1

Mardi 29 novembre 2022


Ça y est, c'est le grand jour ! Le projet de partir en Patagonie a germé dans mon esprit pendant environ 5 mois et c'est aujourd'hui, le 30 novembre 2022, que je prends mon envol. Direction aéroport de Montréal pour un long voyage : 10h10 de vol jusqu'à Sao Paulo (Brésil) et 2h55 de vol jusqu'à Buenos Aires (Argentine). Le lendemain, je reprendrai un de ces grands engins volants pour descendre à Ushuaïa, autrement nommée le "bout du monde" ! Et oui, Ushuaïa est considérée comme la ville la plus australe du globe et ce sera là le point de départ pour un long roadtrip de 7 semaines. (En réalité c'est la petite ville de Puerto Williams du côté Chili qui devrait mériter le titre de ville du bout du monde, mais laissons cette fierté aux Argentins sans faire de chichi).

Ce périple patagonien est à l'initiative de mon cher et tendre compagnon, Benjamin Dy. Il y a longtemps qu'il caresse l'idée de réaliser des reportages sur la faune et les paysages de la Terre de feu et de la cordillère des Andes. Dans cette partie de l'extrême sud de l'Amérique, je suivrai Benjamin pour y photographier pumas, guanacos*, huemuls**, glaciers, fjords et montagnes.

Alors voilà, c'est parti pour l'aventure ! J'essaierai de publier le plus souvent possible, en fonction des accès internet. À crapahuter dans les zones sauvages, le réseau risque d'être difficile d'accès, mais je vais faire au mieux !

À bientôt !

------------------

*Cousins du lama

**Petits cervidés


Prête à partir !!
2

Mercredi 30 novembre 2022


Le premier bolide ailé que j'ai emprunté m'a menée à bon port pour attendre mon prochain vol.

La nuit dans les airs a été ponctuée de pleurs - ou plutôt de cris - d'êtres humains de toute petite taille. Je pense qu'ils communiquaient entre eux et qu'ils se répondaient. Eux seuls se comprenaient, mais tout le monde les entendait.

J'ai donc abdiqué quant à l'idée de poursuivre ma nuit et j'ai profité du spectacle du soleil levant.

Le lever du jour est définitivement mon moment préféré de la journée. Alors observer le géant rayonnant s'élever depuis les airs était un réel bonheur malgré les cris, les pleurs et la fatigue.


Aurore céleste
3

Mercredi 30 novembre 2022


À l'heure où j'écris ces lignes j'aurais déjà dû être dans ma chambre d'hôtel à Buenos Aires pour me reposer avant mon vol du lendemain pour Ushuaïa. Mais les éléments en ont décidé autrement !

C'est sous une pluie de grêle et des orages que nous avons amorcé notre descente vers Buenos Aires. Ça brassait et ça cognait ! Cette descente m'a semblé interminable. Une fois passé les nuages, l'avion a finalement levé le nez en l'air direction Rosario, un aéroport situé à 40 minutes de vol... Les éléments déchaînés ont obligé à trouver un autre "aéroparking".

Me voilà donc coincée dans un géant des airs sur un tarmac d'aéroport. Le comble.

Il est 19h00. J'aurais dû atterrir à ma destination initiale à 15h00.

Quelle sera la suite ? À cet instant, je l'ignore encore.


Avant l'orage et à la sortie de l'orage
4

Jeudi 1er décembre 2022


Définitivement le plus long voyage réalisé jusqu'ici !

Je résume le dénouement de mon trajet Sao Paulo -- Buenos Aires comme suit :

16h00 : plus de 4h d'attente dans l'avion, sans explication ;

20h30 : descente de l'avion par groupe de 40 personnes pour nous acheminer à l'aéroport de Rosario ;

21h00 : 1h d'attente pour passer la douane ;

22h00 : 1h15 d'attente pour prendre un autocar direction aéroport de Buenos Aires ;

23h15 : embarquement dans l'autocar pour plus de 4h de route jusqu'à destination ;

4h00 : "Madame, vous pourrez récupérer votre valise d'ici trois jours" ;

4h40 : Mon taxi me récupère à l'aéroport ;

5h15 : Arrivée à l'hôtel un tantinet fatiguée.

Dans toute cette aventure j'ai tout de même fait la rencontre de sympathiques co-passagers, dont Marc. Marc est un retraité aux allures de vieux berger qui a migré en Patagonie en 2016. Il y était venu pour un trip de randonnée et n'est jamais reparti... Amour quand tu nous tiens ! Ce qui est improbable dans toute cette histoire, c'est que Marc connaît une très chère amie à moi. Je ne dirais pas que le monde est petit après tant de kilomètres parcourus, mais le monde est drôlement surprenant.

***

Je n'aurai pas eu le temps de me promener dans les rues de Buenos Aires avec mes mésaventures aériennes, mais ma ride de taxi m'a permis de saisir un échantillon du pouls de la ville...

Ça roule vite et en cowboy. C'est en bord de mer. Et c'est définitivement trop urbain pour moi.

Mais si j'ai l'occasion d'y repasser, je prendrai le temps de visiter cette métropole. Quelques personnes qui me sont chères et qui ont beaucoup bourlingué m'en ont parlé en bien. Je prends donc en compte leurs avis de globe-trotter.

Prise de vue sur l'architecture de l'hôtel
Sur la route pour l'aéroport
La rue. Tout ce que j'ai vu de Buenos Aires.
5

Vendredi 2 décembre 2022


Larme à l'œil quand j'ai aperçu les premiers reliefs de la Patagonie à travers mon hublot.

Larme à l'œil à l'idée de retrouver Benjamin.

Larme à l'œil par la fatigue et le stress des aléas du voyage.

Me voilà, enfin à Ushuaïa.

Hier soir, à mon arrivée, les retrouvailles avec Benjamin furent évidemment très heureuses. J'avais du mal à croire que nous étions enfin réunis après mon long voyage, des semaines à s'attendre et des mois d'organisation. On a célébré notre réunion dans un excellent restaurant de fruits de mer. Au menu : empanadas de crabe des neiges et crabe des neiges sauce aïoli. Un régal.

Pour ce premier matin en terre australe, c'est l'organisation qui prime : récupérer la voiture de location, changer des devises, retracer ma valise, acheter les biens de nécessité, réserver hôtel et campings... Rien de palpitant, mais tout de même important pour prendre ses marques et partir du bon pied dans ce territoire qui nous accueille pour les 7 prochaines semaines.


Premiers reliefs vus des airs
Empanadas au crabe des neiges (ils ont un peu la forme de la carapace d'un crabe, vous ne trouvez pas ?!)

Note post-voyage : Je ne savais pas encore que les empanadas deviendraient un casse-dale courant pour casser la croûte rapidement ou en cas d'imprévus.

6

Samedi 3 décembre 2022


Après une première journée d'organisation, de réorganisation, de frustrations et de déceptions, on reprend tranquillement nos esprits.

Aucune avancée sur le traçage de mon bagage. "Madame, il semble qu'on ne sache pas où il se trouve. À Sao Paulo peut-être, lors de l'escale, mais on ne peut vous en dire plus."

Force est de constater qu'il ne sert à rien d'attendre plus longtemps... On décide de rester une dernière journée à Ushuaïa le temps de me rééquiper en vêtements de rando et de se rééquiper en matériel de camping pour cuisiner. Aussi, il reste quelques formalités administratives à réaliser avant le départ.

On amorcera la route demain pour le parc national Torres del Paine.

J'avoue que la pilule est dure à avaler, mais c'est comme ça.


Un peu de couleur dans l'adversité. 
 Balade au port pour décompresser des mésaventures.
Remorqueur St. Christopher échoué en 1957. Il aurait servi pendant le grand débarquement de Normandie.
 Victoire de l'Argentine contre l'Australie. Un peu de bonheur dans l'adversité.
7

Dimanche 4 décembre 2022

Nous avons pris la route sous le signe d'un inattendu 38,3 degrés...de fièvre. Inattendu, mais pas si surprenant avec ce début de voyage chaotique. Mon corps n'aura pas aimé les longues heures d'attente et d'inconfort dans les transports, le manque de sommeil et les températures fraîches sans équipement adéquat. Mais j'avoue que de tous les maux qu'on peut attraper en voyage, je m'attendais à avoir besoin d'un "Imodium avancé" plutôt qu'un "Advil rhume et sinus".

Ne reculant devant rien, on a fait le plein de munitions pour m'aider à combattre le rhume et on a enfin pris la route vers le poste frontalier argentin terrestre le plus proche à 3h45 d'Ushuaïa. Pour des raisons administratives, c'était important que mon compagnon de voyage traverse la frontière au plus tard le 4 décembre avant 18h pour valider son droit de circuler en Argentine.

Fiou, toute une logistique ce début de périple !


En route moumoute ! 
Rouler dans les montagnes 
8

Dimanche 4 décembre 2022

Première journée de route accomplie. Douane passée à l'heure et sans encombre !

Par contre ce n'est pas une voiture qu'il faut pour circuler dans cette région, c'est un char à voile ! On estime des vents à 120 km/h. Bravo à mon pilote d'avoir tenu le volant tout le long !

Arrivés au Chili, on a pris le temps de manger dans un petit casse-croûte de bord de route dont la cuisine n'était clairement pas du 5 étoiles, mais l'esprit "comme à la maison" y était certainement. Rien d'extravagant, juste réconfortant.

On a ensuite poursuivi notre route jusqu'au traversier permettant de franchir le détroit de Magellan pour quitter la Tierra del Fuego. Ceci dit, l'élément vent étant trop déchaîné, on a dû attendre près de 5 heures pour traverser car le bateau ne pouvait plus circuler...

22h, on atteint finalement l'autre rive. La nuit tombe tranquillement, mais sûrement.

23h, on trouve un spot de bivouac à proximité de Puerto Sara.

Minuit, on finit de monter la tente sous le vent encore bien soufflant. On réalise alors que l'aventure ne fait que commencer.

Au petit matin, on a remballé la tente en se battant contre le vent. Prochaine étape : Torres del Paine.

P.S : ma fièvre est tombée, le pire est passé.


 Notre premier bivouac au petit matin.
9

Du lundi 5 au vendredi 9 décembre 2022

Nous avons passé 5 jours au parc national de Torres del Paine où la connexion internet et le réseau de téléphone étaient inexistants ou payants. On a donc coupé les fils. Voici la rétrospective de ces 5 jours dans ce chapitre !


JOUR 5 : DÉCONNEXION

De Puerto Sara, on a poursuivi notre accession vers le nord.

Arrêt à Puerto Natales, dernière "grande ville" sur notre chemin avant d'atteindre le parc national Torres del Paine. Faire quelques courses bouffe, compléter ma garde-robe pour être certaine de ne pas subir les intempéries et mettre de l'essence avant de partir plein gaz... Plein gaz ? Pas vraiment. On a été fortement ralenti par la route en travaux dont la déviation nous a fait emprunter une piste pavée de gros gravier et de concassé. Ouille pour la tête et les fesses ! Forcés de rouler lentement, on a pu apprécier davantage le paysage qui se dévoilait sous nos yeux. On sentait qu'on rentrait enfin dans le vif du sujet. Bye bye les plaines, bonjour montagnes.


De la plaine au relief 

C'est avec un premier sentiment de soulagement et de réelle liberté qu'on arrive au camping Kau Laguna Azul*. Enfin l'impression que notre aventure en Patagonie nous appartient. Qu'on ne subit plus les malchances du début de voyage. On oublie les problèmes et on profite de ce nouveau terrain de jeu.

On aperçoit des guanacos à l'état sauvage qui guettent l'arrivée éventuelle d'un puma. Une maman nandou** se balade avec une traînée de poussins. Un condor des Andes plane devant nous. Je suis émerveillée ! Et que dire de mon meilleur allié qui n'a qu'une hâte : sortir son objectif. Un enfant à la veille de Noël.

C'est le soir, dans le luxe d'un bel abri pour cuisiner, qu'on réalise que nous sommes loin de toutes stations-services et qu'on n'a pas prévu de jerrycan en cas de manque... Fatigués. On reparlera de tout ça le lendemain. Une douche chaude (ou presque) et au lit !

*"Kau" désigne une habitation en langue tehuelche, parlée par les Aonikenks et proche des langues des peuples de la Terre de feu

**Proche parent de l'autruche et de l'émeu


Lago Sarmiento en arrivant au parc national de Torres del Paine 
Petit déjeuner à l'abri et devant une vue pas désagréable pantoute.

JOUR 6 : À L'ATTAQUE

"À quelle heure on attaque demain ? 4h30 ?", m'avait demandé Benjamin la veille, avant d'aller dormir. Heu... Il est minuit et mon rhume me donne encore du mal. Honnêtement, j'ai besoin d'une dernière bonne nuit avant de me sentir d'attaque pour courir après des pumas.

Au petit matin, je laisse mon compagnon aller explorer les environs en mode solo. Il revient au campement à 7h30. Heureux et fatigué. Il fait une sieste, je termine ma nuit.

