Carnet de voyage

Viajeros del sur

12 étapes
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« La vie ce n’est pas seulement respirer, c’est avoir le soufle coupé ». Cette parole d’Hitchcock viendra, tel un mantra, guider les six prochains mois de notre vie.
Du 9 novembre 2017 au 10 mai 2018
26 semaines
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En quelques jours notre monde a changé. Les visages familiers et aimés, ont été remplacés par une foule de 5 millions de petits êtres (moyenne 1m65) à la chevelure noir de jais. Nous avons traversé un océan à plus de 10 000 m d’altitude ! Une adaptation express nous a été demandée face à des températures exaltées (35° dès l’arrivée, le printemps a priori...) et un effort gigantesque pour comprendre et se faire comprendre.

Mais notre voyage a commencé bien avant le décollage. Un mois auparavant déjà, lorsque nous avons débuté notre petit « tour de France » de la famille et des amis : Paris, Châteauroux, Bordeaux, Toulouse, Lyon ... L’enthousiasme, l’entrain que nous avons ressenti dans chaque discussion, regard, sourire, larme, ont été pour nous d’une émotion inoubliable et source d’une immense énergie. Une sorte de pèlerinage donc, 4 500 km de route, pour présenter l’être aimé et saluer les parents et les copains ! Un vrai régal, puisque sans cette occasion (un départ imminent) nous ne nous serions sans doute pas donné autant de moyens surtout dans un laps de temps si court pour réaliser ce parcours. Parce qu’entre chaque séjour par ci par là, il nous fallait organiser notre roadtrip : acheter l’équipement (sac à dos, chaussures de randonnée, vêtements chauds et techniques, sac de couchage, appareil photo ... un sacré budget initial), préparer notre arrivée dans la capitale chilienne (élire domicile dans un Airbnb pour la première semaine, apprivoiser la monnaie : 10€ = 7 000 pesos, repérer les moyens de transport) et puis surtout rechercher activement le sésame de ce voyage : le véhicule qui serait à la fois notre voiture et notre maison ! Bref, un programme ultra chargé et serré en timing, mais qui n’a en rien empêché notre volonté de parcourir la France pour le plaisir de la chaleur humaine.

Pendant ce mois à mille km/h l’excitation était notre carburant, elle guidait nos journées et la fatigue qu’elle engendrait nous permettrait des nuits profondes. La peur qui prend le ventre et fait tourner la tête n’est survenue que très tardivement, au dernier instant même. A l’aéroport. Une panique muette mais oppressante. L’inconnu avec un grand « I » était juste derrière le portique de la douane... Heureusement nous avons eu droit à un soutien infaillible, un fan club du tonnerre. Bon, visages pales et larmes aux coins des yeux mais toujours le mot pour rire et les gestes affectueux. Alors merci à vous, qui avez fait le déplacement ! Mais aussi à tout ceux qui nous ont transmis tout leur amour au travers d’appels et de messages, sachez qu’il nous a suivi jusqu’au Chili et nous accompagnera chaque jour durant.

Ce blog nous l’écrivons pour nous, comme un journal de bord, nous y partagerons nos bonheurs, nos galères, nos émerveillements et nos étonnements en textes et en photos ; parce que ce blog nous l’écrivons aussi et surtout pour tout ceux, amis et familles, qui soutiennent cette aventure. Le prochain récit sera consacré à notre première semaine à Santiago et à l’achat de notre magnifique van !

Hasta luego 😘

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Débarquer dans une ville deux fois comme Paris (en densité de population et en étendue géographique), il y avait de quoi nous déboussoler. Santiago de Chile, même si le nom fait rêver, soyons francs, dès le second jour nous rêvions d’en partir... Une étendue infinie d’avenues qui se croisent en formant de parfaits carrés d’immeubles, une architecture d’un ennui mortel en somme ; bruyante (une quantité phénoménale de véhicules qui conduisent au klaxon et au crissement de freins) et ultra polluée (les premiers jours on avait la gorge et les yeux irrités)...

Beau tableau n’est ce pas ? Malgré cela nous étions entièrement disposés à l’étonnement, et nous n’avons pas été déçus. En première position : l’amabilité chilienne. Chaque personne à qui nous nous sommes maladroitement adressés s’est montrée d’une gentillesse absolue, à commencer par le gardien de l’immeuble qui chaque matin nous dit en français « Bonjour, comment allez-vous ?» avec un sourire généreux. Ensuite, l’horizon : la Cordillère (enfin les cordillères, parce que Santiago se trouve entre la cordillère de la Costa et la fameuse cordillère des Andes). Wow ! Malgré la guirlande d’immeubles qui envahit l’espace visuel, le regard peut, dans n’importe quelle direction où il se porte, rencontrer les crêtes arides ou les sommets enneigés qui encerclent la capitale. Un bonheur... Et puis sans hésiter, ce que nous avons apprécié lors de cette première semaine à Santiago se trouve dans : le dépaysement. La nourriture (on nous avez prévenu elle n’est pas vraiment fameuse), la langue qui nous sollicite tout entier à notre grand bonheur malgré la difficulté, les manières de vivre et de travailler. Croyez le ou non, sous cette chaleur insoutenable les chiliens sont en pantalon et manches longues, sans casquette ni lunettes de soleil ; les vendeurs ambulants occupent chaque rue, au supermarché quelqu’un nous met les courses dans le sac, il y a encore des cireurs de chaussures, des hommes qui arrosent au tuyau le gazon, etc...

Nous avons énormément marché, plusieurs kilomètres chaque jour, le métro c’est pratique mais on ne profite de rien, comme la nature partout présente. Les arbres sont si nombreux qu’ils donnent à la ville une magnifique couleur et un charme certain pour contrebalancer le laideur du bâti. D’ailleurs, sans étonnement, l’extrême pauvreté n’est jamais loin de la richesse confortable; nous avons traversé des quartiers vides et insalubres, ou les sans abris au visage et aux mains bouffis sont écroulés à même le sol en plein soleil, et d’autres endroits ou les grosses voitures luxueuses sont gentillement garées près du jardinet bien vert clôturé par des fils électriques. Rien de nouveau dans notre monde inégalitaire, on en reste pas moins horrifiés quand on sait que c’est la ville d’Amérique latine qui propose la meilleure qualité de vie (pas évidement quand on compte le nombre de petits vendeurs de sandwichs, de bouteilles d’eau ou de cacahuètes, les médiums qui tirent les cartes sur un tabouret au coin de la rue, ou bien ceux qui aident à sortir de sa place de parking pour quelques pesos).

Mais bon, enlevons nos lunettes d’européens et profitons du coucher du soleil sur la chaîne montagneuse depuis la fenêtre de notre Airbnb... Nous avons vu des choses merveilleuses pendant cette première semaine de voyage, en voilà un petit aperçu :

C’est en se perdant dans le joli quartier animé de Bellavista que nous avons découvert un petit marché d’artisans. Des cabanes de bois abritaient différentes créations (cuirs, bijoux ...), mais elles étaient déjà à elles seules de l’art tant il y avait de couleurs et de motifs peints sur leurs paravants. Des dizaines, parmis lesquelles les trois sélectionnées ci-dessus, nos préférées.

Après ce petit aparté artistique, on a continué notre route vers notre objectif : le Cerro San Cristobal (cerro = colline). Un parc depuis lequel nous allions avoir une vue sur la ville. Téméraires nous avons opté pour un sentier « hors piste », mauvaise idée, le soleil à son zénith nous a vite rappelé les limites de nos corps (enfin surtout celles d’un des deux 👩🏻 ...). Le panorama était impressionnant. Ensuite, pour nous remettre de nos émotions nous dégustons notre premier pollo papas ( poulet frites🍗) !

La ville c’est bien, mais on avait besoin d’air. 2h de bus, et nous voilà au bord de l’océan pacifique. Il fait gris et frais, mais ce que nous découvrons vaut bien la polaire sur les épaules.. Un petit port, bateaux colorés rangés en ringuette, des étals oú le poisson frais est écaillé, vidé, rincé et découpé par une quantité impressionnante de pêcheurs, et derrière eux, sur la plage, des énormes lions de mer et leurs acolytes les pélicans. Magnifique spectacle ! On a passé un très long moment à les observer se disputer les restes de poissons... Là, on s’est senti en harmonie avec ce que nous recherchions en faisant ce voyage. Pour conclure ce moment, une dégustation : ceviche de saumon (marinade : citron, coriandre, ail, ...)

Enfin, pour notre dernière après midi en ville, dans notre désir de profiter du beau temps, on décide de marcher 3 petits kilomètres pour aller se perdre dans le Cementerio General au nord de Santiago. Et là, belle surprise, cet immense cimetière (86 hectares, 2 millions d’âmes) est un havre de paix où la végétation est reine. Miroir de sa société, il est à l’image de ce que nous avons observé jusqu’à présent de la vie chilienne : tranquille, d’une liberté parfois confuse et brouillonne, mais d’une beauté modeste et ancestrale.

Exactement 7 jours après notre arrivée, nous quittons enfin la grande ville, direction la côte pacifique et ses petits villages de pêcheurs. Nous prenons la route, très fiers au volant de notre petit van acquis quelques jours plus tôt. Un achat rocambolesque ! (À suivre)

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Avant même d’acheter nos billets d’avion, nos scrutions sur le net la moindre information sur l’achat d’un véhicule que nous rêvions aussi espace de vie : récits de trip en van, les sites de ventes locaux, les démarches administratives. Nous voulions être prêts dès notre arrivée pour l’étape cruciale et complexe de la « compra ». Au fil de nos recherches on s’est rendu compte qu’une immense communauté excitait. Notre désir de parcourir l’Amérique du Sud en autonomie était partagé par une quantité insoupçonnée de personnes. Un site internet regroupe même les voyageurs français dans le monde entier, c’est ici que nous avons trouvé le plus d’annonces. Sur les forums, le Chili apparaissait toujours comme le pays le plus adapté à notre projet (choix, prix, papiers), c’est pourquoi nous avons vite fait de modifier le point de départ de notre circuit, préférant donc Santiago à la capitale argentine Buenos Aires.

Plusieurs semaines avant notre départ nous avons contacté une bonne dizaine de vendeurs, pour avoir des informations, pour prendre des contacts, espérer conclure une pré-vente. Mais cela n’est pas si facile, les dates ou les lieux ne correspondaient pas (dans le nord du Chili au mois de janvier par exemple...), ou bien on écrivait deux jours trop tard, ou alors après plus d’informations nous restions dubitatifs quand à l’état mécanique de l’engin. Bref, c’est un peu stressés et sans véritable affaire que nous débarquons au Chili. A peine installés dans le airbnb on s’est remis à la recherche d’un van à vendre sur Santiago dans l’immédiat ou les semaines à venir, on est prêts à attendre un petit moment. On a enchaîné quelques déceptions, avant qu’un belle annonce n’apparaisse annonçant une vente immédiate à Santiago. On contacte le gars qui nous donne rendez vous le lendemain. Une bonne demi heure de bus et nous voilà à Quilicura (petite bourgade tranquille absorbée par la métropole). Un couple d’australiens est aussi présent pour la visite. Notre emballement est mitigé, Rémi le vendeur est adorable, il a beaucoup investi dans ce van, un an et demi de vie nomade. Il y a tout le confort espéré, même si l’état est assez miteux avouons le. Mais la mécanique laisse à désirer, rien n’a l’air vraiment sain, nous restons sur la réserve, et question budget on dépasse largement la limite que nous nous étions fixés. Surtout que dans la même journée, un van quasi vendu est de retour sur le marché, avec une baisse du prix. Nous sommes tout euphoriques et répondons immédiatement au vendeur qui vient de nous faire part de la nouvelle.

C’est ainsi que nous rencontrons Victor et Jessica, couple franco-belge enjoué et bavard qui nous ravit instantanément. Ils ont pris soin de leur véhicule et ont un suivi mécanique irréprochable. Ils ont milles anecdotes et conseils à nous donner que nous absorbons avidement. Après 2h de visite, un échange de regards suffit pour confirmer notre ressenti commun : on le veut ! Les deux partis scellent leur parole. Bingo ! Mais cela ne suffit pas, le plus difficile est à venir. Au chili, acheter un véhicule équivaut à faire un investissement au pays, pour cela il faut être détenteur d’un RUN ou d’un RUT (sorte de numéro d’identité, les chiliens s’en servent pour tout : acheter une maison comme accumuler les points de réduction au super marché !) et pour qu’un étranger puisse obtenir ce fameux numéro national les démarches sont complexes. Il faut normalement se rendre au centre des impôts internes avec un parrain, la difficulté et là ( il faut connaître un chilien qui accepte d’être une sorte de garant pour vous avec son numéro RUN) et ensuite, remplir des papiers inintelligibles (vraiment !) pour enfin obtenir un RUT provisoire en ayant en amont justifié le motif de sa demande. Nous ne connaissions personne, alors on s’est d’abord dit qu’on essayerait au culot en interpelant quelqu’un dans la rue. Mais nous avions lu ça et là qu’à Valparaiso (2h de bus depuis Santiago) il était possible d’en recevoir un sans parrain. Jessica et Victor ont accepté de nous accompagner, leur aide nous a été précieuse car à peine 30 minutes après avoir pénétré dans le bâtiment administratif, nous sommes ressortis avec un RUT (nous voilà à demi chiliens, on en est pas peu fiers). Quel soulagement ! Le plus dur était fait, enfin ça c’était avant de vivre l’enfer du passage chez le notaire, parce que c’est une coutume chilienne, tout se conclu dans les notariats. C’est donc le lendemain, à Santiago que nous retrouvons le couple vendeur pour achever notre achat. 12 guichets, une vraie fourmilière, les gens attendent dehors leur tour, plus de 50 numéros devant nous, l’attente allait être longue... un café s’est imposé. Une fois notre tour, il a fallu une tonne de papiers (des papiers partout !) : passeport, RUT, pacte de vente, muletas (la liste des possibles amendes) et un papier officiel recensant tous les anciens propriétaires. La demoiselle face à nous se met alors à taper (oui, sur une machine à écrire) les documents que nous allions par la suite signer. Pour l’anecdote, à côté de notre signature nous avons dû apposer notre emprunte digitale (seulement pour le folklore, mais eux prennent ça très au sérieux, leur honneur est engagé). Nous poussons un soupir de soulagement, avant de comprendre qu’en fait nous devons encore patienter le temps qu’un tas de papiers soit récolté ça et là pour être monter au notaire qui les signe avant qu’ils soient redistribuer à la voix. On riait de nerfs ! ...

Mais voilà qu’après deux jours de galère nous étions officiellement propriétaires d’un véhicule pour débuter le roadrip t’en désiré, et quel véhicule ! un Combi Volkswagen jaune et noir de 1990 !

Vamos !

Après seulement quelques kilomètres sur l’autoroute nous permettant de sortir de Santiago, l’oreille experte de notre couple trouve que ce moteur tourne mal... On décide tout de même de continuer, notre besoin de quitter la grande ville pour la cote et son immensité marine est si pressant qu’il prend le déçu. Pendant ces quelques jours, de Zapallar à Vina del Mar en passant par Macentillo et Horcon, nous imaginons les aménagements intérieurs possibles pour améliorer notre confort et pour l’esthétique aussi on avoue ! Une porte de placard qui se transforme en table, un panier dans un placard qui devient notre salle de bain, de nouveaux ustensiles de cuisine, un vieux film foncé sur les vitres décollé au cutter avec patience, et surtout notre magnifique plafond, en lattes de bois pour l’isolation et son rendu chaleureux. 8h de travail, pour mesurer, découper, fixer, avec un minimum de moyens (une scie manuelle et un tournevis). On s’est régalé mais nous avons arpenté une quantité de magasins insensée pour trouver notre bonheur, notre patience mise à rudes épreuves. Mais le résultat est génial, on est terriblement contents de notre intérieur. Il ne manque plus que le Combi fonctionne à merveille pour nous mener sur les routes les plus lointaines et les plus escarpées de l’Amérique de sud et notre bonheur sera entier.

Petit aperçu des travaux : avant, pendant, après  

A Viña del mar on a décidé de chercher un garagiste, en consultant un site de traveller’s on tombe par hasard ou par destin sur une note indiquant la présence d’un garagiste expert en Combi, on en croit pas nos yeux. On rentre l’adresse sur le GPS et dans une impasse nous trouvons le paradis des Combi et des Coccinelles. Après un rapide diagnostic Genaro, le mécanicien, nous propose de revenir deux jours plus tard pour démonter le moteur.

Nous y sommes au moment même on l’on écrit, le moteur est en pièces détachées sur un établi... Alors autant en profiter pour vous dire deux mots rapides sur notre petit séjour sur le « circuito litoral ». C’est un temps parfait qui nous a accompagné nous permettant de faire les lézards au bord d’une falaise abrupte ou à l’abri d’une crique paradisiaque. Chaque soir, le coucher du soleil sur l’océan était plus beau que la veille, d’abord au sommet d’une colline, puis les pieds dans le sable, toujours accompagnés d’une copa de vino blanco (pour faire chic et parce que le vin chilien est délicieux). Un véritable plaisir, après l’air saturé de Santiago, le calme de ces petits villages portuaires encore en état d’éveil n’ont été que bonheur. Balades ensoleillées, nuits fraîches mais paisibles et reposantes, succulents jus de fruits pressés, empañadas, Et cætera...! Nous qui connaissons si bien la mer, nous nous sommes maintes fois surpris hypnotisés par la beauté que nous offrait l’océan, et ses vagues hautes et puissantes. Un balais incessant, fascinant, car le Pacifique n’a de calme que son nom.

