Carnet de voyage

La Côte Norvégienne Hiver 2017

21 étapes
26 commentaires
57 abonnés
Dernière étape postée il y a 968 jours
Un rêve se réalise : Bergen-Kirkenes à bord d'un navire de commerce de la compagnie Hurtigruten. Notre voyage de noce 30 ans presque jour pour jour après notre premier baiser ... glacial arctique
Du 12 au 20 février 2017
9 jours
Partager ce carnet de voyage
Publié le 29 janvier 2017

En l'été 2006 nous avons parcouru la Scandinavie six semaines durant. Un voyage de toute beauté qui nous a fait découvrir les paysages du Danemark, de la Suède, de la Finlande ainsi que la côte norvégienne et ses fjords majestueux depuis la frontière russe jusqu'aux abords de Bergen en passant par le Cap Nord et les iles Lofoten.

Cette année nous avons décidé de vivre au rythme de ces souvenirs mais par la voie maritime agrémentée de quelques randonnées.

Nous prendrons place à bord d'un semi-cargo, le MS Vesterålen, un navire de la flotte Hurtigruten, afin de raviver nos souvenirs lors de ses nombreuses escales.

Nous partagerons la vie des marins qui déchargent denrées et marchandises contribuant à la vie des populations des villes et villages isolés surtout en période hivernale.

Voyageant de Bergen à Kirkenes, nous avons choisi d'effectuer cette croisière au mois de février pour découvrir la Norvège en hiver et avoir, peut être, la chance d'observer les fameuses Northen Lights ou aurores boréales.

Tendresse au Cap Nord - Port des iles Vesterålen - Reine dans les iles Lofoten
Publié le 29 janvier 2017

Jusqu'à la fin du XIXe siècle le nord de la Norvège était isolé maritimement du reste du pays pendant  les mois d'hiver.  Aucun navigateur n'osait affronter les tempêtes hivernales lors des nuits polaires le long de la côte. Cet enclavement des villes et villages au nord de Trondheim poussa le gouvernement norvégien à étudier l'exploitation d'une ligne régulière desservant toute la côte ouest du pays.

C'est le 2 juillet 1893 que le capitaine Richard Width, à bord du DS Vesterålen, relève le défi en navigant de Trondheim à la ville d'Hammerfest, située à environ 60 milles au sud du Cap Nord, en moins de trois jours et desservant au passage les villes de Rørvik, Brønnøysund, Sandnessjøen, Bodø, Svolvær, Løndingen, Hardstad, Tromsø et Skjervøy. Durant les années qui suivirent, le service fut prolongé régulièrement pour s'étendre jusque Kirkenes, dernière ville avant la frontière russe.

Actuellement 13 navires effectuent la liaison Bergen-Kirkenes, aller-retour en 11 jours, faisant escales dans 34 villes.

Une opportunité tarifaire intéressante nous a permis de réserver sur la liaison Bergen-Kirkenes. Notre intention était de réaliser ce voyage sur le MS Lofoten, le plus ancien navire actuel de la flotte Hurtigruten mais la date proposée pour le retour ne nous convenait pas. Après le MS Lofoten, le plus ancien est le MS Vesterålen - qui plus est porte un nom mythique - et c'est lui que nous emprunterons pour la découverte de la côte Norvégienne en situation hivernale.

Notre navire dans le port de Bodø le 06 août 2006
Publié le 5 février 2017

Au Nord du Monde, titre d'un livre de Claude Villers que nous avons découvert quelques semaines après avoir signé pour notre périple, fut notre livre de chevet. Il narre le périple de son auteur le long de la côte Norvégienne à bord d'un caboteur de la compagnie Hurigruten.

Claude Villers, ancien journaliste, animateur de radios (surtout connu comme président du Tribunal des Flagrants Delires sur France Inter) et contribuant à divers émissions télévisuelles, est passionné de voyages notamment en trains et en paquebots.

Il a effectué le voyage aller-retour Bergen-Kirkenes en novembre 2004 à bord du MS Vesterålen.

Empruntant le même navire sur une saison comparable, c'est probablement une ambiance identique que nous retrouverons : prédominance de la nuit, mer agitée rappelant qu'elle est notre maîtresse, quais quasi-déserts mais animés, étrangers passionnés avides d'une expérience semblable à la notre, natifs de Norvège visitant leur famille.

C'est cette authenticité que nous recherchons avec peut être le regret de ne pas rencontrer l'auteur de ce livre, ode à un art de vivre le temps qui passe avec la nonchalance contemplative d'une lente douceur paysagère .

