Carnet de voyage

[Ayurvedaventure]

12 étapes
19 commentaires
Un seul mois, un seul nouveau pays: le Sri Lanka. Avec une escale à Istanbul auparavant.
Du 24 juillet au 28 août 2019
36 jours
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Bonjour!

Et bienvenue dans cette nouvelle aventure!

Ils sont prêts. 

Beaucoup de complications en amont cette année, à tel point que je me suis demandé si j'allais vraiment partir quelque part cet été. Déjà, je ne savais pas quand est-ce que j'allais exactement terminer le travail. Puis je me suis posé la question de si je ne ferais pas mieux de me positionner pour travailler pendant l'été en faisant un remplacement même pas pérenne, parce que mon poste n'a jamais été autant menacé. Heureusement, même si c'est le cas, j'ai maintenant une solution. Dans ce contexte, je n'ai pu prendre la décision de mon voyage que fin mars (alors que d'habitude, je suis déjà fixée autour de novembre-décembre pour prendre les billets en janvier!). C'était déjà très perturbant. Mais ... hésitation. Mongolie ou Sri Lanka? Bien sûr aujourd'hui il n'y a aucun suspense donc on fera sans, mais sachez que le dilemme a été source de prise de tête et de stress pendant deux bonnes semaines, en plus il ne fallait pas trop tarder pour prendre les billets.

A chaque destination, il y avait ses avantages et ses inconvénients. Parfaite période pour la Mongolie, un peu moins pour le Sri Lanka puisque la moitié du pays sera sous la mousson mais c'est l'époque où il y a beaucoup de cérémonies religieuses plutôt fastueuses. La Mongolie à cheval en voyage organisé de seulement deux semaines sur juillet, le Sri Lanka était possible pour un mois. Comme d'habitude, pour me décider, je me suis posé la question: est-ce que ce ne serait pas ta dernière occasion de voyager longtemps avant d'avoir un poste en CDI? Et ouf, soulagement, j'ai pu choisir.

C'est une de mes collègues qui m'a parlé du Sri Lanka, même si elle y est allée il y a 20 ans. Elle en garde un souvenir mémorable. C'est une destination assez à la mode maintenant ... Ce n'est pas l'Inde non plus, il paraît que malheureusement les hommes sont très insistants dans la rue, mais il y a moins de réels passages à l'acte. Il faut tout de même être très précautionneuse quand on est une femme seule, et ne pas se promener dans la rue la nuit non accompagnée. En discutant avec les membres du groupe Sri Lanka Backpackers, je me suis rassurée, c'est faisable, mais il va falloir que je ravale mon féminisme. C'est un voyage un peu plus court que d'habitude, ça devrait le faire. Ce qui m'a surtout attirée dans le Sri Lanka, ce sont bien évidemment les monuments comme le Rocher du Lion et beaucoup d'autres temples que je vous ferai découvrir, les manifestations religieuses auxquelles je vais pouvoir assister, et la possibilité de faire du yoga et de l'ayurveda. Ah c'est pour ça le titre? Oui, parfaitement. Je me suis déjà pas mal renseignée mais je garde le reste pour les articles. Cette année, je pense que je vais un peu moins me prendre la tête. Ce blog sera probablement moins abouti que Sea, Jungle et Volcanoes, dépendant de la Wifi et de mon temps sur place.

Tout va bien, le projet est sur les rails, et là ...

BOUM

(Jeu de mots de très mauvais goût intended).

Les touristes désertent le Sri Lanka, tout le monde se pose la question de si c'est sécure ou pas, les agences de voyage annulent leurs départs, est-ce que c'est la guerre, est-ce que l'île va être rayée de la carte ... ? En laissant passer un peu de temps, les srilankais (ou cinghalais - je crois que ça vient de "lion" ce nom, je vérifierai) et autres gens sur place réagissent comme les Européens face aux terroristes: le pays est secoué, ils ont peur, mais ils ne vont pas pour autant s'empêcher de vivre. La sécurité est renforcée. L'autorisation d'entrée sur le territoire devait être gratuite pour les ressortissants de l'UE au 1e mai: cette mesure est repoussée. Les fidèles retournent dans les églises sous haute surveillance. Et euh .. ils ont interdit le port du niqab. Ce qui est totalement discutable et va atteindre des gens qui n'ont rien à voir avec ces attentats. Il faudra pas le dire comme ça là bas ... Ouh sacré challenge cette fois ci! Mais bref, tant qu'il n'y a pas de nouveaux attentats en juillet, et que le pays ne rentre pas en guerre civile, à priori j'y vais. Inutile de vivre dans la peur et de passer à côté d'un pays magnifique, si il faut ça craint toujours moins que Trèbes.

Avant de prendre l'avion avec Qatar Airways, je me rends ... à Istanbul! J'y suis déjà allée quand j'avais 10 ans et c'est le premier voyage qui m'avait touchée et fait découvrir quelque chose de vraiment différent. Je vais y voir mon ami Marvin !! Les billets d'avion reviennent au même prix en faisant comme ça qu'en partant de Paris ou de Barcelone pour Colombo, et vu que c'était un peu cher, autant aller lui rendre visite dans la joie et la bonne humeur. Certains diront que c'était aussi pour pouvoir prendre ma compagnie préférée qui ont la meilleure vidéo de règles de sécurité, et la meilleure nourriture. Disons que ça rajoute à la hype, et que ça m'avait donné envie de retourner à Istanbul. La vie est bien faite!

Niveau matériel, rien de particulier comparé aux fois dernières, si ce n'est un casque anti-bruit et un mini ventilateur de voyage qui risque de s'avérer bien pratique! Ca parle un peu moins de bed bugs au Sri Lanka, mais ça m'étonnerait qu'il faille baisser sa garde.

Navigation sur le blog: Cliquez sur le nombre d'étapes en haut sous le titre, vous aurez le sommaire, pas besoin de descendre tout en bas de la page. Vous pouvez cliquer sur les photos pour les voir en plus grand. Si vous voyez du texte écrit en bleu comme au-dessus, c'est un lien externe, peut-être des explications ou de petites blagues, libres à vous de le suivre, c'est pour donner une petite valeur ajoutée. Je ne pense pas faire une playlist comme l'année dernière, c'était beaucoup de boulot. Je ne vous dis pas mon itinéraire à l'avance, surprise, en plus j'ai la flemme. Vous pouvez vous abonner en cliquant sur S'abonner, avec votre adresse mail. Vous pouvez aussi me laisser des commentaires, c'est ce qui me fait le plus plaisir à l'étranger!

On se retrouve dans un peu moins de 3 mois pour le départ!

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5 mai: Travelgenio m'envoie de nouveaux horaires de vol retour: Doha - Istanbul dans l'après-midi a été supprimé. Proposition: décollage de Colombo le 27 août à 11h30, escale de 18 heures à Doha, vol pour Istanbul le 28 août à 7h40 avec arrivée à 12h10. Sachant que mon vol Istanbul - Barcelone est à 14h50 et que ce n'est pas la même réservation, c'est très très chaud. Restons calme, contactons le service client quand ce sera possible ...

10 mai: Contact de Qatar Airways en français. Mauvaise qualité de l'appel, ça coupe un mot sur deux ... je dois contacter Travelgenio, mince, c'est risqué, ces voyagistes c'est un peu pourri ... Numéro espagnol, je vais devoir expliquer en anglais ... deux minutes d'attente. Ah? Ah oui, c'est rapide. La dame articule. Et elle se montre très efficace, j'ai mon nouveau vol le soir même! Donc départ de Colombo le 27 août à ... 4h15.

24
juil

Le plus difficile dans mes voyages, c'est toujours de quitter les minettes.

Mais une fois arrivée à Istanbul, en compagnie de ma mère pour ce début d'aventure, la pilule passe un peu mieux. Le vol avec Turkish Airlines a été agréable, ils se sont une fois de plus montrés à la hauteur en nous servant un repas délicieux et relevé pour de la nourriture d'avion. Je lui commande un taxi pour qu'elle se rende à l'hôtel de son côté, pendant que moi j'en prends un autre, direction chez mon ami Marvin. Il m'avait au départ dit de sortir de l'aéroport pour en prendre un, mais en marchant vers la sortie, je m'aperçois que je vais vers une autoroute. On ne va pas commencer maintenant avec les mauvaises idées, si? Je fais simple avec un taxi surtaxé de l'aéroport mais tant pis. Le chauffeur ne parle pas anglais mais communique avec moi par une application de traduction. Une fois sortis de l'autoroute nous empruntons de petites routes dans les collines, au détour desquelles je peux voir de petites maisons en tôle et des troupeaux de chèvres. Nous sommes presque au beau milieu de nulle part. Et tout à coup, retour à la civilisation avec tout le contraste que cela implique, nous voici à NarCity. C'est bien plus agréable que ce à quoi je m'attendais: ce sont des résidences sécurisées pour la classe moyenne-riche. Si sécurisées que le vigile ne me laisse pas passer et je dois appeler Marvin à ma rescousse. Je suis très contente de le voir, ce n'est pas souvent que ça arrive! Son appartement est aussi une bonne surprise: vue dégagée sur toute la ville, jusqu'à la mer, depuis le 8e étage. Après manger, il me fait visiter les environs: la piscine de la résidence, la mosquée dont le muezzin va nous réveiller à 4 heures du matin,le supermarché où patientent une dizaine de chiens devant la porte, la salle de sport, le restaurant, le court de tennis ... ce serait parfait sans tous ces portiques de sécurité et ces pentes raides qui font travailler le cardio.

Marvin tente de m'apprendre quelques mots en turc, mais quand bien même il s'en sort bien, ce n'est pas mon cas. Difficile de se souvenir comment dire merci, s'il vous plait, bonjour, au revoir ... La langue turque est complexe et fonctionne par suffixes que l'on emboîte les uns dans les autres. Mais surtout, ces formules de politesse ont toute une signification. Pour dire à tes souhaits, on dit en fait longue vie. On y répond que je t'y voie dedans. Pour dire bon courage dans le cadre du travail, on dit en fait que ta tâche soit simple, que ça vienne facile.

Les gens d'ici vivent tard, les supermarchés sont ouverts quand nous y passons vers 21h30, et ils font du sport jusqu'à 22h ou plus. À se demander quand ont-ils le temps de dormir s'il faut se lever tôt le lendemain? C'est cependant bien pratique, et il flotte dans l'air comme un vrai parfum de vacances.

Vue depuis l'appartement. 
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Jour 1: Un joyeux bazar

Le muezzin s'est bel et bien manifesté au petit matin, mais je me suis vite rendormie. Je n'ai presque pas entendu Marvin partir travailler. Je me réveille fraîche et dispo, la vue du balcon est particulièrement agréable même si des nuages gris obscurcissent la mer. Pendant que la France subit la canicule, la température à Istanbul ne dépassera pas les 29 degrés aujourd'hui. Je dois donc rejoindre ma mère à l'hôtel dans le centre de la ville. Marvin m'a expliqué quel dolmuş (minibus) prendre pour arriver au métro. Il faut lui faire coucou et ensuite il nous dépose où l'on veut sur la route. Comme un colectivo, en sorte! Je rate le premier de quelques secondes, mais le suivant n'est pas loin derrière. Seulement 15 minutes sont nécessaires pour arriver à la station de Huzurevi. Puis, je dois prendre une Istanbulkart à recharger pour circuler en métro: il y a du monde qui fait la queue derrière moi, alors je me fais aider pour ne pas perdre trop de temps ... Le métro stambouliote empeste l'humidité. Un air chaud et lourd vient parcourir mon visage alors que j'attends la rame. Je remarque qu'il est précisé s'il y a 4 ou 8 wagons, et que l'endroit où se positionner en fonction est indiqué sur le sol. Il y a aussi des aires d'attente pour que les gens descendent en premier. Environ 30 minutes plus tard, je change pour le Marmaray, qui est l'équivalent du RER. Tout est parfaitement indiqué, j'ai le temps de me faire la réflexion qu'il est simple de circuler, jusqu'à ce que j'arrive sur le quai, me mette à courir et rate le train de quelques secondes! Ce n'est pas grave, le suivant n'est pas très loin derrière. Et ainsi, je passe d'un continent à l'autre, tout simplement.La rive européenne de la ville est la plus touristique. Je me rends à l'hôtel de ma mère, situé dans une petite rue piétonne touristique mais charmante. Pendant qu'elle se prépare, je vais déjeuner dans un restaurant.Je commande un plat qui s'appelle Hürrem Sultan . Avant qu'on ne me le serve, on m'amène une pita et des sauces au yaourt et aux tomates pimentées. Je ne pense pas que ce soit gratuit, mais tant pis, c'est pour l'expérience. Le plat en lui même est copieux, plein d'huile, mais c'est plutôt bon. Et quand je pense avoir terminé, ils me servent un baklava et du thé! Je vais avoir du mal à perdre mes kilos en trop. Surprise à l'addition: tous ces petits extras étaient ... inclus dans le prix!

Vous pouvez cliquer sur les photos pour les voir en plus grand. 

Nous nous mettons en route pour le Grand Bazar en passant par le quartier de Fatih, réputé pour être conservateur. Probablement, en tout cas passée une petite place, l'immersion Orientale est totale. Tout le monde se bouscule pour trouver un joli bout de tissu, un sac à main contrefait, de la fripe ... J'aime beaucoup cette ambiance quand bien même ça crie de tous les côtés. Nous devons régulièrement éviter des porteurs, qui réapprovisionnent les magasins en habits ou en nourriture, c'est selon. Passages couverts et rues bondées s'enchaînent, toujours en pente, toujours plus haut sur l'une des nombreuses collines d'Istanbul.

Nous atteignons finalement le Grand Bazar, évocateur d'un conte des Milles et une Nuits. Ça fourmille, ça alpague mais gentillement. La chaleur se fait étouffante dans toutes ces petites rues couvertes d'arches colorées abîmées par l'humidité et le temps qui passe depuis l'époque des caravansérails.

Sa première version a été construite en 1455 sous le règne du Sultan Mehmet II, après la chute de Constantinople. On y trouve une rande variété de produits: des bijoux, des souvenirs touristiques, des vêtements, du cuir, de la porcelaine, des lampes (j'en ai acheté une malgré une grande hésitation à cause du prix et du poids), des livres, des calottes, des tapis, on y trouvait même des chaînes dans le temps.

Nous quittons cette caverne d'Ali Baba pour une autre ruelle commerçante et malgré la fatigue physique et nerveuse qui se fait sentir, nous nous dirigeons vers la mosquée Sülemaniye, ou Soliman le Magnifique. Elle n'est pas bien loin, nous y sommes en 10 minutes. Bien entendu il faut descendre un peu, puis remonter ... mais arrivées en haut, la vue sur la rive de Galata, le quartier branché, est sympathique. On peut aussi apercevoir les ponts sur le Bosphore, et de loin le quartier étudiant de Kadiköy, situé sur la rive asiatique.

Nous devons mettre un voile pour couvrir les épaules et les cheveux pour entrer dans la mosquée. Elle est moins impressionnante que ce à quoi je m'attendais. Le petit jardin qui la jouxte, où se trouve le tombeau de Soliman et de son épouse Roxelane, est plutôt agréable.

La mosquée a été construite dans les années 1550 par l'architecte Mimar Sinan. Soliman souhaitait faire construire le pendant islamique de Sainte Sophie. Il se voyait comme un second Salomon, et la coupole est censée faire référence au Dôme du Rocher de Jerusalem (ah ...). Soliman semblait donc être un Sultan très humble, et pas du tout imbu de lui-même ...

Nous rentrons ensuite à l'hôtel après avoir eu beaucoup de mal à trouver une supérette, ce qui était plutôt agaçant. Cette visite était sympathique mais il est vrai qu'Istanbul est une ville qui peut mettre sur les nerfs rapidement. On peut ressentir le machisme ambiant d'après ma mère, moi je le sens un peu moins et me pense en sécurité.

Cependant au retour chez Marvin, le métro est bondé. Comme j'ai grossi, je mets mon ventre en avant en espérant que quelqu'un pense que je suis enceinte et me laisse la place assise pour soulager tout mon corps douloureux. Bien essayé, mais c'est raté. Je repère un homme qui me regarde avec insistance. Je m'entraîne pour le Sri Lanka et met mes doigts dans mon nez: ça le calme. Bonne technique.

Avec Marvin, nous ne ressortons pas ce soir, le temps est au repos.

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Jour 2: La rive festive

J'ai appris par hasard que la gare de Sirkeci où j'arrive par le Marmaray est la gare de l'Orient Express. Il doit y avoir une autre section qui doit être plus historique, car le côté par lequel j'arrive est très moderne. D'ailleurs, en parlant de modernité, je dois retirer de l'argent et il y a toute une barre de distributeurs différents. Je choisis aléatoirement une banque, avec un gouvernail pour logo c'est sympathique. Ma carte m'autorise 15 retraits à l'étranger sans commission de leur part, je me dis que je vais prendre un maximum d'argent quitte à le rechanger après. Je demande 1000 livres turques (150€) que le distributeur me donne en ... billets de 10. Je me retrouve donc avec une énorme liasse !! On dirait que j'ai braqué une banque!

Avant d'aller voir ma mère et de racheter une petite valise à roulettes, je vais encore me promener un peu dans ce quartier si dépaysant et tumultueux. Je me rends d'abord à la Yeni Cami (New Mosque), mais pas de chance, elle est en travaux donc elle est fermée.

Je suis à côté du Bazar Egyptien, autrement appelé Bazar des Épices (Misir carsisi). Il est bien plus petit mais l'atmosphère y est intéressante. Les petites échoppes couvertes vendent aussi des loukhoums, j'en goûte un à la rose mais je le trouve un peu chimique. Je sors du côté d'une rue animée pour me rendre à la Rüstem Paşa Camii qui est une mosquée réputée pour ses mosaïques florales. Encore faut-il en trouver l'entrée ... Je vois le minaret mais je fais trois fois le tour du pâté de maison. Je laisse presque tomber mais je vois enfin l'entrée qui est presque cachée, il n'y a qu'un petit écriteau qui indique "Camii'. Mais pas de chance ... elle est aussi en rénovation pour un an et fermée aux visiteurs. Déception.

J'ai aussi l'l'idée de me rendre au Valide Han (l'ancien caravansérail de l'épouse officielle du Sultan) car on peut y monter sur ses toits et voir ceux d'Istanbul à 360 degrés, normalement. La pente n'a pas raison de moi, je pense que je m'habitue à ce rythme intensif. Quand j'y parviens, et que j'ai l'air de chercher mon chemin, un homme me l'indique. Je me retrouve au premier étage, poussiéreux et décrépi, mais on peut voir les artisans travailler le verre, le fer forgé, le tissu, dans des pièces antiques plus ou moins minuscules - au moins, maintenant j'ai un peu plus confiance dans le fait que ce soit réalisé à la main. Mais quand je veux accéder au toit, la porte est fermée ... Une dame me dit que l'accès est condamné. Des accidents, peut être ... elle tient un petit café au milieu de ce chantier et je dois me satisfaire de la vue qu'il m'offre, c'est déjà ça.

L'envers du décor  

Je vais ensuite acheter une petite valise, rigole avec le commerçant de ma mésaventure bancaire quand je sors ma liasse de billets, et rejoins ma mère. Après un peu de repos, nous allons trouver un restaurant en hauteur qui donne sur la Corne d'Or, la rive de Beyoğlu et le Bosphore, non sans s'être faites alpaguer par plusieurs autres restaurateurs sur le chemin.

Nous prenons du poisson, un şiş kebab au poulet (shish quand la viande est cuite sur de petites brochettes) et d'autres petites choses à grignoter. Il fait un peu frais car il y a du vent, mais heureusement ils prévoient de petites couvertures.

Une fois le repas fini, nous prenons le tramway pour traverser la Corne d'Or, allons jusqu'au bout de la ligne, prenons le funiculaire et arrivons sur la place Taksim. C'est l'endroit où les manifestations ont lieu, et c'est un quartier qui bouge beaucoup. Il y a des boutiques internationales, des bars, de l'animation ... Nous sommes tout en haut de la colline, et redescendons donc tranquillement la grande avenue de l'Indépendance. Nous nous arrêtons une heure plus tard près de la Galata Tower, après être passées devant plusieurs petits cafés très mignons mais ne servant pas d'alcool, et une bonne petite bière fraîche serait parfaite.

Galata était au départ une cité ennemie de Byzance, l'Istanbul de l'Antiquité. Elles se faisaient face et s'affrontaient régulièrement. Bien plus tard, quand Byzance est devenue Constantinople, le quartier de Beyoğlu s'y est fondé. Il s'y regroupait les commerçants du monde entier, ce qui rendit le quartier international, comme maintenant. Beyoğlu signifie "le fils de Bey", son fondateur étant le bâtard illégitime du doge de Venise. Il y avait beaucoup d'Italiens, ce qui explique l'architecture des palais du bord de mer, comme Dolmabahçe.

Nous dînons à côté de l'hôtel en compagnie de plusieurs chats affamés, souvent chassés par les restaurateurs.

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Jour 3: Les découvertes de la dolce farniente

Aujourd'hui, je passe la journée avec Marvin et sa copine, Sevilay. Ils ont décidé de me faire découvrir le petit déjeuner copieux à la turque, dans un restaurant de Kadıköy. Nous y arrivons en milieu de matinée, et prenons le vieux tramway qui ferait penser à un accessoire de cinéma. Une fois descendus, nous tournons pendant une dizaine de minutes dans le quartier, car le GPS disait n'importe quoi - il y avait un arrêt à seulement 300 mètres du restaurant, en fait. Celui-ci surplombe la mer de Marmara, les rayons du soleil font scintiller les petites vagues en contrebas. Nous ne sommes pas au bord de la terrasse mais c'est tout de même agréable. Je fais donc connaissance avec Sevilay, qui parle français couramment après avoir vécu quelques années à Paris. Elle commande un petit déjeuner à partager, et m'explique énormément de choses sur la culture turque, dont je vais essayer de me souvenir au mieux au fur et à mesure de la rédaction de l'article.

Dans ce petit repas, il y a: de la salade avec des tomates, du fromage qui ressemble à du gruyère, des oeufs brouillés à la tomate un peu piquants, des oeufs au plat plus classiques, de la pâte de sésame, de la pâte de noisette, du yaourt/beurre dans du miel (servant à affadir les plats trop relevés, habitude alimentaire turque), de la feta, de l'espèce de confiture, des olives, de l'orange, de la saucisses, plusieurs sortes de pains, et du thé à volonté. Quand ils commandent au restaurant, les Turcs partagent souvent leurs plats car la quantité est souvent copieuse pour une personne. Entre autres. Nous commandons aussi du fameux café turc, qu'il faut boire en petites gorgées car tout le marc se dépose au fond en couche épaisse. Je m'essaye à la voyance: il faut retourner la tasse dans son assiette, attendre un peu et retourner à nouveau. Le marc est si épais que seule sa couche supérieure se décante pour venir faire de petites formes uniques sur les bords de la tasse. On dit ce qu'on y voit, c'est une sorte de Rorschach organique, quoi. Et selon les résultats, l'interprétation est donnée par le divinateur. On n'en a pas avec nous, donc je ne saurai jamais ce que veulent dire le bonhomme qui crie (quoique ça me semble assez net), le drakkar, la soucoupe volante, les poissons ... il paraît qu'il y avait la lettre L dans mon marc, et cela peut vouloir dire ... qu'il va se passer quelque chose avec quelqu'un dont le prénom contient la lettre L. Me voilà bien avancée.

Maintenant, nous allons nous promener dans Kadıköy. C'est un grand quartiet toujours situé du côté asiatique, qui fait face à Sultanahmet là où se trouvent les mosquées. Les familles turques de classe moyenne-riche l'ont investie, loin du tumulte des rives voisines - et de l'immigration arabe apparemment. Il y a de petites boutiques d'encens, de mangas, d'autres bouquinistes ... nous passons souvent sous des tonnelles, qui me rappellent un peu la Grèce sans pour autant être similaire. Les Turcs aiment autant être comparés aux Grecs que les Montpelliérains aux Nîmois.

Nous passons au coeur du marché: ça sent le poisson, les olives (beaucoup de variétés d'olives!), les magasins de fruits secs (kuruyemi), les fruits que l'on peut goûter, sans abuser. Marvin repère de petits fruits rouges "C'est quoi ça, des cerises?" "On dirait plutôt des tomates cerises", mais ce n'est ni l'un ni l'autre: ce sont des kizilcik, qu'on traduit par des cornouilles, et c'est amer !! Nous redescendons ensuite vers un quartier plus jeune, avec plein de petits bars et cafés sympathiques et originaux. Il y en a un qui recrée une rue et qui est décoré avec plein de caricatures, un autre qui cache une grande salle de concert qui accueille parfois des stars ... il doit y avoir pas mal d'animation le soir. Ce quartier est adorable.

Après un stop pour manger des loukhoums et boire du jus de cornouilles (c'est meilleur!), nous allons prendre le ferry qui relie Kadıköy à Beşiktaş et donc traverser le Bosphore. Le vent dans nos cheveux nous rafraîchit après cette petite visite, et le bateau file sur les flots. Je peux voir la silhouette de Sainte Sophie de l'autre côté, puis le palais de Dolmabahçe qui est très proche de l'embarcadère.

Nous prenons maintenant le bus pour nous rendre jusqu'au Rumeli Hisarı, dans un endroit moins connu des touristes européens. C'est un château qui servait à contrôler les allées et venues sur le Bosphore.

Rumeli Hisarı signifie "forteresse romaine" et a été construite après la chute de Constantinople en 1453. Une fois le territoire conquis, les Turcs ont voulu tout de suite affirmer leur puissance. La forteresse d'Anadolu lui fait face, à ce point le plus étroit du Bosphore. C'est là qu'on trouve le "courant de Satan", où l'eau plus salée de la mer Noire circule au dessus de celle de la mer de Marmara, plus douce. Les bateaux dérivaient souvent vers la forteresse et aujourd'hui encore, il faut de petits bateaux guides pour aider les pétroliers. Ils ont essayé de s'en passer mais ça a mal tourné.

Après de nombreuses marches montées sous la chaleur écrasante, nous prenons un taxi pour nous rendre à Ortaköy. Il y a un petit marché artisanal avec des stands de nourriture où l'on peut manger des kumpirs: des pommes de terre mélangées avec du fromage et du beurre sur lesquelles on rajoute la garniture que l'on veut. Nous nous rapprochons ensuite du bord de mer pour boire un café au bord de l'eau, proche d'une mosquée ouvragée "comme un bijou". En face on peut voir une nouvelle mosquée immense qui a ouvert il y a quelques mois, elle est tout en haut d'une colline et elle possède six minarets signe extérieur de richesse: c'est la mosquée d'Erdogan. Il avait aussi fait construire une petite mosquée en plein milieu du théâtre du château de Rumeli, ce qui scandalise Sevilay car on ne peut plus y voir de concerts à ciel ouvert et cela a été fait juste pour le pouvoir.

Après cette pause bien méritée, nous reprenons à nouveau le bus pour retourner du côté de Beyoğlu pour la soirée. Nous allons d'abord manger au restaurant et partageons un mix de plusieurs viandes, et je goûte l'ayran qui est un yaourt salé - surprenant au départ, délicieux ensuite - et une köfte qui est une boulette de boulgour farcie à la viande un peu écoeurante. À la fin, nous prenons des clous de girofle pour l'haleine. "Ne croquez pas" dit Sevilay, mais Marvin et Marine ont déjà croqué et ont la langue anesthésiée. Puis, direction le James Joyce, un pub irlandais, pour une soirée Internations et un concert! Heureusement que Marvin et moi sommes là pour garantir le côté "Internations" car il semblerait que nous soyions les seuls à ne pas être turcs!

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Jour 4: Le centre historique

Un peu plus de repos aujourd'hui puisque nous ne rejoignons ma mère qu'en fin d'après-midi. Nous traînons un peu, ça fait du bien, mais ce qui en faiy encore plus, c'est la piscine! Il fait bien chaud et l'eau est bien fraîche, bien limpide, qu'est ce que j'aimerais avoir ça chez moi! Nous y restons une agréable petite demi-heure puis allons manger un iskender au centre commercial. Encore un truc qui ne fait pas maigrir: il s'agit de viande avec une couche de beurre fondu avec de la sauce tomate et des croûtons de pain qui baignent dans l'huile. C'est gras mais c'est vraiment trop bon, finalement c'est bien qu'Istanbul soit pentue car ça fait brûler tout ça.

Nous passons ensuite à la pharmacie où nous découvrons l'existence des bougies d'oreilles, mais on ne comprend pas trop, même avec la photo. C'est pour se déguiser en chandelier? Pour transformer le cérumen en cire humaine?

Puis nous visitons d'abord tous les deux de notre côté Yerebatan Sarnıcı, la Basilique Citerne. Pas très compliqué de deviner ce dont il s'agit: une ancienne basilique reconvertie en citerne, wow. Elle est construite du temps de Byzance par l'empereur Justinien qui garde ses colonnes de marbre et ses chapiteaux corinthiens aux feuilles d'acanthe. Il fait frais dedans, ça contraste avec la chaleur extérieure qui nous épuise, surtout avec toutes ces pentes. Il y a une petite musique planante pour accompagner la visite des colonnes dont la base semble enflammée. Il y a aussi des photographes touristiques qui ne perdent pas le nord et qui proposent des photos en costumes. Ils ont de très bons éclairages et du matériel haut de gamme car moi j'ai énormément de mal à prendre des photos dans l'obscurité. Nous passons devant la "colonne suante" (crying column, c'est mieux en anglais), érigée en mémoire des esclaves qui ont perdu la vie dans la construction de la basilique. Curieusement, elle est sans arrêt mouillée! Le phénomène n'est pas expliqué pour garder un peu de mythe mais on peut faire plein d'hypothèses géologiques. Nous continuons jusqu'au fond de la salle pour voir une tête de Méduse renversée à la base d'une colonne. Nous sommes aussi étonnés par la taille de la figure, on ne se moque pas de nous! Elle a été faite pour protéger la citerne. Je n'ai pas compris pourquoi elle était à l'envers, mais en même temps je n'ai pas vérifié si la colonne allait jusqu'en haut, elle est peut être dans l'autre sens.