Zapallar _ Horcón _ Viña del mar 
Almuerzo 

(...)

C’est assis sur les marches devant le garage, dans la petite ruelle baignée de soleil qu’on reprend notre récit. Parce que c’est le second jour que nous passons chez Genaro. Au démontage et même au remontage du monteur, les surprises (mauvaises vous vous en doutez) ce sont enchainées. Des pièces cassées, d’autres montées à l’envers ; il a fallu courir deux fois chez des vendeurs auto pour résoudre les différents problèmes, et retourner le garage pour récupérer sur d’autres moteurs des pièces d’occasions. Bref, on était un peu abattus, mais cela nous a permis une nuit dans un hostel pour prendre une bonne douche après une journée dans le cambouis, même si Genaro nous avait gentiment proposé de dormir dans le van, dans le garage avec wc, lavabo et lumière). En ce moment le moteur prend forme, l’assemblage est en cours, on croise les doigts.

Si nous devions retenir une seule chose de ces quelques jours d’apparente galère, ce serait la bonté, la prévenance des hommes que nous avons rencontré. C’est pratiquement impossible à décrire, mais sans même connaître nos prénoms (ils ne nous les ont même pas demandé) ils ont eu des mots et des attitudes à notre encontre qui vont durablement nous marquer. Eduardo surtout. Ce conducteur poids lourd, la cinquantaine, passionné de Combi (le sien ressemble à un pickup, avec pleins d’options dont il est très fier) était présent le jour où nous sommes venus la première fois. Il s’est montré immédiatement avenant, bavard et à l’écoute. Pour dire il a appelé pour nous un vendeur de feux arrières dans la ville voisine pour connaître son stock afin que nous puissions changer les nôtres. Là déjà nous étions très touchés. A notre étonnement, il était là deux jours plus tard à l’heure du rendez vous que nous avez fixé le garagiste. Et de 9h30 à 19h30 il a prêté main forte. Ainsi un trio de travail s’est constitué : Genaro le patron du garage, spécialiste depuis 40 ans, Tony élu apprenti convié sur le chantier, et Eduardo le passionné devenu fin connaisseur. Eduardo a également pris soin de la demoiselle, lui indiquant les toilettes, s’inquiétant du froid qu’il faisait et s’occupant d’acheter le repas et le boisson du midi pour nous quatre... une vraie perle. Ce matin, il était là, tout sourire pour cette nouvelle journée de labeur, à midi il nous a amené manger de délicieux empañadas dans la rue derrière. Nos conversations sont assez limitées vu notre niveau mais le feeling est bien présent.

Il démarre ! Le moteur fait un joli son (aux oreilles des heureux propriétaires que nous sommes le bruit n’est pas abominable bien au contraire !) Après 2 longues journées de travail, notre Kombi (ici ça s’écrit avec un K, ne nous demandez pas pourquoi) est fin prêt à prendre la route. Dans 500 km nous serons bien plus au sud, aux portes de la région de lacs et des volcans...

Un abrazo 😘

PS : on a besoin de vous pour lui trouver un petit nom ! On attend vos suggestions !

(Clara & Agathe, désolé mais on ne l’appellera pas Piedéric...)

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Into the Wild

Trois jours de route pour quitter la côte littorale en direction du sud et de ses terres lagunaires. Après la foule traumatisante de Santiago et l’agitation des villes touristiques du bord du pacifique, la traversée des vallées désertes est un délice. On roule plusieurs centaines de kilomètres, entourés d’immenses forêts sous un soleil hardant, se délectant de cette solitude tant recherchée et de l’immensité verdoyante qui fait notre horizon. Si le guide du Routard ne consacre pas un mot à cette bande de terre chilienne c’est bien parce qu’il n’y a absolument rien, si ce n’est des hectares de sapins ! Pourtant nous avons trouvé des spots paradisiaques pour dormir. Au bord de cours d’eau tranquilles ou parfois plus agités. Mais, ces petits havres de paix ne se sont pas offerts à nous sans difficultés, il nous a fallu quitter le bitume lui préférant des pistes de terres et de cailloux. Installés là, à des lieux du premier hameau, on respire, l’eau fraîche qui glisse sur les galets nous berce.

El parque Nacional Tolhuaca 🌿

En arrivant devant le panneau en bois qui annonçait l’entrée du parc nous ne savions pas vraiment à quoi allait ressembler notre journée. On étudie d’abord la carte des sentiers avant de se lancer sur un parcours à notre portée, pas de folie pour cette première.

Alors on grimpe encore et encore par de petits sentiers ombragés, la végétation luxuriante nous enveloppe par ses couleurs, ses odeurs et ses bruits. Nous marchons, sans échanger aucune parole, pour savourer au mieux. Sur notre chemin, on franchit une quantité de petites cascades ruisselantes. Mais plus on prend de la hauteur, plus la vie est aride. Le soleil cogne fort, il ne reste que des troncs secs, de grosses pierres et des serpents. Le point de vue depuis la canopée est superbe. En bas le lac Malleco, partout autour la forêt et à l’horizon des sommets enneigés.

Le pique-nique dans le sac, on descend pour se poser au bord du lac, sur lequel un léger clapot forme un relief régulier et scintillant. Difficile de se sentir mieux. Pour la balade de l’après midi, on décide d’emprunter un nouveau sentier, celui ci nous conduit jusqu’à une cascade, une cascade vertigineuse ! Encerclés par les embruns, nos yeux suivent l’immense et puissant filet d’eau qui plonge dans le vide pour former dans sa chute un très bel arc en ciel. Woaw...

Notrequotidien

Les jours suivants on traverse plusieurs petits villages, à la vie paisible. Des rosiers devant chaque maison, des regards amusés sur notre fourgon de compet’... on nous demande régulièrement d’oú l’on vient et où l’on va. Les chiliens sont vraiment aimables, enfin sauf au volant ce sont de vrais chauffards !

Ici les paysages nous sont complètement étrangers. Nos points de repères : les volcans. Un et même plusieurs à la fois, magnifiques, imposants, et surtout en activité ! On entend Llaima qui gronde au loin. Comme le tonnerre d’un orage, plus sourd et plus ténu, mais avec ciel bleu, grand soleil et 30 degrés. C’est très perturbant, on s’arrête presque de respirer pour l’entendre encore, on se fige. C’est fou ! Surtout quand on a pu observer les dégâts de ses colères : une traînée de lave, devenue roches brunes, de 12km de long et 8m de profondeur. Terrifiant.

Villarrica

Villarrica c’est à la fois le nom d’un lac, le nom de la ville qui le borde, et celui du volcan magnifiant le décor. Un trio inoubliable.

Au bord du lac nous avons vécu nos plus beaux couchers de soleil. Lorsque l’horizon montagneux se teinte en mauve, pour faire du volcan la vedette, habillé de sa neige éternelle à la blancheur immaculée. Une fois que la nuit a tout enveloppé et que l’on pense le spectacle terminé, la lune se lève, pleine et parfaitement ronde, d’une puissance lumineuse étonnante donnant au reflet sur l’eau une dimension magique. Et puis sans s’y attendre du tout, voilà que le volcan laisse échapper une fumée colorée de rouge... on en croit pas nos yeux !

Ces moments au bord du lac ont aussi été l’occasion de rencontrer beaucoup d’autres voyageurs. Deux gars, suisse et chilien, qui nous ont invité autour de leur petit feu de camp; trois vieux autrichiens qui à peine le café avalé sortaient la canne à pêche; trois jeunes étudiants allemands passionnés d’escalade, tout affairés à leur cahier pour apprendre l’espagnol; un couple de mexicains avec un 4x4 de location; une famille de français avec trois gamines dans un grand van blanc...

Bref vous l’aurez compris, entre les plages de sable noir et les oiseaux en compagnons, on est plutôt heureux. Notre vie en autonomie nous ravie !

Mois-niversaire

Pour fêter ce premier mois de vadrouille, nous avons fait quelque chose de fou, que nous n’avions pas même une seconde envisagé, et notre spontanéité a rendu le moment encore plus beau : l’ascension d’un volcan 🌋

Ne nous demandez pas comment cette idée s’est immiscée dans nos esprits, on en sait rien du tout ! Mais cela étant, nous nous sommes retrouvés devant une agence qui proposait multiples activités, quelques minutes plus tard nous étions inscrits à l’ascension du surlendemain... La veille au soir nous devions revenir au local pour essayer nos équipements (chaussures d’alpinisme, surpantalon, veste et casque.) Entre temps nous avons eu le loisir de tout imaginer faisant monter le stress et l’excitation. D’ailleurs à ce moment là on aurait pu tout annuler, parce que les gentilles demoiselles de l’agence nous ont annoncé tout sourire que le volcan était extrêmement actif, qu’il était donc passé en alerte jaune, et que la randonnée serait peut-être supprimée. Du coup rien ne servait de s’inquiéter alors on a profité de cette soirée pour la passer sur la plage, chips et bières, avec un couple de français eux aussi propriétaires d’un Combi (garé juste à côté du notre et qui faisait l’ascension la même journée que nous !) Étienne et Déborah, très belle rencontre. Vous l’aurez deviné, à 5h30 le lendemain on est pas vraiment frais et dispos, ni trop rassurés. A l’agence on récupère chacun un sac à dos de 40litres et un piolet (ouais ouais!), on sera 10 français (alors qu’on a pratiquement pas croisé de compatriotes jusque là) avec 4 guides chiliens.

Après une demi heure de minibus nous voilà au pied du volcan Villarrica... chaussures lacées, sac à dos sanglé, crème solaire appliquée et lunettes de soleil sur le nez, le piolet à la main nous partons pour une durée et une difficulté qui nous semblent irréelles ou irréalisables à cet instant. Nous marchons un petit moment dans un mélange de terre sableuse, de roches volcaniques et de restes de neiges verglacées, pour arriver au pied d’un petit télésiège rouge, plutôt mal à point (notez qu’il n’y a aucune barrière de sécurité quand on se trouve assis dans le vide). 10 minutes dans les airs qui nous permettent de gagner 1 heure de marche et de se préserver pour les quelques heures à venir. Les pieds dans la neige, les uns dernière les autres on se suit, pareil à une chenille, zigzagant sur le flan du volcan. Plusieurs pauses s’imposent, 5 en tout. Elles permettent d’admirer la vue - une mer de nuages recouvrant la plaine car il est encore très tôt et la fraîcheur de la nuit n’a pas eu le temps de se dissiper, quelques sommets verts et blancs aussi - de grignoter et de boire pour avoir « energia y fuerza » comme le répétait sans cesse le guide, et surtout pour permettre à nos jambes de se préparer à la suite. Deux fois nous avons pensé arriver aux bouts de nos peines, avec l’impression que la fumée du cratère était juste là, mais non le double au moins restait encore à gravir, le vent forcissait et le froid se faisait plus intense. Pourtant le désir d’y parvenir prenait le dessus sur tout, rien ne comptait plus et rien ne pouvait l’empêcher. Plus on se rapprochait plus la neige immaculée devenait grise avec des liserés noirs, et plus on grimpait plus les fumées qui émanaient du volcan piquaient la gorge. On s’arrête, le guide nous indique que c’est le moment de se délester de nos sacs et de sortir les masques à gaz. Les quinze dernières minutes sont intenses, aux antipodes : le corps fatigué et l’esprit impatient, provoquant un état étrange et indescriptible. Et au bout de l’effort, après plus de 3h de montée, on lève les yeux pour tomber de stupeur devant un cratère de 200m de diamètre. De l’immense cône, une fumée permanente et abondante, mais aussi un bruit sourd, des grondements, des craquements, et ... de la lave ! Sa couleur et sa texture ... difficiles à décrire, comme de la purée, orange fluo ! On reste interdits devant ce spectacle saisissant.

Et l’émerveillement ne s’arrête pas là, l’horizon a entièrement changé, les nuages ont disparu, à la place, trois ou quatre lacs dans un écrin de verdure dense, plusieurs volcans et leurs neiges éternelles. On en revient pas de la magie du moment, c’est extraordinaire.

Pour la descente, rien ne convient mieux que la fameuse expression « après l’effort le réconfort ». Car, C’est en luge que nous avons dévalé la pente, en luge ! C’était un pur bonheur. La situation paraissait folle, et la vitesse enivrante nous faisait pousser des cris de joie. Dans des rigoles tracées ou sur de la poudreuse vierge, des virages et des bosses qui ont fini de nous épuisés tout en parachevant en beauté cette magnifique journée.

L’île de Chiloé

Pour y accéder, le Combi et ses hôtes font leur première traversée en bac ! 30 minutes pour débarquer sur la grande Île de Chiloé (200km de long pour 50km de large). On y a passé 3 jours.

Notre première impression est mitigée, tout comme le ciel tourmenté et l’odeur de la marée à notre arrivée. On était prévenu, son climat équivaut à celui de la Bretagne. Du coup, on vit notre première soirée/nuit de pluie. Calés au bord d’un lac à l’eau étrangement brune, on boit une bière à l’abri dans le van, tout en profitant du panorama 360 degrés que nous permettent nos 15 vitres !

Comment décrire Chiloé ? Sur cette île on aurait pu tourner « la petite maison dans la prairie ». Pour cause, des prés vallonés à perte de vue, et des petites maisons isolées, en bois, aux couleurs fanées, entourées de vaches, moutons ou de poules. En fait, on s’est cru dans l’imagination d’un enfant, devant un dessin représentant des maisons aux fenêtres tordues recouvertes de tuiles de bois rappelant les écailles du poisson, peintes en vert, rose ou orange, avec des animaux partout. Rien que pour cette ambiance, ça valait le détour. Mais Chiloé recèle un trésor bien plus magique : ses églises ... Nous n’avions jamais rien vu de tel, nulle par ailleurs (16 sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO). Dans la moindre petite zone habitée, un clocher, au style reconnaissable entre mille, qui pour une raison inexplicable attise la curiosité, nous invitant à jeter un coup d’œil à l’intérieur. Et que de surprises à chaque porte poussée, une architecture sobre et recherchée dans un magnifique bois naturel, ou bien de belles et discrètes décorations peintes en turquoise et en ocre. Et pour celles que nous avons trouvées closes, l’extérieur était à lui seul un spectacle pour les yeux, d’un bicolore étonnant ou bien au contraire d’une sobriété sévère, avec parfois un toit si pendu qu’il touchait presque le sol, et toujours une avancée à fines colonnes. De véritables bijoux (même si l’état de certaines nous a miné).

Cette île faite d’une myriade de collines a été l’occasion de magnifiques points de vue. Sur la Cordillère des Andes plongeant dans l’océan, sur les cabanes en pilotis de la capitale Castro, au bien encore sur le phare juché sur la falaise. A Chiloé on a pu jouir d’une faune et une flore rares. Dans son parc national, deux arbres: l’arrayan au tronc couleur cannelle et l’araucaria ou « espoir des singes » un sapin à la forme étonnante. On a aussi eu la chance, en voulant photographier les bateaux posés sur la sable à marée base dans la baie d’un tout petit village de pêcheurs, d’apercevoir une bande de dauphins.

Pour contrer ce ciel capricieux les chilotes utilisent les couleurs ... 

Un petit séjour chez les chilotes fort plaisant, avec tout de même une pointe d’anxiété, puisque nous sommes tombés en panne, au milieu de nulle part, à 30km du premier patelin... par la force des choses nous avons encore une fois pu constater et profiter de la gentillesse infinie des chiliens. (On ne vous a pas tout raconté mais chaque jour nos cœurs ont été touché par l’âme généreuse et bonne de cette population). C’est donc sur le bas côté de la route devant l’unique petite maison des environs que notre van s’est échoué. La famille, le plus naturellement du monde, nous a proposé de pousser le Combi sur leur terrain afin d’y passer la nuit en sécurité, d’appeler pour nous le lendemain matin un taxi qui nous amènerait à la ville (ils n’avaient pas de voiture) et surtout nous offrant le repas du soir... Le lendemain le monsieur du taxi fan de tunning nous dépose devant chez une de ses connaissances. Un jeune gars, la tête enfarinée par la fête de la veille (l’immaculée conception est un jour férié au chili) qui baragouine quelques mots restant encore aujourd’hui un mystère pour nous... On n’est pas vraiment en confiance mais on n’a pas le choix. Il jette dans le coffre de sa voiture une caisse à outils et nous fait monter avec, direction le campo. On a un peu la nausée, surtout après 2 aller-retours pour chercher les pièces en ville, on se croit dans Pekin Express, sans ceinture, les vitres trouées par la rouille, le pare-brise entièrement fissuré, le mec met le point mort parce que cinquième vitesse ne passe pas. Bref, on hallucine et sur le moment on rigole pas. Mais le van redémarre et on peut repartir !


En un mois, nous avons parcouru pratiquement 3 000 kilomètres, rencontrés une quantité de personnes charmantes, vécus des moments et parcourus des paysages inoubliables. Dans quelques jours nous devrions passer la frontière pour fouler le sol argentin, emportant avec nous une formule chilienne « que te vaya bien » (sorte de bonne chance) et une amulette mapuche (peuple indien du sud) accrochée au rétroviseur qui protège les voyageurs...

