Carnet de voyage

Mon premier voyage en Inde du nord

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27 étapes
2 commentaires
Par PJA
Je suis mon propre organisateur de ce voyage qui est plus un voyage d'imprégnation qu'un voyage touristique. Aussi y trouverez-vous plus des impressions et des réflexions qu'un album d'images.
Du 28 août au 12 novembre 2019
11 semaines
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Les formalités d'entrée en Inde à l'Indira Gandhi International Airport (IGI) ont été sans attente et assez rapides, c'est la suite qui a été un peu perturbée par la non réception de ma valise en soute. Il faut dire que l’avion de Paris à Francfort, un des 2 hubs de Lufthansa (l’autre étant Munich) avait une heure de retard au départ. Comme j’avais une heure pour changer d’avion, cela devenait un peu juste. Heureusement il a rattrapé un peu son retard ce qui m’a permis, en cavalant dans les couloirs du terminal de prendre l’avion pour Delhi qui, lui, était à l’heure. La valise,elle, n’a pas cavalé.

Je confirme ce qu’on lit dans les guides : toute démarche administrative devient vite pénible. Je me trouve devant le comptoir de réclamation et là un petit ballet se produit avec plusieurs agents qui vont, viennent, se parlent et je repère le chef. Je crois être dans une file d’attente mais il n’y en a pas. Zut le chef s’en va, les autres un peu perdus tentent de répondre à la petite foule qui n’a pas reçu son bagage. Ah le chef revient et par chance je me trouve en face de l’endroit ou il revient, l’indien qui a cavalé comme moi dans les couloirs de Francfort a moins de chance, le chef le renvoie en fin de l’amas qu’il interprète comme étant la file d’attente. Ouf mon bagage est dans sa liste, il remplit un reçu et note l’adresse à Naggar ou il faut envoyer la valise. Je lui dit que je vais peut-être revenir demain car je suppose que ma valise va prendre le même avion mais +24. Il me donne un numéro de téléphone où appeler si je désire prendre moi-même la valise.

Je sors du terminal et tente de commander un Uber. J’ai une connexion grâce à une option Sosh à 29€ que j’ai prise avant de partir. Parfait je trouve un Uber pour presque rien (moins de 5 euros) pour aller à mon hôtel qui ne se trouve pas très loin de l’aéroport (Aerocity), il est 2 heures du matin. Hélas le paiement Paypal n’est pas accepté et je n'en ai pas d'autre sur Uber. Plan B trouver une compagnie en slalomant à travers une foule de chauffeurs au sourire édenté qui proposent leur bagnole. J’arrive à un stand qui a l’air sérieux, je dis ou je veux aller à l’agent de faction, il rédige un bon et me voilà parti dans un vieux taxi avec un chauffeur qui m’a l’air bien sympathique. Il me demande si je veux la clim… Je ne pensais pas que c’était une option avec la chaleur humide étouffante (dans les 35). L’air frais est le bienvenu. J’ai choisi un petit hôtel au-dessus du minable sur le papier, c’est juste pour dormir, et l’adresse est "à côté d’une joaillerie" dont ils donnent l'adresse. Impossible de trouver l’hôtel sur Google Maps, pas grave je suis avec un chauffeur sympathique qui sait où il va, j’ai branché Google Maps juste pour suivre. Hélas... au bout d’un moment il se retourne et me demande, c’est où ? On m’a déjà fait le coup donc je suis à peine surpris, bon je programme la joaillerie et là c’est bon, Google connait. Je comprends pourquoi l’adresse la référence. Je lui lui fais faire demi-tour, il est allé trop loin, et je l’arrête au supposé endroit. Point de joaillerie, mais j’en ai marre, je le paye et je descends du taxi, il se sent à peine gêné de me laisser sans être sur de m’avoir conduit au bon endroit. L’Aérocity, quel beau nom pour un endroit proche du minable pour un occidental. Des trottoirs inexistants ou terriblement accidentés, on ne risque pas de marcher en regardant en l’air. Finalement je traverse et trouve une boutique crasseuse avec un panneau "Jowelry " Bingo. A côté une petite ruelle qui, si les bâtiments n’étaient pas en dur fait penser à l‘avenue principale d’un bidonville, remonte un peu.

Point d’hôtel. Je suis allé trop loin dans le bidonville. Je reviens sur mes pas et trouve une porte vitrée qui pourrait faire penser à un hôtel "cheap". Je rentre et demande à l’employé de nuit si c’est bien mon hôtel et c’est bon. Là commence une formalité et comme d’hab (ça y est je suis devenu un habitué des formalités) il va, il vient, il me demande mon passeport qu’il photocopie il ouvre un registre, le ferme puis le ré-ouvre et me fait remplir une ligne d’information sur moi avec 2 signatures. Il me fait payer les 1400 Rs prévues (17€), booking.com n’a pas encaissé ma ecarte bleue que j’annulerai ensuite par sécurité. Il va et vient encore et je craque un peu, il est 3 heures du matin (bon que 11h30 à Paris donc c’est ok pour moi) finalement il me tend la clé, un litre d’eau minérale fraîche (très important en Inde, on vérifie toujours d'entendre le "click" en ouvrant la bouteille) et appelle un employé qui ne fera que regarder l’écran de son smartphone (tout le monde (sauf les très pauvres) en a un ici), en me conduisant à ma chambre. La clim fonctionne, et un grand ventilateur aussi, il est 3h40 et je n’ai pas sommeil. La chambre est quelconque mais le lit est confortable et les draps propres, j’ai connu pire. Le lendemain après la douche je m’apercevrai qu’il ‘y a aucune serviette pour s’essuyer. Le T-shirt qui faisait partie du petit package « offert » par Lufthansa pour dédommager, fera l’affaire.

J’ai dormi jusqu’à 10h. Vu la qualité de l’hôtel, je n’ai pas envie de demander un petit déjeuner. Mission du jour : décider si je reste un jour de plus avant de partir pour Naggar, mon camp de base, avec ma valise (avec le risque qu’elle n’arrive pas par le vol suivant). J’ai demandé conseil à Gillou, mon futur hôte de Naggar, qui m’a donné l’adresse exacte pour la livraison mais m’a laissé décider. Pour lui la valise peut mettre 2 à 3 jours mais elle finit par arriver. J’ai quand même une petite préférence de rester un jour de plus, pas dans le même hôtel bien entendu. Mais je doit changer ma réservation du Bus pour Manali. Me voilà parti pour l’«Himachal Pradesh Tourist Development Corporation » HPTDC ou je dois prendre le bus normalement le soir même. C’est près de la station métro « Mandi House». Mais le métro ne passe pas par l'Aérocity. Il faut prendre le métro express jusqu’à Delhi. Je pourrais prendre le taxi mais j’aime bien me débrouiller seul. Je n’ai pas trouvé d’endroit suffisamment « convenable », pour un intestin de français tout juste débarqué, pour prendre un petit déjeuner. Je ferai donc l’impasse. Toujours grâce à Google Maps je parviens à la station après un parcours épique entre piétons, motos, voitures tout ça mélangé et allant dans tous les sens. Bon les feux rouges, s’ils sont logiques, sont respectés. Comme dans les pays où la signalisation fait office de décoration c’est le klaxon qui est le langage principal entre conducteurs, j’ai un peu décodé le code :

- 2 ou 3 petits coups : attention je suis là et j’ai l’intention de passer

- Plus de coups insistants : je passe garez-vous

- Un coup continu : je sais que c’est juste mais je passe quand même, advienne que pourra.

Je n’ai jamais vu de colère ou d’impatience, je pense que l’Inde c’est le pays de la patience infinie (j’exagère c’est sûr).

L’express IGI est une pure merveille de propreté, de confort de d’information voyageur. Bien supérieur à ce que j’ai vu ailleurs. Il faut passer un portique et une palpation électronique (l’Inde est un pays en guerre) avant de le prendre. J’ai essayé d’obtenir des informations au chef des guichetiers, il y a deux guichets mais si on va là ou la file d’attente est petite on n’obtient rien d’autre que « allez à l’autre guichet". Mais comme je n’ai pas voulu ré-entamer un cycle d’échange administratif je me suis contenté de demander un aller pour Delhi. (au passage j’ai perdu le cache de mon appareil photo dans le tapis roulant de sécurité, que je viens de commander sur Amazon pour moins de 3 euros, mon premier achat sur Amazon Inde). Le billet est un jeton que l’on plaque sur le portique pour passer, et que l’on glisse dans une fente en arrivant. C’est intelligent car ils utilisent ainsi le même récepteur (RFID pour les connaisseurs) que pour les personnes munies de l’équivalent passe Navigo. C’est vrai qu’ils n’ont pas l’historique du ticket de métro à gérer. Pour 60 cts on parcourt en quelques minutes, et 3 arrêts à peine, les 22 kms qui séparent l’aéroport du centre de Delhi. Je descendrai à l’avant dernier arrêt l’ONGC Shivaji Stadium pour chercher la correspondance de la Blue Line qui doit m’emmener à Mandi House. Il s’agit d’un kilomètre environ parcourus à pied dans une chaleur étouffante. Mais avant je dois me restaurer, mon estomac n’arrête pas de réclamer son du. Je repère dans le métro même un petit restaurant de midi cosy et climatisé. J’ai besoin de me poser de temps en temps. Un petit aparté sur les mesures de distance, l'Inde est au système métrique, il ne sont pas resté au système impérial (miles-yards-inch) utilisé par les anglo-saxons. C'est plus commode.

L’esprit de service est là et un poulet tikka Massala arrosé de coca light plus tard, je reprends la route (très bon mais un peu cher (14€)). Sur la route de la correspondance je me dis que pour quelqu’un qui aime le dépaysement je suis servi, suis-je bien sur la planète terre ? Le moderne côtoie le pauvre, des jeunes et des vieux sont allongées par terre, attendant je ne sais quoi, voient passer des hommes d'affaires, mais il y a très très peu de mendiants. Beaucoup de petits vendeurs (j’ai acheté 2 bananes plus tard à une femme assise par terre au milieu de ses bananes pour 12 cts pièce, ici, à Naggar, elles coutent 7 cts chez le vendeur de fruits et légumes. La circulation (sur une grande artère de Delhi) est hiératique, certains véhicules circulent à contre-sens sans que cela ne choque personne. Des piétons partout y compris sur la route ou certains slaloment entre les voitures pour tenter d’atteindre l’autre côté, les passages piétons sont marqués sur la route, ils ont sûrement une fonction, mais plutôt décorative. Le métro est aussi nickel que l'express IGI, bien que l’entrée ne soit pas si facile à repérer. Le prix dépend de la distance, et il faut acheter son jeton à chaque fois. 12 cts pour aller à Mandi House à 2 arrêts. Le bureau HPTDC est assez facile à trouver, il faut quand même demander. Mais déception le billet n’est pas échangeable. Comme je ne suis pas en mode tourisme et que j’ai besoin de fraîcheur je décide de retourner à l’aéroport pour bien leur préciser l’adresse que ma donné Gilbert. Il me sera impossible de rentrer dans le Hall. Seules les personnes en partance et celles qui arrivent peuvent circuler dans le Hall. Après des échanges cordiaux mais impatient quand même je me fais dire que je dois téléphoner à tel numéro pour toucher la personne qui gère les bagages. Heureusement c’est le même numéro que m’a donné le fameux chef. Je dis que je n’ai pas de crédit téléphone (j’en ai un peu quand même) et le militaire de faction me désigne un téléphone fixe en libre service. Et voilà que commence un cycle d’échanges administratif mais au téléphone. Interruption, explications incompréhensibles, demande de rappeler plus tard, mise en attente, raccrochage au nez, plus de décrochage, Une heure plus tard devant ma mine déconfite, le militaire décide de m’aider, il téléphone et me tend le téléphone et là je vis un vrai miracle, non seulement je comprends tout ce qu’il me dit, mais lui aussi prends bien et note tout ce que je lui dis. Je ne partirai pas sans avoir chaleureusement (peut-on faire autrement ici en cette saison ?) remercié le militaire.

Le retour à Mandi House se fait sans problème. J’ai même envie de rester dans la rame de métro pour profiter de la fraîcheur mais je ne suis pas sûr de pouvoir revenir en arrière sans avoir à payer une amende pour avoir dépassé mon arrêt. Connaissant le coin à présent je trouve facilement le bus pour Manali. Je suis en avance mais pas tant que cela finalement. Le temps de m’acheter une bouteille d’eau fraîche, de me soulager aux toilettes propres du départ et me voici installé aux premières loges (je regretterai plus tard cette vue imprenable sur le terrain de jeu du conducteur), je n’ai pas ou peu fermé l’œil. Le départ est prévu à 18h30 et l’horaire de départ sera respecté. Mais il faudra 4 heures pour s’extraire de ce que je comprends être la grande banlieue de Delhi. Seulement 68 km de fait depuis Mandi House après 4 heures de bus. L’autoroute (on peut l’appeler ainsi puisqu’il y a un terre plein central et des péages) est semée d’embûches. Outre les nombreux bouchons, des nids d’autruche, des manques de goudron, des bosses de goudron surement déposées un vendredi soir, des groupes de piétons qui traversent obligeant le bus à freiner voire s’arrêter pour laisser passer le dernier timide qui finalement ne passera pas, des vaches ruminant sur le terre plein, des voitures et motos à contre-sens, des rickshaw pour 3 personnes chargées à 8. Evidemment comme à Delhi et le reste de ce que je connais de l’Inde, tout marche au Klaxon. D’ailleurs, des fois que le conducteurs oublierait, derrière tous les véhicules utilitaires, il est inscrit « Blow horn » et plus bas « use dipper at night ». Cela mérite une explication : Je croyais au départ que dipper voulait dire appel de phare et je ne comprenais pas pourquoi ils klaxonnaient autant le jour que la nuit. c'est vrai mais il y a une astuce.

Voilà l’explication : ce message est issu du marketing conjoint entre TCI (Transport Corporation of India) et TATA motors pour réduire la transmission du virus VIH en Inde par les chauffeurs de camions. Tata commercialise aussi une marque de préservatifs appelée Dipper. Le message est clair, Klaxonne le jour mais protège toi la nuit quand tu t’arrêtes pour soulager tes glandes sexuelles. Le matraquage opère, à chaque fois qu’un véhicule double il voit ce message derrière le camion. Evidemment il n’oublie jamais de klaxonner mais je ne sais pas s’il oublie de mettre son préservatif quand il s’arrête. Tata a bien joué car sur tous les camions même pas Tata, la pub Tata est faite. Je pense que tous les compétiteurs fabricants de préservatifs ont fait faillite.

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Deux employés HPTDC sont à bord du bus. Le chauffeur et le steward. Par chance il n'y a personne à côté de moi, ce qui me permet de prendre mes aises. Le bus est climatisé, en cours de route le chauffeur s'arrêtera pour aller toucher quelque chose à l'arrière et reviendra les mains pleine de cambouis. Je pense que c'est la clim, car avant qu'il ne descende je constate qu'elle ne recrache que de l'air. Pas bien grave, la nuit est tombée depuis longtemps et il ne fait pas très chaud. La conduite en Inde peut se résumer ainsi :

  • Je me signale aux autres avec plus ou moins d'insistance ce qui montre ma détermination (j'ai déjà parlé du klaxon)
  • Je déploie tout mon art, c'en est un, pour éviter toute collision, y compris avec un animal. Bon je crois que les chiens, notamment, sont un peu plus prudents ici qu'ailleurs, ils répondent très bien au coup de klaxon.

Le bus marque un premier arrêt dans ce qui peut s'appeler une aire d'autoroute. Il y a un self dont j'examine de près les plats exposés. Mon poulet Tikka est digéré depuis longtemps mais je ne veux pas trop manger en cas de mal de mer. Le clapot et le roulis qui s'ensuit sont quand même importants, bien que le bus soit très confortable. Comme j'hésite un jeune derrière moi me conseille une espèce de boule frite avec un truc dedans que je ne parviendrai pas à identifier mais c'est bon, végétarien et pas trop épicé. Il parait que c'est le petit déjeuner traditionnel en Inde. Je m'assois à sa table sur son invitation et nous entamons une discussion sur l'Inde. Il en est fier, c'est un pays qui bouge, de grands progrès sont faits. Il me dit être consultant en ingénierie civile.

De nos échanges me vient l'idée que ce qui différencie l'Inde de l'Europe c'est la spiritualité. Pas vraiment la religion et son impact sur la société, il me semble être moindre ici que dans les pays ou l'islam est aux commandes, encore que le nouveau gouvernement Modi pousse la laïcité de la gouvernance dans ses derniers retranchements, mais la prise en compte dans la vie de tous les jours de toutes ces énergies subtiles canalisées par tel ou tel "dieux". Ganesh un dieu de l’hindouisme représenté par une tête d’éléphant est très présent en Inde. C’est le dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence. Il y a un petit autel dédié à Ganesh dans ma chambre. Certes les invectives inter-religions existent, l’hindouisme se défend pour garder son influence, mais derrière cette façade se joue une autre réalité, celle d’une meilleure connexion des indiens avec le subtil. Ce matin une discussion avec mon hôte tournait autour de l’utilisation de l’intuition dans la conduite de tous les jours, et il me disait que particulièrement les chauffeurs de métier, les chauffeurs de bus notamment, faisaient énormément fonctionner ce 6eme sens. N’est-ce pas la preuve que cela fait partie de leur vie ? Je l’ai constaté en route vers Naggar, le bus qui va plus vite que tous les autres véhicules double tout le temps. Je l’ai vu doubler sans visibilité dans les virages en croyant que lui voyait mieux que moi et si c’était tout simplement cette intuition en action ? Ces derniers mots pourraient faire peur aux futurs voyageurs, mais non il se trompe des fois et il est arrivé de se trouver nez-à-nez avec des véhicules en face. Pas de soucis, pas de panique non plus et pas d’énervement. Tout est cool, l’autre véhicule, selon la deuxième loi de la conduite en Inde fait tout pour éviter et s’il n’y arrive pas s’arrête et le bus se range. Tout va bien on n’est jamais à plus de 60km/h dans ces endroits critiques. Ce n’est pas comme en France ou se réfugiant derrière un code on va invectiver, voire insulter l’autre parce qu’il n’a pas respecté le code et se sachant dans son droit on va peut-être provoquer une collision. Le premier qui klaxonne a la priorité ensuite à tout le monde d’éviter les collisions. Comment, sauf à avoir un klaxon en panne, ne pas respecter un tel code ? D’ailleurs certains, le bus notamment, a plusieurs klaxon, un plutôt sympathique, et un autre tonitruant, certains mettent un klaxon italiens a 4 ou 5 tons. Il faut certes pratiquer pour y arriver et on trouve des voitures qui vont lentement sans doute par manque d’expérience. Il y a des voitures de toutes conditions et il y a beaucoup de voitures neuves sur lesquelles je n’ai pas beaucoup vu d’accrochages, leurs carrosseries sont en bon état. A propos de voitures ici en Inde c’est Suzuki qui règne en maître. C’est énorme, bien plus que Renault et Peugeot réunis en France. On voit aussi un peu de Toyota, de Honda et encore moins de Ford.

