Carnet de voyage

Los Pelzou en America Latina

39 étapes
34 commentaires
33 abonnés
Dernière étape postée il y a 919 jours
Nous avons troqué notre routine française pour un an d'aventure en Amérique Latine en sac à dos. Nature sauvage, civilisations disparues et découvertes en tout genre...
Juin 2017
365 jours
Partager ce carnet de voyage
39
39
Publié le 22 août 2018

La promesse de sommets enneigés et de lagunes a suffi à nous motiver à faire le trek de Santa Cruz malgré les risques importants de pluie dus à la saison. Étant en saison basse dans une région pas aussi touristique que celle de Cusco, on a la chance de se retrouver dans un chouette petit groupe via l'agence Caleb Expeditions. On est seulement 4 touristes (2 Hollandaises nous accompagnent), un jeune guide et un muletier, tous très sympas.

Du fait de notre petit nombre, plutôt que de nous mettre à disposition un minibus privé, nous partons en mini-bus collectif. Il faut le vivre pour s'en rendre compte, mais c'est déjà toute une aventure de se retrouver dans un vieux véhicule serrés comme des sardines avec des campagnards qui parlent moitié quechua, moitié espagnol à travers des dentitions très clairsemées. Les regards vers nous ne sont pas rares, on ne sent pas de manque de respect ou d'hostilité mais plutôt de la curiosité amusée. Quand le colectivo (sans ceinture de sécurité évidemment) commence à s'enfoncer dans les montagnes à travers des sentiers en tête d'épingle sans aucune barrière, on retient notre souffle. On est également subjugué par la beauté du panorama qui défile sous nos yeux. Bien que ce ne soit pas son rôle, le chauffeur nous laisse faire un arrêt photo à plus de 4700m d'altitude. Encore quelques heures de route avant le démarrage du trek...

Arrêt photo pour se mettre dans le bain, ça promet ! 

JOUR 1

Pour la première journée, on fait le plein de nature. La marche est agréable avec peu de dénivelé, on se promène 4h. C'est très beau, très vert et on ne croise personne sur les sentiers. Plus on s'approche du campement, plus la neige apparaît sur les sommets. On a de la chance avec la météo, le soleil nous accompagne toute la journée.

Jour 1 dans les vertes prairies

Au loin, on aperçoit nos tentes déjà installées par notre très efficace muletier dans un cadre somptueux, à 3870m d'altitude. Quelle joie d'arriver sur un campement improvisé en pleine montagne, entre nous, sans une seule autre tente à portée de vue. Une boisson chaude et un goûter nous attendent, on est traités comme des rois. Le soir venu, le froid commence à se faire sentir et on se regroupe tous dans la « tente-salon » autour de la marmite de soupe bouillonnante. On donne un coup de main en écossant les petits pois, l'ambiance est au top !

Campement jour 1 

JOUR 2

Au petit matin, on est ravi d'être avec une agence sérieuse qui a du matériel de bonne qualité. Toute la nuit, une pluie diluvienne doublée d'un froid de gueux se sont déchaînés sur la vallée, nous faisant craindre l’inondation de la tente. Secs mais frigorifiés, on se regroupe dans la tente commune où un petit-déjeuner nous attend. On se demande comment le guide et le muletier ont pu passer la nuit ici, il n'y a pas de revêtement de sol et on patauge dans d'énormes flaques.

Nos mules et des veaux en vadrouille viennent se frotter à la tente de bon matin, en quête d'interactions. On les couvre bien sûr de grattouilles avec joie.

Visiteurs du matin 

Nous commençons la marche par un temps sec mais très froid. Après les récentes pluies, la nature nous offre le spectacle de puissantes rivières et de généreuses cascades.

Jour 2 

On prend plaisir à voir évoluer les paysages à mesure que nous avançons. Peu à peu la végétation se raréfie pendant que la neige sur le sol gagne du terrain. Quand nos ânes nous passent devant, on sent un mélange de peine de leur infliger cet exercice et d'admiration. Largement plus adaptés et puissants que nous, la marche semble moins entamer leur endurance que la nôtre.

Jour 2, les pieds dans la neige 

On avance tranquillement dans ce paysage montagneux saupoudré de neige. On ne croise absolument personne et le temps se maintient sans pluie, que demander de plus ! C'est magnifique, et on n'est pas au bout de notre émerveillement.

Jour 2

L'ascension qui nous emmène à Punta Union, point le plus haut de la journée à 4750m, nous en fera baver comme rarement. Niveau cardiaque, c'est très dur : les pauses s'imposent très régulièrement et après quelques pas en montée on est à nouveau à bout de souffle. Plus on monte, plus la neige tombée fraîchement cette nuit est présente. Sur le chemin elle a fondu, c'est assez glissant...

Ascension vers Punta Union 

Une fois en haut, le spectacle est incroyable. Ce panorama, après avoir tant souffert dans la montée, fait probablement parti des plus belles choses que nous avons vues durant notre année de voyage. On contemple dans un silence religieux puis c'est l'heure du casse-croûte, on a besoin d'énergie. De temps à autres, de lointaines avalanches se font entendre.

Point de vue de Punta Union 

Après une descente de deux heures sur un chemin pré-colombien innondé et en escalier, on voit apparaître notre deuxième campement situé à 4250m d'altitude. Comme la veille, le cadre est idylique. Il y a quelques autres tentes aux alentours mais ça n'enlève rien à l'immersion en pleine nature.

Campement jour 2 

JOUR 3

Après un petit déjeuner et quelques papouilles aux ânes qui sont décidément des animaux très attachants, on se met en route vers une lagune décrite par notre guide comme une des plus belles de la région. Le parcours est très joli, on retrouve de belles forêts. Au loin parmi les montagnes, on aperçoit le pic d'Artesonraju qui aurait inspiré le célébrissime logo du studio Hollywoodien Paramount Pictures.

Début du jour 3 

Une dernière montée pour couronner 2h30 de marche, et nous voilà à 4450m d'altitude, complètement émerveillés devant la taille et la couleur turquoise de cette belle lagune. Un bon moment pour claquer quelques photos, manger un morceau et simplement contempler.

Jour 3, Laguna Arhuaycocha 

On redescend de la lagune par le même sentier, ça n'est que la première partie de notre randonnée du jour. Il reste encore beaucoup de chemin !

Descente depuis la lagune et casse-croûte 

On arrive alors au creux d'une vallée balayée il y a quelques années sur toute sa longueur par l'éboulement d'un pan de montagne au creux duquel se nichait une lagune. Là où nous marchons, le paysage a été bouleversé par cette énorme coulée de terre, de roches et d'eau. Du sable recouvre le sol à perte de vue, des arbres sont à moitié ensevelis et d'autres ont été déracinés et emportés.

Sur la coulée 

Après cette longue traversée du désert, on longe une jolie lagune. On fait une halte, la fatigue commence à vraiment se faire sentir. Des vaches curieuses mais timides s'approchent de nous tout en gardant leurs distances. Une dernière ligne droite conclut cette looongue journée de marche avant d'arriver au camp, à 3840m d'altitude.

Fin du jour 3 et arrivée au camp 

JOUR 4

La dernière journée consiste en 3 heures de descente jusqu'à 3100m d'altitude, le long de la rivière Cashapampa. Encore une fois, on remarque les changements de type et de densité de végétation en fonction de l'altitude. Les arbustes ras du début de la randonnée se transforment au cours de la descente en jungle.

Jour 4 

Pour clôturer ce trek en beauté, notre guide nous propose une virée dans une source d'eau chaude très peu fréquentée, dans un cadre sauvage. L'idée nous plaît, on se laisse entraîner. Sur place, c'est la douche froide !! Les bassins thermaux sont en pleine construction et le site est à la fois un chantier et un dépotoir. Bouteilles de shampoing, canettes de bière... les déchets défigurent le lieu.

Sources naturelles d'eau chaude... 

Cette grosse semaine dans les magnifiques environs de Huaraz nous aura offert de somptueuses balades et marque un terme à notre passage dans les montagnes Péruviennes. On garde des souvenirs magiques de cet incroyable trek.

Place à la détente et au soleil, nous partons sur la côte Pacifique en quête de sites archéologiques, de plages et de chaleur pour finir notre voyage en beauté !

38

Après un trek de 5 jours de marche et des nuits trop courtes, une grasse matinée n'aurait pas été de refus avant d'entamer cette étape. Mais ce sera pour une autre fois, le réveil sonne à 4h30. On se rend à l'aéroport de Cusco pour un vol jusqu'à Lima, on partira ensuite à la découverte du Nord du Pérou. Les bagages déposés et l'enregistrement effectué, on arrive en salle d'embarquement pour apprendre que... notre vol est annulé à cause du mauvais temps. On ne se doutait pas au moment d'acheter le billet d'avion qu'en choisissant Viva Air, LA compagnie low-cost par excellence, on prendrait le risque de ne pas pouvoir décoller si la météo n'était pas optimale ! C'est d'autant plus frustrant de voir que toutes les autres compagnies font décoller leurs avions pour Lima... Le prix d'un nouveau billet chez la concurrence excédant largement notre budget, on se résigne à prendre le bus et encaisser de nouveau... 22h de route.

Après une petite nuit d'escale dans un hôtel de la capitale, on repart pour une dizaine d'heures de bus. Notre destination finale : Huaraz, le point de départ de nombreuses randonnées dans les monts enneigés de la Cordillère Blanche.


Autant dire que quand on arrive à Huaraz, on est cuits et on aspire à un peu de confort. Évidemment, l'hôtel qu'on avait réservé en est absolument dépourvu. C'est sale, incommode, bruyant et excentré. Et en plus, le patron français nous paraît pénible et intrusif. Cette fois-ci on ne s'en accommode pas et le lendemain, on pose nos bagages pour quelques jours dans un hôtel plus sympa. On approche de la fin du voyage et on supporte moins bien les mauvaises conditions qu'au début de l'aventure !


