Carnet de voyage

À la découverte du Cambodge

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Je passe six mois à Phnom Penh en volontariat au sein de l'asso Pour un Sourire d'Enfant. Je raconte ici ma vie de bénévole et aussi toutes mes découvertes culturelles et mes voyages au sein du pays.
Janvier 2024
26 semaines
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Publié le 7 janvier 2024

30 et 31 décembre 2023 :

Après quatre mois de voyage et 28000 kilomètres plus tard, je suis finalement arrivée au Cambodge sans prendre l’avion ! Enfin. Je suis forcément un peu euphorique durant ces premières minutes dans le pays. Je marche sur un chemin de terre le long du Mékong, au milieu des bananiers et des zébus, j’approche un village. Bref, j’ai l’impression d’être au paradis. Le soleil sera couché d’ici deux heures donc je marche jusqu’au village et là, c’est une avalanche de sourires et de bonnes intentions qui s’abat sur moi. Tout le monde me salue, me sourit, me dit bonjour. Une dame m’apporte de l’eau. Donc j’en profite et je lui demande si elle sait où je pourrais passer la nuit. Elle connaît un seul endroit et elle m’y amène en scooter. Je m’attendais à une petite guesthouse en matériaux naturels, comme le reste des habitations du village. Pas du tout. Un bâtiment de trois étages planté au milieu de nulle part. Assez étonnant. On me donne une chambre franchement confortable où je me repose et me douche. Une heure plus tard, je ressors dans la cour de l’hôtel pour demander s’ils proposent un dîner ou si je dois me rendre ailleurs. Je remarque alors que dans cette cour extérieure équipée de mobilier de jardin, il y a une douzaine de jeunes filles de mon âge toutes extrêmement apprêtées. Mais pas vraiment habillées de façon classe, plutôt façon boîte de nuit à Las Vegas ou Ibiza. Le contraste est énorme entre leurs robes aux ras des fesses, faux ongles, maquillage et décolletés plongeants, versus le reste du village habillé très simplement. Je fais un peu tâche dans mon t-shirt tâché et mon short trop grand. Elles me le font légèrement remarquer en m’apportant à manger et en me proposant gentiment de manger dans ma chambre. C’est en retournant effectivement dans ma chambre que tout fait sens : une boîte de préservatifs sur la table de nuit. Oui, je suis bien dans une maison close. Cela ne fait aucun doute. Je ne vois aucune autre explication à leurs tenues vestimentaires dans un village près d’une frontière. Ce sera la seule et unique fois dans ma vie, c’est un sentiment assez bizarre. Original pour un tout premier soir au Cambodge. Il me sera arrivé des drôles de choses jusqu’au bout !

Les habitants du village m’ont prévenu que très peu de voitures ne passaient par cette route puisqu’elle n’est qu’une ligne droite entre Phnom Penh et la frontière vietnamienne la moins utilisée : celle du Mékong. Et au cas où je ne l’aurais pas remarqué, les gens se déplacent bien plus en scooter qu’en voiture. Même si seuls une centaine de kilomètres me séparent de Phnom-Penh, je me lève le lendemain au petit matin pour avoir une chance d’intercepter un véhicule dans la matinée. Cela ne manque pas, je tombe sur un monsieur et son fourgon qui transportent des poulets en cage pour les vendre à la capitale où la vie est plus chère. Une odeur fort sympathique au réveil. J’arrive donc dans l’hyper centre de Phnom Penh autour de 11h du matin.

Il y a quelques jours, j’ai eu une des volontaires de l’association Pour un Sourire d’Enfant au téléphone. Elle m’a donné les informations relatives à mon arrivée imminente. Et elle m’a invitée à la soirée du 31 décembre qu’ils vont tous fêté chez un volontaire dans le centre de Phnom-Penh. Mais à PSE, les volontaires qui logent sur place (dont moi) doivent respecter un couvre-feu à 23h. Donc pour sortir le soir en ville, il faut payer une chambre. C’est pourquoi j’attends que cette fille, Marion, m’envoie l’adresse de la soirée pour que je prenne un lit en auberge juste à côté. C’est plus rassurant pour mon premier soir. Tout ça pour vous dire que tant que je ne sais pas où je dors, je me trimballe tous mes bagages.

Et la première chose qui me frappe dans cette ville, c’est la chaleur lourde, écrasante. Donc c’est en eaux et en nage que j’accomplis mes deux premières missions de la journée : trouver du cash en Riel cambodgien et trouver une carte sim. Je suis donc assise dans un centre commercial après m’être procurée tout ça et un homme français m’aborde : “excuse-moi, tu t’appelles Lisa ? Je te suis sur Instagram. Génial ton voyage ! Je suis expat à Phnom-Penh dans l’importation de vin donc ça fait plaisir d’avoir suivi ton voyage jusque dans ce beau pays.” C’est la troisième fois qu’un abonné d’Instagram que je ne connais pas me reconnaît dans un lieu public ! Très drôle et étonnant.

J’ai trouvé une auberge parfaite pour la météo de la ville. Il y a une piscine ! Donc j’y cours après avoir déjeuné dans un petit restaurant indien délicieux. Je lézarde en début d’après-midi, dans ce qui sera ma ville pour les six prochains mois. Et cela me fait bizarre. J’ai hâte de rencontrer les volontaires pour leur demander pourquoi les prix sont souvent écrits à la fois en riel et en dollar américain. Et aussi s’il est normal que je trouve le coût de la vie incroyablement élevé ou si je suis simplement allée aux mauvais endroits. Je l’ai appris plus tard, mais le Cambodge est le pays le plus cher d’Asie du Sud-Est, souffrant d’une atroce inflation. Le pouvoir d’achat des locaux est catastrophique. Je fais l’expérience des prix en allant faire un tour au marché central en fin d’après-midi. J’ai terriblement envie de m’acheter de nouvelles paires de chaussettes, après avoir porté les quatre mêmes pendant quatre mois. Alors quand on me demande dix dollars pour trois paires de chaussettes dans un marché au Cambodge, j’ai dû sortir les rames pour négocier sans connaître un seul mot de khmer, la langue locale.

Pour le dîner, je rencontre Marion et Typhaine, deux volontaires de l’association avec qui je vais passer les prochains mois. Elles m’amènent dans la rue la plus occidentale de la ville, Bassac Lane. Avec des restaus et des bars européens. J’avoue que j’aurais apprécié plus de dépaysement mais comme elles mangent à la cantine de PSE tous les jours, je comprends qu’elles aient envie d’un gros burger quand elles viennent en centre-ville. Par ailleurs, les frites étaient divines. Elles sont toutes les deux un peu plus âgées que moi. Marion est avec moi dans l’équipe d’anglais et Typhaine est dentiste, donc elle vient en renfort à l’équipe dentaire de PSE. Oui, comme partout dans le monde, les enfants des familles les plus pauvres ont les dents vraiment pourries. Elles sont super sympas et m’expliquent un peu l’ambiance entre tous les volontaires qui a l’air très chouette. Il y a deux catégories : ceux qui restent six mois et ne sont pas payés mais sont nourris et logés (ce sera mon cas) s’appellent tout simplement les volontaires. On sera douze au total à loger ensemble sur le site de PSE. Et il y a ensuite les VSI (volontariat de solidarité internationale) qui restent à PSE pendant un an ou deux, ils sont payés mais non-logés. Et ils sont souvent recrutés sur des compétences plus précises, importantes, ou techniques (vous me direz, dentiste remplit les trois critères mais bon…). J’explique cette différence parce que nous allons ce soir chez Renaud, un VSI qui a donc son appartement dans le centre de Phnom-Penh. Il a invité pour le nouvel an tous les français de PSE, ainsi que des français d’autres associations et aussi des espagnols, des khmers, etc. Donc je débarque dans une soirée de trente personnes où je n’en connais pas une seule. C’est intimidant. Encore plus quand une poignée d’entre eux m’accueille en disant : “C’est Lili Crazy !! Celle qui est venue en stop !!”. Donc je comprends que certaines personnes me connaissent déjà sans que je ne connaisse ne serait-ce que leur prénom. Quoi qu’il en soit, la soirée est vraiment chouette. Je me familiarise avec les prénoms de mes futurs colocs. On monte sur le toit de l’immeuble de Renaud pour voir cinq feux d’artifice en même temps au moment du décompte. Et je me rends alors compte du nombre de tours d’immeuble qui nous entourent. C’était une belle façon de commencer l’année ! Pour poursuivre cette folle nuit, nous sommes retournés dans la rue des bars pour danser. J’étais bien contente que mon auberge soit à dix minutes à pied.

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Semaine 1 : du 1er au 5 janvier 2024


Quelle semaine intense et épuisante à la fois ! L’environnement est totalement nouveau, les visages aussi, les prénoms aussi. Le rythme de sommeil perturbé par le bruit. Ce n’était pas tout simple.


Les lieux de vie :

Déjà, il a fallu que je me familiarise avec le campus. Il est immense. Il est en trois parties. La première partie est d’un côté de la rue et contient le pensionnat de tous les jeunes qui restent dormir à PSE, soit parce que leurs familles vivent trop loin, soit parce qu’ils doivent en être protégés pour diverses raisons (violence, drogues, alcool, prostitution), les maisons des volontaires et le centre d’activités extra-scolaire donc les terrains de sport et les ateliers artistiques. La deuxième partie du campus se situe en face de la première, de l’autre côté de la rue. Elle contient toute la partie administrative de PSE, la cantine, l’infirmerie, l’équipe sociale et toutes les salles de classe. La troisième partie du campus est à un kilomètre de là : il s’y trouve également des terrains de sport, des salles de classe et une cantine plus petite. Nous sommes douze volontaires à loger ensemble sur le campus. Nous avons trois petites maisons partagées par quatre personnes. Deux maisons de filles et deux maisons de garçons. Elles sont simples, mais suffisantes. On a profité des nouvelles arrivées de volontaires (dont je fais partie) pour faire un grand ménage et refaire la déco. C’est vraiment chouette comme environnement. Dans l’allée, il y a de grands palmiers. On est auprès du pensionnat des garçons. Donc très sympa de les croiser souvent, ils sont ravis qu’on soit là. Mais c’est bien moins rigolo d’entendre les douches à 6h du matin en semaine et à 7h le week-end. Ca pique comme on dit. Il faut que je m’habitue à me coucher plus tôt mais pas facile au début.


Mon travail de la semaine :

Toute la semaine, mon manager était en vacances et les cours n’avaient pas vraiment repris pour les élèves. C’était plutôt une semaine de pré-rentrée, donc pas très intense pour moi. Je fais partie de l’équipe d’anglais composée d’une petite trentaine de profs d’anglais, et trois volontaires dont moi. Les deux autres volontaires sont Marion, avec qui j’ai fêté le nouvel an, et Mealea, que j’ai appris à connaître cette semaine. C’est une fille de trente ans dont les parents sont khmers mais ils ont fui les khmers rouges et ont donc fait grandir Mealea en France. Cette fille est d’une douceur déconcertante. Elle a été vraiment adorable avec moi toute la semaine, à me redire les prénoms de tous mes collègues dix fois (et je ne les ai toujours pas retenus…imaginez trente prénoms khmers à retenir), à m’expliquer toutes nos missions puisque notre manager et Marion étaient en vacances. Donc concrètement, dès que les cours auront repris, on va intervenir à certains moments dans la journée de groupes d’élèves ciblés tout simplement pour discuter en anglais avec eux, faire en sorte qu’ils se sentent à l’aise à l’oral, etc. Parce qu’en langues vivantes, il y a trois règles : pratiquer, pratiquer et pratiquer. A côté de ça, on va mettre en place un atelier karaoké en anglais et un atelier cinéma en anglais une fois par semaine chacun.

Mais cette semaine, il faut évaluer le niveau en anglais des élèves pour les répartir dans les bons groupes de niveau pour l’année à venir. Donc des examens écrits et oraux sont prévus sur plusieurs demi-journées. J’ai participé à la surveillance de classes pour les écrits et j’ai dû faire passer des oraux à cinquante élèves en tout. Pour les écrits, c’était vraiment rigolo de voir tous ces yeux ébahis devant moi. Quand je suis entrée dans la classe, ils ont entonné en choeur “Good afternoon teacher ! How are you today ?”, tel un hymne, chacun debout à côté de sa chaise dans leurs uniformes blancs et bleus. Et lors des oraux, j’ai eu un moment très touchant avec une élève. J’avais bien sûr une liste de questions à respecter et un barème pour les noter. La plupart des élèves savent à peine se présenter en anglais donc l’entretien durait à peine trois minutes. Mais l’une d’entre eux se débrouillait vraiment bien. Donc je suis allée un peu plus loin dans les questions jusqu’à celle-ci, assez précise et personnelle : raconte moi un conseil que l’on t’a donné dernièrement, dis moi qui t’a donné ce conseil, dans quel contexte et comment tu t’es senti par la suite. Voici ce qu’elle m’a répondu, dans un anglais franchement correct : “Alors c’est ma première rentrée à PSE, je suis pensionnaire parce que ma famille habite dans une autre province du Cambodge, assez loin. Donc quand mes parents m’ont emmenée ici, ils m’ont donné plein de conseils de parents comme faire attention à mes affaires, ne pas sortir seule le soir, faire attention à moi. Et comment je me suis sentie par rapport à ça ? Eh bien je suis super reconnaissante que mes parents m’aient amenée à PSE, ils travaillent dur mais ils ont toujours été gentils avec moi et ils me manquent beaucoup.” Et c’est sur la dernière phrase que cette choupette s’est mise à pleurer. Donc évidemment je lui ai fait un câlin et ai essayé de la consoler du mieux que je pouvais. C’était vraiment touchant. Cela donne du sens à ma venue dans cette asso. Ces enfants ont vraiment besoin d’amour, d’encouragements et d’attention.

Ce volontariat, c’est aussi pour moi le début de la vie professionnelle, dans une très grosse organisation. Ce vendredi, nous avions une après-midi de “team-building” entre collègues profs d’anglais. Chacun devait présenter son programme de cours sous forme assez ludique. Cela m’a permis de vraiment comprendre le niveau des élèves en anglais en fonction de leur filière et de leur âge. C’était assez rigolo. Notamment le jeu au début de la réunion, pour se mettre tous de bonne humeur. Je crois que c’est ça qui me frappe le plus à PSE : que ce soit les élèves, les professeurs, le personnel, tout le monde est de bonne humeur en permanence, rigolo, respectueux, souriant. Il se dégage une énergie très positive de tout ça, et je me surprends bien souvent à avoir mal aux pommettes à force de sourire.

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Du 5 au 7 janvier 2024


Pour ma première sortie dans le centre-ville depuis que je suis installée à PSE, j’ai été intégrée à un groupe Facebook entre jeunes expatriés français à Phnom-Penh (stagiaires et volontaires). Et un afterwork est organisé en début de soirée dans une guinguette près des quais du Mékong, sur la presqu’île de Koh Pich. Donc je décide de partir un peu en avance pour avoir le temps de me balader dans ce quartier avant le coucher du soleil. Verdict : c’est tout sauf charmant. On m’a expliqué qu’il y avait beaucoup d’investisseurs chinois au Cambodge. Et cela prend tout son sens dans ce quartier. Des tours immenses et toutes neuves se dressent au milieu de nulle part. Des immeubles imitant un style classique rendent l’atmosphère très peu authentique. En particulier à la nuit tombée quand je me rends compte qu’ils sont tous vides et inhabités. Ce qui est assez agréable en revanche sur ces quais aménagés, c’est la propreté. Et bien sûr la lumière de fin de journée qui sublime une pagode dorée sur l’autre rive. Des petits groupes sont assis à même le sol pour grignoter, boire et discuter. Cela semble être un quartier plus aisé.

Une fois l’heure venue, je retrouve Piseth et Typhaine à la guinguette. Ce sont deux volontaires avec qui j’habite à PSE. Piseth s'appelle aussi Alexandre, mais son prénom khmer est Piseth, et il semblerait que tout le monde préfère l’appeler ainsi. Il est franco-khmer d’un de ses parents qui a fui les Khmers Rouges. Il travaille dans l’équipe de français, à l’étage au-dessus du mien. Mais en France, il fait des études de pharmacie. Et Typhaine, que j’avais déjà présentée, est dentiste. Je ne sais par quel miracle ils servent du pastis dans ce bar. Mais dans un immense gobelet en plastique et avec une paille. C’est assez rigolo. Je retrouve deux personnes que j’avais rencontrées au Nouvel An, Alex et sa coloc dont j’ai oublié le prénom. On passe un moment très sympa, sans rentrer trop tard parce qu’il y a un couvre-feu à 23h à PSE.

