Carnet de voyage

Direction le nord

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Pour prendre l’air et le large, rien de mieux qu’un périple à vélo.
Juin 2021
25 jours
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Publié le 31 mai 2021

Vendredi, journée ménage/lessive et... remplissage de sacoches. Très occupée donc. Alors qu’est-ce qui m’a pris de me lancer dans des séries de musculation des jambes ? Davina, le retour, 40 ans plus tard. La prise de risque ressemble à de l’inconscience. Debout/assis talons. Une fois, deux, fois, dix fois. Pourquoi pas corser en ajoutant un saut. Et c’est là que tout s’est détraqué. Le bassin a vrillé et un nerf qui passait par là, s’est écrasé entre deux lombaires. Aïe. Dans les deux secondes suivantes, Davina avait disparu. Tout mouvement devenait une épreuve. Mais rien n’allait contrarier notre départ, le lendemain. Par la route.

À l’approche de Rouen, la ville aux cent clochers, ça sent bon la Normandie... et le fromage : Camembert, Pont l’Evêque, Livarot... ou le Neufchâtel en forme de cœur. Au lait cru, c’est meilleur.

Nous arrivons à Meulers. Trente ans que nous n’avions pas vu Annick et son ancien moulin du XVIIe siècle. Au bord du ruisseau, sous le majestueux saule pleureur, la soirée de retrouvailles avec Jojo et Makri, fidèles du lieu, Annick, sa fille, son gendre et les petits, avait la douceur et la gaité des moments uniques. Bon comme un grand cru. En l’occurrence, nous avons fait honneur à la Diablotine - spécialité de la Presqu’île guérandaise - parfaite avec du Champagne.

Nous avons inauguré le couchage de notre camion California. Confortable. Dommage que la douleur m’ait imposé un sommeil intermittent.

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Dimanche, le départ. Il me faut des cachets forts pour atténuer la douleur. Le plaisir de ce nouveau périple prend le dessus. On se lance.

La voie verte de l’ancienne ligne de chemin de fer sillonne dans un paysage vallonné. Jusqu’à Dieppe. Toutes les images de la Normandie défilent sous nos yeux. Les vaches, les chevaux, les bâtisses à colombages, les maisons de briques. Le tout dans un camaïeux de vert. Les éoliennes font chanter leurs pales sur le littoral brassé par le vent. Le soleil n’arrive pas à faire grimper la température. Nous avons froid. L’itinéraire de la Vélo Maritime manque de visibilité. On se retrouve sur des routes à trois voies très fréquentées. Heureusement, on bifurque en direction de Braquemont. Pas la peine de sourire à l’évocation de ce nom. Je ne retiens que « mont ». Ça ne loupe pas. D’immenses côtes nous coupent le souffle et les jambes.

A Criel-sur-Mer, on admire ses plus hautes falaises de calcaire d’Europe. Plus loin au Tréport, station populaire, les terrasses sont bondées. Motos et voitures obstruent la vue sur le port, situé à l'estuaire de la Bresle.

On quitte la Seine Maritime. La Picardie nous tend les bras. La Somme n’est pas une endormie ! Nous, en revanche, nous mollissons sur le chemin empierré qui longe la digue de galets jusqu’à l’horizon. C’est tout juste si nous observons l’immense zone humide sur notre droite. Un groupe de photographes, équipés d’objectifs longs comme mon bras, guettent le moindre mouvement d’oiseaux nichés dans le marais. Cayeux-sur-Mer apparaît enfin. Le compteur affiche 78 km. Laurent est rincé moi aussi.

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Publié le 31 mai 2021

Cayeux-sur-Mer et sa plage de galets. Autre particularité : l’alignement de ses 488 cabanes de plage dont 169 municipales. Sur 2,6 km de long. Devant chacune, une petite terrasse en bois permet aux familles de prendre le soleil sans se soucier des silex tout ronds. Et assez inconfortables. La station a déployé ses charmes avant la première guerre mondiale mais le second conflit international l’a en partie détruite. Grandeur et décadence !

Nous enfourchons nos montures, la fleur au fusil. J’exagère évidemment. Mes cachets avalés, je me sens plutôt gaillarde. Laurent affiche la forme lui aussi. L’étape du jour ne présente pas de difficultés majeures. La baie de Somme - dont le parc de Marquenterre- offre des paysages plats magnifiques.

Dans sa partie maritime, d’immenses espaces sablonneux empêchent d’apercevoir la Manche à marée basse. Difficile d’imaginer une baignade sans un calendrier des marées. À l’intérieur de la baie, des vasières. Le schorre et la slikke. Deux milieux, deux estuaires emboîtés (Somme et Maye). Les pédaleurs-observateurs retiennent surtout que ce haut lieu ornithologique accueille aussi bien les oiseaux sédentaires que migrateurs. Canards colvert, siffleurs, sarcelles, chipeaux... bécassines, courlis, huîtriers pies, vanneaux...

Au Crotoy, nous mangeons une saucisse-frites à l’ombre relative d’un parasol. L’aspect plastique orangé du boyau charcutier est assez répulsif. On ne traîne pas. La route est encore longue. De pistes cyclables en routes partagées, on a le temps de repérer les moutons de pré-salés, des cygneaux encore gris suivant leur mère, des vaches hightland. Et un éco-village construit en rond.