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Apprivoiser le temps

Ce voyage, malgré sa planification apparente (6 mois au jour près pour découvrir 4 pays), nous l’avons pensé comme une approche nouvelle de la temporalité qui nous étrique à longueur de nos vies. La durée de notre séjour est, en réalité, bien plus flexible qu’il n’y parait puisque nous avons opté pour des billets à dates modifiables, notre itinéraire est lui ouvert à toutes sortes d’excursions et de détours imprévus, et puis nous avons surtout décidé de ne pas lutter contre les aléas et les embûches extérieures, en les intégrant complètement et sereinement à notre périple.

Ici, nos repères temporels disparaissent. L’heure et la date sont devenus secondaires... Même si des obligations nous contraignent parfois, nous avons la chance de pouvoir vivre au rythme de notre envie, à des rythmes changeants et plaisants. Sans même s’en apercevoir, nos esprits et nos mouvements s’adaptent. Certains jours, notre patience est sollicitée, car les chiliens ont une conscience du temps plutôt aléatoire, rien ne presse jamais, pour nos cerveaux d’européens, ils vivent lentement. Alors on se surprend nous aussi à déjeuner à 16h et préparer le repas du soir à 22h. Mais ne vous méprenez pas, rien à voir avec une forme de paresse ou d’indolence. Au contraire plus nous prenons le temps de conscientiser cette appropriation du temps plus nous avons soif de combler nos journées de nouvelles images, connaissances et d’impressions durables.

Certes il y a le temps astronomique, solaire, sur lequel nous n’avons aucune prise. Par contre, le temps qui nous guide chaque jour, ce temps subjectif, vécu, est lui complètement relatif, il nous appartient. Ici, sa fluidité nous est apparue de plus en plus vivement chaque jour, voilà pourquoi nous avons peu à peu commencé à penser ce voyage comme une expérience du temps...

Cette parenthèse introductive doit vous semblez sortir de nulle part, c’est difficile de mettre des mots sur ce genre de ressentis et par ces quelques phrases nous voulions vous faire percevoir les bribes de questionnements qui nous traversent lorsqu’on se trouve devant un lac lisse et scintillant au matin, ou bien lorsque le soleil décline faisant rougir la Cordillère des Andes.


Notre vie nomade

Notre intérieur immortalisé par la sensibilité masculine de la pareja

Un matin on s’est levé avec le même constat en tête, une pointe de tristesse dans la voix : nos proches ne vont jamais rencontrer notre Kombi... Alors, avec empressement, on l’a photographié sous toutes ses coutures, surtout l’intérieur afin que vous puissiez nous imaginer vivre dedans pendant six mois. Tout est en bois. Un meuble de cuisine qui comprend deux tiroirs, deux placards et une plaque de gaz. Ensuite un meuble style bibliothèque avec 3 niches et un placard où l’on range tout ce qui pourrait se trouver dans une salle de bain ! Entre les deux meubles, deux petits coffres dans lesquels sont pliés nos habits. Et enfin au centre, notre lit qui se plie en 3 pour nous faire un confortable canapé. Sous celui-ci un grand rangement un peu fourre-tout !

Notre mode de vie n’a rien en commun avec celui que nous avons quitté, le seul que nous connaissions. Depuis presque deux mois, on fait avec les caprices du ciel. Par exemple, au réveil si le soleil nous fait l’honneur de sa présence, on s’empresse de faire notre lessive à la main, ou de mettre la table dehors pour petit déjeuner. On a dû également s’adapter au niveau alimentaire, car sans mode de réfrigération les possibilités sont réduites. On a tout de même la chance d’être à la saison où la terre est fertile, fructueuse, ce qui nous permet de déguster de magnifiques poêlées de légumes aussi variées que colorées, et des jus de fruits à la minute. Puis on accompagne avec riz, pâtes ou semoule - un yaourt ou un morceau de poulet à l’occasion (sans oublier les délicieuses pizzas que l’on s’est permis une paire de fois, héritage italien oblige !)

L’eau. Ici elle nous paraît plus vitale que jamais. Elle est notre indispensable. Même si sa nécessité nous était connue, comprise, elle prend une toute autre ampleur dans ce voyage. Elle n’est pas potable partout, ce qui nous demande une anticipation à l’achat, de grands bidons de 6 litres (sûr, cela n’a rien d’écologique, mais difficile de faire autrement dans cette situation). A notre défense nous contrebalançons plutôt efficacement en faisant une consommation d’eau extrêmement faible (pour la vaisselle, la lessive et la toilette on se restreint et on s’étonne surtout de notre capacité à l’économie). Pour l’utilisation courante on remplit plusieurs bidons avec de l’eau de rivière, les courants sont si clairs et frais qu’ils paraissent d’une rare pureté. Qui plus est, il nous a fallu plusieurs semaines pour s’apercevoir de notre irrépressible attirance, quasi instinctive, pour l’eau. À peut-être une exception, chaque nuit de notre séjour nous nous sommes installés au bord de l’océan, d’un fleuve ou d’un lac. Et, de même, une grande majorité de nos randonnées inclue l’élément aquatique.

L’eau est également une source continuelle d’émerveillement, voici une mosaïque de sa palette colorée :

Lago frias, lago Todos los Santos (2-3), lago argentino, Puerto Octay, Salto Petrohue

Holà Argentina !

Le passage à la frontière s’est révélé être une véritable journée de transition. En Europe rien de plus facile, puisque sans le panneau de bienvenue et le drapeau au vent indiquant le changement de territoire on ne s’aperçoit quasiment de rien. Normal, les frontières, en général, ne sont que la projection du narcissisme des hommes... D’où notre surprise à la découverte d’une véritable frontière naturelle. Un obstacle pour quitter le Chili et accéder à l’Argentine : la chaîne montagneuse de la Cordillère des andes interminablement dressée, qui n’invite pas à l’aventure. Pourtant c’est à travers elle qu’il faut se frayer un passage, en suivant docilement la seule et unique route bitumée zigzagant entre cols et vallées...

Une petite cahute avec deux hommes à l’intérieur notant la plaque d’immatriculation de notre véhicule et le nombre de passagers à son bord. Puis plusieurs bâtiments et un parking. On se gare, on descend, sans vraiment savoir où aller, ni quoi faire. On s’approche, 1 la police, 2 la douane. D’accord, donc on présente nos passeports, on nous demande de détailler notre parcours et pratiquement les raisons qui nous poussent à être là. Puis la douane, là ce sont tous les papiers du véhicule qu’il faut montrer. On nous appose un tampon et une date sur une feuille en nous indiquant la sortie. Bon, c’était pas sorcier, la pression redescendant. Pourtant, on est étonnés de n’avoir vu que des chiliens, où sont les agents argentins ? On remonte dans le Kombi pour continuer la route. Les frissons nous gagnent peu à peu lorsque l’on comprend qu’on vient de pénétrer dans un véritable no men’s land. Rien, rien de rien. Pas traces humaines à l’horizon, à des kilomètres à la ronde. Nos yeux se fixent partout, la nature est reine. Mais plus l’on avance, plus elle se fait sombre et mystérieuse, pour ne devenir qu’une immensité d’arbres morts. Des hectares de troncs gris plantés dans un sable terne et inhospitalier. Les pitons rocheux qui nous entourent ceux eux aussi d’une hostilité muette, presque glaçante. Le paysage et l’ambiance nous paraissent irréels, on vit un moment magique dans un lieu sans droit ou plutôt d’une totale liberté. Après presque trente kilomètres la verdure et les fleurs sont de retour, l’air se fait plus doux, pendant qu’on essaie de se convaincre de la véracité de ce que l’on vient de traverser. Et puis voilà une nouvelle cahute, DA-8483, dos pasajeros... le parking, la police, la douane, les tampons. Contrôle terminé, on met le contact, le moteur gronde, nous voici en Argentine.

La Patagonie, à lui seul le nom appelle à la rêverie. Surtout lorsque comme nous on la découvre par l’une des portions les plus mythiques de la Ruta 40, « el camino de los siete lagos » en direction de San martin de los andes... C’est habités par une excitation non dissimulée que nous nous sommes diriger vers l’une des premières étapes du voyage à moto de Che Guevera. Évident non ? Nous ne pouvions pas découvrir ce pays sans lire le carnet de l’un des personnages argentins les plus connus au monde ! Ce que nous découvrons le long de cette route, Ernesto Guevara le décrit 60 ans plus tôt avec la même émotion : « des arbres immenses, symbole d’une nature qui n’a pas cédé devant la poussée envahissante de la civilisation. » Exactement, ici la nature n’a aucune limite, elle est partout, géante, grandiose, harmonieuse.

A droite, un alerce millénaire  ...

La Patagonie doit également sa renommée à son climat si particulier, disons capricieux. Pour la décrire : un mélange diabolique de la pluie castelroussine et du vent narbonnais. Un peu de nos régions entre deux accalmies...

Les espaces sud-américains sont si vastes, qu’il est nécessaire de prendre de la hauteur pour apprécier leur étendue. Cette semaine nous sommes donc grimpés au sommet de deux Cerros afin de mesurer notre chance !

Le Cerro Colorado culminant à 1780 m. Sans agence, sans guide, à 11h du matin l’envie nous a pris titillée par un magnifique soleil et un ciel parfaitement dégagé. Au cœur du parc national Lanín, le panneau au départ annonce 5 heures de marche. Dans notre sac à dos, on emporte la crème solaire, de l’eau et une délicieuse salade de pâtes avec un petit remontant sucré ! Par un petit sentier tantôt à l’ombre de grands arbres tantôt baigné de lumière solaire, on saute des petits cours d’eau, on s’arrête aux points de vue qui annoncent un splendide bouquet final. Le dénivelé est raide, on avance tranquillement pour maintenir une respiration stable et ne pas se laisser assommer par la chaleur. On désespère un peu d’en voir le bout, puis d’un coup la terre devient roche volcanique sous nos pieds, la végétation disparaît et le panorama s’impose. On accélère sentant l’arrivée imminente. Là, un sommet à la pierre rouge, balayé par un vent polaire. Notre regard ne sait pas où se poser tant il y a voir. Face à nous, le lac Lácar qui s’étire avec langueur aux pieds d’une guirlande infinie de pics enneigés ; à gauche, les pleines arides de la Pampa se dessinent ; à droite, une végétation dense d’un vert profond ; derrière, un volcan à la cime poudrée. Un bonheur... on trouve un abri pour savourer notre repas et la vue qui se présente si généreusement à nous.

Le Cerro Campanario. Physiquement, rien à voir avec l’effort fourni lors de la rando précédente, quoi qu’il s’est agit de 30 minutes de montée plutôt intenses, mais la récompense à l’arrivée était tout aussi bluffante. Ici, un décor d’une homogénéité saisissante, plusieurs lacs dont le bleu profond contrastait avec le vert des presqu’îles et le blanc des cimes andines.

Dans un tout autre style on a pris de la hauteur le jour du réveillon de Noël... suspendus à 9m entre les arbres : accrobranche dans une station de ski à San Carlos de Bariloche. Brillante idée quand on a tout les deux le vertige ! 5 parcours 5 niveaux. Deux heures à marcher sur des tronçons de bois agrippés à des câbles, glissant en tyrolienne, serrant les dents et jubilant l'instant d’après, le corps tendu et épuisé, l’esprit heureux d’avoir relevé le défi !

Lago Lacar, Cerro Colorado, Ruta de los sieste lagos, frontière chili/argentine  

Noël... Nous n’allons pas mentir, le 24 au matin, sans analyser vraiment la raison, nous étions tous les deux moroses, sans enthousiasme aucun. Après avoir contacté nos familles, ça n’allait pas beaucoup mieux, si ce n’est pire. Pourtant on avait pris soin de suspendre une guirlande dans le van, de s’acheter de bonnes bouteilles et de confectionner un repas qui sortait un peu de l’ordinaire (difficile avec une poêle et une casserole, sans frigo...). Le temps n’aidait pas, le ciel bas, tout de nuages gris, nous pesait. Alors on s’est motivés pour occuper notre après-midi. Une vraie réussite puisque l’accrobranche nous a comblé. Une fois les pieds à terre nous étions pressés de trouver un bel emplacement où prendre un apéro bien mérité. Au bord d’un petit rio à l’eau légèrement bleutée, loin de la ville, entourés d’arbres, on s’est de suite sentis bien. On a passé une très belle soirée, débutée tôt (18h la bière artisanale dans les verres) à 23h on dormait, épuisés par nos singeries de l’après midi ! Le 25 on avait prévu une journée off : ne pas démarrer le van, ne croiser personne, ne pas sortir le porte feuille... juste se reposer et écouter le vent dans les feuilles, la pluie sur les vitres. Après un petit-déjeuner de fête, on a ouvert nos cadeaux : un sweat beau et chaud, une paire de jumelles, deux paires de bâtons de trekking et deux billets pour une excursion lacustre le lendemain... généreux le père Noël latino-américain !

Parque nacional Nahuel Huapi

Seulement accessible par une traversée en bateau de 2 heures, cette réserve naturelle humide (4000mm par an !!) nous a offert une magnifique journée ! Retour en photographies de notre cadeau de noël argentin

Cascadas de los cataros 

4 jours d’immensité désertique ...

Une expérience hors du commun, quasi indescriptible. 1 377 kilomètres au cœur d’une steppe aride et sauvage. Ci-dessous un extrait de notre petit carnet de voyage dans lequel nous notons quotidiennement nos ressentis...

« Cette nuit, les rafales de vent nous ont pas mal secoué, mais la température est clémente. / On roule, et au milieu de ces étendues arides, une traînée verte. Des arbres touffus, une végétation dense et ramassée, sur une longue bande étroite. Véritable oasis, l’eau qui traverse la plaine amène la vie... / Flamants roses dans une flaque / Station essence fantôme / Chardons en fleur au bord de la route / Sous la pluie, sans trop de vent, ciel blanc / Les nuages qui caressent les reliefs de leur ombre gigantesque, sur la longue ligne droite bitumée ils font la course avec nous. / Les zones habitées sont rarissimes, et sans charme aucun.. elles ressemblent à nos lotissements. La même maison reproduite à l’infini... / Une carcasse bovine, et celle d’un guanaco, 3 perdries qui traversent la route, et le mirage au loin (les voitures semblent rouler sur de l’eau). / Tony s’amuse à dire bonjour à chaque véhicule qui nous croise. / Au loin la route se confond avec le ciel. / La distance kilométrique de la moindre bourgade est annoncée à 3 chiffres... / Ici le vent n’a pas d’équivalent / Le ciel et la terre n’ont jamais paru aussi grands. / Une vallée encaissée entre deux plateaux arides où l’eau coule et l’herbe pousse... / En une journée de route tout ce que l’on a pu ressentir, c’est fou. / Une clôture de petits piquets de bois longe la route de chaque côté, sûrement pour empêcher les animaux de traverser, pourtant c’est nous qui nous sentons comme parqués, interdits devant cette nature intacte, sauvage. / Le vent est si violent face à nous que le kombi n’arrive pas à dépasser les 50km/h. / Un terrible vent d’ouest / Sur la route : 1 troupeau de guanacos, 2 bandes de nandous, un petit hérisson, des moutons, des vache et des chevaux ! »

Guanaco, nandou  

[...]

« On met de l’essence 3 fois par jour ! A chaque station qu’on croise on rempli le réservoir pour la sécurité, dès qu’on peu puisque les stations sont très éloignées les unes des autres. (Pompes entièrement recouvertes de stickers de voyageurs) / 3 banques avant de réussir à retirer / Rencontre : un gars solo avec son van 4x4 de Bogota qui s’est garé devant nous à midi et qu’on a retrouvé 200 bornes plus loin à la pompe à essence et qui a collé son sticker sur notre vitre arrière. / On a passé la journée à voir des guanacos et des nandous. Impossible de les compter, beaucoup de bébés, mais aussi de cadavres pendus aux barbelés... / un petit renard gris et des sauterelles sur la route. On a trouvé de la terre orange et rose / Beaucoup de vent mais pas de pluie ! / Le paysage n’a rien de monotone il se modifie lentement. / On était sereins sur la route on a vraiment passé une bonne journée. / 3 jours, 3 ressentis : 1er jour un peu anxieux devant l’inconnu et la difficulté - 2ème jour, estomaqués, abasourdis par le paysage - 3ème jour acclimatés on en profite vraiment ! / L’horizon est tellement lointain que les reliefs et les nuages font des mirages... »

[...]

« Le matin le soleil nous réchauffe lentement le corps a peine éveillé, et le soir il termine sa course en perçant par les vitres du camion garé pour la nuit. / 80% des véhicules qu’on croise sont des pick up. / La route est en construction ... alors on se retrouve à rouler sur de la piste... 80 km qui en paraissent le triple / Wow le lago Cardiel ! Inattendu ! Un magnifique lac à l’eau turquoise. Splendide. On est sans voix. Tranquille dans le désert... sans personne. Magique ! / Les autels mortuaires sont rouges et les drapeaux qui flottent autour aussi. Le chemin qui y mène est balisé par des bouteilles en plastique. / Aujourd’hui on s’est a peine arrêté pour grignoter une tomate et une carotte. On a croisé pratiquement personne contrairement aux jours précédents. / On a la cordillère qui se dessine à nouveau face à nous, imposante et froide ! / La silhouette du fitz Roy au loin ... (visible à plus de 100km donc !) / Le lac Viedma a une couleur incroyable, vert pastel, laiteux. Derrière, un relief mauve lui donne encore plus d’éclat. / En pleine après midi, plus on s’approche des montagnes plus la température baisse. / Entre les montagnes il nous semble apercevoir comme une, deux rivières de glace. / Royaume des ténèbres ... »

Ces quartes jours, nous les avons perçu, vécu, comme un rite initiatique. Après avoir connu l’isolement extrême, la puissance d’un vent mythique, les étendues infinies, observé la vie animale sauvage, constaté l’aridité naturelle, bénit chaque cours d’eau, et admiré le ciel de ces milliards d’étoiles, on est prêts pour les deux mois à venir en terre argentine.