9h00. Réveillée par le soleil qui réchauffe la tente. Première sensation de réelle chaleur depuis mon arrivée. C'est agréable. Je sens que la journée va être bonne et douce aujourd'hui. Peu importe la pluie, le vent, le froid ou tout autre déconvenue qui pourraient se présenter, je me sens en sécurité. Notre base arrière est établie au milieu des montagnes solides comme le roc, sur le bord d'un lac bleu comme le ciel et sous une végétation paravent. Les éléments parfois déstabilisants ou contraignants constituent aussi nos plus beaux alliés. Apprendre à composer avec la nature. Apprendre à comprendre notre nature.

Au petit déjeuner, on étudie notre plan de match pour notre séjour ici en se laissant de la marge pour les aléas de la vie.

Balade du matin 


En fin de journée, vers 17h, on part explorer le parc et ses environs afin de repérer les spots à pumas. On les repère grâce aux guanacos, vaillants vigiles qui sonnent l'alarme à la vue de ces lions d'Amérique.

Chasseurs nocturnes, c'est vers 21h30 qu'on commence à voir les félins s'activer. Sous nos yeux, deux jeunes pumas poursuivent un petit guanaco et c'est une prise pour les attaquants !

C'est là que mon compagnon dégaine l'artillerie lourde et qu'on s'avance vers la scène de chasse. Scène qui semble aussi être leur QG. Deux petits et une maman sont présents. Il y a des restes de carcasses au sol tous les 2 mètres. Plus Benjamin s'approche des gros matous, plus je me questionne sur les limites de sa témérité ! "Ne t'inquiètes pas, ils ne nous calculent pas...des bipèdes comme nous ils en voient souvent" me dit-il pendant que je guette, à travers les jumelles, la mère peinturlurée de sang se lécher les babines. Elle regarde dans notre direction... Benjamin s'avance encore. Nous sommes à environ 40 mètres d'eux. Je ne suis pas experte en pumas, mais je me dis que ça reste tout de même de gros chats carnivores capables de tuer. Je n'ai jamais été aussi stressée et fascinée à la fois. Quand la maman s'avance vers nous, je fais comprendre à Benjamin que ma témérité n'est pas égale à la sienne. On remonte tranquillement, sans mouvement brusque.


Chasseur d'images en action
Photographe et sentinelle aux aguets
Coucher de soleil sur les trois tours de Torres del Paine vues du camping 

Nous sommes rentrés au campement avec grande satisfaction.

Ce fut bel et bien une agréable journée qui s'est achevée sur un crépuscule magnifiquement violacé. Probablement un des plus beaux ciels que j'ai eu la chance d'admirer.

***

Note post-voyage : Il m'était rarement arrivé de vivre des émotions aussi fortes. Entre les pumas aux babines alléchées et la découverte de paysages d'envergures, je réalisais à peine tout ce que je m'apprêterais à vivre comme nouvelles sensations pendant les 7 prochaines semaines.


JOUR 7 : RENARDS, CONDORS ET GUANACOS

Réveil à 4h30 aujourd'hui pour observer les lions d'Amérique dans leur fond de vallée... Malheureusement, il y a déjà trop de monde agglutiné à les observer, donc changement de cap sur les cascades de Rio Paine éclairées par les premiers rayons de soleil.

De retour vers le campement, trois renardeaux s'aventurent sur le chemin. Petite pause pour les croquer en images. Et je suis gaga !

Sieste, balade (on a pu observer trois condors) et repos avant le deuxième shooting nocturne avec les pumas... Shooting qui n'a finalement pas eu lieu. La présence accrue des touristes postés sur les lieux a eu pour résultat de faire fuir les félins.

Ce n'est pas grave, on a quand même de belles images de notre journée en tête et en photos.


Soleil levant sur les cascades de Rio Paine 
Cascades de Rio Paine
Renardeau curieux, mais méfiant
Ciel bleu sur Laguna Azul, au camping du même nom
Guanacos au bord de la route 
Un guanaco détendu. En journée les pumas dorment et les guanacos baissent un peu leur garde.
Condor en vol. Majestueux volatile qui ne se laisse pas aisément prendre en photo. Il faut être prêt quand il apparaît.

JOUR 8 : AU RALENTI SOUS LA PLUIE


Tout est dans le titre !

Rio Paine 
Plaines sous la grisaille

JOUR 9 : DANS LA VALLÉE DE PUMAS

Le beau temps après la pluie !

Aujourd'hui, de retour sur les traces des pumas. En matinée, nous descendons hors piste dans les fonds de vallées à l'extérieur du parc national.

Benjamin s'y aventure déterminé. Bien que cette escapade soit de mon initiative, je reste un peu plus craintive à l'idée de tomber nez à museau avec un gros toutou. Ceci dit, je finis par prendre mes aises et profiter du paysage... Bon, pas de pumas à l'horizon, nous irons donc voir ailleurs s'ils y sont.

En après-midi, on croise un garde d'une estancia (ferme) qui nous fait comprendre que toutes les étendues hors du parc national sont des propriétés privées et qu'il est strictement interdit de s'y aventurer. Oups ! S'il savait... Maintenant qu'on a l'info, on va faire gaffe.

En fin de journée on s'aventure sur un sentier dans les hauteurs de la vallée à l'intérieur du parc. À travers les jumelles, on voit un jeune puma attraper un jeune guanaco à 1 ou 2 km à vol d'oiseau de notre point de guet. Il traine ensuite sa prise dans une zone arbustive dans laquelle il disparaît pour y savourer son repas. Assister à cette scène au milieu de ce vaste paysage me fait sentir toute vulnérable.


Le beau temps après la pluie 
Restes de carcasses 
Mata Negra ou Black Bush au parfum fort agréable
Nature morte en bord de rivière  
Au fond de la vallée, en bord de rivière 
Shooting 
Dernier coucher de soleil sur les trois tours 
10

Samedi 10 décembre 2022

Après 5 nuits à Torres del Paine, nous reprenons la route direction nord.

Il y a eu quelques cafouillages sur le chemin, mais on est arrivés à El Calafate entiers et tout sourire sous un magnifique 23 degrés. El Calafate est une ville plutôt charmante et dynamique, située au bord du Lago Argentino. Le lac et le fleuve Rio Santa Cruz, qui prend naissance dans ce lac, sont d'un bleu glacier à couper le souffle !

La ville du jour tire son nom de la baie calafate, petit fruit emblématique de Patagonie qui ressemble au bleuet ou à la myrtille. On en fait de la confiture, des sirops et autres douceurs sucrées.

Vue de la route, le Rio Santa Cruz, à proximité de El Calafate  
11

Dimanche 11 décembre 2022

Ce matin, on a quitté El Calafate pour s'engouffrer dans les reliefs du parc national Los Glaciares.

Les lieux sont un peu plus touristiques que Torres del Paine ou du moins, les aménagements sont plus accessibles à des familles et donc, l'activité y est plus forte en marmaille.

Le camping qu'on a trouvé pour se poser est situé au bord de Lago Roca. Un lac dont les environs regorgent d'oiseaux : flamants roses, rapaces divers et variés, ibis... En fond de scène, des glaciers suspendus aux sommets des montagnes.

On a terminé notre journée autour d'un apéro sur une "aire de pique-nique" dans une plaine, vue sur les glaciers, soleil tirant très tranquillement sa révérence.

Sur la route entre El Calalfate et Lago Roca 
Balade d'après-midi et repérage des lieux
Champ rougeoyant
Apéro de fin de journée 
Au campement, en fin de journée 
12

Lundi 12 décembre 2022

Ce n'est pas la journée qui était à l'eau, mais mon téléphone portable. Pour une énième fois dans ma vie de jeune femme maladroite. Heureusement on a su le récupérer avec le bon vieux truc du riz.

Pour ce qui est de la journée, elle était loin d'être à l'eau ! On l'a vécu au soleil et en hauteur. Nous avons fait l'ascension du Cerro Cristal dont le sommet culmine à 1296 m. Une randonnée d'une petite dizaine de kilomètres aller-retour avec un dénivelé de 1092 m. Ça grimpait plutôt bien.

J'avoue cependant que nous n'avons pas gravi les 600 derniers mètres. Jambes coupées, vertiges, chute de tension. Incapable de faire un pas de plus. Et ça n'a pas prévenu avant de me percuter ! Je crois que mon cerveau n'a pas apprécié le manque de repère visuel à l'approche du sommet. Un désert de cailloux noirs, marrons et gris. Fort vent froid. Absence de végétation. Je percevais le vide environnant plutôt que le sol sur lequel nous marchions. J'ai fait beaucoup de randonnées dans ma vie, mais c'est la première fois que j'ai ressenti une telle sensation de vertige. J'ai soufflé un peu pour reprendre mes esprits et nous avons rebroussé chemin jusqu'à un sommet intermédiaire. La vue y valait déjà amplement le coup. Au loin, on apercevait le fameux Perito Moreno. Un gigantesque glacier dont les neiges s'accumulant abondamment en altitude exercent une pression qui pousse un manteau de glace jusque dans les eaux en pied de montagne.

En redescendant le Cerro Cristal , nous avons croisé des randonneurs qui nous ont informés que les gardes conseillaient aujourd'hui de s'arrêter au premier sommet. Les vents étant trop puissants, il n'était pas prudent d'effectuer l'ascension complète. Je me suis dit que mon corps est doté d'une bonne intuition !

Après les fortes sensations et émotions vécues pendant notre randonnée, nous avons relaxé au camping jusqu'à trouver sommeil.

Les photos du jour sont celles de Benjamin.

En début de montée, fraîche et fringante
 Quelques minutes avant mon shut down, le Perito Moreno en arrière-plan
Vue sur les glaciers suspendus 
13

Du mardi 13 au jeudi 15 décembre 2023

JOUR 13 : DE PERITO MORENO À EL CHALTEN

Réveil aux aurores ce matin pour profiter du très convoité Perito Moreno. Nous voulions éviter la forte affluence de visiteurs et Benjamin souhaitait de belles lumières matinales pour photographier le géant de glace.

Le Perito Moreno prend naissance dans les hauteurs des montagnes du parc national Los Glaciares. Les fortes précipitations de neige s'accumulant dans les hauteurs exercent une importante pression aux sommets des montagnes. Le poids alors exercé pousse le glacier jusqu'à la base des montagnes pour se jeter dans le Lago Argentino. Quand les touristes ont commencé à s'attrouper en masse sur le site du glacier, on a rapidement décampé.

C'est quelques kilomètres au-dessus de El Chalten qu'on a redéployé notre tente. Le camping qui nous accueille pour cette étape est situé au bord d'une rivière doucement turquoise.

El Chalten est une petite ville en fond de vallée, au pied des montagnes, située au nord du parc national Los Glaciares. Plusieurs départs de randonnées débutent directement dans la ville. Pratique pour découvrir les lieux. Sinon, la ville en soi n'a pas d'intérêt grandiose, si ce n'est que pour faire le plein d'essence et de bouffe.

Le Glacier Perito Moreno, au sud du parc national Los Glaciares.
Le glacier est tellement grand qu'il est difficile d'en saisir toute la grandeur en photo. 
Les  ruptures créent des icebergs qui prennent le large. 
Sur la route, direction nord de Los Glaciares 
La plus petite et improbable station service. Une pompe et un pompiste, yeux rivés sur son match de foot tout en gazant.
Au bord de la Rio de la Vueltas, au camping du même nom. Camping à l'esprit bohème.
Nous avons tenté un pique-nique sur ce banc de rivage, mais le vent et le froid nous ont vite balayés. 

JOUR 14 : MAUVAIS COUP

Ahlala ! Il y a de ces périodes dans la vie où l'on a l'impression d'être dans une mauvaise série. C'est ce qu'on s'est dit aujourd'hui. En préparant son matériel en début de journée, Benjamin s'est rendu compte qu'il n'avait plus son trépied. On a reconstitué nos déplacements de la veille pour réaliser qu'on avait probablement oublié le trépied sur le parking du glacier Perito Moreno. Oublié ou volé. Quand nous sommes repartis de ce site, les touristes commençaient à abonder. Dans ce flux d'êtres humains on a voulu quitter rapidement les lieux car ça devenait désagréable, mais en rangeant le matériel, on a manqué de vigilance. Je suis persuadée que c'est un vol. Dos tournés, le trépied a dû être saisi par un être malveillant et par la suite, nous n'avons même pas percuté qu'il manquait à l'appel.

Quand on constate la perte, j'éclate en sanglots. Je trouve que ça fait beaucoup de mauvais coups en 14 jours de voyage. On n'est qu'au quart de notre aventure. Ce serait bien que la suite se passe mieux.

Benjamin m'impressionne. Il est fou de rage, mais reste d'un calme absolu. Le mal est fait. S'énerver et pleurer ne sert à rien. On ne peut que s'en vouloir à nous-mêmes d'avoir manqué d'attention. Ça aurait pu être pire ; ça aurait pu être l'appareil photo.

