Carnet de voyage

Vive la France ... !

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Il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas de blog cette année.
Du 8 juillet au 6 août 2020
30 jours
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Publié le 7 juillet 2020

Bonjour! Et bienvenue sur ce nouveau blog, qui va relater un voyage quasiment improvisé, imprévu, mon plan E au moins si ce n'est H, mais un voyage quand même.

Le 11 mai, on nous a dit: "Voyagez en France".

Mais on n'a jamais précisé si on ne parlait que de la France métropolitaine, me suis-je dis à ce moment là.

Et un peu plus tard, l'info est officiellement tombée: nous avons le droit de nous rendre en Outre-mer. Dites donc, qu'est ce que ça tombe bien, j'avais envisagé d'aller à la Réunion pour un "voyage CDI" (= deux ou trois semaines quand un jour je partirai de là où je suis), mais la situation ne me laisse guère le choix. Exit l'apprentissage du russe - pour l'instant, gardons la Corée et le Japon dans notre coeur et nous les rencontrerons dans de meilleures conditions.

Le plus compliqué pour moi a probablement été d'attendre jusqu'au 1e juillet pour réserver le vol pour Saint Denis: Cécilia et moi craignions que de nouveaux clusters émergent, que des vols soient annulés, et après moultes galères pour essayer de nous faire rembourser nos billets initiaux, ce n'était pas la peine de se lancer dans une nouvelle.

Un voyage loin, mais bien plus tranquille et moins solitaire que d'habitude, puisque nous serons hébergées en partie par Cyril (Boris) que nous connaissons depuis nos années de prépa. Cécilia partira au bout de 11 jours, tandis que moi, je resterai deux semaines de plus qu'elle ... Pour déconnecter. Et puis, passage rapide sur Paris avant et après.

Donc, le backpack habituel reprend tout de même du service, mais le fichier Excel de préparation du Transsibérien & co n'a servi à rien. L'accueil de Cyril me permet d'embarquer mon ordinateur sans trop craindre pour sa vie. Le Reflex est fin prêt à photographier dans tous les sens. Et moi, est-ce que je le suis?


Rappel du fonctionnement du blog: vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir. Vous pouvez accéder aux articles directement en cliquant sur le nombre d'étapes, sur la petite flèche à côté pour être plus précise. Vous pouvez me laisser des commentaires et vous abonner, car ça me fait plaisir. Vous pouvez tout !!

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Publié le 11 juillet 2020

Fort heureusement, Cécilia a réalisé le test Covid avant moi, et a pu me prévenir que les résultats arrivaient en 48 heures et non en maximum 24 heures comme annoncé. Ce qui aurait été très problématique, étant donné que nous prenons l'avion le 10 juillet aux alentours de 21h et que mon rendez-vous était programmé le 9 juillet à 10h45.

A l'arrivée à Paris, je ne m'accorde donc pas le temps d'aller poser mes affaires, mais je pars directement au labo qui est à 15 minutes à pied de Gare de Lyon. Je me rends compte que cette année, j'ai bien trop chargé mon sac, mais peut-être que cela est dû aussi aux deux kilos de cassoulet en conserve que je vais offrir à Cyril, qui est originaire du Lauragais. Tant bien que mal et sans que mes épaules ou mon dos ne protestent trop, j'arrive à destination, j'explique ma situation et la jeune fille de l'accueil se montre très compréhensive. Elle relève que mon adresse est dans l'Aude, elle vient de Toulouse et a travaillé à Castelnaudary, "le pays du cassoulet". Je me prépare à dire "c'est marrant que vous parliez du cassoulet, figurez vous que ..." mais au final, je n'en ai pas vraiment le temps. L'infirmier vient me faire le prélèvement dans les deux narines. Et donc finalement, ce test Covid? Et bien il est vraiment désagréable. Cécilia m'avait dit que non, il ne faisait pas mal, mais moi j'admets que j'ai un peu douillé. Il m'a même tiré les larmes aux yeux, je pense que c'est par le même processus que quand on se fait percer le nez, ça touche le canal lacrymal ou quelque chose comme ça. Mais en tout cas, il n'y a pas mort de femme.

Toujours avec mes deux sacs sur le dos, je repars vers Gare de Lyon, prend le métro, et vais prendre du repos bien mérité chez Cécilia, qui quand elle n'est pas en afterwork, fait des journées de 12h de boulot.

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Et voilà, Cécilia qui me parle de fièvre hier soir, "et si on en avait un peu et qu'on puisse pas embarquer", "mais non ça ira t'inquiètes", et ce matin, que se passe-t-il? Je me sens bizarre. Fiévreuse, quoi. Probablement une réaction à mon rythme d'hier, mais c'est embêtant.

Je sors vers midi et quelques, voulant me rendre à un restaurant de tacos qui s'avèrera être fermé. Cela dit, je me suis promenée dans une partie de Paris que je ne connaissais pas, le quartier "Rive Gauche" dans le 13e. Je passe devant des bars sympas, des restos sympas, et un food court qui me semble bien décoré et bien que grand, la déco semble vraiment très cool, en tout cas ça me plaît. C'est pour ce genre d'endroits que j'aimerais habiter à Paris.

Après avoir finalement mangé des tacos ailleurs, je me promène sur le boulevard Saint Germain. Je me rends à la boutique Deyrolle, que j'ai vue dans une vidéo d'Axolot. C'est une très vieille boutique de la ville spécialisée en ... taxidermie. Et si elle est si intéressante, c'est qu'elle ressemble un peu à un cabinet de curiosités. Sur place, pas de photos permises, ce que je respecte au départ. Mais il suffit que je me rende compte que d'autres personnes s'en fichent, pour que je commence à en prendre quelques unes discrètement. C'est intéressant comme univers, c'est comme une galerie d'art. Probablement parce que c'en est un, d'art. D'ailleurs, ils ont même collaboré avec un artiste plasticien pour réaliser des oeuvres avec des papillons, des abeilles ...

Excusez la qualité mais je n'ai pas vraiment pris le temps nécessaire. 

Je reprends ensuite le métro pour aller découvrir le parc des Buttes-Chaumont, simplement parce que je n'y suis jamais allée. Et oui, il se trouve que c'est la première fois que je parle de Paris dans un blog, mais que j'y ai déjà fait tout plein de choses intéressantes depuis le temps, que je n'ai pas spécialement envie de refaire aujourd'hui. Ce que je peux signaler d'intéressant, c'est un vieil homme complètement bourré (et pas que, probablement) qui alpaguait les femmes en leur criant "t'es habillé comme une puuuuute"!, ce qui m'a fait m'arrêter et le fixer avec un air sévère. "Et ton prénom, c'est l'amouuuuuuuur". Dit-il en se mettant à rire. Bon. Ca me fait rire aussi, après tout il n'a pas l'air d'avoir toute sa tête non plus, il a juste l'air complètement ridicule.

Cela concluera mon excursion de l'après-midi, je suis tout de même fatiguée et ce soir nous allons au restaurant avec Mélody et Flavien son copain, des amis de Cécilia. Le Wanderlust étant plein de monde, nous nous retrouvons par le plus grand des hasards à Station F, qui est en fait le food court que j'avais repéré plus tôt dans la journée! La vie est bien faite. C'est en fait comme un grand restaurant italien avec plusieurs stands, et des bars. C'est chouette mais par contre il y a du bruit car ça résonne beaucoup. Mais nous passons tout de même une bonne soirée!

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Vendredi 11 juillet, jour du départ, 14h. Toujours pas de résultats du test Covid dans notre boîte mail ... Mais peut-être arriveront-ils plus tard? Nous gardons espoir. Les derniers détails étant réglés, comme l'impression des étiquettes à bagages, des cartes d'embarquement et des attestations sur l'honneur comme quoi nous n'avons pas le Covid (à faire nous-mêmes, donc, mais c'est vrai, est-ce que j'ai une tête à avoir le Covid, dites?), et les valises ou backpacks le cas échéant ...

Nous quittons l'appartement vers 16h45, prenons beaucoup (trop) d'escaliers et beaucoup (trop) de temps dans le bus qui nous emmène à Orly, et toujours pas de résultats. Vers 17h15, tandis que nous visitons la merveilleuse banlieue de Choisy, Cécilia passe un appel au centre de dépistage, histoire d'être sûre. Réponse: "il y a marqué que vos tests sont annulés". Attendez, quoi? Comment ça "annulés"? Et ça veut dire quoi? "Aucune idée", apparemment, ce ne sont pas eux qui gèrent mais le labo. Nouvel appel, sonnerie dans le vide ... Il doit être trop tard. Cécilia réessaye avec la dame du centre, au moins pour avoir une attestation comme quoi nous l'avons passé? Non, on ne peut pas prouver notre identité au téléphone. Donc on pourrait (potentiellement) nous refuser l'accès à l'avion, ou nous obliger à faire une septaine avec à nouveau un test obligatoire, Cécilia foirerait ses vacances, et tout ça pour quoi? Et bien, on ne le sait même pas. Une contamination d'échantillon? Un motif non urgent? Autre chose? Nous essayons de rester confiantes, nous aurons des solutions, mais déjà nous nous demandons comment nous pourrons contourner la septaine. Comment l'ARS nous traque? Est-ce qu'ils appellent à domicile? Et si on n'a pas de fixe?

Tant de questions qui restent sans réponses et nous scandalisent un peu plus, tandis que nous arrivons à Orly. Qui n'a rouvert qu'un seul de ses terminaux sur les quatre normalement actifs, et qui est donc presque désert. Même dans celui qui est actif. C'est très étrange, comme impression, un peu malaisant. Mais c'est très avantageux car nous enregistrons vite les bagages. Et nous demandons au personnel: "comment ça se passe à l'arrivée avec le résultat du test Covid?" "et si jamais cela fait plus de 72 heures à l'arrivée?" "oui bien sûr qu'on l'a fait" (tout est dans la formulation) tout ça pour nous entendre dire "vous verrez à l'arrivée là-bas, nous on en sait rien", bon, très bien, au moins on se dit qu'ils ne nous renverront pas en France comme ça.

Et tout à coup, 20 minutes avant le décollage de notre vol, tandis que nous sommes dans l'avion et que je me dis "et si jamais entre temps ... ça vaut la peine de vérifier ..." et bien, bonne intuition ! Ils sont là !! A 21 heures! Comme des bachelières devant les résultats du bac (bon, pas celui de cette année bien entendu) nous ouvrons au moins trois fichiers différents, tout ça pour pouvoir lire ... Absence d'ARN du SARS-COVID19. Voilà. C'est officiel, nous n'avons pas le Covid! Et juste à temps pour, au moins, passer un vol plus serein.

Comme dirait Renaud, coronavirus, connard de ... Non, en fait, oubliez cette référence. Comme dirais-je moi-même, COVID, ON T'EMMERDE !!

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Habitués de ce blog, vous savez donc déjà comment se passent pour moi les longs voyages en avion de plus de 11 heures, ils incluent en général une insomnie presque totale. Ce n'est pas une heure de "sommeil" qui change vraiment quelque chose, au contraire même.

Cette fois-ci, la petite nouveauté est que nous survolons l'Afrique. Le désert égyptien tout d'abord, duquel on peut apercevoir à l'horizon une longue ligne lumineuse qui marque les bords du Nil. Le Soudan ensuite, caractérisé par ... et bien, rien du tout. Quelques lumières isolées de temps en temps, de mon côté de l'avion en tout cas. L'Ethiopie, couverte de nuages, malgré la clarté de la lune nous n'apercevrons pas de forêt tropicale. Retour au désert avec la Somalie, où je peux distinguer une rivière, des montagnes rocheuses alors que le soleil se lève au moment où nous nous approchons de l'Equateur.

L'Océan Indien, et enfin, nous atteignons l'Ile intense! Qui nous accueille avec ... de la pluie. Ca commence bien. Mais aussi par toute une série d'informations relayées par la chef de cabine. Pensez aux procédures Covid. Nous vous informons qu'une épidémie de fièvre aphteuse sévit actuellement à la Réunion. Veillez à ne pas consommer de mouton, etc. Pause. Mesdames Messieurs, nous vous informons qu'une épidémie de dengue est déclarée à la Réunion. Veillez à vous protéger avec du répulsif. Très bien, c'est tout? Ah ben non, apparemment. En entrant dans l'aéroport, une affiche nous prévient de la présence de rougeole sur le territoire. Bon ça encore ça va, nous sommes vaccinées ...

Par contre, nous sommes censées avoir rempli une autre fiche Covid pour l'ARS, qu'on était censée nous donner en aéroport d'Orly, "et il la faut absolument". AH. On va y arriver, oui ou non? Bon, heureusement il y a encore des photocopies de cette fiche disponibles sur place. En la remplissant, surprise: l'ARS nous demande si nous voulons faire la quarantaine à domicile ou en centre. Attendez mais, nous sommes le 11 juillet, ce n'est pas levé? Je vais demander à une dame du personnel mais qui s'occupe d'une autre section, au cas où ce serait l'occasion de nous repérer comme possibles dissidentes. Il s'avère que la quarantaine n'est pas obligatoire, mais fortement conseillée. Et enfin nous arrivons au dernier checkpoint: nous montrons les résultats de nos tests Covid sur le portable, le gars essaye de faire une blague comme quoi nous allons devoir rester en quarantaine à cause de ce format, mais vraiment nous n'avons ni l'une ni l'autre envie de relever. Mais la bonne nouvelle dans tout ça est que nous n'avons pas besoin de refaire de test, ni 7 jours plus tard, ni pour reprendre l'avion: la précaution initiale est là car les cas n'étaient pas endémiques de la Réunion mais étaient ramenés de métropole. Donc, dans l'autre sens, on s'en fiche.

Et nous passons les portes de l'aéroport pour nous retrouver dehors alors que le vent a remplacé la pluie, mais que le soleil brille.

Enfin. On l'a fait !! On a réussi !!

Prendre le car jaune jusqu'à Saint Pierre n'est pas bien compliqué non plus, vu que l'aéroport n'est pas bien grand et qu'il attend à la sortie. Nous passons par Saint Denis, où le bus fait quelques arrêts et part directement vers Saint Pierre, en empruntant la route des Tamarins. Entre Saint-Denis et Le Port, nous pouvons voir la portion de route qui a été construite au-dessus de la mer, insubmersible et pour protéger les conducteurs des éboulements des falaises, et qui a coûté 2 milliards d'euros au lieu de 800 millions initialement. Et apparemment, ils ne savent pas comment la terminer car ils ne peuvent faire ni un pont ni la faire arriver sur la digue. En un mot: c'est moche. Nous continuons notre route, c'est assez rigolo car l'île est ronde, la route en fait tout le tour et nous avons toujours l'impression d'aller tout droit. Et déjà, les paysages tropicaux me mettent de bonne humeur, la fatigue est reléguée au second plan devant les premières découvertes.

Une heure et demie plus tard, nous voici à Saint Pierre, où Cyril vient nous chercher. Ca fait plaisir de le voir après six ans! Donc cinq passés à la Réunion, déjà. Il nous fait visiter sa maison de fonction, qui possède une belle terrasse qui donne sur la mer mais aussi vers les montagnes, et d'où on peut voir le Piton des Neiges, point culminant de la Réunion. Cécilia et moi avons une chambre d'amis qui a sa propre salle de bains, au premier étage. Nous faisons aussi connaissance avec Samy, son chien qu'il a adopté alors qu'il était abandonné. C'est un royal bourbon, endémique de l'île. Comme beaucoup de choses ici. Une fois installées, nous allons sur la plage avec la glacière, espérant nous baigner. Mais autant en sortant de la maison il faisait bon, autant sur la plage il y a trop de vent à cette heure ... L'eau semble bonne, mais en sortir pourrait être trop compliqué et risqué pour ma santé. Ce n'est que partie remise, car il y a des poissons dans le lagon, Cyril avait d'ailleurs prévu des masques de snorkelling à cet effet. Nous restons jusqu'à 17h30, le temps que le soleil commence à se coucher, et nous allons ensuite faire des courses.

Le soir, nous rencontrons Nathan, le fameux Nathan, la star de notre séjour. Pourquoi? Parce que Cyril nous parle toujours de lui. "J'ai un ami, Nathan, il va vous faire faire de l'ULM". "Si on veut voir des baleines on demandera à Nathan de nous y emmener en bateau". "C'est quoi cet oiseau?" "Je sais pas, il faudra demander à Nathan". "J'ai un ami qui vous emmènera faire des randonnées si vous voulez" "Est-ce que c'est Nathan?" "Oui, c'est Nathan". Nathan garde aussi des maisons et tond les pelouses. Nathan promène Samy à l'occasion. Nathan sait tout faire, sauf qu'il n'a pas le permis moto!

La soirée est assez difficile car la fatigue me rattrape, par vagues d'intensité croissante. Je commence à déconnecter complètement. Nous allons nous coucher tôt puisque demain, ULM pour Cécilia et potentiellement pour moi si le temps est clément. Retrouver un lit et pouvoir s'allonger, et cette très très longue journée se termine.

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Réveil tôt, mais j'ai réussi à me caler très facilement sur le décalage horaire de deux heures de plus. Nous devons être à la base ULM à 7h20, et nous sommes bien dans les temps. Nous y retrouvons Nathan qui a préparé l'ULM, et nous avons donc décidé que Cécilia irait en premier au cas où le temps se gâte ensuite. Et nous avons bien fait, car une heure plus tard, le vol n'a plus d'intérêt à cause des nuages. Je le ferai donc dans la quinzaine de jours où je serai seule! Et peut-être pourrai-je voir le volcan, ce qui n'était pas possible aujourd'hui.

Cécilia est un peu stressée, mais pas assez pour que ce soit drôle.

Une heure plus tard, après un café, nous les récupérons tous les deux toujours vivants. Cécilia est ravie de son vol! Elle n'a même pas eu peur. C'est apparemment assez exceptionnel, et j'espère que je pourrai en profiter sans que le temps ne soit trop gâté. Dans tous les cas, il va falloir patienter ...

Nous nous rendons juste à côté au Domaine du Café Grillé, qui comme son nom l'indique est une plantation de café, avec un jardin botanique. Nous commençons notre visite en goûtant du bourbon pointu, et du bourbon rond, qui sont tous deux assez faibles en caféine mais aux goûts particuliers. Le pointu est plus amer, et je trouve personnellement le rond moins marqué, plus fade, mais ce n'est pas l'avis de tout le monde. Nous goûtons aussi des gâteaux péi (locaux): du pâté créole, des bonbons miel, manioc, qui ne sont pas du tout des bonbons mais des sablés ou pour le miel, quelque chose assez proche d'un gâteau arabe. J'aime bien, même si ce n'est pas très relevé. Le pâté créole est assez consistant, car il permettait aux esclaves de tenir toute la journée (ou pas) en en mangeant le matin.

L'île aurait été découverte par les marchands arabes au Xe siècle, mais totalement inhabitée lorsque les Portugais y débarquent au XVIe siècle. C'est à ce moment là que les îles sont nommées l'archipel des Mascareignes, du nom du navigateur Pedro de Mascarenhas. L'île devient une escale pour les anglais et néerlandais, et en 1642 les Français en prennent possession et la nomment Ile Bourbon, du nom de la famille royale. Ils n'ont donc colonisé aucun peuple pour venir s'y installer, mais ils en ont amené avec eux: des malgaches et des africains (cafres). D'autres ethnies comme des Indiens ou Pakistanais (nommés Zarabes), des Chinois et des Tamouls viennent peupler l'île, ce qui donne une population très métissée, les créoles.

Nous entrons ensuite dans le jardin botanique, dans lequel nous pouvons observer beaucoup d'espèces endémiques, notamment des orchidées. Pas mal d'arbres, aussi, comme des palmistes. Il y a aussi de petits baobabs, et une colonie de lézards de Manapany, une ville de la côte Sud. Ils viennent de la Petite Ile, une bande de 2km de long sur 200m de large, sur laquelle poussaient les vacoas qui ont été amenés au domaine. Il se trouve qu'ils ont emmené les lézards avec eux ... Ce qui n'est pas plus mal car sinon l'espèce aurait pu s'éteindre.