Notre première étape : le village El Chalten et le légendaire mont Fitz Roy.

Feliz año nuevo !

A la recherche d’un petit hostel pour prendre une bonne douche et là dernier nuit de l’année bien au chaud, un garçon au corps trapu et à la mine avenante sort d’un restaurant pour venir à notre rencontre. Alvaro. Il est l’heureux propriétaire d’un Kombi bleu ! Après quelques minutes il nous tend un petit bout de papier sur lequel est inscrit son numéro de portable. Il nous invite le lendemain midi au traditionnel asador argentin, grillade qu’il organise avec sa copine pour fêter la nouvelle année. Le lendemain, après 4 heures de balade sur l’un des sentiers offrant des points de vue sur le fitz roy (caché par d’épais nuages noirs ce matin la...) nous arrivons plein d’entrain au lieu du rendez vous. L’accueil y est des plus amicaux, on échange de chaleureuses accolades accompagnées d’un feliz ano sincère. La viande cuite au barbecue est à tomber, et le fameux chorizo au chocolat et fruits secs du désert fait le bonheur de tout le monde.

Au fil de la conversation on apprend qu’Alvaro vient d’Uruguay et que sa copine Thay est brésilienne, ensemble ils parcourent depuis 2 ans l’Amérique du Sud en Kombi. On rit franchement en échangeant sur nos galères mécaniques réciproques. Un très beau moment...

On a repris la route ensuite et ce matin on profite du soleil au bord du lac argentino, à la couleur des glaciers qui l’alimentent. Un petit footing pour l’un, un moment d’écriture sur la chaise de camping pour l’autre (certains éliminent le dulce de leche goulûment savouré, quand d’autres le stocke...)

Demain, nous allons nous attaquer au célébrissime Perito Moreno, glacier sur lequel nous devons faire un joli trekking !

A suivre ...

NB : On profite de cet espace d’expression pour vous envoyer nos vœux de bonheur les plus sincères. A 13 000km de vous, nous vous souhaitons une année 2018 heureuse. Un abrazo gigante ! 👫😘

6

Le géant de cristal 💎

La nature fait des folies, mais ce glacier est bel et bien celle qui nous ait le plus éblouie jusqu’ici. Époustouflant ! Déjà, qu’elle a été notre surprise lorsque sur la petite route sinueuse longeant le lac nous avons commencé à découvrir des gros blocs de glace à la dérive. Des petits icebergs c’est plutôt impressionnant la première fois (surtout que le lendemain nous avons zigzagué entre une quantité de morceaux de glace lors de notre traversée en bateau, mais ça on vous raconte après). La surprise allée être totale car encore à une quinzaine de kilomètres du glacier nos esprits étaient incapables d’imaginer seulement sa morphologie.

C’est sans s’y attendre, à la sortie d’un virage, qu’a surgit au milieu des montagnes, une immense coulée, littéralement figée. Une mer de pics bleutés vigoureusement dressés vers le ciel ! Un véritable chef d’œuvre naturel, nous étions stupéfaits et littéralement muets. Sur les derniers kilomètres nous ne cherchions qu’à l’observer encore pour tenter de s’accoutumer à cette vallée glacée de 14km de long pour 5km de large qui s’en prévenir se stoppe net en une façade vertigineuse. 70m d’un mur de cristal à la couleur inimitable !

En descendant du Kombi on trépignait d’impatience à l’idée de l’approcher. Par une série de passerelles métalliques nous allions obtenir une quantité de points de vue sur le Perito Moreno... Le ciel orageux, le vent froid, s’est bien au chaud sous quatre couches d’épaisseur vestimentaire que l’on descend avec empressement les premières marches. Là, on entend un craquement sourd, un morceau vient de se détacher pour tomber dans le lac, on croise les doigts pour assister à cela. Plus l’on s’approche, plus les immenses crevasses qui forment le haut du glacier nous apparaissent clairement. Une camaïeu magique de bleus, du très foncé au presque blanc... Et lorsque le soleil se montre, le décor se transforme sous ses rayons, de nouveaux reliefs se dessines avec une toute autre lumière. Tout à coup, la silhouette, l’ombre du glacier, s’imprime sur le lac, et c’est renversant de beauté. Une seconde fois un énorme bruit retenti, nos yeux parcourent frénétiquement l’immense façade jusqu’à trouver le gros bloc qui plonge dans l’eau. Nous avons mis toutes les chances de notre côté, en venant en fin de journée nous savions les chutes plus susceptibles avec la chaleur (toute relative) de la journée. Autour de nous toutes les langues se mêlent, russes, anglais, italien, français, espagnol, les gens viennent du monde entier pour le voir...

Le lendemain on s’est offert un mini-trekking sur le glacier. L’idée paraît fantastique sur le papier mais pour être francs nous avons été terriblement déçu. L’agence nous avait dit 20 personnes avec 2 guides, mais en fait sur le bateau nous étions déjà 60, soit 3 groupes, sans compter ceux de toutes les autres agences de tourisme. Du coup c’était beaucoup moins charmant (bien sûr on est conscient que tout le monde veut faire ça et qu’à certains moments on ne peut pas éviter de passer par la case « tourisme de masse » pour voir des endroits magnifiques...). Une fois débarqués sur l’autre rive, un guide nous explique la formation des glaciers, nous apprenant ainsi que la glace de la façade a plus de 400 ans ! En toile de fond, le glacier lâche d’énormes morceaux qui s’effondrent avec vacarme. C’est spectaculaire, les éclaboussures sont gigantesques et le plongeon crée à chaque fois une belle vague en onde de choc.

Le trekking... parlons plutôt d’une promenade de santé. Deux minutes de marche pour un arrêt photo interminable dans une répétition ridicule. Puis on n’a seulement marché sur de la glace pilée, de la neige en somme. Rien de fracassant, quelques belles longues failles bleues foncées, et un décor à la texture mousseuse étonnante mais pour le prix et la publicité on s’attendait à tellement mieux, tellement plus. Un whisky avec de la glace quatre fois centenaire, ça c’était plutôt atypique ! Nous avons rendus nos crampons, tristes et quasi remontés, mais la guide nous a demandé de la suivre, jusqu’à ce qui s’est avéré être l’entrée d’une grotte. Un tunnel de glace, transparent ! Magnifique. La lumière qui traverse l’épaisseur givrée est indescriptible. Au fond, de l’eau s’écoule telle une rivière souterraine, nos visages sont bleus, c’est drôle et fascinant. On est conquis !

Selon la prise de vue, le glace se teintait différemment  

La Patagonie chilienne

Lorsque l’on regarde une carte de l’Amérique du Sud en s’intéressant plus précisément à sa pointe de terre australe, on remarque un découpage territorial inattendu. Alors que la région de patagonie argentine s’impose et s’étire de toute son immensité, elle se fait bousculer en bas à gauche par une avancée chilienne conséquente. De ce fait, notre trajet s’est vu comprendre une nouvelle entrée au Chili pour en ressortir quelques jours plus tard. Si les passages douaniers sont pénibles, l’ambiance qui reine dans les postes de contrôles vaut le détour ! Côté chilien, un chat se prélasse sur une chaise de bureau en tenant compagnie à la gendarme, tandis que dans le box des douaniers le hard rock sert de musique d’ambiance... Côté argentin, c’est bien installé dans son fauteuil que le douanier grignote des biscuits en nous tendant aimablement le paquet (on plonge la main à l’intérieur sans se faire prier, la route ça creuse), tout en nous baragouinant fièrement quelques mots de français. Par contre, on a souffert des restrictions dont on n’avait pas été embêté dans le sens contraire. En effet, l’Etat chilien refuse à ses frontières tous fruits, légumes et produits frais venus de l’étranger. Nous qui avions fait le plein avant de prendre la route, nous nous sommes vus confisquer oranges, pommes de terre, carottes, œufs, blettes, citron...

A la frontière, on s’est encore fait surprendre par le changement radical de paysage et d’ambiance. ici aucune barrière naturelle franchie, pourtant la steppe rase et grillée par le soleil a tout de même laissé place à des prairies vallonnées parsemées d’arbres. Sur la route une question nous est venue : « tu crois que ces gens se sentent chiliens ? ils sont tellement isolés et bien plus proches géographiquement des argentins. » la réponse ne s’est pas faite attendre, la frontière passée, instantanément les maisons en taule, la petite taille des hommes, les vendeurs de coin de rue, et le sourire amical chilien, tout ça est réapparu...

Plus étrange encore, le sentiment qui nous a brusquement étreint. On s’est senti chez nous. Retrouvant des repères, on s’est senti bien, si bien qu’on a même lâché un étonnant « content de rentrer ! ». Qui l’aurait cru, cinq petites semaines et nos cœurs se sont pris d’amour pour ce pays. Et pour donner raison à ce sentiment, nous avons encore été les heureux bénéficiaires de l’amabilité sans limite de son peuple. A Punta Arenas, sur notre pare-brise un post-it avec un invitation rédigée à la main nous conviant à venir à la Casa ‘buena onda’ à l’adresse indiquée dessous ou appeler le numéro inscrit juste après. Incrédules, nous avons pris ça pour de la publicité pour un restaurant où simplement une blague. Sauf que le lendemain, à un feu rouge, deux hommes s’arrêtent à notre hauteur, nous demandent si on parle espagnol et se garent sur le bas côté. Enchantés, grandes accolades... Surpris on reste un peu sur la réserve, avant de comprendre que ce sont des amateurs de WV (le premier a une coccinelle, le second un Kombi) et qu’Alvaro (le sympathique garçon du barbecue de la nouvelle année) les a prévenu de notre présence en ville. Sans plus se poser de question nous les suivons jusqu’à un quartier où nous ne nous serions pas aventurés de nous mêmes, pour aller à la rencontre de leurs femmes et leurs enfants. Marco est brésilien, avec sa femme et sa fille ils sont venus rendre visite à leurs amis. Pato et Noemi sont chiliens, de vrais patagons à en croire leurs visages typés, les tatouages selk’nam (peuple indigène persécuté durant la colonisation) sur les avant-bras du bonhomme et les récits des légendes que nous a offert sa femme. Les hommes se penchent sur le moteur de notre Kombi pendant que les femmes préparent le thé. Pato amène ses amis brésiliens à l’aéroport, nous nous installons dans le salon avec Noemi, sa belle-mère et les trois enfants. C’est un moment intense, comme suspendu, que nous vivons les heures suivantes (nous sommes sortis de là lessivés, comprendre et se faire comprendre ça consomme plus d’énergie qu’il n’y parait). Beaucoup d’éclats de rire, d’anecdotes (nous étions le 24ème couple de voyageurs qu’ils recevaient chez eux!), de confessions nationales aussi (la crainte et l’égoïsme qui rongent l’Europe, la bonté des chiliens mais aussi les discriminations craillantes au sein du pays et en Amérique latine plus largement). Un échange fort, des mots sincères et un plaisir réciproque. De quoi nous emplir de bonnes ondes pour la suite de notre voyage !

Un porte-clés en laine offert par Noemi fait de ses mains 

Comme un air de bout du monde

A cinquante kilomètres au sud de Punta Arenas, la route asphaltée s’arrête laissant place à un étroit chemin de terre. Entre les rives du rio San Juan et les berges du détroit de Magellan, les locaux montent les tentes, préparent le feu, jouent au ballon. Plus loin l’ambiance grandes vacances d’été s’atténue, et la paix qui se dégage du paysage nous enveloppe lentement. On se gare au bord de l’eau lisse, aux reflets brillants hypnotisants. Une étendue stoïque devant laquelle on imagine la poignée d’européens qui 500 ans plutôt découvraient ce passage béni reliant l’Atlantique au Pacifique. Rêveries qui nous amènent d’ailleurs à visiter la réplique du Victoria, navire de Magellan. Impressionnant par son allure et l’histoire qu’il projette. Ces récits d’explorations et de découvertes nous fascinent, comme ils nous font mieux percevoir l’impérialisme et l’enrichissement qui ont motivé et motivent encore tant d’hommes... Nous sommes aux portes de l’Antarctique, cette région de la terre a nourri nombreux fantasmes, qui sont parfaitement visibles dans le musée naval que nous avons aussi visité.

Détroit des Magellan  

Deux jours de parenthèses culturelles après une magnifique marche vers le phare le plus austral du continent américain. Le phare abandonné San Isidoro... Après la fin de la route, c’est la fin du chemin, et à partir de là l’accès à cette dernière bande de terre continentale ne peut se faire qu’à pieds. Un bonheur. Une dizaine de kilomètres le long d’une plage de petits galets, coincée entre l’eau calme du détroit et la lisière d’une forêt humide. Au bout, un vieux phare rayé rouge et blanc surveille l’horizon, avec comme fidèle ami un arbre si robuste que la force du vent l’a plié sans jamais le faire tomber. Sur le trajet, notre regard plusieurs fois perdu sur la surface marine a rencontré des bandes de dauphins. De petits dauphins foncés, à la nage lente et régulière (ainsi que des otaries), que l’ont a pu également observer à loisir pendant deux soirs confortablement installés dans notre hamac après s’être goinfrés de crêpes sucrées faites maison.

Le paradis un peu plus loin ...  

Le réveil a sonné tôt le 10 janvier, pour fêter en trompette nos deux mois de voyage ! Mais aussi et surtout pour prendre le ferry direction la Terre de feu ! 2h30 pour traverser le détroit de Magellan et atteindre l’Isla Grande, paradis des moutons et des ... castors ! Rien ne pousse sur ce sol. Les herbes étouffées une grande partie de l’année sous la neige sont comme mortes, d’un jaune-orangé fané à force de lutter contre le vent et le froid. Mais plus l’on se dirige vers le Sud, plus le relief grandit pour faire enfin apparaître (une dernière fois) l’imposante Cordillère des andes.

Ushuaïa

Notre cœur n’a pas bondi. Ushuaïa... Une ville portuaire avant tout, alors logiquement ce sont des centaines de conteneurs empilés sur d’immenses bateaux qui nous ont informé de notre arrivée. A flanc de montagne, les rues d’Ushuaia ne sont que pentes raides. Une grande partie de son quadrillage urbain est en terre battue ce qui donne l’impression d’une ville en création ou à l’abandon et à la moindre rafale de vent (ce qui arrive à une fréquence importante) nos yeux et nos narines sont assaillis, c’est d’un désagréable... voilà, déroutant et très peu avenant.

Heureusement, pour dormir, nous nous sommes éloignés de la ville, nichés en hauteur au bord d’une falaise, deux soirées avec une très belle vue sur le canal beagle, la Cordillère des andes et la ville. Les couchers de soleil sont fameux sur cette l’île australe, d’un oranger surnaturel, et lorsque la ville s’éclaire de milles points dorés, tout parait s’accorder pour devenir cette célèbre Tierra del fuego ....

Le parc national

En Patagonie le temps change très rapidement, en une journée la météo est d’une instabilité déconcertante. Pour notre première journée dans le parc nous avons opté pour les petits sentiers. Une matinée à marcher le long d’un lac jusqu’à la frontière chilienne matérialisée par un simple panneau « no pasar » planté avec autorité au beau milieu d’une végétation imperturbable. L’après midi ce sont les constructions des castors qui nous fascinent... Et finalement il ne pleut que les quinze dernières minutes de notre balade. La journée du lendemain est radicalement différente. Le réveil sonne tôt, le pique-nique en préparation on serre le lacets de nos chaussures de randonnée, on déplie les bâtons de marche et les bouteilles d’eau prennent leur place dans le sac pour un nouveau petit défi : grimper le Cerro Guanaco « dificultad alfa ». Trois heures de montée d’abord à travers une forêt entre troncs biscornus et racines rampantes, ensuite il faut avec difficulté se frayer un chemin dans la boue dans laquelle nos pieds s’enfoncent entièrement, puis une immense tourbière comme un tapis de mousse gorgé d’eau. D’ici là vue est dégagée, on reprend nos esprits tranquillement, pendant que notre regard balaie le paysage. Devant nous le flan abrupt et lisse d’un mont andin, sur lequel de minuscules silhouettes avancent lentement. Bon... après quelques mots pour se motiver nous voilà entourés par des flaques de neiges éternelles sur une montagne d’ardoises. Au sommet, la vue est sidérante : Ushuaïa et le canal beagle au loin, tout le parc national a nos pieds, et tout autour les pics de la Cordillère... un grand moment d’euphorie !

L’impression durable quil nous restera de cette pointe de terre australe concerne sa lumière. Nous avons joui de 18h de lumière solaire chaque jour là bas. L’été, de 5h à 23h30 il fait jour ! La perturbation que cela provoque est réelle. Une véritable paix, une atmosphère posée, calme, mais un sommeil léger et court qui finit par fatiguer. L’ambiance reste magique, la nuit noire n’existe pas, chaque journée paraît plus généreuse et la fraîcheur bien plus supportable.


