Carnet de voyage

MEDIOVAS EN ATLANTIQUE SUD

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Après plus d'un an dans l'océan Indien, nous allons découvrir l'océan Atlantique. Premier port: Simonstown en Afrique du Sud.
Décembre 2020
999 jours
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Nous doublons le Cap des Aiguilles le 16 décembre 2020, exactement un an et trois mois après avoir quitté Mayotte. Nous choisissons le False Bay Yacht Club, à Simonstown, pour amarrer MedioVaS en toute sécurité et laissons le Cap de Bonne Espérance pour plus tard.

Simonstown ou Simon's Town ou encore Simonstad est un petit port de plaisance, une ville balnéaire mais également la seule Base Navale d'Afrique du Sud. Nos journées seront rythmées par le doux son du sifflet du gabier.

Baptisée ainsi en l'honneur de Simon van der Stel, gouverneur de la colonie de 1679 à 1697, il désigna le site pour en faire un port suite aux nombreux naufrages dans la baie de la montagne de la Table (Baie du Cap). En 1741, Simonstown devint ainsi le port principal de la compagnie néerlandaise des Indes orientales pour les mois de mai et d'août pour accoster en Afrique du Sud. En 1806, sous l'occupation britannique, le port devint la base navale de la Royal Navy britannique et en 1957 de la marine sud-africaine. Durant la seconde guerre mondiale, la base navale servit de refuge pour les navires alliés. Cent vingt-cinq navires furent quand même coulés au large par les sous-marins allemands et japonais !


Le yacht club est superbe. Comme toujours nous y trouvons tout ce qu'il faut pour " braaier" (faire un BBQ), une restaurant, le bar évidemment, ... L'eau est d'une grande clarté, rare dans un port, mais toujours aussi froide.

Il y a même une plageounette et un ponton pour les plus courageux que nous ne sommes pas. 

Rudolph, le port officer de l'OCC nous accueille superbement et nous explique le fonctionnement du yacht club.

La course aux billets d'avion commence pour faire venir Manon et Elise, et pour le départ d'Yves en France. Il faut aussi trouver une location de voiture : elles sont toutes prises en cette période de vacances. Heureusement Rudolph nous trouve une solution auprès d'une petite entreprise locale. Ceci fait, nous partons explorer le Cap et le V&A Waterfront.

Rescapés du Vendée Globe y côtoient les prix Nobel de la Paix tout en musique 
Sieste au pied de la Clock Tower 


Dans la nuit du 20 décembre, Manon embarque à bord. Le vent souffle fort, des rafales à 40 noeuds, un peu l'impression de naviguer.

Nous commençons à explorer la péninsule du Cap. C'est très prometteur! Une réserve rien que pour les petits manchots du Cap! Faut savoir que la population de ces oiseaux a chuté de 90%.

Boulders Penguin Colony 

Nous continuons notre route vers la réserve de la péninsule du Cap.

Réserve réputée pour la diversité de sa flore, le fynbos, et ses animaux ... sauvages 
Un peu de marche s'impose 
L'ancien phare du cap de Bonne Espérance  

Ce phare fût construit après le naufrage d'un navire de la Dutch East Indiaman en 1647. Trop de naufrages, trop de dangers. Construit en fonte, à 249 mètres au-dessus du niveau de la mer, son système d'éclairage au pétrole avait une portée de 65 km. Mais trop haut sur terre, celui-ci se trouvait noyé dans les nuages ou le brouillard par mauvais temps. Une lanterne plus puissante a alors été mise en place, mais celle-ci n'a pas empêché les vingt-trois autres naufrages. Suite au naufrage en 1911 du Lusitania, paquebot portugais, un second phare sera érigé en 1919 à 87 mètres au-dessus du niveau de la mer qui est bien visible jusqu'à 32 miles quelque soit la météo.

Olifantsbos beach et Yves au milieu des antilopes du Cap de Bonne Espérance  
Envie de plonger ou de voler?
Route menant à Hout Bay, par la côte ouest. 

Cette route payante, ouverte à certaines heures et météos, est somptueuse. Chaque virage nous offre une palette de couleurs différentes. Entre montagnes rocheuses et plages de sable blanc, nos coeurs balancent. Nous avions prévu un petit arrêt « farniente » à Hout Bay, une des plages réputées de l'endroit. Mais le vent faisant claquer le sable a eu raison de nous, et nous préférons dîner tôt, à l'abri du vent avec vue sur mer, pour faire la route de retour de jour.

La montagne de la Table et son funiculaire nous refusent la montée, trop de vent! 
Quartier Bo-Kaap 

Bo-Kaap signifie "au-dessus du Cap". En effet, ce quartier tout en couleurs se situe à flanc de la colline Signal Hill. Il regroupe principalement une communauté malaise, descendants d'esclaves importés du Ceylan, la Malaisie et l'Indonésie au 17ème siècle par la colonie du Cap pour pallier à la pénurie de main d'oeuvre et éviter les conflits avec les populations locales pastorales. L'ambiance y est très artiste-bobo.

Enfin en haut de la Table Mountain , Manon est ravie. 

Il est temps pour Yves de prendre l'avion, mais l'Afrique du Sud vient d'être déclarée "persona non grata" à Amsterdam à cause de la variante du virus. Rentrée déjà à bord, il me téléphone pour m'annoncer que son vol est annulé. Un autre est prévu le lendemain via Joburg. Les dispositions prisent par l'état Français sont tendues, et il risque de ne plus pouvoir revenir au bateau. Après longue réflexion, Yves préfère ne pas jouer avec le feu et ne part pas. Le lendemain c'est Elise qui embarque à bord, son vol n'est pas annulé. Je pars avec les filles pour un petit tour de la région et un safari pour Noël. A notre retour, Manon repart vers la Belgique, et je continue les visites avec Elise.

Table Mountain, à pied. Une fois de plus le vent nous empêche d'arriver au sommet! Mais nous arriverons au sommet du Lion's Head.

Quelques belles randonnées dans ce paradis des marcheurs et retour au Cap.

Malheureusement le musée District Six est fermé. Mais ce ne sont pas les choses qui manquent à visiter dans cette ville.

Parlement, Company's Garden et le plus vieil arbre fruitier cultivé en Afrique du Sud (Saffron par tree)

Company's Garden est le plus ancien potager d'Afrique du Sud. Il est créé par la célèbre VOC : Vereenigde Oost-Indishe Compagnie (compagnie des Indes orientales), un véritable empire commercial. En 1651, la compagnie envoie cinq navires vers le Cap avec à bord le gouverneur Jan van Riebeeck, son épouse et deux cents pionniers. Arrivés en 1652 en baie du Cap, il ne reste plus que quatre-vingt dix pionniers dont huit femmes. Ils érigent un fort en argile et en bois au pied de la Table Moutain pour se "protéger" de la population locale, les San et les Khoikhoi. Ces derniers, face aux armes à feu des colons et ne pouvant résister, devront se déplacer vers le nord. Entre 1662 et 1679, un nouveau fort est construit : Castle of Good Hope.

Les ordres de la VOC sont très claires, il ne faut pas faire du Cap une colonie mais une station d'approvisionnement pour fournir en produits frais et en eau les navires venant d'Europe. Les colons cultivent chacun une vingtaine d'hectares irrigués par l'eau de la Table Moutain. Les débuts furent un peu catastrophiques, les colons étant déroutés par les saisons inversées ! C'est ainsi qu'est né le Company's Garden.

Castle of Good Hope, au pied de la Table Moutain et sa table de réception 

Le lundi 28 décembre, nous faisons un braai au yacht club lorsque nous apprenons que, le président d'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, tient un discours télévisé à 20h : "Nous avons baissé la garde, nous en payons le prix". Entre fêtes de fin d'année scolaire, les retrouvailles en famille pour Noël, les concerts religieux.... le nombre de contaminations a explosé. Il décrète le lockdown niveau 3 : masque obligatoire, couvre-feu à 21h au lieu de 23h, interdiction de vente d'alcool : "les incidents dûs à la consommation d'alcool font grimper le nombre d'admissions dans les services d'urgence"; plages fermées dans les hot-spots (par exemple au Cap), rassemblements..... mais les restaurants et bars restent ouverts jusqu'à 20h: "il faut tenter de préserver une économie très fragilisée dans ce secteur". Tous ceux qui sont présents au bar du club ce soir-là le dévalisent, faut faire la réserve de bières et de vin! Nouvel An c'est pour bientôt.

Elise s'envole à son tour vers la Belgique après un nouvel an au calme à bord de MedioVaS.

Nous profitons de la voiture encore disponible pour aller nous promener vers Stellenbosch, petite ville marquant le début de la route des vins. En 1679, le nouveau gouverneur du Cap, Simon van der Stel (encore lui), découvre cette région à quelques heures à cheval du Cap. « Une vallée enchanteresse, une rivière descendant des montagnes et serpentant ensuite dans l'herbe grasse... » . Un cadre idéal pour développer l'agriculture. Stellenbosch est ainsi la deuxième plus ancienne ville d'Afrique du Sud et qui porte une fois de plus le nom du gouverneur Simon van der Stel.

Stellenbosch 

Aujourd'hui, la ville est réputée pour son pôle universitaire, son architecture hollandaise et son industrie viticole.

Se perdre dans les petites ruelles du quartier historique  

Nous poursuivons notre route vers Paarl, autre ville viticole. Son nom vient du reflet du soleil sur une énorme bloc de granite qui surplombe la ville et donne alors l'impression d'une perle. Les premiers fermiers à y habiter sont en majorité des huguenots qui se voient attribuer un lopin de terre et quelques outils à condition qu'ils sachent cultiver la vigne. Mais ce qui nous attire à Paarl c'est le Taalmonument, le monument de la langue.

Taalmonument 

Les trois colonnes: la plus grande représente les langues européennes, celle du milieu les langues africaines dont le Khoi, et la plus petite les langues indonésiennes.

La courbe en forme de pont qui relie les trois colonnes à la plus grande centrale symbolise la fusion des langues. Cette courbe augmente rapidement suggérant une élévation rapide de l'afrikaans. D'ailleurs, cette grande colonne centrale représentant l'afrikaans est ouverte à son sommet, signe que cette langue continue de croître; c'est pour cela également que sa base est dans l'eau. A côté de la grande colonne, une colonne fendue en deux avec l'ouverture vers le nord, telle une oreille, indique qu'ils sont en dialogue permanent avec l'Afrique.

Taalmonument 

La terrasse représente l'Afrique du Sud et les trois monticules l'influence des langues Khoi, Nguni et Sotho.

A l'entrée, sur une plaque, nous pouvons lire entre-autre : " l'afrikaans est la langue qui relie l'Europe de l'ouest et l'Afrique... Il forme un pont permettant le contact entre la grandeur de la civilisation occidentale et la magie de l'Afrique...".

Enfin, ce monument est le seul monument existant dans le monde consacré à une langue! Il a été sculpté par Jan van Wijk et érigé en 1975. Il célèbre le centenaire de la déclaration selon laquelle l'afrikaans est une langue séparée du néerlandais. Je dois avouer que la vue y est superbe, le monument photogénique mais le tout est très malaisant.

Après cette petite virée, nous sommes prêts à travailler. MedioVaS semble avoir une coque assez sale, Yves lui a réservé une sortie au sec afin de le rendre à nouveau rouge et beau.

Une sortie réglée comme du papier à musique, des vrais pros les gars du yacht club 

MedioVaS se prend pour un petit avion avec son échelle d'embarquement. Poncer et encore poncer, peindre et encore peindre.

Apéritif dînatoire et braai pour se distraire un peu 

Jack et Jackie sont des navigateurs américains. Ils sont arrivés ici fin 2018. Charmés par le pays, puis la crise sanitaire arrivant, ils ont acheté une superbe maison à flanc de colline avec vue sur les pingouins et la surprenante False Bay. Ils attendent la fin de la pandémie pour poursuivre leur voyage en Amérique du Sud sur le magnifique Najad "Barbara-Ann". Ils nous ont ainsi introduits auprès de leurs amis James et Barbara, qui eux rêvent d'un voilier, enfin surtout lui.

Notre ami Robin a également sorti son bateau pour carénage. Nous travaillons ainsi tous ensemble, en nous plaignant de nos courbatures infligées par les diverses tâches .

Retour à  l'eau, tout de rouge vêtu  
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MedioVaS occupe sa nouvelle place de ponton. La manoeuvre ne fût pas très facile, par trente noeuds de vent et des rafales à quarante ! Bien amarrés, nous pouvons envisager notre trail-trip-camping à travers le Petit Karoo (lire "Petit Karou"). Depuis le temps que nous en rêvions, les vacances scolaires locales sont terminées et nous pouvons enfin louer pour LA voiture, une Suzuki Jimny équipée pour le camping off road.

C'est parti ! 

Après de longues recherches dans mon "mon-guide-futé-mais-pas-terrible", sur internet et autour de moi, j'arrive enfin à tracer un parcours digne de ce petit 4X4. La longueur du trajet est un peu ambitieuse, tout est tellement attirant, par ici ! Et je nous connais, on aime bien s'arrêter ou prendre des chemins de traverse, ce qui rallonge le temps de route. Mais peu importe, tout est ajustable et nous avons une tente avec nous.

Nous quittons Simonstown le 13 janvier. Une route de toute beauté, entre mer et montagne, nous plonge directement dans un décor surprenant.

Une avalanche de nuages au-dessus de Boland Mountain
La vigie se charge de nous trouver un bel endroit pour déjeuner! 

En route vers Montagu, nous testons notre équipement "déjeuner", au bord d'un superbe lac, avant d'attaquer la montagne.

Col de Gogman, seul passage reliant Le Cap à Montagu. Une géologie bien particulière  
Montagu, nous voilà 

Nous trouvons un camping des plus agréables, au milieu de chevaux. Le propriétaire a transformé les boxes en cottages pour les moins aventureux. Nous nous empressons de monter notre tente, hâte de découvrir notre nouveau toit mobile.

On dirait que nous avons fait cela toute notre vie, ahah ! Petit saut dans la piscine "faite-maison" pour se rafraîchir .

Assez satisfaits de nous, nous partons explorer un peu cette ville isolée entre les différentes chaînes montagneuses, au coeur de la région viticole. Elle est également réputée pour sa station thermale depuis 1873. Celle-ci attire alors les vacanciers et la bourgeoisie qui y construisent des maisons pittoresques.


Reposant, agréable, que demander de plus ! 

Un bon braai à la nuit tombante (oui oui, nous devenons experts également en "BBQ-à-la-locale"), une nuit agréable et nous reprenons la route, après un rangement parfait de notre matériel, dans et sur la voiture.

La fameuse R62... route mythique d'Afrique du Sud
"Diesel&Cream" : halte coca-cola et iced tea
Le légendaire "Ronnie's sex shop" : halte oeufs sur le plat

Pas du tout un sex shop, mais depuis qu'un ami de Ronie a rajouté SEX au nom, le lieu est devenu une icône ! Ronie est toujours présent pour faire tourner son bar et son restaurant dans la bonne humeur. Un véritable oasis au milieu du Petit Karoo, si chaud et si sec. Une figure locale à tel point que le voisinage et un "crowdfunding" tentent de le maintenir à flot en pleine crise de Covid.

Quitter la route pour entrer sur la piste et s'enfoncer dans les gorges du Petit Swartberg

Plusieurs kilomètres de piste dans le Petit Swartberg pour un pique-nique : au premier arbre, je m'arrête ! Il fait chaud, très chaud en effet. Le décor est bien à l'image du climat.

Plus possible de profiter d'une dégustation du port' local, c'est à dire du Porto sud-africain fabriqué à Calidzdorp. Nous nous y arrêtons quand même, appelés par la fraîcheur d'une glace dans un salon de thé-boutique-librairie. C'est tout aussi bien !

Cette belle route se termine pour nous à Oudtshoorn. C'est la capitale mondiale de l'autruche ! La région était habitée à l'origine par les Bochiman (homme du bush, Bushmen) , c'est à dire les San ou Khoikhoi, un peuple de chasseurs-cueilleurs. Au XXVIIème siècle, des commerçants et des chasseurs européens explorent la région. Mais ce n'est qu'une centaine d'années plus tard que les premiers fermiers viennent s'y installer, forçant ainsi, une fois de plus, les indigènes à bouger plus au nord. Le village commence à prendre forme vers 1860 avec, entre autres, la fondation de la société agricole. Les dix années qui suivront seront marquées par des grosses périodes de sécheresse, nuisant à l'économie régionale et nationale. En 1869, c'est la fin de la sécheresse et le début d'une longue période de prospérité grâce à la ... plume d'autruche, accessoire très en vogue en Europe. Malgré sa situation en pays boers (protestants), la ville devient en 1880 un important foyer régional juif avec l'arrivée de 300 immigrés juifs de Lituanie. C'est ainsi que l'un d'entre eux , Max Rose, devient en moins de dix ans l'un des plus importants baron de la plume d'autruche. Le secteur économique est aussi florissant que celui de l'or ou du diamant !

Cette industrie connaît (surtout) des bas lors de la guerre des Boers ainsi que pendant la Première Guerre mondiale, obligeant les fermiers à revenir aux bases : une agriculture plus traditionnelle et moins profitable.

Aujourd'hui capitale économique et touristique du Petit Karoo, elle reste l'un des plus importants centres d'élevage d'autruche.

Nous nous installons tranquillement dans notre guesthouse, pas de tente pour ce soir, nous devons partir à l'aube le lendemain. Petite baignade avant d'aller dîner, les restaurants ferment tôt à cause de la nouvelle réglementation du lockdown. Que manger d'autre que de l'autruche ? Apparemment, Yves n'est pas de mon avis en lisant "Ostrich, monkey gland sauce and chips". En effet, le nom de la sauce est tout simplement répugnant ! Une rapide recherche sur internet, et me voilà rassurée : c'est une sauce typique du pays ... il faut juste essayer de ne plus penser au nom et l'autruche devient un régal... ainsi que sa sauce !

Nous commençons à parler de la route qui nous attend le lendemain dans mon planning : Swartbergpass et Die Hell. Deux passages, deux pistes, deux cols qui ont une forte réputation. Après m'être renseignée, je trouvais que cela rentrait dans nos cordes de conducteurs et dans les moyens de la voiture, d'autant plus que nous sommes en saison très sèche. Yves ne le voyait pas du même oeil que moi. Sa description ne correspondait pas du tout à ce que j'avais lu. Mais il est vrai que lorsque l'on disait aux gens que nous pensions aller à Die Hell, leur regard interrogateur et souvent effrayé pouvait laisser perplexe. Nous avons de gros doutes ... Avant de trouver le sommeil, nous décidons alors de comparer nos sources. OUF ! Il y a différents moyens d'y parvenir. La route, enfin la piste plus précisément, longue de 37 km, vertigineuse par endroits, fortement accidentée que j'avais vue ... mais il y a aussi la rivière asséchée qu' Yves avait vue et qui elle demande un niveau de conduite et une voiture bien au-delà de ce que nous avons. Nous pouvons dormir un peu plus tranquilles, c'est bien la piste qui est au programme.

Nous attaquons la matinée par le Swartbergpass, col routier qui relie Oudtshoorn et Prince Albert, au travers du massif Swartberg, séparant le Petit Karoo du Grand Karoo. Avant d'entrer en piste, il faut dégonfler les pneus afin d'augmenter leur adhérence sur les mille petits cailloux qui nous attendent.

Swartbergpass, réserve naturelle et paradis des plantes grasses dans une terre assoiffée d'eau 

Ce col est considéré comme le plus spectaculaire du pays, "le rubicon des pistes" et peut-être l'un des plus impressionnants du monde, déconseillé aux personnes souffrant d'acrophobie. Ce passage de 24 km, très étroit par endroits, nous hissera à 2000 m,. Il fût construit par des forçats entre 1881 et 1886, sous la direction de l'ingénieur Thomas Baint. Il ne fût inauguré qu'en 1888 seulement.

C'est au sommet de cette piste que nous arrivons à l'unique accès "routier" vers la vallée si isolée de Gamkaskloof, autrement appelée Die Hell. La route porte le nom du gouverneur de l'époque, Otto du Plessis. Koos van Zyl, le célèbre contre-maitre en charge des travaux, acheva le chantier en 1962... avant d'épouser une jeune fille du Kloof !

Au moins, on nous aura prévenus  

Les premiers kilomètres sont relativement faciles même si légèrement inconfortables car très caillouteux, mais petit Jimny se débrouille à merveille. Je commence à prendre confiance lorsque je me fais arrêter par un camion de cantonniers : "- la route est fortement abîmée plus loin, un gros trou du à l'orage dernier", il regarde notre voiture avec un léger mépris : "- je ne pense pas que vous puissiez passer avec ça". Pff, nous n'allons pas renoncer au premier nid de poule, au pire nous ferons demi-tour !

Oui, c'est très sec et très chaud 

Entre temps, le décor est somptueux. La piste est tantôt large tantôt étroite, puis rectiligne puis en lacets, elle monte fort ... ah non, elle descend fort. "Ça" passe partout et quand il y a besoin, sa boîte 4X4 prend le relais en rapports courts. Quel bonheur ! Nous ne savons pas encore si nous avons déjà passé le lieu "infranchissable", tant certains endroits demandent déjà une attention toute particulière. Quand le fameux trou apparaît devant moi, nous comprenons mieux la mise en garde. Il n'y a plus qu'à s'arrêter et analyser. Une voiture arrive peu de temps après derrière nous, un gros Toyota. Nous regardons sa voiture et la nôtre ... plus étroite et plus légère, nous avons beaucoup plus de chances de franchir cet endroit périlleux et rétréci par l'effondrement. Yves prend le volant et je le guide de l'extérieur : surtout ne pas aller trop à gauche au début ni trop à droite à la fin ! Yves et "ça" négocient le passage à merveille. Chouette ! Nous nous enfonçons dans le Gamkaskloof, éblouis par ce qui nous entoure.

Formations rocheuses très particulières  

Nous avons l'impression de voir des pans de montagnes effondrés. Ces montagnes ne sont pas normales. Je ne suis pas experte en géologie, très loin de là, mais pourquoi les strates sont-elles obliques ou plissées ?

Le Swartberg s'étire d'est en ouest, entre le Petit Karoo et le Grand Karoo, deux zones semi-désertiques. Il fait partie du système géologique de la ceinture plissée du Cap, avec la montagne de la Table au Cap.

C'est une des chaînes de montagnes sédimentaires géologiquement les plus intéressantes et une des plus vieilles montagnes au monde. Sa hauteur initiale était estimée à 7000m. Aujourd'hui, l'essentiel de la chaîne montagneuse culmine à 2000m seulement. L'érosion par deux courants de vent opposés et la composition de son quartz, du schiste argileux et du sable, sont à l'origine de ses plissements et de sa couleur, qui en font toute la beauté.

Et c'est bien plissé, en effet ! 

Après une pause déjeuner, gare aux babouins voleurs de nourriture et aux serpents et aux scorpions ... Nous attaquons la phase finale : les virages en épingle à cheveux et en fortes pentes. J'avais dit à Yves que si la route était trop vertigineuse en descendant, je courrais derrière la voiture. Je pense que ce soit pour cela que je me retrouve à la place du conducteur. Bien joué, Yves !

Ce n'est que le début, pourvu que je ne croise pas de voiture en venant sens contraire 

Après trois bonnes heures, nous voyons la vallée de Gamka. Elle aurait due être verdoyante comme les autres vallées que nos venions de croiser, mais un incendie a tout ravagé en novembre 2019.

Et pourtant nous n'avons pas encore démarré notre braaï !
Accueil par la seule famille habitant encore le village 
Tente et braaï en place! Nous fêtons cela avec une bouteille de jus de raisins ... sorte de vin blanc "alcohol free"... 

Nous nous attendions à mourir de chaud, mais en fait, au milieu de la vallée circule une petite brise qui par moment se trouve être très fraîche et agréable. Ainsi nous passons la nuit au frais et au calme, le camping étant une fois encore pour nous tous seuls.

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Mais à part la route et s'amuser en petit Jimny, qu'y a-t-il de si formidable à Die Hell? Et pourquoi ce nom si diabolique?

Gamkaskloof, tout le monde l'aura compris, signifie la vallée du Gamka ("Lion" en langue Khiosan). Cette vallée s'étend sur 20 km de long et 600 m de large, parallèlement à la chaîne montagneuse. Jusque-là, rien de très palpitant, contrairement à son histoire. La vallée était habitée par les Bochiman depuis des générations. Elle fût "colonisée" en 1830 par des familles de trekboers à la recherche de nouvelles terres. C'est d'abord Petrus Swanepoel qui s'y installe avec sa famille, très vite rejoint par les Cordier (descendants de l'Orléanais Louis Cordier), les Marais (descendants du Francilien Charles Marais), les Mostert et les Joubert (descendants du Provençal Pierre Joubert)... Une vingtaine de familles vivent ainsi dans l'isolement le plus complet, pendant près d'un siècle. L'eau coule entre les rochers, les animaux fournissent viande, lait et peaux, les abeilles produisent du miel, et du tabac est planté. Que demander de plus ? ... ah, de la bière, ils en produisent également.

Lors de la guerre anglo-boers, en 1901, le général Reitz et sept de ses hommes se trouvèrent séparés du commando du général Jan Smuts et se virent dans l'obligation de traverser le Swartberg. C'est ainsi qu'après une marche épuisante dans les montagnes, il tomba face à face avec les "sauvages blancs". Ces hommes et ces femmes sont vêtus de peaux de bêtes ! Il fût accueilli à bras ouverts par la famille Cordier qui lui offrit le couvert. Et c'est seulement ainsi que l'on entend parler des "Kloovers, les habitants du canyon", jusqu'à ce que...

... Koos van Zyl, son bulldozer et ses douze hommes débarquent (à petits pas) pour construire cette fameuse route. Les jeunes ont commencé à fréquenter les écoles des villes voisines. Et comment résister ensuite aux lumières de la modernité ? Ils ne sont jamais rentrés chez eux. La vallée se vida petit à petit de ses occupants.

Maisons restaurées du village fantôme 

Aujourd'hui, il est possible de louer la maison de Cordier ou de Marais ou de... Elles ont été restaurées à l'authentique, après l'incendie qui a causé d'énormes dégâts dans la vallée. Il ne faut pas compter sur l'électricité et encore moins sur un réseau de téléphone cellulaire. Isolement, isolement, comme au milieu de l'océan.

Mais pourquoi "Die Hel"? Non, non, pas à cause des températures extrêmement élevées en été. A vrai dire, personne ne sait vraiment. Plusieurs histoires tournent autour de ce nom. Peut-être la transformation du mot helling (pente en anglais) qui serait devenu hel en afrikaans? L'origine la plus vraisemblable serait une erreur due a un certain Piet Botha, contrôleur des impôts et inspecteur de bétail, qui rebaptisa le lieu sans le vouloir : chaque mois, il devait se rendre dans la vallée pour s’assurer de l’absence de maladie animale. La seule voie d’accès étant un sentier abrupt difficile à négocier (surnommé « the Ladder » (l’échelle) - 400m de dénivelé pour une distance de 900m, il décrit son périple comme étant un enfer.

Il est temps pour nous de rebrousser chemin, nous ne voulons pas nous retrouver face aux voitures venant passer le week-end ici. Incroyable comme une route peut être différente en sens inverse, nous avons l'impression de la découvrir.



Et nous ne sommes plus seuls, immobiles le long de la route: "- je ne vous vois pas"...
Le fynbos ... 
La protéa royale, emblème (récent) de l'Afrique du Sud, qui pousse dans cet écosystème particulier appelé le fynbos.

Le fynbos est une formation végétale naturelle typique de l'Afrique du Sud limité à une mince zone côtière et montagneuse. Ses caractéristiques sont uniques au monde, C'est pourquoi, aujourd'hui, il est fortement protégé. Composé d'un sol argileux ou sablonneux, on y trouve essentiellement des broussailles et une multitude de plantes adaptées au climat capricieux de la région : différences extrêmes de températures et de pluviométries entre l'hiver et l'été.

Nous revenons enfin sur la route du Swartberg Pass. La piste est belle mais vraiment très très étroite et à pic. Le paysage à-couper-le-souffle n'aide pas à la concentration.

Et une invité surprise 
C'est bien la saison sèche, les gués ne débordent pas trop. 

Fin de piste, il est temps de regonfler les pneus. Apres quelques kilomètre de bitume, nous arrivons à Prince Albert. Il est trois heures de l'après-midi, nous nous demandons s'il vaut mieux continuer la route ou s'arrêter ici. Je regarde la route et avec le peu de réseau que j'arrive a capter, je ne trouve pas grand chose comme logement, voire rien du tout. Le village est très attrayant. Plusieurs guesthouses nous entourent. Mieux vaut ne pas prendre de risques et rester ici. Nous sommes devant "Onse rus Guesthouse" (oui , oui, c'est la bonne orthographe), une magnifique maison mais qui ne répond pas à nos coups de sonnette, ni à nos coups de téléphone. Nous sommes sur le point de partir quand la porte s'ouvre. L'homme en maillot de bain s'excuse, il était dans la piscine ... et il a toute la place que l'on veut, bonheur ! En terrasse, au bord de la piscine, nous faisons connaissance de son compagnon, et de son frère en visite (avec compagnon, aussi). Nous sommes accueillis comme des rois, avec en prime du vin blanc bien frais, mais shuuuuuut, c'est interdit. Après avoir fait connaissance, il est temps de profiter de cette piscine qui me fait de l'oeil.

Accueil, piscine, terrasse, chambre en bordure et un (premier) verre de vin blanc ... 

La chambre est somptueuse, remplie de petites attentions : bouteilles d'eau, petites pralines. En rentrant de notre restaurant du soir, il y a même une carafe de "port de Calidzdorp" et ses petits verres, sur la table de l'accueil. Il avait bien compris que nous étions déçus d'être privés de dégustation. Au réveil, un petit déjeuner nous attend, digne d'un cinq étoiles, au bord de la piscine. Avant de quitter les lieux, difficilement, nous lui achetons deux bouteilles de vin blanc en stoemelings!

Nous sortons notre petite voiture de son parking "vue sur piscine" et reprenons la route.

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Grand Karoo 

Après deux bonnes heures de route, déjeuner inclu, nous arrivons à Matjiesfontein. Une rue, une gare, un bureau de poste, un hôtel plantés au milieu d'une vaste pleine vide.

La rue de 100 m de long... 

Cette gare, au milieu de rien, vit le jour en 1884 grâce à l’audace du jeune écossais James Douglas Logan. D’abord porteur de valises à la gare du Cap, puis employé des chemins de fer, il fonda cette station climatique pour rafraîchir les locomotives à vapeur.

La gare, arrêt incontournable du luxueux "Blue train" qui rallie Pretoria à Cape Town, 1600 km en 48h. Un mythe!


Il ouvrit ensuite un restaurant, puis un hôtel et un centre de santé. À 36 ans, il était millionaire, membre du Parlement et propriétaire de tous les lieux de rafraîchissement (station climatiques) de locomotives entre Le Cap et Bulawayo !

Les fantômes du Karoo se promènent toujours dans cette localité inscrite au patrimoine national des monuments historiques.

Durant la seconde guerre des Boers, Matjiesfontein sert de quartier général des forces britanniques et l’hôtel devient un hôpital de campagne.

En 1920, Logan décède. La localité tombe doucement à l’abandon et les quelques bâtiments seront très vite habités par des fantômes du Karoo, tous connus et identifiés !

En 1968, Matjiesfontein est racheté par un mécène, David Rawdon. Il restaure les principaux bâtiments, dont le luxueux « Lord Milner Hotel » et une quinzaine de maisons victoriennes.

Ce petit coin est magnifique et très surprenant. Nous pouvons en profiter pleinement, nous sommes à peu près les seuls touristes. Mais le réseau cellulaire manque et je n’ai toujours pas de confirmation pour le camping de la nuit. La situation ne va pas s'améliorer dans le décor désertique que nous traversons.

Entre quelques cactus et les mirages de l’asphalte, une éolienne pompe péniblement quelques gouttes d’une eau souterraine. Devant les canyons asséchés, des moutons mérinos se confondent avec les couleurs brun-jaunâtres de la terre. Le Swartberg marque au loin la frontière naturelle du Petit et Grand Karoo. Nous traversons bien le Grand Karoo en plein été austral.

Alternance de pistes et routes, Yves et son grand ami le petit compresseur gèrent la pression des pneus.

Ô miracle, voici une réponse positive du camping au milieu de rien, une onde égarée a dû porter mon message désespéré. Il nous reste au moins deux heures de route/piste. Il est déjà 15h00, mais le site à l’air magique. Nous avons toutes les informations pour rallier le coin perdu répondant au nom de « Moon River Bush Camp ». Allons-y !

Nous contournons la vallée verdoyante du Cérès pour nous diriger vers le nord, en abordant le Petit Cederberg. Nous arrivons bientôt à Die Drop op Die Berg. Ce petit village est peuplé de stations essence, annonçant un grand désert pétrolier pour la suite. Nous trouvons la fameuse petite-route-à-droite. Nous sommes encore loin finalement, non pas en kilomètres mais en heures, nous ne sommes vraiment pas en avance. La route devient une piste et les indications du propriétaire du camping se révèlent trompeuses. Un vrai jeu de piste nous attend : trouver la petite forêt d’eucalyptus (laquelle ?), un panneau indicateur de vent (qui n’existe pas, faute du correcteur d’orthographe entre winding-virages and windy-venteux), longer le bas du champs (quel est le haut du bas?). Et plus moyen de les contacter, évidemment. Nous croyons avoir tout compris quand nous arrivons dans une cour de ferme, mais non. Le fermier nous donne de nouvelles indications, pas vraiment plus précises. Nous y parvenons quand même. Sorti de nulle part sur une mini-moto Dax, le propriétaire nous indique la fin du chemin, très rude. Au moins une des indications était juste : il faut un 4X4 pour atteindre le terrain de camping. Monsieur « Dax », maître des lieux, nous décrit son petit paradis isolé : piscine naturelle dans la rivière, cascade en amont, hike trails tout autour, toilette électrique type bateau (la nôtre !), braai très amenagé, eau courante potable car pompée directement dans la rivière… C’est à la fois sauvage et très accueillant. La nuit va tomber rapidement, Yves monte la tente et je m'occupe du braai.

Royal, non? 

Ce soir, nouveau défi : spaghetti sur le braai, arrosés de vin blanc illicite, suivi d’un bain dans la piscine naturelle éclairée, sous les cris effrayants des babouins. Il ne manque plus que la pleine lune !

Tout petit croissant, suffisant pour justifier "Moon" 

Le lendemain matin, j’entreprends une petite marche/escalade le long de cette rivière, tout en guettant les babouins. Quelle surprise en voyant une petite cascade finissant sa course dans une piscine entourée d’une grotte.

Une fois de plus, c'est difficile de partir. 

Le Cederberg était fortement peuplé pendant la préhistoire. On trouve ainsi beaucoup de grottes comportant les traces du passage des premiers Hommes, décorées de belles peintures rupestres. Je m’aventure dans la piscine vers la grotte, ni peintures ni animal sauvage caché ; déçue mais rassurée !

Je rejoins Yves qui a rangé notre campement pendant mon absence et nous rebroussons chemin en passant par la maison de nos hôtes. Nous sommes coincés pour une longue discussion, le besoin de parler, certainement. Impossible de savoir si le couple est anglais ou sud-africain. Tous deux sont d’anciens militaires de la Royal Air Force. Ils ont décidé de s’extraire du monde. Ils achètent ce terrain de 4000 hectares pour une bouchée de pain. Il faut dire que rien ne pousse dans cette montagne rocailleuse et sablonneuse. La seule condition dans leurs recherches : comporter une rivière à flot toute l’année. À notre grand étonnement, Monsieur aurait aimé naviguer («- no way » pour sa femme). Au milieu de son désert, il suit avec passion les aventures des voiliers au long cours sur YouTube.

Notre arrivée est une double surprise : comment les ai-je trouvés et pourquoi restons-nous si peu de temps ? Voyageurs pressés… et, malheureusement, il est vraiment temps de partir.

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Nous rebroussons chemin, admiratifs de la beauté du paysage, montagnes rouges et tortueuses, jusqu’à retrouver le carrefour des stations essence de Op Die Berg. Il est temps de faire le plein ! Nous roulons vers la Vallée de Cérès. Comment ne pas parcourir cette immense vallée, verger de l’Afrique et au-delà. Nos jus de Mayotte et d’ailleurs portaient fièrement la marque CERES. Des champs d’arbres fruitiers alignés à la perfection, chacun ayant un petit arrosoir automatique à son pied, se suivent et se ressemblent. Comme seule limite à leur extension, il y a la montagne sur laquelle ils empiètent quand même. Plusieurs bassins de rétention d’eau - ce sont eux qui ont dû assoiffer les petits canyons - se dispersent entre les cultures et aux pieds des grandes propriétés.

Fruits et vignes dans le désert... 

Nous embouquons ensuite le somptueux Mitchell’s Pass, voie de passage à travers une gorge des Cérès Moutain. La route suit une ligne de chemin de fer vertigineuse qui a été réouverte en 2012 pour la Ceres Rail Company. La route du col fût édifiée en 1848, puis élargie et pavée en 1938.

