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La Team MyAtlas

Ty'mer

Par
C'est la construction d'une petite huttopie. Sur les sentiers du faire-autrement, infime désobéissance ; une rêverie sur l'Habiter, à la poursuite de l'esprit des lieux. Une histoire de mouvement.
Dernière étape postée il y a 10 jours
Février 2020
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Publié le 6 août 2020

Cela fait presque un ans et demi que je parlerêveparlebeaucouprêvebeaucoup de construire une tiny house. Pendant le confinement, je me lance concrètement dans l'aventure

Objectif : emménagement fin 2021 !

hum c'est quand même un sacré truc et tu n'y connais rien 

Voici donc cette petite histoire racontée mois par mois. Les découvertes, les étapes, les rencontres, les galères, les réflexions, les poésies...

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Vite, des cabanes. Pas pour s’isoler, ou tourner le dos à notre monde abîmé ; mais pour braver ce monde, l’habiter autrement : l’élargir, (...) y refaire des liens, des pratiques, y réinventer les façons de se tenir, au sens le plus physique. Des cabanes pour imaginer un mode de vie dans ce monde abîmé. Une cabane qui est tout à construire, à construire avec des mots, des poèmes, des mains tendues. Une utopie, n’existant pas tout à fait sinon dans nos désirs.

- Marielle Macé

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Publié le 7 août 2020

D'abord, poser des mots, et les garder près de soi.

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Pourquoi une tiny ? 

Pour la liberté de mouvement. L’idée d’être mobile, la poursuite du frisson, la découverte perpétuelle. Vivacité, fluidité. Car je ne sais pas encore où je veux vivre et ça me dit bien d'habiter plusieurs endroits dans l'année.

Pour la liberté économique, car je n’ai pas encore trouvé une unique place dans ce monde, que j’ai plein d’idées (psychologue gestalt - chercheuse en sociologie de l’imaginaire et études de genre - éveil à la CNV - militantisme radical - éducation alternative pour les enfants - médiation poétique et philosophique dans la nature - conteuse), que j'aimerais faire conjointement et agilement, tout en ayant beeaaaucoup de temps pour autre chose (l'amour, l'amitié, faire du pain, du fromage, du macramé, un potager, danser, lire, cuisiner, créer, nager, de longues marches, de longues discussions, jouer) sans que la question de l’argent soit un frein. Gagner peu, dépenser peu, vivre beaucoup !

Pour rejoindre des gens cool, appartenir à une communauté, se greffer à un projet d’alter-village, d’éco-lieu, dans lequel incarner les principes de décroissance, harmonie, gourmandise, poésie, magie. Des habitats légers et des lieux communs, un potager, des arbres fruitiers, des poules, des chevaux, des guitares et une belle lumière du soir.

Puis, prêter attention à soi, ses usages.

De quoi ai je besoin ?

Une empreinte mini mini : matériaux écologique/biodégradables et de récup', au maximum. Viser l'autonomie énergétique, l'autosuffisance alimentaire et en eau.

Pouvoir monter sur le toit : et poser une serviette, du houmous et une bouteille de vin.

De la lumière, beaucoup de lumière : sentiment d’être dehors même dedans, de vivre avec les éléments, tout en étant protégée dans son lit.

Pouvoir accueillir du monde : après-midi jeux de société, journées en amoureux, dîners entre amis, dodo avec la famille.

Avoir beaucoup d’endroits différents où se poser : assise avec mon ordi, lire dans un fauteuil, rêvasser là-bas, déjeuner encore ailleurs et le petit moment café-chocolat juste ici.

Pouvoir la réaliser en auto-construction : Apprendre, décrasser son cerveau, rencontrer des gens. Comprendre sa maison et comment en prendre soin. Sortir de l'injonction à la consommation.

Et puis : de l'espace pour danser, un plan de travail pour cuisiner, une bibliothèque à coeur ouvert, une fenêtre devant l’évier pour faire la vaisselle et regardant la mer.

Je me pose mille et une questions. Combien de temps je passe en cuisine, sous la douche ? Ai je beaucoup de produits de beauté ? D'habits ? De livres ? Est ce que j'utilise un four, un frigo, un lave-vaisselle, un lave linge ? Est ce que j'aime m'étendre sur les canapés, dans les lits ? Comment je dors ? Comment je me réveille ? Comment je mange ?