Qui sait ? Départ dans 2 jours

12
fév
12
fév
Publié le 12 février 2017

Départ de Roissy pour un premier vol vers Oslo où nous changerons d'avion pour la liaison vers Bergen. Nous devrons nous présenter à l'embarquement au plus tard quinze minutes après l'atterrissage. Le prix dérisoire du billet se paye en stress et énergie : si l'avion n'est pas en retard il va falloir courir sinon trouver un autre vol.

Pour ce périple, nous avons décidé de voyager léger avec chacun un unique sac à dos de trente litres ; nostalgie de notre esprit baroudeur des trekkers qu'il nous arrive d'être encore. Nous n'en ferons pas le détail mais le plus important est chargé : les médicaments des "petits vieux" qui pensent que l'esprit d'aventure est encore pour eux. Nous y avons ajouté quelques sous-vêtements et le volume des sacs est essentiellement encombré par le nécessaire photographique (appareil de prises de vues, deux objectifs, deux pieds et un chargeur).

Un concentré de technologie dans nos sacs mais aussi dans nos poches avec le smartphone dont la mémoire est encombrée des cartes des villes où nous ferons escale, de l'application de traduction avec ses dictionnaires, de Wikipedia au complet et de divers applications utiles en voyage. Qui a écrit esprit baroudeur ?

Le check-in est effectué, nous allons embarquer.

Départ à 14h05 ... avec le stress habituel du décollage.

12
fév
12
fév
Publié le 13 février 2017

Comme prévu par l'optimiste de service, nous sommes arrivés à Oslo avec dix minutes de retard. L'aéroport entier à traverser, un contrôle complet et deux vérifications des cartes d'embarquement plus tard, nous arrivons porte A14 : gate closing ... Accueuillis par un joyeux "Skynd dig" ...euhhh please, could you repeat ... un plus rassurant "hurry up " nous enjoint à un dernier contrôle. La porte nous est ouverte et nous accédons à un petit boeing de ligne intérieure piloté très certainement par un digne héritier de Manfred Freiherr von Richthofen dit le Baron rouge (c'est mon estomac qui m'a rappelé le nom de cet as de la première guerre mondiale suite à quelques virages serrés)

Après un vol parabolique de cinquante-cinq minutes, nous atterrissons en soirée à Bergen. Le Flybuss nous emmènera au centre-ville en vingt minutes où nous retrouverons notre modeste hôtel.

Un en-cas rapide (nous ne nous étendrons pas sur la qualité de la nourriture nordique bon marché) et nous décidons de traîner sur le port afin de contempler à 22h30 le départ du navire Hurtigruten de la journée.

Le MS Polarlys attend ses derniers passagers en les rappelant d'un coup de corne de brume.

Même si nous lui trouvons un certain charme avec tout cet éclairage, sa forme arrière galbée et féminine, son luxe apparent et ses dimensions ne nous enthousiasment pas encore.

Un dernier regard et nous rejoignons tardivement notre chambre en admirant les rues savamment éclairées de Bergen.

Le MS Polarlys au départ de Bergen le 12 février 2017 à 22h30
12
fév
12
fév
Publié le 13 février 2017

Un réveil tardif accompagné d'un sobre petit déjeuner offert par l'hôtel (pain de mie jambon fromage concombre et mini jus d'orange issu d'une expérimentation de cuisine bio-moléculaire), nous voilà debout pour une visite de la ville.

Nous nous dirigeons vers le quartier de Bryggen pour un rappel historique.

Bergen, réputée pour être l'une des villes les plus pluvieuses au monde (affirmation mensongère aujourd'hui), fut fondée à la fin du XIe siècle.

Elle est vite devenue une ville très commerçante avec l'implantation de la Hanse (association de commerçants germaniques) dès le XIIe siècle.

La Ligue hanséatique s'octroie rapidement le monopole du commerce des céréales au XIIIe siècle. Elle domine ainsi tous les échanges entre l'Allemagne, la Pologne et la Norvège ensuite l'Angleterre puis la plus grande partie de l'Europe du nord.

Les comptoirs des hanséates étaient installés dans le quartier de Bryggen, classé au patrimoine de l'Unesco. Leurs constructions, comme bien d'autres à Bergen et dans toute la Norvège, sont en bois décoré de peintures très colorées : du soleil pour les longues nuits d'hiver. Le revers de la médaille à ces constructions chaudes et économiques fut que Bergen était régulièrement détruite par les incendies.

Le feu ne fut pas le seul élément freinant le développement de Bergen. La Hanse, régulièrement en conflit avec les norvegiens pour son monopole commercial jalousement défendu, commet régulièrement des exactions.