Le conducteur de mon bus connaît bien son affaire. Il conduira efficacement pendant 8 heures environ avant de céder sa place à un autre qui montera dans un village alors que le premier descendra. Il sera tout aussi efficace. La route est sinueuse entre Chandigarh (la ville entièrement dessinée par Le Corbusier, une curiosité à voir, que j'ai visité voir plus loin dans ce carnet de voyage) et Mandi et ensuite ça tourne environ jusqu’à Bajaura, la route est très belle ensuite, bien que grignotée par les assauts de la tumultueuse rivière Béas. Les sièges sont inclinables presque à l’horizontale il suffit de s’entendre avec la personne placée derrière, moi il n’y avait personne. Mais je ne l’ai pas incliné longtemps, je préférais somnoler en position relevée, toujours ce mal de mer à maîtriser. Autour de moi les passagers dormaient et ronflaient même. On sent que pour ces habitués les filtres anti-klaxon, anti-roulis et anti-tangage sont en place. Je suis un novice et c’est vrai que c’est moins cool que l’autoroute A6 en bus.

On est arrivé vers 8h30 le 29 à PatliKhul un village marchand en bas de Naggar (5 km environ). On était quelques-uns à descendre ici mais apparemment personne n’allait à Naggar. Cela fait 14 heures de bus couchette. J’ai du sommeil en retard certes mais le bus est confortable donc je ne me sens pas si fatigué. A l’arrivée un groupe de taxis mal garés, et des Rickshaw à côté attendent le client. J’en suis un et me voilà parti, dans une petite Suzuki bien entendu, à l’assaut de Naggar. Ca monte dur et ça tourne. La course est annoncée en bas à 200 Rs et payable, avec l’excuse que je vais dans le haut de Naggar, à 300 Rs. J’ai commis l’erreur de ne pas avoir assez de monnaies et comme le dit le guide, les chauffeurs de taxi n’ont jamais de monnaie. Pour ne pas le payer moins je lui laisse 500, il est agréablement surpris me laisse son numéro de téléphone et nous convenons que j’ai un crédit de 200, mais j’ai déjà fait une croix dessus. Bon 500 Rs ne font que 6 euros, je ne suis pas ruiné.

Je suis bien accueilli par Gilbert que je rencontre après plus de 2 ans d’échanges épistolaires. Il est vraiment sympa, nous échangeons, en français bien sûr, tous les jours sauf hier car il a assisté à la crémation d’une personne agée de la famille de ses gendres près de Shimla. 16 heures de voiture. 8 heures aller depuis 1 heure du matin, 8 heures retour à 22h hier soir, l’infrastructure routière a une bonne marge de progression. On le voit ici avec sa femme une indienne qu'il a épousé il y a 40 ans et une de ses fille, celle qui l'aide ici. Elle vient de se faire opérer à Chandigarh d'une hernie disquale (33 ans un peu jeune pour cela).

Il me présente 2 chambres, me laisse le choix car c’est la morte saison entre les vacanciers européens qui sont partis et les vacanciers indiens qui ne sont pas encore arrivés. Les grandes festivités pour les Hindous et les Sikhs (Diwali qui fête les lumières – retour du dieu Rama et son épouse Sita après leur combat victorieux contre le démon Ravana) en Inde commencent le 8 octobre cette année. Les indiens en profitent pour se mettre au vert et prennent quelques vacances. La vallée de Kullu est de plus en plus prisée des indiens.

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Mon premier repas à Naggar plutôt français et mon bureau/table

Je suis donc à Alliance Guest House. Le prix est très raisonnable à 800 Rs par jour (moins de 10 €) avec salle de bain privative. Je prends en général 2 repas, petit déjeuner et dîner le plus souvent. Si je ne prends pas de viande je m’en tire pour 500 Rs (6 €) en moyenne pour ces 2 repas très bien confectionnés. J’en ai pris une fois depuis les 5 jours que je suis là, le plat est à 400 Rs. Un déjeuner avec Viande m’a coûté 550 Rs à PatliKhul soit 2 fois moins cher qu’à Delhi. Je n’ai pas pris une goutte d’alcool depuis l’avion. Je m’y fais bien ce qui prouve bien que je ne suis pas intoxiqué à l’alcool. Naggar est le pays de la pomme, les arbres croulent littéralement sous leur poids et je bois mon jus de pomme maison tous les matins à présent. Le premier jour je n’ai pas beaucoup bougé. Un peu dormi, puis j’ai déjeuné d’une salade de tomates aux oignons, un plat de 2 œufs avec patates et tomates à l’ail est une salade de fruits maison (voir photo ci-dessus). C’était vraiment très bon. Puis je suis allé me dégourdir les jambes, repérer les lieux, voir l’entrée du musée mémorial Nicholas Roerich. Il fait nuit très tôt ici. Le soleil, quand il est là, disparaît à 18h derrière les montagnes et à 19h il fait nuit noire.


Au passage j'ai pu photographier un écureuil indien. Ils sont nombreux à Delhi, et dans le reste de l'Inde je crois, mais je n'ai pour l'instant vu que ce spécimen ici.





Le deuxième jour, donc le 30, la valise est arrivée. Ils ont fait vite. Ils ont payé un porteur qui a dù passer la nuit pas trop loin d'ici, à Kullu je pense, puisqu'il est arrivé assez tôt. Je suis ensuite allé visiter le mémorial Nicholas Roerich. Il y a plusieurs endroits à voir, sa maison, qui est assez grande et ou tous ses objets on été préservés à l’intérieur. On regarde par les fenêtres. Le plus intéressant à voir sont bien sûr les tableaux, beaucoup de ceux qui concernent l’Himalaya sont ici, mais la galerie est assez petite. Les tableaux sont de petits formats. Les plus grands sont à New York que j'ai visité l'an dernier. A visiter les musée de Saint-Pétersbourg et International Center of the Roerich’s de Moscou qui en renferment pas mal selon Gilbert.

On parle des Roerich car c'est toute la famille qui se manifesta dans la première moitié du 20eme siècle. Nicholas (1874 - 1947) et Elena (1879 - 1955) (On les voit représentés dans le photo ci-dessus peints par leur fils Svetoslav devenu peintre) ont formé un couple solide. Lui occupait en général le devant de la scène ( il a entre autre réussi à imposer à de nombreux chef d'état dont Roosevelt la signature du Roerich Pact pour la préservation des œuvres culturelles même en temps de guerre une sorte de croix-rouge de la culture). Son épouse Eléna philosophe, écrivaine et ésotériste a œuvré pour l'établissement la création et l'établissement d'une branche du Yoga, l'Agni Yoga. Ils ont tous les deux activement participé à deux grands mouvements philosophiques traditionnels : la Société Théosophique dont Elena Petrovna Blavatsky fut le porte-drapeau et l'AMORC (Ancient et Mystique Ordre de la Rose-Croix) qui commença son cycle moderne en 1909 sous la houlette de Harvey Spencer Lewis à Sans José Californie. Son premier fils Georges avec lequel il fit ses grandes expéditions en Asie centrale, est devenu un "tibétologue" distingué et a dirigé l'Urusvati Institute.

Il y a donc aussi l'Urusvati Institute à voir un peu plus haut dans le domaine. Ce centre de recherche Urusvati créé par les Roerich et fonctionna sous la patronage de célébrités comme Jagadish Chandra Bose un grand professeur indien, qui forma un autre Bose (Satyendra Nath Bose) qui n’était pas de sa famille. Les scientifiques connaissent mieux ce deuxième Bose puisque ses recherches, rejetées dans un premier temps par l’académie des sciences (c’est qui cet indien même pas docteur, qui veut jouer dans la cour des grands ?), fut accueillies les bras ouverts par Albert Einstein (il les traduisit en allemand) qui non seulement les reconnues comme justes, même Bose après son rejet avait des doutes sur ses calculs, mais lui furent profitables pour poursuivre certains travaux qui aboutirent à la théorie du condensat de Bose-Einstein qui, pour aller vite, est un état quantique particulier de mise en cohérence d’un groupe d’atomes qui, depuis cette découverte, se nomment des bosons (vous avez peut-être entendu parler du boson de Higgs révélé par le calcul en 1964 pour expliquer certain résultats expérimentaux sur les interactions faibles (au cœur du noyau atomique) et expérimentalement prouvé en 2012 au CERN à Genève) . Les suites de ces découvertes théoriques ont permis le développement du laser à atomes ou des travaux sur la super fluidité de l’hélium liquide. Et les recherches continuent toujours aujourd’hui dans ce domaine. Mais à l’époque de Bose, tout cela n’était que calcul théorique. L’autre patronage est celui du grand poète indien Rabindranath Tagore beaucoup plus connu. Je connais par cœur cette citation « je dormais et je rêvais que la vie n’était que Joie, je m’éveillais et je vis que la vie n’est que service. Je servis et je compris que le service est Joie » et j’aime assez celles-ci « il est des grands conseils comme des médicaments, les plus amers sont les meilleurs » (vous avez certainement entendu son corollaire dans la grande vadrouille : « vous aimez ce qui est bon … c’est très mauvais » dite par la sœur infirmière en palpant le foie de l'aviateur anglais) ou celle-là « si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors ». Ce centre Urusvati a poursuivi des recherches en archéologie, botanique/pharmacologie (les américains financèrent Roerich pour qu’il aille à la recherche de plantes médicinales dans les contrées éloignées d'Asie centrale, lui en profita pour chercher autre chose mais c'est un autre sujet dont je parlerai peut-être dans un autre article), ethnologie, linguistique, géologie, entre autres. Parmi les conseillers et les membres permanents on trouve Albert Einstein, Louis de Broglie, Robert Millikan, et bien d’autres célébrités. Ce lieux attire "beaucoup" de russes, j’en ai croisé, c’est normal, Nicholas Roerich était un russe d’origine qui n’a pas pu retourner dans son pays à cause du communisme (pour aller vite). Et ce mémorial a été conjointement financé par les indiens et les russes. C’est un endroit reposant, propice à la méditation. En plus de cela ce jour-là je n’ai croisé que 2 ou trois touristes dont une russe. Il faisait beau, pas trop chaud.

La Maison des Roerich vue imprenable sur la vallée 
Sa dernière oeuvre  (1947) inachevée à gauche et une de mes préférées "The song of Shambhala" 1943 à droite  
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Cette petite bourgade le long de la Beas n’est pas du tout touristique. Un petit marché assez sympathique, on y trouve des vêtements et autres gadgets utiles, ou pas, je commence à m’habituer au fouillis mais pas encore au manque de respect de l’environnement des indiens, mais ça évolue dans le bon sens, des poubelles existent ça et là et on sent une plus grande retenue se mettre en place.


PatliKuhl est un arrêt obligé de tous les bus qui vont et viennent dans la vallée, il y en a beaucoup puisqu’ici aucun train ne circule. Le réseau ferré se développe mais on voit bien sur cette carte que les états du nord ne sont pas (encore ?) équipés. Certes c’est la montagne mais les suisses aussi ont la montagne et les trains circulent. Toujours cette marge de progression.




Le trajet à pied, pourtant en descente, par la route sinueuse est un peu éprouvant (un fort dénivelé, pas de trottoirs et pas mal de trafic). Heureusement ils klaxonnent, mais ça vous le saviez déjà. Je n’ai pas repéré un trajet direct (1 km avec un très fort dénivelé) sans voiture que m’a indiqué Gilbert. A essayer contre les 6 km environ par la route « normale ». Je suis encore étonné par la précision avec laquelle ils se croisent. Ça passe à quelques centimètres mais ça passe toujours. Les chauffeurs de taxis et de rickshaw (voir photo plus bas) sont de véritables artistes. Là ou je ralentirais pour attendre un passage, ils klaxonnent et avance, puis le passage se fait sans qu’ils aient eu à freiner. Tout est question de détermination et d’intention posée, mais ne suis-je pas en train d’énoncer un principe vital ? Le meilleur moyen d’obtenir ce que l’on veut n’est-il pas d’avancer avec détermination sans trop anticiper les problèmes qui se dissoudront bien le moment venu ? Il existe des livres sur le sujet de la « puissance de l’intention » Et cette vidéodont la minute 21 à 22 pointe exactement la cas de mon chauffeur de taxi développe assez bien je trouve le sujet de l'intention et de la détermination. Elle est un peu longue, c’est vrai, mais elle est bien faite et pointe bien tous les dysfonctionnements qui peuvent nous faire échouer lorsqu'on en manque.

Cela me donne l’occasion de comparer France et Inde dans la façon de vivre. On le lit ça et là que nous étouffons derrière un nouveau principe, qui existe je pense depuis le scandale du sang contaminé, qui est le principe de précaution. Je ne sais pas comment cela s’est mis en place mais je trouve ce principe absurde et bloquant. Il est vital de prévenir et je suis bien sûr pour la prévention des risques, « Use Dipper at night » est un bon principe de prévention par exemple. La prévention des risques psychosociaux, je connais un peu, est vital pour le fonctionnement des organisations car ces risques et bien d’autres existent et il faut les prévenir. Mais précautionneusement s’enfermer dans un monde aseptisé ou la mort même est un tabou est pour moi une aberration et un manque de savoir-vivre, une caution pour l’immobilisme. Evidemment en Inde et dans les pays émergents la notion même de précaution leur échappe, ils vivent tout simplement. N’est-ce pas là un point qui différencie les sociétés qui avancent vers le progrès parce qu’elles ont tout à gagner et celles qui se protègent de tout, même de risques imaginés parce qu’elles ont tout à perdre ? L’occident est décadent, de nombreux ouvrages paraissent sur ce sujet. Alors qu’à une époque l’Orient copiait l’Occident, ce n’est plus le cas et nous ferions bien d’ajuster nos politiques en nous inspirant de ce qui se passe en Orient.

Comme je n'avais pas trouvé d'ATM (Automated Teller Machine) à Naggar (j'ai trouvé depuis), j'en ai profité pour retirer de l'argent. ATM est le mot clé à utiliser en Inde, "Cash Machine", ils ne connaissent pas, et "Distributeur de billets" encore moins bien entendu.

Quelques aperçus autour et dans Patlikuhl



Lavage à l'eau courante, et même galopante.







Envie d'un poulet ? 2 euros



 De haut en bas et de droite à gauche : avenue principale - l'entrée nord- la deuxième rue principale - un marchand de légumes




Un troupeau de moutons et de chèvres a traversé la ville. Cela me donne l'occasion de vous parler un peu de la laine qui est, en plus des pommes, la production artisanale du coin. La région de Kullu est réputée pour la production de châles en Laine. On trouve trois sortes de laines dans la production de ces châles. Suivant la composition le châles coûte plus ou moins cher. Sur la photo on voit au premier plan une chèvre pashmina dont on a tondu le cou, on en voit d'autres derrière dont le cou n'est pas encore tondu. C'est avec les poils du cou qu'on fait la laine pashmina. Cette chèvre capable de vivre dans les hautes altitudes se protège du froid en créant un duvet très fin et très serré qui sert à produire cette laine très chère puisque une chèvre n'en produit que 300g maximum par an. la deuxième laine utilisée est la laine de brebis classique, on en voit sur la photo. Et la troisième est la laine Mérinos, je n'ai pas vu de mouton Mérinos. Mais il doit bien y en avoir quelque part.


En chemin j'ai pu admirer des agaves, je pensais que ces plantes, réputées pour donner de la Tequila au Mexique et le bon sirop qui sucre bien, ne poussaient qu'en Amérique et dans le pourtour méditerranéen, mais il y en a ici aussi et la longueur de la fleur est assez impressionnante.



Je suis remonté en Rickshaw pour essayer, mais pour à peu près le même prix (250) c'est beaucoup plus lent et remuant. Ces engins à 3 roues sont nettement moins rapides que les voitures et polluent beaucoup plus avec leur moteur 2 temps. Mon chauffeur avait un sourire (édenté) tellement communicatif et il respirait tellement le bonheur que je lui ai laissé 300 Rs.

Je dois noter ici que l'on est rarement sollicité pour consommer ou donner de l'argent. Les taxis demandent des fois mais sans insister. Généralement ils n'acceptent de l'argent qu'en échange d'un service ou d'un produit. Bon il paraît que je suis dans une région plutôt riche ou les gens vivent bien de l'agriculture notamment. Je veux bien le croire bien que l'on voit quand même parfois des personnes ne semblant pas rouler sur l'or. Ce sont souvent des travailleurs immigrés me dit Gilbert et ici les travailleurs immigrés viennent du Népal.

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Le jour suivant je suis beaucoup resté dans mes pénates. J'ai failli sortir vers midi mais il s'est remis à pleuvoir fort jusqu'à 16h. Je suis sorti après avec ma cape qui protège aussi le sac à dos. Je voulais faire mes exercices quotidien et je suis monté vers Rumsu, une toute petite bourgade au-dessus de Naggar. Puis quand le compteur a annoncé la distance minimum (en comptant le retour) que je m'impose, je suis redescendu et j'ai commandé mon dîner. Le matin du 3 Il s’est passé un phénomène de foudre assez rare, mais que je n’ai pas vu. Ceux qui connaissent Tintin et les 7 boules de cristal reconnaîtront. Certaines personnes ici l'ont vu et ils ont eu très peur car c’est peu courant voire inédit selon Gilbert qui ne l'a pas vu, il était à Shimla. Ils décrivent une boule de feu apparue juste après un éclair très fort (que j'ai entendu mais je me suis rendormi). La boule s’est dirigée vers les habitations, a tournoyé, les employés présents se sont mis à l’abri et ont vu la boule tourner plusieurs fois puis finalement se diriger vers un arbre qui a été coupé en deux. Il valait mieux ne pas se trouver sur son passage. Ils ont décrit le phénomène comme Hergé l'a dessiné (la fameuse boule dans Tintin qui finalement atterrit dans la vitrine ou se trouve la momie Rascar Capac et la fait disparaître). Je connais mes classiques.

Pas mal d'activités le jour suivant. Souvent ici en ce temps de fin de mousson, elle a commencé tard et a été assez dévastatrice, vous verrez quelques photos, il pleut la nuit ou au petit matin. Sur les conseils de Gillou (il est connu comme cela ici) je suis allé marcher dans la forêt mais en suivant un chemin de pierres, vers le temple dédié à Krishna qui se trouve sur une colline pas loin d'ici. Puis en suivant un autre petit chemin mais avec pas mal de marches d'escalier je suis redescendu en direction du centre de Naggar. On est à flan de montagne donc il n'y a rien de plat sauf un peu le centre de Naggar.

Krishna est un personnage central de l'hindouisme, Il n'est pas né d'une vierge enfanté par Dieu mais d'un cheveu de Vishnou qui est un membre de la divine trinité (Brahma, Vishnou et Shiva) C'est donc un avatar. Mais pas si simple. Il y a plusieurs traditions qui ne racontent pas toutes la même histoire sur Krishna. Retenons la plus solide celle racontée par la bible, pardon par le Mahâbhârata qu'un cinéaste mystique Peter Brook a eu le courage de filmer. J'ai vu le film il y a longtemps, ce n'est certes pas un blockbuster, mais si vous devez voir un film de ce cinéaste je vous conseille "rencontre avec des hommes remarquables" qui raconte la vie de Gurdjieff (racontée par lui-même dans un livre éponyme) que Peter Brook a connu je crois quand Gurdjieff vivait près de Fontainebleau. La Mahâbhârata forme avec le Râmâyana les deux grands poèmes fondateurs de l'hindouisme. Le Rama de Râmâyana (La geste de Rama) est un autre avatar de Vishnou. Attention Ramakrishna (les deux ensembles) est un mystique historique (1836-1886) qui a obtenu la libération durant sa vie. Il est à l'origine d'une mission dédiée à la charité et à l'éducation. Swami Vivecananda, un autre personnage célèbre en Inde a repris le flambeau de Ramakrishna.

