Un mois au Myanmar, au coeur du bouddhisme et des traditions millénaires
Du 19 décembre 2018 au 17 janvier 2019
30 jours
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En ce début Janvier, nous vous souhaitons une merveilleuse année 2019 : soyez heureux, joyeux, attentionnés avec vos proches et en bonne santé !

Avant de commencer une série d’articles sur notre séjour au Myanmar, petit point linguistique et historique. Faut-il dire Birmanie ou Myanmar ? Rangoun ou Yangon pour parler de la capitale du pays ? La junte militaire a changé le nom du pays de Birmanie en Myanmar en 1989. Il a fait de même pour les noms de certaines villes. Même si le nom de Birmanie prévaut dans le monde francophone, le nom de Myanmar a été adopté par les Nations-Unies depuis. Donc le débat reste ouvert !

Après trois petites heures de vol pour rallier Yangon depuis Hong Kong, nous arrivons enfin au Myanmar. Fred et moi avons rêvé de ce pays et sommes impatients de le découvrir avec les enfants.

Nous sommes agréablement surpris par la modernité de l’aéroport que nous avions imaginé un peu plus ‘rustique’. Il y a peu de touristes occidentaux au passage en douane (il y a deux files : une pour les touristes asiatiques et une pour les autres touristes).

Réserver un taxi pour rejoindre le centre s’avère être déjà un challenge, de nombreuses informations ne sont disponibles qu’en birman et tous les locaux ne parlent pas anglais. Des hôtesses au sol nous aident quand même en nous prêtant leur téléphone pour réserver un taxi et nous expliquer qu’il existe une appli locale en Asie qui s’appelle GRAB (similaire à notre UBER). Tout ça avec le sourire !

Le taxi nous débarque en centre-ville au cœur du quartier chinois dans une auberge de jeunesse réservée depuis la France (nous avions pris le temps de réserver tous nos logements au Myanmar avant de partir, pour les autres pays, ça se fera sur place !).

Le ‘Little Monkey Hostel’ est une auberge de jeunesse très accueillante : ils n’ont jamais reçu de famille avec enfants de l’âge des nôtres donc autant dire que Milan et Ilena sont les stars de l’endroit pendant tout notre séjour ! Louis et Kim à l’accueil sont aux petits soins. Nous avons réservé une chambre ‘capsule’ : 4 lits, comme des boîtes posées 2 par 2 (ça sera plus clair avec la photo ci-dessous) : les enfants adorent avoir leur espace privatif et installent immédiatement leurs petites affaires dans les lits les plus hauts.

Little Monkey Hostel 

Nous partons diner en ville : il fait déjà nuit et encore chaud et humide, un vrai choc thermique avec Hong Kong ! Il y a un bruit constant, des petits vendeurs de rue un peu partout : fruits, légumes, plats locaux, jouets et bijoux de pacotille, tuk-tuk et taxis partout, klaxons de tous les côtés… Ce brouhaha et ce chaos ne sont pas sans nous rappeler notre séjour en Inde.

Nous trouvons de nombreux petits restaurants dans la 19th Street à deux pas de notre auberge de jeunesse. Petit apéro d’arrivée avant de diner, la bière locale ou les mojitos au rhum de Mandalay sont bons et ne coûtent que 1 000 kyatts (soit environ 50 centimes d’euros !), on ne s’en prive pas !

Après une bonne nuit de sommeil, nous partons explorer la ville, il fait vraiment chaud et lourd et le soleil tape très fort. Il y a très peu de touristes. Les locaux sont intrigués par Milan et Ilena qui reçoivent beaucoup de sourires, de petits signes de la main et tapes dans le dos. Ilena est étonnée : ‘Maman, pourquoi tous ces gens veulent me dire bonjour ou me prendre en photo ? je ne les connais pas !’

Milan semble abattu, il marche en regardant le sol, ne parle plus, semble un peu pâle. Il n’a rien voulu manger ce matin. En fait, il a déjà pris un coup de chaleur et a besoin de se reposer. Nous trouvons un endroit climatisé pour manger un plat qu’il aime, un coca et reprendre des forces. Milan semble aller mieux et reprendre des couleurs. L’endroit est agréable donc on sort les livres de classe pour la première session de cours du voyage ! Pas simple… Mais une fois que les enfants ont compris qu’ils n’ont pas vraiment le choix, ça se passe mieux.

