Carnet de voyage

Bons Baisers De Bulgarie

6 étapes
2 commentaires
De plus en plus à la one again ces voyages.
Du 3 au 9 avril 2021
7 jours
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"Non mais vous n'avez pas le droit de quitter la France sans motif impérieux, hein. Même en Martinique on peut pas alors que c'est la France. Même si vous décalez votre vol du dimanche 4 au samedi 3, vous allez vous faire contrôler à Paris, parce que Paris c'est confiné. Vous voulez quand même le faire et payer un supplément ? D'accord, mais vous pourrez pas dire que je vous avais pas prévenue."

C'est sur ces mots agréables prononcés par la standardiste d'Air France, appelée en catastrophe jeudi soir, que commence cette aventure. Oui, car prévoyant de me reposer le samedi et de prendre le temps de visiter Bordeaux avant de partir, les plans ont été chamboulés. Les informations se contredisaient, entre le site de France Diplomatie qui dit que l'on peut voyager sans restrictions mais avec un test PCR négatif dans les pays de l'UE comme la Bulgarie, et d'autres sites qui évoquaient bel et bien ce motif impérieux à partir du 3 avril. Ce qui a donné de belles nuits d'insomnie avant le départ.

Départ qui se fait donc vendredi après le boulot, une journée pourrie comme on les aime en psychiatrie, et une file d'attente interminable pour le test PCR le matin même.

Et le voyage commence avec les covoitureurs récupérés à Toulouse, surtout lorsqu'il s'agit de parler voyage et de se donner des conseils. Ça tombe bien car Alain (qui malgré son nom est plus jeune que moi) est allé en Bulgarie aussi et il me donne des conseils. Je suis si absorbée que je rate la sortie où je devais récupérer notre troisième compagne ! Quelle honte ! En plus je m'en rends compte deux sorties trop tard. Heureusement, je peux vite faire demi tour, et elle peut se faire emmener à la sortie suivante. Je lui propose de lui offrir un café mais elle dit que ce n'est pas bien grave ... Au final nous aurons vingt minutes de retard sur l'horaire d'arrivée prévue.

J'arrive donc au Première Classe de Pessac et je retire ma carte magnétique à la borne extérieure. Mais ... Je ne peux pas rentrer à l'intérieur ! Pendant dix minutes, je cherche ce que j'ai fait de mal. Est-ce qu'il y a un endroit où la passer ? Un interrupteur ? Est-ce que je dois appeler le numéro d'urgence ? Et je finis par comprendre qu'il n'y a pas besoin de rentrer: les portes des chambres donnent sur l'extérieur. Ce que j'essayais d'ouvrir depuis tout à l'heure, c'était la salle de restauration pour le petit déj'. En parlant de restauration ... Je file au Burger King juste à côté, qui est encore allumé. Mais fermé depuis 30 minutes. Bon, je vais commander avec Uber Eats, un petit pad thai qui m'est amené par des particuliers et non des livreurs. Je l'engloutis, pour aller plus vite au dodo: il est déjà 23 heures, et je dois me lever à 4 heures.

Évidemment, la nuit a plus tenu de la sieste que d'autre chose. Deux heures de sommeil entrecoupées, tout au plus, par le doute qui ne cesse de me hanter. Vais-je me faire refouler sans motif impérieux ? L'heure est d'abord au trajet jusqu'au parking low cost. Mais à 4h30, malgré la confirmation d'hier, c'est fermé, personne. Heureusement, j'ai un numéro. Je laisse un message, le type me rappelle, je ne comprends rien, en plus il a un accent. Il me demande de venir à l'aéroport où il prendra en charge ma voiture ... Bon, ai-je le choix ? Je file au dépose minute, je le retrouve et il m'explique: à 4h30, il devait prendre en charge la voiture de quelqu'un d'autre et l'emmener au parking, m'ouvrir, garer ma voiture, et repartir avec moi en navette. Sauf que cette autre voiture ... Est tombée en panne dans le dépose minute quand l'autre gars la lui a laissée. Et il était donc coincé. Vous suivez ? Je lui donne mes clés mais je prends sa carte bleue en photo. Au cas où.

Il est 5h15, l'avion décolle à 6h et j'ai juste le temps d'aller en salle d'embarquement où il n'y a plus assez de places disponibles pour tout le monde, avant que finalement l'embarquement ne commence. Bon timing, je suis dans les premières, je vais comater sur mon siège et essayer de mettre mon stress de côté. Ce n'est pas facile. Alors, je commence à réfléchir à une histoire. La grand mère de mon fiancé qui serait proche de la mort. C'est comme ma propre grand mère. Mais nous n'avons pas de lien de parenté, je ne peux donc pas prouver quoi que ce soit d'impérieux. Même pas un certificat, on n'a pas eu le temps, avec Macron. Mais je ne veux pas la laisser mourir sans lui avoir dit au revoir ... Avec des larmes ça sera mieux mais vu la tension et la fatigue, si on me refuse elles vont couler toutes seules.

1h20 de vol jusqu'à Roissy et les choses sérieuses vont commencer. Le terminal où je dois faire ma correspondance est attenant. Me voici devant la Police Aux Frontières, je leur donne mon passeport, ma carte d'embarquement, et ... Rien. Ils me disent "c'est bon, bonne journée". Je passe en zone internationale. Voilà. Tout ça pour ça. Je ne réalise pas !

Je passe la zone Duty Free mais au détour d'un virage, j'ai un choc: il y a plein de monde en combinaisons étanches de laboratoires. Ma première pensée est "Merde c'est le CDC ? Ils font des tests PCR aléatoires ?" et je m'apprête presque à leur demander, la seconde étant "on ne dit pas CDC en France". Mais je me rends compte qu'il s'agit en fait de ... Chinois en voyage. Au moins une trentaine. Et quand je dis "des Chinois", ce sont vraiment des Chinois, vu que sur leurs affaires tout est marqué en chinois.

Et pendant que j'attends mon prochain vol pour Sofia un peu plus sereine, mais en me disant que la poisse peut me tomber dessus à tout moment, on appelle spécifiquement mon nom au comptoir. Enfin, le mien et une vingtaine de passagers. C'est la première fois que ça m'arrive et mon sang ne fait qu'un tour: ça y est c'est foutu, ce sont des contrôles aléatoires des motifs impérieux. Vite, l'histoire de la mamie. Mais il s'avère qu'il ne s'agit que d'un contrôle du test PCR vu que nous arrivons d'un autre vol. Logique. Et nous embarquons, et le personnel de bord nous donne des bouteilles d'eau où c'est écrit en cyrillique, et les instructions sont marquées en cyrillique, et c'est tout de suite plus vrai.

Une belle couverture nuageuse sur toute l'Europe pendant le vol, si ce n'est un découvert au dessus des Alpes italiennes enneigées qui se fondent avec cette mer de ouate. Lorsque nous survolons la Bulgarie, nous apercevons aussi des montagnes enneigées, et enfin Sofia au pied de sa montagne. Maintenant il faut aussi passer la frontière pour entrer, mais là non plus pas de souci réel, juste que quand j'ai montré mon test PCR sur le portable, on n'arrivait pas à trouver la mention "rt pcr", ne me dites pas que c'est même pas mentionné et que je vais me faire refouler pour ça ?... Ah non ça va c'était juste écrit en tout petit ! Ouf, je suis passée. Par contre l'orage arrive fort vite et se déclare violemment, faisant sauter brièvement l'électricité de tout l'aéroport. Ça commence bien, et en plus le fléchage du métro me mène à un "sens interdit" et je dois refaire tout le trajet en sens inverse pour enfin trouver la sortie.

