Carnet de voyage

Epopée Mongole

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Par Mélu
"Prête à prendre la plus grosse claque culturelle de ma vie."
Du 16 avril au 30 septembre 2017
24 semaines
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Après de nombreuses recherches, j'ai enfin trouvé LE stage idéal, celui qui mettra fin à ma scolarité, celui qui me permettra de mettre en pratique les théories universitaires, celui qui assouvira mes envies de voyage et de découverte d'un nouvel environnement. Merci à Mongolie Nomade de m'offrir cette opportunité de vivre une expérience unique !

Il est aujourd'hui grand temps de partir ! Direction Roissy et c'est parti pour quelques heures de vol ... Une première étape à Moscou, et on sent déjà quelques différences culturelles ... Qui n'aimerait pas se boire une bouteille entière de whisky durant un vol de 6 heures ? Les deux grands gaillards russes installés à côté de moi ne se sont pas gênés et c'est tout joyeux qu'ils se sont endormis tête contre tête ...

Enfin, nous voyons le sol mongol ! L'excitation provoquée par l'arrivée sur un continent totalement inconnu se fait ressentir. On ne ressent alors ni la fatigue, ni la faim, ni la soif, seulement le désir de sortir de l'avion, sauter sur le premier cheval que l'on croise et partir au grand galop dans les steppes. Seulement, on ne doit pas confondre désir et réalité. On sait tous, que la sortie d'un aéroport prend du temps : évacuer l'appareil, aller aux toilettes (pour nous les filles) parcourir 10 km avant d'atteindre le point de contrôle, récupérer sa valise et enfin voir la lumière du jour. Pour le coup, il pleuvait. Mais ce n'était qu'un petit détail, puisque j'ai eu la chance d'être accueillie par une famille Mongole à la sortie de l'aéroport. Cette petite famille est en bon contact avec l'agence avec laquelle je vais travailler, elle s'est proposée de me fournir un logement sur Oulan Bator. Après de brefs échanges, nous avons pris la direction du centre-ville de la capitale. Ils m'ont directement emmené dans l'appartement de leur fils, parti en Chine pour des raisons professionnelles. C'est donc ici que je resterai pour une durée indéterminée, que je ferai ma première machine de foncé, que je goûterai quelques spécialités locales, que je dormirai chaque nuit, oh oui dormir ... la fatigue commence à s'installer et ça tombe bien, la famille quitte l'appartement pour aller travailler. C'est avec un doux sentiment de bien-être que je m'allonge pour récupérer de ces 6 heures de décalage avec la France.

Envolée de Moscou 
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Après une sieste de quelques heures, il était temps de découvrir la ville ! Accompagnée d'Altanzul, l'unique anglophone de la famille, nous sommes parties nous balader dans les alentours histoire de manger quelque chose et de faire le change. La monnaie locale est le Tugruk / Tugrik (on peut dire les deux) 1 Euro vaut 2550 Tugruk, je sens que les conversions vont être faciles ...

Etant encore fatiguée du voyage, j'avoue que mon niveau d'attention n'était pas à son maximum et ce qui devait arriver, arriva. Nous marchions tranquillement sur l'une des grandes rues commerçantes de la ville lorsque j'ai senti une gêne au niveau du sac. Quelqu'un fouillait dedans ! Mmm quel plaisir que de se faire pickpocketer à sa première sortie... Je lui ai gentiment (avec fermeté tout de même) retiré sa petite main de mon sac avant de le fouiller à mon tour pendant que mon acolyte déversait quelques insultes Mongoles. Il m'avait "seulement" pris les clés de mon appartement, cela aurait été assez contraignant. Les jeunes occidentaux sont considérés comme des victimes faciles par leur naïveté ( c'est tout moi ça ) et aussi intéressantes par leur potentielle richesse ( c'est pas moi ça ). C'est décidé, à partir de demain, je mettrai un cadenas à la fermeture de mon sac pour qu'ils sachent à qui ils ont à faire.

Remises de nos émotions, nous sommes allées manger dans une chaîne de restaurant Coréen en compagnie d'une de ses amies, professeure d'Anglais. Pas de spécialités Mongoles pour ce premier repas, en 5,5 mois, j'aurai le temps d'y goûter. Bon restaurant avec un très bon rapport qualité/prix, nous avons commandé seulement deux menus pour 3 pour un total de 43 000 Tugruk, la clé c'est de ne pas s'affoler lorsque l'on voit autant de chiffres sur l'addition, c'est une habitude à prendre, au final le repas ne nous a coûté que 5 € par personne.

Après ce repas conséquent, Altanzul m'a raccompagné chez moi. Sur les coups de 20h, elle est revenue me chercher pour qu'on aille manger ensemble chez elle. L'appartement familial n'est situé qu'à dix minutes à pied de mon propre bâtiment. Ce que je n'avais pas saisi auparavant, c'est que cette famille me propose non seulement un logement mais m'offre également le couvert chaque soir de la semaine. Je commence à cerner le sens de l'hospitalité Mongole. La famille est très agréable même si la communication reste parfois difficile, les parents et la tante ne parlant "que" Mongol, chinois et japonais. Je sens tout de même beaucoup de bienveillance de leur part et cela fait vraiment chaud au cœur. Durant cette soirée, j'en ai appris un peu plus sur eux et sur leur culture de manière générale. Tous les prénoms Mongols ont une signification particulière, par exemple Altanzul signifie "Amoureuse des Tulipes" ou encore Gérel "La lumière". Je conçois que c'est une réelle chance que de partager le quotidien d'une famille Mongole et il me tarde d'y retourner pour en apprendre un peu plus sur leur mode de vie.

Tugruk                                 Nouveau bijou de sac                                                     Restaurant Coréen 
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Lundi = Working Day ! Premier jour de stage avec Gérel et Côme. Ce couple passionné des grands espaces a monté son agence de voyage en Mongolie il y a 10 ans déjà. Spécialistes des voyages sur mesure, ils proposent de nombreux circuits en steppes Mongoles en mettant un accent sur les itinéraires équestres. Ils restent fidèles à leurs valeurs et travaillent indépendamment, ce qui permet d'offrir des expériences à taille humaine non dénaturées par un tourisme de masse. Elle est Mongole, lui est Français, leur principale clientèle est Française mais ils peuvent être amenés à adapter leur voyage à une toute autre clientèle en fonction de la demande. C'est une réelle opportunité d'effectuer ce stage dans un environnement comme celui-ci : Un dépaysement assuré, une aisance dans la langue de travail utilisée, et une prise d'initiative encouragée par cette petite structure familiale. Les 3 ingrédients d'un stage réussi.

C'est donc en ce lundi matin que Gérel est venue me chercher directement à mon logement pour me montrer le trajet jusqu'à son propre domicile : Siège social de l'entreprise. Après une heure de transport, nous y voilà. Nous avons vu les points sur lesquels nous pouvions améliorer l'agence et notamment, sa visibilité digitale. Mes premières missions consistent donc à remodeler le site internet, animer les réseaux sociaux, créer un blog, et par la suite, effectuer une étude de marché pour le lancement de nouveaux circuits dans le cadre d'un tourisme solidaire. Ces missions s'effectueront pendant la période froide de l'année (avril, mai, mi-juin et septembre). De fin-juin à août, j'accompagnerai les circuits touristiques équestres. Ce stage partagé entre préparatifs saisonniers dans un open space peu conventionnel et logistique sur le terrain ne peut que m'offrir une expérience professionnelle complète et enrichissante.

Gérel                                                                             Côme 
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Ah la vie citadine ! Dans une capitale qui plus est ! Voilà déjà une semaine que je vis en ville dans un quartier qui n'est pas le plus aisé. J'avoue qu'au début, j'éprouvais un sentiment d'insécurité. Après ma mauvaise expérience du premier jour, j'ai mis du temps avant de ressortir mon téléphone pour prendre des photos. C'est rare lorsque l'on croise des visages occidentaux, me donnant l'impression de ne pas passer inaperçue ( ou alors je psychote ) malgré la foule durant les heures de pointe.

Puisque que râler est le propre du Français, autre point : La pollution. Oui nous sommes en ville, oui c'est une capitale où il y a du trafic mais quand même, la pollution est impressionnante. Ne laisser pas un asthmatique s'échapper par mégarde, il risquerait de très mal le vivre. Il n'est d'ailleurs pas étonnant de croiser des Mongols avec des masques de protection.

Au niveau des transports, pas de métro, pas de tramways mais quelques lignes de bus dont la destination finale est écrite en cyrillique. N'ayant aucune notion sur cet alphabet, je privilégie la marche et puis entre nous, tout est plus rapide à pied en raison des embouteillages qui surviennent de manière totalement aléatoire tout au long de la journée.

Le temps est lui aussi tout à fait aléatoire. Premier jour : pluie, neige et ciel bleu. Le lendemain, petite tempête de sable que nous offre le désert de Gobi, pourtant bien éloigné de la capitale. La Mongolie restant un pays très ensoleillé, les températures ne suivent pas le rythme et varient elles aussi d'une heure sur l'autre.

Tempête de sable (plus impressionnante en vrai*) 

La capitale regorge de musées, malheureusement je n'ai pas encore eu le temps de m'y rendre. Je compte tout de même visiter le musée d'histoire nationale, le musée de Chojin Lama (musée de la religion) et le palais du Bogdo Khan (chef bouddhiste). L'imposante place Sukhbataar est également à faire, elle est entourée de toutes parts d'importants bâtiments : Banques, théâtre, bureaux ... mais aussi le gigantesque parlement d'où Gengis Khan trône fièrement. Au milieu de la place, nous pouvons également voir une statue du Héros Rouge, fondateur de la ville. Le jour où je m'y suis rendue, des nomades venus des quatre coins de la Mongolie exposaient leur artisanat à travers leurs yourtes, leurs sculptures sur bois, et leurs produits culinaires ramenés de la steppe.

Place Sukhbataar et marché de nomades 

Au fil du temps, je prends mes marques et maintenant c'est un réel plaisir que de me balader dans les rues de la capitale.

Vue de l'appart' 
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Premier weekend ! Qui dit stage exceptionnel dit tâches exceptionnelles...

En effet, après une première semaine de stage à travailler sur le site internet, je me suis proposée de les accompagner à Gachuurt, petit village à une trentaine de kilomètres d'Oulan Bator. Côme et Gérel possèdent leur Guesthouse là bas, où ils accueillent les clients avant de partir en trek. Le lieu est constitué de plusieurs constructions : une maison d'accueil, une maison regroupant le bloc sanitaire et cuisine, une maison dortoir ainsi qu'une yourte. L'endroit nécessite quelques réparations, c'est la raison pour laquelle ils s'y rendent chaque semaine pour remettre tout d'aplomb avant le commencement de la saison.

N'étant pas très douée au petit bricolage, je me suis rabattue sur l'entretien et notamment celui de la yourte que les chiens du terrain s'étaient appropriés. J'ai dû également réaliser de bon cœur plusieurs petites tâches que l'on ne retrouve pratiquement plus en France (à part dans la Creuse) : Chercher l'eau à "la source", chercher du charbon pour le poêle et couper du bois à la hache.

Carte de la Mongolie sur l'un des murs de la Guesthouse                                          Chiots de la propriété 

On m'a laissé le choix de l'endroit où dormir... La yourte ! Il ne m'a pas vraiment fallu longtemps pour choisir. Munie d'un sac de couchage, de plusieurs couvertures et d'un bon livre sur la rudesse des steppes, j'étais prête à affronter la nuit. Le poêle procurait une chaleur très intense en début de soirée qui s'est peu à peu dissipée au petit matin (merci les couvertures), il est vraiment difficile de conserver une chaleur constante. L'unique apport de lumière se fait par l'ouverture au centre de la yourte d'où s'échappe la fumée du poêle, le cycle du sommeil doit alors s'adapter à la course du soleil OU alors on emmitoufle entièrement sa tête sous les couvertures - solution pour laquelle j'ai opté sans hésitation- Dans l'ensemble, c'était une bonne première expérience qu'il me tarde de renouveler.

Yourte de Gachuurt 
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Ces deux dernières semaines ont été pleines de rebondissements et notamment administratifs. Car oui, le centre d'immigration est ma seconde maison. Il est très long et laborieux d'obtenir son permis de séjour en tant que stagiaire : De nombreux documents sont demandés une fois sur place. Ces deux dernières semaines ont donc été rythmées par les allers-retours au centre d'immigration, et à Gachuurt pour les préparatifs saisonniers.

Pour mon deuxième weekend, j'ai pu profiter de la capitale. Altanzul, m'ayant pris sous son aile, m'a proposé de sortir le vendredi soir, soirée la plus animée de la semaine contrairement au samedi en France. J'ai ainsi pu faire connaissance avec quatre de ses amis Mongols travaillant à la sécurité de l'aéroport. Il est toujours bon d'avoir ce genre de contacts... Dans la première partie de soirée, nous nous sommes rendus au mémorial de Zaisan en bordure de la ville. Ce mémorial rend hommage aux soviétiques qui ont combattu durant la seconde guerre mondiale. Ce monument est non seulement impressionnant par sa taille démesurée comme la plupart des monuments communistes de l'époque, par sa fresque qui semble sortie d'un film de propagande mais également par son emplacement offrant un magnifique panorama sur la capitale.

Zaisan Memorial 

Après ce retour en URSS, nous sommes allés boire un verre dans une brasserie locale. Nous avons pu comparer nos différents modes de vie et souligner nos différences culturelles. Depuis le début de soirée, chacun de ses amis me questionnait sur ma situation familiale : si j'étais mariée et mère de famille. Pas à ma connaissance, mais cette question qui revenait sans cesse a tout de même soulevé ma curiosité. Après l'avoir fait remarquer, ils m'ont expliqué qu'en Mongolie, le gouvernement, grâce à des aides financières, pousse la population à se marier très jeune pour avoir le plus d'enfants possible, le but ultime étant de peupler le pays (n'ayant actuellement que 3 millions d'habitants). Dans ces cas là, pourquoi ne faciliteraient-ils pas l'entrée sur le territoire des immigrants ? La réponse fut évidente : Très patriotes, c'est un peuple fier qui ne tend pas vers le melting-pot culturel. Pratiquement considérée "comme une vieille fille", je me suis rendue compte que c'était l'une des priorités des jeunes Mongols que de se trouver un bon parti le plus rapidement possible. En tout cas, ce qui est appréciable en Mongolie et qui se perd vraiment en France, c'est le respect des hommes envers les femmes. Ils sont très à l'écoute, attentionnés, galants, serrent la main pour s'excuser et demandent même l'autorisation de sortir de table. Ce fut vraiment une très bonne soirée pleine de rires et de quiproquos dus à la barrière de la langue mais c'est ce qui l'a rendue particulièrement amusante.

Le lendemain, Altanzul m'a invité à sa compétition de sport dans une école internationale. Cette compétition durait deux jours et confrontait neuf équipes représentant différents quartiers de la capitale. La première journée était dédiée aux joueurs de ping-pong et d'échecs (oui, c'est un sport ici) et la deuxième, celle à laquelle j'ai assisté, se concentrait sur le volley et le basket. L'esprit d'équipe était plus que jamais palpable. Tout le monde portait des maillots aux couleurs de son équipe, et dans les gradins, on pouvait sentir l'effervescence des supporters soutenant leur favori à l'aide d'accessoires : Pompons, sifflets, ballons ... Altanzul m'avait pourtant bien spécifié que c'était une petite compétition amicale. La séance de "greetings" en milieu de journée m'a d'autant plus surprise. Toutes les équipes ont du chanter l'hymne national avant de réaliser une danse collective, puis chaque district a présenté sa propre chorégraphie à l'ensemble du gymnase. L'équipe d'Altanzul fut la seule à réaliser une danse traditionnelle Mongole, ce qui provoqua l'engouement général, et renforça mon idée sur le fort patriotisme Mongol. C'était une journée conviviale, un moment de partage dans une ambiance survoltée. J'ai même pu échanger quelques mots en Français avec une femme de ménage qui a vécu 5 ans entre Paris et Bruxelles. Des femmes d'un certain âge, avaient rapporté le déjeuner pour toute l'assemblée et j'ai pu initier mon palais au goût merveilleux du lait de chamelle chaud. Non, en fait c'était immonde. Rien qu'à l'odeur, j'ai senti que la dégustation allait être compliquée, mais j'y ai quand même goûté pour faire honneur à cet accueil si chaleureux.