L'équivalent de Ramakrishna pour les tibétains c'est Milarepa qui a aussi obtenu la libération durant sa vie, un film a aussi été fait sur lui (Nicholas Roerich a peint Milarepa). Mila Repa (Mila le déguenillé en tibétain) comme on le voit sur le tableau vêtu de guenilles. Nous on a Socrate et Diogène dans la famille des déguenillés mais on ne parle pas de libération, quoique ...

Donc pour revenir à Krishna, il est souvent représenté comme une joueur de flûte. La légende raconte qu'il avait toujours sa flûte avec lui, dormant même avec. Les "Gopis", adoratrices de krishna qui l'entouraient, étaient jalouses et finirent par demander à Krishna pourquoi il semblait les délaisser au profit de sa flûte ? il répondit : "Parce qu'elle est vide et que mon souffle peut la remplir" : à méditer. Voici, peut-être, le plus représentatif des tableaux de Krishna que Nicholas Roerich a réalisé. Il est visible à Naggar (voir ci-dessus).




Mais comme il est aussi visible à New York (voir ci-contre)je suppose qu'ici c'est plutôt un artefact, celui de NY est plus grand. Nicholas Roerich a largement été inspiré par Krishna puisqu'il en a fait plusieurs tableaux à des années d'intervalle. En voici trois de plus, ci-dessous, parmi ceux qu'il a peint.


 Krishna

Voici, ci-dessous, quelques photos du temple dédié à Krishna ici à Naggar. Cette structure de temple se retrouve un peu partout. Je n'ai pas trouvé de représentation de Krishna avec sa flûte. Mais j'ai peut-être mal cherché.

 Temple dédié à Krishna et la gardienne du temple. Je lui ai laissé une offrande et en échange elle m'a donné deux pommes. 

A Naggar je suis allé essayer d'obtenir une carte SIM de l'opérateur Airtel (le plus présent ici devant Vodaphone). Et pour obtenir une carte SIM devinez quoi ? Il faut faire une démarche ad-mi-nis-tra-ti-ve. D'abord il faut localiser le bureau AIrtel. Des panneaux Airtel sont disséminés partout mais en dessous il y a le plus souvent des distributeurs qui n'ont pas le droit de vendre une carte SIM Airtel à un étranger. Donc une fois trouvé le bureau nous voilà partis. Photo de moi prise par la gentille assistante puis, photo du passeport, elle fait tout avec son portable. Puis remplissage d'un formulaire (elle me tend le téléphone) puis elle se prend elle en photo. Puis... Zut ça n'a pas marché. Rebelote on refait tout...Zut là non plus caractères trop petits sur le passeport me dit-elle. Bon allez on remet ça, reZut .. Elle me conseille de revenir le lendemain (La lune aurait-elle une influence ?). Le lendemain on a tout refait et miracle ... ça a marché. J'ai eu ma carte SIM pour 6 euros durée 3 mois (téléphone illimité en Himachal, plutôt moyen pour moi sauf pour appeler un taxi, SMS illimité mais surtout 1,5G de data par jour) plus 6 euros pour avoir 35 mn de téléphone vers la France. Comme elle est mignonne, très serviable (me voyant transpirer elle est allé allumer un ventilateur) et souriante j'ai tout enduré avec le sourire.

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La journée de la carte SIM et de Krishna n’était pas encore terminée. J’ai aussi visité le « Naggar Castle » (30 Rs). Et oui, ce qui est maintenant une bourgade moyenne (il y a quand même un Lycée qui mène jusqu’à la terminale) a été la capitale du royaume de Kullu (Raja) pendant 1400 ans. Il y a 500 ans environ le Raja Sidh Singh fit construire ce château. Il utilisa les pierres drainées par la rivière Beas plus bas. Comme il avait de nombreux sujets (déjà) il put former une chaîne humaine pour tout remonter à la main (c’est assez loin quand même). Bien qu’il ait résisté à un grand tremblement de terre de 1905, il était presque en ruine. Il est pris en charge à présent par le HPTDC (Himachal Pradesh Tourism Development Corporation) qui le rentabilise avec un hôtel dont le prix des chambres dépend de la vue (de 18 à 38 € - on n’a pas grand-chose en France à ce prix). La vue est splendide sur la vallée en amont et en aval, il fallait bien surveiller le royaume. Le Château renferme aussi un Restaurant avec vue qui reste très abordable avec des plats de 2 à 6 euros environ.

En haut à gauche l'entrée, HD l'intérieur avec le temple, en BG vue du jardin, en BD une bande de copines sans doutes danseuses

Que s’est-il passé pour que le centre du royaume change de lieu ? Les anglais. En 1846 Ils ont conquis la vallée de Kullu aux Sikhs et en échange d’un fusil ont récupéré le château. Il devenait plus facile pour eux de transférer le centre administratif à Kullu dans la vallée. Plus besoin d’avoir un mirador sur la vallée.

HG vue vers le nord, HD le Shikar Beh vue du balcon nord (6200 m), BG la terrasse qui donne vers la vallée BD une dépendance

Puisque cette étape est courte un petit aparté sur les insectes. Ils y en a énormément et cela me ramène en arrière quand il y en avait autant chez nous. Ca ne crépite plus comme avant même dans le sud dans l'éclairage. Le soir quand j'allume je dois fermer les vitres et le rideau qui sépare ma petite terrasse privative, mais pas fermée du reste de l'étage. Malgré cela je dois faire la chasse au papillon de nuit. D'un côté c'est embêtant, d'un autre cela prouve que la terre, l'air sont sains. D'après Gillou c'était pire avant. Bigre. Ils utilisent plus qu'avant des pesticides. Les moustiques sont plutôt cool par contre. Pas beaucoup et peu agressifs. Ils sont un peu agressif entre chien et loup, ensuite ils sont vraiment calmes.

Ce soir une Cigale est venue se cogner à ma vitre. La fin de l'été est annoncée.

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Manali est une ville touristique. Beaucoup d’indiens passent leur lune de miel ici et il y a tous les étrangers bien sûr. Des annonces de "Honey Moon package" un peu partout. L’été on peut faire du parapente, du trekking (beaucoup de possibilités – on peut passer un col à 5300 m pour les plus costauds – raccourci vers le Spiti) on peut partir visiter des régions voisines (Ladack – Zanscar) des vallées voisines (Lahaul – Spiti) en passant plus ou moins de cols. Altitude de Manali 2062 m, comme Saint Véran en France. L’hiver on peut faire du ski de piste dans la station Solang très proche ou du hors piste en se faisant déposer sur le col du Rohtang en taxi ou en hélicoptère pour les plus fortunés. Lahaul et Spiti sont isolées l’hiver quand les cols sont fermés. Plus maintenant pour Lahaul car un tunnel (le tunnel du Rohtang – 9 km environ) est terminé pour les urgences et sera bientôt ouvert à toute la circulation. Selon mes critères 2 endroits très agréables à Manali :

- Un parc qui préserve la flore du coin (2 parcs en fait de part et d’autre du centre – 20 Rs pour entrer dans celui du nord, 50 Rs pour celui du sud), des bouts de forêts de Déodars, ces cèdres géants de l’Himalaya sont impressionnants (voir photos plus bas), Ils peuvent atteindre 50 m de haut, il y en a à Naggar bien entendu.

- Une large voie piétonne (ça change) au centre avec toutes sortes de boutiques pour touriste, restaurants, snack café etc … On y croise souvent des moines bouddhistes tibétains. On s'y sent bien, les gens sont souriants, positifs. Il faut dire que c'est l'inter-saison touristique. Les européens sont partis et les indiens ne sont pas encore arrivés.

HG-Un temple sur le Mall, HD-une vendeuse sur le Mall, BG le Mall avec au fond le parc nord, BD l'entrée du parc.
HG Une autochtone et son smartphone HD les arbres impressionnants du parc BG un torrent affluent de la Beas BD Old Manali  

Il y a deux façons d’aller en bus à Manali de Naggar. La premiere est de prendre le bus à Naggar qui passe par la vieille route de Kullu-Manali (40 Rs), ça remue beaucoup la route est moins belle que l’autre. La fréquence est moindre aussi, un par heure je crois. L’autre est de descendre à Patlikuhl et là tous les bus de la vallée s’y arrêtent. Ils sont en général plus grands plus confortables et un peu moins cher (30 Rs), j’ai même eu la télé une fois avec un film de bollywood, et la route, bien que mangée par la rivière par endroit, est plus belle. Un taxi collectif que j’ai repéré grâce à Gillou part du bus stand de Naggar à Patlikuhl pour 30 Rs, quand il a fait le plein mais c’est assez rapide, au lieu des 200 Rs en individuel.

HG-HD le temple dédié à Manu BG le parc et ses déodars BD au restau avec mon premier verre d'alcool  en Inde (une bière légère) 

Et pour les plus courageux ce qui suit est une synthèse des mythes, légendes et religion concernant la vallée de Kullu.

On trouve des références mythologiques de la vallée de Kullu dans le Râmâyana et dans le Mahâbhârata. Kullu est aujourd’hui dénommée ici la vallée des dieux.

Cette vallée, selon l’hindouisme, serait le creuset de l’humanité, rien que cela. Manu, le grand ancêtre de l’humanité arrivé juste après le grand déluge aurait posé son arche sur le site de Manali (Manu’Alaya - La demeure de Manu). Selon la légende Manu est le fils que Brahma (le Dieu créateur de la trilogie, vous suivez toujours ?) eut avec une jeune femme qu’il avait créée. Le Mahâbhârata raconte qu’en se baignant il parla avec un poisson (oui c’est vrai) qui était en fait Mataya un avatar de Vishnou (encore un). Il supplia Manu de le protéger tant qu’il serait petit. Ce qu’il fit et avant d'être relâché, tout grand, dans la mer, Mataya ( ou Matsya) lui fit la prédiction qu’un grand déluge s’abattrait sur la terre et qu’il fallait préserver la vie en créant un grand bateau afin d’y embarquer le plus d’espèces animales possibles (tiens-tiens), des graines et sept grands anciens. En résumé Manali est le site ou Noë a débarqué tout le monde. Ben non, pas si simple car Manu véhicule aussi le mythe d’Adam, Sa présence indique le début d’un nouveau cycle nommé Manvantara (ou Manuvantara). Il y a donc un Manu à chaque nouveau cycle de l’humanité (il ne descend pas souvent Manu). Bref Manali et son temple dédié à Manu (dans le vieux Manali (à ¼ de litre de sueur environ du centre) est donc un site à traiter avec respect.

Un petit aparté quand même car c’est simple, logique et court à expliquer sur l’essentiel du cœur de l’hindouisme et du védisme (la source avant l’hindouisme). Brahma est le créateur, le principe mâle qui engendre. Vishnou est le principe femelle qui est là pour faire perdurer la création de Brahma, de temps en temps il met de l’huile dans les rouages en envoyant un avatar. Et Shiva est le principe destructeur de ce qui a été créé pour purifier et permettre un nouveau cycle, un nouveau jour de Brahma (un paquet de millions d’années, oui ça se mesure) de renaître. En Bref Brahma construit la maison, Vishnou la maintient, et Shiva détruit tout ça (en recyclant bien entendu) pour pouvoir reconstruire sur le même terrain.

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Il y a beaucoup de solutions pour aller visiter cette vallée retirée de l'Inde et de culture bouddhiste tibétaine. Les packages peuvent être acceptables si on est plusieurs et les agences ne mettent pas beaucoup d'énergie à rassembler les demandes apparemment. Ainsi un pack 5 jours annoncé à 13 000 Rs sur le site web, se convertit en pack à 39 000 Rs (468€) en réponse email parce que si je n'amène pas d'autres personnes pour partager avec moi je paye la Jeep entière (de France j'ai eu un devis à 79 000 Rs). Cela tranche beaucoup avec le faible coût de la vie. On sait où se trouve les requins en Inde : dans le tourisme. Bon les personnes débrouillardes (j'en suis une, surtout avec les bons conseils de mon hôte) prennent le bus régulier (9€ aller/retour) puis sans réservation se pointent aux multiples hôtels et guesthouses de la capitale Kaza pour commencer. on est entre 2 saisons touristiques donc pas de problème.

Le seul bus journalier part à 6h00 de Manali. Il faut donc soit coucher à côté soit se lever tôt et prendre un taxi, c'est cette solution que je choisis. Départ à 4h30 pour finalement arriver en avance à 5h. En attendant le bus je tombe sur un suisse (si vous voyez Michael Caine dans ses derniers films (Le casse du siècle par exemple excellent film)- c'est lui). Il ne parle pas français (habite Bâle) mais a l'air sympathique. Il revient de Leh par le bus, que je croyais être difficile avec ses 2 jours de bus. Lui me dit que non car le bus est confortable. Pour Kaza, le chef-lieu du Spiti, c'est un peu plus de 200 km que le bus parcourt en 12 heures normalement, il en mettra 14. Mais dans les 200 km il y en a 140 de piste et de chemin de chèvres qui en plus sont ravagées par les intempéries récentes par endroit.

La montée du premier col 2000 m de dénivellé (Le Rohtang La - le col du tas de cadavres en tibétains) est commencée dès la sortie de Manali. La route est mangée par endroit où d'énormes rochers se sont détachés pour s'abattre sur la route. Cette année a été assez rude en précipitations. Mais vu la nature de la montagne (de la roche friable) ce n'est pas fini.

HG les rochers menaçants HM la route effondrée (exemple) HD vue du col BD panorama BD les bannières de prière OM MANI PADME OM  

Dès le col franchit on descend vers la vallée de la Chandra (Le Lahaul). et une fois arrivé près du lit en bas la belle route tourne à gauche pour Keylong (chef-lieu du Lahaul) et Leh beaucoup plus loin) mais nous tournons à droite en suivant la petite piste.

C'est dans cette vallée que la piste est le plus abîmée. Des rochers, des déviations de cours d'eau, l'eau prend la piste pour sont lit. Ça remue dans le bus, certains arrivent à dormir dont un vietnamien assez peu sympathique. Un indien endormi se retrouvera dans l'allée suite à un plus gros cahot. Ma montre qui ne compte que mes pas d'habitude, dans ce bus comptera 33 000 pas. J'ai déjà vanté le savoir-faire des chauffeurs de bus mais je n'avais pas encore été au Spiti. Pour moi ce sont des surhommes. Il fera l'aller et le retour soit 29 heures de conduite (quelques pauses quand même) avec seulement 8 heures de repos. Pour croiser les véhicules d'en face ou pour doubler les roues frôlent le bord du ravin (j'ai vu des pierres dévaler la pente suite à son passage). Il est parfois obligé de manœuvrer pour passer un épingle à cheveux, avec une marche arrière qui a du mal à passer et une roue avant sur le bord de la piste.

HG-vue de la vallée Chandra (Michael Caine) HD-la piste BG la piste proche du lit BD c'est la piste que vous voyez l'eau s'en est ...

Un arrêt est fait juste avant de monter franchir le col de Kunzum (4500 m) qui sépare la vallée de la Chandra de la vallée du Spiti.

HG-avant la montée vers le Kunzum - HD-le Kunzum BG le bus qui a fait le tour des chortens par la gauche bien sur BD-les chortens 

La descente de l'autre côté se fait en douceur (tout est relatif bien sûr) le long d'un affluent du Spiti. On est à 3 900 m d'altitude dans le bas de la vallée et on sera à 3 800 à Kaza. Et oui c'est une vallée magnifique qui n'a rien à voir avec la vallée d'à côté. Cela vaut le déplacement. Tout le charme qu'on découvre, entre 2 cahots du bus, tient surtout dans la variétés de tons de roches et l'harmonie des couleurs. On est ici dans le "Great Himalaya" autour de nous les sommets à plus de 5000 m se multiplient. Aucune verdure sauf au fond de la vallée plate et remplie d’alluvions, ils cultivent surtout le petit pois qu'ils arrivent à exporter en dehors de la vallée.

Je ne m'attendais pas à avoir des photos aussi nettes. Merci Lumix et son stabilisateur 7 axes. Il fait des merveilles dans les cahots du bus. Vous pouvez cliquer sur la photo pour zoomer.

L'arrivée à Kaza se fait dans la nuit vers 19h30. Le suisse se demande s'il ne va pas repartir en prenant le même bus qui repart à 4h30 le lendemain, tellement il est dégouté par la rudesse du voyage. Je lui conseille de se reposer avant. Pendant le voyage j'ai émis l'idée de partager un taxi avec lui pour visiter les musts du coin et comme je n'ai pas de réservation je le suis vers la guest house qu'il a réservé. Elle est introuvable et personne ne connait, comme il n'y a pas de réseau sans fil dans la vallée pas moyen de chercher par google. Mon téléchargement de la carte google (je suis prévoyant) ne mentionne pas non plus la Dead End Retreat Guest House (déjà le nom présage une aventure sans issue). On tourne un peu puis nous tombons sur un indien en vacances qui nous indique un hôtel à 1000 Rs la chambre avec 2 lits. Comme Rudy (le suisse) aussi veut maîtriser son budget vacances nous la prenons. un lit est dans une alcove, c'est celui que je prends. J'ai du mal à respirer et la montée de l'escalier se fait très lentement. Mais je me suis quand même préparé et je me dit qu'après une bonne nuit de repos cela devrait aller. Nous dînons dans un bon restaurant pas très loin, je n'ai pas faim (un des effets de l'altitude) mais je mange un petit peu quand même. Rudy est un jeune retraité d'un poste de fonctionnaire de Suisse. Il était tuteur (même fonction que celle du tuteur Burjman de Lisbeth (mais en plus sympa) dans la série Millenium en 3 épisodes que vous devriez avoir vu, si ce n'est pas le cas voyez-là elle est superbement bien faite). Il aime raconter et moi j'aime écouter donc tout se passe bien. Il est quand même curieux et me posera pas mal de questions sur mon métier de coach. Nous retournons (difficilement pour moi) à l'hôtel et la demande faite pour un tarif de taxi à la journée à partager nous est répondue : 3 500 Rs. Un peu cher quand même. Bon nous verrons demain.

La chambre est quelconque, propre, mais le lit est sans drap du dessus. On utilise la couverture directement. Pas d'eau chaude non plus, mais c'est une plainte récurrente dans les forums. Je crois qu'il y a peu d'électricité et qu'ils évitent de chauffer les ballons pour la préserver. Et côté hygiène dans le cabinet de toilette cela ne me semble pas très reluisant. Mais bon j'ai changé l'interrupteur du chauffage du ballon de position il y aura peut-être de l'eau chaude demain. je ne me sens, toujours, pas très bien à cause de ce manque d’oxygène mais j'arrive à m'endormir vers 23h. Je me réveille en sursaut à minuit pris d'une panique de ne pouvoir respirer. Je pense qu'il faut que je me soigne de cette panique qui m'a causé des problèmes dans l'apprentissage de la plongée et à d'autres occasions. Elle provient peut-être de la nuit ou j'ai failli me noyer dans les sécrétions d'un œdeme pulmonaire, j'étais cette nuit-là en détresse respiratoire et sans le samu et le support, toujours sans faille, de ma chère et tendre, peut-être que je ne serais pas là à vous raconter tout ça. Bref je n'arrive plus à me rendormir et je suis obligé d'ouvrir la fenêtre pour respirer. Il est 2 h, le bus repart à 4h30. En plus j'ai la chiasse. Bon c'est mal parti pour faire du tourisme, je réveille Rudy et je lui dit que je repars, pas raisonnable de continuer dans cet état, il comprend et pense reprendre lui aussi le bus dans l'autre sens mais le lendemain. Le jour je maîtrise mais si je ne peux pas dormir et avec une entérite par dessus le marché mieux vaut renoncer.