Les klaxons, c'est la première chose frappante quand on arrive à Huaraz. Et ça se vérifiera jusqu'à la fin du séjour : les péruviens du Nord sont atteints d'un grave trouble obsessionnel compulsif du klaxon. Un virage, un klaxon. Un feu vert ou même rouge, un klaxon. Un passant, un klaxon. Un chien errant (et il y en a beaucoup), un klaxon. De la pluie, un klaxon. Une mouche qui pète, un klaxon. C'est drôle 1 minute, mais passé ce délai, Phill a flirté avec la crise d'épilepsie chaque jour passé dans ce brouhaha bruyant et pollué.

La ville de Huaraz est située à plus de 3000m d'altitude dans la cordillère des Andes. Victime d'un terrible tremblement de terre en 1970 causant la mort de plus de 75 000 personnes, la ville a été reconstruite sans porter la moindre attention à la rendre jolie. Heureusement, on a pu se trouver un petit coin piéton agréable avec quelques restaurants. On y a passé de bons moments entre deux excursions. Tout n'est pas fabuleux dans la gastronomie péruvienne, mais elle a le mérite de proposer un choix de menus plus varié qu'en Colombie. S'éloigner des plats locaux peut par contre s'avérer dangereux, on garde un souvenir stupéfait d'une pizza pas cuite du tout, la pâte baveuse s'étirant tant qu'on ne pouvait pas la couper, et la serveuse nous assurant que la cuisson était bonne et que l'élasticité venait du fromage... On fait renvoyer au cuistot cet affront à la cuisine italienne. Dix minutes plus tard, la serveuse revient et nous sert la même pizza en charpie passée au four directement sur son assiette, encore plus pâteuse. C'en est trop, on quitte le resto !

Plats qui tachent, patte de poulet bouillie et énormes gâteaux au sucre et aux colorants typiques d'Amérique Latine
Après le klaxon et le poulet frit, l'autre superstar du coin, c'est Jésus 

L'objectif de notre venue n'était évidemment pas le côté urbain, mais plutôt un trek de 4 jours dans la cordillère blanche. Afin de se ré-acclimater à l'altitude, on prévoit deux excursions de préparation.


On commence tranquillement avec la Laguna Wilcacocha sur la cordillère noire faisant face à la cordillère blanche. Pour atteindre cette lagune à 3700m d'altitude, on marche quelques heures sur des petits sentiers ruraux en empruntant les chemins qui nous paraissent les moins risqués. Comme souvent en Amérique Latine, le gros bémol des randonnées en campagne reste les chiens ultra-territoriaux des habitants. Ils peuvent faire preuve d'une agressivité assez angoissante. Malgré nos précautions et un bâton à la main, un animal de la pire espèce nous agressera, verbalement du moins. Hé oui c'est bien un humain qui nous a fait le plus peur ce jour là, un vieil agriculteur transpirant de haine à l'idée de devoir partager sa montagne avec un nombre grandissant de blancs (enfin, de voyageurs). A quelques mètres de nous, planté sur le sentier, il nous insulte et nous menace de nous jeter des cailloux si on ose prendre l'âne du champ d'à côté en photo. Pour la peine, on en a pris une.

L'âne interdit et la chenille qu'on ne touche qu'avec les yeux

Arrivés à la lagune, on entame notre pause casse-croûte, et comme pour nous faire mentir sur ce qu'on venait de dire sur les chiens, deux toutous tout foufou nous accueillent chaleureusement. La lagune est plutôt quelconque et la vue sur la cordillère blanche est jolie même si elle est peu dégagée. C'est surtout pour habituer son corps en douceur à l'effort en altitude que cette balade est à faire.

Picnic à la lagune Wilcacocha avec vue sur la cordillère blanche

Le deuxième jour, on passe par une agence pour nous emmener au Glacier Pastoruri à 5200m d'altitude. On coupe les 3 heures de route avec un arrêt à Puma Pampa, une source d'eau gazeuse située sur une plaine bordée de montagnes. Au milieu des herbes rases et sèches typiques de l'altiplano, la Puya Raimondii ne passe pas inaperçue avec sa taille imposante et sa forme arrondie et piquante. Lors de son unique floraison, entre son 40ème et son 100ème anniversaire, la plante produit une imposante hampe florale qui peut atteindre une dizaine de mètres avant de mourir.

La Puya Raimondii peut atteindre jusqu'à 15m de hauteur.

En reprenant la route, la végétation se raréfie jusqu'à quasiment disparaître à notre arrivée au parking. A la descente du minibus, on est immédiatement saisis par un froid glacial. On n'est pas au bout de nos peines, parce qu'à 5200m d'altitude, l'oxygène est rare et la marche de 40 minutes toute en montée est vraiment rude. Au début de la balade, le paysage est entièrement gris.

En route vers le glacier 

Lorsqu'on arrive au glacier, on peut enfin contempler l'épaisse couche de glace bordant de petites étendues d'eau. C'est impressionnant mais la fonte des glaces laisse de plus en plus de place à la roche noire dans le paysage, on se retrouve face à un glacier plutôt déplumé. Avec le réchauffement climatique, on prévoit la disparition totale du glacier d'ici peu. Il y a quelques décennies, il fallait simplement marcher 5 minutes pour avoir les pieds sur la glace...

Glacier Pastoruri, 5200 m d'altitude 

Après ces deux randonnées et un peu de repos, on se prépare avec excitation au départ du trek de Santa Cruz dans la haute Cordillère Blanche. Jusqu'au dernier moment on hésite à annuler, Maïcita étant dans un état de santé franchement incompatible avec un trek en si haute altitude, mais l'envie d'une immersion en pleine nature dans des paysages enchanteurs prend le dessus sur cette pénible fièvre.

Le récit du trek au prochain épisode !

37

Nous arrivons à une étape cruciale et très attendue du voyage : le trek du Salkantay et la visite du Machu Picchu. Pour faciliter la logistique et l'organisation, on a choisi de laisser la main à une agence qui a planifié entièrement les cinq jours d'aventure. Notre groupe de 18 personnes sera épaulé par deux guides, un cuistot et un muletier. C'est aussi pour le "bien-être" des gentils quadrupèdes portant nos affaires qu'on choisit une agence nous paraissant sérieuse. Quelques jours avant le départ, le patron de l'agence OkiDoki nous fait un épuisant briefing de 2 heures pour nous expliquer en détail chaque étape en prenant soin d'insister sur le fait qu'avec lui, il n'y a JAMAIS de mauvaises surprises. Nous voilà rassurés.

Le jour J, nous partons à 4h30 du matin de l'hôtel en bus vers le point de départ de la randonnée.

Jour 1 : 12km, 5h

Perchés à 3600m d'altitude dans un décor montagneux, on mâchouille quelques feuilles de coca pour éviter le mal des montagnes et on part pour 5h de marche. Pas de difficulté, on arrive à notre premier camp de base à 4200m.

Premier jour - camp de base

Cette première journée donne le ton pour les suivantes : le groupe est divisé en deux, les mous du genou qui se plaignent tout le temps et sont incapables de respecter les horaires, et les autres. On croise d'autres groupes sur le chemin et le camp de base, comme les suivants, accueille beaucoup de randonneurs. On est très loin de se sentir seuls au monde mais on se rattrapera plus tard sur cet aspect, lors d'un autre trek au nord du Pérou. Le gros avantage des refuges en dur, c'est que nos tentes sont bien à l'abri sous un toit. Vu le froid, le vent et l'état du matériel, c'est une très bonne chose. L'ambiance est sympa et on est chouchouté, les repas sont copieux.


Jour 2 : 22km, 9h

Le deuxième jour, un épais brouillard s'invite à la fête alors qu'on attaque les 22km de marche. Après une longue ascension entrecoupée de pauses pour reprendre son souffle, on arrive au point culminant de 4630m ! A peine arrivé, on se couvre bien car le vent souffle ici. On savoure la fin de l'effort mais la météo ne nous fait pas de cadeau : au lieu des immenses sommets enneigés qu'on attendait, on ne voit que la partie basse des reliefs blancs. Tout le reste est englouti dans la purée de pois... Après une petite pause, le groupe est particulièrement dispersé. On finit par partir en effectif réduit avec la gentille "guide secondaire" pour une nouvelle montée jusqu'à une jolie lagune au milieu de rien. On sera les seuls à la voir avant qu'elle ne se fasse avaler par les nuages !

Jour 2, première partie 

Une pluie diluvienne nous surprend peu de temps avant notre arrivée au refuge pour la pause repas. Les derniers du groupe arriveront longtemps après nous, trempés jusqu'aux os.

On entame ensuite la longue descente à travers la vallée. Les jambes fatiguent un peu, c'est la journée la plus intense niveau dénivelé : partis le matin de 3912m, nous sommes montés à 4650 puis redescendus jusqu'au camp de base à 2900m. On croise régulièrement la route de groupes de mules qui acheminent les affaires des randonneurs d'un camp à l'autre.

Jour 2, descente 

Jour 3 : 15km, 6h

Les intempéries de ces derniers jours ayant provoqué des éboulements, notre chemin à travers la jungle est impraticable. On emprunte une route alternative moins pittoresque mais qui aura le mérite de nous offrir des vues sur de très nombreuses cascades et rivières, témoins de l'intense activité pluviale. Il fait chaud, les moustiques sont de la partie et on se fait régulièrement rincer. Mais la bonne humeur est là, ambiance colonie de vacances assurée.

Journée jungle 

A notre arrivée au camp, un festin de rois nous attend (par rapport aux repas précédents, c'est 5 étoiles). D'adorables chatons et leur maman assurent le spectacle. Après une longue pause, on part tous se délasser dans les eaux brûlantes de la station thermale Santa Teresa.

Détente... 

Pendant que les groupes de touristes se relaxent dans l'eau chaude ou un cocktail à la main, notre jeune guide, jusque là sympa mais avare en explications, a décidé de picoler plus que de raison avec son collègue. De retour au camp pour le dîner, le spectacle est pathétique : d'une voix chevrotante, il peine à expliquer la journée du lendemain dans un anglais calamiteux tout en tenant difficilement debout. De toute évidence, il est complètement beurré et son alcoltye est parti se coucher avant de manger sans rien expliquer à son groupe. Quel professionnalisme !