Arrivée dans le métro, après avoir changé mon argent, le ticket est de 1.60 lev. Je n'ai sur moi que ... Des billets de 50 et 1.50. Je vais donc demander le change à la dame qui s'occupe du métro, prend mon ticket mais ... Elle me resollicite. En me disant qu'elle s'est trompée et m'a donné 6 billets de 10 au lieu de 5. C'est faux. Je n'ai plus que 4 billets après en avoir utilisé un. Mais elle insiste et je ne veux pas faire une scène au cas où je sois vraiment en tort. Et merde ... Bon je me dis que se faire arnaquer de 5 euros c'est pas énorme. J'attends donc le métro, qui m'emmène dans le centre.

Non, les galères ne sont pas finies. Car quand je décide de débarquer en avance dans l'hostel que j'avais réservé pour le lendemain ... Je ne le trouve pas. Je passe et repasse, je me trompe de sens, je fais tout le pâté de maisons, il y a marqué "église adventiste" mais pas Arte Hostel. Oh, et en plus, mon téléphone ne chope pas le réseau pour une raison inconnue, donc pas de 4G. Il pleut de plus en plus, j'en ai marre. Je passe devant un autre hostel et j'entre dedans pour réserver au moins pour une nuit, me mettre à l'abri et faire le point ! Le gars de l'accueil est un peu froid mais celui de mon dortoir, qui est polonais, est plus sympa.

Entre temps, j'ai retrouvé l'hostel initial, et je dis au gars qui s'en occupe que je viendrai demain. Je n'ai quasiment rien avalé depuis 4h30, il est 16h (donc 15h en France), je me prends un burger bien gras avec un "balkan steak" et du tzatziki, et des frites que je vais plus tard oublier dans mon sac, et je me cale à l'abri de la pluie.

Je pars donc faire un tour vers une certaine partie du centre ville de Sofia: Vitosha. Ce sont les "Champs Elysées" bulgares. Malgré le temps, avec un parapluie on va partout et je me sens vraiment en joie. Libre, surtout, évidemment. Il n'y a pas grand monde vue la météo, si ce n'est toute une bande d'ados qui s'abritent sous les arcades et mettent de la musique pour danser.

Pour l'instant, je ne fais qu'un petit tour pour voir l'ancienne Assemblée Nationale dans son immeuble stalinien, qui était le siège du Parti Communiste, proche du Palais Présidentiel. Dans la station par laquelle je suis arrivée, Serdika, il y a ... Une toute petite église en plein milieu des boutiques. C'est l'église romane de Sveta Petka Samardjiiska qui date du 14e siècle et qui est intégrée à l'urbanisation, tout comme les ruines de la cité romaine de Serdika qui a donné son nom à la station de métro et qui est donc l'ancien nom de Sofia. Dans le prolongement, on peut aussi voir la mosquée Banya Bashi.

Les trottoirs et routes de Sofia ne sont plus droits, donc quand il pleut, ça fait de petites piscines pour mes pieds. Sur ma route, je rentre dans l'église Sveta Nedelya. Petit doute, je crois que l'entrée est payante car la dame me regarde avec insistance, je vois des prix, je lui donne 50 centimes, je me retrouve avec un cierge. Ah, oui, ça fait du sens. Je n'ai même pas trouvé où l'allumer, il a fini à la poubelle. Bah ... C'est facile de convertir du lev à l'euro, il faut diviser par deux.

Je pique maintenant vers le sud pour me rendre sur l'avenue de Vitosha. Bon, évidemment, ce n'est pas vraiment au niveau des Champs Elysées ! Mais c'est surtout sympathique de voir du monde attablé aux cafés et faire du shopping, comme dans une petite ville française. Pendant que je détaille les façades des bâtiments, il y a un gars qui croit que je le regarde lui ... Et qui me dit "hey, hello, I love you". Nope, désolée! L'avenue est vite descendue et la pluie retombe. Je fais demi tour, pour revenir vers la mosquée et les Thermes Centrales, mais il commence à y avoir du vent. Je cherche un supermarché pour faire des courses, je ne trouve pas, je rentre à l'hostel pour me connecter à Internet, et je trouve la chaîne Billa. Il y a des plats à emporter et je lis мусака, qui veut donc dire "moussaka", et il y a aussi des lozovi sarmi qui sont des feuilles de vigne fourrées à la viande et au riz. Je fais l'effort de lire ce qu'il y a marqué, ce qui fait plaisir à la dame. Et bien entendu, un pot de yaourt bulgare et une bière Ariana (notée Арuана mais je crois avoir compris que le U est un i ici) pour accompagner le tout.

Je mange avec mon nouveau pote, mais une bière ce n'est pas assez. Je cherche une épicerie encore ouverte à 22h, ils m'orientent vers une sorte de bar, je demande une canette de bière et ... Le gars me l'offre. Comme ça. Je m'y suis reprise à plusieurs fois pour être sûre qu'il n'y ait pas de contrepartie car j'avais une impression bizarre: il semblait "trop gentil" et il me dit de repasser prendre le petit dej' à l'occasion. Je lui dis que ce n'est pas possible, mais il me donne quand même cette canette de Pirinsky ou quelque chose dans le genre. Ce que je mange est très bon, et je vais au lit tôt, après cette journée longue et incroyable.

Après un bon, bon gros dodo, mais aussi un coup de fatigue persistant, probablement le contrecoup, je décide de rester dans cet hostel, et de tester le Arte au retour. Cela me permet de rester dans mon lit jusqu'à 11h30, non sans avoir négocié le tarif de ma nuit pour avoir le même que sur ma promo Booking, soit 2 euros de moins !

Il pleut encore beaucoup aujourd'hui, et je ne sais pas trop quoi faire d'autre qu'une visite à pied dans la partie que je n'ai pas visitée, surtout avec ce temps. J'ai donc l'idée de chercher des sources thermales ! Bon, en fait, je tombe sur une piscine d'eau "minérale", à 30 degrés en extérieur, très prisée des Bulgares. Ça sera mon excursion de l'après midi pour me détendre ! Du coup, il va falloir que j'aille acheter un rasoir pour mes jambes, puisque je ne pouvais pas en prendre en cabine. Ce n'est pas bien compliqué. J'en profite aussi pour tester la gourde filtrante HumaGreen que ma mère m'a offert pour Noël, car l'eau du robinet de Bulgarie n'est pas censée être très bonne. C'est tout un processus pour la laver et l'utiliser, mais pour l'instant ça a l'air de marcher. Avant de partir, je mange un feuilleté au sirene, le fromage équivalent de la feta, un petit peu plus acide.

Tant qu'il ne fait pas beau, il est temps de se renseigner un peu sur Sofia et sur la Bulgarie en général, pour resituer le contexte. C'est une des plus vieilles capitales d'Europe, avec 7 000 ans au compteur. Elle a été fondée par une tribu Thrace, qui étaient de valeureux guerriers, comme les Spartiates. Leur région couvrait donc la Bulgarie, le Nord-Est de la Grèce et la Turquie jusqu'au détroit des Dardanelles. Dyonisos était censé être originaire de là-bas, on le retrouve donc dans leur mythologie en tant que dieu suprême. La capitale était donc nommée Serdika. Puis, l'Empire Romain est venu conquérir l'endroit, mais loin de détruire Serdika, ils l'aménagent en la fortifiant. Sa position était pratique car elle était sur la route entre Rome et Constantinople. Des tribus slaves sont ensuite venues s'installer, de manière pacifique, pour cultiver la terre. Puis enfin, la tribu Bulgare, qui étaient à l'époque des nomades mais de très bons politiciens. Ils parviennent à s'allier avec les Thraces et les Slaves pour se retourner contre les Romains. C'est la naissance du premier Etat Bulgare vers la fin du Ve siècle. Mais c'est une menace pour l'Empire Byzantin, qui reprend le contrôle à la fin du VIIIe siècle, jusqu'au XIIe. Pendant ce temps, les religions font évidemment mauvais ménage, notamment par l'apparition d'un courant religieux chrétien, le bogomilisme, qui s'inspire du manichéisme et qui a été combattu par l'Eglise catholique et orthodoxe qui se sont alliées contre lui en le traitant d'hérésie. C'est ce courant qui a ensuite inspiré les Cathares chez nous! Ils étaient surnommés "bougres" car "leur berceau se trouve en Bulgarie", comme le mot est resté, maintenant, vous saurez. En 1186, c'est la Révolution, et l'état renaît de ses cendres pour former le Second Empire Bulgare, qui entre même dans la Renaissance un peu avant l'Italie. Mais ce n'est que de courte durée, car les Ottomans arrivent en 1393 et font tomber Tarnovo, la capitale de l'époque. Le pays perd tout cette fois-ci, il est renommé "Roumélie" qui signifie "pays des Romains", et est rétrogradé au statut de simple province. Cela dure cinq siècles. Aidés par la Russie en 1878, les Bulgares finissent par reprendre le dessus pour créer la Principauté de Bulgarie, puis le Royaume de Bulgarie gouverné par un tsar. Mais en 1946, lors de la Conférence de Yalta, la Bulgarie est attribuée au bloc de l'Est, et entre donc dans le communisme. Comme beaucoup d'autres pays, ce n'est que depuis 1989 que la Bulgarie démocratique actuelle existe.