Deuxième jour de compétition 

La cuisine Mongole est simple et va à l'essentiel. Les Mongols restent un peuple de nomade qui vivait et vit encore aujourd'hui de l'élevage. L'alimentation quotidienne résulte donc des produits issus du troupeau. On y retrouve beaucoup de viandes (bœuf, mouton et cheval) et de produits laitiers. Adieu le régime Méditerranéen, on oublie les fruits, les légumes variés, le poisson et la volaille. En mangeant chez ma famille d'accueil, j'ai droit à chaque repas au trio de choc : bœuf, pomme de terre, carottes avec des variantes en soupe et/ou avec du riz/pâtes. RIP les desserts, ça n'existe pas ici. J'ai également pu goûter à certaines spécialités Mongoles : les buuz (sorte de raviolis garnis de bœuf puis cuits à la vapeur) les banshn (buuz plus petits) les khuushuurs (sorte de beignets garnis de bœuf puis frits) les tsuivan (le fameux mélange bœuf, patates, carottes, et pâtes) et le fromage séché nomade. Personnellement, je trouve que l'appellation "fromage" n'est pas vraiment appropriée. Ces lamelles de "fromage" sont sèches, très sèches, et si par malheur quelqu'un s'aventure à les croquer sans petite préparation au préalable, la perte prématurée d'une dent ne serait pas une surprise. Il faut tout d'abord ramollir le fromage dans de l'eau bouillante ou du lait chaud pour pouvoir le croquer en toute sérénité. Le goût peut dépendre du mode de fabrication et de la saisonnalité, c'est différent de tout ce que l'on peut connaître en France, j'ai été notamment surprise par le taux d'acidité. A réessayer ultérieurement. J'ai également testé le thé au lait. Sur une base de thé infusé classique, les Mongols rajoutent du lait de vache légèrement salé. Le goût n'est vraiment pas désagréable, on ne perçoit pas réellement les notes de thé mais plutôt celles du lait dilué salé qui accompagne parfaitement les repas. Beaucoup de tests culinaires m'attendent encore comme la marmotte des steppes, la tête de mouton bouillie ou l'airag, du lait de jument fermenté.

Fromage de nomade ; Buuz ; Préparation pour soupe ; Tsuivan maison

Je ressens le choc des cultures au contact des locaux à travers la gestuelle, la façon d'être, la manière de se vêtir, les codes liés à l'aménagement d'une yourte, l'alimentation ... C'est un tout qui ne fait qu'attiser ma curiosité jour après jour. C'est déjà tellement loin de nos coutumes européennes alors que je ne me suis même pas allée dans les steppes. Ce sera encore un autre monde.

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Oui, je l'avoue, j'ai craqué. J'ai rencontré des Français après seulement 3 semaines d'immersion. Tout a commencé lors d'une soirée d'expatriés au Bistro Français de la capitale. Organisées depuis peu par l'ambassade de France en Mongolie, ces soirées rassemblent chaque mois les expatriés Français du pays. Accompagnée de Gérel, j'ai pu faire la connaissance de plusieurs membres de l'ambassade, d'une stagiaire à la télévision Mongole, de directeurs d'entreprises et bien d'autres encore ... Le fait de rencontrer des jeunes parlant le français est un réel confort, une communication facilitée additionnée au fait d'être une toute petite communauté à l'autre bout du monde ne fait qu'accentuer notre sociabilisation.

Toujours à la recherche de nouvelles expériences culinaires, il m'est arrivée de tomber sans le vouloir sur des restaurants tenus par des Français. Ainsi, j'ai pu dégusté des plats aux saveurs européennes chez "Code Patisserie & Plus" et au "Green zone". Il existe également une véritable crêperie Bretonne. Si jamais la nostalgie me gagne, je saurai où aller.

La communauté Française est quand même bien présente en Mongolie, il suffit de savoir où chercher. Pour l'instant, je ne suis pas particulièrement à la recherche de ce contact francophone. Peu importe où l'on se trouve dans le monde, il y a tout de même un côté rassurant de savoir qu'il y a des personnes de la même communauté que la nôtre et qu'ils peuvent être d'un réel réconfort dans les moments difficiles. Il est toujours bon de rencontrer de nouvelles personnes, s'ils sont ici c'est qu'ils ont eu la même démarche que la mienne et qu'au final on est pas si différent les uns des autres.

Code Pâtisserie & Plus ; The Green Zone
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Les préparatifs saisonniers vont bon train à Gachuurt. La Guesthouse demande toujours plus d'entretien à l'approche imminente de la saison. Elle nécessite désormais la présence quasi-quotidienne d'une personne pour encadrer les ouvriers Mongols venus remettre en état quelques murs de la propriété. Nous avons également accueilli nos premiers pensionnaires. Deux jeunes Parisiens se sont portés volontaires pour venir jardiner à Gachuurt et dans d'autres villages Mongols. Il a donc fallu préparer leur arrivée afin de rendre leur court séjour à la Guesthouse le plus agréable possible.

Nous avons récemment fait l'acquisition d'un nouvel élément pour compléter l'équipe 2017. Petit Tonnerre, comme son nom l'indique, est un cheval un peu sauvageon, qui rejoindra bientôt ses congénères gardés par des éleveurs nomades. En effet, Côme et Gérel mettent à disposition des voyageurs leurs propres chevaux pour les circuits équestres. C'est une réelle plus value par rapport aux autres agences touristiques qui généralement pratiquent la sous-traitance ou la location. Chez Mongolie Nomade, ils connaissent chaque animal et peuvent donc adapter la monture en fonction de l'expérience du cavalier. On peut percevoir plusieurs différences avec les équidés français. Le cheval Mongol est beaucoup plus petit et parait plus endurant que son cousin européen. La technique de dressage diffère également : En France, le cheval apprend à son rythme, en Mongolie, on ne prend pas le temps, le cheval est quelque peu forcé et obéit au cavalier non pas par confiance mais par crainte. J'ai enfin pu remettre le pied à l'étrier ... 10 minutes m'ont suffit, Petit Tonnerre n'étant pas encore conciliant. Quelques progrès restent à faire d'ici le début de la saison.

Petit Tonnerre 

Ce weekend fut également l'opportunité de faire un tour dans le village. Deux épiceries, un restaurant, un hôtel, une multitude de yourtes, quelques chiens et vaches errantes et on y est : Gachuurt dans toute sa splendeur. Avec Tamra, fils de Gérel, nous avons pu faire la visite de l'hôtel Mongolia grâce à la gentillesse du concierge qui nous a ouvert les portes de l'hôtel, encore fermé à cette époque de l'année. Cet établissement propose des hébergements presque traditionnels puisque les voyageurs peuvent occuper des yourtes faites de brique. De nombreuses sculptures et peintures représentant Gengis Khan et son empire décorent le hall d'entrée. Ce fut un réel privilège de visiter cet hôtel hors période estivale.

Hotel Mongolie ; Rivière Tuul bordant le village 
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Ayant peu de temps libre sur la capitale, j’ai voulu optimiser ces brefs moments en visitant les incontournables sites culturels de la ville.

C’est ainsi, que plus déterminée que jamais, j’eus l’envie de découvrir le célèbre monastère de Gandantegchinlin. Sur le chemin, le monastère Pethub m’a interpellé, poussée par la curiosité, je me suis aventurée dans l’enceinte de l’établissement. Ce fut un premier contact avec la religion bouddhiste inoubliable. En effet, je suis arrivée au beau milieu d’une cérémonie religieuse très impressionnante : De jeunes moines en position du lotus étaient installés en rang de part et d’autres de la pièce à la façon d’une classe d’école, chaque « élève » répétait une prière très rythmée. Ce chant grave était très prenant, certaines personnes se prosternaient au sol, affectées par les voix s’élevant dans la salle. Puis les prières cessèrent, les moines se sont retirés, et le public ayant assisté à la cérémonie commença sa procession à l’intérieur de l’édifice. La foule avança en cercle afin de toucher du bout du front chaque relique qui ornait la pièce, avant de récupérer, en fin de parcours, un petit sachet de poudre verte, de l’encens que le monastère mettait à libre disposition. En sortant de l’édifice, un moine est venu à ma rencontre. Curieux, ce moine a voulu échanger brièvement avec moi, malgré ses obligations monastiques. C’est ainsi que Dawa, d’origine indienne s’est installé il y a quelques années en Mongolie pour étudier et enseigner à son tour le bouddhisme tibétain. J’aurai eu mille questions à poser sur la pratique de cette religion complexe, mais étant très pressé, j’eus juste le temps d’immortaliser ce moment par une photo, avant qu’il ne s’échappe.


Pethub Monastery 

Après cette improbable rencontre, j’ai pu continuer mon chemin jusqu’au véritable Gandantegchinlin. Ce monastère est rapidement devenu célèbre par son imposant Bouddha de 7 m en or massif. La structure est, en effet, très impressionnante, et affecte autant les touristes que les locaux. La statue est bordée de cylindres de cuivre que la foule fait tourner pour apporter chance et bienveillance pour l’année à venir. Le site étant malheureusement touristique, l’âme bouddhiste originelle de ce lieu faisait place à un véritable business religieux.

Gandantegchinlin Monastery 

Pour parfaire ma journée, je me suis ensuite rendue au Bogd Khan palace, littéralement, le palais du dernier roi. En effet, la royauté Mongole était encore d’actualité jusqu’en 1924. Le site est composé du palais d’été, un ensemble de plusieurs constructions légères et du palais d’hiver, un simple bâtiment de type Russe. L’architecture du palais d’été est surprenante et remarquable. Les façades richement ornées me transportaient réellement dans une autre époque, me faisant oublier ma présence en plein centre-ville.

Bogd Khan Palace 

Au cours d’une balade, j’ai pu découvrir le monastère Dashchoilin, un petit havre de paix hors du temps dans cette cohue urbaine. Une place dominée par une statue de Bouddha, était bordée de quelques yourtes dont une principale où les rituels étaient pratiqués. A l’intérieur, un étrange spectacle : Une file d’attente s’était formée devant un moine. Chaque personne attendait patiemment son tour avant de s’entretenir en tête à tête. Après m’être renseignée, j’appris que ce moine réalisait des prières individuelles et personnalisées moyennant un petit pécule financier.

Dashchoilin Monastery 

Je me suis également rendue au Musée Zanabazar. Zanabazar étant le premier bouddha vivant de Mongolie. Le musée retraçait les époques Mongoles à travers des vestiges, des tableaux, des tissus, des jeux d’époque, des instruments de musique … J’ai également pu avoir une nouvelle approche du bouddhisme qui me fascine par l’immense contraste avec le catholicisme. Cette religion donne un autre regard sur la perception de la vie et de ses acteurs. Quelques divinités ont retenu mon attention et particulièrement Shri Devi. D’apparence effrayante par sa couleur sombre et son visage agressif, cette divinité, comme d’autres, reste populaire. L’aspect repoussant traduit la souffrance que l’entité ait pu subir au cours de sa vie. La légende raconte que Shri Devi aurait juré de tuer son fils si elle n’arrivait pas à convertir son mari au bouddhisme. Sa tentative n’ayant aucun succès, elle tua son fils, et fit une selle avec sa peau. Elle est souvent représentée sur une mule, car c’est ainsi qu’elle s’est enfuie pour échapper au châtiment de son époux. Ces faits m’ont permis de bénéficier d’une meilleure compréhension du monde bouddhiste et de son impact sur la société de l’époque.

Shri Devi 

La capitale regorge de musées et de temples bouddhistes. Une réelle invitation à élargir ses horizons culturels et ouvrir son esprit à un monde totalement inconnu.

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Voilà près de trois semaines que je suis installée à Gachuurt : La Guesthouse commence à accueillir ses premiers clients et les préparatifs saisonniers doivent avancer !

Justement ces préparatifs ! Ils sont très variés, et je n’aurai jamais pensé réaliser ce genre de missions en stage de tourisme, mais on ne dit pas "non" à l’apprentissage de nouvelles choses ! Ma journée type à Gachuurt débute par un réveil matinal suivi de l'arrosage du potager : carottes, betteraves, haricots, courgettes, salades et radis poussent sur cette terre aride. D’autres activités s’enchaînent tout au long de la matinée : Peinture, huilage de selles d'équitation, fabrication "home made" de tapis de selle, petit bricolage, inventaire du matériel, remise en état des tentes ou encore apprentissage des nœuds de base utiles en équitation... Nous nous occupons également des chevaux, quelques petites randonnées de fin d’après midi permettent de les emmener brouter, l'herbe se faisant rare sur notre terrain. La cuisine fût mon domaine pendant un certain temps, c'est avec plaisir que je leur ai fait découvrir quelques spécialités provençales réadaptées aux produits locaux. L'arrivée de Mandale, cuisinière attitrée de l’agence, était tout de même bien appréciée. Cette Mongole accompagne chaque année depuis près de 10 ans les randonnées estivales. J’ai également pu faire la connaissance de Tsétsé, un autre employé de l'agence qui s'occupe principalement de la réparation d'un de nos vans russes qu'il conduit durant l'été. Lorsque je prends du recul sur la situation, je n’arrive toujours pas à croire l’expérience unique que je suis en train de vivre. J'espère qu'à travers les photos, vous sentirez à quel point nous sommes déconnectés de la réalité occidentale.

La vie sur Oulan Bator me manque et ne me manque pas à la fois. Etant une citadine, j'aime le mouvement urbain. De plus, je commençais à prendre mes marques et à entretenir une vie sociale. Cependant, Gachuurt est synonyme de calme, excepté le meuglement des vaches qui parcourent librement les rues. Ce village est la parfaite transition entre la vie citadine et le néant de la steppe. Ce petit avant goût de vie sauvage ne fait qu’attiser mon envie de découvrir les grands espaces.

Il y a toujours du mouvement à la Guesthouse ! Je pars du principe que les voyageurs qui viennent en Mongolie sont des personnages atypiques en quête d’aventure. La rencontre avec les premiers clients a réellement confirmé l'hypothèse ! Ainsi, j’ai pu faire la connaissance de Manon, une sacrée aventurière de 27 ans, venue seule en Mongolie pour parcourir le territoire à cheval durant 6 mois. Si vous voulez suivre ses aventures au jour le jour c’est ici.

Le jour J pour Manon 

Claire suit ses traces. Actuelle cliente de la Guesthouse, elle aussi prépare son rêve de partir en autonomie avec ses deux chevaux. Son trajet croisera sûrement le nôtre durant l’été, nous pourrons ainsi raconter nos péripéties autour d’un bon bol de lait de jument fermenté. Pour suivre son avancée c’est ici.

Préparation du trajet avec Côme 

Je trouve cela à la fois fascinant, inspirant et révélateur de notre société : Des femmes indépendantes qui ressentent le besoin de vivre une expérience extraordinaire.

Le départ se rapproche, maintenu au 21 juin, il me tarde de rencontrer la steppe, la vraie. Plus l'échéance se rapproche, plus nos conversations convergent sur ce qui nous attend. Les innombrables anecdotes de Côme et Gérel me plongent littéralement dans leur périple. J'attends de vivre le mien avec impatience.

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La transhumance est le premier séjour touristique que l’agence organise au début de chaque saison estivale. Elle dure 6 jours et permet de parcourir environ 250 km à cheval à l’Ouest d’Oulan Bator.

Cette année, 13 personnes font partie de l’aventure : Côme, Gérel, leurs deux fils, Tsétsé, Mandale et 6 voyageurs intrépides : Deux amies d’enfance, amoureuses d’équitation, une aventurière qui partira en autonomie avec ses propres chevaux après la transhumance et trois artistes voltigeurs/plongeurs participants à un show sur Macao : un belge, un français et une américaine.

Le jour du grand départ est arrivé. Malgré le temps incertain, nous étions tous très excités à l’idée de partir en steppes. Nous avons donc pris la route avec nos deux vans russes avec remorques en direction de notre éleveur à l’Ouest de la capitale afin d’y récupérer nos 9 chevaux. La randonnée commença en début d’après-midi. L’étape, ne faisant qu’une vingtaine de kilomètres, est facilement réalisable en une demi-journée. Ayant à peine commencé la cavalcade, les grandes steppes s’étendaient déjà à perte de vue, une sensation de déjà vu à travers les reportages d’échappées belles ou sur les cartes postales envoyées à mes proches. Le sentiment de liberté était déjà bien présent.

