Belgrade, Tara National Park, Novi Sad and back.
Du 3 au 10 juillet 2021
8 jours
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Je suis accidentellement allée en Serbie.

C'est un peu ce qu'il s'est passé, compte tenu que ça ne faisait pas du tout partie de mes plans au départ mais que c'est Marija qui voulait venir en France. Et puis je la suivais en Serbie pour le Exit festival. La première partie n'a pas pu se faire, la seconde, oui. Donc here I am, reprenant mes plans d'avril dernier, et me disant que ma taxe carbone est beaucoup trop haute pour quelqu'un qui se rend trois fois dans les Balkans en l'espace de 3 mois alors qu'elle y avait jamais foutu les pieds jusqu'alors.

Bref, comme tous les petits carnets, stop le blabla, place aux visites, de manière regroupée et non chronologique.

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Grosse ambiance en prenant le bus à la nuit tombée, car il faut bien traverser les "quartiers dortoirs" de Novi Beograd, auxquels on accède d'abord par de petites routes paumées. Le manque de sommeil réparateur de cette dernière semaine se fait un peu sentir tandis que sous mes yeux défilent des scènes qui me semblent étranges, car il y a très peu de lumière, si ce n'est par moments de petits kiosques ou épiceries comme des phares dans la nuit, et en approche de la civilisation, des clubs, des casinos dans des bâtiments cubiques sortis de nulle part, en bord de route. Inutile de dire que ça fait un peu glauque et qu'on ne serait pas étonnés si c'étaient là des temples de la prostitution. Et bientôt les barres d'immeubles, toujours avec bien peu de lumière. C'est un peu oppressant, heureusement que je sais que le centre sera plus attractif. Cinquante minutes de trajet, et encore sans bouchons, mais voilà que nous traversons enfin le pont Branko qui enjambe la Sava. Je retrouve facilement Marija, et nous avons l'occasion de prendre un verre avec l'un de ses potes, David.

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Stari grad, la vieille ville

J'ai la chance de pouvoir loger dans l'appartement du père de Marija, parti en vacances en Grèce. Il est situé dans le centre ville, mais pour autant, il est vraiment calme car il donne sur une cour intérieure commune. Il est aussi très proche du départ des free walking tours, d'une boulangerie où j'achète des trucs au hasard, et de différents commerces.

Ce tour, avec notre guide Jericho, concerne donc la vieille ville qui n'a de vieille que le nom, car je ne m'attendais pas vraiment à ça. Moche ? Non, mais assez moderne. Il faut dire que quand on a été bombardée 212 fois et reconstruite quarante, c'est difficile de garder ses vieux immeubles. Ce qui frappe donc, c'est que l'architecture n'est pas uniforme. Ça, et des maisons qui semblent abandonnées et désaffectées si l'on s'en tient à leurs façades, mais il y a des cafés dedans, c'est assez surprenant. La peinture s'écaille, les volets s'abîment, les trous dans les murs sont comblés grossièrement ... Ce n'est cependant pas la majorité des habitations qui a ce traitement. Je dois dire que je trouve ça original. Mais bon, les trous dans les murs, il y en a qui datent de la Seconde Guerre Mondiale, on peut encore observer les impacts en passant. Bombardée par les nazis aussi bien que par les alliés ... Comme le dit Jericho, les Serbes ont besoin de liberté, et avec toutes les guerres vécues, ce n'est pas le covid qui leur fait peur. Deux poids, deux mesures.

L'histoire de la Serbie ne ressemble pas tant que ça à celle de la Bulgarie. Enfin, un peu quand même. Beaucoup de monde s'y est succédé : Romains, Slaves, Bulgares, byzantins, empereurs serbes, ottomans, austrohongrois, ottomans, austrohongrois, ottomans, austrohongrois (mais pour 30 ans cette fois), ottomans, Serbes, Yougoslaves (ce sont les mêmes ok mais le nom change), Serbes. La boucle est bouclée.

Ce qui rend la ville si attractive pour les armées, c'est sa position très stratégique, la plus stratégique après Istanbul. En effet, elle se situe à la confluence du Danube et de la Sava, qui forment des frontières naturelles politiques mais aussi géographiques : au sud de la confluence, c'est les Balkans avec leurs montagnes, au nord, c'est l'Europe centrale et les plaines. Incroyable ! Cela lui valu le surnom, entre autres, de Porte des Balkans.

Belgrade est une cité très religieuse, orthodoxe comme chrétienne, juive comme musulmane. Il y avait cinq synagogues et seulement une seule reste, et la mosquée est le lieu religieux le plus ancien de Belgrade. Elle s'appelle Bajrakli, du turc "drapeau" car au lieu de chanter la prière pour appeler les fidèles, le muezzin hissait un drapeau pour donner le signal dans toutes les mosquées de la ville.

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Skadarska, ou Skadarlija

Le fameux quartier bohème. Attention, ça ne veut pas dire hipster ! La rue est bordée de kafanas, c'est à dire des établissements qui font bar, restaurant, café, et concert live, avec de magnifiques terrasses fleuries. Des fleurs, il semble y en avoir partout ! Des jardinières en débordent, de toutes les couleurs. C'est vraiment très très joli. De la musique traditionnelle, qui ressemble un peu à des mélodies grecques, s'échappent des hauts parleurs. Il arrive que des musiciens viennent égayer le repas des clients, qui ont présentement l'air heureux et qui trinquent joyeusement en famille ou entre amis. Nous aussi, car Jericho nous fait goûter de sa propre rakija ! Oui comme la rakia de Bulgarie. Hier, j'ai testé prune, aujourd'hui c'est miel, et elle est plutôt bonne. Quel dommage que je m'en sois renversé la moitié sur le pantalon par un geste malheureux ...