Seule grosse ombre au tableau du jour. Le balisage de la Vélomaritime. Tournicoti, tournicoton, j’t’embrouille.... Faute de panneaux, nous ne sommes pas les seuls à chercher notre chemin et à nous rallonger. Bilan : 85 km au compteur à l’arrivée à Berck.

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Publié le 1er juin 2021

Youpi tralala ! Ce matin, j’ai réussi à lacer mes chaussures toute seule. Lamaline agit efficacement contre la douleur. Le baume du tigre complète le dispositif. Une autre crème calme les échauffements. Je ne parle pas ici des coups de soleil...

Nous poursuivons la découverte des stations-onomatopées. Après Eu, Ault, voici Berck qui ne manque pas de saveurs. Façon de parler. Le front de mer ne casse pas quatre pattes à un canard. La grande roue posée face à la plage ne me fait pas rêver. Mais pas question de quitter Berck sans un détour vers le club nautique, plus exactement dans la baie d’Authie au sud. Des bancs de sable servent de reposoirs aux phoques : deux espèces ont élu domicile ici à l’année : les phoques gris et les veaux marins.

Nous remontons sur nos vélos. La cabane à frites Chez Biloute n’est pas encore ouverte. C’est désormais devenu une habitude de chercher notre chemin. On finit par trouver la direction Le Touquet, notre halte déjeuner. Cucq, avec ses larges avenues boisées à la chaussée revêtue d’asphalte rouge, ressemble à La Palmyre. C’est de cette commune qu’est né Le Touquet. Le premier lotissement Paris-Plage est inauguré en 1882. Parisiens et Anglais apprécient la nouvelle station balnéaire. Casino, grand hôtel (du groupe Barrière) et magnifiques villas sont lovés dans une végétation luxuriante. Un conseil : ne pas arriver par le front de mer. Moche et sans charme. L’Aqualand bétonné, posé sur le sable, ressemble à une grosse verrue. Quant au centre piétonnier avec ses nombreuses enseignes haut de gamme, il regorge de vitalité.

Nous passons par Etaples sur la Vélomaritime. Les tombes de guerre du Commonwealth y sont alignées dans un immense cimetière. Nous perdons la voie cycliste. C’est dans un flux continu de véhicules que nous traversons Outreau puis Boulogne-sur-Mer. Le plus important port de pêche de France est protégé par une impressionnante digue de 3,25 km.

Nous installons notre petite tente - pour la première fois - à Wimereux, plus au nord.

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Publié le 2 juin 2021

Pique-nique léger et nuit au camping plutôt bonne. Le café sur le mini-réchaud a la saveur de la liberté. Même soluble. Le café !

Quand nous partons, il fait déjà chaud. La petite station de Wimereux offre un visage plutôt avenant. Nous approchons des deux Caps : Gris Nez et Blanc Nez. Sous le soleil, la nature déploie des trésors de formes et de couleurs. La falaise la plus septentrionale de France voit nettement ses sœurs de Douvres. La lande herbeuse de bord de mer laisse la place à de grandes cultures. Du blé, de la betterave. Nous avons eu le temps d’observer les champs. La Vélomaritime nous a conduits sur les chemins ruraux. Particulièrement difficiles par le dénivelé et le vent permanent. À plusieurs reprises, nous avons mis pieds à terre. Nous nous sommes arrêtés à Escalles, la bien-nommée. Pour reprendre notre souffle.

Nous traversons Sangatte dont le nom est associé aux « migrants ». Aucun campement est visible de la route. À Calais, la présence de groupes de jeunes exilés est repérable le long du Canal. En 2020, plus de 9500 d’entre eux ont tenté de traverser vers l’Angleterre. Ils sont encore plusieurs centaines vivant dans des camps, répartis dans la périphérie calaisienne. Un drame humain complexe à gérer à l’échelle locale. On se sent chanceux.

L’Office de tourisme nous conseille de découvrir l’hôtel de ville « le plus beau de France ». Il a en effet de l’allure. Les Bourgeois de Calais, sculptés par Rodin, rappellent l’histoire de la ville. Le premier port d’Europe continentale de voyageurs occupe aussi une place majeure dans le transport de marchandises.

Non loin du Fort Risban, de grands espaces ont été aménagés à proximité d’une longue plage. C’est là qu’un monstre fascine la foule. Nantes a son éléphant, Calais son Dragon, crachant feu, fumée et eau. On préfère le pachyderme.

Très fatigués, nous décidons de dormir à Calais. Il est temps de reposer nos derrières de macaques !

Photo de paysages du Pas-de-Calais prise par l’artiste Philippe Fruitier, depuis un ULM  et exposée à Wissant.
Photos de Philippe Fruitier. 
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Les pédaleurs ont réussi à cogiter après la journée champêtre exténuante. À l’unanimité, sans discussion et sans un brin de tension, la décision de rallier Calais à Dunkerque par le TER a été votée. Les chemins ruraux dans le vent, on a notre dose.

