De la Toscane française aux collines du Béarn

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Cette 4e semaine sur le chemin de Saint-Jacques vous fera découvrir des lieux chargés d'histoire, mais aussi des hébergements atypiques. Nous la terminerons au cœur de la diagonale du vide!
Du 6 au 12 août 2021
7 jours
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Le soleil brille fort lorsque je démarre la journée. Après un kilomètre sur un chemin rural, j’arrive déjà à la chapelle Sainte-Germaine de Baradieu (XIIe s.) surmontée d’un clocher mur triangulaire.

Clocher mur et chapiteau de Sainte-Germaine de Baradieu (XIIe s.)

« Hermana, la fille du seigneur des lieux fonda ici un monastère très vite florissant et prospère. Quand les Normands (ou les Sarrazins) “visitèrent” l’établissement sans ménagement, Hermana et ses sœurs, martyrisées, y perdirent la vie. Le couvent fut reconstruit au début du XIIe siècle et le nom de Santa Germana lui fut donné, transformé ensuite en Sainte-Germaine.» (source)

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Le lac de Bousquètara avant Condom 

Condom, un bourg de charme !

Après avoir longé le lac de Bousquètara, j’arrive à Condom où l’artiste géorgien Zurab Tsereteli a eu la riche idée de créer une statue de d’Artagnan et des trois mousquetaires sur la place Saint-Pierre. Comme ça fait deux heures que je marche, je décide de m’offrir un bon café dans la rue qui mène à la cathédrale. Malgré le froid (eh oui !) je m’installe en terrasse pour pouvoir fumer. J’ignore encore que j’ai un emphysème au poumon et qu’il vaut mieux arrêter la cigarette sans attendre.

Les quatre Mousquetaires de Zurab Tsereteli et la cathédrale Saint-Pierre (XVIe s.)

Au bout de dix minutes, David le Catalan me rejoint et nous profitons tous deux de ce moment de convivialité improvisé. Nous allons ensuite visiter l’imposante cathédrale Saint-Pierre (XVIe s.) où je finis par rester presque une heure pour prier et admirer les vitraux ainsi que la remarquable statuaire. En sortant, je flâne encore un peu dans les rues de cette bourgade décidément charmante.

Une cathédrale qui mérite qu'on s'y arrête

L’admirable cathédrale Saint-Pierre (XVIe s.) de Condom

Une halte gourmande, enfin !

Après avoir retrouvé la trace du camino, je franchis le pont sur la Baïse qui offre un beau point de vue sur cet affluent direct de la Garonne... qui a permis d’exporter l’Armagnac dans toute l’Europe !

La Baïse qui se jette dans la Garonne a permis d’exporter l’Armagnac dans toute l’Europe !

La Baïse, un affluent direct de la Garonne, traverse Condom

En suivant la berge nord, j’aperçois l’église Saint-Jacques-de-la-Bouquerie (XIVe s.) qui dépendait de l’hôpital éponyme édifié bien avant pour accueillir les pèlerins. C’est là que je remarque en contrebas le restaurant le Sarment. Je me laisse tenter et descends consulter la carte. Convaincu par le plat du jour, je suis le premier à m’installer en terrasse.

Le menu de midi au restaurant le Sarment de Condom

Sans vouloir en rajouter, je vais déguster ici le meilleur déjeuner de tout l’été 2021. Et ceux qui ont lu ce carnet depuis le début savent que je suis plutôt exigeant ! Mais là, il faut rendre à César ce qui est à César : succulent !

Le restaurant le Sarment à Condom vaut le détour, mais préférez le plat du jour aux pizzas 😀

Larressingle, la citadelle incontournable

Ragaillardi par la bonne chère, je repars vers le bourg fortifié de Larressingle que j’atteins à 14 h pile. Je profite de l’occasion pour exprimer ma surprise de constater que le chemin officiel ne passe pas spontanément par là. En effet, j’ai dû faire un crochet de presque deux kilomètres pour avoir le privilège de visiter cet incontournable ensemble médiéval de la région.

Le bourg fortifié de Larressingle (XIIe s.) dont la visite nécessite de quitter brièvement le GR65 

Au lieu d’indiquer au pèlerin le petit raccourci qui commence à l’ouest de la citadelle et permet de rejoindre directement le GR65, les panneaux lui font croire qu’il doit revenir sur ses pas...

C’est d’autant plus difficile à comprendre qu’au lieu d’indiquer au pèlerin le petit raccourci qui commence à l’ouest de la citadelle et permet de rejoindre directement le GR65, les panneaux lui font croire qu’il doit revenir sur ses pas... Ça finit par ressembler à du sabotage. Pourtant, si Larressingle est homologué comme un des « Plus beaux villages de France » et accueille en moyenne chaque année 133 000 visiteurs, ça ne peut pas être dû au hasard.

La citadelle de Larressingle est l'incontournable ensemble médiéval de la région

Larressingle côté jardin 

Un gîte d’exception pour récupérer un peu

Alors, après avoir consulté l’application mapy.cz, je repars les yeux encore écarquillés par ce voyage dans le temps. Rapidement, je traverse le pont d’Artigues, un ouvrage néo-roman (1754) de quatre arches qui demeure l’un des rares témoins contemporains du chemin historique de Saint-Jacques. C’est là que j’aperçois une borne qui n’est pas anodine : il ne me reste « plus que » mille kilomètres jusqu’à Santiago de Compostela au bout de la Galice.

Plus que 1000 km jusqu'à Santiago! 