Ce vendredi, les deux nouvelles volontaires sont arrivées à PSE. Charlotte, une grande blonde au physique scandinave, travaillera au département Projets, pour faire des rapports financiers aux grands donateurs. Elle a grandi au Luxembourg et étudie à Lille. Et Philippine sera dans l’équipe des profs de la Business School, une des cinq formations professionnelles de PSE. Elle a grandi à Nantes et étudie à Lyon. Qu’est-ce qu’elles sont cools ! Très rigolotes, enjouées. Elles ont exactement mon âge et mon niveau d’études, donc nous avons pas mal de choses en commun. Pour ce premier week-end à Phnom-Penh, nous décidons de visiter Tuol Sleng S21, le musée du génocide des Khmers Rouges, situé dans l’ancienne prison la plus terrifiante du régime des Khmers Rouges. Je vais retranscrire ici le contexte historique. Le protectorat français au Cambodge prend fin en 1953. Le pays est donc indépendant, mais comme beaucoup d’autres, en proie à une forte instabilité politique. Au début des années 1970, le gouvernement est très corrompu et la guerre du Vietnam est couplée à une guerre civile au Cambodge. Et les révolutionnaires, les Khmers Rouges, sont au pouvoir de 1975 à 1979. Quelques jours après leur prise de pouvoir, ils font évacuer Phnom-Penh. La ville, qui était alors considérée comme la plus belle d’Asie du sud-est, se retrouve complètement vide et partiellement détruite. L’actuel musée était à l’époque un lycée. ll se transforme en prison pour les “traîtres” Khmers Rouges eux-mêmes. Les ennemis des Khmers Rouges : tout ce qui a un lien de près ou de loin avec le capitalisme, la bourgeoisie, les classes intellectuelles. Les accusations étaient arbitraires : porter des lunettes ou posséder un stylo suffisait pour se faire emprisonner. Dans cette prison, 20 000 âmes ont péri sous les coups, la torture, les viols, la faim, la maladie. Et pourtant, les gardiens qui avaient entre 10 et 20 ans étaient endoctrinés et entraînés à torturer sans tuer, jusqu’à ce que le prisonnier avoue sa faute. Pendant ce temps, toute la population cambodgienne vivait sous le travail forcé à la campagne, pour gagner une maigre portion de riz par jour. L'audioguide du musée était vraiment bien fait, intéressant et laissait place à un grand silence dans le musée. On y a découvert des cellules de prisonnier, des salles de torture, d’horribles photos etc. Je suis vraiment contente d’avoir fait cette visite en début de séjour au Cambodge. Elle donne vraiment le contexte historique du pays et permet de comprendre pourquoi de nombreuses familles sont encore en situation de grande pauvreté. Ce qui donne beaucoup de sens au fait que je sois à PSE. Je sais pourquoi on se bat, ce qu’ont vécu les familles des enfants de PSE et pourquoi certains enfants, qui n’ont pas connu la guerre, en subissent quand même les conséquences aujourd’hui.

Pour se remettre de bonne humeur après cette visite assez lourde émotionnellement, nous sommes allés boire des bières sur un bateau qui fait une balade d’une heure sur le Tonlé Sap, dans le centre de Phnom-Penh. Les volontaires restés à PSE cet après-midi nous ont rejoints. C’était à l’heure du coucher du soleil, génial ! Et vraiment joli, ça permet de voir différents quartiers de la ville depuis le fleuve. Encore l’occasion de dire des bêtises et d’apprendre à se connaître.

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Publié le 16 janvier 2024

Du 8 au 12 janvier 2024


Au Cambodge, le soleil se couche et se lève à peu près à la même heure toute l’année : 6h du matin et 6h du soir. Donc pour être productif quand il fait le moins chaud possible, les cours commencent à 7h. Heureusement que je n’en ai pas encore, ça pique. Toute cette semaine, les emplois du temps n’étaient pas encore fixés, les élèves devaient choisir leurs clubs et options donc je n’ai pas encore animé de classe à proprement parler. Mais je n’ai pas chômé pour autant.

En début de matinée, je travaillais avec certains collègues de l’équipe d’anglais. J’ai eu une formation sur le management d’une classe : différentes idées d’activités à proposer aux élèves, les règles, les punitions, les astuces pour attirer et garder leur attention, etc. J’ai également eu une petite formation pour bien comprendre où trouver chaque document, vidéo, support à utiliser sur l’ordinateur en classe.

En deuxième partie de matinée, je participais à un projet partagé entre l’équipe de communication et l’ensemble des volontaires. Une fois par jour, de 11h à midi, PSE est ouvert aux visites. Donc après avoir assisté à deux visites faites par Ombeline et appris le texte par cœur, j’ai pu faire visiter le centre à déjà deux groupes, dont le nombre allait jusqu’à neuf personnes. Sourire, parler fort, distinctement, répondre aux questions, tout ce que j’aime. Je n’étais pas peu fière que mon groupe de neuf personnes dévalise la boutique souvenirs de PSE et fassent un chèque de 10 000 euros au nom de leur entreprise.

A midi, je retrouve mes copains volontaires à la cantine pour le deuxième service. Les élèves mangent presque tous à 11h. Midi et soir, il y a du riz, et soit du poisson, soit de la viande en sauce. Suivi d’un dessert sucré. C’est franchement bon et varié, malgré le riz qui revient à chaque fois. Quand on sait que 7000 repas sont servis par jour, c’est impressionnant. Aussi, tous les employés de la cantine sont des parents d’élèves qui étaient sans emploi. Une autre info sur cette cantine qui est une vraie réussite je trouve : chaque enfant possède sa gourde et sa cuillère. Et en fin de repas, chacun lave sa vaisselle dans de grandes bassines. Ils apprennent les gestes du quotidien aussi à PSE. Internes comme externes. Parce que les jeunes qui séjournent à PSE la nuit sont aussi ceux qui ont les familles les plus difficiles. Donc à l’internat et au pensionnat, ce sont bien sûr eux qui font le ménage, lavent leur uniforme, etc. Durant le déjeuner, soit je mange avec les volontaires français, soit avec mes collègues profs d’anglais. Avec les volontaires, on va parfois s’acheter un jus de fruits ou un smoothie dans un café de la rue de PSE pour le dessert. Et c’est l’occasion pour nous de faire le point sur notre grand projet de ce début d’année : PSE a un incroyable talent. Nous planifions tout de A à Z pour que les élèves et le staff y participent : posters, communication sur les réseaux de PSE, bouche-à-oreille. Chacun peut participer aux auditions, puis si il ou elle est sélectionné, performer sur la scène du spectacle final qui aura lieu le 20 février. Donc outre la com, on a beaucoup de choses à faire : demander à certains profs et membres de l’administration de faire partie du jury, préparer le déroulement de la soirée, la décoration. Trouver un aménagement horaire pour que les jeunes puissent quand même dîner à la cantine. Et il y a 6000 élèves donc ça n’est pas une mince affaire. Je suis chargée de la logistique. Répertorier tout le matériel dont on aura besoin, où le trouver et à qui l’emprunter.

Une fois par semaine, également sur la pause déjeuner, nous avons cours de khmer. Cela va me forcer à m’y mettre de mon côté aussi et c’est une bonne chose. Ce n’est pas une langue qui va beaucoup me servir dans la vie mais j’aimerais vraiment pouvoir communiquer un minimum avec les gens que je rencontre au Cambodge et qui ne parle pas anglais. Et les enfants de PSE n’en parlons pas. La grammaire n’a pas l’air bien complexe, mais qu’est-ce que la prononciation est rude ! Quand je m’exerce en posant des questions à des enfants, ils ne comprennent absolument pas ce que je leur veux. La honte.

L’après-midi, je continue mon travail de préparation de cours dans le bureau des profs avec Marion et Mealea, les deux autres volontaires de l’équipe. On commence à contacter les bonnes personnes pour organiser un atelier karaoké une fois par semaine. Les profs qui partagent notre bureau sont très sympas et rigolos. Ils parlent en anglais en permanence, même quand on n’est pas concerné par la discussion. A la fin de la pause déjeuner, beaucoup de khmers font une sieste. Tous les élèves ont des salles de sieste faites exprès et certains profs dorment sur leur bureau. Au début, ça fait bizarre. Mais vu la chaleur, je comprends. Une autre manie des profs d’anglais : une fois par jour, souvent dans l’après-midi, quelqu’un va acheter des fruits et des épices pour le goûter à partager dans la salle. Alors attention, au Cambodge, ils adorent manger des fruits absolument pas mûrs, avec différentes sauces pimentées. J’ai goûté une fois, pas deux. C’était très amer et ça arrachait.

En fin d’après-midi, tous les enfants ont accès à plein d’activités sportives et culturelles. Ils font ce qu’ils veulent : foot, volley, badminton, boxe, karaté, musique, chorale, danse, etc. L’ambiance sur les terrains de sport est assez magique avec la lumière qui décline. Je me suis achetée une slackline chez Decathlon. J’ai trouvé deux arbres près des terrains pour en faire et c’est un franc succès auprès des enfants. Pendant une heure trente non-stop, j’ai quelques loulous de tous les âges qui viennent essayer. Certains restent plus longtemps que d’autres et réussissent même à faire quelques pas ! C’est vraiment chouette parce qu'on n'a pas besoin de parler la même langue pour comprendre le principe.

A PSE, le dîner de la cantine est servi entre 17h et 18h. J’avoue que cela fait un peu tôt pour moi. Alors soit je vais à la cantine pour remplir un tupperware que je me réchauffe un peu plus tard, soit nous allons au QG des volontaires “Chez Chanton”. C’est un boui-boui à deux rues de PSE qui ne paye pas de mine. Mais les quatre plats de la carte sont délicieux, coûtent deux euros chacun et personne n’a jamais été malade. Chanton, à force de servir des étrangers, parle franchement bien anglais. Il vit avec sa femme et ses enfants, dont le salon est quasiment là où on est attablé. Nous avons droit à chaque fois à du thé glacé et des plateaux de fruits, le tout gratuit bien sûr. On lui rend bien en faisant tourner le commerce deux ou trois fois par semaine. Ce lieu nous permet de dîner avec certains membres du staff khmer de PSE. Et aussi avec certains des salariés français qui travaillent au siège social à Versailles et sont en visite annuelle. PSE emploie six personnes en France pour s’occuper de la récolte de fonds, la communication, etc. Donc j’ai déjà dîné avec le directeur général, Thomas, qui était venu deux semaines. Puis plus récemment Constance et Sophie, qui s’occupent de la com et du recrutement des volontaires, qui sont là pour un mois. Alors forcément, elles sont contentes de revoir sur place les volontaires à qui elles ont fait passer des entretiens d’embauche en France.

Et pour finir, je me couche assez tôt le soir. Mais on se retrouve toujours à jouer aux cartes sur notre terrasse ou dans une des cuisines. Parfois on discute tout simplement. Et nous avons réussi à nous réunir à douze quelquefois pour des soirées plus spéciales. Le dimanche 7 janvier, pour l’épiphanie, nous avons trouvé une galette des rois dans une boulangerie française. Donc on a organisé un dîner avec Mamie, la créatrice de l’association. Elle était ravie. PSE a été fondé en 1996 par Christian et Marie-France Des Pallières qui ont découvert avec horreur la décharge de Phnom-Penh sur laquelle des enfants travaillaient, mangeaient et vivaient dans la plus grande misère. Depuis, ce beau projet a bien pris forme. Au tout début, les enfants voulaient les appeler Papa et Maman. Ce que le couple trouvait gênant puisque certains enfants ont encore de vrais parents. Donc ils ont opté pour Papi et Mamie, et tout le monde les appelle désormais ainsi. Papi est décédé en 2016 mais Mamie, à 82 ans, vit toujours dans le centre de PSE. Plus récemment, nous avons aussi organisé une soirée terroir à la coloc. Trois volontaires ont reçu la visite de leurs familles pendant les vacances de Noël donc les frigos étaient plein de charcuterie et de fromage. Ils ont eu la gentillesse de tout partager avec nous le temps d’une soirée. Saucisson, noix de jambon, comté, camembert, cantal, puis chocolat. Un vrai bonheur.

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Du 7 au 11 janvier 2024


Cette semaine, j’ai reçu la visite de deux étudiants de Sciences Po Bordeaux qui sont dans ma promo, en double diplôme avec l’université de Taipei où ils passent actuellement un an. Ils sont maintenant en vacances d’hiver et découvrent le Cambodge pendant deux semaines. J’ai donc retrouvé Fabien et Hortense en milieu d’après-midi au monument de l’indépendance, dans le centre de Phnom-Penh. Le pays est indépendant depuis 1953, et le monument date de 1958. Il représente un bouton de fleur de lotus et les tours d’Angkor Wat évidemment. Nous nous sommes baladés le long d’artères bien aménagées et fleuries jusqu’au Palais Royal que nous avons visité. Evidemment, il fallait avoir les épaules couvertes et ce n’était pas mon cas. J’ai donc été contrainte d’acheter un chemisier blanc à manches longues avec les temples d’Angkor brodés dessus. Finalement il n’est pas si mal. L’ensemble de pagodes Wat Preah Keo comprend notamment le Palais Royal et la pagode d’Argent. La plupart des bâtiments datent du début du XXe siècle. Ils ont été commandés à des architectes français et cambodgiens par le roi Norodom puis Sisowath. L’ensemble est très impressionnant avec ses toits aux tuiles vernissées, ses balcons et colonnes, ses cours fleuries et ses longues galeries. Dans l’intérieur du Palais Royal, on peut apercevoir la salle du trône de cent mètres de long. Dans la pagode d’Argent, de nombreux bouddhas en or, en émeraude, en argent. C’est très riche. Et à l’extérieur, on a passé un moment à admirer une très longue fresque contant les péripéties aux multiples rebondissements du Ramayana (une épopée mythologique en sanskrit, langue indienne). Conclusion, c’était vraiment magnifique.

Nous nous sommes ensuite baladés à travers le centre-ville, bien plus touristique que le quartier où je vis. Nous nous sommes baladés sur les quais du Tonlé Sap, le quartier Riverside. L’ambiance de fin de journée y était super. Petits marchands de rue, enfants qui jouent au foot, au ballon, à se courir après, amoureux en rendez-vous et coureurs. Nous avons marché quelques temps jusqu’à une autre pagode perchée sur une minuscule colline, en plein milieu de la ville. J’irai m’y balader plus longuement une autre fois. Pour le dîner, nous sommes allés au marché de nuit. Un endroit génial ! Plein de marchands et de boui-bouis forment une ronde et au milieu il y a plein de tapis. Il faut bien sûr enlever ses chaussures pour aller dans la zone des tapis sur laquelle on mange assis par terre. J’ai évidemment pris une soupe de nouilles. Après avoir discuté de nos voyages respectifs, on a rejoint mes colocs volontaires sur les quais pour aller boire une bière sur un bateau, comme l’autre fois. Et j’ai revu Fabien et Hortense le lendemain matin puisqu’ils sont venus visiter PSE et que c’était moi la guide ! Cela m’a fait bizarre et super plaisir de voir des visages familiers découvrir PSE et son campus magnifique. Ils étaient ravis et nous avons déjeuné chez Chanton après ça.

Pour passer une autre demi-journée en centre-ville, j’ai trouvé l’excuse d’aller m’acheter cette slackline chez Decathlon. Alors déjà, le centre commercial dans lequel je me suis rendue était absolument immense et extrêmement moderne. Quel contraste avec l’extérieur. Sans parler de la température, il y a aussi la propreté et le luxe. Voir des voitures de luxe juste en exposition à l’intérieur du centre commercial, c’est bizarre. N’importe quel magasin avait des prix occidentaux. De manière générale, le Cambodge est le pays le plus cher d’Asie du Sud-Est et je ne parviens toujours pas à comprendre pourquoi. Je suis allée visiter un ensemble de pagodes à quelques kilomètres de là. Ici, ces ensembles sont de véritables lieux de vie. On y voit des familles manger, des enfants jouer, des gens faire la sieste dans des hamac. J’étais évidemment la seule visiteuse. C’était très joli. Je me suis ensuite promenée à travers différents marchés dans l’espoir de trouver un soutien-gorge puisque je n’en ai qu’un (et une brassière) depuis quatre mois. Déjà, je dépasse les cambodgiennes d’une tête et je fais quinze kilos de plus qu’elles. Mais en plus, absolument tous leurs soutien-gorges ont des énormes rembourrages en mousse affreux. Bref, je suis repartie bredouille.

