Carnet de voyage

Une vue de la Haute Route

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Dernière étape postée il y a 74 jours
Après plusieurs années à parcourir vallées, cols et sommets des Pyrénées nous sommes enfin décidés à parcourir une partie de la H.R.P. (Haute Route Pyrénéenne)
Juillet 2019
18 jours
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Publié le 7 juillet 2019

Le départ s'effectuera d'Hendaye (altitude 0) que nous rejoindrons en train et nous filerons toute crête pour suivre la frontière franco-espagnole en restant le plus souvent possible aux altitudes les plus élevées. Nous comptons effectuer plus d'un quart de la traversée en atteignant les Hautes Pyrénées afin de s'approcher des sommets de près de 3000 mètres.

La traversée intégrale des Pyrénées par la haute route 

Ceux qui avaient l'habitude de suivre nos récits, seront déçus cette fois-ci car nous seront souvent bien loin de la civilisation et de son confort technologique, aussi nous risquons fort de ne pas alimenter régulièrement, si ce n'est pas du tout, ce blog de voyage - Nous ferons ce que nous pourrons ... et nous avons pu !

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Publié le 7 juillet 2019

Comme pour chaque randonnée au long cours, les préparatifs nous excitent toujours autant.

Du lourd !
Du lourd !
Packing List : une application bien pratique 

Les sacs digèrent leurs contenus depuis quelques jours et leurs masses ne cessent d'augmenter au fur et à mesure que nous cochons la liste des éléments à y enfourner. Enfin bouclés, la balance indique un total de 31kg.

Pour un périple qui devrait, sauf imprévu, durer au minimum 17 jours nous comptons sur une semaine d'alimentation en autonomie complète et nous réapprovisionnerons en descendant en vallées.

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Publié le 11 juillet 2019

Ca y est ... partis ... au sud du sud-ouest de la France.

Pont-Ste-Maxence - Paris Nord - Paris Monparnasse - Hendaye.

Depuis Montparnasse le trajet semble bien rapide. Et pourtant ...

Paris - Bordeaux, près de 600km, ne prend que 2h00, par contre le trajet vers Hendaye, 280km, semble s'éterniser avec toutes ces grandes villes desservies (Dax, Bayonne, Biarritz et Saint Jean de Luz) et prendra 2h30. On en serait presque à regretter le temps de la vapeur, celui où l'odeur de soufre de la combustion du charbon nous prenait à la gorge et les escarbilles encrassaient nos chemises.

Ah ma pauv' dame, tout était mieux dans le temps.

Enfin, nous y sommes et bien décidé à ne pas faire demi-tour.

Nous y rencontrons Juncal, charmante espagnole travaillant en France qui nous accueille chez elle, nous proposant une chambre pour deux nuits (remarques grivoises non autorisées). Nous resterons donc pour une journée de repos à 100 mètres de la frontière franco-espagnole coincés entre les gares de triages des pays respectifs.

C'est dans un centre-ville bien calme et en grande rénovation que nous dînons en dégustant de la txitorra, saucisse espagnole de bœuf et de porc épicée d'ail et de piments doux.

Morphée est certainement tombée du lit ce soir et a décidé de se rappeler précocement à nous en nous accablant d'irresistibles décrochement de mâchoires qui contaminent les tablées voisines.

Nous rentrons prestement en longeant le fond de la baie de la Bidassoa qui se jette dans l'océan Atlantique.

De retour à l'appartement de Juncal nous goûtons la tisane à l'artichaut proposée par notre hôte avant de savourer une douche réconfortante et un lit moelleux à souhait.

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Publié le 11 juillet 2019

Aujourd'hui nous avons décidé de nous reposer avant d'attaquer demain la montée vers la Rhune, oubliant qu'un train a crémaillère permet de l'atteindre en 35 minutes à partir du col de Saint Ignace.

En guise d'inaction nous décidons d'aller nous baigner près des rochers emblématiques de la plage de Hendaye, dénommés 'les deux jumeaux', témoins du recul côtier.