Nous allons ensuite chercher ma mère pour la visite des deux grandes mosquées d'Istanbul. Nous commençons par Ayasoya, Hagia Sophia, Sainte Sophie, la structure la plus imposante et bien qu'elle soit critiquée pour son aspect extérieur carré et trapu, elle n'en reste pas moins majestueuse.

Elle a une très longue histoire: elle a été reconstruite trois fois pendant l'Antiquité, sur les bases d'une cathédrale, et a survécu à plusieurs émeutes. Quand Istanbul a été conquise en 1453, elle est devenue une mosquée. Jusqu'au 16e, des additions structurales sont faites pour stabiliser l'ancienne nef, et des minarets sont ajoutés. Depuis 1935, Atatürk l'a convertie au statut de musée. On ne prie pas dedans, on n'est pas obligés de se couvrir les bras et les jambes, et tant mieux car on ne saurait à quel dieu s'adresser: les mosaïques chrétiennes côtoient les boucliers islamiques et les faïences coraniques qui portent les noms d'Allah, Mahommet et les quatre Califes (Abu Bakr, Ali, Omar, Osman), et c'est ce qui rend Sainte Sophie unique.

L'intérieur est particulièrement grand, et malheureusement un échafaudage cache une partie du mur est. De petits chats s'y promènent, peut être chassent-ils les pigeons qui traversent parfois la nef. Nous traversons maintenant la place Sultanahmet pour aller visiter la Mosquée Bleue construite par ... le Sultan Ahmet, dans les années 1600, qui a rejoint le jeu du "c'est moi qui ait le plus gros minaret" tardivement mais qui du coup a fait encore plus grand que Sainte Sophie et Soliman. Sultanahmet Camii est son nom officiel, mais les faïences azur d'Iznik impressionnent les touristes. Sa taille aussi, elle est très haute et semble dégouliner de coupoles. C'est ma toute première mosquée et j'en garde un fabuleux souvenir. Mais en rentrant dedans ... la coupole est en rénovation, qui devait prendre fin en mai dernier mais il y a plus de travail que prévu. Nous sommes donc relégués dans un coin et ce qui choque, c'est que la moquette est rouge. À notre première visite elle était bleue, et là maintenant les faïences nous paraissent moins bleues par effet d'optique. C'est quand même joli, ça vaut quelques photos mais la visite est décevante du fait des circonstances. En plus, cette mosquée, elle sent des pieds. Vu qu'il faut enlever les chaussures à l'entrée.

Pour le dîner, nous allons au Mesale Cafe comme 20 ans auparavant avec notre famille, pour voir un derviche tourneur et fumer un narguile au raisin qui n'a pas trop de goût. La nourriture n'est pas terrible non plus, et je commence à en avoir marre de ces plats huileux. Nous passons tout de même un bon moment et sur le chemin, j'ai l'occasion d'acheter une pide, sorte de pizza en forme de barque, pour goûter. J'en demande une avec des tomates, et le type me répond "Y'a aux épinards aussi, c'est bon!" Euh ok donc c'est toi qui choisis ce que je veux manger ou comment ça se passe? Tiens je devrais dire "pourquoi t'es pas chauffeur de taxi toi", ça aurait autant de sens.

Bras en l'air: prendre les bonnes choses de Dieu et du ciel. Bras baissé: les donner aux hommes et à la terre.

En tout cas, j'ai passé quatre jours formidables bien qu'épuisants! Ma mère parlait de machisme, c'est vrai que je me suis faite parfois ignorer "par réflexe" au profit d'hommes voire de garçons, qu'on a été "un peu trop" sympa avec moi par moments et qu'on me mattait régulièrement, mais au moins on ne m'aborde pas à tout va pour me proposer du sexe comme cela peut arriver en France et arrivera au Sri Lanka. Le comportement des hommes est à la limite du respect mais au moins ça en fait quand même partie. Donc, je n'ai pas trop mal vécu la Turquie et c'est très étrange de me dire que je pars au Sri Lanka demain, l'organisation est particulière cette année. Je serais bien restée quelques jours de plus, suis-je prête pour la suite? Je ne sais pas, mais en même temps je n'ai pas trop le choix!

Avec tout cela, nous n'avons pas visité le palais de Topkapı, par manque de temps et de motivation. Je pourrais vous raconter ce que j'ai lu sur le harem, l'histoire de Roxelane, esclave russe devenue femme du Sultan en faisant assassiner ses rivales, cette tradition qui voulait que quand un Sultan accède au trône il tue tous ses frères et neveux pour éviter problèmes d'héritages et guerres civiles, ses frères qui d'ailleurs vivaient dans de minuscules appartements du palais dont ils ne sortaient jamais, ainsi que les femmes et les enfants, mais ... ce sera peut être pour une prochaine fois!

29
juil

Le nouvel aéroport d'Istanbul a été construit sous Erdogan. Vous pouvez donc imaginer qu'il a mis le paquet! J'avais compris qu'il était encore plus grand, mais il reste à taille humaine finalement. Il est très design mais il doit falloir le rentabiliser au mieux car les chariots sont payants.

Je vais prendre Qatar Airways, la meilleure compagnie du monde paraît-il. Je ne sais pas, mais en tout cas il y en a, du monde. Et pour cause: les familles sont nombreuses et les Qatari doivent louer des chariots qui ressemblent à ceux des hôtels de luxe. Je n'avais pas fait le rapprochement mais ma mère me dit que s'il y a tant de gens, c'est parce que les hommes ont plusieurs femmes. Ah, oui, c'est possible! Trois femmes, un gamin pour chacune, 7 membres dans la famille déjà. Les 90% sont voilées du niqab, cela me donnerait presque l'impression de me promener toute nue.

J'ai un petit pincement au coeur en laissant ma mère seule pour partir de mon côté, vu qu'elle rentre en France et moi non.

Alors sinon, de mon avis, ça donne quoi Qatar Airways? Et bien c'est pas mal mais comme je ne suis pas en business class, je ne vois pas ce qui en fait la #1. Le classement doit être serré. La tablette de ce vol ci n'est pas tactile et il faut trouver soi-même comment l'allumer, les jeux buguent rapidement ... pas extraordinaire. Niveau nourriture c'est meilleur qu'Etihad, ce qui n'est pas compliqué, mais ils donnent un petit menu en avance pour faire comme au restaurant mais c'est un peu exagéré. Niveau saveur ce n'est pas trop mal, surtout le dessert. Sinon ... mouais.

Nous survolons la Syrie, l'Iraq ... ce sont de grands espaces montagneux très vides et donc peu intéressants vus du ciel. Nous arrivons au delta du Tigre, nous sommes au dessus de la mer Rouge et nous descendons vers Doha, la capitale du Qatar ... c'est peu inspirant. Je suis un peu stressée car j'ai peu de temps de correspondance. Mais en fait, l'aéroport n'est pas immense, et je suis largement dans les temps. Je passe la porte d'embarquement, je vois le gars changer ma carte, ah ... Je ne fais pas plus attention, mais au second contrôle, on me le fait remarquer: maintenant, sur mon ticket, il y a marqué Business Class.

JE SUIS SURCLASSÉE !!

Et autant dire que j'ai fait la princesse, j'ai commandé du champagne et les meilleurs plats possibles. J'ai même mis le siège en mode lit pour dormir. C'est vraiment génial et ça donne envie d'être riche pour toujours voyager comme ça. Quelle chance j'ai eue, quand même. Bon, du coup, je veux bien leur donner meilleur crédit.

En revanche, c'est sûr que je n'irai pas au Qatar en cette saison. Rien que de sortir de l'aéroport pour aller au bus a été toute une expérience: 37 degrés à 19h.

Et il en résulte que je sors la première de l'avion. Je passe l'immigration en 30 secondes chrono - une première, et en même temps il est 3h du matin ici - et récupère le sac très rapidement aussi. À l'extérieur, il fait extrêmement humide, mais je prends quelques minutes avant de répondre aux taxis pour savourer mon arrivée. Je hume des odeurs inconnues et accepte ensuite de suivre un homme qui m'emmène vers un parking. Allez ça y est, c'est fini, je vais me faire tuer dès mon arrivée ... Mais non, tout se passe bien. Je sens beaucoup de politesse chez lui, il ne me harcèle pas de questions et je suis bien contente vu que je m'attendais à l'inverse. L'hostel est très proche de l'aéroport, et je me couche, douchée et en pyjama, seulement une heure après mon atterrissage.

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Jour 1: Les corbeaux de Colombo

J'ai le dortoir pour moi toute seule, je me repose bien et me réveille au chant des insectes mais je me sens incommodée. Malgré la climatisation, l'humidité est terrible. Mais quand je dis "terrible", je parle d'une odeur étouffante, d'une lourdeur permanente, j'ai même l'impression que c'est cela qui me donne des maux de tête et des difficultés à respirer. C'est possible, vu que je m'étouffe dans les hammams, mais pourtant ce n'est pas la première fois que je vais en Asie ... L'acclimatation va être compliquée. Après quelques galères avec le blog, je fais le check out et je tente de prendre le bus. Je me fais d'abord aborder par un chauffeur de tuk-tuk qui me demande 2000 Rs pour m'emmener à Colombo. Aucune idée de ce que cela représente. Donc je dis non et je trouve un bus qui passe, je lève le bras mais ... Je me rends compte que je dois aller à l'arrêt désigné. Oh, et il y a des passages piétons pour traverser. Wow, la civilisation! Finalement, je saute dans le premier bus qui indique Colombo. Je regarde le paysage défiler ... Une enfilade de maisons qui bordent la route, ça ne s'arrête pas. Je remarque beaucoup de petits magasins, des écoles Montessori, mais peu de restaurants. En parlant de ça, je n'ai rien mangé depuis mon repas de riche, très peu bu, et ça se sent: heureusement que je suis assise sinon j'aurais peur de faire un malaise. Ça attendra l'hostel.

Le bus arrive à Colombo environ une heure plus tard, je commençais à ne plus supporter les bips stridents et les coups de frein à chaque arrêt. Il serpente très proche des stands du marché de Pettah, vraiment très très proche, pour s'arrêter à la gare routière. Les bus sont un peu les uns sur les autres et les gens doivent passer entre. Ah, je vais donc mourir écrasée entre deux bus srilankais, j'avais imaginé autre chose. Je repère un tuktuk "taxi meter" car je me dis qu'il ne va pas m'arnaquer, mais quand je lui dis où aller, il est perdu ... Un autre chauffeur saute sur l'occasion pour m'emmener, et essayer de m'arnaquer. Mais genre, bien, l'arnaque au verre pilé. "Twenty dollars" pour faire 5km, soit 4 000 Rs. Je lui parle du chauffeur de l'hostel de l'aéroport, je lui dis que ce n'est pas possible. Il veut que je paye en euros ou en dollars, je n'ai pas que ça à faire. 2000 Rs? Je vois passer un taxi meter qui a fait 3.2 km et qui affiche 150 Rs. Ah ouais ... Arrivée à destination, je lui dis "J'ai vu le prix du taxi. Je te donne 500 et c'est déjà pas mal apparemment" mais il me dit "Non, non. 1000 Rs. C'est le vrai prix (allez steuplé!)". Je cède, et me dirige vers mon hostel car avec tout ça il n'a même pas voulu m'emmener pile devant.

L'Island Hostels est une mignonne petite villa avec une piscine, avec un grand portail, tant mieux car sur les photos j'avais l'impression que c'était dans la rue. Il y a même des vigiles. Une fois installée, je vais au petit restaurant d'à côté qui ne fait que des bowls. Je trouve ça cool, mais cher, enfin je n'en sais rien en fait. Je prends un petit truc avec du sashimi de saumon et de thon, des crackers au wakame ... Un jus de framboise/pastèque/citron aussi, frappé, c'est très rafraîchissant. Pour le dortoir, je suis dans un petit box en bois assez large, ça me donne l'impression d'être dans une cabane et c'est chouette.

Je pars ensuite en vadrouille. Je commence par le parc de Vihara Mahadevi, juste pour voir la vue washingtonienne sur le Town Hall (cf photo). Malgré le climat, je trouve l'herbe très sèche, et il y a finalement peu d'arbres. Mais il y a des chevaux, étonnant. C'est pour faire des balades dessus. Il y a des corbeaux, beaucoup de corbeaux, j'en ai vu partout. Il y a aussi un petit lac, tout petit, où les familles font du pédalo mais vu la taille de la mare, c'est un peu triste. Je passe sur un pont suspendu qui bouge, et pendant que je prends une photo, un homme vient me voir. Je le fais patienter quelques secondes car j'ai mis mon casque audio dans cette intention, et il commence en me disant "I'm a massage therapist" mais je refuse tout de suite, dans "therapist" il y a "rapist". Il repart sans trop insister. Je vais jusqu'à la fameuse vue, pour voir ce bâtiment construit sous domination anglaise, et repars dans l'autre sens.

Le Sri Lanka est d'abord colonisé par les Portugais qui prennent ses côtes en 1505. Puis par les Hollandais en 1658. Puis par les Britanniques en 1796 qui écrasent le dernier roi de Kandy en 1815. C'est là qu'ils renomment l'île "Ceylan", qui auparavant était nommée "Serendip" qui a donné le mot français sérendipité (découverte heureuse faite par hasard). Ils deviennent indépendants en 1948 mais font toujours partie du Commonwealth. Le nom Sri Lanka ("l'île du bonheur") date de 1972. Et d'ailleurs, Colombo n'est en fait plus la capitale du Sri Lanka, elle a été déplacée et c'est Sri Jayawardenapura Kotte depuis les années 80, qui est cela dit très proche de Colombo. Mais je crois que tout le monde s'en fiche.


Maintenant, je m'en vais visiter des temples, évidemment! J'arrive proche de la petite portion de Beira Lake South West et fais un détour par le temple de Gangaramaya. Déjà, la façade est différente de tout ce que j'ai pu voir jusqu'à maintenant, ça commence bien avec un peu de nouveauté. Je rentre dans la première salle et wahou! C'est quoi tout ça? Il y a des statues partout! À les regarder de plus près, elles font très hindouistes. C'est normal puisque ce temple fait appel à des éléments d'architecture sri lankaise, thaïlandaise, indienne et chinoise. C'est très coloré. Dans la petite cour, il y a une petite pagode, un Bodhi Tree (symbole de l'éveil de Bouddha qui a eu la révélation en méditant sous un arbre de cette sorte, voir mon blog à Singapour) qui vient d'Anuradhapura. Il y a aussi un musée de statuettes, dont la plus petite statue de Bouddha au monde. On peut la détailler avec une loupe, mais la dame devant moi n'y parvient pas. Moi, ça va, les traits ne sont pas exceptionnels mais c'est un sacré effort au vu de la taille.

Étrange, ce rendu. On dirait que les statues sortent d'un jeu vidéo.
Ta photo d'identité.

À quelques centaines de mètres de là, il y a le Seema Malakaya Temple, construit en 1985 et financé par un mécène musulman (vu le nom, je me demande s'il ne serait pas originaire de Malacca). C'est le temple que l'on voit souvent sur les photos touristiques puisqu'il est sur le lac et qu'on y accède par un ponton. Il n'est pas bien grand mais on peut y faire de beaux clichés. Il s'illumine le soir avec de petites guirlandes, et le gars à l'entrée me dit qu'elles s'allument à 18h. Il est 16h50 et en face, il y a un centre commercial, à côté des Altaïr Buildings dont l'un se casse la figure sur l'autre. Je m'y rends pour profiter de la climatisation. Au sous-sol, il y a un supermarché Cargill's, j'y vais par curiosité. Il est vraiment très bien présenté! Les légumes sont dans des cagettes comme s'ils venaient d'étre cueillis. Il y a une boulangerie, des sushis, des steaks, que l'on peut demander à manger sur place! Génial!

Vers 18h, je retourne au temple. En fait il fait encore un peu jour, et l'effet est moins spectaculaire que ce que j'attendais. Je reprends le chemin de mon hostel, mais à un moment donné, je me trompe d'embranchement. Quand je finis par vérifier où je suis, je m'aperçois que j'ai marché au moins 1km dans la mauvaise direction! J'ai pris une avenue qui partait en biais au lieu d'aller tout droit, donc j'ai dérivé de mon cap. Il commence à faire nuit maintenant, et tout le monde déconseille de sortir la nuit au Sri Lanka. Probablement car les hommes se transforment en Gremlins. Je suis d'ailleurs un peu parano, j'ai l'impression de me faire suivre en voiture deux ou trois fois, mais il ne se passe rien d'autre et ce doit être l'effet de mon imagination. Je finis par retrouver la bonne route, et saute dans la piscine une fois arrivée. Elle est très chaude, forcément. Mais ça relaxe, après tant de marche. Pour dîner, je remarque qu'il y a beaucoup moins de restaurants que dans les autres pays d'Asie où j'ai pu me rendre. J'en ai repéré un qui fait de la cuisine singapourienne, entre autres. Mais quand j'y arrive, il s'agit plutôt d'une cantine, et je ne vois que des plats srilankais. D'ailleurs je ne commande qu'une seule chose, du "poisson" (qui est plutôt de la seiche) et le serveur m'amène un peu de tout, avec un grand bol de riz. Mais c'est là le problème : ce riz. On dirait qu'il a été cuit dans l'eau des égouts. Je mets plusieurs bouchées à m'en rendre compte, et je ne peux pas manger le reste seul, ça arrache. Le patron me fait quand même payer plein pot, avec un grand sourire. Ça finit au Burger King ... J'aurai peut être plus de chance demain.

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Jour 2: De long en large

Je ne commence ma visite qu'à partir de 14h. Cette fois-ci, je prends un "taxi meter" pour tester la différence. Petite peur au début: je lis "5000 Rs" (soit 25€) au depart mais il m'assure que ce n'est pas ça. Je retourne là où j'étais hier, pour pouvoir comparer les horaires de bus et de train pour partir vers Galle demain. À l'arrivée ça marque 25000 ... en fait il s'agit de 250.00 donc l'autre avec ses 1 000 d'hier, il m'avait bel et bien dit n'importe quoi.

J'essaye de comprendre comment marche la gare routière. Il y a marqué "vers Galle", "vers Kandy", "vers Anuradhapura" mais aucun horaire. Je crois comprendre que les bus partent quand ils veulent, probablement quand ils sont suffisamment pleins. Les gens essayent de m'alpaguer, mais j'ai trouvé une super technique: le casque avec la musique dans les oreilles, qui me sera utile toute la journée pour ne pas être trop incommodée.

Je me promène vers Pettah Floating Market. En fait, ce sont des boutiques mais pas un marché comme on l'entend. J'aimerais aller au temple hindou de Captain's Garden, mais il est coincé entre deux voies ferrées au pied de la Lotus Tower et il faut faire tout un détour, donc je laisse tomber. Je me dirige vers la gare, et me rends compte que je ne peux pas prendre mon billet en avance. Ça a l'air bondé, mais le train passe au bord de la mer, donc j'hésite ... je vais demander sur des groupes de voyageurs ce qui est le mieux.

Je m'engage dans le centre-ville de Colombo, le quartier de Pettah. Je me fais quand même un peu embêter, mais j'ignore facilement. Et puis, les rues sont bondées! C'est un peu oppressant et je ne m'attarde pas trop. Je redescends quelques rues et soudain, je sens une odeur de pourri. Au départ je crois qu'il s'agit de fientes de poules, mais ce sont en fait des poissons qui sèchent au soleil parmi les mouches qui se posent dessus. Charmant.

L'intérêt de cet endroit, ce sont les bâtiments coloniaux. Je voulais aussi visiter un temple hindou à 15 minutes à pied, l'un des plus beaux de Colombo, mais en passant devant d'autres je me rappelle qu'ils n'ouvrent qu'en fin d'après midi ... il n'est que 15h30 donc tant pis. Je me dirige vers la Red Mosque (après la Bleue, what else? La verte? J'en ai vu une en passant), de style indo-islamique et aussi connue sous le nom de Jami Ul-Afar, mais j'arrive pile à l'heure de la prière. Je dois attendre 20 minutes, me dit-on. Cela me force à faire une petite pause, où je vais reprendre de l'eau, écoute la musique, fume une cigarette (de l'autre côté de la rue, ça ne se fait pas si proche de la mosquée). Je vois d'autres touristes arriver. Et enfin, nous pouvons entrer. Les "visiteurs de sexe féminin" doivent mettre une robe longue avec un voile intégré, et sont cantonnées à rester dans la cour. La mosquée a plusieurs étages et il y a des salles de prière (masculines) partout. Le guide de l'entrée me les montre par caméra. Du coup tout ça pour ça, c'est une visite très rapide.

Old Town Hall
"C'est pas que nous qui brimons les gens et encore plus les femmes, regardez!"
Cliquez sur les trois petits points sur certaines photos,ce sont des légendes. 

Maintenant, je remonte vers Colombo Fort, pour passer devant plusieurs bâtiments coloniaux qui côtoient les quelques buildings modernes. C'est le centre économique de la ville par tradition depuis les Portugais. Un endroit que je trouve très mignon est le Old Dutch Hospital, reconverti en petit square avec des restaurants et des boutiques, dont le 35e meilleur en Asie qui sert du crabe, mais ce n'est pas l'heure de manger.

Grand Oriental Hotel
Colombo World Trade Center
Old Lighthouse
Burger King dans un bâtiment colonial
Old Dutch Hospital
Old Parliament

Sur ma route, je passe dans le quartier de Slave Island. Bien sûr, avec le nom, on comprend que c'est là que les différents colons entassaient les esclaves, et le quartier est resté pauvre. Les trottoirs et routes sont défoncés, les bouches d'égouts débordent. Les odeurs de pourri alternent avec des odeurs d'épices. Je vais visiter un temple hindou, Sive Subramaniya Kovil Slave Island, mais l'intérieur n'est pas extraordinaire comparé à ceux que j'ai vus en Malaisie et à Singapour. En même temps, celui là n'est pas spécialement recommandé. Le district est bordé par une rue avec des vestiges de shop houses (voir mon blog précédent!), où la nature a regagné ses droits car elles apparaissent rongées par l'humidité et la végétation. Je suis contente d'y être passée car mon cousin et sa copine en avaient fait une photo que j'avais beaucoup aimée.

Cinghalese, Tamoul, English

Cela commence à faire beaucoup de kilomètres dans les jambes, mais je le suis promis d'aller jusqu'au bout. Je prends Galle Road et me rapproche de mon hostel, mais j'ai envie d'une bière. C'est très difficile à trouver, je dois revenir sur mes pas et faire un détour car il n'y en a pas dans le petit Cargill's à côté. Je me perds dans un centre commercial, et vois enfin "Wine shop"! Il faut le vouloir, de boire de l'alcool. Fumer aussi: le paquet que je peux acheter ici coûte 1400 Rs soit ... 7€. Je crois avoir mal compris. Le caissier me dit qu'ailleurs je pourrais en trouver pour 600 mais pas ici. Et ben, quelqu'un va réduire la cigarette ...

Mais pas la piscine dans laquelle je me jette encore en arrivant. C'est tellement relaxant. Je commande encore un bowl, avec du saumon cette fois. Je suis trop fatiguée pour sortir, j'ai dû marcher 10km (il y en a déjà 6 entre Pettah et mon hostel), et si c'est pour répéter l'expérience d'hier soir, non merci!

Donc, cette première impression? J'adore! Finalement tous les hommes ne sont pas obsédés, d'ailleurs j'ai du mal à comprendre comment ils peuvent me porter un quelconque intérêt alors que les femmes sri lankaises sont si belles, Régine avait raison. Mais écouter de la musique toute la journée a été très bénéfique, autant sur ma motivation à marcher que sur mon niveau d'énervement. Il est tellement facile d'éviter les gens comme ça, même d'éviter de leur répondre en regardant tout droit, je dois un peu avoir l'air d'une autiste mais qui s'en soucie? Il m'est arrivé de répondre "no", "I don't need you", "I'm ignoring you" aux tuktuks et pour l'instant je m'en sors bien. Je me suis juste sentie en insécurité à Pettah mais en marchant vite sans s'arrêter, ça passait. Si vraiment j'étais trop en alerte, je ne l'aurai pas fait seule, mais j'ai bien fait. Surtout que je n'avais pas vu "d'individu de sexe masculin" dans l'hostel à part ceux qui y travaillaient et avec une fille, ça n'aurait rien changé. Une fois de plus, j'ai pu compter sur moi même!

1
août

On va dire au revoir à Colombo, mais pas si vite, malgré le checkout à midi, il faut que je reste jusqu'à 13h pour récupérer mes vêtements lavés, ce serait sinon fort embêtant.

Je prends ensuite un tuktuk meter où le chauffeur me refait une petite visite guidée du Fort. Je lui raconte l'histoire du "twenty dollars" et ça le fait bien rire aussi. J'arrive à la gare une demi-heure avant le départ du train, vais prendre mon billet et attendre sur le quai. Une douce odeur de friture me chatouille les narines puisque je me suis installée à côté d'un stand de street food. Mais pas faim ...Je vois passer un premier train dans lequel j'ai failli monter, mais j'ai demandé aux gens qui m'ont dit non.

Croa, croa, font les corbeaux. 

Enfin, le mien arrive. Je saute dans un wagon de seconde classe, dans lequel il y a des ventilateurs mais malheureusement pas de place assise. Je cale mon sac dans un coin. Les contrôleurs passent juste avant le départ du train et c'est alors qu'ils disent à un homme qu'il s'est trompé ... il doit descendre en marche! Il a eu chaud. Le début du trajet se déroule bien: le train longe l'Océan Indien! C'est magnifique. C'est un express donc il ne s'arrête pas partout. Au bout de 40 minutes debout, une femme assise près de moi me cède sa place, c'est génial, je suis reconnaissante! Je comprends une demi-heure plus tard qu'elle y a trouvé son compte car je suis en plein soleil et je pense que malgré la crème, je suis en train de cuire. Je dodeline de la tête par moment car la fatigue me gagne, mais je ne veux pas y céder tant le paysage est splendide. De petites maisons sont coincées entre la voie ferrée et l'océan, murs de ciment ou bois et toits de tôle. Les vagues déferlent fort sur le sable ocre en cette période de mousson, il est d'autant plus dangereux de se baigner. Les cocotiers semblent admirer ce fracas incessant. Les gares défilent, les gens descendent, il y a peu de vendeurs ambulants sauf de bouteilles d'eau.

Après 2h30 de train, me voici arrivée à Galle (prononcé Gol), une charmante petite ville coloniale dont la partie la plus touristique est le Fort. Je repère mon hostel pour poser mon sac, et vais faire un tour rapide pour repérer les environs. Je décide de faire des photos demain, je pense que la lumière n'en sera que meilleure. Comme j'ai faim, je vais goûter un roti (les crêpes indiennes que j'adore) fourré aux oeufs, aux légumes et aux épices, c'est délicieux. Débrouille-toi avec ça, mon ventre! Je prends quand même un probiotique par la suite, cela dit. Je repère beaucoup de magasins, beaucoup de restaurants. Mon cousin Brice et sa compagne Marion sont restés plusieurs mois ici pour travailler au Jardin du Fort, mais quand j'y vais, c'est fermé. Le gars d'à côté me dit que ça n'ouvre qu'à 18h, mais c'est faux, j'ai réessayé. Je vais voir le coucher de soleil, mais de gros nuages chargés de pluie arrivent vers nous. Ils évitent finalement la ville mais on ne voit pas beaucoup le soleil, juste un petit point rouge à l'horizon zébré de noir. C'était plus sympathique en Indonésie. Au moins, cela valait le coup pour les cerfs-volants qui planaient dans les airs ... Pour dîner, je choisis un restaurant qui fait du barracuda au curry, miam ... pour le prix plus de nouilles que de poisson mais je me régale. Je goûte aussi la "ginger beer" qui n'a de beer que l'aspect de la bouteille car c'est un soda au gingembre, mais j'apprécie.

La chaleur m'épuise, par contre. Je rentre tôt et dans la soirée, je discute avec une Galloise et deux Espagnols. Cette Galloise raconte qu'elle a visité le "musée du tsunami", quelque part en arrivant sur la côte, Hikkaduwa peut-être. Il s'agissait de la maison ravagée d'une dame qui faisait visiter les vestiges de son passé. Ici à Galle, le Fort a contenu le plus gros de la vague, mais ailleurs beaucoup de choses ont été détruites en 2004.

La nuit est par contre compliquée: malgré les ventilateurs, il fait bien trop chaud pour 8 personnes, pour moi en tout cas même si j'ai vécu pire. Le Curry Leaf Hostel accueille des gens depuis très récemment, il n'est pas encore très bien équipé, notamment la pression de la douche qui est presque inexistante.