Pour finir de raconter cette chouette semaine, j’ai été invitée à témoigner sur mon projet sur différents médias. Tout d’abord l’équipe de communication de PSE souhaitait faire une vidéo en anglais et une vidéo en français à mon sujet pour les deux comptes Instagram (l’un anglophone et l’autre francophone). Heureusement, c’était la volontaire Marie qui s’occupait de ça donc ça n’était pas trop stressant. Je ne me suis pas souvent retrouvée face à de si grosses caméras. Encore moins en devant parler anglais. Mais c’était un bon exercice. La vidéo en anglais est déjà sortie sur Instagram, celle en français est à venir. Et Marie, à côté de ça, fait un podcast audio pour raconter son expérience au Cambodge à ses proches sur Instagram. Donc elle m’a invitée à y participer pour parler de mon voyage. C’était assez cocasse parce que ça nous a fait réaliser à quel point il y a du bruit en permanence à PSE. On a dû mettre l’enregistrement en pause plusieurs fois à cause de scooters, livraisons, groupes d’élèves qui passent, travaux etc. Alors qu’on était en intérieur bien sûr. J’étais très contente de passer ce moment avec elle. Elle vient de Vendée, a 26 ans, a fait la marine, puis un travail pour la communication d’une mairie bretonne. Elle reste un an à PSE, jusqu’en septembre, donc j’aurai l’occasion de la voir souvent. Elle a quand même un parcours sacrément varié. Ma dernière expérience médiatique fut d’être invitée sur un podcast audio qui est lui public et diffusé sur Spotify, Apple Podcast, etc. Il s’appelle Wanderlust, le podcast de voyages. Et son nom est suffisamment explicite. Marine, la créatrice, invite à discuter avec elle des voyageurs au long cours : safari, voyages à vélo, à la voile, en van aménagé, en moto, etc. C’était donc mon tour. Notre échange a duré presque deux heures. Ses questions étaient vraiment intéressantes. L’épisode sortira fin janvier normalement. Je ne sais pas si j’ai hâte d’entendre ma propre voix mais je suis contente que mon projet soit entendu par de nombreuses personnes.

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Publié le 18 janvier 2024

Du 12 au 14 janvier 2024


Un week-end merveilleux de A à Z ! Oui je donne la conclusion au début, mais j’en garde vraiment d’excellents souvenirs. Nous étions huit volontaires sur douze à partir ensemble et l’équipe était idéale : Ombeline (avec qui je loge dans la même maison), Philippine (qui est arrivée à PSE la même semaine que moi), Estelle (psychologue), Typhaine (dentiste), Foucault, Piseth et Antoine. Nous sommes allés à Kratié, une petite ville au bord du Mékong, en remontant vers le Laos. Nous sommes partis vendredi juste après le travail pour arriver avant minuit. Nous avions donc payé un chauffeur et son van pour l’aller et le retour. On était sacrément entassés dedans mais qu’est-ce qu’on a rigolé. A l’aller, on a joué Photos Roulette. Une application sur laquelle on se connecte tous et une photo d’un des téléphones apparaît sur l’écran de chacun. Les participants doivent deviner de qui vient cette photo. On a eu droit à des pépites très rigolotes et cela permet d’apprendre à se connaître. Nous avons enchaîné sur un blind test orchestré par Philippine qui a des goûts très éclectiques. Nous logions dans un petit hôtel aux chambres simples mais il était équipé d’une piscine. Donc en arrivant, nous avons joué aux cartes jusqu’à ce que la plupart des camarades aillent se coucher. Seules Philippine, Ombeline et moi restaient. L’occasion parfaite pour que Ombeline nous raconte les potins sur les autres volontaires. Je rigole, cette discussion était intéressante et tournait surtout autour de l’intelligence sociale.

Le lendemain, les aventures commencent ! Nous sommes allés nous balader à pied au bord du Mékong dont la largeur est impressionnante à chaque fois. Il faisait beau, chaud, nous étions les seuls touristes et le calme régnait. Cela fait vraiment du bien d’être un peu à l’écart de Phnom Penh et de son bruit incessant. Nous avons déjeuné dans un petit restau très local et je suis incapable de vous dire ce que j’ai mangé. J’aurais dû noter le nom. Piseth et Antoine, tous les deux franco-khmers m’ont dit que c’était un plat vraiment typique. Un bouillon avec de gros morceaux de porc osseux et de nombreux légumes verts. Le tout servi avec du riz blanc à côté. C’était très parfumé (citronnelle) et bon mais j’ai eu un peu de mal avec le morceau de viande.

L’après-midi, nous avons prévu une longue excursion en kayak sur le Mékong. Pour aller au départ, nous prenons deux tuk-tuk. Le trajet dure presque une heure, à travers de petits villages et avec vue sur le fleuve. Seulement nous étions quatre dans mon tuk-tuk, en plus du chauffeur, donc j’étais assise à côté de lui mais dos à la route. Notre guide s’appelle Pearun, est coiffé d’un grand bob d’aventurier et est adorable. Le parfait milieu entre respectueux et amical. A bord du kayak, je fais équipe avec Estelle. Je la savais déjà très douce, mais je découvre ce week-end son côté vraiment marrant. On traverse de magnifiques paysages, notamment les mangroves. On passe aussi par des rapides, sans jamais chuter. On fait une pause sur une petite île de sable. Les courageux (dont moi !) se baignent. L’ambiance est magique. C’est vraiment beau. Durant cette pause, Pearun nous fait goûter un snack local : le kralan. C’est du riz gluant dans une tige de bambou, mélangé avec des haricots rouges, du sucre et un peu de noix de coco. C’est super lourd, un gros goûter bien consistant. Après ce petit moment de bonheur, on reprend le kayak. J’avoue avoir bien mal aux bras au bout d’un moment. Le spectacle de la fin de journée est magique lui aussi. Nous voyons des dizaines de dauphins passer à la surface de l’eau pour respirer. Tout ça devant le coucher de soleil, seuls au milieu du Mékong. Ce sont des dauphins d’eau douce dits de “l’Irrawaddy”. L’homme et ses techniques de chasse violentes ont décimé la population du mammifère, qui reste menacé à terme par l’inéluctable développement du bassin du Mékong. La protection de l’espèce est en partie financée par cette exploitation touristique éco-responsable. Sur le moment, je ne pensais bien sûr pas à tout ça. C’était vraiment le calme plat parmi nous. Un moment d’admiration de la nature, de méditation. En regagnant le large, nous étions épuisés par cette journée. Mais le retour en musique à l’hôtel en tuk-tuk a su nous requinquer.

Le lendemain, c’était l’anniversaire de Foucault. 23 ans, ça se fête. La veille au soir, on a tous bien mangé au bord de la piscine. Le gérant de l’hôtel nous a même dégoté un gâteau et des bougies. Après quelques bières et jeux d’alcool, on voulait danser. A Kratié, il y a 20 000 habitants, donc pas les boîtes de nuit les plus folles du pays. Le gérant, toujours notre sauveur, nous a amené en voiture à un karaoké où on a pu prendre une petite salle juste pour nous. C’était absolument génial ! Super ambiance, tout le monde a chanté et dansé. Variété française, rap, musique pop. C’était vraiment chouette. Nous sommes rentrés à pied un peu plus tard et sur le chemin du retour ont commencé les discussions qui nous ont tenu éveillés jusque tard dans la nuit au bord de la piscine. Débats en tous genres. On a bien rigolé et appris à se connaître.

Après une petite grasse matinée et un bon petit-déjeuner, nous voilà repartis nous balader. L’objectif du jour : aller découvrir la petite île de Koh Trong au milieu du Mékong et sa vie de village. Pour l’atteindre, prendre le ferry local ne fut pas une mince affaire. C’était difficile à trouver, et ne parlons pas de la compréhension des horaires. Mais c’est en l’attendant à l’ombre que Soda est venu nous parler. Un khmer d’une quarantaine d'années qui parlait français vraiment bien. Il est professeur de français et guide touristique. Il semblait tellement content de nous voir, et de parler avec Piseth et Antoine, les deux métissés du groupe. Il connaissait plein d’expressions comme “roule ma poule”, “en voiture Simone”, etc. Pour dire son prénom, il disait “je m’appelle Soda comme la boisson”.

Une fois sur l’île, nous avons loué quatre scooters à partager. J’étais avec Antoine et on a conduit chacun une partie. C’était la première fois que je conduisais un scooter à moteur. Je me suis débrouillée comme une cheffe. L’île était vraiment jolie. Au bord, des plages de sable avec plein d’enfants barbotant de l’eau. C’est dimanche alors sur le ferry il y avait plein de groupes de mamans et de grandes sœurs avec les enfants. Dans l’eau, des petits bateaux à moteur. Et à l’intérieur de l’île, une vie paisible. Des maisons traditionnelles montées sur pilotis avec des toits de paille, des champs de bananiers, des zébus, des cocotiers. Philippine s’émerveille devant chaque enfant que l’on croise, Ombeline fait le reportage photos et vidéos. Je discute avec Antoine de son expérience au Cambodge en tant que franco-khmer, ce sentiment de renouer avec ses origines. Nous manquons de temps donc nous avalons chacun un pot de nouilles instantanées avant de revenir vers le ferry. Des enfants font une petite course de bateaux qu’ils ont fabriqués avec des blocs de polystyrène et des plumes de pigeons plantées dessus pour faire une voile. Je rentre à l’hôtel à pied, pour dire au revoir à Kratié. Il est bientôt 17h et notre van et son chauffeur nous attendent. Le retour à Phnom Penh se fait dans la joie et la bonne humeur. La fatigue aidant, on a rigolé comme des idiots et étions presque tristes d’arriver après cinq heures de route.

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Publié le 24 janvier 2024

Du 15 au 19 janvier 2024


Pour raconter cette semaine, il y aura le fil rouge de mes premiers clubs d’anglais, et différents moments marquants et conviviaux. Toute la semaine, PSE recevait un journaliste écrivain de la revue Aventures du bout du monde. Philippe Masse a presque soixante-dix ans et rédige différents articles pour ce magazine. Nous avons dîné avec lui lundi soir. Avant sa retraite, il a exercé le métier de psychologue. Un monsieur très calme et à l’écoute. Il m’a donné son mail pour que je rédige un article à propos de mon voyage.

Tous les soirs à PSE, il y a un temps de méditation et de prière dans une grande salle pour les pensionnaires qui le souhaitent. J’y suis allée par curiosité. C’était très apaisant. Tous les enfants sont assis par terre en lignes avec une feuille sur laquelle est écrite les chants. Un petit garçon d’environ six ans déroule les différentes étapes au micro. Les chants sont assez jolis, répétitifs mais pas monotones. C’est vraiment l’occasion de voir les enfants dans un moment de grand calme. Sur une chaise, un cadre avec une image de Bouddha, et une petite image de Jésus à côté. Une prière multiconfessionnelle donc. A la fin, certains jeunes m’ont reconnue et sont venus me parler, contents de me voir là.

Eh oui, j’ai donné mes premiers cours toute seule cette semaine. Ce n’est pas une mince affaire. Heureusement, j’ai deux heures de cours durant lesquelles j’assiste simplement une professeure d’anglais. Donc cela me donne plein d’idées d’activités pour les moments où j’anime seule un groupe. La plupart de mes cours sont des clubs de conversation. Certains élèves n’osent pas prendre la parole en anglais, de peur de faire des erreurs. Donc ces cours, certains obligatoires, d’autres facultatifs, doivent leur permettre de prendre confiance en eux. Et je peux déjà voir la différence de confiance entre le premier et le quatrième cours. J’ai en effet un même groupe trois fois par semaine. Donc je commence déjà à maîtriser la plupart des prénoms (les prénoms khmers sont une galère dont vous n’avez pas idée…). Dans l’ensemble, j’ai l’impression qu’ils sont franchement volontaires et intéressés. Mais les filous qui se la racontent un peu, ils sont bien contents quand ils réussissent à faire une phrase correcte.

Concernant la nourriture, je ne suis pas en reste. Différents événements m’ont empêché d’aller à la cantine. Zut alors… Je rigole, elle est vraiment bonne. Déjà, l’un des grands parrains de PSE depuis une vingtaine d’années, c’est Patrice Leconte, le réalisateur des Bronzés. Il a notamment financé la création de la formation des métiers de l’image et du son, une des formations professionnelles. Il était de passage à Phnom Penh pour rendre visite à PSE. Je ne l’ai pas vraiment croisé dans ce cadre là. Mais l’Institut français du Cambodge a organisé une projection de son film Ridicule, avec un temps de questions-réponses à la fin. Très sympa de découvrir l’Institut français, il y a des films qui ont l’air très bien. L’ambiance “expats” n’est pas ma préférée cependant. Le film Ridicule en lui-même était très bien. Un film d’époque sur la cour du Roi et la volonté d’un provincial d’assécher les marais de son patelin, le tout avec une pointe d’humour. Patrice Leconte n’est absolument pas un personnage du show business. Très calme, simple, avec beaucoup de recul et de critique sur ce qu’il fait. Après la projection, nous sommes allés dîner entre volontaires dans les boui-bouis du marché russe. Il porte ce nom parce qu’il était très fréquentés par les russes pendant la période vietnamienne. A part ça, rien de russe à signaler. Le marché était fermé mais les boui-bouis alentours sentaient très bon. J’ai trouvé du banh xeo ! Mon plat favori du Vietnam : cette grosse crêpe / omelette garnie aux légumes et crevettes, à rouler dans de la salade verte et à tremper dans la sauce à nems. Miam ! Je me suis régalée.

Ma seconde excuse pour bien manger, c’est le restaurant d’application de PSE. Nous avons des élèves en formation professionnelle d’hôtellerie et tourisme. Donc il y a un petit restau où les élèves se forment en cuisine, mise en place d’une salle, service, bar, accueil, etc. C’est de la cuisine française et c’est absolument délicieux. Déjà que ce n’est pas bien cher, le personnel de PSE à une réduction de -50% sur toute la carte. Carte qui change toutes les semaines, pour entraîner les élèves, ça n’aide pas. J’espère ne pas trop m’y habituer tout de même. J’avoue que j’enchaîne beaucoup les événements francophones. Pourtant, j’aimerais beaucoup profiter de ces six mois ici pour m'imprégner au mieux de la culture khmer. Cela passe par les lieux où l’on mange, les personnes que l’on fréquente, etc.

Par conséquent, j’étais ravie que Mealea, ma collègue et coloc franco-khmer m’invite à petit-déjeuner avec elle. Elle m’a amenée à une adresse de quartier pour boire une soupe phô avec des nouilles (eh oui, ici c’est pour le petit-dej). C’était super bon et ça m’a fait plaisir de découvrir un autre commerce. Il y avait même une dame travaillant à PSE à la table d’à côté.

Alors le soir même, retour drastique à l’euro-français. Après le travail, je suis allée chez Marie, la fille de la com qui m’a invitée dans son podcast. Elle habite une coloc pour douze personnes dans le centre de Phnom Penh. Une maison magnifique avec une piscine. Donc je me suis baignée, quel bonheur. Surtout après le trajet en scooter derrière elle dans la pollution de la ville. Puis nous sommes allées dîner avec certains de ses amis, toujours français, dans un restaurant grec. Je suis évidemment ravie d’avoir mangé du tzatziki. Mais j’avoue que c’est le genre d'interaction social qui me plaît moins. Oui, je répète à chaque fois les détails de mon voyage. Et cela me fait plaisir d’en parler et de changer les imaginaires des gens à propos des voyages sans avions et proches des locaux, qui sont bien plus faciles qu’on ne le pense. Mais les interactions interculturelles me manquent. Même si à PSE, je suis bien lottie. C’est dans le cadre du travail, alors c’est différent.

Et j’ai d’ailleurs eu l’occasion de rencontrer plus précisément l’ensemble de mes collègues de l’association. Vendredi dernier, c’était le séminaire du personnel. Donc les enfants n’avaient pas cours. Le matin, chaque département tenait un stand pour présenter son travail et ses projets aux autres. Cela grouillait de monde : plus de six-cents salariés, dont 95% de khmers ! C’était très chouette de voir la créativité de chaque équipe. Au stand d’anglais, nous avions organisé un quizz avec des bonbons à gagner. Le stand de chinois, de la calligraphie, un photobooth pour la formation en son et image, une dégustation de fruits pour la cantine, etc. Je me suis retrouvée à discuter avec Bora, une dame d’une quarantaine d’années qui manage les internats et pensionnats. Elle m’en explique le fonctionnement dans un français franchement impressionnant. Je la félicite et lui demande où elle l’a appris. Elle me dit alors qu’elle est une ancienne élève de PSE, qu’elle y a appris le français. Calculant dans ma tête, je me rends compte qu’elle a dû connaître PSE au tout début, puisqu’elle ne me paraît pas si jeune et que PSE a été créé en 1996. Elle m’explique alors qu’elle fait partie des quelques enfants qui ont rencontré “Papi et Mamie” (Christian et Marie-France Despallières), les fondateurs de l’association, sur la décharge de Phnom Penh où elle travaillait à l’âge de dix ans. C’est avec eux qu’elle a appris le français. Elle faisait donc partie des tout premiers bénéficiaires de PSE. Et une fois diplômée, elle n’a jamais quitté cette grande famille. Elle a évolué au sein du personnel dans différentes équipes. J’étais extrêmement touchée d’entendre son histoire. Et cela donne vraiment du sens à ce que je fais ici.