Pour agrémenter l'atteinte de cet objectif nous décidons de suivre le chemin de la baie, la découverte de la jetée et la traversée de toute la plage. Joliment fleuri, cette ballade nous permettra souvent d'observer le sommet convoité.

Après une rapide baignade et un peu de grillade sous l'astre flamboyant, nous allons goûter une assiette moules espagnoles/frites qui ne supportera pas la comparaison avec nos moules de bouchots et nos frites nordistes.

Le retour s'effectuera par la même voie ce qui nous totalisera plus de 15 kilomètres d'usure de nos souliers (ça use, ça use) dont quelques-uns dans le sable.

Pour ce soir, le dîner sera hâtif, Juncal nous a conseillé un petit restaurant où on déguste de bons burgers maison accompagnés de vrais frites d'euch' Nord cuites selon la tradition et à la graisse de bœuf et d'une bonne bière. J'espère que dans la carte il y a d'eul' tarte au libouli histoire de s'offrir un dernier repas équilibré.

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Publié le 13 juillet 2019

Vendredi est un grand jour dans le cœur de nombreuses personnes et ça sera aussi le cas pour nous, bien que non Robinson, puisque l'instant du départ est arrivé.

Sportifs qur nous sommes nous avons décidé de prendre l'autocar pour quitter la ville afin d'éviter un cheminement inintéressant.

Une fois débarqués la montée s'installe immédiatement sous nos grolles.

Arrives au premier col deux septuagénaires hollandais nous rattrapent, haletant de concert. Nous comprenons qu'ils venaient d'arriver de leur plat pays mais nous nous sommes demandés s'ils n'avaient pas prix une place à tarif réduit dans un wagon â bestiaux tellement ils exhalaient la transpiration. Une bagarre y avait certainement éclaté vu l'état de leurs chemises.

A quelques encablures nous décidons de déjeuner dans une Venta (Elizalde) où trois jeunes serveuses (probablement stagiaires) se précipitent pour prendre notre commande . Notre niveau d'espagnol et le leur en français a provoqué cinq fois leur retour pour finir par celui de la patronne qui a sauvé notre repas composé de deux sandwichs, un panaché et une citronnade. Je ne suis pas sûr de valider leur fiche de compétences.


Nous continuons notre chemin le long de la frontière, bordée de Ventas vous incitant à devenir alcoolique, fumeur invétéré, cholestérophile ou trafiquant de produits prohibés en France, pour passer versant espagnol. Une bifurcation apparaît tentante telle une pomme tendue par un serpent aux yeux tournoyant de désir (aies confiance... aies confiance...). Nous filons donc vers le fond du vallon dévoilé mais dont la montée se fait attendre. C'est en consultant l'altimètre que je comprends que la pomme présentée était à demi empoisonnée. Et aucun elfe, ni nain d'ailleurs, pour nous aider.

Heureusement une Venta spécialisée dans la viande d'agneau perdue dans les broussailles s'offre à nous (comprenne qui pourra).

Le tenancier nous conseille de rebrousser chemin d'une centaine de mètres et remonter à un discret col pour retourner en France.

Quelques heures plus tard nous nous installons, in extrémis avant la fermeture, dans un camping à Ascain en jurant, mais un peu tard, que l'on ne nous y reprendra plus.


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Le réveil sera très matinal pour replier la tente et ses accessoires.

Un café et un biscuit plus tard, nous atteignons le village de Sare où nous prenons un petit-déjeuner plus consistant.

Puis nous reprenons chemin.

C'est en recherchant une balise (un symbole d'itinéraire) du GR10 qu'un cycliste hollando-basquais installé là depuis longtemps nous interpelle persuadé que nous nous fouvoyions sur notre chemin. C'est avec persuasion et insistance qu'il nous indique une autre direction nous assurant de retrouver nos balises.

Effectivement les rassurantes couleurs rouges et blanches apparaissent une centaine de mètres plus loin et se succèdent régulièrement.

C'est au bout d'une bonne heure de marche au dénivelé conséquent que le soleil perçant enfin les nuages fait apparaître mon ombre que j'essaye de doubler. Midi sonne au clocher du village voisin ...

