pour un vol de 10h et bondé de surcroît on trouve ça un peu fort. On râle un peu au début, un peu plus fort ensuite, puis on se fache presque. A la troisième salve notre charmante hôtesse comprend enfin qu'on ne lâchera pas l'affaire, et comme elle est experte au jeu des chaises tournantes, elle nous degote deux vrais sièges côté a côte.

A part ce petit incident on récupère intacts, dans la moiteur de la Havane, tout notre barda et nos deux vélos, 13h apres notre départ de Toulouse. En réalité, un vol on ne peut plus tranquille, il faut bien reconnaître.

Toujours un peu inquiets avec nos bagages qui sortent un peu de la norme.

Aussitôt les bagages posés chez Keila nous partons à la découverte du pays, et ça commence toujours par une degustation de la bière locale le long du Malécon de la Havane. Une demie heure plus tard et 2h seulement après avoir posé nos pieds sur la terre Cubaine nous connaissons déjà plein de choses. Non seulement la bière est tout à fait ordinaire, mais elle aussi chère qu'en France et il a fallu apprendre les additions au serveur, qui avait tendance à ajouter des chiffres. Amis touristes bienvenue ! C'est fou ce qu'une simple bière peut apporter comme enseignements. Alors comme on ne veut pas jouer les touristes ordinaires, il va falloir trouver le mode d'emploi.

Paseito por la Habana
Joueurs de dominos à la Havane où il n'y a pas que des vieilles voitures.

En premier se familiariser avec la monnaie locale. A part qu'ici il y en a deux. Le peso convertible est réservé aux touristes et vaut a peu près un dollar. Le peso national vaut 24 fois moins et il est théoriquement réservé aux cubains. Les touristes peuvent aussi l'utiliser à condition de repérer les commerces qui l'acceptent. En conclusion, il est possible de trouver le même article dans des commerces différents, avec des prix qui peuvent être multipliés par 10 ou plus.

5 hamburgers pour 50 cts d'euro dans les cafétérias d'État, trouvez mieux!

Ne partez tout de même pas à Cuba pour la gastronomie vous seriez déçus. Ici, chercher de la nourriture est un cassé tête. Dans les commerces d'État et même les quelques paladares le choix est plus que réduit. Fini les beaux marchés de fruits et légumes d'Amérique du Sud. Le mieux c'est encore de manger dans la rue où acheter aux marchands ambulants lorsqu'on a la chance d'en trouver.

Arrêt casse croute dans la rue, c'est encore le plus simple si votre estomac tient le coup.

Une journée à la Havane c'est largement suffisant pour monter les vélos, découvrir la vieille ville, réserver un bus pour le lendemain, et essayer de comprendre comment fonctionne ce pays. Demain nous avons 12h de bus pour nous rendre à Las Tunas où démarre notre périple vélo pour faire le tour de la partie Orientale de l'île avec environ 1000km au programme.

Aujourd'hui c'est notre 7ème étape depuis que nous avons enfourché les vélos. Depuis trois jours, je roule avec une forte gêne au niveau de la prostate en priant tous les jours pour que ça passe. Mais vu mon niveau de culture religieuse, le seigneur, la vierge Marie et tous les apôtres qui nous surveillent de la haut, c'est sûr, ont du reconnaître l'imposteur a travers mes incantations et font la sourde oreille. Ce matin la gêne est encore plus forte mais on se décide à partir de Chivirico après avoir longtemps hésité. Trois km plus loin j'ai pratiquement tout fait en danseuse, lorsque nous voyons sur notre droite une petite île avec une maison. En s'approchant, un panneau sur le bord de la route indique que la maison propose de l'hébergement et de la restauration. L'endroit idéal pour se reposer un ou deux jours en espérant que ça passe. Quelques coups de sifflets et José vient nous chercher en pédalo et embarque vélos, bagages et voyageurs vers son petit paradis. Nous sommes seuls dans la maison coloniale qui appartenait à l'époque au propriétaire des rhums Bacardi. Une seule maison sur la petite île de Cayo Damas, avec un superbe parc autour, et des fonds marins comme dans les films. Reprendra t'on les vélos?

Embarquement sur le pédalo et en route vers Cayo Damas....
Où nous attend une belle maison coloniale avec une vue splendide depuis le promontoire de l'île.

Sept jours plus tôt nous arrivions à Las Tunas à 3h30 du matin après 12h de bus depuis La Havane. Montage des vélos, grignotage, et plutôt que de squatter la gare routière pour un somme hypothétique, nous préférons prendre la route a 4h45 et pédaler a la fraîche durant 3 ou 4 heures. A 12h30 nous avons fait deux étapes en une, et bouclé 95km de route plate et sans intérêt, pour atteindre la côte à Manzanillo, dans une région agricole où prédominent canne à sucre et riz.

Aussitôt descendus du bus nous prenons la route pour une étape bien monotone si ce n'est la discute avec les ouvriers agricoles.

Le matin en partant de Manzanillo ça démarre de la pire des manières. Nous n'avions pas fait 500m que la patte de dérailleur de Janine rend l'âme et évidemment pas de patte rechange. Nous sommes vraiment des bleus. Dans le milieu cyclo, Cuba est réputée pour son manque de fournitures vélo, alors a ce moment là on se dit que notre voyage est vraiment mal barré. Une heure plus tard Janine a un dérailleur neuf et nous le sourire aux lèvres. Qui a dit qu'on ne trouve de rien a Cuba.