Mais cela n'explique pas le passage du nom Serdika à Sofia, me direz-vous. Un rapport avec Sainte Sophie? Oui et non. En fait, c'est à cause de l'église Hagia Sophia, datant du VIe siècle, nommée comme cela par rapport à la Basilique de Constantinople, mais bien moins impressionnante. Elle est construite sur le plus haut point de la ville, et les marchands qui empruntaient la route la voyant de loin, ils savaient qu'ils arrivaient bientôt. Serdika était donc nommée "la ville proche de l'église de Sophia", "la ville proche de Sophia", qui a fini par donner tout simplement "Sofia". L'église en soi n'est pas très belle, mais elle est chargée d'histoire, donc importante.

Maintenant, je fais un nouveau tour dans la ville, vers la cathédrale très connue de Saint Alexandre Nevski. Bon, dis comme ça, non, ça ne vous dira rien. Mais c'est l'énorme église qu'on voit tout le temps sur les photos promotionnelles de Sofia. On dirait un gros layer cake car ses coupoles extérieures se superposent. C'est vrai qu'elle est imposante ! Mais l'intérieur est un peu décevant, bien que ce soit dans le style des églises bulgares d'être assez sombres, tout comme les couleurs des fresques. Je ne suis pas censée prendre de photos je crois, mais bon, hein, ho, je ne mets pas le flash. Au dehors, il y a des gens qui ont mis de la musique et qui dansent sous la pluie et le vent, sans avoir peur de rien. Même pas des policiers qui les surveillent alors qu'ils feraient mieux d'être ailleurs vu que c'est le jour des élections.

Je fais le tour du reste du quartier, pour voir notamment l'église russe de Saint Nicolas le Faiseur de Miracles (vivement que j'aille en vraie Russie pour sortir tous ces noms marrants), petite et sombre. Divers palais, ambassades et bâtiments administratifs entourent aussi ce square, et je finis au Monument au Tsar Libérateur.

Maintenant, je vais prendre le métro pour aller prendre le bus qui va m'emmener aux fameux bains de Banyata Pancharevo. Je me retrouve donc dans les quartiers périphériques de Sofia. Et là, ce sont des barres d'immeubles. Mais pas n'importe comment: elles font soviétiques. Elles sont mal entretenues, massives, glauques, toutes grises, c'est moche, mais c'est trop cool. Je veux dire, ça, c'est des choses que je n'ai pas l'habitude de voir ! J'attends le bus 10 minutes, et cela me permet de découvrir une autre facette du pays. Certaines rues sont correctes, d'autres sont mal entretenues, il y a des ordures à certains endroits, mais surtout de la boue, des garages abandonnés, des stations services hors du temps, et avec la pluie c'est morose, c'est parfait pour l'expérience !

Et l'expérience continue au complexe Korali, au bord du lac. Donc, je savais que ça n'allait pas être extraordinaire, mais je ne pensais pas que les casiers et la piscine étaient un peu loin, et qu'il fallait que je coure en maillot sur 30 mètres par 4 degrés. Bon, une fois dans la piscine on est bien, même si l'eau aurait pu être plus chaude. Le complexe en soi, il est moche. Ils proposent aussi des massages, mais non, 20 leva pour l'entrée je trouve ça cher (10 euros). Cependant, malgré tout je passe un bon moment, porté par la logique du "Il pleut ? Et bien c'est parfait pour aller dans une piscine extérieure !" qu'ont apparemment aussi la quinzaine de personnes avec moi. C'est quand même agréable d'être immergée dans l'eau chaude et de sentir les gouttes fouetter mon visage pendant que je nage ou que je fais la planche ...

Voilà, c'est ça! Trop cooool 
Non je rigole, en fait c'est ça. C'est un poil mieux.

Mais le plus drôle dans cet endroit, c'est qu'il y a un bar-snack qui donne sur la piscine, pas très hygiénique donc. Ça ne m'empêche pas de prendre une bière car voilà, quoi, pourquoi pas, ça fait partie de l'expérience. Et encore mieux : il y a une espèce de "grotte" pour s'abriter, très sombre, d'où on entend des gens qui parlent et qui font la fête. Et qui fument et qui ont mis de la musique. C'est extrêmement bizarre comme ambiance et je ne vais pas les rejoindre car il n'y a que des gars ou des couples, et une fille seule avec des gars dans une piscine dans l'obscurité, vous avez vu ça où, j'aurais même pas tenté du temps où je n'étais pas asexuelle ! Et même pour le covid, je ne suis pas rassurée. Je reste donc en périphérie de leur petite contre-soirée dans ce qui semble être un coin baisodrome, pour écouter leur musique, et ce dont ils parlent en anglais, mais de loin, c'est bien. C'est quand même assez ouf cette ambiance !

Je reste environ 2 heures dans l'eau, car c'est dur de sortir quand il fait froid dehors, mais il faut bien ... Retour dans le centre de Sofia, et je me rends compte que j'ai oublié d'aller voir la rotonde Saint Georges, cachée entre les immeubles elle aussi. C'est tout aussi insolite que la première petite église dans la station de métro. L'intérieur est assez joli par rapport à ce que j'ai pu voir jusqu'à maintenant.

Au passage devant la boulangerie, je prends des baklavas qui me font bien envie, heureusement que je marche toute la journée ... Je les pose à l'hostel pour tout à l'heure, je marche encore un peu pour me vider la tête pendant 20 minutes, je trouve un autre petit supermarché et je regarde les plats à emporter qui y sont proposés mais.... Je fais de l'hypoglycémie, j'ai soudain la tête qui tourne. Je prends donc un peu de charcuterie pour goûter, du pastarma, mais ce n'est pas extraordinaire, en tout cas la marque que j'ai prise. Ça m'évite de tomber dans les pommes, et je rentre donc manger deux de mes gâteaux orientaux, oh là là j'étais obligée vous comprenez. Puis, je vais faire un vrai repas dans un restaurant (ouais !) bulgare, et oui, j'ai fait un repas à l'envers. J'y commande du kyopolu qui est du caviar d'aubergines car les légumes j'avais un peu zappé, et des boulettes de viande au barbecue. Bon, encore une journée peu diététique, il va falloir faire gaffe pour la suite. Et quand je sors du resto pour rentrer, il fait froid, il pleut encore, mais tout à coup la pluie se change ... En flocons ! Ça me file le sourire, enfin je vois de la neige tomber ! Par contre ça caille tellement que je ne reste pas trop dehors. Mais de ma fenêtre, dans mon lit bien douillet, je peux encore la voir tomber.