Nous arrivons ainsi à Tulbagh, petit village situé au centre d’un bassin viticole, au pied des Winterhoek Mountains et Wintzenberg et drainé par la rivière Kleine Berg.

Pique nique au pied de l'église  


La vallée de Tulbagh était habitée par les Bochimen (Sand et Khoikhoi). C’est au XVIIème siècle que les premiers pionniers arrivent et commencent à explorer la vallée, des Néerlandais et des Huguenots. Ils fondent le hameau de Roodezand (sable rouge). Au XVIIIème siècle, la région et le district prennent le nom deTulbagh en l’honneur du gouverneur Ryk Tulbagh.

Tulbagh est avant tout le pays d’une grande famille huguenote d’origine nîmoise, les Thérond. On peut ainsi remonter l’arbre généalogique de la célèbre actrice Charlize Theron. Jan et Gerd Théron dirigent encore le domaine viticole « Montpellier ».

En septembre 1969, un tremblement de terre né dans le Windzenberg a endommagé la plupart de ces merveilles historiques. Tout a été retapé et les deux rues historiques ont retrouvé toute leur beauté … dans l’attente d’une nouvelle secousse.

Nous pique-niquons face à l’église qui ouvre le bal des monuments de la célèbre Church Street !

Chacune a son passé, son histoire. Church street 

Toutes ces demeures de type victorien, edwardian et hollandais du Cap (Cape-dutch) sont protégées et inscrites au patrimoine national.


La nouvelle église  


Lors de notre promenade parmi ces trésors, nos regards sont attirés par une drôle de caravane-maisonenbois, tractée par un gros 4x4. Il y a au moins trois générations qui tournent là autour. Yves engage la conversation avec le plus ancien. Il s’agit dune famille un peu particulière qui voyage dans cette petite maison de bois sur roues. Nous passons notre chemin, sans savoir que nous allons les revoir bientôt…

Pour le retour, nous empruntons une piste parallèle au Mitchell’s Pass qui nous promène au milieu des vignes. J’avais prévu, pour finir en beauté notre road-trip, la route 303 qui traverse l’Elandsklooberg par le superbe col de Bain’s Kloof, une des routes les plus escarpées du pays. Malheureusement elle est en travaux, ce sera pour une autre fois, peut-être.

Prochaine et dernière nuit, il faut trouver un camping. Nous voulons profiter au maximum de notre équipement. Une fois de plus, la réponse tombe dans un « no-net-land », pas de signal. C’est tout près d'où nous sommes, il n’y a plus qu'à prendre la route touristique et suivre les indications. Un troupeau de babouins et leurs bébés nous regardent surpris, on dirait qu’ils ont plutôt envie de prendre l’autoroute.

Un grand portail sécurisé et son petit panneau « Olive Glen », nous sommes au bon endroit. Un coup de fil et Madame Glen nous ouvre la porte à distance. Elle poursuit en direct les indications jusqu'au camping. Ô surprise : la caravane-maison en bois est devant nous, sur ce tout petit chemin de terre. Elle bloque la route, ses 4 mètres de tirant d’air ne passent pas sous les arbres ! Il n’y a plus qu’à patienter, un pick-up arrive avec une tronçonneuse et une échelle. Le jeune fait une nouvelle coupe aux arbres. Apres trois quarts d’heure, tout le monde est libre. Nous longeons les vignes, escaladons la colline et arrivons à notre nouveau gîte. Pas besoin de déballer la tente, nous disposons d’une pièce commune énorme, équipée de rideaux contre la pluie, d’une cuisine-braai, d’une terrasse, de tables nombreuses et même d’un canapé… le centre de la pièce fera office de chambre.

Notre dernier logement et vue de la terrasse : Olive Glen Moutain Farm

Petit bain dans la piscine naturelle de la rivière qui coule en contre-bas. Et pour arroser le tout, la propriétaire nous apporte un sceau à glace rempli de glaçons et d’une bouteille de vin blanc de leur production. Après quelques échanges, nous comprenons vite qu’elle n‘aime pas du tout le gouvernement en place. « - Avec l’interdiction de vendre et de transporter du vin, les tonneaux sont pleins et le raisin sur pied ne peut être récolté, un vrai gâchis. »

Nous dégustons son vin autour de notre dernier braai, le soleil se couche, la lumière sur les vignes et la montagne est une splendeur.

Notre road-trip... 

Le lendemain, tout est rangé et plié dans la voiture. Après un gros détour par Le Cap pour quelques gros achats (sur lesquels je tape ce texte…), nous sommes de retour à Simonstown où nous retrouvons MedioVaS en pleine forme dans le vent.

Sur les pontons, nous croisons des amis français rencontrés deux années auparavant à Mayotte, Agathe et Jean-Marie sur Méli-Méla. Ils revenaient d’Asie après une traversée très longue et très pénible. La première chose qu’Agathe avait faite était de mettre le bateau en vente, affiche plantée au club de voile. C’était une assez bonne affaire qui nous tentait un peu. Finalement, ils n’ont jamais vraiment voulu vendre et les voilà en Afrique du Sud !

Nous envisagions un départ proche, mais le premier jour du road-trip, une dent m’a lâchée. J’obtiens un rendez-vous chez une dentiste pour le lendemain. Incroyable, le lendemain, oui !!! Elle me prévoit un traitement de 6 à 8 mois …. Et me réfère chez un spécialiste. Là aussi j’obtiens un rendez-vous pour dans 48h!! Finalement la spécialiste, une femme adorable et pleine de sensibilité comprend bien notre situation. Une couronne pour la dent fera l’affaire, donc un traitement d’un mois.

Elle me fait un document pour l’immigration demandant un prolongement de nos visas pour traitement indispensable avant une longue traversée en mer. Le document ne devrait pas servir, mais on ne sait jamais. En effet, avec le lockdown niveau 3, le Président a prolongé automatiquement les visas de tous les touristes arrivés avant le changement de niveau, et ce jusqu'au 31 mars.


Donc nous sommes forcés de rester encore un peu dans ce pays merveilleux. Et avons-nous vraiment envie de partir, il y a tellement d’endroits inouïs à visiter et des gens formidables à rencontrer.

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Un peu de repos après nos quelques 2000 km parcourus en six jours ne nous font pas de mal. Et les rendez-vous hebdomadaires chez ma dentiste adorable nous ancrent de toute manière à Simonstown .

Nous en profitons pour faire vérifier notre gréement. Nous trouvons tous les techniciens qu’il faut dans « notre » club. Un jeune homme ayant quelques transatlantiques en course dans sa poche nous envoie son équipe. Un de nos bas-haubans est dangereux : deux torons s’effilochent. Comme les roues d’une voiture , il faut changer le bâbord et le tribord en même temps. La chose faite dans la semaine.

Il nous donne également des conseils pour stabiliser le vit de mulet de la bôme et lui éviter une usure trop rapide. Un vrai passionné ! Et nous sommes rassurés.

C'est toujours un grand stress de faire monter quelqu'un au mât, surtout quand il y a du vent. 

Je m’échappe en randonnée dans les hauts de la petite ville portuaire. Chaussures de marche aux pieds, je prends le chemin de la petite cascade. Une fois de plus, le décor est somptueux. Je grimpe - oui, ça monte fort ! - la route le long des maisons en tout genre et archi sécurisées. Le chemin conduit à une falaise et, en amont de celle ci, j’aperçois la gorge étroite entre les deux montagnes et la cascade. Elle n’est pas vraiment « à flot » mais elle suffit à me ravir.

 Je resterais bien des heures à rêvasser devant ce somptueux spectacle.
 Les pieds dans le vide, j’admire False Bay entourée de ses hautes montagnes.
Le spectacle est tout aussi beau au ras de l'eau. 

Il est temps de revoir ma dentiste. Elle m’annonce une semaine de traitement supplémentaire. Il vaut mieux s’assurer qu’aucune infection ne traîne là-dedans.

Notre visa est presque « à bout ». Nous voulons être certains que son "extension automatique" est bien une réalité. Petite virée dans les bureaux de l'immigration au Cap...

Première réponse derrière le comptoir : « - Les frontières sont ouvertes, vous devez partir ! Il n’y a pas de prolongations de visa. » Nous lui parlons de la Gazette dans laquelle se trouve l’article concernant les prolongations de visa depuis le lockdown de niveau 3 . Monsieur emporte nos passeports dans « l’arrière boutique », cela fait toujours plaisir à Yves ! Le temps passe ... puis il revient nous disant que l’on peut rester, pas besoin de tampons (pas le droit au tampon, en fait, dommage). Ouf, même pas besoin de sortir le dernier recours, raison sanitaire - soins dentaires (j'avais emporté un message de ma dentiste au cas où).

Nous en profitons pour déjeuner avec Robin qui se prépare à partir vers les Caraïbes. Katy et Ashley, qui ont laissé leur superbe Windjammer en Tanzanie, sont dans les parages et se joignent à nous. On se croirait presque en confinement aux Seychelles!

Belles retrouvailles autour d'un déjeuner . 

Nous repartons en promenade, l’occasion de rendre visite à la tombe de « Just Nuisance » . Mais avant d’y parvenir, il nous faut affronter les « Signal School Steps » qui conduit au sommet de Red Hill.

Le fynbos nous dévoile une fois encore toutes ses couleurs.
Il faut suivre l'ancien téléphérique pour arriver au sommet 

Mais qui est Just Nuisance et pourquoi est-il si célèbre dans la région ? Il s’agit d’un danois, mâle, beaucoup trop grand pour sa race, né le 1er avril 1937 à Rodenbosch au Cap. Il devint membre de la Royal Navy et c’est ce qui le rendit célèbre. Ah, j’ai oublié de préciser que Just est un chien, danois ! Son propriétaire, Benjamin Chaney, dirigeait le United Services Intitute. Lorsque celui-ci travaillait, Just se promenait le long de la base navale, au chantier naval, ou se reposait sur la passerelle des navires. Sa grande taille rendait difficile l’embarquement ou le débarquement du navire. C’est ainsi qu’il reçut le surnom de Nuisance. Just Nuisance était le compagnon de tous les équipages de la Marine et souvent il prenait le train avec eux, ce qui irritait fortement les contrôleurs. Un fonctionnaire de la compagnie des chemins de fer finit par interpeller son propriétaire : si le chien montait encore à bord du train, il serait euthanasié. La rumeur s’est vite répandue, et il a été demandé à la Marine de trouver une solution. C’est ainsi que Just Nuisance a été appelé officiellement par les officiers de la Marine, promu able seaman (matelot breveté) en août 1939. Cela lui donnait le droit de prendre le train et sans avoir à payer ! Pendant tout son temps dans la marine il n’a jamais voyagé sur l’océan. Il restait à terre, accompagnant les marins d’un endroit à un autre. Pendant le Seconde Guerre Mondiale, il remontait le moral des troupes. La marine lui organisa un mariage avec une danoise, Adinda. Deux de leurs chiots ont été vendus pour récolter des fonds pour l'effort de guerre. Dans son dossier on peut lire - profession : Bonecrusher (broyeur d’os) , - religion : Scrounger (profiteur). Le 13 janvier 1941 il est libéré de la Marine pour raisons médicales et sera euthanasié en avril 1944. Il reçut des funérailles avec les honneurs de la Marine. C'est ainsi qu'il fût enterré à l’ancienne Signal School, l'école des transmissions de la marine, dont l'escalade coupe-le-souffle.

Just Nuisance, une statue, une tombe et même un musée  

De retour à bord, nous faisons la triste constatation que nous sommes une fois de plus envahis par des minis et moyens cafards. Nous retroussons nos manches et vidons entièrement le bateau. Chaque recoin est nettoyé et "bombé". Le traitement final est un fogger « soit disant miracle ». C'est la grosse corvée !

Le temps de laisser le produit agir, nous nous évadons en Uber vers Kalk Bay - Fish Hoek, petite ville portuaire branchée et un peu hippie, lieu de rencontre de surfeurs, de pêcheurs et d'otaries, à une dizaine de kilomètres du bateau.

Un air cubain ...

Son histoire commence en 1742, Kalk Bay sert de lieu d'ancrage aux bateaux pendant les mois de l'hiver austral. C'est un port miniature, qui fait transition en attendant la construction des infrastructures de Simons Town. En 1795, le port tombe en désuétude après la construction d'une belle route reliant Le Cap à Simonstown. Mais il trouve un deuxième ressort en 1820, grâce à la chasse à la baleine, à la flèche. Cette activité devient la troisième plus grande activité de la colonie du Cap. Elle prend un tel essort qu'elle provoque la quasi extinction de la population des baleines de ces rivages. La ville retombe ainsi dans une certaine torpeur. Mais en 1840, un équipage de Philippins ayant fait naufrage à la pointe du Cap s'installe à Kalk Bay. Ils développent l'industrie de la petite pêche traditionnelle. En 1898, les Philippines sont une possession américaine. Les Américains encouragent les réfugiés philippins de Kalk Bay à retourner dans leur pays. Certains partent, d'autres restent.

En 1883, la ligne de chemin de fer reliant Simonstown au Cap modifie la configuration des lieux. Le village de pêcheurs s'entoure de résidences secondaires, d'hôtels, ...

Ligne reliant Simonstown au Cap, lorsqu'elle n'est pas ensablée. Elle longe la côte, parfois à 2 mètres seulement de la mer. 

Le village parvient, pendant l'Apartheid, à ne pas faire appliquer le Group Areas Act paru en 1950. Cette loi, l'une des premières et principales loi de l'Apartheid, oblige les différentes populations à résider dans des zones urbaines redéfinies.

Ses ruelles qui escaladent la colline.

Aujourd'hui, la ville et son petit port de pêche sont surtout connus pour leur magasins d'antiquités, d'art et de bric-à-brac.

Faire la belle pour recevoir un poisson et se reposer pour le digérer . 
Retour de pêche, festin de Noël ! 


Pendant mes temps creux, que faire d’autre qu’organiser un road-trip ? J’avais prévu tout un parcours à partir du Cap vers montagne et désert, avec une voiture « double tente de toit » pour accueillir notre amie Nathalie L. Malheureusement la situation tendue en France la prive de ce voyage. Je contacte alors le loueur de p’tit Jimny, mais il n’a plus rien de disponible au départ du Cap. Il nous propose une solution depuis Johannesburg … est-ce que cela se refuse?

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Nous avions déjà pensé visiter Johannesburg, mais nous manquions de temps. C’est un peu le destin qui nous pousse par là. Pas moyen de refuser l’offre faite par le loueur de p’tit Jimny.

Yves réserve les billets d’avion et je revois tout le plan de route. C’est un vrai casse-tête, comme à chaque fois. Ce pays regorge de merveilles, impossible de choisir une route sans vouloir en prendre une autre.

Je demande quelques conseils à Jenny, notre ange gardien sud-africaine, sans qui nous serions restés aux portes de ce pays sans visa. « - Vous venez à Jo’Burg ? Impossible de passer par ici sans venir à la maison ! Un cottage rien que vous vous attend et nous partagerons un bon braaï s’il ne pleut plus. » La pluie ? C’est quoi déjà ?… Cela fait bien longtemps que nous n’avons pas vu de pluie.

James propose de nous déposer à l’aéroport, ce que nous finissons par accepter, vu le manque de fiabilité des Uber, ces dernier temps. Samedi 6 février, il est 6:30. Nous enjambons le marche-pied de son Land Rover Defender très sommairement aménagé : deux sièges avant et un coussin derrière. C’est un peu le début du voyage africain !

Nous analysons le retour vu du ciel... 

Nous atterrissons à l’O.R.Tambo Airport où p’tit Jimmy tout équipé nous attend. Le temps de faire le tour de la voiture et de signer les derniers documents, nous partons vers le centre ville. Jo’burg est une ville que l’on dit extrêmement dangereuse : « - Nous conseillons aux touristes de ne pas s’attarder à Jo’burg », peut-on lire dans mon guide. Cela tombe bien, nous n’avons pas beaucoup de temps pour visiter la ville, nous allons directement dans un des quartiers branchés, à Maboneng. Ce quartier a un peu suivi l’évolution de Brooklin. La zone avait été complètement délaissée à cause de la criminalité. Un groupe immobilier a commencé par racheter les entrepôts industriels et les usines délabrées. Il a reconverti cela en terrain de jeu pour les artistes et les restaurants branchés. Le quartier est maintenant en constante évolution avec une surveillance 24h/24. C’est devenu l’endroit où il faut être pour profiter de l’art de la rue, des galeries, des bars et des restaurants à la mode… Maboneng signifie « lieu de lumière », pari gagné ! Et nous profitons d’un excellent déjeuner au Pata-Pata (célèbre danse de Jo'Burg).

Une superbe voix...nous lui achetons son CD. 
Et il y a ceux qui travaillent. 

Nous filons vers le Musée de l’Apartheid, seul musée au monde entièrement consacré à l’apartheid. Il a ouvert en 2001et retrace la période de l'apartheid entre 1948 et 1994. Pour rappeler ce qu’on subi les « non-blancs », les visiteurs reçoivent un ticket en les désignant de manière aléatoire comme Blanc ou non-Blanc. On peut alors ressentir la discrimination devant les portes d’entrée séparées… ou défier la loi comme aux temps de la lutte, en prenant l’autre entrée !

Le ton est donné dès l'entrée. 
Le chemin ... 
La triste réalité. 

Le musée est magnifique, très sobre, sombre et bruyant, présentant beaucoup de photos et de films saisissants. La montée en puissance du dispositif de ségrégation et les raisons de celle-ci y sont très bien expliquées. On y voit comment les habitants des townships ont réussi à rendre le pays ingouvernable, fragilisant toute la construction. Avec l’aide de la pression internationale, le gouvernement a du finir par céder, non sans résister de plus en plus violemment.

Trois heures ne suffisent pas à tout visiter, mais nous devons nous rendre chez Jenny et John. Nous quittons Jo’burg en longeant le célèbre Soweto. Apres une heure de route, nous trouvons leur ferme perchée à flanc de colline à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Pretoria.


Elle nous ouvre les portes de son petit cottage aménagé pour les visites familiales et les amis. Il pleut mais pas de quoi effrayer le braaï. La soirée est divine. Nous pourrions rester des heures à parler de leurs aventures en voilier d’abord, en voiture ensuite. John est British, Jenny est Sud-Africaine. Elle l’a rejoint sur son bateau vers 2010, aux Caraibes. Elle ne connaissait rien à la voile hauturière mais elle a vite mordu à l’hameçon. Une fois le bateau vendu, ils ont continué la navigation à terre, sur le terrain de Jenny, cette fois, en ralliant Londres à Jo'Burg … en Land River Defender, bien entendu ! Cela leur prit dix mois. Les anecdotes se poursuivent, le lendemain matin, autour d’un petit déjeuner royal. Nous avons du mal à partir mais une longue route nous attend. Il est temps de se dire au-revoir, merci et à la prochaine !

Merci pour tout Jenny et John !!! 
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Dimanche 7 février, aux alentours de 10 heures du matin, nous prenons la route vers le désert du Kalahari. Mais pas d’un trait ! Nous parvenons sans trop de difficultés à rejoindre la N14, longue nationale qui traverse le pays d’est en ouest. Quelques haltes photos s’imposent, bien évidemment. Le temps est orageux, nous commençons à craindre pour notre nuit sous tente. Arrivés dans l'après-midi à Vryburg, je préviens notre bush camp de notre position comme convenu. Réponse sur WathsApp : « - La météo n’est vraiment pas bonne et la piste pour arriver au campement risque d’être très mauvaise. Je peux vous proposer mon guesthouse à Kuruman, pour un bon prix. » Nous réfléchissons une minute trente … à peine. « - Pas de soucis pour la météo, nous préférons camper. » Nous voulons tester absolument la tente avant le Kgalagadi et il est vrai que nous aimons le bush. Elle nous envoie les indications pour rejoindre le lieu, un de ces employés nous attend à la barrière. Nous poursuivons notre route jusqu’à Lykso et tournons à droite avant l’église et l’école, seuls bâtiments du village, à vrai dire. Le ciel au loin est noir, l’orage s’annonce violent. Après quelques kilomètres sur une piste de terre déjà inondée par endroits, nous apercevons un homme sur son tracteur. Il nous ouvre le portail, et nous le suivons pendant un bon quart d’heure entre vaches et gazelles.

Exactement ce que l’on voulait. Une tente et rien autour !

Nous n’avons pas perdu le coup de main, la tente est rapidement montée et le braaï flambe. Nous suivons la trajectoire de l’orage au loin, a priori il ne devrait pas nous importuner. Nous dormons bercés par les meuglements des vaches.

Cela sert à tout un braaï ... 

Une bonne douche et un gros petit déjeuner, nous rebroussons chemins en espérant ne pas nous perdre dans les méandres de la ferme. Heureusement que la pluie nous a épargnés, la route nous aurait gardés prisonniers longtemps entre les champs ! Nous refermons le cadenas derrière nous et nous allons retrouver la N14 vers Kuruman. Après une vingtaine de kilomètres, nous sommes à l’arrêt. Un contrôle de police? Apparemment non, c’est plus grave. La file devant nous est immense. De temps en temps, une ou deux voitures passent en sens inverse. Après une bonne heure, nous comprenons ce qu’il se passe. La route est coupée en deux. Elle s’est effondrée. Un petit ruisseau, pas large mais bien profond par endroits, a décidé d’y faire son chemin, en quittant le fleuve Kuruman.

Et chacun donne son avis, évidemment ! 

Nous arrivons enfin à Kuruman. Nous devons faire le plein d’essence avant le désert et vérifier notre approvisionnement. Ayant perdu trop de temps dans le bouchon, nous ne faisons qu'un petit tour de « L’Oeil de Kuruman », source naturelle la plus importante de l'hémisphère sud. Elle débite 20.000 m3 d’eau claire et potable par jour. La ville ne manque pas d’eau.

Oeil de Kuruman, un simple petit lac et pourtant source primordiale d'eau. 
Piste, te voilà. 

Nous poursuivons notre route. De la piste, enfin ! P’tit Jimmy et Yves s’impatientaient. Il fait chaud, la piste est désertique et le décor aussi. Nous faisons une halte pique nique à Hotazel, traduire par « chaud comme l’enfer ». C’est tout à fait cela. La piste traverse le désert et la zone minière, une mine à ciel ouvert de manganèse. Nous craignions de subir d’autres inondations, alors que nous longeons la rivière Kuruman, mais tout se passe bien jusque Van Zylsrus.

Rappelons que notre réserve d’essence n’est pas énorme : 40 litres, soit 400 km, grand maximum. Donc, nous faisons le plein aussi souvent que possible. Quelle surprise, à Van Zylsrus ! Toute la petite ville est pleine d’émotion. Du jamais vu depuis 1974 ! Impossible de passer, la ville est complètement séparée en deux.

Pas de barge ? 

Les jeunes et les moins jeunes se baignent dans le Kuruman, dans une belle ambiance. Le manager de la station essence nous raconte qu’il a du s’ajouter les fonctions de comptable, de pompiste et de vendeur de la boutique, car ses employés ne peuvent pas venir travailler, ils habitent tous de l’autre côté de la rivière . Et lui ne peut plus rentrer chez lui, non plus. Il passera la nuit avec ses paquets de chips ! Un autre conducteur, guide professionnel, est lui aussi très excité : « - Vous devez filmer et prendre des photos de cet événement, c’est exceptionnel. Cela est du à la montée des eaux en amont à cause du cyclone au Mozambique et d’un double système dépressionnaire chez nous ! Si vous n’avez pas de photos personne ne vous croira ! » Il est vrai que c’est original de voir le désert sous eau.

C'est la joie et la fête dans tous les coeurs ! 

Nous longeons la rivière, elle est impressionnante, en effet. Nous pouvons suivre son tracé en suivant la végétation étonnamment verte. Askham, dernier arrêt pour l’essence, est une petite ville enfin une rue, une échoppe pour touristes et deux stations service sans essence sans plomb 95…

Askham 

Le dernier tronçon est une belle route, avant la porte du parc. Nous ne savons pas très bien à quelle heure il ferme, nous accélérons le pas de peur de devoir camper en bord de route.

Je n’ai pu réserver qu’une seule nuit au Park, au camp de Twee Rivieren, juste après l’entrée. C’est bien la première fois que nous sommes embêtés pour trouver une place. Arrivés à l’entrée, nous nous précipitons, persuadés qu’il est déjà trop tard, prêts à plaider notre cause pour obtenir une faveur. Les employées nous regardent sans réagir et nous tendent les habituels et nombreux formulaires. Ce sont les horaires d’été, nous avons encore une heure devant nous… Le check in est assez long, en raison des mesures Covid, mais également car c’est un parc transfrontalier avec des postes d’immigration. Nous ne comptons pas aller au Botswana, tout va bien.

La grandeur du parc et la petite partie que nous avons parcourue . 

Je me renseigne pour obtenir une nuit en plus, peut être un désistement de dernière minute, mais rien. En revanche, il y a un lodge indépendant dans le parc : le !Xaus Lodge. Après quelques coups de fil, l’affaire est conclue, nous pouvons rester y rester la nuit suivante.

Twee Rivieren : comme dans une marina, nous faisons le tour des "pontons"  c'est a dire des campings car, Land Rover aménagés ... 

Nous attaquons la journée de très bonne heure. Nous voulons profiter au maximum de notre court passage dans ce lieu mythique. Clairement, nous ne sommes pas les seuls : vers 6:30, le campement est presque vidé de ses occupants. Il faut repasser par la porte pour donner notre plan de route. Le parc est très stricte sur ce point : si nous ne sommes pas au logement avant la tombée de la nuit, ils lancent aussitôt les recherches ! La vitesse est limitée à 40km/h, cela rallonge les distances, mais il y a tant à admirer, de toute manière.

C'est le désert, oui oui ! Que du sable sous cette végétation opportuniste. 

Les oryx sont partout ! Ce sont un peu les zèbres du désert. Evidemment, nous voyons des springboks, un des emblèmes de l’Afrique du sud (blanche). Puis défilent de belles girafes, des gnous toujours aussi préhistoriques, un chacal en fin de repas, des écureuils creusant un peu partout et même un lion paresseux, faisant la sieste en plein milieu de la route.

Profite de l'ombre ! 
Nid du Républicain Social (Philetairus sociaux) 

Le "Républicain Social" ! Formidable n'est ce pas ? C'est une espèce de passereau endémique des zones arides de l'Afrique du Sud, surtout du Kalahari. Ces petits oiseaux construisent des nids collectifs qui peuvent prendre des dimensions énormes. Ils comptent parmi les plus grandes structures construites par des oiseaux. Ces nids sont habités toute l'année et servent pendant plusieurs générations. La nuit, ce sont les chambres centrales, plus chaudes, qui sont utilisées. La journée, ce sont les chambres périphériques. Les nids peuvent accueillir jusqu'à 500 habitants , et parfois d'autres espèces d'oiseaux en profitent également.

Nous avons rendez-vous avec un guide du Lodge, à Kamqua Picnic Spot, vers 14:00. Cela nous laisse le temps de déjeuner à l’ombre mais dans une chaleur torride. Le guide arrive, avec de nouveaux documents Covid à remplir, et la consigne de prendre notre température. Bon, nous faisons exploser le thermomètre. Nous devons patienter une dizaine de minutes, le temps que ce dernier refroidisse sous la clim de la voiture. Nous suivons le gros Toyota du guide dans notre p’tit Jimny. La route est un chemin privé, du sable rouge profond et de hautes dunes à escalader, le tout parsemé d’autruches. Parfois une dune résiste, il faut recommencer, l’attaquer de plus loin et garder une vitesse minimum de 40 km/h, pas facile d’oser prendre les virages serrés avant la dune ! Une heure plus tard, nous arrivons dans ce petit paradis surplombant un lac salé asséché qui fait face à la Namibie.

!Xaus Lodge , une merveille cachée. 

Quel bonheur d’admirer ce paysage, au frais dans la petit piscine. Nous rencontrons le manager des lieux, qui nous raconte l’histoire du Lodge. Ce terrain de 50 000 ha appartient aux Bushmen. Ils avaient été expulsés de leur territoire par le gouvernement, à l’époque des grands déplacements. À la fin de l’Apartheid, ils ont demandé que le territoire leur soit rendu. Ils ont obtenu le terrain, mais ils ne pouvaient pas y habiter, car il se situait maintenant dans un parc national. Pour les consoler, le gouvernement y a fait construire le lodge en offrant à cette communauté de gérer ce bien et d’en tirer profit. Les Bushmen se sentaient bien incapables de relever un tel défi, cela ne fait pas du tout partie de leur culture, ni l’hôtellerie ni la hiérarchie dune entreprise. Le seul qui commande chez eux, c’est le chef du village, et l’homme de médecine. Comment créer l’organisation d’un lodge accueillant des touristes ; qui donnerait les ordres? Et pourquoi devoir obéir à quelqu’un qui n’est pas le chef du village? Le lodge fut ainsi conifé en gestion… à un couple de blancs. Tous les bénéfices vont quand même à la communauté des Bushmen… qui est installée au Botswana !

!Xaus signifie coeur en Khoi, la forme en coeur du lac asseché  (faut un peu chercher...)

Le soir, un guide nous emmène en petit safari de nuit, peut-être y verra-t-on des animaux nocturnes ? La végétation étant dense après les pluies, ils sont bien cachés ! Le lendemain, pas de répit, réveil à 6h00 pour une randonnée, à la découverte des plantes médicinales, du bush et des empreintes. Nous apprenons tout sur la vie rampante, les plantes gorgées d’eau … de quoi survivre dans le désert.

Apres un petit déjeuner de luxe, nous reprenons la route des dunes. Yves ayant dégonflé davantage les pneus, p’tit Jimny appréhende moins les montées dans les dunes.

A 12:30, nous sommes à la sortie du parc. Plein d’essence et plein d’air dans les pneus.

Quelques kilomètres après le parc, nous nous arrêtons au Meercats Sanctuary. C’est un endroit où le suricate est roi ! Ils y sont accueillis après des blessures et soignés, avant d’être remis en liberté. Ils vivent sans clôture et se reproduisent très bien, trop bien même. Certains sont réintroduits au Botswana, d’autres partent par eux-mêmes quand ils sentent le moment venu. C’est impressionnant de voir ces petites bêtes courir partout. Nous en profitons pour pique niquer sur place.

Veiller ou dormir, après manger ce sont les principales activités.  
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J’avais prévu d’aller passer une nuit à Witsand Reservenatuur, un parc de hautes dunes rouges perdues au milieu de rien. Mais cela nous fait un trop grand détour et du sable, nous en avons déjà pas mal mangé dans le Kalahari. On se réservera cela pour la Namibie.

Dans nos campements, dès qu’il y a quelqu’un, en plus de nous, un petit apéritif s’organise ou un braaï. Les Sud-Africains sont très conviviaux. Nous pouvons ainsi échanger les récits de nos aventures respectives et partager un bon moment. Tout le monde nous conseille d’aller visiter le parc d’Augrabies Falls. Nous ne sommes pas très emballés, mais dans la situation climatologique actuelle, il paraît que le pays entier se déplace pour les voir. Alors, nous n’allons pas passer à côté de cela et c’est sur l'une de nos routes probables.

Il faut trouver un endroit pour poser notre tente et, apparemment, ce ne sera pas facile. En effet, il y a du monde pour assister à cet événement. Mais je finis par avoir une réponse positive, nous pouvons avancer sereinement.

Un peu plus de 300 km nous séparent de Keimoes. C'est une fameuse route goudronnée, si parfaite qu’elle est utilisée par les constructeurs automobiles pour tester leurs voitures à pleine puissance.

P'tit Jimny aurait aimé frôler les 300 km/h ! 
Et toujours un décors très ... désertique.  

Nous arrivons à Upington, une ville loin de tout, au milieu du désert mais sur notre route. Une oasis en bordure du Kalahari ! Cette ville est traversée par le fleuve Orange. Grâce aux travaux d’irrigation effectués par les premiers missionnaires, l’agriculture s’y est fortement développée. C’est tout un système de canaux et de roues qui entraînent l’eau vers les cultures les plus éloignées. Nous roulons à nouveau entre vignes et plantation de fruits, enfin un peu de végétation. On profite de la ville pour faire le plein d’essence et de nourriture. Nous achetons également deux trois bouteilles de Colombard, vin produit uniquement au bord des rives de l’Orange. Il paraît qu’il se boit 'frais, très frais, excessivement frais"…

Il reste encore une soixantaine de kilomètres à parcourir vers notre campement, quand Google Map annonce un gros bouchon sur notre route, à Keimoes, et pas moyen de le contourner. Que se passe-t-il ? Un "léger" débordement des canaux irriguants les vignes et p’tit Jimny se prend pour un bateau.

Rien à bâbord !  

Nous arrivons à notre campement et nous sommes seuls. Un autre 4X4 super équipé arrive plus tard dans la soirée. Notre tente est rapidement montée sous la toile d’ombre et le braaï crépite.

Installé(s) !  

Le ciel est noir, le tonnerre gronde et les éclairs se font de plus en plus proches. La nuit s’annonce humide ! Et en effet, elle l’est. Il n'a pas arrêté de pleuvoir, l’impression d’assister à la fin du monde dans ce vacarme. Mais nous sommes au sec sous notre tente et toile d’ombre. Nous sympathisons avec nos voisins. Malgré leur super équipement, ils paraissaient avoir souffert de la pluie. Ils vont à Augrabies également, passer une nuit dans le parc (ils ont réservé en avance, eux !)

Quand il y a un bateau sur le bord de la route, nous nous arrêtons ... 

Augrabies, nous arrivons, finalement impatients après tout ce que l’on entend. Nous retraversons la zone inondée et nous nous dirigeons vers le parc que nous atteignions à l'heure parfaite pour notre pique nique.

Vu les pluies torrentielles et le système dépressionnaire du Mozambique et …. Nous ne pouvons visiter qu’une petite partie du parc, le reste est sous l'eau. Le spectacle s’annonce grandiose.

 Et il l’est !

Les Khoïkhoïs, habitants de la région, appelaient les chutes Ankoerebis , « lieu de grands bruits ». Les Trekboers, qui colonisèrent l’endroit, l’ont transformé en Augrabies par défaut de prononciation. Ces chutes sont un accident de parcours pour le fleuve Orange. Il y a plus de 500 millions d’années, les plaques de gneiss granitiques se sont fracturées formant deux chutes, l’une de 56 mètres et l’autre de 76 mètres. Un canyon de 240 mètres de profondeur et 18 km de long résulte de l’érosion granitique. Les chutes forment la réunion des multiples canaux du fleuve Orange en amont.

Il y a tellement d'eau que nous ne pouvons pas nous rendre compte de la hauteur des chutes 

Le fleuve Orange, anciennement Gariep, a été nommé ainsi par le commandant de la garnison de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales. Une croyance veut que le nom provienne de la couleur orange des eaux, ce qui est faux. Gordon le baptisa ainsi en l’honneur de Guillaume V de la Maison d’Orange-Nassau. Depuis la fin de l’Apartheid, le nom Gariep est régulièrement utilisé dans les communications officielles nationales. Il est envisagé de le rebaptiser de son ancien nom : « - Le nom actuel est perçu comme ayant un lien fort avec l’histoire de la domination coloniale et n’a donc pas sa place dans le cadre du système démocratique actuel ». D’ailleurs, petit fait amusant, les photos prises avec l’iPhone sont géo-localisées à Kai Garib, pourtant le nom international est toujours l’Orange ! Google serait-il en avance (ou un peu orienté) ?

Tout le monde a droit à son petit selfie. 

C’est le plus long fleuve d’Afrique du Sud avec ses 2160 kilomètres. Il prend sa source dans les montagnes du Drakensberg, au Lesotho, à 3000 m d’altitude. Il se dirige vers l’ouest en traversant l’Afrique du Sud et le désert du Kalahari pour rejoindre l'Océan Atlantique. Il fait partie des frontières internationales séparant l’Afrique du Sud de la Namibie, et également du Lesotho. Il ne traverse aucune grande ville, à l’exception d’Upington. L’Orange revêt évidemment une importance économique majeure, il fournit de l’eau pour l’irrigation et de l’énergie hydroélectrique.

La puissance de l'eau à l'état pur. 

Son nom khoïkhoï lui va à merveille, c’est bruyant, très bruyant. Nous avons la chance d’assister à ce spectacle rarissime. La dernière fois que les chutes se sont mises en scène de la sorte, c’était en 1988.

Sortie du parc, une longue route nous attend. 
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Nous reprenons la fameuse N14, qui part de Johannesburg, et nous roulons toujours vers l’ouest sans trop savoir où s’arrêter. Nous quittons l’Orange et ses vignes, pour retrouver un décor aride, quasi lunaire.

En route la troupe. 

La route peut paraître longue et ennuyeuse, mais nous nous en lassons pas. Il y a toujours une surprise au détour d’un virage ou en haut de la colline. Après tout, nous ne sommes pas du genre à nous lasser du bleu de la mer.

Ce paysage défile pendant des heures, tantôt du sable rouge, tantôt du sable jaune. 
Comment ne pas s'arrêter pour prendre des photos ?