Ce quartier est donc celui des artistes. Il a connu une immigration massive au moment de la construction du théâtre national, qui devait montrer la valeur de la ville. Sauf qu'à ce moment là, il était bien trop grand pour une population comme celle de Belgrade ! Donc, il y avait peu de productions. Ils ont fait venir des artistes de la campagne, et ils se sont installés là où c'était moins cher, dans le quartier qui craignait bien à l'époque car il y avait des bastons.

Le plus connu de ces artistes est le peintre poète et écrivain Dura Jaksic, à qui on a érigé une statue dans la rue. Un soir, il boit énormément, et se réveille avec une gueule de bois de l'espace le lendemain, probablement comme les miennes. Il décide alors de ne plus boire de sa vie. Toute la journée il refuse des invitations de ses amis, apparemment de gros alcoolos aussi. Le soir, il a tenu sa promesse ! Quand même, quel courage. Quelle performance, se dit-il, ça mérite bien une petite récompense. Et qu'est ce qu'il aimait le plus ? L'alcool. Bravo.

Nous en apprenons aussi plus sur la langue serbe, qui est censée être phonétiquement parfaite. Bon, en voyant certains mots sans voyelles comme Trg, prononcé exactement comme vous le pensez, on pourrait se poser la question. Mais à chaque son une syllabe, jamais d'exception, jamais de diphtongues. Le serbe est écrit à la fois en latin, et en cyrillique historiquement, avec des lettres ajoutées. Depuis l'éclatement de la Yougoslavie, la Croatie, la Bosnie, le Monténégro, la Slovénie et la Macédoine ont revendiqué avoir leur propre langage, pour sembler plus indépendants. La vérité est que c'est le même à 90%, c'est juste des patois différents du serbo-croate. Tout le monde peut aisément se comprendre.

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La forteresse

Située dans l'agréable parc Kalemegdan, c'est elle qui a donné son nom à la ville, du fait de ses murailles blanches érigées au temps des Romains. Ce sont les premiers Serbes qui en l'apercevant se sont écriés "white city!" et c'est exactement ce que veut dire "Beograd". Elle est passée de mains en mains au fil de l'histoire, à tel point que pour y entrer il y a trois portes différentes : ottomane, austrohongroise et serbe. La chaleur commence à se faire sentir puisqu'il est un peu plus de midi, heureusement nous pouvons trouver des coins d'ombre. Jericho nous emmène tout en haut de la colline, pour que nous puissions admirer le panorama de la confluence de la Sava et du Danube, ainsi que les quelques buildings de la ville, et les blocs de Novi Beograd.

Nous terminons notre visite au pied du Victor, trop sexy pour être conservé en centre ville comme initialement prévu. Et ce parce qu'il est tout nu, gaulé comme un Dieu grec. Il est censé représenter l'armée serbe victorieuse, d'où son nom. Mais il a fait scandale et a été exilé tout en haut de la colline de la forteresse, et les gens se sont dépêchés d'aller le voir. Cette dernière demeure est en fait encore plus majestueuse, de plus il regarde face à l'ennemi héréditaire, l'empire austro-hongrois de l'autre côté de la Sava, en mémoire de toutes ces batailles. Cette histoire me fait penser à celle de la statue de Sainte Sophie à Sofia.

C'est le moment où nous croisons un pote de Marija, Damjan, qui parle français car il a vécu à Strasbourg. Marija insiste pour me montrer un autre endroit de la ville, genre, maintenant, et s'improvise guide. Sauf qu'elle n'avait pas compris que j'allais faire un tour guidé de cet endroit le lendemain ... Enfin à la base ce n'était pas forcément prévu, mais ça l'est devenu.

Nous revenons à 15h au cheval (qui est le monument au prince Mikhail qui a libéré le peuple Serbe des ottomans, au fait) pour un nouvea tour guidé, payant cette fois ci, car nous allons entrer dans les souterrains de la forteresse. Normalement il y avait une dégustation de vin, mais pas en temps de covid. Le prix semble rester le même, et 15 euros pour la Serbie, c'est déjà pas mal, mais pour les gens qui ont payé 30 euros le tour de Viator, c'est encore pire. Ils sont toute une meute, alors que nous, nous avons pris le même organisme local que les free walking tours, et nous avons la chance de n'être que toutes les trois en comptant la guide, Jovana, avec qui Marija se fait pote. C'est rigolo, cette manière de lier des amitiés tout de suite.