Nous reprenons notre visite de la ville : les petits vendeurs de rue sont partout, à cuisiner, attendre le chaland, assis sur la marche de l’entrée de leur boutique ou à même le sol. Les odeurs de nourriture sont fortes et omniprésentes, tout comme les sourires des locaux… Quels sourires, quel accueil… des sourires vrais, sincères, gratuits, comme on n’en voit plus tant que ça en région parisienne. Des enfants aux personnes âgées, pas une once de malveillance envers nous, pas de méfiance, juste un peu de curiosité. Nous sommes déjà sous le charme de ce pays et de sa population. Les femmes portent de jolies tenues colorées, le plus souvent de longues jupes et corsages cintrés, les hommes une chemise et une sorte jupe-culotte à carreaux.

Nous visitons une pagode et adorons voir les moines bouddhistes déambuler, les gens prier, faire des offrandes et montrer aux enfants comment faire, les groupes de jeunes nous accoster pour prendre des photos avec nous ou en savoir plus sur Paris, les femmes venir à notre rencontre et nous dire que nos enfants sont ‘beautiful’ (nous ne les contredirons pas ! :o)) et les enfants birmans rire avec les nôtres…

Après une douche et un peu de repos, nous repartons en ville pour un apéro/jeu de cartes comme nous les aimons, un bon repas et même un massage des pieds en famille, dans un petit salon ! Les enfants adorent et veulent remettre ça très vite.

Le lendemain, seconde session de travail scolaire et nous prenons ensuite le train (la Circle Line), pour se balader dans la région. Quelle expérience ! Le train est assez vétuste et le confort plus que sommaire : une longue planche de bois pour s’asseoir. Les passagers sont surtout des familles, des moines, des personnes allant vendre leur production de fruits et légumes. Nous sommes encore une fois accueillis avec de grands sourires et papotons avec les locaux.

Circle Line 

L’après-midi sera consacrée à la visite de la Paya Shwedagon : cette pagode est l’un des sites les plus sacrés du bouddhisme. Le site est magnifique, la stupa est recouverte de milliers de diamants, pierres précieuses et feuilles d’or. L’ambiance est sereine et calme : les visiteurs (encore une fois, peu de touristes occidentaux) prient, se baladent tranquillement, prennent des photos, admirent les différents monuments, on pourrait y passer des heures. Le soir, tout est illuminé par de petites bougies et des lumières de couleurs, c’est magnifique.

Tout ça vous semble idyllique, hein ? Attendez la suite … A peine rentrés, le séjour super sympa se transforme en nuit cauchemardesque… Ilena est prise de fortes crises de vomissements (qui dureront toute la nuit), fred aussi et tous deux sont vraiment au plus mal. Milan et moi allons diner rapidement afin de rentrer au plus vite nous occuper de nos petits malades. Une heure après, Milan est également pris de fortes douleurs au ventre et passera une bonne partie de la nuit aux toilettes. De mon côté, je vais bien donc j’éponge tout ça et passe d’un malade à l’autre toute la nuit. Une nuit dont on se souviendra longtemps… Au réveil, l’état des enfants s’est encore dégradé, le pharmacien me conseille d’aller rapidement à l’hôpital. La responsable de notre auberge de jeunesse nous envoie à l’autre bout de la ville dans un centre médical international où un médecin américain nous attend.

Oui mais… nous sommes censés prendre un bus de nuit le jour même pour 14h de trajet vers le nord du pays… Le conducteur de taxi qui nous emmène à l’hôpital ne parle pas un mot d’anglais et conduit très lentement et très mal, nous risquons de rater le médecin qui nous attend mais doit partir en fin de matinée. Enfin arrivés, deux médecins nous reçoivent et nous confirment qu’il n’est pas envisageable de prendre un bus de nuit le soir même. Gastroentérite aigûe et probablement intoxication alimentaire, ici les microbes sont à un tout autre niveau… Les enfants (et Fred) ont besoin de beaucoup de repos, de nourriture simple et en petite quantité, de quelques médicaments et de confort ! Nous prenons une chambre dans le bel hôtel qui est juste à côté de l’hôpital, profitons des chambres confortables pour dormir, dormir, dormir ! Je ne suis pas malade (pas encore !) mais épuisée de ma nuit sans sommeil également. Personne n’a très faim, nous allons acheter du pain et du fromage au centre commercial et faisons une dinette devant un film dans l’une de nos chambres.

