Carnet de voyage

Le Danube, de la Forêt Noire jusqu’à la Mer Noire

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Dernière étape postée il y a 689 jours
La vie c’est comme une bicyclette. il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre. Albert Einstein. Alors nous pédalons.
Du 30 mai au 23 juillet 2019
55 jours
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Nous y voilà. Après une étape à Besançon, qui a vu naître Victor Hugo, les paysages de montagne sont apparus. L’Allemagne nous a dit bonjour via Vodafone, sans quitter l’autoroute. Arrivée à Donaueschingen. Dans cette cité de la Forêt Noire de plus de 20 000 habitants - touristique, hippique et de garnison - on y trouve la source du Danube (Donau). À 678 m d’altitude. À quelques centaines de mètres du bassin circulaire symbolique (Donauquelle), un petit temple marque la jonction des eaux de la source avec la rivière Brigach. Ainsi naît le fleuve. Joliment, sans fureur.

Nous déambulons, tout en cherchant une place où stationner notre camion durant deux mois. Un détour par le musée d’art contemporain. Et sa collection avec pour fil conducteur « L’automobile ». En sortant, le célèbre brasseur des Princes de Fürstenberg nous tend les bras. Ma seule bière du périple. Soit disant l’une des meilleures du monde. Je la déguste.

Nous avons froid. Le climat continental n’a pas encore basculé du côté de la chaleur.

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Ce matin, Le thermomètre affiche 9°. Nous n’avons pas très envie de sortir de nos duvets. La préparation des vélos s’éternise. Je prends conscience de la distance à parcourir. Je veux rester positive mais l’hiver a été rude après deux chutes et un grand écart latéral. Sans parler de ma tendinite à l’épaule qui s’est réveillée. Je compte sur le vélo pour me remettre d’aplomb ! Les bandes bleues posées par ma gentille kiné devraient tenir dix jours.

La chanson de Gaston Ouvrard me revient. Dans le désordre. « J'ai beau vouloir me remonter/Je souffre de tous les côtés./C'est bien simpl'/J'ai la rate/Qui s'dilate/J'ai le foie/Qu'est pas droit/Et puis Voyez-vous/C'n'est pas tout

J'ai les g'noux/Qui sont mous/J'ai l'fémur/Qu'est trop dur/J'ai les cuisses/Qui s'raidissent/Les guiboles/Qui flageolent/J'ai les ch'villes/Qui s'tortillent/Les rotules/Qui ondulent/Les tibias/Raplapla/Les mollets/Trop épais/L'épigastre/Qui s'encastre/L'abdomen/Qui s'démène/J'ai l'thorax/Qui s'désaxe »

Nous verrons bien si je peux me soigner au grand air...

La première étape -pas trop longue- s’avale sans difficulté majeure. Le Danube circule dans des vallées entourées de moyennes montagnes. Les verts francs contrastent avec le jaune fluo du colza. Une beauté simple et graphique. Des ponts de bois couverts enjambent le fleuve à l’allure de cours d’eau. Les personnes que nous croisons ne parlent ni Anglais, ni Français. Je vais devoir réactiver mon allemand des années lycée. C’est pas gagné.

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Tuttligen connaît une phase de travaux intense. Tout le centre ville est transformé en espace piétonnier. Beaucoup de pavés gris. La ville est charmante comme endormie sur les bords du Danube. Tranquille, sereine.

Nous préparons les étapes à venir. Une galère. Plusieurs heures de mails et d’appels infructueux. Nos interlocuteurs ne parlent pas du tout anglais. Qu’à cela ne tienne, je prépare un discours en Allemand. Pas mal mais je ne comprends pas la réponse. C’est ballot !

Nous étudions la carte. Trouvons 120 kilomètres jusqu’à Ulm que nous divisons par deux. Nous ferons donc une étape à Riedlingen. Montagnes, forêt noire (vert foncé) dans le Parc Obere, chemins en terre stabilisés, descentes. Mais aussi des montées qui nous cassent les jambes, jusqu’à descendre de nos vélos...

Les paysages nous font oublier - parfois - nos efforts. Nous quittons rarement le Danube des yeux. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Nous sommes heureux d’arriver à Singmaringen pour souffler un peu. Il y a erreur dans nos calculs !

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Publié le 1er juin 2019

Singmaringen, très belle cité dominée par son château massif qui surplombe la ville. Le gouvernement de Vichy s’est réfugié dans la forteresse. Pas étonnant. Qui voudrait s’y attaquer si ce n’est des bombardiers...

Nous décidons de reprendre des forces en début d’après-midi. La pomme avalée une heure auparavant ne suffit pas. La discussion est animée entre nous, mais pas explosive, car on accuse déjà une certaine fatigue. Faut-il continuer encore 40 km, en plus des 60 km déjà avalés ?

Nous repartons requinqués vers Riedlingen. Une déviation plus tard et nous arrivons fourbus. Notre record battu. 100 km. Et pas une chambre en vue. Ce sera camping. Un bien roots au bord d’une ligne de train. Tant pis. Sommeil en pointillé, quelques crampes, ma cheville qui se tord. Il y a des journées comme ça...

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Publié le 1er juin 2019

Samedi, direction Ulm. Une étape moins longue que la veille. 72 km quand même. Nous quittons le camping sans regret et sans petit déjeuner. Ni bistrot, ni épicerie alentour. Une pomme et quelques amandes feront l’affaire. D’après quelques renseignements glanés ici et là, le parcours devrait être moins difficile que la veille.

Nous roulons le nez au vent. Un vent trop souvent de face. Le vert domine. Les agriculteurs fauchent le fourrage, constellé d’une myriade de boutons d’or. Les vaches s’en feront leurs choux gras ! Des musiciens classique répètent en plein air et nous dédient un extrait de La Parade des Lutins.

Dans cette partie de l’Allemagne, la transition énergétique ne passe pas par l’éolien. En revanche, la plupart des toitures de maison sont recouvertes de panneaux solaires. Sans compter les alignements de panneaux dans d’immenses espaces naturels. Les énormes stocks de bois individuels alimentent les chaudières.

Le Danube a pris du volume. De temps à autre, son débit alimente une centrale électrique. Notre itinéraire n’a rien de facile au pays des cigognes. Pour la première fois de notre vie, nous attaquons une côte à 20%. Impossible de la terminer. Mais pousser nos vélos à la force des bras relève d’une séance de musculation (l’ensemble vélo et sacoches avoisinant les 80 kg !). Laurent souffre, moi aussi. En prime, nous attrapons nos premiers coups de soleil. Heureusement, ce soir nous dormons dans de vrais lits... Une auberge de jeunesse nous ouvre ses portes.

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Publié le 2 juin 2019

Nous avons beaucoup aimé Ulm, la ville de naissance d’Einstein, qui a su marier architecture moderne et patrimoine ancien. Cette ancienne ville impériale libre possède la plus haute flèche d’église du monde ! Elle impressionne. Les courageux devront gravir 768 marches. Quant à son Hôtel de Ville, il est entièrement recouvert de fresques élégantes.

À notre arrivée, la « nouvelle » ville de l’autre côté du Danube fête ses 150 ans. Des scènes sont dispersées sur les places et des milliers de personnes assistent aux concerts. Dans la vieille ville, une scène électro est installée devant l’église. Le mouvement LGBT and co est à l’honneur. Les drapeaux multicolores flottent sur l’édifice religieux et la mairie et recouvrent les épaules de centaines de sympathisants.

C’est un plaisir de se perdre dans les petites rues. Les vieilles façades se mirent dans l’eau de la Bleue (cours d’eau qui se jette dans le Danube). L’une d’elle - la Maison de Guingois- se penche tellement qu’elle semble à deux doigts de tomber. D’après le Guiness des records, c’est l’hôtel le plus penché du monde !

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Nous quittons le Bade-Wurtenberg, le plus au sud-ouest de l’allemagne, pour la Bavière. Ulm ayant un pied dans chaque land. Le Danube prend ses aises au ras des berges. Les chemins ombragés font rapidement place à des pistes caillouteuses. Des champs, du soleil, des champs, du soleil, des pylônes, du soleil. D’interminables lignes droites.

L’arrêt déjeuner à Günzburg permet de recharger nos batteries (au sens anatomique et non mécanique). Une nouvelle fois (la 3e) je craque pour des asperges blanches, une spécialité. Les saucisses-lentilles de Laurent ont du mal à passer. La fatigue, la chaleur, ça vous détraque l’humeur ! La nôtre n’est pas à la franche rigolade. Au pays de Lego Land, il y a même de l’électricité dans l’air.

Nous arrivons à Höchstädt an der Donau, gavés de soleil. La peau en version écrevisse. Après 66 km de pistes et un balisage approximatif. Nous décidons d’alléger le rythme dans les prochains jours. Histoire de récupérer un peu.

En soirée, notre marche digestive nous conduit à un palais en forme de forteresse médiévale, trop bien restauré, et devant un domaine curieux, équipé de portes sans balcon. Intrigant. Nous avons retrouvé notre bonne humeur...

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Publié le 3 juin 2019

Hier soir, je n’ai pas eu besoin de compter les moutons. Et même pas jusqu’à trois. Le sommeil m’a happée jusqu’au lendemain matin. Laurent aussi. Ce matin, on trace la route en forme. Les douleurs (arrière-trains, poignets, pouces, nuque...) s’estompent.

Les chemins balisés continuent leur lancinant déroulé. Champs, champs et champs. Les Bavarois ne manquent pas de blé (encore bien vert) et de pomme de terre. Nous longeons des nationales sans doute après avoir raté un panneau. Je repère quelques camions Scania. Un constructeur suédois dont le capital est détenu par l’allemand VW. Certes, il existe des usines un peu partout mais l’une d’elle est située à Angers. C’est amusant comme on aime retrouver des repères. Ainsi à Donauwörth, j’ai presque sursauté en croisant un bus Airbus. Mais ici, l’usine est spécialisée dans la construction d’hélicoptères.

Le ville de 18 000 habitants a une autre particularité. C’est une zone de confluences. À cet endroit, le Danube rencontre le Wörnitz et quelques kilomètres plus loin le Lech. Une dizaine d’autres cours d’eau s’y jettent aussi. Nous rejoignons la Route Romantique et avec elle nous quittons le « plat pays ». C’est plus beau mais plus difficile aussi.

Cette nuit nous dormons dans la petite commune de Bertlodsheim chez l’habitant, en l’occurrence chez Manuela Seefried. Souriante dame parlant uniquement l’allemand.

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Ce matin levés tôt et partis tôt après un petit déjeuner délicieux et copieux. Les chemins ont serpenté dans les sous-bois. Une température agréable pour affronter les grimpettes. Sur notre parcours, des manoirs semblent sortis de contes de fée. Les bâtiments agricoles imposants sont coiffés de toitures hautes et pentues. On cherche le Danube : « Mais-oùyestu-disdonc ! ». On le longe pourtant. La faute aux digues qui nous occultent la vue.

Un arrêt à Neubourg-sur-Danube. Un château, des maisons anciennes, des ruelles pavées et des places aérées : l’ensemble nous séduit. Quand nous repartons, je braque mon guidon trop vite pour changer de voie. Poids, contrepoids, la cabane sur l’chien ! Après le rouge - sur la peau - il se peut que le bleu apparaisse.

Les kilomètres défilent. Laurent entend les grenouilles coasser. Sa madeleine de Proust ! Ingolstadt impose une forme de majesté. Son histoire, ses édifices anciens, ses intérieurs Rococo, sa forteresse, ses façades aux formes originales... Il s’en dégage une certaine harmonie. La capitale d’Audi (40 000 salariés sur 123 000 habitants) propose des box fermés aux cyclistes. Parfait pour visiter.

La journée se termine chez Günther et Kerstin, du réseau d’accueil Warm-shower. Ils nous reçoivent avec gentillesse dans leur maison. Nous partageons un repas en échangeant sur nos pays, nos vies, nos villes et les voyages...

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Publié le 5 juin 2019

Ce matin nous mettons du temps à quitter Ingolstadt, la cité qui a vu naître Frankenstein ou le Prométhée moderne, sous la plume de Mary Shelley. Petit déjeuner en ville et direction la Poste pour envoyer un paquet, histoire d’alléger mes sacoches. Nous rencontrons un charmant vieux monsieur. Il nous raconte qu’il s’est mis au vélo électrique à 86 ans !

Nous repartons tout guillerets... dans le mauvais sens. De jeunes militaires en plein entraînement traversent la rivière sur un pont flottant. Quand nous rebroussons chemin, il fait déjà chaud. Mes épaules sont passées en mode « cloques ». J’avale des cachets homéopathiques d’arnica pour atténuer les bleus de ma chute de la veille. Les kilomètres défilent. Nous passons le Danube à plusieurs reprises jusqu’à notre arrivée à Weltenburg.

Une navette fluviale permet de rejoindre Kelheim de l’autre côté de la rive. Avant d’embarquer, nous visitons l’abbaye de Weltenbourg, plus rococo que le rococo. C’est ici que se trouve aussi la plus vieille brasserie de monastère du monde puisqu’elle a démarré son activité en 1050.

Une fois à bord, nous admirons les gorges du Danube, classées Réserve naturelle et géotope. La nature semble intacte. Pourtant, c’est à partir de ce site que commence la navigation de navires de croisières et de promenade. Que nous surnommons les promène-couillons.

Ce soir, nous avons choisi de camper à la ferme. Il est possible de dormir sur le foin. Nous optons pour notre petite tente. L’ambiance est cosmopolite et sympa. Au menu : salade et fruits.

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Australiens, Canadiens, Américains et Autrichiens ont levé le camp bien avant notre départ de la ferme. Nous prenons notre temps pour plier la tente et retrouver la montre de Laurent accidentellement égarée... dans la trousse de toilette.

Il fait moins chaud. Un vrai plaisir de pédaler. Nos regards se perdent dans l’immensité boisée inhabitée. Les rares villages que nous traversons arborent leur « arbre de mai ». Maibaum en allemand. Cette coutume, qui remonte au XVIe siècle, symbolise depuis le XVIIIe siècle la conscience de l’identité régionale dans les communes libres bavaroises.

Nous arrivons à Regensburg -nom allemand de Ratisbonne- cité moyenâgeuse, classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO. L’une des plus anciennes villes d’Allemagne a joué un rôle important dans les échanges commerciaux entre l’Italie, la Bohême, la Russie et Byzance. Aujourd’hui encore son industrie de pointe et son dynamisme en font une championne de l’emploi (2,1% de taux de chômage).