Malgré la situation désarmante, on part en randonnée, à la rencontre du mont Fitz Roy. On s'engage alors pour 20 km de randonnée aller-retour. Un petit pèlerinage qui nous permet de méditer sur les évènements de cette première partie de voyage. On se remet en question et on relativise. On se dit qu'on a chacun des leçons à tirer de tout ça. Prendre le temps, rester dans l'instant présent, lâcher prise, cesser de tout vouloir contrôler...

Pendant notre ascension, je me blesse au genou. La descente fut ardue. Prise de tristesse, je n'avais pas pensé à m'échauffer avant la rando. Encore une leçon à tirer : celle de ne pas se négliger, quoi qu'il arrive. Ceci dit, on a quand même su apprécier les paysages et la faune qui s'offraient à nous. Malgré les difficultés rencontrées en cette journée de randonnées, on a beaucoup ri. Et surtout, on s'est aimés.

Avec tout ça, j'allais oublier de raconter que ce matin, je me suis réveillée au chant de perruches sauvages. De jolis oiseaux au plumage vert, jaune et légèrement rosé qui volent en liberté. Période des amours, elles chantonnaient de douces mélodies pour se séduire. J'ai aussi observé un grand pic dans les hauteurs de l'arbre au-dessus de notre tente. Ne pas se laisser abattre par les mauvais coups de la vie. Continuer d'apprécier les bonheurs simples qui se présentent.

5h30 du matin, sur le bord de la rivière 
Une lagune du mont Fitz Roy 
En ascension du mont Fitz Roy
Tout au sommet du Fitz Roy. Hors cadrage, ça grouille de touristes du dimanche et de randonneurs éclairés.

JOUR 15 : SE (RE)POSER

Après les émotions d'hier, on ressent le besoin de faire une pause. Arrêt sur la vie d'aventure pour s'occuper de paperasse d'assurances, se ravitailler et régler quelques autres broutilles en suspens. Parfois, il faut savoir s'arrêter pour mieux continuer. Nous aimons tous les deux être dans l'action et la découverte du monde, mais force est de constater qu'il faut savoir ralentir le rythme, décharger son mental et recharger les batteries.

De retour après la pause
14

Vendredi 16 décembre 2022

Ce midi nous avons quitté El Chalten, et donc le parc national Los Glaciares. Ce n'est pas mécontents que nous avons quitté ces lieux. Los Glaciares regorge de jolis coins de nature, ce qui lui vaut sans doute sa place au classement du patrimoine de l'humanité de l'UNESCO, mais cela en fait un site hautement touristique. Des bus de voyageurs, en veux-tu, en voilà ! Et des sentiers de randonnée fréquentés comme des autoroutes. Et des rues bordées d'hôtels. On s'entend que ce n'est pas la statue de la Liberté à New York ou la tour Eiffel à Paris, mais c'est surprenant de voir autant de bus de touristes dans ces grandes étendues sauvages. Je me doutais bien que l'économie de la Patagonie repose grandement sur le business écotouristisque, mais je ne m'attendais pas à ce que la présence de voyageurs et voyageuses puisse y être aussi forte et oppressante par moments.

Pendant ce séjour à Los Glaciares, nous avons tout de même réussi à nous extirper des lieux à forte fréquentation pour trouver un peu de calme, notamment à Lago Roca ou à Rio de las Vuelta. Et aujourd'hui nous voilà à Estancia La Estela, au bord du Lago Viedma, plus ou moins à mi-chemin entre le sud et le nord du parc national Los Glaciares. C'est probablement l'hébergement le plus fastueux qui nous accueille jusqu'ici. Nous profitons bien du confort qui s'offre à nous en ces lieux avant de reprendre la route demain. On se dirigera encore plus au nord pour rejoindre le parc national Perito Moreno (à ne pas confondre avec le glacier du même nom) ainsi que le parc national Patagonia. A priori, nos prochaines destinations sont un peu moins fréquentées et moins touristiques que Los Glaciares et Torres del Paine. On espère y trouver davantage de Wilderness avec un grand W. À suivre...

Estancia la Estela 
La steppe et les nuages de Patagonie 
Au resto de l'estancia
15

Du samedi 17 au mardi 20 décembre 2022

JOUR 17 : KEEP ON ROLLING

Rouler, rouler, rouler, pause déjeuner, essence, rouler encore. 475 km au compteur aujourd'hui, dont 200 km de route sont des pistes de garnotte. Route ardue. L'accès au parc national Perito Moreno, ça se mérite.

C'est en refuge sur la presqu'île du lac Belgrano qu'on dort ce soir. Une petite cabane en bois aussi charmante que le cadre est bucolique. Il y a même un poêle à bois. Alléluia !

La nature est verdoyante, les paysages présentent leurs plus beaux reliefs et l'eau du lac est d'un bleu turquoise hallucinant. Ça respire la pureté.

Longue journée dans les pattes ! Une soupe et au lit !

Un des quatre refuges de l'île Belgrano 
Vue sur le lac Belgrano 
Bonne nuit 
Sud-est du Lac Belgrano

***

Note post-voyage : La Patagonie regorge de lacs et de rivières turquoises. Tantôt très clairs, parfois laiteux, souvent lumineux, il y a des teintes de bleus pour toutes les humeurs avec la promesse de ne jamais vous donner les "blues".

Le lac Belgrano du parc national Perito Moreno m'a particulièrement enchantée. Par son bleu perçant et éclatant, il m'a inspiré bonheur, chaleur et réconfort. Quand je prête attention à mes souvenirs, j'arrive à ressentir que j'étais particulièrement heureuse et détendue ce jour-là. C'est d'ailleurs ce jour-là que j'ai éprouvé un réel plaisir à écrire. J'ai pris conscience que l'écriture est une forme d'expression quasi infinie. J'ai dansé, acté, peint, dessiné, sculpté et créé sous bien des formes, mais écrire, c'est tout ça à la fois. Jamais l'écriture ne m'était apparue comme une forme d'expression qui me permettrait de laisser libre cours à ma créativité. Pourtant, j'ai l'impression que le monde peut prendre les formes, les couleurs, les textures, les saveurs et les odeurs que l'on souhaite à travers les mots.

Mon imagination et mon état d'esprit sont mes seules limites.

Heureuse 


JOUR 18 : TOUR DE L'ÎLE

Randonnée détente au programme. Un sentier de 16,5 km à très faible dénivelé qui nous fait faire le tour de l'île Belgrano. Parfait pour une reprise d'activité avec mon genou qui se remet tout juste de ses blessures.

"C'est un petit paradis ici." C'est bien dit mon amour. C'est vrai que cet endroit est un véritable éden.

La tranquillité dans les montagnes, l'eau d'une couleur digne des lagons des mers chaudes, un soleil brillant, des prairies vallonnées aux herbes dorées, des lacs intérieurs comme sanctuaires pour les oiseaux, une végétation verte et florissante. Le parterre de fleurs passe du jaune au blanc avec des touches de violet et de fuchsia. J'ai peine à croire qu'autant de si petites fleurs arrivent à survivre avec autant de vent. Elles se font valdinguer dans tous les sens et leurs pétales sont à peine décoiffés.

C'est vrai que c'est le paradis ici.

J'augmenterais seulement la puissance calorifique de quelques degrés afin de satisfaire l'Antillaise en moi et je diminuerais la force éolienne de quelques nœuds. Je vous jure que par moments le vent souffle si fort qu'on lutte pour avancer et pour rester debout.

En fin de journée, la lumière est propice à la photo. Mon homme part à la chasse des plus belles images de cet eldorado des grands espaces. Je l'accompagne, parce que le paradis, c'est aussi avec lui.

De part et d'autre de la digue, l'eau s'habille de couleurs différentes. 
Paysages autour de l'île Belgrano 

APARTÉ #1

Pas besoin d'écran télé par ici.

Ici, mère nature est la grande réalisatrice. La scène se partage entre lacs, montagnes, vallées et prairies. Le décor est planté par bosquets et arbrisseaux, rochers et cailloux. Les fleurs servent d'accessoires pour parfaire l'apparat. L'éclairage revient tout naturellement au soleil. Les nuages qui vont et qui viennent sèment l'ambiance. Les principaux comédiens sont les guanacos et les papillons. Sans oublier les oiseaux de toutes sortes : condors, nandus, ouettes, ibis, flamants roses, caracaras, pics, perruches, cygnes à tête noire et j'en passe. Tous ces oiseaux font trame sonore, accompagnés par le bruit des vagues et les clapotis de l'eau. Les figurants sont les lièvres qui passent furtivement. Ils ont toujours l'air inquiet ou catastrophé. Avec un peu de chance, des invités-surprises apparaissent : renards, pumas, armadillos, huemuls. Le vent est le fil conducteur de toute cette histoire. Parfois il n'est que murmure en fond de scène, la plupart du temps il ne fait que brasser de l'air et, à ses heures, on n'entend plus que lui.

Nous sommes aux premières loges pour profiter de ce spectacle.

Suite du programme au prochain épisode...

APARTÉ #2

J'ai l'impression que le vent incessant a creusé deux petites rides frontales entre mes sourcils. Ou est-ce la marque du temps de la 37e bougie que je vais bientôt souffler ?

Spectacle grandeur nature 
Méditative face au paysage
Un paradis sur terre 

JOUR 18 : JARDIN D'ÉDEN

Les règlements du parc limitent à deux nuitées consécutives dans un même refuge. On a donc plié sacs de couchage afin d'explorer d'autres zones de cet écrin de paradis et de se trouver un abri pour la nuit.

En parcourant le parc, j'admire silencieusement les montagnes. Elles m'impressionnent énormément, voire m'intimident. Elles me donnent la sensation que je dois m'incliner à leurs pieds. Reconnaître qu'elles sont à la fois maîtresses, gardiennes et pionnières de ces lieux. On est ici chez elles. Elles renferment un habitat naturel riche et elles veillent sur la vie qui s'anime en leur sein. Elles sont témoins de l'histoire et de l'évolution de la nature depuis l'ère glaciaire... Ces géantes de rocs détiennent pour moi la sagesse du monde. Elles imposent le respect. Je les trouve belles ces montagnes avec leurs crêtes en dents de scie, leurs sommets enneigés et leurs falaises escarpées. Je suis particulièrement fascinée par les dégradés de couleurs des sédiments qui rehaussent les reliefs. Selon la lumière du jour, ces reliefs expriment différentes facettes.

Si mon cher et tendre s'exclame pleinement sur la beauté des paysages, pour ma part je suis sans voix. Lui prend des photos, moi j'écris. Un paradis photographique, un paradis pour méditer. Tout le monde est comblé.

Je reste silencieuse, mais dans ma tête il y a mille mots. Des histoires et des images se tricotent dans mon esprit. C'est inspirant autant de nature pure.

En fin de journée, on découvre un petit lac habité par une multitude d'oiseaux. Ça vole, ça chante, ça nage, ça se dore au soleil. Un havre de paix pour les volatiles. Un jardin d'éden merveilleusement éclairé par les derniers rayons du jour. C'est un flamant rose qui déploie ses ailes qui me tire de mon silence du jour. "Woah!" Gracieux et majestueux à la fois.

Ce parc national est de loin notre préféré depuis le début du voyage. Hormis un garde du parc, nous n'avons pas croisé un seul être humain aujourd'hui. Seuls au monde. C'est un terrain magnifiquement préservé. On espère que ça le restera et ne deviendra pas un Walt Disney du plein air comme Los Glaciares ou d'autres parcs nationaux ailleurs dans le monde. Partout où l'on va ici, j'ai l'impression de suivre les traces d'un Petit Poucet qui a su garder la nature sauvage et intacte pour les amoureux de la nature. Les quelques aménagements du parc respectent l'environnement et s'y fondent à merveille sans gâcher le paysage.

Mon regard était particulièrement attiré par ces monts et falaises couleur rouille. 
Dégradés et textures au sommet des montagnes 
Paysages et reliefs 
Rio Volcano 
Mirador de aves. Le paradis des oiseaux. 
Petit matin au deuxième refuge

JOUR 19 : AU NATUREL

Les insectes bourdonnent ce matin. Le vent est "quelque peu" tombé depuis hier et les plus petits de ce monde peuvent s'affairer à leur besogne sans trop de peine.

Toilette du matin au lac (l'eau est glacée), café au soleil et on est repartis pour la journée

Pour se rendre à notre prochain lieu de couchage, on traverse une plaine parsemée d'étangs, de ruisseaux et de marécages. Cette zone humide grouille d'oiseaux et de guanacos avec leurs petits. Des rejetons trop mignons qui ressemblent à de petites biquettes au pelage roux. Ils jouent et bêlent, insouciants des possibles dangers. Il n'y a pas énormément de pumas dans les parages, mais les guanacos adultes restent alertes.

Le campement du jour est établi au bord du lac Burmeister. Malgré l'accalmie éolienne, il vente tout de même à décorner les bœufs. On s'abrite dans une clairière au grand soleil. Ce n'est pas de trop pour nous réchauffer.