Nous arrivons dans le district de Namakwa, réputé au printemps pour le tapis de fleurs qui couvre son sol jaune et sec. Mais nous sommes en été et encore trop loin de la côte pour assister à ce spectacle.

Pffff, même pas vu un tracteur. 

Avant de quitter les chutes, j’avais profité du réseau 4G pour réserver une chambre dans l’hôtel de Pofadder. Apparemment pas de camping dans les environs et il faut bien s’assurer de dormir quelque part. « - Dites à un Sud-Africain que vous êtes allés à Pofadder, il risque d’éclater de rire. Ce trou perdu fait l’objet de nombreuses plaisanteries dans les grandes villes. », extrait de mon mauvais-futé-petit-guide. Il est vrai que cette ville se situe au centre de la zone d’élevage des moutons karakuls, que les précipitations atteignent 50 mm les meilleures années (quatre fois moins que dans le parc du Kalahari) et que le plus petit mouvement demande un effort surhumain, par 55 degrés à l’ombre.

Pofadder ... en approche 

Il y fait tellement chaud et la terre est si dénudée que nous ne voyons même pas l’âme d’un mouton ! Il est 17h, nous avons le temps de continuer jusqu'à Pella, avant de retrouver l’hôtel.

Pella est encore un village que peu de gens visitent. Nous quittons la N14 et nous pointons plein nord pendant une vingtaine de kilomètres, droit sur la chaîne montagneuse et le fleuve Orange qui nous séparent de la Namibie. Mais pourquoi aller là-bas, un village au milieu de rien, juste au bout d’une route ?

Pella, au bout de la route. Attention, licornes ! 

Pour une cathédrale ! L’histoire, comme souvent dans la région, est écrite par les missionnaires. En 1814, la London Missionary Society établit ici un campement pour accueillir les populations chassées de Namibie. Ils l’appellent Pella en souvenir du refuge près du Jourdain, pour les chrétiens persécutés. Mais une terrible sécheresse pousse les Anglais au départ. En 1869, les pères Gaudeul et Georges, des Missions Africaines de Lyon, s’y installent. Mais au Vatican, la Curie développe un programme d’évangélisation du Kalahari et décide de confier la région aux oblats et oblates de Saint-François-De-Sales. C’est ainsi que les pères Jean-Marie Simon et Paul Rougelot édifient, en sept ans, une cathédrale pouvant accueillir sept cents fidèles. Au beau milieu du désert, les curés s’improvisent bâtisseurs ! Par 50 degrés, ils doivent trouver les matériaux, essentiellement du bois qui provient des rives du fleuve Orange, au nord. L’horloge et la cloche arrivent en bateau puis sont acheminés en charriot. Et la base des plans sont trouvés dans l’Encyclopédie des Arts et Métiers, quelle époque !

LA cathédrale.

La route goudronnée se termine dans le village. Il n’est pas très difficile de trouver la cathédrale. Nous garons la voiture et une troupe d’enfants timides viennent nous rejoindre. Nous marchons vers la porte, évidemment elle est fermée. Mais juste en face, un homme sort de sa maison, crie quelque chose aux enfants qui disparaissent aussitôt. J’en profite pour lui demander s’il est possible de visiter « le musée » … « - La cathédrale, vous voulez dire ? Il n’y a pas de musée ». Cet homme est en fait le vicaire général de la cathédrale ! Très gentiment, il nous ouvre la porte du bâtiment, pas trop longtemps car il doit préparer une célébration dans une chapelle voisine. Sobre et imposante, la cathédrale compte encore deux mille fidèles pour trois mille habitants.

Nous le remercions et nous rebroussons chemin. Juste avant la N14 nous ramenant à Pofadder, une piste part sur la droite. Yves avait repéré un panneau « Klein Pella camping+BB 4X4 27 km ». C’est très attirant, mais impossible de les joindre pour savoir s’ils sont ouverts. Nous tentons notre chance, jusqu’à présent cela nous a plutôt réussi. La route est magnifique. Nous ne regretterons pas le détour, même si l’on doit faire demi tour vers l’hôtel.

Petit canyon asséché. 

Arrivés devant le portail bien sécurisé, il n’y a personne dans la guérite, mais un pick-up sort de la propriété, certainement la fin de la journée de travail. Nous lui expliquons que nous aimerions poser notre tente mais que nous n’avons rien réservé. Le réseau téléphonique faisant défaut, il rentre derechef et va expliquer notre situation au patron. Un quart d’heure plus tard, il nous laisse entrer en nous donnant les indications pour camper. Nous verrons le patron le lendemain, il est déjà tard.

Arrivés ! 
Ciel orageux ...
Coucher de soleil sur la Namibie. 

La propriété est somptueuse. Enfoncée dans les montagnes, face à la Namibie, c’est une ferme de dattes et d’autres fruits cultivés grâce au fleuve Orange, non loin de là.

Nous sympathisons avec un couple qui campe également. Nous partageons le fameux Colombard, à boire très très frais. Cela tombe à point, ils ont trop de glaçons ! C’est un couple de professeurs d’université, dont le mari est théoriquement à la retraite depuis peu, mais l’université lui a proposé un nouveau poste. Ils ont donc deux mois pour voyager et visiter tels des touristes retraités.

Le lendemain, nous apprendrons de la réception que la ferme est interdite aux touristes à cause de la Covid. Enfin, plus précisément, ils exportent des fruits et les règles sanitaires sont drastiques en cette période de Covid. Ils ont quand même le droit d’accueillir deux tentes, ouf !

Au retour, nous optons pour une autre route. J’avais entendu parler du Namaqua 4X4 Trail, une piste de plus de 400 km très difficile, qui longe le fleuve Orange. C’est un trail à parcourir sur réservation et qui ne nous est pas du tout destiné, mais il y a moyen de prendre une autre piste, qui rejoint ce trail par endroits. Et c’est beaucoup plus attrayant que la N14. Mais avant de l’attaquer, nous devons quand même retourner à Poffander, faire le plein du réservoir d’essence et du jerrican de secours.

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Nous quittons Pofadder bien ravitaillés et sans regrets. C’est vraiment un trou paumé. Retour sur nos pas, la piste de Goodhouse nous attend.

Prêts pour la piste. 
Des barbelés et encore des barbelés, il doit bien y avoir des moutons par ici.

Le paysage est époustouflant. On se croirait en mer, surmontant les vagues, de temps en temps des pics. Les couleurs changent constamment.

Pourquoi partir ? 

Nous passons souvent par un portail ou une barrière canadienne bien signalée (rouleaux métalliques au sol pour empêcher la sortie d'animaux). Est-ce que la piste traverse alors des propriétés privées ? C’est fort probable.

Barrière canadienne et le fameux nid : un poteau, un nid.

Intersection Sprignbock - Goodhouse. J’opte pour Goodhouse. Il y aurait un lieu de camping sauvage le long de l’Orange pour pique niquer. C’est une des haltes du Namaqua 4X4 Trail, mythique et tentante, évidemment. La piste n’est plus couleur de sable ou de gravillons, mais blanche de quartz ! Nous contournons les collines arides rouges, vertes ou jaunes. Elles doivent regorger de minerais. Après quelques virages, la route devient rectiligne et nous laisse entrevoir, au loin, les hautes montagnes de la Namibie qui bordent les cultures. Nous nous approchons du fleuve Orange, source de vie.

Fin de piste dans l'Orange, enfin les vignes. 

Je guide Yves vers le site du camping. Déjeuner les pieds dans l’eau, à l’ombre d’arbres feuillus bien verts, face à la Namibie, par 40 degrés, n’est-ce pas merveilleux tout cela ? Oui ! Eh bien, cela ne sera pas pour aujourd’hui, le fleuve déborde de tous les côtés, on n’arrive même pas à accéder à la route qui descend au camping, il doit être sous les eaux.

Nous décidons alors de retrouver les ruines de l’entrée et de prendre à droite, vers le village de Goodhouse. Il porte bien son nom. Après un petit kilomètre dans le sable, nous abordons ce lieu complètement isolé et bien verdoyant. Quelques belles petites maisons, trois ou quatre rues de sable et une population, plutôt indienne et métissée, nous accueille. Première étape, par simple curiosité, LA boutique ! Surprise : un gros congélateur rempli de crèmes glacées. Nous cherchons un arbre pour nous mettre à l’abri du soleil et pouvoir déjeuner. Les émotions, ça creuse !

Avec petit jardin ! 

Tout est calme, paisible. Une fois bien rassasiés, il n’y a plus qu'à chercher une glace. Je laisse ce plaisir à Yves. Je préfère ne pas prendre de risque, le congélateur avait l’air de souffrir des grosses coupures de courant (il y a délestage tous les jours un peu partout, en Afrique du Sud). Ce petit village loin de tout ne doit pas en être épargné.

Nous reprenons notre route, enfin, notre piste, vers Springbok. Il est temps de faire du sud-ouest. Nous ne voulons pas quitter ces décors. Nous traversons l’immensité aride, toujours aussi bien clôturée, nous rappelant que cette terre est bien exploitée, difficile de le croire.

J'aime les moulins. 
La belle route !  
Qui dit buisson dit ombre, et ici il fait chaud pour tout le monde ! 

Nous traversons le premier et dernier village avant Springbock. Une ville minière ...

Concordia, nous approchons de la civilisation. 

Sprignbok, nous arrivons. Et le réseau téléphonique revenant à nous, il est temps de trouver un camping. Cette ville sert au ravitaillement de ceux qui continuent vers le désert namibien, ceux qui vont vers le désert du Kalahari (prochaine station Pofadder …) et ceux qui rejoignent la côte et le Namaqualand Park. Une ville sans intérêt, donc, mais on y trouve campings, supermarket et stations essence !

Un camping à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de la ville me confirme avoir une place pour nous. Nous trouvons la ferme, le site est encore surprenant. Nous sommes seuls, encore une fois, et nous avons le choix de l’emplacement. Nous montons la petite tente à l’abri du vent. Un kart ingénieux nous attend pour dévaler la colline ! Et le braaï fabriqué maison est encore plus malin que le kart : jante de camion, couvercle desserte une fois ouvert, grâce à son pied repliable et des roues pour déplacer le tout.

Impossible de ne pas le tester. A défaut de batterie en place, nous le hissons en haut de la colline !
Le trip n'est pas terminée !
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Au lieu de prendre la route classique, qui longe la côte ouest de l’Afrique du Sud, nous traversons encore du désert. Faut dire que nous allons longer la côte en bateau et la route nationale ne nous attire pas beaucoup. Nous laissons ainsi le Namakwaland Park, pour une autre fois, qui sait ?

Où est le bout ? 
Un peu de vie ... 

La route semble interminable et mystérieuse. Il ne faut pas croire que la piste soit toujours de tout confort. Quand elle n’a pas été entretenue depuis longtemps, ce qui est souvent le cas, elle peut ressembler davantage à de la tôle ondulée qu’à une route goudronnée. Etrangement, nous nous sommes « habitués » à ces moments bruyants et mouvementés. Et la piste nous réserve toujours une belle surprise !

Des surprises ! 
Et des indications, enfin, ce qu'il en reste. 

Nous déjeunons à Loeriesfontein. Fontein signifie source, mais nous ne la trouverons pas.

Mais nous trouvons les églises, une prière en rentrant, une prière en quittant . 

Ce village en plein milieu du désert est couvert de fleurs à la fin de la saison des pluies, difficile à croire. Mais c’est ainsi dans une grande partie du district du Namaqualand. La région est riche en cuivre et en diamant et, comme, pour les moutons, nous ne verrons ni l’un ni l’autre (dommage). Par contre nous suivons un petit panneau « Fred Turner museum ». Quel est donc ce musée perdu dans le Groot Karoo ?

C'est si romantique ! 

Un musée de wind pumps, ces vieilles éoliennes d’irrigation, encore omniprésentes ! Quand je dis que cette région regorge de surprises, je ne me trompe pas. Cette merveilleuse idée provient du Dr Walton, un résident du Cap, né au Royaume-Uni. Il tenait à ce que ces « moulins à eau » restent dans la mémoire de tous. Pour cela, il créa cette exposition permanente, sur les terres de Fred Turner. C’est devenu l’attraction touristique de la petite ville, outre ses fleurs qui couvrent le désert au printemps.

Certains ont opté pour le mauvais moyen de transport. 
Calvinia, c'est tout droit. 

Nous poursuivons notre route vers Calvinia, notre étape pour la nuit. Je trouve un camping dans le village, moins sauvage mais très sympa. Calvinia, je suis obligée d’y faire escale, par prescription de ma dentiste ! Nous avions deux missions : goûter un gâteau typique du lieu (j’ai oublié son nom) et goûter l’agneau si réputé. Nous faisons le tour du village et demandons à plusieurs personnes de nous aider à trouver ce fameux gâteau, impossible. Et la boulangerie, la seule et unique, est fermée depuis quelques années. Heureusement, nous trouvons de l’agneau plus facilement. Il paraît que l’agneau local est très particulier. L’herbe spécifique de cette région donne un goût divin à la viande.

La ville fût fondée en 1845, au pied du Hantamsberg. Elle honore la mémoire de Jean Calvin, réformateur français, qui écrivit l’Institution de la religion chrétienne, comme une affirmation solennelle de la souveraineté de Dieu, seul maître du salut de l’homme par la prédestination.

Tant de styles différents ... mais où est donc la boulangerie ? 

Capitale du Hantam Karoo, Calvinia est un petit paradis perdu dans les solitudes intérieures. On dit que la ville est tellement calme que l’on peut entendre siffloter les étoiles.

Au camping, nous occupons un des trois seuls emplacements. Nous faisons connaissance avec nos voisins. Ils visitent leur pays en camping-camion-tout-terrain et nous laissent jeter un oil dans leur vaisseau des pistes. Ils sont aussi équipés que nous à bord de MedioVaS ! Nous partageons un verre de vin, puis ils partent retrouver des amis en ville et nous allumons le braaï de Saint Valentin. Les fleurs sont superbes et l’agneau est divin.

Soirée Saint Valentin  

La nuit est un peu bruyante, j’ai plutôt entendu siffloter les camions que les étoiles (ici, les camions claxotent en passant, il doit y avoir un relai routier ou une légende de la route pas loin).

Au revoir Calvinia, nous t'écrirons. 

Nous replions bagage et nous préparons à quitter le désert. Il va nous manquer, c’est certain. Nous prenons la belle Karoo Highlands Route, que nous quitterons au bout d’une centaine de kilomètres pour plonger vers les montagnes du Cederberg et retrouver la piste. Nous passons le Boterkloof Pass, frontière entre le Cap du Nord et le Cap Occidental.

Attention, risque de vélos sauvages ! 

Nous sommes toujours en terre des San, les premiers habitants de l’Afrique australe. Ils seraient arrivés dans la région il y a 45 000 ans. Ce sont eux que les colons ont appelés les bushmen. Continuellement repoussés vers l’est et le nord, ils ont migré dans les montagnes du Drakensberg et le désert du Kalahari. Ces chasseurs-cueilleurs des premiers temps ont laissé des traces de leur passage, des magnifiques peintures qui ornent leurs lieux sacrés. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans l’un de ces lieux.

Oh, un Bushmam égaré... 

Les peintures sont réalisées par trois techniques : piquetage, incision et raclage. Elles vont de simples monochromes aux polychromes complexes avec estompes, type souvent considéré comme l’apogée de l’art rupestre de l’Afrique du Sud. On en compte des milliers des sites différents, vieux de 800 à 10000 ans. Ils sont, pour la plupart, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.

Les peintures n’expriment pas le mode de vie des San. Elles sont liées aux rites chamanismes et représentent les visions des chamanes pendant leurs transes.

Nous marchons alors 5 km au milieu des esprits, peut-être auront-ils un message pour nous ?


Quelques cols et gorges à  traverser ...
Notre rituel, dégonfler et gonfler ... 

La piste devient une route, nous ne sommes plus loin de Clanwilliam.

Et Clanwilliam apparaît, une vallée en altitude et bien arrosée. 

Encore une ville modeste où grouillent les stations service et les PickNPay (nos supermarchés préférés). Nous nous ré-approvisionnons, pour nos derniers jours au milieu de la chaîne montagneuse du Cederberg.

J’ai trouvé un camping qui a l’air formidable. La route qu’il nous conseille de prendre pour y accéder ne nous intéresse vraiment pas, c’est la nationale. Nous lui préférons la piste qui longe l’Olifantsriver. Pas moyen de savoir si elle est praticable ou pas, nous avons encore en tête les images des inondations de l’Orange, au nord. Nous nous y aventurons quand même, nous pourrons toujours faire demi tour.

Nous traversons un décor de cinéma. Sans regrets ! 

Pas de dangers, il doit faire plus sec ici que dans le désert du Kalahari ! Nous avons vraiment assisté à un phénomène rare.

Repos et détente  pour la soirée 

Le site pour camper est vraiment magnifique et calme. Nous posons notre frigo dans la grande salle commune, pour pouvoir le brancher. Un couple nous aborde en nous proposant de partager les cigales de mer qu'ils avaient achetées dans la journée, auprès d'un petit pêcheur. Elle est du Lichtenstein, lui d'Afrique du Sud ; ils visitent le pays. Nous ne pouvons pas refuser une offre si généreuse. Le Belge dine tôt, dit-on, mais alors eux ... à 17h00, nous sommes autour de ce mets divin.

Les lumières sur le Cederberg. 
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Autre prescription de ma dentiste, au Cederberg il faut essayer le « Wolfberg Cracks and Arch Hike Trail » . Le manager du Gecko Creek campsite nous le conseille également, en nous mettant en garde : c’est long et difficile, il faut compter au moins 4 heures de marche. Après les hauteurs que nous avons escaladées dans le Drakesnberg, cela doit être dans nos cordes. Nous engloutissons un bon petit déjeuner et nous roulons vers l’un des postes d’entrée du parc national, pour retirer et payer notre Hike Permit. Il faut des permis un peu partout, dans ce pays, mais ils sont bon-marché. La route qui nous y conduit est renversante.

En haut en bas, à gauche à droite... 

Il est déjà 10h, la vendeuse de permis nous trouve très en retard. Normalement, les personnes entament la montée vers 8h00 car il faut au moins 8h pour l’aller et retour ! Ah, nous sommes déjà loin des 4 heures du manager, il devait parler de l’aller simple. Nous ne nous dégonflons pas, nous ferons demi-tour avant la nuit ! Une piste de 4 km mène au parking en traversant des vignes, passant au dessus de l’Olifantsriver et longeant un camping vide, au bout duquel se trouve le portail à code secret … avec un peu d’aide d’Yves pour résoudre le secret, j’ouvre le portail en le poussant, le cadenas n’est pas à poste. Nous traversons la Valley of Red Gods, un petit bijou de formations rocheuses.

Des dieux un peu en équilibre. 

Nous arrivons au parking. Chaussures de marche, gourdes remplies d’eau et pique nique dans un petit sac, tout est prêt pour l’ascension.

Le sentier monte doucement mais surement, puis fortement, puis très fortement . Le rythme cardiaque s’accélère, il est temps de faire une petite pause sous un rocher ou les quelques branches d’un buisson. Nous apercevons p’tit Jimny en bas, de plus en plus petit. Le spectacle sur la vallée est somptueux. Et lorsque l’on regarde vers le haut, c’est vertigineux.

Nous ne sommes pas au bout de nos peines. 
Partout la vue est belle, chacun choisit son côté. 
J'apprendrai par ma dentiste que c'est le loup , pas Yves mais le rocher ! (Wolfberg). Je pensais que c'était la deuxième photo

Le rythme cardiaque s’est plié à la demande de l’effort et de la chaleur, les jambes suivent la cadence et, après deux bonnes heures de marche, nous arrivons au croisement des voies. Trois colonnes rocheuses rouges forment trois couloirs, lequel prendre ? Yves relit les quelques indications données par la vendeuse qui parlait à toute vitesse et dessinait très sommairement. « - Sous le petit pont formé par les rochers, prenez à gauche pour le chemin direct et plus court. » Allons-y ! Très vite, nous nous retrouvons dans un éboulement d’énormes rochers que nous escaladons. Nous trouvons cela bizarre, pour un chemin facile, mais il est amusant… et très direct, en effet ! Nous continuons ainsi dans cette voie sans trop savoir si c’est la bonne. Une chose est certaine, elle n’est pas facile du tout. Nous grimpons ainsi pendant une bonne heure sur ces blocs perdus entre les deux falaises rouges, le décor est époustouflant.

La voie la plus rapide ... 
Et quand il faut déplacer un rocher, je suis toujours présente ! 

La montée s’arrête soudainement. « - Quand deux falaises ne se touchent pas, cela forme une allée » ( paraphrase empruntée au film Camping ) … Une belle allée, nous avons atteint les Cracks. La nature est une grande artiste, pendant des années elle a sculpté ces roches, avec l’eau et le vent comme seuls instruments. Ma dentiste avait raison, c’est magnifique.

Les Cracks 


Nous ne regrettons pas l'escalade. 

Il nous reste encore une bonne trotte jusqu'à l’arche dans un décor lunaire et enfin plat. Nous suivons les indications et les signes de ralliement qui longent la route…

Merci les petits guides . 
A 1840 mètres , c'est tout plat. Et l'Arche apparaît au loin.

Lorsque nous voyons apparaître The Arch, à 1km de nous, nous posons ce qu’il reste de notre pique nique et l’engloutissons d’un trait. La marche creuse vraiment nos estomacs. Notre mince réserve d’eau est presque à sec, nous l'économisons pour le retour.

Discussion de rochers. 
Chacun médite à sa manière . 

Nous ne nous offrirons pas une photo sous l’Arche, nous devons penser au retour. J’ai un peu trop poussé sur mon genou et il se plaint de l’effort imposé. La descente ne va rien arranger à cela.

Faut y aller ... 
Après une belle descente , nous apercevons p'tit Jimny. 

Il nous reste deux choix, plus long mais plus facile ou plus court mais plus compliqué. Nous nous retrouverons sur la deuxième possibilité. La descente est finalement assez facile comparée à l’escalade de la montée, quand on est sur le bon chemin ! À sec d’eau, nous retrouvons p’tit Jimny, tout seul sur son parking.

Au bout du compte, le tout nous aura pris 6 heures. Le manager du campsite est surpris de nous voir arriver si tôt. La piscine m’appelle, comment refuser un bon plongeon au milieu des montagnes.

Dernière nuit dans les montagnes du Cederberg. 

La nuit, nul doute, est profonde et le réveil m’offre quelques courbatures. Mais il y a encore tant de choses à visiter. La tente est pliée, la voiture rangée, nous quittons le site.

Première chose à faire, s’arrêter au domaine viticole « le plus paumé et le plus haut » d’Afrique du Sud, Driehoek. Nous achetons trois bouteilles : un pinot (seul endroit où l’on en fait), pour ma dentiste, un shiraz pour James qui nous a conduit à l’aéroport et un sauvignon blanc pour nous. Il nous est difficile de stocker du vin à bord, nous avons plus important à transporter !

Deuxième chose à visiter : les grottes. Nous retournons voir notre amie qui vend les Hike permits et nous voilà plongés dans les méandres des cavernes des Bushmen. Certaines sont énormes, d’autres plus petites et nous imaginons la vie menée dans ce lieu. Je dois avouer que je suis en pleine lecture de la série des livres Le clan de l’ours des cavernes (sur les conseils d’Yves), l’histoire d’Ayla au temps de la préhistoire, donc la vie dans les cavernes devient passionnante.

La caverne du chaman , j'y ajoute une touche perso ... (euh non, en fait).
Quand je pense que nous montons une tente tous les soirs. 

Nous repartons vers un campsite de notre premier road-trip. Nous nous y sentions vraiment bien et avions sympathisé avec les propriétaires, Veronica et Adrian. Nous leur proposons un braaï avec nous, en soirée. La soirée est animée par les aventures de chacun. Un excellent moment.

Moon River Bush Camp, un coup de coeur. 

Il est temps de rentrer à Simonstown en passant par Le Cap pour rendre la voiture. C’est tristement que nous disons au revoir à p’tit Jimny qui nous a mené vaillamment tout le long de cette aventure. Et c’est contents que nous retrouvons MedioVaS, toujours aussi impatient de naviguer.

On arrive MedioVaS, et nous allons naviguer ! 
Nos deux road-trip depuis Simonstown. 
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Après nos deux road-trips, au départ de Simonstown, et les précédents, au départ de nos diverses escales, il est temp d’envisager Le Cap, le port de sortie de ce merveilleux pays.


Je vais voir ma dentiste, pour notre dernier rendez-vous ! Nous parlons de notre voyage, elle s’émerveille devant les photos, un peu déçue que l’on n’ait pas pu goûter aux fameux biscuits de Calvinia. Mais assez parlé, elle a une belle couronne toute neuve à poser. En partant, je lui offre LA bouteille de vin. Elle tombe dans mes bras pour me remercier. Mais c’est moi qui la remercie de me permettre de partir l’esprit tranquille !

Nous faisons les dernières petites réparations et l’entretien du moteur de MedioVaS. Un dernier dîner chez James et Barbara, un autre chez Jack et Jackie. Une fenêtre météo correcte s’ouvre à nous.

Nous sommes à bout de nos excuses pour rester dans ce charmant petit coin, entre otaries et cormorans, montagnes et océan.

Le dimanche 21 février, nous larguons les amarres à 5h45, au lever du jour. Le soleil se lève de plus en plus tard, il fait froid : « winter is coming ». Nous naviguons au près, cap au sud. La pointe mythique Bonne Espérance nous attend, tout au sud de sa péninsule.

Yves est de quart. 

Au fur et à mesure que nous avançons, la mer devient plus formée et le vent se lève. Nos estomacs ne sont plus du tout habitués à être secoués, surtout le mien. Il va falloir payer le prix du grand passage. En arrivant au sud, nous pouvons abattre et accélérer, le mouvement reste fort mais moins insupportable. Il est 13h45, nous avons doublé le Cap de Bonne Espérance !

Avant et après le cap de Bonne Espérance, que nous laissons bien loin de nous !

Il y a du soleil, de l’air et de l’eau salée, MedioVaS est ravi et nous aussi. Nous allons enfin naviguer dans le courant du Benguela. Ce courant froid nous glace les os, mais nous pousse vers le nord. Le cap doublé, nous apercevons le souffle d’une baleine tout près du bateau (ou était-ce un cachalot ?). Elle ne nous en offrira pas davantage, pas de saut, pas de queue en l’air, mais nous sommes déjà très émus par ce cadeau. Nous filons vent arrière, avec des beaux surfs sur les vagues. MedioVaS fait des pointes au-delà de dix noeuds.

Une troupe de dauphins, marsouins et otaries, tourne autour du bateaux. Seraient-ils poursuivi par un prédateur ? Mais lequel ? Pas moyen d’avoir de réponse ; nous avons pris en photo un étrange animal, mais l’image est aussi peu claire que celle d’un OVNI.

Mais qui es-tu ? 

Le long de la côte très montagneuse, nous subissons les rafales de vent à chaque couloir entre les cols. On peut dire que « les douze apôtres » (le nom des pics) nous ont bien baptisés avec des rafales de 25 à 30 noeuds. Nous sommes obligés de réduire les voiles, vite et fortement.

Sous le vent des Douze Apôtres , surfant sur les vagues avec les otaries. 

À 21h00, nous mouillons à Granger Bay, une petite baie juste avant l’entrée du port de Capetown. Elle est bien protégée du vent et nous préférons attendre le jour et un temps plus calme, pour entrer dans le port.

Réveil, spectacle magnifique de Cape Town. 

Au réveil, nous voulions dessaler de l’eau de mer, mais sa couleur ne nous emballe pas. Nous ravitaillerons au port, avec l’eau du ponton, une bonne ration de chlore pour le réservoir qui en avait oublié le goût.

Nous entrons dans le port vers 9h00, juste à temps pour les ponts. Un quart d’heure plus tard, voici le premier pont qui s’ouvre pour nous en pivotant, suivi du deuxième qui s’ouvre en levant ses bras. Nous faisons notre entrée majestueuse dans la V&A Waterfont Marina, à côté des super yachts et des catamarans Leopard de 15 mètres sur 10, qui attendent leur livraison aux quatre coins du monde. MedioVaS est logé au G28, bien abrité entre une grosse vedette et un gros cata, comme il se doit. Une fois le bateau amarré, une otarie vient s’installer sur notre ponton pour y faire sa sieste. Le bassin grouille de ses semblables, nous les entendons jour et nuit chasser, se provoquer ou jouer. Le spectacle est fascinant mais fort bruyant !

Fais la belle ... 

Nous devons faire notre entrée officielle à Capetown, donc passer une matinée dans tous les bureaux officiels.

Nous sommes en plein milieu du Waterfront, c’est-à-dire des restaurants et des galeries marchandes au standard occidental. Les tentations sont grandes et nous sommes faibles !

Nous y retrouvons nos amis américains, Paul et Lanie, que nous avions connus aux Seychelles. Ils voyagent sur Daphné, leur gros catamaran de 15m. Ils sont donc à leur place, ici ! Tant est qu’ils pensent rester encore quelques mois, éventuellement à Simonstown. Je propose un dîner avec Jack et Jackie, navigateurs américains également, installés depuis 2019 à Simonstown. Ils pourront ainsi obtenir tous les conseils nécessaires.

Nous profitons de la ville et allons visiter le District 6 Museum, qui a enfin ouvert ses portes. Le District Six est un arrondissement que le gouvernement a complètement vidé de sa population noire et coloured, en 1966. La zone devenait alors une White only area. Ce quartier est donc rasé, en attendant que les promoteurs s’en saisissent, ce qui n’arriva finalement jamais. Certains anciens propriétaires ont pu récupérer leur terrain, avec un nouveau logement mais ils sont très rares. La visite est émouvante. Un des guides du musée est un ancien expulsé, il nous raconte les faits et son désespoir, le jour où il fut chassé de chez lui.

District Six. 

Derniers achats, dernières vérifications de MedioVaS, il est temps pour nous de poursuivre notre route. Nous voici de retour dans les bureaux des officiels, le tampon Exit sur nos passeports marque la fin de quatre mois dans ce pays extraordinaire. Nous recevons le résultat de nos tests Covid, nous sommes négatifs, ouf. Plus aucune excuse, nous partons tout-à-l’heure …


Au revoir Afrique du Sud, merci pour tout ce dont tu nous as offert . Nous avons été des enfants gâtés.

Le pont se referme ... 
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Nous quittons Cape Town ! C’est le cœur lourd et triste que nous partons. Le pont de la marina se lève pour nous à 11h15. Je ne veux rien rater, ni les otaries qui nous offrent une dernière danse, ni la ville qui s’éveille après la brume si dense du matin, ni la Table Mountain qui est encore couverte de son chapeau nuageux. Puis c’est au tour du deuxième pont, pivotant celui-là. Il se tient juste aux pieds du restaurant belge « Den Anker », à bâbord, et de la Clock Tower, à tribord. Comme il est de coutume, les piétons qui attendent le retour du pont nous saluent.

Ouverture du premier pont, pile à l'heure. 
Ouverture du deuxième pont, pivotant celui-là. 

Nous progressons dans la baie du Cap, sous un ciel bleu puissant mais, au loin, la brume est toujours présente. C’est évidemment dans la zone de mouillage des cargos qu’elle s’intensifie. Nous remercions une fois de plus Jean-Claude, le papa d’Yves, qui nous a offert le radar, il nous est bien utile quand on voit à peine la tête de notre mât ! Le moteur reste en veille, les immensités flottantes apparaissent et disparaissent, tels des bateaux fantômes. Le spectacle est grandiose.

Nous découvrons les bateaux qui se cachent derrière leur AIS et le radar. 

Une fois la brume dissipée, nous continuons au près, sous voile seules. Nous doublons Robben Island avec une pensée émue pour Mandela. Le silence s’impose.

Robben Island, minute de silence.  
Au revoir Capetown. 

Le vent devrait tourner dans l’après-midi, mais il n’en est rien. Nous restons au près afin de contourner la pointe de Kreefbaai. Une fois la pointe doublée, nous pouvons abattre légèrement mais le vent tombe, le moteur s’impose.

Le courant de Benguela nous pousse davantage vers l’ouest que vers le nord. Grosse déception, cela nous oblige à prendre un cap plein nord pour espérer avoir une route au nord ouest, donc naviguer plein vent arrière. Et de surcroît, on se les pèle ! Nous voilà habillés comme pour une traversée de la Manche au mois d’août : trois couches, bonnet, écharpe ... J’ai du mal à me réchauffer, même dans la cabine dans le gros sac de couchage. Le ciel est couvert et l’air humide.

Nous reprenons le rythme des quarts et c’est toujours aussi difficile pour moi de m’endormir le premier jour. Heureusement je me rattrape vite dès le deuxième jour. J’envie la facilité avec laquelle Yves, habitué à ce rythme, s’endort sur demande (« le marin dort et mange quand il peut », dit-il souvent, « c’est-à-dire dès qu’il peut !»).

La deuxième journée s’annonce belle et plus chaude. Pas de brume et un ciel bleu vif. Le soleil tape sous le bimini au petit matin, un régal. Le vent se lève, ce qui nous permet de poursuivre à la voile. La grosse houle atlantique soulève le bateau par l’arrière et les voiles claquent, le vent arrière n’est pas assez puissant pour les maintenir gonflées. C’est horrible pour les nerfs (et les coutures des voiles). Le hâle-bas du tangon est en principe frappé sur la plage avant. Mais son point d’attache se trouve alors sous MiniVaS, l’annexe, qui est toujours arrimé sur la plage avant. J’émets l’idée de se servir du charriot du foc auto-vireur, au pied du mât. L’idée plaît au reste de l’équipage. Yves passe à l’avant, et nous « tangonnons » le foc. Les voiles en ciseaux, le tangon pour stabiliser le génois, le silence est revenu et le bateau est très stable.

Oui Pat, MedioVaS aussi peut le faire ... 

Nous avons l’impression d’avoir deux saisons à bord, l’hiver sous le bimini, à l’abri du soleil et l’été en dehors du bimini. Je préfère alors m’allonger au soleil et profiter de sa chaleur.

Nous croisons toujours des otaries, faisant la sieste ou pêchant, alors que nous sommes à 60 miles de la côte. Et des cargos, beaucoup de cargos. Et des pêcheurs, plein de pêcheurs. Mais ils sont courtois et nous laissent le privilège.

La nuit tombe, Yves a préparé une grande casserole de pâtes al pesto. Je m’en régale avant d’aller dormir. Je prends le quart de 21h00. J’ai de la chance, la lune est un peu flemmarde, elle se lève tard. J’assiste à un spectacle incroyable : une boule orange apparaît à l’horizon. Elle est scalpée mais énorme.

La lune qui m'offre un spectacle tout en couleurs. 

Au fur et à mesure de son ascension, elle perd sa teinte « boule de feu » et éclaire le bateau et la mer tout autour. Les étoiles jouent à celle qui brillera le plus. Je pense alors à nos nuits dans le désert et au Cederberg, tous deux réputés pour la clarté du ciel et l’observation des étoiles. C’est d’ailleurs dans les montagnes du Cederberg que se trouve un centre de recherche astronomique avec un des plus gros télescope du monde. Cela me plonge dans la nostalgie de nos merveilleux road-trips. C’est amusant comme, à terre, nous comparions le désert et ses collines à la mer et, une fois en mer, c’est l’inverse, les vagues deviennent les collines que MedioVaS doit affronter. Le ciel, lorsque je le regardais à Moon River, me faisait penser aux quarts de nuit. Ce soir là, nous doublons Mon River Bush Camp par la mer, un doux souvenir m’envahit. Puis viennent Calvinia, Springbok et toutes nos escales sur la piste…

Nos quarts sont tranquilles, pas de coup de vent, pas de grain, une grosse houle régulière. Nous en profitons pour lire, écrire ou écouter de la musique. Le vent est moins intense que celui annoncé par les fichiers météo numériques (les fameux GRIBs que nous recevons par satellite). Nous n’avons pas encore les 25 noeuds prévus. Yves prépare le déjeuner ; oui, je suis très gâtée. Un grand plat « d’enchiladas » ! Faut toujours garder l’estomac plein en mer, ce n’est pas difficile quand le repas est divin.

Dans l’après-midi, le courant change un peu de direction, à notre avantage, ainsi que le vent. Le gennaker tambourine dans la soute, lui aussi veut prendre l’air. Yves va dormir un peu avant de prendre son quart de 18h00. Je prends mon courage à deux mains et j’amène la grande voile rouge à son poste. MedioVaS file à 7 noeuds, parfois des surfs à 8, le vent monte à 15 noeuds. C'est un vrai bonheur qui nous permettra, peut être, de rattraper un peu de notre retard.

Le genaker, Popof et moi sommes aux anges. 

Nous ne sommes pas pressés, mais les autorités namibienne considèrent valable notre test Covid que pendant 7 jours. Partis le lendemain des résultats, nous n’avons que six jours pour parcourir les 730 miles qui nous séparent de Walvis Bay. Si nous arrivons après, nous devrons en refaire un sur place, prendre la quarantaine, etc.