Nous admirons son pont de pierres construit au XIIe siècle sur seize piliers (un chef d’oeuvre et un tour de force pour l’époque), sa cathédrale et ses célèbres sculptures en pierre et son vitrail du XIIIe. Plus loin dans la ville, une basilique nichée au fond d’un jardin ancien révèle de beaux plafonds peints et ses excentricités Rococo. Décidément la Bavière a un faible pour ce style foisonnant ! Nous nous arrêtons un instant devant l’« Historic sausage kitchen », réputé pour ses saucisses aux choux. Mais nous préférons un pique-nique dans notre auberge de jeunesse.

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Regensburg est au Danube, ce que Orléans est à la Loire, le point le plus au nord du fleuve. Nous remarquons plusieurs magasins de tenues traditionnelles dont le Lederhose, la culotte de cuir pour homme. Elle peut coûter plus de 1000 euros. Sans doute utilise-t-elle du cuir de cerf. Moins chère, la peau de chèvre, de veau ou de porc sert aussi à sa confection. Elle est brodée de motifs en rapport avec la chasse ou la vie campagnarde. Nous assistons à la sortie d’un mariage. Tous les jeunes hommes et jeunes femmes sont habillés selon la tradition bavaroise.

Nous roulons le long du fleuve, principalement sur la digue. Danube + beau temps + vent thermique = Paf dans le pif ! Le vent ralentit notre rythme et nous fatigue. Nous choisissons de pédaler plusieurs heures jusqu’à 15 h. Soit 13 h au soleil.

Nous croisons peu de monde et peu d’habitations. En haut d’un coteau très arboré dominant le Danube surgit un énorme édifice à colonnes. Le Walhalla. Un temple néodorique en marbre, construit entre 1830-1842. Louis 1er de Bavière fête ainsi la défaite du grand-petit Napoléon 1er. Il veut également mettre à l’honneur les héros de la civilisation nordique. 190 grandes personnalités sont ainsi représentées sous forme de statue : compositeurs, explorateurs, scientifiques, philosophes... Nous voyons apparaître les premiers vignobles. Plus loin, je pose telle une fleur parmi les fleurs (pâquerettes et coquelicots).

Notre camping du soir correspond aux appréciations relevées sur le net. Environnement agréable malgré des bataillons de moustiques mais accueil exécrable. Le monsieur n’aiment pas du tout les non-Allemands, nombreux pourtant sur le site. Il ne parle pas, il aboie. C’en est presque comique.

Nous dînons à Straubing, petite ville de 44 000 habitants, capable d’accueillir un million de personnes pour sa fête de la bière ! Quelques beaux monuments jalonnent la cité qui a fêté son 1100ème anniversaire en 1997.

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Publié le 8 juin 2019

Hier soir, nous avons croisé un couple d’Australiens de Brisbane. Il a démarré son périple au Vietnam, traversé une partie de l’Asie jusqu’en Inde puis le Pakistan et l’Iran jusqu’en Turquie. De là, il a rejoint la Bulgarie et la Roumanie. Il compte emprunter l’Eurovélo 6, comme nous, puis traverser la France jusqu’à Saint-Brévin et bifurquer vers le sud (le Portugal et l’Espagne). Il a prévu un voyage d’un an.

Une famille de Canadiens anglophone prend la même direction que nous. Nous nous sommes retrouvés à plusieurs reprises dans des campings et nous avons sympathisé. Le petit garçon pédale derrière sa maman ou se repose dans le chariot derrière le vélo de son papa. Les grands-parents les accompagnent.

Aujourd’hui, notre étape de près de 80 km, nous rapproche de Passau. Car nous voulons profiter de la dernière ville d’Allemagne avant la frontière.

Je vous passe le chapitre sur les champs de patates, de blé et autres céréales. Je retiens le ciel gris et la température agréable pour pédaler en regardant au nord les montagnes qui dessinent l’horizon. Sur les épaules, mes cloques commencent à sécher et à virer en « pelade ». Une large auréole rouge est apparue sur mon flanc droit. Un insecte m’a piquée. Le fourbe. Mais lequel ?

Vous remarquerez en passant que Laurent passe au travers de tous les petits tracas du pédaleur. Le Briéron, tel un roseau, plie mais jamais ne rompt !

Dans un bled, nous apercevons une immense toiture. Détour, arrêt, visite. Cette abbaye bénédictine a été fondée en 731. Elle est consacrée à saint Maurice. Une petite merveille au milieu de nulle part.

À Vilshofen, ville étape, nous trouvons un camping face au Danube. Mais sans wifi. Ce soir, nous pique-niquons comme ce midi. La vie est belle et simple.

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Publié le 9 juin 2019

Nous plions notre petite tente avec des gestes désordonnés. La faute aux moustiques. La nuit a été réparatrice. Nous sommes d’attaque alors nous attaquons les kilomètres sous la chaleur. Les péniches sont plus nombreuses. Deux très longues avancent soudées sur le Danube.

Nous prenons notre petit-déjeuner à la terrasse d’un hôtel sans quitter le fleuve du regard. Ce matin, nous croisons les cyclistes du dimanche.

Les paysages sont très verts. Le niveau de l’eau est élevé, le courant puissant. Les marécages voisins jouent leur rôle d’éponge. Les pêcheurs ont sorti leur attirail. Sans doute espèrent-ils attraper le Huchon, un salmonidé d’eau douce, appelé aussi saumon du Danube ou encore poisson rouge.

Nous arrivons tôt à Passau, prononcez pa-ssa-o. La ville s’étire en longueur de part et d’autre du Danube qui grossit encore grâce à l’Ilz venu du nord et à l’Inn venu du sud. Deux affluents parfaits pour les cruciverbistes.

Avec 10000 étudiants pour 40000 habitants, la cité dynamique coule des jours sereins, surveillée par une fortification datant du XIIIe siècle. Passau était réputée par ses forges - les plus importantes - spécialisées dans le façonnage de lames d’épée. Désormais, l’activité touristique s’impose. Les croisiéristes partent de Passau vers Vienne et Budapest.

Nous visitons la ville à pied. Comme toutes les autres que nous avons traversées, son centre est dédié exclusivement aux piétons et aux cyclistes. Les terrasses des bars et des restaurants sont très fréquentées. Après la fleur, me voici transformée en ange et Laurent en penseur. L’imposante cathédrale vaut le détour. Elle couve l’orgue le plus grand d’Europe.

Notre petit hôtel, La Maison Panorama, porte bien son nom. D’un coup d’œil, nous embrassons Passau.

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L’Allemagne, c’est fait ! Au-revoir Passau. Comme la veille, les grosses cloches sonnent. Blague éculée qui consiste à répéter très vite la dernière partie de la phrase. On ne comprend pas que les magasins soient fermés. Pommade contre les piqûres d’insectes et sifflet à ultra-sons seront achetés plus tard... Nous quittons la ville. Inn et Ilz viennent grossir le fleuve.

Sur la rive sud, l’Autriche s’impose déjà. Nous roulons au nord. Toujours en Allemagne. Quand le Dandlbach se jette dans le Danube, nous avons parcouru 29 km. À la sortie de Passau, nous longions la frontière située au milieu du fleuve. Nous croisons de nombreux cyclistes. En famille, en groupes, entre amis. D’un seul coup, nous réalisons que nous sommes le lundi de Pentecôte. Tout s’explique : les fermetures et les cloches !

Les pistes serpentent le long de l’eau, couleur taupe. L’étroite vallée est encaissée entre des monts à la végétation dense, en majorité des conifères. Les paysages de toute beauté s’accompagnent d’un silence agréable, juste contrarié par quelques bateaux de plaisance à moteurs. Le changement de rive s’effectue sur un bateau en bois à fond plat. Nous nous arrêtons à Aschach an der Danau. Un petit camping, une auberge, il n’en faut pas plus pour ce soir.

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Publié le 11 juin 2019

Le sifflet à ultra-sons vous a intrigué à en juger par vos messages. Un cycliste qui arrivait de Roumanie nous a donné ce conseil pour repousser les chiens errants qui pullulent. Les cyclistes ne sont pas du goût des cabots, leurs mollets si... Nous sommes équipés de petites bombes aérosols au poivre mais le temps de les sortir....

Revenons à nos moutons. Nous avons décidé d’un commun accord - après négociations - de faire l’impasse sur la 3e plus grande ville d’Autriche, Linz, pour privilégier Vienne où nous resterons trois nuits.

Direction Mauthausen. Un parcours de 72 km. Les chemins sont toujours aussi roulants. Le plafond bas et gris du ciel ne retire rien à la nature majestueuse. Les espaces naturels sont autant de biotopes référencés. Les montagnes s’éloignent, notre regard est happé par le fleuve dont les proportions feraient pâlir la Loire, le Rhône ou le Rhin.

Son courant puissant est dérivé vers des bras secondaires ou broyé par des centrales électriques. De temps en temps, des petites plages de cailloux font le bonheur de ceux qui aiment le farniente voire la baignade. La sortie de Linz est une longue succession d’usines et de centrales.

À Mauthausen, je renâcle à monter - avec tous nos sacs - au mémorial, situé à l’emplacement de l’ancien camp de concentration. La raison : une côte à 14 %. Je me suis mise en tête que l’office de tourisme proposerait un service de navette. Nous parcourons quatre kilomètres pour rien puisque l’office en question sert uniquement de dépôt de brochures dans trois mètres carrés.

On a fini par la monter cette côte ! En s’arrêtant trois fois pour reprendre notre souffle. La visite - une première - du camp de concentration nous a remués. 190 000 prisonniers sont passés par cet enfer. Humiliés, affamés, électrocutés, torturés, gazés, brûlés... Peu d’entre eux ont survécu à cette horreur.

Nous quittons le mémorial. Le noir des nuages a déteint sur nos cœurs. Nous descendons dans la ville sans avoir à donner un coup de pédale.

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Publié le 12 juin 2019

Ce matin en me réveillant, j’ai repensé au camp d’extermination visité la veille. Lorsque les hommes sont traités moins bien que les animaux, certains relèvent la tête et aident leurs prochains au risque de mourir. Un acte de résistance.

400 prisonniers du camp se sont évadés. 11 seulement ont survécu. La raison de cette hécatombe : la population de la région a prêté main forte aux SS dans ce qui a été surnommé « la chasse aux lapins ». Ces prisonniers décharnés n’avaient pourtant rien de terrifiants ! Un acte barbare.

Je médite sur notre monde et à sa capacité à résister.

Nous remontons sur nos vélos. Et nous réitérons l’erreur survenue dix jours plus tôt. Nous nous trompons dans le calcul de notre itinéraire et sur le choix de la rive. Les camions nous rasent durant plusieurs kilomètres. Le cocktail soleil et vent n’a rien de bon pour la peau. Pour le cœur, si !

La chaleur est écrasante. Pas l’ombre... d’une ombre. On boit, on souffre, on boit... J’utilise un vieux bandana, trempé dans l’eau laiteuse du Danube. 32 degrés ! Les kilomètres défilent. On envie les cyclistes sur l’autre rive, tranquilles, au calme et protégés par les arbres. Les stocks de bois sont arrosés, sans doute pour qu’ils sèchent moins vite.

Les navires de croisières sont nombreux sur le fleuve, les voyageurs sont enfermés dans les salons climatisés. Nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour boire du citron pressé dilué dans l’eau fraîche. À Ybbs, nous rencontrons Kharid qui a quitté son Maroc natal pour l’Autriche. Diplômé d’une école hôtelière, il a dû s’adapter au pays et à la langue, un allemand avec ses particularismes. Il prend plaisir à parler français avec nous.

Nous arrivons enfin à Melk, notre destination. Entre notre erreur et une déviation nous avons parcouru 86 km. La chaleur nous a lessivés, rincés, essorés. Vite une douche. Et une bière bien méritée. Mais avant, nous montons la tente.

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Publié le 13 juin 2019

Nous n’avons pas choisi de nous arrêter à Melk par hasard. À 9 h et quelques poussières - notre barda sur les vélos- nous entrons dans l’abbaye éponyme, celle qui a inspiré Umberto Eco dans Le Nom de la rose. C’est dans ce lieu que le narrateur (le novice Adso) rédige son récit.

Située sur un promontoire, elle en impose. Il s’en dégage une réelle puissance. Les bénédictins d’origine auraient-ils voulu tout ce faste ? Pas sûr.

Nous admirons la mise en espace (contemporaine) des œuvres et la bibliothèque dont on aperçoit juste deux salles sur les douze. Elle renferme 100 000 ouvrages dont 750 incunables antérieurs à 1500. Une horloge entièrement en bois (mécanisme compris), des sculptures, des peintures, les escaliers en colimaçon... attirent notre attention. Quant à la vue de l’immense terrasse, elle est tout simplement divine ! Notre itinéraire nous conduit ensuite dans de petits villages remarquables. Nous traversons des espaces classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les paysages me rappellent la Suisse, en particulier Cully. Les vignes à flanc de montagne descendent en rangs bien ordonnés vers le fleuve. Des rosiers égaient certains pieds. Les hommes ont façonné des kilomètres de terrasses en pierre. Du bel ouvrage. Le vin blanc né dans cette région s’est forgé une réputation internationale.

Lorsque la vallée s’élargit et que les montagnes se retirent vers l’horizon, l’immense fleuve semble apaisé. Des forêts bordent la piste cyclable qui déroule son long ruban vers l’infini. Le vent continue à nous freiner mais on en a cure. On arrive à Zwentendorf et nous dormons dans un bon lit.

Ces deux photos ne sont pas de moi, les photos intérieures n’étant pas autorisées. 
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Publié le 14 juin 2019

Chez Irmgard et Franz, tous les deux souriants et serviables, nous dormons dans un bel appartement. Ce matin, nous sommes invités à prendre le petit-déjeuner dans leur grand salon de l’étage. Nous engageons la conversation : quelques mots d’allemand, le reste dans un anglais décousu... Irmgard -qui a séjourné à deux reprises à Lisieux- nous raconte comment les croyants autrichiens ont réussi à repousser l’envahisseur russe.

Tout commence au sanctuaire de Mariazell. En 1946, Vienne est découpée de la même façon que Berlin, et le risque de la voir tomber sous le rideau de fer se fait de plus en plus tangible. Un prêtre capucin, Petrus Pavlicek, infirmier militaire sur le front de l’ouest entend la voix de Marie. Il part en croisade en décidant de faire prier les catholiques sans relâche. Pendant neuf ans. Jusqu’à 700 000 croyants se mobiliseront en Autriche et dans les pays voisins. Moscou finit par retirer ses troupes. Depuis « l’Autriche libre » est associée à Mariazell. Devenue le Lourdes du pays.