Le grand départ 

Nous avons enchainé trots et galops durant plus de deux heures. N’étant pas une cavalière aguerrie, j’étais énormément stressée et je me suis très vite rendue compte que je n’avais pas la condition physique pour ce genre d’effort. (Sentiment renforcé par une distance d’environ trois kilomètres entre le peloton de tête et ma monture). J’ai préféré laisser mon cheval à Côme et finir l’étape en van. Ainsi, j’ai pu voir l’aspect logistique de l’étape. Tsétsé et Mandale, dans le van vert, partent en amont pour installer le campement, quant à Tengis, Tamra et moi, dans le van blanc, suivons les cavaliers de près pour subvenir à leurs besoins.

Nous sommes arrivés en fin de journée dans un endroit magnifique. Le campement était installé près d’une petite rivière bordée de prairies vertes. Le campement fait l’objet d’une organisation aboutie : Une immense tente Mongole abrite la cuisine, une autre abrite la salle à manger, et les tentes individuelles 2 secondes sont éparpillées autour des vans chacun essayant de se réserver la meilleure place pour la nuit. Tout dépend de ce que l’on recherche, un terrain abrité du vent, un peu éloigné du groupe … Pour ma part, seule la vue compte.

Premier campement 

La première nuit fut fraîche, mais le froid largement supportable. Elle fut également courte compte tenu du changement d’environnement. Je me suis réveillée à plusieurs reprises en raison des bruits inhabituels, j’ai même cru qu’un loup rodait près des tentes, en fait, ce n’était que Dragon, le chien de la famille qui aime hurler à la mort au beau milieu de la nuit. Aux alentours de 4h du matin, je fus prise d’une envie pressante, très pressante, trop pressante d’ailleurs. N’ayant pas l’habitude d’être enfouie sous ses millions de couches de vêtements, j’ai bien du mettre 5 minutes à me libérer de mes entraves, ne pouvant plus me retenir, je me suis soulagée pile devant l’entrée de ma tente, un pied à l’extérieur et un autre encore emprisonné dans mon sac de couchage tout entortillé. Je fus prise d’un fou rire en réalisant la situation quand la clarté de la nuit m’interpella. Le campement était bien visible comme en pleine journée, j’ai levé les yeux au ciel, et là, des milliers d’étoiles scintillantes. Un ciel qu’on ne peut voir en France. La voie lactée était juste là et s’offrait à celui qui voulait bien y poser les yeux. Je suis bien restée quelques minutes les fesses à l’air à contempler ce spectacle et à penser à la chance que j’avais d’être ici.

Au petit matin, Mandale nous attendait de pied ferme dans la salle à manger, beignets mongols au rdv : Des sortes de churros faits maison qui tiennent bien au corps, juste parfait pour ces futures journées qui s’annoncent longues et pleine de péripéties. Pour ce deuxième jour, j’ai voulu retenter l’expérience cheval en voyant la motivation de chacun même celle des non-cavaliers. Malheureusement, au premier trot, j’ai senti mon corps me dire : « Mais qu’est-ce que tu fais ? Mél t’as pas de muscles, tu ne vois pas que tu ne suis pas le mouvement du cheval ? Un coup de vent et tu tombes là » J’ai dit ok. J’ai laissé une fois de plus le cheval à Côme. Finalement ce n’est pas si mal de voyager en van, je peux plus profiter des paysages magnifiques que nous traversons n’étant pas focus sur ma monture. Chaque arrêt, nous donnons à boire aux cavaliers et en profitons pour réaliser quelques clichés.

Je me suis initiée à la conduite du UAZ blanc. Ce van russe avec remorque présente quelques différences de conduite par rapport à ma petite Peugeot 106. Tengis, le conducteur attitré de ce van, me donnait des conseils pour que je m’y adapte plus vite. En troisième à 40 km/h, je me sentais pousser des ailes, le terrain étant très accidenté. Quel plaisir de conduire à nouveau ! Qui plus est avec de la bonne musique. On s’ambiance dans le van, et on transmet nos bonnes vibes aux cavaliers à chaque water stop.

Notre deuxième campement était submergé de troupeaux de chèvres qui se faufilaient entre nos tentes. Ces animaux sont très comiques, peut être que je n’ai jamais vraiment prêté attention en France mais ici, les bêtes émettent des sons improbables. Si l’on ferme les yeux, on peut facilement se projeter dans une nurserie, leurs cris sont semblables à des bambins qui s’expriment, ça peut devenir perturbant.

Petites biquettes 

Il y a un très bon feeling dans ce groupe de voyageurs, tout le monde s’entend très bien, et les artistes nous ont même fait une démonstration d’un magnifique porté.

La deuxième nuit fut également courte, j’ai senti des insectes d’une taille peu conforme aux standards Européens grouiller sous le sol de ma tente avant de recevoir la visite d’un scarabée dans mes cheveux. Je ne suis pas du genre précieuse mais quand même ! Il va me falloir un peu de temps pour me sentir en parfaite harmonie avec la faune environnante.

Pour ce troisième jour, je renonce directement à l’équitation, la cadence étant vraiment trop élevée par rapport à mon niveau. Nous faisons une moyenne de 40 km par jour, le rythme doit donc être assez soutenu. Pour varier du van, nous nous sommes motivés avec Tamra pour faire une partie de l’étape en VTT, plusieurs kilomètres de descente nous attendaient. La sensation d’être seuls au monde prit tout son sens. Nous descendions la vallée plus vite que les chevaux et les vans, la steppe nous appartenait !

Aprem VTT avec Tamra 

Avant de rejoindre le camp, nous nous sommes arrêtés au seul delgour du coin (= épicerie en mongol), faisant partie d’un regroupement de petites maisons perdu au milieu de nulle part. Chacun fit ses achats, et nous avons tous trinqué à cette étape éprouvante assis dans cette cour où les enfants, demis nus, couraient de maisons en maisons. Nous avons rejoint le campement où nous avons enfin pu profiter d’une douche bien méritée dans le lit de la rivière Tuul avant de retrouver nos sacs de couchage.

Troisième campement 

Le lendemain, direction la vallée sans eau. Une vallée aride qui comme son nom l’indique manque cruellement d’eau, une étape difficile pour les chevaux. Heureusement la veille nous avons pu faire le plein de nos jerricanes au puit indiqué par les nomades du coin. Au stop pour déjeuner, nous avons aperçus des Ibex, sorte de mouflons sauvages, qui sont très difficiles à débusquer, les deux bêtes sont passées seulement à quelques kilomètres de notre camp. Nous avons fini l’étape assez rapidement à la joie de tout le monde, ces quelques jours de cheval commençant à tirailler les muscles de nos voyageurs. Tous ont bien tenu le rythme, certains se sont arrêtés une demi-journée mais reprenaient de plus belle le lendemain.

 La vallée sans eau

Après ces quelques jours de cavalcade, nous sommes arrivés au point de chute : une magnifique vallée verdoyante habitée par de nombreux éleveurs nomades. Nous cherchons la yourte d’Ikhbat avant d’installer notre campement. Ikhbat est un ami proche de Côme et Gérel depuis de nombreuses années. Ses troupeaux de moutons, chèvres et chevaux, parsemant la vallée, lui procurent un revenu et permettent de le faire vivre lui, sa femme et ses trois enfants. Chaque année, le couple franco-mongol lui rend visite et l’accueil y est toujours chaleureux.

Vallée d'Ikhbat 

Le premier soir où nous sommes arrivés, nous avons installé notre campement sur une butte qui domine la vallée. Un spot idéal nous permettant de profiter d’une vue exceptionnelle. Ikhbat et sa femme nous ont convié à dîner chez eux. Leur yourte est richement décorée de tapis mongols représentant des chevaux ou des paysages de la steppe. Leur horloge, quant à elle, attira mon attention : une tour Eiffel servait d’arrière-plan aux aiguilles. Incroyable de retrouver une référence française ici, au milieu de nulle part. La femme d’Ikhbat prit soin de nous et nous proposa du thé au lait salé accompagné de petits gâteaux secs et de fromages séchés pour les plus courageux. Nous avons également goûté au mouton de l’éleveur cuit aux pierres chaudes. Une fois la viande cuite, il est de coutume de prendre une pierre chaude, rendue grasse par la cuisson du mouton, entre ses mains. Ainsi, cette procédure permet d’assurer prospérité, bonheur et santé à celui qui détient la pierre. Ces nomades ne vivent qu’avec le strict minimum, l’essentiel pour subvenir à leurs besoins, cependant c’est avec plaisir qu’ils offrent le couvert à 13 personnes qu’ils ne connaissent pas ou presque. Leur sens de l’hospitalité et leur générosité sont tout simplement exemplaires.

La yourte d'Ikhbat 

La dernière journée des voyageurs s’acheva par un camp fixe. Des balades à cheval étaient normalement prévues tout au long de la journée, c’était sans compter les intentions d’Ikhbat qui souhaitait célébrer dignement les retrouvailles. Le nomade réussit à dégoter quelques caisses d’alcool local et ce malgré l’interdiction de vente durant la période électorale de la présidence en Mongolie qui se déroulait au mois de juin. Sacré Ikhbat ! Nous avons donc été tous rapidement joyeux et ce, même en début d’après-midi. Une atmosphère festive s’est alors emparée du camp : La musique troublait le calme habituel de la vallée, chacun voulait s’essayer à la voltige, nos deux porteurs de Macao se prêtaient volontiers au jeu et faisaient voltiger chaque membre du camp, puis nous prenions des montagnes de photos pour marquer à jamais cet instant unique. Un après-midi dont on se souviendra encore longtemps !

Dernière journée 

Le lendemain, il était l’heure de se dire au revoir. Ce fut difficile de voir toutes ces personnes partir. Dans de telles conditions, chacun montre sa véritable personnalité, les émotions sont décuplées et l’on s’attache d’autant plus rapidement. Côme, Gérel, leurs deux fils et les touristes sont donc repartis sur Oulan Bator. Le but de la transaction est de raccompagner les voyageurs mais également récupérer les nouveaux pour le circuit suivant dont le point de départ est ce campement.

Tsétsé s’étant rendu dans la vallée voisine pour rejoindre sa femme, je me suis donc retrouvée en compagnie de Mandale, la cuisinière, de Claire, la cavalière qui compte partir rapidement en autonomie et de Dragon, le chien tueur de moutons.

Réaménagement du camp 

Dès que nous nous sommes retrouvées toutes les trois, une tempête frappa le campement, le genre de tempête où tu restes au fond de ta tente en espérant que cela passe vite. Le temps d’une éclaircie, nous nous sommes rendues à la source de la vallée, pour récupérer de l’eau, nous laver et faire une lessive. Quel fou rire ! L’eau était juste glacée, la douche fut très TRÈS ciblée et rapide mais après ces quelques jours de chaleur intense, cette sensation de fraîcheur n’a pas de prix, il faut souffrir pour être propre.

"Ne ris pas, je mets encore plus de temps à me laver !" 

Le lendemain, Claire me proposa de randonner à cheval. Le col en face de notre campement était notre destination. Nous avons pris Migo et Keshi, ses deux chevaux, pour les 3 h de balade qui nous attendaient. Sur le chemin, nous avons croisé de nombreux troupeaux de vaches et de moutons ainsi que des biches se cachant dans les bosquets. Arrivées au sommet, nous avons pu bénéficier d’une vue incroyable sur la vallée verdoyante d’Ikhbat, encore une fois, un panorama gravé dans mon esprit. C’est la dernière journée que je passe avec Claire avant son grand départ en solitaire. Cette balade est un réel moment de partage, une façon commune de se dire au revoir.

Au sommet de la montagne 

Le lendemain, c’est le jour j pour elle, cela fait des mois qu’elle prépare ce fameux départ, et je sens en elle de l’excitation, de la détermination mais aussi un peu d’anxiété, je décide alors de l’accompagner à pied sur les premiers kilomètres avant de la voir disparaître au détour d’une montagne.

La randonnée d'adieu 

De retour au campement, je me retrouve avec Mandale et Dragon. J’ai l’impression d’être dans une émission de télé réalité : « à la fin, il n’en restera qu’un ! » Tout le monde part au compte-goutte, et l’euphorie créée par l’effet groupe se dissipe peu à peu. Je sens également que la communication de ces prochains jours va être difficile, je ne parle ni Mongol, ni chien, c’est une situation dans laquelle je ne me suis jamais retrouvée, comment vais-je échanger ? Je reste confiante, on verra bien.

Le lendemain, bien déterminée dans mon envie de découvrir les environs, j’ai voulu me lancer à la conquête des montagnes environnantes mais mon organisme m’a mis un gros stop. Malade pour x raisons, Mandale a cerné immédiatement le problème, et comme une mère, prit soin de moi. La clé du succès : le thé noir salé accompagné de repos. Surprenant mais efficace : je lui en suis très reconnaissante. Le soir nous sommes allées chez ikhbat, boire un peu de soupe faite d’abats, de quoi me retourner l’estomac à peine guéri.

Le lendemain pour la remercier d’avoir pris soin de moi, j’ai voulu en faire autant en lui préparant le repas. Ainsi, je me suis attelée à la confection de sushi avec les moyens du bord : un peu de riz, d’algues séchées et de sardines en boîte et le tour était joué. Nous avons été rejointes par la famille de Tsétsé, ce fut plaisant de le revoir et de faire connaissance avec sa famille. La communication étant toujours un problème, je n’ai jamais autant parlé en onomatopées de toute ma vie. Les situations restent comiques et les seuls échanges où nous arrivions à nous comprendre étaient vécus comme de réelles victoires. Mon vocabulaire Mongol fait peine mais j’essaie de l’améliorer jour après jour.

Le breuvage miracle/Mandale avec un souslik (écureuil des prairies)/sushi

Le 2 juillet fut une journée mémorable. Après s’être occupé des chevaux, j’ai aidé Mandale à confectionner des beignets et du pain. La pluie et le vent se déchaînaient à l’extérieur de la tente. En espérant que ce mauvais temps ne les ralentisse pas trop, Côme et Gérel sont censés arriver vers 16h. Nous avons eu la visite des fils d’Ikhbat âgés de 7 et 12 ans, se déplaçant à moto bien entendu, pour nous apporter de grosses pièces de mouton. Mandale prit soin de détailler la viande avant de la faire sécher sur un fil suspendu au milieu de sa tente. Puis, Ikhbat lui-même est rentré sous notre tente pour nous offrir les pièces maitresses du mouton : Les abats. Il y en avait à profusion, du cœur, du poumon, du foie en veux-tu en voilà … une fois mis sur table, je me suis risquée à un : « à taaaaable » (l’un des seuls mots français que Mandale et Tsétsé comprennent) en pensant qu’ils étaient destinés au chien. Aucune réaction, j’étais même presque fière de ma blague, mais malheureusement c’était bien pour nous. Tout le monde a commencé à sortir son petit canif pour grignoter son abat favori. Ah c’est sûr, il y avait du choix, qui refuserait un petit morceau de cœur à 10h45 ? Un peu sceptique j’ai gouté à la belle tranche de cœur que Tsétsé me tendait avec un grand sourire, c’était si gentiment proposé que je ne pouvais refuser. Une tranche, pas deux. Un passant curieux, voulant sûrement s’abriter de la pluie, est également entré sous la tente. En Mongolie, la solidarité étant de mise dans l’environnement difficile de la steppe, il est de coutume d’offrir à boire et à manger aux inconnus, ils seront toujours les bienvenus.

Ikhbat et ses abats 

Les heures passent et nous attendons toujours le retour de Côme et Gérel, le réseau inexistant ne permet pas de prendre de nouvelles. C’est dans des moments pareils que l’on se rend compte qu’on est totalement coupé du monde. Je ne peux m’empêcher de penser à une référence du Seigneur des Anneaux : « A l’aube du cinquième jour, regarde vers l’Est » Nous sommes avec Mandale et Tsétsé exactement dans la même situation, nous regardons l’horizon sans succès. Nous sommes tout de même partis nous coucher sous un « mistral » d’enfer en espérant que tout aille bien.