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Publié le 25 janvier 2024

Du 19 au 21 janvier 2024


Encore un week-end en grand effectif ! Tous les volontaires étaient présents, une vraie colonie de vacances. Cette fois-ci, nous allons dans la province de Mondulkiri, dans le Nord-Est du pays, près de la frontière vietnamienne. Une région très dense en végétation, très peu urbanisée, et assez peu touristique. La route est longue donc nous prenons un bus de nuit entre vendredi soir et samedi matin. Encore un modèle que je n’avais jamais vu, ce sont des couchettes doubles ! Il vaut mieux bien s’entendre avec son voisin. Moi ça va, c’est Charlotte, une des filles avec qui je m’entends le mieux. Traditionnel jeu de photo roulette avant de s’endormir. Le lendemain matin, nous atterrissons dans un petit bourg à l’aube, tous encore à moitié endormis. Nous trouvons un petit café pour se remplir le ventre de bon matin. Et quatre d’entre nous ont l’estomac en vrac. Cela annonce un week-end dans la nature haut en couleurs (ou plutôt en odeurs…).

Nous retrouvons notre guide pour les deux prochains jours chez lui. Il a une portée de chiots adorables. Nous buvons du thé et nous reposons un peu pendant qu’il appelle ses amis conducteurs de tuk tuk pour nous amener au début de la rando. Notre guide s’appelle Cham et parle très bien français. C’est un vrai clown. Avec son chapeau sur le côté, il imite Napoléon, chante Les Champs-Elysées et enchaîne les jeux de mots en français.

Le spectacle de la nature commence au moment où nous montons dans les tuk tuks. Nous sommes légèrement en altitude, et pouvons admirer le chemin de terre orange / rouge entouré d’arbres à perte de vue en contre-bas. Puis au milieu de nulle part, nous quittons nos véhicules et la longue marche du jour commence. En tout, nous faisons 16 kilomètres avec 600 mètres de dénivelé. Et cela faisait longtemps que je n’avais pas randonné, je l’ai bien senti passer. Le début était quand même assez rigolo. Nous avons traversé une rivière à pied, où évidemment il a fallu que Théodore fasse tomber sa chaussure. Emportée dans le courant, c’est le guide qui l’a récupérée. Sans lui, Théo allait marcher toute la journée en tongs. Cela nous a fait rire pendant un bon moment.

En plus de Cham, un jeune khmer marche aussi avec nous. Il a 20 ans et parle très très peu anglais, donc la conversation est moins facile mais il est super souriant et très blagueur. Kampoen se cache pour essayer de nous faire peur, il utilise les seuls mots qu’il connaît pour nous faire rire et toujours les yeux malicieux. Nous avons admiré deux cascades très hautes et impressionnantes. Et surtout, nous nous sommes baignés dans un endroit magnifique. Une rivière à l’eau transparente, au pied d’une toute petite cascade. Des marcheurs sautaient du haut d’un arbre. L’eau était fraîche. Un moment de bonheur. Pour le déjeuner, nous nous sommes installés auprès de la cascade : poulet, riz, légumes. Un monsieur du coin m’a fait une petite bague tressée avec du bambou. Cham nous explique que culturellement au Cambodge, les gens sont souvent très pudiques, autant avec leur corps qu’avec leurs émotions. Donc dans ce genre d’endroits, les femmes et les hommes ne se baignent que très rarement en même temps. Et surtout, personne n’a de maillot de bain donc ils se baignent souvent tout habillés. J’avais remarqué que, pour rigoler, les cambodgiens disent souvent des phrases de drague très explicites. Mais c’est sur le ton de la blague. Dès qu’il s’agit de vrais sentiments, il n’y a plus personne.

L’après-midi est passée plus lentement : beaucoup de descentes, donc il faut rester concentrés pour ne pas tomber et c’est fatiguant. Nous avons aussi beaucoup marché à travers champs et c’était magnifique. En fin d’après-midi, nous traversons un pont en bois depuis lequel trois jeunes garçons s’amusent à sauter dans l’eau. Alors Antoine et Foucault vont piquer une tête, et nos deux guides aussi. Donc pour être cohérent avec ce que nous a expliqué Cham plus tôt, les filles s’abstiennent. Il paraît que nous sommes à la fin de la balade. Plus qu’une grande montée, et c’est fini. Pour faire passer le temps, Kampoen chante en khmer. L’arrivée dans le village où nous allons passer la nuit est assez magique. Les chemins de terre sont toujours oranges, la lumière décline. Nous allons dormir chez Kampoen. Il vit avec ses parents et ses frères. Nous avons une cahute dans le jardin où Kampoen nous installe plein de hamacs. Tant qu’il fait encore jour, nous allons jouer avec les enfants du village au milieu des maisons. Ils sont au moins une vingtaine. Alors différentes équipes se créent : certains jouent au foot, Ombeline jouent avec les plus petits et les prend en photos. Je suis spectatrice de tout ça. C’est un moment vraiment magique. Tous ces enfants tellement heureux d’avoir de nouveaux partenaires de jeu. Des petites filles viennent me parler. On réussit à se dire nos prénoms et nos âges. Dans cette région, ils parlent un dialecte local. Mais elles me comprennent quand même quand je bafouille en khmer. On fait des cœurs avec nos doigts. C’est un langage universel de bienveillance et de tendresse.

Quand tout le monde a pris sa douche et que la nuit est tombée, on s’installe entre volontaires autour de la table avec des bières et des jeux de cartes. Et rapidement, la maman de Kampoen nous amène à manger. Je discute avec son père qui semble parler un petit peu anglais. J’invite nos guides à se joindre à nous pour la soirée. Cham est clownesque et veut nous faire essayer sa pipe. Avec Kampoen, la barrière de la langue est plus présente. Mais on arrive à comprendre qui sont ses frères, quel âge ils ont, etc. Certains se joignent à nous aussi. Cela finit par une soirée dansante puisque Ombeline a amené une petite enceinte. Tout le monde y trouve son compte : musique française, internationale, khmer. Cham connaît tout par coeur. On fait danser le rock à Kampoen et ses frères. Super soirée.

Contrairement aux autres, j’ai franchement bien dormi dans mon hamac. Et le réveil au village est paisible, malgré les nombreux coqs et leurs cris. Après avoir rangé nos affaires, les hamacs et mangé un bon petit déjeuner, nous décollons. On dit au-revoir à Kampoen et sa jolie famille. La marche reprend. Et au bout d’environ une heure, le moment magique. Un éléphant sur notre chemin. Puis deux. Nous avons vu et approché une femelle de trois tonnes et un mâle de quatre tonnes. C’est franchement impressionnant. Certains leur ont donné des bananes. Le côté plus triste et désolant de cette histoire, c’est que ces éléphants seraient sans doute plus heureux s’ils n’étaient pas habitués à notre présence.

En tout cas, avec ou sans éléphants, la balade était encore une fois magnifique. Des bananiers en veux-tu en voilà. Nous avons passé une grande partie de la journée au bord de la rivière. Une famille y tient une paillote où nous nous sommes restaurés. Riz, porc, poisson d’eau douce cuits au-dessus du feu. Et une soupe de légumes délicieuses qui a bouilli dans un grand bambou au-dessus du feu également. Avec de la mangue en dessert. Avant et après le déjeuner, baignades, jeux de cartes, écriture, bronzette, photos. C’est notre jour de repos.

Le week-end se termine paisiblement. Retour en marchant jusqu’au bourg d’où partira notre bus de nuit de ce soir. En arrivant, la lumière est magnifique. On a même droit au coucher du soleil. La troupe de français a réussi à mettre la main sur une pizzeria au fin fond du Cambodge. De quoi s’occuper avant le bus.

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Publié le 29 janvier 2024

Du 22 au 25 janvier 2024


Une nouvelle semaine à PSE commence. Et elle fut sacrément chargée parce qu’une des profs d’anglais était malade toute la semaine. J’ai dû la remplacer sur la moitié de ses cours. C’était un gros challenge parce que j’ai eu des étudiants qui n’avaient jamais fait d’anglais avant. Or, je ne parle pas khmer. Donc pour traduire les consignes des activités ou certains mots basiques, c’était compliqué. En revanche, le groupe que j’ai trois fois par semaine est adorable, à croquer. Et on peut faire des exercices intéressants. Nous avons travaillé sur le thème de la famille. Je leur ai demandé de présenter à l’écrit la personne qu’il préfère dans leur famille, et pourquoi. J’ai lu un grand nombre de déclarations d’amour aux mamans. Par contre, beaucoup d’élèves ont perdu un ou deux parents, alors il m’a fallu être délicate.

J’ai eu l’occasion de discuter de la vie privée avec deux étudiants que je n’ai pas en cours mais avec qui je parle régulièrement en les croisant. Sophea et son ami dont je n’ai pas le nom m’ont reconnue au marché en-train d’acheter des crudités. Donc on a passé un moment ensemble. Ils ont environ 18 ans et sont en formation de cuisine. Ils sont tous les deux homosexuels. Pour l’un des deux, cela se passe assez bien avec sa mère qui ne l’a pas rejeté en l’apprenant. Mais pour l’autre, c’est tout le contraire. Déjà, il a été élevé par sa tante parce que ses parents biologiques sont alcooliques et malades. Et au début de son adolescence, sa tante lui a toujours dit que son homosexualité lui faisait honte. Que ainsi, elle ne pouvait pas l’aimer et le traiter comme son fils. Que heureusement que désormais il était logé à PSE, comme ça les voisins parlaient moins de lui. Donc assez glaçant. Mais ce qui m’a fait vraiment chaud au coeur, c’est de l’entendre dire que à PSE il se sent super bien. La directrice générale, Leakhena Despallières est lesbienne et vit avec sa compagne. Certains professeurs sont plus efféminés que d’autres. Et ça joue évidemment pour créer un environnement sain de bienveillance et de confiance pour les jeunes qui seraient rejetés par leurs familles. Conversation assez sérieuse donc. Et ça me fait vraiment plaisir que les étudiants se sentent assez à l’aise avec moi pour me confier ce genre de choses.

Pour parler d’un autre côté assez triste du Cambodge, j’ai découvert le quartier des prostituées de Phnom Penh. Pour le contexte, Constance, une copine de Sciences Po en échange universitaire à Taïwan, est venue me voir pendant deux jours. Donc nous avons dîné dans le centre ville des nouilles délicieuses et nous nous sommes baladées sur les quais. Juste à côté, il y a deux rues pleines à craquer de bars devant lesquels patientent des prostituées d’environ mon âge. C’est vraiment triste à voir. Et les clients, je vous le donne en mille, sont principalement des blancs vieux. Dégoûtant. C’est quand même assez étonnant que la prostitution soit illégale au Cambodge, alors qu’elle aussi institutionalisée au coeur du centre-ville de la capitale. En revenant à PSE après ce moment dans le centre, j’ai pris un tuk-tuk dont le conducteur parlait assez bien anglais donc on a fait connaissance. Visal a trente ans. Il a longtemps été chanteur dans des bars et des restaurants, mais c’est un rythme de vie qui l’épuisait donc il s’est acheté un tuk-tuk pour travailler quand il veut. Et chez lui, il a un petit studio de musique pour faire ses projets. Il joue de la guitare et du piano. Un homme très sympa et curieux ! On va garder contact, cela me fait plaisir de connaître des khmers en dehors de PSE, et il a adoré pouvoir pratiquer son anglais. Il était impressionné que je sois volontaire dans une asso. Il a lui-même pu apprendre l’anglais grâce à une ONG quand il était plus jeune. Maintenant, il essaie d’apprendre le chinois par lui-même. Le lendemain, j’ai fait visiter PSE à des touristes et à Constance qui est venue me voir !

Cette semaine, c’est aussi un film qui m’a fait apprendre plein de choses sur les khmers et sur Phnom Penh. Je suis allée voir Diamond Island, réalisé par Davy Chou, à l’Institut français. Ce film parle d’une île située dans le centre de Phnom Penh, là où les investissements immobiliers chinois font pousser des immeubles comme des champignons. Les investisseurs ont vocation à faire de ce quartier un paradis de luxe et de grandeur. Je suis allée m’y balader, c’est triste comme la pluie. Des immeubles tout neufs mais tout vides. Dans le film, un jeune homme d’à peine vingt ans est envoyé par sa famille provinciale en manque d’argent à Diamond Island pour travailler sur un des chantiers. Donc d’agriculteur, ce jeune homme devient ouvrier. On comprend son évolution, sa découverte de la grande ville, des filles, des soirées dans un milieu très pauvre, ses ambitions. Très bien réalisé et un acteur principal vraiment attachant.

Entre ces sympathiques sorties et les cours d’anglais, les volontaires et moi-même sommes toujours en-train de préparer PSE’s Got Talent (PSE a un incroyable talent). Motiver une dizaine de personnes à faire avancer ce projet, c’est quelque chose. Nous nous sommes répartis les tâches. Certains créent une chorégraphie que l’on fera sur scène pour mettre l’ambiance dans le public. Certains sont en-train de confectionner des décorations sur-mesure. Les auditions ont bientôt lieu. Donc nous restons en contact permanent avec les candidats s’ils ont des questions. Ils sont une quarantaine d’équipes à présenter une prestation aux auditions. On a réussi à motiver beaucoup de monde ! Pour la le spectacle final auquel tout le monde pourra assister, seules dix équipes seront sélectionnées.

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Publié le 2 février 2024

Du 26 au 28 janvier 2024


Pour bien commencer ce week-end à Phnom-Penh, je suis allée visiter le Musée national du Cambodge en fin d’après-midi vendredi. J’y suis allée avec Charlotte, que j’adore. Toujours solaire et blagueuse. Le bâtiment du musée est splendide. Construit par des français mais dans le style khmer, d’un rouge ocre ravissant. A l’intérieur, il y a une cour où l’on s’est assise à l’ombre un long moment. Et dans les galeries, de magnifiques statues. C’est un musée archéologique organisé par ordre chronologique. Un endroit joli mais quand même très cher, heureusem ent qu’on y a passé du temps. En sortant de là, nous sommes allées faire un tour dans des pagodes aux alentours. Et nous devions aller à la banque pour changer de la monnaie. Quelle drôle de scène quand trois personnes d’environ quarante ans nous ont accostées au milieu de la banque parce qu’ils m’ont reconnue d’Instagram.

En début de soirée, nous nous sommes rendues chez Marie, qui habite une grande maison en colocation. Chacun a apporté quelque chose à manger et à boire : grand apéritif dinatoire. Après ça, nous sommes tous allés à la découverte de la nuit nocturne de Phnom Penh. Nous avons commencé par un bar dansant génial dans la rue Bassac. Le DJ a vite compris que c’est notre troupe de français qui mettait l’ambiance donc il a mis plein de musiques françaises : Stromae, Indochine, etc. Entre deux chansons, des parties de baby-foot. Et nous avons enchaîné sur une boîte de nuit plus internationale. A PSE, nous avons un couvre-feu à 23h. Autant vous dire qu’il était bien dépassé en ce vendredi soir (ou plutôt samedi matin). Donc nous avions réservé des chambres d’hôtel un peu miteuses près du quartier des bars. De quoi dormir quelques heures.