Notre première visite est donc le puits romain, qui n'est ni romain, ni un puits, pour ce que ça vaut. Il avait été creusé par les austrohongrois, du temps où ils étaient parvenus à occuper la ville. Ils voulaient avoir de l'eau dans la forteresse en cas de siège, ils comptaient trouver l'eau de la Sava mais au bout de 60 mètres, ils sont tombés sur de la roche, impossible d'aller plus loin ... Ils ont donc fait un système élaboré de galeries labyrinthiques pour recueillir l'eau de pluie et la fonte des neiges pour remplir ce qui est devenu une citerne et non un puits à proprement parler. Il est qualifié de "romain" car quand il a été découvert, il semblait vieux. Il est cependant entouré de légendes mais aussi d'histoires vraies angoissantes, comme par exemple dans les années soixante, quand il n'y avait pas la grille de protection. Un couple s'est disputé, le mari a poussé sa femme qui est tombée dedans. Le corps a été retrouvé trois jours plus tard. Ou encore, pendant la Seconde Guerre Mondiale, les nazis ont envoyé des plongeurs pour explorer le système de galeries car il semblait qu'on pouvait arriver de l'autre côté de la Sava depuis l'intérieur de la forteresse. Ils ne sont jamais revenus. Du côté des légendes glauques, au 15e siècle les austrohongrois ont capturé 44 personnes qui voulaient aider les Ottomans et les auraient enfermés au fond de la citerne alors asséchée. Au bout de plusieurs jours, ils ont envoyé une corde, et ont récupéré un couteau ensanglanté. Les 44 personnes se seraient tuées et mangées entre elles pour survivre ... Ces histoires donnent des frissons et pas seulement parce qu'il fait agréablement frais dans cet endroit, et qu'il y a une musique inquiétante pour rajouter au drama.

La seconde partie de la visite nous emmène dans un bunker, resté secret jusqu'en 2008 mais construit pendant la Guerre Froide. Évidemment, des gens s'étaient rendus compte que l'armée était en train de faire quelque chose, mais il ne fallait rien dire sinon goulag ou équivalent. En fait, il n'a jamais été utilisé, mais il aurait pu être utile quand Tito a commencé à être en froid avec Staline. Les yougoslaves ont passé l'accord d'aider les Russes, mais seulement s'ils quittaient leur territoire. Au fil des années, Staline aurait envoyé des assassins pour le tuer, mais Tito a toujours déjoué ces tentatives, la légende dit qu'il aurait même menacé de le tuer lui-même. En réalité, ni l'un ni l'autre n'aurait risqué de déclencher une guerre ouverte, si proche de la Seconde Guerre Mondiale. Surtout que l'Occident aurait pris le parti des Yougoslaves.

L'ambiance dans ce bunker est un peu oppressante, mais la visite est très intéressante, un peu comme celle du sous-marin de Hambourg (qui était exceptionnel !). Nous allons nous rafraîchir à la fontaine construite par Mehmet Pacha Sokolovic, nom étrange n'est ce pas ? C'était le Grand Vizir de Soliman le Magnifique, né en Bosnie mais converti. C'était monnaie courante sous les Ottomans de payer les taxes en offrant de jeunes garçons à l'armée, et ce dès 3 ou 4 ans. Il arrivait que pour les garder, les mères leur coupe le pouce et l'index, pour ne plus qu'ils puissent tirer.

Nous descendons des murailles par un chemin abrupt et un peu glissant, pour nous rendre à la poudrière. Plus de poudre à canon depuis des années, mais il y a une salle où des restes romains sont conservés, dont un cercueil qui relate un passage de la vie de Jonah, vers le 4e siècle. Il est fort possible qu'il s'agisse d'une très ancienne représentation de Jésus, voire la plus ancienne, car le bateau de Jonah est guidé par un berger qui le représenterait dans sa forme originelle mais avec certains de ses attributs. Mais bien que ce soit intéressant, cette pièce a une autre particularité. Elle a servi à autre chose jusqu'à relativement récemment. Par terre, il y a des chewing gums noircis, et je me dis que le plus logique serait qu'elle ait servi de salle de concert car elle a une bonne acoustique. Et bien non, elle a carrément servi de club ! Avec les restes romains tout autour ! Les DJs plaçaient leurs consoles sur les cercueils ! C'est étonnant qu'ils n'aient pas été plus dégradés que ça ! Ils ont fermé quand quelqu'un s'est pris un bout de plafond sur la tête. Mais c'est incroyable ! Marija y a été pour un mariage quand elle était petite.

Jovana nous laisse à l'église Svete Petke, avec de très belles mosaïques colorées. Marija, comme les autres, embrasse l'icône. C'est pas très covid, surtout que le port de masque est totalement aléatoire en Serbie malgré la législation qui l'impose. Nous remontons jusqu'à l'autre église Crvka Ruzica, dont les lustres sont faits avec des balles de fusil, étonnant ! Je me fais discrète car c'est l'heure de la messz, et les fidèles entament un chant mélodieux.

Nous longeons maintenant le Danube pour aller rencontrer la mère de Marija, qui est extrêmement gentille et appréciée de tous ses amis. Elle m'invite à dîner un soir où elle fera une tourte traditionnelle serbe avec du fromage, ça promet ! J'espère que ce plan se réalisera, car comme me disait Marija, ici les gens ne planifient pas trop et s'appellent sur le moment pour faire des choses. Ce qui est bien car c'est spontané, mais il arrive que les plans tombent à l'eau car personne n'est dispo. J'apprends aussi un élément intéressant sur la religion orthodoxe: chaque personne hérite d'un Saint, qu'ils célèbrent le jour de sa fête. C'est le même que le père, donc celui de Marija est Saint Nicolas, celui de sa mère est Saint Grégoire, elle possède une icône passée de génération en génération !

 Le terrain de tennis fait par Novak Djokovic.