Remontés sur nos vélos, nous apprécions une fois de plus de pouvoir rouler au bord du fleuve. On ne s’en lasse pas. Un pont graphique, une église transformée en bar, de jolie cabine téléphonique, une scène sur une barge.... Malheureusement, les travaux d’amélioration du réseau, nous obligent à emprunter des itinéraires de déviation. Plus longs, moins beaux. Les estivants à bicyclette seront ravis. Au plus fort de la saison quarante nationalités empruntent le tronçon entre Passau et Vienne.

Mais au fait, « Mon Beau Danube bleu » est-il bien bleu ? L’œuvre de Johann Strauss fils le dit en tout cas. Le texte, au départ léger et humoristique, a été remanié à plusieurs reprises. Le compositeur le peaufine à nouveau en 1867 lors de l’Exposition Universelle. Afin de fêter la nouvelle alliance franco-autrichienne contre la Prusse. Un énorme succès.

Depuis la source, les teintes ont varié du marron au vert. Un soupçon de bleu apparaît par grand beau temps. Un mirage ?

Arrivés par le nord, nous avons roulé plus de vingt kilomètres dans la ville. Et toujours enrobés d’une chaleur à plus de 32°. La grande maison de Tatiana se trouve au sud ouest, dans une banlieue pavillonnaire. Ce soir pique-nique dans le jardin et douche froide.

Notre chambre se trouve sous les toits...

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Publié le 15 juin 2019

Vienne est une grande et belle ville. La capitale de l’Autriche réunit avec sa métropole 2,6 millions d’habitants. C’est beaucoup comparé à la population totale de ce petit pays (riche) de 8 millions de personnes. On comprend mieux les longues chevauchées (à vélo) en solitaire, sans âme qui vive le long du Danube. Sisi, Strauss, Mozart, les valses, les monuments.... Vienne emballe notre imagination. Dans la vraie vie, elle ne déçoit pas le moins du monde.

Ce matin, il règne une ambiance étrange dans le centre ville. La découverte se fait quasi dans le silence. Notre regard est attiré par la riche architecture des monuments, des églises, des immeubles, des fontaines, des statues...

Nous pique-niquons dans une supérette. À 13 h, elle est envahie de jeunes au look très travaillé. Les drapeaux multicolores nous font comprendre que le silence du matin est dû à la circulation interdite en prévision du défilé de la gay pride. Un énorme rassemblement de plusieurs milliers de participants. 500 000 selon la presse. Déguisements, musique électro rythmée, danses, chansons et esprit de fête...

Nous quittons le centre-ville pour le château Schöbrunn et ses jardins. Sur les 1441 pièces, 45 sont ouvertes au public. Il est considéré comme le plus beau château baroque du monde. Une réputation qui n’est pas usurpée.

De retour en ville, nous poursuivons nos déambulations jusqu’au café Korb. En sous-sol, de curieux signes sont visibles sur la porte. Freud les utilisaient pour réunir sa Société du Mercredi. À 22 h, Vienne affiche encore 33 degrés.

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Publié le 16 juin 2019

C’est reparti pour une nouvelle journée viennoise sans vélo. À regarder en l’air. L’orage gronde. D’un tram à l’autre, nous arrivons au Belvédère. Impossible de s’arrêter dans la capitale autrichienne sans aller admirer Klimt et en particulier le fameux Baiser. Sa perle, sa carte de visite, sa renommée. Mais comme à Paris, les œuvres de Egon Schiele nous prennent de plein fouet. Plus torturées, elles dégagent des émotions fortes. Une fois de plus, le peintre s’impose à nous plus sûrement que Klimt. Nous quittons ce lieu sublime pour un quartier à l’est proche du Danube. Un ensemble d’appartements curieux a été conçu par Friedensreich Hundertwasser, sur des plans dessinés par l'architecte et professeur d'université Joseph Krawina.

Hundertwasser ne cache pas qu’il s’est inspiré de Gaudi et du Facteur Cheval. Cet habitat original et arboré attire aujourd’hui autant de touristes que le plus beau des monuments de la ville. Le visionnaire n’a pas tout réussi. Ainsi la ville a dû compenser les ratés. De retour dans le centre, nous dégustons les spécialités comme le café viennois et l’apfelstrudel (pâte feuilletée, pommes avec une pincée de cannelle). En guise de dîner.

Les chemins (rues) de traverse dévoilent quelques trésors. Le bateau mou sur le toit de l’hôtel Daniel ne risque pas de tomber. C’est une œuvre d’art - la même qu’au canal de la Martinière près de Nantes - réalisée par le célèbre artiste autrichien Erwin Wurm. Ce même toit est parsemé de pommiers, de ruches et d’abeilles butineuses…. Plus loin, le biomorphisme s’invite dans une vitrine avec la création de Clara Rumler. Nous terminons assis devant le Wiener Staatsoper pour une représentation live sur écran géant. Le ballet de l’opéra rend hommage aux chorégraphes MacMillan McGregor et Ashton. Trois actes, trois univers. Une bien belle journée...

Trois Klimt 
Trois Schiele 
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Nous avions « ramé » pour traverser Vienne en arrivant. L’exercice a été un peu moins compliqué pour en sortir. Nous avons quand même mis plus de deux heures. Nous apprécions une dernière fois l’architecture de cette ville qui a su conserver l’ancien et s’emparer de formes très contemporaines. C’est justement au carrefour de deux époques que nous avons franchi nos premiers mille kilomètres. Fiers de nous. Nous empruntons une allée sur l’île de Vienne, longue de 22 kilomètres et large de quelques centaines de mètres. Cette île boisée concentre les activités de plein air et sportives. Nous cherchons la signalisation d’Eurovélo6, incomplète, dans la zone industrielle. Immenses cheminées et cuves s’alignent à n’en plus finir le long du fleuve. Donges puissance 2 ou 3.

Heureusement la nature reprend ses droits. D’abord la « grill zone », des espaces verts équipés de gros cylindres en béton et de tables de pique-nique. Les Viennois y viennent griller poissons, viande et saucisses. S’ensuivent plusieurs kilomètres réservés aux adeptes du naturisme qui se dorent la pilule face au fleuve. Lorsqu’on entre dans le parc national Donau Auen Lobau, on ne voit plus le début d’une queue de bipède. Entre bocage et marais, tortues, cervidés, castors et cigognes s’épanouissent en toute liberté. Nous avons l’impression d’être seuls au monde.

Une nouvelle déviation nous contraint à rouler sur une route de campagne. Ici pas de platanes mais des cerisiers qui regorgent de fruits. Nous dormons ce soir à Hainburg an der Donau, aux confins de l’Autriche.

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Publié le 18 juin 2019

Nous voulions faire une étape à Hainburg an der Donau, dernière ville autrichienne avant la Slovaquie. La raison principale : nous trouvions (surtout moi) que 70 kilomètres suffisaient bien.

La petite ville - très ancienne- a connu des périodes plus fastes. Elle semble s’être endormie même si aujourd’hui des Slovaques de la capitale choisissent d’habiter là. D’importantes ruines culminent la cité. Il reste de ces vestiges du Moyen-Age, la plus grande porte d’Europe, 15 tours et 2,5 km de murs d’enceinte. Un chemin monte jusqu’à l’ancien fort. Les promeneurs venaient observer ce qui se passait de l’autre côté du « rideau de fer ».

L’étape jusqu’à Bratislava, très courte, nous conduit jusqu’à l’ancien poste frontière puis à un bunker. Au loin, une ville nouvelle (un quartier très excentré) composée de tours collées les unes contre les autres. Du nom historique d’Engerau, cette énorme verrue date de l’ère communiste. Neil et sa femme Ann, deux Anglais du nord, nous font de grands signes alors que nous nous croisons. Discussion, échanges de bons plans, et don de monnaie hongroise. Une rencontre sympathique.

La traversée du pont ne pose aucun problème. Piétons et cyclistes circulent sur des « bras » latéraux spécifiques. Nous n’avions pas d’idée particulière sur cette ville. Elle semble agréable aux premiers regards. Un aménagement récent (Eurovéa) offre une promenade aménagée le long du fleuve avec appartements, commerces et un alignement de bars et restaurants équipés de belles terrasses confortables. Nous abandonnons les citrons pressés autrichiens pour des pichets d’eau glacée et fruits frais coupés. Rafraîchissant.

À gauche le poste frontière ; à droite le quartier de l’ère communiste (cette photo n’est pas de moi). 
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Bratislava, 500 000 habitants : la capitale de la Slovaquie brasse une population cosmopolite, même si on croise peu de gens de couleur. La vieille ville a beaucoup de charme et le nouveau quartier nous séduit. Entre les deux, les immeubles ont poussé comme des champignons, sans aucun intérêt sauf celui de loger les gens. Bratislava reste cependant une bonne surprise. Une destination idéale pour venir passer un week-end prolongé.

La ville a connu toutes les invasions. Elle garde les stigmates de son histoire. Son château aussi aura connu bien des drames. Situé sur un promontoire, il offre une vue remarquable sur la ville. Sa visite nous surprend. Nous passons dans de nombreuses pièces quasi vides. Il faut attendre le 3e étage pour apprécier enfin la richesse d’un peuple aux savoir-faire éclectiques. Et découvrir Martin Benka peintre, illustrateur, et graveur slovaque. En contrebas, le clocher de la cathédrale Saint-Martin est coiffé d’une couronne dorée. Cette réplique de celle du couronnement pèse 150 kg.

Les bâtiments de la vieille ville sont édifiés en quadrilatère. Dans les immenses cours intérieures se nichent des commerces et des espaces de détente au calme. Façades ouvragées, terrasses par dizaines, bars souterrains dans d’anciens abris anti-bombes : un sentiment de convivialité se dégage des rues pavées. Les statues sont particulièrement photographiées. Pas celles commémorant un fait historique mais les œuvres décalées, en particulier « l’homme au travail ». Nous terminons la soirée en buvant un très bon vin slovaque.

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Publié le 20 juin 2019

Nous quittons notre auberge de jeunesse en plein centre de Bratislava, au fond d’une grande cour carrée ensoleillée. Parfait pour le calme, moins quand il a fallu monter notre barda au 3e étage par un escalier particulièrement raide.

Hier nous avons marché onze kilomètres et grimpé l’équivalent de 26 étages. Aujourd’hui, on repart sur nos vélos. Avec bonheur. Le temps est couvert, la température idéale pour pédaler. Je crois bien que j’ai souri béatement.

Nous reprenons le pont « piétons/deux-roues » pour rejoindre la rive sud du Danube. La brume tombe sur l’eau et vient gommer l’horizon. Donnant une touche de mystère à notre environnement. Des bras, des îles et des îlots découpent le fleuve. À Cunovo, une langue de terre abrite un musée d’art contemporain à ciel ouvert. Quelques kilomètres plus loin, de part et d’autre du fleuve, des maisons ont été construites sur pilotis. Devant, des bateaux à moteur. Sur la piste, nous croisons peu de monde. Nous ne parlons pas. Nous écoutons les bruits qui s’échappent de la nature environnante. Le décollage d’une cigogne est toujours impressionnant.

À vingt kilomètres de Bratislava, nous entrons dans Rajka... et en Hongrie. À la frontière de la Slovaquie et de l’Autriche. Un champ d’éoliennes nous accueille. Nous avalons les kilomètres avec entrain. Pas de côtes, ça fait du bien.

Nous grignotons à Mosonmagyaróvár, ville thermale de 30 000 habitants. Un nom à rallonge dû à la fusion de deux communes. La population locale a résolu la difficulté de prononciation en l’appelant « Móvár ». Son château en décrépitude subit un lifting salutaire, grâce aux fonds européens. Là encore, les voitures n’entrent plus dans le centre-ville. Les terrasses sont pleines. Il règne forcément un calme agréable. Nous terminons à Halaszi. Un petit village. Nous avons trouvé une pension, les pieds dans l’eau à petit prix.

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Publié le 21 juin 2019

Il a plu la nuit dernière. L’orage a enfin décidé de s’exprimer concrètement. Depuis quelques jours, il tournait sans craquer en fin de journée. L’atmosphère était pesante.

L’étape n’est pas très longue. Heureusement car l’environnement laisse à désirer. Nous longeons une route fréquentée. La piste n’est pas en bon état. Nous sommes vigilants à cause des racines des arbres qui soulèvent le goudron. Au centre et sur les côtés, les herbes sont hautes et nous touchent les mollets. Nous traversons des communes organisées de part et d’autre de cette voie de circulation. Nous jetons un œil aux champs de blé. Un tapis doré qui tranche avec le maïs tout vert. Pour la première fois nous repérons quelques vaches à longues cornes. Une chaumière nous rappelle la Brière. Mais celle-ci a l’air abandonné. Nous assistons ébahis à un vol de cygnes en escadrille. Magnifique.

Nous arrivons tôt à Györ, notre point de chute du jour. Le gérant de l’auberge de jeunesse nous aborde avec le sourire. Il nous raconte ses voyages en Afrique où il aurait des amis. Cinq minutes plus tard, son discours raciste assumé du genre « l’Europe est blanche », « Musulmans et Africains doivent rester chez eux », etc nous refroidit. Il conclut : « Mais je ne suis pas nazi ». Ah bon... Inquiétant le gars ! Nous partons à la découverte de cette grande ville hongroise (la 5e du pays avec 120 000 habitants) située au nord-est à égale distance de Vienne et Budapest. Györ a su soigner son centre historique et aménager les rives du fleuve. Agréable.

Elle rend hommage (par une sculpture fontaine) au scientifique bénédictin, Anyos Jedlik, père de la dynamo et du moteur électrique qui a aussi inventé le siphon à eau de seltz. Eau à bulles que l’on rajoutait au vin blanc. En ce jour de Fête de la musique, plusieurs scènes nous font penser que la soirée sera animée. Finalement, l’arrivée de l’été est fêtée mollement.

Façades d’immeubles. À droite la Maison Napoléon. 
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Publié le 22 juin 2019

À Györ, nous avons dormi dans une chambre en sous-sol. Housses en matière synthétique qui colle à la peau, lit double en version planche de bois, sanitaires sombres, vieillots et pas très cleans... On n’est pas mécontent de reprendre la route. Mais avant, direction une zone commerciale excentrée pour acheter notre fichu sifflet à ultra-sons, anti chiens errants. La mission accomplie, nous galèrons à sortir de la ville.