Alors que la fatigue commence sérieusement à se ressentir, je parcours en mode « pilote automatique » les cinq kilomètres d’asphalte au milieu des champs de tournesol qui me séparent encore du gîte Agapé. Située quatre lieues avant Montréal-du-Gers, cette belle bâtisse du XVIIIe siècle rénovée avec goût ne laisse rien deviner côté route. Mais une fois dans la cour, son allée couverte de glycines et ses vieilles pierres blanches font percevoir un lieu d’exception.

Le gîte Agapé, situé dans la "Toscane française" est idéal pour se reposer après une journée bien chargée

Le gîte Agapé, une halte d'exception!

Les gens du Nord sont chaleureux, c’est confirmé !

Comme le dortoir est accaparé par deux familles, Stéphanie Molès m’offre une chambre individuelle avec salle de bain sans supplément de prix ! Le ton est donné et cette générosité n’allait pas être démentie par le repas du soir. Mais en attendant, après une douche rapide, je vais me détendre dans la piscine.

Après une journée de marche, rien de tel qu'une baignade dans la piscine d'Agapé 

Après une bonne sieste, je me réveille peu avant dix-neuf heures, l’estomac dans les talons. Heureusement, trois-quarts d’heure plus tard je me retrouve sur la terrasse, au bout de la grande table en compagnie de médecins et d’avocats de l’agglomération lilloise. Comme ils parcourent le camino avec leurs enfants, le courant passe tout de suite entre nous.

La terrasse donne directement sur la "Toscane française"

Je dirais même que leur niveau socioculturel élevé n’empêche pas leur intérêt pour ma démarche individuelle. Si on y ajoute les excellents plats servis dans un décor de rêve, je profiterai d’une soirée de privilégiée en leur compagnie.

En chemin dans la plaine du Gers

La campagne gersoise sous un ciel de plomb 
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Si un séjour dans cette région vous intéresse

Voyage en Toscane française : que faire dans le Gers ?

La petite Toscane française dans le Gers: à la découverte des incontournables (Le Figaro)

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Après une bonne nuit et un petit-déjeuner vite expédié, la fatigue ressentie la veille ne s’est pas dissipée, tant s’en faut ! À ma décharge, ça fait quand même depuis le 13 juillet que je marche tous les jours sans interruption.

Or, j’ai déjà réservé mon hébergement à Manciet pour ce soir. Je n’arrive pas à m’imaginer parcourir encore 28 km supplémentaires aujourd’hui. Lorsque j’en fais part à mon hôte, Stéphanie avec le pragmatisme qui la caractérise me propose de me conduire jusqu’à la chapelle de Lamothe. Ce geste solidaire va me permettre d’économiser pas moins de treize kilomètres ! Alléluia !!

Les traces d'un culte disparu ? Non, simplement les piliers d'un ancien pigeonnier 😀

Deuxième et dernier petit arrangement avec le chemin

L’unique inconvénient étant que je ne visiterai pas le beau village de Montréal-du-Gers. Tant pis, on ne peut pas tout avoir. À noter qu’avec le transport automobile effectué avant Montfaucon-en-Velay (Auvergne), ce sera la seule fois que j’ai triché depuis mon départ de Fribourg au printemps 2020, en pleine psychose du Covid-19. Jusqu’aux Pyrénées, je n’aurai manqué que trente kilomètres de marche sur huit cent soixante. Cela reste correct, je m’en apercevrai en Espagne à l’été 2022 lorsque j’observerai des dizaines de pèlerins coréens et américains prendre le bus le matin pour rejoindre la prochaine étape !

Jusqu’aux Pyrénées, je n’aurai manqué que trente kilomètres de marche sur huit cent soixante.

Après avoir pris congé de Stéphanie avec une certaine émotion, je me trouve donc devant la charmante bâtisse du XIe siècle.

La chapelle Saint Vincent de Lamothe (XIe s.) située à Cazeneuve

« Dédiée à Notre Dame des vignerons, cette église romane est l’une des plus anciennes de sa juridiction. Située sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, elle accueille de nombreux jacquets (...) Un pigeonnier a disparu à proximité, laissant neuf étranges piliers en plein champ. Non loin d’ici passait une voie d’origine préhistorique, chemin naturel sur les crêtes nommé la Ténarèze. Véritable ligne de partage des eaux de la Garonne et de l’Adour, il menait à Bordeaux et à l’océan. Le site offre un magnifique panorama des Pyrénées lorsque le temps le permet. »

Personnellement, je ne me souviens pas les avoir aperçus.

Un gros coup de déprime

Toujours sans énergie, je descends vers « La Gare » à 121 mètres d’altitude. C’est par là que passait la ligne ferroviaire reliant Condom à Aire-sur-l’Adour qui a été en service entre 1904 et 1930. Aujourd’hui transformée en voie verte et squattée par le GR65, il s’agit d’une coulée arborée quasiment plate qui mène à Éauze située moins de huit bornes plus loin.

Avant Éauze, le GR65 suit une ancienne voie de chemin de fer. Un tronçon assez monotone.

Mais, pour le Suisse que je suis, cette étendue plane sans aucune vue me saoule assez vite. Et voilà que je me mets à gamberger... Pourquoi fais-je ce stupide chemin de Compostelle ? Je serais tellement mieux chez moi ! Dois-je m’arrêter à la prochaine gare et rentrer ? En effet, si la fatigue accumulée ne se résorbe pas, comment envisager de marcher encore jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port ?

Éauze, un jour de marché

C’est perdu dans ces pensées noires que je rattrape un couple de pèlerins atypiques. Elle, sportive d’environ trente-cinq ans, lui un bel homme dans la soixantaine qui pourrait bien être un acteur professionnel. Nous échangeons brièvement et je ne peux m’empêcher de leur avouer mes doutes sur la continuation de mon aventure pédestre.