Ce soir là, la lune est de plus en plus paresseuse. Elle n’apparaîtra pas pendant mon quart de 21h00 à minuit. La nuit est noire : Orion, La Croix du Sud et sa concurrente la Fausse Croix (plus poétiquement connue comme la Carène du Navire Argo), Pollux et Castor, la Voie Lactée ... se disputent la vedette. Le ciel est somptueux, la mer presque plate, c’est à peine si j’entends MedioVaS glisser sur l’eau.

La lune se donne en spectacle pour le quart d’Yves mais pas le vent, qui est au plus bas. Il faut remettre le moteur.

Cette nuit, pas de pêcheur, un seul cargo croise notre route, pas grand chose pour s’occuper ! À 04:09, nous sommes en Namibie. Il n’y a pas de poste frontière en mer, pas encore, c’est la carte qui dit la vérité !

Après avoir eu un courant portant, ce dernier a décidé de nous porter vers l’Ouest, de nouveau, pas facile tout cela. Je pense que l’on s’est fait avoir sur la marchandise. Le vent se maintient autour de 10 noeuds, par l’arrière. Nos performances ne sont pas terribles, à cette allure.

Dans la journée, Éole se réveille et s’active un peu. Ce ne sont toujours pas les 25 noeuds prévus, mais nous tangonons le foc et nous avançons enfin. Popof, le régulateur d’allure, se débrouille à merveille sous cette configuration et MedioVaS se dandine gentiment sur la houle. Nous maintiendrons ce réglage toute la journée. Puis c’est le bon déjeuner belge, saucisses, purée et compote de pommes fraîche et quelques surfs à 9 noeuds pour l’agrémenter.

Les batteries font également le plein de charge au soleil, des vrais vacances pour l’hydro-générateur.

Pas un nuage ne vient voiler le ciel étoilé. Je ne me lasse pas de nommer les étoiles. Il m’arrive de confondre une étoile à l’horizon avec un feu de mât ! C’est traître et cela m’occupe généralement longtemps. La nuit est moins fraîche, en revanche une bruine humidifie tout le cockpit ce qui rend la veille moins agréable.

Le vent a forci et nous rencontrons enfin les 25 noeuds tant attendus… et même davantage. Le quart se passera à régler les voiles pour éviter les départs au lof, tout en avançant au maximum. La mer se forme, une grosse houle soulève MedioVaS de plus en plus haut et nous pousse de plus en plus fort.

Chouette, du vrai vent ! 

Le lever du jour reste mystérieux, dans la brume épaisse et humide. Celle-ci nous abandonne une fois le soleil bien établi. Luberitz n’est plus bien loin et la question se pose : continuer ou faire entrée officielle dans ce premier port. Après avoir téléchargé un nouveau fichier météo, nous décidons de continuer. Le GRIB annonce du vent, nous devrions pouvoir rallier Walvis Bay à temps !

En effet, le vent du dimanche se maintient le lundi, autour des 20 noeuds, sous un ciel aussi couvert que nous ! C’est bon de ne pas entendre le moteur depuis plus de 48 heures. Dans l’après midi, le soleil apparaît. Plus d’une centaine de dauphins bleus et blancs nous font l’honneur de jouer avec l’étrave de MedioVaS ou de surfer dans la houle. Le spectacle dure plus d’une heure, drôle et fascinant. À chaque fois que nous arrivons dans un nouveau pays, nous avons droit à un accueil par les dauphins, quelle belle tradition !

Il en vient de tous les côtés ! 
Et un jeu s'installe devant l'étrave de MedioVaS. 

La nuit tombe, le vent diminue vers deux heures du matin mais souffle suffisamment pour continuer à la voile. La lune n’apparaît qu’au petit matin, elle dessine un petit sourire orange, splendide. Peut être est-ce sa manière de saluer notre dernière nuit en mer.

À 07:00, j’entends le moteur ronronner du fond de ma couchette. Nous ne sommes plus très loin mais le vent s’éteint et la Covid nous pousse à ne pas trainer. Notre test est valable jusqu’à 15h30 et pas une minute de plus !

Nous arrivons au port de Walvis Bay. Des otaries, partout, se prennent pour des dauphins. Pas de vent et pas de brume, le temps de rêve pour atterrir. La zone est réputée pour sa brume épaisse, effet de l’air chaud sur la terre rencontrant l’air froid du courant du Benguela sur la mer. Nous nous en passerons bien!

Nous voyons plusieurs bateaux-amis au mouillage, rencontrés au cours de nos périples. À 10:20, c’est au tour de l’ancre de MedioVaS de se poser dans les quatre mètres de fond (non, il n’y a pas plus profond). Nous filons 25 mètres de chaîne. Oui, c’est beaucoup pour si peu d’eau. Mais il y a une autre particularité dans le coin : les coups de vent de fin de journée. Ils sont terribles, paraît-il. Derrière nous, un vieux chalutier traditionnel, enfin les mâts d’un vieux chalutier traditionnel, qui sortent de l’eau... jolie mise en garde !

Pas envie de finir comme lui.

MiniVaS ne s’attendait pas à ce qu’on le réveille. Depuis les Seychelles, en octobre 2019, il est paresseusement allongé sur le pont de MedioVaS. Nous le gonflons en priant pour qu’il ait bien supporté sa période de congé. Son petit moteur et ses avirons retrouvent leurs postes également.

Tout à l’air de bien fonctionner, nous pouvons aller au bureau du Walvis Bay Yacht Club. Nous y retrouvons Danel qui nous attendait impatiemment, apparemment. Je l’avais prévenue d’une arrivée lundi ou mardi. C’est toujours angoissant, l’attente d’un bateau. Elle est ravie de nous voir et nous emmène aux bureaux des diverses autorités, immigration et douanes. Personne ne nous demande notre test Covid, pfff.

15:00, nous sommes de retour à bord. Il faut hisser MiniVaS sur ses bossoirs. Ça faisait longtemps aussi, nous ne voulons surtout pas prendre le risque d’y trouver une ou deux otaries se prélassant dedans. Elles ont déjà envahi les catamarans voisins !

Après un déjeuner fort tardif, je sors dans le cockpit. Le vent s’est levé, comme une vieille habitude quotidienne. Il est beaucoup plus fatiguant à entendre au mouillage qu’en navigation, plus angoissant aussi. J’appelle Élise au téléphone et lui parle du décor ainsi que du fameux chalutier, tout en le regardant ... mais comment une épave peut-elle défiler par rapport à nous ? Je raccroche directement et j’appelle Yves. Je démarre déjà le moteur, nous chassons ! Et rapidement. Yves saute sur le guindeau et ramène l’ancre, je l'aide au moteur, on est dans 35 noeuds quand même. Nous avons eu beaucoup de chance, le vent nous poussait au large, sans obstacle proche.

Nous mouillons à nouveau, encore à proximité du chalutier-avertissement-alerte, mais sur son travers, cette fois. Toujours dans 4 mètres de fond, nous filons 35 mètres de chaîne ! Le vent souffle encore à 30 noeuds et ce sera ainsi tous les jours. Bienvenue à Walvis Bay.

C'est un bon repère quand même. 

La traversée dura six jours tout pile, 36 heures de moteur et le reste sous voile. Nous étions plutôt habitués à une navigation au près ou au bon plein. Nous avons pris nos repères pour du plein vent arrière, le vrai, celui dans l’axe du bateau, celui qui n’est jamais vraiment apprécié. Nous avons appris à le maitriser avec MedioVaS. C’était une belle préparation avant une transatlantique sud dans les alizés.


Après une bonne soupe aux légumes frais, nous avons dormi douze heures d’affilée, malgré le vent mais avec une bonne alarme de mouillage. Il ne me reste plus qu'à préparer un petit road-trip. La Namibie est une escale mythique…


Good bye l'Afrique du Sud, hello la Namibie. 
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Nous croisons nos amis qui vont et viennent en visites, ici et là, les yeux tout émerveillés. Nous n’avons plus le choix, nous devons aller voir cela. La Namibie est une destination mythique et nous avions hâte d’y être. Mais cette impatience, c’était avant nos road-trips en Afrique du Sud.

Je n’ai d’autre guide qu’un magazine qui fait rêver, avec tous les immanquables. Je me replonge dedans ainsi que sur notre cher ami Google.

Un parcours se dessine à l’horizon et, grâce à nos amis français du bateau Meli-Mela, nous trouvons un Toyota Hilux 4x4 avec une tente de toit, ça commence très bien! Nous en avions tant envie, après la corvée des tentes de sol à déployer et rentrer...

Le rendez-vous voiture est fixé au lundi 15 mars à 9:30. Nous déplaçons MedioVaS sur une bouée du club, les vents sont trop violents pour le laisser sur son ancre. Nous nous occupons de mettre MiniVaS, heureux d’avoir repris du service, dans un garage à bateau que Danel nous loue.

Les portes du garage s'ouvriront bientôt. 

A 9:00, nous sommes prêts et impatients. Notre voiture toute blanche arrive pile à l’heure. Nous devons encore remplir tous les papiers et inspecter la voiture. Tout semble nickel lorsqu’un bip-bip se déclenche. Chantal du Toit, la loueuse au nom bien sud-africain, appelle un mécanicien : c’est la batterie secondaire du frigo qui est morte. Pas de soucis, nous devons commencer par un plein d’alimentation à Swakopmund, ils la changeront là-bas. Chose dite, chose faite. Nous sommes enfin prêts pour partir, le frigo et le coffre ont fait le plein de nourriture et de boissons.

Nous longeons la côte brumeuse du Dorob National Park, plus précisément la Skeleton Coast. Et, en effet, nous voyons très rapidement les premières épaves qui font la mauvaise réputation de la côte namibienne. Nous décidons d’y pique-niquer face aux pêcheurs à la ligne. Yves se lance dans une âpre négociation pour des pierres du désert, des quartz de diverses couleurs, vendues par les locaux à la recherche d’un peu d’argent.

Le poisson se mérite dans le coin. 
Le decor est planté et figé ...
Maintenant faudra palabrer ! 

Notre route se poursuit vers Spitzkoppe. Sans crier gare, nous voici dans la chaleur du désert, sur le sable du désert, dans les mirages du désert, entièrement dans le désert. Après avoir quitté le Dorob, nous parcourons des kilomètres de désert et, pourtant, le décor change tout le temps. Chantal nous avait prévenus : « - Le paysage change à mesure que vous conduisez. » Elle disait vrai, pas le temps de s’ennuyer. Nous traversons la partie sud du Damaraland, un ancien bantoustan autonome qui regroupait l’ethnie Damara, entre 1980 et 1989.

Fin du Dorob, fin de la brume, début de la chaleur. 
Il y a ceux qui bossent et celles qui se reposent. 

Vers 14h00, nous apercevons notre destination de la journée : quelques montagnes qui semblent être jetées au milieu de rien, avec des allures d’énorme cathédrale.

De plus en plus proche, mais c'est encore loin.

Spitzkoppe sont trois montagnes appartenant au Brandberg, une chaîne située beaucoup plus au nord, tous d’anciens volcans. La cassure du Gondwanaland, entre 500 et 750 millions d’années, a provoqué une énorme activité volcanique. Les années d’érosions sur ces montagnes de blocs de granite ont formé ces inselbergs, les îlots de montagnes que l’on voit aujourd’hui. Le spectacle est impressionnant. Le sommet de la plus haute des trois montagnes se trouve à 1784 m au dessus du niveau de la mer, mais il ne surplombe le désert que de 700 m. Oui, le désert est déjà bien surélevé.

Après avoir traversé le tout petit village de Spitzkoppe, nous trouvons l’entrée du parc, un site plein de mystères.

L'entrée est est la l'image du site. 

Nous pouvons choisir notre emplacement librement sur le plan que nous avons reçu. Comme ils sont très nombreux et tous très attirants, nous sillonnons le parc, au milieu de ces formes granitiques aussi étranges qu’époustouflantes. La recherche d’un point de chute pour notre tente de toit dure longtemps. Le choix n’est pas facile, chaque emplacement mérite de s’y attarder.

En particulier, nous nous offrons un arrêt prolongé autour de la fameuse arche. Ce magnifique ensemble naturel qui fait la couverture de nombreux guides du pays. Evidemment l’emplacement le plus proche est déjà pris. Mais rien ne nous empêche de s’arrêter pour quelques photos et d’y faire voler le nouveau drone que le Père Noël m’a offert (même si cela n’est pas tout à fait autorisé !)

La photo qu'il ne faut pas manquer évidemment ! 
Vous verrez souvent mon homme à l'effort ... 

Tout en poursuivant la visite des méandres des trois montagnes, nous trouvons le bel endroit où poser la voiture et déplier sa tente.

Nous découvrons notre tente au bord d'un petit point d'eau qui attire tous les oiseaux. 
Pas seulement attiré par l'eau ... 

Le coucher de soleil se donne en spectacle et le granite nous dévoile tout son éclat sous la lumière rasante.

Ne pas manquer ... 
Quelques vues de haut. 

Le lendemain, le réveil est très matinal. Nous allons nous promener avec un guide au milieu des montagnes, à la découverte des peintures laissées par les San ou Bushmen. Il nous promet un peu de morning exercice. En effet, nous ne sommes pas déçus. Nous grimpons tout un pan de granite pendant une bonne demi-heure ; la chaleur commence à se faire sentir. Cela en valait la peine, nous découvrons des grottes anciennes, habitées par ces chasseurs-cueilleurs et décorées de leurs peintures. Le rhinocéros noir, par exemple, indique aux suivants de passage, la direction où se trouve l’eau : « - The direction of the WAter », nous répète notre guide avec ses intonations inimitables.

Les temps anciens.

Puis il nous conduit dans un autre site et nous donne un cours de clics, les sons typiques du langage des San et d’autres ethnies (dont les célèbres Zoulous). Enfin, il se lance dans un appel aux esprits. Déclamant d’impressionnantes incantations et jetant des bâtonnets et des feuilles en l’air, il tente de savoir où se trouvent les animaux, les zèbres des montagnes. En effet, nous les croiserons un peu plus tard, dans la direction des brindilles tombées au sol ! Bon, quelque chose me dit qu’il savait d’avance où se trouvaient les zèbres, mais la mise en scène était grandiose et parfaite.

Toc, Tac et tic, ce sont les clics. 

Il est 11 heures et nous avons déjà pris deux heures de retard sur le planning. Ne connaissant pas trop les routes et les pistes, je voulais partir tôt mais la visite était passionnante et le guide intarissable.

Faut y aller ... 
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Nous quittons les lieux vers 11h00. Il fait déjà très chaud et la route devant nous, enfin la piste, est très longue. Dans mon guide qui n’en est pas un, j’ai trouvé un merveilleux chemin pour nous conduire au site prometteur de Moon Landscape. Cette route n’apparaît pas sur Google Maps, mais je la retrouve sur Windy Maps (application qui fonctionne hors réseau). Oui, je sais, nous voyageons avec beaucoup d’applications, mais c’est une sécurité. Ah, il y a aussi la carte papier, on n’est jamais assez prudent ! Je préviens Yves que nous allons traverser des propriétés privées et que je ne suis pas certaine de l’aboutissement de cette voie. Après avoir trouvé une station service et bien rempli nos deux réservoirs de gasoil, nous nous engageons dans le désert, une fois de plus. Et c’est parti pour une nouvelle découverte. Le paysage est somptueux. Nous nous arrêtons déjeuner sous le premier arbre (le seul) daignant offrir un peu d’ombre.

Tous les décors sont les bienvenus. 

Quelques barrières à ouvrir et à refermer après notre passage, je suis contente, la route est belle et apparemment publique.

C'est encore Yves qui bosse ! 

Après une bonne centaine de kilomètres, nous nous retrouvons face à une barrière fermée avec un cadenas. Les choses semblent se gâter. Je m’aventure et passe par dessus la barrière à la recherche d’une bonne âme. Je croise un ouvrier agricole qui nous ouvre et me fait signe d’aller palabrer avec la personne habitant la troisième maison. Nous passons le portail et allons à la rencontre de « l’homme blanc ». Non négociable, il n’y aurait plus de route publique après sa ferme. Il faut faire demi tour… la piste est devenue privée depuis 2017. GGGRRRRR ! Nous rebroussons chemin alors qu’il ne nous restait plus qu’un vingtaine de kilomètres à parcourir pour rejoindre la « grand’piste ».

Au Quiver Tree, faites demi-tour ...... 

L’heure tourne, nous prendrons les grands « axe-pistes » qui retrouvent la route vers le Gamsberg Pass. Plus le temps de passer par Moon Landscape et les petites pistes, nous filons à travers le Namib-Naukluft Park sur la Salt Road.

C'est plutôt blanc par ici, et une voiture pour mettre un peu de relief. 
Changement brutal de décor, le Kuiseb Pass. Un passage bien étroit sur un Kuiseb bien sec.

J’avais envisagé un campsite situé après le col de montagne. La nuit tombant vraiment rapidement, il est préférable de s’arrêter avant le coucher du soleil, pour la sécurité et pour profiter du paysage. Nous apercevons le Gamsberg au loin, sorte de Table Moutain.

L'arbre solitaire qui ne se lasse pas de la lumière sur le Gamsberg au loin. 

Nous avons beau avancer, il ne se rapproche pas. Lorsque nous nous engageons sur la très jolie piste qui mène enfin à la montagne, plusieurs panneaux indiquent différents campsites. Yves est au volant, le soleil se couche. La barrière du premier site est ouverte, je propose à Yves de nous y arrêter. Il entre dans la propriété, il faut rouler encore cinq kilomètres sur une piste plutôt rocheuse. Les dernières centaines de mètres ressemblent davantage à de l’escalade. Heureusement, nous avons un bon 4X4. La propriétaire est surprise de me voir arriver mais tout aussi ravie. Elle nous propose un superbe emplacement avec vue sur la vallée des milles collines. Ouf, il n’y en avait que deux et le second est déjà pris par un photographe solitaire.

La vallée aux milles collines. 

La tente de toit est dépliée juste avant la nuit et le braai crépite aussitôt. Une bonne douche nous rafraîchit de cette longue journée. Nous découvrirons mieux le site le lendemain, c’est encore une pépite !

Ah oui, c'est toujours Yves qui bosse ! 

Nous savourons une bonne nuit de repos afin de se réveiller à l’aube pour profiter d’une nouvelle journée. Elle sera consacrée au passage de deux cols, en espérant arriver quelque part avant d’être à sec de gasoil. Nous avons beau disposer d’un double réservoir, les distances sont importantes et les villages avec station très très rares. À vrai dire, les villages sans station sont déjà rares, la Namibie étant un des pays les moins densément peuplés au monde ! C’est un peu le désert, en fait…

C'est reparti ! 
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En deux jours, nous avons bien pris nos repères avec la tente de toit. Chacun sait ce qu’il doit faire et, en une demi-heure, tout le camp est démonté, plié, empaqueté, rangé.

Nous roulons vers le fameux Gamsberg Pass, réputé pour être un des plus hauts cols de la Namibie. À notre grande surprise, quelques kilomètre après notre départ, nous découvrons une ferme très spéciale…

Nous avons trouvé  l’éleveur du coronavirus ! Juste là ...

Nous nous faufilons à travers les collines puis la montagne. La route fait le tour complet du Gamsberg. Ce plateau est impressionnant mais le col qui le contourne l’est nettement moins.

Ah oui, nous voilà à nouveau autour des tropiques. 

Nous quittons la C26 pour prendre une piste plus petite, la D1261 (les « routes » sont ainsi classées de A, les plus larges, à D, les plus… variées). C’est notre réservoir de gasoil qui nous dicte de prendre la route nord, par le col de Spreetshoogte, afin de rejoindre plus rapidement Solitaire.

Ça monte et puis ça descend .... encore et encore et foooort ! Col de Spreetshoogte.

Nous espérons y trouver une station service en état de fonctionnement ainsi qu’un distributeur de billets. Une carte bancaire, c’est bien. Mais au bout du compte, elle ne sert pas à grand chose dans le désert … et le peu d’espèces que nous avions se liquéfient rapidement au soleil.

Petite voiture est contente ! 
Juste pour avoir une idée de la pluviométrie locale. Cette année, il a beaucoup plu. 

Solitaire est une ancienne ferme isolée et poussiéreuse. Elle borde la piste entre les montagnes du Gamsberg, au nord, celles du Naukluft, à l’est, et les dunes rouges géantes du Namib, à l’ouest. Son nom provient du seul arbre mort, à côté de la station. En 1948, Willem Christoffel van Coller acheta 33 000 hectares (!) à l’Administration du Sud Ouest Africain pour y élever des moutons karakul. Il y a bâti sa ferme puis une petite boutique : le shop qui existe encore. Étant le seul sur cette longue piste, de plus en plus de monde s’arrêtait à sa boutique, surtout pour y faire plein d’essence et pipi-stop, et savourer l’inévitable bière fraîche. Le propriétaire du shop était l’affable Moose, un ancien fermier reconverti en boulanger. Il s’est fait une belle réputation avec son délicieux apple crumble, devenu l’attraction locale. Moose est décédé en 2014, mais sa recette lui a survécu, continuant d’attirer tous les passagers de la piste et nous avec !

Parties pour une course, les voitures ? 

Le plein de gasoil est fait, mais pas d’espèces, le distributeur est en panne. Je négocie avec le vendeur de la boutique un retrait d’espèces sur sa machine à carte bancaire. Très gentiment, il nous dépanne de 1000 NAD (50 euros), soit un plein de nos deux réservoirs, au cas où ! Nous poursuivons notre route, un peu plus sereinement. Nous pouvons surtout faire des détours pour profiter encore et encore des beaux paysages.


Vers 15h, nous passons la « barrière canadienne » (anti-bétail) du NamiBrand NatuurReserve. À notre gauche, nous longeons les montagnes de Nautkfult, encore et toujours. À notre droite, le paysage est surprenant. La longue plaine de sable est légèrement recouverte d’une herbe vert-bleu, dont les reflets sont magnifiques. Au bout de cette plaine, on aperçoit de grandes dunes rouges et quelques blocs de granite, érodés au fil du temps. Nous croisons un troupeau de zèbres des montagnes et, plus loin, un troupeau d’oryx et encore des zèbres …

Paysage bien varié . 
Les panneaux ne mentent jamais ! 

Après avoir parcouru deux fois les 10 kilomètres de piste sablonneuse menant à un lodge qui n'était pas le nôtre, nous trouvons enfin l’entrée de notre campsite. Il ne contient que trois emplacements de tente, mais ils sont tellement espacés les uns des autres que nous nous sentons complètement seuls.

Il y a une jolie dune au pied de notre tente. Une petite promenade s’impose, avant de dîner au coin du braaï.

Couleurs du soir.
Couleurs du matin. 

Au réveil, nous testons la voiture et ses deux conducteurs sur le parcours 4X4 aménagé dans le sable profond, entre les dunes, puis à travers la dune ! Nous ne sommes pas des experts, mais nous nous en sortons très bien. Nous pourrons affronter le parcours de Sossusvlei qui nous attend le lendemain.

Prêt pour les énormes dunes ? Ce petit chien a bronzé...
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Nous sommes arrivés au point le plus sud de notre road-trip, il est temps de remonter, mais doucement. Nous reprenons une partie de la route de la veille et nous en profitons pour enregistrer quelques images vues du ciel. Je ne suis vraiment pas encore au top du pilotage de drone, mais il y a des progrès. Nous avons tout de même cru le perdre, à bout de batterie et loin de nous (ah ah, il y une fonction de retour automatique, ouf).

Je pense que le drone effraie un peu trop les pauvres animaux ! 

Nous arrivons relativement tôt à Sesriem. C’est la porte d’entrée de Sossusvlei, c’est-à-dire du désert de dunes rouges que l’on voit depuis si longtemps, tout au long de la piste. J’ai réservé deux nuits dans le campsite situé dans le parc. Cela nous donne une priorité d’une heure avant le lever du soleil, pour franchir la deuxième porte et rentrer idem le soir. Nous bénéficions ainsi du lever et du coucher de soleil sur les dunes avant les campsites situés à l’extérieur du parc !

Notre emplacement se trouve juste en face de la piscine. À 14h00, pas question d’aller se promener dans la grosse chaleur, nous décidons évidemment de nous offrir un petit plongeon dans une eau bien fraîche et de nous reposer un peu, avant d’aller plus loin. C’est divin.

Vers 16h30, nous partons pour le Canyon de Sesriem. Le nom Sesriem vient de l’Afrikaans. Ses riems signifie « six ceintures », c’est la longueur de la corde nécessaire pour extraire l’eau du canyon. Ce canyon fut creusé par la rivière du même nom, mais l’eau y est très très rare. Et lorsqu’il pleut sur les monts Naukluft et que l’eau s’écoule, le sol est si dur, à cause de la sécheresse, que l’eau ne peut pas s’y infiltrer. Cest ainsi que le lit de la rivière est parcouru par de violentes crues, qui ne durent que quelques heures. Et comme il a plu en février, nous avons la chance de trouver de petites piscines naturelles. Nous prenons grand plaisir à les traverser pour s’enfoncer plus loin dans ce boyau long d’un kilomètre et profond de 30 mètres (ils avaient donc des ceintures de 5m ?).

Passage difficile sans voiture cette fois. 

Nous nous extrayons du canyon en escaladant sa paroi et continuons notre visite vers Elim Dune. Comme beaucoup, nous allons y admirer le coucher du soleil. Nous commençons par marcher, puis nous montons et découvrons que la montée n’en finit jamais. À chaque fois que nous pensons être au sommet, un autre sommet apparaît… Marcher dans le sable, c’est épuisant. Mais courageux nous sommes et poursuivons jusqu'à atteindre 900 mètres d’altitude. En réalité nous n’avons grimpé que de 200 mètres !

Le soleil commence à montrer des signes de fatigue et nous dévoile les dunes sous leurs plus belles couleurs. Nous ne sommes pas mécontents, l’effort en valait bien la peine.

On a tous notre manière d'admirer les couleurs 

La descente est nettement plus facile mais nos jambes nous en veulent de la montée et la nuit de repos sera profonde. Le réveil est prévu à 5h00.

À 5h45, nous piaffons déjà devant la gate encore fermée. Le gardien arrive dix minutes plus tard et nous ouvre. Nous sommes les premiers à parcourir les 60 kilomètres d’une belle route goudronnée. Nous apercevons à peine le paysage qui nous entoure, à la lueur du jour naissant. Quelques gazelles s’aventurent à traverser la route devant nos phares, elles vont bientôt aller se mettre à l’abri de la chaleur, sous les arbres qui longent la rivière Tsauchab.

Nous arrivons à Sossusvlei, l’un des déserts les plus frappants, les mieux préservés, et dont les dunes rouges sont les plus hautes. Il s’agit d’un désert de sel et d’argile bordant un oued (vallée, ou vlei), longeant la rivière Tsauchab sur plus de 60 kilomètres d’est en ouest. Les dunes sont formées par l’accumulation de grains transportés par les vents d’est sur des distances considérables, parfois même depuis le lointain Kalahari. La forme étoilée des certaines dunes est l’oeuvre des vents soufflant dans diverses directions, sous l’influence du courant du Benguela, dans l'océan Atlantique.

Arrivés au parking, il nous reste encore les fameux 5 kilomètres à parcourir dans le sable profond, très profond. Yves est de quart pour l’aller et négocie chaque virage à merveille, après avoir largement dégonflé les pneus. Nous arrivons enfin aux pieds des dunes.

Du sable et toujours du sable. 

Nous avons prévu d’admirer le lever du soleil du haut de Big Daddy, la plus haute des dunes, à 358 m au dessus du sol. Nous sommes les premiers, aucune trace devant, la dune est à nous ! Apres avoir longé un petit lac contenant encore de l’eau (il a vraiment plu), nous attaquons le flanc de la dune puis les crêtes. Big Daddy, tu ne nous feras pas fléchir…

Big Daddy, nous voyons ton sommet. 
Alors, on continue ?  
Lac et lac , l'un des deux est mort. 
On continue évidemment ! 

C’est fait ! Nous sommes très fiers, nous avons atteint le sommet et tenu dans nos mains le petit bâton blanc indiquant le pic. La vue y est époustouflante. Tout en bas, nous découvrons Dead Vlei, un spectacle à couper le souffle, enfin ce qu’il nous restait de souffle après l’ascension !

Tout cela pour un petit bâton ? 
Splendide !! 

Nous descendons tout droit sur le flanc de cette dune énormissime. À chaque enjambée, nos pieds s’enfoncent dans le sable jusqu’à mi-mollet et la dune émet un son grave digne d’une trompe, ajoutant à notre joie enfantine. Nous laissons nos traces sur la pente telle une descente à ski dans la profonde.

Pendant que je descends, Yves tente de jouer au ballon ... 
Repos et repos. 

Dead Vlei et sa lumière, ses arbres morts… je reste sans voix ! Nous prenons des photos, tout plein de photos. C’est superbe.

Postures et postures. 

Un couple de russes est en pleine séance de photo de mariage, en costume et robe de mariée. Ils sont entourés de leur amis, habillés, eux, de bric et de broc, plusieurs portant des tee-shirts « 80 mountains ». En rentrant, ils embarquent tous dans un convoi de voitures identiques à la nôtre, mais portant un logo « Around the world ». Cela nous laisse songeurs, ont-ils l’intention de prendre une photo de mariage devant chaque montagne célèbre ?

The Dead mariage ... 

Nous n’avons pas traîné et il est 10h30 lorsque Yves regonfle les pneus avant de reprendre la route vers la piscine. Malgré ses craintes en chemin, je n’ai pas ensablé la voiture ! C’était très amusant d’ailleurs.

En fin d'après-midi, nous retournons au parking du bout des dunes. Un coucher de soleil nous attend à Hidden Vlei (la vallée cachée, donc). Nous n’avons que deux kilomètres de marche dans les dunes pour trouver ce petit trésor caché. C’est un petit lac salé complètement asséché. Au beau milieu, se trouve un arbre célèbre, dont l’arrondi se prête particulièrement bien aux photos…


Hidden Plein et son arbre célèbre. 
Mais où est l'eau ? 
Un peu d'exercice pour se détendre avant de reprendre la route.
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Nous devons quitter ce paradis de dunes. Nous rebroussons chemin avec un arrêt gasoil à Solitaire, sans apple crumble, cette fois ci. Nous passons à nouveau par Kuiseb Canyon, et nous décidons de nous y arrêter pour pique-niquer ; après tout, nous avons le permit ! Oui, beaucoup de routes nécessitent un permis surtout lorsque l’on décide d’y camper.

Nous traversons pour la quatrième fois le tropique, ce sera la dernière. 
Il y a même une petite aire protégée. 

Nous pénétrons ensuite le Namib Section, une partie du Namid Desert. Nous roulons sur une piste de sable blanc-cassé, tout comme le paysage, plat, très plat et blanc, très blanc. Nous voulons voir le wind pump qui est censé alimenter un point d’eau pour les zèbres des montagnes, les autruches et les oryx du désert. Mais il est remplacé par un panneau solaire et n’a pas l’air en état de marche. Points suivants : les mines abandonnées.

Mine de quoi ? 
Vas-y Yves, fais-toi plaisir dans la rivière. 

Au détour d’une de ces mines, nous apercevons un Land Cruiser qui progresse entre les arbres, directement dans la rivière à sec. La tentation est trop grande ! À notre tour, nous nous enfonçons dans la rivière Kuiseb et je sors le petit drone. Yves est au volant de la voiture et moi, sous un arbre, aux commandes du drone pour le suivre. Le pilotage est exténuant de concentration ! Mais c’est finalement très amusant.

A chacun ses jouets ! 

Nous continuons en visitant un campsite dans la rivière. Nous traversons alors un petit village d’éleveurs de chèvres. Ici, les campsites sont simplement des endroits signalés par la position de toilettes sèches. Il n’y a aucune autre commodité, c’est un peu comme du camping sauvage mais avec un permit. Le site est magnifique, mais nous préférons continuer vers celui qui était prévu.

Tout au loin, nous apercevons toujours les hautes dunes de Sossusvlei. 

Nous remontons donc vers Mirabib, un petit ensemble de rochers au milieu du désert. Nous trouvons un emplacement de rêve, sous une grande caverne. Une fois de plus, j’ai l’impression de vivre l’aventure d’Ayla, l’héroïne de mon roman préhistorique. Le coucher de soleil est somptueux, laissant derrière lui un magnifique dégradé de couleurs.

Yves mesure sa force face aux éléments ! 
Notre caverne pour la nuit. 

Dernier jour, déjà ! Nous trouvons la route qui longe toute la rivière Kuiseb, vers Walvis Bay. Beaucoup d’Overlanders circulent dans le lit de la rivière, image mythique. Mais l’assurance de notre voiture nous l’interdit et nous préférons ne pas prendre de risque.

Petit pluviomètre qui attend, et attend encore. 

Nous arrivons vers 11h00 à Walvis Bay. Il faut remettre un pantalon et un pull. Le courant d’air froid du Benguela nous rattrape très vite, et ça pèèèle… C’est toujours le coeur en peine que ces petits voyages se terminent. Ce pays est vraiment formidable. Et, malheureusement, nous n’avons vu qu’un tout petit bout. Mais c’est ainsi. Et nous sommes toujours heureux de retrouver notre MedioVaS.


MiniVaS est ressorti de son garage poussiéreux et content de retrouver la fraîcheur de l’eau. Nous posons les pieds à bord, mmmm, quelle surprise : le cockpit est couvert de chiures de … pélicans ! Ils ont du donner une réception entre notre absence, quelle fête ! Yves retrousse ses manches et attaque le nettoyage, pendant que je range nos affaires et les petites courses.

Et ils ne sont pas petits ces pélicans ! 

Maintenant nous devons doucement préparer notre départ vers… nous ne savons pas très bien ! Nous avions envisagé le Brésil mais la situation locale est devenue très compliquée. Nous venons d’apprendre que le manager de la marina est décédé du Covid trois jours auparavant. C’est un choc.

Notre road-trip ... 
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Nous partons, c'est décidé. Yves loue une petite voiture pour faire les pleins : nourriture pour deux mois, boissons, gasoil, essence, fruits et légumes frais... le bateau déborde !

Nous envisageons de traverser l'océan Atlantique vers la Guyane Française. Nous laisserons Sainte-Hélène au sud, Ascension au nord, cap sur l'île de Fernando de Noronha que nous contournerons et direction Cayenne ou Saint Laurent du Moroni.

La destination finale pourra changer en cours de route, selon les nouveautés du Covid et ce qui nous reste de provisions. Nous aimerions alors atterrir à Grenade, mais c'est très très loin : 5000 miles à courir, presqu'un quart de tour du monde !

Cette traversée est une grande première, nous naviguerons sans toucher terre pendant quarante à cinquante jours, selon le souffle d'Eole. Heureusement qu'il y a tous ces points de chute en cas de soucis. Même si nous ne pouvons pas débarquer, nous pourrons toujours ravitailler ou réparer.


Toujours plus haut, toujours plus loin ... 
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Jour 1-2 : Un groupe de cinq bateaux, dont nous faisons partie, ont décidé de prendre le large aujourd’hui, samedi 28 mars. Une bonne météo se présente à nous. Nous déplaçons notre mouillage vers des eaux plus claires, pour faire notre plein d’eau et arrimer MiniVaS sur la plage avant, en faisant bien attention à ce qu’il ne nous bloque pas le hale-bas du tangon du spi. Nous savourons un bon déjeuner et partons les derniers.

Le premier quart est pour moi, il est déjà 15h. Mediovas, toutes voiles dehors, se faufile entre les énormes cargos au mouillage, parfois amarrés ensemble par deux ou même trois.

Trio de bateaux ! 
Et la fameuse plateforme qui nous avait tant intriguée à notre arrivée.  

Une fois la zone quittée, le vent se lève. Les manœuvres commencent, prendre des ris, larguer les ris .... une bonne mise en jambe après trois semaines à terre. Vers 17h30, Yves apparaît, je prépare déjà le dîner. Nous préférons caler les repas entre deux quarts pour partager des moments ensemble. Mais quelle mauvaise idée ! Je ne devrais jamais m’occuper du premier repas : la mer est agitée et mon corps tout entier commence à souffrir du mal de mer. Nous ne sommes jamais très bien le premier jour en mer. Yves, plus vaillant que moi, avale son assiette et prend le quart, pendant que je vais me vautrer comme je peux dans la cabine, après avoir ingurgité deux cachetons de « tu tiendras bon la mer ». Impossible de m’endormir. Le mal de mer est un état si désagréable, il m’anéantit complètement l’esprit. Je veux juste disparaître. Les idées noires surgissent : - et si cela durait toute la traversée ? - et s’il arrivait quelque chose à Yves ? - comment pourrais-je aider ? … Fort heureusement, ce mal-être a disparu plus rapidement que prévu. Je ne suis pas mécontente.

Je prends mon quart de 21h00, je mange une grande assiette de pâtes qu’Yves me tend tendrement en m’annonçant que le vent a diminué et que la mer s’est calmée.