Dès potron minet, nos deux vélos ont pris l’ascenseur de la gare et ont traversé les voies calaisiennes, accompagnés d’un aimable agent de la SNCF. Ils ont grimpé sans problème dans la rame malgré leur chargement. Ils ont apprécié la promenade matinale. Nous traversons Gravelines. L’ancien village des pêcheurs de morue en Islande (fortifié) est aujourd’hui connu pour abriter la centrale nucléaire la plus puissante de France. Je pense évidemment à mon père qui s’est occupé de son installation électrique. Il vivait dans une pension ouvrière loin de sa famille. Il a aussi travaillé à Dunkerque, cette fois dans les hauts fourneaux... Séquence nostalgie.

Le grand port du nord, industrialisé, a fait des choix culturels et urbanistiques audacieux. En particulier autour du musée d’art contemporain. Sur le front de mer, des aménagements laissent la part belle à la circulation douce.

Nous quittons la ville.

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Publié le 3 juin 2021

Nous longeons la digue-promenade de Malo-les-Bains et rejoignons Leffrinckoucke. Un anonyme a eu la bonne idée de recouvrir un blockhaus d’une multitude de miroirs. L’œuvre se nomme Réfléchir. Nous rejoignons Bray-Dunes - qui marque la frontière avec la Belgique - par une voie verte agréable. Les Dunes de Flandre s’étalent sur plusieurs dizaines de kilomètres et se prolongent jusqu’à l’embouchure de l’Yser à Nieuport, l’un des plus vastes ports de plaisance d’Europe du Nord.

Ces dunes constituent des espaces naturels d’intérêt écologique international. La zone se situe en effet sur un axe migratoire des oiseaux de l’Europe du nord-ouest. Côté itinéraire vélo, le balisage belge est tout simplement parfait. Fingers in the nose !

Nous sommes ébahis par l’immensité des plages et les remblais conçus dans les grandes largeurs. En revanche, les immeubles qui les bordent sont austères et « fort minables », comme dirait Stromae.

Après 70 km à vélo, nous arrivons à Oostende. La pluie étant annoncée, nous dormirons à l’auberge de jeunesse.

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Ce matin, lever 7 h 15. À l’auberge de jeunesse, les particuliers doivent prendre leur petit-déjeuner avant les groupes. Pas gênant. Nous partons à la découverte des rues du centre d’Oostende, plus accueillantes que son front de mer. Le port de plaisance ancré dans la ville apporte une touche d’élégance de bon aloi.

Direction Bruges, reliée à la mer par ses canaux. Je pourrai écrire pendant des heures sur cette cité incontournable de la Belgique. Je résumerai par la formule : Ville d’eau et d’histoire. Habituellement les touristes s’y promènent par milliers. La Covid a rabattu les cartes. Nous étions peu nombreux à déambuler de places en rues. Pierres, briques et arbres centenaires s’entremêlent dessinant un tableau sans cesse renouvelé. Beauté et douceur de vivre. La magie opère. Comme Venise, on aime y revenir. Du Rozenhoedkaai à la Grand-Place en passant par le Lac d’Amour, des canaux au Béguinage et aux Maisons-Dieu... la ville classée patrimoine mondial de l’UNESCO enchante. Immédiatement. Et pour toujours.

Oostende, les bateaux dans la ville. 
Bruges, ville d’eau et d’histoire. 
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Prenez des travaux, ajoutez des panneaux publicitaires qui cachent ceux de l’EuroVélo et vous obtenez six kilomètres effectués pour rien. La journée démarre mal. Le ciel s’est drapé d’un épais manteau gris et le froid a décidé de nous accompagner. Nous superposons les couches de vêtements, façon oignon. Nous longeons le littoral belge. Après le port d’Oostende, celui de Zeebruges. Le port avancé de Bruges. Sa position stratégique et géographique le connecte avec beaucoup de pays nord-européens. Et le place parmi les ports les plus importants d’Europe.

Des stations balnéaires s’intercalent entre les sites portuaires, les grues et les quais...

Toujours le même schéma urbanistique. La plage, l’immense remblai, la barre d’immeubles. Derrière, la ligne de tram et les dessertes routières. Heureusement, les centres-villes sont moins moches.

Les pistes vélos sont roulantes et bien indiquées mais toujours à cause de travaux, nous effectuons des boucles dans le mauvais sens. À trois reprises. A croire que la Belgique refuse de nous laisser partir.

A la frontière, la commune flamande huppée de Knokke-Heist prend de grands airs. D’imposantes demeures de style anglo-saxon abritent de riches propriétaires de toute l’Europe du Nord, attirés par sa plage et le parc naturel du Zwin.

Un immense polder sert de frontière entre la Belgique et les Pays-Bas. Sans quitter le littoral, les paysages changent. Des tapis d’herbacées donnent un aspect plus sauvage aux plages.

À Breskens, nous prenons un ferry pour traverser l’embouchure de l’Escaut. L’imposant estuaire qui remonte jusqu’à Anvers. Encore quelques efforts et nous stoppons notre journée double-marathon à Flessinger ou Vlissingen. 92 km. Plein les pattes.