Tout à droite, la maison de Jeanne d’Albret (1528-1572), mère d’Henry IV

Je poursuis ensuite seul jusqu’à Éauze à prononcer « é-ôze », un ancien bastion protestant où l’on trouve encore la demeure de Jeanne d’Albret, la mère d’Henry IV. La visite de cette bourgade commerçante ne m’a pas laissé beaucoup de souvenirs. Heureusement, il me reste quelques photos qui témoignent de ses belles maisons à colombages sur la place d’Armagnac. Sans oublier l’élégant beffroi de la cathédrale Saint-Luperc (XVe s.)

Les Élusates sont des épicuriens non dénués d'humour 😀

Pèlerin, débrouille-toi !

Après avoir fait le plein d’aliments et bu un café au milieu des chalands qui font leurs courses du samedi matin, je repars peu avant midi direction sud-ouest. Le GR65 est ici un panachage de chemins agricoles asphaltés ou en gravier et terre battue. Contrairement à l’Aveyron, le Conseil général du Gers ne s’est pas donné la peine de construire des haltes pour les randonneurs. On peut donc oublier les points d’eau, w.c. et tables de pique-nique si précieux en rase campagne.

La sympathique campagne du Gers 

Contrairement à l’Aveyron, le Conseil général du Gers ne s’est pas donné la peine de construire des haltes pour les randonneurs. On peut donc oublier les points d’eau, w.c. et tables de pique-nique si précieux en rase campagne.

Autour de midi, alors que le soleil commence enfin à taper, je suis contraint de m’arrêter au milieu d’un vignoble pour manger. J’étends ma pèlerine et me retape ainsi en plein cagnard. À peine suis-je installé que le couple croisé précédemment me rattrape et me souhaite un bon appétit.

L'étang de Pouy juste avant Manciet 

Avec Marie, le courant peine à passer

Vers quatorze heures, je traverse l’étang de Pouy où je tombe sur Marie, la jeune bruxelloise rencontrée quelques jours plutôt. Après une bonne montée sur du goudron, je finis par arriver à Manciet où la seule épicerie est bien évidemment fermée... En passant devant les premières arènes dédiées à la course landaise, je me souviens que l’Espagne n’est plus très éloignée !

Les arènes de Manciet (Gers) 

En passant devant les premières arènes dédiées à la course landaise, je me souviens que l’Espagne n’est plus très éloignée !

Comme mon gîte n’ouvre qu’à quinze heures, je m’installe sur un banc à côté de l’église Notre-Dame-de-Pitié. Comme on ne peut y entrer, je tue le temps en buvant l’eau de la fontaine attenante.

Un gîte assez particulier

Je suis logiquement le premier pèlerin à arriver au Chemin Enchantant qui se trouve dans l’ancienne boulangerie du village. Après un accueil assez froid, Marie-Laurence Taglang me propose un sirop et commence à me raconter longuement sa vie. J’aimerais bien aller me doucher, mais je n’ose pas trop la brusquer. Finalement, elle me montre à l’étage la chambre à deux (vieux) lits sans table de nuit ni aucun autre meuble. Les murs sont blancs et sans aucune décoration. La sobriété dans sa plus pure expression.

Longé par la D913, Manciet offre bien peu d'attraits 

Mon hôte me montre à l’étage la chambre à deux (vieux) lits sans table de nuit ni aucun autre meuble. Les murs sont blancs et sans aucune décoration. La sobriété dans sa plus pure expression.

Après la douche et la lessive à la main, l’Alsacienne m’indique un minuscule bout de jardin où je peux suspendre mon linge. Comme il souffle, heureusement que j’ai emporté mes pincettes. Je retourne ensuite m’allonger sur mon lit dont le matelas glisse imperceptiblement du sommier. Je dois le remettre en place plusieurs fois pour ne pas tomber au sol...

Un dîner gag !

Comme il n’y a pas de wifi, je me contente d’écrire un message What’s App à mon épouse pour lui dire que je suis bien arrivé. Peu après 19h30, il est l’heure de se restaurer. Autour d’une grande table, je retrouve le couple atypique et je fais la connaissance de Bernard et Vincent, deux retraités wallons de fraîche date. Ils sont partis de Dinant en Belgique et ont la ferme intention de ne pas s’arrêter avant Compostelle. Vous pouvez suivre leur parcours sur le blog de mon ami Louis Muret (étape 55) croisé à Conques.

Ce dîner restera comme l’un des pires de tout le chemin. On a l’impression que notre hôte a cuisiné pour quatre alors que nous sommes six. Chacun s’en rend vite compte et c’est la ruée sur le panier de pain pour essayer de compléter cette maigre pitance... Les portions sont si petites que s’en est pathétique. Pourtant, tout le monde avait réservé sa soirée à l’avance ! Surréaliste.

Ce dîner restera comme l’un des pires de tout le chemin. On a l’impression que notre hôte a cuisiné pour quatre alors que nous sommes six.

Marie-Laurence ne semble pas s’apercevoir du malaise et elle occupe une grande place dans les débats autour de la table. Elle avait d’ailleurs promis de nous raconter l’histoire du vieux four à pain qui se trouve dans la pièce, mais elle a fini par l’oublier.

Une nuit interrompue pour de mauvaises raisons

Le ventre à moitié creux, je monte me coucher vers vingt-deux heures, comme d’habitude. J’ai la chance que ma chambre donne sur l’église. Les autres auront droit au bruit de la très passante D931... Vers trois heures du matin, j’ai si faim que je me réveille. Pour réussir à me rendormir, je finis la boîte d’olive qui restait dans mon sac. Décidément... Sachant que je devrai débourser 55 euros le lendemain pour la demi-pension, il s’agira d’un des moins bons rapports qualité-prix de tout le chemin en France.