Deux mois🥂

On avait envie de vous faire un petit bilan de ce premier tiers de voyage (et oui déjà...) A bord de notre valeureux Kombi nous avons parcourru un peu plus de 7 000 km, un trajet soigneusement reporté sur de grandes cartes :

Les 2 premières Chili (Santiago_Chiloé) / Les 2 dernières Argentine  (Bariloche_Ushuaïa)

En deux mois, notre appareil photo a collecté 1600 clichés, sans compter quasi le double de photographies sur l’Iphone. Nous avons randonné dans 8 parcs nationaux ! En quatre-vingt jours on a sans doute déjà trop goûté de vins chiliens et de bières argentines...

Hugo de Rio Grande / Damian Mariela et leur petite Carmela à Ushuaïa  

Mais surtout, nous nous sommes découverts une seconde famille, celle des kombinautos, tous ces gens formidables qui croisent notre route... ☮️

7

Costanera Atlantica

Au départ d’Ushuaïa, nous étions déjà démoralisés par la semaine de trajet qui nous attendait pour atteindre la capitale. La ruta 3, unique route de 3 093 km longeant l’océan atlantique pour relier le bout du monde à Buenos Aires. Les journées sont longues, et la boite d’aspirine diminue. La différente de température est flagrante, les degrés s’additionnent jusqu’à cette sensation de plein été. Chaque jour, on déniche un bel endroit, sur la plage, pour passer une agréable soirée et une nuit reposante. Les couchers de soleil sont saisissants, et les couleurs plus vives que jamais, l’océan se teinte de mauve tandis que l'horizon terrestre s’embrase !

Le quatrième jour, nous faisons une halte à Cabo dos bahías. Une pointe de terre isolée, à une centaine de kilomètres de la route principale. C’est à la première heure que nous arrivons aux passerelles, enfin, une longue passerelle en fer de plusieurs centaines de mètres jusqu’à l’océan. Nous sommes seuls, mais un bruit infernal nous entoure, un véritable vacarme dont on ne distingue pas encore parfaitement l’émetteur. Face à nous, une terre battue parsemée d’herbes hautes et de trous, nous nous trouvons devant l’habitat d’une colonie de manchots... Ces mignonnes petites bêtes brament comme des ânes et les petits poussent des cris aigus ininterrompus, pourtant la scène est terriblement émouvante. Nos pas sont lents, les plus doux possible, nos paroles rares et toujours à voix basse. A cet instant notre privilège paraît si grand que nous ne voulons en aucun cas les déranger. Ils sont très nombreux, et certains si près de nous que leur pelage semblable à des écailles, les ondulations rosées autour de leurs yeux ou bien le duvet gris des jeunes, nous apparaissent distinctement. Il y a ceux qui se reposent à l’ombre, ceux qui gardent le nid, et ceux qui se dirigent en cadence jusqu’à l’océan. Leur démarche, ce balancement de gauche à droite d’une rigidité quasi handicapatante, se révèle fort drôle ! Au bord de l’eau, les manchots effectuent leur toilette, tandis que d’autres nagent et font des bonds dans une formidable aisance. Un très très beau moment.

Malgré cela, notre lassitude et notre fatigue sont grandes, la route semble interminable. Heureusement à mi-parcours une halte salvatrice : la réserve naturelle de la péninsule Valdès. Une presqu’île où l’homme n’est qu’un invité de passage. Nous y avons séjourné trois nuits et deux jours. 200km de pistes donnant accès à plusieurs belvédères pour observer les animaux marins. Au premier, quelques éléphants de mer, seulement des femelles (les mâles sont d’énormes spécimens de plusieurs tonnes facilement repérables). Sur la route, un petit point de vue à peine indiqué, qui se trouve pourtant assailli par une micro foule. Le monde attirant le monde, on s’arrête aussi... Sur la plage, une colonie de lions de mer, et dans l’eau, tout près d’eux, des orques ! Quelle surprise ! L’aileron noir imposant, menaçant, dit instantanément le prédateur redoutable qu’est l’orque. A chaque geyser nous mesurons notre chance, car leurs apparitions sont rares si l’on en croit l’un des gardiens (en ce moment ils apprennent à leurs petits à chasser). Il fait très chaud, alors l’après-midi on se dirige lentement vers le dernier point de vue de la journée. Une importante colonie de lions de mer, les mâles exhibant nonchalamment leur crinière, entourés d’un harem de femelles au pelage doré et d’une quantité de tout petits tout noirs ! Ça sent fort et ça braille pas mal. Mais on assiste à des instants de vie majeurs et extrêmement intéressants pour comprendre leur fonctionnement : bagarres aux blessures profondes, accouplement, et plusieurs naissances ! (Repérables à l’attroupement d’oiseaux se disputant le placenta / l’instant de reconnaissance mutuelle entre la mère et le petit est très touchant)

Puerto pyramides, l’unique village de la péninsule  

Après cette journée forte en émotions, l’envie et le besoin d’une réelle pause nous poussent à suivre un chemin sableux jusqu’à une plage de roches lissées par d’éternelles marées. Là, une sorte de camping officieux amical et joyeux. A l’écart aux pieds de falaises à l’aspect pyramidal, on s’installe confortablement entre le soleil et l’océan. Le lendemain matin, les roues du Kombi font trempette, la marée plus forte que la veille nous entoure, on rit de la situation et les pieds dans l’eau on s’affaire autour du van comme si tout était normal ! Les gens toujours aussi aimables nous demandent si nous avons besoin d’aide lorsque Tony fait des vérifications la tête dans le moteur, ou bien nous laissent les 4 litres d’eau fraîche qu’ils leur restent à leur départ... Pour sûr, entourés de tant de gentillesse nous reviendrons plus doux et généreux !

Buenos Aires 🎉💃🏽

Le thermomètre affiche 39 degré à l’ombre à midi... à 23h comme à 8h il fait encore 30°. La chaleur ne nous laisse aucun répit, le soleil brûle et les nuits sont plus éprouvantes encore. L’eau paraît un trésor à chacune de nos respirations, chacun de nos mouvements. Mais, dans l’air brûlant flotte une musique légère, enjouée, grisante : les grandes vacances ! Alors on ne se fait pas prier pour se mettre au rythme estival, pour « disfrutar » de cette semaine à Buenos Aires. Une ville charmante.

Mais avant de partir à sa découverte, passage obligé chez le mécanicien... Après diagnostic, nous devons nous résoudre à sortir pour la seconde fois le moteur du Kombi. Immobilisé toute une semaine, c’est à pieds, en métro et en taxi que l’on arpente avenues et ruelles, parcs, places et musées de la capitale argentine.

L’âme architecturale de Buenos Aires résulte d’un savant mélange entre tradition et ultra modernité. En effet, ces bâtiments anciens, de briques rouges ou de façade lisse et blanche, côtoient harmonieusement d’impressionnants gratte-ciels en verre. A toute heure, la réputation festive des argentins se confirme, en musique et en pas de danse, le plaisir est un maître-mot !

Le quartier de Puerto Madero, un ancien port aux rives aménagées, muy muy agradables ! 

Difficile de faire une narration complète et attrayante de notre semaine à Buenos Aires. Alors, puisqu’il est impossible de tout dire, autant dire le meilleur, voici nos coups de cœur (peu de mots, beaucoup d’images !):

El caminito

Les trois ruelles les plus touristiques de la ville, mais qui valent vraiment le détour. A la descente du taxi, on pénètre dans un autre monde, une parenthèse piétonne très animée, à l’ambiance joviale et naïve, dans une explosion de couleurs. Au cœur de la Boca, ce quartier d’essence populaire qui, dans un pied de nez à la pauvreté, voit ses façades (tôle, pierre, bois) peinturlurées par les habitants dans les années 1920 sous l’impulsion de l'artiste local et renommé Quinquela Martin. Une œuvre citadine chargée de sens.

Los museos

Immersion culturelle. Nous avons pris un réel plaisir dans les musées de la ville, en y trouvant un peu de fraîcheur et une véritable qualité ! Trois entrées gratuites. Dans le musée des Beaux-Arts une belle collection moderne à la fois européenne et américaine, ainsi que deux expositions temporaires dédiées au sculpteur français Rodin et au peintre espagnol Miró. Le musée de la ville lui, nous a offert une vision chronologique extrêmement intéressante sur l’histoire politique de l’Argentine, avec des images poignantes des émeutes de 2001. Corruption, inflation, insécurité, encore aujourd’hui les porteños avec qui nous avons discuté n’ont que ces mots entre les lèvres... Enfin, le petit musée Sivorí, qui à l’issu d’un concours national, expose dans trois salles de jeunes artistes argentins primés. Lors de notre visite les dessinateurs étaient à l’honneur et nous en sommes restés sans voix.

Cementerio Recoleta

Total opposé du cimetière de Santiago au Chili à la végétation farouche, tombes individuelles couvertes de fleurs, et aux allées ombragées ; celui du quartier Recoleta ressemble plutôt à un labyrinthe d’étroits passages entre les hauts caveaux familiaux parfois austères mais toujours stylisés dévoilant quelques trésors décoratifs. Une matinée paisible !

Le trio infernal

A notre arrivée le jeudi à l’adresse de Fede le mécano, nous sommes reçus par sa compagne Silvina et son meilleur ami Mauro pendant que lui se trouve couché sous un Kombi.. Mauro est prof de sport dans un lycée et dans une école de Police, il n’aime pas le maté (boisson nationale à base d’herbe) et très peu la viande (ses compatriotes vouent un véritable culte à la grillade), autant dire qu’il n’a rien du prototype argentin ! Silvina, douce et souriante, est restauratrice d’œuvre d’art, elle a son atelier dans un musée et dispense quelques cours à l’université. Amoureuse du cinéma français (enfin surtout de Jean Réno) et du vin rouge, ses paroles ne sont que sagesse et poésie. Federico a un diplôme d’ingénieur agronome, et on n’a pas bien compris comment il était devenu mécanicien de Kombi, mais la passion semble la meilleure explication. Ils nous ont offert leur amitié... et toute la semaine durant, de l’eau fraîche, du pain maison, quelques douches et une énorme dose de bonne humeur et de rires. Pendant que les garçons s’occupent de la bête amarilla, les filles discutent politique, littérature, économie et sentiments. Pour conclure cette belle semaine, ils nous convient, ainsi que deux autres couples amis propriétaires de Kombi (on a fait un peu du communautarisme malgré nous...) à passer la soirée dans leur jardin entre bières, viande grillée et anecdotes automobiles. En quelques jours nous avons encore énormément progressé en castellano, une compréhension quasi totale et une expression de plus en plus fluide et riche de vocabulaire et de sens (ils se sont entendus pour surnommer Tony « la machina de hablar » !). Ces trentenaires épanouis, ont été de merveilleux compagnons d’un voyage linguistique, philosophique, mécanique et humain.

Silvina / Mauro Tony Federico 
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Bonus : un dimanche dans le delta du Tigre

Dimanche matin 10h, la ville est déserte, sans doute car, comme nous, les habitants la quitte lui préférant nature et quiétude. Tous les cinq dans la voiture de Silvina nous voilà partis en direction du delta du Tigre... Une infinité de magnifiques cours d’eau, fins, ombragés et verdoyants, traversés par l’imposant fleuve Paraná aux eaux limoneuses agitées. Mauro a un petit bateau à moteur depuis lequel il nous fait découvrir ce coin de paradis, tantôt en mode balade silencieuse tantôt en full speed dans le vagues. Pour le déjeuner, on se met le bas du corps dans une eau à 28 degrés, et on savoure tranquillement nos délicieux sandwichs avec la viande de la pareille de la veille. Miammm 🥩 !

Le lendemain, les adieux ont été douloureux, conscients de l’aspect définitif de cet au revoir... Car, malgré les invitations chaleureusement lancées, les probabilités que celles ci ne se perdent pas dans l’univers sont minces. En dix jours nous avons eu la sensation de nouer une amitié sincère avec eux. Silvina, Mauro, Fede, ont été l’âme solaire de Buenos Aires. Gracias 💛

NB : le Kombi va bien, et en prime nous avons installé sur son toit un panneau solaire pour obtenir une autonomie électrique totale (une lumière centrale à l’intérieur, un petit ventilateur, et la possibilité de recharger l’appareil photo, le portable, la tondeuse, l’enceinte musicale etc...) Bref, on est hyper contents de ce petit investissement, pour le confort de notre voyage et pour le bonus que cela procurera lors de la vente !

A suivre (...)

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Après pratiquement deux semaines de repos, entre découvertes et flâneries, rires, grillades et mécanique, dans le coeur de Buenos Aires, il était tant de faire à nouveau gronder le moteur de notre vaillant Kombi et de reprendre la route, direction le nord.

C’est toujours traqués par une soleil de plomb que nous nous sommes lentement dirigés vers cette pointe de terre argentine, à l’extrême nord-est, confortablement nichée entre le Paraguay et le Brésil, la région de Misiones. Une fois n’est pas coutume, son paysage unique nous a littéralement enchanté. La couleur de sa terre oscillant entre l’orange et le rouge foncé, provoque un contraste majestueux avec le vert soutenu de la forêt tropicale à la végétation exubérante. La selva paranaensis charge l’air d’une humidité constante, à moment étouffante, rendant plus inoubliable encore notre découverte de ce climat typique. Cet environnement abrite une faune et une flore exceptionnelle : coatis, alligators, toucans, serpents ...

C’est également dans cette région que nous avons croisé pour la première fois des descendants de l’un de ces peuples originels d’Amérique du Sud, des indiens guaranis. Le pigment orangé si particulier à la région a comme teinté la peau tannique de leur corps robuste, les mèches anarchiquement coupées de leur chevelure lisse et épaisse, et leurs vêtements usés, sales et troués. Déstabilisant, navrant, et éprouvant. Leur existence nous apparaît fort misérable, d’une extrême pauvreté. Ils vivent au bord des routes, dans des cabanes entourées de déchets à la lisière de la forêt. Les enfants sont pieds nus, souvent seuls, ils suivent les touristes et demandent sans relâche quelques « pesitos », tant dis que les adultes essayent de vendre aux carrefours routiers des plantes et des objets en bois. L’exclusion, l’isolement, le rejet dont ils sont victimes sont immenses, malgré leur nombre ils appartiennent à ces communautés sans voix.


Les ruines jésuites-guaranis

A l’arrivée des conquérants européens au XVI siècle, les guaranis ont vu leur mode de vie et leurs croyances remises en cause. Des missionnaires jésuites créèrent dans la région des communautés autonomes, autarciques. Mais au XVIIIe siècle, la couronne espagnole voit d’un mauvais œil ces organisations humaines et religieuses quasi indépendantes et envoie l’armée pour évacuer ces lieux. Malgré les révoltes, les guaranis sont massacrés et le pape dissout l’ordre jésuite. Cent ans plus tard les bâtiments sont détruits durant les querelles territoriales entre le Brésil, le Paraguay et l’Argentine. Nous avons visité trois de ces missions jésuites-guarani, des ruines chargées d’histoire...

Santa Ana. Ce ne sont que quelques pierres, rouges, qui demandent de l’imagination. Sa grande place au centre, espace vert vide et parfaitement carré, reste impressionnante, et le petit cimetière conserve l’âme des lieux. Paisible, au cœur d’une jungle où pendent de nombreuses lianes, la balade est d’une tranquillité salvatrice.

San Loreto. Les fondations bien plus étendues et nombreuses témoignent d’une importante communauté. Quelques colonnes de l’église encore bien conservées mais le charme manque.

San Ignacio. D’un soleil radieux à l’orage tropical, il n’y eut que quelques minutes. Une pluie diluvienne s’est abattue sur nous faisant chuter la température à nous faire frissonner. Drôle et rafraîchissant. On était tout de même contents d’avoir eu le temps de déambuler entre les ruines à pas lents. Les bâtisses ici bien mieux conservées nous ont donné un bon aperçu de l’aspect que pouvaient avoir ces missions. Notamment le somptueux porche sculpté dans une pierre d’un orangé très prononcé.

En partant de Buenos Aires nous n’avions qu’une vague connaissance de ces ruines jésuites, évoquées une fois où deux par nos hôtes kombinautos. Elles se révélèrent des haltes fort revigorantes sur une longue route (une de plus dans cet immense pays) vers notre but, parmi les grandes étapes de notre voyage :


Les chutes d’iguazu

A leur seule évocation, ses cataractes nous faisaient rêver, et une fois devant nous n’en sommes pas revenus !

Pourtant à 9h du matin, la file d’attente interminable, la foule qui grouille de toute part, et les magasins de souvenirs, nous donnent l’impression d’arriver dans un parc d’attraction... On inspire profondément pour ne pas se laisser démoraliser. Une fois les tickets achetés, on s’engage à pas rapides sur le premier sentier, sur lequel nous rencontrons promptement une joyeuse bande de coatis peu farouche ! Avec leur longue queue rayée raide comme une antenne et leur museau mou et aplati sur le bout, ils sont terriblement mignons.

On s’enfonce peu à peu dans une nature au vert tendre, humide et dense. Après quelques jolies petites cascades pour nous plonger dans l’ambiance, voilà que derrière un virage la vue se dégage tout à coup, nous dévoilant un décor digne d’un grand film d’aventure : en enfilade, des dizaines de chutes glissant le long de murs végétaux, un véritable rideau d’eau qui se déverse sur un premier palier avant de plonger dans le torrent énergique et remuant tout en bas ; et au centre une île stoïque, inébranlable, malgré l’agitation rugissante et incessante qui l’entoure. Le ciel couvert, les nuages gris et bas, les embruns flottant dans l’air en une épaisse brume blanche, rajoutent une touche étrange et chimérique à la scène. A nouveau, cette sensation de petitesse nous étreint, nous regardons une immense faille géologique dans laquelle se répandent sans relâche toutes les eaux tropicales. On s’approche toujours plus près, en s’imprégnant de l’humidité, du grondement entêtant et perpétuel. D’en bas, d’en haut, par dessus, juste au pied, ou tout au bord, cette matinée de promenade est riche en points de vue.