Mon ombre ?

Devant moi !

Nous nous marchons vers le nord ! ...

Et toi satanée boussole qui somnole au fond du sac !

P ourquoi ne pas m'avoir piqué les fesses avec la pointe sanguinolente de ton aiguille nous signalant notre erreur ?

Un rapide coup d'oeil à la carte nous indique que nous suivons le GR8 et remontons dans l'Oise.

Demi-tour, redescendre, retrouver le bon chemin, pester contre tous les cyclistes, maudire tous les hollandais de la terre ! Nous cheminons enfin avec deux heures supplémentaires vers le joli village de Ainhoa où nous attend le comité des fêtes pour une soirée moules libérées de leur Bastille océanique : nous sommes le 13 juillet.

Il se fait tard : demain l'étape sera longue

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Publié le 15 juillet 2019

Journée longue peu mouvementée.

Soirée à Bidarray où la fête bat son plein.

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Publié le 15 juillet 2019

Ce soir pas d'électricité car nuit en pleine nature. Ce sera court en texte. De plus j'ai perdu mon carnet)

Départ de Bidarray pour rejoindre Saint Jean Pieds de Port (grève SNCF Grrrrr)

Montée sur le chemin de Saint-Jacques puis bifurcation à la frontière vers la tour d,'Urkulu .

Incursion en Espagne puis remontée à la borne frontiere 212 pour passer la nuit dans un abri au col d'Orgambidé (alt. 988m) au milieu des chevaux et des cromlech.


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Publié le 17 juillet 2019

Réveil en douceur ce matin ensoleillé par un équidé - non scellé, dommage - affamé qui trouve l'herbe devant la porte de notre nid douillet bien plus tendre que les kilomètres carrés de pelouses à sa disposition. Tant mieux, le cheminement aujourd'hui sera long, il est temps de partir.

N'ayant pas mon brevet SST je n'ai pu réanimer un pauvre ovin désossé. Par désir de vengeance des vautours fauve frustrés commencent à se déployer sur nos têtes ce qui nous conduit à presser le pas et atteindre la grotte Herpea.

Ce petit détour ajoutera un peu plus d'une heure à notre trajet.

Revenant sur nos pas, un cairn malicieux nous invite à une descente dans les hautes herbes pour perdre quelques 200 mètres.

Passé un petit pont branlant nous attaquons deux heures de montée dans les hautes herbes où sont tapis des milliards de taons attendant goulûment le passage d'imprudents randonneurs. A chaque assaut j'avais le choix entre les laisser se repaître de mon hémoglobine sirupeuse ou les euthanasier afin de leur éviter de mourir dans d'atroces souffrances. J'ai choisi la deuxième opportunité ce qui me valut des jambes tellement pourpres qu'on aurait juré un coup de soleil caramélisé.

Continuons chemin une fois passé le col

C'est sur les douze coup de midi que nous décidons de nous sustenter avec des chips de bœuf séché et fumé sorti tout droit d'un de nos placard , oublié depuis le retour de notre fille des États-unis et dont la date de péremption était devenue illisible (au moins pas d'angoisse avant les dégâts intestinaux ... qui ne sont pas arrivés)

Nous aurons besoin de cette énergie pour attaquer pleine pente et hors sentier (carte, boussole et altimètre pour se rassurer) la rude montée vers les crêtes d'Urkulu (je précise pour certains commentateurs coquins qu'on prononce 'ourkoulou').


Après quelques errements nous approchons de la forêt d'Iraty avec un passage aux cromlechs d'Occabé autour desquels nous avons rencontré en 2012 un troupeau de chèvre jouant sabbat par temps de brouillard (j'en tiens pour preuve quelques photographies).

Enfin nous entamons l'interminable descente au travers des magnifiques arbres de ce qui serait la plus grande hetraie d'Europe pour établir notre campement au bord d'un ruisseau gaizouillant soporifiquement ses particules d'achedeuzo contre les rochers. Notre nuit sera douce et dolente après onze heures de marche.

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Publié le 18 juillet 2019

Le temps maussade est une bonne excuse pour nous inciter à faire une pause, oublier le poids des sacs et trouver une nourriture consistante.