J’ai la chance que ma chambre donne sur l’église. Les autres auront droit au bruit de la très passante D931

Vues du chemin

La voie verte avant Éauze, le beffroi de la cathédrale Saint-Luperc (XVe s.), le vignoble d'Armagnac, une R5
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Est-ce la conséquence positive du fiasco gastronomique d’hier ? Toujours est-il que ce matin, le petit-déjeuner est abondant avec en plus du pain complet savoureux, une rareté sur le camino. C’est donc ragaillardi que je quitte Manciet, un triste village, par la route principale qui enjambe La Douze !

Les vignobles d'Armagnac 

Vers 9h30 je suis déjà arrivé à la chapelle de l’Hôpital de Cravencères (Gers). Dernier vestige de la commanderie de l’Hôpital-Sainte-Christie (XIIe s.), cet édifice en briques plates appartenait à l’ordre de Malte. Isolé au milieu des vignes d’Armagnac, il est protégé par un écrin de conifères qui lui confèrent une paix qui invite au repos et au recueillement.

La chapelle de l’Hôpital de Cravencères (XIIe s.) dans son écrin de verdure

Isolée au milieu des vignes d’Armagnac, la chapelle est protégée par un écrin de conifères qui lui confèrent une paix qui invite au repos et au recueillement.

Un loisir d’un autre temps qui fait un peu tache

Il fait beau en ce dimanche matin et le GR65, bien que pas très bien indiqué, traverse une campagne souriante où bruissent les insectes. Mais soudain, je devine comme une rumeur lointaine qui se transforme en vrombissement à mesure que je m’approche de... Nogaro ! Eh oui, cette bourgade endormie a « le privilège » d’accueillir un circuit automobile. Recevant celles et ceux qui n’ont pas encore compris l’urgence climatique, cette arène pollue non seulement l’air environnant, mais aussi et surtout les oreilles des bordiers qui préféreraient sans doute profiter paisiblement d’un repos bien mérité...

Un chemin comme il en faudrait davantage! 

Après les courses alimentaires d’usage dans le faubourg, je repère un petit salon de coiffure ouvert. La patronne m’invite à repasser dans trente minutes, le temps pour elle de finir de s’occuper d’une cliente. Je suis soulagé, car après presque un mois de pérégrination, j’ai vraiment besoin de « faire les foins » ! L’avant-veille à Condom, j’avais sollicité un rendez-vous dans pas moins de trois salons, mais tous avaient prétendu être surchargés en cette période touristique...

Soudain, je devine comme une rumeur lointaine qui se transforme en vrombissement à mesure que je m’approche de... Nogaro ! Eh oui, cette bourgade endormie a « le privilège » d’accueillir un circuit automobile...

Nogaro est entourée de vignobles, mais aussi polluée par un circuit automobile... 

Une belle collégiale romane

Réjoui par la perspective de ce relooking, je monte le cœur léger jusqu’à la belle collégiale Saint-Nicolas (1061). À l’intérieur, un mariage se termine et ma discrète présence ne semble déranger personne. Rapidement, je repère les magnifiques chapiteaux ouvragés qui couronnent les puissantes colonnes romanes qui séparent la nef des bas-côtés. Un vrai régal d’observer tant d’inventivité !

La collégiale romane Saint-Nicolas (1061) de Nogaro

En quittant Nogaro, je me retrouve face à un dilemme : dois-je suivre les panneaux du GR65 ou faire confiance à l’application mapy.cz qui ne m’a jamais déçu jusqu’alors ? Après mûre réflexion, j’opte pour la deuxième solution. Après quelques kilomètres d’asphalte rectiligne, je me rendrai compte de mon erreur. Mapy m’indique l’ancien tracé alors que le nouveau passait plutôt par de petits chemins.

Dès qu'on est sorti de Nogaro, le chemin devient agréable malgré la chaleur d'août 

Une oasis de paix pour récupérer

Qu’à cela ne tienne, après une heure de transpiration en plein soleil, j’aperçois un abri donativo sous un haut toit de tuiles. Il est quatorze heures et je vais enfin pouvoir me poser à l’ombre pour pouvoir me restaurer. Alors que je sors mes victuailles du sac, je comprends que je suis arrivé à « Dar’Labarbe mon gîte d’aujourd’hui.

Bâtisse principale du gîte Dar'Labarbe à Lanne-Soubiran 

Vers quinze heures, je me dirige vers la bâtisse principale gardée par deux chiens assez imposants. Un jeune homme m’accueille avec le sourire et m’invite à le suivre vers l’annexe au bout du jardin. Comme je suis pour l’instant l’unique pèlerin, je peux choisir mon lit et m’installer à mon aise. Je dormirai au premier étage, directement sous le toit qui m’oblige à me pencher en avant pour ne pas me cogner la tête. Mais c’est propre et je ne détecte pas d’odeur de poussière.

Sur la photo de droite, le gîte où j'ai bien dormi

Un excellent repas préparé avec amour

Après la douche, je fais ma lessive à la main dans le sympathique réfectoire-cuisine au rez-de-chaussée. Je retourne me reposer sur mon lit avant de sortir profiter du jardin vers 18h. Quel calme ! Je sens que je vais pouvoir bien me ressourcer ici.

Nous passons un agréable moment d’échanges autour d’un excellent repas préparé avec amour.

Pour le dîner, je suis convié à la table privée du jeune couple qui gère les lieux. Lyes, d’origine algérienne, Chloé parisienne. La tante de Madame est également présente et nous passons un moment d’échanges autour d’un excellent repas préparé avec amour.