J'ai pris 4 Imodium pour bloquer la chiasse et me voici à 3 h à côté du bus. Gillou m'avait prévenu de prendre une chambre sur la cour car à Kaza la multitude de chiens aboient toute la nuit. Effectivement Kaza est remplie de chiens qui aboient toutes la nuit. Cela dérange les quelques personnes qui dorment dehors dans le hangar à bus. Pas moi bien sûr. A 4h10 c'est la bousculade pour monter dans le bus. Les place du devant bougent un peu moins mais je n'arriverai pas à en avoir une, elles sont déjà vendues, me dit l'employé en charge de la vente de tickets. Le retour, bondé, des personnes voyagent debout, se fait en maîtrisant le mal de mer mais avec la même envie d'arriver. Le paysage est superbe en arrivant à l'endroit ou on tourne pour le Kunzum. On voit le soleil se lever. A côté de moi un jeune indien de Chandigarh qui avait projeté de faire la vallée en moto (Royal Enfield - héritage des anglais, il y en a partout ici) avec ses copains a du y renoncer à cause de l'altitude. Je ne suis pas le seul mais cela ne me rassure pas.

Je suis épuisé en arrivant à Manali. Je me pose dans un restaurant et commande un simple plat de riz aux crevettes. Puis je rentre au bercail en ayant prévenu avant, mais ma chambre n'ayant pas été relouée je la retrouve. Le soir même une infection urinaire se déclare avec violence. Mon corps fatigué a jeté l'éponge dans sa lutte contre les éléments pathogènes. Les antibiotiques à spectre large que j'ai emmenés ne font pas effet et dans la nuit la gastro s'ajoute au cocktail de problèmes (je vomis tout ce que j'ai ingurgité la veille). Bref ce n'est pas la joie. Gillou est vraiment sympa. Il me permet de voir le jour même un médecin du petit hôpital de Naggar de l'autre cote de la rue. Grâce à son influence on voit le médecin qu'il considère être le meilleur (il vient manger presque tous les jours chez Gillou) alors que les consultations sont officiellement fermées. Ils réouvrent le laboratoire pour faire mon analyse d'urine. L'analyste constate tout de suite l'infection et ils ont un doute sur un problème rénal. Il me demandera même de regarder dans son microscope pour voir les petite bébêtes. J'en vois mais je n'y comprends rien évidemment. Le médecin ensuite me prescrit des antibiotiques à prendre pendant 7 jours, de quoi éviter de vomir, un cocktail de sels pour se réhydrater et du paracétamol. Gillou ira les chercher au guichet médicaments sauf un qui est en rupture mais il ira les chercher ensuite à la petite pharmacie tout près. Tout est gratuit. Cette fois-ci les antibios font effet tout de suite. et le lendemain (aujourd'hui) l'appétit revient (reprise en douceur de riz blanc avec 2 oeufs durs à midi et des pâtes seules avec un peu de sauce tomate ce soir et une poire) et je peux supporter un voyage en Taxi à l'hôpital de Kullu pour faire une échographie (ultrasound) des reins suite aux soupçons du médecin de Naggar ; une heure pour faire 25km. C'est Gillou qui, de Kullu, (il y était pour essayer de régler le problème d'une coupure réseau ADSL) s'est occupé de tout. cette consultation est payante, sinon la file d'attente est longue. Il m'attends à l'accueil puis payera la consultation (17 €) alors que je suis en train de me faire examiner (évidemment il le mettra sur ma note), peut-on rêver mieux comme hôte dans un pays étranger ? J'ai eu droit à un examen complet des viscères. Un foie un peu trop gros et gras, mais je m'en doutais, une prostate trop volumineuse, mais ça je le savais déjà. Ce que je ne savais pas c'est qu'il existait un médicament pour la réduire. Sinon rien d'anormal pour tout le reste. Je retourne demain avec le rapport voir le médecin.

Ce soir, après avoir écrit cet article, je me sens beaucoup mieux, le mal de tête s'estompe, je ne vomis plus et les autres douleurs ne se font plus tellement sentir. Je suis encore un peu faible mais j'ai du temps devant moi, et un bon entourage, pour me retaper. So far so good.

Si vous en voulez plus sur le Spiti regardez cette petite vidéo pub bien faite. ou bien encore cette vidéo "Road Trip" ou vous serez vous-même à bord du 4x4 pour faire le trajet Kaza à Manali.

Paysage himalayen - Nicolas Roerich 
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Tout en me remettant tranquillement en m'imprégnant d'antibiotiques, un peu de marche dans la journée quand même, je vais vous raconter une randonnée, assez éprouvante pour moi, que j'ai faite avant le "Spiti". Pulag se trouve au bout de la Pulag road qui passe devant Alliance Guest House, et Rumsu bien avant. Le dénivelé doit être un peu supérieur à 400m d'après google, j'ai oublié de mesurer l'altitude à l'arrivée.

Pour aller à Rumsu j'ai préféré suivre le sentier piéton (bétonné) plutôt que la route. Comme c'est direct ça monte très dur, beaucoup de marches. Ci-dessus vous voyez un des multiples pommiers de la région. La pomme rapporte bien apparemment. Même Gillou vend les pommes de ses pommiers, en plus de les proposer à ses clients bien sûr. Et cette année la récolte est extraordinaire, Gillou n'a pas vu ça depuis 10 ans au moins. Depuis que je suis ici je vois des pickups monter plein de cageots vides et redescendre avec des cageots pleins de pommes. Un circuit commercial est en place pour alimenter le reste de l'Inde en pommes de l'Himachal. En haut à droite une femme qui m'a indiqué le raccourci pour Rumsu puisqu'elle y allait. Au milieu-gauche le fossé qui sépare les première vieilles maisons de Rumsu des modernes antennes relais foisonnantes. En milieu-droite un camion se prépare à transporter des pommes. En bas-gauche une vache est à l'ombre d'un plan de courgettes (si si) grimpant et en bas-droite des travailleurs immigrés népalais qui transportent des pommes. Vous reconnaissez certainement la façon de porter les charges des népalais. Sinon révisez votre "Tintin au Tibet".

Quelques photos de Rumsu (pas du tout touristique)  - inutile de chercher la terrasse d'un café pour siroter un mojito !! 😦

A propos de vaches, on en voit beaucoup ici, ce ne sont pas des vaches dites "sacrées" mais utilitaires jusqu'à ce qu'elle ne produisent plus de lait. Elles sont alors abandonnées ainsi que les taureaux qui déambulent partout. Il y a eu une récentes polémique avec les musulmans, présents en nombre. Les hindous ne peuvent ni manger ni tuer les vaches, mais les musulmans aiment bien manger de la viande bovine donc ils se sont mis à ramasser dans les rues les vaches abandonnées par le hindous. Cela a révolté les hindous bien entendu, et apparemment les musulmans ont arrêté de moissonner les vaches des rues puisqu'on en voit plein partout, et ici elles n'ont pas l'air malheureuses, il y a partout à brouter. Ci-dessous un petit échantillon de vaches. En bas à gauche une vache répond par le meuglement et un regard placide à sa patronne en bas à droite qui lui envoie des pierres pour lui dire quelque chose que je n'ai pas compris. Cette gentille patronne est allée chercher 2 pommes dans un cageot, une pour elle et une autre qu'elle m'a offerte. Je pense que le cageot appartient à sa famille.

Rumsu est sur la route d'un trek fameux mais assez difficile (dénivelé et orientation) qui passe par un col (Chanderkhani) à près de 4000 m et descend vers la vallée d'à coté (La Parvati) ou se trouve la ville hors du commun de Malana (mais j'aurais, j'espère l'occasion de vous parler en y allant) . Manikaran est une autre ville intéressante de cette vallée pour ses bains d'eau de source chaude et même brûlante. La Parvati rejoint la Béas au niveau de Bhuntar, petite ville sur laquelle se trouve l'aéroport de Kullu-Manali ouvert seulement quand le temps le permet.

J'ai ensuite continué mon chemin vers Pulag (photo ci-dessous HG) par la route. Elle monte raisonnablement et peu de voitures la prennent. Et pour au moins une cause : elle est coupée juste avant d'y arriver comme vous le voyez sur la photo ci-dessous. L'indien que vous voyez a l’œil moqueur de celui qui ne comprend pas pourquoi ce touriste (moi) ne passe pas par le petit "passage piéton" créé par les gens du coin. Le touriste a hésité puis renoncé car fatigué par l'ascension, il craignait une dérobade de genou ou autre couic physique qui lui aurait fait perdre l'équilibre.


Je suis ensuite redescendu par la route, en tout une "petite" randonnée de presque 12 km mais avec plus de 400 m de dénivelé. C'est plutôt bien pour quelqu'un comme moi avec la forme physique d'une poire.

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C'est ma première randonnée après convalescence. Je me sens bien, mais en prenant le petit sentier qui longe Alliance Guest House je ne me doutais pas que la randonnée serait aussi dure pour un convalescent (11km avec 350m de dénivelé). Mais bon quand le vin est tiré il faut le boire (j'aimerais bien en boire d'ailleurs, voilà 20 jours que je n'ai bu que 2 bières comme alcool). Je pourrais en boire puisqu'il y a tout près une boutique qui a, comme toutes les boutiques du même type, un panneau "ENGLISH WINE". C'est peut-être ça qui ne m'engage pas trop à 'm'approcher. Allez revenons à la randonnée. le sentier puis la piste que j'ai empruntés ne sont pas sur la carte google. C'est donc au pif et en demandant (n'oublions pas que l'Inde est surpeuplée (1300 millions) donc même dans un état très peu peuplé on croise des locaux même sur un petit sentier riquiqui) que j'ai trouvé mon chemin. Ce sentier passe entre les vergers qui contiennent quoi ? Je vous le donne Emile : des pommiers.

De Naggar à Chajogi (Rumsu au loin à gauche)

Après le sentier on arrive sur une piste et on voit RUMSU à gauche (photo ci-dessus). Donc à droite c'est CHAJOGI un petit hameau (photos ci-dessous), pas un seul commerce en vue, heureusement j'ai ma réserve d'eau sur moi, mais une école et un temple. Au passage vous pouvez zoomer sur les 2 rapaces que j'ai pris quand j'étais en haut (2150 m), la photo est assez nette, ce sont des vautours. Cela peut surprendre de voir une école dans un petit hameau. La natalité ne s'arrange pas, elle est toujours aussi forte. Il faut dire que les enfants représentent l'assurance vieillesse et la mortalité enfantine est encore assez forte en Inde. Les enfants sont tous scolarisés, le gouvernement fait beaucoup d'efforts, on voit des écoliers, des lycéens en uniforme partout et des bus scolaires circuler dans tous les sens et c'est justement cela qui inquiète Gillou car de moins en moins de jeunes ne veulent prendre des boulots simples dans la restauration par exemple, et on trouve de moins en moins de main d'oeuvre pour ces tâches. Ils aspirent tous à des métiers plus nobles que le pays va, peut-être, avoir du mal à leur fournir.

 Chajogi

Après CHAJOGI (prononcez comme vous voulez) c'est RUMSU au bout d'un assez long trajet. Comme je me trompais à un moment j'ai demandé mon chemin à un paysan occupé à trier des .... pommes, ben oui, derrière une montagne de pommes bien entendu. RUMSU, vous vous rappelez le village ou je n'ai pas bu un Mojito. Bon ci-contre j'ai trouvé la terrasse mais je ne sais pas où je me serrais assis ni à qui j'aurais pu commander un mojito.

Sinon vous pouvez voir dans les photos de RUMSU ci-dessous, une paysanne qui tisse elle-même son tissus de laine, vous vous rappelez, c'est la spécialité de la région et ils comptent beaucoup sur les touristes pour écouler leur production. Ensuite un jour de lessive ; une maison plutôt cossue à côté d'une autre d'"époque". Il ne doit pas y avoir de fous dans ce pays. Dans la belle maison on ne voit pas de garde-fous. Donc pour les enfants ça se débrouille, il doit bien en tomber de temps en temps mais il en naît tellement ... Non je suis cynique les indiens sont très attentifs. Que ce soient les hommes ou les femmes ils en prennent vraiment soin. J'ai vu un ouvrier réprimander des enfants qui jouaient trop près du bord d'une terrasse. Les enfants sont très protégés et par tout le monde.

En revenant je n'ai pas pris le raccourci que j'avais pris pour monter l'autre fois. J'ai pris la route, c'est plus long mais la pente est moins raide, c'est plus facile, et puis on rencontre souvent des taxis qui vous proposent de vous prendre, donc au cas ou on est très fatigué on peut rentrer en taxis pour 2 ou 3 euros. Ce que je n'ai pas fait. La route défoncée entre Alliance et RUMSU est en passe d'être réparée. Mais il y a beaucoup à réparer dans le coin. Pour ça ils ne sont pas gâtés par la qualité du terrain pour bâtir leurs routes.

De retour au bercail j'avais une faim de loup. J'avais, depuis le matin, mangé un Sniker et une pomme. Je me suis donc payé un plat de tomates/oignons/pommes de terres à l'ail avec 2 oeufs par dessus (un régal comme le premier jour) Le cuisinier étant malade, c'est Eva, la fille de Gillou qui gère Alliance avec lui et sa femme Ira (voir photo où on les voit les 3 dans un article précédent), qui se charge de la cuisine. Bien qu'étant née ici elle parle très bien le français. Comme elle aime faire la cuisine elle fait de très bons plats. Gillou me dit qu'elle adore mélanger les épices, et qu'elle le fait avec art . J'ai mangé un dahl une fois (Un dahl est un plat de lentilles) très bien équilibré en épices, pas piquant, je n'aime pas le piquant indien. Bon pour ce plat franchouillard (dans la page spécialités d'Alliance où on trouve aussi la ratatouille), c'est simple et c'est justement pour cela que c'est très bon avec d'excellentes tomates. Toujours aussi bonnes ces tomates. Après dîner, vers 20h comme j'avais très sommeil je me suis allongé pour une petite sieste qui a duré 3h30. Bon cette nuit là j'ai dormi plus de 12h. Il faut bien récupérer.

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Hier je suis aller faire un tour à Kullu, la capitale du district. Si vous vous rappelez j'y étais allé en taxi pour passer mon échographie, mais évidemment je n'avais rien vu à part un énorme embouteillage. Il y était là aussi mais j'étais à pieds. Bon pour descendre à Patlikuhl (il y a plus de bus pour circuler dans la vallée et la route meilleure) j'ai essayé le bus de Naggar. Par chance il était plein (donc prêt à partir) quand je suis arrivé au centre. Je savais qu'il y avait un bus car une fois à Patlikuhl je me suis assis dedans pour remonter à Naggar. Mais il ne démarre que quand il est plein, de guerre lasse je m'en étais extrait pour prendre un taxi collectif (30 Rs). Le prix du bus est dérisoire (10 Rs - 13 cts), j'ai voyagé debout. De là un autre bus est vite arrivé pour descendre la vallée, je ne sais pas quelle était sa destination. Je suis la trace sur Google maps ce qui me permet de savoir quand descendre du bus sans demander (40 Rs - comme pour Manali). Ce bus restait de l'autre côté de la Beas (prononcez Bias (j'ai demandé)) on voit sur la première photo le pont que j'ai pris pour aller à Kullu. Curieusement alors qu'il est large et en apparence costaud, le pont est interdit aux véhicules. Ici pour interdire il faut mettre les moyens (gros tas de terre et de rocher immenses blocs de béton) sinon les panneaux étant juste décoratifs ça passe (ou ça casse mais alors c'est pas la faute du pont, c'est le karma). L'activité de loisir très répandue est le rafting (offre pléthorique le long de la Beas) mais contrairement à ce que je pensais du rafting (j'en ai fait en séances de team building, chez un de mes employeurs, dans les Alpes) c'est ici du rafting genre gondole de venise, en tout cas celui que j'ai vu : seul le navigateur a les commandes et avec de longues rames, les passagers profitent des embruns et des cahots.

L'entrée dans Kullu par ce pont est tout sauf touristique. Un bidonville sur la gauche et des constructions sur la droite (photo ci-dessus à droite). Mais Kullu n'est pas faite pour les touristes. Gillou, qui est difficile pour la nourriture, n'a pas trouvé d'endroit pour manger, il n'aime pas les fritures. Si vous vous rappelez il m'a attendu à l'hôpital ou j'avais RDV l'après-midi. J'ai trouvé un restaurant repéré comme tel par google, photo ci-contre. L'aventure, c'est l'aventure, j'ai mangé que du frit ou du bouillon (2 espèce de croquettes et du Dahl (curieusement c'était avec des pois-chiches mais c'était bon.) Avec un soda au citron 70 Rs ( 91 cts) un repas à moins de 1 € qui dit mieux ? Bon on est le lendemain et un diner (d'excellentes tomates/oignons en salade french dressing et un yaourt) plus un petit déjeuner sont passés depuis et je ne suis pas malade, donc on peut oser. Mais je ne me risquerai pas avec des crudités, sauf dans mon camp de base Alliance Guest House.

Avant le déjeuner j'ai essayé de trouver un supermarché. Après tout même si les habitudes ne sont pas les mêmes et le niveau de vie loin d'être celui d'Europe, je me dit qu'il doit bien y avoir des boutiques ou on trouve tout. J'en ai trouvé une, j'ai acheté du chocolat (presque 3 semaines sans, ça finit par manquer) des abricots secs et des cacahuètes simples sans épices (pour mes midis sans rien, mieux que manger des snikers). Il y a aussi des congélateurs (enfin 2 ) mais rien d’intéressant (frites McCain et autres choses sans intérêt). J'ai essayé de commander une truite à Gillou (sur sa carte) mais l'élevage de truites de Patlikuhl a fermé pour une raison que j'ignore. Du coup il n'en avait pas. Donc depuis que je suis ici, à part du thon en boite un midi, je n'ai pas mangé de poisson. Au passage dans Kullu en allant vers ce qui semble être le quartier résidentiel en hauteur, un Cactus et ses figues de barbarie. Je ne suis pas sur qu'ils les récoltent. Ici les cactus n'ont pas d'épines, ils sont gentils comme les indiens. Et une énorme agave. Le palais du Raja (palais de sa résidence après son transfert depuis Naggar). Une rue avec de belles demeures.

Je suis redescendu vers le centre visiter un palais Sikh, sans grand intérêt voir photos ci-dessous. La seule personne à l'intérieur qui psalmodiait a couru vers moi pour me dire de me couvrir la tête (quelques chiffons sales à l'entrée avec un panneau que je n'avait pas vu) , la dernière photo est une vue générale de Kullu.