Fin de journée dans les marais du parc national Perito Moreno. 
Lac Burmeister. Le vent soufflait si fortement et si froidement que j'avais du mal à rester en place pour prendre la photo.
Le Notro. Échantillon d'une fleur aux couleurs de Noël.

APARTÉ #3

Je réalise aujourd'hui que Noël approche bientôt. Rien ne me rappelle le temps des fêtes nord-américain en ces terres. C'est l'été, il fait entre 5 et 20 degrés, le soleil se couche à 22 h. Aucune décoration de Noël à l'horizon et encore moins de fala lalala ou de mon beau sapin n'ont retenti dans nos oreilles. Le seul air qui me vienne en tête est "vive le vent".

Ciel obscur sur les étangs du parc national Perito Moreno 

JOUR 20 : LE VENT REMPORTERA

Promis, je vais démordre du facteur vent après cet épisode, mais il est tellement présent qu'il est difficile de l'ignorer dans notre itinéraire et nos activités.

Autant il est un allié précieux pour sécher rapidement nos vêtements et la vaisselle propre ou même pour chasser les nuages... Autant il devient lourdingue en randonnée, pour poser une tente ou pour cuisiner. Et je ne vous parle pas du défi qu'il pose quand vient le temps de se vider la vessie en pleine nature ! On a intérêt à bien capter le sens du vent pour ne pas avoir un retour du jet. Désolée pour les détails.

Il nous arrive aussi de croiser quelques voyageurs à vélo chargés comme des mules et, bien franchement, je leur lève mon chapeau. Ceux qui me connaissent savent que j'adore faire du vélo, mais dans ce coin du monde je ne comprends pas quel plaisir on peut tirer d'un tel mode de transport avec autant de rafales, si peu d'abris et des routes de caillasse. J'en viens à la conclusion que :

a) ces gens sont en crise existentielle monumentale,

b) on leur a promis de gagner le gros lot,

c) ils ont perdu un pari.

Bref, avec les 140 km/h de vents annoncés, on quitte le parc Perito Moreno vers d'autres horizons. On y reviendra plus tard, c'est déjà prévu.

Arrêt dans la petite ville de Perito Moreno, à 310 km du parc national du même nom.

Repos avant d'attaquer la route vers le parc national Patagonia côté Chili.


 Au revoir Perito Moreno
Sur la route, sans abri et sans aire de pique-nique, on fait comme on peut ! 
16

Mercredi 21 et jeudi 22 décembre 2022

Pause de tout.

Petite cabane pour recharger les batteries et prendre soin de nous dans la ville de Perito Moreno. 
17

Vendredi 23 et samedi 24 décembre 2022

JOUR 23 : VEILLÉE DE L'AVANT-VEILLE

Nous avons traversé côté Chili pour atteindre le cœur des Andes australes. Le paysage qui défile sur la route a bien changé. Le relief est fait de grandes buttes et falaises rocheuses couvertes de verdure. Les herbes sont plus hautes, la végétation est plus arborée : conifères, saules, ormes, peupliers et autres espèces qui m'échappent. Beaucoup d'églantiers, de lupins et de chardons en fleurs dans les prairies, quelques ajoncs, et d'autres jolies fleurs que je ne saurais identifier. Les précipitations sont plus fréquentes au Chili, d'où la végétation plus riche. D'ailleurs nous sommes surpris d'être accueillis par beau temps et chaleur. Et, encore plus surprenant, le vent n'y est pas. Pétole !

On pose nos guêtres à Terra Luna Lodge au bord du lac Buenos Aires/General Carrera, deuxième plus grand lac d'Amérique du Sud (le premier étant le Lac Titicaca). C'est dans un grand et lumineux dôme, alcôve de bonheur, que l'on passera les 23 et 24 décembre.

Sur la carretera australe, la route des Andes chiliennes
Dans notre dôme de Terra Luna Lodge

JOUR 24 : RÉVEILLON

Farniente en cette veille de Noël.

En tête, j'ai la chanson "dans la belle petite maison dans la vallée..." Le décor me fait penser à certains paysages suisses, Benjamin se rappelle ses vacances d'enfance en Autriche.

À 2 km à pied de notre gîte se trouve le petit village de Puerto Guadal. Si petit qu'il tiendrait dans un mouchoir de poche. On s'est délectés d'un petit thé d'herbes locales et d'un café maison dans le seul troquet du bourg.

De retour au gîte, on a pris ça ben relax sur notre terrasse et au bord du lac. Benjamin a osé la baignade, je me suis contentée d'y tremper les pieds.

Le soir, on profite d'un repas de veillée au resto de l'auberge. Au loin, de l'autre côté de la baie, on entend et on distingue les gyrophares des voitures de police qui s'activent. Étant donné les tentatives de mélodies, je crois que c'est simplement pour mettre de l'ambiance dans le village en cette veille de Noël.

Vue du petit déjeuner
Balade à Puerto Guadal
Courageux amoureux à la flotte
Cheers !
Ciel du réveillon de Noël
18

Du dimanche 25 au jeudi 29 décembre 2022

JOUR 25 : HISTOIRE DE PARC

Notre itinéraire du jour nous fait longer Rio Baker. Sans doute la plus belle rivière que j'ai vue du haut de mes presque 37 ans. La rivière Baker est la plus importante du Chili en termes de volume et de débit. Elle suit son cours jusqu'au Pacifique à travers un labyrinthe de fjords et de glaciers. La route la longeant fut anciennement une voie importante pour le transport de la laine. Cette même route nous mène aujourd'hui dans la vallée de Chacabuco au cœur du parc national Patagonia.

Rivière Baker à la robe émeraude 

Les terres de vallée la de Chacabuco ont été acquises en 2004 par Patagonica Conservacion, une fondation créée par Kirstine Tompkins, veuve de Douglas Tompkins, cocréateur de la marque The North Face. Kirstine Tompkins est aussi l'ancienne PDG de la marque de vêtements Patagonia.

Patagonica Conservacion avait pour but la régénération et la préservation de la nature ainsi que la création d'infrastructures écotouristiques haut de gamme. À terme, il était question de faire don de ces 708 km² de terres au gouvernement chilien. C'est en 2017 qu'une entente est signée entre la fondation et la présidente du Chili de l'époque Michelle Bachelet. En 2018, le parc national Patagonia est créé en annexant la Vallée de Chacabuco à deux réserves nationales déjà existantes : Tamango, au sud et Jeinimeni, au nord. Le parc totalise aujourd'hui 3 045 km².

Kirstine Tompkins et son défunt mari avaient visité la vallée de Chacabuco en 1995. Ils étaient tombés sous le charme de ce "bijou de la nature". Je les comprends ! Une des premières images qui m'est venue en tête en découvrant ce parc est celle d'un "diamant brut". Un joyau à l'état pur, bien enfoui dans les Andes chiliennes, encore difficilement accessibles et dont les reliefs impressionnent à chaque virage.

Dans cette vallée, le puma a été réintroduit il y a quelques années. On en compte plus d'une trentaine juste dans cette zone du parc. De quoi fasciner mon photographe préféré à la recherche de ces grands félins d'Amérique.

On apprend aussi que le puma est un animal protégé au Chili, mais pas en Argentine. Ce qui explique probablement sa plus forte présence dans les parcs nationaux chiliens. En Argentine, aucune loi n'interdit de chasser le puma. Les propriétaires de bétail n'ont donc aucune contrainte à éliminer un individu de cette espèce si celui-ci menace ses troupeaux. Sale affaire...

Reliefs de la vallée de Chacabuco
Benjamin dans les hauteurs afin de capter les reliefs de la vallée. 
Fin de journée sur la Vallée
Lumières et reliefs 

JOUR 26 : VERTIGINEUSE PATAGONIE

Partagée entre le Chili et l'Argentine, la Patagonie est la région la plus australe de l'Amérique. Ce sont les plus hauts sommets de la Cordillère des Andes qui déterminent la frontière de ce territoire entre les deux pays en 1881. C'est à partir de cette époque que les terres de la Patagonie ont davantage été investies par les peuples colonisateurs. Et, comme beaucoup de lieux colonisés, la Patagonie a souffert de la présence des nouveaux arrivants. Une déforestation massive a été enclenchée sur tout le territoire afin d'y développer l'industrie du bétail. Des milliers de kilomètres carrés de forêts furent brûlés pour y accueillir des millions de moutons.

À titre d'exemple, dans la seule région de Aysén où nous nous trouvons actuellement, plus de 30 000 km² de forêts primaires ont été décimés entre 1920 et 1940. Aysén est un territoire de 108 494 km². Pas besoin de vous dire que ce fut un désastre écologique sans nom. Évidemment, à l'époque, les enjeux environnementaux n'étaient pas à l'ordre du jour.

Malgré les initiatives de régénération et de conservation d'aujourd'hui, cela prendra sans doute plusieurs centaines d'années dans une région aussi sèche et froide avant que la végétation ne reprenne ses droits des siècles derniers.

J'avoue que je découvre l'histoire de la Patagonie tout en y voyageant. Je m'étais sommairement documentée sur cette région, mais j'avais du mal à en saisir véritablement son essence et ses enjeux sans y être. C'est une région complexe, par sa géographie, son climat et l'histoire qu'elle porte.

J'ai encore du mal à exprimer clairement les sensations qui m'habitent à parcourir ces terres. Vertigineux. C'est probablement le mot qui me revient le plus souvent en tête.

Vertigineux de penser qu'une grande partie de ces territoires était recouverte de glaciers qui en ont dessiné les reliefs. Ces mêmes reliefs, sur lesquels nous marchons, ont vu pousser pendant des siècles des forêts primaires qui sont littéralement parties en fumée en quelques années seulement...Pincement au cœur.

Le soir, au soleil couchant, nous avons parcouru quelques kilomètres à pied dans les sentiers de la vallée pour observer et photographier la faune. Plus personne dans la vallée sauf nous et les animaux. Je me sens privilégiée de profiter d'un tel moment. Je me sens aussi vulnérable face à la vie nocturne qui s'anime. Dans la steppe d'un fond de vallée, des guanacos guettent nerveusement les horizons : un puma peut surgir à tout moment du haut d'une colline ou d'un amas d'arbrisseaux.

Les steppes des paysages de la Patagonie d'aujourd'hui offrent malgré tout des scènes magnifiques, parfois presque irréelles. C'en est vertigineux.

Des habitants ont lutté contre un projet de barrage hydro-électrique à la confluence des rivières Baker et Chacabuco. Bravo !
Observation de la faune et pique-nique à Laguna des Aviles
Il venait juste de me dire "t'inquiète, les pumas ne font pas de mal"

JOUR 27 : CHOUETTE RÉVEIL

Cela fait deux matins que je me réveille au son du piaillement de ce qui me semblait être des oisillons. J'ai voulu en avoir le cœur net sur le type de passereau qui s'égosillait ainsi, alors je suis sortie en observation. À mon grand étonnement, je suis tombée nez à bec avec une boule de plumes grosse comme une pomme, perchée sur une branche face à la tente. C'était une chouette pygmée, tout petit rapace nocturne. Elle terminait sa toilette avant de commencer sa nuit au lever du jour. Les piaillements que j'entendais sonnaient donc l'alarme : les petits piafs étaient fort mécontents de la présence de la chouette. J'ai réveillé le photographe en chef qui m'avait demandé de l'avertir si je localisais une de ces boules de plumes. C'est encore endormi qu'il a sorti son appareil. Il faut mentionner qu'il s'était déjà levé à 4h30 ce matin pour observer un puma en chasse.

Morale matinale : quand on recherche un prédateur, petit ou grand, il est bon de suivre le signal d'alarme des oiseaux ou des guanacos. (Petit rappel : les guanacos sifflent à l'approche d'un puma.)


Le soir, nous avons fait un pique-nique dans les hauteurs d'une montagne. Au-dessus de nos têtes, nous avons observé trois condors dans leur nid. À 1000 mètres d'altitude, en rebord de falaise, ceux-ci n'ont pas le vertige ! Et que dire de leurs prouesses de haute voltige ! En quelques coups d'aile, ils planent dans le ciel et se laissent porter par les vents. Ils se déplacent d'un sommet à l'autre avec grâce et fluidité. Il suffit de peu de temps pour que leur silhouette de vautour devienne un minuscule point noir dans les nuages.

Dans la vallée qui nous faisait face, deux pumas surgissent des buissons. L'un au pelage roux, l'autre à la robe blonde. J'aime penser qu'ils étaient frère et sœur. Ils ont sans doute sommeillé à l'ombre des branches toute la journée. Ils attendaient la tombée du jour pour partir en chasse. Sous nos yeux aidés des jumelles, ils se déplacent avec agilité à travers les rochers et les herbes hautes. Deux fauves avançant discrètement à pas de félin en quête de leur prochaine proie. Scène fascinante.

Satisfaits de notre journée d'observation, nous sommes rentrés au campement sous le regard de quelques guanacos inquiets de la nuit qui tombe.