Alors que le soleil se couche, je m’installe devant la maison et je profite du puissant wifi pour appeler ma femme. L’intimité n’est pas totale, mais comme il n’y a pas de signal dans le dortoir, je n’ai pas trop le choix. La bonne nouvelle, c’est que je n’aurai personne qui ronflera à mes côtés ce soir. Ouf !

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Ce matin, j’ai pris mon petit-déjeuner seul avec Lyes, le jeune patron de « Dar’Labarbe ». Je le quitte une demi-heure plus tard alors que le soleil brille. Quelques centaines de mètres plus loin, je retrouve Thomas et Florent qui ont passé la nuit dans le Presbytère, un excellent gîte selon eux.

Jusqu’à onze heures, nous parcourons tout joyeux la campagne du Gers qui alterne vignobles (Armagnac) et cultures céréalières.

Gîte le Presbytère à Lanne-Soubiran (Gers)

Quand la déconnade fait office de vitamine

Le paysage est relativement monotone. Heureusement, Florent m’invite à lui apprendre quelques rudiments d’espagnol, car il envisage de poursuivre jusqu’à Santiago. Nous rions beaucoup et cela aide à passer le temps. Puis, alors que nous faisons une halte en rase campagne, nous tombons sur une pèlerine allemande qui semble se méfier de notre exubérance toute latine...

Après avoir passé Lelin-Lapujolle, le GR65 longe la route de Tarbes jusqu’à Aire-sur-l’Adour. Non seulement il doit faire 35 degrés, mais en plus je suis seul depuis que j’ai semé les copains. Le chemin est parfaitement plat sur 8 km, autant dire une éternité pour quelqu’un comme moi qui apprécie les reliefs.

Les vignobles de l'Armagnac

Le chemin est parfaitement plat sur 8 km, autant dire une éternité pour quelqu’un comme moi qui apprécie les reliefs.

Après les moissons, il est temps de faire les foins! 

J’entre dans les Landes sous un soleil de plomb

À l’entrée de Barcelonne-du-Gers, je m’arrête près d’un ancien lavoir baigné par le Jarras pour manger un peu. J’aurais bien bu un café, mais nous n’avons pas croisé le moindre établissement sur le chemin. Comme j’ai hâte d’arriver à destination, je ne m’attarde pas. Toutefois, je visite tout de même l’église Notre-Dame dont la fraîcheur et la paix me rassérènent !

Petit clin d'oeil au boulanger de Barcelonne-du-Gers qui porte mon prénom.

Après les faubourgs d’Aire/Adour occupés par des supermarchés sans âme, j’arrive enfin sur le grand pont qui enjambe cet affluent du Bassin aquitain. Par la même occasion, j’arrive dans le département des Landes. Il est 13h45 et la chaleur est difficilement supportable. Or, mon gîte est situé à l’autre bout de la ville, sur la hauteur.

L'Adour prend sa source au pied du pic du Midi de Bigorre (Hautes-Pyrénées) et se jette dans l'océan Atlantique à Anglet

Un appauvrissement clair du tissu marchand

En chemin, j’observe de nombreuses vitrines vides, certaines, semble-t-il, depuis plusieurs années. Un constat que je fais depuis mon départ de Yenne en Savoie : pour les localités de moins de 10'000 habitants, la fin du XXe siècle n’a pas confirmé l’élan des Trente Glorieuses (1950-1980). Quant au nouveau siècle, il n’amène pas la moindre éclaircie pour les petits commerçants. Au contraire : les nouveaux seigneurs du commerce en ligne s’apprêtent à donner le coup de grâce à celles et ceux qui avaient résisté aux supermarchés.

Pour les commerçants des localités de moins de 10'000 habitants, la fin du XXe siècle n’a pas confirmé l’élan des Trente Glorieuses (1950-1980). Quant au nouveau siècle, il n’amène pas la moindre éclaircie, au contraire.

Quand je parviens enfin à l’Hospitalet Saint-Jacques, je suis accueilli avec majesté par André un septuagénaire dont la posture et l’habillement me font penser à un pope orthodoxe. Après le traditionnel sirop partagé avec lui, je dois hélas! redescendre en ville pour m’acheter de quoi déjeuner. Or, nous sommes lundi et toutes les épiceries sont fermées.

En montant au gîte, je croise Saint-Jacques qui veille sur la Halle aux grains  

Difficile de s’approvisionner

Avec la canicule, je n’ai pas le courage de retourner vers les grandes surfaces situées en périphérie. Je commence par acheter une boîte de thon et une de maïs chez un dépanneur pakistanais qui n’a hélas pas beaucoup d’aliments dans son échoppe.

Un peu plus loin, je finis par dénicher un bar ultramoderne où le barman me prépare un petit, mais prometteur panier-repas. Je pars m’installer sous la frondaison des arbres qui bordent l’Adour. L’endroit est frais et paisible bien que le sol soit par endroits jonché de canettes en alu et de gobelets en plastique. J’apprécie de pouvoir enfin me détendre tout en sachant que je vais ensuite devoir remonter au gîte.

A droite, les frondaisons où j'ai déjeuné 

Une messe surréaliste !

Quand j’y arrive, Florent et Thomas m’ont rejoint. Nous discutons un peu avec André, un homme plein de sagesse à l’intelligence vive. Puis, sachant qu’il y a une messe à dix-huit heures, nous nous rendons à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, un imposant édifice roman. La messe est donnée par un prêtre dont l’accent trahit son origine subsaharienne et sa récente arrivée en France. À notre grande surprise, il renonce à faire un sermon et nous propose en lieu et place de méditer sur notre pèlerinage ! Pourquoi pas, mais franchement je ne me souviens pas d’avoir jamais vu un curé prendre une telle initiative... S’il veut méditer seul, un pèlerin n’a pas besoin de fréquenter un office, non ?