Le reste de la visite a été de circuler avec difficulté (pas de trottoir et des voitures/camions/motos partout) le long de ce qui semble être l'artère principale. J'ai trouvé l'entrée de l'hôtel central pas très engageante (on entre par les poubelles et le mot clean est un peu trop répété dans le panneau). Mais c'est peut-être bon marché. J'ai trouvé quelques boutiques, j'irai certainement un jour m'acheter 2 ou 3 chemises à manches longues. Certaines boutiques sont luxueuses, d'autres à côté semblent vraiment miteuses.

Retour au bus stop pour Patlikuhl par un petit pont suspendu qui bouge, mais je n'ai pas eu le temps d'avoir le mal de mer. C'est pour piétons mais comme il n'y a rien qui empêche les véhicules à moteur de passer, j'ai vu un rickshaw passer. On espère juste qu'il ne cède pas quand on y est. Puis retour à Naggar par un taxi collectif (6 personnes pour 5 places).

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Jana est une des ballades à faire dans le coin. C'est un petit village à flanc de montagne vers le sud de la vallée, sur le même versant que Naggar et à 13 km environ d'Alliance. Je n'ai pas trop calculé le trajet avant d'y aller, mais 13 km c'est dans la norme des randonnées que je sais faire sans trop me fatiguer. Oui mais ici il faut toujours mesurer le dénivelé. Comme c'est sur le même versant je me suis dit, au pif, que l'altitude ne devait pas être très différente. Ouais ben non. Jana est à 2300 m et Alliance 1800. Compte tenu des descentes et remontées j'ai du me payer environ 600 m de dénivelé pour au total une randonnée de 17 km environ. C'est pas mal pour des guibolles de sexagénaire obèse. A ce sujet il faut que je fasse un nouveau trou à ma ceinture. Çà s'arrange un peu de ce côté là, pas énormément non plus je mange plutôt bien. La route est très sympa et comme elle ne mène qu'à ce village, elle est plutôt tranquille côté circulation automobile (voir photos ci-dessous). Quand même toujours les pickups qui vont et viennent avec des cageots vide ou pleins de pommes.

Bien que le départ de la route soit goudronnée, l'arrivée, environ 3 km de la chute, ne l'est plus. C'est à peu près à ce moment qu'il s'est mis à pleuvoir. Au début un peu, puis de plus en plus fort. Ma chemise était déjà trempée de sueur, comme si on la sortait de la machine à laver à peine essorée, mais j'ai des affaires sèches à protéger. Pas de problème je suis équipé d'une cape avec manches et cagoule qui, en plus, prend le sac à dos. Me voici transformé en bossu. C'est pratique mais avec le vent un peu frisquet (2300m) qui souffle, j'ai un peu froid. Là je sors ma dernière cartouche : un polaire spécial randonnée acheté à Décathlon avant de partir. Le polaire sur la chemise trempée et la cape par dessus. Ouais bon on dira que ça ira mais j'ai un peu froid quand même. Arrivé près des chutes j'ai aussi un peu faim, il est 14h, j'ai commencé à marcher à 9h30 environ, et j'ai du finir mon petit déjeuner (copieux) vers 8h30, c'est donc normal. Il y a 2 restaurants près de la première chute, la plus petite. J'ai choisi le premier, la serveuse avait l'air sympa (ça c'est normal, ils ont tous l'air sympa) et elle avait l'air de pas mal se débrouiller en anglais. Et elle avait, c'est le plus important, de la bière en stock. Je me suis assis dans la "terrasse" couverte (il pleut) de l'autre côté de la piste et J'ai pu visiter les cuisines, la chef s'activait aux "fournaux". J'ai choisi un table et j'ai été assez vite servi d'un Thali. Le riz est bon, le truc vert, au fond à droite ça ressemble à des épinard, c'est bon aussi. Le truc jaune est assez relevé, j'ai moins aimé mais c'est mangeable et le truc marron au fond à gauche c'est du Dahl aux fayots (très bon). Le machin qui ressemble à un pain est cuit à la vapeur et le goût pas très marqué est indéfinissable, je n'ai pas tout mangé. A gauche c'est un chapatti (galette de blé). La serveuse qui a le sens du service m'a expliqué comment tartiner du beurre fondu dans une coupelle (un peu rance) en saupoudrant le contenu d'une autre petite coupelle au fond à gauche, mais je n'ai pas aimé. J'ai préféré manger le chapatti nature.

Pour ce qui est des chutes ... bof. La première est quelconque et la deuxième lui ressemble. Peut-être qu'au printemps il y a plus d'eau ?

Il est environ 15h30 quand je demande à la gentille serveuse quand part le bus pour Naggar. Il n'y en a qu'un et il est à 17h30 mais l'arrêt se trouve à Jana même soit environ 2 km des chutes. Le trajet est vite fait et me voilà attendre à un endroit connu de tous, ne cherchez jamais un panneau indicateur d'arrêt de bus, il n'y en a jamais, car tout le monde connaît l'endroit ou il s'arrête. Je trouve une espèce de garage qui sert de bar/snack et 2 chais (prononcez Tchaye - thé indien épicé (très bon)) plus tard il me reste encore 3/4 d'heure à attendre qui seront 1 heure puisque le bus est en retard. Ci-contre la tenancière du petit restaurant n'a pas encore le lave-vaisselle.

Et voici la banque de Jana. C'est assez frustre mais suffisant pour ce petit village rural.





Et voilà une journée bien remplie. Retour à Naggar pour 27 Rs (environ 35 cts), la route est très sinueuse et l'arrêt à Naggar est à environ 500 m en montée d'Alliance. Une douche assez chaude et une soupe de légume, franchouillarde et délicieuse comme tout ce qui est servi ici, encore plus chaude plus tard, je suis prêt à me visionner un vieux film N&B que j'ai en stock avec Charles Boyer, Joseph Cotten et Ingrid Bergman.

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Journée un peu plus relax que la sortie JANA d'avant-hier. Avant de partir pour KULLU je me suis longuement entretenu avec mon hôte que tout le monde connaît maintenant : Gillou. Il est toujours français mais a une carte lui donnant le droit de travailler et de rester indéfiniment en Inde. Il ne peut pas voter. Il ne peut pas posséder de terres non plus. D'ailleurs même un citoyen de Delhi ne pourrait posséder des terres ici pour en exploiter les revenus. Une façon de protéger les natifs. Il pourrait par contre acheter une terre pour y construire sa maison, du moment qu'il ne fait pas de profit avec. Gillou est marié à une indienne Ira et a 4 filles indiennes ( Isabelle, Marielle, Eva et Aline) qui se partagent les terres qu'il a acquises au fil des ans. Eva reprend déjà la succession d'Alliance, j'en ai déjà parlé, et il a aussi des vergers pour les pommes. Aline est professeure d'anglais et Marielle tient avec son mari une boutique de prêt-à-porter à Patlikulh. Ceci dit, Gillou vit simplement, il a quand même des employés à payer. Dès lors qu'il peut se payer des vacances avec son épouse, qui apprécie de voyager en Inde (il y a de quoi faire), il est satisfait. Il a des goûts simples. Alliance ferme en décembre et janvier. Gillou est un ancien Hippie donc la religion, le sujet sur lequel je le branche à présent, a peu d'importance pour lui, bien qu'il soit d'une extrême tolérance. Pour résumer voici ce que je perçois de la religion en Inde après l'avoir écouté et lu quelques rapports :

1- la religion hindoue largement majoritaire (plus de 72%) se sent menacée par le prosélytisme des religions minoritaires comme l'Islam (14%) et les chrétiens (2,3%), ils étaient plus de 80% il y a peu. les autres minorités sont les Sikhs (2% - durement attaqués par Indira Gandhi et qui fut elle-même assassinée par un de ses gardes du corps Sikh (sic)) et autres bouddhistes, Jainistes, zoroastristes etc ...

2- La religion Hindou n'est pas prosélyte. On naît Hindou ou pas, mais on ne peut pas le devenir, même en se mariant. Gandhi a réussi à imposer la laïcité dans l'état au prix de la scission (Inde - Pakistan) et de sa vie (assassiné par un hindou extrémiste). L'état Indien est toujours laïc, de nombreux articles de la constitution protègent la liberté de culte en Inde.

3- La caste dite des "intouchables" (les dalits) est réprimée dans la vie de tous les jours, mais cette répression n'est pas légale. Certains considèrent que ce sont les esclaves des hindous de bonne naissance. Ici à Naggar, ils balayent les rues et n'ont pas le droit de sortir de chez eux le matin ou le soir car leurs ombres ne doivent pas toucher les autres personnes. A midi l'ombre est petite donc ils peuvent sortir de chez eux. Ce sont eux, les Dalits qui ont tout à gagner en rejoignant une autre confession, on comprend bien pourquoi. L'Islam mais aussi le christianisme étendent leur influence en convertissant les Dalits à leur religion.

4- Récemment des élus fédéraux (premier ministre compris) et en Uttar Pradesh notamment affichant ostensiblement leur religion hindoue se sont emparés de ce sentiment d'envahissement en promulguant des lois anti-conversion dans leur état et en faisant pression pour qu'elles soient reconnues au niveau fédéral. Les missionnaires n'obtiennent plus de visas mais les missionnaires présent peuvent continuer, encore, leur travail. Mais comme ces lois sont anticonstitutionnelles, il y a peu de chance qu'elles aboutissent. Cette rémanence extrémiste hindoue va jusqu'à sortir le Tâj-Mahal (En Uttar Pradesh justement) des dépliants touristiques puisque c'est un mausolée construit par un prince moghol de religion islamique.

Voilà mon analyse de la situation des religions en Inde. C'est très résumé, mais pourquoi passer plus de temps la-dessus ? Les guerres de religions continuent dans ce monde. Y attacher plus d'importance c'est participer à ce combat d'un autre âge.

Je suis ensuite parti à KULLU. J'avais en tête de m'acheter une ou deux chemises à manches longues (j'ai oublié d'en prendre dans ma valise). Gillou a des doutes que je puisse trouver du prêt-à-porter en me voyant (je me demande pourquoi). Lui-même, plutôt maigrichon, se fait faire ses chemises et pantalons sur mesures. Je comprends maintenant pourquoi il y a autant de tailleurs, même à Naggar. Et en effet je n'ai trouvé qu'un magasin (Monarch - le nom dit tout sur le tarif pratiqué) qui propose une chemise à ma taille. Mais à 2400 négociés pas plus bas que 2200 Rs, je n'ai pas acheté. C'est du bon coton bien imprimé mais en équivalent France ça ferait la chemise à plus de 80€. La piste du tailleur se précise. Le sur-mesure est moins cher que le prêt-à-porter. Mais ici "my tailor is NOT rich".

Ici la partie calme du Rodéo bus entre Naggar et Kullu, ci-dessous le restaurant chic Penjab dans lequel j'ai déjeuné d'un boneless chicken butter et un milk shake pour 6€ (très bon), la photo suivante montre tous les os laissés par mon boneless chicken (bigre - je pense que le sens de boneless n'est pas bien compris).

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Un vendeur de jus de canne à sucre et la machine infernale pour le fabriquer

J'ai trouvé un kit à adapter à mon scooter. Les indiens n'ont peur de rien.

Pour rentrer un bus hyper bondé, j'en ai laissé passer un plus bondé encore. Mais dès qu'une place s'est libéré de gentilles âmes étaient là pour me la proposer. Puis comme d'habitude, un taxi collectif pour monter à Naggar puis les 500m pour remonter à Alliance.

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La Parvati rejoint la Beas en venant de l'Est au niveau de Bhuntar. Là ou se trouve le seul aéroport de la vallée des dieux. C'est un peu au sud de Kullu. On peut faire la visite de Manikaran, lieu de pèlerinage Sikh, dans la journée, de Naggar mais il faut prendre un taxi. Comme j'aime me faire secouer les tripes j'ai choisi le bus. C'est bien moins cher que le train de la mine à Disneyland et c'est un peu les même sensations. Mais si on prend le bus c'est une demi-journée de transport donc il faut dormir sur place. Gillou et le Lonely Planet me conseillent Kasol, me voilà parti pour Kasol. Ira (là je ne vous dis pas qui c'est, si vous avez suivi vous savez) a de la famille dans le coin et elle prend le bus de 7h45 qui part de Naggar jusque loin dans la vallée de la Parvati. L'aubaine, pas besoin de changer de bus. Je me pointe donc à 7h15 (belle marge) au "bus stand" de Naggar. Normalement le bus vient de Jana il arrive donc du haut de Naggar, tous les autres sont sur l'axe Manali-Naggar-Kullu. Je demande quand même à tous les chauffeurs qui se présentent car je ne sais pas lire les vermicelles indiens des panneaux dans les bus. Enfin à 8h15 un bus descend de la bonne rue, c'est forcément celui-là. Je monte et demande un ticket pour Kasol. Ah non, me dit le contrôleur, celui-ci s'arrête à Kullu. Bontempi, comme dit le pianiste, va pour Kullu. Rebelote à Kullu, le bus nous dépose de l'autre côté de la rivière et il faut rejoindre le Bus stand de Kullu à pied en traversant le pont interdit aux véhicules (je sais pourquoi depuis, mal conçu il est en partie effondré) donc il n'y a que les piétons qui ont le droit de risquer l'effondrement complet, chouette.

Au bus stand où stationnent une vingtaine de bus, il faut trouver le bon, celui qui va à Kasol. Celui-ci me dit un chauffeur... j'y vais, ah non il n'y va pas... celui-là me dit un passager qui a l'air de savoir... ah ben non il va ailleurs. Finalement un autre passager me dit qu'il n'y en a aucun qui y va. Il faut prendre un bus pour Bhuntar et là rechanger pour la Parvati. Bon c'est parti, le passager a l'air de bien connaître le sujet et il prend le même bus. Moi je suis sur Google Maps (merci la carte Sim Airtel), je m'apprête à descendre quand le fameux passager me dit "pas encore", Puis 2 secondes après "Oui c'est bien là". Bon je descends et là ma quête du bus de Kasol commence. J’achète un journal anglais en demandant à la vendeuse si elle connaît ? Non, une autre jeune essaye de m'aider, elle va à droite et à gauche puis disparaît. Bon un faisceau d'indices et la logique Google Maps me fait pencher vers une rue marchande qui part en biais puis au milieu une rue qui part à droite mène à un pont suspendu pour piétons mais il faut laisser passer les motos qui klaxonnent. Puis de là la route rejoint une patte d'oie ou je vois un bus arrêté. Bingo, il passe par Kasol.

Bhuntar en quête du bus pour la Parvati  

Le bus attend d'être plein pour démarrer. Cela prendra un petit quart d'heure. Je suis assis du bon côté, j'ai repéré que la rivière, là ou le bus a tendance à tomber, est à gauche sur tout le chemin. La vallée est très belle. Très encaissée par rapport à la vallée de Kullu. Remarquez ci-dessous la mère, et son petit, qui n'a pas l'air de rouler sur l'or mais qui a son smartphone collé à l'oreille.

Magnifique vallée 

Cette vallée est connue aussi et surtout pour la "charras" nom local pour haschisch. J'avais prévu d'aller à Malana, mais sur les conseils de Gillou j'ai renoncé. C'est devenu un repère de drogués. Le guide Lonely Planet indique que la police en arrête quelques-uns pour leur soutirer de l'argent contre une relaxe.

Kasol est devenue très touristique. Pas mal de Treks partent de là, de nombreux hôtels et guesthouses permettent de loger tous ces touristes. Je choisi la guesthouse repérée par Lonely Planet : Royal Orchad. C'est propre, pas cher (700 Rs avec balcon) et en fermant le bon interrupteur on a de l'eau chaude très peu de temps après. Les couloirs sont ouverts vers l'extérieur et je soupçonne le veilleur de nuit d'utiliser un chien qui aboie dès que quelqu'un approche pour se réveiller. Malheureusement j'avais à chaque fois l'impression que le chien était juste derrière ma porte. Je n'ai pas très bien dormi. En demandant on peut avoir une serviette de toilette, un savon, un drap propre. Cette fois-ci je connais l'astuce de demander la serviette avant de me doucher.

Je pose quelques affaires dans la chambre, j'avale un plat de dahls aux fayots dans un restau minable sur le chemin et je me retrouve sur la route de Manikaran. Une petite marche en montant de moins de 5 km.

L'arrivée à Manikaran en venant de Kasol 

La visite de Manikaran est vite faite. 2 rues en parallèle sur la rive droite remplies de boutiques à touristes puis un pont piéton pour passer sur la rive gauche sans intérêt sauf pour prendre des photos de la rive droite. On arrive ensuite sur une place avec un temple hindou puis à un pont qui mène directement au temple Sikh près duquel une source d'eau bouillante (il font cuire du riz) est refroidie dans 2 piscines (une pour chaque sexe). J'ai passé le trempage dans le bouillon de culture. Il paraît que l'eau est radioactive. Je me suis refait la remontée dans les rues commerçantes pour reprendre le pont du haut et attendre le bus de la vallée pour rejoindre Kasol.

Une décharge  qui tombe dans la rivière. Les efforts du gouvernement pour plus de respect de l'environnement ne portent pas encore...

Le lendemain après un petit déjeuner pris dans un petit restaurant très propre de Kasol, je reprends le bus pour revenir. Par chance le bus que je prends va jusqu'à Kullu directement, puis gentiment le contrôleur, près du fameux pont qui va être normalement réparé, me mène vers le bus qui va directement à Naggar. J'ai plus de chance dans ce sens. A Naggar, après une petite hésitation, j'accède favorablement aux gentilles sollicitations d'un chauffeur de taxi (tout ravi de son coup) pour me remonter à Alliance (300 Rs). Je suis un peu fatigué, et puis mon sac-à-dos est plus lourd que d'habitude.

Retour à Kullu et la Beas 

A l'arrivée à Alliance, un bon plat de spaghetti (al dente) au légumes et au thon (les dernière pates que j'ai mangées étaient trop cuites à mon goût, Gillou me les préparera al dente cette fois-ci, toujours ce service parfait à Alliance, sa fille n'est pas là aujourd'hui et son cuisinier ne revient que le mois prochain, c'est lui qui cuisine.

J'ai fait le soir la connaissance d'un français et d'un suisse (français - italien). Le français fait sa conversion de métier (à 53 ans comme celle que j'ai faite) de commercial dans l'agroalimentaire, il devient, après rupture conventionnelle, commercial de statuettes indiennes. Il continue son voyage vers le Chhattisgarh je crois, un nouvel état qui concentre l'artisanat de statuettes. Son calcul est intéressant. la fabrication de statuettes indiennes se massifie avec 2 grandes sociétés industrielles. Les fabricants artisans ne trouvent plus de débouchés et font faillite les uns après les autres. Une filière de niche pour des produits plus authentiques faits main existe et il va tenter d'en profiter, son site marchand est en conception. Bizarrement j'avais la même idée avec les produits textiles de cette vallée. Ils sont commercialisés en masse par Bhuttico alors qu'une production artisanale existe un peu partout. Ira a ouvert une petite boutique ici. Je laisse l'idée à d'autres. Le suisse fait un pèlerinage. Il suit les traces de son fils, disparu dans un accident en montagne Suisse. Il aimait gravir une montagne célèbre dans le Kinnaur (qui rejoint le Spiti en partant de Shimla), à 69 ans il a gravi le sentier difficile (1000m de dénivelé) en 5 heures. Il a eu une vie originale, il a d'abord été agriculteur, puis comme c'était dur de vivre de cela dans la partie italienne de la Suisse, il est parti à Lausanne ouvrir une petite entreprise de peinture. On a refait le monde à trois en dînant (léger pour moi) dans une petite salle-à-manger d'Alliance. Un des intérêts de ces voyages c'est de faire des rencontres avec des gens à l'esprit ouvert.