Nous restons deux nuits au lieu-dit 'Les Chalets d'Irati' à reposer nos jambes et nos épaules meurtries par les sangles de notre harnachement. Ce complexe hôtelier sous formes de tatous propose un chalet Aterpetxea n'ayant rien à envier à certains gîtes grand luxe (des chambres individuelles disposant de sanitaires complets et une cuisine entièrement équipée), le tout pour un tarif défiant toute concurrence.


Malgré notre besoin de repos, ça grouille trop dans nos grolles et nous ne pouvons nous empêcher d'honorer les nombreux sentiers alentours de notre présence pédestre.

En chemin nous demandons à deux marcheurs bien à la peine dans une côte s'ils avaient vu des départs de sentiers balisés un peu plus loin. Ils nous affirment qu'en allant tout en bas tout en bas nous pourrons aller tout en haut tout en haut.

Ça sent l'arnaque !

Medusé par cette redondance je pense sue leur mémoire défaille et qu'ils ont certainement réalisé le trajet deux fois sans s'en rendre compte.

Nous poursuivons notre chemin tout en bas tout en bas pour découvrir quelques plalombières sur un col puis gravissons un petit sommet tout en haut tout en haut pour découvrir la vallée de Larrau.

Au retour nous nous attardons devant le pic d'Orhy, premier 2000 du pays basque, qui se découvre quelques instants.

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Publié le 21 juillet 2019

Réveil 6h00.

Stupeur ! Un italien dort sur la longue table de la cuisine. Nous sortons la batterie de cuisine des placards pour le réveiller en fanfare ce qui le fera déguerpir rapidement.

Enfin ! La table est libre pour un rapide petit-déjeuner.

Les sacs préparés la veille sont enfilés et le départ est donné à sept heures tapantes.

Nous quittons la forêt par une montée raide puis grimpons dans les prairies où je m'affale en voulant éviter un scarabée venant prendre son petit-déjeuner sur une bouse de vache fraîchement pondue. J'ai raté la perle odorante et c'est tant mieux.

Arrivés sur la crête nous découvrons le soleil passer les monts alentours.

Le premier col atteint nous découvrons une dizaine de palombières numérotées. Nous en retrouverons tout le long de notre parcours, à chaque col, toutes à l'abandon et en état de délabrement car ne faisant plus recette,, ce qui ne manquera pas de ravir Alain*.

La montée perdure, longue et raide, et quand c'est long ... oups ! ... et bien c'est long ... et raide.

Quelques passages scabreux demandant une certaine assurance et surmonter le vertige qui frappe à la porte nous oblige à resserrer les sangles de nos sacs à dos pour faire corps avec eux. Lorsque nous randonnons dans ce type de lieu, Christine et moi tâchons toujours de rester en bons termes et de démarrer la journée agréablement, un accident est si vite arrivé - pour ceux qui désirent que nous leur organisons une sortie, comprenez le conseil. Nous arrivons au pic d'Orhy signalant la fin du pays basque en nous offrant la vue sur les sommets du Béarn.


La descente sur l'autre versant, beaucoup plus facile, nous semble interminable et la température ambiante a tôt fait d'épuiser nos quatre litres d'eau. C'est assoiffés que nous atteignons le port de Larrau. Un camping-cariste solitaire y est stationné, comptant fleurette à sa dulcinée assise sur un rocher. Le petit démon qui sommeille en nous nous ordonne de les occire et siphonner leur réservoir. Observant tant de tendresse chez ces septuagénaires, nous décidons de négocier et obtenons le remplissage de deux gourdes.

Nous continuons par une piste pastorale ou nous rencontrons moult bergers commençant à regrouper leurs troupeaux pour la nuit.

C'est après 12h30 à supporter nos chaussures dans lesquelles un bouquet fromager se développe sournoisement.

Nous arrivons donc à plus de 19h30 au cayolar d'Ardané où nous retrouvons, pris de panique, notre italien matinalement réveillé et avec lequel nous allons devoir partager la cabane Nous le rassurons sur nos intentions pacifiques en lui infligeant toutefois une dernière punition en retirant nos chaussures dans la chambrée.