La cathédrale Saint-Jean-Baptiste d'Aire-sur-l'Adour (photo de Franck-fnba, Wikipédia) 

Le curé renonce à faire un sermon et nous propose en lieu et place de méditer sur notre pèlerinage ! Pourquoi pas, mais s’il veut méditer seul, un pèlerin n’a pas besoin de fréquenter un office, non ?

L’estomac dans les talons, nous rentrons chez André où son épouse nous a préparé une superbe paëlla garnie de fruits de mer et de gros morceaux de poulet. Miam miam ! Après avoir fait la vaisselle, je me couche avec le sentiment d’avoir commencé une vraie amitié avec Florent et Thomas. Les jours qui viennent le confirmeront.

Vues du chemin

Une étape monotone et peu urbanisée 
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Comme la météo annonce la canicule aujourd’hui, avec Thomas et Florent nous partons au petit matin. Après trois cents mètres de montée dans la brume, nous visitons la superbe église Sainte-Quitterie (XIIIe-XIVe s.) Dans un silence à peine entrecoupé par les battements d’aile d’un oiseau, nous confions l’étape du jour au Seigneur et à la Vierge.

La superbe église romane Sainte-Quitterie (XIIIe-XIVe s.) mérite qu'on s'y arrête 

Après la traversée d’un quartier résidentiel, nous atteignons la rive du lac et de la réserve ornithologique du Broussau où nous rencontrons un jeune cuisinier nordiste qui a bivouaqué ici. Sur un parcours quasiment plat, nous continuons jusqu’à l’église Saint-Martin de Miramont-Sensacq.

La réserve ornithologique du Broussau enveloppée par la brume matinale

Pour une fois, une sieste bienvenue

Situé sur une hauteur arborée et bordée d’une pelouse en pente, l’endroit invite au farniente et nous décidons d’y déjeuner. Il faut dire qu’à la petite épicerie du village sise juste en dessous, nous avons pu acheter du pain et des boissons fraîches. Après ces modestes agapes, chacun se couche pour une sieste bien méritée.

La collégiale Saint-Barthélemy de Pimbo (XIIe s.)

Bien qu’il nous reste encore environ 1h20 de marche en plein cagnard, nous nous mettons en route. Autour de quinze heures, tout en haut d’une longue côte nous apercevons enfin le clocher mûr de la collégiale Saint-Barthélemy. Alors que je vais dormir à Pimbo, Florent et Thomas décident de continuer.

L’impression d’être hors du temps

Ce n’est pas grave, car j’y retrouve David le Catalan ainsi que Gladys, une juge parisienne trentenaire qui vient de recevoir sa mutation à Nice. Le cuisinier nordiste et Georget (cf. étape de Lauzerte) finissent par nous rejoindre sur la charmante esplanade de l’église. Dans un cadre enchanteur, le mot n’est pas trop fort, nous partageons nos impressions devant une bonne bière.

Georget, Gladys et le pèlerin du Nord 

Puis, nous retournons nous doucher et faire la lessive au gîte communal. À deux par chambre, c’est vraiment très agréable !

Vers dix-neuf heures, il est l’heure de l’apéro sur la place face à la façade ouest de la collégiale. L’harmonie de cet édifice roman du XIIe siècle m’hypnotise, je ne peux pas vraiment me l’expliquer. L’ai-je vu dans une autre vie ? Qui sait ! En tout cas, en cette douce soirée d’été, j’ai l’impression d’être hors du temps. Tout me semble parfait : le reflet doré du soleil sur l’église, la compagnie de mes amis pèlerins, une boisson fraîche et sans doute les endorphines sécrétées par les vingt-quatre kilomètres parcourus. Il n’empêche : sur toute la via Podiensis, je n'ai pas le souvenir d’une telle félicité.

L’harmonie de cet édifice roman du XIIe siècle m’hypnotise, je ne peux pas vraiment me l’expliquer.

Détails du portail de l'église de Pimbo (Landes)

Comme le dit si bien Francis Cabrel, aujourd’hui « la vie m’a donné ce que j’attends d’elle » !

Pimbo au crépuscule 

Tout me semble parfait : le reflet doré du soleil sur l’église, la compagnie de mes amis pèlerins, une boisson fraîche et sans doute les endorphines sécrétées par les vingt-quatre kilomètres parcourus.

Bonne nouvelle, la chanson du jour! 
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Comme d’habitude, je suis l’un des derniers à quitter le gîte communal. Lorsque je descends la colline de Pimbo, je me sens bien, même si je pressens que la journée va de nouveau être caniculaire.

Devant le gîte de Pimbo où nous avons passé la soirée de la veille  
Adieu Pimbo, tu resteras pour moi comme un endroit spécial  

Dans la plaine où les champs de maïs s’étendent à perte de vue, je franchis la rivière Gabas qui marque l’entrée officielle dans le Béarn.

On entre dans le Béarn en franchissant la Gabas ceinturée de champs de maïs 

Après une bonne heure de marche au soleil, j’arrive à la bastide d’Arzacq où je retrouve Gladys qui boit un café sur une terrasse. Malgré son invitation, je n’ose pas m’attabler, car contrairement à elle, je n’ai pas de certificat de vaccination contre le Covid-19. Je me contente donc d’un banc sur la grand-place bordée d’anciennes maisons à arcade, un peu comme à Berne, en Suisse. Comme c’est la seule municipalité conséquente que je vais rencontrer aujourd’hui, je passe à la pharmacie et au supermarché faire le plein de provisions.