Ce n'est pas tout, mais nous rentrons chacune dans nos appartements pour nous reposer. Marija me propose ensuite un concert de jazz au jardin botanique, sans grande conviction, mais je pensais que nous ferions quelque chose avec Damjan, et au moment de le faire, nous étions toutes deux trop fatiguées. Tant pis, ça sera pour la prochaine fois !

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Terazije

Je vais maintenant parler de la partie la plus récente de Belgrade, même si vous l'aurez compris, il y a des endroits dans la vieille ville qui sont plus récents que les autres quartiers. Il est donc appelé le 20th century tour. Notre guide d'aujourd'hui se nomme Nemanya, et un autre pote de Marija, Ivko, se joint à nous.

Nous commençons la visite par l'Albania palace, qui fût le premier gratte-ciel de Belgrade, car jusque là les pompiers interdisaient de construire des immeubles de plus de 5 étages. Il fait partie des "immeubles malchanceux" de Belgrade, c'est à dire ceux qui ont été construits juste avant la Seconde guerre mondiale donc bombardés, mais en plus de ça des squelettes ont été trouvés en creusant les fondations. Dominant l'avenue Terazije, c'était donc le meilleur spot pour mettre un drapeau yougoslave lors de la libération. D'ailleurs, d'où vient ce nom ? Marija m'avait dit que c'était par rapport à la balance de la justice, car ils avaient exécuté des gens là bas. En fait, rien à voir. C'était un endroit où passaient les aqueducs entre les châteaux d'eau. C'est le nom turc pour tout cet équipement, quand il a fallu nommer le quartier où tous les marchands se sont installés par la suite.

Nous voici maintenant devant l'hôtel Moscou. Il est encore très prestigieux, et ce depuis son ouverture en 1908. Tous des concurrents, comme l'hôtel Balkan juste en face, n'ont pas bien vécu les transitions de régime. L'hôtel Moscou s'est inspiré de l'hôtel Sachertorte à Vienne pour faire une opération commerciale : c'était le seul endroit de la ville où ils vendaient le "Moscow Cake". Profitant du fait qu'Einstein ait été l'un de leurs clients, ils clamaient ainsi "si vous mangez de ce gâteau, vous allez devenir aussi intelligent qu'Albert !" (et Asperger par la même occasion).

On va quand même revenir un peu sur l'histoire de la Yougoslavie, puisque nous sommes dans l'endroit où toutes les décisions politiques ont été prises. L'histoire de la Yougoslavie remonte bien même avant sa création, quand chaque République qui la composait était au coeur de guerres d'indépendances ou d'annexions de l'empire austro-hongrois ou ottoman. Prenons la juste à la veille de la Première Guerre Mondiale, quand le royaume de Serbie a des vues sur la Bosnie austro-hongroise. La société secrète serbe la Main Noire prend contact avec le groupe Jeune Bosnie, duquel est issu Gavrilo Princip, l'assassin de l'archiduc François-Ferdinand. On peut dire que le pays s'est tiré une belle balle dans le pied, car la PGM a été bien meurtrière, plus que la Seconde. Mais le Premier Ministre, Nikola Pasic, n'a pas chômé. Il se fait pote avec des politiciens croates et ils suggèrent l'idée de créer un comité yougoslave, représentant les Slaves du sud. Cela leur permet de revendiquer la Slovénie en 1915, sous contrôle austrohongrois. Elle n'a pas trop donné son avis, mais les Serbes ont été attractifs. Ils ne perdent pas de temps quand l'empire des Habsbourg s'effondre, les Slovènes Croates et Serbes font leur propre état en décembre 1918. Le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine s'y ajoutent. C'est une monarchie constitutionnelle qui devient absolue. Ils se font envahir par les nazis en 1941 (avec bombardement). Les Républiques sont à nouveau divisées car elles ne sont pas occupées de la même façon. Ça n'empêche pas le parti de Tito de résister et de se proclamer gouvernement sous l'occupation, pour ensuite devenir réel gouvernement. Il s'aligne pendant trois ans sur l'URSS et fait ensuite sa vie, car ce n'est pas l'Armée Rouge qui a libéré Belgrade. C'est à sa mort en 1980 que les tensions entre les 6 Républiques se font à nouveau ressentir, malgré les efforts de Slobodan Milosevic qui est perçu comme nationaliste. Peu à peu, chaque président élu veut l'indépendance. Chaque État le devient, la Yougoslavie se réduit comme une peau de chagrin, jusqu'à l'indépendance du Monténégro en 2006.

Certains pensent qu'elle a été maudite car le Parlement a été construit sur les ruines, non pas d'un cimetière indien, mais d'une ancienne mosquée. Le boulevard qui passe devant avait été renommé Boulevard de la Révolution, et agrandi pour faire passer les défilés de l'armée. On peut y voir deux statues d'un homme avec un cheval, représentant le peuple et le gouvernement. L'une des statues montre l'homme qui soutient le cheval, la seconde le cheval qui se met de tout son poids sur le dos de l'homme. Le soutien et le profit. Je trouve les positions très suggestives, on pourrait presque penser que c'est fait exprès. En face, le Parc des Pionniers, qui était auparavant les jardins du Palais Royal, dont on a abattu les barrières pour le symbole. C'est devenu la mairie par la suite.