C'est aussi au moment du repas qu'on nous fait la promotion d'une activité facultative pour le lendemain : un parcours de tyroliennes, ponts de singe et escalade, vidéos époustouflantes à l'appui. Devant l'enthousiasme général du groupe, Virginie et Maïcita se laissent facilement entraîner et signent. Phill et Cyril, beaucoup moins convaincus, préféreront l'option marche.


Jour 4 : 15 km, 7h

Dernière journée avant le Machu Picchu ! Pendant que Phill et Cyril font leurs 4h de marche le long des rivières, les filles prennent un mini-van pour commencer leur session sensations fortes. Le temps est menaçant, jusqu'au dernier moment on a peur de passer la journée sous la pluie. Finalement, la matinée se déroule sans une goutte. C'est l'éclate totale, les 6 immenses tyroliennes (la plus longue : 510m, la plus haute : 250m au-dessus du sol) et le pont de singe de 90m donnent des vues géniales sur les vallées. En bonus, la portion d'escalade a été un défi physique.

Parcours vertigineux 

Retrouvailles devant une binouze bien méritée dans un restaurant, puis c'est parti pour la dernière étape avant le fameux Machu Picchu. On attaque 3h de marche sur des cailloux le long des rails menant à Aguas Calientes, le village le plus proche du Machu Picchu. Le climat est tropical, plusieurs épisodes pluvieux ponctuent notre "pélerinage" vers la Cité Inca.

Alors que le site accueille près de 2 millions de touristes par an, on est étonné de constater que pour le rejoindre, on ne dispose que de deux options : prendre un train à un tarif très élevé, ou alors cette inconfortable mais jolie marche. On croise ainsi des marcheurs de tous âges longeant les rails. La sécurité n'est pas à son maximum, les trains passent parfois très près de nous et les traversées de rivières sont périlleuses. Impossible d'imaginer l'équivalent en France sans aménagement facilitant l'accès à un tel site. Ça aura eu le mérite de pimenter la balade.

Dernière ligne droite jusqu'à Aguas Calientes 
Sécurité maximale !

La joie qu'on ressent à notre arrivée au village est assez intense. On va pouvoir dormir dans un lit, prendre une douche, se reposer les jambes (on en a vraiment plein les pattes)... Le retour à la civilisation fait du bien. Et puis on ressent une réelle excitation à l'idée de visiter le Machu. On profite des dernières heures de jour pour visiter le village et acheter de quoi se nourrir le lendemain. On essaie de se coucher tôt, une énorme journée nous attend !!

Aguas Calientes 

Jour 5 :

Quand le réveil sonne, il fait encore nuit noire. Il est à peine 3h30, mais c'est ce qu'il faut pour être dans les premiers. Le portail ouvre à 5h et on est au tout début de la longue file d'attente. Machu Picchu, qui signifie Vieille Montagne, a été construit dans les hauteurs. La plupart des touristes prennent un bus pour la gravir, pour nous ce sera l'option warrior, plus immersive : grimper les 1800 marches du petit sentier inca qui mène au sommet. Le tout à la lampe frontale évidemment puisque le soleil n'est pas encore levé. L'ambiance est surréaliste, dans un silence complet une masse de touristes se met en branle à l'ouverture de la grille pour gravir la montagne. On ne l'a pas fait que pour l'exercice physique, emprunter ces marches fabriquées et gravies par les Incas eux-mêmes pour accéder à leur cité avait un certain sens. On a donné tout ce qu'on a pu pour arriver au plus vite au sommet, totalement trempés de sueur. En 45 minutes, les 1350 mètres de dénivelé étaient derrière nous. Au cours de l'ascension, la nuit noire a laissé place à une aube brumeuse, on marchait dans les nuages...

Paysages embrumés en grimpant les marches

L'arrivée aux portes du Machu Picchu a une saveur un peu amère, on est tiré de notre rêve éveillé par des dizaines de cars déversant un flot de touristes tous frais... enfin, c'est le jeu. On pensait qu'on pourrait entrer dès notre arrivée mais non, les portes n'ouvrent qu'à 6h. On respire un peu dans la file d'attente puis c'est reparti pour la course vers le Machu. Ça grimpe encore un peu mais on ne lâche rien, on veut pouvoir profiter quelques instants du lieu vierge de touristes.

C'est à ce moment qu'on profitera le plus de la vue, le paysage est hallucinant. La cité entourée de montagnes semble émerger de la jungle, drapée dans une fine brume mystérieuse. Le silence règne, on est fasciné. Phill ayant tellement entendu parler du Machu Picchu et Maïté l'ayant déjà visité, on aurait pu craindre une déception mais il n'en fut rien. Arrivés au mirador, c'est la claque absolue. Les nappes de nuages couvrent et découvrent les ruines encore calmes en un ballet hypnotisant.

Premiers moments au Machu Picchu 

L'emplacement de ce site est à lui seul une prouesse inimaginable. Et c'est aussi pour cela qu'on ne peut qu'encourager à gravir ces 1800 marches pour se rendre compte de l'exploit incroyable que les incas ont accompli en bâtissant cette cité, dont aujourd'hui encore on ne sait que peu de choses.

Après ces premiers pas magiques dans les hauteurs du site, on se promène sur quelques sentiers, fuyant la foule envahissant déjà les ruines. Il n'est que 7h du matin.

Balade au calme, sur les pas des Incas 

Après s'être égarés avec plaisir dans les hauteurs, on s'enfonce dans les dédales des ruines à la recherche de notre groupe et du nouveau guide (remplaçant du premier, complètement HS) qui s’avérera excellent. Il nous explique le rôle supposé des temples et outils d'étude astronomique, bien qu'il n'y ait pas encore de certitude quant aux fonctions de cette cité hors norme.

Le site n'ayant pas été découvert par les colons espagnols, on a la chance de pouvoir profiter de ruines extrêmement bien conservées. Avec pas loin de 2 millions de touristes par an, les conditions de visite sont de plus en plus strictes afin de conserver le lieu dans le meilleur état.

Dans les ruines du Machu Picchu 

On retourne vers les points de vue sur la cité le temps d'une éclaircie, on fait la balade du Pont de l'Inca et il est déjà l'heure de repartir.

Balade vers le pont de l'Inca 
Apparition du soleil 

La marche le long des rails nous attend à nouveau, cette fois-ci c'est un peu en descente donc ça va plus vite. On reprend des forces avec de délicieuses bananes roses, c'est la première fois qu'on en mange.

Retour case départ 

On arrive complètement épuisés au point de rendez-vous d'où un mini-bus terriblement inconfortable nous ramènera à Cusco. Sept longues heures de route plus tard... on retrouve notre hôtel où il est temps de dire au revoir à Virginie et Cyril qui rentrent en France après ces deux semaines de voyage (il y en a qui travaillent !). Le lendemain, encore un réveil très tôt, nous devons prendre l'avion jusqu'à Lima pour ensuite nous diriger vers le Nord du pays. Evidemment, les choses ne se passeront pas comme prévu...

36

L'itinéraire de notre voyage s'est parfois dessiné au dernier moment au gré des envies, des découvertes et des visites de nos proches. Mais s'il y a bien un lieu sur lequel on n'aurait jamais fait l'impasse, c'est Cusco et ses fabuleuses ruines dont le Machu Picchu.

Pour des passionnés d'aventure, de nature et d'archéologie, le berceau de la civilisation Inca est une étape indispensable.

Cusco est une ville construite sur les ruines d'une capitale pré-colombienne quasiment totalement détruite. De nombreux restaurants, boutiques et sites touristiques font du centre-ville un quartier vivant et agréable. La jolie place centrale est animée à toute heure, un après-midi on y voit des enfants en uniforme qui s'entraînent à défiler. Dans les hauteurs on profite d'une vue sur les toits en tuile, plutôt rares en Amérique Latine.

Cusco 

On découvre aussi, parfaitement fondus dans les constructions modernes, de superbes murs en pierres parfaitement taillées, symboles du savoir-faire architectural unique des Incas. On s'attarde devant la célèbre pierre aux 12 côtés qui met en évidence la complexité et la précision des techniques de taille. Les quelques rues piétonnes sont un vrai soulagement pour s'abriter des sempiternelles odeurs de pots d'échappement qui nous suivent tout au long du voyage.

Murs incas dans la ville de Cusco - pierre à 12 côtés

On ne se lasse jamais du plongeon habituel dans le marché populaire, véritable dépaysement pour tous les sens. A l'heure du petit déjeuner, les locaux de tous niveaux sociaux se retrouvent aux stands/traiteurs pour manger des soupes carnées et de copieux plats salés.

Marché populaire de Cusco 

Encore plus qu'en Colombie, les chiens errants peuplent la ville. Certains paraissent en forme mais on a toujours le cœur fendu en voyant toutes ces maigrichonnes toutounes allaitantes.

Pour nous acclimater aux 3500m d'altitude de Cusco en douceur, on passe un peu de temps dans cette capitale touristique et on en profite pour visiter quelques musées. Celui du Machu Picchu est essentiellement composé de photos passionnantes de l'expédition durant laquelle le site fut (re)découvert au début du XXe siècle. Rêveurs, nous imaginons la vie passionnante de l'explorateur Hiram Bingham.

Musée du Machu Picchu 

On visite également le Musée du temple du soleil. Les restes Incas sont modestes, seuls quelques murs aux pierres ajustées au micron témoignent d'un riche passé. On tente d'imaginer la beauté du temple avant qu'il ne soit en partie détruit et recouvert d'une église coloniale. La confrontation entre les deux styles architecturaux mêlés si étroitement est étonnante.

Temple du Soleil 

Pour finir notre découverte de la ville, on gravit la tour de l'Inca, œuvre contemporaine bâtie en l'honneur de ce peuple pré-colombien. Du sommet, on peut voir le paysage urbain qui s'étale à perte de vue.

Tour de l'Inca 

Les Incas ayant considéré Cusco comme « Le Nombril du Monde », la région avait une importance capitale et les sites archéologiques sont très nombreux dans toute la vallée sacrée.