C'est une chouette promenade, il fait beau et chaud, et les garçons en connaissent un rayon sur les plantes et les animaux. Heureusement, car nous n'avons pas de visite guidée à cause des procédures covid. Sachant qu'il n'y a eu que douze cas à la Réunion (une famille, un autre on ne sait d'où, deux de Mayotte qui sont venus pour être hospitalisés), c'est un peu bête, mais nous nous sentons en vacances de l'épidémie. Ils sont bien entendus obligés de suivre les lois de la métropole, alors qu'il aurait suffit de fermer l'accès à l'île, et elle aurait pu continuer à faire tourner son économie (endémique).

Rose de porcelaine
Grains de café
Lézard de Manapany

Nous terminons notre visite un peu avant midi, au final c'était une bonne chose que je ne fasse pas d'ULM car nous n'en aurions pas autant profité. Retour à la maison, déjeuner, un peu de repos et nous prenons la route pour Grand Coude. Beaucoup plus de virages, cette fois-ci, et nous pouvons admirer la côte du Sud sauvage. De temps en temps, des ravines (rivières sèches, qui se chargent d'eau en saison des pluies) passent sous des ponts, créant un relief un peu chaotique. Cyril prend ensuite une route qui monte en altitude, et serpente dans les champs de canne à sucre avant d'arriver à Jean-Petit, puis au Petit Serré. C'est une petite bande de terre en hauteur très impressionnante qui est bordée d'un ravin et ne laisse quasiment passer que la route et probablement 100 mètres à peine de chaque côté, voire 50 peut-être, je suis un peu nulle pour estimer les distances. Ce sont les Bords. Il y a de beaux points de vue, sur les deux ravines, sur le village de Grand Galet et la cascade de Langevin tout en bas que nous allons voir le lendemain. Nous arrivons enfin à Grand Coude pour visiter le labyrinthe En Champs-Thé, qui est donc une plantation de thé parmi laquelle serpente de petits chemins que les touristes empruntent. Et non, il ne s'agit pas des buissons de thé que j'ai vus en Malaisie ou au Sri Lanka, mais d'arbres à thé, beaucoup plus hauts donc. C'est le seul thé produit en Union Européenne!

Grand Coude a été fondé par les habitants de Grand Galet en contrebas, qui tous les jours montaient au sommet pour aller cultiver le thé. Au bout d'un moment, il a été moins fatigant d'aller s'installer tout là haut!

Pareil, pas de visite guidée mais juste une petite explication rapide au début. Le guide a l'accent créole et parle à la créole, c'est assez mignon. Nous entrons dans le labyrinthe, avec d'autres personnes, mais bien entendu il n'est pas si compliqué de retrouver son chemin, nous faisons donc exprès de nous perdre pour faire durer le plaisir. Mais le tour est rapidement fait, nous allons goûter du thé blanc et du thé vert, et voilà. De mon avis personnel, c'est un peu cher pour ce que c'est.

Les nuages arrivent, il fait un peu plus frais puisque nous sommes à 1 100m d'altitude. Nous redescendons donc rapidement tout cela, allons faire mettre de l'essence - ce sont des employés qui la servent - et finissons sur la plage de Grande Anse. C'est un très chouette endroit, où beaucoup, beaucoup de familles sont venues pique-niquer et faire des barbecues. Une piscine naturelle a été aménagée car il peut y avoir des requins, et il y a des hamacs tendus entre deux cocotiers. Wahou! Et tout le monde semble passer du bon temps. Sans distances de sécurité ni masques, puisque ce n'est pas vraiment la peine ici. On se pose beaucoup moins de questions. Cet endroit me rend zen, je me sens reconnaissante envers la vie d'être ici, après tant de doutes. Nous rencontrons une dame un peu âgée qui est restée coincée lors du confinement et ne peut repartir que le 21 juillet, elle nous demande des informations sur les vols et nous parle de sa vie. Mais Cyril s'impatiente vite car il prévoit que nous allions voir le coucher de soleil depuis le petit piton, en étant allées voir Petite Ile juste avant. Apparemment ça prendrait du temps, et les autres personnes qu'il aurait emmenées ici auraient galéré à atteindre le sommet, pourtant haut de 80 mètres. Je suis étonnée, car connaissant ses fréquentations, ce sont des gens qui peuvent être axés randonnée. Nous lui prouvons le contraire en montant en 10 minutes. Nous redescendons tout de même de l'autre côté pour le point de vue sur Petite Ile, donc. Là, des vagues turquoises s'écrasent sur les falaises noires et ocres, parsemées de plantes vertes. Que de couleurs! Que de force! Nous faisons demi-tour et arrivons largement à temps pour le coucher de soleil.

En redescendant, nous nous arrêtons au snack pour goûter des bouchons et des accras pour ma part, des bonbons piment (pas si forts) et des samoussas pour Cécilia. Tout cela pique beaucoup moins que ce à quoi nous nous attendions. Une petite bière, et nous allons nous poser sur le gazon pour profiter des dernières lueurs du crépuscule, et de la musique que tout le monde met autour de nous. Quelle belle ambiance! C'est tout à fait ce dont j'avais envie, et ça a un côté assez magique.

Je me demande si je n'y retournerai pas toute seule plus tard, mais j'ai l'impression que circuler en bus est vraiment un peu compliqué, surtout qu'ils ont tendance à s'arrêter sur la route au dessus, et il faut descendre sur deux kilomètres pour atteindre la mer. A la Réunion, quand on regarde une carte, il faut vraiment penser en trois dimensions!

Retour à la maison de nuit, où Samy a ramené des papiers au rez-de-chaussée. Il nous saute encore dessus, content de nous voir. Pour demain, après négociations, nous ne nous lèverons pas à 6h30, mais à 7h30. Et nous allons avoir un programme assez chargé!

NB: Je ne peux plus mettre de carte pour tracer mon parcours, maintenant il faut payer un abonnement premium pour le faire! J'en réaliserai une moi-même.

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Publié le 18 juillet 2020

Le réveil est un peu difficile, mais nous nous mettons en route assez rapidement vers la forêt de Mare Longue, dans les hauteurs de St Philippe. Cyril prend donc la route du Sud sauvage, une partie de la côte de la Réunion où le piton de la Fournaise surplombe l'océan. On ne peut pas vraiment voir son sommet, et de toute manière, il est caché dans les nuages. Cela ne présage pas grand chose de bon pour demain, puisque nous prévoyons d'aller le gravir. Ou peut-être que le temps sera favorable? Après tout nous sommes sur une île, et la météo change très rapidement.

Nous arrivons en forêt, il y a un petit sentier botanique qui serpente entre les arbres. Cyril nous explique quelques points, notamment le fait que lorsque l'on appelle un arbre "bois de", il est endémique, et quand on l'appelle "pied de", il est exotique (dans un référentiel réunionnais, donc un "pied de vigne" vient d'ailleurs). Les noms vernaculaires sont aussi donnés en fonction de ce à quoi ça ressemble, tout comme certains lieux déjà cités auparavant. "Bois de pomme" n'est cependant pas un pommier, bien que son fruit y ressemble, mais ne semble pas comestible. Nous marchons dans le calme, en écoutant les bruits apaisants de la nature, et en faisant attention à ne pas tomber dans des barils. Rien à voir avec de la poudre ou presque, il s'agit de trous qui ont été créés par des arbres qui ont pris feu à cause de la lave qui circule sous le sol. Cependant, les pentes d'un volcan sont tout de même fertiles, d'où cette forêt luxuriante. Il n'y a pas de grande difficulté, et nous nous promenons pendant une bonne heure, jusqu'à ce que quelques gouttes de pluie commencent à nous tomber sur la tête. Pour Cyril et moi, ça va, mais Cécilia est obligée de mettre son sac sur la sienne. Nous partons nous abriter en attendant que cette petite averse passe, sous l'un des nombreux abris que l'on trouve un peu partout à la Réunion. Et à côté de celui-ci, il y a même un barbecue ...

Nous attendons une dizaine de minutes, et la pluie se calme. Il est temps d'en profiter et de repartir.

Mauvaise idée.

200 mètres plus tard, la pluie tombe à nouveau, mais cette fois-ci à verse, et nous ne pouvons pas trop compter sur les arbres pour nous protéger, puisque ce sont de petites cascades qui viennent nous tremper! Ce n'est pas une rainforest pour rien! Nous revenons à la voiture au pas de course, mais restons bien un quart d'heure comme cela. Enfin, nous voyons la voiture, et filons nous y abriter! C'est l'occasion de goûter un macatia, un ... et bien littéralement, un pain au chocolat. Un pain avec des pépites dedans. C'est très bon, si ce n'est un léger goût de cornichons, la faute au bocal qui fuit.

 Photos prises par Cécilia

La pluie ne s'est pas encore arrêtée, mais nous repartons pour la suite du programme de la matinée. Sur la route, nous faisons un arrêt au Cap Méchant, où nous rencontrons la Folle. Ou plutôt, la folle pas si folle mais qui est quand même folle. Au départ quand elle nous aborde, je crois à une témoin de Jehovah bien que ce ne soient pas vraiment leurs méthodes. Elle commence à monologuer seule, à qui veut bien l'entendre et en créole, sur le diable. Il donne des maladies, tout ça ... J'ai envie de m'amuser un peu, et je lui réponds que si j'ai un cancer, ce sera de ma faute, je n'avais qu'à pas boire autant d'alcool. Bon, le libre arbitre, ça n'a pas trop l'air d'entrer dans ses notions. Elle baragouine des choses incompréhensibles et elle finit par s'en aller, tandis que nous observons ce cap désert, sous quelques gouttes de pluie. L'endroit doit être agréable quand il y a un peu de monde, du soleil et pas de folle. Apparemment, elle a été interviewée à la télé, et elle était parfaitement compréhensible. Elle avait dû prendre son traitement pour l'occasion.

Maintenant, nous suivons en voiture la rivière Langevin, qui crée donc le rempart à l'est de Grand Coude. Nous empruntons de petites passerelles qui la traversent pour remonter jusqu'au village de Grand Galet, et la cascade du même nom (à moins que ce ne soit la cascade Langevin, les deux noms sont utilisés). En fait, il s'agit de plusieurs cascades qui se jettent dans un trou d'eau. L'endroit est magnifique! Nous nous arrêtons manger en contrebas, et éventuellement sécher au soleil. Nous goûtons des friands à la sarcive, de la viande dans du miel, mais ceux là sont écoeurants. Les friands à la saucisse sont meilleurs, ainsi que ceux au vert de carotte qui ont un goût de poireaux. Et les meilleurs sont ceux à l'achard, fait avec du chou et des carottes marinées, et du curcuma. Les achards que nous avions goûtés précédemment sont en fait le nom pour des fruits ou légumes coupés en petits morceaux.

Une fois cette pause terminée, nous reprenons la route pour revenir à la maison. Sur le chemin, je déplore le fait qu'il n'y ait plus de bus, et ni non plus de "bus courant d'air", qui était un moyen de transport local à la manière des colectivos. Cela semble choquer Cyril qui me traite plus ou moins de bobo, et me disant qu'il s'agit d'une réflexion ethnocentrée car ici, les réunionnais n'en pouvaient plus d'utiliser ce système vu qu'il prenait beaucoup de temps. A la place, ils ont donc de gros 4x4 qui sont signe extérieur de richesse. Donc, les bus courant d'air ont disparu, et le réseau de bus est vraiment sous développé. Il n'a rien compris à mon idée. Pour le coup, je me fiche un peu des locaux, ils font ce qu'ils veulent, mais ce qui m'embête c'est que les éventuels backpackers soient obligés de louer des voitures. Et puis, il y a des gens qui n'ont peut être pas le permis non plus ici. Il ne pourrait pas y avoir les deux systèmes en place? Et puis pas besoin des bus courant d'air, mais quand même plus de bus locaux? Et bien non apparemment, tout est axé sur la voiture, et si tu n'en as pas, et bien tant pis pour toi. Ce n'est définitivement pas un pays très backpacker, pour sûr. J'essayerai par la suite de prendre des bus, et on verra bien ce que ça donnera.

Retour à Saint Pierre, et repos, ainsi qu'un goûter de mangue et de bibasses, de petits fruits très sucrés et goûtus. Puis nous passons à Décathlon pour acheter des bâtons de randonnée, essentiels pour la randonnée. Nous reprenons à nouveau la route pour monter jusqu'à la Plaine des Cafres, en passant par le Tampon et toutes ses communes nommées par rapport aux noms des kilomètres: cela va jusqu'au Vingt-Septième.

C'est une grande, grande commune, d'ailleurs les villes de la Réunion sont les plus vastes de France, car elles comprennent beaucoup de petits hameaux qui sont parfois à plusieurs dizaines de kilomètres de la ville principale. Tout cela pour une population trois fois plus élevée que la moyenne en métropole, il n'y a pas de HLM donc cela ne donne pas cette impression, mais les familles créoles sont nombreuses donc il y a beaucoup de monde dans les cases. Nombreuses mais pas sans risques, comme en témoignent les campagnes contre l'alcool pendant la grossesse. Le taux de handicap est, lui aussi, plus élevé qu'en métropole.

Nous montons rapidement en altitude, sacré dénivelé. Les voitures ont tout intérêt à être en forme, ici. Nous rejoignons Nathan qui nous attend sur le parking, venant de l'autre côté. Il nous reste encore une heure de route pour atteindre le gîte du volcan, et nous hésitons car la météo est tout sauf clémente. Est-ce bien la peine, ou bien devrions-nous redescendre et profiter du feu d'artifice sur le port de Saint Pierre, qui ... ah non qui en fait est annulé à cause des mesures covid. Bon et bien, pas de regret, allons dormir sur le volcan, et on verra bien demain. En route!

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Nous retrouvons Nathan au niveau d'un restaurant, sur la route du volcan. Il propose de prendre Cécilia avec lui, car la route est pleine de virages et être à l'arrière de la voiture n'est pas la meilleure des idées.

Le paysage autour de nous est particulier, dans le sens où l'on ne se croirait plus à la Réunion, mais revenus à la maison : les pentes étant très fertiles, des fermiers se sont établis là et nous sommes entourés de pâturages avec des vaches, dignes des plus beaux prés alpins. Quel contraste avec la forêt tropicale de ce matin ! Nous empruntons même une route bordée de sapins, mais qui ont dû être plantés par l'homme.

Notre premier arrêt est le cratère Commerson, alors que les nuages ne nous quittent pas. Arrivés à quelques mètres, Nathan nous demande de fermer les yeux, et m'emmène par les épaules jusqu'au bord pour faire un effet de surprise avec la profondeur. C'est presque réussi, il est très profond mais ne me provoque pas de réaction de vertige. Malheureusement, le prendre en photo ne retranscrit pas fidèlement cette troisième dimension.

Nous continuons notre route alors que la température a bien chuté, et que le vent bat les pentes du volcan. L'avantage de cette météo est que nous nous croyons sur une autre planète, complètement désolée : le sol noir et gris foncé a quelque chose de très lunaire. D'ailleurs, c'est cette impression que nous avons lorsque nous stoppons à la Plaine des Sables, aux allures apocalyptiques.

Il ne faut pas trop tarder car le gîte ne nous accueille que jusqu'à 18 heures, environ. Au terme d'encore quelques kilomètres, nous finissons par y arriver. Nous n'étions normalement pas obligés de prendre le dîner sur place, bien qu'il n'y ait rien autour, mais là nous n'avons pas le choix, car les gérantes sont honnêtes avec nous : les finances ont trop souffert de la crise sanitaire. Nous suivons l'une d'elle, qui nous fait passer devant des topiaires kitchissimes, l'un taillé en « Bienvenue a zot », et d'autres en canapés, à côté desquels il a fallu rajouter un panneau « ne pas s'asseoir ». L'escalier est entouré de haies qui donneraient l'impression d'un labyrinthe si ce n'était pas en ligne droite, et enfin nous arrivons au chaud dans notre bungalow, à la déco très girly et aménagé de telle sorte que l'on se croirait dans une chambre témoin à Ikea. Et encore, ce n'est que le début. Après un dîner buffet dont les spécialités étaient du rougail au concombre très fort que nous avons pris pour de simples crudités, du gâteau tisson (au maïs) et du rhum arrangé – le reste étant très métro, nous essayons de faire fonctionner le poële dans la chambre. Il faut rester appuyer très, très longtemps avant qu'il ne daigne démarrer. Il nous faut au moins une dizaine de tentatives, et beaucoup de concentration pour ne pas lâcher le bouton, ce qui s'avère plus compliqué que prévu. Nathan finit par y parvenir en relayant ses doigts. Une fois que le poële chauffe, nous nous posons dans le salon pour écouter du maloya, un style musical qui descend des musiques des esclaves. Il ne faut pas le confondre avec le sega, un autre style avec beaucoup de synthé et de paroles sur l'amour. Le temps de finir la bouteille de poiré, nous nous mettons au lit, et c'est une plutôt bonne surprise car le matelas est moelleux, et la pièce est assez réchauffée pour que je passe la meilleure nuit de ma semaine.

En plus, nous ne nous levons pas trop tôt le lendemain, puisque nous avons prévu toute la journée pour gravir le volcan. Nous regardons sur le site de l'ONPF (Observatoire National du Piton de la Fournaise) si une éruption est prévue car on ne sait jamais : la vigilance est de mise, mais plus d'alerte. C'est un volcan non pas explosif, mais effusif, ce qui signifie que la lave liquide se répand sur les pentes au lieu de projeter de tout dans tous les sens.

Nous prenons notre temps et arrivons au parking du Pas de Bellecombe sur le coup des 9h. Un petit sentier en descente nous emmène aux premières marches du rempart à descendre. Ce mot « rempart » est beaucoup employé pour désigner, et bien, les pentes très raides qui forment le relief réunionnais. D'ailleurs, lorsque Nathan parle d'une randonnée, il évoque le dénivelé au lieu du kilométrage ou du temps. « Une randonnée qui fait 350 mètres ». Nous commençons donc à descendre 150 mètres, tout en sachant qu'il faudra remonter à la fin. Mes mollets douloureux depuis déjà deux jours ne me remercient pas, mais en les réchauffant avec des mouvements larges, les courbatures s'atténuent. Les bâtons vont aussi être d'une grande aide.

Nous arrivons dans l'Enclos, qui est une sorte de terrain plat basaltique qui sépare le rempart du volcan en lui-même. Nous passons à côté du Formica Leo, un petit cratère créé dans les années 1750 qui n'est maintenant qu'un tas de sable posé sur le plateau basaltique. Nous pouvons aussi observer des cheveux de Pele (pélé), qui sont de fins filaments de verre dorés produits par les éruptions. Ils s'apparentent plus ou moins à de la laine de verre, il faut faire très attention lorsqu'on les manipule, ou lorsque nous mettons les mains. Ce nom vient de la déesse hawaïenne du volcan. En fait, beaucoup de noms sont hawaïens, car c'est là où les premières études volcanologiques ont été faites. Nous pouvons voir beaucoup de formations basaltiques différentes, qui font de belles vagues et de belles figures, notamment des laves de cordées. Elles sont créées lorsque la lave d'en-dessous est plus fluide que la lave d'au-dessus, ce qui crée un effet d'affaissement.

Nous nous mettons en route, et une bonne demi-heure plus tard, nous arrivons au pied de la Fournaise. Nathan nous emmène sur un autre sentier qu'il connaît et qui n'est pas balisé, prenant un « risque mesuré » mais qui rend notre expérience bien plus agréable que de suivre les touristes. En plus, nous allons arriver plus vite. Nous avons vraiment l'impression de gravir le volcan, plutôt que de faire une randonnée, car la montée est très raide. Les bâtons sont, encore une fois, la meilleure des idées. Lorsque nous les plantons sur la roche, cela fait un petit bruit métallique, qui rappelle des pas dans la neige.