D'accord c'est pas le bike shop de première jeunesse mais Santana nous a trouvé un dérailleur sans patte et c'est ça qui compte.

25 km plus loin nous sommes à la recherche d'un petit café pour se retaper des émotions. Janine demande à une dame devant sa maison de nous indiquer "una cafeteria" et nous voilà aussitôt invités chez Noila.

Chez Noila il n'y a pas grand chose mais, une générosité qui vaut plus que le luxe.

Nous arrivons à Média Luna vers 13h et n'avons pas du tout envie de rejoindre la maison d'hôtes qu'on nous a suggéré. Alors nous prenons un petit chemin dans le village, qui aboutit à la plage dont nous rêvions. C'est pas le sable blanc, mais tout le reste y est. Cocotiers, paletuviers, paillote et nous avons même la permission du "dueño" pour planter la tente. Je crois qu'on commence à être connectés avec Cuba.

Dora et Anita les filles du propriétaires sont intéressées par nos vélos et nous par leur coin de rêve.

Il fallait bien une ombre au tableau de notre bivouac de rêve. Les moustiques s'en sont chargés. Ça nous a permis de tester notre super lotion spéciale tropiques relativement efficace, et notre tente pas du tout spéciale tropiques et bien fermée pour éviter l'entrée des intrus. Durant deux heures c'était, comment dire....à mi chemin entre le hammam et le sauna, et l'éventail de Janine a fonctionné à plein régime. L'erreur fatale a été commise a 6h du mat lorsque je me lève à poil pour satisfaire un besoin naturel. Et oui, ils étaient toujours là, plus voraces que jamais pour me surprendre les mains occupées, et par conséquent, à leur merci. Conclusion: ne vous séparez jamais de votre anti moustique. On apprend tous les jours sous les tropiques. A part ça la journée à été chaude, trèeees chaude, et le bain a l'arrivée à Pilon, bon, trèees bon. Tout irait bien sauf que l'on n'a pas encore trouvé le mode d'emploi pour survivre à Cuba. La végétation abonde mais on ne trouve pas de fruits et légumes à part les bananes. Il pleut tous les jours mais on ne trouve pas d'eau en bouteille et on nous assure que celle du robinet n'est pas faite pour nos fragiles estomacs européens. Le problème c'est que sous ces latitudes, à vélo, 2 à 3 litres par jour c'est le minimum syndical. Et les rayons des magasins d'État sont désespérément vides. Il paraît qu'on n'a pas de chance, en ce moment les approvisionnements sont rares. "Nous les cubains nous avons l'habitude et faisons aussi des réserves mais on comprend que pour les touristes ce soit compliqué " nous disent ils. Nous, ce que l'on commence à comprendre c'est que Cuba n'est pas faite pour un tourisme en autonomie et personne ne facilite les choses. Ils préfèrent largement faire tourner la machine à tourisme (qui reste le principal revenu du pays), avec le circuit classique grande hôtellerie. D'ailleurs, les hôtels ne manquent jamais d'eau ni de fruits et légumes. En attendant ça ne règle pas notre problème d'hydratation. Alors j'envisage de consommer l'eau du robinet en ajoutant une lichette de micropur, et Janine pense compenser le manque d'eau par la bière.

Sur le routes Cubaines.

A partir de Pilon la route longe la côte sur 170km, pratiquement jusqu'à Santiago.

Juste avant Marea del Portillo, nous décidons de faire un arrêt a la grande plage où nous résolvons par la même occasion le problème de l'hydratation. Autour de nous des cocotiers à profusion avec plein de noix de coco qui ne demandent qu'à être cueillies. Un petit trou au couteau et il n'y a plus qu'à se régaler d'une eau de coco délicieusement parfumée et à la température parfaite. Du coup, en plus de se désaltérer on a essayé la purée de potiron a l'eau de coco qui est une vraie tuerie, et le nescafé, il faut bien l'avouer, un peu dégueulasse. Nous avons profité de 4h bonnes heures de pure détente, à l'ombre des cocotiers, avec les alizés dans le nez pour se rafraîchir, et une petite baignade de temps en temps. Cuba commence à nous révéler ses bons côtés et ma foi ça nous plaît. Et pour ne rien gâcher nous avons résolu le problème de l'eau en bouteille. Il suffit de choisir un bel hotel, de chercher la boutique, et on tombe sur la caverne d'Ali baba, plus communément appelé ici, Ché Guevara. De l'eau en bouteille au Ron añejo, en passant par les Partagas ou Roméo et Juliette il n'y a plus qu'à choisir et aligner les biffetons. Pour le moment on s'en est tenu à l'eau mais on va fêter ça ce soir avec une bonne bière.

Une pause bien agréable à Marea del Portillo avec noix de coco a gogo.

Sur toute cette côte la Sierra Maestra, un massif montagneux couvert de forêt se déverse directement dans la mer. C'est une zone assez sauvage, seulement peuplée de quelques hameaux. La route, au plus près de la mer est complètement défoncée par les tempêtes, et du coup la circulation est très réduite. Nous passons des heures sans croiser une seule voiture et ça vaut bien l'inconfort de quelques portions de piste qui ne nous gênent pas plus que ça. Pour éviter les heures de grosse chaleur nous décollons avant le lever du jour et profitons ainsi, tous les matins, du lever de soleil sur la mer. Un spectacle dont nous ne nous lassons pas.

Un concentré de plaisir sur la côte orientale sud.

Pour l'heure nous attendons que mon état s'améliore pour reprendre la route. Carlos m'a pris rendez vous pour demain auprès de son copain médecin pour un petit examen. A très vite.