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Ce matin, j'hésite entre rester quand même une soirée de plus car la ville me plaît, ou foncer sur Mirissa pour aller à la plage tout en ayant un temps incertain. Je penche quand même pour un hostel climatisé ... Finalement deux autres arguments tournent en cette faveur: Alvaro (et son amie dont je n'ai pas bien compris le nom) vont aussi sur Mirissa, je leur conseille mon hostel pour être sûre de ne pas y être seule (c'est la basse saison). Et aussi, et bien, il n'y a plus de place pour moi ce soir. Ça règle le problème. Ils s'en vont vers midi mais je vais rester un peu plus longtemps pour faire des photos.

Et il y en a à faire! On aurait envie de tout photographier dans cette petite ville coloniale. Elle est bien plus sobre que Malacca mais tout est fort mignon. Et qu'est-ce que c'est calme, comparé à Colombo et ses klaxons incessants!

Le nom Galle vient peut-être de galo signifiant coq en portugais ou gala en cinghalais qui veut dire rocher. Mais Galle s'est d'abord appelée Santa Cruz sous les Portugais, mais les Néerlandais ont tout détruit à leur arrivée. Ils avaient fait de Galle le principal port de commerce, jusqu'à ce que les Anglais préfèrent Colombo.

Le temps n'est pas super cela dit. 

Je commence par un temple bouddhiste où, curiosité pour moi, la statue de Bouddha représente un jeune garçon (pas spécialement Siddhartha car il semble déjà avoir eu accès à l'illumination). Je remonte vers les remparts du fort et passe quelques bastions. Le temps est à l'orage, il fait toujours chaud malgré le vent qui souffle. Je me demande si j'ai déjà autant transpiré de ma vie ... J'arrive à la tour de l'Horloge. En contrebas, il semble y avoir un spectacle intéressant si j'en crois l'attroupement de touristes. J'attends qu'ils s'en aillent et effectivement, un homme présente un petit singe et un serpent. C'est un macaque, mais un bébé, j'ai un peu de peine pour lui surtout qu'il a peur des bruits des scooters. Je m'approche et me veux rassurante: "coucou petit singe". Ça marche bien car il me saute dessus pour me faire un câlin! J'ai le réflexe de vouloir prendre un selfie mais je m'arrête juste à temps, ce n'est pas tant pour le prix, mais si je le paye, j'encourage ce commerce et l'esclavage de bébés singes. En attendant, celui-ci ne veut pas me lâcher. Son maître insiste pour une photo mais je refuse catégoriquement. Je dois laisser le petit à son triste sort ...

Ça fait la 3e fois que j'essaye d'éclaircir ces photos mais ça rend mal quand même, désolée. 

Je sors maintenant des remparts pour arriver sur le marché aux poissons. Évidemment, ça ne sent pas très bon. Je prends quelques photos et repars vers une autre porte d'entrée. Une fois retournée dans les fortifications, j'aperçois un homme qui joue d'une flûte un peu spéciale. Chouette, me dis-je, je vais le filmer! Mais je n'avais pas remarqué le petit panier devant lui. Et soudain, un cobra tout dressé en sort! C'était si inattendu pour moi que j'éclate de rire. Je reste un petit moment avec le charmeur, je prends des vidéos. Il a aussi un python et m'encourage à prendre une photo avec, mais je refuse aussi. Je dois passer pour une froussarde, mais surtout je ne sais pas combien il va me demander. Un couple d'Australiens arrive et tente l'expérience, ça ne leur fera que 200 Rs. Je pars en même temps qu'eux sans avoir rien payé. "Tu reviens plus tard hein!" me dit le charmeur. Spoiler alerte, je ne suis jamais revenue.

Je continue ma visite en passant devant deux églises protestantes. Une seule est ouverte, mais l'intérieur n'est pas exceptionnel. Je vais visiter rapidement l'Historical Mansion Museum, et je suis chanceuse car nous sommes vendredi, il est exactement 11h53 et le musée ferme à 12h pour la prière. J'en déduis qu'il est tenu par des musulmans. Ici, et c'est bizarre à dire tant c'est censé aller de soi, la religion de chacun ne se porte pas sur sa figure. Je veux dire, en France et en Europe, on a tendance à ne pas chercher trop loin ... on colle des étiquettes. Et bien souvent en fonction de la couleur de la peau.

Je décide de tenter à nouveau le Jardin du Fort et cette fois-ci, c'est ouvert. Je demande alors "Do you know Brice? I'm his cousin" et tout le monde était soudain très content de me connaître! Maneyika vient me voir pour faire ma connaissance. Je comprends mieux son anglais quand elle me parle et c'est tant mieux car nous pouvons discuter autour d'un plat que Marion a élaboré (Cheese*click, je crois?), des toats avec du parmesan et des tomates séchées. Je goûte aussi du thé et du jus de fruits de la passion pendant que nous parlons voyage et qu'elle me montre des photos de Brice étendu sur un lit. Je comprends pourquoi ils ont posé leurs sacs quelque temps ici, c'est vraiment très agréable! Pendant que nous discutons, la pluie se met enfin à tomber. Une forte averse moussonneuse, qui laisse une odeur de terre mouillée (de petrichor). Je suis bien contente d'être à l'abri, j'espère que les Espagnols s'en tirent bien. Mais le mauvais temps passe souvent bien vite au Sri Lanka, et dès les premières éclaircies, nous partons faire les boutiques. Il me faut un pantalon large car le mien a des trous que je n'ai pas encore recousus et je crains le pire si je le porte trop souvent. J'aimerais des motifs de plumes de paon mais nous n'en trouvons nulle part. En revanche, il y a beaucoup de petites galeries d'art, et de pièces de créateurs. Des pierres précieuses aussi, nous nous demandons si elles sont vraies ou pas. Mais beaucoup de souvenirs ici sont importés de Thaïlande comme les pantalons ou de Bali comme tout ce qui est fait en batik (notamment les masques que j'ai ramenés l'année dernière). Finalement je trouve mon bonheur dans la dernière petite boutique que nous visitons et qui est dans les murs du fort. Enfin, j'aurai bien moins chaud avec ça! Ça ne va avec rien de mes hauts de voyage mais tant pis. Nous retournons au Jardin du Fort où je me pose encore un petit moment, puis il est temps de partir prendre le bus pour Mirissa si je veux profiter de la plage avant la tombée de la nuit. Mais je suis envahie d'un grand sentiment de reconnaissance envers la vie que je n'avais pas éprouvé depuis longtemps.

Photos prises avec le portable 

Je tiens le coup sous la chaleur pour arriver jusqu'à la gare routière, même si ce n'est pas loin. Ne pas prendre de tuktuk me procure toujours un sentiment d'accomplissement. Sur les quais de départ, tout le monde crie. Je me cale dans un bus en direction de Kataragama, Mirissa étant sur la route. Il commence à faire beau, j'espère arriver rapidement. En fait, le chauffeur démarre quand le bus est à moitié plein, assez rapidement après mon arrivée. Il est 15h55 et les horaires n'ont aucune logique. Par contre il accepte de prendre des gens sur le trajet. La route longe les côtes, et des endroits où l'ont peut voir des pêcheurs faire du "stilt fishing", c'est à dire qu'ils sont sur de grosses croix de bois au-dessus de la mer. Mais les spots sont vides, maintenant, et ils ressemblent plutôt à de gros crucifix sortant de l'océan. Je me demande s'ils ne le font que pour les touristes? Mais quelques minutes plus tard, je repère au loin tout un groupe. Ils sont un peu à l'écart de la route, je pense qu'ils le font authentiquement entre eux. Je ne peux prendre qu'une photo avec le portable, de loin. Peut être en verrai-je plus tard ailleurs.

La route de la plage. 
2
août

(Cet article contient beaucoup de descriptions)


Les plages de Mirissa

J'arrive à Mirissa vers 17h, la chaleur est un peu tombée et c'est plus agréable pour marcher un peu jusqu'au Mister Hostel. Le dortoir est climatisé, quel bonheur. Je retrouve l'Espagnole (qui s'appelle Almudena), et je fais connaissance avec Roni d'Israël et Famke des Pays-Bas, qui sont plus jeunes que moi. D'ailleurs je tente de me rajeunir pour première fois de ma vie et Famke me dit que j'ai l'air d'avoir 29 ans. Très bien, très bien. Je fonce à la plage, je les retrouverai après m'être baignée. Un peu parano, j'enfile un maillot de bain une pièce. Mais la plage est presque déserte à cet endroit car la mer monte très haut. Un groupe de filles me met en garde d'où je mets mes affaires, je trouve finalement un petit rebord proche d'un institut d'ayurveda. Les hommes ne font même pas attention à moi, quel soulagement! Ayant mis mon portable et mon argent dans une pochette étanche, je peux me baigner seule sans crainte d'être volée. Donc, mon objectif, c'est de ne pas me retrouver proche de la noyade dans l'Océan Indien, contrairement au Pacifique. Un Océan, c'est violent, il ne faut pas l'oublier. En effet, le ressac est très puissant, rester au bord me suffit car sinon ce serait un peu trop dangereux. L'eau est chaude et en même temps, rafraîchissante après cette longue journée. Je rentre quand le soleil commence à se coucher. Malheureusement, je n'ai pas trouvé de belles tongs qui me plaisent, je regrette toujours d'avoir perdu celles de Malaisie, ou de ne pas en avoir acheté avant de partir. Ne jamais imaginer "qu'on va en trouver là bas" quand on n'est jamais allée au "là bas" en question ... C'est une grosse erreur de prendre les choses pour acquises! Du coup, je rentre pieds nus car le sable est extrêmement collant. Mais c'est agréable, car je passe du sable au goudron qui à cette heure n'est pas brûlant. C'est proche de la réflexologie.De retour au dortoir, nous partons en fait par là d'où je venais pour aller boire des bières et/ou des mojitos au bord de l'eau. Almu n'est pas avec nous car elle n'était pas rentrée, et nous l'avons oubliée comme de grosses vilaines. Nous passons la soirée à discuter de nos vies, de nos études ou nos métiers, de nos voyages ... Famke est étudiante en biologie médicale, Roni a dû faire l'armée pendant deux ans car c'est obligatoire à la majorité en Israël quel que soit le genre, et elle travaillait dans la médecine aussi. Et plus tard nous avons appris qu'Almu finissait l'externat de médecine. Pour manger, nous rentrons à l'hôtel alors que la nuit tombe (nous avons vu une petite luciole!) et en fait, c'est pire d'être un groupe de filles qu'une fille toute seule! Mais nous sommes fortes pour les ignorer et nous pouvons nous moquer un peu entre nous, donc c'est différent.Nous jouons au Yani, un jeu de cartes, et commandons toutes le plus bizarre des burgers au poulet car il ressemble plus à une galette de légumes qu'autre chose. D'ailleurs, en y repensant, est-ce que ce ne serait pas le cas, en fait ... ?

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Une grande journée à ne rien faire de constructif nous attend. Nous traînons jusqu'à midi dans la partie commune, notamment moi qui prend du temps pour uploader mes vidéos. Après un petit déjeuner (des pancakes à la noix de coco râpée pour ma part), nous partons en quête de la Secret Beach de Mirissa, qui ne l'est pas tant que ça quand on sait lire Maps.me. Toujours pas de tongs, malheureusement. Le soleil est écrasant et surprise, nous devons grimper une colline pour y parvenir. Ça me rappellerait presque Istanbul. Mais le jeu en vaut la chandelle car la plage est paradisiaque. Ce que je remarque avec le Sri Lanka, c'est que la lumière est si belle, un peu orangée, que l'on dirait qu'on a passé un filtre Instagram sur la réalité qui ravive les couleurs. L'eau turquoise, le sable ocre, les coraux et coquillages blancs, les arbres vert vif ... et plein de petits bernard-l'hermites qui courrent dans tous les sens pour aller se cacher. Personne ne sait comment ça s'appelle, pas même en anglais, donc pour l'instant nous utilisons juste "bewnawlewmit" comme mot et c'est très bien. Nous nous installons à la pointe de la plage, proche des rochers. Est-ce dangereux? Le sable est toujours sec. Pendant que les filles s'installent pour bronzer, je fonce dans l'eau: il y a une sorte de petite piscine naturelle là où je vais. C'est agréable et en même temps sportif car malgré les rochers qui protègent des vagues, le ressac est très puissant. Il y a sur les rochers de petites bestioles étranges, entre le poisson et le lézard donc probablement un amphibien. Ça a des petites pattes nageoires et ça saute de rocher en rocher quand les vagues leur arrivent dessus pour ne pas se laisser emporter. On dirait un animal qui serait resté bloqué à un stade de l'évolution au moment de conquérir la terre. En ayant demandé plus tard, il semblerait qu'il s'agisse de Gobys. Je ne reste pas trop longtemps au soleil non plus car je n'ai quasiment pas pris d'affaires et je n'ai sur ma peau que la crème solaire que j'ai mise en partant. On va éviter un cancer de la peau en plus de tous les autres! Famke bronze, Roni ramasse des coquillages, Almu fait des postures de méditation à l'ombre. Je la rejoins pour écrire le blog.

Mais une bonne dizaine de minutes plus tard, l'eau arrive à nos pieds. "Tu crois qu'il y a de fortes marées?", je demande, mais j'ai ma réponse tout de suite après. Le petit bout de plage sur lequel bronze Famke risque d'être englouti! Les filles s'en sont aperçues et sont en train de ramener mes affaires. Nous nous installons un peu plus haut, avec l'ombre d'un cocotier. Mais nos plans sont contrariés par l'arrivée d'un gros nuage tout plein de pluie. Les filles repèrent un petit bar de plage abrité, nous prenons du jus d'ananas, une noix de coco à boire et des bouteilles d'eau fraîches. Almu est partie pour déjeuner, j'espère qu'elle ne s'est pas trop pris la pluie qui cela dit était supportable. Il y a un hamac et une balançoire là où nous sommes, c'est assez magique. Beaucoup de chiens étalés sur le sable, aussi. Roni est heureuse car elle adore les chiens autant que j'aime les chats. Et puis, vers 16h, nous décidons qu'il serait temps d'aller manger un petit quelque chose. Nous remontons tranquillement la colline, et après plusieurs essais infructueux, nous trouvons un restaurant qui sert un bon rice and curry.

Le tuktuk qui vent du pain et sa Lettre à Elise désincarnée sort-il d'un film d'horreur? 

Mais après avoir commandé, PANIQUE ... Famke ne trouve plus son téléphone. Elle l'a peut être oublié au petit bar de plage! L'homme qui tient le restaurant propose de nous prêter le scooter pour y aller. Mais Famke n'a jamais conduit et il n'a pas l'air si chaud pour l'amener. Donc, je me propose, et c'est parti même si ça fait 6 mois que je n'ai pas conduit. Je donne plein d'accoups. Mais je l'amène à destination, l'attend cinq minutes et ouf ... elle l'a récupéré, ils le lui avaient gardé. Maintenant, nous pouvons retourner manger notre plat. Et quel plat! C'est bien comme on m'avait servi à Colombo mais le riz a un goût normal. Le poisson est du thon, dans une petite sauce piquante. Il y a des boulettes de soja, des peaux d'aubergines caramélisées, des légumes, du dhal au curry, c'est délicieux.

Le restaurant étant juste à côté de l'hostel, nous passons prendre quelques affaires et déposer nos serviettes mouillées pour ensuite nous diriger vers Parrot Rock, un gros rocher au bout de la plage, qui est un bon spot pour voir le coucher de soleil. Pour y accéder, nous devons passer dans l'eau jusqu'aux cuisses! Je lève mon sac sur ma tête pour qu'il ne soit pas mouillé. Ensuite, nous devons grimper un peu, heureusement il y a une installation en bois qui permet d'escalader sans tomber. Parrot veut dire perroquet, mais ce sont les corbeaux qui y ont élu domicile. Je reste pieds nus, et les cailloux me font un peu mal, mais c'est ce que je fais la moitié du temps quand je ne veux pas mettre mes baskets. Nous restons là un petit quart d'heure, puis retournons à l'hostel par la plage, l'océan venant chatouiller nos pieds.

Nous retrouvons Alvaro et Almu et partons prendre un verre sur la plage, puis retour pour faire un jeu de cartes à boire - malgré ma proposition de beer pong, mais ils me disaient oui, aussi ... il fallait me dire non. Mais je pense que tout le monde est un peu fatigué!

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Détente au Talalla Retreat

Je quitte Mirissa vers midi, après avoir dit au revoir aux filles et leur avoir souhaité un bon voyage. C'est avec de nouvelles tongs (il y en avait juste à côté!) sous la pluie que j'attends le bus, mais elle ne mouille pas énormément.

Je repère un bus qui va vers Kataragama et je saute dedans, comme il y a du monde je dois le frotter aux gens (et avant, j'avais peur qu'on me tripote!). Cette fois-ci, je m'accorde à dire que le chauffeur de bus conduit comme un fou, et j'espère ne pas vomir mon bowl. J'ai quand même vu pire. Nous mettons une petite heure pour arriver à Talalla, mais le chauffeur ne me laisse pas exactement où je veux ... je dois donc marcher un kilomètre au bord de la route pour rejoindre mon resort. J'aurai mérité la piscine.

Enfin, après une brève rencontre avec des macaques dans les arbres, j'arrive à l'entrée, et je peux m'installer même s'il n'est pas tout à fait 14h.

Je pose les sacs, et me jette dans la piscine. Chouette, une eau propre! Après quelques brasses et une rencontre avec un mini varan, je vais visiter le resort paradisiaque. J'arrive au bord de la plage, et je décide sur le moment de laisser mes affaires et de courir dans les vagues. Qui va me les voler ici?

14h45: déjeuner. Un poulet satay, mais j'en ai mangé de bien meilleurs à Penang.

15h30: Masque et massage du visage. Connaissant ma peau, j'opte pour quelque chose de nourrissant mais pas trop huileux comme l'aromathérapie, ils me disent que le miel sera adapté pour ses propriétés antibactériennes, je pense que c'est ce dont j'ai besoin. Il est associé à un masque au concombre pour nettoyer les pores. Je m'installe confortablement au son d'une musique relaxante tandis que la dame rince ma peau, puis applique un premier masque. Je ne crois pas que ce soit du miel ou du concombre ... c'est exfoliant et ça sent la farine. Rinçage. Rebelotte. Je sens ensuite l'odeur du miel, qu'elle applique généreusement sur mon torse et sur mon visage. Elle masse mon cou, puis mes joues, se lave les mains et me masse par deux fois le cuir chevelu. Rinçage. Maintenant, elle m'applique des bandelettes. Elle veut m'embaumer! Elle verse le masque frais au concombre que je sens dégouliner dans mon cou, ce qui est en fait une agréable sensation. Elle me demande si tout est ok, je ne peux pas répondre, je suis une momie! On laisse poser 15 minutes, rinçage, dernier gommage, et voilà. Ma peau dégoûtante est maintenant toute douce. J'espère ne faire aucune allergie à tout cela.

17h: Yin yoga, ou restaurative yoga, dans le shala face à la mer. Malgré le temps tout gris, c'est agréable d'être là. On entend le bruit des vagues, et il m'est parfois difficile d'entendre tout ce que dit la prof. Ce type de yoga porte surtout sur des postures à tenir tout en respirant profondément et en essayant de ne faire qu'un avec la terre nourricière. Pour certaines, j'ai un peu mal en m'étirant, bien qu'elles ne soient pas trop compliquées. Ce n'est pas très dynamique, c'est bien mais ce n'est peut être pas ce que je préfère. Le cours se termine au crépuscule avec une petite séance de méditation où il faut visualiser une boule d'énergie allant du bas de la colonne au sommet du crâne au gré de la respiration. Comme à Bali.

19h30: dîner. Ils sont fort étonnés que je ne reste qu'une nuit mais oui, même si c'est bien ici, c'est comme ça.

J'espère que la moustiquaire va être efficace cette nuit car je vois déjà plein de moustiques qui essayent de passer, et même un autre insecte énorme.

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Ma nuit n'est en revanche pas terrible, car la chambre est à moitié ouverte ce qui est bien pour entendre les petits oiseaux et le bruit de la pluie, mais un peu moins en ce qui concerne toutes les bestioles qui piquent. Il y a bien une moustiquaire, mais elle ne prévient pas tout, et en plus elle a quelques trous. Pas optimal, donc. Je me fais encore un peu plus grignotter que ce que je n'étais déjà.

Mais réveil à 7h quand même, car à 7h30, Yoga Vinhasa avec Tye, la prof qui me fera le reiki par la suite. Celui-ci est le yoga bien plus dynamique qui demande de faire des positions parfois compliquées et fatigantes, le tout en prenant de grandes inspirations. La souplesse et moi, ça fait deux. Mais je peux un peu "tricher". Devant moi, il y a une fille qui a un tatouage avec marqué ... "Negan"? Une fan de Walking Dead? Ah non ... Vegan. Ok, pas de commentaire. C'est d'autant plus rigolo quand on l'entend demander "is it vegan?" au petit-déjeuner.

9h45: Reiki, avec Tye, donc. On en pense ce qu'on en veut, mais cela vaut le coup d'essayer.

Le reiki vient en fait du Japon. Il apporte calme et paix intérieure de par la manipulation de points énergétiques sur le corps, grâce à l'apposition des mains du maître. Dans le courant ici pratiqué au Sri Lanka, il est lié aux sept chakras: Muladhara (racine, vers le périnée), hara (énergie, appareil reproducteur, reins, intestins), plexus solaire (estomac, foie, pancréas), Anahata (coeur, système circulatoire), Vishidda (gorge, système respiratoire), Ajna (troisième oeil, yeux, système nerveux) et Sahasrara (shakra du ciel, effet sur l'intellect, la concentration ...)

Bien sûr, je reste ouverte d'esprit, je suis là pour tester et sans aucun doute, ce sera relaxant. Mon esprit est censé quitter mon corps pendant la séance, qui dure une heure. Tye met une musique d'ambiance, et je me mets sur le dos. Elle me donne des cristaux à tenir dans mes deux mains. Puis elle m'applique un bandeau imprégné d'huiles essentielles et me les fait sentir. Je reste un peu allongée comme cela, prenant de grandes inspirations et expirations. Je dois ensuite faire "haaaaaa" doucement quand j'expire. Elle positionne des cristaux autour de ma tête et sur mon ventre. Elle fait sonner une cloche près de mes oreilles, puis près de mes pieds, près de mon ventre ... J'ai l'impression qu'elle est partout à la fois. Je me sens très relaxée et au bout d'une dizaine de minutes, j'ai la sensation d'une vague d'énergie partant de mon ventre et remontant jusqu'à mon cerveau. Wow! Je ne m'y attendais pas. J'ai quelques petits mouvements réflexes de décharge dans le bras droit, et plus tard dans les jambes quand elle met un bol tibétain sur mon bas-ventre (rien de sexuel cependant!). Mes membres me semblent très lourds, je mets au moins une minute à réagir pour me gratter la nuque. Je bascule ensuite doucement sur le ventre et elle pose le bol sur mes fesses puis sur mon dos. Ça vibre. Je vis l'instant présent en essayant de me débarasser de toutes mes pensées passagères.

À la fin, elle me fait un petit récapitulatif. Étonnamment, il en ressort que je n'ai pas assez confiance en moi (oh?) ce qu'elle a vu par mon plexus solaire, et que j'ai beaucoup d'amour à donner mais qu'en ce moment ce n'est pas possible, il faut d'abord que je me donne moi-même de l'amour (hé!). Je le faisais la réflexion avant la séance donc ça résume bien mon état d'esprit. Les réflexes étaient des décharges de toxines mentales, c'est plutôt bon signe. Elle prend mon email et va m'envoyer des suggestions de repas pour me sentir bien. Elle me dit que je vais me sentir planer pendant quelque temps après la séance. C'est le cas.

Mais je dois m'en aller vers 11h pour être à Dikwella, 8km plus loin, avant le déjeuner. Je remercie, dis au revoir et vais prendre le bus. Bon, cette fois-ci, j'admets que le chauffeur conduit comme un taré. Il faut se cramponner aux sièges pour ne pas tomber. Mais au moins il me laisse exactement où je veux.


L'Ayurveda à Dikwella

J'arrive dans le resort Underneath the Mango Tree un peu avant midi, et me présente à la réception. Ma situation est plutôt particulière: ayant vu sur leur site qu'ils séparaient un pack Ayurveda de 3 jours (durée parfaite pour tester) de leurs chambres à minimum 250€ la nuit, je leur ai demandé par email s'il était possible de ne venir que pour l'Ayurveda et loger ailleurs. Comme c'est la basse saison, autant le tenter ... et ils ont accepté! J'ai le droit de rester dans le resort toute la journée, ils me prêtent un sac avec une serviette de plage et des tongs. Merveilleux! En plus, l'endroit est magnifique.

L'Ayurveda, ce ne sont pas juste des massages et des soins du corps avec du yoga et de la méditation. C'est avant tout une médecine millénaire qui n'est reconnue officiellement comme pratique scientifique qu'au Sri Lanka. D'où la spécialisation du pays en resorts luxueux qui accueillent des touristes pendant plusieurs semaines. C'est un business assez sérieux. Les srilankais y ont accès dans de petits hôpitaux spécialisés et en général, la cure est moins douce que celle réservée aux touristes.

Tout début d'une cure ayurvédique commence par une consultation médicale. Je rencontre donc la docteure et nous discutons de ma santé, et si quand bien même trois jours ne sont pas assez, quelles sont mes plaintes et sur quoi aimerais-je me focaliser. Je parle de mon année stressante, de mes migraines (plus occasionnelles maintenant que j'ai les lunettes de repos), de mes yeux fatigués, de mes somatisations sur l'estomac, de mes allergies cutanées aléatoires, de mon asthme ...

De son côté elle remarque d'autres choses: ma langue est blanche, mes ongles sont striés, je sue beaucoup plus que la normale (malgré le climat). Elle me demande beaucoup d'autres détails: les règles, l'appétit, l'urine, les selles, les antécédents physiques et psychiques, et ceux de mes parents également (longue liste pour mon père!), elle prend ma tension et écoute mon coeur ... un bon check-up. Elle m'explique ensuite les "types" de chaque personne.

Le corps est régi par trois énergies, appelées Doshas:

- Vata, lié à l'air et donc au vent. Il est en lien avec le système nerveux. Il représente l'énergie cinétique et la volonté des gens de bouger. Il est dominant dans l'après-midi. Il est en rapport avec le système intestinal.

- Pittha, lié au feu et au soleil. Il est en lien avec le système hormonal. Ce sont des gens intenses. Il est dominant de 10h à 14h. Il concerne surtout l'estomac.

- Kapha, lié à l'eau et à la lune, en lien avec le système immunitaire. Ce sont des gens calmes. Il est dominant de 6h à 10h. Il concerne la tête et le cerveau, quoi que cela veuille dire.

Nous héritons nos doshas de nos parents, et la plupart des gens ont un type double avec une dominante, que l'on peut aussi confirmer par la prise de pouls en plus de l'enquête. Les gens qui ont un type triple sont très rares, ils approcheraient presque de l'Illumination.

Sans grande surprise, j'ai une dominante Pittha (feu), et une minorante Vata (air) qu'il va falloir rééquilibrer. Aucune notion d'eau, mes parents étaient complètement à côté de la plaque quand ils m'ont appelée Marine. Cela fait longtemps que je suis en identification avec le feu, et mon signe astrologique est relié à l'air (pas de notions comme cela dans l'ayurveda cependant). Mais vu mes soucis habituels, il y a quand même une correspondance importante. C'est juste un peu triste que ça n'influe pas sur ma résistance aux coups de soleil.

Mes prescriptions pour la journée sont: déjeuner adapté, boire du Pittha tea avant 14h, aller faire de la méditation, commencer les massages à 15h, boire du Vata tea. Ayant fait du yoga ce matin, je pourrais plutôt en faire demain.

Vata, Pittha et Kapha teas
Le reflex a piqué une petite crise à cause de l'humidité, donc photos du portable en majorité. 

Je m'installe au restaurant qui surplombe l'océan. Il y a très peu de monde, seulement un couple à côté de moi. Le serveur m'apporte d'abord une soupe de légumes, puis une assiette avec de la salade et du chou kale, du riz à la coriandre, des pommes de terre, du poisson piquant et du dhal au curry. En dessert, de l'écorce de palmier confite avec des raisins secs.

Après ce repas, quelques brasses rapides dans la piscine et je me rends au cours de méditation. Il est dirigé par un vieil homme, Gavin, avec un fort strabisme qui, cependant, inspire la sagesse. Je rencontre un Allemand (45 ans environ?) qui discute avec moi, il est là avec sa femme pour deux semaines et ils font une cure Pancha Karma (avec des vomitifs et laxatifs doux, des pochons à mettre dans le nez, des choses comme ça, pour purifier intégralement le corps). Nous nous rendons au shala. En fait, cette méditation porte sur beaucoup d'explications, notamment les principes bouddhistes (je les ai écrits l'année dernière à Singapour donc pas cette fois). Le premier exercice porte sur la visualisation d'une lumière blanche qui entre en nous à chaque inspiration, qui devient bleue au niveau de l'estomac et jaune au niveau du pubis. Puis elle ressort du corps. Ce n'est pas une méditation guidée, nous nous débrouillons pendant 15 à 20 minutes avec ça. J'ai du mal à rester concentrée sur mon corps. Le deuxième exercice me convient mieux: je dois imaginer des vagues monter et descendre, comme nos tracas au fil de la vie. C'est plus facile, je m'imagine être la vague. Gonfler à l'inspiration en même temps que mes poumons, puis me déverser sur la plage à l'expiration. Je visualise Mirissa, et prend plaisir à cela. Ce ne serait pas de la méditation sérieuse que je m'imaginerais faucher des gens au passage. Je m'amuse ensuite à être une vague dans différents endroits: à Koh Samet, à Da Nang, à Iquique, à Lima, à Canet-Plage, à Saint-Malo ...