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C'est rare de prêter tant attention à ses besoins et habitudes du quotidien. C'est comme si je me suivais discrètement, en notant tout dans un petit carnet, avec bienveillance et tendresse. Sentiment de se connaitre un peu plus.

Votre maison est votre corps déployé. Elle s'épanouit au soleil et dort dans le silence de la nuit ; et ne reste pas sans rêves. Votre maison ne sera pas une ancre mais un mât. Elle ne sera pas une étoffe chatoyante qui couvre une plaie, mais une paupière qui protège l'œil.

- « Le Prophète », Khalil Gibran

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Publié le 7 août 2020

En mars, je m'inspire. Pinterests, vidéos dont je screenshot les idées que j'aime, lecture de références sur le sujet. Je regarde autour de moi, les couleurs, les dimensions. Les astuces de rangement, de modularité, la déco, la lumière.

une banquette modulable, des étagères un peu partout, une grande fenêtre, un accès toit depuis la mezza
un escalier sur lequel on tient debout à la sortie du lit, avec des marches rétractables 
des toilettes sèches "tiroir", une grande baie vitrée 

Une penderie sous l'escalier, une porte de commode qui se déplie en table de salon, une banquette modulable en lit 1place - sièges indépendants - canapé - rangements, une cloison coulissante "porte-épices" etc, un plan de travail repliable au dessus des plaques de cuisson, un tiroir "étendoir à linge", des meubles en cartons, des finitions intérieures en toile de lin etc, etc, etc

C'est la phase où l'on rêve, sans penser aux contraintes de poids ni de prix. J'en papote avec beaucoup de gens pour récolter plein d'idées. C'est très enthousiasmant !

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Le moment auto-construction

Après un benchmark et des discussions avec des auto constructeurs, je fixe un budget à 25 000 (dans les mois qui suivent je réalise que je peux tenter les 20 000 car je prends beaucoup de temps à recup des outils et des matériaux de seconde main, à me creuser la tête pour des choix plus économes et à fabriquer moi même les objets d'aménagement). Depuis quelques années déjà j'économisais dans l'optique d'une tiny sans prêt ! C'est pas facile mais j'y crois. C'est très motivant de réduire ses dépenses pour un projet de vie comme celui-çi

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Publié le 7 août 2020

En avril, les premiers plans prennent forme. D'abord, version papier

je gribouille je gribouille je gribouille 

Puis en 2D.

C'est pas facile du tout car chaque décision à des conséquences sur d'autres et inversement chaque choix dépend des précédents. Par exemple pour positionner les meubles il me faut statuer sur l'épaisseur des murs (et donc sur les choix d'iso, de composition, blablabla). Pareil pour la hauteur de la mezzanine qui dépend de l'épaisseur du plancher, de celle du matelas, de la hauteur nécessaire pour être à l'aise sous les poutres de la mezza et sur le lit sous le toit, de la forme du toit, tout en respectant les 4m15 de hauteur autorisés. Les noeuds au cerveaux s'enchainent, mais peu à peu certains se délient et c'est là qu'on réalise qu'on avance !

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Le moment auto-construction

Toute cette phase n'est pas seulement de l'ordre de la rêverie. C'est très vite technique. Au fil des recherches je tombe sur beaucoup de mots étranges, complexes, un peu effrayants (tasseau et solives, faîtière, acrotère, pare vapeur, différent du frein vapeur bien sûr, pont thermique, contreventement, fraiseuse, ...) qui jour après jour se chargent de sens et deviennent de bons copains. Je créé un lexique pour les garder près de moi. Peu à peu, on s'apprivoise.