Routes à fort trafic, ligne de chemin de fer, zone industrielle... Tout n’est pas que beau ! Le groupe Volkswagen (voiture du peuple) construit à Györ ses modèles Audi haut de gamme. Nous les voyons défiler, bien protégés sur des wagons.

Les pistes cyclables datent de Mathusalem. Les poignets et le cou sont sollicités. Des éoliennes ont poussé dans le paysage, à l’est comme à l’ouest. Ventilateurs géants que les rares arbres semblent ignorer.

Dans cette Hongrie, redevenue rurale, les vélos ne sont pas la priorité. Les itinéraires, mal indiqués, nous conduisent dans des chemins de terre déformés par des ornières boueuses. Les chardons et les orties nous piquent les jambes. Seuls de bons VTT pourraient venir à bout de ce parcours. Je suis tendue. J’ai peur de tomber. Après la terre : les cailloux et le goudron à trous. Laurent tente de me rassurer. « On devrait trouver pire ». C’est quoi pire ? Casser nos vélos ?

Nous nous rapprochons du Danube et de Komárom, c’est son nom du côté Hongrois. Sur la rive nord en Slovaquie où nous allons, elle s’appelle Komárno. À l’origine une seule et même ville, fracturée par l’histoire et désormais reliée par le pont de l’Amitié. Dans notre petite pension, nous disposons d’un lit encastré dans une alcôve. Mais après 70 km difficiles, seule la douche nous importe.

Bien obligés de contourner les difficultés. 
Côté hongrois, un sentiment d’abandon... 
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Publié le 23 juin 2019

Komárno mérite de s’y arrêter. Pourtant l’arrivée par le port (hier), ne montrait pas le meilleur visage de cette commune étonnante. Le travail de réhabilitation de son centre est déjà bien avancé. Certaines rues gardent encore des façades abîmées qui rappellent celles de La Havane. Ce coin de Slovaquie est habitée à 60% par des Hongrois. Une université en langue hongroise y est implantée. La seule du pays.

Hier soir la visite « éclair » s’est terminée au pas de course. Une pluie d’orage s’est abattue avec intensité sur Komárno. Sans discontinuer toute la nuit.

Ce matin, nous déambulons dans le centre, à la recherche d’un café. En vain. En passant sous des porches, nous découvrons la magnifique place de l’Europe. En partant, une halte au marché nous a permis de nous restaurer avant de reprendre la route. Pas le choix : une saucisse au paprika (pour deux), une tranche de pain et... un café. Nous nous dirigeons vers la forteresse dont les murs d’enceinte pourrait être signée de Vauban. Elle existait déjà quand Napoléon y débarqua.

Après notre crapahut d’hier, nous choisissons la rive nord - slovaque- du Danube. Sans aucun doute. Nous devions rouler sous la pluie toute la journée, selon la météo locale. Mais les nuages noirs menaçants sont poussés par un vent de face. On ne se plaint pas. Vent ou pluie, on préfère quand même le vent. On distingue des traces d’anciennes frontières. Nous roulons sur la crête de la digue anti-crue. À l’horizon, on aperçoit les contreforts des Petites Carpates. De temps à autre, la barrière des arbres laisse entrevoir le Danube, sans navires. On est dimanche. De petites plages font le bonheur des familles.

Le plus grand site archéologique de Slovaquie se dévoile en contrebas. Les Romains y avaient édifié un fort imposant à la limite de leur empire. Comme un panneau échappe à notre vigilance, nous terminons notre étape par la route. Stúrovo a la particularité d’être à cheval sur deux rives et deux pays. Ici comme sur les 676 kilomètres de frontières avec la Hongrie, les relations sont tendues, à cause des ultra-nationalistes des deux bords. À peine nos sacs posés, il se met à pleuvoir. La visite attendra un peu.

La place de l’Europe. 
Cette photo (qui n’est pas la mienne) montre l’ampleur de la forteresse. 
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Publié le 24 juin 2019

Lorsque la pluie s’est calmée hier soir, nous avons arpenté la large avenue piétonne de Stúrovo. Arborée, fréquentée par la population locale. Pas très fun sur le plan architectural, elle semble tout droit sortie des année-soixante.

Ce matin, nous traversons le pont Marie-Valérie (d’Autriche). Détruit en 1919 et en 1944, il n’a été reconstruit qu’en 2001. Au milieu, des panneaux annoncent le changement de pays. Nous disons au-revoir à la Slovaquie. Le Danube prend désormais la direction du sud.

En face, la ville porte le nom d’Esztergom. Capitale de la Hongrie du Xe au XIIIe siècle, elle a joué un rôle important dans l’histoire du pays. Elle demeure la capitale ecclésiastique. L’archevêque de la ville porte le titre de prince-primat de Hongrie. Quant à sa basilique - la plus grande d’Europe centrale -elle domine la grande boucle du Danube, comme pour montrer sa puissance. L’intérieur n’est pas à la mesure de l’extérieur. Notre trajet du jour alterne les rives. Nous empruntons un bac à deux reprises. Dont un plutôt original puisque c’est un petit remorqueur qui tracte une barge par le flanc.

Ce midi pas de pique-nique. Dans une guinguette, Laurent mange un poisson pêché dans le fleuve. Une « chair » fournie, peu d’arêtes, au goût de sandre. Il se régale. Moi, je reste « classique » (saucisse-frites). L’addition : 6 euros avec les boissons. L’itinéraire est agréable, à l’exception des derniers kilomètres sur une route à fort trafic. Nous arrivons à Szentendre en fin d’après-midi. Notre petite pension a du charme.

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Publié le 25 juin 2019

Notre halte à Szentendre, à moins de 30 kilomètres de Budapest, était voulue. Afin de pouvoir arriver en fin de matinée dans la capitale hongroise. Autre raison : la cité de 25 000 habitants multiplie les atouts. Elle se distingue par ses petites rues et ruelles et ses maisons colorées. Elle compte de très nombreux musées et galeries d’art. Et depuis les années 1700 où des Serbes étaient venus s’y réfugier, elle reste aujourd’hui encore une « petite Serbie » en terre hongroise.

Notre trajet vers Budapest est émaillé de plusieurs arrêts et demi-tours. Avec notre carte et Google Maps, nous avons bien sûr trouvé notre chemin. Mais en empruntant un tronçon de périphérique, très certainement interdit aux vélos. On flippait. Trouver notre « Urban Room », n’a pas été simple non plus.

En fait, il se situe dans ce qui a été le ghetto. Une série d’immeubles en enfilade. L’entrée de la voie intérieure privative est fermée sur la rue par un grand portail. Rien n’indique sa présence.

Budapest, nous revoilà ! Nous aimons cette ville. Nous y avions séjourné en plein hiver. Nous avons hâte de la voir en été. Nimbée de lumière. Elle est la 3e capitale de notre périple.

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Nous passons deux nuits en plein centre de Budapest, à quelques centaines de mètres seulement de l’hôtel de notre précédant voyage, reconnaissable entre mille par son architecture « soviétique ». Notre chambre ressemble à une boîte carrée d’1, 80 m de haut. Les pièces communes en revanche sont très spacieuses. Le piano trône en hauteur.

Nous restons dans Pest le premier soir. Aujourd’hui, nous sommes passés à Buda de l’autre côté de la rive. D’un côté comme de l’autre, les paysages sont harmonieux et les monuments grandioses. Les statuts de l’époque soviétique ont été reléguées dans un parc à l’extérieur de la ville.

Nous commençons par la plus grande synagogue d’Europe, construite à une époque où le peuple juif aspirait à s’intégrer. L’architecte - de culture catholique- a commis plusieurs « erreurs » dont celle d’y installer des orgues. La musique étant interdite !

Nous révisons notre histoire de la Hongrie pendant la guerre et le terrible destin des juifs vivant dans le ghetto. 2000 d’entre eux sont enterrés dans le jardin jouxtant l’édifice religieux. Nous partons à la découverte de différents quartiers de la ville. Dans le très beau marché du XIXe, des petites échoppes vendent des plats cuisinés. Je vais faire des envieux ! J’ai craqué pour des ... tripes. Relevées, délicieuses.

Direction l’église Saint-Mathias sur les hauteurs de Buda. Couverte de 250 000 tuiles vernissées multicolores. De là, la vue est remarquable. En particulier sur le pont des chaînes et le grandiose Parlement. Disproportionné ce Parlement, diront certains ! Pas forcément. La Hongrie d’alors était trois fois plus grande qu’aujourd’hui et comptait bien se développer encore. Il fut longtemps le plus grand du monde. Avec ses 262 m, il dépasse celui de Londres de 2 m. Mais le dictateur roumain, Nicolae Ceaușescu, l’a détrôné à Bucarest. Plafonds à la feuille d’or, sculptures et autres ornements donnent à son intérieur un cachet exceptionnel. Mais l’harmonie qui se dégage de sa façade extérieure ouvragée reste un summum d’élégance.

L’arbre du souvenir de la synagogue à sept branches : chaque feuille porte le nom d’un juif mort. 
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Aujourd’hui, il est annoncé de grosses chaleurs (canicule+). Nous décidons de partir tôt. Nous quittons notre chambre dans l’ancien ghetto et nous nous dirigeons vers Buda sur la rive opposée du Danube. On se régale encore et toujours de ces belles façades. Les premiers kilomètres nous semblent faciles.

Mais dans la périphérie de la ville, la traversée vire au casse-tête. Les panneaux apparaissent à notre grand bonheur mais disparaissent d’un coup en plein carrefour. Carte et Google maps : rien n’y fait. Les demi-tours sont légions, les voies sans issue aussi. Nous parcourons 22 km avant de quitter Budapest !

Je ressors le bandana que je trempe régulièrement dans l’eau pour faire écran aux rayons du soleil particulièrement agressifs. Mes épaules et genoux peaufinent leur teinte homard, malgré le bronzage et la protection solaire.

Nous empruntons des routes pavées (comme le Paris - Roubaix), des chemins de terre défoncés et des routes à fort trafic. Bref, la direction sud de la Hongrie prend le chemin... d’une aventure quotidienne. Difficile de prévoir le temps et les kilomètres d’une étape. Nous décidons de ne plus réserver de « Panzio » à l’avance. Je télécharge une nouvelle application (sur mon IPhone) des pistes vélos hongroises. Un atout supplémentaire. À condition de ne pas rouler en zone blanche ce qui est parfois le cas. Ce soir à Ráckeve, notre chambre donne directement sur le terrain de football. Douche et repos : le pied.

Dernières images de Budapest. 
Les sculptures estampillées « soviétiques » reléguées à l’extérieur de Budapest. 
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Publié le 28 juin 2019

Ráckeve, sur l’île de Csepel, ne se distingue pas seulement par notre pension située au bord du stade. La municipalité avec le soutien des habitants - et en s’appuyant sur les archives- ont construit en 2006 une réplique du bateau-moulin. En 1863, on en dénombrait 4301 en service sur le Danube. Le dernier était justement ancré à Ráckeve, jusqu’à sa disparition en 1968, brisé par les glaces.

Notre parcours du matin prend des allures de Dolce Vita. Un chemin à l’ombre bordé de maisons de vacances, simples ou luxueuses, face au Danube, et chacune équipée de pontons de bois. Idéal pour les amoureux de la pêche et de la nature. On se régale. Mais la vie n’étant pas un long fleuve tranquille, nous sommes contraints de pédaler durant des kilomètres sur de l’herbe, à fort potentiel « coupe jambes » avec effet ralentisseur garanti. Peu importe l’effort à fournir, j’ai en tête de faire un (long) crochet à Dunaújváros, l’une des villes les plus récentes de la Hongrie, considérée aujourd’hui comme un véritable musée du communisme à ciel ouvert. En pleine industrialisation de l’après-guerre, les dirigeants communistes choisirent d’implanter les plus grands hauts fourneaux du pays au bord du Danube, dans un immense espace naturel.

Pour la seule année 1950, 1000 appartements ont été bâtis. Quatre ans plus tard 27 000 personnes habitaient dans cette ville nouvelle, baptisée Stalineville, pour faire plaisir au leader soviétique. Logements neufs et confortables, équipements sportifs, hôpital, théâtre, cinémas, école primaire (la plus grande d’Europe centrale)... la ville était un exemple du « réalisme socialiste ». D’un idéal. Conçue selon la philosophie du Bauhaus dans un style souvent appelé « baroque stalinien ». Après l’insurrection des citoyens de ce « paradis communiste », la ville fut rebaptisée. Elle resta cependant une « ville socialiste modèle » et le symbole du pouvoir prolétaire.

Nous avons tourné-viré pour retrouver des traces de cette démesure à l’image de la Karl-Marx Stabe de Berlin. Un peu déçus. À notre étape à Sólt, le compteur affiche 87 kilomètres.

Photo d’archives de Stalineville en 1960. Trouvée sur le net.
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Publié le 29 juin 2019

Quelle journée ! Elle commence sous les meilleurs auspices. Avec un petit air allégeant un peu la chaleur matinale. Nous avons maintenant l’habitude des terrains accidentés : terre, ornières and co. Ce samedi ne déroge pas à la règle. Mais très vite nous rejoignons la digue non loin du Danube (sans le voir). Le long ruban d’asphalte gris souris se perd à l’horizon, à peine tâché par quelques mottes abandonnées par un tracteur.

D’un côté, la Hongrie agricole dans toute sa diversité, à perte de vue. Les plaines sont bien exposées et protégées par les digues et les rideaux d’arbres de l’autre côté. Fruits, légumes, vignes et culture céréalière. J’apprends que le pays se classe premier producteur européen de maïs doux (2e producteur mondial), 2e producteur mondial de foie gras derrière la France et 4e producteur mondial de miel. Nous voyons notre premier troupeau de vaches. Peut-être des laitières. Ici la préférence va à la volaille et au porc.

Nous nous arrêtons à Kalocsa dans l’espoir de trouver une alimentation ouverte. Les Coop remplacent les Spar, plus au nord. Nous découvrons que nous sommes dans la « capitale » du paprika. Ce piment doux de la famille des poivrons, importé en Europe au XVIIe siècle. La Hongrie l’a adopté. Il est utilisé à toutes les sauces, en particulier dans le goulasch. Dans la petite ville, toute la population est tournée vers la culture de l’épice. Un musée à sa gloire a même été érigé.