On commence les visites par Sacsayhuaman, une forteresse en forme de tête de puma (vue du ciel), connue pour la taille phénoménale des pierres utilisées pour la muraille extérieure. On se demande comment des humains ne maîtrisant a priori ni roue ni outil élaboré ont pu sculpter et encastrer sans aucun ciment ces puzzles en 3D de blocs monolithiques gigantesques. Le plus lourd atteignant le poids difficilement concevable de 350 tonnes et les carrières se situant à des dizaines de kilomètres, ce site défie l'entendement.

Sacsayhuaman 

Ça mérite bien une citation d'un colon espagnol du XVIe siècle à propos de cette cité : « Dans tout le pays, vous ne trouverez pas de murailles aussi magnifiques. Elles sont composées de pierres si grandes, que personne ne peut croire qu'elles y aient été amenées par des êtres humains... Ni l'aqueduc de Ségovie, ni aucune autre construction réalisée par Hercule ou par les Romains ne peut être comparée à celle-ci. »


On continue dans l'incroyable avec la visite de Moray, un véritable laboratoire agricole à ciel ouvert. Cet ingénieux système de terrasses permet de créer des micro-climats pour étudier le développement des plantes dans différentes conditions. On a beaucoup apprécié l'esthétique de ces cercles concentriques couverts d'herbe.

Moray 

L'émerveillement est à son comble quand on arrive aux salines de Maras, construites à flanc de montagne. Cette source d'eau salée, étonnamment située en pleine montagne, est ainsi exploitée depuis des générations. Le spectacle est surnaturel !

Salines de Maras

Arrivé à Pisac, on a l'agréable surprise de découvrir un grand marché de produits artisanaux. Certains diront que la ville a un peu trop joué la carte du tourisme avec tous ces étals, mais on a passé un agréable moment tous les 4 à faire nos emplettes.

Marché de Pisac 

Après un bon menu du jour comme on les aime, on négocie un taxi pour aller au site archéologique perché au sommet de la montagne. Le site étant très étendu, il nous aurait fallu une demi-journée de plus pour visiter tous les dédales. On a parfois eu du mal à trouver notre chemin, une complication qui donne à la promenade des allures d'exploration pas déplaisantes.

Pas de temples majeurs à la sauce Maya/Aztèque ou de constructions à la précision chirurgicale, néanmoins les maisons en ruine et les nombreuses terrasses agricoles ont un certain cachet. Bien que la photo n'illustre pas sa grandeur, de l'autre côté de la montagne se trouve le plus grand des cimetières inca (a priori plus de 10 000 tombes), situé dans la paroi escarpée. Les innombrables trous que l'on voit depuis notre poste d'observation sont la trace indélébile de pillages sur plusieurs générations, les dépouilles Inca étant accompagnées de bijoux et autres objets de valeur (cf dernière photo de la série).

Ruines de Pisac 

On termine cette visite de la vallée sacrée de Cusco avec Ollantaytambo, une forteresse Inca siégeant au sommet de nombreuses terrasses agricoles. On retrouve les particularités des murs typiques Incas avec les pierres assemblées en puzzle et leurs étranges « poignées ». Une fois de plus, les Incas ont su adapter leurs constructions aux formes des montagnes, parfois très abruptes.

Ollantaytambo 

Après ce tour d'horizon des principaux sites de la vallée sacrée, changement de rythme pour la suite du voyage avec Cyril et Virginie : nous partons pour un trek de 5 jours qui nous mènera au célébrissime Machu Picchu !

35

Pour rejoindre notre destination Arequipa, on s'offre un trajet « de luxe » avec la compagnie de bus Cruz del Sur. Elle est plus chère que la concurrence mais à ce stade du voyage, on opte pour le confort des sièges et surtout du silence. Dans les bus des autres compagnies, les télés avec le volume à fond la caisse imposé à tous les passagers pendant tout le trajet ont eu raison de notre patience. Les paysages qu'on voit par la fenêtre dénotent : c'est très sale et bruyant.

Bus de luxe dans quartiers pauvres 

Après une petite nuit à Arequipa (on prendra le temps de visiter cette jolie ville plus tard), on repart déjà vers notre prochain défi : un trek de 3 jours sans guide dans le second canyon le plus profond du monde. D'une profondeur de 3400m au maximum, le canyon de Colca est reconnu pour l'accessibilité des randonnées qu'on peut y faire car le chemin y est plutôt clair et qu'il y a plusieurs petits villages étapes qui permettent de passer la nuit sans avoir à se poser trop de questions logistiques et matérielles (tentes, sacs de couchage, nourriture...).

On passe 6h dans un bus inconfortable pour arriver à Cabanaconde où une nuit de repos nous attend. A notre arrivée, il fait nuit et une pluie battante s'abat sur le village. L'hôtel que nous avons réservé est plongé dans le noir, personne ne nous répond. Plantés là sous l'averse, on en vient à se demander si c'est une escroquerie ! Après 30 minutes à tambouriner à la porte, les gérants paraissant émerger d'une sieste nous ouvrent. Pas d'excuse, on dirait que pour eux c'est normal !

Le soleil se lève tout juste lorsqu'on attaque cette première journée. 11km de marche nous attendent jusqu'au fond du canyon.

Le début de la rando est incroyablement beau, onirique. Les couleurs chaudes des lueurs matinales rayonnent sur la mer de nuages en contrebas dans le canyon. On rêvasse quelques temps en arrivant au mirador puis il faut repartir, ça n'est que le début.

Trek de Cocla jour 1 

Après la rêverie, les choses sérieuses commencent avec 1200m de dénivelé négatif sur des sentiers rocailleux. Après un petit passage dans un épais brouillard, on finit la descente avec les jambes en coton et les articulations douloureuses, sous un beau soleil.

Trek de Cocla jour 1  

Après 4h30 de marche à un bon rythme (et une petite grimpette pour finir en beauté), on arrive à l'auberge de Llahuar où on a prévu de passer la nuit. Il est tôt, ça permet de se reposer et de se détendre les pattounes dans les bains bouillants près de la rivière. Le paysage est vraiment atypique : l'auberge ne fait pas partie d'un village, elle se trouve perdue au milieu de rien, au bord de la rivière qui coule au fond du canyon. On passe la nuit dans une petite cabane jaune.

Arrivée à Llahuar - cabanes - source d'eau chaude 

Le deuxième jour s'annonçait comme le plus tranquille. Les jolies vues sur le canyon et sur le sentier bordé de cactus baignés par la lumière naissante du jour se changent vite en une véritable purée de pois nous laissant avec une visibilité de quelques mètres devant nous seulement.

Au cours d'une très longue montée, on est arrêté par des locaux faisant tomber d'énormes rochers sur la route. « Vous ne passerez pas ! » qu'ils nous disent. On se serait cru dans Le Seigneur des Anneaux. Le village très isolé du coin est en colère et le fait savoir en bloquant tout passage de véhicules ou de piétons sur leur montagne. Devant notre mine déconfite de gentils randonneurs innocents, ils nous laissent passer en nous disant que nous sommes les derniers de la journée à franchir la route. Vu les heures passées à monter, on ne se voyait pas rebrousser chemin pour trouver une autre voie encore plus tortueuse.

 Jour 2 : Vue sur le Canyon après la montée

Après un passage plus plat, on décide d'éviter les villages pour profiter de la nature sauvage qui s'offre à nous. On parcourt avec plaisir les champs de cactus (dont les fruits sucrés sont très savoureux), d'agaves et de figuiers, puis les terrasses agricoles, la végétation dense... On ne s'imagine pas que l'immense paroi rocheuse se dressant devant nous de l'autre côté de la rivière sera notre terrain de jeu du lendemain.

Trek de Cocla jour 2 

Plongé dans cette végétation dense bourrée de reliefs abrupts, le chemin finit par devenir très flou. Le GPS ne sait plus du tout où il en est. La batterie du téléphone d'ailleurs est sur le point de rendre l'âme et on commence à manquer d'eau de manière critique. Chaque sentier débouche sur une impasse infranchissable. Faire marche arrière représente un effort démoralisant et couper à travers champs paraît dangereux tant il y a d'énormes crevasses partout.

Après avoir essayé presque tous les coins et recoins, on trouve un petit chemin qu'on avait manqué. On croise alors deux cholitas qui nous confirment qu'on est sur le bon chemin. Bien des errances plus tard, on finit, assoiffés, par trouver le village de San Juan de Chuccho, OUF ! Plus de 6h de marche nous auront été nécessaires pour arriver à destination. On n'a clairement pas pris le chemin « touristique » mais on a vu des paysages qui nous ont beaucoup plu.


Départ à 6h du matin pour la dernière journée, après une nuit dans une chambre basique avec éclairage romantique à la bougie. Depuis l'auberge, on voit le versant du canyon nous faisant face. Ce sentier abrupt zigzagant, c'est ce qu'on va devoir grimper. Au total 9km pour 1km de dénivelé positif !

Trek de Cocla jour 3 

Après une petite descente pour atteindre la rivière qu'on traverse, la montée est effectivement rude. La profondeur vertigineuse du canyon à mesure qu'on grimpe est saisissante ! Quand on a enfin l'impression d'être arrivés au sommet de la paroi rocheuse, on découvre la suite de la montée... La fin est difficile pour plusieurs raisons : la fatigue évidente, il commence à faire chaud et on atteint une altitude qui nous fait manquer un peu d'air en pleine ascension.

Trek de Cocla jour 3  

4h30 plus tard, on est de retour au village de Cabanaconde, les jambes et le dos en compote. On profite d'un petit déjeuner avant de reprendre le bus pour Arequipa.

Arrivée à la place de Cabanaconde sous le soleil 

Au bilan, on a trouvé le trek très joli et relativement accessible (malgré le fort dénivelé) grâce aux refuges et aux villages. On se pose par contre sérieusement la question du bien fondé de l'entrée payante de 70 soles (18€ par personne, c'est beaucoup pour le Pérou). On s'est renseigné et aucun argent n'est reversé aux populations locales, aucune gestion des déchets n'est effectuée par l'Etat, aucune signalisation permettant de trouver son chemin, pas d'entretien des sentiers grâce à cet argent... Apparemment tout est reversé directement au gouvernement. D'après ce qu'on comprend, ceux qui ont effectué le trek dans l'autre sens n'ont pas rencontré de péage.