Les animaux rencontrés dans la journée  

Dans l’après midi, après une longue attente sous une chaleur harassante, nous grimpons à bord d’un petit train nous menant à l’autre bout de l’immense crevasse voir la vedette au nom évocateur : « la garganta del diablo »... Devant elle, nous avons perdu l’équilibre, le souffle et les mots ! Plus large, plus haute, plus puissante que les 200 autres cascades réunies. En bas nous n’imaginons que trop bien le déluge. Si près d’elle, nous la trouvons presque terrifiante, en tout point envoûtante et assurément émouvante. Rien ne paraît plus impressionnant à cet instant.

Une journée au Brésil

Tout juste remis de nos émotions, nous prenons la route le lendemain matin pour aller voir les chutes d’Iguazu depuis le territoire brésilien en face. Un bus nous dépose au départ d’un joli chemin ombragé à flan de roches. Comment avons nous pu être encore plus béats que la veille ? Sans doute parce que d’ici le panorama est grisant, un amphithéâtre exceptionnel. Le soleil inonde de lumière le décor, les arcs en ciel se multiplient, une féerie. La passerelle s’avance dans la faille, on s’y trouve au cœur, et au fond la Gorge du diable nous apparaît clairement, plus tonitruante que jamais...

Pour les voir en plus grand, cliquez dessus ! 😊

La seconde partie de cette journée, nous la consacrons à la visite d’une réserve naturelle recueillant des oiseaux sauvés de trafics. Un joli moment et de magnifiques spécimens au plumage multicolore que l’on voit de près (petit coup de cœur pour les toucans). Enfin, à 17h une folie nous prend, et pour contrer cette température affolante nous nous offrons 2h dans un petit complexe de jeux aquatiques et de piscines.. on s’est bien amusés dans les toboggans et les bouées !

« Parque das aves » 

Le NOA

Le nord-ouest argentin s’est avéré être un dépaysement total, humain et naturel, auquel nous n’étions pas préparés. Là, nous avons pénétré dans une zone atteinte par la saison des pluies, ce qui se traduit par de violents orages, soudains mais brefs (dont deux de grêle, plutôt marquants).


Salta

Après plusieurs jours sur la route, nous avons élu domicile sur un petit parking, sous les arbres, devant le musée anthropologique et aux pieds du Cerro San Bernardo. Un espace calme et reposant dans une ville de 550 000 habitants. (Avec trois autres campervans !)

1070 marches à gripper pour atteindre le point le plus haut de la ville, on s’y lance de bon matin, on monte doucement. De là, on remarque que Salta est enlacée par de basses chaînes montagneuses verdoyantes, et que son plan est un parfait damier.

Matin et soir / Cerro San Bernardo  

Visiter le centre ville un dimanche fut une idée lumineuse, aucune voiture, aucune agitation, juste des ruelles et des places ombragées et paisibles. La plaza centrale est l’une des plus agréables qu’il nous est été donné de voir : palmiers et magnolias, une immense statue équestre en bronze, et quelques beaux bâtiments de style colonial aux décorations baroques, parmi lesquels de magnifiques églises colorées. Salta est une ville charmante, on a réellement pris plaisir à flâner dans ses rues désertes, tout en savourant une bonne glace.

Casco historico 
Arte en la calle 

L’instant culture générale fut intense. Dans le musée archéologique de haute montagne nous frissonnons tant la température est basse. Même si l’on sait ce que l’on vie t voir, le choc n’en reste pas moins fort face à deux momies... Deux jeunes filles, sacrifiées en offrande aux dieux par les Incas, parce qu’elles étaient d’une beauté exceptionnelle, retrouvées à 6000m d’altitude recroquevillées sur leurs genoux. Impressionnant, la peau, les cheveux, les vêtements, tout est intacts. Ces momies ont 600 ans... et un tremblement secouent nos corps.

Salta nous est apparu comme un espace de transitions. Ville jeune et dynamique, nous n’avions jamais vu tant de bébés dans les bras. Aussi, depuis Buenos Aires les visages ont changé, il ne s’agit plus du tout du type européen, ici les peaux sont brunes et les cheveux des filles noirs et démesurément longs. C’est également ici que nous avons observé les première joues gonflées par les boules de feuilles de coca en mastication, les bords des lèvres à la salive verdâtre, et l’haleine aux arômes de plantes. (Notons que la coca est prohibée en Argentine, mais qu’à 300km de la frontière bolivienne, une certaine tolérance semble être appliquée.)


Purmamarca

Fini la forêt tropicale, nous voici débarqués dans le pays des cactus ! Purmamarca est un petit bijou. Ce minuscule village aux maisons en briques et torchis, est entouré par des montagnes de toutes les couleurs. Pour en apprécier chaque nuance nous avec pris le Paso de los colorados qui les parcourent au coucher du soleil et le lendemain à l’aube. Magnifique. Du vert, du gris, du orange, du mauve, de l’ocre, du beige, du rose... Une petite église blanche et un arbre quasi millénaire, et sur la place des étals de tissus colorés et des femmes en tenues traditionnelles. Ici le temps semble ne pas avoir de prises, les gens vivent paisiblement aux rythmes de la Pachamama...

Las Salinas Grandes

La route qui nous y a mené est peut être plus remarquable que les salins eux mêmes. Ce 23 février 2018 fut un grand jour : le Kombi est grimpé, avec persévérance, au cœur des andes, pour nous faire franchir un col à .... tenez vous bien ... 4170m ! Ne dépassant jamais 30km/h sur cette voie raide, sinueuse, et escarpée, aux paysages grandioses (des flans épurés, des sommets aux pics arrondis et aux pentes douces, milles nuances, et d’impressionnantes crevasses).

En cette saison, les salinas sont logiquement recouvertes d’une fine couche d’eau, l’effet n’est donc pas le même, mais cela n’en reste pas moins pittoresque. Les nuages et les pics de plus de 5000m se reflètent sur cette étendue blanche, les sculptures en croûtes de sel, les nappes sèches, et l’air tiède, en font un endroit très agréable. Le retour s’est fait la tête dans les nuages, littéralement, avec un ravin baigné dans un brouillard diaphane.

La route jusqu’aux Salinas, grandiose !  
Les pieds dans le sel  
Col à 4170m !  

Toujours plus au nord

Tilcara (étoile filante en quechua) - Uquia - Humahuaca : une journée en images

Tilcara  
Quebrada de las señoritas 

La Quiaca, une nouvelle mésaventure mécanique

Nous ne savions pas que ce petit village frontalier (les poste douaniers sont dans le pueblo, et côté bolivien, soit de l’autre côté de la rue, le village s’appelle Villazon) allait devenir une étape notable de notre séjour. Rien ne l’y prédestiné. Pourtant une fois n’est pas coutume, le van nous a fait un méchant caprice, en s’y arrêtant pour ne plus redémarrer. Sauf que cette fois les choses se sont avérées plus compliquées. Une fois le diagnostic établi par notre patient, courageux et nouvellement expert de Kombi, il fallait trouver une solution. A 3500m d’altitude, nous sommes fatigués et fort démunis. On finit par prendre une décision radicale : laisser le Kombi, garé dans une station essence, pour prendre un bus conduisant à la première ville. Apres 5h de route nous arrivons à San Salvador de Jujuy. On vous passe les détails mais pas un alternateur neuf à l’horizon, un monsieur tente de nous changer une pièce. Une fois de retour au van l’enthousiasme est de courte durée, l’alternateur ne fonctionne toujours pas. Seconde décision, plus radicale encore : Tony prend à nouveau un bus pour un trajet de 7h cette fois, et Lisa reste au Kombi pour qu’il ne lui arrive rien et pour amoindrir les frais... Retour à Salta donc, oú un homme parvient à réparer ce satané alternador. Tant dis que la demoiselle se fait dorloter par Norma, la gérante de la station, une adorable mamie assurant à Tony qu’elle allait pour deux jours devenir la maman de sa novia. Parmi ses innombrables attentions, de bons repas (empañadas, poulet-riz, poêlée de légumes, fruits...) de gentils mots et des paroles rassurantes (n’oublions de préciser qu’elle a passé 2h avec Tony dans son bureau à appeler tous les spécialistes auto de Salta et envoyant Tony avec un nom et une adresse en ville, le faisant amener en voiture au terminal de bus, et demandant quotidiennement de ses nouvelles tout en priant pour que les choses s’arrangent). En bref, encore une formidable personne placée sur notre route pour donner à ce voyage une belle dose d’humanité...

San Salvador de Jujuy  
Deuxième orage de grêle  
Norma notre bonne fée 🌟 // Rencontre avec 4 autres Kombi juste avant la frontière !  

A 5121km d’Ushuaïa, nous sommes tout excités à l’idée de poser nos pieds et nos yeux sur les terres boliviennes !

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Le passage à la frontière s’est avéré plus chaotique que jamais. Pas de personnel dans les bureaux, aucune explication, des regards méprisants (à part le douanier bolivien qui rigolait franchement devant un jeu télé...) Notre patience et notre amabilité furent mises à rudes épreuves mais finalement notre van et nous obtenions l’autorisation de circuler sur le territoire bolivien pour une durée de 30 jours. Comme à l’accoutumée, le changement fut saisissant. Non pas le paysage, car nous nous trouvions au cœur d’un village à deux noms (La Quiaca en Argentine/ Villazón en Bolivie), mais l’atmosphère, la population et le décor urbain. En fait, un pont marque la séparation entre les deux pays, et une fois franchi, on s’est engouffré dans une rue saturée de petits bouibouis aux éventaires débordants, d’une foule au teint tanné et aux tenues colorées, et d’odeurs plus ou moins supportables... Bienvenus en Bolivie !

Tupiza

Entourée de montagnes rouges, Tupiza est une petite ville tranquille et plutôt charmante. Dans ses rues nous découvrons des dizaines de tuk-tuk taxis, les vêtements traditionnels des femmes (jupe épaisse et plissée, tablier, collants de laine, chapeau melon et deux longues nattes au bout desquelles pendent des pompons en laine), la multitude de variétés de pommes de terre sur les étals du marché, bref un nouveau monde auquel il va falloir nous acclimater.

L’arrivée des copains : Anna et Guillaume nous on fait l’immense plaisir de venir jusqu’au fin fond de la Bolivie pour passer une semaine avec nous. Venus de Strasbourg, après deux semaines au Pérou, et une méchante turista, les voilà débarqués à Tupiza. On est hyper heureux de leur faire voir notre petite maison roulante, on les assomme de mille récits de notre voyage et surtout on est tout excités de découvrir avec eux le sud de ce pays encore méconnu de nous tous. 👀

Pendant deux jours nous visitons les environs de Tupiza, ses quebradas (canyons asséchés), ses cactus et ses lamas. On prend un réel plaisir à se faire de bons petits repas sous les arbres le midi ou bien au chaud dans le Kombi le soir.

Après pratiquement 9 ans d’amitié, l’enthousiasme est fort à l’idée de vivre une telle aventure ensemble. Quelle aventure ? 5 jours en 4x4 dans l’Altiplano (un désert montagneux à plus de 4000m d’altitude). Go !

Le sud Lípez

Jour 1

7h30, après avoir laissé le van au gardiennage, nous arrivons devant l’agence organisatrice du tour. Plusieurs 4x4 s’apprêtent à partir, les chauffeurs sont sur les toits et attachent provisions et sacs à dos sur la galerie. Une Jepp bleue foncée, un guide-chauffeur aux yeux rieurs nommé Felipe et une cuisinière à la voix douce répondant au nom de Julia et nous voilà partis. Lui passe sont temps à faire des blagues et elle à s’inquiéter de nos contraintes alimentaires ( une allergique et deux aux estomacs encore fragiles). Toute la journée, nos yeux se posent sur une quantité de reliefs montagneux au mille et unes couleurs, matières et formes. On dépasse rapidement les 4000 m d’altitude pour découvrir un paysage rude et quasi désertique. Le soir nous posons les bagages dans le minuscule village de Guadalupe, là un hospedaje avec une chambre de 4 petits lits, une salle à manger, et une autre pièce attenante faisant office de cuisine (avec un lit pour Julia). Le sol est en terre battue, les toits en paille, l’électricité des plus sommaires et l’eau de rivière disponible depuis un robinet dans la cour. Au creux de cette vallée au milieu de nulle part, le silence est déstabilisant et le froid pénétrant. Après un bon repas, une partie de cartes et une rapide toilette, le sommeil nous prend.

Départ et repas du midi  
Jour 1 
«  Ciudad de Roma » 
Guadalupe 

Jour 2

Le soleil déjà levé depuis un moment, nous émergeons à 6h30, la température est basse mais supportable. Un bon petit déjeuner et nous partons en direction de lagunas. À la sortie du village nous rencontrons deux hommes à pieds qui partent pour 1h30 de marche en direction de la mine... La route est de plus en plus accidentée, imprécise, capricieuse. Le soleil tape fort et nous brûle le visage.

Les lagunes sont plus ou moins remarquables, mais la dernière est un enchantement. La laguna céleste, bleue, rouge, violette, parfois verte quasi transparente. En fond le volcan Uturunku, majestueux, coiffé de sa neige sempiternelle. Dans l’air l’oxygène manque, faisant battre nos cœurs plus vite et rendant nos aspirations plus profondes (nous sommes tout de même déjà mieux accoutumés que la veille).

Ce soir, la configuration du dormitorio est quasi identique. Sous une véranda qui nous sert de salle à manger, un robinet d’eau froide nous est présenté comme une douche... L’un après l’autre on serre les dents et on se savonne à toute vitesse. Felipe nettoie la Jeep au jet d’eau (hier directement dans le rio), pendant que Julia cuisine. Dehors le soleil se couche sur la cime des deux volcans qui font notre horizon.

Sur la route  
Les lagunes  
Quetena Grande (village oú l’on passe la deuxième nuit)

Jour 3

On s’est encore réveillés avec le soleil, vers 6h. Après la cuisine et les sacs à dos à nouveau sanglés sur le toit du 4x4 nous repartons pour une belle journée. Sur notre route les cours d’eau sont à certains endroits gelés, le bord d’une lagune aussi (il faisait 4 degrés à notre départ de Quetena). Nous sommes en plein désert, c’est impressionnant. Des montagnes au loin et devant nous des km2 de sol stérile et poussiéreux. Surprise, au milieu de la route une caravane de lamas, avec à pieds un couple et une petite fille sur un vélo. C’est magique ! Ici on rencontre beaucoup d’autres véhicules de tourisme, situation qui nous crispe assez vite. Sur notre circuit un moment détente aux Aguas Termales. Anna, Guillaume, Tony et Felipe enfilent leur maillot et glissent dans une petite piscine à 35°. À peine le temps de profiter qu’une horde de chinois couverts de la tête aux pieds envahit le bain... l’environnement n’en reste pas moins splendide, les chaînes montagneuses enneigées se marient à merveille avec le vert clair de l’eau juste en bas.

L’étape suivante se fait à 5000m d’altitude... de seulement le savoir le moment devient particulier. Plus encore parce que nous nous trouvons devant la terre en activité. De la fumée blanche épaisse sort en colonne déviée par le vent, partout des trous où boue, jaillit, une matière grise et opaque, du souffre... Autour le sol craquelé est à la fois jaune, rosé, gris. C’est complètement surréaliste comme décor. Un peu plus loin, de l’air sort sous haute pression, le chauffeur prend une bouteille d’eau et la jette sur la sortie d’air et la comme en lévitation elle tournoie dans le vide. Tony et Guillaume essaient à leur tour, on applaudit et on se marre comme des gamins.

Pour déjeuner, on nous installe près de la laguna Colorada, à côté d’un camping-car tout terrain allemand. La vue depuis le mirador est saisissante, orangée, rouge, la grande étendue est d’une couleur surprenante. Peu profonde elle abrite une immense colonie de flamands roses que l’on approche de très près ! Les lamas peu farouches se baladent autour de nous.

On termine la journée par un soleil descendant sur un désert de borax. A l’hostel nous avons le luxe de prendre une douche chaude délicieuse (qu’une seule d’entre nous a eu le loisir de réaliser). Un bon repas, une partie de cartes (rituel installé) et au lit !

8h - Hôtel de lamas (où ils passent la nuit)
L’immensité  
Désert de Dali  
Les geysers à 5000 m.s.n.m
Laguna Colorada 
Soirée cartes et dodo de princesses 

Jour 4

Felipe nous propose une route alternative plus accès sur les roches que les lagunes, et surtout moins empruntée ce qui finit de nous convaincre. Nous commençons la journée par un peu de grimpette, Tony sur un rocher en forme de chameau couché, puis nous tous sur une haute formation rocheuse pour profiter de la vue et de l’écho. Plus loin, on s’arrête un moment pour marcher au cœur d’une vallée faite de roches orangées. Dans cette imposante mer figée vivent chinchillas, oies et lamas. Elle abrite égale un petit paradis, nommée laguna negra à cause de ses eaux foncées. Un endroit d’une sérénité absolue, coup de cœur d’Anna et Tony.