Le quotidien 

Notre quotidien au camp fixe reste assez répétitif : lever 7h30, donner à boire aux chevaux, les changer deux fois par jour d’emplacement pour qu’ils puissent bénéficier d’herbe fraîche, siestes qui relèvent pratiquement du coma compte tenu de la chaleur écrasante de ce début d’été, et balade à la source. Un quotidien assez plaisant je l’avoue, rythmé par les allées et venues de la famille d’Ikhbat, nos plus proches voisins.

Il est d’ailleurs bien vu de donner quelque chose à Ikhbat pour le remercier de nous prêter un peu de ses terres quelques temps. Claire lui a légué du matériel équestre, ce qui a fait l’unanimité dans la yourte. Pour ma part, je me suis séparée d’échantillons de parfums ramenés de France destinés à la femme d’Ikhbat. Ce n’est pas parce qu’on est perdu au milieu de la steppe que l’on ne peut pas être coquette !

Nous attendons toujours avec impatience le retour de la petite famille et les deux voyageuses. Tsétsé et Mandale paraissent confiants, alors, je le reste aussi. Les imprévus en Mongolie sont chose courante. Mon téléphone a rendu l’âme par manque de batterie. Même si je ne m’en servais que très peu, il est déstabilisant de ne pas savoir l’heure et de vivre en fonction des pics de chaleur, de la course du soleil, de la fatigue et de la faim. Il est difficile de se dédouaner de cette notion temporelle chiffrée qui veut en fait tout et rien dire. Vivre en totale immersion avec des mongols me demande un effort de lâcher-prise, moi qui suis d’habitude friande des to do list limite chronométrées.

Le temps passe et ils ne sont toujours pas là. Demain est un autre jour.

Nous sommes à présent le 4 juillet. Mandale prépare les réserves pour les futurs jours d’itinérance, notamment des conserves de viande cuite au sel pour assurer longue conservation. Nous installons les chevaux à proximité du campement. C’est certain, leur arrivée est proche ! Fin d’après-midi, toujours rien. Tsétsé, d’un calme implacable me dit : « Malrash… » Oui mais Tsétsou, ça fait 4 jours que tu me dis demain. De toute façon, nous n’avons pas le choix, nous prenons notre mal en patience. La vie ici ne me déplaît pas, bien au contraire, mais mon inquiétude quasi-Européenne prend les devants.

Nous avons instauré un certain code avec Mandale, j’essaie chaque jour d’enrichir un peu plus mon vocabulaire Mongol. Elle se prête volontiers au jeu, parfois elle veut m’écrire le mot choisi pensant m’aider mais n’ayant pas le même alphabet, je ne peux le prononcer. Je réalise une fiche de vocabulaire uniquement en phonétique. Tsétsé quant à lui s’amuse de nos conversations gestuelles mais n’y prend pas part pour autant. Il a le regard bienveillant du grand père, et dès qu’il le peut, il se plonge dans un bon livre, petites lunettes au bout de son nez. Les jours passent et je les apprécie de plus en plus, j’apprends à les connaitre et je n’y vois que chaleur et générosité. Il me tarde que Gérel revienne pour qu’elle puisse traduire les non-dits de ses quelques jours en totale immersion.

Et c’est en pleine nuit que Côme, Gérel et les autres ont fait leur apparition ! ENFIN ! Soulagée de les voir après 3 jours de retard sur le planning prévu, j’ai bondi hors de ma tente pour les accueillir. Nous avons échangés quelques mots et j’ai ainsi pu faire la connaissance de ces deux nouvelles voyageuses avant que tout le monde aille se coucher. Equinomade 1 semble se profiler sous les meilleurs augures.

PS : Je décris énormément ces premiers jours, c’est une expérience unique, tout me semble exceptionnel, mais je suis quasi sûre que d’ici quelques jours la steppe me paraîtra plus familière, je ferai l’impasse sur beaucoup de petits détails. Ce que je trouve extraordinaire aujourd’hui, deviendra routine demain.

12

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé toute la petite famille et rencontré les deux nouvelles recrues : Clara et Natacha, les deux cousines voyageuses. Une journée supplémentaire au camp fixe étant prévue, nous nous sommes rendues à la source entre filles avant l’arrivée de Tamra et Tengis venus récupérer de l’eau potable pour l’ensemble du groupe. Qu’il est bon de communiquer avec facilité !

Opération Remplissage de bidons 

Après notre escapade aquatique, nous étions conviés à un barbecue Mongol chez Ikhbat. Il était convenu qu’après le déjeuner, nous devions l’aider à monter sa yourte d’été, mais il en fut autrement. Cette journée-là était un peu spéciale.

Barbecue Mongol : Ikhbat aux fourneaux 

Chaque année, les éleveurs célèbrent le premier jour de la traite des juments pour la fabrication de l’airag. Cet évènement donne lieu à un petit rassemblement au milieu de la vallée. Nous avons donc laissé à l’abandon la yourte à moitié montée pour prendre part à la petite fête organisée pour l’occasion. Une vingtaine de nomades avaient installés tapis et tables au beau milieu de la steppe. Un pique-nique de luxe où nous avons été très bien accueillis. Dès notre arrivée, les enfants nous ont couverts de bonbons et remplissaient nos verres de thé au lait tandis que les adultes nous proposaient de la vodka et du riz sucré. Il existe de nombreux codes qu’il faut respecter : Malgré notre déjeuner conséquent, il est de coutume de consommer ce qu’ils nous proposent par marque de respect. Le verre d’alcool est servi par une seule personne qui désigne qui doit le recevoir, une fois que l’alcool a été vidé, le verre doit lui être retourné et ainsi de suite, bien entendu ce rôle incombe principalement aux hommes. Le riz sucré doit circuler à travers les convives jusqu’à ce qu’il soit fini.

Nous avons pu assister à la traite d’une jument qui fait l’objet un stratagème bien établi. Les poulains du troupeau sont attachés à une corde, et attendent qu’on leur amène leur mère pour téter. Un éleveur approche la jument de son poulain et simule la tétée par la traite. La jument, pensant que c’est sa progéniture, se relâche, et l’éleveur peut ainsi récupérer le précieux liquide.

Les intempéries ont mis un terme aux réjouissances. Nous nous sommes mis à l’abri dans la yourte la plus proche. Nous étions près d’une vingtaine assis tous en rond autour du poêle central de la yourte. Sans le vouloir, avec Côme et les deux voyageuses, nous nous sommes installés à la place d’honneur en face de l’entrée. Le maître de maison se dressait au milieu de l’assemblée et continuait à distribuer les shoots de vodka. Il semblait curieux de notre présence et souhaitait communiquer avec nous. Tamra nous a alors servi de traducteur pour faciliter les échanges. Il nous posait énormément de questions sur nos origines et la raison de notre venue en Mongolie. Nous aussi, nous étions curieux, et nous avons appris qu’il est à la tête d’une famille de 3 enfants, qu’il est né dans cette vallée et qu’il a consacré sa vie à l’élevage, une histoire plutôt classique en Mongolie. L’alcool commençant à faire ses premières victimes, nous nous sommes retirés dès que la pluie a cessé.

Le temps s’étant radouci, nous nous sommes motivés à grimper au sommet de la colline pour admirer une dernière fois la vallée avant de la quitter le lendemain matin.

Vue de la colline 

Ça y est, c’est aujourd’hui le grand départ après 10 jours de camp fixe. Au programme, une randonnée équestre de 4 h avant d’arriver au prochain campement. Nous avons salué Ikhbat avant de nous mettre en chemin. La route que nous avons empruntée à cheval est inaccessible en van. Nous étions donc livrés à nous même durant plus de 3h. Cette prise de risque était nécessaire au regard des paysages que nous avons traversés. Nous avons passé un col avant de tomber sur une vallée ensablée. Un environnement incroyable : Des collines verdoyantes bordaient des dunes de sable. La vue était bien stimulée mais l’ouïe l’était également. Cet impressionnant paysage était accompagné par les cris de rapaces aux immenses envergures.

Nous avons établi le campement proche d’une rivière et d’une forêt. Nous nous sommes reposés à l’ombre tout en jouant aux échecs. Jeu favori de Tamra qui nous éclate les uns après les autres. Après dîner, nous avons eu la visite de deux nomades voisins, les fils d’Ondra. Tout comme Ikhbat, Ondra est un nomade que Côme et Gérel côtoient depuis longtemps. Malheureusement, nous n’avons pas pu faire sa connaissance cette soirée-là, étant en déplacement.

Le campement 

Le lendemain, l’itinérance reprend de plus belle aux alentours de midi, une petite étape étant prévue. Les chevaux semblaient très excités par ce départ tardif, et nous avons perdu beaucoup de temps à essayer de les canaliser. Enfin, nous étions en route ! Après seulement quelques kilomètres, j’ai décidé d’arrêter la cavalcade : « La monture étant le reflet du cavalier ». N’étant pas sereine, j’ai préféré stopper Yala avant de le remettre à Côme. Les réactions du cheval peuvent parfois être imprévisibles ce qui alimente mon anxiété et m’empêche de profiter pleinement de l’instant t. Pour le coup, je me suis retrouvée à conduire le van au côté de Tengis à mon plus grand soulagement. Conduire c’est bien, conduire ça détend, le stress est redescendu instantanément et c’est très plaisant de faire fuir les troupeaux qui nous barrent le chemin en klaxonnant.

Sur la route ... 

Nous avons installé le campement près d’une rivière au pied d’une montagne sortie de nulle part dans cette steppe habituellement plate. La journée s’est donc achevée en beauté dans un spot idyllique après une petite baignade quelque peu boueuse pour Clara qui s’est embourbée dans des sables mouvants jusqu’à la taille, fous rires et panique étaient au rdv. Avec Natacha, nous avons pu aisément la hisser hors de son bourbier, tout est finalement rentré dans l’ordre.

Le campement 

Le lendemain matin, je me suis levée de bonne heure pour grimper en solitaire sur la petite montagne qui surplombe le campement. Le panorama était superbe. On pouvait y voir un désert de sable qui était très proche de notre camp.

Vue de la montagne 

Ce désert était en réalité la prochaine étape de notre périple. Une fois arrivé sur place, le décor était magique : un semi désert bordé par une rivière. Une petite oasis perdue au milieu de nulle part. Arrivés assez tôt sur cette étape, nous avons décidé d’explorer ce mini-désert en montant sur la plus haute dune de la vallée pour assister au coucher de soleil. J’ai tellement apprécié ce moment en compagnie de Clara, Natacha, Tamra et Tengis.

Le campement 

Une journée de campement fixe était prévue pour le lendemain, la raison ? Le Naadam. Le Naadam est le festival le plus attendu de l’année, célébré dans toute la Mongolie. A l’origine, ce festival a été créé à l’époque de Gengis Khan pour entraîner les forces militaires en temps de paix. Les disciplines pratiquées n’ont que très peu évoluées depuis ce temps-là. Ainsi, nous retrouvons généralement trois activités principales : une course de chevaux, de la lutte et du tir à l’arc. Même en pleine steppe, nous ne pouvions rater ça ! Pour l’occasion, nous nous sommes rendus en van au village de Sansar, une petite ville à une trentaine de kilomètres du campement. Après une heure de route, nous arrivions enfin sur un parking ou s’entremêlaient, voitures, motos et cavaliers, tous venus assister à l’arrivée de la course. Les messieurs avaient sorti leur plus beaux del (habit traditionnel) tandis que leurs femmes s’étaient apprêtées et vêtues de robes somptueuses.

Nous étions tous là, à attendre les cavaliers sur la ligne d’arrivée. Enfin, nous apercevons le peloton de tête ! Les cavaliers sont très jeunes, âgés d’environ 8 ans, ils galopent depuis près de 2 h pour réaliser une boucle d’environ 40 km. La cinquantaine de participants s'étaient, eux aussi, parés de leur plus beaux vêtements pour chevaucher à cru. Les premiers arrivants étaient exténués, les enfants comme les chevaux. Leurs parents, très fiers, les prenaient dans leurs bras à peine la ligne d’arrivée dépassée. Les enfants arrivés en tête, ont reçu quelques cadeaux comme de l’essence, des panneaux solaires, ou encore des pièces de moto. Une fois la course terminée, nous nous sommes rendus dans le stade du village pour assister au tournoi de lutte Mongole. La lutte est un sport très populaire en Mongolie et est un signe de virilité malgré l’apparat du lutteur. Les lutteurs sont vêtus de bottes, d’une large culotte, d’un petit boléro ainsi que d’un couvre-chef traditionnel. Le but du jeu est de faire perdre au moins un appui à son adversaire et/ou de le faire tomber au sol. Avant chaque combat, le lutteur est présenté par son manager en chantant, puis le participant doit réaliser la danse de l’aigle, symbole de force. Toutes les annonces officielles du Naadam sont réalisées en chantant ce qui peut surprendre lorsque nous ne sommes pas habitués.

Nous étions assis dans les gradins à côté d’un autre groupe de Français, surprenant dans ce village reculé très peu touristique. De l’airag circulait dans les gradins. Toute la foule devait tremper les lèvres par signe de respect. Ah l’airag … Depuis le temps que je redoute cette confrontation, il est l’heure d’y goûter ! Ce lait de jument de jument fermenté est une boisson assez particulière. On ne sent absolument pas l’alcool, mais la fermentation rend le liquide acide, ce qui l’emporte sur le goût. Après quelques combats, nous nous sommes réfugiés dans une « yourte restaurant » à proximité du stade. Nous avons pu manger des khushuur fabriqués devant nos yeux par une famille entière. Après déjeuné, nous avons appris que le tir à l’arc s’était déroulé la veille, nous avons donc décidé de retourner sur notre campement. La ville de Sansar étant balayée par les vents sablonneux campement, le bain/douche dans la rivière était plus que nécessaire. En sortant de l’eau, petite surprise : Du réseau !!! Un coup de fil du paternel et les batteries familiales étaient rechargées !

Naadam et yourte restaurant 

En fin de soirée, nous nous sommes baladés à pied aux alentours du camp. Une fois de plus, nous avons assisté à un coucher de soleil dans les dunes. Nous sommes partis nous coucher assez tôt après cette journée bien remplie. Pour éviter le coup de froid de la veille, j’ai décidé de m’installer pour la nuit dans le van, Tengis en colocataire. Une nuit en UAZ est bien appréciable, niveau température et confort, il n’y a pas photo ! Ça y est, je signe, je dormirai dans le camion à partir de maintenant.

Balade dans les dunes 

Le lendemain nous nous sommes dirigés vers notre prochain campement à proximité d’un puit. Quand nous y avons fait une halte pour désaltérer les chevaux, nous nous sommes rendus compte qu’un nomade était en train de le privatiser avec l’aide de Scouts Français ! Trois jeunes construisant un mur de pierre autour de la pompe servant à extraire l’eau potable. Après quelques échanges, le nomade nous invita dans sa yourte non loin du puit où sa femme nous proposa gentiment du thé au lait, des petits gâteaux et du tarag (= yaourt fait maison). Nous avons eu l’occasion de donner quelques cadeaux aux enfants de la famille.

Nous avons installé notre campement sur une large étendue d’herbe verte à proximité d’une maisonnette (une vraie maison avec un potager et non pas une yourte). Après le dîner, nous leur avons rendu visite. L’éleveur vivant ici, héberge les scouts que nous avons vu au puit plus tôt dans la journée mais également quatre autres filles Scouts qui entretiennent le jardin. Nous sommes restés chez eux un petit moment à jouer aux Echecs et aux Dames avant de rentrer sur notre campement pour la nuit.

campement et scouts 

Départ matinal en direction de Karakorum, une ville très touristique en Mongolie en raison de son passé historique. Nous avons planté nos tentes quelques kilomètres avant la ville. L’aire de camping était occupée par de très nombreuses sauterelles et les alentours de la rivière étaient cafi de petites grenouilles. La faune s’en donne à cœur joie ici ! La douche fut une fois de plus l’histoire d’une minute ou deux, l’eau de la rivière étant très fraîche et très boueuse, nous nous sentions limite plus sales après qu’avant. Pour nous remonter le moral et ne pas rester sur l’échec de la douche, nous avons improvisé une petite soirée dansante au coucher du soleil. Avec les voyageuses, nous avons initié Tamra et Tengis au rock et au kuduro. Tsétsé nous observant de loin, nous a confié plus tard que nos danses lui ont évoqués des souvenirs de danses tribales et qu’il se serait volontiers joint à nous s’il était plus jeune !