Nous traversons de rares villages, dotés de deux églises ! Après une halte au bord de l’eau, histoire de se ressourcer, nous repartons affronter la chaleur sans ombre. Impossible de s’arrêter sous le seul pont de notre trajet. Les moustiques passent à l’attaque en ordre serré. On capitule. On repart.

À Baja, notre point de chute, nous avons du mal à trouver où dormir. À cause de la concentration d’athlètes participant dimanche à un triathlon. Nous sommes fatigués après avoir parcouru 100 km !

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Publié le 30 juin 2019

30 mai 2019-30 juin 2019 : un mois, jour pour jour, que nous avons pris la route. Bilan : nous avons parcouru plus de la moitié du parcours. Tout en prenant le temps (l’équivalent de cinq jours) de découvrir les villes à pied. Pas une seule fois, nous avons eu envie de faire une pose. Lorsque le fatigue prend le dessus, c’est le cas aujourd’hui, on réduit simplement la voilure. Douche, lessive, repos.

Ce matin, nous faisons connaissance avec les Triathlètes qui dormaient dans le même gîte que nous. Nous effectuons un détour par le centre-ville de Baja (spécialiste de la soupe de poisson) pour regarder les sportifs en plein effort.

Puis, à notre tour de pédaler. La température annoncée prévoit 35°C. Nous retrouvons le vent thermique (de face). On connaît.

Les lignes droites à perte de vue nous lassent vite. Je remarque quand même un auto-collant anti-aéroport de Notre-des-Landes. Puis un autre. Soit un black bloc hongrois est rentré chez lui, soit un cycliste français anti NDDL a souhaité épuiser son stock d’auto-collants sur la digue entre Baja et Mohacs, au milieu de nulle part ! Ce matin, en tout cas, nous étions seuls au monde sur le tronçon.

Notre étape du jour : Mohacs. La petite ville se situe non loin de la frontière Serbe et Croate.

Nous étudions encore la direction à prendre, sachant que nous irons, d’un pays à l’autre, de part et d’autre du Danube. Nous allons abandonner les Forins hongrois pour le Dinar serbe et le Kuna croate. L’euro n’a pas cours, présentement. Dommage. Peut-être aussi que nos forfaits téléphones ne seront plus valables dans les pays à venir. Nous verrons.

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Mohacs se trouve sur la rive ouest du Danube et pour gagner l’autre côté du pays, il est nécessaire de prendre un bac. Une ville et une micro-région du même nom. Elle est réputée pour sa fête païenne (équivalente de la mi-carême), Busójárás. Les « busó » traversent le Danube à la rame. Ils sont vêtus d’une peau de bête à cornes et portent un masque assez terrifiant. Ils marquent la fin de l’hiver en brûlant le cercueil carnavalesque. Une tradition liée au peuple slave.

La ville de 10 000 habitants respire le calme. Mais elle n’oublie pas son histoire ancienne et plus récente.

En particulier la grande bataille de Mohacs en 1526 quand les Ottomans conduits par Soliman le Magnifique ont écrasé les Hongrois et tué leur roi Louis II. À une dizaine de kilomètres, un mémorial est érigé à l’endroit du charnier (mis à jour entre 1960 et 1976). 28 000 soldats ont péri dans cette bataille.

Dix kilomètres plus loin, nous sommes deux cyclistes perdus au milieu d’un impressionnant ballet de camions. La frontière hongroise est fermée au sud depuis 2015 - par 175 km de clôture renforcée et de barbelés enroulés - sur la ligne serbe. Le dispositif a été étendu depuis à la Croatie et à la Roumanie. Soldats, douanes, et drones hongrois surveillent. Le pays (pourtant européen) veut ainsi empêcher les migrants de passer.

Nous entrons en Croatie (notre 5e pays), en ayant bien conscience que les territoires frontaliers sont des zones sensibles.

Une fois les grandes plaines cultivées traversées, nous abordons des montées sur les coteaux, plantés de vignes. Les premiers villages croates sont encore habités par des Hongrois. Nous retrouvons avec bonheur des espaces boisés. Et l’ombre bienfaitrice. La pension de Zmajenac ressemble à un havre de paix.

Laurent aux couleurs de la pension de Mohacs ! 
Mohács a accueilli de nombreux réfugiés lors de la guerre entre la Serbie et la Bosnie. 
La fleur de lotus présente trois failles qui symbolisent les fractures du pays après la bataille de 1526. 
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Super notre halte au Baranjski Dvori de Zmajenac. Les chambres sont fraîches sans climatiseur. Nous avons même des volets (rares dans les pays traversés). Le jardin lové entre d’anciens murs dédiés au vin offre un cadre reposant. Nous discutons avec notre hôtesse souriante et sympathique.

Après une bonne nuit réparatrice et un succulent petit déjeuner, nous sommes remontés sur nos vélos. Destination Osijek, la grande ville de ce territoire frontalier. Dans un village, nous nous arrêtons retirer de l’argent croate et acheter de l’eau fraîche. Mon pneu arrière a crevé. Laurent est optimiste. Avec notre chambre à air anti-crevaison, il suffit de faire tourner le liquide intérieur et de regonfler. Malheureusement, il fuit toujours. Nouveau démontage, changement de chambre à air, nouvelle crevaison trois kilomètres plus loin, nouveau démontage... Durant tout ce temps, je n’ai ni bougé ni prononcé un mot ! Le mécano est ainsi resté zen.

Le trajet est forcément plus long que prévu. Nous quittons les hauteurs pour le plat. Dans les villages, beaucoup de maisons semblent abandonnées. Quelques belles façades, des petits bâtiments tout en longueur typiques (de petits chais ?) et des cultures.

Nous savions qu’en prenant la route Croate, nous allions effectuer un large détour vers l’ouest. Nous contournons le parc naturel Kopački Rit, un joyau de biodiversité au confluent de la Drave et du Danube. Lacs, forêts, étendues marécageuses, c’est l’un des plus grands marais naturels d’Europe, d’intérêt mondial (Ramsar, Unesco). Pas moins de 70 espèces de poissons peuplent ses eaux et y frayent. Quant aux oiseaux, ils sont légions. Parmi les 290 espèces ; certaines rares et protégées comme le pygargue à queue blanche et la cigogne noire. Et je ne parle pas des mammifères qui pullulent.

Osijek apparaît derrière l’affluent la Drave. Majestueuse avec sa forteresse réhabilitée récemment. Notre auberge de jeunesse, récente elle aussi, a tout le confort. Youpi.

Rencontre avec un Hollandais lors de la 2e crevaison. À droite, le château du prince Eugène de Savoie.
Cette photo aérienne (trouvée sur le net) montre l’immensité de la zone naturelle. 
Osijek et la Drave, affluent du Danube.
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Publié le 3 juillet 2019

Comme chaque jour, à notre arrivée dans la chambre, je raconte la soirée précédente et la journée de route. Une fois le texte envoyé - douchés et reposés - nous partons à la découverte de notre nouvel environnement.

Tram, grands parcs, pistes cyclables, Osijek semble vivre avec son temps. Mais à y regarder de plus près, la ville ne respire pas la santé. Son centre vit au ralenti, les vitrines des magasins ont gardé l’apparence d’un temps révolu. Certains bâtiments anciens sont réhabilités, d’autres sont encore criblés de trous de balles.

La guerre d’indépendance, menée contre les forces yougoslaves et les milices pro-serbes au début des années 90, a laissé des morts et des plaies indélébiles. Dans l’église de briques rouges, un Jésus a subi la double peine. À l’entrée de la ville, au pied du pont, une installation rappelle le traumatisme. Un tank et une petite Fiat rouge symbolisent les forces disproportionnées entre les Serbes et les Croates. Ces derniers peu armés et peu soutenus par les Européens. C’est aussi l’histoire vraie d’un jeune homme qui a voulu faire barrage aux militaires ennemis avec sa Fiat 500. Pot de terre contre pot de fer.

L’autre visage d’Osijek se reflète le long de la Drave. L’affluent a été aménagé : petit port de plaisance, zone de baignade, longue promenade et bars en enfilade. Un restaurant a pris position sur un bateau à quai. Lorsque la chaleur s’atténue en fin de journée, la rive du fleuve s’anime. Et redonne bonne mine à cette ville. Une bonne soirée.

Ce matin, nous avons pris notre petit-déjeuner près du marché. Les étals ne proposent que des produits cultivés dans la région. J’ai donc acheté les bananes à la supérette. Nous avons roulé sur de longues routes sans arbres mais pas sans voitures. Pas question de quitter la Croatie sans passer par Vukovar. La martyre.

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Publié le 4 juillet 2019

Nous voilà donc à Vukovar, la ville martyre. En 1991, j’avais l’esprit accaparé par Sarajevo. En occultant les exactions serbes ailleurs, dans d’autres contrées comme la Croatie. La bataille de Vukovar est pourtant la plus féroce et la plus longue ayant eu lieu en Europe depuis 1945. Jusqu’à 12 000 obus et roquettes sont tirés par jour sur la ville. Première ville importante en Europe à être entièrement rasée depuis la Seconde guerre mondiale.

Le siège dure trois mois, les habitants se terrant dans les caves. Dans un stade, les bras armés à la solde de Slobodan Milošević écartent les hommes en âge de se battre et les exécutent. 420 malades hospitalisés sont évacués et tués, malgré un accord signé. Parmi eux se trouvait un volontaire français, Jean-Michel Nicolier, 25 ans. Un pont porte son nom.

Les juifs avaient été assassinés en 1941. Après la Seconde guerre mondiale - à l’image de Sarajevo - Vukovar était encore une ville multiculturelle. Détruire la ville revenait à détruire ce « vivre ensemble ». Un mot a été inventé après les événements de Vukovar : urbicide.

L’ancienne gare frappe quand on arrive. Le château d’eau garde les impacts des obus. Par endroits, la ville a fait peau neuve, en tournant le dos au fleuve. Comme pour ignorer les Serbes de l’autre rive. Les relations entre Croates et Serbes de la cité sont difficiles. Ils vivent côte à côte mais pas ensemble. Les enfants fréquentent des écoles différentes.

En 2010, le président de la République de Serbie, Boris Tadič a présenté les excuses de son pays pour les violences commises. Il est venu par le ferry qui reliait les deux rives jusqu’en 1991. Une exception. Car ce ferry n’a jamais été remis en service depuis.

Ce matin nous roulons vers le pont à une vingtaine de kilomètres de Vukovar. Nous enchaînons les montées à 8% sur une nationale empruntée par de nombreux camions. Flippant. Nous passons les douanes de part et d’autre du Danube. Ce soir, nous dormons en Serbie.

La photo de droite (trouvée sur le net) montre la ville en ruine. 
Sur le pont Nicolier, des peintures à effets 3D. 
À gauche, le château des comtes Eltz est devenu un musée. À droite, arrêt dans un village avant le passage du pont. 
À gauche, des panneaux comme celui-là, la région en compte plusieurs pour signaler les champs... de mines.
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Publié le 5 juillet 2019

En face de Vukovar, nous nous arrêtons à la première ville serbe, Bačka Palanka. Banque, argent liquide : le dinar serbe. L’ambiance est très différente. Animée. Le coût de la vie a baissé radicalement comparé aux cinq pays précédents. Les salaires moyens des habitants aussi.

Laurent avec son humour potache, s’interroge : « Le serbe est-il acerbe ? Ou Serbiable ? Mon imaginaire me fait entrevoir des hommes avec des cous de taureau et le crâne rasé. La mine « pas tibulaire mais presque » comme dirait Coluche. Bref, les personnages qui font peur dans les films avec Vincent Cassel...

Forcément, la fiction ne rejoint pas la réalité. Les Serbes sont très serviables. Ils se mettent en quatre pour vous aider. Il faut dire que les touristes étrangers se font rares.

Nous avançons jusqu’à Glozan dans «l’ethno café pension Tulip », à l’écart d’Euro Vélo 6. Un jeune couple nous accueille. Il a su garder l’âme et l’authenticité de la maison de famille. Nous passons une bonne nuit.

Ce vendredi, nous pédalons en deux temps : le matin jusqu’à Novi Sad. Une grande ville qui n’a plus de chambre disponible à cause d’un énorme festival de musique. 40 scènes et 200 000 personnes en quatre jours. Nous décidons quand même d’y passer un moment. Vieille ville petite mais avec du cachet, forteresse imposante et plage de 700 m de long très animée.

Nous en profitons pour nous délester de notre matériel de camping et d’objets inutiles, en vue des difficultés à venir. Le passage à la Poste dure longtemps. Pour chaque paquet, nous devons remplir 4 feuillets. En fin d’après-midi, nous reprenons la route jusqu’à Sremski Karloci, petite cité de caractère qui regroupe des édifices remarquables et des caves de viticulteurs.

Ce matin, premier troupeau de moutons et première roulotte de ruches d’abeilles. 
Toits de chaume et maison champignon ou maison de schtroumpfs ! 
Plantes inconnues à haute tige et paysage valonné. 
Arrivée à Novi Sad en périphérie : camp militaire et immeubles des années 70. 
Le vieille ville de Novi Sad 
Cure et DJ Snake entre autres au Festival Exit.
Le maître-autel en bois sculpté et sur une place une peinture à effet 3D. 
Beaucoup de monde à la plage de Novi Sad. 
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Publié le 6 juillet 2019

Chez Ivana à Sremski Karlovci, il n’était pas possible de charger les photos. Je viens donc de compléter l’étape précédente. En particulier la plage de Novi Sad. Belle, je ne sais pas mais très fréquentée, c’est sûr. Festival oblige, plusieurs DJ déversent des décibels en rythme électro.

Nous savourons notre étape chez Ivana et sa maman (Sobegajic). Leur gentillesse, leur sens de l’accueil et leur envie de discuter avec nous. Quand nous repartons ce matin, la température affiche déjà 35°C. Le parcours est long, chaotique et difficile. Je vous passe les détails de l’état de la route, du trafic et des montées à n’en plus finir.

En haut des moyennes montagnes, la vue est dégagée. Nous dominons le monde à 180 degrés au moins avec allégresse ! Il n’y a pas de petit plaisir... Une église en construction retient notre attention. Tout comme les maisons d’abeilles posées dans un champ de tournesol. Quand Belgrade approche, la circulation s’intensifie mais sans trop de soucis nous arrivons sur le bord du fleuve et les espaces réservés aux vélos et aux piétons.

La capitale serbe semble plus « âpre » que les autres capitales. Mais méfions-nous des premières impressions. Pour l’heure, nous avons rangé les vélos. Nous passons en mode repos.