Prête pour de nouvelles aventures, mais cette fois ci avec une voiture. Le loueur arrive à l'heure devant l'hostel avec une mignonne petite C3. Et il se trouve qu'il a passé 3 mois à Montpellier. Voilà, c'est lui, le Montpelliérain de mon voyage! Il parle un peu français, mais aussi espagnol, italien et russe, et bulgare bien entendu. Nous réglons les derniers détails et je prends le volant. Ça va, ce n'est pas trop compliqué de conduire ici, surtout avec le GPS.

Mon premier stop est l'église de Boyana, située en périphérie de Sofia, donc un peu dans les hauteurs. Et en l'atteignant, surprise ! Il y a de la neige qui a tenu. C'est magnifique. Quand j'arrive devant la porte, elle est fermée pour désinfection ... Pour rouvrir 20 minutes plus tard. Elle est entourée d'un petit parc charmant. Malheureusement, on ne peut pas faire de photos à l'intérieur et la guide y veille. Cependant, j'ai des explications gratuites. Elle date du 11e siècle, et les premières fresques ont été peintes sous le règne d'Ivan Assen II, roi du Second Empire Bulgare. Il est représenté sur le mur de gauche avec sa femme, à côté de la représentation de Jésus. Une arcade la sépare de Saint Nicolas. Mais au 13e siècle, la région est tombée sous le joug de l'empire ottoman. Ils vont y faire représenter l'empereur Constantin et sa femme Irina sur le mur de droite. Le souci est que le Christ doit être au plus proche du roi. Donc, ils inversent: Saint Nicolas à gauche, Jésus à droite. Pour ce faire, ils refont une épaisseur de mur pour repeindre dessus ... Maintenant, on peut voir deux couches différentes superposées érodées par le temps. L'endroit est petit mais plus beau que ce que j'ai pu voir jusqu'à maintenant.

Photo trouvée sur Pinterest vu que je ne pouvais pas en prendre.

Je reprends la voiture pour un trajet d'1h30 vers le monastère de Rila. La neige est toujours là tandis que je contourne le mont Vitocha. De petits villages aux toits enneigés se nichent dans les vallons. Mais quelques kilomètres plus loin, c'est fini, j'arrive dans une plaine industrielle, avec des usines et des centrales qui font de la fumée, où je prends l'autoroute. Il fait facilement 15 degrés, on a à nouveau changé de saison. Cette impression perdure jusqu'à ce que j'atteigne le village de Rila, où je m'arrête pour manger, car je risque ensuite de rater l'heure.

Je trouve un petit restaurant bistro où me poser, et goûter à de nouvelles spécialités : la salade chopska avec des tomates, concombres, petits poivrons verts, oignons et surtout plein de fromage râpé, et le poulet kavarma qui n'est pas tout à fait comme je m'y attendais, en tout cas il y a des poivrons rouges et des oignons, ce n'est pas mauvais.

Je remonte en voiture pour faire la quinzaine de kilomètres qui me sépare du monastère. La route est sujette à des glissements de terrain importants, d'ailleurs, elle n'a réouvert que le 2 avril (il y a trois jours) à cause de ça. Bon timing, n'est ce pas ? Mais malgré ça, il y a tout de même des cailloux sur la route, ça peut s'avérer dangereux. Je retrouve aussi la neige, tandis que je m'enfonce dans les gorges de la rivière Rilski et ses hautes montagnes qui semblent saupoudrées de sucre glace.

Me voici arrivée au monastère, et je me prends une claque tant la scène est magique: les toits sont encore enneigés mais le soleil brille, faisant fondre les calottes, et l'architecture colorée du bâtiment détonne. Les fameuses fresques murales ont été bien entretenues et arborent des couleurs flashies, et je vagabonde sous les arcades, fascinée. L'intérieur n'a rien à leur envier non plus, il est très spacieux. Encore une fois, on n'est pas censés prendre de photos, mais bon ... Ce serait trop bête de passer à côté. Il fait plutôt bon, malgré la neige qui tient. Ce temps est une vraie chance pour faire de magnifiques plans, dans tous les sens. C'est bel et bien l'un des lieux les plus photogéniques de Bulgarie.

Le monastère a été fondé par St Jean de Rila vers 930. Il a ensuite changé de place, rebâti par Khrélyo, qui a donné son nom à la tour qu'on peut voir dans la cour. Il a souvent été attaqué, mais pendant la période ottomane il a pu être préservé tant bien que mal par les rois Russes. Les moines ont joué un rôle important lors de l'expansion du catholiscisme et du protestantisme en Bulgarie, car les nouveaux prêtres venant essayer de convertir des fidèles, beaucoup de villageois ont envoyé des lettres à Rila pour qu'ils viennent les rediriger dans le droit chemin. Ils ont dû bien faire leur travail car ni le catholiscisme ni le protestantisme ne s'est vraiment implanté en Bulgarie.

Je vagabonde encore un peu dans ce décor enchanté, je décide même d'aller au musée où l'on peut voir la croix de Rafaïl, un ouvrage extrêmement détaillé du nom de son créateur qui serait devenu aveugle après l'avoir terminée. Oui il y a de quoi, c'est un vrai travail d'orfèvre. Je la prends en photo de loin hors caméra quand la dame qui me suit partout va demander quelque chose à quelqu'un. Mais je vous mets une photo prise sur Internet pour que vous puissiez mieux imaginer la précision de l'oeuvre, la méticulosité, le temps et la patience que cela a dû lui prendre. C'est plutôt impressionnant.

Détails de la croix de Rafail, photo trouvée sur Internet

Je sors maintenant du monastère pour aller voir l'ossuaire, qui est en fait un cimetière ... La neige est fraîche et peu épaisse, donc glissante. Elle s'infiltre dans mes chaussures. Si je dois faire pareil pour rejoindre mon hébergement de ce soir, je suis mal barrée, j'en aurai pour le double de temps ! Mais là, rien ne vaut les premiers pas dans la poudreuse immaculée.

Sur ces réflexions, je me dis que je ferais mieux de prendre la route. Je regarde l'heure sur la voiture: il n'est pas si tard ... Je veux faire un crochet par les pyramides de Stob, grandes formations rocheuses en forme de pyramides, donc, mais de loin je m'aperçois qu'il faut monter pour les voir de près car elles surplombent le village ... Bon, on va se contenter de les voir de là et puis voilà. Je continue ma route avec un autoradio capricieux: j'aime beaucoup la station Novanews mais je la capte une fois sur deux. Voire trois ou quatre. Ce qui veut dire que parfois j'arrive dans un endroit et la radio a trouvé la bonne fréquence, et quand je repars, bruit blanc... Dommage, moi qui n'aime pas trop conduire sans musique. Au bout de 50 minutes, j'arrive dans le village de Sapareva Banya, où je cherche à grignoter au cas où j'aurais mal compris et qu'il n'y aurait rien à manger ce soir dans mon petit chalet au fin fond de la cambrousse. Je trouve ce qu'ils appellent une pita, qui ressemble à une pizza avec des lardons et du maïs... Peu ragoûtant. Je prends aussi une conserve de viande, vraiment en cas de besoin. Et puis, je m'aperçois que l'heure de la voiture retarde d'une heure. Bon, ne paniquons pas trop, il est 17h au lieu de 16h, même dans ce timing là je peux être au chalet avant que la nuit ne tombe. Il faut marcher 2 km depuis le téléphérique qui monte aux lacs, là où je peux me garer, et c'est à 15 km. Ça devrait aller, non ?