Nous nous quittons ensuite, car moi je zappe le yoga pour aujourd'hui et je vais au spa pour le traitement, c'est à dire les massages. Bon, ce ne sont pas de simples caresses agréables sur le dos, ils stimulent tout le système lymphatique. J'ai une thérapeute attitrée qui m'emmène dans une salle de massage d'où je peux voir les feuilles de palmier se balancer au gré du vent et entendre les vagues s'échouer en contrebas. Je dois me déshabiller et ne porter qu'une sorte de pagne qui n'est même pas une culotte. Au diable la pudeur. Elle commence par un massage de la tête, en m'appliquant ce que je pense être de l'huile de ricin dans les cheveux. C'est agréable ... elle me masse aussi la nuque et les épaules. Puis je me mets à plat ventre sur la table pour un massage complet du corps, avec des huiles qu'elle verse au goutte à goutte sur mon corps. Elle insiste plus sur les pieds pour aujourd'hui. Quand je me mets sur le dos, que je mets ma tête dans le trou de la table, je peux voir un bol d'eau avec des fleurs. Parfois, le massage me fait un peu mal, mais je le rappelle ce n'est pas que de la détente, c'est thérapeutique. À la fin de la séance, je passe sous la douche pour éliminer toute l'huile.

Je repasse un peu à la piscine puis pars vers 17h30 pour rejoindre mon hostel, le Mahi Mahi. En fait, il est un peu plus loin que ce que je pensais. Mon sac sur le dos, je parcours la distance, mais me trompe et me retrouve dans des rues peu fréquentées ... une petite fille me cueille un bouquet de fleurs, c'est adorable. Je trouve enfin mon chemin, parcours la distance et arrive à mon hébergement. Ce soir, je suis toute seule avec le gérant et ses amis. Il est gentil mais un peu collant, et étant la seule fille je ne suis pas à l'aise. J'ai recours au mensonge en disant que j'ai un copain en France, je ne pense pas que l'asexualité soit reconnue au Sri Lanka. Au moins je suis tranquille, je me sens un peu plus en sécurité. Il me montre des photos de quand il était à l'armée, il est allé en République Dominicaine pour faire construire un puits puis à Haïti après le séisme. Je mange un Kottu Kottu au porc, qui est en fait un gros plat d'oignons, je commande un peu de riz pour aller avec car c'est bon mais écoeurant. Puis je m'installe dans le dortoir. Je vois alors un gros cafard qui essaye d'élire domicile dans mon sac ... beurk! J'inspecte les matelas. Il ne semble pas y avoir de punaises, et je me sens à l'abri dans la moustiquaire. Mais il y a une odeur chimique persistante qui me dégoûte, et le lino est très humide. J'ai beaucoup de mal à m'endormir, et je commence à me gratter. Jusqu'à 4h du matin. Au final je ne dors que 4 heures ... heureusement que ma journée ne sera pas trop physique.

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Le temps n'est pas trop au beau fixe aujourd'hui, il a plu plusieurs fois dans la nuit et ça ne semble pas totalement fini. Je me présente à 9h à la docteure après avoir pris des comprimés qui éliminent les toxines. Un petit check-up plus tard, je repars pour les massages. C'est comme hier sauf qu'elle remplace les massages des pieds par des massages des jambes plus approfondis, comme par exemple appuyer juste derrière le genou pour stimuler le système lymphatique. Ça surprend.

J'attends le déjeuner avec impatience, et j'arrive seule au restaurant. Cette fois-ci, j'ai des lady's fingers, de la salade verte, encore du dhal, du riz, du sambol de poisson, une soupe d'asperges et un pudding au gingembre. Après cela, je vais faire une petite sieste sur les sofas, profitant qu'il ne fasse pas trop chaud.

À 14h, je retourne à la méditation, mais cette fois je suis seule. Un cours privé! Le maître essaye de me faire faire la méditation sur l'amour à donner. D'abord à moi-même, c'est très mal parti. Puis à ma famille, puis à mes amis, mes collègues, mes voisins, ma ville, mon pays, le monde entier. Oulà. Nous discutons de ce sentiment d'amour envers les autres. Il ne faut pas confondre amour et confiance! Je ne vais pas donner mon amour à n'importe qui, la personne doit d'abord gagner ma confiance. Je peux un peu tricher et imaginer la nature à la place, mais oulà quand même. Je dois même aller jusqu'à aimer les personnes qui m'ont fait du mal car l'amour que l'on donne est le plus grand pouvoir. OULÀ. J'essaye sans rien garantir, échoue lamentablement à me concentrer donc je repasse par les vagues, je prends 5 minutes à trouver par où commencer pour me dire que je m'aime et laisse tomber, j'en viens à mes chats, ça va être plus facile ... J'ai envie de pleurer, il s'en rend compte et me propose un autre exercice. La méditation de la fleur. Quand on la cueille, elle paraît belle, mais quelques heures plus tard, elle fane. Comme notre corps. Mais il me pose la question: qui suis-je? Ne suis-je que mon corps ou est-ce au delà? Comment me présenter? Le bouddhisme ne croît pas à l'âme, mais à la conscience. Elle nous permet de sentir, voir, goûter, analyser, juger. Et quand nous mourrons, qu'emportons-nous? Pas notre corps, c'est sûr. Et pas notre conscience non plus ... mais notre karma en vue de la réincarnation. Non seulement il faut faire les choses bien, mais en plus, il faut avoir une dernière pensée positive avant de mourir. Quelle pression! Je n'ai même pas le temps de vraiment me poser là-dessus et de vraiment méditer que le professeur de yoga arrive avec une dame.

Changement d'ambiance. Déjà ce prof, comme qui dirait, il se la pète grave. Il a l'air de savoir tout sur tout, juste l'air. Mais sa séance de yoga est intéressante. Nous commençons par nous échauffer en pratiquant la respiration sur des postures faciles. Puis nous commençons par la salutation au soleil. Au début, ça va. Mais il veut que nous tendions bien les jambes et là c'est problématique. Il me pousse et ça me fait mal. Il faut souffrir pour ... ? Se sentir bien? Étirer au mieux ses muscles et sa colonne vertébrale, je pense. Il manquerait presque de me coincer la nuque dans la torsion. Je vis ça avec curiosité et comme un challenge, mais avec aujourd'hui et demain, ça me suffira largement, je pense. Je suis parfois bien en galère, et je n'ai qu'une envie, plonger dans la piscine.

Quand je le peux enfin, il fait frais. Je me rhabille et rester ensuite à traîner un peu, avant de rentrer à l'hostel. Je dois faire ma lessive et il n'y a aucun service sur place. Je prends donc un tuktuk que le gérant a appelé pour aller déposer mes affaires, que je récupérerai demain. Le chauffeur essaye de m'arnaquer sur le prix. Bien sûr. Oh et aussi, les chambres sont pleines pour ce soir, je dois rester dans le dortoir. Je ne le vis pas très bien mais je n'ai pas le choix. Je me tâte presque à dormir dehors à la place ... pour dîner, je commande un mahi mahi (c'est le nom du poisson, en fait). C'est très bon, il y a encore des oignons, mais il y a aussi des frites. Oh oui, des frites. Je meurs d'envie d'une pizza mais ça fera l'affaire. Je pense que pour ça, je vais devoir attendre d'être à Ella.

• • •

J'ai dormi normalement, mais c'en est trop. J'ai les chevilles mangées par les piqûres de puces. En rentrant ce soir, je lui demande une chambre privée et je m'en vais de cet affreux dortoir qui me donne tout sauf des pensées positives.

Dernier jour à UTMT, je repasse voir la docteure comme d'habitude - je trouve son air trop sérieux, finalement, elle sourit peu et se déplace de manière trop droite. Je lui dis que je me sens fatiguée: c'est normal, à cause des diverses stimulations ayurvédiques sur mon corps. Quand je vous dis que ce n'est pas que de la détente ... Puis, massages avec une thérapeute différente de l'habituelle. La table aussi: le trou pour mettre la tête est trop petit. Je pense pouvoir m'en accommoder mais non, et quand je me sens inconfortable il est trop tard pour changer. Je ne passe pas un très bon moment finalement ... un peu mieux sur le dos. Et quand je me relève, je suis pleine d'une lotion verte visqueuse, heureusement l'odeur ne va pas avec l'aspect.

Comme c'est ma dernière fois, je repasse voir la docteure après le traitement. Elle me donne des conseils alimentaires à suivre (normalement, pas de viande rouge, c'est pas bon pour les Pittha), et des principes d'hygiène de vie comme se lever plus tôt, méditer, boire de l'eau avec du gingembre ... je promets d'essayer au moins une semaine en rentrant travailler. C'est rigolo car tout cela est bien plus adapté au rythme de vie Sri Lankais qu'au nôtre, comme manger du riz épicé le matin par exemple ...

En parlant de manger, ce midi je fais une overdose de chou kale (en soupe et en salade), j'ai des pois chiches, des radis, du riz, du dhal. Heureusement, je suis récompensée par des pancakes en dessert.

Pour la méditation, je dois me concentrer sur les bruits de la nature. Ça devient un peu compliqué quand des gens à côté de l'hôtel mettent la musique à fond ... puis je réessaye la méditation avec les êtres aimés pour ne pas rester sur un échec. J'y parviens mieux mais pour les ennemis, rien à faire ... ensuite je suis initiée à la walking meditation, en marchant, donc. On peut garder les yeux ouverts mais il faut faire de petits pas, ou de grands pas en croisant les jambes, et cela me plaît car je garde bien ma concentration sur les sensations de la plante de mes pieds et sur mon mauvais équilibre mais cela me pousse à ressentir mon corps. La séance finie, je remercie Gavin et lui donne un peu d'argent.

Je suis seule pour le yoga aussi. Le professeur corrige tout le temps ma posture pour dépasser mes limites, c'est un peu trop tactile pour moi. En balançant la tête en avant et en arrière, le sang monte trop vite et j'ai très mal à la tête. Mais avec la respiration dissociée, la Pranayama, consistant à alterner narine par narine, je me sens mieux.

Je quitte ensuite l'UTMT en remerciant tout le monde de m'avoir accueillie. Des tâches plus embêtantes m'appellent: je dois récupérer mon linge et pour ça, je vais éviter le tuktuk arnaqueur. Je prends donc le bus, marche pendant 10 minutes. Arrivée là bas, la dame me demande 2000 Rs. J'ai l'air idiote ou quoi? Je fais baisser le prix à 1000 et encore c'est peut être trop. Je décide de rentrer à pied, c'est le crépuscule et il n'y a qu'un kilomètre et demi. Enfin, je demande une chambre pour quitter cet affreux dortoir, et les chalets de plage sont tellement mieux !! La climatisation, des draps propres, un anti moustiques, du parquet, ça sent bon le bois ... pas de geste commercial cependant. Malgré cela, je me sens de bien meilleure humeur!

8
août

On bouge! On reprend la route! On part vers de nouvelles aventures!

Pas si vite, cependant ... Profitons un peu plus d'un lit propre, d'une chambre qui sent bon, pendant que dehors l'orage se déchaîne. Est-ce que la pluie est finie, ou est-ce encore le grondement de l'océan, ou le vent qui secoue les feuilles des cocotiers? Mais elle ne semble pas enclinte à s'arrêter. Vers midi, elle inonde toujours à moitié le sol. Même l'océan semble contrarié et ses vagues sont plus grosses qu'à l'accoutumée. C'est dommage que j'aie un planning à respecter, je vais quand même aller visiter le temple de Wewurukannala, mais en tout cas je n'irai pas voir le Ho-O-Maniya Blow Hole malgré son nom rigolo. C'est une cheminée calcaire dans laquelle l'océan se jette, pouvant faire des colonnes d'eau allant jusqu'à 23m de hauteur. Dans d'autres conditions ça aurait été sympathique, mais là il y a déjà assez d'eau comme ça.

Toujours pluvieux vers midi ... pourtant je me mets en route quand même, je garde mon sac sur le dos en me disant que de là-bas, j'irai directement à la station de bus de Dikwella, attendre au sec.

Je tente de négocier avec des tuktuks, mais je demande vraiment trop bas. Bon, finalement, je me fais amener au temple pour 150 Rs. Il vaut le détour quand on est dans le coin car il présente un Bouddha de huit étages, le plus grand du Sri Lanka. Je vais d'abord visiter le temple en lui-même, j'aime vraiment toutes ces statues bouddhistes mais présentées à l'hindouiste, ça a un côté Disney. Pendant ma visite, une petite fille timide, Amanda, demande à être prise en photo avec moi. Choupette! Allez, un selfie avec la Marion Cotillard du pauvre, toute dégoulinante de sueur que je suis. Incompréhensible.

La visite se poursuit par une galerie des horreurs où l'on voit des démons à mi-taille humaine scier en deux ou couper des membres aux gens qui ont été méchants. C'est gore mais ça ne me choque pas, j'ai vu les mêmes à Singapour. Par contre, qu'on y emmène des tripotées d'enfants qui crient ou qui sont surexcités par ce spectacle, un peu plus. C'est en ressortant que je tombe sur ... le gars du Mahi Mahi. Que fait-il là? Et bien, mon payement n'avait pas été accepté. Je me disais bien qu'il y avait eu une fugace coupure d'électricité à ce moment-là ... heureusement que je lui ai dit où j'allais. Je termine quand même ma visite en montant dans la tête du Bouddha. Les huit étages avec le sac? Facile, je ne le sens presque pas. Merci l'ayurveda? Bon et sinon, y'a quoi dans la tête d'un Bouddha si grand? Ben euh ... un petit sanctuaire. Je pensais qu'on verrait à travers ses yeux mais non, même pas, déception.

Je repars donc en tuktuk avec le gérant à l'hôtel, et pour le coup il me paye même le trajet jusqu'à la station de bus. N'ayant pas grand faim, je prends de petits snacks en réserve. J'attends sous le toit ... Matara-Dikwella, Dikwella-Tangalle, Matara-Angunukolapelessa (!), Galle-Tissamaharama, Colombo-Kataragama ... oh !! Il est de l'autre côté de la route. J'ai failli le rater. Je me cale tout au fond, dans un coin, c'est parti. C'est toujours bizarre de partir d'une région où l'on sait qu'on ne reviendra pas. Le trajet dure deux heures et demie avec un bus sans suspensions qui donne l'impression de s'envoler sur les dos d'ânes, mais d'atterrir avec lourdeur sur le sol. Cela aurait été encore mieux sans tout un groupe d'étudiants qui hurlaient pour se comprendre par dessus la musique et le bruit du moteur. Ils me font un peu bouillir.

À peine arrivée à Kataragama, on me saute dessus. D'abord, un conducteur de tuktuk. Puis un homme qui veut me louer une chambre. Je dis trois fois non. Pendant que je poursuis mon chemin, je prends le temps de regarder ma direction, et le voici encore derrière moi. "Take my number". Le bouillonnement qui montait en moi explose: je l'insulte, je le traite de psychopathe, je lui dis de me laisser tranquille. Il me regarde avec un sourire défensif mais me laisse en paix. En continuant dans les rues, je suis sans cesse alpaguée, je ne me sens pas très bien, et j'ai recours à la technique du casque sur les oreilles. Ça va tout de suite mieux, mais je ne sens pas trop cette foutue ville.

Je continue ma route, c'est un peu compliqué car Maps.me me montre des chemins barrés. Pour aller à la guesthouse, je dois passer devant le sanctuaire sacré de Kataragama. Comme je n'ai finalement aucune envie de revenir, j'opte pour une visite rapide malgré, finalement, le poids du sac qui se fait sentir. J'enlève mes chaussures et foule le sable qui masse mes pieds.

Kataragama, c'est un peu la Jerusalem de cette partie de l'Asie, en beaucoup moins clinquante. C'est un seul lieu sacré pour les Hindous, les Bouddhistes et les Veddas. Il y a même une mosquée dans le square, et la ville met en avant le syncrétisme. Le sanctuaire est dédié au dieu Kataragama-deviyo, aussi appelé Skanda-Kumara, une figure importante du bouddhisme cinghalais. Ce qu'il s'est passé ici diverge selon les religions, mais cela a à voir avec les rois qui y ont régné du 5e au 13e siècle.

Je prends le chemin des pèlerins jusqu'au stupa que je vois au fond. Des dizaines de pèlerins font de même avec leurs offrandes mais je ne suis pas trop dans l'ambiance. Je continue tout de même, fais le tour du stupa ... je m'attendais à quelque chose de plus haut en couleurs mais c'est somme toute assez calme. Je reprends le chemin en sens inverse et sur ma route, croise de petits singes gris à longue queue et à figure noire: des langurs sacrés. Je m'en approche alors qu'un homme tente de les chasser: hé, ce n'est pas sympa. Mais ils redescendent bien vite et acrobatiquement de leur arbre. Ils sont craintifs, le bruit du déclencheur leur fait montrer les dents, je m'éloigne donc un peu. Je retourne à l'entrée et j'apprendrai plus tard que j'ai raté des toucans ...

Il doit rester un bon kilomètre depuis ici, mais je me rends compte que je ne sais pas exactement où c'est, et dans la précipitation, j'ai oublié de retirer de l'argent et suis forcée de faire demi-tour. Je cède finalement à la facilité et prends un tuktuk.

J'arrive devant la grille de l'Humbhaha. Il semble n'y avoir personne sauf un vieil homme qui ne parle pas anglais. Ah, c'est embêtant. En fait, le propriétaire est parti au temple et doit revenir plus tard. Je pose mon sac dans ma petite cabane dans les arbres. Comment décrire cet endroit? Et bien, il sort tout droit de l'imagination de celui qui l'a bâti, Fernando. C'est un endroit qui semble mystique, bien qu'en apprenant qu'Humbhaha veut dire "termitière", le mythr en est quelque peu égratigné. La décoration parfois ésotérique me fait penser à la Black House de Chiang Rai. Des paons, des poules et des singes se promènent. Mais les photos seront bien plus parlantes!

Ma.petite cabane dans les bois et ses toilettes à ciel ouvert. Pas pratique quand il pleut. 

Enfin, Fernando rentre. Je lui demande s'il est possible de m'arranger un safari à Yala pour demain après-midi. Oui mais ... le matin car tout le monde y va à ce moment là. Lever 5h. Bon, je n'ai pas vraiment le choix. Je rencontre un couple de Parisiens, la cinquantaine, un jeune couple de Hollandais, deux Italiens et une Allemande plus âgée. L'ambiance est conviviale. Nous dînons ensemble, un repas-buffet préparé par l'autre homme, et nous partageons autour d'un feu. Du riz, du dhal, des oeufs, des tomates, c'est somme toute assez simple. Nous discutons entre nous, et Fernando nous raconte l'histoire du dieu Kataragama qui a donné son nom à la ville.

Kataragama, ou Kartikeya, est le frère cadet de Ganesh. Leurs parents, Shiva et Parvati, ne savaient pas lequel des deux marier en premier alors ils lancèrent une compétition: le premier à faire le tour du monde et à revenir aura gagné. Kataragama file, et prend l'avantage en chevauchant un paon géant; Ganesh se rend compte qu'il ne pourra pas le battre et a donc recours à la ruse. Il fait le tour de ses deux parents et proclame sa victoire. Interloqués, ils demandent des explications. "Parce que c'est vous mon monde", répliqua Ganesh. Il fut donc marié et eut deux enfants le temps que Kataragama revienne. Vexé, il décida de ne jamais se marier et dans cette version, d'aller vivre dans la ville qui porte son nom. Il est connu pour être le Dieu des voyageurs alors que Ganesh est celui de la sagesse.

Il nous propose ensuite de nous emmener au temple que j'ai visité pour nous faire voir des cérémonies. Je choisis de rester me reposer. La cabane est rigolote mais la moustiquaire est dans un état pitoyable. Je dors à moitié dehors, donc, c'est vital. Je demande du scotch pour combler les trous mais il n'y en a pas assez, et il risque de se détacher ... le tout à la lueur de la lampe torche. Je laisse finalement tomber cette tâche de Sisyphe et mets ma propre moustiquaire en dessous pour une double protection. Cela réduit mon espace mais tant pis. Je m'asperge d'anti-moustiques et me couche tandis que les autres sont partis pour le temple. Je les entends rentrer vers 23 heures et discuter. J'ai ce sentiment un peu amer d'avoir raté quelque chose, alors que je compte y aller le lendemain si possible ... apparemment il y avait des danses et une dame qui est entrée en transe, mince.

Je m'accomode de mon lit, on dirait bien qu'il n'y a pas de puces, ouf. Par contre les bruits me réveillent souvent. Je dors peu.

• • •

Je suis réveillée vers 4h du matin, soit une heure avant mon alarme, par le bruit de la pluie qui se déverse sur mon toit de fortune. Mes affaires sont au sec mais ce n'est pas le moment d'aller aux toilettes, qui ne sont pas abritées! Je crains aussi pour le safari et espère de toutes mes forces que l'orage cesse. Heureusement, c'est le cas au moment de me préparer, dans le noir de la nuit. Nous partons à 5h30, sans avoir mangé. Je suis un peu dans les vappes, et j'ai mal aux yeux. Oh, et il se peut que de petites fourmis aient envahi mon sac mais je n'ai pas amplement vérifié.

Le soleil se lève quand nous atteignons l'entrée du Parc National de Yala. Des troupeaux de daims s'enfuient de bonds gracieux à notre arrivée et des buffles d'eau se reposent tranquillement dans une mare. Nous nous engageons sur les pistes accidentées du parc, prêts à voir de nombreux animaux mais nous commençons petit: des oiseaux dont un hibou, encore des daims, des phacochères, des lapins ... nous croisons plusieurs Jeeps comme les nôtres et nous pouvons dire s'il y a quelque chose à voir si les autres sont attroupés et comme tout le monde, pointe du doigt. Le premier gros animal que nous voyons est un crocodile! Enfin, juste sa tête qui dépasse légèrement de l'eau. Ça fait deux points sur la photo, mouais, peu impressionnant. Nous continuons à arpenter le parc, et tout à coup, nous tombons sur un vrai clap à crocodiles !! Il y en a une bonne vingtaine ! Certains sont tout petits, d'autres franchement plus imposants. Mais ils semblent passer leur temps à être étalés par terre, comme des sentinelles immobiles. Le seul que nous ayions vu bouger a fait une marche de trente secondes avant de se laisser tomber sur le sol à nouveau. Flemmards.

Continuons ... ils appellent les gros lézards "iguanas", et nous en repérons quelques uns sur les branches. Le paysage est entre la savane et la jungle, et quand nous ne voyons pas d'animaux, nous contemplons le paysage. Cela peut durer trente minutes, trois quarts d'heure sans rien voir ... il est parfois dur de garder les yeux ouverts mais ce serait le risque de rater quelque chose. Et au détour d'un énième virage, voici un ours! Il se fait harceler par les Jeeps qui se sont une fois de plus regroupées au même endroit. Les flashs crépitent devant cette star qui essaye de s'en aller ... finalement nous le laissons tranquille et reprenons notre traque.

Comment foirer une photo!

J'ai dit "traque" mais ce mot prend tout son sens quand tout à coup, la nouvelle d'un léopard se désaltérant à un spot circule vite entre les guides ... le nôtre fonce soudain sur la piste. Est-ce vraiment efficace quand on sait que les Jeeps font le bruit d'un petit avion? Le félin semble évidemment avoir disparu. Nous restons inutilement longtemps à l'endroit où il a été vu la dernière fois, et je me dis que notre guide n'est pas très futé. Enfin nous repartons tourner, mais toujours rien, pendant un bon quart d'heure. Mais tout à coup, un attroupement, des doigts qui se tendent, des cris de surprise! Et le voilà qui passe à une vingtaine de mètres de nous, entre les branches, de sa démarche majestueuse, ayant l'air de savoir où il va. C'est un moment profondément magique, malgré les photos prises, tout le monde semble retenir son souffle. Et puis, il va se cacher dans les fourrés. Quelle chance! Il ne manque plus que les éléphants et nous aurons fait le grand Chelem.

Mais si! C'est la petite tâche orange foncée! 

Et éléphants il y a quelques dizaines de minutes plus tard! Un petit troupeau qui se promène, un bébé à protéger. L'un d'eux ne sait que faire de toutes ces voitures, doit-il traverser? Finalement, non. Il se concentre sur une branche qu'il arrache de sa trompe et ... saviez-vous qu'en fait il ne mange que le bois? De cet arbre, en tout cas, il enlève les feuilles et grignotte.

Après cette rencontre, nous continuons notre chemin jusqu'au bout du parc, au bord de la mer, pour une petite pause au memorial du tsunami. Sur la route du retour, beaucoup de singes sont venus nous dire au revoir. Nous sommes conscients de notre chance d'aujourd'hui, et finalement cela valait le coup de se lever à 5h du matin.

Au retour à Humbhaha, un petit déjeuner nous attend, des sortes de crêpes avec ou sans oeuf, de la noix de coco pilée et de la sauce chili. Il est en fait midi et cela tiendra aussi lieu de déjeuner. Le reste de la journée s'écoule tranquillement, au rythme des averses. Mes yeux me font mal et me provoquent une migraine à leur niveau.

Le soir arrive et amène de nouvelles personnes: Néerlandaises et Allemands, sans surprise. Les Hollandaises conduisent leur propre tuktuk et ont eu affaire à un éléphant au bord de la route! Après le dîner, nous allons tous ensemble au temple. Il faut dire que c'est bien mieux de nuit: un flot de pèlerins habillés de blanc vont et viennent avec leurs offrandes et nous offrent des fruits sur le plateau. Nous sommes des Dieux? Non, ils partagent avec tout le monde. On nous en propose trop, donc ma technique est d'en accepter puis de les réoffrir à quelqu'un. Ça semble marcher. Des gens prient tout autour de nous, dans des temples qui ressemblent à des casinos du fait des néons et des lumières animées. Et puis, des danseurs et musiciens arrivent. Sacrée ambiance, on ne sait plus où donner de la tête! Les gens ne sont pas forcément en transe, mais ils dansent.

La féria. 

Je repars avec une famille allemande ... un peu compliqué pour trouver deux tuktuks, donc nous montons à cinq sur un seul! Nous arrivons sans trop d'encombres si ce n'est que le tuktuk a failli tomber en panne sur la route, en pleine nuit, sans éclairage. Fernando nous accueille avec des instruments de musique et nous faisons des percussions tous ensemble, grand moment de partage! Malheureusement, un nuage entier de moustiques me tourne autour malgré le répulsif au DEET et putain, qu'est ce qu'ils sont agressifs! On n'a pas le temps de se protéger qu'ils nous foncent dessus et n'hésitent plus à s'approcher du cuir chevelu pour se nourrir. Je crois que c'est bien le point le plus insupportable que je vais retenir du Sri Lanka. Devant les gars embêtants. Mais après tout, c'est presque la même chose.

• • •

La nuit a été plus reposante que la veille, et nous prenons le petit déjeuner tous ensemble qui est malheureusement moins bon que la veille puisqu'il s'agit juste de riz agglutiné. Fernando sort les deux petits singes: ce sont en fait deux femelles, la macaque s'appelle Zombie et l'autre, Shoni. Bien sûr, Zombie fait son show et s'accroche partout, à tout le monde. Je suis un peu moins stressée quand elle me monte dessus, tant que mon sac est fermé avec mes lunettes dedans et que je protège mes piercings. Je prends Shoni sur moi, qui est un peu plus craintive mais il faut qu'elle s'habitue. Zombie voit qu'on lui donne de l'attention et vient se coller sur elle. Elles me font penser à Kensy et Camden. Zombie repart ensuite faire la clown, elle saute sur les branches, se jette dans le vide dans une confusion de bras et de jambes, jusqu'à ce qu'elle tombe dans l'eau. Et saute sur tout le monde. Je me recule, avisée! Il faut dire qu'elle est presque tout le temps en cage.

Je vais bientôt quitter ma petite cabane dans les bois. Je rassemble mes affaires (je pense que oui, il y a de petites fourmis dedans) et pars avec le couple et la vieille Allemande. Fernando nous emmène à la station de bus, et nous nous disons au revoir. Moi, ça ne va pas être une mince affaire, le prochain bus direct pour Ella est dans 1h30 et la bus station de Kataragama baigne dans la fiente de corbeau. Je peux aussi prendre un bus pour Buttala et changer là-bas: je choisis cette option plutôt que de rester dans ce cadre si peu accueillant. En fait j'ai pris un bus rouge, et on dirait que les bus rouges, ils vont bien plus lentement. L'avantage c'est que la route est belle, et elle passe toute droite dans une partie de Yala. C'est probablement pour cela que tout à coup, un éléphant surgit sur la route ... cela ne semble pas inquiéter le chauffeur qui le contourne. Plus tard, ce sont des gens qui ... ramassent des graines pour les poules pour les mettre dans des sacs, ok mais pourquoi sur la chaussée ?!