Arzacq et sa grand-place bordée d’anciennes maisons à arcade 

 Faute de distraction, je me fixe sur le but à atteindre

Avec le clocher au fond, on dirait un village hollandais du siècle d'or (1584 et 1702)  


Sur la rive ouest du lac d'Arzacq 

En quittant Arzacq, je longe la paisible rive ouest du petit lac homonyme. Un passant avenant accepte de me prendre en photo. Merci ! Jusqu’à la localité suivante, le GR 65 traverse un paysage agréable à défaut d’être remarquable : des collines boisées séparées par des prairies ou des champs, essentiellement de maïs. Je suis absolument seul sur ce tronçon et je ne pense pas à grand-chose, si ce n’est à monter la prochaine côte... Mon état d’esprit est loin de l’allégresse ressentie sur les plateaux de l’Aubrac ; j’ai plutôt l’impression d’avancer par devoir afin d’accomplir quelque chose de plus grand. À savoir, parvenir au pied des Pyrénées et terminer ainsi la mythique via Podiensis.

Le GR 65 passe par les collines boisées du Béarn 

Finalement, ce chemin est à l’image de la vie : il faut accepter 85 % de routine pour pouvoir jouir de 15 % de moments exaltants.

 Un peu d’Histoire pour donner du sens là où il semble en manquer

Je franchis le Luy de France et traverse Louvigny où rien n’attire mon attention. Un village rural comme des centaines d’autres... Ce que j’ignore encore, c’est que cette région constituait jadis la frontière entre la France et le royaume indépendant de Navarre. Celui englobait le Béarn, la Basse-Navarre au nord des Pyrénées et la Haute-Navarre au sud. Ce n’est qu’en 1620 que Louis XIII y envoie ses armées pour en prendre possession et y éradiquer du même coup le protestantisme...

Une fois passé la Rance, je tombe sur une jolie chapelle isolée en pleine nature dont je n’ai d’ailleurs pas réussi à retrouver le nom. Quelques pèlerins inconnus s’y trouvent déjà pour s’y reposer.

La chapelle sur les bords de la Rance

Avant Fichous-Riumayou (comme « rio mayor » en espagnol ?), j’aperçois l’une des premières plantations « industrielles » d’arbres à rendements. Une activité typique des Landes, même si nous sommes désormais dans les Pyrénées-Atlantiques.

 Une « diagonale du vide » hélas ! bien perceptible

Je traverse ce village ainsi que Larreule sans y noter rien de spécial, à part peut-être que rien ne semble avoir changé depuis les années 1980. Décidément, cette zone fait vraiment partie de la fameuse diagonale du vide qui matérialise les régions les moins dynamiques de France.

Ici, aucune construction récente, pratiquement plus de commerces ni de cafés, pas d’écoles ou d’enfants et énormément de vieilles maisons fermées, voire carrément abandonnées.

Dans le pays voisin, on parle « d’España vacía » ou « Espagne vide ». En fait, ces deux appellations désignent un exode rural au profit des grands pôles urbains. Dans cette partie du Sud-Ouest, plus précisément entre Lectoure et Navarrenx, le phénomène est particulièrement visible : aucune construction récente, pratiquement plus de commerces ni de cafés, pas d’écoles ou d’enfants et énormément de vieilles maisons fermées, voire carrément abandonnées.

Sur le parcours du jour, beaucoup de champs, mais pratiquement pas âme qui vive...

Même le chemin de Saint-Jacques ne semble pas en mesure d’y ramener de la vie. C’est un peu triste malgré le soleil d’août. Et contrairement à l’Espagne où la désertification des campagnes s’invite à l’agenda politique national, cela ne semble pas être le cas en France. Du moins, n’en ai-je pas entendu parler récemment.

Contrairement à l’Espagne où la désertification des campagnes s’invite à l’agenda politique national, cela ne semble pas être le cas en France.

5 minutes durant lesquelles les fondateurs du parti politique "Teruel existe" expliquent le cercle vicieux du dépeuplement 

Une aiguille dans une meule de foin...

Vers quinze heures, a moitié « rincé », j’arrive à mon étape d’Uzan. Bien que je dispose de l’adresse postale de mon accueil jacquaire, ni google maps ni mapy.cz ne parviennent à m’indiquer où je dois me rendre. Je traverse donc tout ce « village rue » typique du camino à la recherche d’un panneau me signalant le Gîte Ossau du nom du pic éponyme des Pyrénées. Arrivé à la dernière construction, je rebrousse chemin. C’est finalement l’un des rares habitants visibles qui me permettra de trouver la maison de Cécile cachée au fond d’une impasse... Il était temps !

Mon hôtesse sexagénaire m’invite à entrer par le garage pour enlever mes chaussures et y laisser mon sac. Puis, elle me conduit au premier étage de sa villa des années 80 où je m’installe dans une grande chambre mansardée à deux lits. Alors que je sors de la douche, je retrouve mon ami David de Barcelone qui vient de se poser sur la couche voisine. Quelle bonne surprise ! Mais, pour que l’équipe soit au complet, voilà qu’arrive encore Gladys. Génial.

L'église de Sainte-Quitterie (XIIe) jouxte une fontaine réputée pour les bienfaits de son eau 

Une soirée sous les meilleurs auspices

Avant le dîner, avec David nous partons visiter la petite église de Sainte-Quitterie (XIIe) qui jouxte une fontaine réputée pour les bienfaits de son eau. L’endroit était d’ailleurs un lieu de pèlerinage fréquenté jusqu’aux guerres de religion du XVIe siècle.

Lorsque nous retournons au gîte, Gladys et Cécile sont en pleine discussion. Il faut dire que cette dernière, veuve depuis quelques années, ne se laisse pas aller. Elle nous a préparé un excellent repas et semble manifestement apprécier la compagnie des jacquets de passage qui rompent sa solitude et lui apportent un revenu modeste, mais non négligeable pour une retraitée.