Voici maintenant l'église Saint Marc, dans le style byzantin, qui est une copie d'un monastère. Et juste derrière, une église russe qui semble faite en plastique. Et encore derrière, un bâtiment bombardé. C'est la télévision serbe, qui a gardé une partie en tant que mémorial et qui s'est reconstruite autour. Il a eu lieu en 1999 pendant la guerre du Kosovo, et a été réalisé par l'OTAN. C'est la première fois que les journalistes se faisaient viser. Nemenya nous dit qu'à ce moment là, il n'y avait même pas de propagande, personne d'important n'est mort, c'était juste des gens qui faisaient leur boulot au mauvais endroit, au mauvais moment.

Nous continuons la visite en passant à côté du musée Nikola Tesla, puis la place Slavija qui a mauvaise réputation à cause de son rond point très compliqué à gérer - sinon elle a aussi une fontaine qui chante du Michael Jackson - et enfin le clou de la visite, la cathédrale Saint Seva (et non pas Saint Seiya) qui est la plus grande des Balkans et c'est donc elle la fameuse qui a surpassé St Alexandre Nevski à Sofia ! Et ouais, elle envoie ! Elle est moins grande que St Pierre de Rome évidemment, mais quand même. La construction a commencé en 1935 mais entre temps il y a eu des guerres et des occupations, puis plus assez d'argent, mais il ne fallait pas désespérer, elle a été finie l'année dernière ! Et encore, en entrant dedans, il y a des parties pas encore finies mais les mosaïques dorées sont impressionnantes et lumineuses. Les Serbes l'appellent la Sagrada Familia de Belgrade.

 Cevapi (la version serbe du kebab), chopska comme en Bulgarie, et Tres Leches cake (slovène)
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J'ai la chance de manger mercredi soir chez la mère de Marija, qui nous avait fait à manger. Je ne saurais pas retrouver le nom du plat, mais cela faisait du bien de manger quelque chose de plus diététique ! Et de passer un bon moment car elle est vraiment très gentille. À la télé, je vois la tête du fameux Président Serbe "psychopathe" comme dit Marija, sauf que je lui trouve plutôt la gueule d'un mec sorti dernier de sa promo d'école de commerce, un peu geek sur les bords, pâteux, mais pas taré. Ceux qui n'ont pas la gueule de l'emploi s'en sortent le mieux.

Le lendemain, il fait 37 degrés. Je pensais que c'était normal pour Belgrade, puisque c'est un climat continental, il semblerait que non. Donc, repos toute la matinée après l'escapade à Tara, et l'après midi, piscine ! Publique certes, mais piscine quand même. Il y a beaucoup de monde mais qu'il est agréable de se délasser dans l'eau par ce temps. Marija ne peut me rejoindre qu'à 18h et nous restons 1h supplémentaire. À la sortie, nous envisagions de louer des vélos pour aller jusqu'à Ada Cigarlija où il y a un lac artificiel, mais la flemme, il fait chaud et nous sommes détendues, c'est pas le moment de faire du sport. Le soir, Marija débarque à l'appart avec son amie Tea, et nous pensions sortir mais Marija décrète que non, en même temps elle n'a pas tort car il fait encore 35 degrés dehors. David et Damjan débarquent aussi, et il ne manque qu'Ivko pour faire un petit medley des gens que j'ai rencontrés ! Nous parlons voyage toute la soirée.

Burek
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Un magnifique parc à dominante d'épicéas (Serbian Spruces) dans lequel se baladent encore des ours bruns. Mais avant cette escapade bucolique, il faut aller louer la voiture à l'aéroport, donc prendre le bus, que j'attends 30 minutes et qui met 1h30 dans les bouchons. Heureusement, j'avais grappillé 15 minutes de wifi de la gare routière pour prévenir la dame de l'agence et mon hébergement de mon retard. Tandis que j'attends qu'elle remplisse les papiers nécessaires à la location, je remarque dans le hall des arrivées des gens avec des panneaux "Sabaton". Ils attendent les membres du groupe qui font l'EXIT vendredi ? En fait, vu les noms, ce serait plutôt l'équipe technique, ou les managers ..

Je prends la route un peu avant six heures avec une nouvelle Twingo qui se conduit très bien, et un réservoir plein au quart. Étrange comme procédé. Je file vers l'autoroute qui a un petit nom: Milos The Great. Puis je sors pour couper vers la route de Bajina Basta. Et là, je tombe sous le charme des paysages. Si la Suisse est la quintessence de la montagne, la Serbie est celle de la campagne. De petites barrières en bois, des cabanes, des bottes de paille, des gens qui travaillent dans les champs de maïs ou de blé, des tracteurs, des fleurs, des barbecues ...

Cette histoire de plein à 1/4, ça me tracasse, il y a peu de barres sur l'indicateur, alors peut être qu'une barre vaut plus que sur ma voiture. Je passe plein de stations essence, mais je veux tester jusqu'au bout. C'est au milieu de nulle part que la réserve s'allume, et je suis encore à 60km de Bajina Basta. J'ai voulu tenter, je n'ai pas le choix maintenant. Je profitedes paysages scéniques avec de très beaux reliefs, mais je dois me rendre à l'évidence : je suis dans la panade car ça monte bien plus que ça ne descend. Mais que je suis con! Je prévois des plans si jamais je tombe en panne d'essence, je me mets au point mort dans les descentes, je manque de percuter un troupeau de moutons. Puis un troupeau de chèvres. Il reste 50km ... Je ne vais jamais y arriver. Je n'ose presque pas m'arrêter pour prendre des photos. Enfin, un peu de temps en temps. Quand tout à coup, lorsque je zoome sur la carte ... Une station essence ! À 5km! Je suis sauvée ! Et avant d'y arriver, au détour d'un virage, je tombe nez à nez avec une biche. Je n'ai pas le temps de réagir, elle me regarde avec un air interloqué et bondit dans les fourrés. Wahou ... Quel animal magique. Je prends ça pour un bon présage, la pompe ne sera pas fermée (car il est 20 heures avec tout ça). Et en effet, elle ne l'est pas. C'est un papy qui me sert, il ne parle pas anglais, mais on s'en sort. Voilà, je suis parée. Pendant ce temps, mon ange gardien est en PLS dans un coin, et pense à démissionner avant de faire un burn out.