C'est au XVIe siècle que la Norvège reprend son autonomie commerciale en imposant aux marchands de la Ligue de quitter le pays ou de devenir citoyens norvégiens.

Nous découvrons ce lieu de vie multi-centenaire en parcourant le quai Tyskebryggen et les ruelles étroites coincées entre deux series d'entrepôts.

Nous profitons du beau temps et nous dirigeons vers la gare du "train" à crémaillère, le Floybanen, dépose les voyageurs 320 mètres plus haut au sommet du mont Floyen. Le naturel revenant au galop nous n'avons pas pu nous empêcher de parcourir cette distance à pieds pour atteindre le point de vue sur Bergen ensoleillée.

C'est du sommet que nous observons l'arrivée du MS Vesterålen.

Bryggen - vue sur Bergen depuis le mont Fløyen - Le Vesterålen accoste
13
fév
13
fév
Publié le 14 février 2017

Le temps de redescendre du mont Fløyen, nous arrivons vers 16h30 au terminal d'embarquement où le MS Vesterålen reçoit son chargement et restaure les cabines des futurs voyageurs.

Check-in en règle, nous sommes invités à monter à bord après la formation sécurité pour prendre possession de notre lieu de vie.

Après un repas gargantuesque nous sommes invités à assister à la présentation de la prochaine journée et la proposition des excursions. Ålesund est la prochaine escale importante.

C'est à exactement 22h30 que le bateau s'éloigne du quai pour quitter Bergen par son premier cheminement dans les fjords.

C'est au moment où nous nous couchons que nous commençons à ressentir le roulis de la mer libre qui nous l'espérons nous bercera plutôt que de nous incommoder.

Le Vesterålen à quai - Fin de journée sur la banlieu de Bergen - Dans le terminal d'embarquement - Le jour tombe - Nous quittons ...
14
fév
14
fév
Publié le 14 février 2017

La première longue escale de notre trajet sera atteinte après trois arrêts :Florø, Maløy et Torvik.

4h45, l'étape prévue à Florø s'effectue avec dix minutes de retard. Sur le quai, le chariot élévateur patiente avec deux pneus, une palette de "ferraille et trois palettes de planches diverses. En échange il reçoit, en deux voyages, deux caisses de poissons qu'il aurait été aisé de transporter à la main. Cinq voyageurs locaux dont un couple avec un jeune enfant viennent gonfler les effectifs du navire.

Je retourne dans la cabine, décidé à rejoindre le pont pour observer le MS Richard Width lorsque nous le croiserons à 6h30, scintillant dans la nuit d'hiver.

Maløy est atteinte à 7h15. Une palette échangée contre deux autres qui rejoindront l'entrepôt. Entre temps une villageoise vient saluer un marin qui est joyeusement accueuilli par le chien qu'elle promène.

Maløy est quittée à 7h30 et la haute mer est vite atteinte, nous le ressentons avec appréhension. En attendant l'arrivée au port de Torvik nous allons prendre le petit-déjeuner pendant la traversée de la åpent havstykke (stretch of open sea dans le texte) avec ses inconvénients "gastro-refoulant" pour certains.

Première escale diurne depuis notre départ, Torvik motive les passagers à se dégourdir les jambes pendant une sortie rapide sur le quai et quelques rues avoisinantes. Quinze minutes plus tard la corne de brume rappelle à l'ordre les retardataires. L'appareillage s'effectue prestement pour rejoindre Ålesund par une traversée ensoleillée des fjords.

A 12h00 nous accostons et retrouvons nos fourmillements habituels qui nous décident à gravir le mont Aksla. Nous rejoignons la base de ce petit sommet en traversant la ville résolument reconstruite dans le style Art Nouveau suite à un gigantesque incendie en 1904. Nous quittons Ålesund sous un soleil radieux.

Chargement à Florø - Rencontre canine à Måløy - Escale à Ålesund
14
fév
14
fév
Publié le 15 février 2017

Nous avons quitté Ålesund à 15h00 précise et naviguons vers Mølde en suivant un fjord baignant sous le soleil couchant nous rappelant l'érythème que l'astre céleste nous a offert pour la Saint Valentin (coup de soleil arctique).


La neige apparaît enfin sur les sommets alors que le soleil pare l'horizon des flamboyantes couleurs de l'hiver arctique.