Sauf qu'en montant vers le village de Panichishte, route pleine de virages, il commence à y avoir de la neige. Et je n'ai d'une ni l'habitude de deux ni les pneus adaptés. Alors, quand ça commence à patiner, je serre le volant, et je me souviens de ce que disait mon ami Romain lors du réveillon au Grand Bornand : pas de gestes brusques, pas de freinage, sinon ça part en cacahuète. Je m'accroche à cette idée et essaye de ne pas paniquer quand je dois croiser des voitures qui descendent. Maintenant, la neige est dammée mais recouvre toute la chaussée. Je me cramponne. J'arrive finalement au parking sans accident, j'essaye de monter mais là, la voiture ne veut plus et dérape, alors je redescends un peu en contrebas en marche arrière, ça me permettra de ne pas faire un demi tour pour le retour.

Ok, maintenant, il va falloir faire le trajet dans la neige. Il y a un chien qui est là, et qui décide de m'accompagner. L'endroit est désert, heureusement la Lovna Hut est indiquée sur les panneaux, et Maps.me me localise. Je m'enfonce donc dans le massif du Rila (oui toujours le même mais pas du même côté), sans trop savoir ce qui m'attend ... J'espère trouver mes hôtes au bout de la piste enneigée ! Heureusement, des motoneiges sont passées, et je peux marcher aisément dans leurs traces. Ça ne pose pas trop de souci. Le chien ouvre la voie, tandis que je regarde les sapins enneigés. C'est tout de même magnifique ! Comme la couche de neige est plus épaisse, j'ai moins de souci de glissade. Evidemment, je n'ai pris que le strict minimum dans mon sac à dos, et pas ma valise ... C'est très calme, je n'entends que le bruit de mes pas dans la neige. Cette petite randonnée est quand même un peu physique, on ne dirait pas comme ça. Mais le fait de marcher dans la neige est presque aussi fatigant que dans le sable. Alors, pendant 40 minutes ? Ça monte un peu, ça descend, je checke régulièrement si je suis encore loin. Et puis au détour d'un virage, voilà le chalet ! Il y a le fils du proprio qui est en train de déneiger et qui m'accueille. Il parle bien anglais pour un ado. Par contre je ne comprends pas son nom ! Celui de son père, oui, c'est Dany. Il me montre ma chambre où je recharge le téléphone. C'est marrant, même au milieu de nulle part, ils arrivent à avoir la télé et un peu de wifi - le strict minimum. Je lui demande de me faire réchauffer à manger: des boulettes de viande et des patates, pur bulgare. Par contre il ne fait vraiment pas chaud, bien évidemment, les toilettes et la douche sont à l'extérieur et il n'y a pas d'eau chaude. À la dure ! Le plus embêtant c'est que cette salle d'eau est loin de mon lit, et ça caille ... J'ai pris les 5 couvertures disponibles pour me faire un petit nid douillet, et malgré le chauffage, elles n'étaient pas de trop. Mais je me sens loin de tout, dans ce mignon petit endroit paumé, qui se mérite et qui est une aventure en soi. Je trouve ça super.

Je passe donc une nuit relativement calme, si ce n'est que je me fais réveiller à plusieurs reprises par le vent violent dans les sapins. C'est mal barré pour demain ... Je crois même entendre de la pluie mais c'est le fruit de mon imagination. Je pars le lendemain vers 8h30 pour être au téléphérique aux alentours de 9h. Le but étant de voir les sept lacs du Rila, un magnifique panorama à 2500m d'altitude. Je refais donc le chemin en sens inverse, en me demandant si les Bulgares aiment prendre des risques. Cette fois ci c'est le chien de Lovna qui m'accompagne sur le trajet, brave bête. Quelques oiseaux se font entendre, et heureusement pour moi je suis à l'abri pour rentrer, je crois même que le vent est tombé. Retour à la civilisation pour apprendre que le téléphérique est bel et bien fermé. J'avais envisagé de monter à pied face à cette éventualité, mais je me rends compte que c'était bien trop téméraire : je vais finir par me tordre une cheville, c'est fatigant même avec des raquettes, et puis, 700m de dénivelé, comme ça? Pas question. Tant pis c'est vraiment dommage, surtout que je m'étais arrêtée là pour cette raison. Bah, j'aurais eu ma nuit dans la montagne ... Finalement, la descente en voiture n'est pas si compliquée, bien moins que la montée.

Je retrouve le village de Sapareva Banya et je me dis, tant qu'à y être, pourquoi pas retourner dans des bains chauds, mais cette fois-ci plus relaxants et plus chauds que Korali ? Je demande à l'office du tourisme qui me renseigne sur le spa Luch, qui n'a ouvert que sa piscine en intérieur mais c'est déjà pas mal. L'eau est à 38 degrés et il y a des jets massants, tant mieux car je sens mes chevilles très crispées ... L'addition de torsion sur la neige avec des chaussures qui n'y vont pas, et d'embrayages et débrayages lors de la descente. Mais ces eaux thermales vont me faire du bien. C'est plutôt calme, il y a peu de monde. Je reste un peu plus d'une heure, car je n'ai payé le parking que pour deux heures. En sortant, ça va mieux, les tensions sont parties et je vais manger un morceau au restaurant. Je commande un tarator: c'est littéralement un tzatziki en soupe; ainsi qu'un mich-mach, décrit par le Routard comme une purée non levée sauf que là c'est une omelette avec des légumes notamment des poivrons, des oignons, des tomates, des oignons, des oignons et des oignons. Il y a une minette qui réclame à manger, je partage le repas avec elle car c'est copieux. Il faut savoir que les Bulgares mettent les quantités de nourriture dans le menu, et que leur 350g n'a rien à voir avec notre 350g en France, bizarre d'ailleurs ! Le poids de nourriture a l'air super important, hier soir Dany m'a dit "100g" pour me parler des boulettes. Souvent, ils mettent les prix pour 100g, aussi. C'est pas mal pour se donner une idée du poids que l'on va prendre ! Bon, avec tout ça, il ne me reste plus qu'à goûter les poivrons farcis et j'aurai fait le tour (la soupe de tripes ne m'intéresse pas !)

Repue, je mets donc le GPS pour quitter la montagne, et mettre le cap sur ma prochaine étape.

Je suis contrariée : je n'ai pas fait attention à la route que me proposait le GPS, qui était zoomé sur ma position, et j'ai repris l'autoroute ... Jusqu'à Sofia. Je pensais bifurquer avant.Bon, ça va ce n'était pas si loin, mais j'aurais préféré prendre une petite route pour visiter le pays ... Mais maintenant c'est trop tard. Je file donc sur l'autoroute qui, je m'en aperçois maintenant, est limitée à 140. Les petites routes sont souvent limitées à 60 mais je vois les gens aller plus vite. J'ai même vu des conducteurs passer au rouge devant une voiture de Gendarmerie (écrit comme ça, ça doit venir de nous). Après, j'ai vu bien pire ...

Finalement, je m'aperçois que la route que je voulais prendre passait à travers des plaines agricoles, donc un paysage très plat. J'ai finalement moins de regrets que prévu. Par contre, je roule en direction de la pluie. Je finis par arriver à Plovdiv, ma nouvelle étape, où il y a un peu de bouchons. Ma guest house est située dans la vieille ville médiévale, et j'ai donc une autorisation spéciale pour passer la barrière. Pratique. Les ruelles pavées ne sont pas simples à pratiquer, mais après la neige, ça va. Je fais donc mon check in dans la Guest House Old Plovdiv qui a été de nombreuses fois primée. Il y a de quoi, on se croirait presque dans un palais ! Mais elle est très vide. C'est comme si j'avais la maison pour moi seule ... Oui c'est le cas en fait, mais je m'y attendais. Je ne suis pas d'humeur très sociable ces derniers temps. Mais dans tout ça, j'ai le café et le thé à volonté ! Et du café en grains, qui plus est. Ça va être chouette demain matin ! En plus le petit déj' est aussi inclus dans le prix, bon rapport qualité !