J'arrive donc à la nuit tombée à Bajina Basta et rejoins mon hostel, le Mystic River. Il est très cosy, le lit est confortable, le petit jardin trop mignon, la vue très belle. Je me repose une dizaine de minutes et cherche un restaurant dans le centre ville. Mais il n'ya que des cafés ouverts, et plein de monde dehors. Il est bientôt 22h alors je cherche une épicerie, je me prends un plat en sauce tout fait au pif (du porc dans de la sauce paprika) et des nouilles pour me faire à l'hostel, ça sera plus simple.

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Le lendemain, ma première étape est la Maison sur la Drina, du nom de la rivière. Que fait-elle là? Elle a été construite comme un abri pour les pêcheurs et c'est une vraie curiosité. La Drina est d'un bleu intense, et sert de frontière naturelle entre la Serbie et la Bosnie. Donc sur l'autre rive c'est la Bosnie, je pourrais y aller en la traversant à la nage et revenir sans test pcr. Comme ces pêcheurs bosniaques sur ma photo.

Ensuite, le prochain stop est au lac de Perucac, l'entrée des gorges de la Drina. Un grand barrage y est construit.

J'entame donc la route qui monte, et une tonne de virages, comme si je n'en avais pas eu assez hier. J'entre dans le Parc National de Tara avant d'arriver dans le charmant village de Mitrovac que je visiterai tout à l'heure. Pour le moment, je monte à Banjska Stena, magnifique point de vue sur les gorges de la Drina et très facile d'accès. Je ne prends pas le même chemin au retour car il y a trop d'enfants qui crient. Je me retrouve en pleine nature avec seulement le gazouillis des oiseaux pour compagnie. Il ne fait pas trop chaud, c'est parfait pour une communion avec la nature.

J'essaye de m'engager sur la piste pour aller voir un autre point de vue malgré les avertissements, et définitivement, c'est une mauvaise idée, il y a trop de cailloux. Surtout avec une voiture de location. Je préfère zapper, et ne pas galérer. Je retourne donc sur Mitrovac pour manger, il y a un événement sportif donc il y a de la musique, c'est fort agréable. Je vais vers un restaurant, et je me fais attaquer par un chien. En fait il veut jouer, il me mordille le bras, casse mon masque, je finis par l'engueuler et il me laisse tranquille, compréhensif. Finalement ce resto ne me dit rien, je repars vers un autre où je prends un goulash et de la polenta, après m'être faite comprendre pour la première fois avec mon G'palémo! C'est surtout que jusqu'à maintenant je n'avais pas le réflexe. Je me régale mais c'est copieux, je ne finis pas.

Pour digérer, je me promène jusqu'au Tepih Livada, un tapis de mousse. Pour y aller, il faut encore passer dans la forêt, c'est génial, je me croirais presque au Canada. J'aimerais en profiter plus longtemps mais je me fais attaquer par les moustiques.

Prochain arrêt : le lac de Zaovine ! J'en fais le tour, jusqu'à arriver au barrage, où il y a une petite plage. J'y fais une pause le temps de me rafraîchir, même si un lac, c'est plein de vase. De magnifiques paysages s'offrent à moi pendant le trajet, alors que la radio ne capte que des stations avec de la musique serbe traditionnelle. Pour certaines, on dirait des chansons de l'Eurovision.

 Best playlist ever

Je reprends la route vers Bajina Basta, car nous sommes en fin de journée. Je m'arrête plusieurs fois pour les photos, mais je dois me restreindre car parfois il y a des gens et c'est très bizarre de les prendre en photo devant leur maison. J'arrive dans un village nommé Mala Reka, et je me fais attaquer par un cheval. Quelle journée.

De retour à l'hostel, pas envie d'aller au resto, il me reste des pâtes de la veille à finir, et puis ça commence à faire beaucoup autant niveau budget que calories. Un passage à la supérette, je prends de la dinde, et repos !

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Le lendemain, je règle les derniers détails organisationnels, comme nettoyer la voiture, mettre de l'essence, retirer de l'argent pour le reste du séjour, et je prends la route de Mokra Gora. Je traverse une dernière fois Tara pour entrer dans le massif de Sargan.

Mon premier arrêt est une très jolie petite église répondant au doux nom de Crvka svetog Jovana Krstitelja (ils ont encore mangé des voyelles), proche de la source Bela Voda. Il y a des gens qui ont fait à manger pour les fidèles qui viennent se recueillir, du coup je n'ose pas prendre quoi que ce soit.