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Ce matin, le ciel a revêtu son maillot bleu azur. En harmonie avec nous et notre moral. La nuit a été réparatrice. Désormais, je roule sans dopage, la sciatique ayant presque disparu.

Nous partons à la découverte de Flessingen, ravissante cité et ancien port de commerce florissant. Nous trouvons une boulangerie ouverte « à la Française ». Le croissant tient ses promesses. Laurent part à la recherche d’un distributeur. Beaucoup de commerçants n’acceptent pas la carte Visa internationale.

Nous retrouvons l’EuroVélo 12 sans difficultés. Il nous conduit sur la digue qui surplombe la mer et protège l’intérieur des terres et des zones humides. Le vent du nord s’invite au voyage, La fraîcheur aussi. Les plages font place à de longues étendues empierrées et bétonnées. Les campings-cars s’y installent au bord de l’eau. L’horizon est hérissé d’éoliennes par dizaines.

On dit que les Pays-Bas ont la culture du vélo. Tout à fait exact. La circulation cycliste est dense en ce dimanche de repos. En couples, en familles, entre amis, jeunes et très âgés : le deux-roues a la cote. Heureusement, nous roulons sur des pistes larges, dimensionnées pour tout ce monde qui se croise et qui se double.

On s’arrête dans le bourg très vivant de Domburg. Nous testons un fish and ships. Poisson frais et moelleux. Excellent.

Nous quittons les sous-bois et les paysages dunaires. Nous attaquons la traversée des îles et presqu’îles sur de longs ouvrages hydrauliques.

Treize éléments forment le plus grand barrage anti-tempête au monde. Le Plan Delta, projet impressionnant - aussi appelé l'une des Sept Merveilles du Monde - montre comment les Hollandais gèrent l’eau et se protègent contre cet élément naturel.

Ce barrage unique de 8 km de long peut fermer tout l’Escaut en 75 minutes. Il est composé d’un système ingénieux de 62 glissières énormes destinées à éviter une catastrophe comme celle survenue en 1953.

Ralentis par le vent du nord, la traversée n’en finit pas sur le long ruban d’asphalte rouge. Quand nous posons pied à terre à Ouddorp, la barre des 80 km a été franchie.

En haut à droite vue aérienne trouvée sur un site touristique. 
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Publié le 7 juin 2021

En dormant dans le village d’Ouddorp, nous voulions ne pas être trop éloignés de Rotterdam. Nous avons en mémoire les 26 km supplémentaires pour entrer dans Vienne, lors de notre précédent périple. Mais au Pays-Bas, « no stress » quand on est cycliste. Les pistes ont la largeur d’une route, les indications sont claires et même en pleine ville, on est protégé de la circulation automobile. Un vrai confort.

Des étendus d’eau, des canaux, des ruisseaux, des fleuves, des bras de mer… l’eau est partout aux Pays-Bas. C’est une richesse et un danger quand la vie s’organise à 8 m sous le niveau de la mer.

Le trajet du jour est agréable entre sous-bois et paysages bucoliques. Nous savons que nous approchons de Rotterdam en voyant les grues érigées au loin. Le plus grand port européen (8e au classement mondial) s’étire sur 42 km. On est fasciné par le ballet des conteneurs suspendus à des filins avant d’être chargés sur des wagons ou des péniches. Engins de levage, grues et autres portiques s’affairent sans cesse. Une fourmilière en version XXL.

La ville et le port sont liés et s’entremêlent. La présence du Rhin et de la Meuse implique des interconnexions entre le nord et le sud, reliés par des ponts et des tunnels sous-marins.

Nous avons pris l’ascenseur avec nos vélos pour traverser sous l’eau. Une expérience peu commune. Nous arrivons dans le quartier « branché » où se trouve l’auberge de jeunesse King-Kong. Une belle chambre nous attend. Mais dès aujourd’hui nous allons partir à la découverte de la ville en grande partie reconstruite après la guerre.

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Rotterdam mérite toute notre attention. D’abord parce qu’elle a été détruite à 90%. Quels ont été ses choix de reconstruction ? Il est intéressant de comprendre comment la ville a articulé industries, habitat et usages multiples. L’architecture audacieuse y répond en partie. Tout ne se joue pas dans la verticalité. Les habitats sont multiples : sur l’eau, dans des cubes, dans des tours ou des barres… de grandes places et des espaces dédiés pour les piétons, les vélos et les voitures.

Parfois on se croit à New-York, à Londres, à Paris, à Amsterdam, à Bruges… on voyage d’un quartier à l’autre. L’histoire maritime s’observe sur les canaux. Quant à l’histoire industrielle, elle reste visible au détour d’une rue. D’anciennes cheminées servent de repères.

Le vieux Rotterdam, très réduit, vaut le détour. Des constructions phares marquent l’identité contemporaine de Rotterdam. Le marché couvert en fait partie. Des appartements se logent dans la structure de forme arrondie. Une fresque monumentale garnie le plafond des halles.

Le street art et la sculpture se repèrent partout. L’œuvre la plus connue est signée McCarthy. Celui qui a gonflé un plug à Paris qui ressemblait à un sapin de Noël. Là c’est un nain portant un plug. Toujours ! Scandale à sa création. Il a même fallu le déplacer plusieurs fois. Aujourd’hui, l’œuvre est devenue l’emblème de la ville.

