Abel Tasman Coast Track : la première !

Great Walk – 5 jours / 4 nuits – 78,8 km
Du 17 au 21 janvier 2018
5 jours
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L’Abel Tasman Coast Track, l’une des Great Walks les plus populaires, longe la côte de l’Abel Tasman National Park sur 54,5km. Quand on voit les photos sur internet, les plages ont l'air magnifiques, avec du sable orange ! Nous avons hâte de voir ça !


Les Great Walks sont de longues randonnées, de 2 à 6 jours, réputées accessibles.

Au nombre de 9, elles font partie des plus célèbres de Nouvelle-Zélande. Elles sont gérées et bien balisées par le DOC (Department of Conservation) et permettent d’explorer la diversité de la nature néo-zélandaise, en plein cœur de parcs nationaux.



Il s'agit là de notre première randonnée sur plusieurs jours pour Mathilde et pour moi ! N'étant pas expertes en la matière, nous nous renseignons sur internet ou auprès d'amis qui ont l'habitude de faire des treks, comme mon couple préféré Emy et Raph (des pommes, à Napier). Ce qui nous effraie le plus n'est pas la marche en elle-même, mais plutôt le fait qu'il faut porter notre sac qui est censé contenir tout le nécessaire pour survivre pendant 5 jours. Heureusement, avec Mathilde, nous avons de bons sacs à dos et de bons vêtements et équipements sportifs pour la randonnée. Merci Décathlon !

Let's go! 

Dernière vérification :

  • Le sac à dos (12 kg environ) avec le minimum de vêtements mais assez pour affronter tous les temps, sac de couchage, mini réchaud et donc mini casserole, des amandes et fruits secs, sachets de riz déjà cuisiné (on a pris tous les goûts, pour tester !) et pour se motiver pour le premier jour, un gros muffin au chocolat chacune !
  • Les super chaussures de marche, qui vont enfin pouvoir se dégourdir les jambes
  • L'appareil photo, important !
  • Un produit anti sandflies (mini mouches noires qui piquent, surtout les pieds et les mollets, en mordant jusqu'au sang. Des vampires, quoi !)
  • Les papiers de réservation pour les huts (refuges où l'on va dormir à chaque étape)
  • La motivation : absolument !
Déjà complètement trempées avant de commencer !

Petit récap des étapes de notre aventure :

Jour 1 : Totaranui — Awaroa Bay (Hut)

Jour 2 : Awaroa Bay — Bark Bay (Hut)

Jour 3 : Bark Bay — Anchorage (Hut)

Jour 4 : Anchorage — Marahau (auberge The Barn)

Jour 5 : Marahau — bateau taxi jusqu’à Totaranui — Separation Point — Retour Totaranui

Itinéraire fait maison 
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17 janvier 2018. C'est le grand jour !

Nous prenons la route depuis Collingwood en direction de Totaranui. Nous sommes un peu tristes de quitter ce petit coin de paradis, mais complètement excitées à l'idée de relever ce nouveau défi ! On est même tellement motivées que l'on ne réalise pas que la météo n'est pas du tout favorable pour ce premier jour de marche. Alors oui, il pleut. Il pleut même énormément, et toute la journée. Nous sommes censées commencer à marcher à une heure précise dans l'après-midi pour arriver à la première hut (qui n'est pas si loin) car il faut faire attention aux horaires de marée. En effet, pour atteindre Awaroa Hut, il faut marcher sur la plage, puis la forêt et enfin traverser un estuaire habituellement sous l'eau, à marée basse, pendant 15 minutes.

Départ sous la pluie mais avec le sourire ! 

Le passage dans la forêt n'est pas de tout repos. Il a plu tellement que de petites rivières se sont formées et s'écoulent sur les chemins boueux. A un moment, nous devons même grimper sur une motte de terre pour contourner un endroit apparemment écroulé à cause de l'eau. Point positif : au niveau du sac à dos, tout va bien ! Je suis agréablement surprise. C'est là que je découvre le pouvoir magique de la ceinture. Cela change tout !

Sympa... 

Nous ne croisons qu'une seule personne, un jeune homme, qui fait le chemin inverse. Il nous averti qu'il y a une rivière à traverser. Nous pensons tout de suite à l'estuaire, mais il n'a pas l'air d'être au courant. Il nous dit que l'eau va nous arriver jusqu'à la taille, et qu'on pourra porter nos sacs sur notre tête, et que c'est même plutôt marrant. Nous continuons donc notre périple, toujours sous la pluie. Je tiens à préciser qu'en parfaites débutantes, nous n'avions même pas prévu de protection imperméable pour nos sacs... Nous avons dû improviser avec des sacs plastiques.