Je vis bien tout cet exercice, jusqu'à ce que nous fassions une pause et que je me rende compte que mon portable a pris un coup. Mais un bon coup, puisque les cristaux liquides sont cassés. Je reconnais tout de suite le problème puisque cela m'est déjà arrivé. Bon et bien, la malédiction continue, ce n'est que le quatrième portable avec lequel j'ai des soucis en voyage ! Il est sous garantie, donc normalement je devrais pouvoir le faire réparer, mais dans combien de temps ? Nous ne sommes qu'au début du voyage, et jusque là il était indispensable ! Je décide d'aller essayer de le faire réparer lorsque nous aurons le temps, c'est à dire dans trois jours, si ce n'est pas trop cher et bien évidemment, pas trop long. Mais honnêtement, j'ai un mauvais pressentiment. Il s’avèrera plus tard que la synchronisation avec Google Photos ne s'était faite que la veille, et que je n'ai même pas pu le brancher comme un périphérique pour récupérer les photos déjà faites dessus. Et bien pour l'instant, pas le choix … En plus, le Reflex décide aussi de faire des siennes, perturbé par tout ce basalte et ce magnétisme. Il ne lui reste pas beaucoup de batterie, donc j'utilise aussi ma tablette pour prendre des photos. Fort heureusement, il ne fait pas de caprices bien longtemps, et je peux à nouveau mitrailler le paysage.

Et dans la logique des choses, nous finissons par arriver au sommet, marqué par une petite borne géodésique triangulaire. Nous avons une vue sur le cratère Bory (du nom de son explorateur), puis à flanc de volcan, nous descendons dans celui-ci pour contempler l'immensité du cratère principale, celui de Dolomieu. C'est un peu dangereux, et nous n'en restons pas proches trop longtemps, au cas où il y ait un petit séisme qui décroche un bout de cratère, chose qui arrive fréquemment. Nous repassons du côté un peu plus sécurisé de la faille, et redescendons un peu, à hauteur d'un tunnel de lave appelé "l'hôtel des laves" car des chercheurs pouvaient y dormir. C'est là que nous nous posons pour déjeuner, car au moins nous sommes à l'ombre, et au frais. Pas au sec, en revanche, l'eau de pluie ruisselle encore dans ce petit tunnel. D'ailleurs, il est creux car l'extérieur de la coulée de lave s'est solidifié plus rapidement, tandis que la lave continuait son chemin, mais a fini par être évacuée.

Il est déjà temps de redescendre, mais pas avant de ramasser plein de cailloux en souvenir. Nous en trouvons des bleus, chocolats, noirs et argentés, vitrifiés ou pas, mais il faut faire bien attention quand on les prend puisqu'ils peuvent contenir des cheveux de Pele, et avoir de la laine de verre dans ses poches n'est pas optimal. Là où nous passons, nos pas crissent encore plus. La descente se fait rapidement, et j'aime marcher à même les petites coulées solidifiées qui ressemblent à de vraies colonnes vertébrales structurant le volcan. Enfin nous atteignons le sentier qui passe par la coulée de juillet 2018 et l'Enclos, et au moment de remonter les marches qui nous mènent au Pas de Bellecombe, mon corps est encore en forme, chose que je n'aurais jamais cru. Les 135 mètres de dénivelé se font bien plus facilement que prévu et annoncé, merci les bâtons et l'arrêt de la cigarette. Et voilà, c'est comme ça que nous avons gravi un des volcans les plus actifs du monde.

Quelle aventure! Vraiment, cela valait le coup. Nous redescendons maintenant vers la côte, après un petit arrêt au belvédère de Grand Bassin, du nom du petit village tout en bas. La plateforme est au-dessus du vide, mais ça va. Nathan repère un beau rapace qu'il nomme de son nom scientifique, un grand [truc] mâle du fait de la couleur de ses ailes, tout ça pour qu'un enfant à côté arrive et dise OH REGARDE UN OISEAU.

Avant de repartir, nous achetons des goyaves roses, et des bonbons cocos à différents parfums, qui sont surtout composés de sucre et de noix de coco rapée, bien sûr, mais surtout de sucre et probablement d'huile. Cela dit, c'est très bon.

Retour à Saint Pierre, pour nous reposer mais ensuite rapidement nous préparer pour aller boire un verre avec un collègue de travail de Cyril. Nous rencontrons aussi son amie Lucie, qui travaille sur une thèse pour éradiquer les moustiques tigres en relâchant neuf fois plus de mâles stériles dans l'environnement pour que les femelles aient plus de probabilités de s'accoupler avec, sans créer un génocide et déséquilibrer l'écosystème pour autant. Nous allons ensuite manger au restaurant de poissons pélagiques (ce qui veut dire "pêchés après la barrière de corail", d'après vous devinez qui), nommé le DCP. Comme un Dispositif de Concentration de Poissons, système sur lequel a travaillé le père de la copine de Nathan. Tout le monde se connaît ici, vraiment peu de degrés de séparation! Nous prenons tous un menu dégustation, avec une assiette de poissons crus et de poissons cuits. Pour la première, une salade tahitienne délicieuse, du marlin fumé, des sushis, du tartare de saumon ... Pour la seconde, de la daurade, du mi-cuit de thon et des brochettes d'espadon. De quoi s'exploser l'estomac, mais aussi se régaler et faire une bonne cure d'omégas 3.

Tant de découvertes nous attendent encore!

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Publié le 18 juillet 2020

Nous prenons maintenant la route du village de l'Entre-Deux, qui aurait été compliqué à atteindre sans voiture puisqu'il ne s'agit pas du même réseau de bus que Saint Pierre. Pourtant, il n'est pas bien loin, et pour une fois il ne faut pas monter trop haut puisque la commune est entre deux rivières: le Bras de la Plaine à droite et le Bras de Cilaos. Mais aussi entre deux remparts, puisqu'elle est au pied du début du cirque de Cilaos, et plus particulièrement de la chaîne du Dimitile.

L'Entre-Deux fait partie du réseau des villages créoles, et l'Office du Tourisme demande à ses habitants de respecter un certain cahier des charges et de laisser les touristes prendre leurs maisons en photo. Ainsi, nous pouvons voir de beaux jardins créoles, les toits, les décorations, les volets, de toutes les couleurs. Beaucoup de maisons ont des varangues, ces balcons ouverts au rez-de-chaussée. Certaines mixent une architecture plus traditionnelle avec du plus typique. Nous nous promenons dans les rues nommées par les plus grandes familles de colons de la Réunion, qui ont des noms de famille très, très répandus: Payet, Hoarau, Hoareau, Grondin ... ll est probable que la moitié des habitants de l'île se nomment comme cela. En tout cas, la commune est un musée à ciel ouvert, semble avoir une vie associative animée, et est portée sur les calembours sur son nom, à toutes les sauces: entre deux époques (association), entre deux rêves (résidence), entre deux pizzas (besoin de préciser?), entre deux délices ... Beaucoup, beaucoup de photos sont faites, chaque maison étant une pièce de collection. Nous visitons aussi l'église, plutôt sobre à l'intérieur dans le style évangéliste, et descendons aussi au ruisseau. Sur la route du retour, nous croisons un retraité créole qui nous aborde et nous tape la discute, pour savoir d'où nous venons, si nous aimons la Réunion ... Ce n'est d'ailleurs pas le premier, les gens ont le contact assez facile ici et c'est très agréable. Ce sont aussi de grands marcheurs: il va faire trois kilomètres pour rentrer chez lui. D'après Cyril, la mentalité créole veut aussi que l'on garde ses opinions négatives pour soi, ainsi il y a par exemple peu d'insultes homophobes. D'un autre côté, l'homosexualité est un peu plus confidentielle, il y a peu de manifestations. Par contre, il arrive qu'il y ait des insultes racistes qui fusent, mais dans certains contextes, par exemple pendant les Gilets Jaunes. Cela reste plus rare qu'aux Antilles, par exemple. Et pour finir, il y a quand même beaucoup de sexisme encore ancré dans la société.

Cette petite promenade nous a donné faim, et Cécilia veut à tout prix goûter le rougail saucisse. Nous voulions aller au restaurant associatif la Vavangue (du nom pour "vagabonder"), mais il est fermé. Nous trouvons donc le restaurant Régal des Hauts, où nous pouvons prendre une barquette à emporter. J'opte pour un rougail morue, car je sais déjà à quel point la version saucisse peut être grasse. Mais en tout cas, c'est délicieux.

Puis, il est temps de prendre la route sérieusement, car la route de Cilaos comprend 400 virages. Nous traversons le Ouaki, sorte de passage à gué, et c'est parti. Nous pouvons voir que la route s'est effondrée d'un côté, et qu'une nouvelle bien plus large et récente a été faite. A quelques endroits, il y a de petits trous dans la chaussée: ce sont les cailloux qui tombent. Cette route, en plus d'être étroite et parfois juste assez grande pour faire passer un bus, offre de merveilleux points de vue sur le Dimitile, forme des canyons, et elle tourne tellement qu'il a fallu faire un virage qui s'enroule sur lui même, elle tourne sur la droite et un pont repasse par dessus la chaussée. Notre repas, que vous avez en photo juste au-dessus, est bien resté dans notre estomac mais c'était juste. En gainant les abdos, la nausée passe. C'est tout de même un soulagement lorsque nous arrivons sur le plateau au milieu du cirque, qui accueille la ville.

Mais nous prenons tout de suite la route de la Roche Merveilleuse, pour un beau point de vue sur le Piton des Neiges qui surplombe le cirque, le Grand Bénare qui le seconde, et le Dimitile vu de l'autre côté. Nous remontons un peu pour entrer dans une partie de la forêt de Cilaos, qui est aménagée en sentier botanique. Mais nous connaissons déjà toutes les espèces. C'est apaisant, sauf quand une famille arrive bruyamment, avec un gamin à la petite voix aiguë qui dit n'importe quoi, mais ils nous doublent rapidement et surtout ils se rendent ailleurs. Notre balade n'en est que bien plus enchanteresse.

Dans la nuit des temps anciens, une falaise dilatée d'un désir d'évasion s'effondrait. Des blocs énormes finirent par s'arrêter aux pieds de la montagne, disons ici sur une pente radoucie. Ce chaos minéral restait à coloniser.

 Encore de la forêt?

Mon genou est un peu douloureux, et je ne peux pas me passer de la genouillère. Mais les randonnées sont finies pour aujourd'hui car nous allons maintenant au gîte à l'Ilet à Cordes, qui est encore à 10km d'ici, sur une route toute aussi sinueuse.

Cilaos vient du malgache Tsilaosa qui signifie "lieu où l'on se sent en sécurité". Car au 18e siècle, des esclaves se sont échappés à l'occasion de ce qui est nommé le marronage, puisqu'on les appelait les "noirs marrons". Ils se sont fait pourchasser, souvent par des mercenaires, mais certains ont pu leur échapper en se réfugiant dans les hauteurs, comme ici. L'Ilet à Cordes est ainsi nommé car ils y accédaient avec des cordes lancées depuis les remparts, pour ne pas se faire repérer par les chasseurs. Et dès le 19e siècle, les "petits blancs sans terres" sont aussi venus s'y installer pour échapper à la misère, car tout était déjà pris par les grands producteurs de canne à sucre. Ils défrichent Cilaos et développent l'agriculture vivrière: lentilles, vignes, et aussi l'élevage.

Nous voici enfin arrivés à notre gîte, et nous rencontrons Monsieur Grondin de l'Ilet à Cordes qui a épousé Madame Grondin de Cilaos et qui dans le processus n'a donc pas changé de nom. Ils ne sont pas censés être de la même famille mais peut-être que si, après tout. Le gîte possède une piscine chauffée dans laquelle nous allons faire trempette, mais ce avant qu'une horde d'enfants viennent nous parasiter. Quel dommage, nous en sommes réduits à aller bat'carrer ("battre le carré", promener) dans les environs, en attendant que le soleil ne se couche. Nous pouvons observer des plantations de lentilles, des chouchous, du maïs mais surtout une belle colonie de bibs (araignées) qui étendent leurs toiles un peu partout, notamment entre les fils téléphoniques, donnant l'impression qu'elles sont dans les airs! Il ne faut pas être arachnophobe pour vivre ici. En nous promenant, nous croisons un petit cabri, des poules et une petite minette qui nous suit.

 Photo 7: j'ai fait moi même de petits points bleus sous les araignées. Je vous laisse compter!

L'heure du repas arrive ensuite, et nous goûtons aux beignets de chou, au gratin de chouchou et au cari de canard avec des lentilles de Cilaos et du riz. Cari ne veut pas dire que c'est un curry, mais c'est une manière de dresser les plats, avec de la viande, des graines, du riz et du rougail. Un peu comme le principe du rice and curry au Sri Lanka. Et bien sûr, différents parfums de rhum arrangé à volonté! Parmi nos préférés, vanille caramel, goyavier, coco ... je goûte aussi kombava et géranium, mais ce ne sont pas mes favoris. Monsieur Grondin nous sert aussi du Bordeaux rouge, et du vin de Cilaos qui est trop doux pour que je l'aime. Nous n'avons pas randonné aujourd'hui, pourtant, gros coup de pompe et nous allons au lit tôt.

Et le lendemain, nous partons dans la matinée pour descendre à la cascade de Bras Rouge. Sur la route, une pelleteuse enlève les cailloux tombés à côté de la voie ... Ok, nous en avons pour une heure. Ah non, elle se pousse pour laisser passer les voitures, c'est assez inattendu compte tenu de mon expérience! Quelques kilomètres plus loin, nous nous garons en bord de route et prenons le sentier ombragé qui descend sur 350 mètres (de dénivelé, pas de distance). Et nous sommes bien évidemment encore dans la forêt. Nous croisons aussi beaucoup de monde, dont des enfants. Au terme d'une heure et demie de marche, nous arrivons dans un lieu idyllique: une cascade surgit en trombe d'un gros rocher pour être projetée sur un mètre à l'horizontale, et s'écrase en bas dans le canyon. Côté jungle, la lumière filtre parmi les arbres pour créer un endroit apaisant. Cela aurait valu un peu plus de temps sur place, mais nous ne nous attardons pas car nous aimerions trouver quelque chose d'ouvert pour le déjeuner.


La petite église de Cilaos, perdue dans cette immensité.
 Encore de la forêt!

La remontée ... n'est pas si difficile que ça, mais alors, vraiment pas, malgré les avertissements de Cyril comme quoi le plus dur serait les 50 derniers mètres (de dénivelé). Nous avons faim, les lentilles-saucisse appellent Cécilia, et je pense aux bouchons. Une fois de plus, je ne peux qu'être contente d'avoir arrêté de fumer, car aucun essoufflement ne se fait ressentir. C'est peut-être grâce aux bâtons, qui augmentent l'efficacité de 15%.

Nous remontons donc sur Cilaos pour trouver un petit snack ouvert, où nous trouvons tout ce qui nous plaît. Et puis, c'est déjà le moment de repartir. Avant de quitter le cirque, nous croisons un magnifique papangue (rapace) qui plane au-dessus de son domaine. Ca a quelque chose de magique.

Nous retrouvons un paysage un peu plus connu, non sans avoir fait un petit détour avant: à la pointe du Diable, coulée de basalte ainsi nommée car elle est très bâtarde en bâteau, les vagues la recouvrent et elle n'est parfois pas visible. La folle ne s'y trouve pas, ce qui est très contreproductif.

Retour à la maison et changement de programme: nous prévoyions d'aller dans la forêt des Makes le soir pour observer les étoiles, malheureusement le ciel s'est couvert à cet endroit. Après le dîner, nous allons donc dans Saint Pierre, non sans être allés voir la balance de la canne à sucre de nuit, car ils y travaillent encore. Les agriculteurs se rendent d'abord aux balances un peu partout dans l'île pour peser leur production et la stocker, et ensuite les usines viennent les chercher et les centralisent. Vous en saurez plus dans le prochain épisode.

 Vidéo faite avec le Reflex ... C'est mieux que rien. 

Dernier arrêt que nous avions failli oublier, avec tout ça: pas besoin de monter aux Makes, aller au Tampon sur un parking non éclairé suffit. L'étendue du ciel s'offre à nous! Nous pouvons distinguer la Voie Lactée, qui ne fait pas une grosse nébuleuse comme sur les photos à pose lente, mais qui laisse une délicate trace argentée en arc de cercle sur la voûte céleste. Difficile cependant de retrouver les constellations habituelles, qui jouent à cache-cache avec le zorey de l'hémisphère nord. Il fait un peu frais, et les nuages arrivent: il est temps de conclure cette journée.

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Il pleut, et pas qu'un peu.

Nous qui avions prévu d'aller au Cap Jaune, nous n'allons pas renouveler l'expérience de visiter quelque chose sous la pluie. Il y a peu d'activités en intérieur à la Réunion, mais il y a quand même un musée à faire: celui de la canne à sucre/Réunion, situé dans une ville qui porte le nom latin "d'étoile du matin", probablement la ville de Lucifer, je ne comprends pas pourquoi la Folle n'y est pas non plus. Cyril nous prête sa voiture, c'est une automatique. C'est la première fois que j'en conduis une, et bien évidemment, ça ne se fait pas spontanément. Quelle idée de la démarrer avec le pied sur le frein, aussi? La première fois c'est un coup de chance, probablement, mais dès que je cale, il faut rappeler le patron à la rescousse. Cependant, on s'y habitue vite, et c'est assez bizarre d'avoir une voiture qui avance toute seule. Nous voici lancées sur la Route des Tamarins, pour arriver sur la fin de la côte ouest. Sous une pluie qui se calme un peu, nous arrivons au musée, qui est dans une ancienne usine de canne à sucre.

C'est en Nouvelle-Guinée que sont relevées les premières traces de consommation de sucre, vers - 8000. Les habitants mâchaient alors des tiges. Cette pratique se démocratise sur le continent asiatique, et lorsqu'Alexandre le Grand franchit l'Indus, l'un de ses amiraux s'étonne de "ce roseau qui produit du miel sans le concours des abeilles". La technique du pain de sucre s'améliore, et au 7e siècle, les Arabes qui envahissent la Perse le découvrent à leur tour. Ils établissent au 9e siècle des comptoirs en Afrique de l'Est, à Madagascar et dans les Mascareignes (donc à Dina Morgabine, l'ancien nom de la Réunion) et y importent la canne à sucre. Au Moyen-Age, le sucre est devenu un produit de luxe dans le monde entier, et c'est Venise qui domine ce commerce. Lors des conquêtes de l'Amérique, les différents explorateurs et colons l'emmènent pour la faire pousser sur ces nouvelles terres: Antilles, Saint-Domingue, Pérou, Mexique ... Bien entendu, cela finit par une concurrence entre les Anglais, Hollandais et Français, comme d'habitude. La boucle est bouclée lorsque les Hollandais créent des plantations de canne à sucre sur Java (avant l'arrivée de l'huile de palme, donc!).

Avant la découverte et l'exploitation du sucre de la betterave, il était produit seulement à partir de la canne à sucre, qui a fait les beaux jours des exploitations réunionnaises. Mais au tout départ, le sucre produit n'est pas raffiné, et donc beaucoup plus brut. Il est censé être raffiné en métropole, par des exploitants français. Ils font pression pour qu'une taxe s'instaure et que les colonies ne le raffinent pas, malgré la découverte de techniques pour le purger de son sirop visqueux. Les colonies laissent donc tomber, et se remettent à produire du sucre brut. Pendant les guerres napoléoniennes, c'était une véritable guerre entre les sucres.

Il faut tout de même le cristalliser. Au 18e siècle, c'est un long processus: d'abord les cannes à sucre sont broyées dans un moulin à mules et il s'écoule du vesou, le jus de la canne, dans un canal. Il arrive dans une première cuve chauffée: la Grande. Les impuretés remontent en surface, et les esclaves transfèrent le liquide obtenu dans La Propre, encore plus chaude, où cette fois-ci les impuretés restantes descendent vers le bas. Le liquide est ensuite passé dans Le Flambeau, le Sirop, et la Cuite, de plus en plus chaudes. A ce terme, il est recueilli et mis à cristalliser sur les rafraîchissoirs. Ensuite, il va être mis dans des jarres en terre côniques pour faire des pains de sucre, où il égoutte. Il perd ses derniers résidus de sirop et mélasse.