Je me repose un peu, tout comme mon portable déchargé, puis je repars explorer. Et pas de chance, la pluie s'est déclarée. Bon, ce n'est pas ça qui va m'arrêter. Surtout que la Vieille Ville est magnifique, les maisons sont extrêmement photogéniques et je les prends toutes sous tous les angles, ou presque. Le Reflex est un peu capricieux car c'est humide, mais j'alterne avec mon portable. Je monte sur la première colline, Nebet Tepe, qui est du turc pour dire "tour d'observation" et en effet, la vue sur la ville est magnifique. C'est du turc mais les ruines que l'on trouve ici sont Thraces, datant du 4e siècle avant JC. C'était probablement un lieu de culte. Puis pendant la période romaine il y a eu une forteresse, qui a été remaniée durant la période byzantine, puis le Moyen Âge, puis sous domination ottomane ...

Je redescends par la porte Hissar Kapiya, pour me diriger vers la "Rue des Arts" dont les ateliers sont fermés. Je ne sais pas si c'est l'heure ou le covid. Entre temps, la pluie cesse, laissant place à une belle éclaircie. Je passe entre autres devant une maison où Lamartine a séjourné et où Mitterrand était venu faire une visite également. Il n'y a personne, dans ces rues, j'ai la ville pour moi seule et j'entends juste chantonner les oiseaux. Je me dirige vers le théâtre romain, qui surplombe la colline. Et il est ... Bien plus grandiose que ce que j'imaginais. La lumière est parfaite pour les photos, et le tunnel passe juste en dessous, on voit donc les voitures qui en sortent et le contraste est saisissant. Il date de l'époque où la ville s'appelait Philippopolis, ou Philipoppol, ils ne semblent pas s'être décidés à mettre le double P au même endroit selon les panneaux indicatifs.

Plovdiv est la plus ancienne ville d'Europe encore peuplée! Elle date du IIe millénaire avant JC! Bon, j'imagine que ce titre est plein de subtilités, puisqu'il y avait d'autres villes à ce moment là, dont l'ancêtre de Serdika qui date du néolithique, mais techniquement elle n'existe plus comme avant. Elle est conquise par Philippe II de Macédoine, le père d'Alexandre le Grand, et prend alors le nom de Philippopolis. Elle s'est appelée Trimontium (la ville des trois collines) sous l'Empire Romain, ainsi que Pulpudeva et Paldin par les Slaves, et a aussi eu tout plein d'autre noms. C'est maintenant la seconde ville de Bulgarie. Elle a une sacrée histoire qui serait bien longue à raconter, surtout que le walking tour qui aurait pu être utile là-dessus n'a lieu que le week-end.

Puis, comme il est maintenant 19h et quelques, je descends vers le quartier de Kapana (ça veut dire "piège") pour trouver à manger. C'est particulièrement charmant, car il y a plein de cafés, du monde en terrasse, et de petites rues pavées avec du street art. Ici, on est loin de l'ambiance confinement de la France ... Pour autant, je n'ai pas trop envie de me mêler à tous ces gens, en plus ils parlent tous bulgares. Les seules personnes que j'entends parler anglais ... Discutent du covid. Ouais, aucun regret. Je me balade un peu, pour aller voir les ruines du forum romain en plein milieu de la place centrale. Il est 20 heures et le muezzin de la Mosquée Dzhumaya se met à chanter. Je ne m'attendais pas à ça en Bulgarie et je me laisse un peu porter par l'appel mélodieux. Comme je commence à avoir faim, je trouve un restaurant dans les rues de Kapana pour dîner. Il ne fait pas trop froid dehors, avec les chauffages, c'est assez sympathique.

Le lendemain, je me lève pour le petit déjeuner plutôt complet, et je reprends la voiture pour une grande nouvelle aventure: celle du test PCR. J'ai pris l'adresse des laboratoires Ramus mais je n'ai pu marquer qu'approximativement le point sur la carte. Me voici en train de tourner longuement entre les barres d'immeubles, mon GPS dit n'importe quoi. Je me gare et finis par trouver à pied le bon endroit. La dame ne parle pas bien anglais et heureusement que Google Translate existe. Il va falloir que je fasse le test maintenant mais que je l'imprime à Sofia pour qu'il y ait un tampon dessus ! Bon, maintenant il faut aller voir l'infirmière, je ne suis jamais très sereine. Elle me fait ouvrir la bouche pour un test salivaire obligatoire, et pour ce qui est du nez ... Elle enfonce à peine le coton tige dans les deux narines, pouf, pouf, voilà. Ah oui quand même, je ne risque pas d'être détectée positive à ce compte là ! Les formalités réglées, j'ai le temps de faire le tour du parc Tsar Simeonovata gradina avec ses quelques statues, mais aussi de repasser dans la Street of Arts dans laquelle deux ateliers sont ouverts cette fois-ci. J'entre donc dans une pièce où l'artisane est en train de faire une écharpe en soie, elle m'explique différentes techniques (faire bouillir, faire sécher, etc), ainsi qu'une tisseuse au premier étage. Puis, je vais attendre un court appel visio du boulot.

Mais il est 13h45 quand ça se termine, je commence à avoir faim, je descends vers Kapana mais il fait froid et ça ne vaut pas le coup, je passe à Billa pour prendre du gratin de pommes de terre et du schnitzel, que je pense être du poulet car pour moi c'est logique, c'est la recette originale, mais en rentrant à l'hostel et en le goûtant, il s'avère que c'est du ... foie. Évidemment je n'en mange qu'un bout, face à l'impossibilité de trouver quoi que ce soit qui me convienne je décide de faire un arrêt au MacDo pour un wrap, tandis que je commence à être en hypoglycémie malgré les quelques patates. Mais même après le wrap, je me sens encore très bizarre, j'ai l'impression que je fais de la fièvre et que je vais tomber dans les pommes, j'ai mal dans la poitrine, je n'arrive plus à respirer, j'ai cru avoir le covid mais il s'avérera plus tard que c'était la première crise d'angoisse de ma vie. De la trouille de ne pas pouvoir rentrer en France. Au volant, c'est pas très cool, mais j'arrive tout de même à me rendre jusqu'à la forteresse d'Assen (nommée après Ivan II) et sa magnifique vue sur les gorges de la rivière Chepelarska et vers la ville d'Assenovgrad. Mais il commence à pleuvoir et comme mon état empire, je ne vais pas jusqu'au monastère de Bachkovo. Je rentre pour m'allonger. Heureusement, je suis rejointe dans mon dortoir par Youssef, qui est français, qui est en Bulgarie à Bansko depuis deux mois et qui est très sympa, il me fait un peu penser à Marvin. Nous discutons et je commence à revenir à la normale, et vraiment quand ça va mieux, nous allons prendre une bière. Il y a un café à thème Friends qu'ils ont en toute logique appelé le Central Perk, avec des canapés et fauteuils cosy. Pendant qu'on discute et qu'on boit la bière qu'ils brassent eux mêmes, un autre français, Vincent, se joint à nous, et je n'ai définitivement plus le covid!

Le lendemain, je dis au revoir à Youssef et je reprends la voiture avec l'intention d'aller visiter des tombes thraces à Kazanlak, mais j'ai un petit regain d'angoisse car c'est assez loin et je suis fatiguée de la soirée d'hier, donc je comprends qu'il faut que je m'écoute un peu plus. Sauf qu'ayant déjà pris la route dans cette direction, je coupe par de petits villages pour rattraper celle de Karlovo. Le GPS m'avertit que je vais passer sur des routes non revêtues et refuse presque de me tracer le trajet. Oh ça va hein ! Et effectivement, la route n'est pas du tout revêtue, ça ne me fait pas peur (ben tiens !) et j'emprunte la piste qui bientôt se révèle être pleine de nids de poule. Bon, ok c'était une mauvaise idée, enfin pas tant que ça, c'est rigolo mais heureusement que ce n'est que sur une courte distance de 4 km. Les gens qui passent en charrette doivent se demander ce que je fous là. Mais au final tout se passe bien et je rejoins la fameuse route, après que mon GPS ait été au bout de sa vie. Le paysage est joli, avec des collines et des montagnes enneigées en fond, je me dirige vers le massif des Balkans itself. La ville de Karlovo se situe aux confins de la Vallée des Roses, mais ce n'est pas trop la bonne saison bien évidemment. C'est la variété dite de Damas, qui se cultive bien autour de mai, il y a des célébrations au moment de la récolte avec des élections de la plus belle Miss, et des produits de beauté sont commercialisés.