La fameuse rivière à traverser... ou plutôt l'estuaire !

Nous arrivons à cette rivière à traverser, qui, nous nous en doutions, s'avère être le fameux estuaire. Ce dernier, censé être à marée basse, s'est effectivement transformé en véritable rivière torrentielle à cause de la pluie. Nous pouvons voir les panneaux oranges et surtout la hut, de l'autre côté de l'eau. Nous ne nous rendons pas compte de la profondeur, mais nous décidons de nous lancer, complètement habillées évidemment. C'est là que l'histoire se complique.

Une traversée épique

Je passe en premier, sac sur une épaule, que je porte à bout de bras. Plus j'avance et plus l'eau monte. Elle finit par m'arriver en dessous des épaules... Je ne sais pas si vous imaginez la scène, mais Mathilde, étant plus petite que moi, n'a quasiment que la tête qui dépasse. Au bout de quelques mètres, je sens qu'il y a du courant. De plus en plus fort. Soudain, je vois Mathilde qui me dépasse en criant, entraînée par le courant, son sac sur la tête, et qui me tend la main. Là, je me dis, soit je lâche mon sac et lui attrape la main, soit je sauve mes affaires d'une noyade certaine. Je réussis finalement à retenir Mathilde (qui file également droit vers une noyade certaine) avant qu'elle ne soit trop loin et à maintenir mon sac sur ma tête avec une seule main. Ouf !

Je me sens également entraînée par le courant et l'estuaire semble tellement large que nous n'avançons pas. Nous en arrivons à la conclusion que nous ne pouvons pas traverser. Trop d'eau, trop de courant, (déjà) trop de risques encourus. Nous revenons sur la plage, désespérées. Nous ne savons pas quoi faire. Si nous rebroussons chemin, nous ne sommes pas sûres de l'état de certains passages dans la forêt, certainement déjà inondés, voire écroulés. Au moment où nous décidons de faire demi-tour malgré tout, nous voyons deux hommes en short sortir de la hut de l'autre côté de l'estuaire, et se diriger dans l'eau, d'un pas décidé. Ils viennent vers vous, bravant le courant.

Nous remettons nos sacs sur nos têtes et retournons dans l'eau, pour aller à la rencontre des ces messieurs. Ils arrivent à notre hauteur, et nous disent que si on veut traverser, c'est maintenant ! Le jeune de 18 ans, très grand et athlétique, transfère mon sac sur son épaule et l'autre homme, beaucoup plus âgé, qui s'avère être le gardien de la hut, s'occupe du sac de Mathilde. Il lui vide même ses bouteilles d'eau pour alléger.

Nous voilà partis, tous les quatre, progressant tant bien que mal dans ces eaux hostiles, en se tenant les bras. Le courant est de plus en plus fort, et parfois je ne touche même pas le sol ! Je me sens entraînée plusieurs fois, et le jeune parvient à me retenir d'une main, tout en tenant mon sac. Impressionnant ! Mathilde, elle, flotte, tremblante. On se serre la main très fort et on se dit que ça va aller. Elle manque de perdre une chaussure. Nous avons pour consigne de continuer de marcher ou plutôt battre des jambes, même si nous ne touchons plus le sable.

La traversée n'en finit pas, j'ai le cœur qui bat fort, mais ne panique pas. Je reste concentrée et fait de mon mieux, même si je suis inquiète que mon appareil photo prenne l'eau dans mon sac. Après des minutes interminables, nous retrouvons la terre ferme et arrivons devant la hut. Nous ne réalisons pas ce que nous venons de faire.

Exténuées, nous nous avançons vers la hut, et là nous voyons des dizaines de paires d'yeux qui nous regardent derrière les fenêtres ! Tous les gens sortent et commencent à applaudir ! On vient nous aider pour nos sacs, on nous laisse de la place vers le fourneau, et on nous demande si tout va bien. On nous offre des saucisses grillées ! Une dame un peu âgée vient même nous voir pour nous dire "Oh les filles, vous êtes tellement courageuses ! Vous avez eu le temps de prendre des photos ? C'était bien mieux qu'un épisode de Survivor !". Du coup, nous sommes devenues connues dans la hut, comme les deux françaises qui ont traversé l'estuaire. Nos affaires sont un peu mouillées, mais cela aurait pu être pire. Mon appareil photo va bien, par contre le passeport de Mathilde, oublié dans sa poche de manteau, a bu la tasse.

Awaroa Hut

Nous avions un peu honte d'emmener des muffins au chocolat en rando, et puis finalement, c'est exactement ce qu'il nous fallait. Quelle épopée !