Enfin nous arrivons à Buttala après 1h30 de route, tandis qu'une pluie battante se met à tomber. Les noms sur les bus changent: Monaragala, Welliwaya ... Il ne me reste plus qu'à trouver le bus pour Ella ... j'ai un peu d'appréhension mais un gars me dit que le bus arrive dans 30 minutes. Avant de me demander si je suis mariée. Par réflexe je dis oui, en touchant mon doigt qui n'a pas d'alliance. "Pas encore", je me reprends, mais je le regarde dans les yeux en disant que je n'ai pas besoin d'un homme. Ok? Ok. Je reste un peu glaciale avec lui. Je cours sous la pluie pour trouver un endroit caché pour fumer, mais en fait je me retrouve devant le commissariat, avec des policiers qui me regardent. Bravo la discrétion ... mais ils me laissent tranquille. Enfin le bus arrive, je grimpe dedans. Trois quarts d'heure, une petite pause dans une autre ville, et nous prenons à fond la route des montagnes. C'est bondé et ne pas rentrer dans les autres bus qui descendent les virages en épingle à cheveux relève d'une sacrée technique. Vais-je arriver vivante à Ella? Haha!

10
août

À vouloir trop faire ma maline, j'ai failli rater mon arrêt.

Je m'attendais à une station de bus pour une ville de l'importance d'Ella, mais il n'y avait qu'un arrêt et quand on m'a dit d'y descendre, je voulais attendre le suivant. Je me suis trompée, et heureusement que Maps.me m'a tirée de ce mauvais pas. Cela me permet cependant de commencer à visiter, alors que la pluie m'accueille. Quelle étrange ville qu'Ella: les cafés, bars, boutiques et restaurants remplis de touristes s'étendent le long de la seule route qui mène sûrement à Kandy, donnant l'impression d'une enclave, ou d'un zoo de backpackers. Je me demande comment les locaux qui la traversent la considèrent, comme une vraie ville ou comme un paradis à touristes. Elle n'en reste pas moins agréable malgré la circulation bruyante des bus, camions et tuktuks. Quelques petites rues mènent vers les hauteurs, à plus de 1000 mètres d'altitude (pas grand chose pour moi). En revanche il ne fait vraiment pas chaud et je n'ai que mon Kway pour me couvrir.

Bien qu'il soit 17h, j'opte pour un vrai repas car le léger petit-déjeuner et les crackers ne sont pas assez. Une pizza ... avec de l'ananas! Un beau mais bon blasphème. Je trouve ensuite mon hostel qui se trouve en haut d'une grande côte. Le gérant me dit de m'installer dans un dortoir vide malgré mon incompréhension, surtout que celui d'à côté est libre d'une place ... et animé. Cette place vide sera rapidement prise par Lia, une Allemande. Je fais la connaissance d'Alex une Suisse allemande, de Kathi une Autrichienne, de Nadine une autre Allemande et surtout, des deux frère et soeur Espagnols Pablo et Paula. Il y a des gens comme ça, au premier contact, on sent qu'on va s'amuser avec eux. J'ai tout de suite un crush d'amitié sur eux, mais je pars avec Alex et Kathi pour aller grignoter un rotti chocolat-coconut. Elles font l'effort de parler anglais avec moi bien qu'elles parlent la même langue mais avec des subtilités (comme nous et les Québecquois, plus que les Belges ou les Suisses). Elles se sont rencontrées sur la route et vont ensuite à Arugam Bay. Nous rentrons ensuite, à temps pour repartir à nouveau avec les autres du dortoir pour boire un verre, ou même plusieurs. Ça faisait longtemps que je n'avais pas ri comme ça, il y a des moments où j'ai cru exploser. Paula est contente que je comprenne l'espagnol car quand bien même elle fait des efforts pour parler anglais, elle n'est pas sûre d'elle. Nous faisons tellement de bruit que tout le monde nous regarde, mais tant pis. Sur une note plus dramatique, Nadine nous raconte qu'elle aurait pu mourir en scooter, elle a dérapé sur la chaussée, a été inconsciente quelques secondes alors qu'un bus arrivait mais elle a été sauvée par un commerçant qui l'a dégagée. Elle s'en tire miraculeusement avec une grosse blessure au genou. En tout cas, quelle soirée! Je suis un peu jalouse d'être dans un dortoir plus calme tandis qu'ils s'amusent encore un peu avant de dormir. Quel dommage qu'ils partent demain, aussi.

• • •

Et je ne les revois pas le lendemain avant leur départ, je vais prendre le petit-déjeuner avec Lia, Alex et Kathi car nous allons ensuite randonner un peu. Je suis un peu déçue, triste, et n'ai pas osé demander leur Facebook, surtout qu'ils dormaient encore probablement. Et je n'ai pas acheté de carte sim srilankaise pour éviter d'être toujours sur mon portable. C'est la vie ...

Nous prenons le chemin du Nine Arches Bridge vers 8h45. Si j'avais été seule je m'y serais rendue vers 11h pour voir le train passer dessus mais il faut faire des concessions. Nous quittons la ville, enfin pas totalement car il y a pas mal de guesthouses et hostels de ce côté là. Ella offre des hostels proches des bars pour faire la fête, pas tout à fait à côté comme le nôtre, et d'autres plus excentrés pour profiter de la nature. Il y a beaucoup de pins, ce qui fait penser à l'Europe. Nous arrivons dans une petite vallée qui mêle rizières - elles sont peu impressionnantes au Sri Lanka, plantations de thé et arbres fruitiers. Puis nous marchons un peu en forêt avant de nous apercevoir que nous avons raté le passage d'un train de 5 ou 10 minutes. La vue du viaduc s'offre à nous ... je l'imaginais plus étroit, plus élancé, et il y a énormément de monde. Je râle un peu, mais finalement je l'apprécie. J'arrive à faire quelques photos sans trop de monde dessus, question de perspective. Nous faisons les funambules sur les rails et observons les gens qui veulent prendre LA photo pour Instagram, quitte à s'asseoir sur le parapet les jambes dans le vide. Je me dis que je reviendrai toute seule demain pour voir passer le train dans l'après-midi. Le soleil sort de derrière les nuages et donne une belle lumière à la scène.

Nous sommes très proches du chemin pour nous rendre au Little Adam's peak, version plus petite du plus haut pic du Sri Lanka. Le chemin est très aménagé pour les touristes, et il y a une tyrolienne. Les filles ne sont pas trop pour, c'est vrai qu'en une journée sur place c'est une perte de temps, mais moi je garde l'idée dans un coin de ma tête pour quand je serai seule. Des escaliers mènent au sommet, et c'est très venteux. Je peine à monter comme d'habitude, surtout que j'ai fumé beaucoup trop de cigarettes hier. Mais j'y arrive tout de même, il y a une belle vue à 360 degrés! Nous allons même un peu plus loin sur la crête. Nous pouvons voir les montagnes descendre vers la plaine au loin. Mais au retour ... mon corps fatigue trop. Dans la descente, je dérape, et m'écorche la paume de la main. Je ne pense pas que ce soit très grave, mais c'est très moche, j'ai une grosse balafre. Les pansements ne tiennent même pas à cause de la transpiration.

Nous redescendons sur la ville et allons manger: je tente un Lump rice, plusieurs choses dont du riz cuit dans une feuille de bananier. C'est bon mais c'est très gros et je ne finis pas! Je l'emporte avec moi pour, peut être, le manger plus tard. Ou pas. Nous cherchons aussi un cours de cuisine, et demandons au restaurateur s'il peut nous conseiller. Il nous dirige vers le Spice Garden d'Ella, et nous allons réserver. En attendant, je me sens épuisée et je vais me reposer un peu dans le dortoir tandis que les filles vont prendre un jus dans un café. Je me suis installée dans le leur entre temps, non seulement je reste avec elles mais la salle de bains est plus sympathique, le lavabo fait comme une fontaine de pierres dont l'eau s'écoule. Pas très écologique car ça gaspille de l'eau, mais c'est original.

Le repos est de courte durée, je les rejoins dans la rue et nous nous remettons en route pour le cours de cuisine qui commence à 17h. Il a lieu dans une maison, avec la famille de l'homme qui va nous donner le cours. Nous sommes accueillies avec du thé à la cardamone, délicieux. Puis il arrive, et nous fait d'abord visiter le jardin d'épices. Nous pouvons sentir les feuilles de curry, voir du poivre (la couleur dépend du temps qu'on le laisse sur l'arbre), de la cannelle, du curcuma, un arbre à jackfruits qui sont si hauts et si gros qu'on se demande comment ils tiennent, un arbre à avocats ... puis nous rentrons dans la maison et il nous présente les différentes épices moulues, cette fois-ci. Connaissez-vous le fenugreek? Apparemment c'est aussi le nom français, mais jamais entendu parler. Il nous donne un petit livret que nous allons nous-même remplir avec les quantités pour plus d'interactivité! Et nous nous mettons à la tâche. Je demande un gant en plastique à cause de ma main et ce n'est pas très pratique.

Ce professeur est marrant, il nous fait des blagues, nous tend des pièges, c'est un très bon moment. Nous commençons avec un curry d'ail avec ... 80 gousses d'ail. 20 chacune, et il nous fait faire la course pour les séparer entre elles. C'est moi qui gagne de peu. Puis il faut les découper, les éplucher ... pour l'ail comme pour les viandes, il faut des épices de curry rôties. Le curry est en fait un mélange de plusieurs épices mais avec une dominance de feuilles de curry bien sûr, peut-être le saviez-vous. Nous sommes un peu perplexes devant tant d'ail, et c'est un plat qui se fait pour de grandes occasions comme des mariages car l'ail est importé d'Inde ou du Pakistan. Nous avons chacune des tâches au fur et à mesure et la mienne sera de touiller toutes les cinq minutes. Ensuite nous nous mettons au curry de patates, puis au dhal, à la cuisson du riz, et arrive le sambol de noix de coco. Alex et Kathi doivent la casser en deux avec une sorte de machette, je ne le tente même pas. Cela prend un peu de temps et j'étais persuadée qu'il nous faisait une blague vu que c'était son style, mais la noix de coco finit bel et bien par se fissurer! Il utilise ensuite un "tortureur de noix de coco" pour l'extraire de la coque. Je teste, c'est relativement facile mais ça prend du temps si on n'a pas le coup de main. Et la seconde méthode pour faire du sambol, c'est ... de prendre 54 Bountys et d'éplucher le chocolat! En fait nous ne découpons pas tout, il se charge de l'oignon, du chili, des tomates ... mais il nous enseigne bien et il nous fait bien rire. Arrive le moment de faire cuire les papadums. Nous les jetons dans l'eau bouillante et il faut 2 secondes pour qu'ils gonflent! C'est assez impressionnant en fait. Et après tous ces efforts, le repas est prêt! Et il est ... délicieux. Le dhal est meilleur que dans les restaurants. Nous nous régalons, achetons des épices sur place et lui donnons un bon pourboire supplémentaire. Nous avons appris beaucoup de secrets de la cuisine srilankaise, reste à savoir si je vais essayer de reproduire les recettes à la maison.

Les vidéos sont aussi pour moi-même, vous n'êtes pas obligés de tout regarder 
Sauf quand même la première, là, la noix de coco. 
Et au moins celle là: les papadums magiques! 
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Les filles partent vers 9h30 du matin, nous nous disons au revoir et nous souhaitons bon voyage. C'est bien, elles vont pouvoir reparler exclusivement allemand entre elles. Je me retrouve donc seule aujourd'hui, et donc un peu triste ... on s'habitue à être accompagnée. Surtout que je me sens toujours fatiguée, donc je prends le temps de me reposer. Puis, je vais repérer la gare pour demain matin. Après le déjeuner, encore un peu de repos car je me sens fiévreuse. Bonne nouvelle, ça ne peut pas être le paludisme, il n'y en a plus depuis 3 ans. Probablement un simple coup de froid.

J'ai quand même décidé de retourner au Nine Arches Bridge pour voir passer le train de 15h30. La route n'est pas bien compliquée et en marchant (et aussi en ayant pris un Doliprane), je me sens mieux. J'arrive un peu en avance et m'installe en hauteur à côté d'une famille française. Attente, attente ... il est en retard. Nous avons l'impression de l'entendre arriver sur les rails, mais souvent ce sont soit des erreurs de jugement, soit il est encore loin. Et vers 16h, un grand bruit se fait entendre pour que tout le monde dégage des rails, et le voici qui arrive ... je le prends en vidéo: une minute. Ce n'est même pas si impressionnant que ça, mais bon je n'avais que ça à faire cet après-midi. Les cascades sont trop loin, Ella Rock trop fatigant ...

Bon, en fait non je n'ai pas que ça à faire. Je reprends la route du Little Adam's peak car j'avais vu une dame vendre des peluches d'éléphant faites main et j'aimerais en prendre une pour Ewan. Pas de chance, c'est fermé ... il y a une bande de jeunes sur le banc. Ils me regardent, me demandent "What are you looking for?" "The plushes, but the lady's not here". Je reprends mon souffle et réfléchit à un autre endroit peut-être ... ils doivent prendre ça pour de l'incrédulité car ils me disent: "it's closed". "Oh thank you.", dis-je ironiquement. Ça fait pouffer la petite mamie qui passe à côté de nous. Bon point. Bon dans ce cas, je ne suis pas loin de la tyrolienne, j'y vais en me pressant un peu, elle ferme à 17h ... J'arrive un peu avant et peut en profiter. J'en ai connu de plus impressionnantes mais elle est quand même chouette sauf qu'on ne peut pas lâcher les mains. Ça m'évite de partir en vrille pour une fois. Le système d'arrivée est le meilleur que j'aie jamais vu: une boule sur le câble ralentit la tyrolienne à son passage à vive allure, ensuite nous pendons dans le vide et ils viennent nous décrocher avec une plateforme escabeau à roulettes. Astucieux, vraiment!

Ce n'est pas moi.

Je vais acheter quelques souvenirs, manger ... À mon retour il y a de nouvelles filles dans mon dortoir! Une Japonaise Kaya et une Egyptienne qui vit au Koweït, Mirna, qui est extrêmement sympa. Elle veut visiter la France, je prends donc ses coordonnées si elle veut me contacter. Elles vont toutes deux randonner jusqu'au Ella Rock demain, donc nous allons chacune nous réveiller tôt!

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Foutu chien qui a aboyé toute la nuit, j'en ferais des saucisses. À 5h du matin je me sens quand même assez réveillée pour prendre la route de la gare ... Je suis toute excitée de prendre ce train qui fait l'un des parcours les plus beaux du monde! Je me retrouve à attendre au guichet pour récupérer mon ticket réservé (bien plus cher que le prix normal ...) et on me demande le numéro de réservation ... mince je l'ai oublié, je n'ai que mon passeport et j'ai droit à un froid refus! Heureusement, la fille derrière moi me propose spontanément de me passer un peu de 4G pour que je retrouve mon email. Génial! Elle me sauve la mise!

Tout le monde attend sur le quai, il va falloir être réactive pour avoir une place assise. Cinq minutes avant l'arrivée du train, une annonce nous dit de changer de quai ... il n'y a en effet qu'une seule voie entre les gares, il faut une sacrée organisation. Je me positionne ... on entend le tchou-tchou. Je repère vite la seconde classe et court jusqu'au wagon, je grimpe et je me jette sur un siège! Mission accomplie!

Le train se met en route d'une saccade et c'est parti. Il longe d'abord la montagne en hauteur, offrant une vue imprenable sur la vallée. C'est déjà magnifique. Les gens commencent à prendre des photos suspendus aux barrières en se penchant en avant. Toutes les deux minutes on voit la tête de quelqu'un sortir. Alors que nous approchons des plantations de thé, je demande à un Chinois de prendre la mienne car lui, il mitraille depuis le début. C'est mal cadré mais j'arrive à en faire quelque chose. Nous arrivons dans la vallée d'Haputale, les champs de thé semblent dévaler les pentes. C'est encore plus beau qu'en Malaisie! Les rayons du soleil renforcent les différentes teintes de vert, avec les montagnes en fond de toile. C'en est émouvant de beauté. Le train s'engage ensuite dans une forêt d'arbres blancs, changement de décor. Puis à sa sortie, à nouveau des champs de thé mais ... la grisaille, puis le brouillard, puis la pluie s'invitent. Quel dommage car le train passe encore plus au milieu des plantations. Nous sommes proches de Nuwara Eliya et les bosquets défient les pentes, il y en a à perte de vue, impressionnant. Des gens doivent toujours cueillir les feuilles de thé dans leurs kways colorés, on dirait de petits lutins. Mais en plus de cela, il fait froid ... le trajet prend des allures d'escapade montagnarde, et noud passons au dessus de plusieurs magnifiques cascades. J'essaye tant bien que mal de garder les yeux ouverts pour ne rien rater, mais la fatigue finit par trop me gagner pour rester concentrée. Le trajet met en tout 6h30, il pleut toujours des cordes, je me demande ce qu'il en sera à Kandy.

13
août

Commençons pour une fois par un peu d'histoire car Kandy est une ville très importante. Au 14e siècle, le Sri Lanka est divisé en plusieurs royaumes, notamment celui des Tamouls autour de Jaffna au nord, le royaume de Kotte, d'autres petits royaumes ... celui de Kandy est au départ vassal de Kotte avant de prendre son indépendance et contrôler la partie est de l'île. Pour survivre au fil des années, il s'allie avec Jaffna, Madurai, puis les Portugais, puis les Hollandais sans pour autant être sous leur souveraineté ... ce fin petit jeu lui permet, à l'aube de la colonisation totale par les Anglais, d'être le dernier royaume à leur faire face. Il est finalement annexé en 1815.

Retour au présent. Il faut être très réactif pour sortir du train, car ceux qui veulent y monter le sont encore plus. Nous sommes obligés de leur crier dessus que nous voulons descendre, enfin, c'est logique non?

En arrivant il pluviotte mais bientôt, des cordes tombent. Je renonce à mon projet de louer un scooter maintenant et me rabat sur un tuktuk. Finalement bien m'en a pris car j'ai de nouvelles idées de visites pour quand il fera beau. Quand j'arrive à l'hostel, il n'y a que quelques voyageurs. Il est 15h, donc mon heure de déjeuner ces derniers temps. Il y a un petit restaurant à côté, je vais réessayer du kottu car ceux qu'avait pris Kathi étaient bons. Mais rien à faire: moins d'oignons mais plus de chou, ça m'écoeure plus qu'autre chose. Je n'aime officiellement pas le kottu. Je rentre, et reste toute l'après-midi à l'intérieur, vu le temps je ne peux pas mieux faire. Puis enfin, la pluie se calme vers 18h ...

Un singe à l'hostel 

C'est donc le moment d'aller à l'Esala Perahera, étant sûre qu'il fasse un temps relativement correct pour le temps de la parade.

Perahera signifie procession. Elle est tenue en l'honneur d'une relique de Bouddha, une dent qui est conservée dans le temple attitré. Elle a lieu pendant le mois d'Esala, dure dix jours pour se terminer à Nikini poya (pleine lune). C'est en fait une combinaison de cinq peraheras différentes, car au début du festival les processions partent des autres petits temples annexes, ceux des Protecteurs de la dent. Puis vers la fin, elle part du temple principal. C'est celle que j'ai vue, je crois, même si ce n'était pas vraiment la dernière nuit, puisqu'il y avait le mini stupa avec la dent dedans. Il n'y a pas moins de 50 éléphants qui défilent. Elle est réputée pour être la plus belle d'Asie et j'avais planifié mon voyage par rapport à cela.

Tout le monde est fouillé à l'entrée. Depuis les attentats, ça rigole zéro, mais il vaut mieux ça. Il y a déjà énormément de monde, des gens ont pu avoir des places dans des tribunes ($60!) et les moines doivent probablement être là gratuitement. J'arrive tant bien que mal à trouver un spot où je peux bien voir car des gens sont assis. Mais je suis quand même serrée contre des gens, ce qui me met plutôt mal à l'aise, j'ai l'impression qu'on se frotte contre moi ... pour que le temps à passer soit un peu plus agréable, j'observe une petite fille qui doit avoir 7 ou 8 mois, sur l'épaule de sa mère. Mais quand je dis petite, c'est vraiment toute petite petite. Elle piaille, comme beaucoup des bébés srilankais à ce que j'ai remarqué. C'est à dire qu'elle ne pleure pas comme les nôtres mais manifeste son mécontentement en faisant "gnah !!". J'imite le chat pour lui répondre, elle semble très intéressée et plus tard m'agrippe les cheveux et sa mère lui apprend à me faire des bisous. Les voitures de police passent pour donner des instructions. Comme il y a du brouhaha, je ne comprends que le fait qu'il ne faut pas utiliser de flashs pour ne pas faire peur aux éléphants. Au loin, vers le temple, on entend des bruits de pétards et j'arrive à voir du feu ... enfin, ils se rapprochent. Des prières retentissent puis silence au niveau musical. On n'entend que les bruits de ce qui est en fait d'immenses fouets qui claquent. Viennent ensuite les jongleurs de feu. Je suis surprise car il y a beaucoup de jeunes ados parmi eux! Leurs roues de feu sont assez impressionnantes. Viennent ensuite des porteurs de drapeaux. Et puis enfin, les musiciens! Bon, il s'agit d'un air strident désagréable, mais les danseurs les suivent (aucune femme) et surtout, le premier éléphant décoré! Se succèdent bientôt d'autres musiciens, d'autres danseurs, d'autres éléphants. Il devient compliqué de se tenir debout car ça pousse de partout. La parade est cependant somptueuse, malgré le fait que nous soyions proches d'un feu et que des cendres nous arrivent dessus. C'est bien mais ... jusqu'à maintenant les éléphants semblaient tranquilles mais en voici un qui se balance de droite à gauche. Je ne suis pas experte mais ça ressemble à un signe de stress. Le mahout lui donne un petit coup, et je remarque les chaînes. J'ai un pincement au coeur, mais pas aussi gros que lorsqu'un autre éléphant passe, la pupille rétrécie et l'oeil presque exorbité. On dirait qu'il est drogué. Je me sens soudain mal, mais j'attends encore un peu, après tout cela reste une occasion unique de voir ce défilé ... C'est ce que je continue à me répéter quand la pluie recommence à tomber. Alors là, ça part complètement en sucette ... tout le monde sort son parapluie, se gêne, s'engueule, on ne voit plus rien. Je me dégage de la foule mais me retourne juste à temps pour voir l'éléphant qui porte la dent de Bouddha! Ah oui, j'avais oublié ce détail qui est à l'origine de la parade ... je prends mes dernières photos et je m'en vais.

Sur Internet, vous avez peut-être vu cette photo de l'éléphante rachitique qui défile. Et bien soit ils l'ont retirée de la parade, soit c'était un hoax, mais en tout cas elle a l'air de faire exception car je n'ai vu que de bons gros éléphants pendant mes 3 jours de visite. Qu'ils aient peur, ça oui, même s'ils demandent de ne pas mettre les flashs il y a toujours les bruits et l'agitation. Mais ils sont bien nourris.

La dent de Bouddha
Les vidéos sont très courtes: plus beaucoup de batterie ni de place dans la mémoire du téléphone.  

Je prends des nouilles à emporter et un épi de maïs pour le dîner car il est déjà passé à l'hostel. J'aurais tout de même pu y manger car il restait du riz, du curry de patates, enfin tout ce que je n'arrête pas de manger et dont je commence à faire une overdose. Il y a d'autres gens qui boivent une bière sur la terrasse: Ali l'Egyptien, Kathlyn la Néozélandaise, Yop et Sebastian les Hollandais.

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Moi qui pensait avoir chaud à Kandy, j'ai plutôt froid et malheureusement je ne peux donc pas profiter de la piscine. Mais je suis décidée à louer un scooter pour la journée et aller visiter des temples et les jardins royaux autour de Kandy. Il arrive à 10 heures et je l'essaye. Je me sens tout de suite bien dessus, il est vraiment de qualité! Je file donc vers Peradeniya pour visiter ces fameux jardins. À l'entrée un groupe de Musulmans se fait fouiller tandis que le gardien m'ouvre la porte à côté d'eux pour que je puisse passer sans contrôle. Ah ...

Ces jardins ont une sacrée histoire. Ils sont fondés au 14e siècle sous le règne de Wickramabahu III, résidant alors à Peradeniya avant que la royauté ne s'installe à Kandy. Puis au 18e siècle, le royaume tombe aux mains des Anglais qui pensent à exploiter Ceylan. Ils se rendent compte que le climat de Kandy est bien plus propice aux plantations que celui de Colombo. Sous l'intendant George Gardner, qui a là un magnifique aptonyme, les jardins se développent et servent de section de recherches sur les plantes exotiques de l'île. Depuis, ils n'ont cessé d'être améliorés.

J'ai de la chance, le soleil pointe son nez. J'aime beaucoup les jardins botaniques et celui-ci bien que cher est très beau. Il y a de grandes allées de cocotiers, un coin jungle ... mais ce qui m'impressionne le plus, ce sont les CHAUVES-SOURIS. Pas les chauves-souris non, les CHAUVE-SOURIS. Elles sont énormes !! On dirait presque des ptérodactyles! C'est la première fois que j'en vois de si grosses. Elles se pendent aux arbres comme des jackfruits. Je continue mon tour du jardin, tranquillement. Je ne me sens pas très en forme, un peu léthargique, mais ça va.

Je remonte sur mon scooter, direction d'abord de petites routes qui serpentent dans la jungle. Ça, ça vaut le coup, rien que pour la balade et la sensation de liberté. Mon premier arrêt dans la boucle des temples est Embekka. C'est un mignon petit sanctuaire aux piliers en bois gravés de beaux dessins qui datent du 14e siècle. Vraiment très joli.

Gravure. 

Je chevauche à nouveau mon scooter pour prendre la route du Sri Lankatilake Rajamana Viharaya . Je passe dans des rizières bordées par la jungle, et cela me rappelle vraiment Bali.

Le temple est bâti à même un rocher nommé Panhalgala. Il date du règne de Bhuwaneka Bahu IV au 14e siècle. Mais son intérêt est d'être à la fois bouddhiste et hindou. Le roi voulait unifier les deux grandes religions de ses sujets, donc il l'a fait bâtir. Il y a une pierre qui porte des inscriptions à la fois en cinghalais, et en tamoul.

Il y a une belle vue sur les collines depuis le temple. J'entre à l'intérieur et ... wahou ... C'est très petit mais je trouve les peintures magnifiques. La statue de Bouddha semble prendre toute la place dans ce petit sanctuaire. Je ne sais pas pourquoi ce temple m'attire plus qu'un autre mais il m'éblouit. Pendant que je contemple les peintures et les statues, trois jeunes filles entrent pour une bénédiction par le moine. Il se met à chanter des prières qu'elles répètent, prosternées. Je n'ose pas les filmer mais je reste jusqu'au bout.

Je me décide à reprendre la route vers le dernier temple: Gadaladeniya. Je ne trouve pas le temple en lui-même exceptionnel, mais ce qui est rigolo c'est qu'il est aussi bâti sur un rocher et que de petites mares avec des nénuphars et des poissons se sont formées à même la pierre.

Il a aussi été construit au 14e siècle par le même roi mais il semble en moins bon état que les deux autres. À son entrée il y a une pierre de lune, semi-circulaire gravée comme pour faire un perron. Encadrant les escaliers, on peut voir des Gajasinghe, des éléphants à têtes de lions. Je me rappelais de la signification des deux mots emboîtés ensemble. À l'intérieur il y a aussi des statues et des peintures mais elles sont moins bien rénovées. J'apprends que la tête de démon souvent représentée au dessus de Bouddha s'appelle Makarathorana et représente le diable, secondé par deux dragons.

Il est temps de repartir vers Kandy pour la suite du programme de la journée. Jusque là j'avais échappé aux grosses averses, mais cette fois-ci ... quelques gouttes se transforment en pluie à seau de quelques minutes. Je n'ai le temps de m'abriter que quand l'averse se termine, c'est malin, je suis trempée de la tête aux pieds. Heureusement que j'ai un Kway, et je suis étonnée de voir la vitesse à laquelle mon nouveau pantalon de randonnée sèche, c'est comme s'il ne s'était rien passé (si ce n'est que je vais peut être attraper un rhume). La technologie Décathlon! Bien, maintenant je dois trouver un endroit où manger. Je souhaitais trouver un restaurant dans le centre de Kandy, mais ça ne va pas être possible, tout est barré pour le dernier défilé de Perahera ce soir. Je fais le tour du lac pour me retrouver derrière le Temple de la Dent, et entreprend de passer pour me rendre au centre culturel. Je me vois refuser l'accès à l'escalier qui y mène par des militaires hommes qui ne peuvent donc pas me fouiller. Ils me dirigent vers une autre entrée pour le temple. Sauf qu'ensuite je ne suis pas du bon côté ... et je suis perdue. Après des pourparlers avec d'autres militaires, ils sont d'accord pour me laisser passer de l'autre côté. Ça m'a bien pris dix minutes, ces bêtises ... il est 16h et je trouve enfin un restaurant où je commande du riz et du poulet, comme en Thaïlande. Ça fait du bien, ça change du dhal et tout ça ... enfin, il est temps d'aller assister ... au spectacle, et oui, une fois de plus je n'ai pas pu m'empêcher d'aller voir des danses. Celles-ci ont quelque chose de spécial à la fin, je vous entretiens le suspense.

Bizarrement, ils commencent en avance, dix minutes plus tôt, j'ai bien fait de venir m'installer. Ça commence par des percussions, puis des danseuses entrent (ah, enfin des femmes!), les chorégraphies s'enchaînent avec des hommes qui font des acrobaties, tournent très très vite sur eux-mêmes de manière impressionnante, font tourner plein d'assiettes à la fois ... en fait j'avais peur que ça fasse doublon avec la Perahera mais pas du tout. Là, le niveau est vraiment au dessus, et les démonstrations du défilé font finalement pâle figure à côté. Enfin, le final arrive ... ils amènent le charbon enflammé. Et oui, ils vont marcher sur le feu !! D'ailleurs ils se le passent sur les bras, le mettent dans la bouche comme si de rien n'était. Je me demande s'ils prennent un produit spécial ... enfin, ils se lancent dans les braises. Ils ont une certaine technique, ils ont l'air de marcher en canard sur les talons. Je suis sidérée.