Cet arrêt forcé à Cayo Damas, en attendant que je me remette est une vraie chance. Nous sommes chouchoutés par Ariel et Carlos, tout en profitant de la maison et son environnement. Les petits déjeuners sous la veranda, dans une relative fraîcheur avant que la chaleur de la journée s'installe sont un délice. A quelques brasses de la maison nous rendons régulièrement visite aux poissons tropicaux au milieu du corail multicolore, et on ne regrette pas du tout, à ce moment, d'avoir trimbalé, masque, tuba et palmes dans notre barda. En soirée, les parties de pêche en kayak, en dépit de l'espoir déçu de ferrer un barracuda, m'offrent le spectacle du soleil couchant dans la houle des Caraïbes. Bref ! La vie est douce sur notre îlot, mais il faut se résoudre à avancer, même si ce n'est pas totalement raisonnable, parce qu'on a du pays a découvrir.

Du bon temps à Cayo Damas

Nous sommes toujours sur la côte sud et depuis 3 jours le pays et passé a l'heure d'hiver. Ça semble surprenant mais pour nous, hiver est synonyme de chaleur en plus. Et oui, avec ce nouvel horaire le jour se lève à 6h au lieu de 7h, et une heure de cyclot'âge de plus sous le cagnard, ça paraît pas, mais c'est très dur pour nos vieilles carcasses. Alors nous avons décalé nos départs à 5h. Ainsi, nous roulons une première heure à la frontale, puis, dans une relative fraîcheur jusqu'à 8h. C'est l'heure où nous cherchons une petite crique ou plage pour la baignade du matin. Aujourd'hui par deux fois, des pêcheurs nous ont proposé des langoustes fraîchement pêchés lors de nos arrêts. L'effort fut considérable, pour réprimer la tentation de faire aussitôt un feu sur la plage et faire griller les bestioles. Mais nous avons finalement opté pour la voie de la raison. Parce qu'ensuite le soleil tape fort jusqu'à 10h30, et à partir de 11h ça devient un enfer, où l'eau que nous engloutissons se compte par litres. C'est la raison pour laquelle, nous essayons absolument d'arriver à destination avant cette heure couperet.

Départ à la frontale au lever du jour pour engranger de la fraîcheur.
Les portions à vélo alternent avec les arrêts baignade.

Le passage a Santiago de Cuba puis Guantanamo nous oblige a quitter la côte pour un temps. Santiago est la deuxième ville du pays et nous avons apprécié le charme de ses rues piétonnes aux façades colorées. Il fait bon s'y promener comparé à la Havane. Nous avons cru un moment faire une halte plus longue que voulue. La gaine de câble du dérailleur avant à rendue l'âme et depuis, Janine passe les plateaux a la main pour son plus grand plaisir. Cette fois nous sommes sauvés par un ami de notre logeuse qui loue des vélos. Non seulement Pablo nous trouve la gaine en un temps express, mais il tient à participer à la réparation et ne veut pas qu'on le paye. Ça nous change du commun des cubains rompus au tourisme, qui ne voient en nous que des dollars a pattes.

Passage à Santiago de Cuba avec un nouvel ennui mécanique

Il est vrai que notre voyage ne se déroule pas exactement comme nous l'avions imaginé. Nous aimerions plus de liberté, poser notre bivouac au gré de nos envies, sur les petites plages ou criques qui foisonnent loin des lieux habités. Mais ici le tourisme calibré qu'impose le régime, se pose en barrage à nos espoirs de nomadisme. Il y a bien sûr les difficultés d'approvisionnement en eau et nourriture, qu'il est très difficile de trouver en dehors des échoppes et petits restaurants. Mais surtout, il y a les règles du pays qu'il est indispensable de respecter. Fidel, notre hébergeur à Tortuguilla, totalement exalté, nous l'a clairement expliqué. Interdiction de camper et obligation de loger dans "les casas particulares", un équivalent de nos chambres d'hôtes. Il est par exemple interdit aux locaux d'inviter des étrangers chez eux. Tout cela, évidemment, pour garantir une sécurité maximum aux étrangers. De notre côté nous flairons plutôt la rentrée substantielle de devises que représentent ces locations, autant pour l'état que pour Fidel, notre patriotique logeur. A Lago Yaya, nous avons été autorisés à camper en douce contre un billet a la préposée aux logements. Les cabanes réservés aux touristes n'avaient ni électricité ni eau, conséquence directe de l'embargo sur le pétrole.

A Yaya nous sommes contents que les cabanes ne soient pas opérationnelles. Un peu moins de se faire dévorer par les mosquitos.

Je termine l'étape qui nous mène à Jacobabo exténué. Indubitablement les antibiotiques n'ont pas enrayé l'infection urinaire et je vis le martyre sur la selle. Notre cabanon devant la mer nous conviendrait parfaitement pour un peu de repos supplémentaire. Mais je sais qu'il faut repasser par la case hôpital et Baracoa, la prochaine ville sur notre itinéraire devrait être bien équipée. Pour passer de Cajobabo sur la côte sud, à Baracoa sur la côte nord, il faut gravir "La Farola". Un passage dans la montagne de 15km, avec seulement 850m de D+, mais réputé pour ses 3km à plus de 10%. En ce qui me concerne ma selle me fait plus souffrir que les pentes et Janine pousse tranquillement son vélo. A part ça c'est un vrai régal de pédaler dans la montagne et admirer le relief au milieu dune jungle luxuriante.