Vivantes ! 

Je tiens à remercier ces deux hommes qui sont venus nous chercher et qui, dans un sens, nous ont secourues. Chapeau à eux ! Nous avons fait preuve d'inconscience durant cette première journée car nous ne mesurions pas les risques. Nous serons plus prudentes à l'avenir, c'est sûr ! Cet épisode restera une anecdote de voyage dont on se souviendra pendant longtemps. Une première randonnée qui commence fort en tout cas !

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C'est parti pour le deuxième jour !

Au réveil, nous découvrons l'estuaire traversé la veille, avec un temps un peu plus découvert.

Et petite surprise assez désagréable : enfiler les chaussures de marche encore trempées. Mais je crois qu'à partir de maintenant, notre capacité à relativiser et à se dire qu'il y a pire est à son comble !

Nous reprenons notre chemin, suivant les panneaux en direction de Bark Bay. Nous commençons à monter dans les hauteurs. Ce n'est pas toujours évident avec le gros sac à dos, ça tire un peu.

Heureusement le temps s'améliore et nous avons droit à de jolies vues. Nous commençons à vraiment apprécier la randonnée !

Notre nouvelle passion, les ponts suspendus ! 

Nous arrivons assez tôt à la seconde hut à Bark Bay. Nous retrouvons le jeune qui m'a sauvée, et qui fait partie d'un groupe de jeunes triathlètes. Ils sont avec leurs moniteurs et ont tellement de nourriture !

Bark Bay
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Il fait super beau ! Nous marchons toute la journée sur des chemins côtiers entourés d'arbres et nous arrêtons régulièrement sur les plages au sable blanc ou les petites criques cachées. On se baigne, c'est agréable !

Avec nos gros sacs, on se sent un peu comme des tortues ! On avance pas très vite, surtout dans les montées, et finalement, on porte notre maison sur le dos !

Cette journée est vraiment superbe 

Nous faisons une pause pique-nique à Torrent Bay. C'est tout simplement magnifique !

Torrent Bay 

Nous faisons un petit détour avant d'arriver à la hut, pour aller voir la Cleopatra's Pool. Il s'agit d'une "piscine" naturelle, avec des cascades et rivières. L'eau est très claire et a une couleur assez particulière, puisqu'elle est... dorée ! Entourée des arbres verts et d'une multitude de rochers, elle resplendit à la lumière du soleil. L'endroit paraît magique. On y trempe seulement les pieds car l'eau est magnifique, mais vraiment gelée !

Cleopatra's pool, le bain doré

Après cette balade étincelante, nous voici arrivées à Anchorage, une baie vraiment très belle. La hut est également super. Grande, un peu en retrait avec vue sur la plage, lits simples, électricité et WIFI !

Anchorage 

Pour couronner le tout, nous avons droit à un beau coucher de soleil à la fin de cette troisième journée, vraiment parfaite !

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Quatrième jour et toujours en vie !

Rivière à la couleur rouille, qui se déverse dans la mer. 

Le soleil est une fois de plus au rendez-vous. On traverse de nouveau la fabuleuse plage de la baie d'Anchorage pour monter sur une colline. La vue est tout simplement superbe !

Ça monte et ça descend, comme les jours précédents. Les plages sont également très belles, et on s'accorde une petite pause pique-nique à Apple Tree Bay.

Apple Tree Bay 

Les décors paradisiaques s'enchaînent, mais ne se ressemblent pas. On porte nos gros sacs, on mange peu, on transpire, mais il y a un petit côté vacances quand même !

On s'approche maintenant de la ligne d'arrivée à Marahau, une petite ville de bord de mer où se trouve l'entrée du parc national. L'aventure ne se termine cependant pas là pour nous puisque nous avons réservé un bateau taxi pour remonter à Totaranui (là où nous avons commencé la marche) et continuer d'explorer en direction du nord cette fois-ci, jusqu'à Separation Point.

Arrivée à Marahau


Ce soir, nous dormons dans une auberge, The Barn. C'est vraiment très sympa, et cela fait plaisir d'être dans un vrai lit et de prendre une bonne douche ! Avant de faire une overdose de riz en sachet, nous nous accordons un bon dîner dans un bar juste à l'entrée du parc. On se régale !

Il ne faut pas trop se laisser aller non plus car demain, il faudra encore marcher un peu, après le tour en bateau !

Panorama 
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Et voilà, dernier jour de l'aventure Abel Tasman !