Maintenant je me rends à la gare car je vais prendre le train touristique Sargan Eight. Il est composé de wagons vintage et fait tout un tour dans le massif du même nom. Il y a pas mal de monde, mais la traversée est très sympa car les paysages sont très scéniques. Son nom vient du fait qu'il réalise un 8 sur lui même à un certain endroit, et l'on peut voir les voies presque superposées. Mais pas passer l'une au dessus de l'autre car il y a plein de tunnels. L'aller nous prend 45 minutes, puis une pause est faite pour que la locomotive aille de l'autre côté, puis nous reprenons la route, puis une autre longue pause dans une autre petite gare, et trois arrêts pour prendre des photos du panorama. C'est une bonne idée mais sur la fin, c'est un peu long.

Dernier stop avant de reprendre la route vers Belgrade: Küstendorf, aussi appelé Mecavnik village, ou Drvengrad. Cela veut dire "le village en bois", il a été construit pour le film La vie est un Miracle d'Emir Kusturica. Le projet est bien plus joli qu'il en a l'air, et ne se limite pas à une attraction touristique. Kusturica en dit: « J'ai perdu ma ville durant la guerre. C'est pourquoi j'ai souhaité bâtir mon village. Il porte un nom allemand : Küstendorf. J'y organiserai des séminaires pour les gens qui veulent apprendre à faire du cinéma, des concerts, de la céramique, de la peinture. C'est la ville où je vais vivre et où certaines personnes pourront venir de temps en temps. Il y aura bien sûr d'autres habitants qui travailleront sur place. Je rêve que cet endroit soit ouvert à la diversité culturelle et s'érige contre la mondialisation. »

Je m'en vais manger au seul resto du lieu. C'est un restaurant touristique, mais c'est l'occasion de goûter la fameuse pljeskavitsa, traduit par "burger serbe". C'est un gros steak de 300g de boeuf, porc et oignons hachés, plein de graisses comme une saucisse. C'est bon, mais ... Je n'ai pas le courage de tout terminer ! Je fais une petite promenade digestive entre les maisons de bois inhabitées sous le soleil qui frappe mon crâne. J'ai réussi à éviter le flot de touristes. Mais l'heure tourne, il est donc temps de prendre la route pour retourner à Belgrade. Trois heures seront nécessaires, en passant par la nationale qui borde la ville d'Uzice, coincée entre des collines et qui pourtant semble avoir une sacrée densité de population à en juger par les hauts immeubles. Le paysage change un peu, nous quittons ce qu'il restait des conifères pour entrer dans une région plus rocheuse et sèche, avec de gros blocs de pierre calcaire qui surplombe la route. Ça ressemble à un paysage méditerranéen. Et enfin, l'autoroute !

3

C'est le grand jour !

Je me prépare le matin, et me peins la figure avec ma peinture UV dès le matin. Je vais au restaurant dans la rue de Skadarska avec ce beau look, et un des serveurs me dit "sympa le maquillage" alors que dans un autre restaurant, un autre se fout de ma gueule. Ok le choix est vite fait. Le staff est sympa, mais je n'ai pas choisi le meilleur plat: c'est un steak de porc enroulé sur du fromage. Je ne savais pas que c'était encore frit par dessus, on dirait donc une saucisse, et quand je "l'ouvre", ce truc se met à vomir de la graisse. Mais vraiment, c'est l'impression que ça donne, et ça met du temps à s'arrêter. J'essaye de sauver mes frites. Bon, il faut se dire que si la graisse reste dans l'assiette, elle n'ira pas dans mon bide ... Après, ce n'est vraiment pas mauvaise. Mais je laisse les parties frites pour me concentrer sur la viande. Ce qui fait qu'il me reste un peu de place pour goûter des knudles sucrés, avec une crème de pistache, et là franchement c'est trop bon !

Allez, on se met en route pour aller prendre le bus. Le trajet dure 1h20 et traverse de grandes plaines agricoles: du blé, du maïs, des tournesols. C'est le côté Europe Centrale toute plate.

À l'arrivée à Novi Sad, il faut que j'aille faire un antigénique pour entrer dans le festival, mais l'endroit où on le fait est à l'opposé de la forteresse de Petrovaradin où il se tient. Il est censé pleuvoir, Marija m'a prêté son parapluie mais pour l'instant il fait lourd et soleil brûlant. Du coup je l'utilise comme une ombrelle pour éviter de prendre des coups de soleil avec mes marques, et c'est agréable, ça marche bien. J'arrive donc à l'endroit indiqué et une infirmière est à fond sur mon maquillage. Deux petits tours dans les narines, et en deux minutes le résultat est négatif, ouf, encore mieux qu'un test de grossesse !

Maintenant je vais visiter Novi Sad. C'est la seconde plus grande ville de Serbie, située dans la région fertile de la Voïvodine et qui a donc souvent été objet de convoitise entre les Serbes et les Hongrois. Malheureusement il fait très chaud, comme je m'y attendais, j'ai très soif tout le temps. Mais le centre ville est petit, les façades sont colorées, travaillées et plutôt belles, donc il y a de quoi faire des photos. Je commence par la synagogue, dans la rue qui était dédiée aux Juifs à l'époque de la construction.

Ensuite, le centre ville n'est pas très animé, mais tant mieux. On peut y voir un petit café dans un wagon de tramway et l'Hôtel de Ville, face à l'église Crvka imena Marijinog, en langue originale. Cette dernière a un très beau toit qui rappelle ceux de Vienne et de l'Europe Centrale en règle générale. Au centre, on trouve la statue de Svetozar Miletic, qui était avocat, journaliste et écrivain, mais aussi maire de Novi Sad et chef des Serbes alors que la ville faisait partie de l'empire austro-hongrois.