Louis XIV et Colbert créent la Compagnie Française des Indes Orientales: monopole du commerce avec les Indes pour 50 ans, concession à perpétuité et seigneurie de toutes les terres, droit de traiter avec les Rois des Indes et de déclarer la guerre. Un beau programme, quoi. Le port de Lorient est créé, exprès pour le commerce avec l'île Bourbon. Du café est aussi implanté, ainsi que du tabac. Elle connaît des jours glorieux sous Louis XV puis est suspendue en 1769 suite à une banqueroute, et une concurrence trop acerbée. La Compagnie a cependant eu le temps d'envoyer des colons, et des compagnons sur l'île. Peu de femmes y vont, donc ils épousent des malgaches et indo-portugaises. Le métissage est censé être interdit mais tout le monde s'en fout. Les esclaves, les aventurieurs, les pirates repentis et les négociants viennent rejoindre tout ce beau monde. On comprend, avec tout ça, comment est né le créole (qu'on désigne en raciste le "parler petit nègre", ou un truc dans le genre, mais allez faire en sorte que tout ce monde se comprenne avec une langue à la con comme le vieux français!).

Bien sûr, les extractions se sont modernisées avec le temps, et maintenant tout est automatisé. Stella Matutina était à la fois une plantation de canne à sucre et une usine. Elle est gérée par des engagés tout d'abord, puis par des colons partiaires. Ces derniers ne possèdent pas la terre qu'ils cultivent, mais reversent un tiers de la récolte aux usiniers ou aux planteurs. Le colonat partiaire est aboli à la Réunion en 2010. Les planteurs livrent eux-mêmes leurs cannes à sucre à l'usine grâce aux gros camions, les cachalots, et après être passés par les balances. Aujourd'hui, il ne reste que deux usines en activité: la sucrerie du Gol et la sucrerie de Bois-Rouge.

Je viens de parler d'engagés: qu'est-ce que c'est? Il faut savoir que l'esclavage a été aboli le 20 décembre 1848, et a donc laissé un vide de main d'oeuvre. Les engagés sont libres juridiquement, contrairement aux esclaves, et ont des contrats de 3 à 5 ans auprès de leurs employeurs. Cependant, les conditions de traite sont souvent très similaires. Ils viennent d'abord d'Inde, d'Afrique et de Chine, puis Madagascar, Comores, Mozambique, Java, Australie et Europe. L'engagisme se stoppe lors de la création de l'Inspection du Travail.

C'est un musée intéressant, mais qui finit par être très répétitif. La preuve, j'ai retranscrit les noms des cuves de tête. Nous perdons en concentration au bout d'une heure et demie. Les enfants qui courent partout dans le musée, certains en criant, n'aident pas. La vue sur l'océan et sur la Pointe au Sel est assez jolie.

Il est déjà un peu tard, mais nous nous arrêtons en chemin devant le Souffleur de Saint Leu, une remontée de vague dans des rochers qui ressemble à un geyser. La houle s'engouffre dans les rochers en forme d'entonnoir, et l'eau est propulsée jusqu'à une dizaine de mètres de hauteur! Retour sur Saint Pierre pour aller acheter le repas de midi (des bouchons, des samoussas ...), pour Cyril et son amie Lucie, et nous arrivons à temps à 14 heures pour voir la soutenance de thèse en visio d'Alizée, la copine de Nathan.

La photo ne lui rend pas justice! Temps gris mais peu de houle. Je réessayerai ...  

L'après-midi est toujours très maussade, j'en profite pour aller dans le centre-ville de Saint Pierre pour voir si je peux régler mon problème de portable. Je ne m'attendais pas à grand chose, et je suis quand même déçue. Il va bien falloir attendre de revenir en métropole pour faire quoi que ce soit, car le temps d'avoir les composants, je serai déjà partie. Et pas non plus moyen d'avoir un portable de secours chez SFR sans abonnement réunionnais, et surtout que la garantie n'est pas chez eux. J'ai un timing serré car j'ai emprunté le portable de Cécilia pour le GPS, et elle veut aller courir avec avant qu'il ne fasse nuit. J'arrive à 17h30 alors que les collègues d'Alizée ont déjà investi la maison d'en face pour son pot de thèse. La soirée est sympathique, c'est chouette de parler à plein de nouvelles personnes car ça me manque terriblement au quotidien, mais tout cela finit bien trop tôt à mon goût. C'est un rythme de retraités, à la Réunion: levé tôt, couché tôt.

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Publié le 22 juillet 2020

C'est une matinée un peu plus détente qui nous attend: nous allons au marché de Saint Pierre, sur le front de mer. Il est 9h30 mais Cyril est étonné du peu de voitures garées, normalement les rues sont pleines, et bien entendu tout le monde est garé dans tous les sens. Nous nous arrêtons un peu loin, en espérant qu'il n'ait pas été interdit entre temps à cause du covid. Le marché lé la? Oui, heureusement! Quasiment tout le monde a son masque, et tant mieux car il y a foule - même si moins que d'habitude, semble-t-il. Une allée pour la nourriture, une allée pour l'artisanat. De bonnes odeurs de viande grillée abondent dans les stands. Nous fonçons directement au poissonnier, pour nous commander un petit assortiment: salade de zourites (poulpes), marlin fumé, marlin sauté au gingembre, carpaccio de marlin au basilic (mon préféré), salade tahitienne. Puis, nous profitons du reste des autres étals. De la noix de coco, des chouchous, des corossols, des zattes, des goyaves, du jackfruit battu en direct, des bibasses, et bien entendu des bananes. Au détour de l'allée, nous tombons nez à bec avec les coqs de combat. Nous achetons des légumes, un peu d'artisanat, des fruits de la passion et une zatte pour goûter, et des brochettes de poulet sarcive (mariné dans du miel). Nous nous prenons encore une petite douche tropicale, la météo étant assez capricieuse ces derniers temps alors que nous sommes pourtant en saison sèche. Nous nous arrêtons au stand de jus de fruits, au tout départ j'opte pour quelque chose de sucré: noix de coco, ananas, vanille bourbon. Mais comme le barman se trompe dans notre commande, j'ai à la place un cocktail à base d'hibiscus (bissap), menthe fraîche, citron, ananas, gingembre. C'est en fait tout aussi délicieux.

A midi, nous nous régalons de nos achats. Puis, il est l'heure que Cyril nous emmène chercher notre voiture de location, pour que nous soyions un peu plus indépendantes, surtout qu'il va reprendre le travail. Arrivées là-bas, nous avons bien failli ne pas pouvoir louer la voiture: 1200€ de caution sont demandés, et aucune de nous n'a le plafond nécessaire pour ce genre d'opération! Heureusement, le loueur nous propose de séparer la caution en deux, 600 chacune, et ça passe. Tout de même ... On n'est pas sereines. C'est une petite Hyundai qu'il faut apprendre à manier, et qui est très humide à l'intérieur.

Sur ces entrefaits, nous nous dirigeons vers le sentier littoral de l'Etang Salé, pour une grande balade plutôt qu'une randonnée. Qui fait tout de même 4 kilomètres ... En arrivant au parking, nous sommes étonnées que le chemin suive la nationale, et le calme tant attendu par Cécilia n'est pas de suite au rendez-vous. Cependant, nous finissons par trouver un petit chemin qui s'enfonce dans la forêt littorale. Cet endroit est très aimé des ornithologues, et en effet, nous pouvons observer un merle Maurice, un oiseau avec une petite crête de punk sur la tête, mais aussi un autre oiseau jaune pétard, et quelques pailles en queue qui sont très difficiles à avoir en photo. Les bruits des voitures finissent par s'estomper alors que nous continuons notre chemin pour ne laisser que les petits gazouillis et le bruit des vagues au loin. Ou parfois, des cris de surprise: je viens de marcher sur une branche épineuse qui a transpercé ma semelle et écorché mon doigt de pied! Et il y en a beaucoup sur le chemin! Cela va s'annoncer plus périlleux que prévu. Et d'ailleurs, cela survient à une autre reprise, mais cette fois-ci j'ai eu un peu plus de chance et la pointe a seulement effleuré mon gros orteil. Cécilia est un peu plus chanceuse, mais elle en fait les frais dans une moindre mesure.

Nous arrivons face à l'océan, qui déverse violemment ses vagues sur la côte. Nous faisons une pause sur cette petite plage de sable noir, battue par les vents qui courbent les tamarins. Nous remarquons beaucoup de déchets ... Il s'agit soit de gens négligents, soit des cochonneries ramenées par la mer. Probablement un mix des deux, car il y a carrément un chariot rouillé.

 Tentative de remplacement du mode panoramique, système D.

Le temps de se poser, nous continuons notre chemin jusqu'à l'étang du Gol, qui a (probablement) donné son nom à la commune de l'Etang Salé. Au loin, nous entendons des percussions, et quand nous arrivons au bout du chemin, nous voyons un parc de l'autre côté de l'étang avec des gens qui s'exercent. Mais il faut déjà penser au retour avant que le soleil ne se couche. Nous prenons le sentier dans le sable noir, plus ou moins aménagé mais délimité par des pierres, pour revenir vers notre voiture. Les vagues nous accompagnent tout du long.

Enfin rentrées, nous prenons rapidement la route de la Pointe au Sel, pour assister au coucher de soleil depuis là-bas. Déjà, la route littorale est magnifique, et le ciel commence à se teinter des lueurs du crépuscule. Nous arrivons juste à temps sur une belle plage de sable blanc entourée de roches basaltiques noires, là où l'eau scintille. Quel endroit magnifique! Juste à temps cependant, pour voir le soleil se cacher derrière les nuages de l'horizon. Quel dommage. Le panorama n'en reste pas moins magique.

 Photo de Cécilia

Il est temps d'aller nous installer dans notre Airbnb de la soirée, situé dans les hauts de St Paul. La nuit est tombée, et nous nous retrouvons sur une route à virages en épingles à cheveux, avec une pente descendante impressionnante par endroits, sans rien voir où nous allons car elle est peu éclairée. Les voitures qui arrivent en face donnent l'impression qu'elles vont nous rentrer dedans. Et puis, il y a des fossés des deux côtés, qui permettent d'évacuer l'eau. Cécilia est en stress, plus pour la caution de la voiture que pour nous, et moi aussi. En plus, le GPS n'est pas très coopératif pour nous aider à trouver notre adresse. Nous avons bien des indications, mais de nuit c'est fort compliqué. Mais bien entendu, après moultes minis crises cardiaques, nous arrivons devant une magnifique maison en bois décorée à la zen. L'hôtesse nous dit qu'il faut nous garer juste devant, car il y a déjà des voitures qui sont là, que ça ne gène pas, mais quand même elles sont aux trois quarts sur la route, et la caution, quoi. Elle nous assure qu'en 10 ans, il n'y a jamais eu d'emboutissements, d'ailleurs la voiture garée devant est la sienne. Montées deux virages plus haut, nous verrons au retour du dîner, je me garerai derrière elle pour protéger la Hyundai. Nous nous installons dans notre chambre, et visitons un peu cette magnifique maison, avec des Bouddhas partout et des stores vénitiens en bois. C'est un peu la maison de mes rêves. Nous ne tardons pas trop, cependant, et elle nous conseille d'aller manger à Boucan Canot, au bord de la plage. Le coup des virages commence à venir, et nous arrivons dans la station balnéaire 20 minutes plus tard. Il y a beaucoup d'hôtels, et donc un petit front de mer avec plusieurs restaurants. Nous optons pour un snack où nous pouvons goûter du porc boucané, qui s'avère être gras. Des bouchons complètent notre repas. Cependant, nous passons une bonne soirée, et cet endroit bien que touristique paraît tout de même mignon comme tout. Peut être essayerai-je d'y retourner plus tard ...

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Publié le 26 juillet 2020

C'est encore une journée qui commence par un réveil aux aurores (6h), car nous voulons monter au pic du Maïdo en voiture pour contempler la vue sur le cirque de Mafate avant que les nuages ne le couvrent, et nous avons d'autres choses prévues au programme dans la matinée.

Notre hôtesse nous a préparé un bon petit déjeuner, et nous discutons avec elle et son mari qui nous rejoint ensuite, qui comble du hasard travaille pour Corsair. Il nous raconte que la PAF a emmené un immigré ivoirien atteint du covid dans un de leurs avions sans les en prévenir, et qu'ensuite ils ont titré "Corsair transporte des passagers infectés". Quand bien même ce n'est pas la meilleure des compagnies, c'est un peu dégueulasse.

Nous reprenons la voiture, prêtes pour de nouveaux virages qui nous attendent. Malgré la lueur du jour, ils n'en sont pas moins dangereux, mais la voiture parvient tout en haut sans une égratignure. Nous voyons les nuages qui cachent le sommet convoité, mais de toute manière si nous avons bien appris quelque chose en matière de climat à la Réunion, et de projets en conséquence, c'est "qu'il faut tenter". Et pour le coup, nous traversons la mer de nuages pour avoir une vue dégagée une fois là haut, sur la route qui serpente parmi les joncs jaunes qui envahissent les flancs de la montagne, prenant la place des espèces endémiques comme toujours. Il y a pas mal de monde qui fait du camping, et lorsqu'on est habitué à dormir dans une tente sans souci, ça doit être royal, bien que frais. Enfin, nous arrivons au belvédère, et je découvre à quoi ressemble Mafate. Quelques nuages planent au-dessus des petits villages isolés, mais dans l'ensemble c'est assez dégagé. Le voir d'au-dessus est déjà une expérience en soi, plutôt intéressante, mais je n'irais pas y randonner deux jours si c'est pour remonter 1000 mètres de dénivelé pour en ressortir. Les habitants sont ravitaillés par hélicoptère, et le courrier était, il y a quelques décénnies, distribué à pied par un facteur qui allait le chercher en dehors du cirque. Cet endroit est une véritable curiosité, coupée du monde et à la fois très populaire parmi les randonneurs. Sur la droite, nous pouvons voir le Grand Bénare, que nous voyions déjà depuis Cilaos, mais de l'autre côté. Cette disposition est perturbante, et peut retourner le cerveau tant qu'on ne passe pas les cols, notamment celui du Taïbit. J'ai une petite théorie sur pourquoi il est nommé comme ça, sachant que les créoles nomment les choses simplement.

 J'ai essayé de retenter une sorte de panorama pour les deux photos d'en dessous, mais c'est un échec, il y a deux Gros Mornes!

J'aimerais bien faire la randonnée du Grand Bénare car on peut voir les trois cirques, bon, celui de Salazie d'un peu plus loin, mais en tout cas une vue sur Cilaos et Mafate en même temps. On verra où le vent me mènera ...

Nous essayons de nous aventurer au-delà de la barrière pour prendre de plus belles photos, et trouvons un magnifique spot pour prendre des photos. Le problème, c'est que c'est au bord de la falaise, qui est sacrément à pic. Et en plus pour arriver à ce spot, il faut que je passe par dessus une faille avec une vue sur le dessous. Quelle prise de risques. Je n'arrive pas à aller plus loin, car j'ai l'impression que le vide face et autour de moi m'aspire. Est-ce qu'on va risquer de mourir pour une photo? Non, peut être pas. Je suis sûre qu'il pourrait y avoir des influenceurs qui iraient s'asseoir au bord, les jambes dans le vide, pour le cliché parfait. Mais moi, j'ai plus de chances de trouver la mort que 400k abonnés.

Nous pourrions rester là pendant des heures, mais le timing va s'avérer un peu serré, étant donné que nous devons être au Port pour 10h15. La route est mieux vécue en descente, et 2 205m plus bas, nous voici aux prises avec le GPS qui ne nous amène pas du tout où nous le voulons. Il faut même que nous appelions le capitaine de Bateau Péi que nous allons prendre pour qu'il nous explique comment venir, car le portail qui aurait dû nous mener au quai est fermé le dimanche, comme par hasard. Quand nous arrivons à l'heure indiquée, la dame sur place nous dit qu'il va y avoir un peu de retard car ... il y a beaucoup de dauphins en mer, ça y est l'info est tombée, c'est ce que nous allons faire! Mais en attendant nous attendons. Nous pouvons voir sur les quais des agames des colons, de gros lézards oranges et noirs qui détalent partout. C'est une bestiole qui vient à la base d'Afrique de l'Ouest principalement, bien qu'on en retrouve jusqu'en Tanzanie, et qui est arrivé là par bateau. Ils ont été aperçus au Port pour la première fois en 1995 et depuis ils y sont toujours. Ils sont beaux mais ils menacent les geckos endémiques.

Enfin, une demi-heure plus tard, le capitaine, Josias de son petit nom, accoste. Nous nous joignons à un groupe organisé, car apparemment nous avons été mises avec eux alors qu'ils ont privatisé le bateau, ah non, peut être pas, qui a fait notre réservation? C'est Patricia. J'espère que Patricia n'a pas fait n'importe quoi. Mais après un peu de suspense, nous pouvons monter à bord, et c'est parti! Nous longeons la côte jusqu'à arriver dans la baie de Saint Paul, où nous croisons rapidement nos premiers dauphins !! Ce sont ceux de l'indo-pacifique. Ils ne sont pas farouches, car ils tourbillonnent autour du bateau. Tout le monde est surexcité! Nous pouvons voir des jeunes qui collent aux adultes qui ... apparemment essayent de se reproduire, parce qu'ils montrent souvent leur ventre blanc et essayent de se grimper dessus. Et tout ça avec les enfants à côté. Gros dégueulasses de dauphins! Vous devriez avoir honte! Plusieurs autres bateaux s'approchent, et le capitaine nous dit qu'on ne doit pas être plus de cinq autour d'eux, ce qui fait déjà beaucoup. C'est apparemment le juste équilibre entre préservation et activité commerciale. Nous disons au revoir à nos nouveaux copains pour prendre un peu le large et tenter de voir des baleines, même si c'est mal parti. La saison dernière était très mauvaise, et Josias pensait que ça ne pouvait pas être pire ... Il ne faut jamais dire ça. Quelques années auparavant, il y en avait tellement que les bateaux choisissaient leur baleine à observer. C'est très frustrant de savoir ça. Mais bientôt nous croisons de nouveaux dauphins, des truncatus cette fois-ci, qui sont bien plus grands. Tandis que le bateau navigue sur des vagues de plus en plus hautes, ils suivent la proue en s'amusant. Le plus rigolo est de voir l'eau sortir de leur évent, c'est à dire leur grosse et unique narine sur le crâne. Ca fait un petit "PFUUUUH" à chaque fois, et ça éclabousse. A tour de rôle, nous nous mettons à l'avant, les jambes au dessus de la mer, pour profiter de ce spectacle unique.

Pourquoi choisir?  
 Vidéos prises par Cécilia

La houle commence cependant à avoir raison de mon estomac, malgré mes petits gâteaux au sésame. Alors, quand Josias propose du ponch, je dois décliner ... pour lui dire que j'en prendrai sur la terre ferme. En attendant, un peu de Coca, bien que je n'en boive jamais, car ça pourrait faire son effet. Et effectivement ... en abaissant le masque et en prenant de grandes inspirations, ça commence à aller un peu mieux, je devrais tenir sans vomir, surtout que nous avons déjà vu une dame sur un autre bateau avec un seau et tout le monde s'est un peu foutu de sa gueule. Nous regagnons le port du Port (?) en longeant Boucan Canot, où des vacanciers ont déplié leurs parasols malgré les vagues, le vent et un peu de fraîcheur hivernale. En arrivant, je n'oublie pas mon ponch, bien mérité au final, et nous remercions Josias pour cette balade inoubliable.

Il est déjà 13 heures avec tout ça, et il serait temps d'aller déjeuner quelque part. Notre hôtesse nous a conseillé Les Balançoires, sur la plage de l'Hermitage, la plus belle de la Réunion paraît-il. A défaut de visiter le Musée de l'Hermitage de Saint Pétersbourg, nous irons là! Mais quand nous arrivons, c'est bondé, bondé, bondé. Il est vrai que nous sommes dimanche et que nous avons peu de notion des jours qui passent. Par chance, nous finissons par trouver une place au bout de seulement dix minutes, mais déjà le monde énerve Cécilia, à raison. Et sur la plage, il y a foule, bien entendu. Beaucoup de familles créoles, nombreuses évidemment, qui préparent leur nourriture sur place, avec leurs marmites, leurs petites tentes, leurs grandes tables, leurs gros réchauds ... Ils sont bien équipés! Malheureusement, il n'y a pas de place aux Balançoires, mais après tout c'est un peu cher. Et puis pour un restaurant avec "ambiance Bali" soit disant, c'est pas mal, mais ça ne vaut pas Bali. Ou ailleurs, en fait. Nous rebroussons chemin pour trouver un autre restaurant de plage aux prix élevés mais avec une assiette créole à nous partager avec des bouchons, des samoussas etc. Parfait. Nous contemplons la mer turquoise qui scintille, les branches des tamarins qui se balancent et écoutons tous les bruits autour de nous qui créent une joyeuse ambiance: il y a des gens qui dansent le kuduro, des enfants qui jouent, d'autres qui s'entraînent aux arts du cirque, bref, c'est la fête mais chacun dans sa petite communauté, ce qui est un peu dommage.