Nous accostons à Mølde pour quarante-cinq minutes, ce qui nous laisse juste le temps de parcourir la principale artère où nous ne nous étonnerons pas de trouver des pétales de roses sur les trottoirs : Mølde est renommée pour être la ville des roses, ainsi que du jazz. Quelques pas dans les boutiques nous permettent d'affirmer qu'elle cherche aussi à être tournée vers les confiseries ; nous avons pu remarquer lors de nos voyages nordique qu'il y a une grande concurrence dans ce domaine.

Nous appareillons à 18h30 en direction de Kristiansund où l'arrivée est prévue à 22h00. La pleine mer est annoncée entre 19h30 et 21h30, ce qui ne va pas réjouir l'estomac de certains passagers.

Je débarque à Kristiansund accompagné d'une vingtaine de passagers pour trois-quarts d'heure de visite nocturne guidée par un membre de l'équipage anglo-germano-norvégien dons les propos ont été souvent noyés dans le flot de la circulation et les aller-retour de la balayeuse. J'ai pu tout de même saisir une partie de l'histoire de cette bourgade : née au XVIIe siècle et bâtie essentiellement sur 4 iles liées par des ponts typiquement norvégiens, elle a rapidement été résolument tournée vers la mer, vivant de l'exportation de la morue séchée, nommée aussi bacalao, nom portugais de ce poisson déshydraté et fortement salé.

La visite terminée nous retrouvons le Vesterålen que nous apercevons illuminé au dessus des hangars approvisionnés par les dockers lors de l'escale.

La nuit sera bercée par des flots plus calmes pour atteindre Trondheim à 6h00 ce mercredi.

En route vers Mølde (3×) - Des bonbons encore et encore - Kristiansund by nightnigh - Le Vesterålen derrière les quais
15
fév
15
fév
Publié le 15 février 2017

Six heures tapantes ! Le MS Vesterålen accoste au fond du quai laissant place au MS Trollfjord (rencontré un matin pluvieux d'août 2006) qui se positionnera trente minutes plus tard à sa proue. Cette précision dans les horaires ferait pâlir plus d'une compagnie de transport chez nous.

Trondheim, troisième ville de Norvège fut la toute première capitale du pays à la fin du Xe siècle avant de perdre sa place au profit de Bergen au XIIIe siècle suivie bien plus tard par Oslo.

Elle est connue pour sa cathédrale qui fut construite sous l'ordre d'Olav descendant d'une dynastie d'Angleterre, sanglant barbare, pilleur, violeur qui s'est converti à la foi chrétienne. Qui aurait quelques problèmes de conscience sait ce qui lui reste à faire. Même si Trondheim a perdu sa position de capitale, sa cathédrale reste utilisée pour les sacres des rois de Norvège.

Le parvi a fait remonter tous nos souvenirs de notre voyage terrestre en 2006. Il nous rappelle que la cathédrale était à l'origine beaucoup plus modeste et qu'elle a subi plusieurs destructions, à chaque fois reconstruite de plus en plus belle et grandiose pour atteindre son style gothique actuel. Ces souvenirs nous ont semblé suffisants pour ne pas en faire la visite. De toute façon la promenade sur les toits ne s'effectue pas en saison hivernale.

Nous effectuons un rapide tour du monument pour nous diriger vers le gamle bybrua (le vieux pont) que nous traversons pour admirer les anciens entrepôts rénovés.

Nous reprenons notre croisière à 12h00 précise à une traversée lente et ensoleillée de fjords larges et entourés de sommets peu élevés pour atteindre la mer libre qui nous mènera au port de Rørvik que nous atteindrons pendant le dîner.

Le MS Vesterålen accoste à la poupe du MS Kong Arald. Huit palettes cellophanées sont déchargées tandis que cinq autres sont englouties par le navire.

Le repas se termine quand nous reprenons notre route vers l'open sea en direction de Brønnøysund.

16
fév
16
fév
Publié le 16 février 2017

Trois étapes nocturnes ponctueront cette nuit avec les escales dans les ports de Brønnøysund (00h45-01h00), Sandnessjøen (03h45-04h15) et Nesna (05h25-05h30) avant de passer le cercle polaire.Trois port sans histoire marquante mais qui méritent un arrêt parfois bref comme à Nesna où je me demande comment en cinq minutes on peut effectuer la livraison (peut-être en expédiant tout par dessus bord)

Brønnøysund, 00h45, la manoeuvre ne semble pas aisée pour accoster mais c'est en douceur que le navire vient mourir le long du quai. Six aller-retour du chariot élévateur sont nécessaires pour décharger la livraison dont une paire de pneus de dimensions respectables. Rien à offrir aux entrailles du Vesterålen. Les objets sont immédiatement remisés car une légère bruine s'est mise à tomber. Les palettes abritées, le docker soucieux file vers les bureaux puis monte sur le navire pour une discussion animée avec un responsable sous le regard hilare de deux ouvriers sortant du bistrot du port. Les pneus étaient-ils de la bonne dimension ? Cet incident n'a pas remis en cause la ponctualité légendaire de la compagnie Hurtigruten et le navire s'enfonce à 1h00 dans le silence de la nuit vers le chenal de sortie du port.