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Manali est la plus touristique des villes de la vallée. J'en ai déjà parlé. Pour une population de moins de 10000 habitants (recensement 2011) elle contient 1000 hôtels et guest houses. Mais cela reste une ville plaisante à visiter. La vaste allée centrale piétonne est agréable. Mais j'ai aussi circulé dans de petites ruelles tout aussi agréables. Une boutique de vente de cidre, la première que je vois.

Cette fois-ci j'ai fait ma petite randonnée en allant visiter le temple Hadimba sans doute un des temples les plus courus par les indiens. Une petite marche montante au milieu des déodars et on arrive sur le site du temple avec autour tout ce que l'on connaît partout : les vendeurs de souvenirs et autre requêteurs en tout genre. Se faire prendre en photo avec un lapin angora, le seul à donner la laine dénommée Angora, coûte 50 Rs. Donc les lapins ici se font tondre comme des moutons. L'indien moustachu (presque un pléonasme) en chemise bleue à carreaux dirige un groupe de jeunes auxquels il parle en anglais. Ce sont des indiens, et lui certainement leur professeur d'anglais. J'ai échangé quelques mots et il parle un anglais impeccable, ce qui change pas mal de la population locale en général. Une habitante sort sa vache avec une laisse.

Le temps était maussade, il pleuvinait même un peu en partant de Naggar. Hadimba, ou Hidimba, est un personnage important du Mahâbhârata. Au-delà du personnage, un démon géant, c'est la victoire de Bhima, représentant le bien, d'une force de 10 000 éléphants (si si c'est marqué !) , qui réussit à terrasser Hadimba qui est célébrée par le temple qui date de 1553. Il est bâti autour d'un rocher sacré vénéré comme une image de la divinité Hidimbi, épouse de Bhima. J'ai photographié l'intérieur du temple, première photo, on voit le rocher. Le plus haut dignitaire hindou, le brahmane, officie. Seuls les hindous, de noble naissance, peuvent pénétrer le temple et recevoir la bénédiction du brahmane dont on voit le bras à droite sur la photo. Ce temple est riche en haut-reliefs qui représentent diverses batailles. Ça cogne dur dans le Mahâbhârata.



Un(e) petit(e) guerrièr(e) et un bout du jardin du restaurant Il Forno 

Un repas italien (très bon) pris dans le restaurant "IL FORNO" signalé par le Lonely Planet, lasagnes végétariennes à la tomate et aux champignons, et Tiramisu.


Aujourd'hui il pleut à grosses gouttes. Ça tombe bien je n'avais pas prévu de sortir, je prends le bus pour Delhi à 18h avec Gillou. Un hasard, il va, lui, accueillir un groupe pour un tour du Rajasthan. Alliance est aussi une agence de voyage et Gillou qui connaît bien toute l'Inde, est aussi guide touristique. Il enchaîne avec un autre groupe qu'il ramène ici à Alliance. La mousson s'attarde anormalement cette année. Elle a commencé tardivement mi-juillet ici et à deux reprises de très fortes précipitations ont fait d'énormes dégâts un peu partout dans cette région montagneuse.

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Comme je l'ai déjà dit, J'ai pris le bus de Delhi comme prévu le 28 septembre. Et le hasard a fait que Gillou prenait le même bus. Voyager avec lui m'a amplement aidé car il faut avertir la compagnie de bus (HPDTC) qu'on ne part pas de Manali mais de Patlikuhl, sinon ils attendent, un peu, les passagers manquants à l'appel (réservation obligatoire). Il pleuvait un peu au départ mais pas suffisamment pour rendre l'attente sur le bord de la route à Patlikuhl désagréable. J'ai pu occuper le siège vide à côté de celui de Gillou jusqu'à Mandi à peu près. J'ai eu l'impression que la route est devenue plus mauvaise. Ils creusent des tunnels et sont en train de développer une route deux fois deux voies là où pour l'instant existe une route à 1,5 voie. Le croisement entre le bus et un camion est problématique et la route défoncée par les travaux et les intempéries font que par moment le bus roule au pas. Mais je commence à m'habituer au bus volvo, j'ai pu cette fois-ci renverser mon fauteuil en mode semi-couchette pour dormi un peu.

A l'arrivée à Delhi, Gillou avait du temps à me consacrer pour m'aider à chercher un hôtel confortable dans le quartier populaire de Paharganj, pas loin de la gare de New Delhi. Gillou en mode guide est assez extraordinaire aussi, il connaît par cœur les petites ruelles du quartier et les hôtels aux meilleurs rapports qualité prix. Cette fois-ci j'ai un peu cassé la tirelire pour prendre un hôtel plus classe dans le style du Rajasthan. Dans ce quartier les hôtels plus bon marché ne permettent pas aux taxis de déposer devant l'hôtel, il faut parcourir des ruelles étroites et avec la valise, le terrain déformé, les bouzes de vache, les chiens couchés par terre, les scooters et les passants, ce n'est pas chose commode. J'ai dépassé l'image du bidonville que j'avais de ces petites rues étroites à l'odeur incertaine. Je me suis ensuite reposé puis j'ai pris mon métro préféré pour aller visiter le temple du Lotus avant d'aller attendre ma femme à l'aéroport.

La gare ferroviaire de New Delhi le soir et le temple du lotus 

Ce temple a été inauguré le 24 décembre 1986, la fleur de lotus symbolise l'esprit religieux en Inde et l’édifice est officiellement consacré au Dieu Un, à l’Unité de la Religion et de l’Humanité. Le financement a été fait l'association baha'iste qui proclame l'unité spirituelle de toute l'humanité. Toutes les religions sont donc admises et un espace permet à chaque dévot d'honorer sa propre religion. Je trouve cela vraiment dans l'esprit du nouvel âge qui s'ouvre à nous. Je n'ai pas pu entrer dans le temple, sans doute une trop grande affluence ce dimanche soir a fait interdire l'entrée du temple par les gardes.

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Nous avons rendez-vous le soir avec Gillou dans un restaurant que lui-même a choisi pour son rapport qualité prix. Il y accompagne souvent ses clients pour les voyages qu'il organise. Il a consacré sa journée à finaliser ses contrats de sous-traitance pour son petit groupe de 5 françaises qu'il accueille le lendemain à l'aéroport pour une visite de 15 jours du Rajasthan. Il m'a un peu raconté les multiples détails auxquels il pense, avec la précision et le haut esprit de service qui le caractérisent (ça c'est moi qui le rajoute, il est bien trop modeste pour en parler lui-même). Par exemple, sachant que l'indien de base est plus contemplatif que travailleur, il se lève tous les jours à 6 heures pour être sûr que le petit déjeuner sera prêt pour l'heure convenue. Il lui arrive parfois d'aller réveiller le personnel de l'hôtel. Il vérifie que tout fonctionne dans chaque chambre. Et aussi qu'aucune chambre n'est plus classieuse que les autres. Ça c'est pour éviter les : "msieur mon copain et ben il a une meilleure chambre que la mienne, c'est pô juste !" de certains clients qui jouent encore aux billes malgré leur âge avancé.

On a démarré plutôt lentement. La qualité de l'hôtel et la fatigue des voyages y sont pour quelque chose. Première visite de Delhi : le tombeau d'Humayun, premier tombeau-jardin du sous-continent indien. Nous on a la tombe de Napoléon, sans les jardins, que les anglais aiment bien visiter (sans doute par fierté de l'avoir vaincu à Trafalgar), eux ils ont la tombe d'Humayun, et de toute la dynastie (même le barbier d'Humayun y serait), un empereur Moghol du 16ème siècle grand-père de celui qui construira le Taj-Mahal. De style perse il est une préfiguration plus modeste de ce que sera le magnifique Taj-Mahal que tout le monde connaît au moins en photo.

 Le tombeau d'Humayun
 Le site inclut aussi d'autres tombeaux comme celui-ci du général Isa Khan

Nous avons ensuite poursuivi par la visite, un brin contemplative, du Gurdwara (sanctuaire sacré dédié à un des dix gurus fondateurs) de Bangla Sahib, un lieu de recueillement et de prière Sikh très beau dans lequel, le soir, des chanteurs inspirés font résonner leur vocalisations improvisées accompagnés d'instruments traditionnels. Pour y entrer il faut avoir la tête couverte et être nu-pied, j'ai essayé la casquette mais ça ne marche pas. Un petit détour vers cette secte hindouiste s'impose. Le Sikhisme est un mouvement créé par un guru (maître en sanscrit) et ensuite alimenté en enseignements par 9 gurus qui se sont succédés. Ils ne croient, en opposition à l'hindouisme, ni aux temples ni aux idoles. Sikh en penjabi, langue créée par un guru sikh et parlée actuellement au penjab, veut dire disciple. Le Sikh se positionne donc comme un disciple à la recherche de la vérité en étant porteur d'une grande moralité et du sens du devoir. Le sikh croit en un Dieu unique, le créateur. La prière, la gentillesse, les bonnes actions doivent peupler sa vie. Bon au cours du temps, face à l'adversité des hindous qui voulaient les exterminer, ils ont dû développer une certaine maîtrise martiale qui fait qu'encore aujourd'hui, le poignard fait partie, avec le turban, des attributs du sikh. Et la gentillesse dont les gardes-du-corps sikhs ont fait démonstration envers Indira Gandhi est toute relative. Il faut dire qu'Indira Gandhi a attaqué le saint des saints du sikhisme : le gurdwara d'Amritsar, dit temple d'or. Bon les sikhs y avaient planqué toutes les armes pour attaquer le gouvernement indien, ils pensaient qu'elles seraient bien à l'abri. On n'en sort pas.

On a pris Uber pour rentrer à l'hôtel. Moins cher que tout, efficace et climatisé, c'est plus pratique que les rickshaws trop nombreux et envahissants à Delhi par leurs incessantes requêtes à vous emmener partout ou vous ne voulez pas aller. Oui sans doute l'exotisme en prend un coup mais cela n'empêche pas d'en prendre de temps en temps, ce que nous faisons. Nous avons rendez-vous avec Gillou à 20 h. Nous arrivons un peu avant et à 20h pétantes Gillou nous rejoint tout-sourires. Je le taquine sur la précision horaire de son arrivée, il me répond par la formule bien connue : "avant l'heure, c'est pas l'heure, après l'heure c'est plus l'heure". Le choix des plats se fait sous ses conseils et, à ne pas en douter, c'est une bonne adresse que connaissent nombre d'étrangers apparemment. Les trois repas végétariens pour 10 euros. Bien entendu, à ce prix, si nous avons droit à de très bon plats, mais nous n'avons pas de nappe brodées, des serveurs en livrée, le voiturier et le tapis rouge à l'arrivée.

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Deux visites prévues pour ce troisième jour. Le "Red Fort" et le "Lodhi Garden". Tous les déplacements seront en Uber, tellement pratique. Il y en a partout, le prix est affiché sur l'appli et nous semble très inférieurs à ce que les Rickshaws et taxis normaux réclament. La mise en concurrence fonctionne bien sur Uber. Seul bémol, il ne viennent pas toujours à l'endroit du rendez-vous. Je les vois sur l'appli et souvent, pour une raison qui m'échappe, ils s'arrêtent avant. Bon 20 m de marche à pied pour rejoindre l'endroit ne tue personne. De même pour l'hôtel suivant (Chandigarh) cela n'a pas dérangé le chauffeur de nous laisser devant une église, et il a fallu insister en disant que nous allions à l'hôtel, pas à la messe, pour qu'il se mette sérieusement, avec mon google maps pour l'aider, à chercher l'hôtel qui se trouvait un peu plus loin.

Le Fort Rouge se tient à l'Est de Shahjahanabad, ancien nom de Delhi (on comprend qu'ils aient changé le nom de cette ville). Construit en grès rouge il est très vaste. L'entrée se fait près de l'entrée principale, où on peut acheter les billets en payant avec le téléphone. Mais pour ceux, comme nous, qui payons cash, il faut faire un kilomètre de marche (aller-retour) pour atteindre les guichets à une autre extrémité (bigre, quelle efficacité). Il est, comme la Bastille chez nous pour la libération de l'ancien régime, le symbole de la libération de l'Inde de l'emprise anglaise. Comme beaucoup de sites à Delhi, il date de la présence moghol au 17ème siècle. La moitié du site est actuellement occupée par l'armée.

De haut en bas, et de gauche à droite :Enceinte extérieure - Entrée (large et haute pour laisser passer les éléphants) parsemée de boutiques plutôt chic - Salle des audiences publiques - intérieur de la salle des audiences publiques - Garnison - Salle des audiences privées - salle des audiences privées - salle des audiences privées - mosquée.

Le 'Lodhi Garden" est un assez grand parc qui renferme quelques tombes de dignitaires et autres empereurs moghols qu'il n'est pas très intéressant de détailler ici. Mais c'est surtout un endroit très agréable à parcourir avec des espaces très différents, très verts et très bien entretenus. Un endroit de détente prisé par les habitants. L'entrée est gratuite.

De gauche à droite, et de haut en bas : entrée principale du parc - bonzaï de la collection nationale - espace bonzaï - bonzaï - oiseaux visibles dans le parc - tombe et espace détente - tombe et espace détente - un merle indien (très beau pour un merle) - un ibis (pas dans la liste ci-dessus) - un bout d'enceinte du parc - une tombe.

Direction Hôtel pour récupérer la valise avec un Uber qui profitera d'une course au noir, mais un chiffrage fait avec Uber, pour aller de l'hôtel à la gare de New Delhi assez proche. Une attente au frais dans un Lounge et une recherche laborieuse ensuite du bon quai (loin du Lounge) et du bon wagon où on nous servira, en cours de route, une boisson apéritive au citron, un plateau repas et un thermos d'eau chaude pour faire notre thé à notre place de première classe. Chandigarh nous attend au bout de ce petit voyage de 3h30.

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Chandigarh est une ville entièrement conçue, au départ, par notre architecte bétonneur bien connu Le Corbusier. Il a quadrillé la ville en secteurs normalement autonomes en lieu de travail, lieu d'habitations pour toutes les classes, espaces verts et commerces. Avec le temps une spécialisation s'est quand même opérée. Par exemple le secteur 17 est à présent un secteur très commercial.

Pour bâtir Chandigarh, Il a fallu raser les villages pré-existants. Cela a généré une décharge intelligemment utilisée par un idéaliste "travaillomane", Nek Chand, pour faire des sculptures que l'on peut admirer dans le Rock Garden. Incompris au début, les fonctionnaires de la municipalité voulaient tout raser, et ce à plusieurs reprises, il est devenu une figure nationale et a remporté des centaines de prix tous exposés dans ce musée très original. Le Rock Garden fait à présent la fierté de Chandigarh. Il est un des lieux les plus visités d'Inde. Passer de Delhi à Chandigarh est une expérience qui s'apparente à sortir du chaos pour pénétrer dans une ville clean et quadrillée à l'américaine qui, donc, au premier abord ne ressemble pas à l'Inde. La municipalité continue de cacher ses misères (bidon-ville, décharges) derrière des panneaux opaques. Nous étions le 2 octobre à Chandigarh et ce jour est particulier, c'est l'anniversaire de naissance de Gandhiji (le ji derrière Gandhi est une marque d'affection) et cette année est encore plus particulière puisque c'est son 150ème anniversaire. Les autorités, toujours en alerte, nous ont empêché de venir trop près de certains bâtiments administratifs conçus par Le Corbusier. Quelques photos du Rock Garden ci-dessous.

A l'heure du déjeuner nous nous trouvions à une pointe du lac artificiel Sukhna, voulu comme un espace de détente et de promenade. Une piste cyclable, plus une piste pour jogger avec les centaines de mètres bornés plus une large promenade pour promeneurs longe ce lac. Après une petite recherche nous trouvons un petit restaurant indien/chinois qui sert de la bière. Vais-je pouvoir consommer ma quatrième bière du séjour ? Ben non aujourd'hui, la fête de Gandhi, c'est un "dry day". Interdiction de servir de l'alcool dans tout le pays. C'est bien ma chance, les restaurants où ils servent de l'alcool sont tellement rares en Inde.

Une rapide visite du centre administratif tellement aéré qu'on se croirait à la campagne. J'ai dégoté un aigle perché en haut d'un pylône d'éclairage urbain.

Le pylône et son aigle 

Pour aller voir la fameuse main dessinée par Le Corbusier notre Uber a négocié avec des militaires à qui il a fallu laisser notre passeport. Nous étions seuls sur le site, on peut dire que cela change de Delhi, ah ça oui...

Et pour finir notre journée nous sommes allés, en Uber naturellement qui fonctionne aussi bien qu'à Delhi, visiter le Rose Garden, encore un très grand espace près du secteur 17 très commerçant près du secteur 18 ou était situé notre hôtel. Très peu de roses mais les rosiers de toutes sortes sont bien là. Nous avons, au secteur 17 assisté à un mini spectacle de jets d'eau avec musique indienne moderne et lumières et j'ai pu faire réparer une paire de lunettes, gratuitement - vis perdue, chez un opticien. Je n'en ai pas trouvé à Delhi.

On pourrait se demander pourquoi visiter une ville comme Chandigarh tellement originale par rapport à l'Inde en général. Et bien pour nous, au départ, c'était pour éviter les 14h de bus Delhi-Manali. De Chandigarh, pas le choix il faut prendre le bus mais cela ne fait plus "que" 9h de virages et de routes défoncées. Heureusement nous avons pu acheter le médicament miracle contre le mal des transports que Gillou m'a passé. Au final nous avons vraiment apprécié la visite de cette ville originale.

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Ce post est écrit par Mickaël. Avec Marine nous avons rejoins les parents pour trois jours inoubliables dans la vallée de Kullu.Retrouvez Mickaël sur MyAtlas (http://www.myatlas.com/mickael) ou sur son blog personnel (http://visionfugitive.wordpress.com).


Depuis le terminal de Delhi, où nous dormons à même la moquette jaune et rouge, nous sommes réveillés par l'incescante annonce en hindi et anglais des prochains vols à venir. Il est 5h du mat et notre avion qui termine notre voyage vers l'Inde décolle dans un peu plus d'une heure. Groggys, nous suivons les panneaux vers notre avion à hélice. Nous avons pris cette option pour éviter une dizaine d'heures de bus. Le vol est sans encombres et surtout très beau. Nous nous enfonçons dans la vallée pour y vivre nos prochains 10 jours, dans un dépaysement complet. Complet ? Presque ! Car papa et maman nous attendent à l'auberge.


Un taxi nous emmène de Kullu à Naggar. Ce sont nos premiers "pas" en Inde et nous goutons à la conduite locale. C'est exactement comme tout le monde vous l'a sûrement déjà dit, y compris dans ce blog ! Ce qui est plus surprenant c'est que je n'ai pas ressenti d'insécurité particulière, car ici c'est une conduite normale, habituelle et maîtrisée. On comprend vite les quelques règles et assis au fond de la banquette sans ceintures on y prend goût. La conduite s'observe néanmoins en Inde, au même titre que les paysages. Il y a tellement à voir ! Partout et tout le temps. Tout est si différent.