Le lendemain, nos 3 petits malades ne sont pas vraiment remis mais suffisamment reposés quand même pour profiter de la belle piscine de l’hôtel !

Nous avons pu décaler nos billets de bus pour le nord du pays (alors que tout était complet, merci à Thomas de l’hôtel de Hsipaw pour son aide précieuse !). Nous prenons un taxi pour rejoindre la gare routière de Yangon et découvrir une autre partie du pays.

Ainsi s’achève le premier épisode de notre périple birman, vous en saurez plus bientôt sur notre premier voyage en bus de nuit et notre séjour à Hsipaw dans la région Shan.

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Mingalaba ! (Vous aurez sans doute compris que cela signifie bonjour en birman !)

La gare routière de Yangon est immense : des dizaines de cars arrivent de partout, des voitures, tuk-tuk et véhicules essaient de trouver leur place pour y déposer leurs passagers, le tout dans un chaos bruyant et poussiéreux.

Nous trouvons notre car mais l’employé en charge des billets nous annonce, dans un anglais très approximatif, qu’il n’a aucune réservation pour nous… Les billets avaient été réservés par notre hôtel à Hsipaw (notre prochaine étape) car nous ne trouvions plus de places après notre annulation. Fred essaie de négocier en vain. Il finit par téléphoner à Thomas, le propriétaire de l’hôtel de Hsipaw qui parle couramment birman et règle le problème en 2 minutes : nos quatre billets réapparaissent comme par magie. Ouf…

Nous sommes très en avance (une fois n’est pas coutume…) et attendons patiemment de pouvoir monter dans le car, assis sur des petits tabourets en plastique. Encore une fois, il y a très peu (voire pas du tout) de touristes étrangers, nous sommes un peu l’attraction du moment. De nombreuses personnes viennent nous parler dans un anglais incompréhensible, font de grands sourires aux enfants, veulent savoir quel âge ils ont, leur prénom. Milan et Ilena sont encore trop épuisés pour participer et sont peu réactifs à ces signes amicaux.

Vu le bazar ambiant, il est plus qu’improbable que nous réussissions à partir à l’heure pour nos 14h de route vers le nord du pays. Milan est encore malade et j’appréhende ce voyage (sans toilettes sur place !) qui risque d’être compliqué et long pour lui. Nous montons enfin dans le car : il est décoré de petits rideaux à fleurs très kitsch et ne date pas d’hier. Une bouteille d’eau minérale et une grosse couverture attendent chaque passager. Nous sommes les seuls passagers non-birmans. Je le précise souvent mais c’est tellement rare dans les pays asiatiques que nous avons traversés dans le passé que ça nous étonne toujours ! Le car part enfin, pas un grand confort mais ça ira bien pour les 14h à venir. Le personnel du car ne parle pas un mot d’anglais.

On occupe les enfants comme on peut : musique, film, école… Premier arrêt / pause diner et toilettes. Milan n’est vraiment pas bien. Nous grignoterons fromage et pain brioché de nouveau ce soir pour apaiser nos estomacs fragiles. Nous avons droit à un film birman sur les écrans de télé du car : nous comprenons pourquoi les films birmans ne sont jamais nominés aux Oscars… C’est bruyant, très mal joué et franchement insupportable. Le son est à fond et à chaque arrêt, le chauffeur du car rallume toutes les lumières de manière très violente. Nous comprenons vite l’utilité des grosses couvertures mises à disposition : la clim’ est au maximum et il fait un froid polaire (je n’exagère pas, même Fred a froid !). Quelques personnes descendent du car dans des endroits vraiment perdus, d’autres montent avec un petit paquetage. Essentiellement des personnes seules, des couples de personnes âgées ou des mères avec enfant.

Ilena s’endort après le premier arrêt, et ce, jusqu’au petit matin. Milan, quant à lui, est malade plusieurs fois et a vraiment hâte d’arriver (j’avais heureusement prévu des petits sacs en plastique très utiles…). Fred et moi ne dormirons pas beaucoup non plus. Nous changeons de bus vers 4 heures du matin pour la dernière partie du voyage. Nous arrivons vers 5h30 à Hsipaw : Thomas nous a réservé un tuk-tuk ; le conducteur nous attend avec un grand sourire malgré l’heure très matinale. Il fait froid, il y a du brouillard et la ville se réveille tout doucement.