Beaucoup de plaisir et un peu de douleur dans La Farola
Quoi de mieux qu'une Langouste al ajillo pour récupérer de cette étape.

C'est à Baracoa que nous devons régler définitivement mes problèmes de santé si nous voulons continuer sereinement. Nous dénichons la Polyclinique Internationale, entendez simplement consultation pour touristes. La salle d'attente est parfaitement propre, bien ordonnée et meublée a l'occidentale. Un écran plat diffuse en boucle la haute technologie médicale cubaine. Rien qui ressemble à ce que nous avons vu depuis notre arrivée. A partir de là, nous vivons un épisode absolument savoureux. La médecin me fait asseoir tout près de son bureau mais s'adresse exclusivement à Janine, située en retrait et qui ne pipe mot, pour toute question ou recommandation me concernant. Je me retrouve infantilisé, en visite chez le docteur avec ma maman. Visiblement la santé familiale est une affaire de femmes à Cuba. Une fois le diagnostic établi, elle élabore le plan de bataille à mener. Analyses diverses, échographie et consultation d'un urologue. Direction l'hôpital à l'autre bout de la ville parce qu'ici, à part la salle d'attente pour touristes, il n'y a rien d’opérationnel. L'affaire est confié à Blanca, l'infirmière de service qui prend sa mission très très au sérieux. Blanca c'est à la fois notre fée clochette, notre fil d'Ariane, notre nounou ou notre adjudant. Avec son dossier sous l'aisselle, la toque blanche calée sur son chignon et des collants résille noirs par 35 degrés, elle ne nous lâche pas d'une semelle. À peine dans la rue elle arrête une carriole à cheval, nous tient la main pour monter, puis direction l'hôpital.

Avec Blanca mieux vaut suivre docilement

Arrivés sur place elle nous met à l'ombre pendant qu'elle se charge de dégoter les différents rendez vous. Ici, rien à voir avec l'atmosphère aseptisée de la Polyclinique Internationale. Les salles sont sur-bondées, la femme de ménage jette son seau d'eau sale devant l'entrée du service pédiatrie et une poule caquette dans le couloir. Ça respire la vraie ambiance Cubaine et nous sommes soulagés. Les services et Blanca sont efficaces, et mon statut de touriste me permet de passer échographie et consultation d'urologie en moins de trois heures. Bilan, une dose d'antibiotiques de cheval pour une infection urinaire récalcitrante et quelques jours de repos forcé à Baracoa.

La grande plage et le Malecon de Baracoa sont nos lieux de promenade pour cet arrêt forcé.
Dans les rues de Baracoa

Baracoa doit elle sa renommée touristique a son statut de première ville fondée à Cuba en 1511? De notre côté nous ne lui avons pas trouvé de charme particulier et sommes contents de reprendre nos vélos demain, destination la célèbre plage de Maguana.

C'est sûr que nous n'arriverons pas à faire le programme prévu, compte tenu de nos arrêts forcés. Cinq jours de repos c'est moins que ce que l'urologue m'avait prescrit, mais nous en avons plus que marre de nous morfondre à Baracoa. Cet hébergement ne nous attire pas et notre hébergeur ne respire pas la sympathie. Alors comme mon état s'est bien amélioré, nous décidons de faire un saut de 22km jusqu'à playa Maguana avec l'espoir de trouver un coin agréable où terminer ma convalescence. Nous arrivons directement sur le coin que j'avais repéré sur la carte. Une petite plage accessible par un petit chemin avant la plage principale qui fait la réputation du coin. Banco! tout y est comme nous l'avions espéré. Une petite plage de sable blanc bordée de cocotiers, deux maisons et le bleu de la mer. Coup de bol l'une d'elles est libre et nous sommes parfaitement installés, dans un calme absolu et entourés de cocotiers, avocatiers, et arbres à fruits de la passion.

Une sacrée surprise la découverte de ce nouveau petit paradis

El rancho, une pergola toujours indépendante de la maison est une tradition cubaine. Elle bénéficie de la plus belle vue, et c'est ici que se prennent les repas. A l'heure du petit déjeuner, à base de fruits et jus de fruits divers, l'instant est magique avec les couleurs chaudes du soleil levant. C'est notre moment préféré.

En mode repos, chouchoutés par Yannet

Pour ne rien gâcher Carlitos, notre logeur est pêcheur. Non seulement il m'invite à une partie de pêche, mais nous assure en plus la langouste du soir.

Les langoustes et les crabes foisonnent dans les eaux cubaines.

Nous quittons à regret notre petit paradis direction Moa, où nous prendrons un bus qui nous amènera à Trinidad en direction de la cote sud. Nous éviterons ainsi, une longue partie a l'intérieur du pays qui n'a aucun intérêt. En attendant, nous profitons au petit matin d'une magnifique route entre Maguana et Moa, au milieu de la végétation, sur une piste très peu fréquentée.

Entre Maguana et Moa une jolie route pour vélos, qui n'effraie pas les vieilles voitures.

A partir de Moa les choses se gâtent. Aussitôt l'étape finie, nous enchaînons trois heures de collectivo jusqu'à Holguin, puis une nuit de bus jusqu'à Trinidad, où nous arrivons au petit matin, les yeux pas vraiment en face des trous.

Chargement des vélos pour le début dune longue traversée en véhicule.