Encore un problème de luminosité. 


😲

Toujours un peu sous le choc de ce que je viens de voir, je remonte la rue, cette fois-ci dans le bon sens, pour aller retrouver mon scooter. Mauvaise surprise cependant! Des tuktuks se sont garés devant, jusqu'à le pousser contre la porte d'un garage. Je suis coincée, et je vois rouge. J'essaye tant bien que mal de pousser les autres scooters mais j'ai peur de les rayer. Heureusement, quatre hommes viennent à ma rescousse. Une seule personne n'est pas suffisante. Ils parviennent à le dégager, je les en remercie. Je m'apprête à rentrer mais je me souviens soudain qu'il faut que je mette de l'essence. Alors tant qu'à repartir en centre-ville, autant monter au grand Bouddha du temple de Bahirawakanada, qui domine la ville.

Mais les mésaventures ne sont pas finies ... je me trompe de voie sur une route à sens unique (j'étais trop sur la gauche, ironiquement), me déporte sur la droite devant des policiers qui m'arrêtent. "Dangerous driving", qu'ils me disent. Tu parles, j'ai mis personne en danger, il n'y avait même pas de voitures au milieu de la route. Je veux bien reconnaître que je conduis à l'indonésienne mais quand même. Ils veulent juste m'épingler. Par contre ils me demandent mon permis, ouille, je l'ai mais il n'est peut être pas valide ici non plus, vu que je n'ai pas le tampon A1 dessus. Je dis que je ne l'ai pas sur moi, il est à l'hostel, voilà, désolée, je ne le ferai plus, je serai prudente, sourire. Ils me laissent partir. Bien joué!

Le karma rebascule en ma faveur car arrivée au temple, je suis censée payer 250 Rs pour rentrer. Quelle flemme, je vais les garder pour autre chose et me contenter de la vue. Mais finalement, le gars de l'entrée me laisse passer gratuitement. Et ben! J'arrive au moment de la prière, cette fois-ci je filme un peu sans faire exprès mais m'éclipse rapidement. La terrasse du temple offre une vue magnifique sur Kandy, son lac et ses collines. En redescendant au crépuscule, je vois des gens qui allument des bougies sur plein de petits autels.

Je mets de l'essence mais nouvelle contrariété, je ne sais pas si soudain les phares ne marchent plus (c'était ok ce matin) ou si je ne sais plus comment on fait, ce qui est aussi fort possible (pourtant je pense qu'il faut bien appuyer sur le bouton avec le dessin du phare?!). Comme il commence à faire nuit et que je n'ai pas encore envie de me faire arrêter, je fonce. Tant pis pour ce temple hindou illuminé que j'aurais bien aimé visiter, j'en ai déjà vu plein. Tout se passe bien, proche de l'hostel il y a un barrage de police, je passe, je crois qu'ils me disent "hey" mais je ne m'arrête pas. Je fonce jusqu'à l'hostel sans me retourner. Je suis saine et sauve.

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Ce matin au petit déjeuner, j'ai croisé un Anglais qui était probablement Asperger. Même dans une autre langue, j'arrive à les repérer maintenant, je ne sais pas si je progresse en psychologie, en anglais, ou les deux.

Il serait peut-être temps d'aller visiter ce fameux Temple de la Dent, ce serait bête de le rater (bien qu'Ali et les autres aient osé faire l'impasse dessus et feront semblant d'y être allés). Une petite marche de deux kilomètres au bord du lac et me voici arrivée aux comptoirs. Ils sont exigeants ici, ce sont des machines automatiques qui veulent qu'on fasse l'appoint. 1500 Rs (7,5€), le prix d'un paquet de cigarettes.

Le temple contient la relique la plus importante du Sri Lanka: on s'en doute vu le nom, c'est une dent de Bouddha. Mais elle a de particulier que quiconque la détient peut proclamer sa souveraineté sur le pays. Elle attire donc bien des convoitises. Dès le départ, cette dent aurait été volée dans les cendres de Bouddha après sa crémation et introduite au Sri Lanka cachée dans les cheveux de la princesse Hemamali, au 4e siècle après JC. Elle se trouvait alors à Anuradhapura, mais a changé de place au gré de l'histoire srilankaise et a fini à Kandy. Elle a même fait un tour en Inde avant d'être ramenée. Les Portugais ont tenté de la brûler, mais les cinghalais l'avaient en fait remplacée par une réplique. Aujourd'hui encore il est possible que la vraie dent soit dans un endroit tenu secret. Le temple a été la cible d'une attaque terroriste en 1998 par les Tamouls, qui dominent le nord de l'île. J'en dirai probablement plus sur l'époque contemporaine cinghalaise dans un prochain article, un qui sera plus court, probablement Trincomalee.

Sachant cela, je pénètre dans ce lieu hautement sacré. Il y a des drapeaux partout, des gravures sur bois peintes, des dorures, des défenses d'éléphants ... Le temple apparaît assez moderne, je ne sais pas si c'est dû à sa reconstruction ou pas. Il y a deux chambres fortes, et je pense que vu le monde qu'il y a à celle du premier étage, la Dent se trouve là. Et celle du dessous, et bien ... je ne sais pas trop. Un moine entrouve la porte, je vois des chandeliers dorés et des défenses, encore. Ça ne m'avance pas à grand chose. Dans un autre bâtiment du temple, il y a un grand hall avec beaucoup de Bouddhas, donnés par les autres pays bouddhistes tels que le Japon, la Birmanie, mais surtout la Thaïlande qui s'est donc débrouillé pour que ce hall ait un style de temple thaïlandais. Et dans un coin sont entassés les habits de Perahera des éléphants. Et bien, ça pue, comme quand un cheval pue mais en 10 fois plus fort. Je monte au musée, dans lequel je ne peux pas prendre de photos, je vais donc décrire rapidement. Il y a d'anciens habits du 14e siècle, des pièces de monnaie, d'anciennes peintures, des gongs, des photos de l'attentat, des statues (il y en a un qui louche, je regrette de ne pas pouvoir prendre de clichés) mais surtout deux magnifiques défenses sculptées, offertes par le roi Birman au roi de Kandy. Elles sont très finement ciselées, avec une quarantaine de Bouddhas gravés à elles deux, en relief, comme s'il s'était agit d'un mélange entre le fer forgé et la dentelle. Avant de quitter le temple, je passe rapidement au musée archéologique qui ne me fascine pas spécialement.

Il est situé dans le Palais Royal, soit le Raja Wasala, construit dans le même complexe que le temple. Il a été construit vers la fin du 15e siècle par le roi Sennasamatha Wikramahabu et a été la demeure de la royauté jusqu'au dernier roi de Kandy.

Le lac de Kandy est artificiel, c'est un roi qui l'a fait créer. Apparemment il aurait fait exécuter tous les seigneurs qui étaient contre et aurait fait balancer leurs cadavres dedans. Hummm.

Je récupère mes chaussures qui prennent de sacrées vacances tant je me promène pieds nus ou en chaussettes dans les complexes religieux, mais à un moment donné je n'ai pas envie de marcher dans la bouse d'éléphant en chaussettes, et je vais visiter le petit square où se trouvent les devalas des protecteurs de la dent, à savoir Vishnu, Pattini (chasteté), Murugan (guerre) et Natha (compassion). Il y a quelques éléphants qui se font préparer pour le dernier défilé de cet après-midi.

Ces éléphants, je les vois aussi passer dans les rues de la ville, pour rejoindre le point de départ de la parade de Water Cutting qui marque la fin de la Perahera. Beaucoup de monde s'est déjà installé sur les trottoirs sur sa route.

Après un repas indien, je trouve une place à l'ombre. Il y a beaucoup moins de monde que lors des nocturnes, c'est bien plus agréable. Les éléphants défilent, les danseurs, certains maquillés et déguisés en paon et soudain arrivent des gens avec des crochets dans le dos qui se font tirer par d'autres, outch, c'est impressionnant! Donc cette parade ci aura vu des drags queens et des sadomasochistes, bien. Pour la première fois je vois aussi défiler des femmes, c'est rare! Je crois que cela finissait à 17h avec les gens qui sautent dans le lac de Kandy, mais je me sens trop fatiguée pour rester, et je retourne à l'hostel.

Super! Des photos de jour !! 

Pas une goutte de pluie aujourd'hui, bien que la Perahera ait aussi pour but de l'attirer pour les récoltes, il fait donc bon et j'ai enfin l'occasion de profiter un peu de la piscine. Je prends ensuite un tuktuk pour me rendre dans un autre hébergement sur Kandy: Nelum Nikhetana où je vais aussi faire une retraite ayurvédique, d'un jour seulement. Mais dans la jungle cette fois-ci!

L'endroit a beau n'être pas si loin de la ville, on se croirait en pleine rainforest. C'est magnifique. J'ai une très jolie chambre confortable et au vu des bruits sur le toit, je pense qu'un singe s'u balade.Nadine, l'Allemande d'Ella, voulait m'y rejoindre mais l'état de son genou en a décidé autrement. Pas grave, je suis plutôt fatiguée et ne me sens pas de parler toute la soirée à quelqu'un. Pour le dîner, un rice and curry comme souvent. Avec du poulet, je trouve qu'il est très bon au Sri Lanka. Et bonne nouvelle, je parviens à avoir de l'eau chaude pour la douche. Le luxe, quoi.

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La journée commence avec un "Herbal Tea" à 7h30 du matin. En lisant ça, je m'attendais à une infusion. Et bien non, c'est un jus d'herbe. Oui oui. Enfin, je ne sais pas de quelle herbe par contre, mais on dirait bien du gazon. Et on dirait bien que c'est diurétique aussi. Et ce n'est pas bon. Allez, pour la DÉTOX!

Peu après a lieu mon premier cours de yoga de la journée. Il s'agit d'Hatha Yoga, et c'est difficile. Je crois aussi que la prof essaye de me pousser au maximum de mes limites, mais en plus de ça je me sens trop fatiguée pour tenir correctement sur mes bras. Je ne connaissais pas la position où on appuie tout le poids sur le sommet du crâne, cependant ... elle veut que j'essayer de lever les deux genous du sol comme un mini poirier. Quelle idée. Cependant, le cours passe vite. Je prends un fabuleux petit déjeuner car pour la première fois depuis le début du voyage, il y a du yaourt, une espèce de pâte dans une feuille de bananier, des toasts et du jus de papaye.

Et maintenant, il est temps de passer aux choses sérieuses: les massages. Je suis contente d'avoir quand même décidé d'en faire ici car je vais vite m'apercevoir qu'ils sont bien différents de ceux d'Underneath the Mango Tree, ce qui me permet d'avoir différentes expériences ayurvédiques. Je parle un peu avec la docteure, je la renseigne sur mon type Pittah/Vata, mais elle ne me pose pas beaucoup de questions. Elle commence avec un massage de la tête, où elle appuie plus fort que ce que j'ai connu, à des points stratégiques; elle frictionne aussi mon cuir chevelu. Les épaules sont rapides, je m'installe sur la table pour un massage de tout le corps. Il me semble qu'elle stimule moins le système lymphatique, mais une fois une zone terminée, elle presse un petit sac contenant des herbes sur toute la peau, ressemblant à celui de ma photo de couverture. Puis je m'installe sur une autre table, au dessus de laquelle pend un petit pot d'où sort une mèche. Il s'en écoule de l'huile goutte à goutte sur mon front et mes cheveux, quelle mauvaise idée de les avoir lavés hier. Pour la suite, je m'installe dans le sauna, qui est une grosse caisse de bois dont seule ma tête dépasse. La température n'est pas chaude au début mais grimpe au fur et à mesure ... je commence à m'endormir, est-ce donc cela que ressent le riz cuit à la vapeur dans un cooker? Je sursaute quand elle me dit de remettre ma serviette et ouvre la boîte, j'étais si relaxée! Je titube un peu en sortant.

Après le déjeuner où j'ai goûté des monbins (ça a un goût de patate douce très filandreuse mais c'est fort bon), j'ai maintenant droit à des soins pour le visage. D'abord elle m'applique une crème de lotus, puis un masque grumeleux, et enfin de l'aloe vera à même la plante, on ne peut plus naturel.

Un peu de repos, des oil cakes pour le goûter (ça ne fait pas très envie dit comme ça), puis c'est reparti pour une session de yoga. Forte de mon échauffement de ce matin, je me sens un peu plus souple et parvient mieux à faire les positions, un peu différentes de celles du matin. Puis, c'est l'heure de la méditation en pleine conscience, avec le propriétaire qui parle français. Il a habité à Montpellier et sa femme a étudié à Paul Valéry! Ils logeaient à Vert Bois! Décidément à chaque voyage, j'entends parler de Montpellier! Il y a un couple de français alsaciens pour cette session. Malheureusement il s'est mis à pleuvoir, pour changer, et le bruit de la pluie qui tombe sur le toit m'empêche de bien suivre la séance. J'entends tout de même quelques bribes, mais au lieu de rester dans le moment présent, mes pensées s'envolent vers un projet d'atelier à la rentrée, mêlant méditation et relaxation. Comment pourrais-je l'appeler, méditaxion? Ben non. Méditalaxation? Médaxation?

Malheureusement, les Français ne sont pas logés ici mais dans l'autre maison du propriétaire, dommage car nous avons les mêmes plans pour la suite jusqu'à Trincomalee. Peut-être les recroiserai-je demain. L'autre homme qui s'occupe de moi m'a fait du dhal, je suis un peu gênée de n'en manger que la moitié mais vraiment, les lentilles, c'est pas mon truc. Il m'a aussi amené des string hoppers: génial, des nouilles! Enfin ... des nouilles de riz, faut pas déconner.

La journée est passée à toute vitesse, bien plus rapide que ce à quoi je m'attendais. Je me dis que j'ai bien aimé Kandy et son coté ultraculturel, mais que quand même, c'est un peu la Bretagne du Sri Lanka et il me tarde de retrouver des températures plus chaudes. Histoire d'éviter d'attraper un rhume.

17
août

Donc ça commence bien, je demande à aller à la "bus station" au tuktuk et il m'emmène à la gare, et essaye de m'arnaquer par dessus le marché. Je ne me laisse pas faire et encore, quand je lui dis que c'est bien payé, il rigole. Écoute, soit content et on n'en parle plus. Je dois me débrouiller pour un bus qui va juste après Dambulla. J'en trouve un qui se rend à Buddhayaya, quel nom sympathique. Nous sommes pris dans les bouchons de Kandy, puis à sa sortie, dans des travaux. Ça ne sera jamais pire que ce que j'ai enduré au Laos ... Le chauffeur est un peu trop nerveux et tout le monde se trouve ballotté de gauche à droite et vice-versa, c'était un peu violent pour cet homme qui s'endormait et qui soudain a été projeté sur la droite. Il arrive même qu'un bagage se retrouve sur la dernière marche du bus avant d'être rattrapé à temps. Prendre le bus au Sri Lanka, ça demande aussi d'être gainée dans les virages. Moi, soit je me contracte, soit je m'accroche à la fenêtre l'air de rien.

J'arrive à Inamaluwa, qui est située stratégiquement à la jonction vers Sigiriya. Je marche cinq minutes sur une piste avant d'arriver à l'hostel en plein milieu de nulle part. Le déjeuner est passé, mais je peux trouver un petit restaurant sur la route, avec des gens qui me servent un fried rice avec du poulet. Une fois rassasiée, j'attends le bon bus qui me mènera aux grottes de Dambulla. J'en prends un qui m'affirme y aller, mais en fait il s'arrête à la gare routière. Un peu blasée, ce que je fais remarquer un peu dramatiquement car c'est drôle ("why did you lie to me! I trusted you!" Dommage, il reste insensible), je fais donc 2,5 km à pied, en plein dans les pots d'échappement. Je vois au loin le gros rocher qui accueille les grottes, il est vraiment immense, il va falloir monter tout en haut ... ?

Au final il ne me faut que 20 minutes pour y arriver, n'en déplaise à tous ces tuktuks que j'ai blasés. À l'entrée du site se dresse le Golden temple, qui abrite un musée et qui est affreusement kitsch vu de l'extérieur. Je décide de partir directement vers les grottes. Elles sont bel et bien situées dans un gros rocher, un très gros rocher, très haut. Il faut donc faire une petite grimpette. Déjà, je souffle et souffre un peu. En me retournant, j'ai la joie d'apercevoir le fameux Rocher du Lion que j'irai visiter plus tard, et m'aperçois qu'il y a plusieurs rochers qui semblent sortir de nulle part dans cette région. Je continue mon ascension mais quand je pense être arrivée, il faut que je redescende de l'autre côté pour acheter des tickets. Bon. Je me retape plusieurs centaines de marches, le sang me monte à la tête, mes jambes sont douloureuses du yoga d'hier. Mais je parviens au sommet.

Ces grottes, perchées à 160m du sol, ont été investies il y a très longtemps, au premier siècle après JC. Elles étaient au départ un monastère qui n'a cessé de s'embellir au fil du temps. C'est le roi Valagamba d'Anuradhapura qui en est à l'origine, alors qu'il avait été chassé de sa capitale par les usurpateurs indiens. Lors de sa reconquête, il a voulu remercier Bouddha. Avec tous les ajouts qui ont été faits ultérieurement, il y a 153 statues en tout! Certaines représentent les rois et les bodhisattvas, et parmi eux Nissanka Malla, roi de Polonnaruwa dont nous parlerons plus tard, pour comprendre que c'est assez rigolo qu'il y ait aussi importé 50 statues.

J'entre dans la première grotte, oui, c'est pas mal. J'entre dans la seconde et wahou! C'est surprenant. La paroi est entièrement couverte de peintures mais ce qui me fascine c'est qu'elles épousent les formes de la roche. Cela donne certaines déformations mais c'est fascinant. Il y a même un petit stupa à l'intérieur. Et pléthore de statues de Bouddha. Je me demande comment ces peintures survivent, surtout au niveau de l'humidité, ont-ils mis un enduit dessus? Comment ça se fait que ça ne goutte pas plus? Il y a bien quelques endroits ébréchés cependant, et un vase pour recueillir l'eau qui tombe, mais en un seul endroit. La troisième grotte est plus petite mais mieux éclairée. La quatrième est en rénovation et la cinquième n'est pas aussi extraordinaire si ce n'est qu'il y a du bleu dans les peintures. Je retourne traîner dans la seconde et en refait le tour plusieurs fois, pour graver ces images dans ma mémoire.

Les déformations de la paroi!
Papa Bouddha, Maman Bouddha, les enfants Bouddhas ...

L'orage gronde, je ferais mieux de redescendre si je ne veux pas attendre le bus sous la pluie. Il arrive assez vite et il va dans la direction qu'il faut. Par contre je dois rester debout et vu la conduite du chauffeur il faut un sacré équilibre. J'ai failli me casser le dos et tomber sur des gens. Quand je descends, il pluviote et je n'ai pas mon parapluie. Je rentre à l'hostel pour faire connaissance avec tout le monde: des Américains, des Néerlandais pour changer ... Craig qui est Ecossais et qui fait du volontariat ici. Nous faisons un beer pong ensemble et nous gagnons 2 fois d'affilée, de peu. Enfin, Craig gagne, moi j'ai bien perdu l'habitude. J'ai bu trop de bière et je vais avoir une petite gueule de bois demain, donc on ne va pas prévoir le Rocher du Lion tout de suite ...

• • •

En effet, gravir aujourd'hui un rocher de 200m de haut, ce n'est pas une bonne idée. Je choisis donc de ne pas faire trop sportif aujourd'hui, et me met en quête de louer un scooter pour me rendre à Polonnaruwa. Malheureusement, aucun ne daigne venir jusqu'à l'hostel, ce qui est plutôt embêtant car je dois me rendre à Sigiriya pour cela. Et j'attends longuement, longuement le bus ... tout ça pour 1) me faire traiter de nangi, l'air de rien. Nangi signifie "petite soeur" à la base mais c'est l'équivalent d'appeler un garçon "daddy" pendant le sexe. D'ailleurs, quand ce gars me dit "nangi where are you going?", je le regarde avec des yeux ronds. En plus, les gens à côté de lui, dont des filles, se mettent à pouffer. "Tu m'as appelée nangi?", je prends les gens à parti. "Ça ne voudrait pas dire salope?". Les rires se font gênés. Ça alors, une blanche qui connaît ce mot, ben mince alors. En plus le type me fait signe de le suivre pour que je loue un scooter. Plutôt crever, bye, nangi yourself. Et 2) me retrouver en pleine campagne, impossible de trouver un endroit où louer, enfin si mais plus de scooter disponible. Me revoilà à marcher en sens inverse pendant 2 km ... enfin, je tombe sur des tuktukeurs, et l'un d'eux m'emmène dans son magasin de location. Il me montre un magnifique scooter, à inspecter. Fausse joie, il s'est trompé, celui là n'a même pas de plaque d'immatriculation. J'hérite d'un autre qui semble plus pourri. Bon, pas le choix. Au moins il roule. Au départ il veut me le louer pour "la journée" à 2000, ouu sauf qu'avec tout ça il est 13h. Je négocie pour le louer à 1800 pendant 24 heures. "On fait pas comme ça ici". Oui, enfin, partout ailleurs c'est comme ça. Deux demi-journées = une journée. Ok, deal. Ils me fatiguent, des fois ... Il demande à voir mon permis. Hum, tout ça pour s'arrêter là? Je lui montre avec autant de confiance que possible. "Ok, t'as bien un permis, tout va bien". Ah, euh, oui, bon, cool.

J'élance la bête en direction du Rocher du Lion. Il fait (enfin) un temps magnifique, et il est vraiment très imposant. Un bon temps pour motorbiker. Je prends la route qui passe à l'est du site, dans la jungle. Je suis presque seule, c'est génial. Je fais des pointes à 70 km/h (et là les motards se moqueront de moi, mais peu importe). Je rejoins une grande route, passe un barrage policier tranquillement, et me tiens prête pour 40 km. Par contre, croiser un éléphant qui se promène, j'étais moins prête, mais ça sonne plus compliqué que ça ne l'est en réalité, le pachyderme est plutôt aisé à contourner. Le vent claque contre mon visage, cette sensation de liberté ... ça vaut tellement le coup. Enfin, me voici à Polonnaruwa. Mes mains tremblent à cause des vibrations du scooter, je n'ai pas mangé, seulement le petit déjeuner de ce matin. Peut être devrais-je chercher un endroit et ... Oh c'est là qu'on prend les billets pour les ruines, mince, je dois ...

Déraper sur du sable sur la route. Vous savez, ce moment qui fait comme un arrêt sur image et qui en même temps passe en une fraction de seconde. C'est le temps de me dire "oh non" avant de m'éclater le bras sur la chaussée. Tout le monde autour semble un peu paniqué, que des hommes d'ailleurs, et moi je me dis juste "mais putain", d'ailleurs je n'arrête pas de dire "fuck, I'm ok but fuck!". Je pense surtout à comment il pourra m'arnaquer si le scooter a des rayures, ce qu'il a, bien entendu. Comme moi. Je me suis affreusement rapée au dessous du coude, et j'ai des griffures, tout du côté gauche. Mais dans tout ça j'ai quand même une chance incroyable, pour relativiser: la blessure est moche, elle pique, mais elle semble superficielle. Les autres ressemblent plus à des griffures de chat qu'autre chose. Juste une toute petite égratignure sur le genou, ce qui est le plus important, petite pensée pour Nadine. Rien sur la figure, je ne me suis pas mordu la lèvre comme au Laos, je n'ai rien de cassé. Parce que quand même, je n'allais pas vite, j'avais bien freiné. Mais ce scooter, je ne le sentais pas aussi bien que celui de Kandy. Il avait ... oh, une mauvaise adhérence. Laissez moi revoir les pneus ... ah ... j'aurais dû mieux vérifier. Ils sont lisses. Ça explique tout, enfin, une grande partie de ce dérapage, disons. Ça aurait pu être différent avec d'autres pneus. Ah, des policiers arrivent. Ce serait bête qu'ils me demandent mon permis. Non, ils me laissent tranquille. Promis cette année, je passe mon équivalence scooter A1. Bon, je vais enfin aller acheter ces tickets, et mettre de l'eau sur la blessure. Mais mes sparadraps ne sont pas assez grands pour ça ... un homme me propose d'aller dans la guesthouse de sa mère pour qu'elle m'aide. C'est une plutôt bonne idée, cette dame est gentille, elle a un peu de Bétadine et un bandage, probablement pas stérile mais ça fera l'affaire, comment font les gens qui doivent survivre en milieu hostile, hein? On dirait une blessure de guerre. Qui brûle.

On ne va pas y passer la journée. Je vais visiter le musée archéologique de la ville. Malheureusement, je ne peux pas prendre de photos ... même pas les panneaux explicatifs malgré mes tentatives de négociation et de "vous pouvez me surveiller si vous voulez, je ne prends que ça, et pas les ... ça" (l'accident a un peu endommagé temporairement mes capacités en anglais, semblerait-il). C'est quand même un non catégorique. Je me contente donc de me souvenir d'énièmes statues rongées par le temps, je n'ai pas la force de retenir tout ce qui est écrit, et j'aime bien les petites statues de bronze hindoues. C'est bien parce qu'il est compris dans le prix du billet.

J'ai toujours mon guide pour des explications, cela dit. Polonnaruwa a été la capitale des Cholas et des Cinghalais pendant trois siècles, et ce il y a 1 000 ans. Les Cholas sont une dynastie sud-indienne, qui ont conquis la capitale de l'époque Anuradhapura au 10e siècle. Polonnaruwa était stratégiquement mieux placée pour mater les rébellions des Ruhunus cinghalais au sud est. Elle a quand même fini par être reprise par le roi cinghalais Vijayabahu Ier en 1070 mais est restée capitale. Cela marque le début de son apogée. Nouveaux bâtiments, nouveaux jardins, nouveau réservoir ... Son successeur, Nissanka Malla, a voulu faire encore mieux pour l'égaler mais il en a résulté une faillite du royaume. Vers le 13e siècle, la capitale a finalement décliné, étant maintenant menacée par les invasions indiennes, et a fini par être abandonnée au profit de la côte ouest du pays. Cela dit, oui, maintenant, ce sont de belles ruines. Vous remarquerez que dans mon parcours, je remonte le temps, finissant à Anuradhapura, là où tout a commencé ou presque.

Finalement, comme je n'ai plus très faim pour un repas chaud, je me contente d'une glace chimique en arrivant sur le site. Au moins un peu de sucre dans le système ne peut pas faire de mal. Vers le musée, on peut trouver la tombe de Nissanka Malla, son ancien Palais Royal, son Conseil ... C'est très tranquille car il ne reste que les bases donc ce ne sont pas les ruines les plus impressionnantes du site, bien qu'au bord du lac, "tout ça pour ça" dirons-nous. Dans 100 ans, peut-être ne restera-t-il rien du mur de Trump, voire bien avant. Les autres sont situées un peu en amont, de l'autre côté de la route. Allons-y.

Il y a un Palais Royal qui date de Parakramabahu, c'est bien de retranscrire son nom mais je peux juste dire qu'il a probablement régné après Nissanka Malla, en toute logique. Il avait 4 étages en bois, seules sont restées les fondations en briques. Le hall d'audience est intéressant lui aussi, sur la fresque les éléphants ne sont jamais dans la même position. Il attire l'oeil autant que le Palais, au milieu de ces carrés de briques.

Pour l'instant, la visite est quand même agréable, malgré la douleur. Il fait chaud mais il y a beaucoup d'arbres qui rafraîchissent le site. Je réenjambe mon scooter pour monter vers le Quadrilatère Sacré. C'est le bijou de Polonnaruwa. Je me fais encore alpaguer par plein de vendeurs, je chipote sur le prix d'une bouteille d'eau, oui mais le prix était marqué dessus, hein! J'ai le droit. Et puis j'ai juste demandé "pourquoi c'est 100 Rs alors qu'il y a marqué 70", voilà. Donc, j'entre enfin au coeur de la culture, sous un chaud soleil de fin d'après-midi.

Dans l'ordre où je les ai visités: le Vatadage, sur toutes les photos touristiques. C'est un grand temple tout rond, avec des fresques gravées, des statues de Bouddha. Quand je m'y rends, il y a des touristes religieux chinois, qui chantent une chanson, probablement religieuse du coup. À côté, il y a des sculptures qui semblent assez surréalistes ... leur nom est Lantha-Mandayapa et apparemment, c'est censé ressembler à une barrière. Je ne vois pas trop l'intérêt, Nissanka Malla se mettait là pour écouter des chants bouddhistes. Une autre structure intéressante est l'Hatadage, un autre temple dont la fonction était de garder la Dent (la revoilà!) pendant son séjour ici. C'est un beau bâtiment qui aurait été construit en seulement 60 jours! À sa droite il y a une longue, très longue pierre, avec la plus longue inscription du Sri Lanka, nommée Gal Pota (livre de pierre). Vous l'aurez deviné, elle parle de Nissanka Malla, le roi apparemment complexé qui avait besoin de bâtir de grandes choses. L'inscription vante ses louanges mais dit qu'elle a été réalisée à Mihintale, proche d'Anuradhapura. Et pour finir, il y a une pyramide à degrés qui rappelle un peu l'architecture maya quand on la voit mais qui est en fait typique de Chiang Mai, Satmahal Praseda.