Changement total de décor : après l’effervescence de Yangon, nous voilà dans une petite ville de campagne typique de la région Shan qui semble vivre au ralenti.

Cette partie du pays n’est pas complètement accessible aux touristes étrangers et encore peu visitée. Elle abrite de nombreuses minorités ethniques et encore certains conflits armés. Nous n’avons eu aucun problème pendant notre séjour.

Après 15mn de tuk-tuk, nous arrivons enfin au Kumudra Hill Hotel : Fred a beaucoup échangé par email avec le propriétaire Thomas, un français installé au Myanmar depuis plus de 15 ans et très au fait des coutumes locales. Il nous accueille chaleureusement et nous installe dans une chambre le temps que la nôtre soit prête, nous nous endormons immédiatement pour quelques heures, à 4 dans un lit de 2 personnes.

Au réveil, le soleil a fait son apparition, la vue depuis l’hôtel est grandiose ! Nous découvrons notre chambre avec plaisir : elle fait au moins 40m2, avec vue sur la piscine et la vallée, est très joliment décorée avec du beau parquet et nous avons même un petit balcon. Nous souhaitions un bel hôtel pour passer les fêtes de Noël, nous ne sommes pas déçus, l’endroit a un charme fou. Le reste de l’hôtel (dessiné par Thomas et ouvert depuis seulement 2 ans) est tout aussi charmant. Après un bon petit déjeuner, nous allons profiter de la piscine et nous reposer. Nous sommes le 23 décembre et 3 membres de la famille sur 4 sont encore bien mal en point…

Le personnel est aux petits soins, souriant, accueillant comme le sont les birmans et nous nous couchons tôt pour reprendre des forces. La journée du 24 décembre passe au ralenti, entre piscine, détente et repos. Etre en maillot de bain sous un grand soleil à Noël est une nouveauté pour nous 4 ! Nous téléphonons à nos familles en pleins préparatifs du réveillon de Noël. C’est la première fois que les enfants et moi passons Noël loin de ma famille, je dois avouer que j’ai un peu le cœur gros …

Il y plusieurs autres groupes de touristes (suisses et allemands) qui fêteront également Noël ici. Thomas a organisé un diner spécial pour le réveillon. Après un apéro festif autour d’un jeu de cartes, nous découvrons le menu : poisson fumé (dans l’hôtel !) à la crème de noix de cajou, bœuf bourguignon (pour moi) et raclette maison (fromage fait sur place) pour Fred. Gnocchis maison (tous les plats de la carte sont faits maison) pour les enfants, gâteau au chocolat. Ces plats sont très exotiques pour le pays. Nous aurons même droit à du vin français !

Les enfants sont excités et attendent l’arrivée du Père Noël : nous avons apporté un mini sapin avec ses décorations (que nous laisserons à Thomas !) de France. Il est bien en place, prêt à accueillir les cadeaux tant attendus : appareil photo pour chacun des enfants, liseuse Kindle pour Ilena, écouteurs et bons cadeaux applestore pour Milan, bonbons et calissons, protège-passeport personnalisé, doudou pour ilena et livre pour Milan, autres petits cadeaux et argent de poche, les enfants sont ravis et surpris de recevoir autant de cadeaux au bout du monde ! Merci aux généreux Pères Noël qui ont aussi participé à ces surprises !

En attendant le passage du Père Noël

Nous ne nous couchons pas très tard, tout le monde est encore bien fatigué. Fred comme les enfants commencent à aller un peu mieux. Le lendemain, nous partons explorer le village à proximité de l’hôtel. Nous découvrons de nombreuses familles vivant dans le confort le plus basique. Les enfants jouent par terre dans la poussière, le linge sèche un peu partout et les gens semblent très actifs : réparations diverses, potager, vente de fruits ou légumes etc. L’accueil est toujours aussi chaleureux : les enfants comme les adultes nous font des signes de la main, Fred fait une partie de volleyball avec un groupe de jeunes birmans qui rient aux éclats et nous faisons même du roller à 4 roues sur la piste (quelque peu incongrue dans cet environnement !) aménagée à cet effet. Nous profitons également de cette période calme pour bien avancer sur le travail scolaire : les enfants sont volontaires et motivés, nous sommes productifs. Fred enseigne les maths et moi le français et les enfants font un peu d’anglais chaque jour.