Le léger crachin a cessé et c'est avec l'élégance d'une danseuse aquatique que le MS Vesterålen aborde le quai de Sandnessjøen à 3h45 pour une escale de 30 minutes. Cette demi-heure sera nécessaire pour l'échange des marchandises pendant qu'un passager débarque. L'officier de garde s'assure de la conformité du bon de livraison en le remettant au docker. Un godet est chargé tandis que divers matériels d'origine coréenne sont récupérés. Il est temps de partir pour Nesna.

Il pleut de nouveau en arrivant à Nesna et c'est plus de cinq minutes qui seront nécessaires. Tant pis, le Vesterålen redémarrera en retard pour passer le cercle polaire.

16
fév
16
fév
Publié le 16 février 2017

Après notre étape nocturne le MS Vesterålen se dirige vers Bodø, ville essentiellement de transit pour la traversée vers les îles Lofoten.

A 7h18 nous passons le cercle polaire (66° 33' 46,274" de latitude nord, excusez du peu) dans la pénombre. Sur un îlot est implanté une représentation du globe terrestre illuminée. La vitesse du navire et le manque de luminosité n'assurent pas la réussite de la prise de vue.

Nous atteignons ensuite Ørnes au mileu des fjords aux sommets devenant doucement plus majestueux et savamment enneigés. Le manège habituel des chariots élévateurs vient troubler la quiétude du lieu entre 9h15 et 9h30.

Le temps est relativement couvert ce qui ajoute aux lieux une atmosphère chargée du mystère d'un Troll errant dans ces montagnes.

Deux heures d'une navigation calme nous emmène à Bodø. Pendant le trajet le crew du MS Vesterålen a fait appel à Neptune pour baptiser les passagers en l'honneur du passage de cercle polaire. Chacun reçoit une énorme louche de glaçons dans le cou avant de recevoir le diplôme de ce rite initiatique. La petite dernière de l'équipage, employée à la manoeuvre des cordes lors des accostages, a droit en guise de bizutage à une douche forcée du reste du baquet dont les glaçons ont commencé à fondre.

Nous arrivons à Bodø sous le crachin à douze heures tapantes. Avant la deuxième guerre mondiale c'était une ville florissante du commerce du poisson. Sa destruction quasi-totale par les bombardements et les difficultés de la reconstruction lui ont fait perdre son essor économique et elle peine à trouver les points forts d'un renouveau malgré l'animation commerciale apportée par l'Express Côtier. Lors de cette escale de trois heures, vu le temps maussade nous décidons de rester à bord pour un peu de repos.

16
fév
16
fév
Publié le 17 février 2017

La traversée vers les Lofoten s'effectue souvent entre Bodø et Moskenes plus au sud mais les bateaux de l'Express Côtier ont choisi Stamsund comme point de chute. Cette partie de l'itinéraire traverse le Vestfjorden, un bras de la mer de Norvège, qui, pour ceux qui ne s'y sont jamais rendus, donne l'impression d'avoir pris un billet pour un manège à sensations. Certains passagers se souviennent brusquement qu'ils possèdent un estomac.

Il y a bientôt deux heures que la nuit à enveloppé notre navire quand nous arrivons à Stamsund. Née au milieu des années mille neuf cents cette ville est devenue rapidement un grand centre de pêche à la morue. L'arrêt de Stamsund draine beaucoup de voyageurs locaux. La majorité descendent, revenant d'emplettes à Bodø, un nombre certes moins important mais tout de même conséquent effectuant le chemin inverse. La profusion humaine sur les quais n'est pas sans conséquence sur le risque de heurs avec les dockers. Alors que la passerelle n'avait pas encore atteint son point de chute, deux trekkers qui s'en approchaient se firent réglementairement remonter les bretelles. L'escale dura plus longtemps que prévu car la cale du navire vêla de nombreuses marchandises et en engloutit tout autant.

Le retard pris fut rapidement rattrapé pendant le trajet vers Svolvær où nous arrivons à 21h00. Considérée comme la capitale des Lofoten le nombre de passagers la rejoignant fut important mais curieusement aucune marchandise ne fut transférée.