Le lendemain, malgré la petite gueule de bois, j’ai passé une super journée ! J’ai décidé d’aller explorer l’île de la soie. Une île sur le Mékong, à Phnom Penh. C’est à peine croyable vu le contraste entre l’agitation de la ville et le calme qui règne sur cette île. On y trouve un village et de la campagne. Donc j’ai commencé par prendre un tuktuk pour me rendre à l’embarcadère, puis un ferry pour atterrir sur l’île. Là, ma longue balade a commencé. J’ai marché de 13h à 17h, avec quelques petites pauses, tout de même. On l’appelle l’île de la soie parce que beaucoup de femmes y tissent devant leurs maisons. Je crois que sur l’après-midi, j’ai assisté à toutes les étapes de fabrication, même les vers à soie ! C’est assez joli comme processus, et parfois leur machine peut être assez bruyante. Je me suis arrêtée à un stand de nourriture pour manger des nouilles instantanées. Je mourrais de faim. La dame qui tenait le stand était en-train de concocter de petits sachets de friandises. Elle était adorable et ses enfants aussi. Le reste de l’après-midi, j’ai traversé des chants, des rizières, des chemins de terre au milieu des zébus et des bananiers. Il m’a semblé que les habitants de cette île avait un niveau de vie un peu plus élevé que ceux de la capitale. J’ai aperçu quelques très grosses voitures et des maisons plutôt jolies. Aussi, ils ont vraiment plus de place. Comme c’était samedi, chacun vaquait à ses activités et tout le monde me saluait, surtout les enfants. L’occasion pour moi de pratiquer mes quelques phrases de khmer. En fin d’après-midi, je suis tombée sur le seul véritable restaurant de l’île, avec une terrasse magnifique mais évidemment vide. Donc j’ai craqué pour une pizza que j’ai dégusté face au coucher de soleil de l’autre côté de la rive. Magnifique. Mon premier beau coucher de soleil à Phnom Penh.

Je suis ensuite rentrée à PSE en tuktuk où j’ai retrouvé mes volontaires chéris et on a regardé tous ensemble Azur et Asmar, un des films d’animation de Michel Ocelot. Un samedi soir tranquille, donc. J’ai dormi très longtemps cette nuit là. A tel point qu’à mon réveil dimanche matin, certains de mes colocs étaient sur le départ pour aller voir le plus grand marché de Phnom Penh et j’ai sauté dans mes vêtements à toute vitesse pour y aller avec eux, avec une trace d’oreiller sur la joue. Nous sommes allés au marché Orussey, titanesque, et bruyant. Une véritable fourmilière. J’y ai acheté des cadeaux d’anniversaire pour Ombeline : un hamac et une guirlande lumineuse pour notre terrasse. Mes copines se sont achetées des tissus à amener chez le tailleur pour se faire des robes sur-mesure. Je testerai peut-être après avoir vu ce que ça rend sur elles. Nous avons déjeuné une soupe de nouilles aux crevettes délicieuses. Nous nous sommes séparés après le déjeuner puisqu’elles allaient chez le tailleur.

Moi, j’ai entamé une grande balade à travers Phnom Penh pour admirer les bâtiments notables que je n’avais pas encore vus. Je suis tombée au hasard d’une rue sur une pagode splendide, encore une fois. Décorée d'énormes cobras devant son portail. Aussi, l’influence architecturale française sur la capitale demeure assez évidente. J’ai pu admirer l’hôtel de ville de Phnom Penh, le Raffles Hotel Le Royal, la grande poste (une grosse bâtisse jaune du XIXe siècle) et le Manolis Hôtel assez magnifique. Ce dernier bâtiment m’a vraiment rappelé les immeubles colorés d’Italie ou du vieux Nice. J’ai fini cet après-midi au Wat Phnom, le sanctuaire sacré le plus ancien de la ville. Les habitants viennent se promener tout autour, comme dans un jardin public. On y trouve des adorateurs de Bouddha, des vendeurs d’oiseaux, de boissons, des diseurs de bonne aventure, des joueurs attirés par le tirage au loto, etc. Au sommet d’une minicolline artificielle de trente mètres se trouve la pagode, décorée de belles fresques et de nombreux Bouddhas. Je suis arrivée au même moment qu’une horde de fidèles les mains chargées d’offrandes : des fruits et légumes, des boissons, de la viande, des œufs, le tout en abondance. J’ai passé un moment à l’intérieur de la pagode, assise sur les tapis derrière, pour observer les fidèles prier.

Je suis rentrée en fin d’après-midi à PSE. Juste le temps de me doucher avant que Visal, mon nouvel ami chauffeur de tuk-tuk, ne vienne me chercher. Nous allons dîner chez un de ses amis, Chantho, qui habite dans mon quartier. Chantho est soldat dans l’armée. Il ne parle pas du tout anglais donc c’est Visal qui faisait la traduction. On a super bien mangé : de la salade, du poulet, du riz, et des brochettes cuites à l’instant sur un petit barbecue. Ah oui ! On a dîné sur le toit de l’immeuble ! Il y a un accès au toit donc on y a monté le barbecue, une table, des chaises, une lampe et une enceinte. C’était tout un déménagement. Visal m’a fait écouté les musiques qu’il compose. Et on a discuté de plein de choses, notamment du rapport à l’alcool dans nos pays. La France et le Cambodge n’étant pas les derniers sur la petite goutte. J’ai essayé d’aborder le sujet des prostitués mais j’ai l’impression que les khmers sont assez gênés par ce problème de société et n’osent pas vraiment en parler ouvertement. Aussi, ils sont timides de manière générale dès que l’on parle de sentiments, relations amoureuses ou intimes.

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Publié le 6 février 2024

Du 29 janvier au 2 février 2024


Dès le lundi soir, nous avions un chouette évènement à PSE. Une soirée internat. Sur les 7000 jeunes dont s’occupent PSE, 10% dorment sur le campus au sein du pensionnat pour les plus jeunes et de l’internat pour les plus âgés. Ce sont ceux qui ont besoin d’être protégés de leurs familles pour cause de violence, alcool ou drogues. Donc à PSE, ce sont en quelque sorte les étudiants les plus chouchoutés. Il y a des activités qui leur sont organisés en fin de journée et le week-end. Et une fois par mois, il y a une fête de 18h à 21h. Donc ce lundi, c’était la fête du début de l’année scolaire pour remercier les étudiants les plus investis l’an passé. Il y a eu des discours des éducateurs qui restent avec eux nuits et jours. Et ils ont donc remis un petit diplôme aux élèves les plus investis dans le ménage de l’internat, le balayage des feuilles, l’aide aux devoirs pour les plus petits, les équipes de sport et ceux qui ont les meilleurs résultats scolaires. C’était un moment trop mignon, les jeunes étant super fiers de recevoir ce genre de félicitations. Et après ça, nous avons tous dansé ! Ils ont mis de la musique dansante khmer sur les grosses enceintes, de quoi faire se déhancher les enfants de 5 à 25 ans. Cela me fait toujours drôle de croiser mes “élèves” dans ce genre de moment très détendu et informel. Eux-mêmes sont perdus entre le fait de m’appeler “teacher” ou “Lisa”. Et après 21h, nous avions préparé un magnifique buffet entre volontaires sur notre terrasse, pour faire un anniversaire surprise à Ombeline : saucissons, fromages, sushis, chips, pastèque, fruit du dragon, etc. Un chouette moment de convivialité et de dégustation. Se retrouver à douze, c’est l’occasion de faire des plans sur la comète pour nos prochains week-ends.

Cette semaine, PSE a la visite d’une vingtaine de bénévoles français qui récoltent des dons pour PSE en France sur leur temps libre. Aujourd’hui, je me joins à eux pour aller visiter plus en profondeur l’atelier couture et la garderie de PSE qui se trouvent sur le campus OBK, situé à 10 minutes à pied. Encore un magnifique moment, et l’occasion de réaliser une fois de plus qu’il se passe mille et une choses à la fois à PSE. L’atelier couture emploie trente mamans d’élèves de PSE sans emploi. Elles sont formées par une professionnelle du textile, travaillent dans des conditions dignes et reçoivent un salaire honnête. Elles s’occupent de coudre les 14 000 uniformes par an de PSE. Chaque élève reçoit deux uniformes en début d’année scolaire. Alors cela leur donne du travail toute l’année. Les mamans doivent réaliser des sets complets d’uniformes, pour avoir toutes les compétences possibles et potentiellement être employées en dehors de PSE. Et à côté de l’atelier couture, il y a une des dix garderies. Les neuf autres sont situées au cœur même des communautés (bidonvilles) dont s’occupe PSE. On arrive au moment de la récréation, donc c’est la fête du slip. Les enfants nous sautent dessus, nous courent après, nous montrent tous leurs jeux. Quinze minutes mais ce fut éreintant. Ils sont ensuite tous retournés en classe. C’est vraiment à croquer. Ils apprennent l’alphabet, les chiffres, la discipline. Dès le plus jeune âge, ils s’encouragent dès que quelqu’un va au tableau et ils s’applaudissent juste après. Je crois qu’ils sont une petite centaine d’enfants par garderie, répartis par tranches d’âge dans cinq ou six classes.

Mardi soir, j’ai été invitée à dîner chez Xavier de Lausanne. C’est le réalisateur du film documentaire Les Pépites qui raconte l'histoire de l’association Pour un Sourire d’Enfant. Alors je n’ai pas été invitée par hasard. Un de mes copains de France est son filleul. Donc cela faisait déjà plusieurs mois que j’avais son contact et que mon pote me tannait pour que je le rencontre. C’était un moment très sympa. Il vit dans un magnifique appartement sur Riverside, donc face au Mékong. De nuit, la vue était époustouflante, avec toute la ville illuminée. On a beaucoup discuté de mon voyage à travers l’Europe et l’Asie, et de leur vie d’expatriés. Xavier était venu au Cambodge temporairement pour tourner le documentaire. Et juste après la sortie du film, sa femme Agathe, pédiatre, lui a annoncé qu’elle avait un poste à l’Institut Pasteur de Phnom Penh. Donc le Cambodge et eux, c’était une évidence. Ils ont trois enfants entre douze et dix-sept ans. Ce dîner, c’était aussi l’occasion pour moi de manger de délicieuses crêpes au Nutella en dessert !

Le lendemain, j’étais encore de sortie ! Je suis retournée à l’Institut français, avec Charlotte cette fois-ci. Nous sommes allées voir le film White Building réalisé par Kavich Neang, un khmer. C’était une projection en plein air, et j’avoue que les circonstances n’étaient pas du tout réunies pour pleinement profiter du film. Bruits de voitures, gravier, téléphones qui sonnent, bavardages, etc. C’était un film assez lent et contemplatif, qui s’apprécie dans le calme par ses très beaux plans, couleurs, sons, etc. C’est l’histoire d’un jeune et de sa famille qui vivent dans un vieil immeuble de Phnom Penh. L’immeuble a été racheté et a vocation à être détruit. Donc les familles vont être délogées et vont recevoir une compensation financière, bien trop maigre pour pouvoir trouver un logement équivalent dans la capitale. Donc le spectateur assiste aux nombreuses réunions des habitants et du syndicat, désespérés. A la fin du film, nous avons pu poser quelques questions au réalisateur. Et quelle ne fut pas ma surprise de voir dans le public un ancien élève de Sciences Po Bordeaux, qui était à la Banda quelques années avant moi ! Je l’ai reconnu parce que nous avons un très bon ami en commun. Quelle surprise ! Il est d’origine khmer et est venu en vacances chez sa famille pour deux semaines. Et il a fallu que l’on se croise à cette projection.

Cette semaine, j’ai appris à connaître plus personnellement un de mes élèves, Chhun. Il fait partie de la classe que je vois trois fois par semaine. ll a 22 ans, c’est le plus vieux de sa classe. Et à travers différentes discussions, il s’est confié à moi sur son histoire, vraiment glauque je dois dire. Il a intégré le centre de rattrapage de PSE quand il avait une dizaine d’années. PSE était une asso beaucoup plus petite à l’époque. Et c’est Papy, le fondateur Christian Des Pallières, qui donnait les cours de français auxquels Chhun participait. Chhun se souvient bien de ces moments chez Papy qui lui offrait du chocolat. Il a atterri à PSE parce qu’il n’a pas de maman et que son père est alcoolique. Par ailleurs, il avait un fort handicap moteur quand il était enfant, il ne pouvait pas marcher. Maintenant, il se débrouille très bien mais il boîte fortement. Il a eu une adolescence assez complexe à PSE : il avait des problèmes de discipline et de comportement au pensionnat où il logeait. Et l’année de ses treize ans, il s’est fait adopter par une famille française qui l’a abandonné six mois plus tard. Histoire d’ajouter un traumatisme de plus. L’histoire ne s’arrête pas là. En 2020, PSE a dû congédier les pensionnaires à cause du Covid et du confinement. Chhun est donc retourné chez son père à deux heures de route de Phnom Penh. Et c’est pendant le Covid que son père est mort d’overdose d’alcool. Chhun n’est alors pas retourné à PSE pendant trois ans pour diverses raisons : sentiment d’abandon, deuil, etc. Et depuis un an, il est de retour mais il ne loge pas à l’internat. ll est hébergé par une autre association, KSH (Kampuchea Sela Handicap), où sont souvent logés les jeunes en situation de handicap qui sont scolarisés à PSE. C’était le constat il y a quelques jours. Jusqu’à ce que Chhun me dise qu’il a des soucis avec KSH et qu’ils ne peuvent plus l’accueillir. J’avoue que cela m’a pas mal occupé l’esprit. Savoir qu’un élève n’avait potentiellement nulle part où dormir. Je savais que Chhun ne me disait pas tous les tenants et aboutissants de l’histoire. Il devait bien y avoir une raison à l’avoir congédié. Mais comme il se confiait à moi, c’est vraiment compliqué de ne pas le prendre en pitié et de ne pas y penser tout le temps. Même s’il m’a demandé de ne rien faire et de n’en parler à personne, je suis évidemment alors discuter avec l’équipe sociale et plus spécifiquement avec la personne chargée de son dossier. En effet, il a beaucoup de problèmes comportementaux dans son logement. Donc pour l’instant, PSE lui donne de l’argent de poche pour se loger dans un appartement. Et il va suivre une formation plus courte et intensive, en six mois maximum pour être autonome et trouver un travail le plus rapidement possible. Me voilà donc bien plongée au cœur des dilemmes de l’humanitaire.

Jeudi et vendredi soir, j’ai un peu plus profité de moments avec les élèves de PSE en fin de journée. J’ai eu notamment un super moment de slackline avec une petite dizaine de jeunes qui sont restés un long moment. Les deux qui y arrivaient le mieux étaient Luka et Karuna, les deux extrêmes en termes d’âge et de taille. Luka a 18 ans et il est en formation professionnelle de mécanique. Karuna a 8 ans et il est au centre de rattrapage. C’était vraiment chou de voir qu’ils s’accrochaient et réessayaient plein de fois jusqu’à réussir à faire plusieurs pas. Et Karuna a traversé la slackline en entier ! C’était une explosion de joie sur son visage. J’ai aussi passé pas mal de temps avec Mesa et Sonya, deux étudiants de la Film School, la formation professionnelle en son et image. On a fait plein de jeux en anglais au bord du terrain de foot, le soleil se couchant. C’est vraiment une chouette ambiance. Et quand les étudiants doivent rejoindre leur dortoir, je retourne dans ma petite maison. Souvent je m’installe sur la terrasse pour écrire ces lignes. Ombeline lit dans son nouveau hamac. Antoine et Aurélie préparent les décorations de PSE a un incroyable talent. Ce sont nos très rares temps calmes.

Cette semaine, j’ai déjeuné un midi avec le directeur de la Film School, qui va nous aider et nous prêter du matériel pour l’organisation de PSE a un incroyable talent. Nous avons discuté de mon voyage et il m’a donc invitée à faire une intervention auprès des premières années de sa formation. Vendredi, j’ai donc passé une heure avec ces élèves-là, que je ne vois pas souvent puisqu’ils sont sur le campus situé à dix minutes à pied. Je leur ai bien sûr expliqué mon voyage, ce qu’est le stop, ce qu’est le couchsurfing, etc. Mais je leur ai aussi expliqué comment j’avais utilisé Instagram pour documenter mon voyage et lever des fonds pour PSE. Cette deuxième partie d’exposé était plus en lien avec leur formation. Et pourtant, toutes leurs questions portaient sur mon aventure. Encore un chouette moment d’échange.

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Publié le 13 février 2024

Du 3 au 4 février 2024


Ce week-end, je suis repartie en solo et en stop ! Cela fait plus d’un mois que je vis en communauté et que je suis entourée de monde en permanence. Le stop et les rencontres étonnantes me manquaient. Comme j’ai fait très peu de stop au Cambodge jusque là, j’avais quand même une petite appréhension. J’ai donc choisi une destination assez proche de Phnom Penh : le parc national de Kirirom situé à 120 kilomètres de la capitale. Je suis partie samedi matin assez tôt. J’ai pris un tuk tuk sur quelques kilomètres pour me poster à l’entrée de l’autoroute. Et là, ce fut très rapide. A peine le temps de prendre une photo, ma première voiture s’arrête. Trois hommes qui avaient entre 20 et 35 ans. Trois collègues d’une entreprise de construction se rendent à Sihanoukville. C’est la bonne direction. Le conducteur, le plus âgé, parle un petit peu anglais et me pose des questions. Mon voisin de banquette arrière a mon âge, il ne parle pas du tout anglais mais je lui dis tout ce que je sais dire en khmer et il est ravi. Il s’appelle Vanneth. Mes trois amis me déposent à la sortie de l’autoroute qui mène au parc national. C’est parfait. Là, une vingtaine de kilomètres me sépare de l’entrée du parc. J’étais en train de marcher (même pas en train de faire du stop!) quand un jeune homme en scooter m’a proposé de m’avancer un petit peu. Adorable. Puis j’ai fait du stop sur les derniers kilomètres et c’est un couple ayant la trentaine qui m’a aidé. Makra et sa femme. Il travaille dans une banque à Phnom Penh et vient souvent à Kirirom le week-end pour profiter de l’air de la campagne.