Erasme (le philosophe de Rotterdam qui a donné son nom au dispositif Erasmus) a son pont. Élégant.

C’est à pied que la ville se révèle à nous. Sous le soleil. Elle grouille. Elle vit. Quelle belle découverte.

Dans l’église saint Laurent, le plus grand orgue mécanique d’Europe. 
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Mercredi 9 juin. La chaleur s’invite dès le matin sur Rotterdam. Nous chargeons nos vélos et nous profitons une dernière fois de cette ville attachante qui semble animée d’une énergie communicative. Nous découvrons cette fois le secteur de la gare. Espace et verticalité. Un clin d’œil à New-York.

Mettre nos vélos dans un train ne pose aucun problème. Effectuer un changement en quelques minutes, non plus.

Le grand saut ferroviaire nous conduit à Bois-le-Duc ou Hertogenbosch. Un reste de la présence française. La ville ne se distingue pas seulement par sa cathédrale, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Même si elle est le lieu de pèlerinage marial (dévoué à Marie) le plus important des Pays-Bas. Elle est le berceau et le tombeau de Jérôme Bosch (Jheronimus van Aker aussi appelé Jheronimus Bosch), ce peintre du mouvement des primitifs flamands. L’œuvre de Bosch est imprégnée de religiosité et traversée de visions exaltées. L’enfer se mêle au paradis et la satire à la morale.

Pas de musée, il est fermé. Reste un beau marché sur la place centrale de la cité. On prend le temps de se sustenter avant de reprendre la route. L’EuroVélo 19, le long de la Meuse.

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Publié le 9 juin 2021

Mercredi 9 juin. Le ciel se voile, la température monte. L’orage couve. À la sortie de Bois-le-Duc, les couleurs nationales pavoisent. Le championnat d’Europe approche et les habitants soutiennent déjà leur équipe et son meilleur buteur Robin van Persie.

Nous avançons sur la digue nord ou sud. Sans un arbre pour nous faire de l’ombre. Pas de pont mais des bacs. Heureusement que le fleuve reste à portée de regard. Une péniche, une barge habitée ou une petite embarcation captent notre attention. Le vent du nord ne nous gêne pas. Nous roulons vers l’Est.

Dans cette région, pas de fleurs mais de l’élevage (moutons, vaches et chevaux) et du maraîchage. Les premiers producteurs mondiaux pour les tomates, piments, poivrons verts et concombres, occupent aussi la 2e place pour les poires. Nous voyons les parcelles organisées en espaliers. Nous laissons de jolis villages en contrebas et plusieurs ports de plaisance.

Nous décidons de planter notre tente à Moleneind près de Maasbommel. La seule du camping. Au milieu d’une nature verte et plate comme une limande. L’épicerie ayant fermée à 17h, nous ne dînerons pas.

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Publié le 10 juin 2021

Jeudi 10 juin. La nuit n’a pas été trop mauvaise dans notre mini tente. Nous quittons le petit camping, un peu dans son jus et pas entretenu. Nous partons à la recherche d’une épicerie. Nous trouvons un agricoop. Entre les engrais, les aliments pour animaux et quelques outils, un pain brioché et un jus d’orange nous font de l’œil. Nous sommes sauvés. Du moins nous aurons de l’énergie pour pédaler.

Il fait chaud dès le matin. Les paysages changent malgré la platitude. On croise des moulins, certains en activité (ils broient le malt). Moutons, chevaux et vaches, au pays de l’élevage : rien d’étonnant. J’admire quand même des races bovines peu communes. La Grise rhétique et la Lakenvelder, repérable à sa large bande blanche bien nette. Plus surprenant, des lamas et des chameaux.

Sur la Meuse, bateaux de plaisance et longues péniches se croisent. Nous traversons quatre fois le fleuve. Sans perdre l’Est.

Le pont écluse de Grave partage deux régions. Lors de la dernière guerre, reprendre ce pont a permis de poursuivre « la route de la Libération ». Il est connu des Néerlandais parce que la hauteur de l’eau - mesurée quotidiennement - est diffusée plusieurs fois par jour.

Nous traversons des villages typiques. Hors des villes, les habitants parlent peu l’Anglais et encore moins le Français. Il faut prévoir aussi de payer en liquide.

Nous stoppons à Afferden, tout à l’est. L’Allemagne n’est pas loin. Une nouvelle soirée camping nous attend. Cette fois, nous pourrons dîner.

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Vendredi 11 juin. Depuis trois jours, j’entendais parler de Venlo. A l’origine, nous devions nous y arrêter. Les calculs d’étapes effectués par Laurent, ne correspondaient pas à la réalité du terrain. Il existe en effet une différence conséquente entre les kilométrages de deux lieux et ceux de l’EuroVélo qui prend des chemins de traverse. On avait beau avancer, Venlo ne semblait pas atteignable.

Bizarrement, je n’arrivais pas à retenir le nom de cette ville. Comme les enfants, je répétais inlassablement : « C’est quand on arrive à Vinlo, Vélo, Vendo… ». Un signe.