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Publié le 7 juillet 2019

Notre logement, très bien placé, nous permet de découvrir la plus vieille ville d’Europe à pied. Porte stratégique entre l’Orient et l’Occident - source de bonheurs et de malheurs - Belgrade a été détruite entre 28 et 33 fois, selon les historiens. Nous remontons les avenues piétonnes. Les immeubles racontent à eux seuls l’histoire de la cité de plus d’un million d’habitants, traversée par deux fleuves qui se rejoignent entre île et îlots.

Sa forteresse, qui domine la ville dès le premier siècle, a été remaniée à toutes les époques. Aujourd’hui, son parc très fréquenté, offre des points de vue de toute beauté. Elle sert également à des activités surprenantes : des expositions d’engins de guerre et de dinosaures en passant par la pratique du tennis...

De beaux immeubles cohabitent bizarrement avec ceux de l’ère communiste. Entrecoupés par des constructions hyper contemporaines. Les parcs immenses donnent une respiration bienfaitrice. Les bords de l’eau sont occupés par des maisons flottantes, au nombre de 12000.

Les terrasses de bars et restaurants animent les rues. En journée mais surtout le soir venu.

Œuvre en mosaïques et pont flottant de l’armée pour aller à la plage. 
À droite, le fameux monument restauré (A la France) inauguré par Macron après notre passage. 
Magnifique chapelle dont les décorations intérieures sont en mosaïques. 
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Publié le 8 juillet 2019

À la fin de notre première journée à Belgrade, le ciel nous est tombé sur la tête. Un violent orage associé à un coup de vent ont mis un frein à notre découverte à pied. Ce lundi, le beau temps et la chaleur sont revenus. J’ai décidé d’aller chez le coiffeur. Le résultat me satisfait sauf que mes cheveux n’ont pas été désépaissis.

Nous reprenons nos déambulations. Belgrade capitale de l’ex-Yougoslavie, ne dirige aujourd’hui qu’un territoire restreint. Frappée par les bombes de l’OTAN à cause de son implication au Kosovo et par des sanctions et un isolement économique et financier qui ont duré quasi dix ans, la ville (et le pays) se redresse doucement. Sans avoir compris ses anciens alliés, en particulier la France. Actuellement, elle mène une action contre les exactions commises à l’encontre de citoyens serbes par les Albanais en 1998 et 1999. Les tensions dans les Balkans ne semblent pas calmées.

Cette ville dévoilent plusieurs facettes. Il ne serait pas exacte de penser qu’elle est grise et sale. Pas seulement, loin s’en faut. Elle mériterait, il est vrai, des investissements importants pour lui redonner son lustre d’antan. Et un travail de fond en vue de lui insuffler une cohérence urbanistique.

La population prend le temps de vivre et de faire la fête. Selon un Français qui y vit, la ville est agréable et sûre. Belgrade attire pourtant peu de touristes. L’oubliée des Balkans aimerait sortir de l’ombre. Elle en a les atouts. Il serait dommage que le sentiment de rejet développe un esprit de revanche...

À gauche, l’imposant bâtiment de la Poste centrale. 
À droite l’intérieur de la Poste centrale. 
Une partie de l’ancienne télévision nationale bombardée par l’OTAN est restée en l’état.
À droite la plus grande cathédrale orthodoxe des Balkans, l’une des plus grandes du monde. 
La magnifique crypte de la cathédrale orthodoxe, travaillée à la feuille d’or. 
Dans une autre chapelle orthodoxe. Les Serbes prient avec beaucoup de ferveur. 
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Publié le 9 juillet 2019

Lundi, nous profitons de notre dernière soirée à Beograd. Direction le quartier « Bohemians», surnommé « le Petit Montmartre ». On y trouve des galeries d’art et des brasseries. Les murs aveugles d’une ancienne fabrique ont été peints en trompe-l’œil.

Ce matin, levés tôt. Traversée de la ville dans la circulation. 2000 km au compteur ! À la sortie de Belgrade, nous marquons l’événement par un selfie. La bonne nouvelle est cependant très vite contrariée par une erreur de parcours. Nous revenons en arrière sans le savoir. Une boucle inutile de... vingt kilomètres. Nous gardons notre bonne humeur. Pourtant, rien ne va : trous, cailloux, boue, herbes hautes... Laurent part en crabe et je le télescope. Pas de blessé mais il perd son compteur. Plus loin, ce sont les chiens errants qui apparaissent. Par deux fois, je fais usage de mon sifflet à ultra-sons.

Cette longue étape contraste avec le bruit et la foule de la capitale. Nous sommes tous les deux, seuls, en pleine nature. Le plus souvent sur la digue. Le Danube est masqué par une barrière d’arbres. Sur ses flancs, d’immenses marigots plantés de roseaux et de troncs sombres servent de garde-manger à une population à plumes et à poils. Sans doute à écailles aussi.

Deux biches nous dévisagent avant de s’enfuir et des cochons sauvages restent indifférents à notre passage. Nous arrivons à Kovin, une ville industrielle assez tristounette. Spécialisée dans la métallurgie. Nous la trouvons parfaite pour reposer poignets, cous et fessiers, très secoués.

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Publié le 10 juillet 2019

Nous sommes partis ce matin sous une petite pluie fine. Une première. Et un plaisir sans pareil après une overdose de soleil. Nous reprenons la digue. 40 km de chemins de terre cabossés secouent nos carcasses. Nous sommes consolés par des paysages grandioses. Laurent s’extasie devant les colonies de hérons cendrés, de cormorans pygmés, de garrots à œil d’or, de sternes pierregarin et autres rousserolles effarvate...

En attendant le bac, nous déjeunons au bord de l’eau. Le récipient de soupe de poissons (avec un beau morceau) coûte 2 euros. Laurent se régale. La barge arrive. Les marins doivent niveler la terre pour que les voitures puissent monter à bord. La traversée sur l’autre rive serbe nous donne le temps d’apprécier l’immensité du fleuve, véritable mer intérieure. Et les montagnes en face : la Roumanie.

Après quelques grimpettes pour atteindre le plateau, nous rejoignons les bords du Danube. À nouveau sur la digue. La construction de cette protection contre les inondations a transformé un bras du fleuve en lac. Lieu de villégiature aménagé, très prisé par les Serbes le week-end.

Nous longeons une forêt à perte de vue, plantée principalement de pins. La plaine a été boisée au XVIIIe siècle à la demande de l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse, afin de stabiliser le sol sableux qui menaçait d’envahir certains villages alentours. Nous sommes dans la Deliblatska Pescara, la plus vaste zone de sable d’Europe qui faisait partie d'un désert préhistorique, créé par le retrait de la Mer pannonienne. Ses surnoms : « Sahara de l'Europe » et « plus vieux désert d'Europe ».

Dans cette réserve naturelle, nous avons vu un loup ! Ils sont légions... mais habituellement discrets. Alors que les chiens errants ne se cachent pas. Mon sifflet me sert et il est assez efficace.

Ce soir, nous nous arrêtons à Vinci (spéciale dédicace à mon frère Gilou). Dans un lieu incroyable, niché dans les pins. Cica nous accueille en prononçant quelques mots en français. Elle nous offre du raki et une part de gâteau à la framboise.

Roseaux et oiseaux dans ce marais jouxtant le Danube. 
Arrêt déjeuner sur le bord d’un canal. Laurent opte pour la soupe de poisson. 
En face de nous, les montagnes de Roumanie 
Le Danube, une mer intérieure. 
Après les roulottes-ruches, le bus-ruches et les ruches-ruches. 
À gauche, l’ancien bras du Danube devenu un lac. À droite, la digue sépare le fleuve de son bras. 
Deliblatska Pescara  (une vue aérienne qui n’est pas de moi). Je n’en avais jamais entendu parler.
Cica nous offre le raki à notre arrivée dans son Guest-House unique dans les pins. 
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Cica (prononcez TsiTsa) nous a préparé un petit déjeuner pantagruélique. Tomates et fromages de la région, confiture maison, omelette, charcuterie et yaourt... Bref, à part le « café serbe » qui est difficilement buvable (il n’est pas filtré), nous prenons des forces en prévision de la journée.

Je ne désire pas avoir de détails. Pire, je ne veux rien savoir. Ainsi, j’affronte les difficultés le moment venu. Je garde ma résistance psychologique intacte, sans angoisse préalable inutile. Je sais juste que je dois mettre mon casque et mon gilet fluo à bandes réfléchissantes. Nous vérifions aussi notre éclairage.

Avant de partir, Laurent répare mon pneu arrière, crevé une 3e fois. Il ne fait pas trop chaud et la circulation sur la route du côté serbe est moins dense que sur la rive roumaine. Ce qui a motivé notre choix.

Nous sommes happés par les paysages grandioses. Les montagnes des Carpates, sont percées par les gorges de Derdap (parc national) sur une longueur de 90 km. À certains endroits, la profondeur record du fleuve atteint 90 mètres. Du côté de la Roumanie, le parc naturel a pour nom « Les Portes de fer ». Une réputation qui remonte à des milliers d’années. Un casse-tête en temps de paix comme en temps de guerre. Un environnement qui défie les humains.

Dans cette nature sauvage, vit toute une faune en liberté dont des lynx et des loups. La forteresse de Golubac se dresse avec fierté à l’entrée des Portes de fer. Sur la route qui suit les méandres du Danube, nous traversons une bonne dizaine de tunnels étroits et sans éclairage. Prudence de rigueur. Les véhicules ne s’encombrent pas de la limitation de vitesse. Lors d’une montée particulièrement longue, un point de côté me coupe les jambes. Je m’arrête à trois reprises. Laurent grimpe à son rythme. Résistance et efficacité.

Donji Milanovac apparaît enfin après une descente libératrice. Je ne pense pas à demain. Je regarde le Danube de notre petit balcon. Et j’écoute le clapotis frapper le remblai. Un régal.

Et maintenant, les camion-ruches qui se déplacent dans le parc naturel. 
À gauche, l’un des nombreux tunnels. 
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Publié le 12 juillet 2019

La boucle Serbe du Danube est un itinéraire choisi et même rêvé. Nous ne voulions à aucun prix faire l’impasse sur cette merveille. Les Portes de fer recèlent des trésors naturels, patrimoniaux, historiques et économiques.

C’est vrai nous grimpons des massifs et nous traversons encore des tunnels mais les efforts sont largement compensés. Quand nous quittons Donji Milanovac et son petit marché de dentelles, nous effectuons un crochet pour accéder au pont qui enjambe l’une des quatre rivières qui aliment le Danube dans les Portes de fer. Elle forme une ria (Aber en Breton). D’autres suivront ainsi qu’un golfe en forme de ballon tout rond. Les montagnes de part et d’autre du Danube s’éloignent ou se resserrent. Vertes ou minérales. Quand le grand fleuve doit se faufiler dans des passes étroites, le courant devient puissant et le vent se lève. Il souffle son envie de se libérer de ce carcan rocheux.

C’est alors que la sculpture monumentale de Décébale - la plus haute d’Europe avec ses 40 m de haut et ses 20 m de large - apparaît sur le versant de la Roumanie. Construite de 1994 à 2004, elle représente le dernier roi des Draces qui a combattu les empereurs romains. Elle fait face aux Tables de Trajan (côté serbe), marquant la victoire des dits Romains. Décébale qui a été financée par un milliardaire roumain ne fait pas l’unanimité. Elle est même perçue comme un affront...

Nous arrivons à la hauteur d’Orsova, d’abord Hongroise puis Ottomane avant de devenir Roumaine en 1920. Elle est spécialisée dans l’extraction du granite et du chrome, la construction navale et le textile.

Plus loin encore, le barrage de la centrale hydraulique... barre le Danube. Une démesure qui a nécessité des sacrifices. L'île d'Ada-Kaleh, une oasis de culture et de civilisation orientale habitée, jusqu'en 1968, par une population d'origine ethnique turque, se trouve à présent sous les eaux du lac de retenue. L'ancienne ville d'Orşova a également été submergée, les habitants de cette bourgade et de 10 autres localités ayant été déplacés à des endroits plus élevés de la rive. Enfin, pendant les travaux de construction de la centrale, une centaine de personnes sont mortes dans des accidents de travail.

Le barrage mesure 1278 m de long et le volume d’eau emmagasiné avoisine les 2200 millions de mètres cubes. Il alimente en électricité les deux pays (20% de la Roumanie). Le passage des navires se fait par des écluses, parmi les plus grandes jamais utilisées pour une centrale hydraulique.

À Kladovo nous laissons derrière nous les Portes de fer.

Hier soir, nous avons dormi face au Danube. 
Petits bateaux dans une passe étroite 
À gauche, les tables de Trajan, déplacées lors de la construction du barrage. 
À droite, les avis d’obsèques sont affichés sur les boîtes électriques et sur les poteaux. 
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Publié le 13 juillet 2019

Nous avons pris nos aises à Kladovo dans un grand appartement/maison donnant sur une belle terrasse. Son coût correspond à celui de l’emplacement d’une tente en Allemagne.

Ce matin, le ciel couvert et la température clémente rendent nos efforts tout à fait supportables. La difficulté du jour : des chemins de pierres et des haies envahissantes qui nous gênent pour avancer. Le fleuve est tout près de nous. Dans ses grandes largeurs. Les montagnes, hier si visibles, ne forment que des vaguelettes à l’horizon. Nous traversons des villages et des petites villes. Partout des maisons sont abandonnées. La guerre et la dislocation de l’ex-Yougoslavie n’ont pas seulement impactées la population mais aussi les commerces et les entreprises. Ces murs sans vie sont autant de verrues qui rappellent des jours meilleurs. Certains occupants ont rejoint le pays de leurs origines (Croatie, Kosovo, Monténégro...), d’autres ont émigré en Allemagne, en Autriche, aux Etats-Unis... Dans cette partie de la Serbie, la construction du second barrage a aussi ralenti la vitalité de la région.

Sur les bords du Danube, les nombreux pêcheurs s’installent dans des caravanes et des installations de fortune. Petites et grandes maisons bordent le fleuve. Leurs propriétaires vivent en harmonie avec la nature environnante.

Nous avons réservé notre nuit au Guest House & Camp for Adventurers Urban Guerilla ! Je crains le pire. Finalement, notre petite cocon est situé dans la vieille maison des grands-parents de notre hôte, enveloppée de verdure. Une adresse pleine de charme et d’authenticité. La dernière en Serbie.