Shooting de la chouette
En pique-nique, dans le vent et dans le froid, mais au soleil, avec vue sur la vallée.
Nous étions (presque) tout là-haut, juste à gauche. Les condors au-dessus, les pumas dans les plaines en face.
Le but de la rando de Lagunas Altas était de photographier des condors. Benjamin a subi le poids de son matériel dans la montée.

JOUR 28 : 14 POUR 100

Aujourd'hui, je ne citerai qu'une sublime pensée de mon amoureux qui m'a beaucoup fait rire. Le reste ne sera qu'image.

Mise en contexte de ladite citation : en randonnée, pendant laquelle il trimballait son sac photo, nous montons une pente de 30% sur 100 mètres. Calculatrice à la main, il me dit :

"Je transporte l'équivalent de 14% de mon poids sur mon dos. 14% c'est grosso modo le pourcentage de taxes que l'on paye au Québec. Crois-moi, le monde serait bien plus léger avec 14% de moins !" J'ai ri. Et il ajoute : "D'ailleurs, si une personne a 14% de plus que son poids santé, les médecins seraient les premiers à fortement conseiller de s'en débarrasser." Fin de citation.

Les images qui suivent ont été prises lors de notre randonnée. Le sentier Lagunas Altas. Une rando de 20 km qui nous a fait prendre des hauteurs pour admirer des lagunes, un milieu forestier et des vues sur les vallées du parc national Patagonia. Chaque lagune me donnait l'impression de voyager d'un monde à un autre.

Quelques lagunes rencontrées durant notre randonnée.
Mare aux canards 
Au sommet


Rivière Chacabuco
Pique-nique à l'abri des peupliers. Espèce plantée un peu partout pour faire barrière au vent.

JOUR 29 : PERRUCHES ET MOUFETTE

On espérait réussir à photographier les condors et les pumas que nous avions repérés deux jours plus tôt. Ce sont une volée de perruches et une moufette qui se sont présentées à nous. Dans la vie, il faut savoir :

a) voir plus grand et se laisser surprendre par plus petit

b) baisser ses attentes et se satisfaire de moins

c) toutes ces réponses

Benjamin, objectif à la main et cul par terre pour saisir les perruches. La moufette est arrivée par sa droite.
19

Vendredi 30 décembre 2022

Ça y est, on amorce tranquillement la route du retour en revenant sur nos pas pour redescendre vers Ushuaïa.

On s'arrête aujourd'hui à Puerto Bertrand, minuscule village en amont de la magnifique rivière Baker. La rue principale est bien tranquille. Elle s'étend tout au plus sur 200 mètres. On y trouve deux cafés, un fast-food dans un vieux bus nommé McPatagonal's, un supermarché à l'allure de dépanneur, une école qui tient dans une maison, une mairie dans un champêtre chalet de bois et une clinique marquée d'une énorme croix rouge sur un toit de tôle. Les quelques piétons partagent la rue avec des "ti-culs en bécik", des chats, des chiens et des poules. Pas de voiture à circuler. L'activité principale semble être la pêche.

On se fait apéro les pieds pendants au bout d'un quai. L'air frais du lac nous gagne quand le soleil disparaît derrière la montagne qui nous fait face. C'est l'heure de trouver refuge au chaud.

Dans un petit restaurant situé hors rue principale, nous avons savouré la meilleure pizza cuite au feu de bois et dégusté une bière artisanale locale, la D'Olbek. Cette bière est brassée d'après une recette ramenée par des Belges qui se sont installés dans la région en 1948.

Je me mets au lit avec une toune des Colocs et de Beau Dommage en tête.

Puerto Bertrand sous le soleil, genêts en fleurs
Le ciel se couvre sur les Andes chiliennes
20
20

Samedi 31 décembre 2022

L'année se termine sur une note légèrement grise et pluvieuse par ici. Mais c'est seulement notre deuxième jour de grisaille depuis le début de notre périple, donc on s'estime très chanceux !

Les nuages, les rideaux de pluie et les percées de soleil procurent des décors aussi dramatiques que magnifiques.

Derrière la fenêtre d'un lodge qu'on a loué pour ce 31 décembre, on admire le paysage changeant sous les averses. Quel réconfort d'être au chaud et au sec quand les éléments se déchaînent à l'extérieur. Un pur moment de bonheur simple ! Je n'aurais pas voulu être ailleurs pour célébrer cette dernière journée de l'année en compagnie de l'homme que j'aime.

Sur la route pour Patagonia Acres Lodge
Patagonia Acres Lodge
Le ciel se couvre, mais on profite des derniers rayons sur le balcon.
Bonne fin d'année !
21

Dimanche 1er janvier 2023

Pour le premier de l'an nous avons quitté les Andes chiliennes afin de regagner les plateaux argentins.

Et en ce dimanche férié où tout est fermé, on se planque à l'abri du vent. Ce dernier ne connaît visiblement pas les jours fériés... On se repose dans la même petite cabane dans laquelle nous avions logé il y a une dizaine de jours dans la ville de Perito Moreno.

On reprend la route demain pour se rediriger vers notre parc national coup de cœur, Perito Moreno.

Congé férié même en voyage
22

Du Lundi 2 au jeudi 5 janvier 2023

J'ai eu la chance de fêter mon anniversaire dans en endroit sublimissime !

JOUR 33 : PERITO MORENO, LE RETOUR

Nous voilà revenus dans notre parc national coup de cœur, malgré une route longue et ardue pour s'y rendre. Comme quoi ce parc en vaut vraiment la peine !

Rien d'autre à rajouter, si ce n'est que la beauté des paysages ici nous émerveille toujours autant.

En refuge Gilberto au départ de la randonnée menant au mont San Lorenzo 
Toujours sous le charme de la nature ici présente
Il voulait me décrocher la lune. Je lui ai dit qu'une "lune de miel" en Patagonie était déjà plus que bien.
Comme une flamme qui lèche le ciel
Ciel de feu
Ciel poudré 
D'une percée sanguine jusqu'au petit matin 

JOUR 34 : TEMPÊTE

On dit que le monde de la mer et celui de la montagne se ressemblent.

J'ai goûté à la mer des Caraïbes, connu le lac Champlain, navigué en eaux bretonnes et fait une transatlantique...

J'ai skié dans les Rocheuses canadiennes, randonné dans les Pyrénées françaises et espagnoles, marché dans les hauteurs du Vercors et de l'Ardèche, parcouru les Alpes suisses et françaises...


Dos au vent et face au vent


La nuit dernière, j'ai senti les montagnes de Patagonie tanguer. Dans un refuge suspendu à 1000 mètres d'altitude, le vent grondait si fort que les murs tremblaient. Je me suis sentie comme l'un des trois petits cochons face au grand méchant loup soufflant avec férocité. Les gouttes de la fine pluie avaient à peine le temps de se poser car les bourrasques les balayaient aussitôt. Le ciel était si sombre et si chargé que j'ai presque cru qu'il allait nous tomber sur la tête. Le vent avait beau chasser les nuages, ils se suivaient comme des moutons noirs à la queue leu leu et dominaient ainsi le ciel. Au lever du jour, le soleil peinait à pénétrer la masse ténébreuse. À l'horizon on percevait un ciel sanguin à travers quelques percées nuageuses. La végétation tremblait comme des petites bêtes sous la force des rafales.

Pour avoir connu le monde de la mer et celui de la montagne, je confirme aujourd'hui que ce sont deux réalités qui se ressemblent. Face aux éléments qui se déchaînent, on fait au mieux pour garder son sang-froid et ne pas perdre le nord.

***

Après une courte et agitée nuit de sommeil, nous sommes partis plein nord pour rejoindre le fond de la vallée Rio Lacteo. La rando a été houleuse par moment ; j'ai cherché mon équilibre à quelques reprises à cause du vent qui me déportait et on s'est pris quelques "embruns" de poussière.

Après quelques heures de marche, nous avons atteint le cul-de-sac de la vallée au pied du mont San Lorenzo. Avec 3700 m d'altitude, cette montagne remporte le titre du plus haut sommet de Patagonie.

Que d'histoires autour de cette randonnée et de la vallée Rio Lacteo !

D'abord, cette partie nord du parc a été acquise par nuls autres que Kristine et Douglas Tompkins dans les années 1990. Les mêmes qui avaient acquis la vallée de Chacabuco dans le parc national Patagonia au Chili. Douglas Tompkins était tombé sous le charme de la vallée Rio Lacteo lors d'une excursion d'escalade dans la région et souhaitait la rendre accessible aux amoureux de la nature. C'est en 2013 que les Tompkins ont fait donation de leurs terres au parc national Perito Moreno initialement créé en 1937.

En 2016, un refuge baptisé Kris y Doug Tompkins a été construit dans le fond de la vallée Rio Lacteo. Je pensais que les bâtisseurs avaient fait acheminer les matériaux en hélicoptère. Que nenni ! Ils ont tout charrié à pied ! Il a fallu 120 portages sur un sentier de 11 km pour amener les 3600 kg de matériaux : tôle, bois, contreplaqué, fenêtres, portes, poêle à bois... Ils étaient 8 travailleurs pour tout transporter. C'est ce que j'appelle être motivé !


Refuge Kris et Doug Tompkins et photo d'une photo un portage de matériaux pour construire le refuge.

Par ailleurs, jusqu'aux années 80, ce même sentier ainsi que le Rio Lacteo étaient encore empruntés par un berger qui menait ses 20 000 moutons en alpage jusque dans le fond de la vallée. Son point de départ se situait plus au sud vers le lac Burmeister que nous avons déjà visité il y a quelques semaines. Cela représente environ 60 km à parcourir avec un énorme troupeau de boules de laine. Personnellement, j'ai bien du mal à m'imaginer une telle entreprise. À proximité du refuge Kris y Doug Tompkins, on retrouve des traces de cette vie d'alpage : une cabane en tôle rouillée, une charrette en ruine, les vestiges d'un enclos.

Je suis reconnaissante du travail des porteurs-bâtisseurs du refuge et complètement admirative de leur labeur. Je suis fascinée et épatée par la vie de berger dans ce bout de fin du monde...

Le 3 janvier 1986, je pointais le bout de mon nez en plein jour de tempête de neige à Montréal, grand centre urbain. Si on m'avait dit qu'un jour je fêterais mon 37e anniversaire en pleine tempête de vent dans l'un des endroits les plus reculés et sauvages de la Patagonie, je n'y aurais certainement pas cru (et mes parents non plus).

Curiosité artisanale dans une cabane de taule qui sert aujourd'hui d'abri aux randonneurs.
Vestiges d'une charrue face au Rio Lacteo


JOUR 35 : DANS LES NUAGES

Ce matin je me suis réveillée embrumée. C'est peut-être l'effet d'un lendemain d'anniversaire ou tout simplement celui des nuages qui brouillaient l'atmosphère.

Rivière Lacteo qui tire sa couleur du till, sédiment contenu dans les glaciers  
 Traverser la rivière gelée. Un défi que j'aurais eu du mal à relever sans les encouragements de l'homme que j'aime.

Malgré le temps nuageux, nous avons entrepris de poursuivre notre randonnée dans le fin fond de la vallée afin d'aller voir le glacier Lacteo au pied du mont San Lorenzo.

Sur le premier kilomètre du sentier, on a dû traverser le Rio Lacteo. Une rivière aussi glacée que sa couleur est laiteuse (d'où son nom d'ailleurs). Ce n'était pas une longue traversée, mais j'en ai tout de même pleuré tellement le froid me poignardait les mollets. "C'est bon pour la circulation" m'a dit Benjamin.

Cascades 

On a poursuivi dans une vaste étendue qui était probablement le fond d'un lac proglaciaire il y a plusieurs milliers d'années. Proglaciaire désigne ce qui provient de la fonte d'un glacier. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un désert de roc et de cailloux, comme un reg, dans lequel ruissellent quelques rus et pousse un peu de verdure en amont de la rivière Lacteo. Plus on avance, plus la vie y est aride et austère. "Harassée" comme le décrit si bien mon expert paléo-écologue. Il y a des cailloux à n'en plus finir. Il n'y a qu'un guanaco à traîner dans les parages. Sans doute écarté de son troupeau, il a finalement trouvé la paix absolue en cet endroit.

Pour nous guider, une soixantaine de cairns nous indiquaient le chemin à suivre jusqu'au pied du point de vue. Si nous avons pu observer le glacier et ses icebergs dans la lagune au pied du mont San Lorenzo, nous n'avons pas pu admirer le sommet de ce dernier. Il avait la tête dans les nuages et semblait obstiné à y rester. Ce mont se fait appeler "l'Everest" de la région par sa forme et sa hauteur. Il attire des alpinistes de partout dans le monde. Un peu déçus par la vue bouchée et éreintés par les bourrasques, nous avons rebroussé chemin vers notre refuge, vent dans le dos.

Dans le fond du lac
Glacier Lacteo au pied du mont San Lorenzo


Derniers instants à Perito Moreno

JOUR 36 : L'ÉTÉ

C'est par beau temps que nous sommes redescendus de notre fond de vallée pour regagner le centre du parc.