Le campement 

Le lendemain, nous avons traversé la ville à cheval et en van avant d’installer notre campement tout juste après la ville en début d’après-midi. L’endroit est beaucoup plus fréquenté que les précédents camps. De nombreux Mongols ont aussi sortis leurs tentes pour profiter de la douce chaleur du mois de juillet. Après le déjeuner, nous sommes allés en ville pour visiter le monastère d’Erdene Zuu. Le lieu est impressionnant par sa taille, un gigantesque mur composé de 108 stupas (108 étant un nombre sacré dans le bouddhisme) englobe le grand monastère. A l’intérieur, nous avons pu visiter des petits palais bouddhistes ornés de magnifiques peintures et de statues colorées, très similaires aux temples visités sur Oulan-Bator. A côté du célèbre monastère, s’élève un grand stupa abritant les moines défunts. Quelques centaines de mètres plus loin, se dresse la fameuse tortue de Karokorum. Une statue imposante, symbole de paix et de longévité. Les pèlerins ont pour habitude de laisser des offrandes d’orom (crème/beurre Mongol) au creux de sa carapace. Nous avons fait quelques achats au marché artisanal autour de la statue avant de profiter d’un repas copieux à l’un des seuls restaurants de la ville. Un petit luxe bien appréciable après ces trois semaines coupées du monde.

Erdene Zuu et le campement 

Le jour d’après, nous sommes retournés en ville pour continuer nos achats au marché local. Nous avons également trouvé des cadeaux pour Tsétsé et Mandale pour les remercier de prendre soin de nous au quotidien, et de rester au campement pendant que nous pouvions profiter de visites en ville. Nous avons passé une bonne partie de l’après-midi dans un café afin de profiter d’internet (le graal). De retour au camp, nous nous sommes littéralement jetés dans la rivière, la chaleur étant trop intense. Puis, nous avons décidé de réaliser la prochaine étape de l’itinérance en ce début de soirée, conscients d’arriver à destination en pleine nuit. Tsétsé, Mandale et Tamra sont partis en avance pour monter le camp rapidement. Je suis restée avec Tengis dans le van blanc pour suivre les cavaliers. Un magnifique paysage s’offrait à nous tout au long du parcours. L’environnement est légèrement différent de tout ce que l’on a pu voir depuis le début, plus vallonné et plus verdoyant.

La vallée 

Arrivés en fin d’étape, Tengis décida de se rendre directement chez Tomo et de laisser les cavaliers rejoindre le campement par eux-mêmes. Tomo est une amie de Côme et Gérel, elle et sa famille sont très respectées dans la vallée. Comme chaque année, l’agence installe le campement fixe proche de sa yourte. Tomo nous a donc offert généreusement sa production de yaourt de la journée avant de rentrer sur le camp. Cette soirée-là, nous avons passé des heures à discuter tout en regardant la voie lactée malgré le froid qui nous obligeait à nous recroqueviller sur nous-même.

Le lendemain la chaleur fut très intense et cela, très tôt dans la matinée. Notre nouveau campement est à proximité d’une immense rivière bien profonde, sans réfléchir nous avons sauté dans l’eau, ils nous étaient impossible de sortir de l’eau avant la fin de la journée. En ce 14 juillet, Mandale nous a préparé un délicieux repas de fête dans un cadre idyllique, la table sortie de la tente prévue à cet effet et positionnée face à la rivière et au coucher de soleil. La musique retentissait dans la vallée ! Pas de regret pour le feu d’artifice traditionnel et l’immense foule qui l’accompagne généralement.

Les alentours du camp fixe 

Le réveil et le reste de la journée fut assez éprouvant, victime d’une insolation, j’ai passé mon 15 juillet sous la remorque du van, endroit le plus frais du campement. De ma cachette, je pouvais apercevoir Tomo nous rendre visite, Clara, Tengis et Tamra quant à eux s’essayer à la moto de Jama, fils de Tomo. Il était rageant de voir tout le campement s’activer sans que je puisse participer.

Le lendemain, j’ai enfin pu sortir de ma planque, me sentant en forme ! Aujourd’hui, il était temps pour Côme, Gérel et Natacha de rentrer sur Oulan-Bator. Leur départ fut difficile pour Clara qui laissa sa cousine rentrée seule sur la capitale. Après quelques négociations avec Côme et Gérel, Clara décida de rester deux semaines supplémentaires à nos côtés. Ainsi, Clara, Tamra, Tengis et moi sommes restés au campement en attendant leur retour. Ce fut un grand plaisir pour moi de conserver cette touriste devenue colocataire et amie dans cette aventure.

La pluie s’est abattue sur le campement. Nous avons utilisé la batterie du van vert, pour recharger nos ordinateurs et ainsi, profiter d’un après-midi films/séries au milieu de nulle part. Après le repas du soir, et profitant d’une éclaircie, nous sommes partis randonner aux alentours du camp, à cheval pour Clara et Tengis, à pied pour moi. Une jolie balade de fin de journée J

La pluie fut encore bien présente le jour suivant. Malgré cela, il faut bien réaliser les tâches quotidiennes du campement : s’occuper des chevaux et aller à la source voisine pour récupérer de l’eau. Une fois que nous n’avions plus d’obligations nous nous sommes une fois de plus rabattus sur les films, toute activité extérieure étant difficile.

Nos balades 

Le 18 juillet, nous nous sommes rendus chez Tomo pour aider Jame dans son travail. Nous l’avons aidé à couper du bois une bonne partie de la matinée, pour nous récompenser de l’effort fourni, Jame nous a offert un bol d'une boisson alcoolisée similaire à de la vodka. Après cette petite pause, nous devions attraper les poulains du troupeau, une étape nécessaire pour permettre la traite des juments. Les jeunes poulains sont très vifs, les éleveurs ont donc mis en place une technique particulière pour pouvoir les attraper plus facilement : Rabattre le troupeau sur une corde tendue pour les stopper net puis saisir les poulains ainsi bloqués, par les oreilles. L’exercice n’était pas facile et plusieurs nomades de la vallée nous sont venus en aide pour arriver à bout des 9 poulains du troupeau. Une fois de plus pour nous remercier, Jame nous invita à manger du tsuivan (= plat mongol fait de mouton et de pâtes maison) dans la yourte de sa mère. L’après-midi fut relativement calme, jusqu’à ce que nous nous lancions dans la préparation du repas du soir avec Clara, au menu : Des pizzas au thon qui ravirent les papilles du campement et même celles de Jame. Après le dîner, notre travail d’apprentis éleveurs n’était pas fini. Nous avons assisté et participé à la traite des veaux de Tomo avant de nous écrouler dans notre duvet !

Journée avec Jame 
13

C’est le 19 juillet que nous attendions Côme, Gérel et les 3 nouveaux voyageurs : Bernard accompagnés de ses deux grands enfants : Adrien et Laurent. A peine arrivés, nous avons dû dire au revoir à Tsétsé et Tengis devant se rendre sur la capitale récupérer d’autres touristes VIP : Le conjoint de l’ambassadrice de France en Mongolie ainsi qu’une de ses amies.

Le lendemain, les trois voyageurs se sont pliés au rituel obligatoire des nouveaux arrivants : La distribution et l’essai des montures. En début d’après-midi, nous avons pris la route de Karakorum afin d’assister au festival international du cirque. C’est la première année que ce festival se déroule en Mongolie. Pour cet évènement, quelques stands et un chapiteau furent dressés à proximité du grand monastère. Une programmation complète avait été orchestrée pour satisfaire les spectateurs. Nous avons tout d’abord assisté à une représentation traditionnelle de cirque sous un chapiteau à la structure fragile. Victime d’une tempête de sable, les organisateurs ont fait évacuer les lieux pour éviter tout accident en cas d’écroulement de l’édifice. Au bout d’une dizaine de minutes, nous avons pu à nouveau prendre place dans les gradins : Le show pouvait enfin commencer. Les numéros de cirque s’enchainèrent durant plus d’une heure. Nous avons pu apprécier plusieurs performances comme la contorsion, très reconnue en Mongolie par son lien avec la religion Bouddhiste. Après cette activité mondaine contrastant avec le milieu de la steppe, nous avions une pause d’environ 1 h30 avant le prochain show sous le chapiteau. Ce fut l’occasion de faire quelques achats artisanaux avec Clara avant de rejoindre le groupe pour assister à un spectacle de danse et de chants traditionnels Mongols.

Le chapiteau était plein à craquer, les enfants s’asseyaient sur les genoux de leurs parents ou sur la terre battue. Les adultes quant à eux, restaient debout au milieu de l’entrée. Même le spectacle ne réussit à mettre un terme au brouhaha ambiant. Chaque scène était animée par un chant ou une danse traditionnelle. Les costumes étaient magnifiques et les instruments utilisés pour donner du rythme à la représentation étaient hors du commun de par leur forme et leurs sons. Nous étions totalement transportés dans un autre univers. Malheureusement, le rendu de ma petite caméra n'étant pas à la hauteur de l'expérience, je laisse en lien ici et ici, des musiques Mongoles se rapprochant très fortement de ce que l'on a pu écouter durant le spectacle. Chaque sonorité était une découverte pour nous, touristes d’un jour. Après ce régal visuel et auditif, nous avons regagné le campement à une heure de route de là. Tsétsé et Tengis étant rentrés, nous avons fait connaissance avec nos nouveaux voyageurs : Jean-François alias JF et Catherine, notre petite baroudeuse de 70 ans.

Le lendemain, nous sommes restés au campement fixe afin que les nouveaux arrivants puissent se familiariser avec les chevaux. Pendant ce temps, Tomo et sa famille s’afféraient à la préparation du mouton pour le khorkhog (= Barbecue Mongol). Je me suis rendue à la yourte au moment où la bête était en train d’être dépecée par la main délicate de Jame. A mon grand étonnement, pas une seule goutte de sang. Uniquement une petite entaille au niveau du ventre. La technique est rodée depuis des centaines d’années et se transmet de génération en génération. L’entaille ventrale permet au bourreau de glisser sa main à l’intérieur de l’animal pour sectionner un nerf vital (d’après ce que j’ai pu comprendre). Après cette étape, le nomade décolle la peau de la chair avant de s’attaquer à la poche ventrale pour en sortir les organes vitaux. Le sang est alors récupéré à l’aide d’un bol, il n’est rentré à aucun moment en contact avec de la chair ou de la peau. Âmes sensibles s’abstenir. Les organes sont ensuite nettoyés par les femmes. Puis, la bête est ensuite détaillée et cuite dans un gigantesque « wok » au feu de bois. Ce plat que j’assimile comme un véritable plat de Noël est toujours bienvenu et ravit les papilles de nos voyageurs. Un festin appréciable marquant la fin de ces quelques jours de campement fixe, le départ étant prévu pour le lendemain.

Le khorkhog 

Levés de bonne heure, nous avons rapidement plié le campement. Avant le départ, je me suis rendue chez Tomo pour lui donner quelques affaires dont deux pulls qui l’ont emplie de joie. Heureuse, elle me donna du yaourt pour le voyage en guise de remerciement.

Tomo préparant mon bol de yaourt ! 

En revenant aux vans, j’avais raté le départ du groupe équestre et du groupe pédestre que je voulais accompagner. Après quelques minutes dans la machine (= voiture en Mongol), nous les avions rattrapés. Deux heures de marche passèrent en compagnie de JF et Catherine, puis nous nous sommes arrêtés pour le déjeuner. La chaleur étouffante du début d’après-midi, nous a fait renoncer à la marche pour nous consacrer à une petite sieste digestive dans le UAZ. Le camp du soir fut établi près d’une rivière où nous avons pu apprécier au petit matin la traversée d’un troupeau de yaks, ces immenses bovins très paisibles.

YAK POWER 

La journée d’après fut rythmée par les randonnées pédestre et équine avant que nous établissions une nouvelle fois notre campement dans un autre environnement. Cette fois-ci, un grand canyon dans la vallée de l’Orkhon. Le camp surplombait une rivière en bas de falaise. Un spot fantastique sorti tout droit d’une carte postale. Une plage de galets bordait une rivière douce et profonde. L’endroit donnait l’envie de s’y baigner. Quelques voyageurs courageux munis de leur maillot montèrent les chevaux à cru pour nager avec eux. Une opportunité pour les cavaliers de vivre une expérience hors du commun. Après cet intermède aquatique digne d’un film à oscars, nous avons fêté l’anniversaire de Laurent. Pour marquer le coup, nous sommes passées en cuisine avec Clara pour confectionner un petit plat et un gâteau avec les moyens du bord. Même si le résultat n’était pas forcément à la hauteur de nos espérances, l’effort fut apprécié, et finalement, c’était le plus important !!

Campement falaise 

Le lendemain, la visite du monastère Tovkhon était prévue. Une heure de van fut nécessaire pour atteindre le pied de la colline du monastère. Une marche de 3 km au milieu de la forêt Mongole nous séparait de notre objectif. Certains Mongols préfèrent louer un cheval sur place pour réaliser cette distance. Pas nous ! Nous sommes de vrais sportifs ! (vite fait) Après une heure de marche, nous nous sommes tous retrouvés à l’ombre d’un arbre. Plusieurs Mongols avaient attaché leur monture aux arbres environnants et pique niquaient aux pieds des pins. Un delgour (= épicerie en Mongol) se tenait dans une yourte proche de l’entrée du monastère. A une dizaine de mètres de là, nous pouvions admirer le « joined tree », deux arbres sacrés, liés par une seule et même branche selon la volonté de Bouddha dit-on.

L'ascension jusqu'au monastère 

Nous sommes rentrés dans l’espace sacré : une petite montagne rocailleuse faisant office de promontoire pour les édifices religieux. La montagne offre une vue imprenable sur les alentours forestiers, rares en Mongolie. Le monastère est composé de plusieurs petits temples et de grottes de méditation troglodytes.

Le monastère 

Après une escalade plutôt périlleuse, nous nous sommes retrouvés face à plusieurs grottes sacrées faisant l’objet d’un rituel bien orchestré. La première cavité représente le ventre d’une mère, y rentrer puis y ressortir symbolise la renaissance. Les deux autres grottes symbolisent l’apprentissage du langage et de la marche. Beaucoup de pèlerins réalisent ce rituel afin de ressortir comme un être pur, lavé de ses pêchés. Au-dessus des grottes, se dresse le sommet de la montagne dominé par un Ovo, non accessible aux femmes, considérées comme impures du fait de nos menstruations (ça fait toujours plaisir).

Merci Tamra pour les photos de l'Ovo ! 

Sur le chemin du retour, deux arbres sacrés se dressaient sur notre route. Selon la légende, les enlacer permettrait de réaliser nos vœux et désirs.

Arbres sacrés et déjeuner très attendu 

De retour au campement, chacun avait beaucoup à faire, douche et lessive pour certains, sieste et lecture pour d’autres. Pour ma part, j’attendais impatiemment le coucher de soleil pour me rendre sur la berge, me baigner seule et nue dans un cadre idyllique. Un rare moment d’intimité dans cet environnement où nous vivons tous en communauté de proximité. J’ai ressenti ce fameux sentiment « d’être en totale communion avec la nature » dont tout le monde parle. Un moment hors du temps qui m’a permis de réaliser à nouveau la chance incroyable que j’avais d’être ici.

Le 26 juillet, nous nous sommes levés au son des discussions matinales qui émanaient de la tente messe. Après un bref petit déjeuner, nous avons démonté l’ensemble des tentes, ranger le campement puis j’ai rejoint le groupe des marcheurs aux côtés de Catherine, Jean-François et Laurent. Partis avant les cavaliers, nous avons croisé au milieu de nulle part, une ancienne stèle où un visage y était autrefois gravé. Ce vestige du passé délimitait d’anciens espaces sacrés.

La rando' qui n'en finit plus 

Après deux ravitaillements au van, Laurent a favorisé le confort du véhicule, la chaleur étant de plus en plus intense. Puis ce fut le tour de Catherine aux alentours de midi juste avant notre petite altercation avec un énorme troupeau de yaks qu’un éleveur a rabattu sur nous. Plus de peur que de mal puisque ce sont des animaux très craintifs.

Seule avec JF, nous avons décidé de ne pas rentrer les mains vides pour le déjeuner, et faire une surprise à l’ensemble du groupe. L’excellent Mongol de JF nous a permis de nous procurer du yaourt dans une yourte qui bordait le chemin. Le campement de mi-journée était situé dans une magnifique vallée verdoyante, un paysage rappelant un environnement Alpin.