A gauche, au premier plan des chandelles de loup. 
À gauche, les cloches à côté des églises 
Bâtiments et maisons abandonnés. 
Les portails anciens ouvragés. 
À gauche, le monastère de Borovo, également école de viticulture. A droite, le second barrage serbo-roumain. 
Une dernière nuit en Serbie dans un lieu très chouette. 
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Sur les conseils de notre hôte Bojan, nous découvrons samedi « la » foire de Negotin. Un immense marché, des étals en veux-tu en-voilà et des artisans venus vanter leurs portails et autres fenêtres. Tout cela est accompagné de barbes à papa, glaces et confiseries. Plus loin, un grand champ est transformé en fête foraine. Selon Laurent, les attractions ne seraient pas acceptées en France pour des normes de sécurité. Moi, je n’y connais rien. Nous dînons dans la zone piétonne de Negotin, centre judiciaire et culturel du district. La ville est située au carrefour de trois états (Serbie, Roumanie et Bulgarie).

Notre hôte, professeur de tennis, nous suggère notre itinéraire du lendemain et des jours suivants. Nous hésitions encore. Il nous convainc. Un sujet chassant l’autre, il nous donne sa recette de confiture. Les abricots sont seulement sucrés avec du miel, leur donnant une couleur un peu caramel. Les pots sont fermés et stockés à l’envers, côté couvercle. Conservation garantie.

Ce matin, après un petit déjeuner copieux et délicieux, nous prenons la direction de la Bulgarie, par la route, très calme le dimanche. Le ciel est menaçant. Journée de pluie, promet la météo. Nous pédalons à un bon rythme. Même les grimpettes ne nous font pas peur. Le passage de la frontière est assez sinistre. Du côté bulgare, de nombreux bâtiments sont abandonnés. Depuis la fin du rideau de fer ? Nous sommes sans réponse. Intrigués.

Nous rejoignons la première ville bulgare, Vidin. L’un des points de passage vers la Roumanie. Nous avons évité la pluie de justesse. Il tombe des cordes.

Dans notre guest-house de Negotin. 
Nous passons au ras des tombes. 
Laurent en plein effort. 
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Publié le 15 juillet 2019

Depuis que nous avons passé la frontière, nous observons la partie nord-ouest de la Bulgarie. La plus pauvre du pays des Balkans, lui-même le plus pauvre de l’Union européenne. S’il amorce la 3e renaissance de son histoire, le défi est difficile. Malgré ses indéniables atouts industriels et technologiques. Entre autres la télécommunication. Nous pouvons à nouveau nous servir de nos téléphones pour nous guider. Depuis la frontière, nous n’avons pas vu un panneau d’Euro vélo 6.

Vidin reflète des décennies d’errements politiques. Immeubles en décrépitude, bâtiments à l’abandon, commerces aux looks des années 60... Dans les campagnes, la situation s’aggrave davantage encore. Ces territoires semblent laissés à l’abandon et souffrent de grande pauvreté. Les terres sont exploitées de manière très parcellaires. La moitié du réseau routier du pays asphalté occupe l’une des dernières places du classement mondial.

Vidin refait ses places et artères principales comme pour tenter de sortir du cycle mortifère. En quittant la ville, nous nous écartons du Danube, Nous roulons sur les contreforts des montagnes. Côtes et « côtelettes » s’enchaînent... à la chaîne. Nous avons du mal tous les deux. En cause : un petit-déjeuner quasi inexistant. À moins que ce soit l’heure de décalage qui perturbe nos organismes.

Nous arrivons à Lom, second port bulgare sur le Danube. Le fleuve s’étale entre 1,6 et 2,4 km de largeur. Nous sommes contents de pouvoir nous reposer. Nous visiterons en fin de journée.

À Vidin, le ciel noir est menaçant. 
Des travaux sur les places de la ville. 
La synagogue à l’abandon 
Le forteresse médiévale Baba Vida. 
Un mini festival près du château attire les jeunes. 
Ce matin, de nombreuses usines fermées depuis lontemps. 
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Publié le 16 juillet 2019

Lom ne nous a pas laissés la même impression que Vidin. Malgré un habitat en mauvais état, la ville est... vivante et bien entretenue. De larges avenues ont été aménagées en zones piétonnes. Toutes les générations s’y retrouvent. Sur les bords du Danube, une longue promenade dessert des aménagements ludiques et sportifs, nombreux. Un ancien navire acte l’histoire maritime de Lom. Outre sa grande bibliothèque, la cité possède le plus vieux chistaliste - cercle local de culture populaire - de Bulgarie. Nous assistons au coucher de soleil en compagnie de pêcheurs qui ne désarment pas. Passion quand tu nous tiens !

Ce matin, nous partons pour une longue étape. « Notre dernière épreuve de montagne » m’assure Laurent. La première ascension longue et pentue se complique avec les pavés. Les descentes ne permettent pas de prendre de la vitesse. La chaussée est criblée de gros trous, certains de 20 cm de profondeur. L’inattention peut conduire à la chute.

Mon petit déjeuner ne passe pas. Il joue au yoyo avec ma glotte. Je suis « barbouillée » plus de la moitié de l’étape. Un arrêt citrate et ça repart. Laurent tient le coup. Nous ne pouvons pas nous arrêter sur les bas côtés de la route. La végétation haute et dense ne le permet pas.

Nous traversons des forêts et des petits villages moins pauvres que la veille. Sur les hauteurs, nous avons une vue plongeante sur les vallées et le Danube. La Bulgarie profite de ce fleuve. Elle compte 64 centrales hydroélectriques et plusieurs centrales thermiques importantes. Elle possède également l’un des marchés à plus forte croissance de l’énergie éolienne, dans le monde.

Arrivés à notre destination, loin de tout. Mais pas très loin du passage du ferry que nous prendrons demain matin. Laurent est penché sur les cartes. L’organisation des étapes à venir prend du temps.

Les tomates poussent bien dans leurs pots métalliques. 
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L’hôtel Paradise de Oryahovo est un endroit curieux. Niché dans la verdure. Isolé. Il a dû connaître des jours fastes deux décennies plus tôt, en recevant des Russes (langue parlée dans l’établissement). Chaque logement est une entité propre, avec son parking à l’abri des regards. Propice à des rendez-vous amoureux « discrets ». Nous avons dîné à deux pour 5 euros (plats, desserts, boissons).

Ce matin, nous avons pris le ferry après 1h30 d’attente. Deux cyclistes au milieu des poids-lourds. Là encore, nous avons passé la douane de chaque côté du fleuve. Après la monnaie bulgare le Lev, nous adoptons le Leu à notre entrée en Roumanie.

L’ambiance est différente, les villes se développent de part et d’autre de la nationale. Sur de longues lignes droites. Nous voyons des charrettes tirées par des chevaux. Les hommes vendent leur récolte du jour sur le bord de la route. Tous lèvent le bras pour nous dire bonjour. Souriants.

Welcome Corabia, peut-on lire à l’entrée d’une ville où nous souhaitons souffler un peu. À droite comme à gauche, d’imposants squelettes de béton d’anciennes usines fantômes assombrissent le paysage. Sous l’ère de Nicolae Ceaușescu, la ville a connu un développement industriel (fabriques de meubles, sucrerie, textile, tannerie) mais les années qui ont suivi la Révolution de 1989 et la chute du dictateur ont mis en difficulté ces entreprises dont plusieurs ont tout simplement disparu.

Après des kilomètres de champs cultivés, la nature reprend ses droits. Le Danube n’est pas visible mais la confluence de cours d’eau et d’un bras du fleuve forme des méandres sablonneux appréciés des amateurs de bronzette et de baignade.

Nous dormons chez un couple de Roumains. Au dîner, nous rencontrons nos voisins de chambre. Deux Espagnols de Valence. Une excellente soirée à parler un langage anglo-franco-espagnol assez efficace.

À gauche, un cimetière ; à droite, une toiture en métal gris qui se rouille avec le temps. 
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Publié le 18 juillet 2019

Ce matin, nous avons discuté avec notre hôte de la situation en Roumanie. Il fait partie de la majorité d’électeurs qui souhaite une nouvelle génération de politiciens. Ceux qui se présentent aujourd’hui comme des socialistes « sont âgés et fonctionnent avec les travers des ex communistes roumains». Il parle de la corruption qui gangrène les élus. Elus qui favorisent certaines populations et « oublient » d’investir.

Nous quittons notre guest-house, heureux d’avoir une étape moins longue que la veille. Nous traversons des communes dont l’activité principale est tournée vers l’agriculture. D’énormes maisons sont construites dans des villages, sans être terminées. Leur construction permettrait de blanchir de l’argent « mal acquis ». Les longues lignes droites s’étirent à perte de vue. Des troupeaux de vaches semblent perdues au milieu d’immenses prairies. Régulièrement, des décharges à ciel ouvert gâchent cette nature grandiose.

En route, nous faisons la connaissance d’un couple de Choletais, parti de Saint-Brevin (44) depuis début mai. En tandem. Nous risquons de les revoir puisqu’il suit le même itinéraire que nous jusqu’à Rousse au moins. Nous échangeons quelques tuyaux et des impressions.

Ce matin au petit-déjeuner : un café s’impose. 
Coco et Olivier, des Choletais, ont pris un an pour voyager. À droite, des décharges sauvages en pleine nature. 
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Publié le 19 juillet 2019

Notre hôtel de Zimnicea - l’unique - semble disproportionné. Inter-Agro, peut-on lire sur sa façade. C’est le nom du groupe du milliardaire roumain originaire d’ici. Notre petit tour dans la ville nous surprend par ses nombreux immeubles inachevés.

Trente ans que le régime totalitaire de Ceausescu est renversé. Un millier de Roumains sont morts lors de cette révolution. Zimnicea ressemble au pays, secoué par les drames, les faillites et la corruption. 8000 personnes avaient un emploi dans les usines construites sous le communisme (sans besoin d’être rentables). Elles sont moins de 3500 à y travailler aujourd’hui. La population a baissé, la zone industrielle est en partie détruite, des bâtiments publics sont fermés.

La ville dépend beaucoup de Ioan Niculae, l’homme le plus riche du pays. Chaque famille compte au moins un de ses membres parmi ses salariés. Les aides de l’état lui ont permis de racheter pour une bouchée de pain et dans conditions opaques des entreprises à l’agonie. Il en a construites d’autres plus rentables. Ce que dénoncent ses opposants.

Un autre séisme - au vrai sens du terme - a frappé la ville en 1977. Un tremblement de terre qui a fait 1500 morts. Le vaste plan de reconstruction du centre-ville n’a jamais été achevé. Le premier secrétaire local du Parti avait exagéré l’ampleur des dégâts. Quand Ceausescu a décidé de se rendre sur place, l’homme envoya des bulldozers pour démolir les maisons du centre-ville épargnées. Cette histoire m’a estomaquée.

Ce matin nous sommes partis tôt, en raison de la chaleur annoncée. Sur notre route, Laurent remarque des trous dans la roche. Des nids d’hirondelles, annonce-t-il sûr de lui. Plus loin, un marchand de faïence montre son savoir-faire en édifiant une cousine - lointaine et plus petite - de la Sagrada familia. Dans un village rural, des femmes fabriquent des briques à la main. Nous ne voyons pas le Danube mais des cours d’eau qui s’y jettent. Nous passons à nouveaux les frontières et un pont, un peu perdus parmi les camions. Nous laissons la Roumanie pour quelques jours. Nous retrouvons la Bulgarie à Ruse ou Roussé.

Zimnicea dont la reconstruction n’a jamais été achevée. 
À droite, des peaux de bêtes à sécher. 
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Partir à la découverte de Ruse ou Rousse n’est pas trop sorcier. Il suffit d’emprunter les rues piétonnes. Son centre historique concentre tous les monuments remarquables. Les plus beaux édifices - parmi 200 bâtiments anciens - sont appelés la Douzaine d'Or. Ce qui fait sa notoriété aujourd’hui a été construit à la fin du XIXe siècle. De larges avenues arborées ont été percées sur l’exemple haussmannien. Les styles des édifices se mélangent à l’envi. Classique, baroque, renaissance, gothique et rococo.

Nous nous promenons à l’ombre des arbres des agréables jardins publics. Comparer Ruse à « la petite Vienne » serait présomptueux. Mais il fait bon y vivre. Située sur la rive droite du fleuve, elle est aujourd’hui la 4e ville de Bulgarie (environ 180 000 habitants) et surtout le plus grand port fluvial du pays, divisé en deux entités. Des grues se dressent à l’est et à l’ouest de la ville.

Les Romains y avaient déjà implanté un port, les Ottomans l’ont développé. La ville - tournée vers l’Europe par goût - a souvent devancé Bucarest : première ligne ferroviaire, première projection publique de cinéma, première compagnie d’assurances, première maison d’édition... Les trottinettes électriques ne devraient pas tarder à faire leur apparition !

Une nouvelle fois, nous prenons la route tôt. Les pédales de Laurent ont des dents qui l’ont mordu à l’arrière du talon. Désinfectant, pansement, et ça repart. La route (quatre-voies puis deux voies) rapide n’a rien d’agréable. Loin s’en faut. Nous prenons notre mal en patience. Les kilomètres s’égrènent trop lentement sous la chaleur. Je repère un champ de lavande entre ceux de tournesol et de blé à maturité. Les tortues tentent des traversées sur le goudron. Je ne peux m’empêcher de penser à l’histoire drôle de notre ami Jean-Jean « Tortue pattes chaudes ». Je souris.

Ce soir, nous dormons face au Danube à Tutrakan. Il va me manquer ce fleuve quand je ne le verrai plus.

L’arrivée à Giurgiu en Roumanie. Nous y empruntons le pont pour rejoindre Ruse la Bulgare.
La vue du balcon de notre chambre. 
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Publié le 21 juillet 2019

L’hôtel familial de Tutrakan, le bien-nommé Boat, fait face au Danube. Une petite voie d’accès peu carrossable n’empêche pas les Bulgares de venir déguster la cuisine de la maison à base de poissons.

Cette petite bourgade, aujourd’hui peuplée de 8000 âmes, a connu des périodes fastes. Elle a été le fief incontesté de la pêche. Avec plus d’un millier de bateaux et 5000 pêcheurs. Leur production partait jusqu’à Vienne et Istanbul. Une des photos du musée local, datée de 1942, montre la capture près du village de Vrav d’un béluga de 393 kg.