La nuit promet d'être calme dans ce vallon bucolique.

*Bougrain-Dubourg

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Publié le 21 juillet 2019

Une étape de transit pour quitter le pays basque.

Nous quittons tôt l'abri pour une montée dans le brouillard sur la crête frontière que nous suivrons pendant deux heures


Un dernier regard sur le pic d'Orhy.

Nous descendons ensuite vers le refuge de Belagua pour nous apercevoir qu'il est fermé et en état de délabrement (heureusement nous n'avions pas prévu d'y séjourner)

Nous devons remonter la route vers le col de la Pierre-Saint-Martin pour fondre vers la ville éponyme.

Quatorze kilomètres de bitume ne nous enchantent guère aussi nous décidons de lever le pouce.

Un véhicule espagnol, un autre véhicule espagnol, encore un autre véhicule espagnol .... les espagnols nous envahissent tandis que les français ne rentrent pas dans leur patrie.

Ah ! Un véhicule espagnol ralentit vitre baissée pour nous saluer d'un pouce retourné.

Nous commençons l'ascension du bitume tout en nous retournant à chaque vrombissement.

Tiens : un salut en forme de doigt d'honneur !

Grosses berlines de toutes marques : ne pas y compter.

Ah enfin, un espagnol sympathique assis au volant de son Berlingot qui nous fait signe et s'arrête trente mètres plus loin. Lorsque nous arrivons à sa hauteur il redémarre aussitôt et j'imagine sa joie de nous avoir offert tant d'espoir.

C'est sans grande conviction que nous poursuivons notre avancée le pouce levé.

Je rumine, je fulmine, je me jure que la prochaine fois que je prends un auto-stoppeur je lui demande au préalable sa carte d'identité et si j'y découvre la moindre inscription hispanique je lui rappellerai notre mésaventure en l'abandonnant sur place.

Ayant parcouru la moitié de notre trajet final, un véhicule Renault Scénique s'arrête. Deux chevronnés d'escalade en sortent encore équipés de leurs baudriers et nous accueillent avec joie dans ce qui nous semble être un vrai magasin de sport : cordes, coinceurs, dégaines, grigris, mousquetons... tout ce matériel nous accompagnera cliquetant symphoniquement. Ils nous ont réconcilié avec nos voisins Pyrénéens.

C'est dans une purée de pois qu'ils nous déposent à l'entrée du bourg et nous cherchons avec peine le refuge où nous retrouverons des conquérants du GR10 que nous avons croisés quelques étapes auparavant.

Le repas sera gargantuesque comme dans tout refuge sachant accueillir les randonneurs. La nuit profondément salutaire.

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Publié le 22 juillet 2019

Réveil en commun dans tout le refuge pour un petit petit-déjeuner servi à 7h30. Le refuge ferme à 8h15 pour le grand ménage.

La brume de la veille a disparu à cause de l'orage nocturne qui nous a été rapporté par des campeurs venus se restaurer.

Malgré la forme et la quantité d'endorphines que nous accumulons depuis le départ et qui nous incite à toujours aller plus loin, aujourd'hui j'ai choisi d'utiliser l'étape de secours pour préserver mon capital pédestre.

En effet, il y a deux jours, une pierre réputée stable sur le chemin a décidé soudainement de vivre sa vie sans l'accord de la montagne à laquelle elle appartient. Alors que je posais un pied dessus, d'un geste rageur elle s'échappe laissant un vide imprévu sous mon talon. En chutant j'ouïe un petit craquement en provenance d'un tendon appartenant à Achille. Les 12h30 qui suivirent ainsi que l'horaire de la veille ont suffit à me faire claudiquer douloureusement.

Au lieu de rejoindre le bivouac prévu au cirque d'Ansabère (7h et 1200m de dénivelé sur la carte), nous effectuerons une étape plus courte (5h30 et 600m de dénivelé) nous faisant traverser le lapiaz des Arres d'Annie au pied du pic éponyme.