Les Alpes Mongols 

En début d’après-midi, nous sommes repartis en direction de ruines d’un ancien château, lieu de notre prochain campement. Après l’installation des tentes, nous nous sommes rendus dans le village le plus proche afin de profiter des « sources chaudes », activité phare du circuit touristique. Avec Clara, il fut difficile de cacher notre surprise quant à l’établissement thermal ! Nous nous attendions à tout sauf à ça. Le bâtiment est muni d’un long couloir parsemé d’une dizaine de portes. Derrière chaque porte se cache une pièce équipée de deux baignoires remplies d’eau chaude et d’un banc pour y entreposer nos affaires. Légèrement déçues au premier abord, nous étions extrêmement excitées de pouvoir prendre un réel bain après un mois de steppe ! Un plaisir limité puisqu’au bout de 15 minutes, nous devions quitter notre petit Eden aquatique. Après le bain, nous nous sommes rendus au delgour du village pour faire le plein avant de rentrer au campement et vaquer à nos occupations.

L'établissement thermal et les ruines du château  proches de notre campement

Le lendemain, le réveil fut éprouvant, la fatigue s’accumule et la chaleur matinale du mois de juillet rend les activités extérieures de plus en plus difficiles. Après le démontage des tentes, j’ai renoncé à la randonnée pédestre pour voyager en van qui a présenté de grosses difficultés pour démarrer. Plus de 45 min d’acharnement et un nettoyage des bougies au couteau ont permis de nous mettre en route. Une journée classique s’en est suivie à surveiller la cavalcade et les randonneurs, avant d’installer le campement dans une plaine inconnue du couple Franco-mongol.

Le lendemain, nous nous sommes engagés dans cette nouvelle vallée à pied en compagnie Laurent, Catherine, et Bernard fêtant ses 68 ans ce jour-ci. Notre lieu de déjeuner était situé au sommet d’une montagne. Le col présentait un environnement que nous avons perdu l’habitude de voir : D'innombrables arbres à l’épaisse écorce ravissaient les mâchoires de nos chevaux.

Déjeuner au col 

L’après-midi, je fus la seule marcheuse, rapidement dépassée par les cyclistes, les chevaux et enfin les deux vans. Au bout d’une heure trente de randonnée, Tengis me récupéra dans le UAZ à cause de l’orage qui nous menaçait. Nous avons donc installé notre camp en toute hâte proche de la rivière. Malheureusement, les cavaliers n’ayant pas repéré les tentes, ont continué leur chemin jusqu’à une yourte pour s’abriter de la pluie. Nous avons dû tout replier au plus vite afin de les rattraper et monter une nouvelle fois le campement. Nos tentes étaient, cette fois-ci, positionnées entre deux bras de rivière, l’endroit marécageux bordait un promontoire rocailleux d’où l’on pouvait bénéficier d’un magnifique panorama aux couleurs pourpres dû au coucher du soleil.

Au loin, j’ai pu apercevoir quatre gigantesques feux. Curieuse de cette manifestation lumineuse au beau milieu de la steppe, je suis descendue de mon perchoir pour me renseigner auprès de Côme et Gérel, fins connaisseurs des mystères Mongols. Selon Gérel, il s’agissait en réalité de feux rituels que l’on réalise lors de cérémonies chamanistes, mais il reste rare de voir un événement d’une telle ampleur ! Après quelques hésitations, nous avons décidé d’y aller, Clara et moi. « Peut-être qu’aucune autre occasion de ce genre ne se représentera. On est jeune ! YOLOOOO » Nous sommes donc parties à pied en pleine nuit, une frontale pour deux, plus motivées que jamais à réaliser les 3 km qui nous séparaient des festivités chamanistes. Au bout de 10 minutes de marche, le doute commença à s’installer : « Mais qu’est-ce qu’on fait ? Il fait nuit, on ne voit rien, on ne sait pas ce qu’on va trouver là-bas, on ne parle pas un mot la langue locale… » A ce moment précis, Tengis fit son apparition légèrement essoufflé, ayant couru pour nous rattraper. Heureuses qu’il nous ai rejoint, il nous remotiva ! A une dizaine de mètres de notre objectif, Tamra est lui aussi apparu de nulle part en vtt. C’est à quatre qu’on fait les 400 coups nous ! Arrivés sur les lieux, nous avons été accueillis par une famille composée d’une vingtaine de personnes. Nos traducteurs personnels ont échangé avec les invités pour nous tenir au courant de la situation : C’était effectivement une réunion familiale, donnant lieu à une manifestation chamaniste. Tous s’étaient réunis en cette belle soirée du mois de juillet pour célébrer le feu. Un chamane, vêtu d’un del reconnaissable par ses ornements peu communs, bénissait du riz qu’il donnait aux participants. Puis, il s’est levé, fit retentir son tambour près du plus gros foyer du campement. Tous les participants s’étaient mis en rond autour du feu afin de réaliser une barrière humaine, étant considérée comme protectrice des mauvais esprits. Nous étions, cependant, arrivés trop tard, une grande partie de la cérémonie était déjà finie. Tous assis autour du feu, les traditionnelles distributions de bonbons de fromage et d’airag commencèrent. Les chants Mongols s’en suivirent. Tout le monde devait s’y conformer, même les invités… Pour notre défense, nous avons chanté (un bien grand mot) « La Marseillaise » et « Une Souris Verte ». Notre prestation était totalement ridicule par rapport à leurs chants si profonds et intenses qui vous réveillent l’âme. L’effort fut tout de même reconnu. Voyant le donneur d’airag insistait un peu sur la ration de Tengis, nous avons préféré quitter les lieux et les laisser boire entre eux jusqu’au petit matin. Nous sommes rentrés aux alentours de minuit la tête pleine de souvenirs, et ne regrettant en aucun cas notre petite escapade nocturne…

Le lendemain, nous nous sommes levés tous les 4 fiers de notre expérience de la veille. Cette journée annonçait le retour au campement proche de la yourte de Tomo. Maintenant habituée à la marche, je fus déterminée à réaliser l’étape de l’après-midi à pied.

La marche solitaire 

Après 2h30 d’une marche solitaire, je suis enfin arrivée à bon port, mes pieds et mes poumons traînant 20 mètres derrière moi. Après m’être mise pieds nus, pour qu’ils reprennent un second souffle, il fallait monter les tentes en toute hâte, une tempête nous menaçait. L’orage passé, tout le monde s’est précipité dans la rivière pour se rafraîchir et être au top pour le mariage de la fille de Tomo auquel nous étions conviés. Pour l’occasion, j’ai voulu faire du 100% traditionnel et me vêtir d’un beau del de soie bleue donné par Gérel. Au compte-goutte, nous nous sommes rendus à la yourte de Tomo, lieu de départ de la navette menant à la yourte-mariage. En binôme avec Tamra, nous sommes montés dans une voiture break dans laquelle, les sièges arrières avaient été retirés pour laisser place à d’immenses tapis sur lesquels plusieurs femmes attendaient patiemment le départ. Une dizaine de minutes plus tard, nous étions sur les lieux du mariage. La yourte était pleine à craquer. Au centre de l’espace exigu, nous pouvions voir une gigantesque marmite remplie de soupe, une table recouverte de bouteilles de vodka, d’un gâteau de mariage fait à partir de biscuits secs et de fromages séchés, ainsi que d’une queue de mouton. Les mariés, se dressaient derrière cette table richement garnie. Âgés de 26 et 22 ans, le couple avait un nourrisson de 5 mois qui buvait abondamment de l’airag (ce breuvage alcoolisé doit sûrement renforcer les défenses immunitaires des bambins !). L’alcool coulait à flot, et l’ambiance était au rendez-vous. Des chants traditionnels faisaient trembler le feutre de la yourte. La nuit fut très festive !

Le lendemain, départ en van pour Karakorum : Visite du monastère pour les voyageurs, wifi pour les garçons, Clara et moi (nous connaissions déjà la petite ville sur le bout des doigts). En fin d’après-midi, nous sommes rentrés au camp pour ranger nos affaires, et faire les valises, cette journée étant la dernière de l’équinomade 2, il fallait donc envisager le retour sur Oulan-Bator. Cette fois- ci, je faisais partie du voyage laissant Tsétsé, Mandale et les deux garçons au camp fixe.

Départ prévu à 8h30 pour environ 8h de route = BACK IN TOWN

14

Le retour en ville était appréciable pour prendre et donner des nouvelles aux proches, mais concernant le reste, la steppe me manquait déjà. Le calme, les grands espaces et cette sensation de liberté m’était devenue indispensable.

Ces trois jours en ville étaient consacrés au rangement de la Guest house, au réapprovisionnement des stocks de nourriture et à l’accueil de nos prochains voyageurs. Ainsi, j’ai rencontré la cousine de Gérel, sa fille et l’une de ses amie, ayant décidé au dernier moment de partir quelques jours en steppes avec nous. Des Oulan-Batoraises qui ne sont jamais sorties de leur confort citadin. Le voyage résonne comme la grande aventure de leur vie au regard de l’inquiétude de la mère qu’il faut rassurer sans cesse. Didier fait également parti du voyage. Un homme fidèle à l’agence, déjà venu l’année dernière aux côtés de Marine Barnérias. Devenue célèbre grâce à son livre Seper Hero, racontant son expérience Mongole. Ce livre, Didier nous l’a fait parvenir en deux exemplaires. Marine y décrit parfaitement la vie en steppes aux côtés de la petite famille que je côtoie depuis près de trois mois et demi. Elle arrive à mettre des mots sur ce que je ressens, nous vivons la même expérience à un an près, je me retrouve en elle et aboutit aux mêmes réflexions. Je ne l’ai jamais rencontré mais on me parle si souvent d’elle que j’ai l’impression de la connaitre. Didier, très attentionné, a également pensé à ramener du saucisson et du chocolat de France pour les garçons. (Nous avons quand même partagé ! ahah)

Nous sommes partis de la ville pour rejoindre le camp fixe où Tengis, Tamra et Mandale nous attendaient de pied ferme. Les retrouvailles furent joyeuses et ce fut un plaisir de retrouver mes deux petits fennecs !

Le lendemain matin, après avoir changé de place les chevaux, nous sommes partis chercher de l’eau à la source, non sans difficulté. En effet, les pluies diluviennes de ces derniers jours ont rendu la rivière et les sources environnantes boueuses, une situation assez critique puisque nous n’avions quasiment plus d’eau potable. L’état mécanique du van ne nous a pas facilité la tâche. Un problème de carburateur persiste nous empêchant de faire plus de 50 mètres sans nous arrêter. Une grosse montée à forte vitesse nous a finalement permis de décrasser le moteur (à ce qu’il parait … je ne suis pas ici pour un master mécanique). Quant à l’eau, nous avons réussi à trouver une eau limpide que nous pouvions au moins utiliser pour le thé, la cuisine et le lavage des mains. A notre retour, nous sommes passés à table. Puis une balade à cheval avec les nouveaux arrivants était prévue. Une douche ULTRA fraîche s’en est suivie à la rivière qui avait doublé de volume en raison des fortes pluies. Nous avons fini la journée en jouant tous ensemble ou presque à un jeu de cartes dont l’objectif est de mentir sans se faire prendre. (Jeu pas pensé pour les gens trop honnêtes)

Le 7 août est arrivé. Depuis quelques jours, des nomades avaient installé leur yourte entre notre campement et la yourte de Tomo. Ces nouveaux voisins avaient besoin de notre aide pour monter une seconde yourte. La solidarité en steppes étant de mise, nous ne pouvions refuser. Le montage est très simple et rapide. La première étape consiste à installer une espèce de charpente circulaire qui constituera l’unique mur de la yourte. Puis, vient l’étape des piliers qu’il faut dresser au centre de la yourte. Plusieurs bâtons de taille et de couleurs différentes viennent ensuite s’emboiter sur les piliers et la structure circulaire. Le squelette de la yourte est ainsi établi, il suffit simplement de l’habiller à l’aide d’un premier tissu, d’une couche de feutre, d’un tissu imperméable et enfin d’une toile blanche qui finalise le tout.

Montage de la yourte 

Aux alentours de 15h, Tsétsé fit son apparition au volant du camion vert, apportant une nouvelle fournée de voyageurs fraîchement jetlagués : Richard, Patricia, Suzy et Dominique, des bons vivants du Nord de la France. Après une brève présentation et une distribution éclair des tentes, nous nous sommes rendus au mariage de Jame !

2017 étant une année propice aux mariages, Tomo voulut marier ses enfants la même année. La yourte-mariage était une fois de plus pleine à craquer. Près de 25 personnes étaient entassées les unes sur les autres, Jame et sa femme, quant à eux, se dressaient derrière la table d’honneur qui pliait sous le poids des mets. Les mariages traditionnels Mongols durent généralement plus d’une semaine, les premiers jours sont les plus difficiles pour le foie. Cette journée étant la première, la soirée s’annonçait fortement alcoolisée. Tradition oblige, il est important de faire honneur à son hôte en buvant 3 bols d’airag, 3 bols d’alcool distillé fait maison et de 3 shoots de vodka commerciale. L’airag n’étant pas ma tasse de thé, je suis restée raisonnable en ne buvant que mes 6 verres… Après ça, je parlais très aisément avec les touristes et les femmes de la yourte malgré la barrière de la langue. Nos incompréhensions ne faisaient qu’accentuer nos éclats de rire. Au bout d’un moment, je suis redescendue au camp, pour prendre l’air et voir si tout se passait bien. La famille de Gérel étant partie en promenade à cheval en autonomie, je remonte à la yourte-mariage pour en informer Côme et Gérel, leur responsabilité étant entre nos mains. Les autres touristes étaient encore dans la yourte. Ils chantaient et jouaient de l’harmonica, ce que les Mongols appréciaient énormément. Ils nous ont fait honneur et c’était plaisant de les voir s’intégrer dès leur premier jour en terres Mongoles. Ils se sont immédiatement prêtés au jeu, et goûtaient aux différentes spécialités qu’on leur avait proposé, comme la brochette gras de mouton/cornichon, une angoisse graisseuse comme il n’y en existe pas en France. Après encore quelques petits shoots, ma voisine Mongole de gauche s’était endormie sur mes genoux tandis que je prenais celle de droite dans les bras. C’est alors qu’on me proposa l’ultime verre. Pour y échapper, je suis sortie de la yourte presque en courant jusqu’au camp. Il était à peine 18h, mais je ne m’attendais pas à un après-midi aussi violent.

Le lendemain matin, la fraîcheur de mon organisme n’était pas au rdv. Deux bols d’eau, et une douche matinale dans la rivière glacée furent nécessaires pour commencer la journée sur de bonnes bases. Une nouvelle étape à surveiller les cavaliers avant d’établir notre camp à proximité de Karakorum.

Le lendemain, lever matinal pour tout le monde ! Visite du monastère pour les touristes Gérel, Tamra et Tengis, pour le reste, direction le prochain campement, le but étant de prendre un peu d’avance. Le van blanc resté sur Karakorum pour les visiteurs, devait nous rattraper sur le chemin. Etrange de se retrouver en sous-effectif. C'était la première fois que je me retrouvais seule avec Tsétsé dans le camion, puisque Côme, Mandale et Didier privilégiaient le transport équestre. A chaque stop, Tsétsé en profitait pour grignoter des petits bonbons et boire un petit gobelet d’airag (il ne perd pas le Nord ce Tséstou !).

L'itinérance en sous-effectif 

Plus tard dans l’après-midi, les visiteurs nous ont rejoint et se sont mis en selle pour finir l’étape. Malheureusement, après une demi- heure de cavalcade, Dominique est tombé de son cheval après un petit galop. Plus de peur que de mal ! Rien de casser ! Mais après ce choc, il préféra terminer la journée en van.

Nous avons eu du mal à monter le campement à cause de violentes rafales. C’était un vent à décorner les bœufs, faisant tomber la température ambiante. Nous sentions déjà la fraîcheur nocturne s’installait. Cette nuit-là, c’est sûr nous allons douiller ! Pour retarder l’échéance du coucher, nous avons joué aux cartes jusqu’à tard à l’avant du van, des jeux Mongols arrangés à notre sauce.