L’après midi la route jusqu’à Uyuni est longue, on traverse les champs de quinoa (rouge, jaune ou noir selon la variété), puis on visite le cimetière de trains. Là, les garçons grimpent dans les locomotives pour en comprendre le fonctionnement, tandis que les filles admirent l’art sauvage. Nous finissons la journée à Colchani, dans un petit hôtel en briques de sel, quasi insalubre mais atypique. À 18h Felipe nous amène au bord du Salar pour profiter de l’atardecer (coucher du soleil). À la période des pluies le salar et recouvert de quelques centimètres d’eau, le spectacle nous a transporté. Sur l’eau tout devient magique, de chaque côté les couleurs du ciel et de la surface liquide prenaient des teintes puissantes et complémentaires. Il y avait un monde fou, des gens venus des quartes coins de la planète pour profiter de cet instant, ce qui remplissait l’atmosphère d’une douce joie euphorique. Un très beau moment...

Chameau / Rio anaconda
Laguna negra  
Desierto de trenes 
6 vues ... 
Dans les coulisses du tour : les filles dans leur sac de couchage  / hôtel de sel 

Jour 5

Réveil plus difficile que les précédents : 4h30. Nous allons voir le lever du soleil sur le salar. On est impatients mais notre gentil chauffeur craignant pour son moteur est d’une lenteur irritante. Enfin nous nous arrêtons, trois courageux mettent les pieds dans l’eau glacée, tandis que les trois autres restent dans la Jeep pour profiter depuis les fenêtres ouvertes. Frigorifiés, on attend l’arrivée du soleil derrière la montagne. Peu à peu tout se met à scintiller et la blancheur du salar se dévoile. L’eau est cristalline, le sel forme de longs filets granuleux parallèles, tandis que les volcans miroitent sur l’étendue salée. Féerique.

Après un petit déjeuner dans une immense salle sphérique avec beaucoup d’autres voyageurs, on passe une bonne heure les pieds dans le sel à faire des photos « locas », terriblement niaises mais qui nous tirent de nombreux fous rires. Nous prenons le repas du midi dans une arrière boutique du marché artisanal de souvenirs (oú nous faisons quelques folies 🤫). En début d’après midi nous déposons Anna et Guillaume devant l’agence aérienne qui les ramène à La Paz, 4h plus tard nous sommes de retour à Tupiza...

Un peu après 5h du matin  
Ojos del sal (en bas à droite)  
Quand Felipe nous fait faire n’importe quoi 😄

On a passé 5 jours éprouvants, tant par la fatigue causée par l’altitude et la route, que par les émotions fortes ressenties devant ces chefs d’œuvres naturels dont regorge le sud-ouest de la Bolivie. Après quatre mois à deux, vous n’imaginez pas notre bonheur à partager une semaine avec des âmes connues et aimées !

Le van a quelques difficultés à rouler si loin de la mer (réglage délicat de l’entrée d’oxygène dans le moteur), notre prochaine étape sont les villes de Potosí et Sucre, on croise les doigts pour y parvenir en Kombi (d’autres petits doigts croisés ne seraient pas de trop !)

On vous embrasse très fort 😘

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À l’exception de la charmante Buenos Aires, les villes chiliennes et argentines sont terriblement laides et inhospitalières. Nous pourrions vous faire le palmarès des cités les plus repoussantes... Mais enfin là n’est pas le propos, puisque nous avons enfin trouvé sur notre route, trois villes (boliviennes donc) aux caractères inoubliables : Potosí, Sucre et La Paz.

Si, comme le Chili et l’Argentine, la Bolivie offre une multitude de paysages à la beauté et la diversité exceptionnelles, elle possède également des villes aux visages singulièrement envoûtants. Alors bien sûr elles ont leur part d’ombre (présente et pesante), qui se concentre dans la pollution automobile (les minibus, les taxis, sont plus nombreux qu’ailleurs, plus vieux et plus mal entretenus, et à chaque coup d’embrayage une fumée noire suffocante envahie l’air déjà si pauvre en oxygène...) et la pauvreté (les abuelas édentées et rachitiques qui font la manche, les cireurs de chaussures à genoux à chaque coin de rue...). Si l’on rajoute à cela l’hygiène corporelle et alimentaire des plus rudimentaires, pour l’instant rien d’attrayant. Et on doit vous avouez que les premiers temps ont été assez compliqués : trouver à manger sans se rendre malade, de l’eau (même à l’hôtel l’eau courante est jaune), on y a laisser quelques kilos. En plus de cela, les boliviens, sans faire de généralités - quoi que - sont bien moins avenants que les chiliens, les argentins, les brésiliens, les uruguayens, que nous avons pu rencontrer. La vie plus rude les rend sans doute plus introvertis, plus sévères dans leur approche de l’étranger touriste. Nous avons été surpris et même vexés parfois (notamment quand on s’est fait suivre dans un magasin comme de potentiels voleurs, ou à chaque fois que l’on n’a pas répondu à nos bonjours souriants) mais nous avons fini par accepter de recevoir une pointe d’amicalité seulement lorsque nous étions de possibles acheteurs.

En fait, la Bolivie c’est un voyage dans le voyage. Ce mois-ci n’a rien à voir avec les 4 précédents. Notre mode de vie a changé, de déplacement surtout. Aux vues de la nature aux reliefs abrupts et accidentés nous avons dû délaisser le Combi pour le 4x4 dans le Sud, le bus entre les villes et les transports en communs au cœur des ciudades. Le van a passé la majeure partie de notre temps en Bolivie dans des garages privés bien au chaud et au calme. Il n’a effectué que les trajets nécessaires (avec brio) de Tupiza à Potosí et de Potosí à La Paz. Ensuite comme nous avons été malades et fatigués nous avons opté à deux reprises pour hostel et chambre d’hôtes afin d’avoir tout le confort à dispo pour se requinquer et repartir de plus belle. Et enfin, à chaque sortie dans la nature pour quelconque activité, il est nécessaire de s’en remettre à une agence spécialisée car les trajets et les excursions doivent être encadrés pour plus de sécurité et de réussite aussi. Donc ce mois-ci pas de spots isolés magnifiques pour dormir, pas de longs trajets semés de petites pannes mécaniques, pas de coups de cœur amicaux, ni de délicieuses découvertes culinaires (à part les patates douces dévorées en grandes quantités). Il s’est véritablement agit d’une toute autre configuration. On a fait vivre les agences touristiques locales boliviennes, avec des guides autochtones compétents et gentils, on s’est infligé un sorte de restriction alimentaire pour préserver nos estomacs (qui ont malgré tout soufferts...), nos corps ont explosé le score de la production de globules rouges (avec la haute altitude), on a découvert la très belle architecture coloniale métisse - le baroque européen mêlé aux motifs décoratifs indigènes - mais aussi le capharnaüm qu’est la capitale la plus haute du monde.

Bon, après cette petite (pardon elle n’est pas si petite que cela) introduction la Bolivie n’a sans doute pas conquis vos cœurs, mais attendez de voir de quoi ont été faites nos dernières semaines pour vous prononcer. Parce que, même si traverser la Bolivie n’est pas toujours chose facile et agréable, c’est un pays tellement surprenant, déroutant, qu’il en vaut la peine.


Potosí

En partant de Tupiza, les premiers kilomètres furent si ardus et raides, avec des virages au pourcentage d’inclinaison presque indécent, que l’idée de faire demi tour nous a traversé l’esprit. Mais à part repartir en Argentine nous n’avions aucune option, il fallait y arriver. Alors en 1ère, le Kombi est lentement monté, puis descendu, et monté encore, autant de fois qu’il a été nécessaire pour parcourir les 250km qui nous séparaient de la ville de Potosí.

Outre le van qui a tout de même passé des cols à plus de 4000m d’altitude (4315 pour le record), nous nous sommes retrouvés bloqués à 40km de notre point d’arrivée, au milieu de nulle part, avec plusieurs centaines de camions marchands et de petits vans 9 places (appelés « colectivos » pour les transports de personnes, et qui prennent en réalité à leur bord bien plus que 9 individus. D’ailleurs ce soir là nous avons vu quantité de personnes monter dans des camions à bestiaux, vous savez tout en ferraille et ajouré, pour pouvoir se déplacer... on en est resté coi). Bref, la route était bloquée et impossible de s’en faire expliquer la raison, une histoire de frontière départementale de ce que nous en avons déduit. Après plusieurs heures d’attente et la nuit tombée, nous nous étions préparés à dormir sur le bas côté mais tout à coup une agitation anarchique nous a fait comprendre que c’était l’heure de décamper. Des policiers et militaires partout, des énormes blocs de roches sur le passage et puis le Kombi qui n’arrive pas à monter, le stress qui monte lui par contre avec les conducteurs pressés et donc fort impatients, on finit par capituler en se garant sur le bas côté. Ce n’est donc que le lendemain que nous avons fait notre entrée à Potosí.

Juste avant la ville, le panorama et morne, disgracieux. Potosí est une ville minière, alors toutes les collines qui l’entourent sont pelées, sans vie, trouées et envahies de machines abracadabrantes, avec les camions-bennes qui surgissent de toutes parts, et la route n’est que boue et gigantesques nids de poule... à cet instant on se demande ce que l’on vient faire là. Puis la ville se dévoile, toute orangée (les maisons en briques n’ont pas de revêtement, et c’est le cas de nombreuses habitations dans les trois villes que nous avons visité), au plan fait de ruelles biscornues, exiguës et pentues. On se gare enfin dans une rue tranquille pour partir à la recherche de nourriture. On trouve un petit supermarché avec quelques produits qui nous réchauffent le cœur et nous font un bon petit repas pour le soir.

Le lendemain on part à la découverte du centre-ville. Potosí est vaste, étendue, mais le cœur historique se réduit à quelques rues, deux trois belles églises et bâtiments coloniaux remarquables. On s’y sent plutôt bien, même si la moindre montée à pied nous essouffle comme après un long footing en bord de plage... Les façades colorées sont un ravissement pour nos yeux, la température est agréable, en somme c’est une belle journée.

Plaza  6 de Augusto

Cette ville a véritablement deux visages, que tout oppose mais qui ne peuvent exister l’un sans l’autre. Sans l’exploitation de minerais la ville n’aurait pas prospéré ni grandi, et la gaité qui parfume ses allées n’existerait pas.


Sucre

Sucre n’est qu’à 150km de Potosí est pourtant 3h de route sont nécessaires pour y parvenir. Une très belle route en lacets qui plonge dans la verdure. Car la ville n’est pas sur l’Altiplano, elle se situe dans la région des Vallées. A seulement 2750 msnm (metros sobre el nivel del mar) la nature est bien plus généreuse et l’air plus respirable.

Même si la ville est immense, elle devient pendant deux jours notre petit coin de tranquillité. Après un trajet qui n’a pas été lui de tout repos. En effet, nous avons opté pour le bus. Dans le terminal nous avons déjà droit à un spectacle. Ici rien de très carré, ni réglementé. Dans l’immense hall circulaire des voix résonnent : « Cochabamba », « Sucre », « Tupiza »... A chaque comptoir de compagnies, des femmes annoncent le prochain départ. Un désordre et une confusion qu’il nous faut dépasser pour trouver nos billets. Il est 9h on s’installe dans le bus. Et surprise (enfin pas vraiment puisque l’on avait déjà entendu quelques récits de voyageurs de trajets en bus disons mouvementés) le chauffeur est un véritable danger. Il roule à toute vitesse, de façon très saccadée et brutale en abusant du klaxon. On est un peu effrayés, on serre les dents dans les tournants à flancs de falaise et on prend notre mal en patience.

Heureusement, l’hostel réservé la veille à l’aveugle et à la hâte est un havre de paix et de calme. Un joli petit jardin style cour intérieure avec gazon bien vert, plantes grimpantes en fleurs, tables de pique-nique ; notre chambre est spacieuse et propre, nous avons une grande cuisine à disposition et la wifi. Tout ça pour 16 euros...

L’après midi on part à la découverte de la ville. Comme Potosí, le centre historique est relativement restreint ce qui nous permet d’en profiter largement durant ces quelques heures.

Sans s’y attendre nous atterrissons devant le marché central, qui pour une fois dans ce pays ne dégage pas d’odeurs nauséabondes, au contraire les étals de fruits exotiques ne sont qu’arômes ensorcelants. On déambule dans les jolies rues, en passant devant de très beaux bâtiments coloniaux et des petites églises élégantes. Nous profitons du beau temps et de la chaleur solaire pour se poser sur une place ombragée et tranquille en sirotant une petite boisson fraîche. C’est ensuite complètement par hasard qu’en passant rapidement la tête à travers le portail d’une église qu’une dame nous indique la possibilité de monter sur le toit, au clocher. On s’y presse, la vue est superbe !

Mercado central  et petite pause 4h 
Cœur de ville  
Depuis le toit  

Notre fin de journée on la consacre à un musée dédié à l’art du tissage andin. Dans la boutique, trois communautés de la région exposent et vendent leurs travaux. Une femme assise devant son métier à tisser (un cadre en bois oú s’entremêlent des centaines de fils tendus, de toutes les couleurs) est en pleine réalisation. Nous sommes sidérés devant la complexité de la technique et la beauté du rendu géométrique. Dans le musée, on en apprend beaucoup sur l’histoire de ce savoir-faire et la signification des symboles. La collection est grande, et nous tombons sous le charme de ses tissus bigarrés.

Jusqu’à la tombée de la nuit, on profite du jardin de l’hostel, à 22h on tombe de fatigue après une douche bien méritée (oui, depuis 5 mois une douche ça se mérite).

En Bolivie, le dimanche est un jour chômé encore extrêmement suivi, en ville tout est fermé et les habitants peuvent profiter de cette journée dominicale de repos. Il s’est trouvé par hasard que notre second jour à Sucre soit un dimanche. Et la seule attraction touristique du coin ouverte était « el parque cretacico ». Alors on a pris un taxi en début de matinée pour aller voir cet endroit. La première partie nous a laissé de marbre, un espace vert avec des reproductions à taille réelle d’une quinzaine de dinosaures, bon bon... à midi on a grignoté en terrasse au soleil, puis à 13h on a mis les casques rouges de chantier pour s’approcher de la paroi. Un immense pan de mur où ont été découvertes des centaines d’empreintes de dinosaures. Nous avons eu un peu de mal à nous projeter mais nous avions conscience de la folie du moment : des traces de pas de plus de 70 millions d’années !

Sur les pas des dinausores ... 

Notre retour en bus vers Potosí c’est bien mieux passé. Avec la chaleur une sieste s’est imposée. On a récupéré le Combi au garage prévoyant de prendre la route le lendemain matin. Mais ça, c’était sans compter une nuit abominablement agitée par des crampes et des pointes de douleur au ventre. On vous passe les détails mais nous avons été contraints de passer une journée et une nuit de plus à Potosí pour se soigner et se reposer dans un hostel du centre.


La Paz

De très beaux paysages de montagnes ont défilé devant nos yeux pour cette première journée de route. Un trajet entrecoupé d’orages aux éclairs terrifiants, de pluie de grêle et d’éclaircies bien appréciées. En fin de journée nous avons débarqué dans la ville - sans intérêt touristique - d’Oruro à la recherche d’un endroit où passer la nuit. Depuis novembre nous avons trouvé pour dormir des lieux insolites, magnifiques et parfois bizarres. Celui-ci peut faire partie de la catégorie improbable. C’est avec l’aide d’une application de voyageurs que nous avons eu connaissance d’un espace sécurisé, gratuit et calme pour une nuit en kombi : le parking de l’aéroport de la ville... Oui, oui, cela paraît complètement impensable, mais il s’agissait en fait d’un petit aéroport à ouverture diurne, seul un gardien (sympa en plus) surveille la nuit et nous a permis sans aucun soucis de dormir là. Pas un bruit, pas un chat et internet pour regarder un petit film, bref rien à voir mais de quoi bien se reposer avant de reprendre la route.

Le lendemain, dans l’après midi, nous avons pénétré dans la ville de La Paz par le quartier bien nommé « El alto » (le plus haut à 4100m). Extrêmement pauvre, à la circulation anarchique et à l’ambiance des plus bruyantes, mais à la vue époustouflante. Le vertige ! En bas, bien plus bas, la cité nichée au cœur d’un cirque rocheux, qui s’étire de toute part, agrippée aux flancs des montagnes. Complètement dingue...

Seulement après avoir vu cela, on était vraiment pas rassuré à l’idée de descendre avec le van. Alors c’est avec une prudence maximale, le pied sur le frein et les yeux en tous sens, que nous avons entamé notre descente par les rues terriblement raides et les tournants mortels jusqu’à 600m plus bas, le quartier Sopocachi, où nous avons pu recommencer à respirer, éteindre le moteur et échanger des regards soulagés. C’est à l’entrée d’un parc, loin de l’agitation urbaine que nous avons élu domicile pour la nuit.

El dia del mar

Par un hasard total nous nous sommes trouvés dans la capitale à l’un des moments importants du calendrier bolivien. Le 23 mars est un jour de forte revendication nationale. En effet, il y a de cela 140 ans, une guerre, appelée Guerre du Pacifique, a opposé le Chili au Pérou et à la Bolivie. Au cœur du conflit, un territoire riche en salpêtre que le Chili ait parvenu a annexer aux deux autres pays belligérants, avec comme dommage collatéral : la privation de l’accès à l’océan pour la Bolivie. Une situation qui a largement joué dans son développement... C'est pourquoi l’amertume est encore si présente chez les boliviens. Vous imaginez notre appréhension avec la belle plaque d’immatriculation chilienne du Kombi, on a d’ailleurs eu droit à : « vous venez d’où ? On est français. Ah j’ai cru que vous étiez de ces envahisseurs chiliens... » on déglutit et on sourit !