Trinidad est une belle ville coloniale aux maisons colorées et rues pavées. Malheureusement la concentration de touristes est effrayante et de ce fait, la pression commerciale à la cubaine l'est aussi. A peine descendus du bus les sollicitations s'enchaînent, et on ne nous lâche pas d'une semelle. Hébergement, restaurant, souvenirs, on veut tout nous vendre. Même le barbier, à l'affût devant sa porte, t'invite à t’assoir sur son fauteuil alors que tu es rasé de près. On a beau si attendre, ça nous gâche un peu le plaisir.

Balade à Trinidad
Grosse ambiance à la bodeguita del medio, le repère d'Hemingway.

Le passage à Cienfuegos, une autre grande ville cubaine ne restera pas dans nos mémoires. Une ville fondée par les français paraît il, qui ne bénéficie ni du charme de Trinidad, ni de l'ambiance de Santiago de Cuba. Mais à partir d'ici, le challenge est de taille en ce qui concerne le choix de l'itinéraire. Soit nous jouons la prudence en prenant une route sure, mais nous ne longerons la mer caraïbe que sur un tout petit tronçon. Soit nous faisons le tour de la baie pour prendre un bac hypothétique, puis suivre la côte sur une bonne trentaine de kilomètres par un chemin dont nous ne connaissons pas l'état. Si c'est du sable, nous sommes bons pour une grosse galère. Mais vous nous connaissez, l'idée d'une voie rien que pour nous au bord de la mer est trop tentante.

Départ de Cienfuegos et passage du bac Pasa Caballos avant le chemin de bord de mer.

En entrant sur le chemin qui doit nous mener en bord de mer, nous croisons un petit homme juché sur sa carriole que tire une mule. Il nous confirme que le chemin mène bien à notre destination, et nous prédit, en regardant nos montures, de multiples crevaisons. Nous ne sommes que moyennement rassurés, d'autant plus qu'aussitôt après nous enchaînons plusieurs passages dans l'eau et la boue jusqu'aux mollets.

Pas vraiment rassurés sur ce début de chemin.

La suite nous fait retrouver le sourire. Le chemin parallèle à la mer, est parfaitement roulant. La végétation forme une voûte au dessus de la piste, qui nous assure de l'ombre en permanence. Sur notre gauche, une bande de mangrove d'une cinquantaine de mètres nous sépare de la mer, que nous rejoignons fréquemment par des petits chemins. La côte est sauvage déserte et superbe. Ici pas de plage, mais une eau cristalline, des fonds marins tapissés de corail de toute beauté et une faune abondante. Une multitude de poissons et coquillages colorés nous offre un spectacle permanent devant nos masques. A quelques mètres de la surface, il faut repérer les petites cavités, pour observer les langoustes, malheureusement inaccessibles à la main, accrochées au plafond et sur le parois. Nous sommes sous le charme, tout excités d'avoir réussi notre coup et nous multiplions les arrêts pour profiter de la mer. Cette étape restera, c'est certain, ancrée dans nos mémoires.

40km de pur plaisir et la mer rien que pour nous.

Guasasa est un tout petit hameau à mi chemin entre Cienfuegos et Playa Larga. Le seul endroit où nous pouvons espérer trouver de quoi manger et boire. Et comme nous sommes des petits veinards, nous trouvons même de quoi dormir avec vue sur la petite crique s'il vous plaît.

Parfaitement installés devant la petite crique de Guasasa

Ici tout le monde est pêcheur. Lorsque l'eau est au dessus de 28 degrés comme maintenant, c'est la pêche au harpon à air comprimé de fabrication locale. Je vous assure que les cartons qu'ils font sont impressionnants. Mérous géants, barracudas, pagres, tortues et même une raie de 220kg. Nous sommes sidérés devant les photos qu'ils nous montrent. Leur situation économique liée à l'inconscience de leur jeunesse, leur font faire un peu n'importe quoi il faut bien le dire. En dessous de 25 degrés ils pêchent le marlin en bateau, sans canne, juste un fil avec un appât vivant. Nous avons eu la chance de goûter, c'est un délice. Une chair dense d'une finesse absolue, le thon rouge fait triste mine a côté.

Départ pour la partie de chasse avec la Rikimil ou Yayamobile..

A Cuba posséder une voiture est un luxe que très peu de personnes peuvent s'offrir. Alors Yamaris, le roi de la débrouille, s'en est fabriqué une avec les moyens du bord. Une carrosserie de Land Rover, des roues de camion, un moteur de tracteur et le tour est joué. Il l'a baptisé Rikimil, (le Frankeistein local). Ce matin pour partir chasser, ses deux copains font office de batterie pour démarrer l'engin, et nous sommes rassurés parce qu'il a fait le niveau des freins avec de l'eau et du liquide vaisselle à la place de l'huile hydraulique. Yamaris et Adrian m'ont invité à une Partie de chasse mémorable. Pas de mérous dans l'escarcelle, je ne suis pas capable de descendre à leur profondeur habituelle. Mais une grosse langouste et une araignée, qui nous assurent un festin de rois le soir, accompagnés de coquillages de toutes sortes.

Peu de pièces mais de qualité
Et un repas digne d'un restaurant étoilé

Nous terminons notre route sud à Playa Larga, au bout de la baie des cochons, et se poser dans une ville une fois de plus ne nous emballe pas réellement. Alors nous tentons le coup pour un bivouac 3km avant l'agglomération, en prenant un chemin qui nous amène en bord de mer. Nous longeons un alignement de maisons en bois qui font face à la mer. Sous une tonnelle trois hommes sont attablés. La monticule de canettes vides sur la table, témoigne de leur grande soif. Nous aussi, sommes assoiffés, sur cette fin d'étape. Alexis nous fait signe, il a de la bière et nous invite à camper devant chez lui. Tout va bien!