Ni l'une ni l'autre ne sommes d'humeur à nous baigner, il fait un peu frais et de plus, nous avons envie d'aller faire une autre randonnée au dessus de Saint Gilles: le circuit de Trois Bassins. L'accès est censé être interdit, mais est-ce bien important? La porte est ouverte et tout le monde passe. Nous descendons vers la ravine Saint Gilles, mais avant d'y accéder, nous arrivons sur un petit canal avec au choix de la direction, gauche ou droite, bassin des Aigrettes ou bassin des Cormorans. En quête d'aventure, nous choisissons de partir sur notre droite, car le guide nous dit que le dernier est le plus difficile d'accès. En suivant le bord du canal, nous voyons d'abord sur notre gauche une maison qui semble abandonnée, et seulement peuplée de poules, avec des gens qui descendent par là. Ce n'est pas ce que dit maps.me, aussi nous continuons, mais le sentier qui se présente à nous nous semble bien trop compliqué en descente. Nous rebroussons chemin et tentons de passer par la maison, en entraînant avec nous d'autres promeneurs. Qu'est ce que c'est que cet endroit? Il est en plein milieu de nulle part, et il y a un panneau avec marqué "Snack". Il fait des bouchons. Et des samoussas. Mais il est fermé ... Et pourtant il y a des animaux tout autour. On dirait un gros repère de hippies, mais avec des hippies qui auraient migré. Nous continuons notre chemin, mais nous arrivons sur le sentier officiel. Il est constitué de cailloux qu'il faut désescalader sur plusieurs mètres. Mais nous sommes des exploratrices, sans besoin de carte qui parle. Les gens derrière nous ont laissé tomber, pas nous. Sauf que ... Nous parvenons à un petit bassin qui semble couper notre route, et le sentier en face se transforme en petite rivière. C'est peut être la fin du chemin. De nouvelles personnes arrivent derrière nous et nous disent que c'est bien par là, et passent devant nous. Bon très bien, ne perdons pas la face. Les chaussures sont un peu mouillées, nous nous courbons pour passer sous un gros arbre, nous descendons encore un peu et nous arrivons sur des marches peu utilisées qui mènent au bassin. Wahou! Il nous faut encore passer à quatre pattes sous un arbre qui gène le passage, mais nous parvenons aux ruines d'une maison, maintenant taguée. On dirait de l'urbex mais dans la nature, ou Tomb Raider selon Cécilia. La cascade qui tombe devant nous est très belle, l'eau pure. Ca valait totalement le coup. Nous ne pouvons cependant pas rester très longtemps, et rebroussons chemin, en grimpant à nouveau sur les rochers. Nous allons maintenant continuer tout droit pour aller voir le bassin des Aigrettes. Mais là, mauvaise surprise ... Il faut se retrousser les jambes de nos pantalons pour passer en dessous des grilles qui ont été posées, et cela aurait été presque faisable si nous n'avions pas toutes deux des pantalons difficilement retroussables. Nous ne sommes même pas sûres de passer sous la seconde grille avec le sac. Et vraiment, il faut être un petit gabarit ... Dommage car selon les gens autour de nous, ça vaut le coup. Et bien, tant pis. En plus nous voulons à nouveau tenter un coucher de soleil à la Pointe au Sel, au cas où nous ayons plus de chance, alors ce n'est pas le moment de faire tout ce bordel! Nous ne verrons pas non plus le troisième, le bassin Malheur. En tout cas, pas toutes les deux. Nous remontons tout en haut, prenons la voiture, et sans réfléchir je commence à faire demi-tour sur la route. Après tout, ils se garent n'importe comment. Mais ça n'a pas l'effet escompté car beaucoup de gens arrivent d'un seul coup, dont une dame qui se met à me hurler dessus et me fait caler. "ET EN PLUS TU CALES CONNASSE" "Ben en même temps, me crier dessus ça va pas aider, madame". Ca ne nous fera rire qu'une dizaine de minutes plus tard.

Pile dans le timing pour notre seconde tentative, nous nous installons rapidement sur la plage, pour rapidement nous apercevoir qu'il se cache encore derrière les nuages, et ce au dernier moment. De la route, il nous a fait de faux espoirs, car nous ne voyons pas bien ceux qui sont encore plus à l'horizon avant qu'il ne les touche. Au moins, nous sommes sur la route pour rentrer! A nous, le thon à l'estragon et le marlin au gingembre!

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Publié le 27 juillet 2020

Nous voici une fois de plus sur la route, tôt, pour nous rendre dans la dernière forêt que fera Cécilia: la forêt de Bélouve. On nous a averti maintes fois que ce serait la forêt la plus humide que nous ferions, et que le cirque de Salazie était pluvieux. Qu'à cela ne tienne, nous sommes motivées! Nous traversons le Tampon et ses kilométrages, et je me demande comment est venue l'idée d'appeler cette commune comme ça. Hé les gars, comment on va appeler l'endroit entre le littoral et les plaines, cette espèce de zone tampon, là? Tampon? Oh, ça sonne bien, allez. Je me moque, je me moque, mais quand nous passons le col Bellevue, nous ne pouvons que remarquer qu'il a été bien nommé: face à nous, les plaines descendent maintenant vers l'océan qui brille au loin, et vers la ville de la Plaine des Palmistes. Mais nous tournons avant d'y parvenir, à Bras des Calumets. Une nouvelle route à virages nous fait traverser la forêt de Bébour, avant de monter vers Bélouve. Une fois garées au parking, nous montons au gîte, où se trouve le départ du sentier et un magnifique point de vue sur le cirque de Salazie. Il y a un chemin qui descend vers Hell-Bourg, mais cela aurait signifié qu'il fallait le remonter. Nous surplombons donc notre prochaine destination, mais nous allons devoir faire le tour en voiture pour y accéder. Et oui, c'est comme ça, de toute manière nous n'allions pas remonter 1000 mètres avec la valise de Cécilia.

Armées de nos bâtons, nous débutons le sentier dans la forêt, en direction du Trou de Fer, un endroit apparemment féérique dans lequel se jettent des cascades. Le seul truc, c'est qu'il est déjà 9 heures et on nous avait dit d'y aller tôt, mais comme d'habitude, "il faut tenter". En tout cas, nous aimons beaucoup toute la végétation luxuriante autour de nous, notamment les fougères arborescentes. Nous traversons des petits ponts, devons grimper quelques raidillons, quand bien même il y a un peu de boue. Après une demi heure (contre 20 minutes annoncées) nous arrivons sur une piste dégagée, que nous suivons jusqu'à la suite du sentier. A cet endroit, un panneau nous informe: "Le sentier est boueux et dégradé, nous vous conseillons de suivre la déviation sur la piste pour arriver au Trou de Fer". Nous nous regardons, et ne réfléchissons pas trop longtemps: on est venues pour la forêt ou quoi? Et de toute manière, nous avons nos bâtons, ça devrait aller, ce n'est pas de la boue qui va nous faire peur!

Sentez-vous venir la grossière erreur? Et bien oui, c'était une erreur bien grossière.

Enfin, au début, tout allait bien, oui il y a de la boue, mais nous passons sous d'immenses arbres, et c'est surmontable. Mais petit à petit, le chemin devient de pire en pire. Oh, c'est insidieux, au départ. Nous pouvons encore passer sur le côté pour éviter la boue, et on se dit que ce n'est pas si terrible. Et puis arrive le premier gros champ de boue, qu'il faut esquiver en s'accrochant aux branches et aux troncs qui le bordent, sauter sur les pierres du sentier, suivre les planches ... Et puis, le deuxième, pareil, ça va encore ... Et puis le troisième ... le dixième ... Ca ne s'arrête plus et à force, nous trouvons que chaque passage est pire que le précédent. Nous devons user de stratégies pour ne pas nous retrouver les pieds coincés ou encore les bâtons trop enfoncés dans la boue, qui parfois se transformerait presque en boue mouvante. Ah oui, l'aventure, on l'a voulue, on l'a eue, on ne pourra pas dire qu'on n'avait pas été prévenues. On ne peut pas faire marche arrière de toute manière, il y a trop de boue partout. Des bottes en caoutchouc auraient été parfaites. Mais toute épreuve a une fin, bien que nous ayons tout de même passé entre une heure et demie et deux heures dans ce bourbier de Bélouve au lieu d'une seule. J'apprendrai par la suite que c'est toujours comme ça, et encore pire en saison des pluies, c'est l'endroit où il pleut le plus en France. Voire parfois, dans le monde !! Nous retrouvons les plateformes aménagées qui nous mènent au Trou de Fer, que nous avons bien mérité. Mais apparemment, la seule chose que nous avons méritée avec tout ça, ce sont des nuages qui bouchent entièrement la vue! C'est malin! Bon, apparemment, le fait que nous ayons emprunté le sentier maudit ne changeait rien à la donne, nous étions de toute manière arrivées un peu trop tard dès le début. Je ne sais pas si j'aurai à nouveau l'occasion de repasser par là, ça m'étonnerait grandement. Peut être le verrai-je depuis l'ULM avec un peu de chance?

 C'est très humide comme vous l'avez compris. Le Reflex galère plus que d'habitude. 

Pas la peine de s'attarder ici, les nuages ne vont pas s'en aller magiquement. En plus il est midi, nous avons faim, il faut retourner au parking, et cette fois-ci nous revenons en empruntant la piste et effectivement, ça va beaucoup plus vite et c'est bien moins boueux. On a vu assez de forêt comme ça, on l'a vue profondément, plus la peine d'insister! Sur le chemin, Cécilia se rappelle soudain que Nathan lui a dit quelque chose. "Il faut prendre à droite, ou alors il y a une histoire de sentier botanique". Ledit Nathan me dira plus tard "ah mais vous avez pris le sentier? Mais je vous avais dit qu'il valait mieux éviter", l'information était bien passée apparemment.

Nous redescendons donc à la Plaine des Palmistes vers un restaurant que Cyril nous a conseillé, pour manger de la salade de ... palmiste, figurez-vous. Mais quand nous arrivons, le service est déjà terminé, et pas de chance car c'est parce que le chef doit partir plus tôt. Nous nous rabattons sur un autre petit restaurant qui fait à emporter, Cécilia prend un porc boucané moins gras qu'à Boucan Canot et moi un rougail z'oeufs, avec le F qui se prononce, qui est aussi un plat d'ici. C'est copieux, et ça fait du bien. Pendant que nous mangeons sur le parking, nous sommes visitées par une minette, mais aussi par une dame qui, polie, nous tape d'abord la discute avant de nous demander de l'argent. Mais nous n'avons pas de monnaie. Et bien oui, moi, je suis sensible aux efforts que font ces gens pour essayer de s'intéresser un minimum aux touristes. Il y en a qui n'en font pas.

Nous descendons maintenant sur la côte Nord-Est de l'île, avant de reprendre la route pour Salazie et Hell-Bourg. A l'entrée dans le cirque, petite surprise: la cascade du Pisse en l'Air. D'après ce que j'avais compris, c'était une sorte de cascade inversée, l'eau est projetée vers le haut avant que la gravité ne reprenne ses droits. Probablement que celle-ci fait comme ça, mais nous ne pouvons pas la voir de la route, non, ce qui fait son originalité c'est que l'eau tombe sur le goudron et arrose la voiture au passage. Ew. Le nom fait que l'image n'est pas très propre, mais c'est bien de l'eau qui nous tombe dessus. Après cette douche improvisée, nous pouvons voir la magnifique Cascade Blanche sur le côté, qui mesure 700 mètres de haut ! Et qui se fait pourtant discrète, cachée derrière un piton et visible un peu de loin depuis la route. Ce n'est pas le moment de la prendre en photo, ce sera mieux au retour. Nous franchissons à plusieurs reprises la Rivière du Mât - comme le rhum arrangé, et traversons le petit village de Salazie. A sa sortie, nous arrivons à Petit Sable (où est-il, ce sable?) d'où nous pouvons contempler la cascade du Voile de la Mariée depuis la route. Elle a l'air de descendre du Trou de Fer, d'ailleurs, et ce sont en fait plusieurs cascades qui dégringolent du flanc de la montagne. C'est très photogénique. Une dizaine de minutes plus tard, nous arrivons enfin à Hell-Bourg, et allons nous installer au Relais des Gouverneurs. C'est un gîte un peu plus cher que ce que nous avons pu avoir jusque là, mais Cyril a insisté car selon lui les literies des autres endroits restent humides. Le point fort, c'est que nous avons un chauffage, qui n'est pas de trop! Nous nous reposons, Cécilia part courir, puis fait de la gym en revenant, je me joins à elle pour les abdos. Cela nous a mis en appétit pour le dîner. Nous aurions aimé manger au Relais des Cimes comme conseillé pour la crème brûlée à la vanille, le canard à la vanille, mais d'une c'est fermé, et de toute manière nous avions commandé le repas au gîte. Repas qui n'a vraiment rien d'extraordinaire, mais qui a l'avantage de ne pas être trop gras. Le dessert est une sorte de crème à la fraise, tout ce que Cécilia n'aime pas. Cependant avant de partir, un petit shooter de vieux rhum nous est offert, heureusement, nous avions cru que ce ne serait pas le cas. Il est fort, et nous réchauffe bien. Nous avons l'idée d'essayer de trouver un autre restaurant pour chercher une crème brûlée à la vanille. Il est 20 heures, il pleut, en ville tout est fermé sauf le Ti'chouchou, mais qui ne fait pas de crème. Nous demandons au cas où pour un autre dessert, mais non, c'était le dernier service. Les gars nous avaient prévenues: on se lève tôt, on se couche tôt, à Salazie plus qu'ailleurs. Bon, au moins nous ne sommes pas totalement le ventre vide.

C'est un mode portrait. Ca ne faisait pas ça avant ...
LES MONSTRES

En revanche, le petit déjeuner est presque royal: du pain, deux confitures, un yaourt, un chocolat chaud, des fruits, et du pudding au géranium qui s'avère ... être bon, en fait, on n'a pas l'impression de manger la fleur mais le goût ressemble à du clafoutis! Bien repues, nous entamons notre promenade dans les rues de Hell Bourg. Ca va quand même assez vite, tant le village est petit. Il y a de très belles cases créoles, et un superbe panorama sur le cirque. Et il fait beau, maintenant. Nous passons devant la Villa Folio, une grande case que nous pourrions visiter, mais même au tarif réduit de 4 euros, cela ne nous donne pas spécialement envie, car c'est le jardin le plus intéressant et nous y sommes rentrées en prétendant ne pas savoir qu'il fallait payer. Mais bon en même temps, leur porte est ouverte et il n'y a personne à l'entrée. Le cimetière est assez connu, fleuri, et apparemment c'est grâce à lui qu'Hell Bourg est devenu l'un des plus beaux villages de France. Pas le plus animé en tout cas c'est sûr. C'était une ancienne station thermale très à la mode, mais qui a fini par passer. Il a son charme, mais je crois que je préfère l'Entre Deux. Il y a quelques boutiques dans la rue principale, où nous allons chercher des idées de souvenirs à rapporter, et une visite guidée a lieu juste à côté. La guide parle de l'architecture créole, qualifiée d'indo-portugaise, et s'attarde sur les varangues qui ne servaient pas seulement de verandas et de passage entre le foyer et l'extérieur, mais c'était aussi une vitrine pour étaler sa richesse, on y mettait donc les plus beaux vases, les plus beaux meubles, apparemment sans avoir peur des vols. Elle me repère vite en train d'écouter, me propose de me joindre à eux non pas pour 10 euros, mais pour un tarif réduit exceptionnel de 9 euros! Non, ça ira, merci. Nous repérons aussi que le Relais des Cîmes a ouvert la porte. Nous rentrons dans le restaurant pour essayer une fois de plus de goûter la crème brûlée à la vanille ... Mais ils ne seront même pas ouverts à midi. Je crois qu'il va falloir y renoncer.

Le Relais des Gouverneurs

Si nous voulons retrouver Nathan et Alizée à l'heure prévue, au lieu prévu, et entre temps faire une petite balade, nous devons nous mettre en route. Nous nous rendons donc à Mare à Poule d'Eau, qui s'appelle comme cela parce qu'il y a une mare avec des poules d'eau dedans. Le village est très proche d'Hell Bourg. Nous pensions faire une balade de 45 minutes, mais nous nous apercevons que nous arrivons rapidement à ladite mare. C'est un très beau spectacle, presque digne des petits lacs canadiens. Pour l'instant, il y a des personnes qui tondent les pelouses, et qui font un beau boucan, mais le lieu sera probablement plus agréable une fois qu'ils auront terminé. Les fameuses poules d'eau ont trouvé un spot inaccessible des touristes, et sont un peu loin pour être photographiées par mon objectif basique. Enfin, les tondeuses se taisent, et nous saisissons l'intérêt de l'endroit: un calme extrêmement reposant. Les gens pêchent, et sont tout aussi paisibles, ce qui change un peu de d'habitude. Les enfants ne courent pas dans tous les sens. Nous ne trouvons pas le départ de la fameuse balade, mais ce n'est pas grave, nous nous contentons de faire le tour et d'observer quelques ruines.

En fait, Mare à Poule d'Eau est un lieu important du cirque, car c'est l'un des premiers à avoir été colonisé par la famille Cazeau. Anciens propriétaires de la région de Saint André, ils sont touchés durement par la crise agricole de 1829 et doivent se réfugier dans les montagnes. Ou plutôt fuyaient quelque chose, car la terre était pour le moins inhospitalière: la Rivière du Mât bouillonnait au fond de cet immense gouffre, et pour s'approvisionner, la famille (eux en personne, apparemment) devait traverser 27 fois la rivière au cours de 6 heures de marche. Et puis, il y eu une violente saison des pluies qui les isola du reste du monde pendant plus d'un mois, et qui les affama. Mais le père, Théodore, avait planté un champ de citrouilles qui leur permit de survivre. Comme le dit si bien le panneau explicatif du lieu, "Un homme qui, le premier, s'est établi à Salazie, qui y a éprouvé sans faiblir de rudes secousses physiques et morales, qui y a enduré la fatigue et la privation sans délaisser le lieu où il a tant souffert, ne doit-il pas être considéré comme le pionnier de Salazie?". Dit comme ça, oui, probablement, même si ça sous-entend que ses enfants et surtout sa femme le regardaient pendant qu'il labourait ses citrouilles ? Quel homme! Peut-être est-ce aussi un Cazeau qui a écrit ça?

Il est maintenant temps de quitter le cirque et de redescendre vers Saint André, non sans nous arrêter pour avoir un beau point de vue sur la Cascade Blanche, tellement impressionnante. Cécilia a beaucoup aimé cet endroit, avec sa végétation plus foisonnante qu'ailleurs, de par la pluviométrie de la région. C'est en effet bien plus humide que Cilaos, pour lequel j'ai encore une petite préférence. Surtout parce qu'il est tout rond.

Nous retrouvons Nathan et Alizée à Saint André, proche du temple du Colosse que nous aurions aimé visiter, ou au moins observer de l'extérieur. Mauvaise nouvelle: il est en travaux. Il est actuellement recouvert de peinture jaune, la base de sa coloration. Le shikara (la tour qui représente la montagne des dieux) est en train d'être peinte, mais le vernis n'est pas encore appliqué. De toute manière, il a beau être le plus grand temple de la Réunion, il ne paraît pas très impressionnant. Mais bon, j'ai très probablement un avis biaisé sur la question. Les temples d'ici ne se visitent que très peu, à certaines heures précises et une fois par semaine, le plus souvent. Les croyants restent dans un cadre intimiste, mais quand on y pense, les touristes ne sont pas censés visiter la Réunion pour ses temples. Sauf moi, qui aurait bien aimé, car après tout c'est toujours chouette d'aller dans un temple. Au moins, cela nous enlève le souci des habits, car Nathan n'a pas de pantalon à jambes longues.