La nuit va consister à éviter les pêcheurs sans signal AIS. Un premier appel radio VHF me demande de me dérouter...Yves ayant entendu l’appel sort de la cabine et prend le relais à la radio, pendant que je maintiens la veille dehors. Il faut que l’on change de cap, 20 degrés nord pour le laisser passer. Pffffff. C’est la fin de mon quart, Yves me relève et s’occupe de ses amis pêcheurs (il paraît que ça lui rappelle sa jeunesse sur les bateaux-écoles de la marine…)

Au petit matin, ça recommence. « - MedioVaS, nous remorquons nos engins, pouvez-vous passer sur mon bâbord? ». Ah non, je ne change pas de route. Yves négocie un passage devant eux en leur disant que l’on va pousser au moteur.

Le vent se lève doucement, je sors le Genaker. Il est ravi, comme toujours . Mais ce ne sont que 10 petits noeuds de vent par l’arrière, cela ne pousse pas bien fort. Arès une route balisée par les pêcheurs, des otaries aux gracieuses postures se prennent pour des bouées.

Drôles de bouées. 

A 16h, alors que je me repose, j’entends Yves changer de voile. Du vent ? Ouiiii ! Ça y est, les 15 noeuds annoncés sont là, voire davantage. MedioVaS file dans la grosse houle, avec Popov-le-régulateur à la barre.

Un bon dîner et nous alternons nos quarts de nuits, occupés par quelques manœuvres de voiles, au gré des vents changeants. La nuit est glaciale. Tout un rituel s’installe : enfiler le collant, le pantalon, la paire de chaussette de ski, le polo Damart, la polaire, la combinaison de voile deuxième couche et sa veste. Sur la tête, un bonnet doublé de polaire et autour du coup une écharpe. Gants, lampe frontale et gilet, je suis prête pour le quart, tout cela trois fois par nuit. Sacré Benguela ! Le ciel est légèrement couvert, mais la pleine lune illumine l’arrière des nuages, créant ainsi un ciel lumineux.

Petite apparition lunaire.

Jour 3-4: Vers 5h00, une bande de dauphins vient tournoyer autour du bateau et jouer devant l’étrave. Peut-être est-ce la même troupe qu’Yves a vu pendant son quart ? C’est toujours un moment merveilleux d’avoir la chance de les voir autour de MedioVaS.

Yves me réveille avec une tartine grillée au Nutella. Parfait pour commencer la journée et prendre le quart de 9 h. Les nuages se sont dissipés, il fait presque chaud. C’est décidé, après une petite douche au soleil à l’eau froide, je porterai la tenue d’été : short et T-shirt !

L’eau à bord est vraiment très froide et ça réveille bien. Notre chauffe eau fonctionne soit lorsque le bateau est branché à une prise de quai, soit avec le moteur, grâce à un ingénieux système d’échange de chaleur, le ballon d’eau chaude faisant partie du circuit de refroidissement du moteur. Mais nous ne faisons pas tourner le moteur ! Nous économisons nos 200 litres de gasoil pour les besoins du pot-au-noir et les éventuelles urgences de la traversée .

Grand voile et génois sont brassées en ciseaux, MedioVaS se prend pour un albatros.

Il y en a un qui fait semblant de vérifier le réglage de la grand voile ! 

Le vent est assez stable, il n’y a donc rien à manœuvrer. C’est repas de fête, aujourd’hui, et cidre pour Yves, nous sommes passés sous les 4000 milles, puis repos et lecture. Les nuits ne sont pas faciles, pour le moment : le vent passe de 12 à 22 noeuds constamment, donc faut parfois aider Popov et rester vigilant avec les voiles en ciseaux. Le bateaux a vite tendance à partir au lof dans les rafales.

Jour 5 et 6 : nuit sportive, MedioVaS s’est éclaté dans des surfs à dix noeuds dans les bourrasques, et moi aussi, à vrai dire. Mais mon sommeil est mauvais. Le ciel étant souvent couvert de gros cumulus, j’en oublie de mettre mes lunettes de soleil. Je pense que c’est la cause d’un mal de crâne persistant.

Activité de la journée : recoudre la dernière petite partie de la capote, enfin ! À force de se dire que l’on a le temps, ces petites travaux tardent. Pendant ce temps, MedioVaS et Popov ont couru 140 miles en 24h.

Nous avons quitté la fraîcheur du courant du Benguela. La température de l’eau de mer est passée de 21 degrés à Walvis Bay (17 degrés à Simonstown) à 24 degrés . Les nuits sont beaucoup plus agréables et je peux me permettre de supprimer une couche vestimentaire. Dans la soirée, nous installons notre hydro-générateur pour donner un coup de pouce aux panneaux solaires, fâchés de ce ciel longtemps couvert. Mauvaise surprise, il fait un bruit d’enfer et son régulateur envoie des flashes rouges. Ce n’est jamais très bon… Tant pis, nous verrons à la lumière du jour ce qui lui arrive.

La nuit est à nouveau agitée par des rafales de vents. Mais, cette fois-ci, pas de voiles « albatros ». Tout le monde est arisé, Popov se sent plus léger et barre à merveille dans la grosse houle, qui vient tantôt de l’arrière tantôt du travers .

C’est le 1er avril, Yves me cache des poissons partout ! « Journal de bord 00h45 (Yves) : « On aperçoit les tours de Notre Dame. » Certes, c’est du lourd. Mais je dois avouer que je les ai cherchées, dans les vagues, les nuages … je pensais à une belle métaphore.

En revanche le coup de l’hydro-générateur n’est pas un poisson d’avril. Après avoir vérifié toute les connexions, il ne fonctionne toujours pas. Cela devient embêtant. Nous installons nos deux panneaux solaires supplémentaires, en espérant qu’ils comblent le manque d’Ampères . Le vent mollit et tourne est-sud-est , je vais à l’avant pour tangonner le foc. Ô surprise , il manque le crochet au bout du tangon ! Yves l’aperçoit par miracle et le récupère aussitôt au bord du pont, avant qu’il parte en voyage. Mais pas moyen de le faire tenir en place. Il sera remplacé par un mousqueton et un bout. Après un bon déjeuner, c’est veille pour Yves et petite sieste pour moi.

Nos amis hollandais, à bord du voilier Anna Caroline, m’apprennent via satellite qu’ils ont mis le cap vers Sainte Hélène qui « ouvre » aujourd’hui aux itinérants que nous sommes. Décidément, ce 1er avril fait le plein de surprises. Il suffit d’une quarantaine de quatorze jours, qui inclut les jours en mer, et un test covid, pas grand chose donc. C’est bien tentant, mais pas dans nos plans. Les choses changent lorsqu’elle m’apprend que l’on peut s’y faire vacciner « for free » ! Là, nous commençons à y réfléchir sérieusement. Il n’est pas trop tard pour changer légèrement de cap et nous ne sommes qu’à 570 milles de Sainte Hélène. Et peut être pourrons-nous y réparer le tangon et hydro-générateur ?

Pffff, c'est la porte d'à côté. 

L’après-midi est calme, ce qui aide à la réflexion. Yves sort de la cabine et me dit que l’on devrait y aller. Allons-y, alors! Je remonte de 20 degrés au vent, après avoir troqué le foc contre le genaker et nous voilà sur la route. Nous prenons le vent 12/15 noeuds par l’arrière du travers, c’est l’allure préférée de MedioVaS. Nous filons sur une mer presque plate, une belle et longue houle lui donne un léger relief. Nous fêtons notre décision autour d’un verre ce cidre et d’un verre de vin blanc. Comme pour se joindre à notre euphorie, un banc de dauphins bondissants se donnent en spectacle au loin.

Changement de cap !!! En route vers l'ile mythique ... 

Nous faisons également tourner le moteur pour charger les batteries, chouette il y aura donc de l’eau chaude !

La nuit est claire, je peux enfin admirer le ciel étoilé, le cap sur Orion. Tout est d’avis que l’on a fait le bon choix, apparemment. La lune se lève de plus en plus tard, la nuit noire permet d’admirer le luminescent spectacle des dinoflagellés dans le sillage de MedioVaS. C’est magnifique ! Peu avant le changement de quart, c’est la lune qui fait la belle, toute en couleur.

Bonne nuit mon amie la lune. 

Le vent tourne à l’est, c’est de nouveau du vent arrière ! Dans la matinée, le ciel se dégage complètement, le vent forcit entre 18 et 20 noeuds. Nous filons sur une mer agitée mais de l’arrière, l’allure est donc confortable et très rapide !

Jour 7/8 : les quarts de nuits se succèdent et rien ne change : vent arrière entre 13 et 20 noeuds. C’est la mer qui nous surprend, elle est moins forte la nuit que la journée alors que le vent souffle davantage. Yves me réveille comme tous les matins à 8h45 avec une tartine grillée au Nutella et un verre de jus d’orange. C’est l’heure à laquelle mon réveil est toujours le plus difficile, ça me donne donc du courage pour me lever et laisser Yves dormir à son tour.

Je prends le quart du « - qu’allons-nous déjeuner ? ». Le congélateur et le frigo sont encore bien pleins et le choix reste vaste. Je place des saucisses à dégeler dans notre « super-rapide-micro-onde-écolo » (une assiette sous la capote, au soleil) : un rougail-saucisses se profile. Le soleil reste caché au-dessus des nuages, la douche chaude attendra ! D’ailleurs c’est le jour de la corvée d’eau. Nous attendons que le vent mollisse un peu, d’autant plus que la mer est agitée. Mais aujourd’hui, il a décidé de se maintenir au delà des 12 noeuds. Je roule le foc et Yves règle la grand voile pour rester à la cape, avec une légère dérive. Nous n’avons pas le choix, il faut « faire de l’eau ». Pour ne pas abîmer les membranes osmotiques du dessalinisateur, nous devons obligatoirement le faire tourner tous les sept jours, autrement il y a risque de contamination des membranes, et c’est la cata ! Si l’on sait d’avance qu’il ne va pas tourner pendant sept jours, alors il faut le rincer avec un produit que l’on appelle étrangement « pickles » pour le protéger des germes (c’est du meta-bi-sulfate, les chimistes apprécieront la formule du cornichon !). L’inconvénient c’est qu’il faut, au démarrage suivant, le laisser tourner une demi-heure à perte pour rincer tout le système avant de remettre l’eau douce dans le réservoir. Comme l’escale à Saint Hélène n’était pas prévue, nous préférions être rigoureux et se forcer à faire le plein tous les six jours. En cas de panne, cela nous permet d’anticiper et d’économiser nos réserves. Une fois finie la corvée, nous reprenons notre cap.

Alors que nous sommes en train de parler dans le cockpit, j’aperçois sur bâbord un animal ressemblant à un dauphin mais il paraît énorme. Il nage au ras de l’eau, Yves ne le voit pas, jusqu’au moment où il bondit en faisant une pirouette juste devant l’étrave, superbe ! Et il disparaît dans l’immensité de l’océan. Sa couleur, sa forme, son bec, son allure .... je crie dans mon enthousiasme : « - c’était un cachalot! ». Yves rigole et se moque de moi. « - Tu as déjà vu un cachalot ? Et un cachalot qui bondit ? Non, c’est beaucoup plus grand ! ». Certes, je n’ai jamais vu de cachalot, mais récemment j’ai ouvert mon petit livre sur les mammifères marins. Ce petit livre de ma jeunesse s’est trouvé une place dans notre maigre bibliothèque de livres en papier. Je reviens, très fière de moi, avec la photo du « cachalot pygmée » (si, si). C’est bien un dauphin mais qui ressemble à un cachalot, en beaucoup plus petit. Il mesure quand même jusqu’à 4 mètres. Il vit en eaux profondes et il est très rarement aperçu. Il se promène seul ou en couple. Je reste toute émue et Yves est très admiratif.

Pour la première fois, nous dînons dans le carré, devant la première saison de GoT. Oui, nous le connaissons par cœur, mais j’avais envie de le revoir. Le tout est de ne pas enchaîner les épisodes et d’avoir la discipline d’aller dormir. Quand je prends mon quart, Yves me dit avoir mis les voiles en ciseaux, c’est beaucoup plus confortable et nous faisons un meilleur cap. Je ne me lasse pas d’admirer Popov. Il se débrouille du vent arrière à la perfection . Je ne manque pas de le féliciter. Oui, je sais, je parle beaucoup avec Popov, ce qui amuse Yves. Mais voilà, Il est d’une compagnie formidable, il ne se plaint jamais, il écoute en silence, il barre guidé par l’angle de vent qu’on lui demande et cela pendant des jours et jours. Promis, le jour où il me répondra, je m’inquièterai à son sujet… ou du mien ?

Tartine grillée au Nutella, une nouvelle journée commence pour moi. Et je dois fabriquer un pavillon de courtoisie pour notre escale imprévue. Ce serait incorrect d’arriver sans rendre honneur à cette petite île britannique… même si un navire français peut avoir des scrupules en pensant à l’Empereur. Yves me trouve le modèle dans son « album des pavillons », un ouvrage mythique édité par le service hydrographique de la marine et dont il a emporté une copie numérique en partant.

Ah oui, quand même !!!!! .... 

Cela m’occupera toute la journée. La matinée, je couds les ourlets de la pièce de tissu et l’après midi, c’est l’atelier « peinture sur soi ». Tout cela a lieu sur une mer assez houleuse et clapoteuse . Mais je suis assez contente du résultat final. Yves est de nouveau très admiratif de mes talents de peintre.

Coutures et dessin terminés. 
Peindre dans la grosse houle ...  
Et voilà le travail terminé. 

Le vent décide d’adonner un peu, ce qui nous permet d’accélérer l’allure sans devoir lutter pour maintenir le bon cap. La nuit, la mer se calme, le vent reprend son rythme plus intense avec ses habituelles rafales. J’ai l’impression que Popov s’y est habitué aussi !

Quart de veille de Pâques... pendant qu’Yves dort, j’ai confectionné une cloche avec un bidon d’eau de 5 litres coupé en deux que j’ai recouvert pour y cacher les œufs que j’ai achetés en cachette. D’autres sont planqués à bord, faut bien qu’il cherche aussi ! Mais il a trop de flair et découvre les œufs cachés, ne soupçonnant pas l’arrivée de la grosse cloche dans le cockpit. Il éclate de rire en prenant le quart, incapable de se concentrer sur l’écran des instruments pendant de longues minutes.

Il en reste encore à mon réveil, ouf ! 

Le quart de 3h00 est divin. La lune, qui se fait de plus en plus petite, vient de se lever, son éclat offre toujours une lumière somptueuse. « Quand se couche Orion, se lève le Scorpion » et le Scorpion est bien là, tout entier. La mer est presque plate, le vent est bien établi à 16/17 noeuds. Nous filons à 6/7 noeuds, avec quelques beaux surfs. L’air est bon, presque chaud. D’ailleurs, c’est terminé les sacs de couchage pour dormir. Il faut même commencer à ouvrir les panneaux pour rafraîchir l’ambiance de la cabine.

Mon room service me réveille toujours avec une tartine au Nutella. Je pense que ce sera la dernière... notre pain n’a pas tenu l’humidité. Enfin, disons plutôt que des petits êtres vivants de type fungus s’y sont très bien plus.

La journée s’annonce divine. Le ciel est dégagé, la mer est calme et une douce chaleur envahit le cockpit. Pour le dimanche Pascal, Yves se tond les cheveux. Nous sommes plongés dans une douce torpeur. Nous n’avons pas touché aux réglages des voiles depuis la veille et nous ne les toucherons pas de la journée. J’en profite pour m’installer derrière mon ordinateur et préparer une vidéo de notre périple en Namibie. Quel beau pays, je ne me lasse pas d’en regarder les photos ! Yves poursuit ses lectures en jetant un oeil sur l’horizon toutes les dix pages, tout cela en musique. En fait, il n’y a que Popov qui bosse, comme d’habitude. Le soir tombe sans même que je m’en aperçoive. Les quarts de nuits sont également très calmes. Pour la première fois, alors que je prends le quart de 21h00, il fait encore jour, très légèrement certes mais quand même. On ne me ment pas, nous naviguons bien vers l’ouest et nous avons gardé la même heure à bord, alors mes journées rallongent ! Le vent souffle sans rafale, pour une fois, mais il est davantage Est que Sud-Est. C’est un peu plus embêtant, donc, pour notre route au nord-ouest. Et pour le quart de 3h00, j’ai droit à la Grande Ourse au grand complet, sur tribord. Le quartier de lune se transforme en un tout petit sourire lumineux.

Quelle journée de folie : le ciel est bleu, la mer est peu agitée, le vent reste très stable, mais qu’allons nous faire ? Ah si, nous devons ralentir MedioVaS pour ne pas arriver de nuit à Saint Hélène. Mais malgré tout, on avance trop bien.

Yves a roulé presque entièrement la grand voile, ne laissant plus qu’un string. Ce n’est pas à cause du vent qui se lève mais, au contraire, car le vent baisse et, par vent arrière, elle bat, going cling bong. Et ainsi nous ralentissons également... Mais nous filons quand même toujours 4 noeuds. Il est 21h00 (heure BRAVO) et nous ne sommes plus qu’à 40 milles de l’île. Nous arriverons bien trop tôt !

Le Port Control ne travail qu’à partir de 08h30 (heure ZOULOU), faites le calcul... 10h30 pour nous. Tout à coup, je vois une lumière blanche au loin sur bâbord. Bateau ? Eoliennes ? Terre ? En avançant vers elle, d’autres lumières apparaissent, rouges. Aucun AIS ne signale la présence de bateaux sur notre écran. Ces lumières nous occuperont l’un et l’autre pendant nos quarts. Finalement je les double, ce sont des feux aériens, à terre.

Aux abords du nord de l’île, le vent commence à forcer jusqu'à 20 noeuds. Ce n’est pas bon du tout pour notre réduction de vitesse. C’est le monde à l’envers, nous qui aimons tant aller vite ! Je réduis le foc et Yves prends le quart. Nous ne sommes plus qu'à quelques milles. Il va devoir faire des allers-retour au large du port en attendant que le jour se lève. A 08h30 il me réveille (6h30, heure locale) et nous entrons dans la zone des bouées de mouillage, enclavée au pied des falaises. C’est notre neuvième jour, le 6 avril, nous atterrissons à Sainte Hélène, escale imprévue mais qui s’annonce divine. C’est un véritable décor de cinéma au milieu de l’océan. L’eau est bleue et transparente, cela faisait si longtemps.

Sainte Hélène, nous sommes arrivés !!! 

Nous avons notre quarantaine à faire, deux jours. Nous avons un peu triché avec notre « clearance », nous avons donné la date inscrite sur le document de Namibie qui datait de deux jours avant notre réel départ (nous avons toujours droit à 48h sur place une fois le check-out fait). Nous avons donc attendu deux jours avant de pouvoir faire le COVID test au lieu de quatre. Nous en avons profité pour faire de l’eau et nager !!! Oui … l’eau est y tellement agréable .

C0VID test … parlons-en, le bateau taxi est passé avec à bord avec les infirmiers. Pas besoin de monter à bord, ils donnent l’écouvillon à se mettre dans le nez puis ils le récupèrent tant bien que mal, il y avait beaucoup de vent ! Le lendemain nous recevons le résultat par VHF, c’est Port control qui gère tout, et très bien d’ailleurs ! Tous les bateaux sont négatifs, le bateau taxi vient tous nous chercher pour aller à terre, enfin, et obtenir le fameux tampon sur nos passeports !! Ça y est, nous sommes légaux !! Maintenant faudra se battre pour avoir le vaccin, après tout c’est pour cela que nous nous sommes déroutés. Bon, peut-être aussi pour voir les requin-baleines.

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Le pavillon est heureux. 

C’est un volcan au milieu de l’océan Atlantique Sud, un gros cailloux qui semble tout pelé. Pourtant, c’est une île incroyable, gorgée d’Histoire et d’histoires.

Elle se situe en 16 degrés sud et 5 ouest, à 1850 km de la Namibie et 3300 km du Brésil. C’est un Territoire d’outre-mer. Ce grain d’empire britannique vit encore entre deux mondes. Il n’est plus vraiment une colonie, mais il n’a aucun désir d’indépendance et bien peu de ressources propres. La plus grande ville est Jamestown, le port. Dans les 4000 habitants, il n’y a pas de population indigène, il n’y en a jamais eu. Ce sont tous les descendants de militaires et fonctionnaires britanniques, d’anciens prisonniers, d’esclaves libérés et de quelques Chinois.

Elle s’étend sur 122 km2 et culmine à 818 m au Pic de Diana.


Bureaux du port, douane et immigration pour la clearance. 

Nous découvrons rapidement que les locaux sont d’un gentillesse débordante. Malgré la crainte d’une importation de la Covid, il y a toujours un « bonjour » lorsqu’on les croise, tous, sans exception. Nous faisons nos premiers pas dans la ville de Jamestown qui est enclavée entre deux collines, le long d’une rue et d’un ruisseau.

Les plaques d’immatriculation des voitures ont toutes des petits chiffres, ils ne dépassent pas les 5000. Evidemment un jeu s’est vite mis en place, à celui qui trouvera, le premier, la plaque portant le numéro 1 !


Yves est le grand gagnant pour le moment , il a dégainé plus vite que moi ... mais ce n'est pas terminé ! 


Les gens vivent sans télévision ou très peu, avec un réseau internet aussi cher que lent, opéré par la seule compagnie « SURE ». Il se publie deux journaux de quelques feuilles, imprimées en blanc et noir : l’un est gouvernemental « The Sentinel », l’autre indépendant « The Independant » ( surpris ?).


Cette Auberge de l’Océan est elle-même ravitaillée. Une fois par mois arrivait d’Afrique du Sud le RMS Saint Helena (RMS : Royal Mail Service), dernier bateau postal britannique en service jusqu’en 2018. Depuis, c’est le MV Helena, un petit cargo autonome, qui remplit cette mission. Il a quitté Le Cap le 9 avril pour arriver à Sainte-Hélène le 16 avril. Les cargos n’accostent pas, nous assisterons au débarquement par des transbordeurs. Quoiqu’il en soit, les magasins feront le plein.

Il est là !!!! Maintenant fait attendre , les containers vont se vider au rythme du déchargement, des douanes, des supermarket .  

Par les airs, c’est une histoire plutôt triste. Un projet d’aéroport est lancé en 2009. Abandonné rapidement à cause de la crise économique mondiale, il sera relancé et approuvé en 2011. Une société sud-africaine obtient le contrat et livre le précieux aéroport en 2015, bicentenaire de l’arrivée en exil de Napoléon. On prévoyait des vols réguliers avec l’Afrique du Sud (sans nouveau prisonnier). Mais l’ouverture est reportée, un vol test ayant mis en évidence les dangereuses conditions climatiques lors de l’approche (qui d’autre est surpris, là ?). L’inauguration a enfin lieu en mai 2016. Les tests sont alors effectués par un Boeing 737 de la British Airways. Ils montrent que les vents balayant l'île rendent l’atterrissage trop difficile, voire impossible ! (Oh ?) C’est ainsi que l’aéroport voit atterrir un avion par semaine pour un tarif hors de prix : le vol commercial de la compagnie Airlink, opéré par un Embraer 190 qui offre moins de cent places, à 1200 livres le siège. Ce vol n’est effectué que tous les quarante-cinq jours depuis la crise sanitaire, et il faut une jolie bonne raison pour embarquer ! Cette île fait vraiment tout pour rester isolée du monde…

Nous découvrons un nombre très important de chapelles et d’églises, dont celle de Saint James, évidemment reconnue localement comme « la plus vieille église anglicane de l’hémisphère sud ».

Eglise Saint James. 

Il y a également beaucoup de shops, pas très fournis, mais nous avons vu pire. Il y a surtout des conserves, des produits surgelés et quand même quelques légumes locaux et frais. Pour le moment nous vivons la crise des poules, qui ont oublié comment pondre des oeufs ! Nous croiserons des shop très variés et assez surprenant, par exemple un vrai loueur de film CD. Oui, oui, cela existe encore. j'en ai compté déjà trois dans la même et unique rue.

Quelques boutiques et le market. 

Les restaurants et les bars sont bien fréquentés par les locaux le samedi. Ici, il n’y a jamais eu de cas de Covid, jamais connu de lockdown ni de couvre-feu ; seule l’infirmière du test à bord portait un masque. La piscine qui longe le quai fait le plein également, une « course au large » se prépare pour les nageurs, reliant les nombreuses épaves du front de mer !

Le grand office de tourisme est fermé, puisque l'île l’était également aux touristes. Mais ils vont ouvrir un jour par semaine, maintenant que nous sommes là. En tous cas, c’est ce que la petite boutique d’à côté à décider de faire, elle vend les meilleurs souvenirs.

Nous avons la chance de pouvoir nous promener librement, les lèvres au vent, pour la première fois depuis bien longtemps. Nous avons une Letter of Exemption, laisser-passer du département de la santé certifiant que nous sommes « sains ».

A garder tout le temps avec soi ! mieux qu'un passeport. 

La vie se déroule dans un rythme hors du temps, calme et paisible, dans un environnement ou foisonnent les « plus éloigné de … », « plus ancien du …. », « plus rare de … ».


Voici quelques grandes lignes de son Histoire, en bref, les détails viendront au rythme de nos visites de l’île.

Ce volcan, deux volcans créèrent l’île à l’origine, a été découvert le 21 mai 1502, jour de la fête de sainte Hélène, par Joāo de Nova alors qu’il était au service du Portugal. Hélène était la mère de l’empereur Constantin, mais son île n’est habitée que par des esclaves en fuite et quelques aventuriers. Les bateaux y font escale pour réparer, se réapprovisionner en eau douce et vivres frais. Cest ainsi que l'île devient peu à peu « L’Auberge de l’océan ». En 1633, une flotte hollandaise en prend possession. Mais la Compagnie britannique des Indes orientales (que l’on prétend honorable), n’ayant aucun point de relâche dans les mers australes, s’en empare en 1659 et l’aménage, avant de la céder à la Couronne en 1834.

De 1815 à 1821, elle sera prêtée au Gouvernement britannique comme lieu d’exil pour le « général » Bonaparte, ainsi désigné depuis son abdication.

De 1890 à 1897, c’est le roi des Zoulous, le célèbre DinuZulu kaCetshwayo qui y sera déporté. Il vivra là un exil en famille, jusqu’au moment où il a pu retourner en Afrique du Sud pour tenter de calmer les guerres tribales.

L'île servira également de prison pour 4000 Boers lors de la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud, entre 1900 et 1902, qui ont notablement collaboré au développement de l’île. On leur doit la première installation de dessalement de l’eau de mer !

A bientôt . 
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Ici, pas de marina, mais un parc de 24 bouées très bien installées, dont 16 jaunes pour les voiliers de notre gabarit. Nous avons pris la dernière qu’il restait, ouf ! Le mouillage forain y est interdit. Une bonne partie de nos amis sont déjà là. Nous nous retrouvons tous, une fois les quarantaines levées et les passeports tamponnés, chez Ann’s Place, le repaires des yachties et un des rares fournisseurs de réseau wifi, lent et cher, à 3,5 livres la demi-heure. C’est à peine de quoi charger une page météo ou une page FB, heureusement la bière est bon marché et les plats sont copieux. Les anciens nous expliquent le fonctionnement de l’île, les supermarkets, la crise des oeufs, les lieux intéressants à visiter… Nos amis hollandais de Anna Caroline et quelques autres ont pu se faire vacciner, une aubaine ! Nous nous renseignons de notre côté mais ils ont décidé de ne vacciner que les résidents.

Nous allons le dimanche 11 avec nos amis britanniques de Seabiscuit jusqu’à l’hôpital, mais pas de vaccination. C’est la semaine suivante qu’elles reprennent et le balayeur qui nous accueille ne nous laisse aucun espoir. Tant pis, nous poursuivons notre route vers la cascade, Heart Shaped Waterfall, une promenade qui doit nous remettre en jambes.


Je viens de m’offrir, pour une petite fortune, une carte de téléphone portable et de quoi obtenir des données Internet-au-ralentit. Il est temps que j’appelle mes enfants. Mais il n’y a pas de réseau entre les deux collines. En marchant vers la fameuse cascade, c’est à dire en montant, en montant et en montant encore, le précieux signal se laisse apprivoiser. Je commence par mon aînée, pas de réponse. La deuxième, idem. Heureusement le troisième est joignable. Nous bavardons tout en marchant. Je laisse Yves et nos compagnons de randonnée loin devant. Apercevant la première bifurcation vers la cascade, je m’y engage. Je termine la conversation et pars à la recherche des autres. Le décor est surprenant, tout est vert par ici.

L'eau y est bien canalisée, et la randonnée bien balisée. 

Je m’engage dans les escaliers en descente tout en appelant Yves. Sans réponse, je remonte les marches et prends un autre chemin menant vers le Hike trail Francis Plain, en laissant un signal de mon passage au sol pour les autres (c’est très scout, mais qui sait ?). Après un bon moment de marche, toujours en montée, je croise un homme et ses deux chiens. Il n’a vu personne sur sa route. Je rebrousse chemin une fois de plus, je retourne vers les marches et le sentier de la cascade. Le chemin est magnifique mais long. J’y croise the world’s rarest tree, des petits ponts, des falaises… et personne pour répondre à mes appels.

L'arbre le plus rare ... 

Je continue mon chemin sous le chants des divers oiseaux qui peuplent les lieux. De temps en temps, j’ai l’impression d’entendre des voix. Finalement je rattrape les amis de ballade et nous arrivons tous ensemble au pied de la cascade. J’étais ravie de les voir, dans la chaleur et en marchant vite, je commençais à sentir la déshydratation me guetter par un mal de tête.

Un décor  de film  plutôt angoissant.

Nous restons un petit temps à contempler la cascade, très haute mais pas très remplie : la dernière pluie date de la semaine dernière. Nous remplissons le petit livre d’honneur, placé dans une petite boîte au lettres, avec un tampon du lieu et le tampon de MedioVaS qui était dans le sac par hasard, trop mignon!

Enfin réunis. 
Grande cascade mais peu d'eau.  

Dans toute cette traversée à travers bois, j’ai perdu mes lunettes de soleil… une fois de plus (désolée Nathalie, ma soeur). Mais quelle surprise en les retrouvant au pied de l’arbre le plus rare au monde. En effet, je m’étais attardée autour de celui-ci.

En soirée, les mêmes Brits et nos amis hollandais Janneke et Wietze de Anna Caroline viennent prendre un verre à bord avant leur départ le lendemain. Cela fait trois fois que nous les saluons à jamais et que finalement nous les retrouvons à l’escale suivante. Ce couple hollandais, que nous avons connu aux Seychelles, nous suivent ou nous précèdent. Ils rentrent en Hollande après une ballade autour du monde qui aura duré 9 ans. Cette fois-ci, nous ne le reverrons plus sur un voilier, ils partent vers Ascension puis les Açores… vers l’Europe. Mais ils ont des projets, Wietze veut faire construire de grands yachts lents, il paraît qu’il y a un marché pour ces trawlers de luxe. Alors qui sait, au hasard d’une traversée inaugurale ? La soirée se termine bien plus tard que prévu autour d’un spaghetti que je finis par proposer, vu l’heure tardive.

Good Bye nos amis  

Le dimanche nous rappelle que nous n’étions pas vraiment disposés à une telle randonnée. Nous nous offrons un peu de repos et de mise en ordre du bateau. À 14h00, nous nous rendons au yacht club, un petit bâtiment bleu lavande, posé au bord de la route, au sein de la zone portuaire. L’endroit est très modeste, mais le commodore et son épouse sont très accueillants. Ils ont réouvert deux jours par semaine, depuis l’arrivée des voiliers en escale. Nous nous devons d’être présents pour faire honneur au curry prévu. Nous passons ainsi une après-midi très chaleureuse avec tous les autres yachties. Beaucoup d’entre eux prévoient de partir bientôt.


Lundi 12 avril, nous nous plaçons dans la file « vaccination » de l’hôpital. Nous faisons de grands sourires à nos voisins sans trop parler. Après 20 minutes, nous voilà devant les secrétaires. Je dis que c’est notre « first shot », elles nous tendent des formulaires à remplir … nous y sommes presque. Nous rendons les formulaires dûment remplis avec comme adresse « MedioVaS, Saint Helena YC, Jamestown », rien de faux à vrai dire, mais rien de trop explicite, toujours sans dire un mot de trop avec notre accent français. Hop, nous allons nous assoir pour la « picouze », je laisse le médecin à Yves et je prends l’infirmière, en espérant qu’elle posera moins de questions, son vis-à-vis ayant la réputation de sentir les touristes et leur refuser l’aiguille. Mauvaise pioche … elle commence par se tromper en remplissant une carte « deuxième shot », il faut tout réécrire. Puis viennent les questions sur mon âge et les mises en garde… je suis trop jeune pour le vaccin AZ. Pour une fois, je suis trop jeune ! Je lui dis être avertie des risques. Viennent ensuite des questions plus délicates, en surveillant que je ne fasse pas de réaction immédiate au vaccin : « - êtes vous là en vacances, vous ne faites pas partie des gens sur les bateaux (avec des yeux révulsés), vous travaillez ici ? ». Je réponds très vaguement, mais je n’habite pas sur un yacht tout en cachant mon petit sac étanche orange sous la chaise. Enfin, je pense qu’elle a bien compris, tout en préférant faire comme si elle ne savait rien.

Nous voilà donc vaccinés et heureux de l’être ! Nous a vous même un ticket de rendez-vous pour le rappel, le 28 mai. Nous ne voyions pas cela si loin. Que faire ? Rester ? Partir et tenter le rappel ailleurs ?

La preuve  !

Nous passons l’après-midi au calme en guettant les effets indésirables. J’avais accablé Yves de mises en garde et de directives : selon les symptômes que je risquais de présenter, il lui fallait appeler Jean-Marie, notre ami chirurgien cardiaque, sur le voilier Meli-Mila, ou partir le chercher en annexe, ou me transborder d’urgence, ou encore… Finalement c’est vers 21h00 que je commence à greloter, ma température monte… Yves prend des mesures d’urgence : il m’impose un magnifique comprimé de paracétamol, avec un verre d’eau dessalée. Le traitement est foudroyant mais la nuit sera longue. Au réveil, j’ai l’impression qu’une baleine m’est passée dessus. Je passe la journée au lit, tranquillement. Yves est un peu courbaturé, sans plus, il nous a économisé un paracétamol.

Oh c'est bon ... 
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Mercredi, nous sommes d’attaque. Au programme du jour, il y a la visite de Longwood House avec nos amis anglais de Seabiscuit, après qu’ils auront tenté leur chance à la vaccination. Tous vaccinés en fraude, nous prenons un taxi qui nous conduit au nord-est de l’île, en terre française, dans la maison d’exil de Napoléon. Ils ont réouvert les visites trois jours par semaine depuis que les voiliers reviennent en escale. Elle se trouve haut perchée sur une colline, avec une vue qui domine le nord de l'île jusqu'à la mer (et au delà). Pas mécontents d’avoir pris un taxi, la montée est rude !

Nous approchons ... 
Longwood!!! 

L’excitation est grande. Nous prenons les billets et des audio-guides, en français !

Le fameux billard. 

La première salle, très vaste, est occupée par un énorme billard/table à cartes qui nous plonge aussitôt dans l’ambiance. C’est en marchant autour de ce billard que Napoléon dictait ses mémoires, vérifiant les détails en déroulant une carte ou une autre. C’est aussi sur celui-ci qu’il fût autopsié le lendemain de son décès.

Mais avant tout cela, j’écoute avec attention l’histoire de son exil et de la préparation de l'île pour sa venue.

Napoléon a choisi de se rendre aux anglais, ceux en qui ils faisait bizarrement le plus confiance, et leur a demandé l’asile après sa défaite à Waterloo, au dernier des « Cent Jours », en juin 1815. Accompagné d’une petite suite, son valet, ses officiers les plus fidèles (ou les plus intéressés par son testament) et d’autres personnes de son entourage, il embarque à Plymouth le 7 août suivant, à bord de la frégate HMS Northumerland. Pendant le temps de la traversée, l’ile prépare son arrivée. La maison dans laquelle il vivra est une ferme réquisitionné pour la cause. Il faut également la meubler pour l’empereur déchu. Les rares étrangers, seront mis à la porte de l’île ; ils sont treize en tout, dont quatre Français qui habitaient là par hasard. Les habitants seront soumis à un couvre-feu draconien : dès la nuit tombée, ils ne pourront circuler qu’avec un laisser-passer, sans cela ils risquent d’être abattus. Gare à celui qui n’a pas déclaré sa barque de pêche… Personne n’aura le droit de lui adresser la parole ni de le voir. Les habitants seront ainsi séquestrés sur leur propre île tout le temps de l’exil !

Une garnison de 1500 soldats anglais et 500 marins de la flottille de guerre viendront renforcer les troupes locales, ce qui augmentera fortement le nombre d’habitants. Ils faut songer à l’approvisionnement, au logement…

Craignant un débarquement de français fanatiques pour libérer leur empereur vénéré, les Britanniques ont revendiqué les îles de l’Ascension et de Tristan da Cuna, et y ont placé une autre garnison.

Napoléon débarque à Jamestown, capitale de Sainte Hélène, le 17 octobre (ou, selon les écrits, le 15 ou le 16), en début de soirée. Après une ou deux nuits dans une auberge, il restera deux mois dans le minuscule pavillon des Briars avant de s’installer à Longwood, avec une partie de sa suite, qui seront ses premiers serviteurs. Il demande à faire quelques réarrangements de mobiliers ne les trouvant pas assez assorti.