Bivouac dans la baie des cochons et petit café du matin offert par Alexis.

La remontée jusqu'à la côte nord ne présente aucun intérêt, comme nous nous y attendions. Par contre, l'étape à Boca de Camarioca nous réserve une belle surprise. Une maison avec cuisine pour nous tous seuls face à une petite crique. Depuis le temps que nous rêvons de nous préparer à manger, on décide direct de rester deux jours.

Quand on vous dit que tout va bien !

Plus que deux étapes et nous bouclerons la partie Orientale en arrivant à La Havane. Nous enchaînerons ensuite la deuxième partie du périple pour découvrir la partie occidentale. Hasta la vista amigos!

Cet arrêt de deux jours à Boca de Camarioca nous à régalé. Non pas que le site soit extraordinaire, encore que nous bénéficions d'une petite crique juste devant la maison. C'est surtout que nous ne sommes plus cloîtrés dans une chambre d’hôtes, mais disposons d'une vraie maison avec tout le loisir de nous préparer des petits plats à notre façon. Pour rajouter encore à notre bonheur nous dégotons un marché de fruits et légumes, notre premier voisin nous vend sa pêche, et chose exceptionnelle, nous avons même trouvé de la bière pression. C'est la vie de château et nous en profitions.

A Boca de Camarioca nous profitons de la plage et goûtons à la chair exquise du Marlin 

Plus que deux étapes pour boucler notre itinéraire Est et Centre de l'île. Nous laissons de côté Varadero, le temple du tourisme à grand renfort de sable blanc, hôtels de luxe et alignement de chaises longues avec parasols, et nous dirigeons vers la Havane pour faire une pause avant de découvrir la partie Occidentale. Voilà un mois que nous parcourons Cuba. Bien que nous décodions mieux le pays pour réussir à voyager comme nous l'entendons, il nous arrive de nous faire encore surprendre. En ce qui concerne la nourriture, nous avons cessé de courir à sa recherche et nous attendons plutôt qu'elle vienne à nous. Durant les étapes, nos sens en alerte détectent immédiatement nos sauveurs qui ne sont autre que les vendeurs ambulants. Bien sur il ne faut pas être regardant, le pain et les bananes se trouvent assez facilement, mais lorsque nous croisons un vendeur d'avocats, de concombres ou de papayes c'est la fête. En dernier recours l'astuce consiste à aller dans un restaurant et commander un repas à emporter. C'est mieux que les éternelles pizzas ou bien "pan con jamon o tortilla" des cafeterias. Pour l'eau potable c'est une autre histoire, car la denrée est encore plus rare. Dans les villes de moyenne importance nous arrivons à trouver en cherchant un peu. En dehors de ces villes, le plus sûr reste les stations essence où nous faisons le plein dès que nous en trouvons une. Nous roulons ainsi en permanence avec 3 bouteilles de 1,5l chacun. C'est le prix à payer pour pouvoir profiter de bivouacs de rêve sur des plages perdues qui nous enchantent, et où nous profitons pleinement, maintenant que les températures ont bien baissé.

Que ce soit dans les villages, sur la route ou en bord de mer, la quête de nourriture est toujours d'actualité.... 
....Pour pouvoir profiter de bivouacs comme on les aime. 

En arrivant à la Havane on tire le gros lot en écopant d'un détour de 17km pour cause de tunnel interdit aux vélos. Il fait très chaud, nous avons déjà notre plein de kilomètres et Janine n'apprécie guère la plaisanterie. Autant dire que nous savourons autant notre arrivée sur le Malecon que la bière réparatrice.

Plus que contents de terminer cette étape et déguster une bonne bibine. 

La découverte de la partie occidentale passera évidemment par la côte nord pour commencer, puis une incursion dans les terres afin de visiter les deux incontournables que sont Las Terrazas et Vinales, puis revenir sur la côte nord et la suivre jusqu'à la pointe occidentale que nous voulons explorer en détail. Ensuite nous rejoindrons Pinar del Rio pour un retour en bus à la Havane. Il nous reste 20 jours, largement de quoi faire ce petit périple.

Janine heureuse de découvrir l'ouest de l'île même quand elle pousse. 

La sortie Ouest de la Havane c'est une suite d’hôtels pour touristes fortunés, de marinas et de quartiers chics. Tout est beau, propre, les cocotiers biens alignés le long des boulevards parfaitement entretenus. Nous découvrons un peu étonnés, cette facette de Cuba que nous n'avions pas observé jusqu'à présent. Une fois passée la zone urbanisée, nous nous mettons à la recherche d'un petit coin à notre mesure pour passer la nuit. Pas besoin de faire des tonnes de kilomètres, El Salado est le spot parfait. Nous sommes seuls en front de mer et un petit Rancho à coté nous approvisionne en nourriture et bière. Même pas embêtés par les moustiques en soirée, et Orlando, que j'ai dépanné en rustines pour son vélo nous garde nos montures. Décidément la vie nous gâte.