Nous allons manger au restaurant le Velli, qui est juste à côté, car nous avions prévu un point de chute si nous avions un souci pour visiter le Colosse. Ca tombe bien. C'est un restaurant qui a aussi été recommandé par Cyril. Il interdit cependant l'entrée aux voyageurs qui sont arrivés il y a moins de 14 jours. Bien qu'à la base ce soit une bonne idée, ils doivent se baser sur notre bonne foi. Et notre foi est bonne, n'est-ce pas? Nous nous installons et commandons des samoussas au poisson qui sont délicieux, et des plats que nous nous faisons goûter: un civet de zourites qui est bien meilleur que la salade du marché, un coq fermier massalé avec des palmistes (c'est un coeur de palmier amélioré, finalement), et du cabri massalé pour moi. Qu'est ce que c'est bon !! On devrait plus souvent manger de la chèvre en métropole, c'est vraiment dommage que ce ne soit pas dans les moeurs. Mais il y aurait des gens pour être choqués, "c'est pas notre culture, on se fait envahir par les Musulmans, ah rien à voir avec les Musulmans, bon, mais c'est quand même pas de chez nous, on n'est plus chez nous" blablabla. En tout cas, bonne nouvelle, il y a de la crème brûlée à la vanille en dessert !! Nous sautons sur l'occasion, et nous nous régalons aussi. Au moins Cécilia en aura goûté pour son dernier jour ici.

Maintenant que nous sommes repus, c'est parti pour la suite de l'après-midi. Nous allons nous contenter de regarder le temple hindou du Petit Bazar avant de quitter la ville, et le bazar ça a l'air de l'être un peu, avec les travaux et les rues étroites. Nous pouvons le voir à travers les grilles, mais ce n'est bien sûr pas l'heure d'une cérémonie. C'est toujours ça de pris. Bangkok et Singapour me manquent, cependant.

Nous allons maintenant visiter une vanilleraie, au domaine du Grand Hazier à Sainte Suzanne. Sur la route, nous nous arrêtons à la Cascade Niagara, après avoir serpenté entre les cannes à sucre. Elle s'écoule dans un bassin dont l'eau est un peu fraîche. Apparemment, le site appartenait à un accrobranche/via ferrata, à en juger par le pont de singe qui se tend au-dessus de la cascade, et les échelles, filets et cordes de la via ferrata qu'on peut voir encore à flanc de falaise et qui ont été laissés là par l'entreprise qui a fait faillite. C'est un peu bizarre d'envisager que des patrons ont acheté ce lieu naturel pour y faire un parc d'aventures. Les câbles ne dérangent pas les pigeons, bien au contraire, ils y ont élu domicile mais en chassent les espèces endémiques qui n'ont pas le réflexe de s'installer sur des fils comme leurs congénères.

L'heure de la visite arrive. Le Domaine du Grand Hazier appartient à la famille Pay ... non pardon, Chassagne, et est installé dans une ancienne écurie datant de 1897.

C'est là que les premiers vanilliers venant du Mexique ont été implantés en 1819, dans le but d'en faire une culture florissante. Mais un problème se pose: au Mexique, une abeille endémique permet la fécondation. Car la vanille n'est pas une fleur facile: l'organe mâle et l'organe femelle sont séparés par une languette stérile. Et cette fameuse abeille n'existe pas à la Réunion. Malgré des tentatives pour l'introduire, c'est un échec. Les producteurs se retrouvent avec des plantations de vanille qui ne rapportent pas assez. Les grands chercheurs sont sur le coup, tout le monde essaye de sauver cette entreprise risquée. Jusqu'à ce qu'un jeune esclave de 12 ans, Edmond Albius, trouve par hasard le procédé qui permet la pollinisation. Il s'agit juste de relever la languette stérile et de faire frotter les organes entre eux. Il fallait bien que ce soit un adolescent prépubère qui ait cette idée! Les élites sont tournées en ridicule, et pour la peine, les lobbies de l'époque lancent la rumeur qu'Edmond aurait trouvé cette solution en brûlant la plantation de son maître. Ce n'est pas crédible pour un sou. Ce procédé est encore utilisé aujourd'hui, et cette découverte a permis l'expansion de la vanille de la Réunion: la fameuse vanille Bourbon.

Outre cette technique, cultiver la vanille est une entreprise longue et harassante: d'abord, il faut savoir que c'est la seule orchidée dont le fruit est comestible. Elle ne se développe qu'avec un climat tropical chaud et humide, mais un certain ombrage est nécessaire à son développement. Il faut attendre 3 ans après la plantation pour que les premières fleurs s'épanouissent, et encore elles sont très éphémères et elles doivent être fécondées dans la journée. Sur le domaine du Grand Hazier, ce sont trois agriculteurs qui s'en chargent, dans la période d'octobre à décembre. Une fleur ne donne naissance qu'à une seule gousse de vanille qui met deux mois pour atteindre sa taille définitive mais qui doit encore maturer 9 mois avant d'être cueillie. Elle est entre temps poinçonnée, avec un symbole spécial pour chaque domaine, pour éviter les vols et la retrouver en revente sur les marchés. Elle prend sa couleur chocolat naturellement, mais se fend pour libérer ses arômes. Il faut la récolter juste avant, et la baigner dans une eau à 65 degrés pendant 3 minutes. Ensuite, il faut l'étuver pendant 24 heures dans des caisses capitonnées avec des couvertures pour la faire transpirer. Elle se retrouve donc gorgée d'eau, il faut maintenant la sécher dix jours au soleil, puis plus lentement à l'ombre pendant deux à trois mois. Pendant ce processus, il faut tester la gousse pour voir si on sent les graines, sinon cela veut dire qu'elle est encore trop gorgée d'eau. Quand elle est enfin assez sèche, elle part en caisse de maturation pendant 12 mois. Il faut alors faire attention à ce qu'elle ne moisisse pas. Et enfin, elle peut être calibrée, à la main avec toutes ses copines gousses, et commercialisée. Tout ceci prend environ deux ans minimum. Il faut vraiment, vraiment beaucoup de patience pour arriver à cultiver de la vanille. Et tout ça pour que les parfums populaires actuels soient des arômes de synthèse!

C'est la vanille planifolia qui est cultivée à la Réunion. Elle sent le pruneau, alors que la vanille de Tahiti sent l'anis, et celle de Madagascar le pain d'épice. La guide nous affirme qu'elle possède 2% de vanilline et que c'est la plus forte concentration, et elle passe à 4% lorsqu'elle se givre de manière aléatoire, et que c'est donc elle qui est utilisée dans les recettes de cuisine. Contrairement à la vanille de Tahiti qui n'a qu'1% et qui est utilisée pour les cosmétiques. Alizée est sûre d'avoir entendu l'inverse, vu qu'elle a vécu à Tahiti, et que surtout, elle a rencontré le spécialiste de la vanille de la région, Michel Grisoni, qui lui a tenu le discours inverse. On nous ment ! Peut être y a-t-il une guerre secrète de la vanille, tout comme avec le sucre antérieurement !

[Après vérification quelques jours plus tard, il s'avère que la vanille de Tahiti n'est peut-être qu'à 1% de vanilline car elle possède d'autres arômes qui font sa force ... En cuisine. Les chefs des restaurants étoilés l'utilisent pour leurs poissons. Fake news! Autre info: la Réunion possède des plants de vanille de Tahiti dans l'attente de pouvoir la vendre, mais pour l'instant ils n'en ont pas le droit du fait des conventions nationales.]

La visite terminée, le soleil n'est pas loin de se coucher. Nous faisons une tentative au phare de Bel Air à Sainte Suzanne, mais le panorama n'est pas très bon. Alors, nous reprenons les voitures et nous dirigeons vers le Barachois, la promenade de Saint Denis avec une vue imprenable sur la mer. Nous y arrivons juste à temps mais évidemment, le soleil et les nuages nous font encore le même coup que les deux fois précédentes. Ce n'est pas grave, au moins nous avons visité encore quelque chose de nouveau!

L'heure du départ de Cécilia se rapproche. Nous allons faire les dernières courses, elle achète du rhum arrangé à la vanille, et il est temps de l'emmener à l'aéroport trois heures à l'avance alors qu'il est tout petit, mais les procédures, tout ça. Ce n'est qu'un au revoir! En tout cas moi je ne la revois que dans deux semaines, je le vis bien. De notre côté, nous passons chez Nathan et Alizée, où je rencontre leur chat (démon) Mochi, qui grignotte tout et n'importe quoi. Puis, nous allons dans Saint Denis pour manger des gaufres salées et sucrées à la Waffle Factory. Très bonne soirée! Nous nous disons à bientôt car les aventures ne sont pas finies ... Surtout que Nathan a fini par me convaincre de randonner dans Mafate!

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Publié le 30 juillet 2020

Evidemment, maintenant que Cécilia est partie, que Cyril n'est plus en congés et que nous sommes moins dans le rush, mon rythme et donc celui des articles va changer. Un point non négligeable entre aussi en compte: je n'ai plus de voiture non plus.

Car la voiture de location et sa caution à 600€ x 2 a retrouvé son agence dès le lendemain, après avoir fait quasiment le tour de l'île. Aucun souci, pas de rayures, le plein est fait, tout allait presque bien malgré le petit coup de pression car en arrivant à l'agence, il n'y avait personne, et j'ai calculé pour pouvoir prendre le bus dans la foulée, avec un peu de marge. On peut cependant appeler le gérant sur son téléphone s'il était en pause, ça me fait une belle jambe. Heureusement, il ne tarde pas trop, et le timing est parfait pour prendre le bus. Cyril m'avait averti que c'était un très mauvais système pour se déplacer car ils ne sont jamais à l'heure, et il y en a peu. Il se trouve que celui que je prends arrive en retard, oui: de cinq minutes. Le plus gros souci, c'est ... que le chauffeur ne vend pas de tickets à bord et nous sommes au beau milieu de nulle part. Mais en fait, il s'en fiche pas mal, que je paye ou pas. Il m'embarque quand même, et me préviens qu'en revanche les contrôleurs ne sont pas très arrangeants, donc je joue avec ma chance. Et bien, j'en ai eu. En fait, les tickets ne s'achètent qu'à la station du Pôle d'échange de Saint Pierre, ou Marché Couvert, à une autre adresse et nulle part ailleurs. Là, je dois admettre que c'est un beau système de merde, et les chauffeurs les premiers trouvent ça débile. Surtout que c'est le réseau Alternéo qui fait ça, les autres réseaux de l'île font peut être différemment. En tout cas, j'ai réussi mon objectif, qui était de revenir sur Saint Pierre, c'est déjà bien. Je m'arrête à la gare routière pour faire du repérage: si je veux me déplacer de ville en ville, je vais devoir utiliser les Cars Jaunes et les tickets s'achètent sur place. Tous les horaires sont sur le site internet et ça par contre, c'est très détaillé et très pratique. Il y a aussi un système d'achats de tickets sur internet pour Alterneo, avec un portefeuille virtuel, mais en essayant à la maison ça ne marche pas. Ni pour moi, ni pour beaucoup de monde si j'en crois les commentaires. Je teste également le retour à pied chez Cyril: c'est en montée et c'est un peu fatigant.

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Sainte Rose sous la pluie

Le jour suivant, je me prépare donc à faire mon premier trajet en indépendance totale. J'ai décidé d'aller sur la côte Est que je n'ai pas encore vue, au pied du volcan, là où il crache le plus de lave et a même dévasté une forêt qui depuis se nomme le Grand Brûlé. Sur le livre de Cyril, je crois comprendre qu'il y a une randonnée qui part de l'Anse des Cascades et remonte sur 8km de littoral jusqu'à Notre Dame des Laves, et il y a des arrêts de bus aux deux endroits. Parfait. Mais elle est indiquée à 2h30 de marche, à la créole comme d'habitude, donc comptons en plutôt trois ou trois et demie. Au vu des horaires de bus, je ne vais pas trop avoir le choix: je dois me lever à 6h30, marcher jusqu'à la gare routière pendant 30-40 minutes mais en descente, et prendre le bus qui me fera arriver sur place à 9h45. J'ai ainsi bien le temps, sans rusher, de faire le trajet retour à 16h. Il y a, dans cette région du Sud sauvage, beaucoup moins de bus qu'entre Saint Denis, Saint Paul et Saint Pierre. C'est d'ailleurs dommage car j'aurais aimé faire un tunnel de lave en spéléologie, mais les horaires sont incompatibles. Et puis de toute manière, ça commence à revenir un peu cher, tout ça. Bref, me voici dans le bus qui m'emmène vers Piton Sainte Rose, quand tout à coup, il commence à pleuvoir. Ah, ça, c'est mauvais signe, quand bien même il paraît qu'il pleut tout le temps dans cette région. La route traverse alors le Grand Brûlé: on peut dire que c'est impressionnant. De la lave, recouverte de petits cristaux beiges qui ressemblent à du givre, quasiment plus d'arbres, seulement un champ de basalte. On peut mesurer toute l'ampleur de la force de la nature ... Presque deux heures de route plus tard, il est temps de descendre. Il me faut marcher environ 20 minutes pour descendre à l'Anse, où le vent cinglant anime la mer qui fouette les rochers. C'est un paysage sauvage, brut, photogénique malgré l'humidité que mon Reflex n'aime pas du tout. Il ne pleut pas encore ici, mais je vois de gros nuages qui arrivent vers moi poussés par le vent qui bien entendu les emmène dans le mauvais sens. Maintenant que je suis là, pas question de faire demi-tour. Je m'engage sur le sentier littoral, derrière une famille que je vais finir par doubler plus tard. Pour l'instant, je ne regrette pas. La côte se découpe et semble résister à un combat avec l'océan, le vert des plantes ressort intensément sur le noir basaltique, et je suis plus ou moins protégée de la bruine par la forêt de vacoas. C'est un fort beau sentier. Mais finalement, la météo me rattrape ... Heureusement que j'ai pris mon parapluie. A cet endroit, protégée du vent, il n'y a aucun souci, et en fait je le vis plutôt bien. Même lorsqu'il faut escalader des rochers en le tenant dans une main. Je ne traîne pas trop cependant, même si l'averse commence à s'intensifier. Et j'arrive à la fin de la randonnée, à la coulée de lave de 1977, beaucoup plus tôt que prévu ... Bizarre, je n'ai pas l'impression d'avoir marché 8 kilomètres. Enfin en tout si, avec le trajet jusqu'à la gare routière, puis jusqu'à l'anse ... Il s'avèrera que la randonnée donnait 8km aller-retour et non aller. C'est sur ces pensées que le vent commence à embarquer mon parapluie: il n'y a plus d'arbres sur la coulée de lave, je suis exposée. Bon, et bien, tant pis ... je le range, je mets ma capuche, je cours dans l'espoir de me mettre à l'abri. Mais c'est trop tard, je suis trempée de la tête aux pieds. Heureusement, cela ne dure que cinq minutes, cinq longues minutes mais peu quand même. Je retrouve la route, et vais jeter un coup d'oeil à Notre Dame des Laves. C'est une église qui a été épargnée en 1977 lorsque la lave en fusion a quitté l'Enclos, ce qui n'était pas du tout prévu, et s'est précipitée sur le Piton Ste Rose. Mais personne n'est mort, seulement des habitations et des cultures ont été endommagées, et l'église a été encerclée mais n'a pas été détruite. Ce qui était soit disant un miracle. Sauf que non, tout s'explique scientifiquement. Mais laissons les gens croire, ça leur donne de l'espoir.

 Ca s'en rapproche, mais c'est pas encore trop ça. 

Je trouve un petit restaurant qui ne paye pas de mine pour manger un cari d'espadon, puis j'attends que le bus arrive à 13h22, donc bien plus tôt que prévu, en essayant de m'abriter du vent. Avantage ça me sèche le pantalon, inconvénient il se peut que je tombe malade. Le bus passe avec 5 minutes d'avance, je me colle dedans, et arrivée à Saint Pierre j'anticipe et je file à la pharmacie, car déjà la gorge commence à me faire mal, c'est de plus en plus rapide. Et puis, je n'ai vraiment pas envie d'avoir la crève pendant des vacances relativement courtes comme celles-ci. Un collutoire et un sirop me reviennent à 18 euros, ah oui, c'est vrai que c'est BIEN plus cher. Je fais un petit tour dans Saint Pierre, en profitant pour m'acheter quelques tickets de bus pour quand il faudra remonter chez Cyril. En rentrant, douche chaude obligatoire, et au lit sous la couette, pour récupérer. D'ailleurs, le lendemain, bien que ce ne soit pas une crève franche, mon corps lutte encore. Mais en sort gagnant.

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Ran-Dos d'Ane

Un jour de repos n'a pas été de trop, même si sortir Samy est une épreuve sportive en soi tant ce chien tire sur sa laisse vu qu'il ne sort quasiment pas ces derniers temps. Mais aujourd'hui, samedi, je vais rejoindre Nathan et Alizée pour une randonnée qui donne sur le cirque de Mafate. Je commence à me faire à l'idée de ne pas avoir de portable jusqu'à début septembre au moins (les choses se sont compliquées car la garantie a décidé de ne rien me garantir, il aurait fallu que je sois dans un accident de voiture probablement), et je m'organise à l'avance. Je leur donne une heure où me récupérer à l'arrêt de bus, je me lève à 6h30, je m'en vais rapidement, et sur la route ... Je me rends compte que j'ai oublié mon masque qui sèche sur l'étendoir. Demi-tour, 20 minutes de perdues, heureusement que je peux prévenir Nathan autrement de mon retard. Cette fois-ci, pas de faux départ, le bus est bien pris masquée, et après 1h15 de trajet et une demande de stop à la locale (en tapant dans les mains), je descends à la mairie de la Possession où ils m'attendent déjà sur le parking. Perfection! Nous prenons donc la route de Dos d'Ane qui est aussi sacrément pleine de virages, car nous montons vite en altitude. Le nom de cette randonnée est Roche Verre Bouteille, probablement car la roche en fin de parcours est en forme de bouteille car en tout cas elle n'est pas en verre, ou alors elle l'était avant, mais bon ... Déjà au départ, de splendides vues panoramiques de Mafate s'offrent à nous. Le ciel est parfaitement dégagé à cet endroit, et nous faisons face à toute l'immensité des canyons. Dire que nous allons devoir faire un peu de tout ça à pied. Tout au fond, nous voyons les Trois Salazes, qui ne sont pas trois bosses comme les gens le pensent, mais trois petits monolithes qui se dressent sur la crête. Enfin, petits, vus de loin, car de près ils doivent être gigantesques. Nous pouvons voir le sentier des Orangers, à flanc de falaise mais tout droit, qui est cependant très long. Nous, de notre côté, tout va bien. Nous devons prendre des échelles pour monter tout en haut de la crête, où nous tombons sur la fameuse roche, et d'où la vue est encore plus royale car de l'autre côté, nous voyons Dos d'Ane et le Port en contrebas. Il y a même des bancs pour s'arrêter contempler le paysage. Nous croisons aussi à quelques reprises les rares Zoizos la Vierge, mâle et femelle, mais il est difficile de les capturer en photo. C'est un bon spot, apparemment, et je crois que cette rando est probablement l'une de mes préférées, en plus elle n'est pas trop dure.

Yes! Pas parfait, mais on n'est pas trop mal !!  
 Pour voir à quoi ressemble un Zoizo la Vierge mâle, voici cette magnifique photo par Nathan.

Nous redescendons sur Saint Paul pour prendre à manger à emporter dans un restaurant chinois. C'est drôle de se rendre compte des spécificités culturelles de la Réunion: les barquettes sont proposées systématiquement avec du cari. Donc, du riz, des grains (haricots) et du rougail (piment), en plus de la viande. Après des tours et détours compliqués à cause de l'urbanisation de Saint Paul faite par un architecte bourré, nous parvenons à trouver la route de la Réserve Naturelle, jusqu'au Moulin du Tour des Roches où nous nous posons sur des cailloux pour savourer notre repas. Un petit chien en très mauvais état vient quémander un peu de nourriture. En face de nous, il y a trois enfants qui sont en train de pêcher des poissons avec des cannes à pêche DIY: une canne, un fil, un bouchon de liège, un hameçon et ça suffit. Le pire, c'est qu'ils arrivent à en attraper, assez rapidement parfois! "Ca se vend 10 euros du kilo sur le marché!", oui, bien entendu. Il essayent d'avoir des cabos, un nom qui veut aussi dire pénis. Mais ça a l'air un peu plus compliqué. Nous les laissons pour nous tremper les pieds dans l'eau limpide du petit canal du moulin. Elle est fraîche au départ, mais ensuite plutôt agréable! Jusqu'au moment où les moustiques tigres viennent s'attaquer à mes mollets.