Comme souvent, la météo influence beaucoup la qualité de l'expérience d'un trek, mais dans notre cas on s'estime chanceux du temps qu'on a eu !


De retour à Arequipa, on profite de quelques jours de repos puis on retrouve Cyril et Virginie, le frère et la belle-soeur de Phill. A 2300 mètres au dessus de la mer, la Ville Blanche est une étape très recommandée pour s'acclimater à l'altitude avant d'aller visiter la région de Cusco, plus de 1000 mètres plus haut. En se promenant dans le centre-ville et ses quelques rues piétonnes, on ne réalise pas qu'on se trouve dans une ville de plus d'un million d'habitants. Tantôt d'un blanc immaculé, tantôt colorées, les façades des bâtiments sont de toute beauté et dévoilent parfois de jolies cours intérieures. Les belles églises dispersées dans la ville contribuent au plaisir d'errer dans les rues. On ne se lasse pas d'admirer la très vivante place principale et ses palmiers, de jour comme de nuit. Au loin, la vue sur les volcans enneigés ne gâche rien ! Le seul point négatif de cette ville, malheureusement commun à bon nombre de villes visitées pour l'instant en Amérique Latine, c'est la pollution insupportable générée dans les rues par les véhicules et le carburant de mauvaise qualité.

Arequipa 
Cours intérieures 

Le marché populaire est un incontournable. On se régale à découvrir ces allées de fruits exotiques de toutes les couleurs. Les pommes de terre n'ont pas à rougir tant elles attisent notre curiosité. Il y aurait entre 3000 et 5000 variétés différentes dans le pays !

Marché d'Arequipa 

Le site touristique principal de la ville, c'est sans conteste le monastère/couvent de Santa Catalina qui est le plus grand du monde. Véritable petit village dans la ville, se balader dans ses nombreuses rues très colorées, ses jardins et ses cloîtres est très plaisant. Le nombre de cuisines est impressionnant ! Dans certaines salles, de nombreux tableaux et sculptures représentant des figures catholiques à la sauce espagnole rajoutent une touche de souffrance sanguinolente du meilleur goût. En parlant de bon goût, les retrouvailles sont l'occasion pour Cyril et Phill d'arborer fièrement une magnifique moustache. Les deux mousquetaires sont prêts à partir à la découverte des sites incas du Pérou.

Monasterio Santa Catalina 

Ces quelques jours nous auront permis d'acclimater en douceur notre petite équipe à l'altitude tout en profitant d'une ville très agréable sous un climat parfait ! Après un bus de nuit, notre prochaine étape tous les 4 sera Cusco et sa vallée sacrée, incroyable héritage des Incas.

34

Pour rejoindre le dernier pays de notre périple, nous partons en direction du célèbre lac Titicaca situé à 3800m d'altitude, à cheval entre la Bolivie et le Pérou. Il serait le plus haut lac navigable du monde !

Quelques heures de bus et un peu de bateau suffisent pour atteindre Copacabana, petite ville située en bord de lac.

Le bus prend le bateau 

Hormis une très belle basilique blanche, la ville n'est pas franchement jolie mais propose pléthore de restaurants très agréables. La différence entre le centre propret pour les touristes et les quartiers périphériques populaires et sales saute aux yeux. En marchant le long du port, on voit l'immense lac s'étendre jusqu'à l'horizon. On dirait la mer, par mauvais temps la taille des vagues peut être impressionnante.

On s'achète quelques chocolats appétissants pour fêter Pâques mais c'est un échec, ils sont tellement mauvais qu'on n'arrivera pas à les terminer !!

Copacabana 

En fin d'après-midi, on s'attaque à l'ascension du Calvario, une colline offrant une belle vue sur le lac. On peut dire que le lieu porte bien son nom, ce fut presque un calvaire ! Sans le savoir, on a choisi le chemin le plus raide, sur la fin il était carrément vertical et c'était plus de l'escalade parmi les roches que de la randonnée. Seulement, le sommet est à 4000m d'altitude et le moindre effort se ressent de manière décuplée ! A cette altitude, dans un même volume d'air qu'au niveau de la mer on n'a que 60% de la quantité d'oxygène. Dur dur pour le cœur d'alimenter les muscles avec des respirations normales, du coup on est extrêmement essoufflés et il faut faire des pauses tout le temps ! L'énervement de constater comme cette magnifique colline est considérée comme un dépotoir ne nous aide pas à reprendre notre souffle... C'est hallucinant de saleté, en arrivant en haut on comprend que les cholitas qui vendent des boissons et snacks au sommet alimentent grandement ce désastre en balançant leurs cartons et déchets sur la colline. Bin oui, c'est trop fatigant de descendre le sac poubelle. Vu leur air buté et fermé, on n'essaie même pas de leur expliquer, c'est peine perdue. Elles parasitent même le moment magique du coucher de soleil dans ce cadre magnifique avec leur radio à fond. On sait qu'il y a des énormes déficits en termes d'éducation dans ces zones du monde, mais on a du mal à ne pas blâmer le manque de bon sens.

El Calvario 

La vue depuis le sommet reste tout de même superbe !

Coucher de soleil sur le lac Titicaca 

Pour profiter du lac, de son immensité (190km de longueur et 80km de largeur) et des traditions des peuples qui y vivent, on décide de faire une excursion sur plusieurs îles. On décide de ne pas visiter Isla del Sol, l'île la plus fréquentée du lac, car elle est depuis un moment en proie à un conflit interne empêchant de voir les endroits les plus intéressants... On préférera donc passer la frontière péruvienne en bus pour visiter d'autres îles depuis la ville touristique de Puno. Dans la grande rue piétonne, c'est la foire, les rabatteurs de restaurants s'en donnent à cœur joie et nous crient tous à l'unisson que leur carte est la meilleure.

Arrivée au Pérou par Puno 

Le lendemain matin,on part pour un tour de 2 jours et 1 nuit sur les îles Uros, Amantani et Taquile.

Le lac Titicaca est parsemé d'une petite centaine d'îles flottantes dont la construction a été initiée par le peuple Uros au XIIIe siècle pour fuir l'invasion des Incas. Ces îles flottantes sont bien particulières : elles sont créées à partir de joncs (totora) superposés et sont amarrées au fond du lac pour ne pas qu'elles dérivent au gré des courants. Régulièrement, une couche de joncs est ajoutée car les îles s'enfoncent dans l'eau petit à petit. Au bout d'une vingtaine d'années, il faut construire une nouvelle île car elle coule sous son propre poids.

Afin de respecter la vie des habitants, les touristes sont déposés sur des îles définies à tour de rôle. Sur la petite île flottante sur laquelle on nous a déposé vivent environ 4 familles avec un chef différent chaque année. L'occasion pour nous d'en apprendre plus sur la construction et la maintenance de ces drôles d'îles ainsi que sur l'artisanat local, essentiellement du tissage. On découvre que la base des joncs se mange, on l'appelle « banane » ici mais c'est tout de même un peu moins savoureux. Les embarcations utilisées pour aller d'une île à l'autre ou sur les rives du lac sont aussi faites en joncs.

Il y a une école sur une des îles pour les enfants de ces communautés, les habitants pêchent et ont de petits potagers... c'est tout un système relativement indépendant des villages en bord de lac.

Découverte de l'utilisation du Totora et atelier tissage 

A notre arrivée sur la seconde île, Amantani, tout plein de locaux portant leur costume traditionnel nous attendent de pied ferme. Ce soir, on dort chez l'habitant. Pas de bol, la famille qu'on nous attribue parle très peu espagnol, leur langue étant l'Aymara. Sur le chemin vers leur maison, notre cardio est mis à rude épreuve : ça grimpe pas mal et on est à une haute altitude (4120 m au sommet de l'île). Une touriste de notre groupe, prise du mal des montagnes, s'arrête à mi-chemin et fond en larmes tant c'est difficile pour elle. On a plus de chance, même pas un petit mal de tête mais on s'est déjà bien acclimaté à La Paz.

On ne gardera pas un souvenir impérissable de nos hôtes, tant la distance qu'ils imposent est grande. Ils ne nous parlent pas du tout, ne nous répondent pas et mangent par terre dans la cuisine pendant que nous sommes servis à table... D'autres touristes nous racontent qu'ils sont mieux tombés. On se concentrera davantage sur le contenu de notre assiette. En plus des bonnes soupes de quinoas, on fait une très belle découverte : l'oca, sorte de pomme de terre au goût très doux, se rapprochant un peu de la châtaigne et de l'artichaut. Partout sur l'île on voit les habitants s'affairer dans les cultures en terrasses : pommes de terres, quinoa, maïs, oca, etc.

Ile Amantani 

On part visiter dans l'après-midi deux petits sites archéologiques situés dans les hauteurs de l'île : les temples de Pachamama (Terre Mère) et Pachatata (le Ciel). Le coucher de soleil est très beau, on en profite en reprenant notre souffle après les deux montées.

Depuis les hauteurs d'Amantani 

La nuit venue, une petite fiesta est organisée dans la salle des fêtes. Pour l'occasion, on nous prête des vêtements traditionnels et nous voilà entraînés dans des danses typiques ressemblant à nos chères rondes ou « chenilles ». C'est clairement un spectacle pour les touristes et ça n'a plus rien d'une coutume actuelle mais ça ne nous empêche pas de nous amuser avec les autres touristes et les familles venues danser avec nous. Heureusement, la bière était là pour éviter à Phill d'avoir à trop se trémousser !

On danse à 4000 m d'altitude 

Pour la dernière étape, on part découvrir l'île de Taquile. Il se dégage de ce lieu une atmosphère très paisible. Une fois de plus, les habitants sont habillés traditionnellement, avec une spécificité amusante : la couleur des bonnets et des jupes permet de différencier les célibataires des personnes mariées.