Bien installés à El Salado 

Aujourd'hui nous prenons la direction de Las Terrazas à l'intérieur du pays. Il s'agît d'une ancienne zone de production caféière, puis de charbon de bois, sur un massif montagneux au cœur de La Sierra del Rosario. A la fin des années soixante un vaste projet de reforestation dans un premier temps, puis d'écotourisme ensuite, lui permet de devenir la première réserve naturelle de Cuba inscrite à l'Unesco. Les paysans qui travaillaient dans la zone se sont regroupés pour former une communauté, avec une organisation sociale basée sur la solidarité, puis ont développé ce projet d'écotourisme qui s'étend sur 5000 hectares au sein d'une forêt luxuriante, abritant une faune et flore variée ainsi qu'un réseau de torrents et de lacs propices à la baignade. Ici soixante dix pour cent de la population vit du tourisme, aussi nous ne sommes pas plus étonnés que ça lorsque quelques kilomètres avant d'arriver au village on nous demande un droit d'entrée. Nous déclinons tout de même l'offre camping, repas, boisson que l'on nous présente comme très avantageuse, mais que nous flairons très embrouillocubanoextorqueuse, et on se dirige vers un lieu de camping que nous avions repéré. Ça commence à nous chauffer un peu lorsqu'on nous fait comprendre que ce camping est réservé aux cubains et qu'il faut nous chercher autre chose. Nous, ce qu'on commence à comprendre c'est que ça va nous changer des bivouacs et des soirées au coin du feu, mais on à voulu venir alors on assume, et nous optons pour le Rio San Juan. Douze kilomètres plus loin et un nouveau droit d'entrée après, nous ne regrettons plus du tout d'être venus jusque là. Une bonne poussette de vélos sur un petit chemin qui borde la rivière au sein d'une végétation magnifique, et nous voici au bord d'une série de petites cascades qui donnent naissance à plusieurs piscines naturelles avec de l'eau bien fraîche. La tente installée sur une bande d'herbe à coté des éco-cabanes offre une vue directe sur les piscines naturelles. Si on fait abstraction des naïades cubaines qui font chauffer les selfies au bord de l'eau, c'est l'endroit idéal, surtout que tout ce petit monde rentre chez lui en fin d'après midi et nous laisse profiter à notre guise de ce petit paradis.

Il faut se gagner l'accès.... 
Mais le site est douillet 

L'itinéraire le plus direct pour rejoindre Viñales depuis Las Terrazas ne nous semble pas être le plus sympa. Il nous oblige à prendre un bout d'autoroute, puis longer la Sierra del Rosario au pied du massif en se dirigeant vers l'Ouest, dans un environnement qui parait assez ordinaire. Alors comme nous avons le temps, nous décidons de remonter sur la côte nord que nous longerons un moment, puis reviendrons dans les terres pour rejoindre Viñales. Ça fait faire quelques zigzags et ça oblige à traverser deux fois la Sierra del Rosario, mais nous devrions trouver de beaux paysages et des cotes qui piquent.

Jolies cotes, petites routes et beaux paysages....comme prévu.

Les deux étapes que nous faisons sur la côte nord ne nous proposent rien d'extraordinaire. Les immenses baies avec des fonds vaseux et une eau sans visibilité ne nous attirent pas vraiment. En revanche nous faisons une rencontre savoureuse à Bahia Honda. A la recherche d'un site sympa pour planter la tente, nous nous rapprochons d'un motel avec la certitude qu'on nous refusera l'accès. Situé sur un promontoire le domaine offre une vue splendide sur la baie et ses alentours, le lieu idéal pour notre pause. Mais ça ne loupe pas, la préposée à l'accueil nous fait comprendre comme pressenti, que c'est réservé aux cubains. C'est à ce moment que l'on fait notre petit numéro de Papy et Mamie très fatigués, de vélos trop lourds et d'un soleil qui chauffe trop, dans l'espoir d'obtenir un carré de pelouse pour planter la tente. Malheureusement notre comédie n'est pas de nature à émouvoir notre interlocutrice et nous sommes prêts à jeter l'éponge, lorsque Lili arrive. Nous décryptons aussitôt chez elle une pêche d'enfer, l'enthousiasme d'échanger avec des étrangers, et un penchant pour l'entorse aux règles qui n'ont pas de sens, d'autant plus qu'il n'y a personne sur le domaine. Elle nous installe, nous prépare à manger et nous abreuve de questions tout en nous racontant la vie cubaine. Son fils médecin, parti depuis quelques années en mission au Vénézuela dans l'espoir de faire un peu d'argent, se retrouve dans un situation plus précaire que s'il était resté au pays et dans l’impossibilité de revenir.

En route vers Bahia Honda où nous faisons la connaissance de Lili 

Retour à l'intérieur du pays pour visiter l'inévitable Viñales. Sa proximité avec la Havane, ses buttes calcaires aux formes arrondies et couvertes de végétation appelées Mogotes, ses producteurs de tabac et sa végétation luxuriante, ont fait de Viñales en quelques années un lieu de passage incontournable à Cuba. Pour nous ça commence plutôt dans la douleur lorsque Janine s'aperçoit, à quelques kilomètres de Viñales, qu'elle a perdu son smartphone. Après pas mal d'allers et retours dans l'espoir de dénicher sur le bas coté ce malotru qui s'est permis de sauter de son réceptacle situé sur la potence du vélo, nous déclarons forfait. Adieu photos, contacts, et autres applications de guidage. On réalise alors, légèrement désappointés, que c'est un peu de Janine qui est resté sur le bord de la route ou dans la poche d'un cubain. C'est fou comme ces engins sont devenus une extension de nous mêmes.


Découverte des Mogotes en arrivant sur Viñales quand Janine avait encore son portable. 