Je prends ensuite la route vers l'ouest, jusqu'au village de Koprivchtitsa. Sur le chemin, je traverse beaucoup de petits villages très agricoles, dans certains les rues perpendiculaires à la route ne sont pas goudronnées, il y a des tapis étendus dehors, des poules ... Malgré tout, les arbres fruitiers sont en fleur. Je me dis que l'été, le paysage doit être encore plus vert, car je remarque qu'il y a aussi beaucoup d'arbres à feuilles caduques. Je remonte un peu dans la montagne et retrouve la neige. Mon point d'arrivée est au beau milieu de nulle part, je ne m'attendais pas à ce que le village soit aussi encaissé dans une vallée.

Dehors, il fait froid, il n'y a quasiment pas âme qui vive sauf des chiens que j'entends aboyer à mon passage. Koprivchtitsa est censé être un peu touristique, car c'est le berceau de la révolution bulgare de 1876, et en tout cas c'est très photogénique : c'est l'un des plus beaux villages bulgares authentiques. En effet malgré le vent, il est agréable de se perdre dans les petites ruelles.

C'est l'heure de manger, il y a un restaurant mais quand je veux rentrer ils sont en train de tenir une réception privée. Oups. Je parviens à en trouver un autre qui ne soit pas fermé mais personne ne parle anglais, pas même la carte. Donc à tout hasard je commande un kavarma, mais il est un peu écœurant. Je ne le finis pas et vais acheter des chips pour éviter une nouvelle crise. Mon alimentation est complètement anarchique!

Je me promène encore un peu partout, parmi les belles demeures de poètes et révolutionnaires, et les petits ponts en pierre. C'est étonnant comme la rivière passe partout ! Mais malgré le charme de ce lieu, mes doigts commencent à être engourdis, je rentre donc me mettre au chaud dans la voiture et après avoir fait le plein, direction Sofia. En m'en rapprochant, les stations de radio reviennent à nouveau, surtout NovaNews que j'avais remplacée par TheVoice (oui oui) qui est pas mal aussi. Et c'est drôle car on peut y entendre des chansons françaises comme Andalouse de Kendji ou d'autres que je n'aime pas trop qui sont de la clique de Dadju.

Quand j'arrive dans la capitale, je fais un petit saut pour nettoyer la voiture, qui est bien sale après son excursion dans les nids de poule boueux. Tandis que je passe le jet, quelques flocons commencent à tomber ! Et un peu plus au moment de reprendre le volant. J'aurai conduit cette voiture sur tous les terrains, par tous les temps ! Je vais faire mon check in au premier hostel où j'étais censée aller à mon arrivée, donc. Le proprio ne parle pas bien anglais, on n'arrive pas trop à se comprendre, et le loueur de voiture est à la bourre. Pas grave, je me pose dans le dortoir qui est plutôt stylé. Finalement, c'est à 18h30 qu'il est disponible, et il retrouve la voiture toute propre. Pour mon repas du soir, je m'enquiers d'un restaurant italien, mais dans mon quartier tout est fermé, je trouve finalement à emporter ... Mais franchement, ce n'est pas terrible. L'hostel est en fait un appartement aménagé, et il a des airs de colocation, c'est une expérience. Il y a une fille anglaise, Ainsel, qui se fait amie avec tous les bulgares potes avec le proprio qui viennent faire une soirée. Moi, je suis trop fatiguée pour ça. Heureusement, ils ne feront pas du bruit jusqu'à pas d'heure, et je m'endors vers 22 heures.

Faire les choses à l'envers, c'est donner des dernières anecdotes pour la fin, refaire un tour de Sofia avec un guide, mais cette fois-ci, avec du soleil, et c'est vraiment pas pareil.

Mais d'abord, dernière épreuve: il me faut aller chercher le résultat du test covid et le faire tamponner au laboratoire. A Plovdiv, la dame m'avait donné une adresse d'un des labos Ramus, situé dans un quartier périphérique de Sofia. Mais en cherchant à manger hier pendant 30 minutes, il se trouve que je suis passée devant l'un d'eux, juste à côté de l'hostel. Là encore, heureusement que je sais lire le cyrillique et que j'ai reconnu le nom! Je fais la queue avec des gens dehors, je pose une question en anglais et c'est une dame d'un certain âge qui me répond impeccablement. Elle va jusqu'à expliquer à la laborantine pourquoi je viens! C'est trop gentil de sa part. Au final, cela m'aurait pris 25 minutes environ, et j'ai le sésame pour passer la frontière et rentrer chez moi.

J'ai appris un peu trop tard la première fois qu'il y avait un walking tour, Free Sofia Tour, qui avait repris son activité au sortir du confinement, et qui commençait à 11h. C'est donc avec Vasil, ou Vasko pour les intimes, que notre petit groupe de quatre se promène dans les rues, et devant les monuments.

Commençons par l'église Sveta Nedelya. Elle date du IXe siècle, mais a dû être reconstruite après l'attentat de 1925, perpétré par le parti communiste, qui prévoyait de tuer le tsar à l'époque. Ils avaient préparé des explosifs, posés dans les fondations de l'église avant des funérailles auxquelles le souverain se devait d'assister. Les bombes ont détonné, des gens sont morts, mais pas le tsar: en effet, la raison à cela est qu'il ... était en retard. Mais pas pour n'importe quoi: il assistait à d'autres funérailles d'autres membres éminents tués par ce même mouvement. Depuis, il parait que les Bulgares ont pour dicton qu'arriver en retard, ça peut sauver des vies!

La prochaine histoire concerne la statue de Sainte Sophie. Elle a été au coeur d'une belle polémique pour plusieurs raisons. Déjà, c'est vrai que je ne l'avais pas remarqué, mais elle n'a pas une tenue très républicaine! Pour une sainte, elle a un sacré décolleté, et des fringues qui donnent plutôt l'impression de partir en soirée que de faire oeuvre de piété. Aussi, Sainte Sophie en soi n'a pas de connexion avec la ville de Sofia, nous avions vu que c'était le nom de l'église qui ne se trouvait même pas dans Serdika. Et enfin, elle tient des symboles païens, comme une couronne de laurier dans la main, elle a une chouette et elle porte une couronne. C'est ironique quand on sait que ses trois filles ont été torturées pour ne pas vouloir se convertir au paganisme, et qu'elle est morte suite à son deuil. Pour les orthodoxes, c'est donc carrément n'importe quoi! Mais il faut avouer que c'est cocasse. C'est pour ça qu'elle s'est retrouvée sur ma photo de couverture carrée, d'ailleurs!

Nous voici maintenant dans l'aire des ruines de Serdika, à l'emplacement du grand carrefour des routes romaines qui allaient du nord au sud. Il faut savoir qu'à Sofia, il n'y a pas de vieille ville antique ou médiévale comme on peut en trouver à Plovdiv ou dans d'autres endroits. Non, tout se mélange, il y a différentes couches. Plus c'est bas et profond, plus c'est vieux. C'est un peu ce qu'il se passe dans cet endroit-là. Nous pouvons aussi remarquer les canalisations qui étaient utilisées pour chauffer les immeubles, car l'eau thermale est chaude, donc pas besoin de faire plus ... Aujourd'hui encore, il y a des fontaines à côté des anciens bains publics, où tout le monde vient remplir sa bouteille pour nettoyer son foie, entre autres. Nous empruntons un passage où nous pouvons nous rendre compte que chaque jour, les gens qui entrent dans la station de métro de Serdika foulent la vieille route romaine. D'ailleurs, il y a certains pavés qui sont ornés, mais pourquoi? Parce que parfois quand ils construisaient des bâtiments, ils avaient du rab de pierres et de colonnes, donc pour ne rien perdre ils convertissaient ces blocs en pavés.