Je continue ma route vers le nord et avoir un scooter même avec des pneus lisses, c'est quand même chouette pour tout visiter et moins fatigant qu'une bicyclette sous cette chaleur, même s'il y a des gens motivés. J'arrive maintenant vers de nouveaux lieux, et là je suis impressionnée par le dagoba de Rankot Vihara ... il est IMMENSE. 54 mètres de haut. Et ce n'est que le quatrième plus grand de l'île. Mince, j'ai raté des choses, sauf peut être à Anuradhapura, on verra. Il se fait un peu tard, la fatigue arrive, alors je ne fais que le voir de loin. Il y en a aussi un blanc qui s'appelle aussi Lankatilaka. De loin, j'entends des chants, ah, les Chinois sont là. C'est chouette, ça met de l'animation.

Le monument le plus important de cette aire est Gal Vihara, le monastère érigé par Parakramabahu. Il y a de très belles statues et de belles gravures autour. Du monde aussi, beaucoup de monde. Et il est 17h30 passées et j'ai encore une heure de route. Je zappe l'étang à lotus où l'on accède par une route de graviers, ah non, mauvaise idée.

Il est temps de dire au revoir aux ruines, je pense. J'en ai vu des pires, j'en ai vu des mieux (bon en même temps, Angkor ...). Je vais bizarrement un peu moins vite qu'à l'aller, pourtant je devrais vu que la nuit va tomber, que je n'ai pas de visière à mon casque et qu'usuellement, je garde toujours mes lunettes de soleil pour ne pas pleurer ou surtout me prendre des choses dans les yeux, comme des cailloux ou des insectes. À mi-chemin le crépuscule tombe. J'arrive enfin à mettre les phares, en me concentrant deux minutes, oui le souci venait bien de moi, donc. Vraiment, ce permis, il serait utile ... Je recroise un éléphant, qui mène sa vie l'air de rien. La nuit tombe, je ne vois rien, il reste 20km. Bon au moins je vois les phares ... pas très confortable avec cette situation, je fonce quand la route me le permet. Et j'arrive à l'hostel, demande un bandage, remet de la Bétadine, et raconte mon histoire.

Les autres étaient partis faire un safari à Kaudulla, ils ont vu une centaine d'éléphants en liberté. Moi, c'était en option. Je prévoyais de le faire le jour suivant mais en fait personne n'était motivé, et moi tout seule non ... bon, pas grave, j'en ai vu plein, on va économiser un peu. Par contre Brum me raconte comment le chauffeur a sauvé un oiseau qu'il avait percuté, il lui avait confié, il l'avait caressé, ils s'entendaient bien ... quand soudain un bus est passé, l'oiseau a eu peur, il s'est mis à voler partout dans la Jeep, a réatterri sur la chaussée ... le guide est descendu, a fait de grands gestes pour que les gens l'évitent, mais en vain, un gars en scooter lui a écrasé la tête. Ils ont pris le temps de récupérer ce qu'il restait, de lui faire de petites funérailles sur la route, ah, cruel destin. La soirée est beaucoup plus tranquille, et nous nous couchons tôt sans grosse fête ce soir. C'est certainement mieux comme ça, surtout que demain, de gros efforts m'attendent. Je redoute la douche qui m'arrache un peu le bras, mais je survis grâce au savon antibactérien de Carine.

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Le premier effort est de trouver un garage pour refaire la peinture du scooter. Je trouve au bout du deuxième essai seulement. Je lui demande de ne faire que le blanc, ça se voit plus que le rouge. Ça prend une heure ... je m'impatiente, je dois rendre ce putain de scooter à 13h, après avoir grimpé le Rocher du Lion. Surtout que je n'ai pas mis de pansement sur la blessure pour qu'elle sèche et je m'aperçois que même si c'est le cas, des moucherons se précipitent dessus. Le seul choix que j'ai si je ne veux pas en permanence souffler dessus, c'est de mettre mon masque pour les yeux pour la protéger. Ce n'est pas très hygiénique, mais vu sa tête, elle a passé le stade de l'infection. Et puis, comment font les gens qui doivent survivre dans des conditions dramatiques, hein? Je regarde le garagiste mettre le scotch, passer la sous couche, puis plusieurs couches de peinture, puis la laque ... je suis quand même nerveuse. Il me fallait bien une galère, non? En plus il me dit que ça coûtera finalement 3000 au lieu de 200. Ouais, on ne me la fait pas à moi. Je me dis que je vais un peu surjouer le stress, pour que ça penche en ma faveur. Enfin, c'est fini. Je me montre quand même ferme, donne 200, remercie et m'en vais. Voilà. Comme neuf.

Du coup, je m'en sers pour me rendre au Rocher du Lion de Sigiriya. En étant ultra prudente dès que je vois de la terre sur la route. Je me rends jusqu'au site. Je regarde l'heure: 11h. Je regarde le Rocher de 200m de haut: allez, on y croit. Je zappe le musée archéologique, je speede un peu à travers les jardins royaux en ruine pour atteindre le rocher. De toute manière, j'ai déjà vu des ruines hier. Je grimpe les escaliers, grimpe, grimpe, grimpe, je souffle fort mais ça va. Le fond de l'air est chaud mais il y a un petit vent rafraîchissant, ça aide. Des escaliers en colimaçon montent jusqu'à un petit renfoncement où des fresques, qu'on ne peut pas prendre en photo, sont peintes sur la roche. Elles représentent des femmes à moitié nues, à la taille de guêpe mais aux seins comme des melons. Vraiment. On dirait de la chirurgie esthétique. Ce sont des apsaras, autrement dit des muses. Mais il faut redescendre et avec tout ce monde, ça bloque un peu. Un passage longe la roche et arrive sur un palier naturel du Rocher. Là, il y a un dernier escalier qui permet de monter au sommet, encadré par deux célèbres pattes de lion. Impressionnant! Un dernier effort et ouf, me voilà au sommet! En seulement une heure en tout. La vue est incroyable, à 360 degrés sur les plaines srilankaises et les petites montagnes qui se dressent, probablement d'anciens volcans, comme ce Rocher qui s'est érodé d'ailleurs. Pour une fois, je suis contente de moi.

Le mystère plane toujours sur les ruines qui se trouvent sur le plateau formé par le Rocher: certains s'accordent à dire qu'il s'agissait d'une forteresse, d'autres d'un monastère (mais avec des moines coquins, cf les peintures, alors). Les locaux y préfèrent la légende de la forteresse, elle en jette bien plus.

Malheureusement, avec ce scooter à rendre à 13h, je ne peux pas rester très longtemps, et redescends au bout de 20 minutes. Je dois aussi passer outre des graffitis antiques dans une grotte, du style "j'adore les femmes qui portent des dorures sur leurs seins" ou des choses dans le genre. Je reprends la route, j'ai du mal à retrouver l'endroit, heureusement je me souviens qu'il m'a laissé une carte. Je suis déjà passée devant. Pas grave, un dernier tour à pleine vitesse pour le fun ... je finis par le rendre, c'est une dame cette fois-ci, qui inspecte le scooter et remarque mon coude tout rapé. Je ne lui parle pas de l'accident, je ne sais pas si elle fait le lien, probablement. Mais elle n'a rien à dire vu que la peinture est toute belle.

Pour le midi, j'aurais eu envie d'un burger. Mais même si le restaurant clamait en faire, pas aujourd'hui. Je me rabats sur des macaronis aux crevettes, ça a l'air bon mais à l'arrivée, le plat n'a rien à voir avec la photo. Bof. C'est bête car 20 mètres plus loin, il y avait un vrai restaurant de burgers, que je n'avais pas vu. Bon, ça attendra demain à Trincomalee. Il me tarde. Je rentre à l'hostel, il n'y a que Carine. Un peu de repos, un peu d'écriture, c'est bien aussi. Vers 17h nous faisons la connaissance de Bobby, un jeune Bulgare. Nous partons faire un tour dans les rizières autour de l'hostel, pour le coucher du soleil. Les couleurs du ciel sont magnifiques, je suis contente de voir enfin un coucher digne de ce nom. Deux chiens ont décidé de nous suivre, mais Bobby veut trouver un autre point de vue et se sépare de nous, ils préfèrent le suivre. Sur le retour, comme la nuit tombe, Carine hurle: elle a fait connaissance avec les chauves-souris srilankaises. Nous sommes mortes de rire, elles sont vraiment impressionnantes!

Soirée tranquille, à parler de nos pays respectifs. J'apprends que les Pays-Bas pensent à légaliser les drogues dures aussi. Et que la Bulgarie a beau avoir des universités pourries, les enfants ont des cours de robotique avec des Lego. Génial!

20
août

(Avant toute chose, sachez que même si c'est un endroit sympa, c'est probablement l'étape que j'aime le moins. L'article sera court mais parlera un peu de hors sujet sur le Sri Lanka en général).

Carine et moi disons au revoir à notre grenouille de la salle de bain, et nous nous en allons prendre le bus pour Trincomalee. Il en passe souvent mais celui dans lequel nous montons est bien plein ... J'essaye tant bien que mal de m'asseoir sur une rambarde. Puis, sur l'endroit où l'on met les sacs à l'avant, ce qui aurait été bien s'il ne devenait pas brûlant au bout d'un moment, avec la chaleur du moteur. Carine a trouvé une place assise, elle. Au bout d'une heure, un homme descend, mais ... depuis le début, je vois cette petite mamie qui se tient debout, stoïquement, et du coup j'ai un peu honte. Je lui cède cette place. Il va falloir encore un peu de patience, mais une demi-heure plus tard, je peux enfin me poser un peu, bien qu'il ne reste que 20km, c'est déjà ça. Nous arrivons à la gare routière et prenons un tuktuk pour le Wanderers Hostel. Première déception: la piscine est vide, car le filtre est cassé. Dommage car avec mon bras, j'aurais préféré quelque chose de moins salé que l'océan.

Nous filons manger un burger au Fernando's Bar, ils sont réputés ... mais pour moi pas à la hauteur de leur réputation, dommage pour quelqu'un qui en rêvait depuis 3 jours. Nous retournons à l'hostel et nous séparons en deux groupes: ceux qui vont à la plage de Nilaveli et ceux qui vont au bord du lac à crocodiles pour boire et faire la fête. Je rencontre alors Jenny, une Allemande qui a vécu deux ans à Perpignan pour son Erasmus! Je suis contente d'enfin pouvoir parler français, un peu plus longtemps que d'habitude. Je choisis donc de la suivre ainsi que tous les autres pour la soirée beuverie. Au départ l'ambiance était chouette, il était impressionnant de voir les poissons sauter hors du lac et les crocodiles les attraper! Ils sont moins flemmards que ceux de Yala, c'est sûr. Les garçons ont ensuite allumé un feu pour tenter de faire griller du maïs ... qui a trop grillé mais dans cette histoire, ils ont fait disparaître deux mètres carrés de végétation. Ils n'ont pas peur ... La soirée se passe, mais ce n'est quand même pas la meilleure soirée que j'aie passée, du fait d'un certain ennui au bout d'un moment, et de tentatives de le faire passer avec trop d'alcool. Mauvaise idée, foirage complet. Mais parfois, on aimerait s'amuser, profiter, aimer là où on est mais non, rien à faire à ce moment là.

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Il me faut pas mal de temps pour m'en remettre, et je ne bouge qu'à partir de 14h30 pour rejoindre Carine, Dennis (Allemand), Kim et Elles (Néerlandaises, pour changer). Au programme, pas grand chose de constructif: la plage, les jeux de cartes (encore le Yani!) ... nous restons jusqu'à ce que la nuit tombe. Il y a énormément de bateaux qui stationnent face au port de Trincomalee, des pétroliers comme des bateaux de pêcheurs: on dirait qu'il y a une ville sur l'eau. Apparemment, les pétroliers peuvent stationner plusieurs jours là avant d'accoster au Sri Lanka car ils attendent que le prix de l'essence monte pour débarquer et vendre.

Nous allons ensuite manger un bon rice and curry sous forme de buffet. Vraiment délicieux! C'est ce qu'il m'arrive à chaque fois, j'en ai marre de la nourriture locale mais une fois que j'y suis, je trouve ça bon. Mais celui ci est peut être le meilleur rice and curry que j'aie mangé, pour preuve, j'ai même englouti du chou-fleur. Après la douche, nous retournons pour boire un verre au Fernando's, et danser. Me croiriez-vous si je vous disais que pour une fois, je me suis tenue à ne pas boire d'alcool malgré la tentation? C'est parce que demain, je vais faire du snorkelling, ce serait bête d'avoir encore envie de vomir. Pendant la soirée, j'ai bien trop chaud, et fonce dans l'océan pour un bain de minuit.

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Ai-je mentionné que la mer est souvent d'huile à Trincomalee? Et bien, pas aujourd'hui. Il fait gris, il y a du vent, et pourtant c'est aujourd'hui que nous allons faire du snorkelling.

Le trajet en bateau dure une petite demi-heure et n'est pas spécialement agréable car il fend les vagues à toute vitesse mais l'eau salée nous arrive dans les yeux. Une fois sur place, l'île de Pigeon Island est toute petite, et ce pour beaucoup de monde qui s'entasse. La plage d'où nous partons est recouverte de coraux morts, les tongs sont obligatoires, mais je commence à avoir une cloque entre les orteils, un peu douloureuse. Bien, il est temps de se jeter à l'eau ... avec un masque qui en laisse rentrer. Ok, je change, le guide me donne le sien. Car oui nous avons bien un guide de snorkelling, et ce n'est pas plus mal vu les courants et les zones protégées. Ce n'est que la seconde fois que je fais du snorkelling mais cette session n'était vraiment pas terrible, du tout. Pour beaucoup de raisons: 1) Je n'y voyais rien. L'eau était grise et trouble, vu le temps ça fait du sens. 2) On se donne des coups de palmes. C'est ainsi que la peau qui recouvrait ma blessure est partie. 3) Si j'ai eu une nouvelle expérience, c'est bien celle-ci, et elle est plutôt bizarre: en nageant, je suis entourée d'énormément de petits organismes transparents et mous, glissant tout le long de mon corps. Je crains de deviner ce que c'est, mais ils ne nous y feraient pas nager, si? Je demande au guide: oui ce sont bien des méduses. Qui ne piquent pas, s'empresse-t-il d'ajouter. Me voilà rassurée mais ce n'est pas pour autant très agréable. J'ai l'impression de nager dans une substance visqueuse en permanence. 4) Ces vagues ballottent mon corps de droite à gauche, et finissent par me donner le mal de mer. 5) J'ai raté les requins deux fois car je ne voyais rien du tout, que des fonds troubles. Heureusement que j'en avais déjà vu l'année dernière ... franchement, vu le reste de l'expérience, ce n'est qu'un détail. 6) J'ai perdu l'arrière de ma boucle d'oreille que je porte depuis 2012, c'est embêtant puisque c'est un faux écarteur qui se visse par l'arrière. Le temps du changement?

J'ai tout de même pu voir quelques poissons colorés, mais rien à voir avec la magie des Perhentians de l'année dernière. Même la tortue, j'ai trouvé cela d'une tristesse ... probablement car elle était coincée entre un rocher et une balise, et essayait de se dégager sans y parvenir. Pendant que tout le monde l'observait.

Au retour, nous secourons le collègue du guide qui a un souci avec son bateau. Il l'attache à l'arrière et l'emmène vers le rivage, ce qui nous fait perdre 20 bonnes minutes. Au retour sur la terre ferme, je me serais bien fait un bon burger, mais Fernando's n'a plus de steaks! J'opte pour des pâtes carbonara ... et tout à coup de l'alcool se déverse sur ma table, venant du plancher au-dessus. Quelle journée pourrie, je préfère rester toute l'après-midi à l'hostel, à profiter de la wifi. En plus il se met à pleuvoir. Bon, ça ne contrarie pas trop mes plans. Le soir, je dîne avec Milena et trois autres Allemandes, avec qui je ne reste ensuite pas car elles parlent moins bien anglais que Milena, et c'était déjà gentil de faire des efforts pour moi pendant le repas. En plus de cela elles voyagent toutes les trois ensemble, donc évitons de nous incruster, même pour une bière et une chicha.

Voilà, je pense avoir un peu raté mon séjour à Trincomalee. Mais tout voyage ne peut jamais être parfait, et malgré les chutes il l'était un peu trop, parfait. Il faut bien rétablir le karma à un moment donné. Peut être aurai-je plus de chance à Anuradhapura, d'ailleurs les temples et la culture me manquent déjà! Dire qu'au départ je venais à Trinco pour voir les baleines, et qu'au final l'expérience d'aujourd'hui m'a refroidie ... et en plus, je ne suis pas motivée pour me lever à 6h du matin.

Je mets aussi des mots sur ce qui me gêne ici: bon, il y a une grosse ambiance drague donc évidemment je fais tâche, et j'ai bien fait de ne pas aller à Arugam Bay, mais aussi ... trop d'Allemands et Néerlandais. Alors je les aime bien, hein, ce n'est pas ça. C'est qu'ensuite, forcément, ils restent entre eux, se parlent et rigolent dans leur langue. Je ne leur en veux pas, je ferais pareil. Mais quand bien même j'ai un naturel solitaire et une fois sur deux introverti, cela me rajoute un facteur d'exclusion supplémentaire, et c'est assez frustrant parfois.

Allez, the show must go on!

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Parlons un petit peu plus en détails de la culture srilankaise, jusqu'ici je n'en ai pas eu l'occasion, vu la taille de mes articles. Il serait bien que je le fasse avant de quitter le pays!

- Systématiquement, au restaurant, les serveurs viennent demander si la nourriture est bonne.

- Pour dire oui, ils dodelinent de la tête. Parfois, ça amène à pas mal de confusions.

- Le travail des enfants est illégal mais il arrive qu'ils soient utilisés comme domestiques pour payer les dettes de la famille.

- Les mariages étaient arrangés. Maintenant, les jeunes choisissent (tôt) leur partenaire, mais doivent quand même se référer à l'avis des parents, la caste et l'horoscope.

- Le système de caste existe toujours bien qu'il soit moins puissant qu'en Inde. 50% des cinghalais bouddhistes appartiennent à la caste Govigama (propriétaires terriens, aristocratie). Ensuite il y a la Karava (pécheurs), Hakurus (confiseurs), Berawaya (joueurs de tambour), Paduvua (porteurs de palaquins), Radhu (laveurs) et Rodiya (mendiants et amuseurs de rue itinérants). Ces castes sont surtout importantes au moment du mariage. Chez les Hindous, elles sont plus importantes. Il y a les Brahmin (prêtres), les Vellalas (comme les Govigama), Karaiya (comme Karava), les Chetti (commerciaux). Les Intouchables existent aussi au Sri Lanka et avant, il leur était interdit d'entrer dans les temples. Ça a bien changé depuis, car tout le monde tend à s'affranchir de ce système.

- Les prénoms des enfants à naître doivent contenir certaines lettres dictées par les astrologues. Ils mangent tous la même première nourriture solide: kiri bath, du riz avec du lait de coco. L'enfant reçoit aussi un collier avec cinq armes qui le protègent.

- Dans certaines familles de certains villages, les filles qui sont réglées pour la première fois sont isolées, avec seulement la visite de femmes de la famille qui la nourrissent, et quand les astrologues décident que c'est le bon moment, elles sont lavées et couvertes de cadeaux (bijoux et vêtements).

- Lors des mariages bouddhistes, les mariés attachent un fil à leurs petits doigts, auquel on met le feu que l'on éteint lorsqu'il arrive trop près de la peau (heureusement).

- Chez les Hindous, ils récitent des textes, font des offrandes, et se font jeter du riz et des fleurs dessus.

- La couleur du deuil est le blanc.

- 74% de la population est cinghalaise (majorité bouddhiste), 18% tamoule (majorité hindou) et 9% musulmane. Oui, je sais que musulman n'est pas censé être une origine mais apparemment ici ils n'en tiennent pas rigueur, ce sont plutôt des Arabes et des Malaisiens. Avant les attentats, il n'y avait pas de conflits majeurs avec eux. Les Chrétiens représentent 6% de la population. En 2005, les Chrétiens ont été stigmatisés pour leur prosélytisme par le gouvernement, ce qui a créé de grosses tensions à ce moment là. Pourtant comme en Malaisie, les gens (souvent les chauffeurs de quelque véhicule que ce soit) n'ont pas honte d'afficher leur religion.

- Il y a 330 millions de Dieux dans le panthéon hindou !! Régulièrement, il y a des couples de Dieux, comme Shiva et Parvati, pour représenter la création.

- Les femmes, parlons-en: le Sri Lanka est le premier pays à avoir eu une femme première ministre. Puis une Présidente. Oui mais c'était une Bandaranaike, la famille dynastique qui a pris le pouvoir lors de l'indépendance du pays. C'est aussi car les héritiers mâles s'étaient fait assassiner ... Pour le reste du peuple, les opportunités vont dépendre de la classe sociale. Être célibataire est une malédiction, être veuve une stigmatisation. En règle générale, elles restent soumises : les hommes parlent, les femmes écoutent et doivent rire aux blagues. Cependant, un mouvement féministe gagne de plus en plus de terrain. Sachant cela, c'est encore plus jouissif de se comporter en femme indépendante. Oui car comme je le dis souvent, ce n'est pas parce que "c'est culturel" que c'est objectivement bien. Si le tourisme peut apporter de nouveaux modèles dont les srilankaises peuvent se saisir, tant mieux ...

23
août

Tout le monde est déjà parti quand moi, je quitte l'hostel. J'ai oublié que je pouvais utiliser l'application PickMe pour demander un tuktuk, mais marcher n'est pas si fatigant, malgré une petite nausée et sensation fiévreuse. Le temps n'est pas spécialement au beau fixe. Je croise quelques vaches qui se promènent dans la rue avant de trouver un tuktuk, ce qui pour une fois n'était pas chose aisée, ils ont eu l'air de tous prendre leur pause en même temps. J'ai en tête l'idée de devoir négocier, et je dois toujours avoir une belle expression de surprise sur le visage quand on me dit exactement le prix auquel je m'attendais! J'embarque donc, mais quelques minutes plus tard, le tuktuk pétarade. Il s'arrête une première fois pour vérifier le pot d'échappement. Puis une seconde fois ... Décidément Trinco m'aura porté la poisse jusqu'au bout. Cela ne me met pas en retard pour autant, et je trouve facilement un bus pour Anuradhapura.

C'est un trajet de trois heures, qui passent dans une légère torpeur. C'est une ville comme une autre, avec ses enseignes publicitaires anarchiques, mais allez savoir pourquoi, j'ai un bon feeling à son propos. Probablement celui de trouver un lieu intéressant après une déception. Mais en parlant de ça ... je me rends à l'hostel qui est tout proche, et je me rends vite compte qu'il s'agit plus d'un hôtel que d'un hostel. Bizarre, je n'avais pas du tout ça en tête, mais comme il se nomme maintenant "City Resort", il est possible qu'il ait été refait entre temps. Cela dit, il ne suffit pas d'avoir un dortoir pour conserver l'appellation "hostel". En plus, la wifi n'y capte pas ... je mets en place un plan d'action, je vais faire toutes mes courses nécessaires en ville et demain, je partirai, et je réserverai dans un autre hostel qui a l'air plus ... hostel, quoi. Avec une ambiance sympathique. Il est cependant plus loin du centre-ville, ce qui m'avait dérangée à l'époque, mais maintenant j'ai pris l'habitude des bus. Je ne suis pas tout à fait toute seule, il y a trois Hollandais avec moi ("J'aurais pu deviner, vous étiez soit Allemands soit Néerlandais!"). Ils font l'effort de parler anglais pour la soirée, Nick me prête son vélo pour que j'aille m'acheter une bière, nous allons dans un restaurant conseillé par leur Lonely Planet après une marche de 20 minutes. Ils testent le kottu, vu qu'ils sont arrivés il y a 4 jours, et je prends un fried rice qui pour une fois, n'est pas trop fried. Mais mon plus grand souci va être de trouver les mots pour dire aux réceptionnistes, pas spécialement chaleureux, que je m'en vais demain et que j'annule la suite de ma réservation. J'espère que c'est possible.


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La décision est prise le lendemain: quitte à finir le voyage seule, autant le terminer dans un bel endroit. Le nouvel hostel où je me rends s'appelle le Fig and Gecko, c'est une maison coloniale située en dehors d'Anuradhapura, à seulement 15 minutes en bus. Je vais d'abord changer de l'argent (gaspiller un retrait gratuit pour pas beaucoup, ce n'est pas terrible), me rend à la gare routière, etc. C'est rapide. Mais à mon arrivée ... et bien, je suis vraiment seule, aussi, comme je le craignais. Nous sommes fin août et les touristes sont déjà passés, ayant tendance à faire le Sri Lanka dans l'autre sens que le mien. Il n'y a qu'une dame qui ne comprend que la moitié de ce que je dis, et l'hôte anglais vanté par Booking.com n'est visiblement pas là. Peut-être parti en week-end ... La manager peut mieux me renseigner mais elle n'est pas là en permanence. Et aussi, elle me dit que d'autres personnes vont arriver, dont une dans la nuit avec le train, ce qui s'avèrera faux. Les gens ici ont quand même tendance à te dire ce que tu veux entendre, quitte à te décevoir ensuite. Bon, au moins, j'ai une très bonne Wifi et j'aurai de quoi m'occuper. Dommage que le voyage finisse comme ça mais en y repensant, c'était quasiment pareil chaque année.

Allez, trêve de regrets. Je prends le bus pour aller visiter le site de Mihintale. Un bus bondé! Étonnant que le gars nous laisse encore rentrer. Je me tiens sur une des marches et regarde défiler la route tandis que je m'agrippe aux barres. Un vieil homme monte juste après moi, il est moitié dans le vide ... le gars qui vend les tickets le tient un peu, mais autrement je suis impressionnée par la résistance de ce papi. Enfin, 10 minutes plus tard, je peux lâcher prise. Je me dirige vers la colline.

Mihintale est un site très important pour le Sri Lanka, car c'est le berceau du bouddhisme cinghalais. Il a vu le jour lorsque le roi Devanampiya Tissa a rencontré Mahinda, le fils de l'Empereur indien bouddhiste, pendant une chasse au cerf, en 247 av JC. Pour se montrer digne d'être converti, il a dû répondre à une énigme à propos d'arbre à mangues, mais la traduire est compliquée et je ne suis pas sûre d'avoir tout compris, d'ailleurs.

Avant de gravir la première volée d'escaliers, on peut trouver les ruines d'un hôpital antique, datant du 8e siècle avant JC. On y soignait aussi bien les animaux que les humains, et parmi eux les moines qui étaient au nombre de 2000 sur le site. Le plus intéressant est d'y observer un bat oruwa, qui est une sorte de baignoire creusée dans la pierre, en forme humaine. C'est moins glauque qu'il n'y paraît. Les patients s'y plongeaient dans des bains ayurvédiques, médecine millénaire. Des incriptions retrouvées par les archéologues attestent de la présence de kinés-ostéos, et de médecins travaillant avec des sangsues. Ils ont également retrouvé des outils tels que des scalpels antiques, qui sont exposés au musée.

Les escaliers ne me font pas peur après tous ceux que j'ai gravis à Dambulla et Sigiriya, malgré la température de ce milieu de journée. Les marches sont fines et peu hautes, rendant l'ascension aisée. Une fois arrivée tout en haut, un guide m'aborde, mais je refuse. Plusieurs fois. Je finis par lui dire que la dame de l'hostel m'a dit de ne pas faire confiance, ce qui est vrai. Bien sûr, il ne le prend pas bien, mais peu importe. Ici, je peux voir la Relic House, et le réfectoire des moines.

Il y a deux stèles sur lesquelles sont gravées des instructions concernant les moines et leurs domestiques, traitant surtout de la conduite à tenir, et de beaucoup de questions d'argent. Par exemple: "Les moines doivent se lever au petit matin, méditer, se laver les dents et doivent mettre leurs robes comme décrit dans le Sikhakarani. Puis ils doivent aller à la cafétéria d'Et Vehera en chantant le pirith et recevoir de la nourriture". Ou encore "Le revenu des endroits suivants peut être utilisé pour la maintenance annuelle de tous les bâtiments: la Relic House, le sanctuaire de l'arbre Bodhi, le sanctuaire ayinada, la maison de la Déesse Mininal (...). En plus de cela, 100 calandes d'or d'Et Vehera peuvent être utilisées". Aussi, rien n'appartenant à la Relic House ne peut être vendu à l'extérieur.

Je grimpe à nouveau plusieurs marches, enlève mes chaussures mais les garde avec moi: je crois pouvoir redescendre par l'autre côté sans repasser devant le gardiennage. Me voici maintenant devant l'Ambasthale Dagoba, là où le roi a rencontré Ashoka. On peut d'ailleurs voir deux statues aux places où ils se seraient tenus. Ce nom signifie arbre à mangues, en relation avec la fameuse énigme. Il y a aussi un petit sanctuaire nommé Sela Chetiya, avec une empreinte de Bouddha, mais les gens ne semblent pas y faire attention. Ils se pressent plutôt vers le Rocher de la Méditation, qu'il faut à moitié escalader. Il y a de petites charnières dans la roche et une rambarde, mais je glisse un peu avec mes chaussettes. En plus, tout le monde se croise dans un sens et dans l'autre. Il y a une installation qui permet de grimper tout en haut, avec une échelle sommaire. Comme la circulation est dans les deux sens, j'attends en toute logique que les gens qui sont déjà sur le rocher fassent le chemin en sens inverse. Je peux même leur tendre la main pour les aider à descendre, je ne suis pas pressée et puis c'est un peu dangereux. Le gars derrière moi ne semble pas avoir la même logique, je l'entends rigoler et parler en cinghalais, je pense qu'il y a des chances qu'il se moque de moi. Je le regarde droit dans les yeux, et lui demande "tu te fiches de moi, c'est ça?". Silence gêné, il fait moins le malin, seules les filles derrière lui ricanent. J'ose même rajouter "c'est mauvais pour ton karma". Haha! Prends ça! Le chemin s'est enfin libéré, et bizarrement c'est bien mieux accessible de cette manière. Il y a une belle vue de là haut, et beaucoup de vent. Je pense qu'on peut voir jusqu'à Dambulla ... La descente s'avère un peu périlleuse, je préfère glisser sur les fesses, doucement, ce qui a l'air de faire paniquer tout le monde. Ils commencent à me taper sur le système.