Quelques minutes après, un incident se produisit. Nous le découvrons en surprenant la jeune fille responsable des accostages et un agent de sécurité s'affairant autour de la vedette de sauvetage. Ils furent à l'eau en quelques minutes et tentèrent désespérément de soustraire quelquechose de dessous l'étrave. Leur effort ne fut pas vain et ils finirent par extraire un filet de pêche et 2 bouées qui y étaient accrochées.

L'incident étant clos nous pumes reprendre notre chemin vers Stokmarknes.

16
fév
16
fév
Publié le 17 février 2017

Si la visite du Trollfjord est une expérience inoubliable l'été, elle demeure une aventure mystérieuse dans la nuit polaire.

C'est avec silence que le capitaine du MS Vesterålen s'engage dans le fjord.

Après quelques minutes toutes machines coupées, les projecteurs sont allumés et fouillent la falaise à la recherche des trolls qui condamnent l'accès au fjord suivant.

C'est rassurés de les savoir encore vivants mais craignant leur courroux que nous quittons vite les lieux par un demi-tour risqué sur l'un des rares navires capables de venir ici.

17
fév
17
fév
Publié le 17 février 2017

Après les émotions éprouvées dans le Trollfjord nous arrivons à Stokmarknes avec vingt deux minutes de retard. Trois passagers blafards prennent place à bord tandis que deux brutes typées Viking descendent. Un ridicule carton bénéficie d'une luxueuse palette pour être remisé. Lors du chargement le chariot élévateur reste une première fois bloqué sur la passerelle puis hésite pour le transport de ce qui semble être un énorme morceau de moquette en tournant autour, tel un mâle sous emprise hormonale dans une parade amoureuse. Une solution est trouvée et la belle retrouvera la cale qui lui était promise. Il est 1h42 quand le Vesterålen appareille. 37 minutes de retard !

Sortland est atteinte à 3h10 au lieu de 2h45. Il y a dix minutes que le navire devrait être parti. La "Kommandantur" de service m'interdit de descendre sur le quai, trop de retard dans le trajet. Ça ne va pas arranger les statistiques de la ponctualité légendaire de la compagnie. Seule une voiture et ses passagers montent à bort.

Pour ne rien arranger à la réputation d'Hurtigruten nous arrivons avec près de 15 minutes de retard à Risøyhamm. Encore une fois j'obtiens une fin de non recevoir à ma demande de débarquement. Onze personnes montent à bord et le navire reprend sa route à 4h38.

Nous arrivons à Harstad, dernier arrêt des Lofoten, retard rattrapé donc à l'heure habituelle : 6h45. Le jour peine à illuminer l'horizon. Pas de palette en vue ni de passager. Je décide de découvrir un peu la ville. Rien d'extraordinaire. De retour je découvre une longue file de voitures attendant de prendre place dans la cale du MS Vesterålen. Un membre de l'équipage (crew) inspecte chacune d'elle et prend un cliché numérique de chacun des côtés. Une mesure de sécurité pour éviter toute réclamation non fondée.

Nous quittons Harstad à l'heure prévue, 7h45. Une dernière vue sur les contreforts des Lofoten dont les cimes enneigées sont caressées par les nuages et nous croisons le MS Nordlys qui vient occuper l'emplacement que notre navire lui avait réservé.

17
fév
17
fév
Publié le 18 février 2017

Lorsque nous nous éloignons de Hardstad quelques flocons anémiques tourbillonnent autour du MS Vesterålen navigant sous un ciel couvert. Une éclaircie timide troue un zeste de ciel nous laissant espérer le beau temps sur Tromsø. Cette pensée estivale est vite balayée par la remémorisation de l'intérêt de ce voyage : la nuit, la neige, la vie des hommes de ces régions.

En approchant de Finnsnes les premiers vrais flocons tombent. Comme d'habitude je descends pour observer le ballet des chariots élévateurs. J'ai pu remarquer qu'à chaque port les couleurs et types de chariots sont différents. C'est aussi le premier dock où ils ont un avertisseur de recul.

Nous repartons à 11h45 à destination de Tromsø que nous atteignons à l'heure c'est-à-dire 14h30.