Je créé aussi un méga doc pour rassembler TOUTES les infos que je lis-regarde-entends. Il y en a tellement que je ne fais pas confiance à mon cerveau pour s'en souvenir et pour savoir les sortir au bon moment. Dans ce méga doc, je compare les poids et prix de tous les matériaux (bois, menuiseries, isolants, couverture), je benchmark des remorques, des outils, je compare les pratiques et choix de fabrication, et je répertorie tous les conseils - astuces techniques - avis des autoconstructeur‧rice‧s du web (étapes, calcul du poids, équilibrage, dimensions, sécurité sur le chantier, etc)

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Publié le 7 août 2020

Et enfin je me lance dans la modélisation 3D sur Sketchup. Après tout une phase d'auto-formation sur youtube, beaucoup d'heures à faire des bêtises, défaire, refaire, pas comprendre, s'arracher les cheveux, douter sur chaque centimètre, en rêver la nuit, j'obtiens quelque chose dans lequel il est aisé (et si chouette !) de se projeter !

une première ébauche visuelle, c'est de l'enthousiasme et de l'énergie pour se lancer dans la réalisation du rêve ! 
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Tiens, un nom me vient.

Ty'mer.

Ty'mer car le "ty" breton, la mer, ma mère et la chimère. 

Depuis qu'il s'est installé, il ne quitte plus le petit coin de ma tête réservé aux idées fixes, la petite voix qui aime nommer les fleurs et oiseaux qu'elle rencontre.

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Le moment auto-construction

une décision majeure, cruciale, capitale que dis je fondatrice ! est prise. LE CHOIX DE LA REMORQUE. Je pars sur un modèle récent, chez Vlemmix, sans passage de roue ! Elle est légère, raisonnablement chère mais elle ne vient pas de tout près ... J'aimerais comptabiliser l'empreinte carbone de mon projet (entre les déplacements de la matière première, les recherches web et heures de visionnage youtube, mes propres déplacements à la rencontre de "tinyistes", ...)

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Quelle joie de s’allonger un midi dans un hamac. La brise légère qui efface les angoisses. Il y a de ces plaisirs si simples qu’ils contestent la vie radicalement violente que nous vivons.

- Danny Laferrière

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Publié le 7 août 2020

En Juin, le thème c'est : rencontres !

Au quotidien, je regroupe sur une carte interactive les contacts sur lesquels je tombe dans mes recherches : entreprises de construction de tinies, auto-constructeurs et auto-constructrices, ateliers bois, scieries, villages d'habitats légers etc. Il y en a partout en France. Après quelques visites dans les Alpes au début du mois, c'est depuis la Bretagne que ce tour de France des tiny se poursuit ! Je profite de plusieurs semaines là-bas pour rencontrer des auto-constructeurs (mais pas encore d'auto-constructrices, ça me démange !).

Ma soeur Oriane m'accompagne, c'est très apaisant et sacrément enthousiasmant d'en discuter avec elle. Car, au-delà des aspects esthétiques et fun qui engagent beaucoup de mes proches, il y a toutes les contraintes techniques et matérielles dans lesquelles on se sent vite dépassé.e, et parfois un peu seul.e.

Je rencontre donc Michel, Noé, Alexandre, Gautier, Jean-Daniel, Emilien. Je pose beaucoup de questions techniques, qui, il y a quelques semaines à peine, m'auraient parues vraiment tarabiscotées, mais d'en discuter avec des inconnus, je réalise qu'on partage un langage commun, qu'on fait partie du même groupe de fous.

 Pose le steïco après l'équerrage de tes solives hein. Tu ajoures ton bardage, prend du ampack3m! Et comme satu', t'as quoi toi ? 

Emilien me propose même de donner un coup de main sur son chantier. Pendant plusieurs jours avec son fils, on mesure + découpe + pose l'iso dans le toit et le plancher (attention aux gaines des réseaux et aux évac' et puis aux poussières de BioFibTrio dans les yeux bien sûr), puis le frein vapeur sur les murs (c'est toute une galère pour poser le rouleau droit et que le scotch assure l'étanchéité partout tout en le laissant caché sous le lambris). C'est super pour moi car ce sont des manip qu'il faut faire (et rater) une première fois (et même plusieurs) avant de choper le coup de main ! Je note bien précieusement toutes les petites astuces.