On sent que l'été est bien installé en Patagonie argentine. Le soleil brille, l'air est chaud, il fait bon de marcher pieds nus dans l'herbe et de se tremper les pieds dans les rivières qui coulent loin des glaciers. Il y a aussi la forte présence des taons, plus communément appelés mouches à chevreuil au Québec.

On profite de notre dernière soirée dans ce parc qui, vous l'aurez compris, est notre endroit préféré de ce voyage.

Cowboy des temps modernes. Doux rebelle en recherche de liberté et des grands espaces.
23

Vendredi 6 janvier 2023

On est bien tristes de quitter notre parc national favori si paradisiaque, paisible et sauvage.

Longue longue route aujourd'hui pour faire une escale de deux ou trois nuits à El Calafate. Près de 10h de char. Damnées routes de cailloux et de graviers !

On se fait rattraper par la haute saison. El Calafate grouille plus que jamais de touristes et de voyageurs.

Certains ont abandonné leur bolide en cours de route.
24

Samedi 7 janvier 2023

Avec l'affluence touristique à El Calafate, on se rend compte que les prochaines étapes prévues risquent d'être tout aussi achalandées, ce qui ne nous plaît guère. On évalue un plan B, voire même un plan C. Ce ne sont pas les envies et les idées qui manquent, mais l'organisation de dernière minute en Patagonie n'est pas chose simple... À suivre dans le prochain épisode !

On a aussi souligné, avec quelques jours de décalage, mon anniversaire dans un bon resto de grillades. Benjamin a pu se régaler d'un classique de la Patagonie : agneau à la broche. Et pour ma part, langoustines grillées sur lit de risotto de quinoa.

Les fameuses grillades d'agneau de Patagonie. Personnellement, ça ne me fait pas saliver, mais ça reste un classique du coin.
25

Du dimanche 8 au mercredi 11 janvier 2023

JOUR 39 : CHOISIR ET SAVOIR RENONCER

Après moult doutes et pléthore questionnements, on a pris la décision de redescendre vers le Sud en faisant un crochet à Torres del Paine comme initialement prévu.

Nous voulions revenir dans ce parc national, car c'est le meilleur endroit pour observer et photographier des pumas de près. Ils sont plus imprégnés par la présence humaine vu la forte fréquentation touristique et donc moins craintifs. Ceux que l'on avait observés à la jumelle dans le parc national Patagonia détalaient rapidement à l'approche d'un être humain.

Notre deuxième option était de partir plein est vers l'Atlantique au parc national Monte Leon. Un parc très peu fréquenté entre terre et mer où l'on peut entre autres observer des cormorans, des manchots de Magellan et des lions de mer. J'épargne les détails de tous nos questionnements, mais ça ajoutait beaucoup de millage au compteur et les offres d'hébergement étaient plutôt incertaines.

Notre troisième choix était de combiner les deux en effectuant une gymnastique géographique pas piquée des hannetons !

Finalement, le voyage tirant à sa fin, le temps étant compté et ayant déjà vécu quelques péripéties éprouvantes, on a opté pour l'option facile de revenir en milieu connu plutôt que de s'aventurer en terre inconnue. La découverte de nouveaux espaces comporte son lot de plaisir et d'excitation, mais c'est aussi bien de savoir s'arrêter et d'apprendre à apprécier ce qu'on connaît déjà sous un angle nouveau.

À notre arrivée à Torres del Paine, notre appréhension de se retrouver en pleine affluence de vacances estivales s'est bel et bien confirmée. On va devoir composer avec cette réalité et assumer notre choix.

Les photos qui suivent représentent des lieux de passages où nous nous étions arrêtés en début de voyage ainsi que sur la route du retour vers Torres del Paine. Lieux plutôt banals, mais qui furent des haltes logistiques importantes.

Station service en milieu de pampa. Elle nous aura bien dépannés !
À la frontière, côté Chili, un snack-dépanneur-boutique directement sorti du far west. Ils y font les meilleurs empanadas, végés e...
La valeureuse bête qui nous accueille à l'entrée de ce lieu atypique (photos prises par Benjamin et son iPhone)
Lac Nordenskjöld

JOUR 40 : LÂCHER PRISE

Je dois admettre que nous avons un peu commencé cette journée dans un mauvais état d'esprit. On se demandait encore si nous avions pris la bonne décision de revenir ici. Peut-être aurions-nous dû nous laisser surprendre par de nouvelles aventures côté Atlantique...

Nous avons sillonné une partie du parc que nous n'avions pas encore exploré. C'était magnifique, malgré les autocars.

Chutes du Lac Pehoé.

En fin d'après-midi, l'air dépité, on a voulu trouver refuge dans un petit abri au bord d'une lagune un peu excentrée pour profiter de la vue d'une flambée de flamants roses et pour s'extraire de la cohue. Ce fut plus ou moins concluant. Des bus de touristes ont su nous rattraper.

En retournant vers notre camping, on a croisé Miguel, un guide avec qui Benjamin avait sympathisé lors de notre première venue au parc. Il nous a donné le filon de la présence de deux pumas cachés dans la végétation en bord de route. Une mère et son petit (plus si petit d'ailleurs). À l'ombre d'un buisson, ils étaient à 15 mètres du chemin. Il était alors 19h00. Nous avons patienté jusqu'à ce que l'activité sur le chemin se calme et jusqu'à ce que les deux fauves s'activent. Vers 21h00 ils ont commencé à lever la tête et à tendre les oreilles, attentifs à toute nouvelle proie. Benjamin se tenait à 10 mètres d'eux avec son objectif. Moi à 20 mètres derrière Benjamin avec un bâton à la main... J'avais lu sur certains sentiers pédestres qu'en cas d'attaque de pumas, il ne fallait surtout pas courir et leur tourner le dos ! On devait leur lancer des projectiles pour les éloigner. J'étais prête. Ç'a eu le mérite de faire rire mon homme !

Quand les félins se sont mis en mouvement, Benjamin, excité, les a suivis de près et moi, d'un peu moins près, mais fascinée. Voyant qu'ils n'en avaient que faire de nous, je me suis détendue et j'ai lâché mon bout de bois. On les a suivis dans leur chasse pendant une bonne heure, jusqu'à ce que les lumières du jour disparaissent.

C'était spectaculaire de voir ces deux pumas évoluer si près de nous. Le petit semblait définitivement plus joueur, moins expérimenté aux choses de la chasse. La mère était plus discrète, moins à la vue des regards.

Ils m'ont tous les deux tourné le dos. L'un en quête de proies, l'autre en quête d'images.
J'avais lâché mon bâton, mais je le gardais à mes pieds. Ahah !
Pique-nique au soleil

JOUR 41 : ACCEPTATION ET FARNIENTE

Suite à l'exploit photographique de la veille, on s'est définitivement réconciliés avec notre retour à Torres del Paine. On a tout simplement profité du beau temps pour faire farniente en attendant de grimper sur les plateaux pour observer la faune et capter les paysages sous le soleil couchant.

À l'heure venue, on a aperçu un gros matou perché en haut d'une butte baignée par le soleil. Ce puma avait l'air aussi fier qu'il était costaud. Tête haute et oreilles bien droites, face à la lumière. N'ayant pas senti de m'approcher de cette bête, j'ai laissé le photographe s'avancer en solo. J'ai bien fait car, il n'a visiblement pas apprécié l'intrusion sur son territoire. Oreilles et tête baissées, il a pris une position de chasse avant de se défiler en douce derrière sa butte.

Troupeau de bovins en déplacement guidé par 6 chiens et deux gauchos (cowboys de Patagonie). Ça faisait un boucan d'enfer !
Guanaco intrigué qui nous a tenu compagnie quelque temps dans la hauteur des plaines
Belle fin de journée

JOUR 42 : FATIGUÉS, MAIS ACTIFS

Force est de constater qu'après plus de 5 semaines d'aventure, la fatigue commence à se faire sentir. La fatigue et aussi la tristesse de voir ce voyage tirer à sa fin. Benjamin repartira voguer en Antarctique et je retrouverai bientôt l'hiver québécois. Snif, snif... Mais en attendant, ne pas se laisser démoraliser et profiter au maximum des jours à venir.

Balade du jour au bord d'une lagune en processus de reforestation suite à un feu de forêt survenu il y a quelques années. Un décor d'arbres morts et calcinés, offrant des formes sorties d'une histoire de fantômes. Certains encore debout arborent fièrement leur feuillage. À travers les vestiges et les quelques survivants, un tapis herbacé et fleuri digne d'un conte de fées a repris vie. En fond d'écran, les plaines, les tours de Torres del Paine et l'eau turquoise de la lagune.

Les feux de forêt sont des phénomènes communs en Patagonie, surtout côté Argentine où les terres subissent plus de sécheresse. Le vent et l'absence de fortes pluies dans les terres participent à ces incidents. Les pompiers n'ont d'ailleurs pas toujours la tâche facile à cause du facteur éolien.

Les arbres typiques des forêts de Patagonie sont le Lenga, le Coigue et le Nire, trois arbres s'apparentant aux hêtres de l'hémisphère nord.

En soirée, retour sur la route en quête de pumas. C'est vers 18h00 que Benjamin repère avec ses yeux de lynx le matou costaud de la veille. On s'est approchés calmement, tout en restant suffisamment à l'écart, pour s'installer sous un bosquet, les fesses dans la végétation. Une végétation piquante. C'est d'ailleurs le propre de la végétation des espaces arides et désertiques, à notre grand déplaisir pour l'observation en cours... Après presque deux heures à scruter les mouvements du puma, nous sommes allés voir ailleurs. Voyant qu'il n'était pas très coopératif à participer à notre photoshoot, on l'a laissé vivre sa vie sur son territoire.

Vers 20h30, quelques kilomètres plus loin, trois guanacos en alerte nous ont fait repérer un deuxième félin. Plus petit que le premier, sans doute plus jeune aussi. Benjamin a réussi à lui tirer le portrait avant qu'il ne se défile à l'anglaise dans une tranchée en bord de route.

Vestige d'un feu de forêt.
Nos faces fatiguées
En attendant le gros puma. On ne le voit pas sur la photo, mais il est caché une cinquantaine de mètres derrière moi.

Je tiens à spécifier qu'on dit que le guanaco "siffle" pour alerter de la présence d'un puma. Pour ma part, je trouve que leur sifflement ressemble beaucoup plus à un mélange d'un hennissement de cheval à l'agonie et d'un gloussement de coq qu'on égorge.

26

Jeudi 12 et vendredi 13 janvier 2023

JOUR 43 : CHANGEMENT DE PÔLE

Notre temps s'achevant à Torres del Paine, nous avons quitté notre lagon bleu du nord du parc pour descendre un peu plus au sud, nous rapprochant ainsi de notre route pour le retour.

C'est encore une belle journée de vent, amenant cette fois-ci de jolis nuages de pluie.

On dort en camping, mais on se paye le luxe d'un resto sur l'île du lac Pehoé. Le pont reliant la route à l'île est probablement la construction suspendue la plus artisanale sur laquelle j'ai eu l'occasion de marcher. Je doute de sa solidité à chaque passage, mais voyant qu'il résiste à des vents de 120 km/h, je lui fais confiance.

Resto et apéro au ras de l'eau.  
Ça ne paraît pas sur la photo, mais le pont se balançait sous nos pas. 
Le mauvais temps qui se pointe
Balade matinale au camping, sur le bord du lac Pehoé

Note post-voyage : À ce point du voyage, la fatigue jouait sur nos nerfs. Le vent incessant commençait aussi à taquiner notre moral. C'était éreintant. Notre énergie se déchargeait plus rapidement et nous avions du mal à recharger les batteries malgré de longues nuits de sommeil. Malgré tout, nous avons fait notre possible pour tirer le meilleur de nos journées et pour saisir tout élément positif qui se présentait à nous. Il n'était pas question de se laisser abattre par les intempéries et les déconvenues dans un environnement aussi grandiose. Avec du recul, je suis extrêmement satisfaite de tout ce que nous avons vécu et je n'ai aucun regret quant aux décisions que nous avons eu à prendre. Comment aurions-nous pu être malheureux devant tant de beauté et avec tant d'amour pour se soutenir ? Parce que oui, malgré les coups durs, nous avons toujours réussi à se donner douceur et tendresse. L'amour, c'est une de nos forces.


JOUR 44 : MIRADOR DES CONDORS

Après une balade matinale sur le site du camping, nous avons tenté de monter un tout petit mont face au lac Pehoé. Au sommet de ce mont, sur une paroi rocheuse, se trouve un nid de condors. D'en bas, on aperçoit d'ailleurs des coulées blanches, traces laissées par le guano (fiente) des volatiles. Dans les hauteurs, il est possible de voir décoller les condors et de les observer sous leur plus bel angle. Qui plus est, le pic offre une vue 360 sur les environs.