J’ai commencé ma première journée de marche. Globalement partout dans le parc, il n’y a personne. J’ai emprunté des chemins de terre rouge où passent certains touristes en grosses voitures ou en scooter (non les Cambodgiens ne randonnent pas…) et des chemins bien plus étroits dans la cambrousse. L’ombre de la forêt et les 500 mètres d’altitude du parc font vraiment du bien. Malgré tout, j’ai eu droit à de grosses montées et beaucoup de transpiration. A la fin de cette matinée bien sportive, je suis arrivée par hasard dans une espèce de camping de luxe, très instagramable. Les espaces de détente du resort offraient une jolie vue sur la forêt aux alentours donc j’ai demandé au gérant de la supérette si je pouvais y faire charger mon téléphone et leur prendre de l’eau bouillante pour mes nouilles instantanées, ce qu’il a gentiment accepté. Durant tout ce week-end j’étais la seule blanche de tout le parc. Après une bonne après-midi de marche, je suis arrivée dans un village au bord d’une rivière. La lumière du soleil couchant et les pierres ocres au fond de l’eau donnaient une couleur magnifique à cet endroit. Des maisons sur pilotis entourent la rivière, une famille joue dans l’eau. Des bandes d’amis discutent et se détendent dans des hamacs au bord de l’eau. C’est assez magique. Les locaux ont l’air intrigués de me voir là. Je fais trempette dans l’eau pour me rafraîchir les jambes, je fais des étirements et je contemple cette vie de village.

Un peu plus tard, le soleil commence vraiment à se coucher et il faut que je trouve un endroit où dormir. J’ai dans mon sac un hamac prêté par un ami, donc au pire, je dormirai entre deux arbres. Je discute avec les rudiments de khmer que je maîtrise avec quelques personnes postées devant un commerce. La commerçante Pao et son voisin ouvrier Lengrin me prennent tout de suite sous leur aîle. Pao m’amène chez elle, elle veut me prêter un hamac qui est installé devant sa maison, abrité des intempéries. Elle met plein de nattes en dessous pour que cela soit confortable. Elle est adorable. Et surtout, elle tient absolument à ce que je dîne. Alors elle envoie son gendre en cuisine. Cela n’était peut-être pas la meilleure des idées : la viande était beaucoup trop cuite et le riz très collant. Mais au moins je n’ai pas dormi le ventre vide. Ses deux filles Nith et Lek étaient aux anges de discuter avec moi en khmer et de m’apprendre plein de vocabulaire. Elles sont un peu plus jeunes que moi et me font penser à certaines étudiantes de PSE. Toujours rigolotes et de bonne humeur. Durant deux heures, je réussis tant bien que mal à communiquer avec des personnes qui ne parlent pas un seul mot d’anglais. Jusqu’à ce que Mony le fils prodige ne débarque ! C’est un jeune homme de mon âge qui parle bien anglais et est en quelque sorte saisonnier : il travaille la moitié de l’année avec sa famille à Kirirom pour tenir un stand de nourriture, et l’autre moitié de l’année dans une ferme près de Battambang, à l’autre bout du pays. Il nous a servi de traducteur pendant quelque temps puis il a dû partir pour aller camper avec ses amis au bord du lac. J’ai donc passé la nuit dans un hamac. Bilan : pas trop froid mais heureusement que j’avais une polaire et un pantalon, par contre c’était compliqué de bouger durant la nuit. Je suis tombée de sommeil à 21h et tant mieux parce que le soleil était debout à 6h le lendemain matin. La lumière et la brume matinale étaient magnifiques sur les palmiers. Lengrin en khmer, puis Mony en anglais sont successivement venus me voir pour papoter. Très sympas. Après avoir dit au revoir, je suis repartie pour une randonnée. J’ai longtemps marché dans la forêt sur des sentiers bien sympathiques. Je suis passée au bord d’un lac où de nombreux campeurs émergaient de leur nuit. J’ai aussi traversé un village magnifique, vallonné et entouré de plantations de bananiers. Le tout jusqu’à la sortie du parc national. De là, un villageois en scooter, Chanya, m’a pris derrière lui alors que je ne faisais même pas de stop, pendant vingt kilomètres ! C’était génial. Il allait faire des courses. Une fois à l’entrée de l’autoroute, c’est une voiture de trois hommes assez âgés qui s’arrête. Ils ne parlaient pas bien anglais mais ont compris que j’allais à Phnom Penh. Je croyais qu’ils y allaient aussi jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent à une station service. Et là, comme par magie, la voiture d’à côté sur le parking semblait déjà au courant que je devais venir avec eux. Je n’avais rien compris mais l’un des hommes avait téléphoné à cette voiture en leur disant quelque chose du style “on a une française qui va à Phnom Penh, on vous l’amène”. Adorable et bluffant. Dans cette nouvelle voiture, trois femmes de trois générations différentes : une grand-mère, sa fille et la petite nièce. La jeune femme Nulia et la jeune fille Nouy parlent toutes les deux très bien anglais. La voiture est extrêmement confortable : normal, Nulia travaille dans ce business là. Elles me posent non loin de PSE. Et mon week-end se finit paisiblement par un gros shampooing et une lessive.

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Du 5 au 8 février 2024


Je ne suis pas sortie de PSE un seul soir de cette semaine ! Quelle sagesse. En même temps, j’ai été vraiment occupée du réveil au coucher. Déjà, les clubs de conversation extra-scolaires ont commencé. J’en ai le midi deux fois par semaine et le soir après l’école deux fois par semaine aussi. Ce sont principalement des élèves vraiment débutants et faibles en anglais, mais très motivés à s’améliorer. Imaginez, après les cours, ils ont le choix entre faire partie d’une équipe de sport, d’un club artistique et d’un club d’anglais. Et certains choisissent la dernière option. J’ai entre quinze et vingt élèves par session. Au début, pour les motiver à venir et apprendre à les connaître, je faisais simplement des jeux. J’avoue ne pas du tout connaître tous les prénoms pour l’instant. Certains ont l’air tellement heureux d’être là, cela fait vraiment plaisir à voir.

Un peu plus tard le soir, j’ai aussi passé beaucoup de temps avec deux de mes élèves, Hong et Luka. Je les ai tous les deux en club d’éloquence le lundi matin. Mais j’ai aussi Hong dans la classe que je vois trois fois par semaine. Ils ont seize ans tous les deux et sont absolument adorables. Toujours volontaires, intéressés et curieux. On s’est donc retrouvés quelques soirs à une table de pique-nique devant leur internat. Parfois pour les aider en anglais à écrire leurs discours et à bien se tenir, parfois simplement pour papoter mais dernièrement ils m’ont aussi beaucoup aidé en khmer. Ils sont trop mignons à vouloir tout bien m’expliquer. On inverse les rôles prof / élève le temps d’une soirée. Ces moments sont précieux. Et pas seulement pour moi j’ai l’impression. En tout cas, ils me communiquent leur attachement. Quand je leur ai dit que je rentrais en France dans cinq mois, ce qui me paraissait lointain, ils m’ont répondu : “Quoi ! Mais pourquoi tu pars si tôt ? Tu pars quel jour précisément ? On va t’accompagner à l’aéroport ! Et on va te payer le tuktuk !”. C’était trop mimi. Je suis contente d’apprendre à les connaître de façon plus informelle. Ils ont des rêves plein la tête et des bonnes intentions plein le cœur. Dans la même veine, j’ai discuté plusieurs fois avec Sokeun, un ancien élève de PSE. Il a fini sa formation de serveur l’année dernière mais il est toujours logé par PSE jusqu’à la semaine prochaine. Le temps qu’il trouve un logement à Phnom Penh. Il m’a aidé en khmer quelques fois et apparemment il a passé des heures entières à parler khmer, anglais et français avec Estelle notamment. Il m’a dit qu’il était vraiment triste de quitter PSE mais qu’il était temps d’entrer dans la vie réelle. Je l’ai remercié pour le temps qu’il m’a accordé et pour son aide en khmer. Il m’a répondu que ce n’était rien par rapport à ses trois ans à PSE durant lesquels les volontaires se sont succédé et ont toujours voulu passer du temps avec lui. “C’est grâce à vous les volontaires que je parle aussi bien anglais. Merci de passer du temps avec nous. Je ne vous oublierai jamais et vous serez toujours les bienvenus dans mon appartement à Phnom Penh.”

Cette semaine est passée à une vitesse folle en partie parce qu’elle était ponctuée par les auditions de PSE’s Got Talent. Nous avions donc quarante équipes candidates. Le nombre de personnes par équipe allait de une à six. Les plus jeunes candidats avaient douze ans, les plus vieux vingt-trois. Nous avons eu droit à des défilés de mode, de la danse traditionnelle, de la danse moderne, du chant, du rap, du théâtre et du taekwondo. Tous les jours de la semaine, nous avions une audition le midi et une audition à 17h30. Le jury était composé de trois personnes : deux personnes du staff (profs, éducateurs etc) et un volontaire (donc moi à deux reprises). Il s’est créé un véritable engouement autour des auditions, c’était génial à voir. Presque deux cents jeunes venaient y assister à chaque fois pour encourager leurs camarades. Certains candidats étaient vraiment stressés, d’autres super à l’aise. Dans tous les cas, quel bonheur de voir qu’ils ont osé passer le cap et performer devant tout le monde. Il faut du courage. Et c’est tout le but de cet évènement. J’étais vraiment contente de voir certains de mes élèves chanter et rapper. Plein de très beaux moments, qui nous ont quand même demandé une organisation assez stricte et flexible à la fois. Antoine était chargé de faire en sorte que chaque candidat soit là à l’heure pour son audition et prêt (en sachant que certains n’ont pas de téléphone…). Mealea s’assurait que l’on ait trois juges à chaque audition (et certains profs annulaient à la dernière minute). Ombeline prenait toutes les vidéos et les photos de chaque équipe et se chargeait de monter les vidéos après-coup pour communiquer sur l’événement. Et moi, la logistique. Faire en sorte que l’on ait le système son à disposition à chaque audition, le vidéo projecteur et son écran, des chaises et des tables pour le jury. Toute cette répartition des tâches me rappelle les projets d’événements en asso étudiante à Sciences Po. Mais c’est encore mieux avec les enfants de PSE.

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Publié le 22 février 2024

Du 9 au 11 février 2024


J’ai posé mon premier jour de congé ce vendredi 9 février pour partir en week-end sur l’île de Koh Rong, au large du Cambodge. Nous sommes une équipe de neuf : Marion, Philippine, Charlotte, Typhaine, Antoine, Alexandre, Foucault, Teddy et moi. Notre van vient nous chercher devant PSE dans la nuit de jeudi à vendredi à 4h du matin. Direction Sihanoukville, sur la côte. On arrive au petit matin pour prendre le premier ferry jusqu’à notre île. Il est tôt, nous ne sommes pas très énergiques. Mais c’est un merveilleux spectacle qui nous attend. En arrivant sur le ponton de l’île, je me rappelle alors que cela fait bien longtemps que je n’ai pas vu une eau aussi turquoise au loin et transparente de près. Devant nous, des plages à perte de vue, des palmiers, des bananiers et des villageois avec leurs stands de nourriture. Pour rejoindre notre logement, une balade de vingt minutes dans le sable. La mer est haute donc nous devons traverser un endroit avec de l’eau jusqu’à la taille. Il faut mettre nos gros sacs sur nos têtes. Nous logeons dans une auberge de jeunesse un peu au milieu de la jungle, à cinq minutes de la plage. Un dortoir de filles, et un de garçons. La matinée est tranquille. On déjeune au Nest, le bar de plages qui est un peu le quartier général de la bande. J’installe ma slackline entre deux arbres, les pieds dans l’eau. Le sable est blanc et fin. L’eau est bonne et propre. La vie est belle. Certains finissent leur nuit dans un hamac.

En tout début d’après-midi, nous partons en excursion en bateau. Premier arrêt : du snorkeling autour d’une minuscule île. J’ai pu admirer de minuscules poissons, des coraux un peu abîmés et des drôles de ventouses qui se refermaient dès qu’on s’approchait. Philippine a une coque de téléphone qui va sous l’eau donc on a pris des photos très drôles. Je pense que j’ai pris un coup de soleil à ce moment-là : à force d’être sur le ventre dans l’eau. Un peu plus tard, notre chauffeur de bateau khmer nous a appris à pêcher. Alors cette activité ne m’enchante pas vraiment. Assister à la lente agonie d’un poisson, très peu pour moi. Mais Antoine et Piseth ont réussi à en attraper ! Et le prochain arrêt de cette excursion était un splendide spot de baignade au bord d’une plage. On a passé au moins deux heures entières dans l’eau à jouer au ballon, se monter sur les épaules des uns des autres, faire les fous etc. On a ri comme des baleines. Quelle journée apaisante. Et magique et excitante à la fois. J’ai vraiment l’impression que nous sommes au paradis. L’île est encore vraiment bien conservée, loin des effets du tourisme de masse. J’espère qu’ils ne vont pas trop bétonner. Par contre, il y a le même problème que sur beaucoup d’îles d’Asie du Sud Est : la gestion des déchets est un peu catastrophique. Après cette magnifique baignade, nous sommes remontés sur le bateau pour admirer le coucher du soleil à l’horizon. J’essaie tant bien que mal de parler un peu à notre marin. Il est actuellement en train de faire un barbecue avec la récolte de la pêche et de faire cuire du riz. Il a sorti une armée de bières pour nous tous. De la musique sur une enceinte, nous passons un super moment. Evidemment nous dansons, malgré que le bateau soit sur le chemin du retour et nous secoue dans tous les sens. Le dernier arrêt sera donc de nuit. Pour aller admirer les planctons fluorescents dans l’eau. Le guide nous prévient : il fait noir, pas question de perdre son masque dans l’eau ! C’est une expérience assez effrayante et rigolote à la fois. Et nous n’avons même pas froid en remontant sur le bateau.

Il nous dépose à 100 mètres de la rive où se trouve notre auberge. Ca n’est pas profond mais il faut quand même marcher avec de l’eau au-dessus de la taille et tenir nos sacs bien au dessus de nos têtes. On n’est pas passé loin de la catastrophe. Après une bonne douche, on participe à un blind test organisé par le bar de l’auberge et on n’est vraiment pas fameux. Après quelques verres, nous allons nous promener sur la plage. Mes amis sont fatigués et ne sont pas très motivés à continuer la soirée. Ils s’asseyent sur des transats pour discuter. Je vais parler khmer à un serveur qui n’a aucun client dans sa payotte. Notre discussion en khmer dure une minute puisqu’il parle extrêmement bien anglais. Il a appris en Thaïlande en travaillant dans des bars avec des touristes de ses 20 ans à ses 25 ans. A l’époque, il envoyait de l’argent à sa mère chaque mois. Aujourd’hui il a 32 ans. Il vient d’un village assez pauvre. Etant petit, il n’allait parfois pas à l’école pour pouvoir vendre des légumes et de la canne à sucre au marché pour aider sa famille. A présent, ça va mieux. Sa soeur travaille beaucoup et à Phnom Penh. Donc avec son aide, ils ont pu faire construire une vraie maison à leur mère et arrêter de lui envoyer de l’argent tous les mois. Par contre, la grande inquiétude de sa mère, c’est son jeune frère qui a la vingtaine et dépense tout son argent dans la boisson et les cigarettes. Il s’est confié à moi et ça m’a vraiment fait plaisir. J’avoue lui avoir très peu parlé de ma vie, trop en décalage avec la sienne je trouve. C’est toujours délicat, même à PSE par exemple, de parler des choses qui font partie de ma vie et qui font de moi une jeune de vingt ans très privilégiée et chanceuse : Sciences Po, le théâtre, vivre entre Paris et Bordeaux, les nombreux voyages. Je suis extrêmement heureuse et reconnaissante d’avoir cette vie. Mais qu’est-ce qu’il est bon d’entendre d’autres récits. C’est exactement pour ça que je voyage et que je parle aux inconnus il me semble. Il s’appelle Piseth (oui ils sont nombreux ici). Il dit que j’ai l’air très heureuse et souriante. Et il se fait tard donc je le quitte après une accolade et la promesse qu’il viendra à la soirée de notre auberge le lendemain soir.