Ile de Taquile 

Une petite balade le long de la côte nous mène jusqu'à un restaurant où on pourra manger de la truite du lac en regardant un petit spectacle de danse. Il est ensuite l'heure de reprendre la mer (c'est tout comme) pour des heures de croisière jusqu'à Puno.

Balade en bord de lac et danses traditionnelles 

Une excursion très intéressante et dépaysante donc, loin des klaxon des villes et qui permet de découvrir des modes de vie différents du nôtre. On est malgré tout très conscient que ces îles vivent au rythme des touristes et que tout ce qui leur est proposé (costumes, fêtes, danses...) est mis en scène pour donner une illusion d'authenticité.

On est en tout cas très content d'arriver au Pérou tant on attendait les étapes qui vont suivre avec impatience. Direction le Canyon de Colca et la ville blanche d'Arequipa où on retrouvera Cyril et Virginie, le frère et la belle-soeur de Phill.

33

Nous voilà quelques jours dans la capitale administrative du pays : La Paz, plus grande ville de Bolivie. C'est aussi la capitale la plus haute du monde, les habitations s'étalent dans la vallée et sur les collines entre 3660m et 4100m d'altitude. On le sent côté température avec des nuits glaciales dans les auberges sans chauffage, mais aussi sur notre résistance à l'exercice : à la moindre marche, on se retrouve le souffle court et le rythme cardiaque au max car notre corps habitué à des altitudes inférieures cherche désespérément sa dose d'oxygène.

Pour constater l'étalement urbain de cette immense ville, on est allé prendre un des téléphériques flambant neufs qui ont révolutionné le transport dans la ville. En partant des hauteurs, la vue sur les constructions à perte de vue est absolument spectaculaire. Au loin, de magnifiques sommets enneigés complètent le tableau. « Survoler » ainsi la ville est plutôt original et ça nous a bien plu de tout voir de haut !

La Paz vue du téléphérique 

Il règne dans le centre une effervescence populaire telle qu'on se croirait dans la cohue de la saison de Noël. Les souks d'artisanat pleins de couleurs proposent parfois de jolis produits, des marchés investissent les places et les rues piétonnes sont bondées. Ça nous plaît cette ambiance !

La Paz 

Un soir, sur une place, on aperçoit un clown pathétique faisant des grimaces accompagnées de bruits de sifflets épouvantables. On presse le pas pour fuir au plus vite ce pénible spectacle. Nous voyant passer sans le regarder, il s'adresse à nous en sifflant le mot « gringos ! » tout en continuant à bouffonner. Et là, désemparés, on réalise qu'une foule d'adultes est amassée sur le trottoir pour suivre le show, hilare. Honnêtement, on pensait que ce « genre d'humour » n'amuserait même pas des enfants très bon public.

D'autres rues plus calmes et colorées nous permettent de respirer un peu.

La Paz 

C'est aussi l'occasion d'aller au musée des instruments de musique et de découvrir toutes sortes de créations fantaisistes (flûtes, sifflets, guitares, tambours...). La guitare à cinq manches gagne le concours de l'instrument le plus loufoque.

Musée des instruments 

Côté gastronomie, on a découvert au marché certains fruits incroyablement doux et parfumés comme le Cherimoya. On se régale aussi dans les restaurants avec notre premier Lomo Saltado d'une longue série, plat typique péruvien qu'on trouve également ici.

 Découvertes culinaires

Dans l'ensemble, pour une grande ville, La Paz nous a séduits par son côté vivant et dépaysant. Après quelques jours de visites, il est temps d'explorer les environs.


On part un matin pour une excursion originale : la descente en VTT de la route de la mort. On choisit une agence qui nous inspire et dont les équipements nous paraissent de bonne qualité (les vélos mais aussi les vêtements et protections).

Au début de la descente, le froid est saisissant et à chaque pause on gigote les doigts des pieds et des mains pour tenter de les réchauffer, en vain... La route asphaltée permet de prendre pas mal de vitesse, c'est le pied !! On démarre à 5000m d'altitude et l'arrivée se trouve à 1500m, énorme dénivelé ! Au fur et à mesure de la progression, l'air se réchauffe et s'humidifie pour finalement nous laisser terminer la course trempés de sueur dans une ambiance tropicale, les moustiques en prime. Pendant la descente, notre guide à l'humour ravageur insiste pour prendre des photos de nous faisant semblant de tomber dans le vide pile à l'endroit où deux bus sont entrés en collision frontale, faisant un bilan de 180 morts. On laissera ces photos bien cachées dans les annales du mauvais goût ! Heureusement on en a d'autres un peu moins glauques. Cette descente en VTT a été super ludique, les paysages étaient variés et on est passé plusieurs fois en bord de cascades ou dans des rivières. En plus on avait un look de pro du cross avec nos équipements ! On a donc adoré l'expérience, mais les vibrations dans tous le corps pendant ces 3h de descente finissent par être douloureuses, on est content quand on arrive.

Descente de la route de la mort 

La route de la mort porte vraiment bien son nom, il y a quelques années elle faisait environ 300 morts par an. Il y a maintenant une nouvelle route sécurisée (par laquelle on est rentré en bus après la descente) mais il y a toujours 50 morts par an sur la route initiale que nous avons dévalée en vélo. Ce chiffre s'explique par les nombreux trafiquants de drogue et d'armes profitant de l'absence de contrôles pour faire passer leurs cargaisons au détriment de leur sécurité...


Sur le chemin du site archéologique majeur du pays (Tiwanaku), on découvre une ville dans les hauteurs de La Paz à plus de 4100m au dessus de la mer : El Alto. Ce qui fait l'originalité de cette grande zone urbaine, c'est son style architectural émergeant. L'architecte local Freddy Mamani, fatigué de voir un horizon morose de cubes de briques, est en train d'imposer son style coloré et original. Façades pleines de couleurs, vitres teintées, toits pointus, chalets construits sur les toits terrasse... La ville se métamorphose peu à peu sous l'impulsion de cet artiste urbain. Cet élan de créativité rendant ces décors de ville moins basiques est bienvenu.

Style Mamani, El Alto 

A quelques heures de voiture de La Paz, Tiwanaku est un site archéologique empreint de mystère. Il existe de nombreuses polémiques quand à sa datation et la manière incroyable dont certaines de ses pierres ont été taillées. Pour être franc, on est bien loin de la magnificence des cités mayas et aztèques plutôt bien conservées qu'on a pu voir au Mexique.

En cause, les colons espagnols, encore eux, qui ont une nouvelle fois désossé une très grande partie du site pour construire une église. Quelques murailles sont encore sur pied mais il ne reste pas grand chose.

Tiwanaku 

La massive porte du soleil, sculptée dans un unique bloc de pierre, a fait les frais de l'avidité des colons. Ils ont tenté de la déplacer et l'ont par la même occasion brisée en deux morceaux. La magistrale porte une fois rompue, ils l'ont abandonnée sur place et elle a été remise sur pieds plus tard par les archéologues. La finesse des gravures et les angles de certaines coupes ornant la porte sont vraiment dingues. On se pose déjà la question des méthodes utilisées.

Porte du Soleil 

Quelques statues, plus ou moins bien conservées, apportent d'autres points d'intérêt plus que bienvenus sur ce site très épuré.

Statues 

Certains vestiges sont impressionnants : les murs d'une pièce sont ornés de visages taillés dans la pierre, chacun ayant une expression faciale différente. On est bluffé par certaines pierres taillées de façon "bizarre".

Tiwanaku 

Notre guide nous entraîne ensuite dans le musée. A notre plus grand agacement, les photos sont interdites « pour protéger les œuvres ». Sachant qu'il s'agit de pierres, la justification n'a aucun sens et on a l'impression de devoir subir une obligation donnée par des autorités incompétentes. On volera quand même deux mauvais clichés. Jamais nous n'avions vu pareil travail de la pierre. Certains blocs ont été taillés avec des angles d'une précision parfaite quand dans d'autres, des canaux aux formes arrondies et complexes ont été percées à l'intérieur de la pierre. Ce qui rend la chose hallucinante, c'est de mettre en parallèle ces œuvres avec les moyens qu'on attribue à leurs créateurs. Même avec nos techniques actuelles, certaines coupes internes ne pourraient pas être reproduites.

Musée lithique 

Enfin, on se rend sur la partie des ruines la plus connue et la plus mystérieuse : Puma Punku. Ici on est en plein air, les photos sont à nouveau autorisées et on va s'en donner à cœur joie.

L'endroit ressemble plus à un champ de bataille qu'à un site archéologique et des centaines de pièces plus étranges les unes que les autres défilent sous nos yeux. On n'en comprend pas le sens, on dirait parfois des œuvres d'art moderne. La précision des techniques employées est fabuleuse, on découvre des rainures parfaites ultra fines, des perforations chirurgicales, des traces de jointures métalliques entre d'énormes blocs et d'autres découpes d'une complexité folle dans cette roche si dure. Un autre élément rajoute encore du mystère : certaines pièces, dont celles en forme de grands « H » semblent pouvoir s'encastrer comme des briques de Lego. Le plus grand bloc façonné pèse 440 tonnes et est issu d'une carrière située à 16 km de là ! Tous ces blocs seraient les restes d'un grand quai, le lac Titicaca ayant autrefois bordé cette cité.

Mystérieuses pièces de Pumapunku 

Si la datation de ce complexe reste l'objet de nombreuses polémiques, certaines théories avancent la date incroyable de 15 000 ans avant JC. Puma Punku est ce qu'on peut appeler un OOPART : un artefact hors de sa chronologie, un mystère total.

On quitte ébahis cet incroyable site, l'envie de savoir nous ronge mais nous resterons dans l'épais brouillard opaque gravitant autour de cette civilisation et de ses constructions.


Notre dernière étape en Bolivie sera le lac Titicaca, cette gigantesque étendue d'eau située à cheval entre la Bolivie et le Pérou.

32

Après un long périple en 4x4 et une fatigue qui commence à bien s'accumuler, c'est avec joie qu'on se repose un peu dans la jolie ville de Sucre. Dans l'hyper-centre tout blanc et soigné de l'une des deux capitales boliviennes, il est difficile de se rendre compte qu'on est dans le pays le plus pauvre du continent. La coquette place centrale et les nombreuses cours intérieures reflètent une bonne qualité de vie, pour une partie seulement de la population bien sûr. Les petits toits en tuile nous rappellent certains villages français !