Aperçu de Naggar et ses temples environnants 

Les premiers jours on se contente de rester à Naggar et à Patlikuhl, la ville voisine au fond de la vallée, plus grande. C'est une bonne occasion pour nous de s'habituer aux multiples options de déplacement : le rickshaw, le taxi et le bus. Une savante combinaison de ces différents moyens permet de se rendre à peu près n'importe où. Même si on est dans un endroit un peu excentré, il y a beaucoup d'habitants et de véhicules qui bourdonnent et crachent sur les routes. Marcher est aussi l'occasion de se faire aborder gentiment par un taxi ou un rickshaw (ces voiturettes à trois roues) en quête de course. Au début on dit non presque par réflexe, mais on fini par dire oui en fonction du trajet. Il faut dire que marcher n'est presque jamais agréable, mais ça permet d’expérimenter l'Inde à 100 % (et de prendre des photos).

Papa a ses petites habitudes. Il va chez le tailleur récupérer ses chemises, passe devant le magasin de la sœur d’Éva, Marielle, en jetant un œil pour faire un coucou, passe au magasin de bière faire quelque emplette pour fêter notre présence. Nous le suivons comme des canetons, que les coups de klaxon permanents tiennent sur le bord de la route. Le soir nous dînons à Alliance.

Patlikhul et le tailleur de Gillou. Des chemises en coton infroissable d'excellente qualité et sur mesure pour 10 euros 

Par chance, cette semaine accueille un festival à Kullu, du nom de Dusserah. Nous y consacrons le gros de notre troisième journée. Kullu et toute la région se pare de magnifiques couleurs, et en particulier le rouge, qu'arborent les milliers de danseuses du jour. Mais avant d'atteindre la "piste" de danse, nous arpentons les ruelles de cette ville que nous découvrons, sous le guidage érudit de papa et même maman qui a déjà quelques marques ici ! La ville grouille déjà, et un immense marché couvert et découvert s'est formé. Des vêtements surtout, quelques babioles et un peu de nourriture. Quelques tambours nous guident vers la danse et nous nous postons un peu en hauteur.

La fête de la Dusserah à Kulu : un événement attendu toute l'année 

C'est une marée humaine rouge qui agite un foulard et danse par gestes lents et répétés sur une musique presque de transe alternant chants mélismatiques et hautbois strident sur un rythme simple de tambours. Le mouvement circulaire se resserre et termine en apothéose sur un champ rouge vif, qui fait son effet. Les spectateurs autour, surtout des hommes et quelques officiels, assistent attentivement. C'est une chance pour nous d'assister à un tel événement local et traditionnel. Il fallait voir l'attention portée par toutes ces femmes les heures précédentes dans les bus, rickshaw et même motos, convergeant vers le centre de Kullu.

Comme environ 10000 personnes, nous nous dispersons dans Kullu, soudain ville monde, pour reprendre nos quartiers à Naggar.

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NB de PJ : j'ai enregistré une petite vidéo pour l'ambiance. Cliquez ici pour la voir. Merci à Mickaël pour cet étape, j'étais un peu trop fatigué pour m'y atteler. Mais cela va mieux. Odile est encore patraque avec un peu fièvre. Demain nous reprenons le Bus de jour pour Chandigarh et de là un Uber, normalement, pour Rishikesh (la ville sainte pour les Sikh où le Gange s'assagit) où nous faisons une cure ayurvédique. Espérons que cela ne nous achève pas 😉. Ensuite retour sur notre planète. Le reste de cet article est de Mickaël, je n'ai écris que cette Nota Bene.

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Nos impressions en Inde sont positives. En choisissant l'Himashal Pradesh, et en plus avec les parents, nous faisons une arrivée en douceur dans ce pays-continent, loin du tumulte pollué puissance 1000 de New Delhi. Néanmoins tout est un choc culturel. Mais ce qui s'apparente d'abord comme extrêmement bordélique devient peu à peu plutôt pratique et même facile. C'est une organisation à l'instinct où les gens ne sont jamais un obstacle et jamais désagréables. Au bout de quelques jours on prend le pli et on demande le moindre renseignement à n'importe qui, même en pleine rue. Ici, l'anglais n'est pas si répandu alors à part quelques mots de base il est difficile d'aller plus loin. En revanche c'est toujours sale, peuplé, bruyant et pollué. Sur ces plans-ci et à moins que vous croyiez débarquer en Suisse, l'attente est au niveau de la crainte !


Naggar 
Une escapade guidée dans la montagne autour de Manali 
Des paysages sublimes au seuil du grand Himalaya 
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Une dernière photo d'Alliance Guest House à Naggar, un havre de paix et d'amour.

Nous avons quitté notre guest house préférée, Alliance, le 15. Nous regretterons l'accueil du lieu, de ses employés et de sa nouvelle patronne Eva et bien sûr Gillou. La fièvre d'Odile commençait à baisser et nous étions à peu près en forme pour affronter les 10h30 de bus pour aller à notre étape suivante Chandigarh.

Le trajet était de jour cette fois-ci, sauf en arrivant vers 20h. La première grande ville, Mandi, s'atteint au terme de mille virages au moins et ensuite ça tourne encore pendant des heures. Ce n'est que 2 ou 3 heures avant d'arriver que la route n'est plus sinueuse.

Un petit Uber (comme vous le savez Uber fonctionne très bien à Chandigarh) et nous voici installés à l'hôtel City Heart Premium recommandé par Gillou. L'hôtel est très correct en restant dans des tarifs acceptables, il aura le grand intérêt de voir arriver Mickaël et Marine la nuit suivante.

Vu notre état de convalescents nous avons décidé d'aller en taxi à notre dernière destination en Inde : Rishikesh dans l'Uttarakhand (je crois que le h est à la bonne place, difficile de les placer ces h dans les noms indiens). J'ai planifié un Uber Intercité et le coût est à peine plus élevé que les 2 places de bus. Hélas cela ne s'est pas révélé aussi simple que le clic de Uber. En attendant nous avons une journée à passer à Chandigarh. Nous allons la passer à choisir un restaurant pour le soir (M&M devraient partager le dîner avec nous) et visiter le musée d'art moderne (il paraît, d'après le Lonely Planet, qu'il y a des peintures de mon peintre préféré (là je ne vous dit pas lequel, vous devriez savoir si vous avez lu mes posts précédents)). Puis avec le même ticket au prix dérisoire de 20 Rs, nous sommes passé, au pas de course tellement c'était nul, au musée d'histoire naturelle à côté (vous reconnaîtrez plus bas les deux photos prises dans ce musée), affublé d'une mini tour Eiffel près de l'entrée. Le musée d'art moderne montre de l'art moderne, normal, mais aussi une oeuvre d'art composée de vieux appareils radio. le gramophone d'un maharadja je suppose, et des statuettes indiennes modernes mais il y a quelques siècles montrant le Bouddha et Maitreya (Le Christ pour les bouddhistes). On a cherché partout les fameuses peintures sans les trouver.

Un tableau de la vallée de Kullu en 1961 (désolé pour les reflets mais je n'ai pas pu faire autrement). Quel changement avec la vallée de Kullu actuelle et qui se peuple encore à vue d’œil. La nuit le versant opposé à Naggar s'éclaire de mille ampoules d'habitations qui se multiplient toujours, les camions chargés de briques font sans cesse la navette partout.

Le soir venu M&M sont venu boire une bière (que j'avais acheté spécialement) dans notre chambre, ils avaient la chambre à côté dans l'hôtel, avant d'aller dîner au restaurant.

J'avais réservé Uber Intercity pour 10h le lendemain 17/10 pour rejoindre Rishikesh. L'aventure qui suit est une autre histoire.

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Le départ de Chandigarh aurait du se faire par Uber Intercité. Il était bien à l'heure à 10h devant l'hôtel mais quand il apprend que la course est pour Rishikesh (les chauffeurs savent que c'est en dehors de la ville mais ils ne connaissent pas la destination tant qu'ils n'ont pas accepté la course) décline et se retire. Le suivant pareil, nous apprendrons que le soir il y a une grande fête à Chandigarh qu'ils ne veulent pas rater. Dommage pour nous. Bon le premier, par soucis du client ou par intérêt ou les deux nous trouve un taxi qui accepte, hors circuit Uber, mais c'est 1000 Rs (13 €) de plus. Il faut dire que les tarifs Uber sont serrés. J'aurais pu dire non mais les autres solutions sont le bus qui part dans la nuit et comme nous sommes encore un peu fatigués je ne voulais pas choisir cette solution. Le taxi se révélera agréable bien que le chauffeur ne parlait pratiquement pas l'anglais. La route comporte des autoroutes (à l'indienne - avec vélos, piétons, 2-roues à contresens, vaches et véhicules improbables comme celui pris en photo ci-dessous) et des routes qui deviennent le terrain de jeu du pilote. Il évite tout ce qui se présente, vélos et motos à contresens, vaches qui traversent, chiens qui se poursuivent, piétons, bus qui doublent en face, etc.. Il faut le vivre pour comprendre ce que conduire en Inde veut dire. On ne peut pas l'imaginer, il y a toujours une situation encore plus improbable qui se présente. Hertz est le seul loueur de voiture présent en Inde, et ils ne doivent pas souvent louer à des étrangers. On raconte l'histoire de ce touriste français qui, ayant loué une voiture pour passer ses vacances en famille en Inde, a renversé mortellement un enfant. Le père, présent, fou de rage a sorti le sien de gamin de la voiture et l'a tué devant lui pour être quitte. Bon c'est sans doute une anecdote extrême mais elle indique surtout qu'il faut avoir l'expérience d'un indien pour conduire en Inde. Je pense être un bon conducteur mais pour rien au monde je ne conduirais en Inde.

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J'avais expressément demandé au taxi de nous déposer directement au centre ayurvédique Ayuskama voir le cite en cliquant ici . Ils organisent des formations et des traitements ayurvédiques. Ce centre a récemment déménagé. Le Directeur avec lequel j'ai échangé de France par email m'a dit que c'était pour s'éloigner de Rishikesh trop bruyant pour les activités du centre. Il est donc à présent dans la colline à 3km du centre de Rishikesh. Sur Google la route semble praticable par tout véhicule, mais ce n'est pas le cas. Le taxi a bien essayé mais sa voiture ne passait pas, on était à peine à 650m quand il a du jeter l'éponge. A 19h j'ai donc appelé le centre à la rescousse qui a envoyé un taxi 4x4 Mahindra (très commun en Inde) nous récupérer sur le chemin. Heureusement que notre taxi n'a pas plus insisté car il y avait une rivière à traverser à gué un peu plus loin. L'heure du dîner est 19h. On nous a servi un Thali. Un assistant nous a porté nos valises dans notre bungalow/cabanon/cottage. Deux hôtes nous attendaient : Une grosse araignée comme vous n'en avez jamais vu en France et un scorpion (assez petit). Cela ne se fait pas en Inde, mais sans témoin je les ai écrabouillés. Brrrr...

 Accueil de choix dans le cottage

Le centre ici est agréable. Le jour il faut assez chaud mais sans plus en ce mois d'octobre avancé, la nuit il fait frais mais le "cottage", cabanon en français, garde la chaleur. La forêt nous entoure. Elle fait penser à la forêt du Livre de la Jungle. D'ailleurs des locaux nous ont dit avoir aperçu un ours et une panthère noire un soir. Sans doute Baloo et Baghera, mais ils ne leurs ont pas demandé leur carte d'identité. L'accueil n'existe pas, heureusement de plus anciens étudiants et curistes nous ont dit les choses importantes à savoir : Une australienne d'un âge mûr très sympa, on a échangé nos What'app (on n'échange plus les numéros de téléphone à présent) et si on met les pieds à Sydney, un jour, elle est prête à nous revoir. Une jeune allemande (de mère américaine de NC) ancien modèle de mode, pourtant très jeune encore. Elle se cherche et ne sait pas encore quoi faire de sa vie après la mode. La description de sa vie d'avant est le cliché des mannequins (avion le matin pour milan, défilé, puis le soir pour New York pour un autre défilé de mode pour rester finalement 5 jours alors qu'elle n'a que sa brosse à dent et son pyjama). Elle a craqué et quand on la voit (très mince et grande) on a du mal à croire qu'elle a 15 kg de plus que quand elle défilait. Elle est très sympa et comme elle est ici depuis assez longtemps elle nous sert de référence. Elle parle un anglais américain que je comprends mieux que tous les autres anglais.

Le centre Ayuskama

Dans un autre article je vous décrirai en quoi consiste une cure ayurvédique. A suivre...

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Dès le lendemain de notre arrivée nous avions rendez-vous chez le médecin ayurvédique qui a bonne réputation sur le web, Vinod Kumar. L'auscultation comprend une série de questions pour l'aider à déterminer notre combinaison de doshas (article à suivre pour les explications détaillées) personnelle et les points à corriger pour rééquilibrer les doshas. Il palpe le pouls avec 3 doigts pour affiner son diagnostic. Ensuite il rédige une ordonnance que l'équipe soignante devra respecter. Vinod est aussi le CEO d'Ayuskama ce centre ayurvédique qui forme à la fois les adeptes du yoga mais aussi les thérapeutes ayurvédiques et les formateurs de yoga. On croise ici toute sorte de personnes, surtout des femmes. On a, maintenant que Christine l'australienne est partie, toujours Léa l'allemande, des françaises, 2 brésiliennes, une anglaise, un couple d'indiens de Delhi qui connaissaient Ayuskama quand il était dans le centre de Rishikesh et qui avaient un peu peur de l'isolement mais finalement ils sont restés. Notre planning de cure est le suivant :

7:00 Yoga (c'est mortel pour moi qui suit un débutant et souple comme une barre à mine - mais je fais ce que je peux et ça fait quand même du bien de remuer tous mes os et articulations) optionnel qui se termine par du Pranayama yoga (exercices basés sur la respiration en utilisant l'une ou l'autre des 2 narines - les yogi arrivent à fermer et ouvrir la bonne narine sans fermer avec les doigts) cela durait 1h30 au début mais il en est à 2h15 maintenant. Un peu trop zélé ce formateur. On finit par des mantras chantés en sanscrit.

9:00 petit déjeuner indien (ça manque cruellement de croissant et de café mais on s'habitue à presque tout n'est-ce pas ?) des fois des vermicelles sucrés, des fois du porridge (ça encore ça va), des fois un uttapam (espèce de pizza indienne qui n'a de pizza que le nom, les ingrédients sont incorporés à la pate pour faire une sorte de crêpe), mais toujours du riz (aux trois repas) 2 chapattis (espèce de pita indienne). La boisson est toujours du thé vert au gingembre auquel j'ajoute pas mal de miel pour étouffer le goût du gingembre que je n'aime pas. Bon j'essaye de limiter le sucré puisqu'un des objectifs de la cure c'est de perdre du poids. Tous les repas sont végétariens, mais je n'ai pas encore vu d’œuf.

10:30 - 11h30 mon traitement du matin, le planning est établi pour la durée du séjour, les traitements se répètent quelques jours puis changent. Cela fait partie de l'ordonnance. Je ferai un article plus détaillé sur le principe ayurvédique et les différent traitements qui sont proposés. En ce moment j'ai beaucoup de massages. Mon thérapeute Rishi (il fait des cours aussi) a 23 ans, très sympa il est hindou mais très tolérant avec les autres religions.

13:00 Déjeuner. Du riz, du Dahl (espèce de ragoût sans viande aux pois-chiches ou fayots ou lentilles mais assez épicé). 2 chapattis, une sauce verte piquante parfois, des légumes en ratatouille souvent (courgettes pomme de terre, chou-fleur). Le chat du coin est presque végétarien, il adore les chapattis, si on ne fait pas attention il a vite fait d'en chiper dans l'assiette.

14:30 - 16:00 Mon traitement de l'après-midi, en ce moment massages mais pas les mêmes que le matin, inhalation (pour mon asthme) et gouttes dans le nez. Les massages commencent à produire leur effet sur mes lombaires. Rishi s'y applique bien, les premiers jours je devais prendre du paracétamol pour m'endormir mais les douleurs s'estompent peu à peu et je me sens mieux dans ma charpente.

18:00 - 19:00 méditation avec le prof de yoga. Il guide bien.

19:00 Dîner - même topo qu'à 13:00. Ce soir nous avons passé du temps à bavarder entre les curistes. La petite brésilienne de 25 ans ramène souvent sa fraise pour étaler ses connaissances académiques sur le développement durable. Elle est, comme on dit, extravertie. Les indiens sont charmants, instruits tous les deux. Ils m'ont appris qu'en Inde ils cultivent 25 variétés différentes de bananes dans plein de régions différentes, notamment le Kérala et que je trouve très bonnes par ailleurs. Pas étonnant qu'on en trouve partout en Inde. Les indiens d'un certain niveau d'éducation sont très concernés par l'environnement. Il y a une ville indienne modèle qui ne sert que des produits sans plastique et qui offre de multiple possibilité de remplir les contenants des clients, pour éviter les emballages à usage unique. Ils nous ont parlé du "Plogging" contraction de "Jogging" et "Picking". Les adeptes profitent de leur jogging pour ramasser tous les plastiques et autres détritus qui traînent. Ce comportement inventé en Suède a l'air de bien prendre ici et il y a de quoi faire. Cela démontre encore une fois l’extrême diversité des comportements en Inde. Il y a apparemment ici les plus gros pollueurs mais aussi les plus grands défenseurs de l'environnement.

21:00 extinction des feux (théorique car nous regardons une série que j'ai enregistré) c'est nous qui gérons mais nous nous endormons rarement après 22:00 environ.

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Avant de vous parler plus en détail de l'Ayurvéda, je vais vous relater une sortie à RIshikesh. Aujourd'hui je suis dans ma chambre, le seul traitement auquel j'ai eu droit est la prise d'une demi-pilule qui a déclenché une diarrhée carabinée. La journée s'appelle Diarreha (il y a toujours des h) Elle consiste à éliminer les toxines libérées lors des traitements précédents. J'ai eu mal au ventre toute la matinée mais cela va mieux. Le régime de la journée est 2 litres d'eau et 4 bols d'eau de riz. Heureusement ce n'est qu'une journée dans ma longue cure.

Bon revenons au sujet de cet article notre sortie de cette retraite calme et isolée de tout. J'ai commandé la Jeep (elle sert de liaison entre Rishikesh et le centre) pour midi. Mon thérapeute attitré, Rishi (très efficace, sympa et joyeux) a fait tous les traitements le matin (plus de 2 heures).