Au matin de ce deuxième jour sur l’île et après un bon petit-déjeuner khmer (du riz frits), nous partons nous balader dans le village qui se trouve à une petite demie-heure de marche. Et pour ça, il faut traverser une petite partie de jungle où nous croisons une bonne dizaine de singes franchement calmes et innofensifs. Nous passons devant quelques commerces, un port, des vendeurs de rue en tous genres. Nous décidons de prendre deux tuktuk pour nous rendre sur “Lonely Beach”, une plage à l’autre bout de l’île, accessible par de petits chemins de terre et dépourvue de touristes. Le trajet est long mais très beau. Et en effet, le tuktuk ne peut même pas aller jusqu’à la plage puisqu’il faut traverser une portion de jungle à nouveau. Nous le faisons à pied. Plus précisément, pieds nus. Oui, j’ai passé trois jours entiers pieds nus. Quel endroit merveilleux. Il y a absolument personne, seulement un fin banc de sable blanc, des palmiers et des cocotiers, reliés par de nombreux hamacs et la mer translucide. On se jette à l’eau évidemment. On essaye de prendre des photos. Et un français nous accoste pour nous proposer de nous prendre en photo de groupe. Jérémy. Plus précisément, il est franco-thaï. Il a vécu à Bangkok jusqu’à ses 18 ans puis est allé en France pour ses études. Il est barman dans les événements de luxe à Paris mais il passe actuellement six mois à Bangkok grâce à ses économies. Dont deux semaines au Cambodge pour visiter. Super sympa et à l’aise. Les autres vont manger un bout dans le seul restaurant de cet endroit. Je pars me balader et explorer un peu les environs parce qu’on vient à peine d’arriver. Je tombe sur deux très chouettes surprises. La première, deux slacklines installées au bord de l’eau, à des hauteurs différentes. Donc génial, je m’y arrête quelques temps pour m’exercer. La deuxième surprise, du haut de ma slackline, j’apperçois un homme grimper le long d’un cocotier uniquement à la force de ses bras et de ses jambes. Super impressionnant ! Je m’approche au pied du cocotier qui fait bien huit mètres de haut pour regarder. Il y a un autre homme à côté de moi, qui assiste son ami. Une fois là-haut, le grimpeur décroche les branches mortes pour qu’elles tombent maintenant et non pas quand on s’y attend le moins. Puis avec une machette, il décroche des noix de coco et les fait descendre par une corde. S’il les faisait simplement tomber au sol, elles se briseraient. Je le regarde descendre de son arbre avec autant de facilité qu’à la montée. Je suis déconcertée. Et les deux jeunes qui ont l’air d’avoir mon âge sont amusés de me voir ici. Je décide de continuer ma balade vers la plage. Et un homme me demande de le prendre en photo avec son téléphone. Alors on commence à discuter. Il est turc ! J’adore les turcs, toujours très ouverts et amicaux. Il travaille en République tchèque. Il m’a expliqué beaucoup aimer son pays pour ses paysages et la gentillesse de sa population. Mais il travaille à l’étranger parce qu’il trouve que les turcs se plaignent toujours du gouvernement, disent que rien ne va mais ne font rien pour que cela change. A part ça, il est extrêmement heureux de pouvoir voyager pendant deux mois. Il sait la chance qu’il a et veut en profiter un maximum. Nous discutons quelques temps puis je retourne à ma slackline et les autres finissent par me rejoindre. Antoine s’entraîne avec moi et réussit franchement bien. Charlotte et Marion sont moins convaincantes en la matière. On se baigne, on papote. Le soleil commence à décliner. Cette plage est déserte et cet endroit est splendide. Que demande le peuple.

A 18 heures, il est temps de rejoindre nos tuktuk qui nous attendent pour rentrer dans notre village. Une partie de la troupe va directement à l’hôtel mais Foucault, Piseth, Typhaine et moi décidons de dîner dans un petit restau de plage du village, les pieds dans le sable. Je teste une spécialité cambodgienne, le amok. Il s’agit de poulet cuisiné avec du lait de coco et un mélange d’épices, le tout cuit à l’étouffé dans une feuille de bananier et servi avec du riz. Un vrai régal. De retour à l’auberge, c’est l’heure de faire la fête. Notre auberge de jeunesse nommée le Nest est connue sur toute l’île pour ses samedis soirs, appelés le Nestival. Tout le monde se vêtit de blanc et la musique fait mal aux oreilles. Comme c’est le nouvel an chinois ce week-end, nous avons droit à de nombreux feux d’artifice et à des cracheurs de feu. Faire la fête sur la plage, c’est franchement sympa. On danse et je discute beaucoup avec Antoine et Piseth de la façon dont leurs parents ont fui le Cambodge pendant la période Khmers Rouges. Par ailleurs, je recroise l’autre Piseth, celui rencontré la veille au soir. C’est la pluie qui arrête notre soirée au beau milieu de la nuit. Pour la dernière demie-journée, c’est repos. Baignade et bronzette. Puis nous marchons une demie-heure en début d’après-midi jusqu’à l’embarcadère du ferry. Entre l’alcool, le manque de sommeil et l’agitation de la mer, j’avoue ne pas avoir très bien vécu le trajet en bateau. Une fois arrivés à Sihanoukville sur la terre ferme, c’est un plat de riz sauté qui me remet sur pattes. Et enfin, retour vers Phnom Penh. Sieste pendant le trajet. Encore un week-end fantastique, ponctué de rencontres interessantes et de bons moments avec mes amis.

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Publié le 25 février 2024

Du 12 au 18 février 2024


La semaine a commencé très fort avec l’annonce des grands finalistes qui performeront pour la finale de PSE’s Got Talent. Après la journée de travail lundi, nous nous sommes installés au centre des activités extra-scolaires où vont tous les étudiants après l’école. Ombeline avait fait un super montage vidéo pour revenir sur les auditions puis annoncer les dix équipes gagnantes. Donc mon rôle était de réunion un écran, un vidéoprojecteur, une enceinte et un micro. Le rôle d’Antoine était de faire en sorte que les quarante équipes candidates soient présentes pour l’annonce des résultats. Et Mealea qui parle un peu le khmer a attiré la foule au micro. L’ambiance était géniale et évidemment, une fois les résultats annoncés, les équipes concernées étaient folles de joie. Mealea s’est chargée de bien leur ré-expliquer les règles du jeu : entre trois et quatre minutes de performance, ils ne doivent pas modifier la composition de leur équipes et ils peuvent modifier leur performance mais sont obligés de présenter le même talent que lors de l’audition (s’ils ont fait de la danse, cela doit continuer mais potentiellement sur une autre musique). On voit alors l’excitation et le stress sur les visages. Dans les finalistes, il y a Hong, un de mes élèves avec qui je passe du temps le soir à papoter, faire de l’anglais et du khmer. Il est en équipe avec Seng un autre garçon et Seavan et Kunthea deux filles. Durant toute cette semaine, je les ai aidés à travailler leur performance. Ils chantent en khmer une chanson qui parle des enfants orphelins du Cambodge. Les deux garçons font la partie rappée et les deux filles le refrain chanté. Cela a beaucoup de potentiel mais ça manquait un peu de travail. Je les aide surtout à savoir se tenir sur scène, occuper l’espace donné, la gestuelle, les regards entre eux et au public. On s’est retrouvé le soir sur le terrain de foot avec une enceinte pour faire ça et cela a souvent fini en karaoké général et en bêtises. Vraiment des trop bons moments avec eux. Toujours concernant PSE Got Talent, on a beaucoup répété notre chorégraphie entre volontaires. A l’entracte, nous comptons danser sur scène une chorégraphie assez simple de style “camping / club Med” pour faire danser les enfants avec nous. Eh bien c’est laborieux de faire répéter ensemble douze dadais de vingt ans. Charlotte a su s’armer de patience pour nous faire faire les gestes dans le bon ordre et en rythme.

Mardi matin, l’équipe sociale de PSE m’a proposé de visiter une des communautés dont s’occupe l’association. Les communautés, ce sont les quartiers les plus pauvres de Phnom Penh (des bidonvilles) dans lesquels les assistants sociaux de PSE se rendent pour rencontrer les familles et leur parler de notre travail. Ce n’était en effet pas la joie. Des habitations absolument insalubres, des personnes malades, des enfants maigres jouant dans la crasse. Kanha, l’assistante sociale qui m’accompagnait, m’a expliqué l’histoire de certaines familles, de certaines habitations, les différents problèmes rencontrés par les habitants, et ce que PSE fait pour eux. C’était assez calme mais Kanha m’a dit que à partir de 18h à la nuit tombée, il y beaucoup de musique et les adultes se mettent à boire et à fumer pour le reste de la nuit. Il fallait avoir le cœur bien accroché. Je suis aussi passée devant l’école publique du quartier et la garderie de PSE. L’association s’occupe d’une vingtaine de bidonvilles à Phnom Penh et dans six d’entre eux, il y a à présent des garderies. Une paillote qui peut accueillir une centaine d’enfants par jour. Cela permet aux parents de ne pas les amener sur leur lieu de travail. Ce sont des enfants de moins de six ans qui suivent un programme équivalent à la crèche et à l’école maternelle pour apprendre à parler, lire, écrire, compter, se tenir en société et être prêt à aller soit à l’école publique, soit au centre de rattrapage de PSE. J’ai rencontré les professeurs mais surtout les bouts de chou qui étaient en récréation et m’ont tous sauté dessus pour jouer. Un moment vraiment important. C’était vraiment intéressant de comprendre d’où viennent les jeunes que je côtoie au quotidien, quelles sont les conditions dans lesquelles ils vivent et comment PSE décide ou non d’aider une famille. J’ai par ailleurs appris au cours de cette visite une pratique culturelle : quand un homme perd son père, il se rase le crâne.

Mercredi, c’était la Saint-Valentin ! Au Cambodge, c’est la fête de l’amour sous toutes ses formes : l’amitié, la famille et évidemment l’amour romantique. Alors tout le monde se souhaite une joyeuse Saint-Valentin. Et quand on est célibataire, on peut quand même passer un chouette moment avec ses amis les plus proches. Les élèves étaient vraiment trop mignons. Une jeune fille m’a offert à la cantine un bracelet qu’elle a fait elle-même. Une autre m’a offert une sucrerie. Et Luka celui que je vois souvent le soir pour papoter et faire du khmer m’a offert une petite voiture, sa préférée de sa collection. Je m’en voulais presque de ne rien avoir à leur offrir en retour.

Le lendemain, nous avons la visite de Jérémy à PSE. C’est le jeune franco-thaï rencontré sur l’île de Koh Rong le week-end dernier. On l’a convaincu de venir voir notre association. Donc je lui fais visiter les lieux. Nous allons déjeuner chez Chanthon. Il vient de marier sa fille alors il nous montre plein de photos et de vidéos, fièrement. Après ça, j’avais cours donc j’ai invité Jérémy à venir pour que les élèves puissent entendre un accent un peu différent et lui poser plein de questions sur sa vie. C’était une idée merveilleuse ! Jérémy était hyper à l’aise, leur faisait plein de blagues, leur posait des questions aussi. On a passé un moment génial à beaucoup rigoler et on a fait une belle photo de groupe.

La semaine prochaine, un des volontaires nous quitte et rentre en France. Ses six mois de mission s’achèvent. C’est Antoine et nous avons décidé de lui offrir un carnet dans lequel on a tous écrit un petit mot sympa. J’ai donc passé la semaine à faire circuler le carnet parmis ses collègues khmer (l’équipe des profs de français et d’autres personnes du staff qui le connaissent bien) et tous les jeunes qui le connaissent et l’adorent. Et il y en avait un certain nombre. C’était franchement un plaisir de faire ça parce que cela m’a permis d’aborder de nombreux étudiants que je ne connaissais pas vraiment, et de passer du temps avec ceux que je connaissais. Et aussi, c’était super touchant de les entendre parler d’Antoine comme un ami, un grand frère, un partenaire de jeux, de sport, quelqu’un sur qui compter, un grand blagueur. Il a vraiment su créer des liens forts avec les étudiants. Et c’est exactement dans cette direction là que je veux aller durant mon volontariat.

J’ai passé un très chouette week-end à Phnom Penh, bien équilibré. A commencer par la soirée de départ d’Antoine vendredi soir. Nous avons mangé dans un très bon restaurant, le Wild, spécialisé en rouleaux de printemps et nems. Succulents. Et point d’originalité pour ceux au chocolat en dessert. Il y avait tous les volontaires mais aussi les VSI donc j’ai pu apprendre à connaître plus personnellement Nina qui est l’assistante de Makara, la directrice des programmes éducatifs, Luis qui est sur tous les fronts j’ai l’impression et Fernando le responsable du programme Entre-Deux qui lutte contre le décrochage scolaire. Les élèves qui ont commis une faute grave ou qui ont trop d’absence peuvent suivre ce programme pendant une à deux semaines pour avoir un suivi psychologique, de l’orientation, de la motivation, de la discipline, etc. Ensuite, nous sommes allés danser et jouer au billard dans le bar le Cancan. On y a rencontré trois suisses super sympas avec qui on est allé en boîte (le Vito) par la suite. J’ai passé la soirée à danser et rigoler avec Ombeline. J’étais aussi super contente que Mealea soit là. Elle est plus âgée que nous et c’était la première soirée dansante que je faisais avec elle. Elle est restée jusqu’à la fin, c’est-à-dire très très tard.

Le lendemain, un grand ménage de printemps s’est imposé à la coloc. Tous les recoins de la maison et du frigo y sont passés. Le tout dans la joie et la bonne humeur. On a continué à préparer la finale de PSE Got Talent. Et on a imprimé des photos à coller dans le carnet d’Antoine. En fin d’après-midi, énorme kiff : on est allé sur un rooftop dans le centre ville avec Ombeline, Mealea et Estelle. On a fait trempette dans une piscine au dixième étage d’un immeuble. Et on a surtout beaucoup discuté autour de tapas à partager. C’est chouette de faire aussi des choses en petit comité et de discuter plus posément. C’était très agréable.

Pour clôturer cette sympathique semaine, je suis allée avec Philippine sur l’île de la soie. Il y en a deux quasiment collées et reliées par un pont au Nord de Phnom Penh. Il y a quelques semaines, j’étais allée toute seule sur la plus petite et je m’y étais baladée à pieds. Cette fois-ci, nous avons fait la plus grande à vélo. Même ambiance que sur l’autre : campagne, villages, champs, familles se reposant dans des hamacs, mangeant, femmes travaillant la soie avec leur métier à tisser. Nous avons assisté à une procession assez étrange : à l’avant, une espèce de batucada avec des percussionnistes, au milieu, un jeune homme tenant un faux arbre recouvert de billets de banque, et à l’arrière des femmes les suivant à pieds. Donc le tout en musique. Et les habitants attendaient devant leurs maisons avec plein de billets à la main. On ne saura jamais de quoi il s’agissait mais c’était étonnant à voir. Après un jus bien frais bu avec vue sur le Mékong, nous finissons le tour de l’île et rentrons à PSE, quelque peu épuisées.