Malheureusement, pour ma part, je n'ai pas réussi à gravir les 100 derniers mètres permettant d'atteindre le point de vue. Trop de vent. 150 km/h probablement. Voyant un groupe faire demi-tour et d'autres randonneurs à plat ventre au niveau du col, j'ai renoncé à marcher plus loin. Un jeune homme nous a dit "n'y aller pas, c'est littéralement comme une tornade, ça ne vaut pas le coup".

Mais certains ont l'âme plus aventurière et téméraire, comme Benjamin qui bravé la "tornade" jusqu'au sommet. Quand je l'ai vu redescendre un peu plus tard, il était plié en deux, tête baissée contre le vent. Arrivé à ma hauteur, il était essoufflé par l'effort.

Malgré tout, j'ai quand même pu voir deux condors planer en mode stationnaire au-dessus de ma tête. Je ne regrette pas d'être restée à l'écoute de mon corps, à distance des inclémences éoliennes.

Un couple d'ouettes sur le bord du lac. Les ouettes ressemblent à des petites oies sauvages.
Face au vent. Et encore, il avait la force de rester debout. D'autres randonneurs sont descendus en rampant contre le vent.
27

Samedi 14 janvier 2023

C'était au tour de notre bolide d'éprouver son moment de fatigue ! Il a eu du mal à démarrer sa journée au petit matin. Pendant un instant on s'est bien vus sur le bord de la route à devoir quêter un bus ou un covoiturage, chargés comme des mules. Mais avec un petit coup de pouce de l'homme à tout faire du camping et quelques tapes sur le derrière, elle s'est remise en route. Fiou !

Étape du jour : parc national Pali Aike. Ce bout de terre de 50 km2 est situé à quelques lieues du ferry qui nous permettra de regagner la Terre de Feu. C'est donc un point d'arrêt stratégique pour couper la route vers Ushuaïa et, paraît-il, c'est un bon endroit pour voir des pumas.

Pour cette nuit, on dort à San Gregorio, porte d'entrée vers le parc national Pali Aike. C'est un village qui a certainement connu de belles années, mais qui tombe quelque peu en ruines à l'heure actuelle. D'ailleurs, des villages et des fermes en décrépitude, on en compte quelques-uns en Patagonie...

On aurait bien voulu bivouaquer en bord de mer, mais la météo et la géographie des lieux ne jouent pas en notre faveur. On se rabat donc sur la seule option de couchage des environs, c'est-à-dire un motel qui sort tout droit d'un road movie des années 70. Notre chambre est à peu près aussi fatiguée que notre char ce matin, mais on sent tout de même un effort de décoration. On a une vue imprenable sur une plaine surmontée de débris, mais de jolies fleurs y trouvent quand même leur chemin. Le vent passe sous la porte, mais le chauffage fonctionne à bloc...

Bon. On va se contenter de l'accueil des lieux pour cette nuit. L'important c'est de dormir au chaud et au sec. Finalement, on est bien heureux.

Arrêt lunch à Puerto Natales où on retrouve un peu d'air marin.
On se sent comme Bonnie and Clyde en cavale, cachés dans un motel pourri. 
28
28
Parque nacional Pali Aike

Jour 46 : Changement de décor

Dimanche15 janvier 2023

De la Cordillère des Andes, nous sommes transportés dans la steppe volcanique. C'est au cœur des cratères d'anciens cracheurs de feu et des coulées de lave solidifiée que nous nous promenons. Un grand changement de décor et d'ambiance.

Les volcans de Pali Aike sont entrés en éruption il y a plus de 10 000 ans. Ce parc national attire de nombreux volcanologues, géologues, archéologues ainsi que d'autres experts de l'histoire et de la science. Les recherches sur le site ont permis de trouver la présence d'animaux préhistoriques comme le tigre à dents de sabre, le mylodon et l'hippidion. Pour mémoire, le mylodon était une sorte de paresseux géant qui pouvait mesurer jusqu'à 3 mètres. L'hippidion était, pour sa part, un ancêtre du cheval.

Des outils préhistoriques datant d'environ 8 000 ans ont également été trouvés, notamment des couteaux, des têtes de flèches et des boleadoras. Ces derniers sont des bolas faites d'une pierre pendue à l'extrémité d'une corde qui servaient à capturer les guanacos et les cerfs. Les chasseurs lançaient l'arme en direction des bêtes afin que celles-ci s'enroulent autour de leurs pattes. Cela devait demander une certaine adresse !

Les archéologues ont finalement découvert 6 corps humains momifiés. Il n'y a pas d'explication à ce jour sur la momification de ces corps, mais ils prouvent à coup sûr la présence d'une activité humaine dans les parages.

Pour ce qui est des peuples indigènes de la région, les Aonikenks, les traces de leur présence remontent à 4 000 ans. On les appelle aussi les Tehuelches, issu du vocable du peuple Mapuche, qui signifie "braves gens". Magellan les aurait surnommés Patagon, inspiré du nom d'un personnage géant dans le roman espagnol Primaléon. Paraît-il effectivement que les Aonikenks étaient très grands, si bien que sur les premières cartes qui furent dessinées, on nommait cette partie de l'Amérique "Terre des géants". La colonisation ayant eu ses répercussions, les descendants des Aonikenks ne sont plus nombreux de nos jours.

Alors voilà, nous marchons aujourd'hui dans les traces des peuples des premières nations, par grand vent, comme d'habitude. Les parois des cratères offrent des abris coupe-vent qui devaient être précieux pour ces peuples nomades. Il y a d'ailleurs des grottes à l'intérieur de certains cratères.

La roche volcanique sous nos pieds est cassante. Son bruit est creux, le magma figé est tranchant, les couleurs sont sombres. C'est une ambiance plutôt hostile qui règne dans le ventre des cratères. J'avoue que ça me dresse le poil par moment. J'imagine les éruptions de lave brûlante et ça m'impressionne autant que ça m'effraie. Il n'y a qu'un point d'eau sur le site de Pali Aike. C'est une lagune d'eau saline due au contexte volcanique. En temps normal, elle est source précieuse pour la vie aviaire locale et migratrice. Ceci dit, il pleut si peu, qu'elle est pratiquement tarie à l'époque où nous y sommes, donc pas beaucoup d'oiseaux à l'horizon. Les précipitations moyennes annuelles ne sont que de 200 à 400 mm. Autant dire que c'est la quasi sécheresse.

On termine la journée en regagnant la Terre de Feu qui regorge d'histoires riches et fascinantes. Mais je garde ces histoires pour une autre fois. La route est encore longue jusqu'à Ushuaïa, il est temps de se reposer.

Flanc de cratère et lave pétrifiée
Grotte et parois de cratères
Lagune saline
Au cœur du cratère "El Diablo"
C'est reparti pour la Terre de Feu. Le ferry est le seul moyen de regagner cette île.
29

Lundi 16 janvier 2023

Hier soir, après être passés en Tierra del Fuego, nous avons dormi à Porvenir à proximité de Bahía Inútil. On suppose que la dénomination de cette baie tient du fait qu'elle n'offrait aucun avantage aux navigateurs de l'époque : pas d'ancrage, pas d'abris, peu de pêche...

Porvenir est une ville portuaire sans grand intérêt touristique en soi, mais à proximité de jolies réserves naturelles dont celle de Pinguinos Reys. Cette dernière est une réserve où vit une colonie de manchots royaux qui s'y sont installés dans les années 2000. Probablement partis des Malouines, archipel à l'est de la Patagonie argentine, ils sont arrivés de façon spontanée et naturelle en ces lieux. Ils auraient nagé plus de 600 kilomètres afin d'aboutir dans le fond de cette immense et profonde baie. La raison de ce grand déplacement reste obscure. La colonie compte environ 350 individus. D'ordinaire, on retrouve des colonies de manchots royaux en région subantarctique dont la densité de population peut s'élever à 150 000 individus.

Malheureusement, le site d'observation est payant et ouvert du mardi au dimanche. Mauvaise pioche, on est lundi... Je ne savais pas que les espaces naturels avaient des jours de congé.

Non, mais sérieusement, je comprends tout à fait la nécessité de préserver le patrimoine naturel. Une surveillance quotidienne des lieux avec un accès à distance limitée et contrôlée me semble importante et pertinente. Une contribution volontaire ou symbolique reste également raisonnable. Mais visiblement le site semble plutôt géré comme un business à but lucratif et cet aspect me fatigue. Le centre d'accueil est placé à 20 mètres du début de l'espace de vie de la colonie. Ils auraient pu établir cette infrastructure un peu plus en retrait, pour respecter l'environnement des pauvres manchots. Avant de faire de l'environnement un bien de consommation massive, je suis d'avis qu'il est surtout primordial de sensibiliser les populations à l'importance de préserver la nature et d'éduquer sur les "codes de conduites" en milieu naturel. Beaucoup de vacanciers s'aventurent au sein d'espaces naturels pour aller chercher la photo "instagramable" sans vraiment prendre conscience de la chance qu'ils ont d'évoluer dans ces lieux, sans observer réellement l'environnement qui les entourent.

Bref, j'ai tout de même aperçu quelques têtes de manchots royaux de loin grâce à nos jumelles. Si nous n'avions pas été chassés par "le chien de garde" du site, j'aurais pu observer les petites têtes de manchots et leur environnement pendant des heures. La route qu'ils ont parcourue pour atterrir dans le fond de cette baie me sidère ! Ils sont partis de loin et ont dû traverser tout un dédale d'îlots pour en arriver là ! Certes, ce sont des oiseaux aquatiques qui se débrouillent mieux sous l'eau que sur terre, mais tout de même, ils ne sont pas équipés de branchies.

À défaut d'avoir pu profiter pleinement des attraits de Pinguinos Reys, nous avons pique-niqué entre deux dunes dans un refuge de bord de route. Nous y avons rencontré un couple de voyageurs à vélo. Ils sont partis d'Ushuaïa il y a quelques semaines et remontent jusqu'à Santiago. Ils ont 6 mois pour accomplir cette entreprise. Lors de notre échange, ils nous ont confirmé que le vélo en Patagonie c'est un peu la misère. On a senti une pointe de découragement et de lassitude face au vent... Ça valide ma pensée actuelle sur ce mode de déplacement dans les plaines et les steppes patagoniennes.

Panses bien remplies, nous voilà repartis direction Argentine. On s'arrête à Tolhuin aux abords du Lago Fagnano pour une halte de quelques jours histoire de décompresser de notre aventure. Repos pour Benjamin qui reprendra le travail dans une semaine et transition douce pour moi qui remontera à Montréal.

La route était belle aujourd'hui. C'était agréable de longer la côte de Bahía Inútil. Certaines dunes me rappelaient les landes des rives bretonnes. Nous avons pu respirer quelques bouffées d'air iodé. Ça revigore, ça fait du bien.

On s'endormira ce soir dans une petite cabane entourée des paysages forestiers et des lacs du sud de la Terre de Feu.

Sur la route, une lagune abritant des cygnes à tête noire.
Cabane de pêcheurs et prairies au bord de Bahía Inútil
Estancia, en bord de mer. Bâtisse blanche et toit rouge, clôture aux mêmes couleurs. Typique des estancias de Patagonie.
Fenêtre forestière sur le coucher de soleil
30

Mardi 17 janvier 2023

Je me suis octroyé un congé de rédaction.

Notre refuge de Tolhuin avec vue sur lac et montagnes.
31

Mercredi 18 et jeudi 19 janvier 2023

On se l'est coulé bien douce ces deux derniers jours. Il faut croire que la maisonnette que nous avons louée à Tolhuin se prête vraiment à la vie de vacances après tant de bourlingue et de longues journées à capter la faune sauvage de l'aube au crépuscule. La petite bourgade est cernée par quelques réserves naturelles provinciales et sites historiques des peuples autochtones. Trois peuples se partageaient la Terre de Feu : les Seklnam, les Yamana et les Haush. Les peuples Seklnam et les Yamana dominaient la majeure partie du territoire, les uns occupaient le nord et les autres, le sud et ses archipels. Les Haush étaient principalement établis dans la pointe est de l'île.

Le village de Tolhuin et ses environs forment une étendue qui était essentiellement habitée par les Seklnam. Dans la région, on retrouve en plusieurs endroits des représentations de ce peuple indigène. Hommes, femmes et enfants étaient vêtus de peaux de guanaco, portées comme une cape ou un pagne. Ils et elles avaient aussi pour tradition de peindre sur leur corps des motifs et lignes simples de couleur rouge, noire, blanche et/ou jaune. Paraît-il que c'était pour exprimer un état d'esprit.

Balade au bord du lac

À la base, ce peuple nomade occupait principalement la partie la plus méridionale de l'île. Cependant, l'arrivée des colons européens sur ce territoire à partir des années 1880 a forcé les Seklnam à se déplacer plus au sud. Effectivement, l'introduction des élevages de moutons par les colons a créé des conflits entre les nouveaux arrivants et les Seklnam qui chassaient tout naturellement les bêtes de laine. Ces manières déplaisant forcément aux colons, ces derniers chassèrent les Seklnam de leur territoire. La rencontre avec les peuples du sud a alors entraîné d'autres conflits.