Le sujet est brûlant, puisque quelques jours plutôt le président Evo Morales a officiellement porté plainte contre le Chili devant la Cour internationale de justice de La Haye.

Le 22, les artères principales de la ville furent coupées à la circulation, pour que toute la journée, les enfants de toutes les écoles de la Paz défilent en uniformes, drapeaux et chansons. Le 23, en milieu de matinée, Tony se trouvait sur la chaise du coiffeur pendant qu’à la télé passait une épisode de la petite maison dans la prairie... tout à coup le programme s’est interrompu et Evo Morales est apparu sur toutes les chaînes pour sa déclaration del « dia del mar »... L’après midi nous nous sommes retrouvés bloqués au coin d’une rue par une foule amassée là pour applaudir militaires et autres formations étatiques marchant au pas. On a frôlait la crise de claustrophobie, mais une fois un peu d’air et d’espace retrouvés, nous avons passé un moment à regarder les immenses drapeaux bleu foncé, à écouter les orchestres et à observer la ferveur de la foule.

Dias del mar 

Le lendemain nous avons acheté le journal (deux, local et national) pour conserver la trace de cette journée si particulière pour les étrangers que nous sommes. A l’intérieur, plusieurs pages du discours de Morales retranscrit, et, donné systématiquement avec ce jour là, un CD avec ce même discours... on a trouvé ça limite propagandiste, surtout que la veille on faisait crier aux enfants : « Que queremos ? Mar para bolivia ! » Bref.

Comme au ski !

Vous l’avez compris, La Paz c’est une immense ville installée entre les montagnes, enregistrant d’un point à un autre des dénivelés assez costauds. Elle est en constante modernisation, mais le plus remarquable se trouve dans ses transports. Au centre ville, les minibus sont rois, mais pour de plus longues distances, pas de métro ni de tramway, non, plutôt des lignes de téléphérique ! C’est assez fou à voir. Au dessus des immeubles, se balancent nonchalamment des œufs vitrés de toutes les couleurs. Nous avons forcément eu la curiosité d’y monter à bord, pour une petite balade suspendue. La ligne jaune, puis la verte... de là haut la vue est saisissante tant elle est inhabituelle. Le panorama d’ensemble est époustouflant !

🙈
La Paz moderne et traditionnelle  

Bonus à sensations

Sans nul doute certains d’entre vous se souviennent des images que nous leur avions montré sur le net de l’état de certaines routes d’Amérique du Sud, puisque nous nous inquiétions (enfin surtout vous 😊) de la possibilité de faire ce voyage en van emménagé. Peut-être avez-vous le souvenir d’une route en particulier, extrêmement connue, mondialement même, en Bolivie ? Non, si ? La bien nommée « ruta de la muerte », ce chemin en pierre, agrippé au bord du précipice, ou deux véhicules ne peuvent se croiser, et qui enregistre la plus grande mortalité routière au monde. Et bien nous l’avons fait ! ... En vélo !

En fait, il y a de cela une petite dizaine d’années une route bis, asphaltée et sécurisée, a été construite un peu plus loin, laissant quasi à l’abandon cet itinéraire tristement célèbre. Alors quelques agences de tourisme locales y ont vu là une belle opportunité : proposer une activité sportive attractive, la descente en VTT. Tony adore ce sport et Lisa rêvait de voir cet endroit mythique, alors il ne nous a pas fallu longtemps pour nous décider. Après avoir sélectionné les meilleurs vélos de DH de la ville nous étions surexcités à la perspective de cette journée.

Rendez-vous 7h devant l’agence, et surprise, encore hors-saison, nous ne sommes que tous les deux avec un guide et un chauffeur. Les vélos accrochés sur le toit, on s’installe à l’arrière du van. De là, nous entamons une heure de montée jusqu’à la cumbre à 4700m d’altitude. Rapidement la pluie fine se transforme en flocons de neige, et au fur à mesure que l’on grimpe, le pare-brise gèle et la neige tient au sol (5 petits centimètres mais ça suffit à nous refroidir physiquement et moralement). Une fois le col passé, on s’arrête pour petit déjeuner sous un patio en taule, il fait très froid, on observe quelques stalactites aux gouttières.

On reprend la route pour quelques kilomètres avant de se garer à l’embranchement d’un chemin à droite, le fameux camino ! On enfile notre équipement (genouillères, coudières, sur-pantalon, gants, veste et casque) et après un rapide briefing du guide Edgar on enfourche nos vélos. La vue au départ laisse rêveur : montagnes verdoyantes et sur leur flan se dessine le chemin à suivre. Les vélos offrent des sensations folles, les amortisseurs permettent une descente vraiment agréable, les obstacles (énormes pierres, trous, ruisseaux, cascades) sont franchis avec légèreté. S’ajoute à cela, le plaisir de la vitesse et l’adrénaline du danger, le moment ne peut être plus grisant. Parfois le précipice (400m) donne des sueurs, et l’absence de garde corps dans certains tournants quelques frissons. Le guide assigne une poignée d’arrêts sur le parcours afin de nous permettre de profiter du paysage - nuages dans la vallée, chemin qui serpente dans la forêt, guirlandes de cascades - de prendre des photos, et surtout d’enlever des épaisseurs vestimentaires. En effet, avec l’effort et surtout la perte d’altitude, la chaleur nous enveloppe et plus l’on descend plus elle est pesante, parce que géographiquement nous quittons l’Altipano pour s’enfoncer dans les Yungas. Vers 11h on s’arrête dans un comedor pour un en-cas. On s’installe dehors face à la forêt tropicale. Avant de reprendre la route, nous nous délestons de nos vêtements pour ne garder qu’un tee-shirt.

Cliquez dessus pour les voir en grand 😉

Quelques belles descentes finissent de nous combler avant d’arriver dans le village de Coroico (1090 msnm), point d’arrivée. Là, on s’installe à la terrasse d’un café, le guide part nettoyer les vélos avec l’eau de la rivière, mais avant ils trinquent tous les deux avec nous. Quelques autres téméraires du jour profite du soleil comme nous, d’ailleurs on est vraiment ravi car sur la piste nous n’avons croisé pratiquement personne, et les vélos très silencieux ont permis de s’imprégner complètement du calme de cette magnifique nature. C’était parfait !

Après l’effort... 

On s’est à nouveau installés dans le van pour quelques minutes, avant d’arriver jusqu’à une sorte d’hôtel avec piscine entourée de plantes tropicales colorées. Un buffet nous attendait, une bonne douche, et de transats pour se prélasser au soleil. En milieu d’après midi, nous avons repris la route pour arriver à La Paz vers 18h, épuisés mais vraiment heureux.


À suivre : « une autre Bolivie, celle de .... » 😘

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Rurrenabaque, un village aux portes de la forêt, sur les rives du rio Beni

16h, Tony quitte La Paz à bord d’un petit avion à hélices de 37 places, direction Rurrenabaque, point de départ pour toute excursion en Amazonie. Malgré un vol mouvementé la vue est époustouflante, au dessus de la capitale d’abord, puis en quittant les sommets andins pour enfin découvrir l’immensité verte, passant de 4000 à 100 m.s.n.m ! Il est accueilli par la chaleur et l’humidité suffocantes - les moustiques aussi ! Son hostel au bord du fleuve propose dans les chambres des ouvertures sans vitre, avec au dessus de chaque lit une moustiquaire. La nuit la température ne baisse pas, et la forêt autour offre un spectacle sonore en continu... Tous les éléments sont présents pour s’immerger lentement dans cette vie et cet environnement si singuliers.

L’hostel « el lobo » 
Au village  

Après une journée à parcourir les agences pour comparer les circuits, les conditions et les prix, Tony choisit « Max Adventures » pour un départ le lendemain matin. 3 jours dans la selva (jungle) et 3 jours dans la pampa (marécages).

La selva

Le lendemain, à 8h30 c’est le grand départ. Avec un couple de trentenaires parisiens, Lamia et Amine, et un guide autochtone baptisé León, ils s’installent sur une pirogue pour trois heures de remontée du fleuve. A midi, ils arrivent sur le campement, où se trouvent les eco-lodges. L’après-midi, première marche dans la forêt à la rencontre des perroquets, le guide leur parle de différentes espèces animales vivant ici (papillons, mammifères, insectes, félins...) Après le repas du soir, excursion nocturne à la recherche de paires d’yeux sous la lampe frontale (des milliers d’araignées !) avant quinze minutes sans aucune lumière pour se laisser envelopper par les bruits de la forêt.

Le deuxième jour demande 7h de marche pour découvrir les plantes aux vertues pharmaceutiques, les arbres plusieurs fois centenaires, goûter à quelques larves (saveur amande d’après notre téméraire goûteur), entourés de dizaines d’oiseaux différents. En fin d’après midi, ils construisent un radeau, sacré chantier ! Puis, séance tatouages éphémères, avec colorants naturels : baies bleues et violettes. Les unes donnent un dessin bleu, les autres, une encre transparente qui devient violette après 3h grâce à la créativité de Leon. Après cela, une pêche de nuit, infructueuse puisque les garçons s'assoupissent le bout de bois dans la main assis sur un tronc d’arbre.

👀👀👀
bestioles (et repas) de la forêt
Tatuaje 

Tony se fait réveiller par des cris qu'il ne parvient pas à identifier, mais après avoir fait écouter un petit enregistrement au guide, il apprend que des singes hurleurs parcourent la forêt (pourtant à l’ouïe il aurait juré entendre un rugissement félin... étonnant !) En parlant de singes, dans la journée ils auront la chance de rencontrer des petits capucins, d'une rapidité et d'une habilité folles. Pour ce troisième jour, Leon les initie à la fabrication artisanale. Confection de bijoux, bracelets et bagues en noix de coco et grimaces de maria. En fin de journée, retour au village pour une nuit de repos à Rurrenabaque, avant de repartir pour 3 jours supplémentaires d'aventure.

Une petite noix de coco transformée en jolie bague 

La pampa

La route est longue, 3h de voiture sur une piste, puis 3h de bateau sur de petits canaux. Mais les surprises ne cesse de rendre le moment merveilleux : des paresseux accrochés aux arbres, des singes peu farouches qui grimpent sur l'embarcation, des oiseaux endémiques traversant le ciel... Cette fois, les écolodges sont plus rustiques et mal en point, ils souffrent du climat et n'ont donc pas une durée de vie très longue. Une fois la nuit tombée, la troupe part à la recherche des alligators ! L'excitation est à son comble, le frisson garanti, et l'instant inoubliable.

Petite parenthèse : MOUSTIQUES /!\ Si Tony et ses compères ont été plutôt épargnés dans la selva, ici les moustiques sont en nombres, au dessus de l'eau la journée, ils passent à l'attaque lorsque le soleil se couche, ne laissant plus aucun répit aux peaux européennes sans défense de nos aventuriers en herbe.


Singes / papillon /  alligator / tortues /  capybara

La matinée du second jour se veut une agréable navigation sur le fleuve, plusieurs kilomètres au cœur de la pampa en empruntant une quantité de canaux. Depuis leur barque, ils ont la chance d'observer des dauphins d'eau douce, à la robe rosée... Une fois les pieds à terre, ils partent à la recherche de l'anaconda, dans plusieurs centimètres d'eau ils marchent à tâtons et à l'aveugle chaussés de bottes dans quasi 1m de hautes herbes, mais après un long moment ils doivent se rendre à l'évidence, ils n'en trouverons pas aujourd'hui, dommage. Vient ensuite, une seconde session pêche, la pêche aux piranhas. Au bout de l’hameçon, un bout de bœuf cru qui disparaît en trois petites secondes ! Les piranhas sont d'une rapidité surprenante... Après un coucher de soleil saisissant sur l'horizon sauvage de l’Amazonie, c'est l'heure de la dégustation : savoureux, délicieux ces célèbres poissons...

Après une dernière nuit au beau milieu de la pampa, à s'imprégner de ses odeurs et ses bruissements, il est temps de rentrer... Plus de six heures pour retrouver le village de Rurre. Le lendemain, le choc est brutal, une fois descendu de l'avion, Tony est à nouveau à 4000m d'altitude (son corps en pâtit), dans la ville la plus chaotique de Bolivie et de loin de toutes celles que nous avons traversé. Epuisé mais des étoiles dans les yeux, et le sourire sincèrement heureux.

NB : J'étais malade, quelques kilos en moins et sans force, et après un petit passage dans une clinique, j'ai préféré rester me reposer à La Paz dans une jolie maison d'hôtes. Le cœur lourd mais raisonnable...

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Après un week-end de Pâques des plus tranquilles à La Paz, Tony est rentré d’Amazonie. Forcément épuisé par cette semaine de trop d’émotions et de magie, il lui fallait une nuit réparatrice, nous avons donc dormi en chambre d’hôte pour s’offrir le lendemain matin un petit-déjeuner royal.

Pressés et excités à l’idée de quitter l’agitation urbaine pour la sérénité des campagne, c’est en début d’après midi que le Kombi nous a donc lentement éloigné de la plus grande ville bolivienne en direction de la frontière péruvienne. Sur la route nous avons fait une halte sur le site archéologique de Tiwanaku (ou Tiahuanaco). Il est 17h passé lorsque nous arrivons, on décide de s’installer pour la nuit dans le champ juste en face. La soirée est parfaite : reposante à souhait, calme, belle dans les reliefs et les couleurs qui nous entourent... Bref de quoi nous rendre vraiment heureux de reprendre la route en campervan ! D’ailleurs à côté de nous, sur l’herbe, un véhicule colombien se gare et une tente venue de République Tchèque s’installe.

Nous passons la matinée du lendemain à nous émerveiller devant le travail architectural et artistique de la civilisation Tiwanaku. Des ruines de temples en pierres rouges (représentant la féminité), d’autres en pierres noires (le masculin- cette dualité est au cœur des croyances andines), d’imposantes statues, des portes inébranlables pour vénérer le soleil et la lune... On adore ! En plus, sur le site, plusieurs classes d’élèves d’une dizaine d’années sont en petits groupes devant certains éléments archéologiques et font de petits exposés. A plusieurs reprises les maîtresses nous proposent de venir écouter les explications. On essaie de rester discrets pour ne pas perturber les orateurs, on apprend tout pleins de choses et on sourit devant l’entrain des enfants a raconter ses histoires mythiques. C’était touchant et très agréable.

L’après midi s’est avéré bien moins passionnant, puisque nous avons encore eu droit à un passage frontière rocambolesque. Une fois arrivés dans le village frontière, aucun panneau, il nous a donc fallu un bon moment pour ne serait-ce que trouver le poste douanier... on règle le point de la migration plutôt rapidement, mais pour le van c’est bien plus compliqué puisqu’il n’y a d’abord personne dans les bureaux, ensuite on nous envoie faire des photocopies dans un magasin fermé, puis payer un péage imaginaire et courir dans toutes les rues pour acheter une assurance routière. Deux bonnes heures plus tard nous faisons enfin notre entrée au Pérou !

Lago Titicaca 

Sur 100km on longe lac Titicaca. Véritablement gigantesque, à certains endroits on ne voit aucun relief à l’horizon, et son eau est d’un bleu profond perturbant. Nous arrivons dans la ville de Puno à la tombée de la nuit, où nous trouvons un petit spot au bord de l’eau pour dormir. Le décalage horaire nous file un coup au moral, il est tout juste 18h et il fait déjà nuit noire...

Le seul avantage à cela c’est que le lendemain matin nous nous sommes réveillés fort tôt et nous avons pu profiter d’une très belle journée.

En direction d’Arequipa nous avons fait une halte « Histoire et archéologie » à Sillustani. En bifurquant de la voie principale, une jolie petite route nous amène jusqu’à un minuscule village (oú elle s’achève) au pied d’une colline formant une presqu’île sur un lac. Sur ce site en hauteur, une quantité de monticules de pierres oú étaient placées à partir du XIème siècles les dépouilles des notables andins. Plus tard, d’immenses mausolées (12m), avec un travail sur la taille des pierres réellement impressionnant, seront construits par les incas, et surplombent encore aujourd’hui le site. Nous avons passé plus de deux heures sur cette colline pour profiter de la surface stoïque du lac Umayo, des vaches autour de nous, et pour s’imprégner de ce témoignage civilisationnel hors du commun.

Au bord de l’eau  
Mausolées  

Ensuite nous avons pris ce que nous pensions être un raccourci pour atteindre notre destination. Sauf qu’il s’agissait en fait d’une piste en terre, donc interminablement longue et désagréable... Après une pause repas au beau milieu des champs de quinoa on a finalement retrouvé l’axe goudronné. On a roulé toute l’après midi, à plus de 4000m, côtoyant les plateaux arides et les lacs solitaires de l’Altiplano, rencontrant nombreuses vicuñas (camélidés sauvages) tout en restant béats devant la beauté des cimes volcaniques émergeant de la brume... L’une de nos plus belles routes sans conteste !

On thé ron 

Nous sommes entrés dans la ville d’Arequipa dans un trafic automobile monstrueux, mais heureusement un petit parc s’est rapidement imposé comme le lieu parfait pour passer la nuit.