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Le moment auto-construction

C'est le moment de se lancer dans la planification concrète et précise du chantier ! Sur un giga doc excel je rassemble tout ce qu'il m'a semblé comprendre du déroulement d'une construction de tiny. Je définis 8 grandes phases :

PHASE 00 La préparation

PHASE 01 Le volume

PHASE 02 Hors d'eau hors d'air

PHASE 03 Les fenêtres

PHASE 04 Bardage/ cloisons / réseaux

PHASE 05 Finitions #1

PHASE 06 Mezza et ameublement

PHASE 07 Finitions #2

Puis pour chaque phase, je décris les étapes, les sous-étapes, les sous-sous étapes et enfin tout le matériel nécessaire, des machines aux outils à mains en passant par les vis, les clous, les sections de bois, les protections ... C'est titanesque ! Ce document, je le complète presque tous les jours et je pense qu'il sera modifié jusqu'au jour J du début de la construction (et sans doute pendant ..). Il permettra aussi une bonne organisation / délégation des tâches lorsque les copinous viendront (je l'espère) passer quelques jours avec moi, les mains dans la sciure. Il faut donc qu'il soit intuitif, compréhensible par tou.te.s et rapide d'utilisation.

C'est un peu comme une boussole. D'ailleurs, je m'en vais renommer ce doc de suite !

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Publié le 17 août 2020

Je découvre le monde foisonnant des déchèteries, dans lesquelles je fais de merveilleuses trouvailles. Entre la déchèterie de Pont-Croix, celle de Primelin, et la bien-connue-par-nous ressourcerie CapSo' à Plozevet, je parviens en quelques semaines à récupérer de belles planches de bois, du lambris, des plaques de contreplaqué.

stockage du bois chez papy et mamie ! 
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Quand on tourne en rond dans sa tête (il faut se fixer sur un degré de pente du toit et je ne m'y résous pas), rien de mieux que de mettre ses mains en action. Je raconte mon projet fou à Papy ("c'est gros, très gros, mais je t'aiderai ") et on se lance dans la fabrication d'un des sièges mobiles en forme de cube qui composent la banquette du salon (cf la modélisation du mois de mai).

L'objectif est surtout de s'essayer aux outils ("que tu apprennes à ne plus avoir peur d'eux"), de se familiariser avec les méthodes de dessin, les organigrammes de production et d'acquérir les bons réflexes ("mieux vaut passer 5 minutes de plus à réfléchir que de faire des bêtises qui te couteront 5 heures plus tard").

Les mains de Papy. Dessinent, et dessineront toujours.

Après de longues heures à l'atelier, à tester plusieurs façons de faire pour minimiser le poids du siège (eh oui, une tiny en dessous de 3 tonnes 5 ça se mérite jusque dans les plus petits détails !) tout en maximisant sa résistance (je me connais, c'est sûr je voudrai danser debout dessus un jour), on arrive à quelque chose de vraiment chouette ! Dont je suis très fière. Merci, Papy.

 Je vous présente : "Le Cube". Version #1, déjà ma préférée !
 Tadaaa

1,3 % de la tiny est achevé !

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J'apprends à prendre le temps. A chercher le devenir plutôt que le fixe. Jusqu'au dernier moment on ajuste le cube en fonction d'intuitions, d'idées nouvelles, d'expérimentations. C'est une bataille de l'égo et de la flemme versus l'incessant mouvement qui caractérise le vivant. Et puis à un moment on s'arrête et on se dit "ok, ça me plaît".

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Ni le vent ni la brume ne se lassent de moduler de neuf les formations de nuages. Et qui oserait prétendre que les nuages sont moins réels que les massifs granitiques ?

- Christiane Senger

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Publié le 11 septembre 2020

Le mois d'Août. Le mois doutes ? - dit mon père.

Oui. Les premiers questionnements : quand fixer la date de début de chantier ? Je dis à tout le monde "printemps prochain" mais "printemps prochain" est-ce dans 7 mois ou 10 ? Est-ce trop tôt ? Vais-je me sentir assez formée ? Est-ce trop tard ? Car alors il y aura encore plus de gens souhaitant ce mode de vie et donc encore moins de hangars pour la construire ! Comment faire co-exister la tiny, si chronophage, si énergivore, avec mes études qui reprennent en octobre et s’annoncent très intenses ?