Il y a de la musique en centre ville, pour mettre dans l'ambiance du EXIT, et plein de monde qui se rafraîchit dans les cafés, à l'ombre, car il fait quand même 36 degrés. Soit sur l'avenue principale, soit dans des petits passages cachés qui la parsèment pour mener au Dunavski Park. Il y a là la même statue de l'artiste de Skadarska, celui qui voulait ne plus être un gros alcoolique et qui se fait un petit treat à la fin de la journée. En fait, je ne l'avais pas pris à Belgrade, mais voilà, il est là aussi.

Je décide d'aller me caler à l'entrée du festival en avance pour économiser mes forces, et tous les métalleux venus voir Sabaton sont déjà là. Le tonnerre gronde, mais au contraire ils ont l'air contents, pas inquiets pour un sou. Sur la route, la traversée du Danube offre une belle vue sur la forteresse de Petrovaradin, là où a lieu le festival.

Et enfin, on peut rentrer! Voici d'abord quelques vidéos du début de soirée, où il n'y avait pas encore trop de monde. Le flot de gens est venu plus tard.

Un pogo featuring Finn Wolfhard (Mike de Stranger Things) 
 Styles différents
 SABATON

Nous sommes 40 000 personnes ce soir et c'est le premier festival à être réautorisé depuis la pandémie. Pendant les concerts, je me fais des potes grâce à ma peinture: Michael (Floride), Cécilia (Suède) et Jarrod (Nouvelle-Zélande), qui sont géniaux et qui m'adoptent pour la soirée, et quelques autres personnes qui se sont jointes à nous comme deux réunionnaises qui étaient super contentes que j'y sois allée l'année dernière !

 FUN
 TOPIC

Au final, peu de pluie, de l'alcool tout juste comme il le fallait (même si la Heineken, bof), de la bonne musique, des cris, des sauts dans tous les sens et des photos, danser comme si c'était la première fois que l'on se sentait si libres !

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Dernière visite: le quartier de Zemun, un village dans la ville, à 20 minutes en bus. Nous retrouvons Nemanya le guide, qui va nous faire ce dernier walking tour. Malgré la fatigue du festival de la veille, et mon sac à porter pour aller directement à l'aéroport ensuite, je tiens le coup et la visite est agréable. Ce qui est original avec Zemun, c'est que c'est l'archétype de la ville austrohongroise. Et oui, c'est de l'autre côté de la Sava ! Avant que Novi Beograd et son architecture soviétique ne soit construite juste à côté, elle était assez loin de Belgrade. Et au fur et à mesure, elle a été rattachée. C'est vraiment une autre ambiance par rapport au centre ville bétonné, c'est extrêmement calme. Elle combine les rues aérées et droites de l'empire des Habsbourgs, et les rues tarabiscotées des Serbes frontaliers qui vivaient là. C'est un peu ce qu'est Montmartre à Paris, dans un style différent. La ville est aussi connue pour avoir eu des maisons rondes comme celles des hobbits !

Nous passons devant l'ancien bâtiment de l'aviation, abandonné, laissé en état "comme un mémorial" ou peut être n'avaient-ils pas assez d'argent, préférant construire des résidences de riches sans informer le peuple de combien ça coûte, comme souvent en Serbie. En tout cas c'est super pour faire de l'urbex. Nous nous rendons ensuite dans un parc qui servait de place de quarantaine lorsque les marchands revenaient de l'empire ottoman, les austrohongrois avaient peur qu'ils ramènent toutes sortes de maladies avec eux. Alors qu'il étaient probablement plus hygiéniques qu'eux. Pour faire rester des gens aussi longtemps, on a construit deux églises côte à côte, presque identiques. Sauf que la catholique donne vers nous, l'orthodoxe est tournée vers l'est. En fait, les églises des différentes branches du christianisme étaient très similaires à l'extérieur, dans un souci d'uniformité, mais c'est l'intérieur qui diffère. On peut presque prendre des paris et se faire la surprise de ce qu'on visite.

Notre tour est assez court et s'achève à la vigie de Gardos, de type hongrois, qui domine la colline et que l'on voit de loin comme une tour enchantée. Marija me raconte que quand elle était petite, une de ses copines voyait Zemun au loin et disait que c'était Londres. C'est adorable ! Mais c'est dire à quel point la ville semble sortie d'ailleurs.

Un peu moins d'informations car la fatigue ne me donnait pas envie de prendre des notes, mais les photos sont au rendez-vous.

Il est temps de se quitter, je remercie Marija et je quitte la Serbie à regret. Tout s'est bien passé, ce qui est particulièrement rare dans le cadre de mes voyages. Aucun souci réel à part le change d'argent, et encore c'est loin d'être dramatique. Tout était fluide, tout semblait simple, accueillant, cosy. Étonnant pour un pays où les gens aiment faire les choses à l'arrache au dernier moment ! Mais justement, non ?

Je suis agréablement surprise et reconnaissante de tout ce qui a pu se passer durant cette super semaine ! La Serbie est un pays qui mériterait d'être mieux connu du reste de l'Europe, et de toute manière c'est calme avec le Kosovo en ce moment.

Merci d'avoir suivi ce blog, à tout de suite pour le prochain !