La nuit fut effectivement horrible et ce même dans le camion. Nous pouvions entendre le vent s’engouffrait sous le van faisant étrangement penser au bruit des wagons d’une locomotive. Le froid était très présent malgré mes deux sacs de couchage (team frileux). La fenêtre fermée, la pluie réussit à se frayer un chemin pour terminer sa course sur mes sacs de couchage devenus des éponges (c’est ça qu’on aime !). Didier releva 8 degrés cette nuit-là sur son baromètre ultra high-tech. J’étais limite déçue, je m’attendais plutôt à -10°C... Je n’ose pas imaginer fin août, période la plus fraîche selon Côme et Gérel.

Toute la journée qui s’en est suivie, la pluie et le vent ont rendu la progression du groupe difficile. C’est avec un grand soulagement que nous avions atteint « le camp de sable ». Une fois de plus, le montage du camp fut une épreuve physique et mentale avec nos amis, le vent et la pluie. Un rayon de soleil fit tout de même son apparition en début de soirée. Merci ! Le moral est de retour !

Le lendemain, départ en direction de la vallée d’Ikhbat. Du moins, c’est ce qui était prévu. A la pause déjeuner, nous avons eu la visite du fils d’Ikhbat en mobylette, son père avait décidé d’établir sa nouvelle yourte dans la vallée où nous nous trouvions en raison du manque d’herbes dans la précédente (pour ses troupeaux, évidemment). Après avoir établi le campement, Tengis, Tamra, Tsétsou et moi sommes allés à la yourte d’Ondra, également dans cette même vallée. Devant la yourte, de la famille et des amis de l’éleveur jouaient aux dominos en plein air, leur partie a attiré mon attention. Au bout de quelques minutes, ils m’ont convié à leur table de jeu. Malgré l’aide de Tamra et Tengis et ne connaissant pas toutes les subtilités des dominos Mongols, j’ai lamentablement perdu, le grand père me le faisant bien comprendre. Après cet échec, je suis allée dans la yourte me noyer dans les biscuits pour faire passer mon chagrin. En effet, Ondra avait mis à disposition une sorte de beignets que nous pouvons assimiler à des bugnes pour certains ou oreillettes pour d’autres (au même titre que le pain au chocolat pour certains et la chocolatine pour d’autres, mais je refuse d’alimenter ce débat). Une petite lichette d’airag, un shoot de vodka, et c’est parti, nous voilà déjà en route avec les garçons pour aller chercher de l’eau à la source. Tsétsé étant resté chez Ondra, nous dévalions tous les trois la vallée à toute vitesse, la musique faisant trembler la carrosserie du UAZ… Le cadre de cette vallée est magnifique, plusieurs environnements se mélangent et créent un paysage hors du commun. La récupération de l’eau à la source s’est faite elle aussi en musique et dans la bonne humeur, malgré une pente raide qu’il fallut grimper avec nos bidons d’eau de 20 kg chacun.

Opération Eau Potable 

De retour, nous avons fait un crochet par la yourte d’Ondra où tous les touristes s’étaient réunis. Nous sommes arrivés en pleine conversation business ! Ondra s’intéressait aux chevaux de Didier, co-gérant d’un ranch en France. Les deux hommes comparaient leurs bêtes et leur valeur financière. Un cheval qu’Ondra entraîne pour une course de Naadam aurait une valeur maximale de 2500 € alors qu’un cheval de Didier participant aux concours internationaux serait plutôt aux alentours des 400 000 € ! Tout le monde riait de ces différences aberrantes !

Petite chèvre qui traînait chez Ondra 

Plus tard en début de soirée, nous étions conviés à un khorkhog (= Barbecue Mongol) en plein air organisé par la famille d’Ikhbat. Du mouton et des abats en veux-tu en voilà, ça nous manquait ! Je suis revenue au camp assez rapidement pour nourrir les chevaux avant la tombée de la nuit et limiter la congélation qui l’accompagne.

Un khorkhog de toute beauté 

Le lendemain annonçait le départ du groupe des Nordistes ayant prévu de continuer leur périple Mongol dans le désert de Gobi. Les 4 voyageurs sont partis avec Tsétsé et le camion vert que je ne reverrai plus pour un long moment, la transhumance de retour se faisant uniquement avec le van blanc. Après leur départ, je suis partie en expédition avec les garçons dans le mini désert qui bordait notre campement. Les hautes dunes dominaient la vallée et nous offraient un magnifique panorama à 360°. Allongés dans le sable à l’ombre d’un buisson sec, nous avons joué une bonne partie de l’après-midi au UNO Mongol.

Expédition sablonneuse 

De retour au camp, Côme, Gérel et Mandale sont retournés à la yourte d’Ondra, tandis que Didier profita de ses derniers instants en Mongolie sur le dos de Yala, son départ étant prévu le lendemain. Le soir, nous étions de nouveau invités chez Ikhbat pour le dîner. A notre grande surprise, Ikhbat était aux fourneaux tandis que sa femme se reposait sur le sol, somnolente sur son tapis. Pas un adepte de la cuisine, le gaillard nous a préparé l’une de ses spécialités : Du riz au mouton. Un petit coup de thé au lait, et il était déjà l’heure d’aller dormir.

Petit repas dans la plus bonne des franquettes 

Le lendemain, nous avons décidé d’établir notre campement fixe, à l’ancien emplacement de la yourte d’Ikhbat. Une étape courte donc puisqu’il suffisait de passer la colline. N’ayant plus qu’un camion, le van fut dangereusement chargé. Arrivés avant midi sur les lieux, nous avons rapidement installé le camp avant d’aller à Erdensante avec Tengis et Tamra. Un village à une heure de route du campement, nous permettant de refaire le plein au delgour : kimchi et petit bricolage pour Tengis, glaces et boissons pour Tamra, pommes et chewing-gum pour moi. Nous sommes revenus à l’heure de la balade nocturne pour les cavaliers. Partis en fin d’après-midi pour bénéficier du coucher de soleil sur les hauteurs de la vallée, ils sont rentrés de nuit quasiment à l’aveugle. C’est dans ces moments-là, qu’il faut avoir un total lâcher prise sur soi et faire confiance aux chevaux qui connaissent le chemin et rejoignent par eux-mêmes le campement pour retrouver le reste du troupeau.

Le lendemain, départ matinal de Mandale, Gérel, Côme, Didier et Tamra. Nous nous sommes retrouvés à deux avec Tengis pour garder le camp durant leur absence, s’occuper des chiens et des chevaux. L’ainé d’Ikhbat reste dans la yourte d’à côté avec un ami. Les deux Mongols sont très occupés à faire des allers-retours en moto en ville et se balader de yourtes en yourtes. Durant 4 jours de camp fixe, nous avons eu 3,5 jours de pluie. Nos journées n’étant que très peu rythmées, Tengis s’est attelé à la fabrication « d’une douche » avec trois fois rien : Quatre bouteilles, une paille et un peu de colle suffirent pour confectionner un magnifique réservoir. Nous avons pu bénéficier de véritables douches entre deux éclaircies. Après nos grasses matinées (oui, il est possible d’en faire même en camping !), nous jouions aux cartes des heures durant pour combler les journées : « On a vraiment pas fait grand-chose » dirait Tengis.

Un magnifique temps estival 

Puis, je me suis rendue compte que nous étions le 16 août, cela fait exactement 4 mois que je suis en Mongolie. Je me retrouve une fois de plus au camp d'Ikhbat et c’est toujours aussi incroyable d’être ici.

15

Ce fut sous une tempête monumentale qu’ils sont arrivés le 19 août. La rencontre avec Antoine et Louis, les nouveaux arrivants, fut assez mouillée. Un océan nous tombait littéralement sur la tête, le camp était inondé et il nous était impossible de planter les tentes. Nous étions à deux doigts de demander aux nomades du coin de nous héberger pour la nuit. Finalement, les voyageurs ont pu dormir dans une tente que nous avions installé au préalable sur laquelle nous avions tendu une bâche pour renforcer son étanchéité. Gérel, Côme et Mandale se sont entassés sous la tente cuisine tandis que Tamra, Tengis et moi avons pris possession du UAZ blanc. Il faut savoir s’adapter en temps crise !

Une nuit glaciale nous attendait. La température extérieure était d’à peine 5°C à 22h. La nuit fut éprouvante et j’ai alors compris les avertissements de Côme. Mouillée, j’essayais de dormir tant bien que mal mais le froid était trop intense. Recroquevillée dans le sac de couchage, je me grattais les boutons de moustique car je sentais que cela faisait circuler le sang et me donnait cette sensation de chaleur tant recherchée. ( ça s'appelle : Le dernier recours)

A notre grande surprise, le soleil rayonnait au petit matin (CHAMPAAAAGNE). Nous avons donc sorti toutes les affaires détrempées pour les faire sécher au soleil. Mandale nous a préparé un petit déj’ de titan pour nous faire oublier cette mauvaise nuit. Dans la matinée, nous sommes allés chercher de l’eau à la source avec les nouveaux voyageurs plutôt sympas. Dans l’après-midi, nous avons rangé le campement pendant que Côme et Gérel testaient le niveau équestre des deux jeunes. Un essai plutôt comique puisque les chevaux n’en faisaient qu’à leur tête. Plus tard, les garçons m’ont confié qu’après deux heures de randonnée, les premières tensions musculaires se faisaient sentir et qu’ils appréhendaient la suite des événements. (Un conseil : ne surtout pas le dire à Côme qui sauterait sur l’occasion pour leur faire peur. C’est sa manière à lui de provoquer les touristes pour qu’ils puissent dépasser leurs limites et vivre pleinement leur expérience Mongole.) Le camion blanc fut –THE PLACE TO BE- en fin de soirée. Antoine et Tamra jouaient une partie d’échecs interminable ! ( Tamra ayant fait l'école Russe, des cours d'échecs sont imposés aux élèves, ce qui explique son niveau excessivement élevé pour son âge)

Le lendemain, la matinée fut peu productive, le départ équestre étant prévu après le déjeuner. Un nomade s’est invité à notre table pour manger (KARMA on avait préparé une assiette supplémentaire). L’éleveur est venu nous demander de l’aide pour redémarrer son véhicule. Après nos galères de UAZ, on ne pouvait pas le laisser en rade. Avec Tengis et Tamra, nous sommes allés sur les lieux du drame, sur les hauteurs de la vallée. Son camion bleu était planté là, proche de sa yourte. Avec l’aide de sa femme, nous avons poussé son tas de ferraille qui démarra aussi sec, le Mongol surpris, était limite gêné de nous avoir demandé de venir. Les deux nomades nous ont accueilli dans leur yourte mais n’avaient rien à offrir, leur départ de fin de saison étant imminent. Nous nous sommes mis en route pour rattraper les chevaux qui avaient pris de l’avance. Nous empruntions le même chemin qu’en début de saison, les paysages sont familiers et nous installons généralement notre campement aux mêmes endroits. L’expérience reste légèrement différente de par la composition du groupe mais également par la baisse de la température.

Toujours on the road ! 

Le lendemain, une grosse étape nous attendait. C’était sans compter, une erreur de communication qui a décuplé la difficulté de cette portion. L’erreur est humaine et nous en prenons la responsabilité. Nous étions quatre dans le van ce jour-là à surveiller les cavaliers, malgré cela nous avons perdu le visuel sur le groupe. (N’est pas Sniper qui veut !). Pour traverser la vallée, 3 chemins sont possibles, nous avons emprunté différentes routes tout simplement. Après un aller-retour sur une autre piste pour les retrouver, barcoué (« Il n’y a pas/plus » en Mongol) les cavaliers. Pas de panique ! « Ils vont sûrement arriver tôt ou tard à l’endroit prévu pour le campement. » Sur cette idée commune, nous avons monté les grandes tentes qui se repèrent de loin et augmentent notre visibilité. Tengis ne tient plus en place, il se sent responsable et décide de reprendre la route pour s’assurer de ne pas les avoir loupés, je saute dans le van pour l’accompagner. Au bout d’une demi-heure, nous voyons un éleveur galoper dans notre direction. Arrivé à notre hauteur, Tengis échange quelques mots avec lui, le vieil homme : « Bien sûr que j’ai vu 4 cavaliers et 7 chevaux ! Ils sont dans la yourte là-bas ! » Il n’avait pas encore fini de montrer la direction que Tengis avait déjà passé la troisième. En l’espace d’une minute nous étions sur place. Nos chevaux étaient en longe et c’est en entendant le bruit du UAZ arriver que Côme, Gérel, Antoine et Louis sont sortis de la yourte d’un air soulagé. Nous avons appris qu’en début d’étape, Pépère (le cheval d’Antoine) présentait des signes de faiblesse, ne voulant plus avancer. La pluie, quant à elle les avait poussé à s’abriter le temps que le cheval reprenne des forces. Cette yourte permit tout de même aux deux voyageurs de côtoyer de près l’hospitalité Mongole. Ce fut au crépuscule que les cavaliers se sont remis en selle à l’exception d’Antoine. Il fallait rejoindre le campement pour ne pas prendre de retard sur le parcours prévu. Au programme : 4 h de randonnée nocturne, difficile pour le mental. Pas une source de luminosité - hormis la lune - ne venait faciliter la tâche de nos cavaliers. Une frontale pour trois n’était pas suffisante. Nous sommes enfin arrivés au campement aux alentours de minuit. De la soupe chaude frémissait en cuisine. Mandale s’était réveillée pour être à nos petits soins. Vêtue de son magnifique del d’hiver, elle remplissait nos bols jusqu’à ce qu’ils débordent ! Tamra, quant à lui, dormait déjà depuis 10 jours. Quel bonheur de se coucher l’esprit léger, nous n’avons perdu personne FIOU !

Après les péripéties de la veille, le dodo fut profond et revitalisant ! Nous étions d’attaque pour traverser cette fois-ci la vallée sans eau, qui ce jour-là n’a pas du tout bien porté son nom. De gigantesques nuages noirs suivaient de très près notre progression. Ce paysage apocalyptique, réalisé généralement avec un fond vert au cinéma, nous a mis un coup de pression lorsque nous sentions les premières gouttes de pluie. Nous avons monté les tentes en 7 minutes chrono, un record qui doit être mentionné. La pluie s’est abattue sur le campement pendant une heure, avant que le soleil ne refasse surface. Un soleil que je qualifie "d'esbroufe ". Il vient juste pour se faire photographier, il nous réchauffe même pas ! (« elle est où la chaleur ? Elle est oùùùù ? Définitivement barcoué).

Eclaircie temporaire 

Nous nous sommes entassés dans le van pour regarder « Le dîner de con ». Oui oui, venez dans le UAZ, plus il y a de monde, plus ça réchauffe l’atmosphère, c’est parfait ça, c’est ma chambre, plus il fait chaud, au mieux c’est. Ils croient simplement regarder un film, mais pour moi c’est bien plus : C’est l’aboutissement de tout un stratagème qui pourrait me permettre de ne pas dormir congelée. Bon, il y a encore des failles ! Le froid a encore frappé.

3°C les nuits d’août, je n’assume pas.