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Publié le 28 février 2024

Du 19 au 22 février 2024


La tant attendue est enfin arrivée : la finale de PSE Got Talent ! Elle a eu lieu mardi 20 février. Mais cela m’a bien occupée toutes les journées de lundi et mardi. C’était la dernière ligne droite pour s’assurer que chaque chose serait à sa place et que chacun connaîtrait son rôle à jouer durant l’événement. J’ai eu l’impression de me transformer en déménageuse à force de déplacer monts et merveilles. J’ai même eu des courbatures le lendemain. Nous avons déplacé une centaine de chaises à travers le campus pour faire asseoir les profs dans le public. Cela s’est transformé en moment très drôle parce que nous utilisions des charrettes et des brouettes et une éducatrice nous a assigné six jeunes garçons d’une douzaine d’années punis pour avoir fait des bêtises. Donc ils se poussaient les uns les autres sur les brouettes, faisaient la course, et soulevaient un nombre de chaises assez impressionnant pour leur gabarit. Tu parles d’une punition. Ils étaient morts de rire et nous aussi. J’avais toute un groupe d’étudiants de la formation aux métiers du cinéma à gérer. Ils étaient là pour installer des lumières sur la scène et couvrir l’évènement en photos et vidéos. Alors j’ai passé un moment à leur expliquer toutes leurs missions. Ils m’ont grandement aidé à installer le stand de photos où chacun a pu se faire tirer le portrait. On peut dire que tout le matériel technique était prêt une demie-heure avant le début du spectacle. Pendant ce temps-là, les candidats s’échauffaient et se préparaient. Ils se sont fait maquiller par les étudiantes de la formation coiffure et esthétique. Et finalement, place au public. Il a fallu placer les deux-mille personnes venues assister à l’évènement. Les étudiants assis par terre sur le terrain de foot, et les adultes sur les chaises. Quelle soirée fantastique ! J’ai vraiment passé un super moment. Quel bonheur de voir tous ces sourires, ces cris de joie, ces encouragements, ces applaudissements. Tout s’est déroulé sans accro, à notre grand étonnement. Tous les enfants se sont levés pour danser pendant notre chorégraphie. Les candidats ont présenté de chouettes talents. Le grand gagnant de cette édition est un jeune garçon nommé Bromao qui a chanté un chant très populaire au Cambodge, il avait un sourire infaillible et un déhanché très rigolo. Le public était en folie. Il a l’air d’avoir beaucoup d’amis et ça compte aussi. J’avais anticipé correctement tout ce dont j’étais responsable donc j’ai vraiment profité de ma soirée et j’ai passé du temps à rigoler et prendre des photos avec les étudiants. Un vrai bonheur. Nous avons reçu beaucoup de félicitations du personnel de PSE : des profs, des managers, etc. Je cite : “un énorme merci d’avoir organisé un événement aussi incroyable et bien pensé pour les enfants et pour tout le monde. Je suis persuadé qu’ils ne vont jamais oublier combien ils ont été heureux durant cette soirée et ce grâce à vous. C’était vraiment génial d’être là”.

Je trouve que c’est une merveilleuse soirée pour finir son volontariat. Je parle pour Antoine dont c’était le dernier jour à PSE. Il en a été ému aux larmes. La veille au soir, nous avons fait un dernier dîner entre volontaires chez Chanthon. On a donc goûté le amok au poulet de Chanthon, c’était un délice. Nous avons offert à Antoine son fameux carnet où tout le monde a écrit un adorable mot. Il nous a même fait un petit discours de départ. Cela va faire un peu bizarre au début sans lui. C’est vraiment le grand blagueur de la bande. Toujours à fond pour un jeu de cartes, un jeu de mot pourri, une petite bière. Et c’est un vrai gentil qui a rempli à merveille sa mission sociale auprès des jeunes.

En parlant d’eux, je commence à en connaître de plus en plus. C’est vraiment frustrant les prénoms. Cela fait toute la différence quand j’arrive à les retenir. Cela leur fait super plaisir et je me sens plus proche d’eux. Mais quelle galère. Un soir, j’ai mangé à la cantine avec Dong Ve et Raphaëlle (partout en Asie, les gens qui parlent vraiment bien anglais se donnent parfois un prénom “occidental” plus facile à prononcer pour les anglophones que leur propre prénom). Ils font partie du club environnement de PSE le week-end et m’ont donc fait visiter leur potager et leur serre. Ils étaient tout fiers et adorables à m’expliquer les différentes plantations. C’est vraiment génial qu’il y ait ça à PSE quand tout le reste de l’Asie du Sud-Est est vraiment en retard sur les gestes du quotidien pour la protection de l'environnement. Les étudiants avec qui je passe le plus de temps à la cantine et hors des cours que je dispense sont Mesa (en troisième année à la Film School), Meta (celui qui parle le mieux français, je raconterai son histoire un jour qui est assez touchante), Seng Hong, Kim Hong, Liza, Piseth (qui sont dans la section de web development que j’ai trois fois par semaine), Cow (qui est en deuxième année en formation de cuisine), Luka que je vois presque tous les soirs pour papoter et Seng qui ne parle vraiment pas bien anglais mais qui me fait donc progresser en khmer.

A partir de cette semaine, j’ai aussi de plus en plus de cours. Alors je ne suis que l’assistante des profs d’anglais évidemment. Mais cela me fait rencontrer vraiment plus d’élèves. J’ai deux heures de cours en plus avec des élèves de la FSD (l’année de prépa avant la formation professionnelle) dont j’en connais déjà une bonne partie. Mais j’ai aussi une heure en plus avec les élèves du centre de rattrapage, qui sont beaucoup plus jeunes, environ 12 ans. Donc le niveau est beaucoup plus faible mais c’est trop cool de se rapprocher des petits. Un vrai challenge au niveau de la discipline par contre.

Un des moments les plus marquants de cette semaine fut la visite d’une autre association de Phnom Penh. C’est Luis, le responsable des volontaires qui nous l’a proposée et c’était une très bonne idée. Il s’agit de Kampuchea Sala Handicap (KSH), une petite organisation qui prend en charge des adultes en situation de handicap mental. Ils sont absolument marginalisés de la société. Premièrement parce qu’à cause de la notion de karma dans le bouddhisme, il est considéré que lorsque l’on naît avec un handicap, c’est qu’on le mérite par nos actions d’une vie antérieure. Et deuxièmement, comme partout en Asie, les enfants, une fois adultes, doivent s’occuper de leurs parents qui vieillissent. Or, un enfant handicapé mental ne s’occupera jamais de ses parents. Donc c' est un fardeau. Voilà, c’est très cruel et violent mais c’est l’état des choses. Cette association est une des seules à se pencher sur ce sujet là. Et elle est à l’initiative de Papy et Mamie, c’est-à-dire Christian et Marie-France Despallières, les fondateurs de PSE. Quand ils ont commencé à intégrer les enfants en situation de handicap dans les programmes de PSE (c’est toujours le cas, ils sont une quarantaine chaque année), ils ont compris que ce serait un gros challenge de leur trouver un métier une fois adultes. Donc ils ont fait créer KSH qui possède son propre atelier de fabrication de confitures, où travaillent les trente bénéficiaires de l’association, des adultes entre 18 et 36 ans avec différents handicaps mentaux. Ils sont nourris et logés sur place, entourés par des éducateurs khmers et internationaux. C’était vraiment intéressant et touchant de rencontrer l’équipe qui travaille là, de découvrir tout le processus de fabrication des confitures (certaines sont à la mangue et l’ananas, des fruits locaux, ça donne envie !) et de discuter avec certains jeunes bénéficiaires. Travailler avec les handicapés mentaux, c’est sans doute le métier que je respecte le plus au monde, dont j’admire le plus la patience et le dévouement. Et plus je découvre le fonctionnement de différentes ONG, plus cela me conforte dans l’idée que j’aimerais travailler dans ce milieu là pendant quelques années.

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Du 23 au 25 février


C’est parti pour de nouvelles aventures ! Nous partons en week-end en effectif plus réduit que d’habitude. Nous sommes cinq joyeux lurons : Charlotte, Philippine, Foucault, Teddy et moi. Nous partons en bus le vendredi juste après le travail. La destination : Kampot. Une petite ville située sur la côte du Cambodge, à l’embouchure d’une rivière. Les autres volontaires nous en avaient beaucoup parlé, y étant allés jusqu’à quatre fois pour certains. C’est qu’il y apparemment plein d’activités différentes à y faire. Nous avons opté pour une auberge de jeunesse très excentrée, au cœur de la campagne. Elle est au bord de la rivière avec une magnifique vue sur la montagne environnante depuis la terrasse. Alors samedi matin au petit-déjeuner, c’est franchement royal. Nous partons entre filles. On loue des scooters à l’auberge et nous avons une heure de route avant d’arriver à la plantation de poivre la plus grande de la région. Les routes sont magnifiques, on passe par la campagne, les villages et les champs. Parfois, la poussière que soulève le scooter de devant est pénible.

Le fameux poivre de Kampot rivalise avec les meilleurs poivres au monde. Ce sont les Français, au XIXème siècle, qui ont introduit sa culture intensive. Cela a disparu pendant le régime des Khmers rouges mais la production connaît aujourd’hui un nouvel essor. Il y a près de trois cents plantations dans la région. Nous avons visité une plantation de vingt hectares qui est un véritable projet d’agrotourisme. La personne qui nous a fait visiter nous a tout expliquer sur les différents types de poivre (noir, blanc, vert, rouge) et sur le fonctionnement de ce bel endroit. J’ai découvert que le poivre est une liane qui s’enroule autour d’un grand tuteur en bois. Un même plant peut produire pendant une vingtaine d’années. La plantation emploie trois cents personnes cambodgiennes en permanence, ce qui apporte un énorme soutien aux communautés rurales de la région. Par ailleurs, la plantation utilise une partie de ses bénéfices pour faciliter l’accès à l’école primaire des enfants de la région et leur offrir l’opportunité d’accéder à une éducation de qualité jusqu’à l’université. Un projet qui me parle particulièrement, donc. A la fin de la visite, nous avons pu participer à une dégustation de différents types de poivre et épices. C’était très bon et intéressant. J’ai particulièrement aimé le poivre vert, le poivre frais au sel, le poivre long rouge et le mélange épicé. J’ai dépensé énormément d’argent dans le magasin de la plantation. Si vous lisez ces lignes, vous recevrez probablement votre dose de poivre de Kampot à mon retour en France.

Fish Amok délicieux, balade en bateau sur la rivière, festival de la bière artisanale, découverte de Bokor Moutain en scooter avec ses singes, ses églises, et ses temples.


Le mois de mars :


Week-end trek organisé par Sophanuth dans les montagnes à trois heures de Phnom-Penh. Fous rires avec mes collègues profs d’anglais Panha et Naren. Camping, marche pour aller voir le lever du soleil, discussions sur le sens de la vie, beaucoup de marche et de transpiration, barbecue khmer dégusté dans des feuilles de bananiers. Retour au village tous entassés sur un tracteur qu’il fallait pousser dans les montées.


Week-end de trois jours à Siem Reap avec Charlotte, Marguerite et Philippine. Génial ! Exploration de tous les temples pendant trois jours : un jour à vélo et deux jours en scooter. Je faisais la guide en lisant le Guide du Routard à voix haute. Magnifiques, on se croirait dans un Indiana Jones ou un jeu vidéo avec tous les arbres qui poussent sur les temples. Malheureusement Philippine est tombée en scooter et a eu cinq points de suture… Sinon, on est allé voir le spectacle de cirque de l’association Phare qui forment les jeunes dévarisés de Siem Reap aux métiers artistiques. Cela m’a remémoré plein de beaux souvenirs avec Récré Magic. On a aussi soutenu une association qui scolarisent les enfants aveugles, malvoyants, sourds, muets et malentendants en venant se faire masser dans leur salon. Rencontre très touchante avec les masseurs aveugles qui sont très reoconnaissants envers l’association. Mon temple préféré : Preah Khan. Mais j’ai évidemment adoré Banteay Srei, Bayon, Angkor Wat, Prè Rup, Ta Keo et Ta Promh.


Deux week-ends à Phnom-Penh bien remplis.

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Publié le 29 mars 2024

Je n’ai pas écrit depuis un mois. Alors que depuis mon départ en septembre, j’étais très régulière. Eh bien j’avoue que je n’ai jamais été aussi heureuse que ces derniers temps. Évidemment, ce n’est pas parce que j’ai arrêté d’écrire. Mais parce que ma mission à PSE me comble de bonheur. Tout me plaît. Les cours d’anglais, les récréations en anglais, les discussions avec les élèves à la cantine et le soir à l’internat. C’est simple, je suis entourée d’élèves de PSE tous les jours de 8h à 21h. Et j’adore ça. Je ne vois pas le temps passer. Il y a quelques semaines, j’ai proposé à deux élèves avec qui je m’entends super bien, Chhuy et Reaksa, de choisir un copain.e chacun.e pour aller tous les cinq à Oudong le dimanche matin. Je connaissais déjà Phearom, un de mes élèves du Conversation Club. Mais je ne connaissais pas Sokleng qui est adorable. Nous sommes partis avec un grand tuktuk, en discutant de tout et n’importe quoi. Oudong, c’est une ancienne capitale du Cambodge où se trouve une magnifique pagode perchée sur une colline. Alors ils m’ont montré toutes les étapes de la prière. On a rigolé en voyant les singes voler les boissons des passants. On a pris plein de photos. Reaksa est rayonnante, toujours souriante, rigolote. Elle est dans mon groupe de Conversation Club du soir. Dès qu’elle me voit, elle court à moi. Et la semaine dernière, elle est rentrée chez ses parents pour le mariage de sa sœur. Alors elle m’a envoyé plein de photos de ses tenues. On était tellement heureuse de se retrouver il y a quelques jours. Malheureusement, elle a eu un accident de scooter et sept points de suture au genou…décidément. Chhuy, je l’adore aussi. Il est dans mon groupe de Conversation Club du midi. Et je me souviens de notre première rencontre. Il était dans la queue de la cantine devant moi et m’avait abordé. Il est nouveau à PSE donc je lui avais demandé si ça lui plaisait. Il m’avait répondu que c’était merveilleux, qu’il était super reconnaissant et heureux de pouvoir parler avec des étrangers comme moi. Le tout avec un immense sourire. Depuis, je passe beaucoup de temps avec lui parce qu’il vient faire de la slackline deux fois par semaine et le soir à l’internat je le croise souvent. Il est curieux, motivé, ambitieux. Il est en formation d’électricien à l’école de construction de PSE et après ça, il veut étudier à l’université pour devenir ingénieur. Il rêve de voyager, d’avoir une maison, etc. Il est vraiment touchant et très respectueux. Il veut avoir assez d’argent pour se payer un billet d’avion et venir à mon mariage. Je ne sais pas comment l’expliquer à l’écrit, mais je suis tellement contente à chaque fois que je les vois. Et ce ne sont clairement pas les seuls. Cheach, un grand de 19 ans et Karuna, un petit de 12 ans qui viennent me voir tous les jours à la slackline. Lyza, Liza, SengHong, KimHong et ChheanLong que j’ai en cours trois fois par semaine et que je commence à connaître par cœur. Chan, Narin, Hin et Lida qui sont en formation de serveurs et viennent au Conversation Club. Plus souriants et adorables, tu meurs. Cow et Punleu qui me confient tous leurs problèmes de cœur. Meta qui parle parfaitement français et qui me considère comme sa grande sœur. Seng qui parle à peine anglais mais dont le visage s’illumine à chaque fois qu’il me voit et que j’essaye de lui parler en khmer. Luka que je coach le soir pour son cours d’éloquence en anglais et qui veut absolument m’apprendre à faire du skateboard. Les grands de l’internat qui sont devenus mes amis, Chhat et Mesa, entre autres. Sonya aussi, qui est en formation à la Film School et m’a invitée un dimanche après-midi à un festival de courts-métrages féministes auquel participait les étudiants de la Film School avec quatre films différents projetés sur grand écran. Ils étaient tellement fiers de voir leurs noms sur le générique. Les garçons pensionnaires de moins de quinze ans qui vivent juste à côté de ma maison. Les plus grands nous parlent un peu anglais : Ravy, Petra, San, Chhai, Pheapetra. Les plus petits nous font des câlins et des blagues tout le temps. Je les aime tant. Sopherak, Chhin, Viksa, Sinoun. Ils font partie du groupe des scouts de PSE. Donc un dimanche matin, j’ai participé aux activités. Les grands de l’internat encadraient les scouts entre 9 et 11 ans. On a organisé des activités pour leur apprendre les valeurs et les règles des scouts, une chasse au trésor, des chorégraphies. J’ai adoré ce moment. Ces enfants sont ceux de PSE qui ont le plus de problèmes familiaux. Et ils sont très friands de tendresse. Chaque moment passé avec ses jeunes me rend vraiment heureuse. Que cela soit en anglais ou en khmer. Je ne sais pas si c’est spécifique à PSE ou au Cambodge ou encore au milieu de l’humanitaire, mais ils me donnent tellement d’amour. Certes, par les câlins des plus jeunes. Mais les adolescents aussi me demandent sans cesses pourquoi je pars en juillet, si je vais me souvenir d’eux, si ma famille ne me manque pas trop. Ils me disent qu’ils veulent venir me voir en France, qu’ils m’inviteront à leurs mariages, que je suis leur prof préférée, que je suis leur amie, leur grande sœur. Alors j’en profite tous les jours. Je passe mon temps avec eux. J’avoue ne presque jamais aller au restaurant à Phnom-Penh avec les autres volontaires parce que je préfère franchement manger à la cantine avec les étudiants, puis faire de la slackline avec eux et les retrouver à l’internat le soir là où ils font leurs devoirs. Je n’oublierai jamais tous ces moments. J’en suis actuellement à la moitié de ma mission, ça passe trop vite. Mais je reviendrai, c’est sûr.