La belle vie à Hsipaw 

Alors que nous nous prélassons au bord de la piscine, Tun-Tun (prononcer Toun-Toun) vient se présenter : c’est le guide qui nous accompagnera dès le lendemain pour 2 jours de trek dans les montagnes, une toute autre aventure…

Bon plan voyageurs : Kumudra Hill Hotel - un havre de paix dans un environnement magique, USD80 pour la chambre familiale 4 personnes avec petit déj (pain fait maison)

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Le 26 décembre, je me réveille très mal en point… Moi qui pensais avoir échappé aux microbes… j’ai des douleurs de ventre intenses et suis bien malade. J’ai pourtant bien senti que le repas de la veille au soir (pris à l’hôtel) ne passait pas bien… je ne vois pas comment je vais pouvoir marcher pendant 2 jours dans la nature… Mais il est juste hors de question de ne pas faire ce trek que nous attendons tous avec impatience. Nous partirons avec une heure de retard, le temps que les médicaments fassent un peu effet. Je suis très faible mais déterminée à profiter de cette belle expérience.

Tun-Tun nous attend patiemment et nous partons vers 9h30, chargés de deux sacs à dos de 30 litres. Nous avons environ 15km à faire chaque jour. Nous dormirons chez l’habitant le soir. Tun-Tun est guide depuis plusieurs années et connait très bien le parcours. Il a 28 ans, vit dans un monastère (mais n’est pas moine !), a une petite amie en Thaïlande, qu’il voit une semaine par an (??) et est en admiration devant les enfants. Il ne cesse de les taquiner, de jouer avec eux et de les faire rire.

Nous marchons d’un bon pas et les paysages défilent mais ne se ressemblent pas : plantations de maïs, soja, chili, thé, riz… C’est magnifique. Nous découvrons la vie agricole de la région et le dur travail des locaux qui travaillent sous un soleil de plomb pour à peine USD 3 par jour. Nombre d’entre eux ont passé l’âge de la retraite depuis bien longtemps… Nous traversons des petits villages, sommes accueillis par des groupes d’enfants qui cherchent à utiliser les quelques mots d’anglais qu’ils connaissent et nous regardent hilares, croisons des personnes âgées assises sur le pas de leur porte ou occupées à ramasser les feuilles de thé ou le riz. Et toujours ces sourires et ces rires fantastiques et communicatifs, si propres aux birmans…

Je suis un peu dans un brouillard et ne profite pas vraiment de la matinée. Les enfants qui n’ont rien pu avaler ce matin sont un peu faibles également, même s’ils vont mieux que la veille. A la première pause, Tun-Tun me donne du baume du tigre et me conseille de me masser l’estomac avec. Je n’y crois pas trop je dois dire mais étonnamment, ça me soulage énormément. La combinaison baume du tigre / Ercéfuryl et quelques biscuits me redonne un peu de forces pour poursuivre la route.

Nous croisons quelques guides et touristes, mais surtout des moines de tous âges. Tun-Tun nous explique que chaque homme bouddhiste birman doit vivre deux fois temporairement dans un monastère au cours de sa vie. Une fois comme moine novice entre 10 et 20 ans et une seconde fois après 20 ans, à n’importe quel âge. Les petites filles et femmes peuvent également devenir nonnes temporairement. Comme les hommes, elles doivent se raser la tête et porter une robe rose (celle des hommes étant rouge le plus souvent). La durée n’est pas imposée : une semaine, un mois, plusieurs années, tout est permis et nul n’est forcé de rester moine indéfiniment (une grande ouverture d’esprit je trouve !). Néanmoins, de nombreuses familles n’ayant pas les moyens de nourrir leur progéniture, envoient leurs enfants plusieurs années dans un monastère pour qu’ils bénéficient de nourriture au quotidien et d’une bonne éducation.

Le temps passe vite et nous croisons des buffles, accompagnés ou non de leur propriétaire et beaucoup de chiens errants. Tun-Tun nous explique que le chien est un animal très mal perçu dans la religion bouddhiste (90% de la population est bouddhiste au Myanmar). C’est pour cette raison que les chiens ne sont pas accueillis dans les foyers comme chez nous mais laissés à l’abandon dans la rue. Nous craignons un peu les chiens errants et sommes vigilants quand nous les croisons. Le médecin vu à Yangon m’avait mis en garde contre les chiens et la rage qui sévit dans le pays (nous sommes fort heureusement vaccinés !). En fait, ces chiens sont assez peureux la journée mais se rassemblent en meute le soir et deviennent un peu plus féroces et inquiétants.