La maison de Cécile est entourée de champs de maïs ce qui assure au pèlerin un sommeil parfait! 
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Le ciel est de nouveau gris lorsque je me mets seul en chemin. Gladys est déjà partie alors que David prend son temps. De toute manière, il doit rejoindre Virginie, la Vendéenne avec laquelle il flirte depuis plusieurs jours.

L’église Notre-Dame de Géus-d’Arzacq (1709) et son clocher typique de la région


Ferme béarnaise à Géus-d’Arzacq (Pyrénées-Atlantiques) 

Premier édifice intéressant du jour, l’église Notre-Dame de Géus-d’Arzacq avec son clocher entièrement couvert d’ardoises d’un noir éclatant. Cette manière de construire me rappelle vaguement la tour des lieux de culte de Champagne. Après moins d’une heure de marche, j’arrive à Pomps qui regroupe un ensemble de fermes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, classées aux monuments historiques, tout comme le moulin du XIXe. Le temps maussade persiste et je me demande même s’il ne va pas pleuvoir...

Le GR 65 travers Pomps (Pyrénées-Atlantiques) 

Une jolie chapelle et un clin d’œil à mon ami Louis

Alors que j’ai déjà parcouru la moitié de l’étape du jour, je m’arrête pour prier à l’église Saint-Pierre de Castillon. Avec son intérieur baroque où domine le bleu ciel, c’est un édifice qui vaut la peine d’être visité.

L’église Saint-Pierre de Castillon 

À la sortie du village, le GR 65 commence par descendre vers l’Aubin avant de grimper vers la chapelle de Caubin qui surplombe le hameau de Bénicet.

La chapelle de Caubin (XIVe)

Selon le site de référence des monuments historiques (monumentum.fr) « la construction actuelle remonte au XIVe siècle et semble avoir appartenu à un hôpital dont il est fait mention aux XIIe et XIIIe siècles. Cet hôpital dépendait d’une commanderie de Chevaliers de Saint-Jean. » L’intérieur qui abrite une très belle vierge à l’enfant est sobre, mais émouvant. C’est avec plaisir que je m’y recueille. J’apprendrai plus tard à travers son blog que mon ami Louis Muret y a (plutôt mal) dormi ! En sortant, j’en profite pour remplir ma gourde au robinet du petit cimetière.

Le bocage avant Arthez-de-Béarn

Pour combler l’ennui, rien ne vaut de cheminer en groupe

Je marche ensuite le long du ruban d’asphalte qui mène à Arthez-de-Béarn, une localité en état de mort clinique qui m’a énormément déçu ! Même si le Miam Miam Dodo annonce qu’on y profite de tous types de commerces, à part la boulangerie et un primeur avec un choix famélique, je n’ai pas trouvé de quoi m’acheter un bon pique-nique. Sans parler d’une jolie terrasse pour y boire l’apéritif… À croire que j’ai atterri en plein centre de la diagonale du vide (cf. l’étape Pimbo-Uzan, ci-dessus).

La monotonie donne un relief extraordinaire aux moindres événements.

Ella Maillart / Des monts célestes aux sables rouge

Heureusement, je retrouve là mes amis Florent et Thomas avec qui je décide de poursuivre jusqu’à Argagnon. Une association judicieuse tant la suite du camino sera monotone et sans le moindre attrait. Finalement, vers 13h30 le soleil tape fort et nos ventres crient famine. Alors, à défaut d’un lieu prévu pour les pèlerins (nous ne sommes plus en Aveyron, hélas !) nous nous posons dans le jardin ombragé d’une villa dont les propriétaires sont probablement partis en vacances. Quel bonheur ! Cette oasis de fraîcheur arrive pile au bon moment. Et en groupe, c’est nettement plus marrant que tout seul.

Un paysage certes charmant, mais relativement monotone parcouru essentiellement sur de l'asphalte, hélas! 

Un bed and breakfast so british!

Juste avant Argagnon, j’abandonne mes potes jacquets pour me rendre au gîte « Arrêt et Aller » qui se trouve dans une maison béarnaise typique construite en 1712. C’est Andrew, le fils de la propriétaire britannique qui m’accueille. Il me montre la pièce à deux lits superposés (on se rapproche de l’Espagne !) que je vais devoir partager.

Le gîte « Arrêt et Aller » d'Argagnon

Après une bonne douche, je profite du balcon en bois pour me reposer en sirotant une bière assez dégueulasse disponible dans le réfrigérateur de la chambre moyennant deux euros. Mais, pour une telle pisse, c’est un prix abusif! Mon cher Andrew, pourquoi ne pas proposer des cervoises de qualité, quitte à les vendre plus cher ?

Rencontre avec un cochon domestique !

Pour le dîner, je me retrouve à table avec Andrew et Virginie, la nouvelle copine de David (cf. étapes précédentes). Les autres personnes hébergées préfèrent se restaurer par leurs propres moyens. Le repas est plaisant, mais les quantités un peu justes. De temps à autre, l’énorme pourceau passe au ralenti près de nous pour aller se coucher à l’intérieur de la maison...

Le cochon domestique du gîte. Rassurez-vous, il ne dort pas avec les pèlerins!  

De retour dans ma chambre, je fais la connaissance d’un jeune cycliste tchèque qui traverse la France. Il est tout heureux quand je lui explique que j’utilise chaque jour l’application mapy.cz pour m’orienter. La nuit sera paisible, malgré les ronflements du bonhomme.

Vues du chemin

Les vieilles fermes béarnaises ont un certain charmes, mais peu sont encore en activité