Il recevra ainsi les personnages hauts placés de l'île dans sa demeure, de manière toujours très protocolaire et stricte, et mènera jusqu’au bout une vie de hauteur, sur les hauteurs de l’ile.


Dans la salle qui suit, aménagée en chambre des derniers jours de sa vie, nous découvrons le lit à baldaquin dans lequel il décèdera le 5 mai 1821 à 17h49 (c’est donc l’horaire de la première cérémonie du bicentenaire). La pièce est ornée de tableaux commémorant la nuit suivant son décès. C’était apparemment la pièce la plus saine de la maison. Le climat de l'île est très humide et la maison en bois en souffrait beaucoup, surtout dans les pièces sans cheminées. L’actuel maître des lieux dispose de déshumidificateurs qui changent complètement la perception des conditions de l’époque !

Photo volée, il est interdit de filmer et autres. 


La pièce qui fait office de salle à manger aura été, avant l’arrivée du billiard, la pièce d’écriture de ses mémoires, la grande table servant de bureau. Napoléon l’avait faite ensuite aménager de telle sorte que la pièce se transforme, en quelques minutes à peine, en chapelle pour l’office religieux.


Viennent ensuite son bureau, petite pièce malsaine qui a servi de chambre funéraire. C’est la première fois que les habitants de l'île ont pu voir le grand Napoléon. La visite se termine par sa chambre à coucher, dont il trouvait le lit si inconfortable qu’il avait fait installer son lit de camp, vieux compagnon de ses victoires passées. Il ne reste plus que la salle de bain, munie d’une grande baignoire en cuivre doublée de bois, dans laquelle il passait de longue heures… un jour par semaine !


Un petit couloir mène à un grenier par un escalier et à une toute petite pièce qui servait de chambre de service pour l’aide de camp. Sur le mur de ce petit couloir, est accrochée une suite de gravures de « New Longwood » c’est à dire ce qui aurait du être LA maison de Napoléon. Les Britanniques avaient commandé une maison en préfabriqué-bois, pour y installer l’homme en exil. Napoléon s’est rendu plusieurs fois sur les lieux, en cachette, pendant l’assemblage des diverses parois. Il était hors de question qu’on l’installe là-dedans. Les ouvriers, la trouvant fragile, l'appelaient la « maison parapluie ». Mais une fois presque achevée, notre grand homme a presque regretté son jugement trop rapide. Elle semblait beaucoup plus saine finalement et avec beaucoup plus de pièces. Il n’eut pas le temps d’ergoter davantage, elle fut livrée au moment où il mourut.


Une autre pièce nous montre en tableaux et coupures de journaux le jour de l’exhumation des cercueils gigognes de Napoléon, le remise de ceux-ci aux français et leur embarquement sur la frégate La Belle Poule, le 15 octobre 1840. Le corps repose dans trois cercueils différents qu’il a fallu ouvrir l’un à la suite de l’autre en faisant à chaque fois appel à l’artisan de l'île ayant fabriqué le cercueil. Il est ensuite placé dans un cercueil apporté par les français. On parle protocolairement de cendres, mais c’est bien son corps qui est transporté jusque sous le dôme des Invalides, à Paris, où il repose somptueusement, depuis le 15 décembre 1840.


Nous arrivons à la fin de notre visite dans la bibliothèque dont les murs sont couverts de photos des visiteurs lui ayant rendu hommage, dont Churchill. Nous remarquons que les bibliothèques sont couvertes de grillages et d’un épais tissus, en effet, les rats fulminaient partout et ils adorent le papier.


Une copie du testament est également présentée dans lequel on apprend qu’il a laissé des sommes conséquentes à ses proches fidèles et serviteurs, l’équivalent de plusieurs millions d’euros chacun.


La maison de Longwood et le tombeau sous le saule dans la vallée Sane seront vendus à la France en 1858, à la suite d’une belle négociation entre le futur Napoléon III, ambassadeur français en Grande-Bretagne, et le gouvernement britannique. A cette époque les deux pays s’entendaient à merveille et la moindre petite faveur concédée aux français ne faisait que renforcer l’entente. En 1959, le pavillon des Briars, habité par la famille Balcombe pendant l’exil, sera ajouté aux domaines Français grâce au don de la petite nièce de Betsy Balcombe. Le terrain autour sera offert a la France en 2008.


Nous finissons, comme toutes les visites, dans le shop. Nous y rencontrons Michel Martineau, le gardien de ce petit morceau de territoire français dans une île britannique au milieu de l’océan Atlantique Sud, également consul honoraire de France. J’achète évidemment un de ses livres pour l’offrir à mes parents (shuuut, il ne faut pas leur dire) et il me le dédicace gentiment. Il a choisi pour titre « Je suis le gardien du tombeau vide ». Il nous donne les dates des diverses cérémonies prévues pour le bicentenaire de la mort de Napoleon. Il est ravi que nous puissions y participer, avec la Covid, les 800 personnes prévues ne seront pas là, en particulier tous les officiels français, mais nous, oui !


Nous allons ensuite au petit supermarket du coin acheter du pain et quelque chose qui ressemble à du jambon. Installés autour d’une table de pique-nique en plein soleil, nous avalons nos sandwich et boissons, une longue marche nous attend. Nous avons prévu de faire le chemin du retour à pied. Après deux kilomètres en montée dans un décors très écossais, nous croisons LE petit combi vendeur-de-glaces-de-l’ile. Je lui fais des grands signes, mais comme tout le monde dit bonjour, il tarde à comprendre et à s’arrêter. Finalement, il stoppe sa marche et nous vends des glaces. Nous sommes enfin prêts pour attaquer les dix kilomètres à parcourir en descente cette fois.

La végétation est luxuriante, des grandes forêts d’eucalyptus fins et très hauts, des cactus, des palmiers, des fleurs de toutes les couleurs. Ce paysage est très different de celui que l’on peut observer de notre mouillage, de la roche pelée.

Nous montons.  
Nous commençons la descente , 10 km à pied, ça use ... 
Jamestown en vue , bien enclavée entre les collines.


Chaque jour, un voilier quitte le mouillage, cap à l’ouest, sans trop savoir quelle sera la prochaine escale, mais il ont tous le besoin de partir. Nous resterons, c’est décidé. L’ile est très agréable. Les prix sont exorbitants, après ceux de l’Afrique, mais nous ne voulons pas nous presser. D’autant plus que c’est la saison des pluies en Guyane, et bientôt celle des Caraïbes alors qu’ici, malgré le vent qui peut souffler très fort, il fait grand beau et douce température.

Nous profitons de l’eau claire, surtout le matin, pour quelques longues baignades. Du bateau nous pouvons apercevoir le fond par 13 m d’eau. Le bleu de la mer est intense, très different de celui que nous avons déjà vu. C’est splendide. Et j’espère toujours croiser le requin-baleine qui circule parfois au milieu des yachts.

Où est le requin-baleine ? 

Nous apprendrons que le skipper d’un cata sud-africain qui terminait sa quarantaine s’est fait arrêter lorsqu’il s’est présenté à l’immigration avec son équipage. Motif : non respect de la quarantaine. Il faut avouer qu’il lavait un peu cherché. Ils avaient deux chiens à bord et malgré le discours clair du capitaine du port sur l’interdiction de descendre à terre pendant la quarantaine, ils ont débarqué sur les rochers pour y promener leurs chiens, en plus des sorties en paddle board et autres. Suite à cela, ils sont vite repartis illico vers … nous ne savons pas ! L’histoire ne dit pas s’ils ont été expulsés mais quelque chose me dit qu’ils n’ont pas du avoir un visa de longue durée. Quelques jours plus tard, nous assistions à l’arrivée d’un autre, énorme, cata sud-africain, juste sous notre étrave. Après les avoir rassurés sur l’absence de danger du à la proximité, nous leur avons conseillé de ne vraiment pas quitter leur bord !


En ce qui concerne notre hydro-générateur, après quelques échanges très longs à arriver par mail et une petite autopsie, il semble souffrir d’un court-circuit au niveau de la génératrice. Et cette partie là , nous ne pouvons pas l’ouvrir nous-mêmes. Seule solution, le renvoyer en France. Donc celui-ci attendra l’après-traversée, nous devrons nous en passer, malheureusement.


Le dimanche nous nous rendons au barbecue du yacht club. Mais il y a moins de monde, malheureusement. L'après-midi toujours agréable, et rencontrons quelques locaux.

Nous sommes aux premières loges pour observer les va-et-vient a quai des petits containers chargés de provisions.

26

Lundi 19, c’est le grand jour. Nous décidons d’attaquer le fameux plan incliné : les Jacob’s Ladders, 699 marches ! Mes jambes en tremblent déjà. Beaucoup de visiteurs commencent directement par cet exploit, pas nous, Napoléon aura eu la priorité sur Jacob ! Le record de la montée est de 5 minutes, tenu par un Écossais. Nous ne comptons pas le battre, loin de là. Il faut nous comprendre, nous voulons profiter de la vue, hum hum. Donc, toutes les 50 ou 100 marches, nous nous offrons une pause « contemplation » et quelques photos.

Il fait chaud, très chaud même, mais nous ne nous décourageons pas. Je monte en comptant, cela occupe. Une fois en haut, pas de regrets. La vue y est splendide, certain(e)s diraient « à couper le souffle ». Certes!

Que d'efforts ! 
Petite porte d'un ancien fort qui veille sur MedioVaS. Et nous en profitons pour admirer notre valeureux voilier !

Une petite marche, toujours en montée, nous mène dans le petit village sur les pentes et ses maisons toujours aussi fleuries. Une halte Coca s’impose. Tout a l’air fermé lorsque je vois une voiture s’arrêter devant un restaurant. La cuisinière va bientôt ouvrir, je suis sauvée. Elle me propose de m’installer en terrasse et de m’apporter un Coca on the rocks, ce doit être une spécialité locale, sur ce bout de rocher !

Vous pouvez imaginer la vue ! 

Me revoilà d’attaque pour continuer la marche vers le fort, toujours plus haut. Mais Yves a d’autres plans, redescendre les marches et visiter le petit musée. Waouh, la montée n’est pas facile mais alors la descente a pire réputation… . Finalement cela se fait très bien.

Nous passons la petite porte du musée qui, paraît-il, est une petite merveille. Toute l’histoire de l'île s’y trouve. En effet, nous ne sommes pas déçus.

L'île fût découverte le 21 mai 1502 par Joao da Nova alors qu’il retournait au Portugal depuis l’Inde en suivant les vents dominants du sud-est. 1502, c’est aussi le code du yacht-club, jolie tradition ! Il y mouillât son navire et descendit à terre avec son équipage. Il y découvrit de l’eau fraîche, une vaste forêt et une multitude d’oiseaux, mais aucun habitant. Il réalisât que cette île serait un bon endroit de repos et de rafraîchissement pour les marins. Les Portugais garderont cette découverte secrète pendant quelques décennies.

Saint Hélène a soigné des marins et approvisionné les bateaux pendant des siècles, avant qu’elle ne figure sur les cartes européennes. Un certain Fernando Lopez devient le premier fermier à cultiver la vallée qui deviendra la ville de Jamestown.

Les Hollandais et les Portugais réclamaient chacun la souveraineté de l’île et, finalement, ce sont les Anglais de la East India Company qui en ont pris possession. Les Hollandais ont bien tenté de la reprendre mais leur succès fût très bref ! En1659, les premiers colons Anglais s’y installent, logeant dans le premier Half-Way House, devenu le post office d’aujourd’hui. Ils travaillaient pour la compagnie, dont la garnison défendaient l’île. La compagnie ramenait du poivre, des pierres précieuses, de la porcelaine et d’autres biens d’Asie qui étaient assemblés ou travaillés dans l’île. Les bateaux repartaient ensuite en flotte pour se protéger des pirates. Par une charte royale, les descendants des premiers colons recevaient les mêmes droits que s’ils étaient nés en Angleterre. Ainsi, pendant 200 ans, la East India Company a-t-elle développé l'île . Après l’épisode napoléonien, l'île passe définitivement sous la responsabilité directe du gouvernement britannique, en 1834. Sa position restait stratégique pour les affaires britanniques et, à partir de 1840, dans la lutte contre l’esclavage.

Le gouvernement local attendra 1968 pour organiser la première élection démocratique. En 1981, le statut des Héléniens bascule dans un surprenant néant, en effet du Nationalities Act. Imaginé par Margareth Thatcher, essentiellement pour se protéger de Hong Kong, il fut généralisé sans trop de scrupules au reste des territoires d’outre-mer. Les Saints perdent ainsi leur citoyenneté britannique. La population s’est longtemps battue pour retrouver ses droits, ainsi que leur précieux passeport britannique, en faisant bloc derrière leur évêque, clamant leur devise « Loyal and Unshakeable ». C’est seulement en 2002 qu’ils retrouveront leurs droits. Il avaient largement fait valoir qu’ils n’avaient jamais été une population indigène mais bien des Britanniques et leurs descendants, gardiens d’une citadelle davantage que fructueux paysans. De fait, ils ne représentaient pas une réelle menace pour le royaume, contrairement au très redouté déferlement de Chinois plus ou moins bien naturalisés, à la fin du bail de Hong Kong.

Le dessalinisateur de l'île construit par les prisonniers Boers.  

L’île, au moment de sa découverte, était très verte. Entièrement recouverte de plantes et d’arbres endémiques, c’était un paradis pour les oiseaux. Toute cette vie serait arrivée là soufflée par les vents. Les hommes y ont ensuite introduit des chèvres, ce fût la fin de la belle végétation endémique. Puis les prédateurs importés, tels les rats qui se trouvaient sur les navires, ont également perturbé l’équilibre animal. Un des seuls survivants de cette époque est le Wire Bird, un des oiseaux « les plus rares du monde ». Une colonie de 500 individus vit dans la partie la plus aride de l’île. Les autres oiseaux viennent en majorité d’Inde ou d’Indonésie, introduits vers 1700. En ce qui concerne la flore, beaucoup d’espèces endémiques ont disparu, d’autres ont pu être sauvées et sont maintenant replantées.

Ainsi Sainte Hélène voit-elle son paysage très changé : 60% de la roche est érodée et la majorité des plantes et des animaux sont des espèces introduites.

De la roche et encore de la roche volcanique. 

En 1588, un explorateur anglais écrivait qu’il était très dangereux de se promener dans l’île, entre montées et descentes le long des collines. Pendant des centaines d’années, pourtant, le seul moyen de se déplacer était la marche à pied. Il est vrai que les chemins sont escarpés. Puis vint le tour des mules, des chevaux et des ânes de prendre ces risques. Ceux-ci étaient importés par la East India Company. La première automobile fût importée en 1929, seulement. En 2001, l'île comptait 2500 voitures pour 5200 habitants et 115 kilomètres de route. Nous avons enfin trouvé celle qui porte le numéro 1. Je suis l’heureuse gagnante de notre petit concours. Ce n’est pas une voiture d’époque, mais c’est une vieille Land Rover, bien-sûr ! Quand à celle du gouverneur, une Jaguar très récente, elle ne porte rien… qu’une couronne d’argent. Ah, ces British, quel sens de l’élégance et de la tradition !

Deux styles bien différents . 

Et le fameux plan incliné ? Il a été construit pour la Saint Helena Railway Company, en 1829, dans le but de relier Jamestown à Ladder Hill. Il fut reconstruit en 1871 par les ingénieurs de la Couronne. En fait, ce sont surtout les mules qui ont permis cet exploit de 699 marches pour un dénivelé de 200 mètres.

Petites mules qui jouent au moteur ... 

L’expédition terminée, nous allons nous rassasier chez Ann et finir la journée dans l’eau, les jambes en ont grandement besoin.


Mardi, c’est le jour du plein d’eau dessalée. Ainsi nous ennuyons le mouillage avec le bruit du groupe électrogène et du dessalinisateur. Nous profitons de l’eau douce pour faire un grand nettoyage de MedioVaS qui se transformait tout doucement en saline.


Le port est toujours en pleine activité, c’est le temps des contrôles douaniers au cul des containers. Et quand les containers se vident, les magasins se remplissent. Il est temps d’aller voir cela de plus près. Mais bon, tout cela se fait au rythme local, doucement. Donc, aujourd’hui, c’est le tour des pommes de terre et de quelques raisins. Les oignons devront attendre encore un peu. Mais quelle bonne surprise de voir des oeufs, certes importés, dans le frigo de la petite boucherie. J’espère seulement qu’ils ne sont pas plus vieux de ceux qui me restent de Namibie !

Port du casque obligatoire au milieu du remue ménage de "la zone portuaire".

Le jeudi, une camionnette au nom de « Veggies » (légumes) passe vers 13h00 chez Ann, l’occasion de goûter à quelques légumes locaux. Il n’est pas très fourni mais je trouve quand même des tomates, carottes, courgettes et bananes. Et j’ai sa promesse d’avoir des oeufs frais le semaine suivante, peut-être. Enfin, le frigo commence a nouveau à ressembler à quelque chose. Nous profitons de ce plein de légumes frais pour inviter nos amis français de Meli Mila et partager une « lasagne-bateau ».


Pour la prochaine ballade, nous envisageons d’aller jusqu'à Plantation House, la maison du Gouverneur de l’île. Pour cela, nous avons le choix entre escalader de nouveau les Jacob’s Ladders ou gravir la route. Nous optons pour la route, des voitures y circulent et, paraît-il, l’auto-stop fonctionne assez bien. En effet, mon petit pouce arrête assez rapidement une voiture. La conductrice nous prévient qu’elle n’est pas en droit de nous emmener, conduisant une voiture gouvernementale, immatriculée SHG (St Helena government). Mais son coeur est plus grand que ses scrupules, elle nous embarque quand même et nous dépose juste devant l’entrée de Plantation House. Cela nous aura épargné quelques bons kilomètres de marche entre différentes collines. Nous ne pouvons pas la visiter, l’office de tourisme étant fermé. L’ énorme maison est plantée dans les hauts de l'île , entourée d’une majestueuse forêt et d’une belle pelouse anglaise avec une vue plongeant dans l’océan.

Belle demeure ... 


La maison a été construite en 1792 par la East Indian Company pour le Gouverneur. Depuis, la maison continue d’être l’habitation principale des trente-cinq Gouverneurs qui se sont succédés. Elle abrite également le plus vieil insulaire, Jonathan, la tortue Seychelloise.

Nous nous promenons dans cette vaste et magnifique forêt, vestige de l’île originelle. À ma grande surprise, je vois des bambous géants pousser le long d’un petit ruisseau.

Cela fait du bien de marcher au frais, et de voir des arbres de toutes les variétés. 

L’air dans les hauts est très agréable, à l’ombre de cette végétation variée. Nous poursuivons sans vraiment s’inquiéter de notre direction. Yves porte plus de deux litres d’eau sur son dos, et j’ai préparé un pique-nique, nous ne craignons ni la faim ni la soif. Après une bonne descente, nous nous trouvons au début de Lemon Valley. Pas question de marcher vers la mer, nous voulons atteindre le fort qui se trouve … trois collines plus loin. Yves cherche le petit chemin qui fait office de raccourci mais après un quart d’heure de montée, nous rebroussons chemin et suivons la route principale. Une route sinueuse qui serpente entre les deux premières collines. Quelques superbes maisons décorent les flancs. Partout l’océan est visible et les collines et les vallées également.

On ne s'en lasse pas, tant que les jambes veulent suivre ! 

Du haut de notre deuxième colline nous voyons le fort se rapprocher… à vol d’oiseau ! Avant d’attaquer le passage de la dernière vallée qui nous sépare de lui, nous avalons la moitié de notre pique-nique.

Le Fort , enfin ce qu'il en reste . 

Enfin High Knoll Fort ! Il est visible de loin et il paraît toujours très proche… mais il se mérite, ainsi que la vue de tout là-haut. Il domine Jamestown, pour autant il n’est pas visible de la ville. Nous trouvons un endroit à l’ombre pour finir notre pique-nique en compagnie de la petite gardienne des lieux.

La petite gardienne partage notre déjeuner. 

La construction du fort est souvent attribuée au Gouverneur Brooke, en 1790. En fait, la majorité de sa construction date de 1798, bel effet d’annonce ! Sa tour ne vit jamais les combats, mais elle était armée par petite une garnison, début XIXème. En cas d’attaque, les îliens avaient l’intention de conduire toutes les chèvres et vaches entre les deux forts, ce qui n’arriva pas non plus. Le fort a pourtant joué un rôle important lors d’une mutinerie en 1811. Les deux cent cinquante mutins réclamaient « full rations of spirit » (à boire, quoi !) et menaçaient de prendre le gouverneur en otage. Ils ne purent se saisir que de son lieutenant et furent capturés avant qu’ils atteignent Plantation House. Six d’entre eux ont été pendus à High Knoll, les autres inaugurèrent les bâtiments du fond en tant que prison.

En 1850, la partie nord du fort devint une école et servirent de logements pour les esclaves libérés par le West Africa Squadron de la Royal Navy (bel exemple de charité bien ordonnée). Le vent et les pluies transformèrent le reste en ruines, le volcan de l’océan n’avait plus besoin de protection.

En 1900, le fort était démodé comme bâtiment défensif ou dissuasif, mais il gardait de belles qualités carcérales, éloigné de tout. C’est ainsi que les prisonniers les plus récalcitrants de la guerre des Boers, les rebelles du Transvaal et quelques officiers y trouvèrent leur place, tenus ainsi à l’écart du camp de prisonniers de Deadwood.

Prison, école, logements ... 

La Seconde Guerre Mondiale apporta quelques changements, dont la réparation des parapets, travaux à peine visibles aujourd’hui !


Dans un petit coin de ce fort pousse une plante bien étonnante, le « tabac sacré ». Elle est endémique des Andes Centrales ! Importée en 1860, dans le but d’établir une petite industrie de tabac, le résultat fût un fiasco. Les quelques échantillons de tabac envoyés à Londres n’ont pas reçu l’enthousiasme espéré auprès des tabacologistes. La plante est réputée pour son très fort taux de nicotine. À vrai dire, elle est plutôt utilisée comme narcotique, dans les Andes. « It is however far too potent to be palatable for smoking so please don’t try it ! » (Elle est, de toute façon, bien trop puissante pour être fumée, alors par pitié ne l’essayez pas !) indique le panneau.

Je me passerai donc d’en cueillir un petit brin « pour ma consommation personnelle ».

Depuis les hauteurs, nous voyons tout ce qui nous entoure et tout est attirant. Que faire : rentrer doucement par la route la plus courte ou continuer ? Un chemin longeant les collines d’en face me fait de l’oeil. Avec le stop du matin, nous avons gagné beaucoup de temps. Yves étudie sa carte, et hop, allons-y. Après tout, il n’y a que quelques collines et vallées à traverser…


Une petite route en épingle à cheveux nous mène rapidement dans le fond de la première vallée, peuplée de canards, poules et briquettes. J’encourage les poulettes à pondre, autant agir à la source de la pénurie ! Vient maintenant la montée qui nous conduit au somptueux lycée Saint Andrew. Le terrain de sport offre une splendide vue sur le fort et l’océan. Tiens, nous avons donc changé de versant, nous progressons !

Il est déjà loin le fort. Mais peut-être est il utilisé comme menace auprès des jeunes élèves ... 

A partir de là, nous nous enfonçons dans le parc national, boisé, frais, à flanc de colline, sur un sentier qui devait être une ancienne sente creusée par les mules et les ânes. C’est splendide.

Le chemin est de toute beauté. 

Nous sommes encouragés par le chant de divers oiseaux, aussi mélodieux les uns que les autres. La descente est lente, nous apercevons les toits de la maison des Briards, le point de départ des escaliers vers la cascade et, tout au loin, Jamestown. Nous sommes dans ce que j’aurais envie d’appeler « notre vallée », en terrain connu en tous cas.

Maison des Briars, une prochaine randonnée . 

Nous arriverons ainsi au début du Run, canalisation pavée datant de 1857 et construit par les Ingénieurs Royaux. Nous suivons son cours jusqu'à Jamestown.

The Run 
Contrôlé en ville, ouverture à marée haute . 
Et retour en ferry service, toujours splendide. 

Nous retrouvons MedioVaS, heureux de notre journée ! Nous contemplons un nouveau bateau arriver ou un ancien appareiller. Je suis toujours surprise par tant de mouvements. Cette île doit être un attroupement, hors période de Covid !


Je pars en exploration avec MiniVaS autour du mouillage, alors qu'Yves répare une blessure à son pied. nous allons rendre visite à l'une des nombreuses épaves qui entourent le mouillage.

Plongée sur ma première épave, étrange sensation ! Epave Spamereid, suite à un incendie à  bord . 
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Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, dit-on. Mais la météo a décidé de passer en mode « mauvais temps », ce qui nous pousse à paresser à bord. Nous n’allons pas nous plaindre, le temps n’est pas si mauvais et nous en profitons pour faire quelques réparations importantes, de celles que l’on reporte toujours « à plus tard » quand il fait grand beau.


Nous commençons cette période « d’hibernation » en assistant à la célèbre course de natation autour des quatre épaves qui parsèment le plan d’eau devant le port, la Wreck to Wreck. Puis nous participons au pot du Yacht Club. C’est la deuxième année de cette course qui se veut un grand événement de l’île. Nous joignons nos applaudissements à ceux des nombreux spectateurs-buveurs pour féliciter le plus vieux participant, 70 ans, et toute son équipe en uniforme rigolo. The old man a bouclé le tour en 1h30 et sans palmes, le jour même de son anniversaire ! Chez les plus jeunes, le meilleur temps est de 20 minutes. Nous qui traversons souvent le mouillage en canot, la performance nous impressionne…

Grand moment ! 

Ensuite, le vent soufflant fort et les averses nous tombant dessus sans crier gare, nous attaquons la réparation de notre tangon. Nous en aurons absolument besoin pour la traversée à venir ! Il se trouve une « petite » place entre la cabine avant et la descente, en traversant tout le carré pour loger son bout amputé sur les marches. L’engin fait 4,50m, c’est assez encombrant. Je sors toutes mes petites machines, perceuses, riveteuse… Yves attaque les rivets qui résistent, en inox peut-être ? Je tente également ma chance, mèche de compétition et vitesse lente, mais je bats en retraite aussi. Le lendemain, Yves amène notre malheureux tangon sur le quai, devant le container Solomon, célèbre dynastie de commerçants juifs.

« Le Juif Solomon »

En cette fin du XVIIIe siècle, Sainte-Hélène vivait recluse derrière ses hautes falaises brunes qui défiaient l’abordage. C’est une chose connue, bien que paradoxale, l’isolement renforce l’hostilité à toute intrusion. L’île n'échappait pas à la règle. On lui avait ajouté des forteresses et remparts qui venaient renforcer les protections naturelles. Encore inquiète malgré tout, la petit société hélénienne, qui se recrutait presque exclusivement parmi les familles à qui l'honorable Compagnie avait vendu ou affermé des terres, se repliait encore derrière un dernier rempart constitué par une notion d’ « identité insulaire ». Ainsi, pour être estampillé « Hélénien », il fallait être d'origine anglaise, anglican de préférence et surtout propriétaire sur l’l'île de longue date - certaines familles étaient là depuis la grande peste (1664) ou le grand incendie de Londres (1666). Fi donc des papistes, des commerçants indépendants, des fonctionnaires de tous les malheureux venus de cet ailleurs qui n’est pas l’Angleterre !

Quiconque, même né à Sainte-Hélène, s'avérait non conforme au modèle était immanquablement rejeté. Cette intolérance chronique conduisit les Héléniens à faire un usage abusif des sobriquets qui désignaient l’intrus - forcément corrompu et mauvais - par le trait qui, justement, accusait son irrémédiable différence. Es fonctionnaires britanniques, civils ou militaires, étaient traités à la même enseigne. C’est ainsi que la famille qui fait l’objet de cette chronique, dont le fondateur débarqua à la fin du XVIIIe siècle et fut à l’origine de la plus puissante firme commerciale de l’île, bien que convertie au XIXe siècle et devenue notable à force de fortune, était encore, il y a peu, collectivement désignée par le pluriel méprisant : « Les Juifs Solomon ».

Saul ou Samuel Solomon arriva à Saint-Hélène à la fin des années 1790. Il ouvrit une sorte de magasin général où le client pouvait trouver « du diamant jusqu'au clou »puis un hôtel-pension pour les militaires, marins et fonctionnaires de passages. Sans concurrent, il pouvait pratiquer des prix exorbitants sans pour autant voir ses chambres désemplir. Face à ce succès, il invita ses frères Benjamin, Joseph, Lewis et Charles à le rejoindre. Lewis se spécialisa avec succès dans l'orfèvrerie et l’horlogerie. Il se vit confier l’entretien de deux montres de Napoléon, l’une en or et l’l'autre en argent munie d’un système de carillon que l’air marin, durant sa longue traversée, avait endommagé. […]

Rapidement, l’entreprise Solomon prit de l’ampleur et la famille ne suffit plus à faire face. Saul convainquit la famille Moss de venir s’installer sur l’île. Les mariages de Joseph, qui épousa Hannah Moss en 1814, et de Lewis avec Julia Magnus Moss en 1818, cimentèrent l’association commerciale, qui prit des allures de consortium familial.

L’arrivée de Napoléon à Saint-Hélène avait fait doubler la population. Les logements devinrent si rares que les prix flambèrent. […] Saul Salomon profita de la manne financière des ces débuts fulgurants pour ouvrir un magasin de modes, une bijouterie, une imprimerie et une agence d’assurances. Les différents commerces enregistrés sous les noms de Solomon, Gideon et Moss ressortissaient tous de la « Maison Saul Salomon ». La diversification était pour lui une stratégie de développement.

Un tel succès ne manqua évidemment pas de susciter la jalousie des « vrais » Héléniens.

Bien sûr, les « Français de Longwood » s’approvisionnaient chez « Le Juif Solomon » […].

Afin de favoriser le commerce local, c’est à dire le sien, il se fit banquier et entreprit de frapper des pièces de monnaie (soit 70560 pièces de cuivre d’un demi-penny « payables à Saint-Hélène par Solomon, Dickson et Taylor » - Dickson et Taylor étant des prétendus partenaires de Londres). Ce faisant, il consolidait durablement la toute-puissance de sa compagnie sur l'île où sa famille régna sans partage jusqu'à la mort du dernier des leurs, le 30 octobre 1960. Humphrey Welby Solomon, petit-fils d’évêque, protecteur de la foi anglicane sur l’île, n’en demeurait pas moins le « Juif Solomon ». Une dynastie qui avait duré près de deux siècles.

(Les Salomon furent shérif pendant cinq générations, de 1839 à 1960)

« Le Juif Solomon », extrait de Chroniques de Saint-Hélène, Michel Dancoisne-Martineau


Avec l’aide de quelques gros bras, les rivets rendent grâce. A vrai dire, nous n’avions pas osé forer aussi fortement. Il a quand même fallu briser deux de leurs mèches ! Enfin, la pièce qui s’était dévissée a retrouvé sa place, nous collons les vis de serrage pour les empêcher de mollir de nouveau et l’affaire est faite… semble-t-il. Un bon nettoyage, une dose généreuse de produit anti-corrosion et nous pouvons replacer les rivets. Yves a profité de sa bonne fortune pour démonter aussi l’autre bout du tangon et tout remettre au propre avant de ramener l’objet à bord, sage précaution. Il faut replacer quatre rivets à chaque bout, nous en avons une bonne dizaine en stock, c’est l’euphorie. Mais voilà qu’au sixième rivet, c’est la consternation : les embouts ne tiennent pas en place. C’est en forgeant que l’on devient forgeron ? Les rivets que nous avons à bord sont trop courts. Ils ne traversent pas la largeur de l’embout, augmentée du manchon d’étanchéité et de l’épaisseur du tangon. Ah oui, bonne leçon, nous n’avions pas vérifié. Bon, je retire les rivets mal placés mais certains refusent de lâcher le morceau. Yves finit par s’en charger sans leur laisser de répit, fort de son apprentissage chez Solomon. Le lendemain, nous faisons un petit tour en ville et c’est chez la boutique de Solomon, encore eux, que nous trouvons ce qu’il nous faut. Les rivets que nous choisissons sont les plus longs du magasin, mais font à peine la taille que nous avons mesurée. Ils sont faits d’aluminium, pas d’inox en rayon, mais c’est mieux que rien. Nous recommençons le rivetage avec tout l’optimisme possible. Cette fois-ci, le tangon retrouve ses deux embouts et retourne à sa place dans les filières, prêt pour la traversée.

Notre petit tangon amputé... 

Pendant ce temps, la machine à coudre s’extirpe de la cabine arrière/soute et se met au travail : reprise de Velcro sur la housse de la nourrice de MiniVaS et fabrication d’un petit manchon pour protéger les connexions des panneaux solaires mobiles. Ces derniers devront aussi bosser pendant la traversée, puisque notre hydrogénérateur est en attente de soins intensifs, pour la durée de la crise sanitaire !


Je profite enfin d’une légère accalmie pour dérouler un bout de grand voile et reprendre la couture de sa bordure. Les fils ne supportent plus les UV et se cassent, le vent n’aide pas non plus en mer, il faudrait naviguer à la voile sans voile…


Mercredi, sortie entre filles avec Agathe, Rebecca et Bee, nous retournons à Longwood, chez Napoléon. Agathe et moi voulons acheter d’autres livres, Rebecca n’a pas encore vu la maison de l’exil et Bee veut se promener. Nous y retrouvons le maître des lieux qui nous propose de revenir le lendemain soir pour la répétition de la cérémonie du bicentenaire, qui a lieu dans huit jours. Nous acceptons volontiers la proposition. Après deux heures sur place, nous rentrons en stop, le bus n’ayant pas voulu pointer son nez. À peine le pouce levé, une voiture s’arrête et nous embarque sur les routes sinueuses à flanc de colline. Au fur et à mesure que l’on descend, la température s’élève à en devenir étouffante.

Je propose alors à Rebecca, amie américaine naviguant sur Brick House, d’aller explorer les épaves et les alentours pour se rafraîchir. Nous passons un bon moment sous l’eau et elle se confie. Son histoire est assez triste. Lors d’une longue escale en Afrique du Sud pour remettre leur bateau au propre, elle et son mari attrapent la Covid. Malheureusement, son mari en décède. Elle en réchappe avant de l’attraper une seconde fois, s’en sort encore, en souffrant beaucoup. Désormais seule sur son grand et lourd bateau ancien, elle cherche un équipier pour ramener le tout vers les Caraïbes. Une belle histoire d’amour commence bientôt avec Michael le Sud-Africain. Il vend le peu qu’il a pour la suivre et ramener Brick House. Un an plus tard, l’ambiance a changé et c’est le calvaire entre eux, très discrets en public, elle me dit sa tristesse et son agacement. Malgré tout cela, elle garde une énergie incroyable et un grand sourire contagieux.

La vie s'est bien installée autour des épaves. 

Le lendemain, nous assistons à la répétition du bicentenaire. Yves, Agathe et moi prenons un taxi. Nous sommes presque seuls, mais Michel est ravi de nous voir. Il est toujours d’accord pour recevoir un avis. Tests son, caméra et drone … tout fonctionne. Il fait stocker des images en avance, au cas où il pleuve à verse, le jour J. En effet, un reportage est prévu pour le journal de TF1, il faut donc que tout soit parfait.

Le Révérend Graeme Beckett sort son clairon, il entame la sonnerie « Aux Morts ». Il joue magnifiquement, c’est très solennel. Tout à coup, après deux longues minutes de silence pendant la mise en berne du drapeau, voilà qu’il entonne un air tout à fait inattendu. Nous sommes tous les trois surpris, surtout Yves ! Pour moi, c’est un air très connu et joyeux, pour Yves c’est « La Soupe », bien connue de tous les militaires, mais assez peu approprié pour remplacer les deux notes tristes du « Rappel des Morts » ! Yves en discute avec Michel. De manière très diplomatique, il lui explique quel air il faut jouer et quand il faut mettre le drapeau en berne. Le Consul a l’air surpris, son service militaire est bien loin. Mais il écoute les avis et suggestions. Nous imaginons le direct télévisé en France…

C’est JJ, son époux, qui nous ramène dans le fond de notre vallée. Le ferry est encore sur place à 18h30, occupé avec les pêcheurs. Pas besoin de rappeler Johny, le meilleur des capitaines de ferry, qui nous avait proposé un service spécial de nuit.

Un magnifique arc-en-ciel nous accueille une fois à bord. 

Nous reprenons notre train-train, entre averses, rafales de vent, mouillage rouleur et pas très confortable. C’est idéal pour la lecture, le petit entretien et les courses tous les deux jours, tôt le matin, si je veux trouver des légumes ou des fruits frais. En ce qui concerne les oeufs, j’ai mis en alerte tous ceux que je pouvais.

Pas toujours facile d'embarquer ou de débarquer du petit ferry. 