Le soleil tape de plus en plus fort, nos sacs sont lourds et la route ne fait que monter sur la seconde partie du trajet. Ilena peine un peu et je ne suis pas en meilleure posture. Nous faisons des pauses plus fréquentes. Néanmoins, nous ne nous arrêtons pas pour déjeuner, tout le monde ayant l’estomac barbouillé (Tun-Tun s’adapte et se nourrira de quelques biscuits, le pauvre !).

Les paysages changent énormément : le sol ressemble maintenant à de la glaise ocre et glissante, difficile à maîtriser en montée. Nous croisons même un camion renversé sur la route. Malgré tout, les gens des villages les plus hauts n’hésitent pas à faire le chemin en scooter et dévalent ce toboggan naturel, à toute allure et sans casque, souvent accompagnés d’enfants ou même de bébés. Nous rencontrons de moins en moins de monde. Les gens que nous croisons parlent maintenant un autre dialecte et ne comprennent pas forcément le birman traditionnel.

Après plus de 6 heures de marche sur un chemin difficile, nous arrivons enfin dans le village où nous dormirons le soir même. Il est 16h, c’est l’heure à laquelle les villageois rentrent des champs, le soleil commence déjà à décliner et la lumière naturelle est très belle. Tun-Tun nous fait visiter le village et nous présente nos hôtes : une famille qui tient l’épicerie du village. Les denrées alimentaires en vente sont suspendues aux poutres du plafond dans des sacs en plastique, étrange…

L’endroit est très simple : une maison faites de bambous, comme la plupart des habitations ici. Le bambou pousse partout ici et représente une matière première très bon marché, voire gratuite : les villageois tissent ensuite les murs de leurs maisons qui sont censées tenir 7 ou 8 ans maximum. Bien sûr, il n’y pas d’isolation et le vent passe par les interstices mais le toit semble bien protégé de la pluie. Nous sommes installés au premier étage : quatre matelas fins sont posés à même le sol avec une pile de couvertures. Les sanitaires sont plus que sommaires - comprendre des toilettes turques, une bassine d’eau glacée dans la cour pour se laver les dents et les mains et… c’est tout. On ne va pas vous mentir, nous ne nous sommes pas beaucoup lavés pendant ce séjour !

La journée de marche et le jeûne forcé ont creusé nos estomacs, nous mourrons de faim, ce qui est une bonne nouvelle ! Tun-Tun a prévenu la famille : nous avons besoin de nourriture simple et non épicée (alors qu’un buffet de plats typiques était prévu !). Nous dinons de riz nature et d’œufs au plat et je peux vous dire que nous nous régalons après près de 24h sans manger ou presque ! La famille nous sourit et essaie de communiquer mais ne parle pas anglais (et nous, toujours pas birman ! :o) mais la magie du jeu brise la barrière de la langue (puissance 4 sur le téléphone de Fred), ce qui donne lieu à une bonne partie de rigolade avec les enfants du foyer. D’ailleurs, ils ne nous quittent pas !

A 20h, nous sommes tous couchés, épuisés par les derniers jours et nous endormons sans problème, sous d’épaisses couvertures. Les enfants et moi-même passons une nuit récupératrice et n’ouvrons pas l’œil avant 7h du matin (fred a un peu plus de mal à bien dormir). Je vois avouer que je n’ai pas aussi bien dormi depuis des années… Pas besoin d’un hôtel 5 étoiles pour passer une bonne nuit !

Le matin, la famille nous attend avec une tasse de thé, autour d’un poêle de fortune au milieu de la pièce de vie. Nous nous régalons de nouveau avec un bon petit déjeuner et repartons de bon pied. Il fait déjà beau, nous avons repris des forces et dans ce sens, c’est surtout de la descente ! Nous rencontrons un peu plus de monde et profitons des magnifiques paysages et des rencontres avec des locaux, toujours un peu surpris de nous trouver sur leur chemin.

Plouf dans la piscine dès notre arrivée à l’hôtel ! Il n’est que 14h, nous avons tout l’après-midi pour nous reposer après les 4 heures de marche du matin. Tout le monde va mieux (moi aussi), on en profite ! On se fera même le luxe (gratuit !) d’une session de jacuzzi à 4 le soir (le meilleur moment après la rando !).