Je monte ensuite au dernier dagoba, celui de Mahaseya. J'observe une pratique peu courante: des gens montent des briques depuis le palier précédent et les entassent à côté. A bien y regarder, il y a des inscriptions dessus. Dire que je me demandais pourquoi il semblait y avoir une construction récente à côté des ruines ... Il y a aussi un petit temple, mais rien qui n'égale ce que j'ai déjà vu. Je me mets en quête de trouver le chemin qui redescend à flanc de colline, ce qui n'est pas bien compliqué. Je me retrouve seule avec le vent qui secoue les feuilles de frangipaniers, dans un instant plein de sérénité. Ouf, personne ne m'a suivie! Il y a encore des ruines un peu cachées tout en bas, et d'autres escaliers qui mènent à Et Vehera, le temple des éléphants. Mais après plusieurs marches, je me rends compte qu'il commence à faire chaud, que je suis fatiguée et que mon ventre crie famine, après tout il est 15h et je n'ai mangé qu'un petit déjeuner. Je me résouds à redescendre. Avant de quitter le site, je vais d'abord voir le Singha Pokuna, ancien bassin dont l'eau sort d'une statue de lion dressé. Il ne reste rien du bassin mais le lion, lui, est toujours là. Cela porte bonheur de lui toucher les pattes. Il faisait partie d'un complexe de récupération des eaux, des tuyaux descendaient d'un bassin collecteur plus haut, le Naga Pokuna (avec des statues de serpents). Puis je monte au Kantaka Chediya, un autre dagoba agrémenté de magnifiques frises sculptées dans la roche. Non loin, il y a une inscription en vieux cinghalais sur un rocher, la plus ancienne du Sri Lanka, qui dit que la montagne appartient à la méditation pour l'éternité. Intéressant.

Les quatre Vahalkadas, c'est à dire les panneaux de sculptures, font chacun face à un point cardinal. Les parties les plus hautes, qui n'ont pas été conservées, contenaient des niches avec des statues de Dieux. L'Est est représenté par un éléphant, l'Ouest par un cheval, le Nord par un lion et le Sud par un buffle. On peut aussi trouver des représentations de nains, d'oies (représentant la part des choses entre le bien et le mal), d'autres éléphants (qui soutiennent la structure), et des cobras (dotés de pouvoirs magiques). Il y a beaucoup de lotus et autres fleurs, mais ils ne sont là que pour l'ornementation.

Je passe rapidement au musée pour collecter des informations supplémentaires, voir quelques statues et m'en vais manger. Au départ, j'entre dans un premier restaurant, plein de mouches. Je laisse tomber, et trouve un endroit plus propre. Puis je prends à nouveau le bus, et rentre à l'hostel, où je suis toujours seule. On s'est bien moqué de moi pour que je reste ... Et bien, maintenant que je suis là, tant pis, au moins j'ai la wifi dans mon lit. La maison est silencieuse en dehors de la dame qui la garde, et qui ne m'adresse pas beaucoup la parole. Sur le tard, je commande une pizza, et me fait reconnaître par le livreur de Pizza Hut. Il va falloir que je fasse attention à ne pas passer pour une accro à la junk food!

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Journée éprouvante émotionnellement, aujourd'hui. Très éprouvante, ce qui a retardé l'écriture du blog, le temps que je m'en remette. Vous allez savoir pourquoi.

Je me mets en tête de visiter les ruines d'Anuradhapura aujourd'hui. Mais je me sens fatiguée, et donc je pense que les faire à vélo ne serait pas une bonne idée, en plus elles sont très étendues et je ne suis pas sûre d'où aller. Je veux donc louer un scooter. Mais quand j'ai la manager au téléphone, elle me soutient que personne ne loue de scooters à Anuradhapura, seulement des vélos. Je vérifie ces informations: c'est faux, je repère un endroit où aller. Mais pour cela je dois prendre le bus, comme d'habitude. Je commence à regretter d'être dans cet hostel, finalement. J'en prends un au bord de la route, tiens mon portable à la main pour me repérer et savoir quand descendre. Et quand je me lève ... Je sens une vieille dame derrière moi, au comportement étrange. Elle me gratte le dos et écrase mes talons. Je me retourne vers elle d'un air interrogateur et agacé, et mon bus stoppe. Je descends rapidement les marches, et là, horreur ... mon portable qui était dans ma main n'y est plus. Je cherche dans toutes mes poches: rien. Je panique. Je prends un tuktuk qui rattrape le bus dans lequel j'étais. Je leur explique que je ne le retrouve pas, je regarde sous les sièges, rien non plus. La vieille dame était-elle une diversion? Peut-être, peut-être pas. Je m'effondre totalement. Je retourne à l'arrêt de bus, mais il n'y a rien par terre, personne n'a rien vu ... Les conducteurs de tuktuks me disent d'aller directement voir la police. Mais tant qu'à faire, pragmatique, je vais louer mon scooter pour me rendre ensuite au commissariat. Ils ne comprennent pas bien ce que je dis, mais au final, nous arrivons à nous comprendre. Ils appellent la police spéciale pour les touristes, et ceux là parlent encore moins bien anglais. Dans mon effroi, je suis fascinée par le visage de l'un des policiers: il a des bajoues. Pour de vrai. C'est étonnant. Ils me disent de les suivre jusqu'au poste de police pour les touristes en scooter, mais en quittant le poste, je me trompe de policiers à suivre ... je me retrouve au milieu de nulle part en comprenant mon erreur et en ne sachant pas où aller. Je retourne donc à l'hostel pour la wifi sur ma tablette, repère l'endroit, y retourne ... Ils se moquent un peu de moi, je leur explique mais ils me disent que j'allais vite. Oh, c'est bon, c'était sûr que je n'étais pas au dessus de 40km/h, et puis comme je les ai confondus, j'ai cru qu'ils ne m'attendaient pas et qu'ils étaient fort malpolis. Ils me demandent d'ailleurs mon permis. Bon, je ne peux plus reculer, là ... Mais ils hochent la tête et ne remarquent pas l'absence du tampon A1. Ah, alors en fait, c'est comme ça, hein? Ils n'ont aucune idée de comment ça marche! Mais il faudrait vraiment que je passe ce permis scooter, pour être tranquille. Un autre homme est là et retrace mon parcours. Il me pose aussi des questions sur pourquoi je voulais louer un scooter ... Je suis étonnée, je n'ai jamais été interrogée par la police mais après coup, ça doit faire partie de l'enquête. Il m'assure qu'il veut vraiment m'aider, et il va regarder les caméras de sécurité. Je n'y crois pas trop, malheureusement, mais sa sollicitude me remonte un peu le moral. Enfin, après avoir insisté plusieurs fois, je peux récupérer une photocopie de ma déclaration, en espérant pouvoir faire marcher l'assurance "vol à l'arrachée" à mon retour en France. Ils ont mes coordonnées, ils peuvent me contacter s'ils trouvent quelque chose. Voire me le renvoyer. Mais bon ... je doute qu'ils attrapent l'enflure qui a fait ça. J'espère qu'il ou elle mourra dans d'atroces souffrances.

Bien sûr, je suis très déprimée. Perdre un portable, c'est un peu comme perdre un animal de compagnie. Toutes mes photos et vidéos ... Heureusement que j'en mets la plupart sur Facebook et que les vidéos étaient sur Youtube pour le blog. Je culpabilise: et si je ne m'étais pas retournée? Et si je n'avais pas pris le bus à ce moment là? Et si j'avais loué un vélo au lieu d'un scooter? Et si j'étais restée dans l'autre hostel? En plus, je me sens bien seule ... Mon seul réconfort pour le moment est que le scooter est vraiment très bien, plus cher mais il en vaut la peine. Maintenant que je suis à Anuradhapura, on va quand même aller visiter ces fameuses ruines. Il me reste trois heures et demie avant que le soleil ne se couche. Et la tablette me permet de me localiser, heureusement. Allons-y.

Notre voyage dans le temps se termine ici: Anuradhapura a été fondée au 4e siècle av JC par le roi Panduka Bhaya et la ville devient la capitale du royaume le plus important du Sri Lanka à ce moment là. C'est le père de Devanampiya Tissa, le copain de Mahinda. La ville a ensuite grandi, vibré, rayonné, jusqu'à son apogée. 500 ans plus tard elle tombe aux mains des Indiens du Sud, mais elle est reprise par Dutugemunu. "Dutu" signifie désobéissant car son père lui avait interdit d'aller reprendre Anuradhapura. Il ne l'a pas écouté, en est devenu roi et s'est bien moqué de son paternel par la suite. A deux autres reprises, elle est envahie, puis reconquise, mais elle finit par vraiment être prise par ces mêmes Indiens du Sud, très persévérants, 1000 ans après sa construction. Finalement, c'est là que le royaume s'établit à Polonnaruwa, car tout de même c'est fatigant pour tout le monde, ces conquêtes et reconquêtes. Au final, les Indiens ne seront repoussés que par l'arrivée des Portugais ... La boucle est bouclée.

Je trouve l'endroit pour acheter le ticket devant le musée archéologique qui est fermé pour rénovations. Puis, j'essaye de trouver le chemin, mais je suis un peu perdue, je ne comprends pas comment ça fonctionne, ici. Il y a des sites d'intérêt partout, apparemment. Je commence par les ruines les plus au Nord, dans le but de descendre ensuite. Je me retrouve devant l'Abhayagiri Dagoba, particulièrement immense. Il date du 1e ou 2e siècle avant JC, mais il est entretenu de nos jours, il fait 75m de haut et est fait de 2 millions et demi de briques! Son nom signifie "colline de protection" ou "colline sans peur". Il faisait partie d'un monastère d'une secte hérétique, l'Ecole de la Forêt Secrète, qui étudiait simultanément deux versions du bouddhisme, sacrilège. J'en fais le tour, mais ne me montre pas particulièrement intéressée. Je continue mon exploration vers l'Ouest, quand je tombe sur un gros groupe de ruines. Je m'arrête. Les portes invitent à la découverte, et je m'enfonce dans la forêt. Wahou ... Ce n'est qu'un quartier résidentiel, mais le fait que la jungle ait repris le dessus sur les pierres malgré tout bien conservées me donne l'impression d'être une archéologue qui découvrirait le site pour la première fois. Seule ombre au tableau: un groupe de jeunes adolescents, qui me repère et vient m'embêter. Je les envoie balader, et ouf, ils préfèrent s'en prendre à tous les singes qui sont là. Je m'éloigne, même si j'entends les bêtes crier car les abrutis leur jettent des pierres. Ils finissent par s'en aller vers la route, tandis que je reste dans cet espèce de rêve éveillé. Malgré mon humeur, la beauté de ces lieux me touche. En revenant vers la route, toute une foule de singes me croise, habitants de cette ville antique. Ils ne font pas beaucoup attention à moi, tant mieux, il ne manquerait plus que j'attrape la rage par morsure. Je vais ensuite voir une pierre de lune très bien restaurée, une autre belle pierre sculptée qui garde une entrée, et il y a d'autres ruines qui s'enfoncent dans la jungle. Je comprends vite que je peux quitter les routes pavées et m'enfoncer dedans avec le scooter. Et cette fois-ci, je suis seule. J'adore !! Je ne sais pas pourquoi, je me croirais presque dans un jeu vidéo, du style Tomb Raider mais avec une Lara Croft du pauvre. Je passe près de grands réservoirs d'eau, d'autres pierres de lune, d'autres temples en ruines, des statues de Bouddha, d'autres quartiers d'habitation ... J'oublie mon mal être pour quelques instants et laisse opérer la magie.

Une autre statue de Samhadi Bouddha, célèbre pour avoir permis à un dirigeant de l'Indépendance de ne pas perdre la tête quand il était emprisonné par les Anglais rien qu'en regardant sa photo, puis d'autres réservoirs plus tard, j'ai fini le tour des ruines, je vais au musée histoire de - mais impossible de vraiment se concentrer, et finalement je passe une bonne demi-heure à arpenter les routes sur mon scooter, admirer encore les ruines, tenter de nouveaux passages dans les petits chemins de terre au coeur de la jungle, et je prends tellement plaisir que j'ai du mal à faire autre chose. Pourtant, Anuradhapura a d'autres curiosités à révéler. Prenez le plus grand dagoba du Sri Lanka: Ruwanvelisaya. C'est la plus belle construction du roi Dutugemunu, qui est mort avant la fin de sa construction. Son frère lui a cependant fait croire que c'était le cas et a organisé une cérémonie pour qu'il puisse mourir en paix. Aujourd'hui, il ne fait plus que 103m de haut en comptant la flèche, à cause des guerres avec l'Inde qui l'ont endommagé. Il n'en est pas moins impressionnant et c'est l'un des édifices religieux dans les plus hauts du monde, apparemment (le plus haut est en train d'être construit en Inde).

Il y a aussi le Jetavanarama Dagoba, qui culmine à environ 70m de haut. A l'époque de sa construction, c'était le troisième plus haut bâtiment du monde, les deux premiers étant Khéops et Kephren en Egypte. Il ressemble beaucoup à l'Abhayagiri, d'ailleurs, avez-vous remarqué les espèces de petites "marches" qui en sortent? Et bien sur Jetavanarama, elles sont utilisées par les singes pour grimper dessus. C'est rigolo. Il me reste à voir le sanctuaire de l'arbre Bodhi sacré, "the" Bodhi tree du Sri Lanka, car tous les autres qui sont importants sont supposés venir de branches de celui d'Anuradhapura. Celui ci vient d'une branche de celui de Bodhgaya en Inde, amené par la princesse Sangamitta, soeur du fameux Mahinda évoqué précédemment. Il symbolise la force de tous ceux qui ont construit les bâtiments d'Anuradhapura. Il a 2000 ans, c'est apparemment l'arbre le plus vieux du monde (et ben, décidément, que de records?), gardé de générations en générations par des gardiens, même pendant les guerres. Même maintenant, alors qu'il faut se faire fouiller 5 fois pour entrer sur le site. Tout le monde est extrêmement dévoué à sa protection, tout le monde vient le vénérer. Une cérémonie avec des musiciens commence alors que le soleil ne va pas tarder à se coucher.

Il me reste un dernier lieu avant de rentrer - me morfondre - à l'hostel. Il s'agit de l'Isurumuniya Vihara, un temple creusé dans la roche dans lequel se trouvent d'intéressantes sculptures, comme des éléphants qui s'ébattent. Le prix d'entrée n'est pas cher, donc j'y rentre. On peut y voir la sculpture des "amoureux", apparemment le prince Saliya et son épouse Asokamala. Je n'ai aucune idée de qui sont ces gens, mais elle date du 5e siècle environ. C'est peut-être le fils de Dutugemunu. Le soleil se couche, mais pour moi le coeur n'y est pas trop. C'est pourtant ma dernière journée de visite du Sri Lanka, je regrette de ne pas avoir pu l'apprécier plus que cela, mais bon, c'est la vie ...

26
août

Je n'ai qu'une envie: partir d'ici. Je pense que je ruminerai moins en changeant d'air.

Dès que je me réveille, je déjeune, paye et enfourche mon scooter, le sac sur le dos. Je vais le rendre sans encombres, puis me rend à pied à la gare routière spéciale pour les bus en direction de Colombo. J'arrive assez rapidement, et grimpe dans l'un d'eux qui passe par la ville de Puttalam. Il y a une route plus directe pour se rendre à Colombo, mais moi, je vais à côté de l'aéroport, à une heure de route au Nord. Le bus se met en route, allez, tirons-nous d'ici ... J'ai tout de même une petite pointe au coeur car c'est probablement la dernière fois que je prends les bus du Sri Lanka. Les dessins colorés, la musique à fond, l'odeur d'encens, les secousses ... Tant de choses qui étaient devenues familières pendant un mois.

Quatre heures plus tard, j'arrive au premier hostel qui m'a accueillie. Je retrouve l'odeur d'humidité du dortoir, que je trouve pourtant sécurisante. Par contre, je suis épuisée car je n'ai pas bien dormi, et j'essaye de dormir après un repas rapide, sans succès. Je reste me reposer tout le reste de la journée. Une Autrichienne me rejoint, mais elle doit prendre son avion avant moi. Le mien est à 4h15 du matin, ce qui signifie que je dois partir d'ici vers 2h du matin. Je vais plus faire une sieste qu'une nuit ...

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J'ai dû dormir 2h30 ou 3 heures, puis le réveil a sonné. Je suis à nouveau seule dans le dortoir. Je prépare mes dernières affaires, et me rend à la réception où le chauffeur du tuktuk que j'ai commandé m'attend. C'est parti pour l'aéroport ... Enfin, presque. En fait, il me laisse environ 500 mètres avant l'entrée. "No tuktuk inside", et effectivement, il y a un panneau qui l'indique. Bizarre ça, j'aurais juré qu'en arrivant il y a un mois, j'avais vu des tuktuks dans l'enceinte de l'aéroport ... Bon, j'ai donc payé 300 Rs pour cinq minutes de tuktuk et cinq minutes de marche. A cette heure là. Heureusement qu'il ne pleut pas. Des militaires gardent l'entrée, ils ne rigolent vraiment pas avec la sécurité, mais après tout tant mieux. Il y a un autre contrôle à l'entrée, mais cela se fait partout maintenant. En revanche, je ne m'attendais pas à ce que le gars de l'enregistrement des bagages me demande ce que je vais faire à Istanbul ... Et il insiste. Il ne comprend pas pourquoi j'y fais une étape. J'ai vraiment la flemme de lui expliquer qu'à l'aller j'y étais, et que c'était moins cher de faire comme ça, en plus on ne se comprend pas bien. J'aurais parfaitement le droit de continuer mon voyage là bas! Il demande même à voir mon billet d'avion de sortie de Turquie. Je pense à tous les autres Turcs que j'ai rencontrés, ce n'est quand même pas sympathique d'insinuer qu'ils seraient terroristes. Ah, et bien sûr, ce n'est pas en France que je rentre, c'est à Barcelone ... Nouvelle confusion, mais je crois qu'il laisse tomber l'idée de comprendre mes projets.

Une heure et demie plus tard, l'avion décolle, et survole Negombo et ses lumières fatiguées qui parfois s'allument et s'éteignent comme plein de petites lucioles. Au revoir, Sri Lanka. Malgré l'amertume de la fin du voyage, je suis quand même honorée de t'avoir connu. Qu'ai-je vraiment préféré? La question est difficile, mais je dirais que mon temps à Dambulla m'a beaucoup plu, malgré la chute en scooter. Les grottes, les ruines, le Rocher du Lion ... Tout était très impressionnant. Finalement, j'ai eu beau me plaindre du temps, mais à Kandy c'était sympa aussi. La cure ayurvédique, malgré le dortoir pourri ... Mirissa, Galle ... Je regrette toujours de ne pas avoir été en mesure de profiter d'Anuradhapura, car c'est tout de même un site exceptionnel. J'aurais peut être dû choisir Jaffna à la place de Trincomalee, mais je ne pouvais pas le savoir, et puis j'y ai rencontré des gens cools, en définitive. Ce qui ne va pas me manquer? Les insectes divers et variés qui ont tellement faim qu'ils n'ont peur de rien, les douches qui mettent de l'eau partout et qui ne sont pas chaudes quand on en aurait besoin, la nourriture qui est bonne mais somme toute peu variée, les gens qui me dévisagent, me donnent des ordres et veulent en permanence m'assister (ou m'arnaquer, c'est selon) ... Retrouver le confort à l'européenne va être agréable. Voyager, c'est dépasser ses limites, partir à l'aventure, découvrir, mais c'est aussi parfois le plaisir de retrouver son cocon après tant de choses vécues, et pour une fois l'apprécier. Surtout de dormir normalement, avec les minettes qui viennent me faire des câlins.

Cinq heures de vol plus tard, nous voici à Doha. Si vous vous souvenez bien, au départ, Qatar Airways m'avait proposé une escale de 18 heures car le vol de début d'après-midi avait été annulé. J'avais refusé, partagée entre la curiosité de visiter le Qatar gratuitement et le fait qu'il fasse 50 degrés en journée et que je ne souhaitais pas rater mon vol de retour, opéré par une autre compagnie. Bref, au final, je me retrouve avec seulement une petite heure pour faire la correspondance. Et ça a été assez comique. Nous descendons de l'avion mais devons prendre un bus, car il a atterrit assez loin de l'aéroport. Le chauffeur ne se presse pas, il doit emprunter des voies détournées pour ne pas gêner la circulation, ce qui fait qu'il faut bien dix bonnes minutes pour arriver. Il est 7h05 et l'embarquement pour Istanbul a déjà commencé. Je saute hors du bus et trottine pour dépasser tout le monde, jusqu'à la sécurité. J'arrive la première, je passe en vitesse, et continue ma course dans les couloirs, les escalators ... Je dois avouer quelque chose. Quand on est pressée et qu'on a une excuse, on peut bousculer les gens, et parfois c'est un peu jouissif. Il n'y en a que quelques uns qui râlent et les autres sont compréhensifs. Bon, à l'aller, je disais que l'aéroport de Doha n'était pas grand. Mais c'est parce que ma correspondance n'impliquait pas de prendre un monorail ... Quelle poisse. Je perds encore 10 précieuses minutes. Mais j'y suis presque. J'arrive la dernière ... Non, l'avant-dernière à la porte d'embarquement, mais c'est quand même très juste. Je saute dans le bus qui ferme ses portes. Et là ... Je me rends compte qu'il nous amène à la zone où je me trouvais auparavant. Oui, nous repassons bien devant les mêmes cuves de pétrole ... Et, oh ... Nous montons dans l'avion garé A COTE de celui dans lequel j'étais. Quelle coïncidence, c'est merveilleux. Mais aurais-je pu faire autrement? Certainement pas, il me fallait une autre carte d'embarquement. La vie est moqueuse.

Cette fois-ci, c'est un vol de quatre heures. Nous atterrissons à Istanbul peu avant midi, et je me fais la réflexion que j'aurais pu prendre ma correspondance le même jour. Puis je me rends compte de l'état de fatigue de mon corps, et m'imagine devoir encore endurer 10 heures de voyage. Non. Je prends un taxi jusqu'à Kylios, petite ville balnéaire sur la Mer Noire à 25km de l'aéroport. L'hôtel n'est pas très cher, il a une piscine et vue sur la mer! Une bonne après-midi de détente m'attend. Je vais d'abord grignoter un petit Islak hamburger, quelque chose de bien gras. Je tombe sur un jeune Turc qui parle très bien français car il a fait ses études à Grenoble! Dommage que je sois complètement grillée de fatigue, j'ai du mal à relancer la conversation. Je me promène encore un peu dans cette rue, avec de petits restaurants de poisson, de kebaps ... C'est charmant, comme endroit. Et puis, je rentre me reposer. La vue depuis la chambre tient ses promesses! Je suis étonnée de voir autant de vagues dans la Mer Noire, cependant, je m'attendais à moins puisque c'est une mer intérieure, mais qu'est-ce que j'en savais, finalement? Ce qui est dommage, c'est que je ne peux pas directement accéder à la plage, il faudrait faire le tour d'une forêt inaccessible. Ce n'est pas grave, de toute manière je préfère la piscine. Ah, il fait un temps magnifique, l'eau est délicieuse et revigorante quand on est épuisée. Je me laisse flotter pendant de longues minutes, profite du soleil, et je ne peux détacher mon regard de la vue en contrebas. J'adore cet hôtel, j'aime bien cette petite ville, je ne regrette pour rien au monde cette décision de m'y être arrêtée. Seules petites ombres au tableau, la wifi inexistante et le fait qu'ils ne parlent pas bien anglais. Je suis la seule étrangère, je crois ... ll n'y a que des familles ou des bandes d'amis turcs en vacances. Tout le monde a l'air détendu, et c'est eux que l'on prendrait pour des terroristes? Ridicule. Ma journée se termine par un repas et un bon verre de vin rouge, après tout ce temps, et enfin une bonne nuit de sommeil bien méritée!

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Petit déjeuner, avec surtout du fromage qui m'a beaucoup manqué. Et un peu de Nutella. Et du chocolat chaud. Ah, l'Europe ... quel plaisir de te retrouver! Après une petite promenade dans Kylios (qui s'appelle aussi Kumköy de son nom turc), je profite une dernière fois de la piscine même si des nuages gris viennent masquer le soleil. Ce qu'on est bien, les jambes suspendues dans l'eau ... Mais vient le temps de se préparer, et prendre le taxi, retour aux petites contrariétés. Comme le fait que j'aie mal calculé le montant d'argent échangé et que je sois quand même obligée de payer une partie par carte. Comme celui de trouver quelque chose à manger qui coûte exactement ce qu'il me reste en monnaie. Et puis, le départ un peu en retard de l'avion. Pas de beaucoup, mais nous sommes censés arriver à Barcelone à 17h30 et mon bus pour Perpignan part à 19h30 du centre de la ville. J'ai beau être reposée, ce n'en est pas moins un peu stressant. Mais ça va le faire, non? Et bien ... les plans semblent très compromis au moment de récupérer les bagages. Ma mère m'avait prévenu que ce serait long, mais sur le tapis, il y a trois vols en même temps. Trois vols! Oh, et même un quatrième qui se rajoute, depuis Madrid! Le tout premier vient de Santiago du Chili, mais il est arrivé il y a une heure et demie. Et il y a toujours des gens qui attendent, pendant que les valises arrivent pêle mêle, un coup Madrid, un autre Istanbul, puis à nouveau Madrid, puis à nouveau Istanbul ... Ah, enfin, mon sac arrive! J'ai perdu ma précieuse avance car il est 18h15. Je vais encore devoir courir, j'aurais bien aimé me trouver dans un aéroport sans que ce ne soit le cas dernièrement. Je fonce au métro, je dois faire des correspondance pour me rendre à l'arrêt Arc de Triomf. Je sais que la ligne depuis l'aéroport va mettre au moins une demi heure ... J'hésite, devrais-je faire une seule correspondance en allant plus loin, ou deux en restant moins longtemps dans cette rame? Je compte les stations, il y en a moins si je choisis la seconde option. Mais d'un autre côté ... Les correspondances ça prend du temps, il va falloir courir encore, et puis il y en a une qui doit se faire à "Espanya", ce ne serai pas la Place d'Espagne? C'est grand ça, non? Fausse bonne idée, donc, en général ma première intuition est la meilleure. J'attends donc le plus patiemment possible, je vois les minutes défiler sur l'écran, il est 18h50, je n'ai plus que 25 minutes pour faire la moitié de la ligne 1 ... Je file, je cours dans les escalators, mais mon corps ne suit pas, surtout avec le sac sur les épaules. Je m'avoue vaincue, mais en marchant j'arrive tout de même à avoir la rame juste avant qu'elle ne parte. Et bonne surprise: elle est très rapide! Je me mets à compter les secondes entre les stations pour me rassurer. Au final, cela ne m'a pris qu'un quart d'heure pour arriver à Arc de Triomf. Merci, métro barcelonais! J'arrive donc en temps et en heure à la gare routière, ayant même le temps de prendre une bouteille d'eau et d'aller aux toilettes. Je m'installe. Le bus démarre.

Mes minettes, maman est de retour ...

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Voilà, c'est terminé! Je vous remercie de m'avoir suivie pendant ce voyage.

La question qu'on me pose toujours, c'est "et c'est quoi la suite?" et bien, rien n'est décidé pour l'instant. Il se peut que l'année prochaine, je parte au Japon, mais pour un nouveau type d'aventure: avec des copains. Qui eux ne voyagent jamais, alors oui il se peut que ça tienne bien de l'aventure. J'espère leur donner le goût de cette vie là, car ils sont plutôt casaniers en temps normal. Le seul souci que nous avons est que nous partirions soit pour les vacances de Pâques mais seulement deux semaines (ça ne nous arrange pas), soit en août après les Jeux Olympiques mais il fera un temps très chaud et très humide. C'est encore à discuter, et puis quand on compte trop sur les autres, on a le risque qu'ils nous fassent faux bond.

Honnêtement je ne sais pas, ça dépend toujours du boulot comme d'habitude, et cette année je me suis décidée tard. Peut-être que si je connais mes dates plus en avance et qu'on ne va pas au Japon, ce serait Russie et/ou Mongolie, depuis le temps que j'en parle. C'est bête mais je dois en profiter tant que j'ai 4 pages vierges dans mon passeport et qu'on ne m'a pas encore fait mes tampons n'importe où, ce qui est aléatoirement contrôlable selon la personne sur qui on tombe à la frontière. Ce serait aussi un sacré bordel pour les visas, mais ça, ça ne m'arrête plus.

Donc, advienne que pourra. En attendant, je vous dis à bientôt!