Tromsø est souvent nommé porte de l'Arctique car c'est de cette ville que partirent toutes les grandes expéditions polaires. Avec Nicole et Philippe, deux français baroudeurs qui voyagent avec nous pour les mêmes raisons de découverte de la côte Norvégienne par la mer mais aussi au plus près de cette dernière avec les conditions météo hivernales qui s'y accordent pour les givrés que nous sommes, nous descendons à terre pour une petite randonnée sous le crissement agréable de la neige sous nos pas déterminés. Christine a tenu à faire un pèlerinage au côté de Roald Amundsen (1872-1928) devant le polar museet consacré aux expéditions polaires avec de nombreuses explications en langue française. Nous enjambons ensuite le fjord par le pont où la circulation est intense à la hauteur du blizzar qui souffle en son point culminant pour visiter la cathédrale arctique. J'en profite pour descendre le long du fjord afin de réactiver mes souvenirs en retrouvant le parking où nous avions fait étape en camping car en 2006. Direction la ville où nous découvrirons une ancienne église en bois au milieu de bâtiments d'architecture récente. Cette architecture correspond bien à une ville accueillant de nombreux touristes mais aussi une grande partie des étudiants norvégiens.

Retour à temps pour reprendre notre navire et continuer notre périple en observant cette fois ci la cathédrale illuminée.

18
fév
18
fév
Publié le 19 février 2017

Nous avons quitté Tromsø à 18h00 dans la pénombre avec une neige bien installée, ce que tout le monde attendait.

Il neigera sans discontinuer jusque Skjervøy que nous atteindrons en retard. Le déchargement sera effectué mais la "Kommandantur" m'interdira une fois de plus la sortie sur le quai. Rejoignant notre cabine je traverse les coursives enneigées en redoublant de prudence.

23h30 cela fait maintenant une heure que nous subissons les creux de la haute mer et je décide de voir ce qui se passe mais le commandant annonce dans les cabines que l'accès au pont est interdit. Il n'y a plus qu'à se laisser bercer par les oscillations dénuées d'amortissement du navire que l'on imaginerait en roue libre

En arrivant à Oksfjord dix-sept minutes après l'heure prévue, je suis impressionné par les imposantes falaises qui dominent la ville. Le retard causé par la tempête a une fois de plus mis de mauvaise humeur la "Kommandantur". Elle m'octroit le privilège de rejoindre la terre ferme puis se ravisant elle me rappelle dès que je pose le deuxième pieds dans les traces du chariot élévateur. Je retourne aux coursives d'où je peux observer le docker perplexe devant la fourche de son chariot élévateur. Puis il redémarre avec un comportement qui me semble être rageur. Arrivés à 2h17, nous repartons a 2h35.

L'animateur du MS Vesterålen avait recommandé de descendre à terre pour flâner dans les rues d'Hammerfest à 5h15. Hormis une église atypique nous n'y avons rien trouvé d'original si ce n'est d'avoir arpenté les rues de la vile la plus septentrionale d'Europe.

L'appareillage s'effectue à l'heure quarante-cinq minutes plus tard pour rejoindre d'Havøysund. Entre temps nous prenons un petit-déjeuner gargantuesque pendant lequel nombre de convives se précipitent sur le pont supérieur pour saluer les passagers du MS Finnmarken que nous croisons dans un concert de corne de brume.

Il commence doucement à faire jour lorsque nous quittons Havøysund et nous nous extasions devant un défilé de chaines montagneuses majestueusement maculées de la couleur de l'hiver.

Honningsvåg débordante de soleil et située sur sur Magerøya, l'île du Cap Nord, est atteinte à 11h15.

18
fév
18
fév
Publié le 20 février 2017

S'il est un endroit magique auquel rendre visite lors d'un voyage en Norvège c'est bien celui là. Certains diront que ce n'est qu'un rocher. Mais quel rochet ! Situé à environ deux milles kilomètres du pôle nord, haut de trois cents mètres, il est considéré comme l'endroit le plus au nord du continent européen (si on écarte les îles comme celle du Spitzberg).

La société Hurtigruten organise une excursion au cap nord (un forfait non prévu dans notre budget) qui doit être réservé au moins la veille. Le problème avec le cap nord c'est qu'il est capricieux et s'amuse très régulièrement à obtenir les faveurs amoureuses de tempêtes aussi brutales qu'imprévisibles. Ce 18 février la tempête de neige fut particulièrement lascive du mastodonte rocheux et la vue pour les croisiéristes complètement masquée.

Nous avons préféré arpenter les rues et les alentours d'Honningsvåg en laissant ressurgir les souvenirs de notre passage en cet endroit en 2006. Ici tel magasin où nous nous sommes ravitaillés, là le parking où nous avons stationné, ailleurs le port dans lequel nous avons flané observant les retours de pêche, les trolls coquins ou enrhumées. Ces derniers ont aujourd'hui bien des raisons d'avoir la goutte au nez et ce ne sont pas les courses de luge-traineau qui leur feront passer.Tout est de blanc vêtu.