Les premiers vacillements : j’ai l’impression d’oublier au fur et à mesure ce que j’apprends, je me sens très seule, je n’arrive plus à concevoir un « après » la construction. Où la poser ? Pour faire quoi ? Avec qui ?

Et les premières remises en question : ça n’est pas assez radical, pas assez low-tech et surtout pas assez low-cost. Le mouvement semble parfois si élitiste, presque bourgeois. Tous les propriétaires de tiny me paraissent se ressembler. Juste une caste de plus, exclusive et homogène. Et très privilégiée. Un projet d'habitat à 25 000 euros peut-il se revendiquer d'être un modèle social viable ? Peut-il vraiment convoquer un imaginaire alternatif à l'économie de marché ? Et si c’était simplement égoïste, une façon pour moi de m’éloigner des combats, de ne plus voir autour de soi les raisons de la lutte. Cacher la misère alimentaire derrière un potager d'été, isoler son corps de femme pour ne plus avoir à le défendre, marcher en forêt et non plus dans la rue. J’imagine mal ma petite tiny-mimi sur une ZAD. Deux esthétiques semblent s'opposer. Le douillet s'accorde-t-il avec la rage ? Peut-on désobéir confortablement ? Comment combiner habiter et résister ?

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Je decide que ma tiny sera cabane.

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Heureusement, je découvre l'art subtil, précis et oh combien analgésique du Macramé. Ma grand-mère est la première à en faire les frais, pour son plus grand bonheur et celui de la "boule de pêche" qui trouve sa place au-dessus des toilettes. Suspensions de plantes, bracelets, déco de miroir, j'en sème un peu partout où je trouve des ami.e.s bienveillants envers chacune de mes nouvelles passions.

Je fais des noeuds pour dénouer les doutes. Mettre en mouvement les doigts et le reste. Lier. Se nouer.

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« Être vivant, c’est être en mouvement - à l'extérieur et à l'intérieur de soi-même - et c'est être lié aux autres, à son environnement, aux gens, être présent au monde. La combinaison presque paradoxale entre le mouvement et le lien. Les tisser ensemble. Cela me parait être le cœur du vivant. » - Alain Damasio


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Publié le 4 février 2021

Avec la nouvelle année, la tiny reprend du service !

Après avoir hiberné les 4 derniers mois - pendant que je prenais mes marques dans la nouvelle école, la nouvelle maison (en Bretagne youhou), les nouvelles amitiés - l'aventure Tiny repart de plus belle.

Ça commence par une tisane - à 8 !! - dans la tiny d'un ami (hyper cosy !) et puis la rencontre de gens merveilleux, aussi complètement fous, qui souhaitent vivre en collectif, en harmonie avec le vivant (et proche de la meeer) et en habitat léger (tiny bien sûr mais aussi yourte, caravane, cabane, kerterre) ! On se nomme collectif Kerwagenn et on enclenche l'opération : un hameau léger en Baie d'Audierne ! Si quelqu'un.e a un terrain de plusieurs hectares à donner contre des navets, des soirées contes et des oeufs frais .... vous savez où me trouver !

Kerwagenn, en breton, ça veut (peut-être) dire "hameau de la vague", ça nous va bien !
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Au programme auto-construction en janvier :

J'ai trouvé un hangar ! Et quel hangar .. ! Grand, tout équipé, proche de la maison et surtout dans un super endroit : l'Écolieu Kervillé. On s'arrange au troc : j'anime pour eux un séminaire CNV et en échange je construits la tiny. Iels sont adorables et plein.e.s de vie, j'ai hâte de passer du temps la-bas !

Côté logistique ça y va fort aussi ! Avec Papy on compare la liste des outils/machines dont j'ai besoin avec l'inventaire de son atelier aux milles trésors. Il a presque tout ! Sauf une grosse scie circulaire à onglet ..... que Papy et Mamie décident de m'offrir. Je suis touchée !