Apres trois heures de montée nous atteignons un vallon bucolique avec vue sur le pic d'Annie (à droite sur la photo de gauche ci-dessous).

C'est de ce pic que nous avons pu observer du haut de ses 2500 mètres les orgues de Camplong (photo de droite) il y a quelques années.

Nous entamons ensuite la descente le long des orgues.

C'est dans une parcelle boisée que je fis pour la première fois de ma vie la rencontre d'une migrante. En effet, c'est en plantant mon bâton de marche qu'une feuille coquine se laissa enfiler par le bout effilé de celui-ci. Je l'ai secouée telle une trique, je lui ai aussi imprimé des mouvements de va-et-vient dans les hautes herbes, rien n'y fit. Je ne comprends pas quel plaisir elle pouvait trouver à se faire empaler ainsi. C'est au bout de 500 mètres qu'épuisée de ces aller-retours, dans un dernier râle silencieux elle décida de me quitter pour retrouver ses congénères après avoir profité d'un voyage gratuit.

C'est satisfait de ma prestation que nous terminons notre descente vers Lescun.

A notre arrivée, Jean-Marie avec qui nous avons sympathisé et qui suis le GR10 dans son intégralité guise de cadeau de retraite, nous présente Agnès qui nous accueille pour la nuit ainsi que pour un repas vespéral familial.

Demain départ tôt pour attaquer notre approche des Hautes Pyrénées en rejoignant le refuge d'Arlet loin de la technologie (quoique ? A l'heure actuelle)

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Publié le 24 juillet 2019

Nous quittons Lescun tôt car nous avons 1200 mètres de dénivelé cumulé à avaler.

500 mètres (de hauteur pour les non-initiés) avant le col de Pau où nous espérons déjeuner, nous ingurgitons un encas à l'ombre d'une cabane en ruine puis attaquons la montée.

Je décide d'effectuer une pause de trente secondes tous les 50 mètres gagnés.

- Devoir maison : combien de pauses vais-je effectuer ? Attention il y a un piège !

C'est parti, le rythme est respecté et à l'arrivé mon altimètre indique que nous avons effectué la montée à la vitesse de 6 mètres à la minute.

- Sortez vos cahiers et calculez moi la vitesse horaire.

- deux s à vitesse Isabelle, pas un c !

- mais non il n'y a pas 100 minutes dans une heure Jean-Marc !

- bon je vous aide, on va décomposer : vous faites 6 fois 6 et vous multipliez par 10.

- Pas de réponse ? Vous me faites un sacré tableau ! Cela fait 36. Multipliez le moi par 10.

- Personne ??

- Non Alain, tu ne peux pas téléphoner à ta mère pour avoir la réponse !

- Sortez vos calculatrices !

- Comment ça Steeve tu n'as pas la tienne ! Et toi Elizabeth, tu l'as mais elle est restée chez-toi ! Les deux Caroline non plus !

- Jacques reveille-toi !

- Un redoublant : Jean-Louis ? Comment ça tu t'en bats les ... ?

- Karine ? Pas de réponse ? Ah ça te saoule ?

- Bon Jocelyne tu accompagnes tous le monde chez le CPE , le cours est terminé !

Pour ceux qui s'en soucieraient nous avons effectué la montée à la vitesse de 360 mètres à l'heure, ce qui est très honorable pour des pré-sexagénaires chargés comme nous sommes.

Arrivés au col, quel régal cette ouverture sur les autres vallées et sommets.


Nous continuons notre chemin sur la ligne de crête avec le pic du Midi d'Ossau en ligne de mire - probablement celui qui nous impressionne le plus et que nous tâcherons de gravir un jour.

Chemin faisant le paysage évolue et les couleurs et composition de la roche indiquent que de grand bouleversements tectoniques ont eu lieu ici.

Nous arrivons enfin à 2000 mètres, altitude du refuge d'Arlet auquel nous dînons en terrasse puis goûtons à une dernière baignade avant de plonger dans un sommeil réparateur.

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juil
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Publié le 24 juillet 2019

Le bivouac a côté du refuge fût calme et le réveil heureux.