Repos à Sucre 

La religion catholique est comme d'habitude omniprésente. Les édifices religieux, parfois cachés derrière un enchevêtrement de câbles électriques, sont nombreux et très beaux.

"Arrêtez de souffrir, Jésus Christ est le Seigneur" 

Pendant ces quelques jours de repos, la ville est en ébullition pour la semaine sainte et on voit des défilés partout.

Défilés pour la semaine sainte 

Dès le premier jour, on trouve un resto végétarien avec un super rapport qualité prix où on prendra quelques menus du jour avec plaisir. Un chaleureux pub irlandais nous attire dans ses filets un soir, pas très local mais c'est une valeur sûre et on a adoré.

Miam 

Comme d'habitude, une visite de la ville n'est jamais complète sans un tour dans les endroits les plus populaires pour voir à quoi ressemble la vraie vie des locaux. On se rend donc dans le grand marché à étages pour en prendre plein les yeux et plein le nez. A l'étage, on trouve le « comedor popular », la cantine locale qu'on a bien sûr testée. On était clairement les seuls gringos dans les parages ! L'expérience nous a bien plu, on a tout de même laissé de côté la viande à la texture étrange qui trônait fièrement dans nos assiettes sur un tas de riz et de maïs froid.

Au marché de Sucre 

Curieusement, on remarque des caractères japonais sur tous les bus de la ville. Aurions-nous dérivé vers l'est plus que prévu ? La flotte japonaise, bus comme voitures, s'offre une seconde jeunesse toute relative ici. Les vieux moteurs asphyxient toute la ville, ça nous a vraiment gênés pour apprécier les balades... C'est aussi la ville d'Amérique Latine où on aura vu le plus de voitures tuning : couleurs flashs, décorations kitchs et pots d'échappements démesurés...

Bus japonais en Bolivie

Autre point noir de cette ville et de la Bolivie en général : le travail des enfants. De la petite fille vendant des bananes ou des gâteaux toute seule dans la rue jusqu'au petit garçon cirant les chaussures des hommes sur la place, on assiste à toutes sortes de manifestations du travail des enfants. Effet secondaire évident : ils ne vont pas à l'école. A plusieurs reprises on échange de grands sourires avec ces fillettes travaillant dans la rue, bien plus pétillantes et agréables que leurs aînées lassées, on leur achète quelques denrées et on passe notre chemin le cœur un peu serré.


Le Dimanche, l'attraction immanquable du coin, c'est le grand marché hebdomadaire de Tarabuco. Dans ce petit village rural est situé à quelques dizaines de kilomètres de Sucre, l'immersion dans la culture andine est immédiate. Dès la place centrale, une statue se dresse devant nous représentant un imposant guerrier Quechua dévorant le cœur d'un colon espagnol gisant à terre.

En déambulant dans les rues, on se mêle à la vie quotidienne de cette population peu aisée. Un homme porte un énorme morceau de bœuf directement contre son manteau et dans ce décors ça paraît presque normal. Les costumes traditionnels sont de sortie : hauts bonnets cache-oreilles et très longs ponchos colorés. Ici, tout le monde porte des sandales malgré le froid, en résultent d'énormes crevasses...

Et puis, on voit des cholitas partout. Les cholitas sont les femmes andines portant les vêtements traditionnels : jupes colorées, vestes et petits gilets souvent dépareillés, deux longues tresses noires dans le dos et un chapeau melon. Souvent aussi larges que hautes (en partie dû à la superposition de jupes épaisses), ces femmes sont, pour nous en tout cas, le symbole des populations Andines. La vue est sympathique mais l'odeur parfois difficilement supportable se dégageant des couches de vêtements qui forment leur tenue complète nous laisse penser que les lessives sont rares. Elles n'aiment pas trop être prises en photo donc pas d'illustration cette fois-ci, mais ça viendra !

On se réchauffe avec une soupe de cacahuète, typique de la région, dans un grand hangar au cœur du marché. On se promène quelques temps entre les étals de tissus regorgeant de couleurs avant de rentrer à Sucre.

Tarabuco sous la grisaille 

Après cette parenthèse sucrée, on part pour quelque jours dans une région qui va nous plonger très très TRES longtemps en arrière : le village de Toro Toro et ses paysages cachant des centaines d'empreintes de dinosaures !

On l'avait lu et entendu à maintes reprise, un séjour à Toro Toro, ça se mérite. Et on ne peut que confirmer ! Après un voyage de 10h en bus de nuit jusqu'à Cochabamba et une arrivée à 4h30 du matin, on doit gentiment attendre dans la rue que le minibus se remplisse pour partir vers Toro Toro. Une heure et demi plus tard, c'est parti ! Le véhicule n'est pas de première fraîcheur et la route plus que tourmentée (et en travaux), c'est les fesses meurtries qu'on arrive à destination après 6h de trajet. Au final, le plus douloureux aura été de supporter la musique traditionnelle à plein volume : toutes les chansons se ressemblent, une voix féminine stridente répète inlassablement quelques mots d'amour niais d'un ton monotone sur une mélodie encore plus répétitive.

Une fois arrivés au village, on est tellement rôtis qu'on se contente de se balader dans les quelques rues et de se renseigner un peu avant de sombrer dans une profonde sieste. Consciente de sa renommée et surfant sur la vague du tourisme croissant, la ville n'a pas peur d'en faire des caisses avec des statues de dinosaures un peu partout, on se croirait dans une fête foraine sur le thème de Jurassic Park mais non, des gens vivent vraiment ici. Même du haut de la Mairie sort une énorme tête de Tyrannosaure Rex ! Pour l'anecdote, malgré l'écrasante majorité de statues à l'effigie de l'effrayant T-Rex, cette espèce n'aurait jamais vécu dans cette région du monde.

Dino party dans le village de Toro Toro 

Chaque excursion se faisant accompagnée d'un guide à un prix fixe, le bon sens invite les touristes à former des groupes pour payer moins cher individuellement. Rapidement, on rencontre nos acolytes du jour et on monte dans un 4x4 pour aller faire une randonnée et une session de spéléologie !

La route nous amène dans les hauteurs d'où on se régale du paysage irréel de la vallée de Toro Toro. Le village semble pris en étau entre deux rangées de montagnes en forme de dents. Un T-rex géant a dû être fossilisé en train d'essayer de gober le village tout cru !

Vallée entourée de dents 

Après deux heures de route, on arrive au départ de la balade de « la Ciudad de Itas ». Quelques centaines de mètres de montée plus tard dans ce décor rocheux et vert, on arrive dans une petite grotte où on devine d'anciennes peintures rupestres. La guide nous explique ce que nous sommes supposés voir, et... elle nous montre une peinture de deux cercles et un point en nous expliquant que ceci est la preuve que les peuples vivant ici il y a des millénaires avaient déjà découvert que la Terre était ronde et qu'elle tournait autour du Soleil. Avec seulement ça pour preuve, ça nous a paru un peu difficile d'arriver à cette conclusion. En discutant un peu, on comprend très vite qu'elle n'a absolument aucune idée de ce qu'est l'univers (elle croit que le soleil en est le centre) et s'ensuit alors une situation improbable où nous lui expliquons quelques principes ultra-basiques d'astronomie. Il est certain que la formation des guides n'est pas très poussée !

Peintures rupestres

On poursuit avec une marche sportive le long de formations rocheuses qui partent dans tous les sens. Les plaques tectoniques semblent s'être livrées à des luttes sans merci des millions d'années durant.

Rando jusqu'aux cavernes d'Itas 

Entre canyons, superbes grottes et sessions escalades dans les roches escarpées, ces 3 heures de randonnées nous donnent une bonne dose d'aventure et de paysages peu communs.

Cavernes d'Itas et canyon 

On croise un mignon lacumotte, petit mammifère des montagnes (mi-lapin, mi-écureuil, mi-marmotte).

Lacumotte (ou chinchilla pour les amateurs d'exactitude)

Après une pause déjeuner qu'on attendait avec impatience, nous voilà repartis en direction du site de spéléologie : la caverne Umajalanta. Sur le chemin, on s'arrête, fascinés, devant des empreintes de dinosaures plus grandes que nos pieds.

Traces de gros poulet d'il y a fort longtemps 

Puis, on enfile notre équipement (casque et lampe frontale) et on descend dans cette immense grotte (la plus grande du pays!) qui avale la lumière au fur et à mesure de notre avancée. Cent mètres après l'entrée, on serait dans une obscurité totale sans nos lampes. La marche se transforme en escalade et contorsions pour passer dans des espaces tantôt très étroits tantôt très bas, le tout dans un climat très humide. Claustrophobes, s'abstenir ! On accède à différentes salles assez grandes, peuplées par quelques créatures de l'ombre... Des poissons incolores vivent dans les étendues d'eau et des chauves-souris ont élu domicile dans cet environnement si particulier. Plusieurs petites descentes en rappel ponctuent la progression. L'appréhension du départ est vite oubliée, cette plongée de 2 heures dans le silence et les ténèbres du monde des stalagmites/stalactites aura été un véritable régal.

Les rangers du risque 

Pour notre dernière randonnée, on part pour de bon sur les traces des dinosaures. Après avoir sauté une petite rivière, on arrive rapidement aux premières empreintes. A l'époque des dinosaures (dino : grand, saure : lézard), le sol était composé de terre argileuse, permettant la formation des traces. Avec le temps et le passage de vent chargé de sable, les empreintes ont pu être fossilisées. Le nom du village Toro Toro proviendrait d'ailleurs d'un mot Quechua signifiant "Argile".

Devant ces empreintes variées, (très bien conservées, en relief, avec des griffes apparentes...) on se prend à rêver et à laisser libre court à notre imaginaire. Il y a environ 80 millions d'années, ces immenses créatures absolument incroyables, à côté desquelles nous ne serions rien, foulaient ce même sol.