En termes de commandes :

  • la remorque est en cours de livraison ! (ouch le porte monnaie)
  • les échanges se poursuivent pour du bois (ossature, parquet, lambris, bardage ...). C'est un peu difficile compte tenu de mes demandes (des sections non standard, des longueurs excessives) et du contexte (il y a parfois 1 ans de délais pour du Thuya et, pour du Douglas, on me dit carrément que cette année c'est mort ..) Mais je ne désespère pas, c'est en bonne voie !
  • Pour les fenêtres, je rencontre un fournisseur très sympa qui a déjà vendu pour des tiny ! Il connait donc bien la fameuse contrainte de poids et sait me conseiller côté matériaux et budget.
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Je rencontre plein de gens super qui m'offrent un peu de leur temps et de leurs conseils : un menuisier à la retraite, un charpentier naval, un ami d'ami qui vient de finir sa tiny, un couple d'éleveur de brebis (pour l'isolation à la laine de mouton !), un père, un fils et leur scierie ! On me propose des voiles de bateaux, des coups de main, des machines ... c'est si rassurant ! Je commence presque à avoir l'impression d'appartenir à une communauté !

Le chantier se dessine sur les mois de mars et avril. D'ici là, je compte les pleines lunes en espérant être prête à commencer au plus vite !

Allez, en bonus, des petits aperçus de l'ossature

Face Nord et face Sud . C'est tout coloré, ça parait presque simple vu comme ça .. en tout cas, ça donne envie de s'y mettre !
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Je vous laisse sur une jolie pépite qui a animé mes journées de janvier ..

Pour rêver, il faut être déplacé. A-gîtée. C'est pour ça que je ne reste jamais trop longtemps chez moi." - Daria, femme évène d'Icha, rapporté par l'anthropologue Nastassja Martin


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Publié le 7 mars 2021

Incroyable mais vrai : fin février, le chantier à commencé. Tout juste un an après le début du rêve, les premiers bouts de bois viennent attester de sa prochaine réalité.

Mais revenons quelques semaines en arrière.

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une sacrée bête ! 

Tout d'abord, la remorque pointe le bout de son nez.

Puis c'est au tour du bois, qu'on me livre avec une grue ! Et le devis des menuiseries est signé, la commande lancée !

Jean vient m'aider quelques jours à la mettre à niveau (ahlala on s'en fait, des noeuds au cerveau, et puis finalement à un moment ça se déplie et on prend une décision, la bonne !). Ensemble, on fait le premier coup de scie : le jour 1 du chantier est officiellement proclamé et on célèbre ça comme il se doit !

Pendant la semaine #1, je travaille deux jours seule au montage du solivage, à la découpe des encoches pour les étriers et au perçage des passages des gaines d'eau.

on contrevente avec des écharpes temporaires pour éviter que le solivage ne se déforme lors qu'on va le retourner 

Puis, des copaines (merci les copaines!) viennent m'aider pour qu'on le retourne comme une crêpe (au beurre salé) afin de travailler sur ce qui sera le "dessous" : on trace les encoches des réseaux élec, on pose le pare pluie et le grillage anti rongeur.

La première semaine se termine donc sur un plancher presque achevé. Au programme des prochains jours : le re-retourner puis tranquillement commencer à découper et assembler les murs.

Ça, c'est pour la partie chantier ... en parallèle, à la maison, il reste du boulot pour bien finioler l'étanchéité, choisir le chauffeau-eau, intégrer un système de récup' d'eau de pluie, choisir les planchers et revêtements des murs, dénicher un bac de douche et un évier dans les ressourceries du coin, bref on ne s'ennuie jamais !

ANNONCE : je suis en pleine finalisation de mon électricité ! Si vous connaissez un‧e électricien‧ne qui accepterait de papoter avec moi ça serait avec grand grand plaisir (et avec soulagement aussi car c'est quand même une étape qui me rassure pas beaucoup beaucoup)