Nous avions l'intention de déjeuner à Rishikesh. Mais les rendez-vous indiens sont basés sur une montre qui retarde. Finalement nous déjeunerons au centre car la jeep a fini par décoller à 13h30. Nous avions projeté de voir la cérémonie près du gange (Ganga Aarti une cérémonie avec chorégraphie et lumières qui a lieu tous les jours qui a pour thème l'humilité et la gratitude envers le divin). Hélas le management nous indique que la jeep doit retourner pour 18h et la cérémonie commence à 18h30. Mais la journée a été intéressante. J'aurai l'occasion d'y aller à cette cérémonie puisque j'ai décidé de passer 2 nuits à Rishikesh avant de rentrer. Je prendrai le bus, à priori, pour Delhi le 11/11 pour un décollage pour Frankfort (même vol que M&M) le 12/11. Nous avons marché dans Tapovan le quartier Est de Rishikesh. Sans doute la partie la plus intéressante et qui se trouve au bout du chemin qui mène au centre Ayuskama. Ils font des travaux pour améliorer. Cela dure une demi-heure environ mais si cela durait plus il faudrait prendre des cachets anti-mal-de-mer. Quelques photos avec commentaires : de haut en bas et de gauche à droite : des singes, il y en a beaucoup à Rishikesh - une vache que j'ai trouvé originale et belle - le Gange en regardant vers sa source - le Gange en regardant vers l'aval, une jolie terrasse restaurant qui surplombe - Des hôtels, Resorts et autres ashram sur la rive droite au premier plan un bateau de rafting (très populaire à Rishikesh)- Une plage de sable fin - une autre plage partagée par singes, vaches, méditants et baigneurs - le deuxième pont piétons etc..


Nous en avons profité pour faire quelques courses, dont des fruits.

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Les journées au centre se suivent et se ressemblent beaucoup sauf les fois où les traitements changent. C'est de ces traitements que je vais aborder dans deux articles, celui-ci et le suivant. Mais avant de parler des traitements il faut commencer par exposer, même très synthétisé, ce qu'est l'Ayurvéda.

Le nom Ayurvéda vient du sanskrit, qui était la langue parlée en Inde du temps des Védas justement, la civilisation avant l'actuelle hindouiste. Cela veut dire "science ou connaissance de la vie" littéralement. Elle est holistique, c'est le patient et non la maladie qui est l'objet du traitement, et on lui fait actuellement deux procès : 1- l'OMS, qui la reconnaît comme médecine traditionnelle, lui reproche l'utilisation de métaux lourds dans certains traitements et remèdes. 2- certains, je ne sais pas qui, l'accusent de dérives sectaires. En tout cas l'actuel premier ministre Modi fait tout ce qu'il peut pour la promouvoir (cela ne prouve rien bien sûr). D'une manière générale la "Science médicale officielle" ne lui reconnait aucune valeur, mais on a déjà vu cela avec d'autres approches qui, en apparence, ne sont pas scientifiques, comme l'homéopathie par exemple. Après être tombée en désuétude en Inde, suite à l'invasion Moghole (on a vu la quantité de tombes de ces dynasties musulmanes qui parsèment Delhi), elle est réapparue en Europe à la Renaissance. Ensuite interdite en Angleterre il a fallut attendre Gandhi pour qu'elle refleurisse à nouveau.

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PRINCIPE :

1- L'Univers tout entier et donc le corps humain est formé de 5 Mahabhutas qui, littéralement, veut dire "Grands éléments". En sautant les termes sanskrits : L'Ether (l'Espace, Einstein avait-il raison ?), puis les 4 que nous connaissons tous, la Terre, le Feu, L'Eau et l'Air. Nous sommes imprégnées de ces éléments mais pas de la même façon.

2- Les Doshas, les humeurs, sont les 3 énergies fondamentales à l'oeuvre dans le vivant (donc dans tout l'Univers) et dont l'équilibre est synonyme de santé, de vie :

a- vata : C'est l'énergie cinétique composée d'Ether et d'Air - c'est le mouvement. ceux qui n'en possèdent que très peu trouvent curieux de voir gambader dans tous les sens, aller et venir, bouger parfois sans raisons, ceux qui en possèdent beaucoup.


b- Pitta : L'énergie de transformation composée de Feu et d'Eau. C'est le côté bien organisé de notre nature, la logique prédomine, la focalisation sur l'objectif, le sens du projet et de son management. Dans le corps il a donc une importance primordiale pour le bonne régulation des métabolismes.


c- Kapha (les h reviennent) C'est l'énergie de cohésion. C'est le côté stable, rassurant car imperturbable, notre côté patient et compréhensif des situations. La prise de poids guette les personnes ayant Kapha en excès par rapport aux autres énergies, car cette énergie ne donne pas à bouger mais à réfléchir aux situations. Les Kaphas sont des personnes agréables à fréquenter.

Nous avons tous ces trois humeurs à la fois, mais rarement dans la même proportion. la combinaison qui nous est propre constitue notre nature, que nous avons dès la naissance. Cette nature tend, avec l'âge, à se déséquilibrer. C'est alors que peuvent apparaître certaines pathologies propres à chaque déséquilibre. Le but de la cure, mais au-delà, du soin ayurvédique est de rééquilibrer les doshas, selon notre nature, et de libérer le corps des toxines accumulées. Jusque là cela paraît simple mais c'est dans la praxis que la complexité se fait jour. Ces dessins et un extrait des explications sont issus du site euroved.com très bien fait. Je vous recommande ce site.

L'Ayurvéda recense 16 systèmes circulatoires dans le corps humain (les shrotas), les plus connus, de grande taille et communs avec la science médicale moderne sont le système sanguin, le système respiratoire et le système digestif. Apparemment les recherches continuent et la science vient tout juste, l'année dernière, d'en découvrir un dont les canaux seraient utilisés pour le transfert de cellules cancéreuses d'un organe à l'autre. Cliquez ici pour en savoir plus. C'est, peut-être, le Udaka vaha shrota, le réseau transportant l'eau de l'Ayurvéda. Tous ces canaux participent aux processus d'assimilation et d'élimination. Un corps sain ne permet aucune accumulation de déchets ou toxines.

Une ordonnance ayurvédique, en tout cas ici dans ce centre, comporte plusieurs volets :

1- l'alimentation : c'est sans doute le plus important. Certains aliments permettent de renforcer certains doshas, dans mon cas il me faut renforcer le feu de mon Pitta puisque je suis un type Kapha-Pitta qui se déséquilibre vers Kapha. Plus de Vata ne me ferait pas de mal mais je ne serai jamais un marathonien. Je vous ai déjà parlé de la maxime entendue dans "la grande vadrouille" : "vous aimez ce qui est bon ? C'est très mauvais !". Cela s'applique bien aux nourritures qui augmentent le Kapha (Gras et sucre). Mais le corollaire aussi s'applique dans mon cas : "Vous n'aimez pas ce qui est mauvais ? C'est très bon !". Je n'aime pas le gingembre qui évidemment est excellent dans mon cas. Une infusion de gingembre ça vous dit ? Moi non. Mais bon ...

2- les exercices de Pranayama. ces exercices sont des exercices de respiration (prana en sanskrit) j'en fait tous les jours en fin de séance de Yoga. L'ordonnance indique ceux qui me sont favorables.

3- les soins . J'ai deux séances par jour en règle générale. Ils ont surtout pour but l'élimination des toxines et la stimulation des canaux. J'en parlerai plus dans le prochain article.

4- Les remèdes. J'ai revu le Docteur qui a fait une ordonnance de médicaments ayurvédiques pour favoriser les fonctions utiles.

5- le Yoga. Ce centre préconise le Hatha Yoga, un Yoga d'apparition tardive qui force sur les muscles et articulations pour parvenir à la posture parfaite pour libérer l'esprit. C'est donc surtout physique, je fait ce que je peux et c'est assez pour bien mouiller mon T-shirt. Quand je ne peux plus suivre il me donne des exercices à ma portée pendant que les deux du devant, qui en font depuis longtemps, marchent sur les mains avec les jambes par-dessus la tête. La séance commence par du stretching et se termine par le pranayama qui semble faire partie du Hatha Yoga.

A suivre une description des traitements que je suis. Il y en a beaucoup que je ne suis pas.

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Avant de poursuivre le sujet de cet article, une petite précision sur le précédent. J'ai oublié de mentionner que l'énergie Kapha rassemblait l'eau et la terre qui sont compatibles comme le sont l'air et l’éther de Vatta. Ceci pour dire l'importante de Pitta qui a un rôle central car il rassemble deux éléments incompatibles le feu et l'eau. La bonne gestion et utilisation du feu fait que les pittas peuvent sortir en T-shirt par -10 sans rien attraper et sans avoir froid (le Docteur avec qui je discute de temps en temps m'a cité cet exemple). Une bonne gestion du feu interne est, bien sur, aidée par une bonne gestion de l'eau. Une autre précision : le feu a besoin d'air pour brûler, donc Pitta et Vatta fonctionne en synergie. Lorsqu'on rééquilibre Pitta, Vatta suit dans la mesure permise par notre nature. Quelques pathologies typiques du pitta qui vit un déséquilibre en faveur du feu est la brûlure d'estomac ou ulcères en tous genres (estomac, intestin) et tout type d'inflammation (Eczema, acné,...). Pour les autres énergies vous pouvez consulter le site Euroved qui est bien fait.

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Les traitements ayurvédiques sont regroupés dans deux grands ensembles de traitements :

  • Le Panchakarma ( cinq actions) pour le traitement thérapeutique et détoxification
  • le Shatkarma (six actions) pour le nettoyage yogique afin de préparer le corps au travail de libération.

Le Shatkarma je ne connais pas, moi je suis dans le Panchakarma qui, comme son nom l'indique (en sanskrit), rassemble 5 techniques de base, mais bon c'est comme les 3 mousquetaires qui étaient 4, d'autres traitements se sont greffés, en gras ceux que j'ai eu :

  • Vamana : le vomissement thérapeutique pour les Kaphas (ouf j'y ai échappé)
  • Virechana : la purge pour les Pittas
  • Basti : nettoyage du colon avec différents types de liquide (j'y ai eu droit à 5 reprises) de 100ml d'huile spéciale qu'il faut garder le plus longtemps possible au litre de décoction qu'on ne peut pas garder très longtemps.
  • Nasya : nettoyage des fosses nasales et inhalation de vapeur (mes problèmes respiratoires)
  • Rakta Moksha : Saignée. Il paraît que cela revient à la mode en France.

Le docteur choisit les thérapie en fonction des doshas à équilibrer et en fonction de la gravité de la situation. Peut-être aussi en fonction de l'acceptation de la personne qui reste plus un client qu'un patient. J'ai eu d'autres traitements :

  • Abhyangam : Massage traditionnel ayurvédique à l'huile, au début tous les jours (le plus agréable sauf des fois sur certains muscles douloureux chez moi (mollets, cuisses). Le massage se fait sur tout les corps (sauf la culotte ou le slip bien sûr, on n'est pas en Thaïlande) du bout des orteils jusqu'au sommet de la tête.

  • Marma : Massage spécifique sur 107 points de passage énergétique, je pense comme l'acupuncture. Cela peut-être douloureux comme pour moi sur certains points de la tête.


  • Urdwartanam : Massage à sec avec une poudre sur les endroits d'accumulation de graisse pour la faire fondre. Bon c'est moins efficace qu'une liposuccion, mais cela marche un peu quand même.


  • Kativasti : Le principe est de concentrer de l'huile aux vertus spéciales, qui pénètre les tissus à l'endroit à soigner, mes lombaires dans mon cas. L'huile est chaude au début. Rishi fait d'abord sa petite construction de pâte à modeler pour maintenir l'huile à l'endroit à traiter comme sur la photo.



  • Pinda : traitement assez populaire qui consiste à tamponner le corps avec un tissus contenant une macération de plantes dans de l'huile chaude. La formule contient au moins 5 plantes différentes dont des feuilles de "Belle de nuit" très présente dans le sud de la France mais j'en ai vu pas mal ici aussi. Rishi masse ensuite le corps imprégné de cette huile.


  • Steam : pas beaucoup d'explication à donner si vous connaissez l'anglais. Ça se passe dans un caisson à cuire à la vapeur. Quand le dindon est cuit on arrête. Pour moi c'est environ 20 minutes avant que je suffoque. D'après Léa, qui étudie l'Ayurvéda en profondeur, théoriquement les Kaphas tireraient plus profit d'un sauna (chaleur sèche), ils n'ont pas besoin d'eau, au lieu du hammam simulé par ce caisson, mais il n'ont que cela ici. A voir si je peux avoir accès à un sauna rentré en France.


  • Shirodhara : un des plus célèbre aussi, très relaxant. Cela consiste à faire couler un filet d'huile chaude au milieu du front. C'est accompagné de massage de la tête et la séance se termine par un massage des épaules (très agréable tout ça).


Une séance dure de 1h à 1h30 ( 2 séances par jours) et peut contenir de 1 (Shirodhara) à 3 soins lorsque les soins sont suffisamment courts. J'ai eu Pinda tous les jours mais d'autres soins s'arrêtent pour céder la place à d'autres. Les photos sont issues de différents sites que vous retrouverez sur le web en recherchant à partir de Google.

En plus des soins une cuisine ayurvédique est servie (un peu monotone) et de temps en temps (pour les Basti notamment) une diète à base de Kitchiri pendant 1 ou 2 jours. C'est une recette détox qui peut vous intéresser voir ici une des recettes.

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De longs mois se sont écoulés depuis mon dernier post. Il faut dire que J'ai un point commun avec Léonard de Vinci, hélas le seul, c'est celui de ne pas terminer ce que j'entreprends. Et en terminant ce blog je vais encore plus me distinguer de ce génie. Tant pis. A ma décharge je dois dire que mon départ a été assez difficile du point de vue santé comme vous allez pouvoir de constater. Je suis donc parti d'Inde le 11 novembre 2019 soit à peu près 2 mois et demi après mon arrivée le 29 août. J'ai écourté mon séjour d'une semaine environ, pris sur le repos après cure, préconisé par le docteur ayurvédique. J'ai eu le mal de mon pays et pas envie de faire le tourisme que j'avais prévu pendant cette semaine de ré-acclimatation post-cure. J'ai terminé la cure le jeudi 7 novembre, passé une journée au repos dans le centre puis je suis descendu à Rishikesh pour deux nuits. Comme j'avais réservé un bus tôt le matin du 11, le vol retour étant tard dans la soirée, j'ai choisi un hôtel près du terminal de bus. Comme vous le savez, ou pas si vous l'avez oublié, le départ du centre de cure ne peut se faire qu'en 4x4. Celui du centre partait... quand il partait, pas avant ni après, c'est à dire à une heure impossible à estimer d'avance. On est en Inde et les horaires sont un vague repère pour eux. Encore que les trains soient à l'heure, en tout cas celui que j'ai pris.


je me suis fait déposer par le 4x4 directement à l'hôtel, il a fallu négocier car le plan normal c'est un carrefour standard et de là en général on prend un taxi pour aller ou on veut. L'hôtel est bruyant, très bruyant. Je fermerai à peine l’œil la première nuit. Une célébration hindouiste avec sono à fond s'est poursuivie jusqu'au petit matin non loin de ma chambre dont les fenêtres offrent des interstices de la largeur du pouce. Il fait frais le soir maintenant et bien sûr j'ai froid. La clim pourtant théoriquement réversible ne produit pas de chaleur. Comme j'avais pas mal de temps devant moi en arrivant de la cure je suis descendu à pied près du Gange pour assister à une fête célébrée tous les soirs à Rishikesh (assez proche - voir plan plus bas) le Ganga aarti (adoration du gange). C'est très spectaculaire et vous pouvez voir ici quelques extraits. Des familles entières viennent et achètent des petits bateaux éphémères munis de bougies qu'ils déposent eux-même sur le Gange (très joli à voir). Ils présentent leurs souhaits qu'un prêtre officialise (ceux qui font brûler les constructions de bougies que vous voyez dans la vidéo). Avant la tombée de la nuit certains se trempent entièrement dans le Gange. Le courant est très fort ici à Rishikesh et des chaines sont mises à disposition pour ne pas être emporté par le courant.

Flèche bleue mon hotel  - flèche rouge le spectacle journalier bruits et lumières (il y a un peu de son )


Il n'y a pas que des vaches sur les plages.  Mais sur les câbles il n'y a que des singes.

Le lendemain j'avais projeté de revenir à Topovan (l'endroit le plus touristique de Rishikesh) pour faire quelques achats. La ballade est très agréable et une étape de ce blog y est consacrée, c'est là ou mène le chemin de chèvres qui conduit à la cure. Pour déjeuner j'ai choisi un restaurant très bien noté par Lonely Planet : "Little Boudha". Très belle terrasse sur le Gange en contrebas (photo ci-dessous). Je me relâche un peu, je discute avec mon voisin allemand de père indien qui fait un pèlerinage et qui est ravi de revenir après 30 ans en Inde, et j'ai la faiblesse de commander une très bonne glace. ERREUR des erreurs. Je suppose que c'est cette faiblesse qui m'a fait endurer, jusque dans l'avion, la pire intoxication alimentaire que j'aie connue de ma vie. la nuit qui suit est atroce. Je me lève avec 39,5 de fièvre et je dois trouver la force de rejoindre le bus. Mais je ne peux pas bouger ma valise. Heureusement l'hôtel est juste de l'autre côté de la rue en face de la gare routière et un employé me la mènera jusqu'au bus. Je me suis pris le maximum de la dose journalière d'Imodium pour tenir jusqu'à l'aéroport.

 A gauche une promenade très sympa le long du Gange, au fond on entraperçoit Topovan. A droite la terrasse du fatal little bouddha...

Le trajet de 6 heures jusqu'à l'aéroport se fait sans problème autre que celui de devoir rester prostré à ma place même pendant les arrêts ; de Rishikesh à Delhi c'est tout droit ou presque. Comme je ne bois ni ne mange, aucun besoin. Mais je réussi à tenir le coup. A l'aéroport j'ai 8 heures à tuer, mais c'est moi qui ai l'impression de mourir à force de vomissements et autres inconvénients bien connus. Imodium ne fait plus effet et je ne peux plus en prendre. L'ultime épreuve sera de passer la sécurité car le temps semble infini pour atteindre les WC de l'autre côté. Je prévois de prendre un Uber à l'arrivée.

Et miracle dans l'avion pendant le trajet la santé revient, je n'aurai pas besoin d'aller aux toilettes pendant tout le vol. L'intoxication est passée. Je me sens en pleine forme, au point de rentrer en RER avec ma grosse valise.

Pendant la longue file d'attente d'entrée dans l'espace Shengen à Munich (escale Lufthansa) j'ai discuté avec un couple d'indiens qui allait à Chicago voir leur fils. Ils m'ont demandé mes impressions sur l'Inde et si j'avais envie d'y retourner. J'ai largement partagé mes impressions avec vous, et par politesse j'ai répondu que j'y retournerais certainement, mais en moi-même à cet instant, je me suis dit que je n'y remettrai plus les pieds. Les souffrances étaient trop proches, mais à présent que des mois se sont écoulés et que seuls les bons souvenirs restent, je sais que j'y retournerai certainement. Je comprends mieux l’envoûtement que procure ce pays, les indiens sont si attachants et gentils, les endroits sont si magiques, majestueux, la spiritualité y est telle que j'en ai déjà la nostalgie.

Je garde le contact avec Gillou. Il va bien malgré la pandémie de COVID-19 qui sévit là-bas comme ailleurs et avec le confinement ne quitte pas Alliance. les commerces à Naggar rouvrent pour 4 heures par jour. Il prépare un tour nouvelle formule en Inde, sûrement le Rajasthan, pour 2021 voire 2022 et me fournira les informations en temps et en heure. Si cela me convient cela sera l'occasion de faire du vrai tourisme avec un guide aussi attachant que serviable et d'une humanité rare. On verra.

Ainsi s'achève ce carnet de voyage. Merci à mes lecteurs.