C'est décidé, nous oublions l'incident et profitons du site qui parait très sympa. Nous sommes parfaitement installés pour deux jours chez "El Rubio", que nous avons rencontré sur la route et qui nous a aussitôt proposé un tarif défiant toute concurrence pour loger chez lui. C'est la grosse ambiance à Viñales. Dans la rue principale les bars à cocktails se suivent, les terrasses sont animés et ça et là, la salsa cubaine vous invite à partager ses rythmes en dégustant un mojito. Les maisons coloniales aux façades colorées apportent une touche supplémentaire à ce tableau de fête, et on se sent bien.

Ambiance garantie dans les rues de Viñales

Au programme du lendemain, balade à cheval dans la vallée de Viñales, visite chez un producteur de tabac et dégustation du "Coco Loco" au bord du lac. Au bilan, les carnes qui nous ont promenés n'avaient, les pauvres, rien de l'élégance d'un cheval et le "Coco Loco" au bord du lac était, comme nous l'imaginions, un attrape touristes. Par contre nous avons adoré la visite chez le producteur de tabac et avons découvert avec intérêt tout le processus de production, du semis à la confection du cigare.

Balade dans la campagne de Vinuales 
Et découverte de production du tabac, de la plantation à la fabrication du cigare 

Pour rejoindre Cayo Jutias sur la côte nord, une belle partie de manivelles nous attend, avec de superbes paysages au milieu de la végétation luxuriante de la vallée de Viñales et la Sierra de los Organos. Cayo Jutias est une petite île sans habitations. On accède par un pont jetée surmontée d'une route complètement défoncée sur une bonne vingtaine de kilomètres. Un petite île, pas d'habitations, une route défoncée, on se dit que c'est l'endroit idéal pour se faire un petit bivouac à la Robinson Crusoé sur une plage déserte. Ça c'est la théorie! La réalité c'est que la route est vraiment défoncée, que la plage au milieu de la mangrove est superbe et sauvage, mais que le site, à 1h30 de Viñales en voiture, est une destination à la journée pour toutes les agences touristiques de Viñales. Le genre venez vivre l'aventure dans un petit paradis isolé du monde. Non seulement il y a du monde mais la préservation de l'environnement n'est pas encore la qualité première des cubains et nous avons droit aux bouteilles de sodas, bières et autres emballages courants sur les plages. Heureusement les quelques kilomètres de l'archipel nous permettent de trouver un coin sympa sous les arbres à dix mètres de la mer. Il n'y a plus qu'à attendre que les minibus et autres taxis ramènent les touristes à Viñales et à nous la tranquillité avec bivouac, feu de camp et coucher de soleil pour une soirée de rêve, même pas embêtés par les moustiques.

Après le franchissement de la Sierra de los Organos et ses belles pentes, descente sur la mer et accès à l'île par le pont jetée.
Découverte de la jolie plage de Cayo Jutias 
Un peu occupée par les touristes  
Mais nous réussissons tout de même un très joli bivouac 

En partant de Cayo Jutias nous avons dans le viseur Punta Colorada, un autre site qui nous semble bien sauvage. Il nous faudra d'abord passer par Mantua où nous arrivons sur les rotules, après 75km de zigzags entre les nids d'autruche d'une voie mi-piste mi-route complètement défoncée. Renseignements pris auprès de notre hébergeur Punta Colorada n'est pas la destination rêvée des Cubains. Trop isolée, trop sauvage, "no hay nada", il n'y a rien. Nous interprétons aussitôt que dans l'imaginaire de leur plage idéale, ce rien veut dire qu'il n'y a pas de paillote avec du rhum, pas d'hôtel ni de maisons d’hôtes. Bingo ! nous validons notre choix. Effectivement, à part quelques chevaux et cocotiers, il n'y a que nous sur cette langue de sable qu'il faut se gagner, une fois de plus, au terme d'une unique route en piètre état. Nous nous installons coté nord de la pointe qui bénéficie d'une petite brise bien rafraîchissante, et ramassons quelques noix de coco en attendant d'inspecter les fonds que nous flairons giboyeux compte tenu des tas de coquillages cassées sur la plage. Re-bingo! en une demi heure je sors de l'eau une bonne dizaine de grosses conques, et à nous l'apéro surprise du soir avec mollusques sautés à l’ail sur feu de bois. Parfois le voyage nous en donne trop!

Punta Colorada c'est ça! 
Une bonne soirée de plus 

La dernière destination avant de revenir à la Havane pour la fin de notre voyage se situe à l’extrême ouest de l'île. Le hameau de La Bajada se gagne au terme d'une longue ligne droite de 30km sans intérêt et au revêtement truffé de gros trous, mais la récompense est de taille. Nous sommes dans le parc national de Guanahacabibes et devant nous la mer des Caraïbes. De part et d'autre du petit hameau de La Bajada 75km de littoral complètement sauvage s'offrent à nous dans la baie de Corrientes avec des fonds comme on les aime. Quatre jours devant nous pour explorer cette superbe côte et profiter un maximum avant notre retour. Nous nous installons chez "La Flaca", une petite maison sans prétention, mais notre porte à double battant donne directement sur la mer et c'est ce qui importe. Nous préparons dans le détail le programme de ces quatre derniers jours qui pourraient être le point d'orgue de ce voyage lorsque nous apprenons la plus triste des nouvelles. Jean, le papa de Janine vient de décéder. La suite sera une course contre la montre victorieuse, pour rejoindre la Havane dans la nuit et prendre un vol de retour le lendemain.

La vue depuis notre chambre de la côte qu'on ne fera pas et un dernier sourire sur le Malecon malgré la tristesse.