Je commence à mettre en place la logistique du jour de la cérémonie. Agathe et Jean-Marie ont décidé de retarder leur départ pour y assister et j’arrive à entraîner dans notre sillage Rebecca et Michael de Brick House, ainsi que Bianca et John de Charlotte Jane. L’autre Jane, la tenancière de Anne’s Place, me donne le numéro Wayne, conducteur de taxi bus. Il nous propose un tarif très correct, et Johny, le meilleur et le plus disponible des patrons de ferry, est de service ce soir-là. Tout me paraît en ordre. En effet, tout se déroule parfaitement bien. À 17h05, nous passons le portail de Longwood, l’allée et la maison sont décorées de bannières noires aux armes de Napoléon, oeuvre de JJ. Toute la « haute société » de Saint-Hélène rend honneur à l’Empereur disparu. Michel vient nous retrouver, un peu angoissé, mais tout heureux d’annoncer à Yves qu’il a changé la deuxième partie du clairon et la mise en berne du drapeau. Ouf !

Nous discuterons un bon moment avec un monsieur très bien et son épouse qui se pique de parler (un peu) français. Ce sont le gouverneur et son épouse, mais nous ne le saurons que bien plus tard ! Nous rencontrons des visages connus. Cela fait maintenant un mois que nous sommes ici, nous commençons à connaître de nombreux habitants.

17h30 , silence, ça commence.

"Napoléon is death" 

La cérémonie est parfaite, pas une fausse note. Même le ciel a décidé de se mettre en scène, tantôt lumineux tantôt menaçant, toujours dramatique, attendant la dernière note de musique pour nous arroser d’une averse bien sentie. Nous mesurons ainsi les vraies conditions de vie de Napoléon.

« Comme Les Hauts de Hurlevent, Longwood House était un paradis pour misanthrope, un endroit complètement à l’écart de l’agitation du monde qui, sous la protection d’un océan et comme saoulé par un air trop pur et salubre, somnolait. Située en haut d’un plateau de cinq cent cinquante mètres, la maison était exposée aux alizés qui la balayaient avec une obstination désolante. » extrait de « Je suis le gardien du tombeau vide » de Michel Dancoisne-Martineau.

Promenade dans les jardins illuminés pour la toute première fois ! 

Lien video: https://www.youtube.com/watch?v=waED7Qrgsw0&t=108s


Toute la petite troupe vient dîner à bord, sauf Agathe et Jean-Marie qui auraient du être en mer. J’ai promis une de mes célèbres lasagnes-bateau. Yves se charge de faire le ramassage entre les bateaux avec MiniVaS. Invités, apéritif et desserts s’entassent à bord. La soirée est formidable, l’averse de Longwood ne nous a pas suivi jusqu’au mouillage, nous pouvons ainsi dîner dans le cockpit.


J’attends avec impatience et un peu d’inquiétude le voilier Erias et nos amis des Seychelles. Je trouve leur traversée un peu longue. Ils voulaient être présents pour la cérémonie du bicentenaire, mais ne sont toujours pas annoncés. C’est au petit matin suivant, la tête un peu embrouillée des excès de la veille, que nous entendons la voix d’Eric à la radio, appelant la capitainerie. Chouette ! En l’absence de capitaine, nous répondons, et lui expliquons qu’il ne doit pas attendre grand chose avant au moins 08h00 le matin ! Nous lui donnons les détails habituels et il vient prendre une des redoutables bouée du premier coup ; la petite famille est très nettement amarinée.


Agathe et Jean-Marie appareillent dans l’après-midi vers la Guyane française et Brick House partira le lendemain vers Ascension, avant de rejoindre Grenade. Nous commençons à faire partie des anciens du mouillage. Cela fait du bien de voir de nouveaux bateaux arriver, surtout lorsque ce sont des amis.


Un autre voilier doit arriver dans la nuit, Leo d’Or, avec une famille à bord également. Tout ceci rajeunit fortement la moyenne d’âge du mouillage ! Ils arriveront effectivement dans la nuit noire, en panne de moteur au dernier moment, venant mourir sur une bouée entre deux bateaux dont les équipages ont sorti toutes leurs lampes dans un bon coup de stress !

Leurs tests Covid ont lieu à temps et l’immigration est là pour tamponner leurs passeports. Je réserve à nouveau le taxi bus pour amener tout le monde à la cérémonie du bicentenaire de la mise en terre de Napoléon.


La tombe de Napoléon se trouve dans une petite clairière à flanc de colline. Lorsque Michel a pris son poste de Conservateur des Domaines de France, l’endroit était complètement abandonné. La nature ayant repris ses droits, c’est à peine s’il y avait moyen de voir la pierre tombale. Cela lui a pris une bonne dizaine d’années pour ramener la lumière sur le tombeau. Il a fallu faire tomber des arbres, trouver les plantes qui pouvaient s’adapter au climat et au sol rocheux tout en apportant un beau dégradé de couleurs. Il a du créer un promontoire sur une hauteur : à force de marcher autour de la tombe, le terrain se transformait très rapidement en terrain de rugby tant la terre y est humide.

Aujourd’hui, le tombeau vide de Napoléon se dresse dans un puits de lumière, entouré d’arbres majestueux, tout en hauteur, de fleurs aux couleurs variées et de plantes grasses apportant un dégradé de vert. Quelle que soit l’humeur du ciel, l’ambiance que l’on y ressent est magique sans être tragique.

Dimanche 9 mai, à 15h00, débute de la cérémonie du bicentenaire de la mise en terre. Nous sommes tous sur le promontoire, admirant le décor, bien abrités sous des tentes blanches. Nous retrouvons nos têtes connues et de nouvelles.

Le tombeau vide de l'Empereur. 

Les chants français ont l’accent anglais, alternant avec un petit ensemble de cuivres et violon. La chorale d’Héléniens est formidable, ils jouent et chantent avec coeur et passion. Le soleil est filtré par quelques gros nuages rendant une lumière de circonstance.

Vue de notre promontoire. 
Le tombeau est couvert d’immortelles, la fleur que Napoléon avait reçu et planté dans ses jardins.

Lien vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=OREFUGaN_RY&t=7s


Sur place je rencontre le vétérinaire qui est aussi le soliste de la chorale. Il me propose de passer la journée du mercredi avec lui lors de la vaccination d’un troupeau ce moutons de l’autre côté de l’île appelée Scotland. Nous sommes ravis et acceptons avec joie et impatience. Il nous explique que, faute de chiens de berger dans l’ile, tous les rabatteurs sont bienvenus !


De retour dans notre bus taxi, nous prenons à nouveau la seule route qui nous ramène au Yacht Club. C’est toujours un mystère cette route, si étroite qu’il est difficile de croiser une voiture, les virages en épingle à cheveux, de temps en temps un petit élargissement pour laisser passer ceux qui montent. Le paysage change à chaque versant de colline, ainsi que la météo.

Arrivés au Yacht Club, c’est une autre ambiance qui nous attend. Un Band de deux personnes jouent et chantent les chansons bien connues et entraînantes. Nous restons jusqu'à l’heure du dernier ferry, 18h00. Les nouveaux arrivants sont enchantés de la journée, ils vont devoir s’habituer au mouillage très rouleur depuis trois ou quatre jours. La météo de la semaine à venir s’annonce plutôt bonne.

Mardi midi, nous déjeunons à l’hôtel Consulate, ancienne maison d’une partie de la famille des Solomon (toujours eux !), avec Michel, JJ ainsi qu’Eric, un passionné de Napoléon venu prêter main forte pour augmenter la visibilité des cérémonies sur les réseaux sociaux. Nous leur avions proposé une invitation à bord. Michel semblant effrayé par cette perspective, il avait immédiatement accepté, à condition que ce fût à terre. Nous apprendrons encore plein d’histoires sur Sainte-Hélène, on y resterait bien toute l’après-midi. En discutant avec Michel, qui m’avait accompagné dans le petit coin fumeur, je lui parle des Briars, où Napoléon a vécu ses premiers deux mois dans l'île. Ce n’est plus ouvert aux visites depuis la crise du Covid, le privant de rentrée d’argent. Il l’a donc donnée en location au deputy governor. Mais il me propose une visite le jeudi, puis de déjeuner sur le pouce, chez eux, avant de prendre leur avion. Quelles bonnes et généreuses idées !

Le Consulate ... 
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Les diverses commémorations à l’honneur de Napoléon nous ont permis de rencontrer de nouvelles personnes : JJ l’époux, Joe le véto, Debbie la manager de Plantation House - qui nous propose une visite complète de la maison avec dégustation de café, … quelques obligations nous attendent et nous sommes impatients.

Premier grand événement de la semaine, le cargo ravitailleur Helena est arrivé du Cap ! Comme pour les Héléniens, c’est un moment important pour nous. Et cela signifie que nous sommes là depuis le précédent cargo, plus de trois semaines déjà ! Nous vivons pleinement au rythme de l’île.

Bonne nouvelle !!! 

Le mardi, je réserve un taxi auprès de Bryan - employé de Wayne qui possède notre minibus-taxi habituel - pour 8h30 le lendemain. Nous avons rendez-vous avec Joe le véto à 9h15 devant White Gate, l’entrée de Plantation House. Mercredi matin, nous nous levons de bonne heure. En regardant mon téléphone je me rends compte que celui-ci est en silencieux et que j’ai eu quelques appels en absence, mais d’aucun numéro connu. Je suis quand même un peu inquiète… le taxi qui annulerait ? À 7h30, Yves appelle le ferry service pour venir nous prendre à 8h00 au bateau. Malgré plusieurs appels, nous n’obtenons aucune réponse. Yves commence à voir rouge. Pendant ce temps, Joe me téléphone. C’était donc lui, les appels infructueux de la veille, depuis un autre téléphone. Il est désolé de m’annoncer que l’identification des moutons est annulée. Tout est inondé à l’autre bout de l'île, l’opération est reportée au mercredi prochain. Pas de souci, je comprends très bien ces alea. C’est à mon tour d’annuler le taxi. Et nous prendrons le ferry service de 9h00, pour une autre randonnée. A bord, nous rencontrons Bianca et Don, les équipiers de Charlotte Jane. Ils partent également en randonnée… la même que nous ! J’ai eu le temps de préparer un pique-nique, mais pas eux apparemment. Ils nous rejoindront en cours de route (rapidement, jeunesse..) après leurs petites courses.


Au programme : escalader le pic de Sugar Loaf. Il paraît que la vue de là-haut est à « couper le souffle », s’il nous en reste encore.

A gauche : Sugar Loaf, la dernière pointe. A droite, Munder's Battery vu de la crique 

Nous empruntons le petit raccourci qui part d’Anne’s Place pour nous retrouver sur le « Sisters’ Walk », beau petit sentier au-dessus des Castle Garden. Il a été creusé à flanc de colline sous le gouverneur Robert Patton, arrivé sur l'île en 1802. Il voulait que ses deux filles puissent se promener sans risques, à l’écart de la population.

Vue des Jacob's Ladder de l'autre colline et notre premier sentier menant aux Battery. 

À la suite de ce petit sentier, nous arrivons sur une piste plus vaste, toujours en montée, qui borde la baie de Jamestown, son port et la zone de mouillage. Il nous mène directement au Munden’s Battery. Enfin ! Depuis le temps que nous les observons depuis le pont de MedioVaS, ou qu’elles nous observent. Ce sont les premières fortification construites après Fort James et ce sont les dernières à avoir été armées et habitées. Ce site historique fait partie intégrante du paysage de Jamestown.

Partie basse des fortifications. 

Dans la partie basse, se trouvaient des écrans de métal coulissants qui abritaient des projecteurs de recherche, pendant la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd’hui, ces projecteurs se situent dans la partie haute.

La maison abandonnée faisant partie des fortifications fût utilisée pour loger trois princes Bahraini, prisonniers politiques de 1957 à 1961. C’est là que nous retrouvons Bianca et Don.

La fameuse maison-prison. 

Le sentier que nous devons emprunter est fermé pour cause d’éboulement, nous prenons celui un peu plus haut et plus long, qui mène également à Ruppert’s Bay.

De là-haut, nous pouvons observer les va-et-vient du chaland entre le cargo accosté et Jamestown. Pourquoi ne pas le décharger au port de Ruppert et transporter les marchandises par camion ? Tout simplement à cause de l’étroitesse des routes. Mais ce qui nous intrigue davantage, c’est pourquoi avoir construit une magnifique jetée à cet endroit et pas à Jamestown ? Peut-être pour préserver le site et les épaves. Les fonds sont hauts, il aurait fallu les creuser.

Va et vient des containers. 

C’est dans cette baie que se trouve également l’antique dessalinisateur construit par les prisonniers Boers, preuve qu’ils ont participé à l’évolution de l’île.

Baie de Ruppert, la cheminée est un reste du dessalinisateur. 

Nous traversons les divers chantiers pour user nos semelles sur la suite du sentier et marcher vers Banks Point. Après avoir traversé Banks Valley et admiré les ruines des anciennes fortifications,

nous remontons la colline suivante et longeons la falaise. Nous arrivons aux chemins de ronde, certains sont visibles mais nous ne pouvons pas y accéder. C’est toujours très impressionnant, ces constructions accrochées à des parois naturelles verticales. Nous revenons un peu sur nos pas pour accéder au sentier qui mène au Sugar Loaf.

Banks Valley 
Banks Point 

Le sentier, très étroit, surplombe la vallée. Les couleurs changent, la végétation également. Nous sommes entourés de cactus, toute la colline en est recouverte.

Le but approche .... 

Au fur et à mesure que nous avançons sous la chaleur entre les cactus, nous voyons la forme du rocher surplombant le sommet à atteindre se dessiner plus clairement, mais il nous reste encore l’ultime montée. Une petite pause boisson plus tard, nous attaquons la crête. Une vue époustouflante nous y attend (le souffle coupé, donc). Les falaises de Flagstaff plongent droit dans la mer depuis le haut plateau. Elles sont le dernier souvenir de l’un des volcans originels, le dernier pan du cratère effondré. Le reste de l’île est essentiellement constituée par ses vomissements de lave.

Flagstaff et ses sentiers . 

Nous terminons notre ascension en escaladant un chemin très escarpé. Ça y est, la main droite touche le sommet, il n’y a plus qu'à pousser sur la jambe gauche ! Waouh, c’est de toute beauté. Nos yeux parcourent tout l’horizon : nous apercevons le mouillage de Jamestown, Rupert’s Valley, Banks Valley et sa baie, Buttermilk Point, Flagstaff Bay et sa colline, Diana’s Peak, High Hill … j’escalade évidemment le rocher final. Il coiffe le sommet, lui donnant sa silhouette si particulière, vu du large.

Vu de tout en haut du rocher. 

Il est temps d’apposer le fameux tampon sur notre tout aussi fameuse exemption letter, notre « certificat de bonne santé » diraient les vétérinaires. Puis nous inscrivons le nom MedioVaS sur une petite plaque d’ardoise. Elle rejoindra, dans un trou du rocher, une petite dizaine de ses semblables, souvenirs d’autres courageux randonneurs.


On commence à en avoir des petits tampons. 

Maintenant, nous pouvons déjeuner et envisager le retour : soit revenir par le sentier de Flagstaff qui nous conduit à Deadwood, où se trouvait l’un des campements-prison des Boers ainsi que le 66e régiment chargé de la surveillance de Napoléon ; soit revenir sur nos pas. Le premier choix est évidemment très tentant mais il nous faudra grimper tout en haut de Flagstaff, redescendre dans la vallée et tenter d’y trouver un taxi. Nous risquons alors de rater le dernier ferry-service de 18h00. Notre choix s’appelle ‘‘prudence’’ et après une séance photo pour Bianca, Don et nous-mêmes, nous entamons le retour.

Toujours plus haut ! 

Comme d’habitude, le chemin à parcourir en sens inverse se fait beaucoup plus rapidement et pourtant nous avons encore quelques belles montées.

Nous arrivons bien plus tôt que prévu, parfait pour un petit saut à l’eau pour prévenir les courbatures du lendemain.


Jeudi 13 mai, nous sommes attendu par Michel, le consul honoraire, devant l’office de tourisme. Il ouvre, spécialement pour nous, les portes du Pavillon des Briars, propriété de la France, un lieu qui lui tient vraiment à coeur. C’est d’ailleurs là qu’il a acheté une vaste terre pour y construire sa maison. Il a offert la partie de terrain entourant le pavillon à la France afin qu’il n’y ait plus de servitudes pour y accéder et il a cédé les collines et la cascade en forme de coeur au Saint-Helena Nature Conservation Group, à condition d’y entretenir le sentier de randonnée et d’en préserver le site pour les seuls promeneurs.

Le pavillon appartenait aux Balcombes, une famille anglaise installée dans l'île depuis 1805. William Balcombe était un employé de la East India Company. Il a vendu la propriété en 1818, lorsqu’il quitta Saint-Hélène. La maison principale a été malheureusement complètement détruite par les termites. Le pavillon a pu être sauvé et restauré tel qu’il l’était en 1821. Michel nous raconte, toujours avec passion et une certaine tendresse, les anecdotes de l’époque. C’est dans ce pavillon que Napoléon passa ses deux premiers mois d’exil. À l’époque, il n’était composé que d’une pièce de 12 m2, entourée d’un patio, et d’une petite pièce à l’étage, que l’on atteignait par un escalier extérieur. Napoléon dormait et vivait dans dans la pièce du bas, avec vue sur mer, se remettant ainsi de la longue traversée en bateau. Il philosophait sur la condition humaine avec une partie de sa suite, comme Las Cases et son fils qui logeaient à l’étage. Le Général Gourgaud, qui ne supportait pas d’être loin de l’Empereur, eu l’autorisation de planter sa tente à l’extérieur.

De 1816 à 1821 le pavillon a été occupé par les amiraux anglais commandant la flotte de l’Atlantique sud, en principe installée à Simon’s Town, en Afrique du Sud. Ils y ajouteront une aile sur pilotis, construite par leurs charpentier de marine, et des pavillons séparés. C’est ce que l’on peut voir aujourd’hui.

La propriété est passée de main en main jusqu’en 1959, quand Mabel Brookes, arrière petite-nièce de William Balcombe la racheta pour l’offrir à la France.

Pavillon des Briars, et ancienne maison de l'esclave (Michel veut la restaurer et la faire vivre, nouveaux projet, infatigable)  

Après une heure de visite, d’histoires courtes, d’idées et de projets, Michel nous emmène dans sa maison pour un lunch avec JJ et Eric. Nous sommes très impressionnés par la maison. Elle est construite en mémoire des plans de Longwood New House, la maison préfabriquée pour Napoléon, dite la maison-parapluie par les architectes anglais et qu’il n’habitera jamais. Grosse différence, ils n’ont pas gardé les séparations en multiples petites pièces, destinées à héberger la suite. Excellente idée ! Les pièces sont donc énormes, quatre ailes décorées de tableaux en tous genres, la plupart de la main de Michel. Le patio est occupé par une grande mare couverte de nénuphars, entourée de statues africaines. Nous passons un moment formidable entre Napoléon et les anecdotes de l’île, il nous est difficile de quitter les lieux. JJ connaît tout à propos de Saint-Hélène et l’écouter est un délice. Michel nous dépose vers 16h00 au quai, nous le remercions chaleureusement et lui souhaitons un bon retour en métropole (en lui conseillant d’utiliser son passeport diplomatique, il n’était pas averti des facilités que ce dernier lui offre, en ces temps de Covid).


Vendredi, c’est la grande discussion avec les autres bateaux. Nous voulons tous randonner le lendemain, de l’autre côté de l'île , mais cela a un prix. Et ce prix monte vite quand il s’agit d’une famille de cinq. Finalement c’est Wayne, mon fournisseur de taxi-bus, qui remporte le marché. Samedi matin, presque tout le monde se retrouve dans le ferry-service de 8h00 du matin. Évidemment, tout le monde n’a pas de pique-nique, un autre doit passer par la banque… c’est à 9h00 que nous quittons Jamestown vers la chapelle qui borde la route descendant dans Sandy Bay. Le bus ne peut pas aller au-delà, il est trop long (c’est pourtant un mini-bus) pour passer les épingles à cheveux. La route longe à nouveau des paysage qui balayent toutes les nuances de vert. C’est magnifique. À 9h40, nous y sommes. Les « treize » courageux descendent, en oubliant la superstition. Nous voyons au loin Sandy Bay puis, sur la droite, les rochers de Lot’s Wife. Nous envisageons de déjeuner de l’autre côté de ces derniers : cinq kilomètres de marche, en franchissant plusieurs vallées et collines. Certains enfants commencent déjà à écarquiller les yeux, mais il faut y aller et l’aventure les saisit.

parfois c'est très vert . 
Lot's Wife au fond, et La Chapelle  point de départ  du petit groupe.

La première étape est relativement aisée, de la descente sur la route sinueuse arrivant dans la vallée fraîche et fertile : Sandy Bay.

La descente  
Sandy Bay 

C’est ici que débute vraiment la randonnée, de l’autre côté de la rivière asséchée finissant son cours dans la mer. Une petite ascension suivie d’une descente, histoire de se mettre en jambes. Nous arrivons à une bifurcation de sentiers. J’en prends un, trois enfants me suivent et Yves, qui a une carte électronique sur laquelle figure le sentier officiel, prend l’autre. J’escalade deux petites collines, longe les habitations d’oiseaux marins, les Masked Boobie, en donnant les consignes aux enfants pour ne pas se faire attaquer. Mais pas d’attaques, il n’y a pas de poussins. De l’autre côté, j’aperçois la suite du sentier, mais pas la troupe qui suit Yves. Je les entends au loin, mais pas de réponse à mes appels. J’entreprends alors de faire demi-tour. Nous prenons le chemin indiqué qui remonte le versant de la colline d’en face. Après quelques virages, j’aperçois Eric qui fait des signes. Nous les rattrapons, le groupe était resté dans le lit de la rivière à sec et a du finir par escalader ses berges pour retrouver le sentier officiel. A chacun son lot d’aventures.

Impressionant n'est-ce pas ? 

Apres une belle montée sur un sentier assez escarpé, nous surplombons une vallée lunaire. Nous sommes sur ce qu’il reste des pans du cratère de second volcan. C’est magique. Mais nous sommes encore loin notre destination. Le sentier s’effondre par endroit, il faut se tenir à des cordes tendues le long de la pente.

Et un peu d'aventure. 
Du sable au milieu de tout cela ... pourquoi pas ? 

Mais le décor est tellement prenant que personne ne se plaint. Arrivés au troisième sommet, proche des rochers de Lot’s Wife, nous commençons à marcher dans du sable. Du sable ! Du vrai sable océanique, en plein volcan. Personne n’en connaît l’origine. Et tout en bas, nous apercevons les fameuses piscines naturelles : Lot’s Wife’s Ponds ! Comme par hasard, les enfants accélèrent la cadence. Le chemin est très fragile et sablonneux. Il se termine par un petit plateau où nous trouverons la fameuse box et son tampon, et nous redevenons alors des enfants : ceux qui n’ont pas de papier se font tamponner les mollets ou les bras.

Grotte de sable pour Manon de Erias  

Il faut maintenant prendre la corde et descendre le long de la petite falaise. Les piscines se méritent ! Une fois encore, c’est tout simplement une pépite. Tout le monde enfile son maillot, et nous plongeons en enfilades. Gare aux oursins.

Les piscines !!! 
Plouf !! 

Une fois bien rafraîchi, tout le monde s’installe pour pique-niquer. Pour certains, parmi les plus jeunes, la baignade est plus intéressante que le déjeuner… mais nous devons penser au retour après cette pause au paradis. Notre taxi-bus nous attend à la chapelle à 16h30 et la route est longue. Vers 13h30, j’entame l’escalade par la corde pour donner le signal. Chacun à son rythme, le groupe prend la route en sens inverse.

Pas facile de faire une description , c'est tout simplement féérique.  

Comme d’habitude, elle se fait plus rapidement, mais tout le monde craint le dernier tronçon, la route sinueuse qui grimpe fort, de Sandy Bay jusqu'à la chapelle. La montée est sévère. J’arrive au point de rendez-vous à 15h00 avec Bianca et Eva (fille du bateau Erias). Les derniers arrivent à 16h20, la famille du bateau Leo D’Or. Une vieille dame nous propose de nous ravitailler en eau à son tuyau d’arrosage, ce n’est pas de refus ! Nous partageons tous nos restes de biscuits, fruits…

Le taxi-bus arrive pile à l’heure. Je lui demande de s'arrêter à une boutique de fruits et légumes que nous avions repérée à l’aller. La vendeuse est ravie de nous voir, nous la dévalisons en doublant son chiffre de la semaine !

 Une bonne nuit de repos nous attend.
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La météo est bonne, et quelques jours de repos sont bien utiles après notre dernière longue randonnée. Nous affalons le génois pour refaire quelques coutures et coller-coudre quelques patchs sur la bande anti-UV. Oui, oui, MedioVaS, malgré sa jeunesse (5 ans le 6 juin) , commence aussi à prendre des allures de vieux baroudeur.

J’organise un dîner à bord avec Eric de Nathalie d’Erias, ils envisagent de partir bientôt.

Cette fois-ci, tout est confirmé, la sortie véto aura bien lieu. Le taxi est réservé, et le ferry-service est bien présent le mercredi matin à 8h du matin. Yves décide finalement de rester à bord. J’arrive bien en avance à White Gate et j’attends Joe le véto dans un abri de bus de la taille des mini-bus, face à Plantation House. Je suis piquée par une pointe de nostalgie face à la cabine téléphonique. On en trouve partout sur l'île et elles fonctionnent, souvenirs d’un autre temps.

À 9h25, Joe arrive dans un vieux Land Roover immatriculé SHG…, plaque gouvernementale donc. J’embarque et nous partons sur les petites routes de campagne en montagne. Il fait une première halte chez un éleveur de bovins, une vache ayant une tumeur à la base de la queue. Je suis émerveillée par le bon état général de la douzaine de bovins qui pâturent paisiblement. L’herbe y est grasse mais les vaches doivent presque avoir leur diplôme d’escalade tant les pentes sont raides !

Installation rudimentaire mais très efficace. 

Nous remontons en voiture, je reconnais les lieux, nous passons au-dessus de Sandy Bay et de Lot’s Wife. La route se transforme en un chemin très scabreux. Je suis toujours autant fascinée par la beauté des paysages et leur diversité.

Nous parlons « bétail » et « vétérinaire » bien évidemment. J’apprends ainsi que l'île compte près de 900 bovins et autant de moutons en pâture, élevage extensif. Les chèvres n’ont plus droit à leur liberté, un décret gouvernemental les obligent au confinement à cause du rôle dévastateur sur la flore. Les porcins sont également élevés en intensif, comme partout ! Du côté de l’aéroport se trouve un abattoir qui travaille cinq jours sur sept, je suis très surprise. Je lui explique qu'à Mayotte il était impossible d’avoir un abattoir, et là, c’est lui qui est très surpris. La moyenne d’âge du cheptel bovin et ovin est assez élevée, autour des sept-dix ans. Les éleveurs sont attachés à leurs animaux et ils ont du mal à les faire abattre, ainsi ce sont les veaux et les agneaux qui y passent !

Joe m’a expliqué que l’on allait identifier les agneaux d’un groupe de huit éleveurs formant un syndicat. C’est l’Évènement de l’année. Je me sens très privilégiée de pouvoir partager ce moment. Les moutons vivent ensemble, ils tournent sur les pâturages des différents propriétaires . Chacun reconnaît son animal à la couleur la boucle d’identification et des marques faites aux oreilles de l’animal.

Nous y sommes bientôt. 

La route est très inconfortable, une vraie aventure d’accéder au point de rendez-vous. J’ouvre une barrière et le chemin ne devient pas meilleur. Le petit Land Roover se moque de tout et en ‘rapports lents’, il nous hisse entre ravin et falaise, entre rochers et trous, en haut de la colline. Je ne trouve pas les mots pour décrire ce qui m’attend tant c’est féerique. Ces brebis ne sont pas malheureuses !

Vue sur mer. 

Plusieurs gros 4X4 sont garés dans la pente d’une petite pâture bien verte. Un grand enclos divisé en trois petites parcelles accueillent les brebis séparées de leur progéniture. Je passe par dessus la clôture avec Joe, et il me présente à la dizaine de personnes présentes. Il faut parler fort tant les brebis et agneaux bêlent, la séparation devient longue. Je suis accueillie avec la gentillesse habituelle des Héléniens et toujours un grain d’humour.

Les règles du jeu sont très simples : il faut attraper trois-quatre mères et les mettre dans le lot des agneaux. Et ça bêle encore plus fort, la mère cherche son ou ses petits. Dès qu’un agneau tête, il faut crier « Lamb sucking », et la partie sportive commence. Il faut attraper l’agneau et la mère. Maintenant que l’on sait à qui appartient ce petit, il peut être identifié par les assistants vétos présents, mais c’est Garry, le pro de l’Opine, qui s’occupe de faire les marques aux oreilles. Ils en profitent pour couper les queues également ou mettre un élastique qui tombera avec la queue. Chaque éleveur a sa marque, et Garry les connaît par coeur. En cas de doute, ces marques sont notées, et approuvées par le Ministère de l’Agriculture de St-Hélène, dans un folio.

Un fois mère et petit réunis et identifiés, ils sont placés dans le troisième enclos.

Gagné ! 
Joe le véto  
Garry et son Opinel. En cas d'oubli ... Fleur de Lys marquée à l'oreille. 

Cette activité sportive durera jusqu'à 15h. Heureusement j’ai pris un petit coupe-faim avec moi. Deux choses vont ralentir la cadence. La première, l’enclos dans lequel se trouvent les agneaux est recouvert d’une bonne herbe haute et grasse, ce qui intéresse davantage les mères que de chercher leur petit. La deuxième, une brebis porte souvent deux agneaux et il est rare que les deux viennent téter en même temps. C’est ainsi que l’on se retrouve avec des agneaux sans mère qui seront marqués à la bombe fluo et placés au milieu du troupeau déjà réuni. Au milieu de tout ce brouhahas, certains finissent par la trouver et le jeu recommence.

Au loin, ce qu'il reste de la belle pâture.  

Joe propose de m’emmener visiter le bout de l’exploitation, c’est à dire là où la pâture se termine par une falaise pour plonger dans la mer. Il m’explique que ces derniers temps, tous les trois ans, ils subissent des sécheresses très importantes. Les vents soufflant fort, la colline est complètement mise a nue et plus rien n’y pousse. Les animaux en ont fortement souffert. Il a ainsi conseillé aux éleveurs de laisser une année sans reproduction, ce qu’ils ont fait. Cela a payé, les brebis, bien reposées et en meilleur état, ont bien reproduit cette année, avec beaucoup de naissances gémellaires.

Le lieux est superbe, je trouve même une petite box avec le fameux tampon : South West Point. Il y a moyen d’accéder ici par un chemin de randonnée, comme on en trouve beaucoup sur l’île.

Il est temps de rentrer en passant par sa clinique, enfin la clinique du gouvernement. Il est un peu gêné de la taille, pas très grande. Je la trouve très bien et parfaitement équipée. Son assistante me dépose à bord d’un autre Land Roover, toujours SHG…, au port pour le ferry-service.


Nous sommes bientôt à une semaine de notre rappel de vaccin. Il est temps de commencer l’approvisionnement de MedioVaS. Les magasins se vident rapidement, et l’on risque de se retrouver sans rien. Je passe par la boucherie, la vraie, que je trouve enfin cachée dans un petit coin du Market et lui passe une grande commande de viande sous diverses formes pour qu’elle me les congèle à l’avance. Fruits et légumes, c’est toujours au petit bonheur la chance. Et pour les oeufs !!! On verra.


Le voilier Leo D’Or par dans la soirée, Erias décide de rester pour la Saint-Helena Day qui a lieu samedi. Le vendredi soir nous dînons à leur bord.


Vendredi 21 mai, nous hissons le grand pavois. C’est grand jour pour Saint-Hélène. Le 21 mai 1502, João de Nova découvrait l’île ! Une grande fête est au programme et le point d’honneur est mis sur la « diversité des habitants » de l'île, le gouverneur y tient.

Article du journal 

Le parking entre le Castle et l’église Saint James est envahi de petits stands. Souvenirs et barba-à-papa, loteries, jeux pour enfants, tout y est. L’ouverture débute à 10h50 par le défilé puis une messe en extérieur avec les prêtres des différentes obédiences, le gouverneur, miss Saint-Hélène …

Défilé en fanfare. 
Tout le monde défile. 
la fleur de lys sera partout présente. 


Messe et prière avec sa propre fanfare.  
Tout le monde écoute et chante, certains mieux que d'autres.
Instruments au repos. 

La messe dite et les prières envoyées, tout le monde s’affaire autour des stands et des diverses buvettes. Les enfants d’Erias ont pu obtenir un petit stand pour vendre les macramés faits en navigation. Elles obtiendront quelques St Helena Pounds en milieu d’après-midi qu’elles dépenseront au stand « gaufres nappées au chocolat belge » ! Elles ont du goût.

Les flaneurs, les heureuses, les bosseurs ...
Notre vendeur de glace préféré, celui qui déjà nous en vendait une lors de notre retour à pied de Lomgwood. 
La buvette rasta où nous "dégustons" un Fish-burger-frites 
Diversité culturelle. 
La musique en live se poursuit toute l'après-midi.  

Le journée se termine par la grande parade, The float parade. Les différents pays ayant participé à la découverte et l’évolution de l'île sont mis en avant ainsi que diversité culturelle, pour le grand bonheur du gouverneur.

La parade débute! 
Belle présence de la France. 
Les chinois, ils sont partout ! 
Madagascar, les esclaves ... 
Le bateau, rats et nourriture. Et les danses .
Et évidemment une. marmite pleine d'humour ! 

Le ferry-service nous a proposé un retour tardif si nous désirons participer au bal. Nous préférons être à bord pour la touche finale, le feux d’artifice tiré du haut de Jacob’s Ladder. Nous craignons un peu pour le bateau, le mouillage se trouve juste en dessous. Nous ne voulons pas terminer cette belle journée sur un mauvaise note.

À 19h, nous entendons les premiers tirs. Le vent a tourné, nous serons à l’abri des risques éventuels et pouvons admirer ce petit feu d'artifices sans craintes.


A défaut de carnaval, nous aurons participé au Saint-Helena’s Day !!

30

Samedi … un petit soucis prive Erias et son équipage d'un départ matinal, Eric a oublié de remplir sa déclaration d'impôts ! Quand il revient, après avoir accompli cette tâche déplaisante mais obligatoire pour nous tous, la météo ne les encourage pas au départ. Finalement, nous les saluerons en soirée d'un coup de klaxon. Bonne traversée, Erias !

Nous occupons la dernière semaine entre courses et vérifications de MedioVaS. Il y a toujours une goupille prête à tomber ou un boulon prêt à se dévisser.

J'ai retiré le faux-plafond au dessus du lavabo. En navigation, par mauvais temps ou lorsqu'il pleut beaucoup, un petit filet d'eau ruisselle sur le miroir. Il n'y a plus qu'à arroser du côté de l'avale-tout bâbord (charriot d'écoute du génois) et vérifier quel est le boulon responsable. Le coupable est découvert et je le bourre de silicone. Yves côté écrou et moi côté boulon, nous le remettons en place. Il n'y a plus qu'à espérer qu'il n'y ait pas d'erreur.

Côté goupille, c'est celle de l'enrouleur de grand-voile qui a voulu nous jouer un mauvais tour. Elle est délicate à changer car il n'y a qu'un tout petit passage pour les doigts, une gouttière dans le mat, pour y accéder. Mais nous y arrivons, Yves me pique une broche pour chien en Inox pour faire une goupille résistante… et acceptant de se glisser dans le trou. Il lui aura fallu quelques efforts pour la tordre après l'avoir insérée.

Profitant d'un jour à peu près calme, Yves me hisse au mât. Le feu de mouillage, parfois capricieux, est apparemment mort et notre antenne VHF montre un peu de jeu. Bien équipée, j'arrive tout en haut et me mets en position d'équilibre. Je dois avouer que bosser en tête de mat est le moins confortable possible. Il n'y a rien dans quoi je peux caler un pied ou une jambe. Je ne peux qu'enrouler mes jambes autour du mât et espérer qu'il n'y ait pas trop de roulis. Je commence par l'antenne. Avec le jeu qu'il y a, je me dis que l'affaire sera vite réglée. Après avoir bataillé pendant un quart d'heure, le boulon de serrage ne veut pas bouger. Je lui avais mis de la colle l'année précédente, il tient bien, trop bien. Je ne peux rien faire. J'attaque le feu de mouillage. Par le long bout qu'Yves a fixé à la chaise de mat, je hisse le seau pour y récupérer les bons tournevis. Démontage, grosse surprise : pas d'ampoule visible, tout est inclus dans un boitier hermétique. Je débranche les câbles électriques et le renvoie dans le petit seau volant au vent (donc menaçant de se renverser à tout instant) vers Yves pour qu'il l'examine. Alors qu'il est examiné et testé dans toutes les coutures dans le carré, ben… je reste suspendue au mât et commence à trouver le temps long, ma jambe gauche est du même avis. J'essaye de me hisser un peu plus haut pour bien voir la tête du mat, la partie plate qui supporte également notre anémomètre. Pas de mauvaise surprise.