Après un copieux petit-déjeuner nous cheminons essentiellement en crête en observant de haut le travail des bergers consacré à la traite en matinée.

Notre approche vers les Hautes-Pyrénées nous permet de nous émerveiller sur de fabuleux paysages.

Mais cette année j'enrage ! Habitué au maillot à pois en passant en-tête tous les cols, cette année je suis l'éternel Poulidor, battu par la jeunesse de Christine.

Le tour de France vient de quitter les Pyrénées pour le Gard.

Nous continuons à aligner nos pas et atteignons le col du Somport où un bovin s'approche discrètement de moi pour une provocation buccal. Que nenni mademoiselle ! Vos faveurs ne m'intéressent pas ! Côté langue, j'ai tout ce qu'il faut à la maison, ce qui a d'ailleurs aggravé ma surdité.

Rien à déclarer ce soir, nous cherchons de quoi nous restaurer et passer une nuit agréable. Ce sera à l'auberge espagnole.

24
juil
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Publié le 25 juillet 2019

Ce mercredi j'ai decidé d'écourter ce treck pour ne pas trop tirer sur la corde d'Achille. De plus une dégradation orageuse intense est annoncée sur notre secteur.

Une étape relativement courte, cinq heures sans se presser et profiter des paysages en rejoignant le refuge d'Ayous pour bivouaquer au bord du lac Gentaux.

Nous cheminons avec Serge le Hollandais, le Wikipédia ambulant des Pyrénées . Serge est musicien et travaille à l'occasion comme intérimaire en magasinage. Dès qu'il a suffisamment économisé, il débarque chez nous pour parcourir tous nos massifs montagneux ou vallonnés. A 45 ans il connait par cœur les Vosges, Dolomites. Mercantour, Brianconnais, vallées des merveilles, 75% des Alpes lui sont familiers mais aussi Auvergne Cantal. Serge maîtrise la langue française bien mieux que certain de nos adolescents, même l'imparfait du subjonctif.


Lors de notre pause déjeuner un vieux patou solitaire et amaigri, pour qui la garde des brebis n'est plus qu'un lointain souvenir, vient nous quémander quelques restes. Mak nous en a pris : il faillit s'étouffer et nous en comprîmes la raison : il n'avait plus de quenottes.

Nous continuons notre chemin en nous rafraichissant au passage dans le lac Bersau.

Nous arrivons au refuge vers 15h30 ce qui nous donne le temps de déguster une bière locale et d'installer notre tente au bord de l'eau dans laquelle nous nous précipitons pour nous rafraîchir en compagnie de bien beaux étalons.

Nous décidons de nous restaurer au refuge où un groupe de japonais vient de débarquer pour la nuit. C'est sans étonnement que nous les laissons nous photographier. Ils fouillent ensuite le refuge accompagnés du crépitement de leurs déclencheurs. Nous les soupçonnons d'avoir effectué l'effort physique de la montée pour du vol de technologie.

Il est temps de nous installer dans notre hôtel de tissus et d'admirer le pic du midi d'Ossau se teinter du soir.

Souvenir d'un bivouac il y a 8 ans.

25
juil
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Publié le 25 juillet 2019

Après le petit-déjeuner et avoir salué Serge le Hollandais, qui se dirige vers le sud, nous quittons notre bivouac au pied de l'Ossau descendant toute la vallée vers le lac de Bious-Artigues.


Nous doublons nos amis japonais qui ne nous aperçoivent pas, l'oeuil greffé au viseur et dirigé vers la cime des arbres.

Arrivés au lac je n'aurai pas le temps de faire quelques photographies car nous surprenons le désarrois d'une famille désirant offrir un tour du lac en poneys à leur progéniture quand l'accompagnatrice leur refuse le paiement par carte sous prétexte que nous sommes loin de la civilisation et qu'internet n'arrive pas ici pour l'utilisation du terminal de paiements. Seuls les paiements en espèces ou chèques sont acceptés. Notre infortunée famille vendéenne ne possédant ni chéquier, ni liquidité, le père attristé de la déception de leurs enfants décide de rejoindre le distributeur le plus proche, à 40 minutes de voiture de là : Laruns. C'est notre destination pour attraper un bus nous menant à Pau !!!!