Ce matin, toujours la même chaleur (28 °) et la même horizontalité. Nous pédalons souvent à proximité de la Meuse. Nous changeons de rives plusieurs fois. La traversée du parc national de Maasduinen près de la frontière allemande nous ravit. La fraîcheur de la forêt nous fait du bien. Canaux et landes rythment le parcours.

De nouvelles pistes et des travaux nous compliquent le repérage, à en perdre l’EuroVélo 19.

Vers midi, le moral est atteint. Une halte fruits secs et c’est reparti. Finalement, on atteint Venlo pour le déjeuner. Cette ville de plus de 100 000 habitants a des atouts. Créée à l’époque romaine, son centre-ville piéton a conservé quelques bâtiments historiques de différentes époques.

Salade et légumes au menu du jour. Laurent peut payer avec sa carte bleue. Pour taper son code, il doit utiliser un coton tige ! Précaution anti Covid.

Nous reprenons la route. Direction Roermond ou Ruremonde. Ancien siège épiscopal, la cité fut espagnole, autrichienne, française sans compter l’envahisseur allemand. Ce soir nous dormons dans une auberge de jeunesse qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un hôtel.

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Samedi 12 juin. Je ne vous le cache pas, l’étape du jour m’a ravie. Pas seulement moi d’ailleurs.

La veille, nous nous sommes lancés, à pied, dans les rues du centre de Roermont. Quel bonheur. Du monde dans les rues, du monde sur les terrasses, du monde à dîner. Les rues sont désertes après la fermeture des commerces. L’animation dans les bars et les restaurants se concentrent par pôles. Devant la gare, les jeunes ont envahi les terrasses, sur la place du marché et le long du fleuve pour tous les autres. Sur les bateaux, les familles prennent l’apéritif, certains se baignent.

Nous apprenons qu’un certain Pierre Cuypers, originaire de la ville, est considéré comme le plus grand architecte néerlandais du XIXe siècle.

Aujourd’hui, nous tâtonnons un peu pour trouver le bon chemin. Plusieurs options s’ouvrent à nous. Les plans d’eau - étangs - autour de la Meuse sont vastes. Le Maasplassen, ainsi s’appelle cette zone de confluence, est le plus grand domaine de sports nautiques des Pays-Bas.

La route est agréable. La pluie est annoncée mais les énormes nuages noirs nous accompagnent sans se déverser sur nos frêles épaules. Les vues sont saisissantes. Jamais monotones. Les bords de fleuve des villages sont aménagés et fleuris.

Nous décidons de nous arrêter à Maaseik. Quelle surprise, nous sommes en Belgique. La ville néerlandophone, fait partie de la région flamande de Limbourg. Le patron du bistrot situé sur une jolie place carrée parle Français. Il nous explique que la frontière est marquée par la Meuse. Entre la Belgique et l’Allemagne, seulement six petits kilomètres de Pays-Bas séparent les deux pays. Le plus étroit passage néerlandais et aussi le point le plus à l’ouest de l’Allemagne.

Lorsque nous arrivons à Maastricht, il n’est pas trop tard. Nous avons le temps de déambuler dans cette ville de 122 000 habitants. Ce soir, nous dormons dans une auberge de jeunesse pas comme les autres. Un navire à quai, non loin du centre ville.

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Publié le 13 juin 2021

C’est un plaisir de déambuler à pied dans les rues de Maastricht. Dans notre esprit, son nom est associé au traité européen et à l’euro commun. Mais dans la réalité, cette ville universitaire a su allier son passé et son présent. Son architecture d’époque médiévale visible cohabite volontiers avec des constructions futuristes. Pavés, remparts, ruelles calmes, places grouillantes de monde, parcs propices à la détente… et ce fleuve qui coupe la ville en deux… Maastricht, l’une des plus anciennes villes du pays, séduit. Elle est d’ailleurs la seule à être citée dans l’hymne national.

Belle soirée et bonne nuit à bord du bateau, malgré l’étroitesse du couchage.

Ce matin, quel bonheur de prendre son petit déjeuner en laissant son regard dérivé sur le fleuve. Le parcours du jour apporte la même sensation de bien-être. Chemins ombragés, quartiers résidentiels puis industriels… À la sortie de la ville, les collines de tuffeau se dessinent de part et d’autre de la Meuse. Très rapidement, nous franchissons la frontière. Re bonjour la Belgique. Non plus Flamande mais Francophone.

Le village de Visé - surnommé la cité de l’oie - nous tape à l’œil. Le panorama nous enchante. Beauté et quiétude. L’approche de Liège est moins glamour par les chantiers de restauration de vieilles péniches et ses barres d’immeubles le long du fleuve. Notre chambre se situe près du quartier historique. L’occasion de goûter les spécialités locales : peket et boulet. Le premier, un apéritif doux plutôt sucré, le second au goût de paupiette. Une bonne entrée en matière.


Notre auberge à quai 
Arrivée à Liège à l’heure du déjeuner. 
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Commençons par notre dimanche après-midi, passé à Liège. C’est à pied que nous prenons le pouls de celle qu’on surnommait « la cité ardente ». Elle se remet de ses émotions de la veille, avec la victoire de l’équipe nationale de foot devant les Russes en coupe d’Europe. La fête a dégénéré en bagarres et dégradations. Nous croisons des groupes de jeunes hommes qui portent encore les stigmates des abus. Des SDF cherchent un peu de calme dans les rues piétonnes.