Petit feu de mouillage remonte dans son seau, il est déclaré électriquement en pleine forme… je le rebranche… et toujours rien. Pourtant son ampoule fonctionne, Yves a pu l'allumer en le branchant directement. Problème de câble, peut -être. Nous avions déjà inspecté la partie visible du câble visible dans le carré, dans le haut de l'épontille. Je redescends bredouille et toute courbaturée, mais une inspection du mât n'est jamais perdue.

Vendredi, réveil tôt, c'est le grand jour. La vaccination nous attend, deuxième injection ! Nous traversons tout Jamestown, une longue route en montée raide, évidemment. À peine arrivés et déjà servis, le temps de dire bonjour, je suis déjà assise devant la petite aiguille. Nous ne sommes vraiment pas nombreux, presque toute la population est déjà vaccinée, nous faisons partie des retardataires qui épuisent les stocks. Comme ils ont privilégié les résidents lors de la campagne de vaccination mise en place deux mois plus tôt (nous avions un peu triché pour le premier), maintenant ils ont des vaccins en trop. C'est ainsi que les équipages des nouveaux bateaux arrivant en escale pourront recevoir la précieuse dose.

Nous nous en tirons plutôt bien, Yves un léger mal de tête et moi quelques courbatures mais je soupçonne davantage la montée au mat d'en être responsable.

L'inventaire alimentaire du bateau est établi, les soutes sont bien remplies, mais toujours impossible d'avoir des oeufs ! Pas faute de chercher, je fais le tour des magasins tous les matins, vers 9h et encore vers 11h. C'est une corvée. Heureusement , je trouve plusieurs produits en poudre qui n'en nécessitent pas, comme des pancakes ou de la pâte à pizza, qui ne demandent que de l'eau. Nous verrons bien ce que cela vaut.

Lundi 31 mai, retour à l'hôpital pour le test Covid. Oui, c'est une aberration, un test est exigé à Grenade, 72h avant le départ. Nous allons passer plus de trente jours en mer… Un nouveau test est imposé à l'arrivée. Ainsi soit-il ! Cela dit, c'est toujours plus rassurant de partir en connaissant son statut. Surprise, en patientant pour le test, je vois une infirmière arriver avec une boîte d'oeufs qu'elle donne à la secrétaire de l'accueil. Oui, je sais, les oeufs deviennent une obsession, je les guette partout. Je lui demande où elle les a eus. Après plusieurs coups de fil qu'elle passe pour m'en trouver, rien, nada, niente, pas d'oeufs. Elle a du voir mon regard désespéré, elle me tend sa boîte de six gros oeufs tous frais. J'ai l'impression d'avoir de l'or en main.


Au retour, petit arrêt Internet chez Anne. Après quelques mails et un Coca, Jane, la tenancière, vient me déposer deux boîtes d'oeufs sur la table. Oh miracle ! Je l'avais mise en alerte la semaine précédente , sachant que les locaux pouvaient s'en procurer plus facilement. Mais je ne m'attendais pas à cela, elle aussi en a besoin pour son restaurant… même si nous sommes un peu les seuls clients !

La journée a été productive en oeufs.

En attendant les résultats de notre test, nous nous occupons de MiniVaS pour qu'il retrouve sa place de passager sur le pont avant. Il est tout content. Nous progressons dans notre manoeuvre de mise à bord, elle ne nous prend presque pas de temps, mais nous réinventons quand même l'arrimage à chaque fois. Cela doit s'appeler progresser, non ?


Encore un grand jour, nous grimpons la pente de nouveau pour aller faire décorer nos tampons d'une jolie "tortue sur le départ". Je laisse paresseusement Yves aller tenter sa chance à l'hôpital, 100m plus haut (dans deux les dimensions), pendant que je redescends chasser les oeufs en ville.

Il ne reste plus que quelques bidons de carburant à compléter, quelques poussières à retirer de la coque et une longue nuit avant de partir rouler pour un bon mois.


Saint-Hélène n'était pas une escale prévue, fermée au moment de quitter la Namibie.

Mme Bertrand, faisant partie de la suite de Napoléon lors de son exil, à bord du Northumerland et découvrant les abords de l'île s'est exclamée : " Le diable aurait pu chier cette île en volant ".

Contrairement à elle, nous avons eu la chance que l'île de pouvoir y faire escale. Un lieu mystérieux, un grand "village", des gens accueillants, Napoléon bien évidemment, cette escale inattendue a été un vrai régal et un "cailloux" très surprenant . Nos pieds et jambes s'en souviendront également !


C'est bien par là que nous allons ! 

Demain matin nous partons vers Grenada, plus de 4000 miles nous attendent ... A bientôt !

31

Nous quittons Jamestown le 2 juin à 16h45. MedioVaS adopte directement une configuration d’oiseau avec les voiles en ciseaux, génois tangonné, maintenant qu'il est réparé .

C'est parti ! 

Un vent instable, en force et en direction, nous oblige à empaner rapidement et à prendre et larguer des ris les trois premières nuits. MedioVaS se dandine dans une forte houle croisée , et malgré tous ses efforts, cela reste assez inconfortable surtout lorsque le vent est faible. Les nuits nous sortons nos habits de quart pour nous protéger de la pluie sous les grains qui ont comme seul intérêt de nous amener du vent, jusqu’à 30 noeuds parfois. Nous avons ainsi des nuits plutôt sportives, idéal pour prendre le rythme de la traversée et les quarts, toujours 3h/3h.

Souvenir de traversée en Manche, avec quelques degrés en plus. 

Les journées n’étant pas très ensoleillées et notre hydrogenerateur toujours en panne, nous sommes déjà dans l’obligation de charger les batteries au moteur. Attention à la consommation de gasoil.

Le 6 juin, nous fêtons les 5 bougies de MedioVaS avec une bonne pizza-bateau. Ben oui, je remets les mains dans la farine. Cela faisait longtemps !

Un peu de farine et voilà , un miracle !

Et avec son anniversaire, le soleil et le vent sont au rendez-vous . La température extérieure de nuit commence à devenir plus chaude, presque trop ! Nous naviguons vent arrière, dans 15/25 noeuds, l'alizé du sud. Plus de grains, on ne s’en plaint pas.

La vie à bord est calme, repos, beaucoup de lecture, un peu de couture (je prépare le nouveau pavillon). Je me suis remise au tricot, oui oui, c’est bien un pull pour les chaleurs tropicales !

Art (?) et jeux. 
Lecture et promenade. 

Et la confection de bon petits plats, le congélateur est plein de bonnes victuailles. MedioVaS se donne des allures de bon restaurant flottant : carry de saucisses, curry de porc, chili con carne, gâteaux au chocolat, dame blanches entièrement confectionne a bord, pêche melba, salades en tous genres …. Nous nous régalons.

Desserts et pains pour les gourmands. 

Popov s’occupe à merveille de la barre, nous veillons la mer et les voiles, ris ou pas ris...

Nous profitons des couleurs . 

Toujours pas de cargo en vue ! Nous sommes seuls au milieu de cet océan aux reflets saphir depuis douze jours.

Le petit croissant de lune apparaissant vers 3h du matin va grossissant et commence à éclairer mes quarts de nuit, volant la vedette aux étoiles et nous permettant de mieux veiller aux éventuels grains . Nous avons également de la compagnie, dès que le soleil se couche, quelques oiseaux viennent se poser sur la bôme ou le Bimini. Nous ne les voyons pas de la journée, mais toutes les nuits, ils nous retrouvent. Nous aurons ces invités pendant une bonne semaine, veulent-ils aller au Brésil ?

Salut les amis ! 

Avançant vers l’ouest, le nord-ouest plus exactement, nous naviguons avec le soleil, nos journées prennent ainsi une drôle de tournure. Je m’explique, nous étions restés à bord en heure Bravo, celle de la France et de la Belgique (UTC+2). Au fur et à mesure de notre progression, nous nous écartons de l'heure UTC. Ainsi mon premier quart du matin prend des allures de quart de nuit. Je n’assiste plus au lever du soleil ... Nous devons alors décaler nos repas, le dîner prenant un goût de goûter. Au fur et à mesure que nous avançons, le coucher de soleil s'invite à l'heure de mon quart. Notre Scrabble quotidien passe du quart de 18h à celui de 21h.

Ainsi, tous les 15 degrés de longitude nous gagnons une heure, mais il n’est pas question de changer notre heure de bord, pas encore.

La voile du temps ... 

Durant les quinze premiers jours, nous voyons les miles défiler, enchaînant les changements de voiles, spi, gennaker, voiles en ciseaux, un peu de bon plein, tout y passe. Le soleil étant de la partie, presque plus besoin de moteur pour charger nos batteries. Je dis bien presque, navigant dans le sens du soleil, ce dernier se trouve rapidement caché par nos voiles d’avant, dans l’après-midi.

Nous approchons doucement l'île de Fernando de Noronha vers le 12 juin, toujours accompagnés de nos amis les oiseaux. Il paraît que l'île est un bijou. Beaucoup de nos amis s'y sont arrêtés pour faire un ravitaillement et une bonne nuit de repos. Mais nous préférons continuer et laisser cette petite merveille à deux cent milles de notre route. Nous avons pris un bon rythme de quart, il ne faut pas l'interrompre. D'autant plus que nous ne pouvons nous y arrêter que 24h et une seule personne peut descendre à terre. Et ce petit morceau de terre est brésilien, le Brésil a très mauvaise réputation sur un passeport !

Soleil versus lune.  
Le premier cargo que l'on croise ... 

Nous commençons à envisager notre passage de l’équateur, le pot au noir, la zone de convergence inter-tropicale, la fameuse ZCIT. C’est là que se rencontrent les influences des alisés de nord et de sud. C’est là que l’on devrait observer l’eau tourner dans l’autre sens en vidant son évier ! Bref, le temps ne sait jamais trop quoi faire, il s’agace et tourne au grain. La zone a donc mauvaise réputation, pétole et gros orages.

Le moteur ronronne. 
Et des grains font taire le moteur. 

Les gribs météo sont sensés nous aider dans notre stratégie de passage. Nous cherchons la bande de calmes la plus étroite, afin d’utiliser le moins possible le moteur. Nous décidons le 13 juin de faire une route nord, droit dans la ZCIT, là où elle semble la plus étroite et la moins déventée. Après trois jours de navigation sous gennaker, le spinnaker prend le relais pendant cinq jours et cinq nuits. Nous ne rencontrons pas de grains, plutôt une brise de 8 à 15 noeuds. Nous commençons à croiser des cargos, enfin ! Mais évidemment, ils sont souvent juste sur notre route, comme si l'océan n'était pas assez grand. Cela dit, ils sont toujours courtois et passent derrière nous.

La Ligne !!!!  Merci Neptune .

Nous touchons ainsi la Ligne, l'Equateur, le 17 juin à 9h15 (Bravo). Nous régalons Neptune d'un bon champagne et nous aussi ! J'ai reçu une convocation des assesseurs du Tribunal de la Ligne … il s'agit de mon premier passage. En fait, pas vraiment, j'ai traversé la Ligne à bord du cargo FabiolaVille en quittant Kinshasa en 1973, je devais avoir 3 ou 4 ans, donc aucun souvenir et pas de certification !

Ça doit être pour moi. 

Je me présente, un peu timide, devant l'assesseur. L'homme vêtu d'une 'cape' ressemblait fortement à Yves. Il tenait à la main une épée qui m'a fait penser à notre 'stick anti-sargasses'. Bizarre bizarre tout cela. Il me pose plusieurs questions, puis m'arrose d'eau qui goûtait vraiment l'eau de mer et d'une poudre que je soupçonnais être de la farine. A moitié noyée, je sens 'l'épée' toucher mes épaules et les mots "Chevalier des Mers". Quoi , quoi, quoi … c'est pour moi ce nouveau titre ! Trempée, enfarinée, mais fière.

Trop fière ! 

La lune est pleine, et nous offre de magnifiques clairs de lune pour la navigation de nuit. Petite brise par vent arrière, le courant équatorial nous pousse, nous avançons "piano piano mais sano, sano sano e longano". C'est splendide. Ce qui l'est moins, c'est que nous commençons à rencontrer des sargasses. Ces sargasses méritent quelques explications tant le phénomène est important et intéressant.

Pétole, mer d'huile et un champ de sargasses. 

La mer des Sargasses , c'est ainsi qu'on l'appelle. C'est une zone de l'océan Atlantique nord, bordée par le Golf Stream à l'ouest et au nord-ouest, par la dérive nord Atlantique au nord, par le courant des Canaries à l'est et par le courant équatorial au sud, celui dans lequel nous naviguons. C'est la seule mer qui n'a pas de côtes. Elle a une longueur de 3200 km et une largeur de 1100 km. Le nom sargasse provient de l'espagnol sargazo qui signifie varech.

Et ça tourne et ça tourne ... 

Cette zone aurait été découverte par Christophe Colomb, pour lui elle était signe de proximité d'un continent. Ou par le portugais Diogo de Teive qui la décrit en 1452 sous le nom de mer de Baga. La mer des Sargasses a la particularité d'être une zone de calme, sans vent ni vague. Cela est bien embêtant pour nous ! Nous avons un moteur fort heureusement, mais il faut s'imaginer les bateaux de l'époque qui se trouvaient coincés dans cette énorme étendue ! Le calvaire… Cette mer est le résultat de la force de Coriolis qui crée de grandes formes tourbillonnaires : vortex de vents, des vagues et de courants. Dans l'Atlantique Nord, cette force "enroule" le bras sud du Golf Stream. Vers le quarante-quatrième degré de latitude nord, ce courant chaud se divise en deux bras. Le principal bras porte vers les côtes d'Irlande et de Norvège. Le second bras fléchit vers le sud à hauteur des Açores et, heurtant les côtes de l'Afrique, il revient vers les Antilles en décrivant un bel ovale. Les eaux du courant mettent ainsi trois ans à faire le tour complet. Cette mer est considérée comme sans vie, très salée et, sous la surface des varech, le milieu est pauvre. Certains lui donnent le nom de 'jungle flottante' ou de 'désert flottant'. Mais elle joue un rôle important dans le migration et la reproduction de l'anguille européenne et américaine ! Les larves des deux espèces y croissent pour se diriger ensuite chacune vers leur côtes respectives. Une vingtaines d'années plus tard elles essayent d'y retourner pour pondre leurs oeufs. Elle est belle la nature, n'est-ce pas ?

Donc cette mer de Sargasses est connue depuis très longtemps. Mais, évidemment, nous assistons à sa prolifération et ce phénomène reste encore sans réponses ou, plutôt, avec plusieurs réponses. La sargasse se reproduit par fragmentation végétative, c'est à dire qu'à chaque fois qu'un petit morceau est coupé, il donne naissance à un nouvel individu. Mama mía, le nombre de nouveaux petiots qui poussent à cause de nous … Depuis 2011, on assiste à d'énormes échouages de sargasses sur l'arc antillais, une vraie invasion des belles plages. Et lorsqu'elles arrivent sur les côtes, elles pourrissent et consomment l'oxygène des colonnes d'eau, mettant en péril les organismes qui y vivent, surtout les sédentaires, comme les coquillages. Sur les plages, elles dégagent également de l'hydrogène sulfuré, gaz toxique pour l'homme. Et cela donne une mauvaise odeur pour les touristes.

Et faut nettoyer le safran de Popof qui ne contrôle plus rien . 

Nous retrouvons ces étendues de sargasses plus au sud certainement à cause d'un changement de température des eaux et donc des courants. Une des raisons évoquées, mais non prouvée, est l'augmentation de la charge en nutriments du bassin de l'Amazone. Oh, nous y trempons notre quille justement ! Cela serait dû à l'augmentation de l'activité agricole et à la déforestation.

N'ayant pas les réponses exactes au développement de ce phénomène, il est encore impossible de lutter vraiment contre. Les sargasses sont suivies par satellites et par des capteurs. C'est ainsi que notre ami Robin, depuis Grenada, nous a envoyé un petit mail nous annonçant que, d’après notre position, nous allons en rencontrer encore et encore davantage. Thanks Robin !

Une chose est certaine, il ne faut pas se débarrasser des sargasses, elles forment un éco-système important. Mais il faut contrôler leur expansion, le danger apparaît lorsqu'elles s'échouent.

En ce qui concerne notre navigation, c'est vraiment pénible. Nous les retrouverons jusqu'à notre arrivée, en intensité variable, allant de longues bandes suivant les veines de courant jusqu'à de vastes étendues dans les zones sans vent (ni vague).


Le 18 juin, nous fêtons la fin de la trans-Atlantique. Nous y sommes encore, certes, mais sans COVID nous aurions pu faire l'escale classique d'une traversée . Nous laissons toutes ces belles escales derrière nous.

Dans nos activités, il y a aussi le plein d'eau ... une fois par semaine c'est notre Rainman, le dessalinisateur qui travaille. Parfois nous en profitons pour un petit plongeon, et un grattage de coque.

Baignade , grattage et pompage . 600 litres d'eau seront pompés. 

Nous sortons de cette zone de grands calmes et grains sans trop de difficulté, un peu de moteur et pas mal de voile, pendant cinq jours.

Non Yves, c'est le moteur qui a soif !  

Mais notre grand voile n'aime pas le calme, elle bat. Et à force de battre, la bordure s'est complètement déchirée juste au-dessus de la belle couture que j'avais faite à Saint-Hélène ! Une solution, la couper et consolider le bas par des bandes de tissu à voile collant. C'est ainsi que notre bordure devient blanche et rouge.

La grand voile veut faire comme le gennaker, qui lui a perdu son rouge vif ! 

Nous sommes au large du nord du Brésil lorsque nous recevons un message de Robin, toujours lui. Faut dire qu'il est notre contact à terre en cas de problèmes ou tout autre besoin. Il reçoit régulièrement notre position et peut ainsi nous informer d'éventuels dangers. Il nous annonce une dépression tropicale arrivant par le nord-est et passant pas loin de notre route. Aussitôt nous téléchargeons un GRIB météo plus étendu, toujours par satellite. En effet, c'est une belle grosse dépression qui vient nous caresser le nord. Nous ne faisons pas le poids, nous lui céderons le passage en nous dérobant vers la Guyane Française, cap au sud-ouest. Et Yves prendra des GRIBS toutes les six heures pour voir l'évolution de sa trajectoire qui semble rester très stable, fort heureusement. Lorsque que la dépression se trouve au nord de notre route, nous sommes bien dégagés, à 150 miles au sud d’elle et autant au nord de la Guyane Française. Nous rencontrons un vent d'ouest et sud-ouest de 15 à 20 noeuds.

Le petit point bleu, c'est nous ! 

Cela faisait longtemps que nous ne faisions plus du près. Ça fait du bien, il fait plus frais. En revanche, la pluie qui nous accompagne ne nous manquait pas !

Ravis d'être au près du vent , et travers à la grosse houle de la dépression. MedioVaS fait le fier en glissant par dessus. 

Tout en suivant la progression d'Elsa (son petit nom), nous commençons à prendre un cap un peu plus nord pour rejoindre notre route. La nuit, le ciel est complètement électrique. Nous voyons les énormes éclairs de la dépression à l'horizon. Et le ciel au dessus de nous décide d'en faire autant. De gros nuages chargés en électricité qui se déchargent sous forme d'impressionnants éclairs croisent notre route, le temps de quelques secondes on se croirait en plein jour. Le spectacle est beau mais un peu angoissant.

Gros grain au radar qui va nous dévorer. Yves l'a appelé "Le Scorpion".  Nous sommes dans le calme entre ses deux pattes. 

Avec le lever du jour, tout le monde se calme, les nuages forment un cercle autour d'un ciel bleu… je me demande si nous ne nous trouvons pas dans l'oeil du cyclone !

Mais non, il est déjà devant nous, le vent tourne sud puis est, nous pouvons reprendre nos allures tranquilles et saluons la Guyane Française avant de lui tourner le dos. C'est à ce moment que nous faisons la connaissance du contre-courant de la Guyane (elle nous en veut ?). Un noeud et demi en plein dans le nez. Entre courant et contre-courant, nous les aurons tous visités . Nous sommes obligés de faire tourner notre gros diesel, il ne faut pas oublier que nous avons également nos amies les sargasses qui nous ralentissent. Le 1er juillet, nous atteignons le neuvième degré de latitude nord, et nous touchons les alizés de l'hémisphère nord. Oh, cela fait du bien, du vent du nord-est soufflant entre 15 et 20 noeuds, par l'arrière du travers. Le gennaker s'en donne à coeur joie et nous filons.

Le 4 juillet, nous changeons l'heure à bord (Z-4) , et prenons le rythme des quarts aux horaires des Caraïbes. Mon quart de 9h du matin devient celui de 3h du matin, ainsi je fais deux fois le même quart, ahah ! Magique . Et comme pour fêter cela, le 5 juillet, lors de mon quart de 9h, à 09h15 exactement, après 32 jours de mer, TERRE TERRE … le relief de Tobago se dessine à l'horizon. Évidemment, je réveille Yves, le moment est important. Nous retrouvons également le courant équatorial. Nous sommes poussés vers Grenade.

TERRE TERRE ... et cargos aussi ! 

Comme d'habitude, nous arrivons de nuit à notre destination finale. Cette fois-ci c'est moi qui tourne en rond au large de Saint Georges en attendant que le jour se lève. Un petit bout de grand voile et pas davantage de génois pour avancer lentement, très lentement, mais c'est toujours trop rapide sous les grains du petit matin. A 05h40, je pointe vers le mouillage et je réveille Yves. Nous allons arriver ! Nos pavillons sont à poste : courtoisie et quarantaine.

Quel accueil ... 

Le ciel est noir sur l'île, très menaçant. Quel accueil ! Allons-nous devoir manoeuvrer dans le mouillage, autour des bouées de quarantaine sous la pluie et le vent ? A 06h00, MedioVaS se repose auprès de sa bouée. Popov dort d'un profond sommeil après avoir barré pendant 34 jours. Et MiniVaS se fait une joie de tremper sa coque dans les eaux couleur émeraude des Caraïbes . La pluie nous aura épargné pendant les manoeuvres.

Contact Radio, nous sommes attendu à 10h à terre pour faire notre test Covid.


Il y en a un qui se repose déjà! 

Nous serons libérés du maillage de quarantaine en 24h. Yves profite de son test Covid fait pour sauter dans un avion et retrouver ses enfants qu'il n'a pas vu depuis trop longtemps. Avant de partir, nous déplaçons MedioVaS dans la baie de Woburn, au mouillage à côté de Robin que nous n'avions pas vu depuis l'Afrique du Sud. Il nous accueille avec ses fameux gâteaux au cinnamon , un régal.

Je vais un peu me reposer, et attaquer l'entretien, le nettoyage, quelques réparations et commandes de voiles. Enfin, bichonner un peu MedioVaS et veiller aux ouragans !! Yves est parti avec la génératrice de l'hydrogenerateur qui nécessite aussi une intervention.

Cette traversée de l'océan Atlantique était un rêve. Nous l'avons effectuée par le sud et nous avons du prolonger au-delà du Brésil. Trente-quatre jours en tout. Je pensais que cela allait être long, très long, et en fait, j'aurai pu continuer. Merci à Yves qui était le skipper durant la traversée et aussi mon mari , merci à MedioVaS qui n'arrête pas de nous surprendre, merci à Popof qui nous offre le repos en barrant.

A bientôt pour la découverte de Grenada, île refuge des bateaux en saison cyclonique. Les baies sont bondées de voiliers vides, les propriétaires rentrant chez eux jusqu'en décembre.

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L'ancre de MedioVaS repose dans un fond vaseux, elle devrait bien tenir ! Une nuit dans le vent, rien ne bouge. Au réveil, MiniVaS nous mène à Clarkes Court où un taxi nous attend. Yves, après avoir rempli une pile de formulaires Covid, arrive à embarquer dans son premier petit avion, trois autres vont suivre jusqu'à Paris.

Saison des pluies , le grain n'est pas loin ! 
Après le grain ... 

Je quitte l'aéroport en faisant du stop, les gens sont très agréables et accessibles. Je commence par un arrêt au supermarché puis je poursuis ma route chargée de mes Coca-cola et d'un plateau d'oeufs, entre autres choses. Deux voitures et MiniVaS plus tard, je suis de retour à bord.

Le vent souffle entre 20 et 30 noeuds, le mouillage tient parfaitement bien. Robin passe à bord, il m'explique comment fonctionne la baie, les différentes marinas. Il y en a trois, quand même : Whisper Cove, Le Phare Bleu et Clarkes Court. Il y a également Hogg Island et le ponton de Woburn. Chaque marina se distingue par ses activités et ses caractéristiques. La plus proche de MedioVaS est celle du Phare Bleu, deux pontons avec quelques bateaux, des bungallows vides, une piscine et son restaurant, du wifi et des poubelles gratuits (la gratuité de ces deux derniers services est extrêmement rare, par ici) , une pompe gazole/essence dont il faut trouver le pompiste et une petite boutique "alimentaire de luxe". C'est parfait pour mon séjour en solitaire.

Le Phare Bleu , je ne peux pas me plaindre . 

Je commence par lister tout ce qui doit être fait. Je dois commencer par les pleins de MedioVaS. Après quelques aller-retour avec les gros bidons jaune, nos réserves sont pleines. Je suis prête pour la fuite en cas de cyclone!

Samedi soir, Robin m'emmène à une petite soirée dans une maison, en bordure de plage avec son petit ponton privé. J'y rencontre de nouvelles têtes mais la fatigue est là et je ne m'y attarde guère.

Dimanche, je décide de sortir l'aspirateur. Toutes les cales se vident, c'est le bon moment pour un bon coup de ménage. Les boiboites s'organisent différemment. Tout est rangé pour un mouillage de longue durée.

Après le gazole, c'est le tour des voiles. J'affale la grand-voile et le génois, au petit matin, lorsque le vent dort encore. Robin vient m'aider. À ma grande surprise, la GV n'a pas seulement souffert au niveau de la bordure mais également au niveau du guindant (côté mât), toute la couture est défaite, les fils ne résistent pas longtemps aux UV ! Le tout est plié et rentré dans les sacs à voile, direction la voilerie. Je hisse le petit foc sur l'enrouleur, je préfère avoir une voile au cas où. Nous avions convenu avec Yves de commander une nouvelle grand voile. Zoomsail, à Hong Kong, offre le meilleur rapport qualité/prix/livraison. Entre temps, Yves rencontre la patron de Sailonet à La Rochelle (c'est le voilier qui avait fait notre gennaker et le petit foc). Malheureusement, ses délais de livraisons sont beaucoup trop long au mois d'août .... Qui dit nouvelle voile dit quantité de mesures ! Un après midi et une matinée ne sont pas de trop pour mesurer, photographier, trouver les différentes références du mat et de son enrouleur interne... La commande est enfin passée.

Etat de la grand-voile. 
Toutes les mesures sont à prendre. 

Je reçois les devis de réparation de nos deux voiles, c'est excessivement cher. Après une longue discussion avec la voilerie et avec Yves, décision est prise de faire le minimum pour la GV, de faire réparer le guindant du génois et de changer sa bande UV et sa chute . Vu les traces d'usure du guindant, il doit y avoir un jeu entre les tubes formant la gouttière dans lequel il se hisse. À rajouter sur la liste... et je commande dans la foulée un nouveau génois chez Zoomsail. Une autre journée de mesures après avoir affalé le petit foc avec Robin, encore lui. Il me hisse également le long de l'étai du foc pour resserrer toutes les vis qui tiennent les tubes entre eux pour éviter l'usure du guindant des voiles d'avant.

Descendre le long de l'étai pour visser chaque tube . 

Brad et Robin me hissent en tête de mat, le feu de mouillage ne fonctionne toujours pas. J'ai beau tourner les fils dans tous les sens , rien n'y fait. Une fois en bas, trop bête, il restait une option à laquelle je n'avais pas pensé. Je la tenterai quand Yves sera là.

MiniVaS me regarde avec insistance, lui aussi réclame son entretien. Je vais sur le ponton de pêche de Woburn où, paraît-il, se trouve LE réparateur de moteurs hors-bord. Pendant que petit moteur se fait déshabiller dans tous les sens, j'observe et j'écoute toutes les manipulations. Au bout de deux heures de travail, MiniVaS se paonne parmi les autres annexes du mouillage, son moteur tournant à merveille. Pour la sécurité de nuit, je lui installe un petit mât avec des feux de navigation, trop mignon.

Feu de navigation et rinçage écologique à l'eau de pluie . 

Nicole et Robert, du catamaran Margot, doivent venir me retrouver dans la baie, mais un soucis électrique les retient à St Georges, partie remise. Rebecca passe diner à bord, puis c'est au tour de la famille de Leo d'Or avec Robin. Je teste la soirée pizza de Whisper Cove et les hamburgers de plage à Hogg Island.

Le temps passe, MedioVaS ne bouge pas mais sa coque commence à accueillir les habitants de la baie. un bon grattage s'impose.

Un mois en solitaire : le temps de me reposer, de bichonner MedioVas et de faire connaissance avec Grenade et ses coutumes, le temps a passé rapidement et sans problèmes.

MedioVaS est tout nu, il craint que je le démâte ! 

Élise va bientôt arriver avec toutes la paperasse et les angoisses d'autorisations que cela impose. Elle atterrit le 4 août en fin d'après-midi. Après une longue attente pour le test COVID, un taxi réglementé la conduit à son hôtel, quarantaine d'au moins 48h pour les fully vaccinated. Finalement, elle reçoit les résultats de son test en 24 heures seulement et je lui envoie Junior le taxi qui me la livre à Clarkes Court. Dès le lendemain, elle attaque le nettoyage du pont de MedioVaS pendant que je fais le plein d'eau. Il aura vraiment été chouchouté !

Frotti-frotta ... bientôt les coups de soleil . 

Nous commençons à planifier nos visites l'île avec Élise. Randonnée, plongée, snorkeling, catamaran de sport.... nous faisons toutes nos visites en bus qui ressemblent étrangement aux Dala-dala de Tanzanie, avec une musique reggae. Ils roulent comme des fous dans les montagnes de l'île, ambiance garantie.

Le Phare Bleu et la course des crabes du vendredi . 
Promenade dans les hauts. 
Cascade Annandale ... 
Lorsqu'on se perd en randonnée, découverte du muscadier, du cacaoyer, des bananiers, des papayers, la montagne et ses surprises 
Open Water Dive en poche! Tests théoriques et pratiques réussis ... Bravo ! 
Randonnée à Hogg Island avec Nicole (Catamaran Margot) 

C'est bientôt au tour d'Yves de rentrer, enfin ! Il atterrit le 8 août mais ne sera libéré de sa quarantaine que 36h plus tard. C'est encore Junior le taxi qui le ramène .

Fête de Marie, la patronne des matelots. Yves orne MedioVaS  de son grand pavois. 

Nous voilà tous à bord. Yves joue les touristes perdus, il ne connaît pas mieux la baie qu'Elise à son arrivée, étant parti juste après la traversée vers Grenade. Mais cela ne durera pas très longtemps, les repères sont vite pris. Je continue d'explorer l'île avec Elise.

Le cacao fait partie intégrante de l'île, visite et dégustation dans l'une des célèbres fermes . 
Hangar à muscade. 

C'est hangard appartient à l'association des producteurs de muscade. Ils viennent ici vendre leur muscade, elle y est séchée puis envoyée à la distribution dans le monde entier. Nous sommes quand même sur l'île aux épices!

Sauteur, village de pêcheurs situé à  la pointe nord-est de l'île.

Sauteur, chef lieu de la paroisse de Saint Patrick (ici, pas de cantons ou départements , l'île est divisée en paroisses), est le lieu où les derniers autochtones Caraïbes natifs de Grenade ont sauté d'une falaise de 40 mètres , plus tard appelée la falaise Carïbes ( El Salto Del Caribe ), plutôt que de s'incliner face à la domination des conquérants français.

Goob Bye Elise. 

Elise est partie. C'est à mon tour de voyager, je rentre en Belgique en fin de semaine en espérant pouvoir revenir sans trop de soucis. Yves prend la relève pour bichonner MedioVaS et récupérer ses nouvelles voiles. A bientôt !

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Trois semaines en Belgique avec quelques jours en France : un bon bain de famille et amis qui ne sont pas de tout repos! Mais que de bons moments passés. Comme pour l'allée, pour le retour il faut s'y prendre une semaine à l'avance pour faire toutes les demandes. J'ai de la chance, je reçois mon Pure Safe Travel Authorization For Grenada à temps, ainsi que le résultat de mon test PCR-Covid. Il me faut également le Passager Locator Form pour Londres, mais cela est une formalité (je suis bien rodée après avoir fait ceux pour Elise). Un vol Bruxelles-Londres, une nuit à l'hôtel de l'aéroport et je saute de bonne heure dans l'avion vers Grenade. Ouf !!! il décolle. Une escale est prévue aux Barbades, changement d'équipage et plein de fioul. L'avion est vide pour cette dernière petite étape.

L'arrivée est parfaitement bien orchestrée. Deux files, l'une pour ceux qui font la quarantaine à leur domicile et l'autre, pour les autres, comme moi, qui font leur quarantaine à l'hôtel. J'aurai pu faire une demande pour passer ces quelques heures d'isolement à bord de MedioVaS, mais alors Yves serait également en quarantaine. Et si mon test Covid se révélait positif, nous serions tous les deux bloqués avec tout ce que cela entraîne comme conséquences.

Au bout de cette file, premier questionnaire à remplir et prise de température. Ensuite, passage obligé vers le poste sanitaire mis en place pour se faire (encore) gratter le nez, entendez : retest PCR-Covid.

Le nez bien perforé, je me dirige vers les bureaux de l'Immigration. C'est un peu plus corsé. J'opte pour le poste tenu par un homme, souvent plus conciliants que les femmes. Il me tamponne gentiment mon passeport d'un beau Visa valable trois mois, mais il me dirige vers la douane. A la question : " - où allez-vous après votre quarantaine ? " je n'avais pas d'autre choix que de répondre , sur mon bateau... n'ayant pas d'autre hôtel de réservé et pas de vol de départ. Ils n'ont absolument rien contre les yachties, bien au contraire, nous sommes une source d'entrée d'argent pour eux, mais ce qu'ils n'aiment pas est le fait que l'on revient souvent (toujours...) avec des pièces pour les bateaux et que nous ne les déclarons pas à la douane, une perte de 2,1% de taxes sur ces importations.

Je me présente devenant le douanier, souriante et sûre de moi (enfin, je crois). " - Wath kinds of parts do you have for your boat? ... - A short stainless tube for the boom and a very small mooring light.

Il me demande les prix des pièces ... moins de cent euros chacune. Ça devait faire trop pour lui. je sens le bras de fer qui commence. Le douanier m'explique la procédure : il va prendre mes pièces, et je pourrai les récupérer en passant par un custom broker. Je connais bien la démarche, l'ayant faite pour les voiles neuves, ce que je lui dis, en ajoutant que cette procédure se justifie pour des pièces bien plus onéreuses. Il est un peu déstabilisé et me demande de lui montrer mon tube. Fort heureusement et par hasard, celui-ci se trouve juste en bordure du sac un peu emmêlé aux cordages neufs mais j'arrive à l'extraire sans devoir ouvrir tout le sac. J'aurai été très embêtée. Je lui présente le tube, qui est en fait le vérin à gaz du hale-bas. Un coup d'oeil rapide, il me dit de le ranger et d'y aller. Gagné ! j'avoue que j'avais pas mal de petites choses dans mon sac qui l'auraient intéressé .

La dernière étape, rejoindre l'hôtel. Un bureau de taxi s'occupe de tout. Il suffit de présenter le document sur lequel est inscrit le lieux de quarantaine choisi et payé. Ils ont mis ce système en place depuis que quatre touristes n'ont jamais rejoint leur hôtel annoncé ! C'est très bien organisé.

Le taxi me dépose au La Heliconia où je suis accueillie après un cinquantième spray désinfectant en moins de quinze minutes. Je dois rester dans ma chambre, enfin c'est un appartement, jusqu'à réception du résultat de mon test. Interdiction de sortir. La terrasse donne sur la réception, ce qui me facilite les commandes de repas.

Le lendemain, après une nuit et une longue matinée de repos, je reçois mes résultats. 15 h, toc toc toc : " - you've been cleared by the Ministery of Health" . Chouette !!! Je peux aller retrouver Yves et MedioVaS. Je n'ai plus qu'à appeler le taxi de la veille faisant partie des taxis autorisés à circuler pendant le couvre-feu. Ah oui, j'ai oublié de dire que l'île est sous curfew depuis le lendemain de mon départ vers la Belgique. Donc interdiction de circuler à partir de 19h et tout le week-end. Evidemment, on est samedi.


Une nouvelle étape va démarrer bientôt pour nous et MedioVaS. La fin de la saison cyclonique est proche. Nous allons étudier les différentes possibilités qui s'offrent à nous. Tout cela sera dans la suite de MyAtlas.


Pour éviter une surcharge dans ce chapitre, je vais le clore. Il y aura une version PDF de MedioVaS en Atlantique Sud, pour ceux qui la souhaitent, envoyez-moi un petit mail, ou un mot sur Messenger ou WhatsApp....

(Beeckman.barbara@gmail.com)


A très bientôt quelque part par là...