Nous reprenons la voiture pour aller jusqu'à la maison de la réserve. Sur la route, nous croisons un arbre rempli de nids de tisserins, les oiseaux jaune flashy qui font leurs nids grâce à un système de noeuds, d'où leur nom. Arrivés au sentier de la réserve, il y a carrément un banquet de mariage installé là ... En plus nous sommes samedi alors il y a tout plein d'autres familles créoles autour de nous. Est-ce que ce sont eux qui ont mis l'idole malgache au bord du sentier? Qu'est-ce qu'elle fait là, quel est le contexte? Il vaut mieux ne pas la toucher, on fait Mafate dans pas longtemps.

On peut aussi voir plein d'arbres à baies roses: ça a l'air plutôt bien dit comme ça, mais ils ne sont jamais assez pour les cueillir, elles se déploient à vitesse grand V, et elles viennent grignotter le territoire des autres plantes endémiques. Une fausse bonne idée, donc.

Au vu de l'heure qui tourne - nous avons l'anniversaire d'Amélie ce soir, que j'ai rencontrée la veille chez Cyril et qui m'a gentillement invitée en sachant que j'étais censée rester seule ce soir - nous piquons sur Saint Pierre pour faire quelques courses, sortir le Samy dans les champs de canne à sucre au coucher du soleil, et nous rendre présentables pour être à la Rivière Saint Louis à 20 heures. Nous passons une très bonne soirée grâce à Amélie, ses White Russians, ses poules et ses canards.

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Make(s) it happen

La matinée n'est pas de trop pour nous reposer, et malgré le vent qui souffle encore à décorner les boeufs sur Saint Pierre, nous décidons de monter à la Fenêtre des Makes pour une vue époustouflante sur Cilaos. Le ciel est, du coup, bien dégagé, et malgré les réserves de Cyril qui nous dit que nous ne devrions pas aller aux Makes un dimanche car nous allons galérer à redescendre, il y aura trop de monde car on est dimanche blablabla. Apparemment il aurait été traumatisé une fois. Nous faisons bien de ne pas l'écouter. Et nous prenons Samy avec nous. Premier arrêt à Saint Louis pour prendre à manger: je teste un bol renversé, c'est à dire une base cari avec des sarcives et un oeuf, bon, c'est dans une barquette donc ça n'a pas la tête que ça devrait avoir. Le chien se vide assez pour le trajet en voiture qui l'attend, même s'il est quand même un peu bête car il reste debout en posant sa tête sur l'épaule de Nathan qui conduit, et donc se casse la gueule dans les virages, bien évidemment. Sur moi. Je dois lui appuyer dessus pour qu'au moins il s'asseye, et le mieux est quand il se couche, bien que cela ne dure pas longtemps. Sanglé à l'arrière, il finit par s'enrouler sur lui-même, ligoté contre le siège, et ça c'est le mieux.

Nous arrivons au village des Makes que nous dépassons, pour arriver dans la forêt puis au point de vue. Et c'est pour le moins grandiose. Nous voyons l'Ilet à Cordes sur la gauche, et nous pouvons même distinguer le gîte des Grondin, Cilaos au centre, Bras Sec et Palmiste Rouge sur la droite, et même Peter Both en contrebas. Le Gros Morne et le Piton des Neiges surplombent le cirque, tandis que le Grand Bénare est sur la gauche, le Dimitile sur la droite, et les Trois Salazes sont encore plus visibles mais de l'autre côté par rapport à hier, ce qui crée un mindfuck total sur le moment puisque nous arrivons toujours d'un autre côté. Nous déjeunons presque face à cette vue, presque car d'autres gens ont pris le meilleur spot. Quand ils partent, nous prendrons leur place. Pendant ce temps, Samy est attaché à la barrière, saute sur les gens qui passent pour leur faire des câlins, aboie quand d'autres chiens passent ... Il aura droit à la fin de mes sarcives car c'est bon mais vraiment trop gras et lourd. Nous pourrions rester toute l'après-midi à contempler Cilaos, mais il y a un autre sentier à découvrir.

 Et bah ... Voilà! Sans logiciel, c'est pas trop mal!
Un second, pour la peine.  
 Et celui de Nathan.
Bon, on a compris que j'aimais Cilaos, hein? On va arrêter là? 
Photo 6: les pique-niques créoles du dimanche. 

Après avoir traversé le village des Makes qui pourrait faire penser à un petit village Suisse en version créole, nous arrivons dans la forêt de Bon Accueil et plus spécifiquement à l'orée du sentier d'interprétation (spécialement conçu pour les psychanalystes, peut être). Samy file une fois de plus comme une fusée aérodynamique et il produit une bonne force de traction dans les montées, mais il est un peu dangereux en descente. Il nous laisse tout de même le temps de voir les bibes rouges, qu'il faut déloger de leurs petites maisons en leur titillant le ventre pour les faire tomber sur leurs toiles. Arachnophobes, abstenez-vous. Nous sommes donc dans une énième forêt depuis le début de ce blog, mais celle-ci a d'intéressant que ses corces blancs sont immenses. Il y a aussi des tans rouges (avec lesquels on fait du miel ... vert), des fleurs jaunes, des coeurs bleus, et aussi des fanjans, ces grands arbres-fougères que j'ai déjà pris en photo dans Bélouve. En cela, cette forêt est appelée un bois de couleurs. Nathan repère aussi le chant d'un merle bourbon, celui qui ressemble au cri d'un petit chaton, et me le montre dans les arbres. Impossible de le prendre en photo, malheureusement. Par contre, nous ne manquons pas les tisserins qui piaillent comme des étourneaux. La promenade est agréable malgré ce chien qui tire comme un poney, et lorsque nous la terminons, une chape de nuages commence à venir s'installer sur le village. Nous ramenons donc Samy chez son papa, et avons la chance d'arriver sur sa terrasse au moment du coucher de soleil qui nous offre un extraordinaire spectacle haut en couleurs.

 Les tisserins
 Sans retouche!
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Publié le 1er août 2020

Vamos a la playa

Va-t-on réussir à se baigner, dans ce pays? Ou bien sera-ce le premier voyage où je ne serai pas allée à l'eau, du tout?

Alors maintenant que je dis ça comme ça, je me rends compte que j'avais beaucoup plus de pression que nécessaire, et qu'heureusement que j'ai trouvé le temps (dans les deux sens du terme) de le faire.

Me voici partie en direction de Saint-Gilles, pas trop tôt pour une fois, mais pas trop tard non plus: il a fallu que je me sorte quand même du lit. Quand je dis "en direction de", c'est que je retourne à la plage de l'Hermitage, car elle est plus facile d'accès en bus. Je me suis aussi préparé mon petit parcours avec les bons horaires pour pouvoir terminer la randonnée de Trois Bassins, comme je l'avais dit un peu auparavant. Au moins, je me tiens à quelques idées que j'avais lancées. Le bus que je prends est très bien équipé: "ça sert à rien de taper dans les mains, le chauffeur il va pas vous entendre", dit l'accompagnateur - dommage, je commençais à m'y faire - mais c'est surtout qu'il y a un bouton STOP au dessus de la tête de chaque passager. Fort pratique! C'est un bus à deux étages, car cette ligne qui passe par le littoral attire du monde. Ce n'est que la dixième fois au moins que j'emprunte la route de Saint Louis, l'Etang Salé, les Avirons, Piton St Leu, la Pointe au Sel, St Leu, Kelonia, Souris Chaude, la Saline, etc ... Le Souffleur de Saint Leu était un peu plus en forme la dernière fois car il y avait de la houle, aujourd'hui il semble calme et c'est plutôt bon signe. Il ne fait pas soleil, mais nuageux, en revanche il y a peu de vent et la température est plutôt douce. Bon, et qu'est-ce que Kelonia? C'est une sorte de sanctuaire de remise en forme des tortues, notamment celles qui ont été blessées ou intoxiquées par les déchets. De ce que je vois de la route, on peut les observer depuis un poste en hauteur, dans un grand bassin. Mais le plus "drôle" dans tout ça, c'est qu'avant, Kelonia appartenait à des chasseurs de tortues. Pour les écailles, la consommation, tout ça. Et le jour où les tortues sont devenues protégées, ils ont dit "Protégeons les! On a toujours aimé les tortues!". Et Souris Chaude? Le nom vous paraît dégueulasse? Et bien ça s'appelle comme ça à cause de la plage naturiste. Et c'est donc encore plus dégueulasse que ce que vous pensiez!

J'arrive à ma destination une heure de trajet plus tard. L'arrêt est idéalement situé, car j'aimerais faire un petit détour par le Jardin d'Eden, un beau jardin botanique où l'on peut éventuellement voir des caméléons. Mais apparemment, pas en période d'hibernation, ils sont tout ternes, et difficiles à voir. C'est ce que me dit très honnêtement la dame de l'accueil, qui comprend très bien que je ne veuille pas payer 8 euros pour un jardin certes beau mais qui ne va pas égaler d'autres que j'aie déjà pu voir ailleurs. Pour moins cher. Après avoir escaladé prestement le mur de la route au lieu de faire le tour pour aller plus vite, je marche le long de l'avenue pour rejoindre une partie de la plage de l'Hermitage qui semble plus calme que celle où nous étions allées. Et surtout, plus proche, avec l'arrêt de mon prochain bus juste à côté. Il ne se passe pas grand chose, hors week end, la route est très calme. Et la plage l'est tout autant, semble-t-il. J'espère pouvoir trouver quelque chose à manger car je commence à avoir l'estomac bien dans les talons. Et plein de restaurants sont fermés. Heureusement, il y a quelques petits stands alléchants qui se sont installés en bord de plage. Donc une jeune femme bretonne très sympathique qui fait des galettes. Parfait! Nous discutons un peu, il se trouve qu'elle a fait les vendanges du côté de Banyuls et qu'elle était logée à Saint André, le village de ma grand-mère. Elle me donne l'idée d'aller dans une cave à vin bio ... Et bien ce sera avec grand plaisir. Une de ses amies se joint à nous, elle connaît aussi Perpignan. Et la conversation dévie bien évidemment sur le racisme. A la Réunion, c'est pas joli joli non plus, et ce sont les malgaches qui prennent le plus cher, suivis de près par les tamouls. Métissage, ouais, ouais ...

Je les laisse tranquilles pour aller m'installer face à la mer. Mauvais temps, vraiment? Non, c'est très bien, il y a peu de monde, quelques enfants mais le volume sonore n'est pas trop élevé. L'eau du lagon vire sur le turquoise, jusqu'à la barrière de corail où s'échoue la houle. Il y a peu de fond, mais l'eau est chaude, 24 degrés! Pour 26 dehors. C'est parfaitement faisable. Et particulièrement agréable. Une petite fille se met à crier "Des poissons! Ils sont trop beaux! Je veux trop les toucher!", alors je me rapproche et même sans masque de snorkelling, je peux les voir tant l'eau est claire aujourd'hui. Bon, évidemment j'ai vu mieux, ça ne sera jamais aussi bien qu'aux Perhentians. Mais tout de même c'est rigolo, ce sont de petits poissons tigrés. Je me baigne encore un peu, et me pose sur la plage encore une bonne vingtaine de minutes. Puis, il est temps de passer à la suite du programme, pour être dans le bon timing. Je dis au revoir à ma nouvelle copine, et rejoins l'arrêt de bus tranquillement. Jusqu'ici, tout se passe bien, et pour l'instant je suis contente de mon organisation. Quand bien même j'adore être avec les copains, faire des choses toute seule me rappelle un peu plus mes manières habituelles. D'ailleurs, le dialogue est plus facile!

 Sur la photo 3, mon pied est bien dans l'eau!

Le bus arrive à peu près à l'heure indiquée, et je me fais une fois de plus la réflexion que dire que les bus sont galères à la Réunion est un peu exagéré, et ce n'est pas pire que dans certains autres endroits de France. En plus, sur le réseau Kar'Ouest (secteur de Saint Paul à Saint Leu), les ventes ont repris à bord, ce qui est extrêmement pratique. Je m'installe pour un petit trajet qui me promène dans Saint Gilles, cette fameuse station où on fait la fête et où il y a des bobos partout. Bon apparemment un lundi à 14h30 c'est très calme, il y a bien des boutiques mais elles sont fermées. Il y a aussi un petit port assez charmant, mais des plages qui ne ressemblent à rien comparé à l'Hermitage. Le bus fait un tour dans un lotissement dans les hauteurs", tandis qu'un zorey parle à la jeune fille qui l'accompagne d'une voix puissante, on n'entend que lui. "Et demain on va dans la mer, en bas?" "Qu'est ce que tu me dis la mer en bas, ben oui évidemment la mer en bas, t'as déjà vu la mer en haut, toi?" - je pouffe de rire, ainsi que la dame à côté de moi. Enfin, le bus arrive au snack des Cormorans, je reconnais bien l'endroit où j'ai fait demi-tour, et il me pose juste devant l'entrée du sentier. Trois Bassins Deux, c'est parti!

Je descends jusqu'au canal, et cette fois-ci, tourne à gauche, prête à devoir me mouiller les jambes pour passer. Mais à mon arrivée, surprise: la porte auparavant fermée est maintenant ouverte. Je ne saurais dire exactement pourquoi, mais je pense que le loquet a été défoncé pour permettre de passer. Pour une fois, je salue ce vandalisme, même si j'aurais aimé que la personne le fasse avant pour que Cécilia puisse voir ce deuxième bassin. Il faut tout de même faire une petite acrobatie pour passer la première porte, mais rien de bien difficile. J'arrive donc au bassin des Aigrettes, et Nathan avait raison: c'est vraiment le plus beau bassin. La cascade qui s'y déverse est immense, l'eau est plutôt claire. Il y a quelques personnes avec moi, mais c'est moins pire qu'usuellement. Je grimpe sur un gros rocher pour avoir un meilleur angle pour les photos, tandis qu'un gars plonge dans le bassin qui est tout de même frais, 16 degrés dit-il. Il nage jusqu'à la cascade et grimpe sur la roche. Malgré la grisaille un peu moins agréable qu'au bord de la plage, le cadre est idyllique. Bon, j'aurais probablement dû enlever mon haut de maillot mouillé, qui n'a en fait pas séché comme prévu, mais c'est trop tard maintenant.

Je vois des gens tout en haut de la cascade: ils sont probablement proches du bassin Malheur, qui est tout en haut et qui porte un nom qui ne dit rien qui vaille. Je me mets tout de même en route, et remonte un peu en hauteur en espérant trouver le sentier. En fait, je suis bien un chemin, mais je ne suis pas sûre que ce soit le bon, tout comme les quelques personnes autour de moi. En plus, ça glisse. Mais à force de monter, je retrouve la trace du canal du haut, qu'il faut suivre selon le guide de randonnée de Cyril. Il est vide, mais s'il est là, cela signifie que le chemin est à plat et va me mener directement au dernier bassin. Mais à plat ne signifie pas sans danger: le précipice est très proche, le passage étroit. Au cours de ma marche, je dois encore escalader des cailloux et passer sous des troncs d'arbre à quatre pattes. Je fais attention à ce que mon sac ne me déséquilibre pas, et à certains moments je dois l'enlever de mon dos pour le faire passer devant moi. Je finis par atteindre le dernier bassin, qui n'a pas de cascade mais qui en a eu une semble-t-il, et où je ne suis malheureusement pas seule. L'eau y est encore plus claire, comme dans un lac de montagne. Le temps de me poser et de faire quelques photos, je suis déjà repartie. En revenant sur mes pas, je prends le temps de traverser la rivière et de me mettre juste en haut de la grande cascade. C'est assez vertigineux, et je préfère m'asseoir pour m'approcher un peu du bord sans tomber. Ce serait bête de mourir dans ces conditions. Je dois encore grimper sur des rochers pour revenir, et je commence à me sentir un peu fatiguée. Mais pas le moment de se relâcher, ni musculairement ni attentionnellement. Je longe à nouveau le canal dans l'autre sens, au moins je n'aurai plus à remonter. Je passe encore sur de petits passages étroits proches du bord, hahaha c'est dangereux! J'ai un petit shoot d'adrénaline dans les veines. A mi parcours, il faut passer dans de petits tunnels pour continuer la progression! C'est génial! Même pas besoin de frontale - de toute manière je ne l'ai pas avec moi - pour faire ce tout mini parcours de spéléo.


Et enfin, je suis de retour à l'arrêt, saine et sauve. Mais je dois me rendre à un autre arrêt proche de la route des Tamarins pour pouvoir rentrer sur Saint Pierre, le bus passe normalement à 17h15, j'aimerais y être un quart d'heure à l'avance comme il convient, et il est ... 16h50. Déjà? J'ai perdu du temps en cherchant mon chemin! En plus, c'est tout en montée. Je rassemble mes forces et je marche vite, en faisant de petits pas. Heureusement, ce n'est en vérité pas bien loin, et je mets dix minutes avant d'être en vue de l'arrêt ... Et du bus qui arrive, en avance. Je tape un petit footing pour ne pas trop faire attendre le chauffeur et l'accompagnateur. C'était moins une! J'aurais dû attendre 1h30 si je l'avais raté, et surtout rentrer intégralement à pied chez Cyril à l'arrivée à Saint Pierre. C'est presque un sans faute au niveau des bus, sauf quand j'arrive au dit Saint Pierre. Je cherche le bus 10 qui devrait me mener tout en bas de sa rue, sans succès. Je finis par aller au pôle d'échanges d'où c'est sûr qu'il part, et je le rate de quelques minutes. Fort heureusement, il y a encore les bus 1 et 2 qui vont me déposer à la balance, je n'ai pas trop le choix. En attendant que l'un d'eux arrive, un sans abri commence à discuter avec moi. La seule chose que je comprends c'est qu'il est de Haute Savoie et qu'il s'appelle Bernard. Enfin, non, je ne l'ai même pas compris, il m'a tendu sa carte d'identité. J'essaye vraiment de comprendre ce qu'il a à me dire, mais au bout d'un moment je décroche, et je fais semblant de l'écouter poliment. Après tout, ça peut lui faire du bien quand même ... Il me fait un check au moment où je prends le bus qui arrive (enfin). Bon, ce ne sera pas la rencontre la plus marquante du séjour, et heureusement que j'ai du gel hydroalcoolique avec moi, mais ça fait partie du voyage.

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Sin-Dni sous la pluie

Il y a une certaine récurrence dans mes titres, n'est-ce pas? Surtout quand on est censés être en saison sèche! La marche d'approche habituelle est désagréable, car il fait humide même sur Saint Pierre, et depuis le bus, je vois que les nuages sont un peu menaçants.

Je peux descendre au niveau du Barachois, c'est parfait. Ici aussi, ça pègue, mais bon ai-je bien le choix? La pluie n'arrivera qu'en début d'après-midi. En attendant, je fais des photos de la ville, des cases créoles et des maisons coloniales, et j'apprends par hasard que Roland Garros est né le même jour que moi. Saint Denis est une petite ville, qui bouge un peu plus que d'autres mais qui est plongée dans une douce torpeur entre midi et deux. L'atmosphère est lourde et les bruits semblent assourdis, tandis que je déambule dans les rues qui quadrillent le centre ville. Je suis aussi à la recherche des Gouzous, que vous avez dû remarquer sur mes photos, les petits bonhommes street-art jaunes. Je n'en ai pas encore parlé mais il y en a beaucoup à la Réunion, et ce dans toute l'île, comme une population parallèle. Je passe d'abord dans la rue du Maréchal Leclerc, la grande rue piétonne, pour faire un peu de repérage même si à cette heure ci, tout est fermé. Cela me permet d'admirer la mosquée Noor-e-Islam, qui était la plus ancienne mosquée de France avant que Mayotte ne devienne un département. Située en plein centre ville, les imams ne font qu'un seul appel à la prière par jour, malgré l'autorisation de la mairie d'en faire cinq s'ils le souhaitent. Ils ne veulent pas déranger le voisinage. Mais le plus drôle est qu'il y a des boutiques dans le bâtiment. L'entrée est coincée entre Cache-cache et Tati. L'intérieur ne se visite pas actuellement, en temps de crise, et n'est réservé qu'aux fidèles.