La corne de brume du MS Vesterålen retenti pour la dernière étape de notre voyage. Il est temps d'embarquer.

Merci à Philippe pour cette dernière photographie
19
fév
19
fév
Publié le 21 février 2017

Nous repartons à 14h45 d'Honningsvåg. L'astre céleste commence déjà à s'échapper sous l'horizon.

Nous ressentirons le voile nocturne nous envahir moins d'une heure après avoir caressé la surface de l'élément liquide avant qu'un pêcheur ne vienne se faire remarquer en virevoltant bruyamment sur le sommet des vagues. C'est avec ténacité qu'il s'infiltre à bord du navire accompagné de quelques crustacés pour le moins impressionnants : des crabes royaux du Kamtchatka. Originaires de Sibérie ces crabes pouvant mesurer plus d'un mètre cinquante ont été introduit dans la baie de Mourmansk. Pour la plus grande joie des pêcheurs locaux il a proliféré vers la Norvège. Sa surpopulation actuelle pose un sérieux problème à l'écosystème marin de la mer de Barents et de la mer de Norvège car il se reproduit rapidement et n'est inquiété par aucun prédateur. Sa quête suivante sera la côte atlantique où on commence à le découvrir.

Le pêcheur et sa suite royale nous ayant quitté, le voyage se poursuit dans une mer qui commence à nous rappeler qu'elle ne fait que nous tolérer. Elle a donc décidé de s'amuser un peu avec nous.

De plus en plus violente elle a fait déserter plus de la moitié des convives du restaurant, certains quittant la salle prestement avec le teint près à concurrencer la couleur actuelle des cimes aux alentours.

Les ports s'enchaîneront rapidement, certains étant abandonnés, la mer étant trop agitée le long des quais.

Une escale rapide à Vadsø, où le MS Vesterålen est délesté d'une partie de son contenu par des chariots élévateurs à propulsion électrique, nous permet d'apercevoir le mât où étaient attachés les dirigeables des explorateurs polaires, en particulier Umberto Nobile et Roald Amundsen.

Les sommets, moins élevés dans cette partie de la côte, commencent à défiler beaucoup trop rapidement et nous apercevons déjà le port de Kirkenes salué à plusieures reprises part une corne de brume joyeuse où nous débarqueront avec un sentiment à la fois de bonheur d'avoir effectué ce voyage mais aussi de la déception qu'il vient de signifier son terme.

20
fév
20
fév
Publié le 21 février 2017

Le débarquement effectué nous rejoignons Kirkenes à pieds car nous avons décidé d'y faire étape pour raviver une fois de plus nos souvenirs estivaux de l'année 2006 alors que les autres voyageurs regagnent aussitôt l'aéroport.

Kirkenes statégiquement positionnée à quelques kilomètres de la frontière russe s'est développée grâce à l'extration du fer à partir de 1906 ce qui lui a valu l'invasion allemande pendant la dernière guerre mondiale. Bombardée à mainte reprise, elle a subit plus de 300 raids soviétiques et fut libérée en octobre 1944. Des liens très forts l'unisse à la Russie et une statue fut été érigées en hommage aux soldats soviétiques.

Si la dernière mine ferma ses portes en 1996, Kirkenes a retrouvé une activité économique grâce au démantèlement de bateaux russes mais aussi au développement du tourisme surtout hivernal.

Après un cheminement pédestre au milieu des maisons colorées, nous observons à regret le départ de l'Express Côtier qui rejoindra Bergen dans six jours.

20
fév
20
fév
Publié le 21 février 2017

Les retards ont l'air courant dans les hautes latitudes car notre premier avion a décollé à 12h30 au lieu de 11h30. Ce n'est guère étonnant quand on observe l'état de la piste gelée. C'est avec la grâce d'un mineur viking chaussant une paire de patins à glace sur un lac gelé qui aurait subit les assauts de la tectonique "glacio-scandinave" que notre avion décolle en sautillant sans grâce sur la piste. Nous crûmes notre dernier moment arrivé lorsqu'enfin notre oiseau tout de fer vêtu s'arrache du sol pour retrouver la grâce qui lui est due.

Transfert à Oslo, un grand classique dans un aéroport où marcher fait partie du prix du billet.

Le vol Oslo-Paris nous a permis de renouer avec la croisière grâce à quelques bons trous d'air décidés à jouer les prolongations avec quelques estomacs déjà bien chahutės.

18h40, notre avion nous dépose déjà ...