 j'ai l'impression d'accumuler quantité de pièces de puzzle depuis 1 an, qui peu à peu viennent s'imbriquer
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Côté Kerwagenn, on rencontre des mairies, on visite des terrains privés. On continue à beaucoup beaucoup beaucoup discuter ! Le collectif, c'est une invention de tous les jours. On tente de faire meute, de se rendre disponible à toutes les voix et toutes les voies, d'être attentif‧ve à la diversité de nos manières d'être au monde et d'accueillir la complexité que cela représente d'articuler nos besoins sans les juger ou chercher à se changer. C'est fantastiquement sensible, douloureusement énergisant et intimement intimidant, en un mot : vitalisant. C'est du lien et du mouvement. Pour inventer l'alliage des deux, il nous faut écouter, formuler, désapprendre, s'écorcher un peu parfois, en rire, se réconforter et apprendre. Ensemble. Il n'y pas de mode d'emploi tout prêt à la vie en communauté. Mais c'est ce qui rend l'aventure enthousiasmante ! D'ailleurs, une jolie citation de la chercheuse et militante féministe Monique Wittig qui évoque l'importance des utopies concrêtes pour faire advenir des futurs souhaitables ..

Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente.

- Monique Wittig, Les Guérillères, 1969

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Publié le 4 avril 2021

Mars est la saison des cabanes.

Avec le chant des oiseaux, le retour des poissons, la floraison des cerisiers, ty'mer pousse, se déploie, s'étire comme si elle sortait d'une hibernation, une gestation sous la mine de mon crayon depuis 1 an.

Ça commence sous la remorque pour proposer les futures frontières, plus ou moins troubles, de l'habitat de l'humaine (pose des grilles anti-rongeurs).

Puis, la construction et la pose du premier mur !

Une fois que le premier bourgeon est là, les autres s'enchaînent sans tarder, avec enthousiasme, impatience, curiosité ! En même temps que la cabane prend forme, je prends confiance.

Beaucoup de copinous sont venu‧e‧s aider ty'mer à germer. Toi avec un sourire et un câlin, toi avec un goûter à prendre au soleil dans l'herbe, toi avec tes habits de chantier, perceuse en main. A la question "tu construis ta maison toute seule ?", la réponse est non ! Je la construis avec beaucoup d'amour, de gourmandise, d'amitiés, et de plein plein de mains, petites et grandes, toutes jeunes ou toutes ridées, immaculées ou déjà pleines d'échardes, toutes excitées ou très concentrées, des mains de dessinateur‧euse‧s, de bâtisseur‧euse‧s, d'artistes, de poètes, de rêveur‧euse‧s. Toujours des mains bienveillantes et encourageantes !

On porte fièrement les rayures bretonnes ! 
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4 semaines seulement et déjà le volume est là ! Ça n'a pas été tous les jours facile (en fait, jamais, c'est une complexité de chaque instant) - il y a eu des rires et des pleurs, des nuits d'insomnie et des siestes de fierté, des erreurs à rattraper et des bonnes idées. Mais toujours un même élan, une même vitalité.

J'ai l'impression d'écrire une histoire à plusieurs voix, à plusieurs voies. La voix au fond de moi qui refuse et désire en même temps ; la voix du collectif aussi, de cette amie d'enfance qui me soutient à chaque folie depuis plus de 10 ans à ce garçon rencontré sur les routes (qui m'a pris en stop) et qui devient un ami à force de ponçage-vissage-masticage, en passant par les soutiens familiaux, les solidarités entre constructeurices de tiny ; et toutes les voix de ces gens qui essayent de raconter de nouvelles histoires, d'écrire par leurs choix et leurs gestes de tous les jours de nouveaux récits (ici, beaucoup de gratitude pour les membres de l'écolieu merveilleux qui accueille le chantier). Et puis aussi, l'impression de faire quelques pas sur toutes ces voies (celles de l'entraide, de l'attention, de la responsabilité, de la provocation, de la circulation des biens et des savoirs, de la résistance, de la sobriété, de la décroissance, de la désobéissance, de l'empreinte légère et discrète, de la co-existence métamorphe, des égards ajustés) qui pourraient bien mener à cet "autre monde possible", en floraison dans les ruines de l'ancien.

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Apprendre à raconter des histoires amorales parce qu’à voix multiples, à conséquences en cascades, qui ne respectent pas la différence entre ce qui compte et ce qui peut être négligé, c’est peut-être apprendre à cultiver un savoir crucial s’il s’agit d’apprendre à vivre dans les ruines

- Isabelle Stengers dans la préface du champignon de la fin du monde - Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, de Anna Lowenhaupt Tsing, Éditions La Découverte, 2017.