Après le déjeuner, je continue mon exploration des autres rues pour voir la villa Fook Yee (fuck yeah!) et la maison Kirchenin, puis en passant par la rue de Paris, bordée de maisons coloniales qui font le concours de celle qui sera la plus classe.

Pendant que je prends l'Artothèque en photo, le gardien me dit que l'entrée est libre. Et bien, on ne va pas s'en priver. La visite est rapide, mais il y a des photos intéressantes, notamment du photographe Yo-yo Gonthier qui semble aimer les prises de vue avec une longue exposition. Cette courte visite m'a abritée de la pluie pendant une dizaine de minutes, mais je me dirige tout de même vers le Jardin de l'Etat.

Il est bien plus agréable que ce à quoi j'aurais pu m'attendre. On y trouve certaines originalités, comme une maison dans les arbres et une cage à perruches qui font un sacré tapage quand on s'en approche trop près. Il y a aussi quelques oeuvres d'art par ci par là qui agrémentent le lieu, et un parc de jeux pour les enfants d'où sortent des jets d'eau. Le cauchemar de certains parents.

Le temps se calme petit à petit, même si ce n'est pas trop ça. Je repars dans le centre ville pour faire quelques achats: des cartes postales, quelques souvenirs, et il est déjà l'heure de prendre le bus un peu en avance pour être sûre d'être à l'heure au point de rendez-vous où Nathan me récupère. La vie sans portable, à l'ancienne. Je vais faire quelques courses pour le pique-nique du lendemain midi, dont une belle boîte de maïs de 600 grammes, ça a toute son importance. L'arrêt de bus est situé juste à côté du Leader Price, et du kiosque pour acheter les billets, parfait! Au final, aucun souci pour me faire retrouver là où il faut.

Visite assez courte de Saint Denis, mais c'est vrai qu'il n'y a pas énormément de choses touristiques à faire. Mais ça aurait été bête de se priver de voir à quoi ressemblait la capitale! En tout cas, dès demain, les choses sérieuses reprennent.

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Ce fameux cirque dans lequel on ne peut aller qu'à pied. Ils ont bien tenté de faire passer une route par le Col des Boeufs, par où nous allons entrer, mais ils ont laissé tomber, entre autres parce que le site a été classé à l'UNESCO.

Nous retraversons le cirque de Salazie, et repassons donc sous le Pisse en l'Air - heureusement qu'un panneau nous prévient du risque d'aquaplanning. Nathan en profite pour laver sa voiture, comme le conducteur avant lui. C'est plutôt pratique! Après avoir traversé le village du même nom, nous bifurquons cette fois-ci vers la droite, en direction de Grand Ilet. La vue est magnifique mais les virages et ralentisseurs (15!) sont nombreux, et il nous tarde d'arriver tout en haut. Ce nombre un peu exagéré s'explique par le fait que les gens d'ici aiment bien faire "la pousse", qui est en fait une course où les conducteurs se retrouvent souvent pare-choc contre pare-choc. Souvent elle a lieu de nuit, elle est donc très dangereuse, surtout pour les autres conducteurs qui n'ont rien demandé.

Cirque de Salazie 

Et tout en haut, nous arrivons au parking du Col des Boeufs, précédemment gratuit mais qui entre temps a gagné une upgrade: maintenant, 12 euros la nuit. Il nous suffit de descendre quelques mètres plus bas pour ne pas payer, ce que comprend parfaitement l'employé du parking. J'ai l'impression qu'à la Réunion, ce n'est pas dans la mentalité de courir après l'argent à tout prix. Une fois garés, nous nous équipons, nous prenons les sacs, les bâtons, la boîte de maïs et c'est parti. D'abord, nous avons affaire à un faux plat montant pendant une vingtaine de minutes, et de là nous pénétrons dans Mafate.

Mafate a, comme les autres cirques, d'abord été peuplé par les Noirs marrons qui s'enfuyaient du littoral. Il s'agirait du prénom d'un esclave, qui signifie "qui tue" en malgache - très rassurant pour la rando. Un village de ce nom là aurait vu le jour, au pied du mont Bronchard d'où jaillit une source sulfureuse aux propriétés thermales. Les Blancs sont arrivés en 1785 du côté d'Orère, dans le bas du cirque, et ont acclimaté des arbres fruitiers, toujours la même histoire: ils arrivent du littoral car ils n'ont pas de terres à eux.

Au niveau du promontoir du Col des Boeufs se trouvent plusieurs containers. Selon Nathan, les hélicopters vont bientôt venir récupérer cette cargaison destinée aux habitants du cirque. A moins que ce ne soit dans l'autre sens? Difficile à dire, surtout que nous commençons notre descente par des marches assez abruptes qui nous font rapidement perdre en dénivelé. Plus moyen de reculer. Quand bien même je préfère toujours la descente à la montée, je dois reconnaître que celle-ci est fatigante, et je suis bien contente d'avoir ma genouillère. Environ dix minutes plus tard, un premier hélicopter passe au-dessus de nos têtes. Nathan et moi restons pour voir ce qui va se passer, tandis qu'Alizée prend de l'avance. C'est un échec pour cette première tentative: l'hélico repart sans rien. En revanche, un second arrive dans la foulée, et au prix que coûte le carburant, il faut faire vite. Il embarque sa cargaison dans un filet, et s'élance dans les airs au-dessus du cirque, dans un sacré boucan.

Au terme de notre descente, nous arrivons sur la Plaine des Tamarins, qui sont déjà différents des tamarins du littoral. C'est un très joli cadre, mais très fréquenté aussi: tout le monde semble s'arrêter ici pour faire sa pause. Nous grignottons, et continuons notre route vers le village de Marla. Le sentier est un peu plus agréable, et nous croisons des vaches qui viennent paître tranquillement. Le répit est de courte durée, car bientôt le sentier descend à nouveau rudement, et il faut faire attention à ne pas glisser. Pourtant, nous croisons des gens motivés qui préfèrent le remonter, et trois parents avec leurs enfants en bas âge sur le dos. Un convoi de bébés. Quel courage.

Les paysages de Mafate sont, entre autres, connus pour leurs rivières qu'il faut traverser, et cette randonnée n'échappe pas à cette règle. Mes muscles endoloris me font passer le message qu'il ne faut pas que je fasse n'importe quoi, sinon je risque de tomber dans l'eau. On va donc jouer la prudence, et ça passe. Maintenant, nous montons un peu, car c'est "le mantra de Mafate": on descend, on monte, on monte, on descend ..." mais nous ne sommes plus très loin de Marla, tant mieux car cela va bientôt faire trois heures que nous marchons. La végétation est assez spéciale: on dirait par endroits de la garrigue avec des fougères dedans. C'est bien là sa spécificité, pas aussi sec que Cilaos mais pas assez humide pour Salazie. Et c'est par un temps toujours magnifiquement clair que nous arrivons au snack de Chez Jimmy, qui fait de merveilleux bouchons, beignets de crevettes et samoussas. Ce n'était pas forcément prévu, et c'était bien la peine de prendre du maïs, qui m'alourdit de 800 grammes, heureusement que je le vis bien. Nous nous régalons de cette pause bien méritée, et nous achetons des goodies que nous ne pouvons trouver que dans Mafate, et qui sont fait par la marque Pardon!: des magnets Mafatigué.

Mais nous sommes en retard sur notre horaire, et nous nous demandons s'il est vraiment pertinent d'aller voir les cascades de Trois Roches comme prévu, car cela nous rallonge beaucoup et nous pourrions presque ne pas arriver au gîte à temps avant la tombée de la nuit. Je me sens déjà fatiguée, je pense au lendemain, et aussi à Alizée, et finalement ces cascades sont un peu surcôtées. Il faut encore marcher un bout pour arriver à La Nouvelle, où nous allons dormir. Je penche plutôt vers le non, et lorsque nous prenons cette décision, elle s'en trouve renforcée car soudain, une chape de brume nous tombe dessus, un peu sortie de nulle part. Et bien ce n'est définitivement pas la peine de s'embêter. Nous piquons directement vers notre destination finale. Etrangement, il commence à pluvioter, mais je suis parée, maintenant. Des montées, des descentes, de charmantes rivières à traverser, du plat ... La brume devient brouillard, et alors que nous pouvons tout de même progresser sur le chemin sans souci, la vue est complètement bouchée. Mais il paraît que ce n'est pas l'endroit le plus scénique, alors ce n'est pas bien grave. Au contraire, randonner dans ces conditions rajoute à l'expérience!

La fatigue commence à se faire sentir, car nous avons marché pas loin de 15 kilomètres déjà. Et enfin, le panneau de La Nouvelle au détour d'un virage. Maintenant, il ne reste plus qu'à trouver le gîte, mais ... Les environs sont fantômatiques. On ne voit rien à trois mètres, on se croirait dans Silent Hill. Du coup, c'est compliqué pour trouver l'église qui est censée nous servir de point de repère. Nous croisons d'autres marcheurs qui sortent de la brume, des enfants qui font du vélo, mais aucune indication pour là où nous allons. Nathan va demander à des gens, mais il trouve les indications bizarres et pense que le papi a confondu sa droite et sa gauche. Et bien une dizaine de minutes plus tard, il s'avèrera que non. Nos repères sont complètement faussés, mais nous finissons par enfin trouver le chemin qui va nous mener à l'abri, car au point où nous en sommes, il nous crachine dessus mais nous ne sentons plus rien tant nous faisons corps avec l'humidité. Nous passons devant le gîte le plus "luxueux" de La Nouvelle, le Tamaréo, qui possède son propre jacuzzi. Qu'est ce que j'aimerais être riche, là, maintenant! ... Mais nous apprenons plus tard qu'il est payant même pour les clients, 10 euros les 10 minutes. Ah. Je passe. Notre gîte, qui apparemment se nomme "gîte de M. Libelle" ou quelque chose comme ça, ne paye vraiment pas de mine. Il n'y a personne pour nous accueillir, seulement les autres clients déjà là. Il n'y a que deux dortoirs, et nous sommes censés en avoir un pour nous trois à cause des restrictions covid. Nous demandons aux autres, ils n'ont pas été accueillis non plus et se sont installés ... Nathan téléphone au fameux M. Libelle, qui nous demande "vous êtes où, à La Nouvelle?", il possède probablement plusieurs gîtes. Enfin, une jeune fille sort de la maison en contrebas et vient nous installer. Sauf que ... Ce jour là, il y avait deux réservations différentes pour trois personnes, et qu'il y a eu un quiproquo. Heureusement, trois et trois font six, soit le nombre de lits dans le dortoir que nous allons devoir partager avec les autres, comme cela se serait passé normalement, quoi. Ce n'était pas prévu, mais moi je suis intérieurement très contente de retrouver une petite ambiance hostel qui me manque beaucoup ces temps-ci. En plus, nos colocataires sont très sympas: Katia, Thibaud (avec un D) et Géraldine. Ils vont prendre une bière dans le jardin pendant que nous nous installons. Et que nous avons la semi-surprise, ou plutôt devrais-je dire nous faisons le constat auquel nous nous attendions sans vraiment avoir d'espoir, que l'eau n'est pas chaude. Normalement, elle pourrait être chauffée à l'essence, en plus du panneau solaire, mais là rien à faire. Alizée est tout de même motivée, sans trop avoir le choix. Pendant ce temps, je redescends à l'épicerie chercher des bières pour nous, en expédition.

Le dîner est tôt: 18h30. Nous avons l'occasion de faire plus ample connaissance avec nos colocs, et avec la famille qui est dans l'autre dortoir et qui est probablement tamoule. Au menu: gratin de chouchous, lentilles, riz, rougail saucisse, gâteau tisson qui sort tout juste du four. Pas vraiment de prise de risques au niveau du menu, simple mais efficace. Nous goûtons du rhum au faham (!) qui est une orchidée. Enfin, une orchidée qui peut être toxique à haute dose. Il ne faut pas en boire beaucoup, semble-t-il. Mais curieusement, c'est bon. Après le repas, Nathan et Alizée prévoient d'aller au lit, mais pas moi. Pensant que j'allais seulement rester dans le jardin, je passe tout de même mon pantalon de pyjama après une douche fraîche mais pas froide, un peu tiède même, et je vais voir les autres pour discuter. Au final, les copains finissent par me rejoindre. Nous n'avons plus de bières, et il y a un bar un peu plus bas, qui fait un concert de Maloya. Du coup, Katia vient avec nous, et moi j'avais compris que nous n'allions que chercher les bières pour ensuite revenir au gîte avec le reste du groupe. Mais c'est ainsi que je me suis retrouvée à rester écouter un concert dans un bar en pyjama. Je ne l'avais encore jamais faite, celle là. Et je n'ai même pas pris mon appareil photo. Le rythme est assez prenant. Et puis tout à coup, une dame déboule et nous demande si nous n'avons pas vu son portefeuille. Il y a 600 euros en liquide dedans, dit-elle. Et bien, heureusement que nous sommes honnêtes! Trois catégories de personnes: ceux qui s'en fichent (Nathan et Alizée), ceux qui aimeraient retrouver ce portefeuille et qui auraient envisagé/auraient pris un peu ou toute la monnaie (Katia) et ceux qui comme moi se disent "oulàlà oui ça fait beaucoup j'aimerais tellement pas que ça m'arrive, allez je vais essayer de le retrouver car la pauvre, quoi". Avec le recul, c'est vrai que ce n'est pas malin de clamer qu'on a autant d'argent dedans quand on l'a perdu ... Et tout ça pour qu'en rentrant dans son bungalow, elle le retrouve et le brandisse avec fierté en revenant. Son mari a l'air blasé. Et en plus, ils ne peuvent pas payer un coup à boire car le bar ne va pas prendre de grosses coupures, donc le mari retourne chercher un autre portefeuille avec de la petite monnaie ... Ah, ces riches. "Tournée générale!" crie Katia, que je rejoins, mais le couple nous ignore à moitié et paye des rhums arrangés aux musiciens.

Lorsque nous rentrons, bien qu'il ne soit pas tard, tout le monde est parti se coucher donc les bières supplémentaires finissent dans nos estomacs, à Katia et moi. Nous finissons par discuter toutes les deux sous les étoiles, car elle est allée seule au Laos et au Cambodge, et aimerait bien renouveler l'expérience.

La nuit a été assez tranquille, mais je suis réveillée, enfin entièrement réveillée par le ballet des hélicopters de bon matin. Mafate, son calme, sa nature préservée ... Je ne m'attendais pas à ça. Ils viennent chercher les déchets, distribuer le courrier, approvisionner, et puis il n'y en a pas qu'un, on en entend dans tout le cirque. Ca doit sacrément polluer, en plus de coûter une blinde.

Après le petit déjeuner, nous disons au revoir aux nouveaux copains et nous faisons le tour de La Nouvelle qui révèle tout son panorama ce matin, en nous trompant de sentier. Mais ce n'est pas grave, c'est comme un périphérique et ça nous permet de visiter un peu le village. Bon, maintenant, il faut monter. Et ce n'est pas évident. Mais au bout d'une heure, tout se fait, et nous revenons sur la Plaine des Tamarins. Maintenant, il reste le dernier mur à remonter, et nous voyons le Col des Boeufs, tout en haut, si proche et si loin en même temps. Je ne vis pas bien le début de la remontée, car je ne fais que râler à propos du sentier. C'est vrai quoi, ce sont soit des rondins utiles quand il pleut, soit de gros rochers pointus par endroits, soit de la boue, avec tout en même temps, et ce n'est pas du tout agréable de marcher dessus. C'est même plutôt fatigant. Ah oui, Mafatigué, tout ça, hein ... Mais une fois que ce tronçon est fini, les marches prennent le relais. Génial. Mais il faut bien remonter, pourtant ... Et la fin finit par arriver. Je monte les trois dernières marches à la volée, et voilà, j'ai survécu à Mafate. Aucun regret!

CE SENTIER A LA CON.

Quel bonheur cependant d'arriver à la voiture. Nous redescendons vers Grand Ilet en reprenant tous les ralentisseurs, et nous arrêtons dans un tout petit restaurant, Chez Serge, qui nous a été recommandé par Cyril. Il ne s'est pas trompé jusque là, et là ça ne fait pas exception à la règle. Je prends un civet de porc, et nous emportons nos barquettes car d'une, sur place ça coûte 12 euros et à emporter 6, et de deux, ça sent le cochon et je préfère personnellement ne pas avoir l'expérience de l'odeur de la bête et du goût de son civet. Serge nous indique un spot pour aller pique-niquer, proche de la rivière. Et quand nous goûtons son plat ... C'est une explosion de saveurs. Le porc est tendre, fond dans la bouche, est relevé au kombava, et est accompagné d'un rougail certes zorey mais plutôt bon tout de même. Et de plein de riz. Et d'une tarte au chocolat noir avec coulis de mangue en dessert. C'est merveilleux.

Toutes les bonnes choses ont une fin et là il s'agit de celle de la barquette. Mais ce n'est pourtant pas la fin de l'aventure: tout à coup, Alizée se met à crier: il y a un caméléon sur la route. Oui, un caméléon !! Il ne faut pas l'écraser, dit-elle, pendant que moi je crie aussi, "où ça, où ça !!", surexcitée. Elle court le ramasser avant que quelqu'un ne lui roule dessus, car les malgaches ne se gènent pas pour le faire. C'est en rapport avec leurs croyances, le caméléon est censé être l'animal de Satan. Elle le prend sur son bras, et me le passe, il s'agrippe, il monte sur mon épaule ... Il est assez coloré alors que ce n'est pas du tout la saison pour. Il ne semble pas non plus être adulte. Quelle chance! Je n'en reviens pas!

Nous repartons vers Saint Denis, repassons rapidement à l'appartement pour que dans la foulée, Nathan m'emmène à la gare routière et que je reparte sur Saint Pierre. C'est encore un grand bus, celui qui passe via la Route des Tamarins, et c'est le trajet le plus animé que j'aie eu. Vers le Port, nous nous faisons contrôler. Etant au premier étage du bus, j'ai une vue imprenable sur la route ... Et sur le gars qui sort en trombe du bus et qui se met à taper un sprint comme une gazelle traquée. Il fait même des zigzags. Les deux jeunes à côté de moi sont morts de rire. Je ne sais même pas si les contrôleurs se sont aperçus de quoi que ce soit, puisque personne ne s'est lancé à la poursuite de cet athlète. Mais bon quand même, frauder pour deux euros? Peut être qu'il n'a pas eu l'occasion de prendre un ticket vu qu'on ne les vend pas à bord, et qu'il venait d'un coin paumé. C'est assez nul comme système quand même. Et encore, s'il ne s'était passé que ça? A mon étage, un autre gars était au téléphone sans son masque. L'accompagnateur vient lui faire la remarque. S'en suit l'argumentation la plus absurde que j'aie entendue, en tout cas de ces derniers temps: "Remettez votre masque" - "Alors déjà vous voyez je suis au téléphone, donc vous me parlez mieux s'il vous plaît, vous avez aucun respect." - "C'est les règles" - "Vous êtes mal éduqué monsieur! Commencez par vous respecter vous même et ensuite vous allez respecter les autres. Vous êtes d'où?" - "De la Réunion" - "Alors, y'a un problème?" - "Bah non y'a pas de problème. Remettez votre masque" - "Vous avez vraiment un problème avec moi!" - "Non, y'a pas de problème." et ainsi de suite. Décidément, quelle soirée! Arrivée à Saint Pierre, je ne me fais pas avoir cette fois-ci, et malgré un peu d'attente, j'arrive enfin à prendre le fameux bus 10 qui m'emmène en bas de la rue de chez Cyril. Mission accomplie!

Une photo de la '"savane" autour du Cap La Houssaye, que je n'avais pas encore eu l'occasion de présenter.