Nous évoquons aussi la Synagogue de Sofia, la plus grande des Balkans, et évidemment l'histoire des Juifs Bulgares. Ils ne sont plus beaucoup aujourd'hui ... Mais pas forcément pour la raison que l'on croit. Il y avait eu une arrivée massive au XVe siècle lorsqu'ils ont fui l'Espagne pour se réfugier en Bulgarie, qui n'était pas très regardante sur la religion, du moment que l'on payait plus d'impôts quand on ne suivait pas le culte orthodoxe. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, la Bulgarie s'allie avec la Grèce et l'Allemagne. Mais ils étaient préservés des actualités, et n'avaient aucune idée de ce qu'il se passait avec les rafles dans les autres pays. Mais inévitablement, Hitler a fini par demander des comptes. S'en est alors suivi une opération de sauvetage mise en place par le tsar, les églises, les entreprises de construction ... une coopération de grande échelle. Le tsar demande à Hitler de lui laisser ses Juifs, pour les faire travailler dans son propre pays et avoir ainsi une main d'oeuvre accessible. Donc, tout ce monde se retrouve à bosser sur des routes, des bâtiments, etc ... Mais évidemment, pas dans les conditions des camps. Chaque fois qu'Hitler redemandait, le tsar trouvait toujours quelque chose à leur faire faire, et ce jusqu'à ce que la guerre soit finie. Par cette opération, l'Etat a pu sauver 50 000 vies. Mais 90% a ensuite migré vers Israël. Le tsar, bien qu'allié d'Hitler, a donc toujours essayé de tirer son épingle du jeu, même quand Hitler lui a demandé de prêter allégeance en déclarant la guerre à la Russie, au Royaume Uni et aux Etats Unis. Cela n'était pas très arrangeant, aussi le tsar décida-t-il de déclarer une guerre "symbolique" à ces pays. Mais le message est mal passé car le Royaume Uni est venu bombarder Sofia.

Une petite partie sur les communistes, maintenant. Vous avez vu les photos du Largo, avec le grand building stalinien. Mais ce que vous ne saviez pas (et moi non plus jusqu'à maintenant) c'est qu'à la place du drapeau bulgare, il y avait avant une immense étoile rouge, que l'on disait sertie de rubis. Le jour où elle a été enlevée, tout le monde s'était rassemblé sur le Largo, pensant qu'un tel bijou allait être déchu au cours d'une belle cérémonie, et tout le monde espérait apercevoir les pierres précieuses. Le jour même, un hélicoptère est arrivé, l'a emportée et on ne l'a plus jamais revue. Jusqu'à ce qu'on la retrouve au fond d'un jardin! Elle est maintenant exposée au musée du soviétisme. Les communistes ont aussi brillé par leur stratégie sans faille (ou presque!) pour que les fidèles chrétiens se découragent de pratiquer leur foi et embrassent les valeurs du Parti. Au lieu de détruire la Rotonde Saint Georges et d'en faire un symbole martyre, ils ont construit le Palais Présidentiel tout autour, car "si tu ne la vois pas, ça n'existe pas". Enfin, ça n'a pas tout à fait marché, évidemment. Aujourd'hui, le contraste crée l'un des lieux les plus insolites de Sofia, qui en soit l'est déjà par bien d'autres aspects!

Notamment aussi au niveau politique, encore. Avant la période communiste, lorsque s'est créé l'Etat Bulgare pour la troisième fois, il n'y avait plus de lignée royale. Donc ils ont invité d'autres nationalités à prendre le trône, et le premier tsar de cette époque était un jeune Allemand de 25 ans, qui a ensuite abdiqué sans descendance, donc un Habsbourg a pris sa place: Boris III, celui qui a sauvé les Juifs. Son fils, Siméon II, était supposé régner à sa suite, mais à la mort de son père il a été expulsé du pays. Le Palais Royal, autrefois richement décoré et coloré, a été dépourvu de ses dorures et repeint en plus pâle. Siméon part en Espagne, et quand il peut revenir en Bulgarie, il n'y a plus de monarchie. Il crée donc son parti politique (même pas royaliste!) et il est devenu Premier Ministre. Quand tu crois en ta destinée, ne t'arrête pas!

Nous finissons notre tour en passant devant Hagia Sophia à nouveau, pour cette fois-ci payer attention à la cloche qui est dans l'arbre car il n'y a pas de clocher ... Et nous voici à St Alexandre Nevski, qui en fait se nomme comme cela car la Russie a aidé à financer la cathédrale, et il fallait également faire hommage aux Russes, donc les Bulgares ont fait du deux en un en la nommant avec un Saint Russe. Elle comprend douze cloches, et les toits sont parés d'or pur 24 carats! Rien que ça! C'était la plus grande des Balkans, et les Bulgares, compétitifs comme leurs voisins, s'en vantaient ... jusqu'à ce que la Serbie vienne de terminer la leur, encore plus grande. Et là, la Bulgare du groupe fait "ooooooooh no !!".

Regardez encore la cathédrale! Vous l'avez pas assez vue! 

Le walking tour terminé, nous remercions Vasil pour cette visite extrêmement intéressante, que je suis ravie d'avoir suivie. J'espérais pouvoir manger dans un restaurant russe, mais il est fermé. Je retourne donc vers Sveta Nedelya, où je vais enfin satisfaire mon envie d'italien en mangeant en terrasse, alors qu'il fait grand soleil, avec un verre de vin rouge, un carpaccio de boeuf et des raviolis avec de la sauce tomate au mascarpone. Le dernier repas de la condamnée. Ah oui, ça ne donne aucune envie de rentrer, tout cela. J'ai tout juste le temps de trouver une boutique de souvenirs sur Vitosha pour acheter des martenitsas à Alix, car au final c'est le souvenir le plus sympa à lui ramener. Oui, d'accord mais c'est quoi? Ce sont les petits bracelets que je n'ai pas arrêté de prendre en photo attachés sur les arbres. En fait, on fait un voeu lorsqu'on l'attache au poignet, et dès que l'on voit une cigogne ou un arbre fruitier en floraison, on l'attache à l'arbre, donc ça marche beaucoup mieux avec ce dernier, surtout à Carcassonne (qui serait bien plus stylée si on y trouvait des cigognes).

Il est donc temps de quitter la Bulgarie, ce grand bol d'air frais (voire froid) en plein milieu du confinement français. Franchement, aucun regret d'avoir regoûté à la liberté, en attendant cet été que les choses se décantent un peu plus. C'était vraiment chouette, bien que ce soit un pays différent j'ai eu l'impression d'avoir un petit avant-goût de la Russie. La même que "je ne peux pas aller en Inde alors je vais au Sri Lanka", à plus petite échelle. Mais dans tout ça, je suis contente que le cyrillique m'ait si facilement servi! Et puis, j'ai eu de la neige! Et du soleil! Et des bars et des restos!

Et pour le mot de la fin, vous savez, quand je disais que le Ministère disait que pour entrer en France, il fallait certes le test PCR, mais aussi une attestation de motif impérieux, un justificatif de domicile, et une déclaration sur l'honneur comme quoi je ne présentais pas de symptômes du covid, que je n'avais pas été en contact avec quelqu'un qui avait le covid dans les 14 derniers jours, que je m'engageais à m'isoler au retour pendant sept jours et faire un test PCR à l'arrivée mais aussi en sortant d'isolement?

... La PAF de Roissy m'a demandé mon passeport et mon test PCR!