À Tolhuin, tout près du lac Fagnano, il y aurait un ancien site d'enterrement du peuple Seklnam. Ils y reposent en paix entourés d'habitants qui semblent bien honorer leur mémoire. La littérature sur l'histoire de Patagonie parle d'extinction des peuples autochtones, mais selon mes récentes lectures, ce fait serait démenti. Vivent encore aujourd'hui quelques descendants de ces peuples qui cherchent à partager leur culture et le passé de leurs ancêtres.

Et, pour la petite histoire de fin de journée, la Tierra del Fuego tire son nom du fait que Magellan, à son arrivée par bateau, apercevait plein de lueurs de feux sur la côte et dans les terres. C'est que les peuples natifs maîtrisaient l'art du feu pour se réchauffer, tout simplement.

À la mémoire du peuple Seklnam
Apéro sur le balcon
Coucher de soleil de feu en Terre de feu. Photos sans filtre, c'est assuré !
32

Vendredi 20 et samedi 21 janvier 2023

Revenez à la case départ, passez go et réclamez votre valise ! Il faut croire que mon bagage n'était pas pressé de voyager. Il est arrivé à Ushuaïa le 3 janvier et m'attendait là depuis. Air Canada aura mis plus d'un mois à l'envoyer de Buenos Aires à Ushuaïa... Mais oublions cette histoire de retrouvailles de valise.

Nous revoilà donc à Ushuaïa. Cette ville située entre terre et mer au bout du canal de Beagle tirerait son nom du dialecte du peuple indigène Yamana qui vivait dans les environs. "Ush-" signifie "profond" et "-waïa" désigne une "baie, crique". C'est donc la ville du fond de la baie.

Sur la route qui nous ramenait dans ce bout du monde, nous avons réalisé à quel point la nature environnante y est verdoyante. Nous avions un peu oublié la géographie de ces lieux traversés il y a 7 semaines. Alors préoccupés par les soucis administratifs douaniers de l'un, embêtés par la perte de valises de l'autre et empressés de traverser le détroit de Magellan, nous n'avions que très peu porté attention au paysage de la Terre de Feu.

Plus attentifs et disponibles sur la descente, nous admirons les tableaux montagneux et forestiers enchevêtrés de lacs et de tourbières. La pointe de l'île septentrionale de la Terre de Feu signe la fin de la Cordillère des Andes. Les vastes steppes du nord et les plaines vallonnées centrales de l'île sont derrière nous. On ne voit plus de guanacos sauvages ou d'élevages de moutons.

Le retour aux sources nous donne de l'inspiration pour de futures expériences patagoniennes. La nature environnante y est certainement très belle à saisir et à découvrir.

Sur la route du grand retour à Ushuaïa
Urbaine, touristique et portuaire Ushuaïa portant un fort passé industriel et jadis terre de bagne.
Une dernière soirée, ça se souligne
33

Dimanche 23 janvier 2023

Toute bonne chose a une fin. Aussi énervant soit-il de prononcer ce dicton pré-mâché, le temps est venu de clore cette aventure. On se sépare tristement, comblés par tout ce qu'on a vécu. Après avoir passé 52 jours 24/24h ensemble, c'est déchirant de repartir chacun en solo vers des pôles opposés. Mais comme mon cher et tendre le dit si bien : "Si l'aventure se termine, c'est qu'elle a pu commencer et avoir lieu, et c’est déjà une grande chance". Effectivement. Et il y aura certainement d'autres projets à suivre ce premier périple en duo.

C'est sous un ciel bleu de mer que l'avion a survolé le canal de Beagle avant d'effectuer un crochet direction nord.

Ushuaïa vue des airs et extrait du canal de Beagle, aussi appelé Onashaga en langue yamana, qui signifie canal des chasseurs.
34

Un aller Rennes-Kaboul. Plus de 7000 km. C'est la distance totale parcourue ces 7 dernières semaines. C'est plus que la distance maximale du Canada d'un océan à l'autre.

Nous avons souvent été émerveillés sur les routes arpentées : plaines vallonnées, steppes désertiques, espaces forestiers, montagnes de toutes grandeurs, lacs, rivières et tourbières, sans oublier la mer... Mais je ne cacherai pas que malgré tous les beaux paysages rencontrés, il y a aussi eu des moments de grande fatigue, d'inquiétudes et de doutes. Si bien que parfois nous avons failli rebrousser chemin, complètement découragés.

Le trajet a parfois été long et éprouvant : pistes non pavées, chaussées accidentées, larges nids de poule, bourrasques violentes... Des guanacos et des nandous qui surgissaient devant le véhicule sur un coup de je ne sais quoi. Sans oublier de petits passereaux complètement déstabilisés qui subissaient l'affront de notre parechoc. En larmes, j'ai même érigé un petit mémorial en bord de route pour l'un d'eux.

On a traversé des villages fantômes, des estancias abandonnées, des bleds qui tiennent sur trois bouts de tôles, des villes aussi glorieuses qu'un "fond de culotte" (expression de mon cru spontanément citée en moment de désespoir).

On a aussi entrevu des villages colorés et fleuris, quelques refuges de bord de route pour les routards et des centres "urbains" grouillants de vie (El Calafate et Ushuaïa).

Nous avons souvent roulé en nous demandant si nous allions atteindre une station-service avant de tomber en panne. On a vite compris qu'il valait mieux s'équiper d'un jerrycan pour éviter les mauvaises surprises.

Aussi on s'estime vraiment très chanceux que notre Toyota Primus, pas 4x4 pour un sou, ait survécu à tout ce périple sans accro ! Combien de fois j'ai serré les fesses et croisé les doigts en espérant que rien ne soit percé sous le véhicule ou qu'aucun pneu ne crève. Nous sommes d'autant plus chanceux car nous n'avons jamais rencontré la pluie sur notre route. Avec toutes les pistes de sable, de terre, de gravier et de caillasse sillonnées, notre véhicule aurait alors très bien pu s'enliser à tout moment. Et, évidemment, ces lieux propices à l'enlisement se trouvent principalement dans des no man's land sans réseau et sans âme qui passe.

Sur les routes
Sur la route d'Ushuaïa 


Lui, source d'amour et d'inspiration.

APARTÉ #4

Il m'a souvent dit qu'il me trouvait courageuse d'avoir plié mes baluchons pour aller m'installer dans sa petite maison de la forêt boréale et d'avoir pris le temps de le suivre au bout du monde pour son projet de reportages.

Moi je le trouve courageux de vivre de ses passions. Fin vingtaine et spécialiste en paléoécologie, il a quitté les laboratoires de recherche pour partir à l'aventure et à la poursuite de ses rêves. Il voyage aujourd'hui entre les deux extrémités du globe pour guider, rédiger, photographier et donner des conférences sur la faune et l'environnement. Tout cela lui vaut une brillante carrière. Il est certainement une grande source d'inspiration.

35

Au moment où j'écris ces lignes, je pense qu'il est encore un peu précoce pour faire un bilan alors je fais plutôt une rétrospective. Je ne tire ici aucune conclusion de cette aventure, mais je passe simplement en revue les faits et évènements vécus. Et j'ai envie d'écrire quelques dernières lignes avec l'énergie du mouvement, celle qu'on ressent quand on est loin de chez soi. Une énergie qui existe loin de son confort quotidien et de ses repères. Une énergie créatrice et spontanée.

Alors voilà, je pose ici des moments simples et grandioses, des petits détails d'une grande importance ainsi que des instants doux et farfelus.

Arc-en-ciel sur Ushuaïa


NOTRE PALACE

Sa tente 5 étoiles qu'il me disait. Notre plus fidèle abri. Toujours là en cas de besoin et toujours debout malgré les intempéries. Elle brillait non seulement par sa couleur juteuse, mais aussi par sa fiabilité et sa solidité.

22 nuits en tente, 6 terrains de camping et 2 espaces bivouacs.

À la sortie du ferry, Torres del Paine, Lago Roca, El Chalten et quelque part sur la Carretera Austral.


Dans un refuge du parc national Perito Moreno 

À L'ABRI

Que ce fût pour s'abriter du vent, cuisiner, manger ou dormir, refuges et abris furent des espaces salvateurs. De bois, de tôles, entiers ou semi-ouverts, nous avons su investir et apprécier ces lieux.

Que trois lieux sont représentés ici, mais tous les campings que nous avons visités étaient pourvus d'un espace couvert, essentiel dans ce territoire incessamment ventilé. Au Chili, le long des routes, il se construit depuis 2018 des refuges pour cyclistes et motards. Ces cabanes servent de haltes pour dormir ou pour manger tout simplement.

D'ailleurs, qu'est-ce qu'on a mangé tout ce temps en bourlingue ? Beaucoup de cannes de thon. Plus que j'en mange normalement en deux ans. Il était difficile de trouver et de conserver des fruits ou des légumes frais. D'autant plus qu'ils étaient confisqués en chaque passage de douanes lorsqu'on changeait de pays. Les conserves de légumes, de légumineuses et de sauces ont donc été de précieux alliés. On apprêtait le tout avec des épices pour jouer avec les saveurs. Très important les épices en camping ! C'est léger, ça ne prend pas de place et ça varie les plaisirs.

En spécialités locales on a mangé quelques empanadas qui sont très bon marché dans ce coin du globe. On a apprécié quelques pizzas cuites au feu de bois. Les Italiens peuvent se rhabiller, les meilleures pizzas se dégustent en Patagonie. Benjamin a pu se régaler de viande de bœuf, d'agneau et de guanaco à quelques reprises. Pour ma part je n'ai pas manqué de plats végétariens ou de poissons et de fruits de mer : risotto, merlu noir, truite, saumon, langoustines... En douceur sucrée, nous nous sommes délectés de dulce de leche et de confiture de calafates.

Kau Laguna Azul au parc national Torres del Paine et camping au parc national Patagonia
parc national Perito Moreno
parc national Perito Moreno
Lagunas Altas au parc national Patagonia  

EN RANDONNÉE

Y en avait zut de la voiture ! On avait besoin de se dépenser en randonnée et de découvrir les paysages de la Patagonie à travers d'autres modes de déplacement, malgré les difficultés rencontrées.

On a fait 4 grandes randonnées : une corsée et vertigineuse, une trop achalandée, une très relaxe, une plus longue que prévue et une sur 3 jours.

Cerro Cristal avec vue sur le glacier Perito Moreno dans le secteur El Calafate et Lagunas Altas au parc national Patagonia
Tour de l'ile Belgrano au parc national Perito Moreno
Randonnée Rio Lacteo et mont San Lorenzo au parc national Perito Moreno 
Randonnée Rio Lacteo et mont San Lorenzo au parc national Perito Moreno  
Sur le terrain privé de l'Estancia La Estela 

PROMENADES ET BALADES

Si l'on a fait quelques randonnées, on a aussi beaucoup marché le long de petits sentiers et de circuits sans grandes difficultés.

Rio Volcano à Perito Moreno, vallée de Chacabuco, Patagonia Acre Lodges, parc national Pali Aike, Lago Fagnano à Tolhuin
En repérage 

AUX AGUETS

Je ne compte plus le nombre de fois où l'on a scruté les horizons, où j'ai tenu l'appareil photo pendant qu'il conduisait, où il s'arrêtait pour prendre un cliché... C'était tout de même le but de ce périple après tout.

Tant de moments que je ne saurais tous les énumérer.  
Patagonia Acre Lodges 

LE LUXE DU CONFORT

À travers tant de camping, de shootings photo, de randonnées, de promenades et d'émotions fortes, on a su trouver un peu de confort pour se détendre.

Estancia la Estela 
Terra Luna Lodge
Patagonia Acre Lodges 
Los Aranandos à Tolhuin

***

C'est au son de tambours qu'ils célébraient une victoire. Ça devait être grandiose quand ils ont remporté la grande finale. 

CES PETITS DÉTAILS

Un match de foot remporté, une cantine à la frontière, des pique-niques improvisés en bord de route, les corvées à la rivière, les chevaux rois chez eux, un petit renard en quête de nourriture, un restaurant aussi miteux que l'hôtel attenant... Autant de moments de vies insolites et/ou banals qui nous ont fait réagir.

On a été heureux, séduits, déçus, dépités, surpris, découragés et bien plus encore. Une palette d'émotions pas monotone du tout.

Arrêt déjeuner à la frontière de San Sebastian  
Au parc national Perito Moreno 
Cantine du motel de San Gregorio 

PRENDRE LE TEMPS

Siestes, farniente, apéros, pieds dans l'eau, alouette... C'est bien beau de bosser, mais il faut aussi se reposer.

Nous n'avons généralement pas de mal à profiter des plaisirs simples de la vie
À l'Estancia la Estela 

PANORAMAS

J'aurais voulu être une artiste pour pouvoir peindre de beaux tableaux aussi somptueux que les paysages traversés...

Un éventail de paysages pour satisfaire nos envies de nature sauvage.
En selfie sur l'île Belgrano à parc national Perito Moreno 

UN PEU DE NOUS

Quelques selfies parmi tant d'autres.
Quelques portraits parmi tant d'autres