Les habitants avaient la réputation d’être, en outre, les meilleurs constructeurs de bateaux du bas Danube. Il existait aussi un atelier de réparation d’embarcations. Au XIXe siècle, des bateaux sortis des chantiers navals de Tutrakan étaient exportés vers l’Autriche, la Serbie et d’autres pays. Le village de pêcheurs - unique en Bulgarie - a été sorti de l’abandon, grâce à des fonds européens.

Ce matin, le thermomètre affiche déjà plus de 30°. Nous savons qu’une « épreuve de montagne » nous attend. D’importants dénivelés se succèdent. Nous empruntons la route romaine qui longe le Danube. Traduction : une voie empierrée et des cohortes voire des légions de moustiques. S’ensuit un chemin de terre raviné à tel point qu’il faut descendre de vélo. Concentration maximale. Cerise sur le gâteau : nous terminons par 28 km en plein cagnard sur la nationale. Notre point de chute : Silistra, dernière étape en Bulgarie.

Notre hôtel face au Danube. 
Coucher de soleil pris en photo de notre petit balcon. 
Dans ce village les chevaux remplacent la voiture. On y voit une mosquée et son petit minaret.
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Publié le 22 juillet 2019

Dimanche soir, la grande ville de plus de 100 000 habitants - Silistra - était calme. Une grande place, quelques bâtiments intéressants, et voili-voilà. Cette ville a pourtant été très convoitée par les Byzantins, les Pétchénègues, les Coumans, les Tartars, Les Alains, les Génois. Finalement, elle est tombée aux mains des Turcs pour plusieurs siècles avant d’être cédée à la Bulgarie. Puis elle est passée sous domination roumaine et soviétique... On remarque les vestiges de l’ancienne cité fortifiée. Silistra se situe à la limite Est de la Bulgarie, juste à la frontière. Les bords du Danube sont très fréquentés par les habitants qui viennent s’y détendre en famille.

Aujourd’hui, nouvelle étape de moyennes montagnes... en Roumanie et sur la route. Il fait particulièrement chaud. Le goudron colle à nos roues de vélos. Nous nous arrêtons souvent pour boire et reprendre notre souffle. Les dénivelés sont éreintants. Notre halte au monastère Dervent tombe à pic.

Nous prenons un dernier selfie du Danube que nous quittons à regret. Lui bifurque vers le nord avant de flirter avec la Moldavie et l’Ukraine, s’étalant en un vaste delta avant de se jeter dans la Mer Noire. Nos chemins se séparent. Nous l’avons vu naître et grandir. Avant de lui dire adieu, il nous réserve encore de belles surprises. Il serpente en côtoyant des îles, des cours d’eau et des lacs. La nature verte et dense dessine des formes géométriques en contrepoint des courbes du fleuve.

Nous dormons à Urulia, chez Georges, par le biais du réseau Warm Shower. Ce Belge d’origine Roumaine a repris la ferme de sa grand-mère. Il a changé de vie en devenant cultivateur après avoir passé dix ans dans l’administration wallonne.

Demain, l’étape ultime. La der des ders.

Les pélicans, très nombreux dans la réserve naturelle proche de Silistra. 
Des îles, des lacs et autres cours d’eau. 
Plusieurs monastères dans cette partie de la Roumanie, dont certains récents. 
Chez Georges à Uruluia. 
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Ce matin, nous avons quitté George (sans S en roumain), les volontaires qui travaillent avec lui (brésilien et anglo-turc), Marie et ses filles, ses voisines, ainsi que les trois chiens, la dizaine de chats et la basse-cour.

Nous avons le moral au beau fixe. Le temps, lui, fait la gueule. Une chape de plomb obscurcit le paysage. Un gigantesque cumulonimbus annonce des pluies d’orage. Nous pédalons d’un bon rythme, en espérant naïvement passer à travers les gouttes. Les camions, le vent, des dénivelés coupe-pattes ne suffisent pas. On s’attend à pire.

Au kilomètre 34 km, le ciel commence à nous tomber sur la tête. Une pluie drue qui se transforme en grêle. Douche et gommage intégré ! Les camions nous aspergent comme un champagne sabré hardiment afin d’arroser notre arrivée. La route se transforme en quatre-voies rapides et dangereuses. Je remets casque et gilet jaune. Nous allumons nos lumières.

Mouche dans le lait, cheveu dans le potage... les chiens ont décidé de passer à l’attaque. Siffler dans une côte comme une malade, je vous le garantis, n’est pas un exercice aisé. Un violent mal de tête m’assaille à l’arrivée. Au dessus de l’œil gauche. Mon sinus ? J’avale vite fait bien fait un cachet. Pas question de grimacer à notre arrivée sur le front de mer.

Il est 14h15 quand nous prenons la photo du V de la Victoire après 72 km insensés. Mer Noire, bonjour. Pour te voir, nous avons traversé huit pays, parcouru 3035 km et effectué chacun un million de tours de pédales. Laurent me regarde et me sourit. « On l’a fait ! ». Oui on l’a fait et on est fier. 55 jours sur les routes dont 7 jours consacrés à la visite des capitales à pied. Nous avons donc pédalé 48 jours. Soit une moyenne journalière de 63 km.

Nous voulions découvrir une Europe inconnue, l’aventure a été à la hauteur de nos attentes. Maintenant, nous devons rentrer à la maison. D’autres épisodes à suivre.

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Publié le 24 juillet 2019

Le dernier T de Constanta porte une cédille et se prononce « Ts ». Nos premières impressions ne sont pas enthousiastes. La ville est grise et décrépie. Les rues piétonnes semblent datées de mathusalem. Les boutiques sont fermées et rien ne respire l’été et la pleine saison. Seul le bord de mer sort un peu de la grisaille. Mais nous allons prendre le temps de découvrir quelques pépites. Il paraît que beaucoup de Roumains partent en vacances en Grèce... Premier point positif, la dame qui nous loge est adorable. Et l’espace que nous occupons est clair et reposant. Il nous faut bien ça. Laurent se prend la tête. Comment allons-nous revenir ? J’ai envie de lui répondre : « Il fera jour demain ».

Mardi soir face à la mer, nous avons débriefé. Nous sommes tombés d’accord : le Danube a été une épreuve beauooooocoup plus difficile que la Loire. Laurent a perdu sept kilos, a souffert dans les montées, a été piqué par quelques moustiques et a été mordu à deux reprises par les dents de ses pédales. De mon côté, les moustiques m’ont dévorée tous les jours, la chaleur m’a fatiguée, j’ai perdu aussi du poids mais c’est moins spectaculaire. J’ai été piquée par une guêpe et un taon et j’ai les jambes couvertes de bleus. Quant à mes fesses, elles sont en compote ! J’ai terminé avec un paquet de coton hydrophile dans mon short. Tous les deux nous avons pris des coups de soleil suivis de cloques. Nous avons un bronzage ridicule et nous avons eu de grosses frayeurs sur la route.

À part ça madame la Marquise, tout va très bien. Tout va très bien.

Jamais nous avons eu envie de renoncer. Laurent est un battant et moi j’ai gardé d’une époque - très lointaine- de sportive, une volonté de fer. Notre secret : ne penser qu’au jour présent. Surtout ne pas se projeter, on pourrait attraper le tournis ou se décourager.

Tellement d’événements et d’anecdotes ont émaillé notre périple que je pourrais en faire un nouveau récit. En s’éloignant de notre zone de confort, on a pris de la distance avec notre France juste un peu (beaucoup) « égo-centrée ». De l’Atlantique à la Mer Noire, une belle histoire d’Europe est à construire malgré nos différences. Nous avons tant en commun...

On l’a bien mérité ce bon bain dans une eau à 27 degrés ! 
Tristounette cette rue piétonne. 
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Publié le 25 juillet 2019

Constanta était à la mode au début des années 70. Les touristes étrangers se pressaient sur les plages avant de s’en détourner au profit de celles de Tunisie, Maroc, Égypte. Ce pan de l’économie était porté part l’état tout puissant. Quand le système Ceaușescu s’est effondré, les clés de l’aménagement de Constanta (ailleurs aussi) ont été confiées - sans exigences et sans contrôle - à des privés. Une catastrophe économique et patrimoniale. Pas d’investissement, pas d’entretien.... De véritables chef-d’œuvre architecturaux sont à l’agonie. La vieille ville recèle des trésors à sauver d’urgence d’une disparition certaine. Mon cœur se serre en voyant l’ancien casino - emblème de l’âge d’or de la cité - érigé en 1910 en bord de mer, comme sur la Riviera française. A l’image du Negresco à Nice. La municipalité promet d’agir. Espérons.

Les quartiers sont désignés Tomis 1, Tomis 2, Tomis 3, Tomis Nord et Tomis Plus ; même le premier centre commercial de la ville a été baptisé Tomis Mall. Ce nom est partout rappelant son passé gréco-romain. Nom qu’elle portera jusqu’au IVe siècle.

La ville multiculturelle a attiré et accueilli les populations issues des guerres balkaniques du début du XXe siècle (ottomanes, bulgares, grecques et macédoniennes), ainsi que les Arméniens persécutés par les Turcs. Ce n’est plus le cas à présent. Au sud, l’immense port continue d’engendrer une intense activité. Au XIXe siècle les grandes puissances européennes investissent pour participer à l’essor commercial de la Mer Noire. Le port maritime se modernise jusqu’en 1909.

Jusque dans les années 1970, Constanta est considérée comme le premier port d’exportation de la mer Noire, et la deuxième cité levantine après Istanbul. Actuellement classé 4e port européen, il fait le pont entre Orient et Occident. Des accords commerciaux ont été signés avec Dubaï mais aussi la Turquie, la Hollande (Rotterdam), le Turkménistan et la Géorgie. En face du terminal passager inauguré en 2005 se situe la zone militaire où sont notamment amarrés des bateaux des armées grecque, turque et russe.

Le vieille ville est située entre le port de plaisance et le port industriel et maritime.
Le musée archéologique. 
À droite Ovide sur la place du vieux Constanta. 
L’ancien casino dans l’attente d’une restauration.
 L’entrepôt céréalier (les trois silos à grains toujours en fonctionnement) est construit en 1904.
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Jeudi soir, nous avons profité du grand port de Constata pour manger du poisson et des coquillages. Poulpe et moules plus exactement. Un peu relevés, délicieux. Une nouvelle escapade dans la ville nous a permis de revoir quelques monuments emblématiques et de traverser de grands jardins publics.

Ce matin nous sommes remontés sur nos vélos une dernière fois, avant de se séparer. Direction le transporteur routier Romfour qui dessert toute l’Europe. Nous laissons nos deux vélos et trois sacoches (60 kg au total). Ils seront livrés à Nantes. Coût du transport : 86 euros. Beaucoup moins cher que nos envois postaux précédents. La jeune femme qui nous accueille est très aimable.

Nous prenons un train à la gare, située au nord du grand port maritime. En route pour Bucarest. La visite de la capitale de la Roumanie s’effectuera à pied ou en métro. Notre logement est bien placé. Le temps d’une douche et nous repartons.

Mais avant tout, je tiens à répondre à ma camarade Midzie à propos de la Mer Noire. Pourquoi « noire » ? Plusieurs pistes sont avancées. Si on l’appelle Mer Noire, c’est qu’en effet elle est très sombre en profondeur en raison d’un taux élevé d’hydrogène sulfuré. La 2e hypothèse selon des encyclopédies anglo-saxonnes : la traduction de son nom en iranien « axaïna » (indigo, sombre) était utilisé pour désigner cette mer. 3e piste, cette fois avancée dans les encyclopédies latines ou grecques : ce nom lui aurait été donné par les Ottomans. Chez les Turcs, les points cardinaux sont désignés par des couleurs. Le nord (sombre) par le noir ; le sud (clair) par le blanc...

À chacun de retenir la version qui lui plaît.

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Publié le 27 juillet 2019

D’un marché fortifié au XVe siècle, Bucarest accède au rang de capitale de la Principauté de Roumanie en 1861. Aujourd’hui, elle est peuplée de 1,9 millions d’habitants. Cinq siècles d’histoire à découvrir.

Nous sommes donc partis à l’assaut de notre 5e capitale, l’esprit ouvert sans avoir d’à priori, ne sachant pas bien à quoi nous attendre. La première impression est surprenante. Un grand chantier et des juxtapositions foutraques.

Sur le grand boulevard qui nous conduit dans le vieille ville, des églises orthodoxes du XVIIIe et XIXe côtoient de grands hôtels contemporains, des tours en verre, des bâtiments néo-classiques, Art nouveau et des constructions issues de l’ère communiste. Bucarest, surnommée « le petit Paris des Balkans » vaut vraiment le détour. Et pas seulement parce qu’elle est la moins chère des capitales européennes. Designers et jeunes créateurs y sont installés. Les cafés originaux, boîtes de nuit et restaurants pullulent.

Notre regard est attiré par l’Athénée roumain, aussi beau à l’extérieur qu’à l’intérieur. La France se glisse partout. Du Négresco à la place du Général de Gaulle. Jusqu’à l’Arc de Triomphe qui trône sur la place éponyme.

La vieille ville - Lipscani- aux allures de SoHo regorgent d’enseignes où boire un verre et où manger. Ce quartier est l’endroit branché de la ville. Entre rues piétonnes et passages couverts, il est particulièrement animé. De jour comme de nuit. Nous déjeunons au Caru’cu Bere « la charrette à bière  », un lieu atypique, mélange de taverne bavaroise et néogothique anglais.

Autre lieu incontournable, le Hanul lui Manuc, une véritable "hacienda" arménienne à ciel ouvert, devenu un immense restaurant abrité par les arbres.

Bucarest est connu dans le monde entier par son Parlement. Une « maison du peuple » construite en 1984 sur ordre de Ceaucescu. Dans la réalité, un palais de la démesure. Le deuxième plus grand bâtiment administratif au monde, après le Pentagone, avec une surface intérieure de 350 000 m2. Il mesure 270 sur 240 mètres, pour une hauteur de 86 mètres. Il contient 1 100 pièces réparties sur 12 étages. Pour édifier ce monument hors-norme, il a fallu rayer de la carte l’équivalent de trois arrondissements parisiens et des trésors architecturaux. Il impressionne.

Notre périple touche à sa fin. Demain, nous prenons l’avion jusqu’à Bâle, puis le train pour Donaueschingen où tout a commencé le 30 mai 2019. Notre camion nous attend.

Une fresque circulaire raconte l’histoire de la Roumanie.
Façade du Parlement côté place 
Sur le côté, le Palais du Parlement toujours aussi démesuré.