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres nous sautons sur l'occasion pour lui demander de nous y conduire, ce qu'il accepta chaleureusement. A l'arrivée nous l'avons gratifié avec de quoi offrir une boisson à toute sa famille.

La montagne c'est la déconnection totale du monde numérique : pas d'informations, une météo à accepter comme elle vient, pas de réseaux sociaux, , pas de blog de voyage à compléter ...

Libres comme des électrons ou libérés des électrons ?

Il fut un temps où vous pouviez partir une semaine, voir plus, sans donner de vos nouvelles. Personne ne s'inquiétait. Aujoud'hui votre entourage vous menace presque de contacter le PGHM si vous ne les contactez pas régulièrement. Résultat : une armée de randonneurs tendant le téléphone vers leur dieu 'relai GSM' pour signaler qu'ils sont encore en vie, et par la même occasion offrir quelques renseignements lucratifs aux applications embarquées.

La technologie nous suit, plus de 98 pour cent du territoire couvert en téléphonie, même les marmotes en profitent ( d'ailleurs cette année nous n'en n'avons vu aucune, juste entendu leur sifflement signalant un danger, cachées au fond de leur terrier, pianotant sur leur clavier).

Je crache sur la technologie ? Hypocrite que je suis ! Pour notre retour, arrivés à Laruns, cinq minutes pour trouver les horaires de bus, pour réserver par AirbnB un logement à PAU et réserver sur OuiSncf deux billets de TGV pour Paris. Dire qu'avant on avait droit au sourire de l'hôtesse du syndicat d'initiative qui se décarcassait pour vous trouver les coordonnées de tout ce vous aviez besoin (vous prêter un téléphone à l'occasion ou vous indiquer le bureau de poste du village, lui-même ouvert tous les jours de la semaine) ainsi que celui du guichetier de la gare vous souhaitant bon voyage, maintenant remplacé par une borne automatique, quand elle n'est pas dégradée. C'est ça le progrès : les humains communiquent plus ... virtuellement ... avec des machines.

Même les refuges s'y sont pliés sous la pression des consommateurs (oups, j'aurai du dire montagnards) et on y trouve maintenant des blocs de prises de charge USB permettant par la même occasion au randonneur de laisser sont adaptateur à la maison et ainsi s'alléger.

Sans cette technologie, je nous imaginais sur une entrée d'autoroute avec une pancarte dans la main, comportant l'inscription PARIS.


Attendant le bus, je ne comprends pas : il n' y a personne aux terrasses des cafés, pourtant 42 degrés ça donne soif. Même nous, préférons nous installer aux courants d'air au fond d'une halle. Peut-être qu'une assiette aux pieds nous aurait permis de participer aux frais du voyage de retour.

18h00, le bus arrive, direction Pau, retour ce vendredi après 15 jours de rêve dans un de nos lieu de prédilection : la MONTAGNE.

Publié le 9 août 2019
Fontarrabie (Espagne), Hondarribia en basque, vue d'Hendaye
Vue sur Hendaye
La Rhune
Le pays basque 
Ainhoa 
Les hauteurs d'Ainhoa 
Les hauteurs d'Ainhoa  
Vers Bidarray 
Si familières 
Vers Bidarray  
Saint-Jean-Pied-de-Port 
Le chemin de Saint-Jacques vers Roncevaux
Urkulu 
Les Chromlechs d'Organbidé  
Le plateau d'Occabé 
En forêt d'Iraty 
Depuis le Pic d'Orhy 
Les Orgues de Camplong 
Le Pic du Midi d'Ossau depuis le haut des Orgues de Camplong 
Arette-La-Pierre-Saint-Martin 
Un Cayolard vers le refuge d'Arlet 
Vers le Somport - vue depuis Astún (Espagne)
Ibón de Astún O de las Truchas (Espagne)
Bivouac au lac Gentau, au Pied du Pic du Midi d'Ossau 
Fleur de la Passion