Nous nous rendons au bureau Aqua Taxi pour prendre notre bateau taxi. La journée commence sur un air... très comique. En effet, tous les bateaux sont garés sur le parking de la compagnie, et tous sont attachés à de petits tracteurs. On se dit, oui c'est normal, c'est pour les remorquer directement dans l'eau. Rien d'extraordinaire. Jusqu'à ce qu'ils fassent monter les gens dans les bateaux, via de petites passerelles directement sur le parking. Et là, les tracteurs démarrent et nous voilà sur la route en direction de la plage, à bord des bateaux ! Et des tracteurs-bateaux, il y en a toute une farandole ! Une fois arrivé au bord de l'eau, hop, marche arrière, hop, le bateau est sur l'eau, et hop, on détache la remorque. Le petit tracteur repart. Et ça s'enchaîne comme ça, avec les gens qui sont tous assis dans les bateaux !

Nous voilà désormais sur l'eau, dans la mer de Tasman. Nous faisons un petit détour pour voir la fameuse Split Apple Rock, dans la Tasman Bay. Il s'agit d'un rocher de granite tout rond comme une pomme, coupé en deux. Le phénomène est complètement naturel. L'eau se serait infiltrée dans une fissure dans la roche pendant un âge glaciaire et aurait gelé, ce qui aurait augmenté de volume et fendu la pierre. Bien sûr, les versions mythologiques sont toujours plus passionnantes.

Split Apple Rock 

La traversée dure 2h car le capitaine prend le temps de nous montrer des îles, de s'approcher de formations géologiques intéressantes qui ressemblent à des kiwis ou des autruches, et même de nous emmener voir des phoques !

De retour à Totaranui, sans la pluie cette fois-ci, nous posons nos gros sacs à la voiture pour ne prendre que nos petits sacs. En effet, nous comptons marcher jusqu'à Separation Point puis faire demi-tour, pour reprendre la voiture.

Totaranui... la couleur du sable est magique ! 

La teinte orangée du sable, unique au monde et dans le pays, provient des minéraux d'oxyde de fer du granite.

Cette partie de la côte est tout simplement paradisiaque ! Les plages (où il n'y a quasi personne !) sont nombreuses et sont juste magnifiques. Cela donne envie de s'arrêter tout le temps et s'y baigner pendant des heures.

Plutôt sympa, non ? Allez, on en remet une couche !

Plages arc-en-ciel 

Nous arrivons à Separation Point, la pointe la plus au nord du parc national. Il faut descendre dans les rochers pour atteindre le phare. On entend de drôles de bruits d'oiseaux, c'est même un peu agaçant. En s'approchant, on se rend compte qu'il y a de faux gannets (mêmes oiseaux qu'à Cape Kidnappers) en carton, et des hauts parleurs imitant leurs cris. En lisant les panneaux, on comprend que des conservateurs veulent attirer les vrais oiseaux ici pour créer une nouvelle colonie.

Separation Point 
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Des plages au sable fin et doré, des forêts luxuriantes, des ponts suspendus, de magnifiques panoramas, de jolies rencontres animalières… Mais aussi un gros sac à dos à porter, des montées très pentues, un déluge et une rivière imprévue à traverser, des milliers de sandflies, des colocataires ultra bruyants dans les huts… Mais aussi, et surtout, une super première expérience de randonnée sur plusieurs jours, avec mon amie Mathilde.

Au total, nous avons marché 78,8 km en 5 jours. On ne s’en croyait pas capable, et puis finalement, on a réussi à braver tous les dangers, et à apprécier vraiment notre aventure.

Une aventure mémorable, à renouveler très prochainement ! Car oui, nous pensons déjà à faire une autre Great Walk, non loin de celle-ci, la Heaphy Track ! 😀😀

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L'aventure initiatique

Ce que nous avons appris :

  • La ceinture de sac à dos, c'est la vie !
  • Une protection imperméable est indispensable à l'extérieur mais aussi à l'intérieur du sac pour les vêtements (vive les sachets de congélation !)
  • Le produit anti-sandflies n'est pas très efficace
  • Notre petit réchaud avec notre petite casserole sont juste trop bien !
  • Les meilleurs sachets de riz cuisiné Uncle Ben's sont ceux à la tomate, sans hésitation !
  • Ne pas se laver pendant plusieurs jours n'est pas si terrible (un petit peu pour les cheveux)
  • Entendre le brouhaha des gens qui se préparent et rangent leurs affaires le matin tôt dans la hut alors que tu veux encore dormir fait partie des bruits les plus insupportables de tous les temps
  • Une rivière de 5m de large avec de l'eau jusqu'en bas de genoux = une flaque = même pas peur !
  • Nouvelle passion : les ponts suspendus !
  • On recommence quand ?