Le lendemain, une étape microscopique était prévue, nous avions donc énormément de temps libre dans la matinée. J’en ai profité pour accompagner Tengis en mission spéciale au village à 25 km du campement pour chercher de l’eau, de l’essence et des brosses à dent (très important pour un groupe uni). Nous sommes arrivés au nouveau campement aux alentours des 16h. La rivière associée à la douche ne me fait plus du tout envie, l’idée seule de me dévêtir me donne l’impression de couver une petite pneumonie. Il fait tellement froid. Après mûre réflexion, cela fait 4 jours que j’utilise des lingettes, ce soir, je craque. La clé, c’est de ne pas trop réfléchir, allez hop un maillot, un k-way et on se fait violence. Au bout de 5 minutes, je ressemble à la cantatrice du « 5ème élément ». Je peine à me réchauffer dans la tente. Mandale a dû entendre mon désespoir : une odeur de soupe embaume le campement. Après dîner, le stratagème peu concluant de la veille est réitéré ; Cette fois-ci, « La ligne verte ». Puis le redoutable moment du coucher est arrivé. Pas de surprise, les 18 couches de protections thermiques furent inutiles. Il est 6h30, je n’arrive plus à dormir, alors je pense. Je souhaite qu’il fasse beau et chaud pour ces derniers jours de steppes. Je percute que nous sommes déjà le 25 août et qu’il ne reste qu’une nuit en steppe. Alors, je tire les premières conclusions : « C’est passé tellement vite. Il me tarde d’un coté de rentrer sur Oulan-Bator pour prendre et donner des nouvelles après 20 jours sans communication, de prendre une douche bien chauuuude, de laver mes affaires qui sentent la chèvre, d’échapper à l’humidité et au froid de plus en plus envahissant et contraignant. Alors oui, pour avoir un peu plus de confort mais d’un autre côté, la diversité et l’immensité des espaces naturels ne laissent pas indifférent. Notre caravane itinérante est juste magique, je voudrais qu’elle ne s’arrête jamais. C’est la plus folle expérience de ma vie, on se sent libre, dédouané de tout, indépendant : être coupée du monde, ça a du bon. » (En direct de mon encéphale)

Dernier campement 

Ça y est, c’est la dernière étape. Un sentiment étrange plane sur le campement, je suis à la fois excitée et blasée (bipolarité quand tu nous tiens). Retour à la case départ en début d’après-midi. Après le déjeuner, nous avons préparé les chevaux à leur transfert en camion : Nous les avons dessellés, nourris et brossés. Nous voulions les rendre présentables pour prouver qu’ils étaient bien destinés aux promenades touristiques. Les transports d’animaux étant limités sur la capitale en raison d’une épidémie ovine, nous n’étions pas à l’abri de contrôles de policiers. La montée en camion fut difficile. Deux camions devaient transporter les 7 chevaux. Les chauffeurs faisaient du corps à corps avec les bêtes pour les pousser dans chaque recoin pour faire de la place pour le suivant. Chaque cheval a son caractère, certains se montrent plus retissants que d’autres, mais tous finissent par monter.

La montée en camion 

Notre van prit la tête du cortège pour montrer la voie aux chauffeurs. Nous n’avions jamais été aussi serrés dans le UAZ : 8 personnes, 2 chiens et 10 000 affaires.

Le retour 

Arrivés à l’entrée de la ville, des barrages policiers anti-animaux étaient en train de se former. L’un de nos camions fut contrôlé mais a pu reprendre la route très rapidement, le second camion fut également arrêté un peu plus loin sur la capitale. Cette fois ci, le policier n’était pas conciliant, il a fallu que Gérel lui lâche un petit billet pour reprendre la route en toute quiétude. Après avoir déposé les touristes en ville, nous avons continué notre chemin jusqu’à Gachuurt. Nous sommes allés directement chez Bayra, un ami éleveur, lui laisser nos chevaux avant de regagner notre petite Guest house.

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Voilà. C’est fini. 2 mois en steppes viennent de s’écouler. 66 nuits de camping, 5 groupes de voyageurs, 15 pannes de UAZ, 2 gueules de bois, 2 mariages, 2 chutes, 1 montage de yourte, 1 cérémonie chamaniste et des millions de souvenirs.

Une expérience qui ne peut laisser indifférent.

La beauté de l’environnement nous frappe tout au long des étapes. La diversité des paysages est un véritable témoignage de ce que peut offrir la nature. Les immensités non habitées nous rappellent que nous ne sommes que de minuscules colonisateurs. Ce petit rappel nous fait réfléchir sur notre condition actuelle et permet une prise de conscience.

Les conditions de vie créées par le voyage itinérant peuvent être difficiles et nous placer dans un inconfort permanent. Forcément, ça plaît ou ça ne plaît. Chaque activité basique devient une réelle aventure : conduire, se laver, dormir, faire la lessive, préparer à manger… « Quand l’ordinaire devient l’extraordinaire » nous y sommes. Il est nécessaire d’oublier tout ce que l’on connait pour vivre pleinement son expérience. Inutile de comparer ce qu’il se fait chez nous par rapport à chez eux, c’est comme cela que l’on devient un touriste aigri qui rapporte absolument tout à la France. Leur mode de vie est différent, il faut l’accepter et s’adapter en conséquence. Ce détachement est facile à dire mais difficile à réaliser dans les premiers temps. Il faut prendre le temps de découvrir la véritable Mongolie, celle qui fait réfléchir.

La vie en communauté permet également d’en apprendre beaucoup sur nous-même. L’aventure en elle-même rapproche, nous nous sociabilisons davantage, nous avons moins peur de l’inconnu, comme si le fait d’oser partir dans ce pays reculé était le premier pas vers l’ouverture d’esprit. Nous sommes plus avenants, nous sommes vrais tout simplement. Dans cette proximité permanente, le besoin d’isolement est parfois nécessaire, mais ce n’est que pour mieux retrouver l’unicité du groupe avec lequel on évolue.

Les rapports avec les nomades étaient extraordinaires. Nous avons été accueillis dans de nombreuses yourtes et leurs habitants nous ont fait partager leur quotidien. Nous avons également eu la chance de vivre des moments familiaux intenses. Leur hospitalité et leur simplicité de vie ont de quoi nous faire réfléchir sur les valeurs de notre société, ne serait-ce pas cela la clé du bonheur ? Comprendre et appliquer la réelle définition du mot solidarité, et vivre au jour le jour sans s’imposer de barrières inutiles ? ( je commence à m'emballer dans mes pensées)

Cette expérience en steppe révèle la Mongolie atypique, celle qui nous permet une prise de conscience. Le retour en ville est appréciable mais après quelques jours, l’appel des grands espaces se fait ressentir. A présent, je comprends mieux Côme et Gérel, ces amoureux de la nature devenus accros à leur saison d’itinérance.

Voici encore quelques photos en stock

NOSTALGIE 
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Ce dernier mois de stage était plus tranquille. La saison étant particulièrement intense, nous avons pu souffler un peu. Chacun à notre manière : Côme et Gérel sont partis 6 jours en canoë en totale autonomie pour leurs vacances "décompression". Je suis restée sur la capitale avec Tengis et Tamra. J’en ai profité pour recontacter la communauté d’expat’ pour sortir un peu, beaucoup en fait. Je me suis installée en colocation avec l’un d'entre eux dans le centre-ville, à proximité de tout.

Dsl pour l'affiche les gars 

Chaque weekend, nous essayons d’aller dans de nouveaux endroits comme si nous voulions emmagasiner un maximum de souvenirs avant notre départ. C'est la raison pour laquelle nous avons fait une petite escapade à l'un des seuls ski resort du pays dès le premier weekend de mon retour en ville. Situé à proximité de la capitale, le ski resort en fin d'été ressemble plus à une montagne désertique parsemée par ci, par là de petits sous bois. Un taxi nous y a emmené pour seulement 20 000 Tugruk soit 8€. Ce retour à la nature fut plus que plaisant, et le pique nique sur un promontoire rocailleux nous permettait d'apercevoir la capitale. Après une petite promenade en forêt, 1h de voile, nous sommes rentrés en stop. L'auto-stop étant très pratiqué dans ce pays.

Ski Resort 

Un autre weekend, je me suis rendue avec Marion, stagiaire à l'ambassade de France, au Turtle Rock ! Située à environ 1h30 de la capitale en bus et en stop, la montagne est connue pour sa forme de tortue. La tortue a une connotation sacrée en Mongolie, elle représente la longévité. Arrivées sur les lieux, nous étions surprises par le nombre de sorties scolaires organisées autour du massif ! Nous avons peiné à trouver un petit coin pour pique niquer en haut de la montagne.

Turtle Rock 

Après une petite heure de marche, nous nous sommes rendues dans un monastère perché à flanc de montagne. Ce monastère accueille les touristes qui souhaitent réaliser des retraites spirituelles. De tous les monastères faits en Mongolie, j'en garde de celui-ci l'un de mes meilleurs souvenirs. Son environnement était très atypique. Plusieurs peintures bouddhistes étaient à même la roche, et nous avons fait la rencontre d'une sorte de concierge (ou peut-être pas), un petit papy qui souhaitait nous montrer les détails d'ornement du temple qui le faisait rire.

Monastère 

Un petit temple en retrait, nous permettait de découvrir deux immenses empreintes de pieds gravées dans la roche. Celles ci représentent la preuve que bouddha ait vécu sur terre selon les bouddhistes. Le temple principal est situé en haut de 108 marches, mais l'ascension valait le coup ! La vue est splendide ! Ce monastère n'est pas accessible l'hiver en raison de la neige trop importante durant cette saison, rien que le fait de le savoir nous procure un sentiment d'exclusivité ! Le retour en stop fut plus compliqué, nous avons dû prendre deux voitures et un bus pour rentrer en ville en pleine heure de pointe. (De toutes façons, j'ai l'impression que c'est toujours l'heure de pointe à Oulan-Bator)

Monastère suite 

Je reprenais petit à petit goût à la vie citadine, aux sorties culturelles (ou pas). L'alliance Française a organisé un magnifique concert de clarinette réalisé par Michel Aumont, compositeur Breton. C'était l'occasion de revoir JF accompagné de sa femme, l'ambassadrice de France en Mongolie. C'était drôle de le voir dans ce milieu mondain à serrer des mains à des personnes importantes, après l'avoir vu lancer un concours de rots en steppes. Je ne pus m'empêcher de sourire face à cette situation. Ce qui se passe en steppes reste en steppes. Quant au concert, je me suis dit :" Pourquoi pas ? Si je ne vais pas à un concert de clarinette en Mongolie, je n'irai jamais". C'était original (je me suis endormie au bout de 10 minutes).

Michmich 

J'ai également découvert un café étudiant, situé dans une université. Ce café est le lieu de petits concerts sans prétention, de débats et sert également de salle de cinéma pour l'Alliance Française qui diffuse une fois par semaine de grands classiques. Dans ce café, on ne paie pas sa consommation mais le temps que l'on y reste, des boissons chaudes et des petits gâteaux sont mis à disposition. Si jamais vous passez dans le coin, faites-y un petit tour.

Nous avons également fait quelques sorties entre filles avec Marion et MW ( travaillant à l'alliance française). Nous avons notamment assisté à un spectacle traditionnel Mongol qui a lieu tous les soirs à 18h en centre ville pour 25 000 Tugruk (sans photos). Je ne vous cache pas que la salle est pleine à craquer de touristes dont 75 % de français. Mais ce fut vraiment sans regret, ce spectacle était différent de tout ce que j'ai pu voir auparavant. Nous pouvions sentir une réelle volonté de remise au goût du jour des traditions Mongoles. Il y eut même une danse chamaniste en guise de scène finale ! Dans la boutique du complexe, nous pouvions nous essayer aux apparats traditionnels comme les "bijoux de tête".

Ladies Night 

Mi-septembre, Côme, Gérel, leurs fils et moi avons été invités au mariage du fils de Tsétsou ! Une superbe occasion de le revoir lui et sa famille. La réception s'est déroulée dans un des plus beaux hôtels de la ville. Les invités étaient sur leur 31, les tables croulaient sous le poids des mets, une scène mettant en avant des musiciens traditionnels et un écran géant diffusait en boucle les photos de mariage prises dans l'après midi. Les mariés étaient magnifiques dans leur del de soie, on ne pouvait pas les manquer. Quel plaisir de revoir Tsétsé tout apprêté pour l'occasion ! Il nous a installé proche de la table d'honneur, celle de ses amis de longue date. Ce mariage ressemblait fortement à un mariage Européen, par sa musique et les mets proposés. Il y avait juste beaucoup trop de verres sur table, dont un shooter qu'un serveur veillait à me remplir à chaque fois que j'y trempais les lèvres ! La musique était bonne et j'ai pu danser avec Tsétsé. Mon déhanché était ridicule par rapport à celui d'une grand-mère qui sautait de sa chaise dès que les musiciens prenaient leurs instruments. Le mariage s'est terminé aux alentours de minuit. C'était un soulagement de revoir Tsétsou avant mon retour en France, même si l'on ne communique pas beaucoup, je l'apprécie énormément.

Mariage du fils de Tsétsou 

En résumé, un mois de septembre plutôt décontract' par rapport à la steppe, où j'ai pu reprendre mes marques en ville, visiter les alentours de la capitale, et avoir une vie sociale épanouie. Juste ce qu'il fallait avant le retour dans l'hexagone.

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Les derniers jours furent l'occasion de dresser un dernier bilan de l'aventure.

Petite conversation sms avec Côme :

- Comment voulez-vous que je travaille dans une entreprise conventionnelle et standardisée maintenant ?

-Travaille pas, fais toi plaisir, c'est le plus important.

Merci Côme pour ton état d'esprit, ta philosophie fait du bien. On va essayer de l'appliquer.

On se pose tellement de questions en France, on a peur du risque, de l'échec, nous sommes trop cartésiens, tout doit rentrer dans les cases, mais on oublie l'essentiel. Il faut remettre les priorités dans l'ordre, le travail n'est que secondaire. Que recherchons nous réellement ? Pour ma part, je souhaite simplement être heureuse, ça ne me dérangerait en aucun cas d'être ostréicultrice aux Bahamas ou éleveuse de lamas en Bolivie tant que j'atteins mes objectifs de vie. Notre société nous bourre le crâne de "ce qu'il serait bon de faire" pour rentrer dans le moule. "Après ton master, tu auras un cdi, tu t'installeras, tu auras une famille, un labrador et tu feras des barbeuk tous les dimanches jusqu'à ta mort" franchement non merci, je ne signe pas.

Cette expérience m'a permis de relativiser sur pas mal de choses. Quand on voit les conditions de vie des éleveurs nomades, on prend du recul sur notre propre condition. Nous avons la chance d’être nés dans un pays riche, de ne manquer de rien, de bénéficier d'un confort superflu et pourtant, nous passons notre temps à nous plaindre des petits tracas de la vie. Tout cela fait réfléchir, et le retour en France, pratiquement imminent, me donne des palpitations. Aurai-je la même vision des choses de retour sur le sol Français ? Durablement ? Ou bien serai-je influencée par mon entourage à reprendre mes habitudes de râleuse ? Vais-je oublier tout ce que m'a appris la vie en steppe ? Nous verrons bien.

J'ai essayé de profiter au maximum de chaque instant dans ce pays, je ne regrette rien. Il s'est passé, ce qu'il s'est passé, une page se tourne. Je reviendrai peut-être dans ce pays, mais pas tout de suite, il reste encore tant de pays à découvrir.

J'ai passé mon dernier jour en compagnie des expat' qui ne travaillaient pas. Le soir, Gérel avait organisé un petit repas d'adieu avec Côme et les garçons.

Le lendemain départ 6h30 de la maison, direction l'aéroport. Les garçons ne se sont pas levés, mais Côme et Gérel m'ont accompagné jusqu'à l'enregistrement des bagages. Je ne suis pas très douée pour les "au revoir", je n'aime pas ça, peu démonstrative, je fais ça très vite fait, donnant l'impression d'être sèche. Une première bise pour Gérel, la seconde pour Côme, puis j'ai commencé à vaciller, je sentais l'émotion monter petit à petit, je me suis retournée avant qu'ils n'ai eu le temps de voir mes yeux briller.

Me voilà, toute seule à l'aéroport Chinggis Khaan attendant le vol pour Moscou. Seulement un avion par heure décolle de cet aéroport, autant dire que je me sens un peu seule dans les couloirs. Je commence à sentir l'excitation positive du retour : Je reste notamment sur Paris quelques jours pour revoir mes amies de l'université, parties, elles aussi, en stage aux quatre coins du monde. Il me tarde que l'on se raconte de vive voix nos différentes expériences !

12 h plus tard. Arrivée à Paris. J'attends mes bagages, j'appelle ma mère pour lui confirmer que je suis vivante, et là, c'est le coup de massue lorsque je prononce les mots :"je suis en France". Les larmes me sont de nouveau montées. Mais qu'est ce que je fais ici ? La Mongolie, c'est déjà fini ? Je commence à réaliser, je percute violemment même, et ça fait mal. Euuuh pardon, excusez moi, c'était une erreur, laissez moi repartir, je veux vivre en steppe dans une yourte stylée avec trois couches de feutre, je veux que mon voisin soit Tsétsé, j'aimerais conduire mon propre UAZ et le pousser en descente pour qu'il démarre, avoir un chien et rassembler mon troupeau de yak sur une vieille mobylette rafistolée qui tourne à la vodka.

Ma nostalgie Mongole mit du temps à disparaître. Mon proche entourage et de nouveaux projets de voyage m'ont permis de l'estomper, mais je n'oublierai jamais tout ce que j'ai pu vivre là bas, chaque expérience est unique.

Il est de coutume de dire "le mot de la fin". Le mien sera : Osez