La ville dégage une sensation - toute subjective - de dureté. Disons plutôt qu’elle semble anémiée. Des bâtiments historiques ne font pas oublier la vétusté des immeubles alentours. La pauvreté touche ici plus de 20% de la population.

Nous débutons notre exploration par la Montagne de Bueren, une voie de 374 marches dont la pente affiche 30%. Je réussis à grimper, non sans effectuer quelques arrêts salutaires. Je n’ai plus la forme (et les formes) de mes vingt ans. Laurent assure. La haut, la citadelle abrite l’hôpital. Redescendus au niveau de la cathédrale, nous cherchons « Le Carré », un ensemble de ruelles qui réunit pléthore de bistrots. Un spot réputé pour faire la fête.

La bonne surprise, nous tombons par hasard sur l’institution liégeoise depuis 46 ans : Le Pot au lait. Un bar, à la décoration fantaisiste et excentrique, qui vaut le détour. Jusque dans les WC Pisseland.

Ce lundi matin, nous reprenons la route. Nous remarquons le quartier de la gare qui s’inscrit dans la modernité. La sortie de Liège est longue et alambiquée. Rien ne nous est épargné : travaux, déviations, zones industrielles à répétition et chemins mal entretenus bordés d’ortie… Vingt kilomètres plus loin, après avoir longé un réacteur nucléaire, nous espérons trouver enfin un peu de verdure. D’autant que le soleil tape à plus de 30°. Mais l’étape n’a rien de bucolique, malgré des collines coiffés d’espèces caduques touffues.

La Meuse est industrialisée et canalisée. De nouveaux quais sont en cours de construction. Roches, graviers, sable… et à nouveau des réacteurs nucléaires (trois de plus), étiquetés Engie. Décidément, la journée est placée sous le signe des activités économiques de cette partie de la Wallonie. Nous avons le sourire quand nous arrivons à Namur.

Laurent avec Georges Simenon 
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Mardi 15 juin. Nous dormons dans une chambre donnant sur une petite cour intérieure, près de l’église Saint Paul, dans le vieux Namur. Nous apercevons, à travers une vitre dans l’entrée de l’édifice religieux, les piliers en marbre qui supportent un immense plafond en tuffeau sculpté.

Jolie ville de 120 000 habitants, Namur accueille de nombreux étudiants dans ses six universités. Ses rues étroites, ses édifices anciens, ses nombreux commerces et ses places animées, la rendent d’emblée attachante. Nous prenons le téléphérique pour accéder à la citadelle. Ses imposantes murailles protégeaient les habitants de l’envahisseur, dès le Xe siècle. De là haut, la vue sur la confluence de la Meuse et de la Sambre est magnifique. La promenade sur les chemins de garde nous conduit jusqu’à la pointe des remparts où trône une statue de bronze doré représentant une tortue géante. Jan Fabre, le sculpteur, l’a intitulée « La Recherche de l’Utopie ».

Avant de remonter sur nos vélos, nous déjeunons à l’ombre d’un parasol. Laurent prend des boulettes, une spécialité qui consiste à paner différents ingrédients. Perso, je ne suis pas tentée.

L’étape du jour n’est pas spécialement longue. Nous allons à Dinant (avec un T). Le point commun avec sa sœur bretonne ? Sans doute l’authenticité et la beauté du cadre.

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Publié le 16 juin 2021

Mercredi 16 juin. Hier, quand nous sommes arrivés à Dinant, la vue de cette petite ville wallonne, en Ardenne belge, nous a charmés. Elle s’étire sur la rive droite de la Meuse comme enchâssée entre le fleuve et les falaises. Ce panorama vaut déjà le déplacement. On peut être petite et pleine de surprises. C’est le cas ici. Dinant est jumelée avec Dinan, la Bretonne. Le premier jumelage d’Europe !

Nous passons devant la statue du général De Gaulle. Lors de la première guerre mondiale, il a été blessé à la jambe ici lors d’une bataille destinée à freiner l’invasion allemande. Le grand Charles était alors simple lieutenant.

Nous traversons le pont décoré de saxophones. Près de la collégiale gothique, nous stoppons devant la Maison de naissance d’Adolphe Sax, l’inventeur du célèbre instrument. Ce n’est peut-être pas un hasard car Dinant était appelée la cité des Copères (du germanique koper qui signifie « cuivre »). Connue aussi pour avoir donné son nom à la fabrication des objets en cuivre et en laiton : la dinanterie.

Sur les hauteurs de la ville nous distinguons une citadelle, beaucoup plus grande que celle de Namur. Sur l’autre versant, toujours sur les hauteurs, l’abbaye Notre-Dame de Leffe produit la bière depuis le XIIe siècle. La ville extrait du marbre noir et de la pierre bleue. Notre chambre, face à la Meuse, se situe tout près du Rocher Bayard, du nom du cheval de l’un des princes des Ardennes. Il forme un étroit passage qui a connu plusieurs faits de guerre au fil des siècles.