Au cours de la visite, notre guide nous abreuve d'informations avec un accent qui nous vaudra quelques sourires : il change quasiment tous les sons "R" en "Z". Le "tizex" est tout de suite beaucoup moins effrayant !

Empreintes de dinosaures par centaines 

On continue la balade, on domine une nouvelle fois la vallée de Toro Toro et ses magnifiques montagnes pointues. Le chemin se transforme à mesure qu'on arpente le lit d'une rivière asséchée. La nature nous offre des spectacles incroyables et singuliers. Un arbre a poussé sous/sur un rocher et en grandissant l'a complètement fracturé. Un pont rocheux naturel d'un seul bloc défie la gravité. Et puis... encore une empreinte, la plus grande du parcours, appartenant à un gigantesque diplodocus de 35 mètres, pesant 20 à 30 tonnes !

Paysages le long du chemin - Puissant arbre - énorme empreinte de diplodocus 

Alors qu'on se remet de nos émotions, on arrive devant le canyon du Vergel. Comme souvent, l'immensité se retranscrit mal en photo, mais la vue nous a coupé le souffle. La profondeur du canyon, sa longueur et les parois rocheuses abruptes colonisées par la végétation nous en ont bouché un coin.

Immense canyon du Vergel 

Il est déjà temps de reprendre la route mouvementée jusqu'à Cochabamba. Notre prochaine destination est la deuxième capitale du pays, beaucoup plus grande : La Paz !

31

Après 5 jours d'escapades dans l'immensité de San Pedro de Atacama, nous voilà prêts à rejoindre la Bolivie avec une excursion de 3 jours en 4x4. Le programme du voyage s'annonce très alléchant avec la visite du Sud Lipez et du célébrissime Salar d'Uyuni. Seulement voilà, la veille du départ à 22h, on reçoit un coup de téléphone de l'agence : l'excursion est annulée. De violentes manifestations ont éclaté dans le sud de la Bolivie, rendant impossible le passage des véhicules. Vu l'heure tardive de la nouvelle, un mélange de frustration, de colère et d'incompréhension nous submerge et on doit attendre le lendemain pour se rendre à l'évidence : la frontière entre le Chili et la Bolivie est complètement bloquée. Les manifestants, vivant de l'extraction des mines, attendent depuis 9 ans une vraie route goudronnée promise par l'État. Devant l'immobilisme de leur gouvernement, ils bloquent les routes de la région. Ça peut durer des jours comme des semaines, d'après les agences. Impossible de savoir ! Les locaux ont même caillassé des véhicules de touristes en excursion la veille donc pour des raisons de sécurité, plus aucun tour operator ne prend le risque de partir.

Coincés dans une ville vraiment trop chère, on commence à imaginer des itinéraires alternatifs plus galères les uns que les autres pour nous sortir de la situation. Finalement on garde espoir et deux jours plus tard, on finit par trouver la seule agence de la ville qui programme un départ pour le lendemain. Toutes les autres agences disent que c'est trop dangereux. On a un peu les chocottes mais on croise les doigts et on signe avec eux !

On profitera de ce séjour prolongé à San Pedro pour se régaler à plusieurs reprises dans notre restaurant coup de cœur, proposant le meilleur rapport qualité-prix de la ville et offrant probablement les meilleurs menus qu'on n'ait jamais eus depuis le début de notre voyage. A l'exception du dessert bien sûr (un petit cube de gélatine, mioum), n'oublions pas sur quel continent nous sommes !

On se régale en attendant la fin du blocage ! 

Le lendemain matin aux aurores, après un traditionnel retard d'une heure, nous voilà dans le 4x4 avec 4 allemands et notre guide bolivien Elmer. Il semble confiant sur le déroulement de la première journée, mais c'est le deuxième jour qui paraît problématique... L'itinéraire sera fixé au dernier moment.

Rapide passage à la frontière bolivienne dans un froid polaire. Les minuscules bâtiments pas finis de l'immigration donnent tout de suite le ton quant au niveau de vie du pays.

Notre Jeep - Frontière entre Chili et Bolivie 

Plantée au milieu de ce décor aride, gris et montagneux, la Laguna Blanca apparaît rapidement. Plus on s'approche, plus elle devient magnifique. Le reflet des nuages et des montagnes dans cette eau salée parfaitement calme nous offre un décor splendide à la symétrie parfaite.

Laguna Blanca 

On croise incrédules quelques courageux/inconscients qui font le chemin en vélo, chargés comme des mulets. Ils ont l'air de souffrir dans les montées... Peu après, c'est au tour de la Laguna Verde de nous montrer ses belles couleurs. Sa teinte verdâtre lui vient de l'arsenic qui la compose, ici pas de flamants roses et pas d'animaux du tout d'ailleurs, le taux rend l'eau très toxique !

Laguna Verde 

On reprend la route, devant nous se dressent des nuages de plus en plus noirs. Quand on arrive au Désert de Salvador Dalí, rappelant les peintures du maître, une averse s'abat sur nous. La pause photo sera de courte durée et on se remet vite à l'abri dans la Jeep.

Désert de Dali 

Il est déjà l'heure de s'arrêter déjeuner dans un refuge à la Laguna Chalviri. On nous propose de nous baigner dans une petite piscine d'eau thermale. On passera notre tour, fuyant la pluie glaciale.

Laguna Chalviri 

Les nuages rendent parfois les paysages encore plus beaux, c'est le cas aux Geysers de Sol de Mañana. Plutôt que des geysers, c'est davantage un spectacle de fumerolles et de gargouillis qui s'offre à nous. L'odeur de souffre est prenante mais la beauté du lieu et de sa palette de couleurs l'emporte.

Geysers Sol de Mañana 

Dernière étape du jour : la Laguna Colorada, vraiment le clou du spectacle. La couleur rouge surnaturelle de l'eau vient d'un type d'algue qui ne pousse que sous certaines conditions, dont une altitude élevée (on est ici à 4280m). Ces algues flamboyantes nourrissent les centaines de flamants roses peuplant la lagune. Malgré le froid saisissant de la fin de journée, on prend bien le temps de profiter de ce spectacle si peu ordinaire.

Contemplation de la Laguna Colorada 

Malgré l'environnement hostile à la vie, des villages-étapes ont éclos ici et là. On se demande à quoi peut ressembler la vie au quotidien dans ces hameaux à moitié en ruine où vivent quelques familles dépendantes du tourisme. On passera la nuit dans un modeste refuge où règne un froid de bête, ambiance colonie de vacances !

Nuit au refuge - Petit déj à 5h  

Quand on retrouve notre chauffeur le lendemain matin à 5h30, il ne sait toujours pas par où on va bien pouvoir passer pour éviter les nombreux blocages présents sur les routes classiques. Après de multiples concertations et coups de téléphones, on prend la route à tâtons, s'arrêtant dans des bourgades paumées pour faire le plein d'informations. On doit se résoudre à emprunter un chemin alternatif rallongeant considérablement le nombre de kilomètres et contournant certains monuments touristiques importants (comme le fameux arbre de pierre). Malgré ce compromis et la longueur du trajet, on fait de belles découvertes : beaucoup de lamas, des vues superbes et même de la neige !

Jour 2, sur la route

On visite un ancien village minier devenu inhabité suite à de graves accidents dont de mortelles inondations. La pause casse-croûte est bienvenue, on s'étire les guibolles avant de retourner en voiture.

Village fantôme 

Les petits villages perdus au milieu de rien se succèdent, on fait connaissance avec les faciès andins très typés et les costumes traditionnels. Lors d'une pause, on assiste à la fabrication de briques en terre pour construire des maisons et on devine des champs de quinoa au loin.

Pauses dans les villages

Tout au long des 11h de route de la journée, les paysages qui défilent par les fenêtres nous émerveillent par leur immensité et leurs couleurs. On voit bien que ça n'est pas la route touristique, elle est souvent en très mauvais état et coupée par de nombreuses rivières assez profondes. On s'autorise des petits sommes à l'arrière de la Jeep de temps en temps...

Jour 2, sur la route 

On passe la nuit dans une auberge à Uyuni et on repart en pleine nuit vers le site touristique numéro 1 du pays, le Salar. La saison des pluies est passée par là, le plus grand désert de sel du monde est recouvert d'une couche d'eau créant un effet de miroir assez magique. La Jeep avance très lentement dans la dizaine de centimètres d'eau qui recouvre la croûte de sel sous un magnifique ciel étoilé puis on s'arrête. Il règne un silence total et on attend tous avec impatience le lever du soleil. Les premières couleurs orangées apparaissent au bord du Salar puis à mesure que le jour se lève, l'immensité de l'intérieur du désert se teinte de couleurs oniriques rosées. Évidemment, le Salar d'Uyuni étant probablement la deuxième merveille d'Amérique Latine la plus connue après le Machu Picchu, on est loin d'être le seul groupe à le visiter.

Lever du jour dans le Salar d'Uyuni 

On prend le petit déjeuner dans un étonnant hôtel construit entièrement en blocs de sel.

Hôtel de sel dans le Salar d'Uyuni 

Tout au long de la journée, notre guide redouble d'imagination pour prendre les fameuses photos faisant jouer la perspective.

Jeux de perspective 

Le fait que le Salar soit (partiellement) inondé nous a offert des paysages bien particuliers mais nous a aussi empêché d'aller plus au cœur du désert et de prendre la mesure de son immensité... On a tout de même très bien profité de cette merveille naturelle.

Dans le Salar 

L'après-midi, on se rend dans un cimetière de trains situé tout près d'Uyuni. Malgré le côté attrape-touriste, les agaçants et sempiternels graffitis ainsi que les déchets jonchant le sol, le site possède un aspect photogénique certain. On peut laisser libre court à nos envies d'exploration et profiter de ce vaste terrain de jeu.

Cimetière de trains 

On décide de passer la nuit à Uyuni pour se reposer du peu d'heures de sommeil des derniers jours puis on part le lendemain matin pour notre prochaine destination bolivienne : Sucre, la ville blanche. La région va nous livrer une page très ancienne de son histoire, nous partons sur les traces des dinosaures !