Nous ne ratons pas le match de l’équipe de France.

Ce matin, la chaleur est au rendez-vous - 33 degrés - et les chemins de halage manquent d’ombre. Les montagnes sont pourtant recouvertes de forêt. À Givet, nous passons la frontière et traversons la réserve naturelle de la Pointe. À Chooz, nous longeons la centrale nucléaire, décidément nichée dans un environnement remarquable. Haybes nous attend. Notre première nuit en France depuis Dunkerque.

Sur les hauteurs l’abbaye Notre-Dame de Leffe 
Laurent dans l’une des rares zones d’ombre. 
À droite, les barrages à aiguilles fonctionnaient manuellement. 
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Jeudi 17 juin. Quand on décide de s’arrêter à Haybes, on pense juste à une étape intermédiaire. Avec ses 1800 âmes et son épicerie fermée, on ne s’attend pas à trouver un bourg animé. Nous arrivons au Clos Belle Rose, une belle demeure bourgeoise. D’emblée, le patron nous accueille avec le sourire, pas avare d’explications sur l’histoire du lieu. De grands barnums sont dressés dans le jardin. L’écran de télévision qui trône au centre indique clairement que la coupe d’Europe se vit en commun, touristes de passage et locaux. Des groupes de jeunes, hier soir, pour Italie-Suisse.

L’établissement ne s’arrête pas là. Il organise un festival de musique, plutôt rock, de trois jours. Déjà 600 entrées ont été vendues sur les 1000 espérées. Son nom : Lucy in the Scaille, clin d’œil à la Croix-Scaille, massif forestier des Ardennes, dominant la vallée de la Semois à 504 m d’altitude.

Nous prenons la chambre « Louise », vaste et meublée « shabby chic » : beau parquet ancien et tentures fleuries.

La commune a beaucoup souffert au cours de la guerre 14-18. Elle a été détruite sauf cette maison dans laquelle Pétain installa son QG. Le lieutenant De Gaulle, blessé à Dinant, y a été soigné. Devinez dans quelle chambre ? La Louise. Et oui, la nôtre. Pas question de révéler ici la blague - grasse - de Laurent.

La kommandantur ayant réquisitionné la demeure, elle a ainsi été sauvée. Quant à la ville, elle a été reconstruite en 1920.

Aujourd’hui, le clos Belle Rose a installé une micro brasserie dans la cave et produit quatre variétés de bière : l’hayboise, le Cerf blanc, Laquette Qué nouvelle dans l’bois et la Stockport. Cette dernière a été fabriquée à l’occasion du centenaire 14-18. Le patron rend aussi hommage à ses aïeux originaires de Stockport en Angleterre.

Aujourd’hui, nous reprenons la Trans Ardennes. Des forêts denses - sans l’ombre d’un humain pendant plusieurs kilomètres - nous encerclent. Beaucoup de légendes circulent. Le Mahwot, La Roche de l’Uf ou Les Nutons…

Nous observons des oies brunes au long cou. Des Bernaches du Canada, vues aux Pays Bas, en Belgique et le long de la Meuse française. Nous repensons aux inquiétudes du patron du Clos Belle Rose au sujet du scolyte, ce coléoptère xylophage qui s’attaque aux forêts ardennaises. Les arbres malades sont abattus et envoyés par mer en Chine. Pays qui le transforme et le renvoie en Occident. La forêt vit-elle ses dernières décennies ?

Nous arrivons à Charleville-Mézières. La der des ders. Notre périple en forme de U prend fin.

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C’est aujourd’hui que l’on prend le train pour rentrer au bercail. Mais avant, nous avons découvert Charleville Mézières qui forme avec Sedan une métropole de la région Grand Est. C’est ici que la Vence se jette dans la Meuse. D’importantes inondations dans les années 90, on contraint la ville a lancé de grands travaux.

Dès notre arrivée par les quartiers populaires, Rimbaud s’impose sur les pignons des immeubles. Tout ici respire la poésie de l’enfant du pays. Des citations sur les vitrines, sur des chaises-sculptures… Un ancien moulin ducal a été transformé en musée, en face une maison d’enfance se visite. Rimbaud avec sa famille a occupé six logements dans la commune et aux alentours. La chanteuse américaine Patti Smith, fan absolue du poète depuis son adolescence dans le New-Jersey, a acquis l’un de ces logements à Roche, à 40 km de Charleville Mézières. Elle souhaite transformer l’ancienne ferme où a vécu Rimbaud en résidence d’artistes.

Hier soir, nous avons trinqué à la fin de notre périple et à la signature d’un contrat signé par nos enfants artistes, sur la place Ducale. Impressionnante. Une sensation de bien-être nous gagne. « Et si la Meuse était une note de musique », m’interroge Laurent. Un blanc passe dans mon encéphalogramme déjà plat. « Ce serait FA ». Une blagounette bien sentie.

La journée s’annonce chargée avec nos vélos à passer d’un TER à un autre : Reims, Laon, Amiens, Rouen, Dieppe. Enfin la voie verte à vélo pour rejoindre notre camion au moulin.

C’est un trou de verdure où chante une rivière. FA-Meuse !