Le séjour se poursuit tranquillement : visite des temples de la ville, déjeuner et diner en dehors de l’hôtel (nous avons repris des forces !), école, lecture, piscine, rando pour les garçons : des petites vacances en fait !

Il nous faut déjà partir de cet endroit magique pour rejoindre Bagan… Un immense merci à Thomas et au personnel du Kumudra Hill Hotel pour son accueil plus que chaleureux, nos discussions bien sympathiques et ce magnifique hôtel dans lequel nous aurions bien prolongé le séjour !

Un autre voyage en bus de nuit de 10h nous attend. La suite dans le prochain épisode ! A bientôt !

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Un employé de l’hôtel de Hsipaw nous dépose à la gare routière. Gare routière, c’est un grand mot : l’endroit se résume à quelques tabourets en plastique sur le bord de la route. Il n’y a pas grand monde et nous attendons patiemment que notre car arrive. Nous avons 10h de voyage devant nous pour atteindre Bagan. Nous avons réservé un bus VIP pour essayer d’avoir un peu plus de confort que lors du dernier voyage de nuit.

Nous discutons avec une touriste néerlandaise qui voyage seule et les enfants jouent au quiz des capitales sur une appli téléphone : trouver le plus de capitales mondiales en un minimum de temps. Je peux vous dire qu’ils sont devenus très forts à ce jeu, c’est toujours un peu de géographie apprise !

Le car arrive et c’est une très mauvaise surprise. Ce bus a sûrement été VIP mais en 1980. Il est vieux, sale, un peu délabré et ne sent pas bon. Il est déjà très rempli et les places sont plus petites que la dernière fois. Les passagers sont essentiellement des hommes. Nous prenons nos places, nous sommes un peu déçus quand même. Après seulement quelques minutes de route, on a une bonne idée de ce que sera le voyage : on entend des gens cracher, roter, faire des tas de bruits pas très glamour, ne pas mettre de casque pour écouter de la musique et faire des jeux vidéo avec le son à fond (comme souvent ici d’ailleurs !) … Première pause diner et toilettes : vu l’état des cuisines et des toilettes, on passe notre tour… Les enfants sont ravis de diner de pop-corn et de chips pour l’occasion, pour Fred et moi, ça sera diète forcée, restons zen…

La route serpente dangereusement en descente pendant près d’une heure : il semble impossible de croiser un autre car ou camion sur la même route et pourtant, on y arrive, maintes fois. C’est très stressant. Nous parvenons enfin à nous endormir et sommes réveillés brusquement par la lumière du car. Ce n’est pas un arrêt mais une descente de police birmane… D’un seul coup, le car est plongé dans un silence total, on sent que tout le monde est impressionné : un gros malabar inspecte tout l’avant du bus minutieusement avec une lampe torche, il n’a pas l’air commode et n'est pas là pour plaisanter. L’employé du car transpire à grosses gouttes, il semble très stressé par cette visite surprise. Le policier passe ensuite en revue toutes les rangées du car et s’arrête spécifiquement sur des personnes qu’il fouille de manière très précise : les pauvres gars doivent vider leurs poches, sacs et montrer patte blanche. Ouf, la police s’en va et on peut repartir. Nous apprendrons plus tard qu’ils cherchaient en fait un trafic d’amphétamines de basse qualité fabriquées dans la région qui sont passées d’un endroit à l’autre via des particuliers, et notamment pendant les voyages en bus de nuit.

Nous arrivons à Bagan épuisés de ce trajet pas franchement sympathique. Il est 6h du matin, les chauffeurs de taxi nous sautent dessus dès l’arrivée. Nous sommes agréablement surpris par notre hôtel, Fred a encore une fois trouvé un endroit sympa au cœur de New Bagan. L’accueil est chaleureux, l’endroit est simple mais propre et confortable. Nous montons dormir quelques heures. C’est une chambre pour 3 personnes mais vu la taille des lits, nous pouvons facilement y dormir à 4 sans se déranger.

Bagan ou la cité des temples est l’un des sites majeurs du Myanmar. C’est une zone archéologique qui s’étend sur 67 km2. Il semblerait qu’il y ait plus de 2 000 temples à visiter à Bagan. Comme ils sont plutôt éparpillés sur une grande surface, il faut être motorisé pour en visiter le maximum.

Nous partons en quête d’un moyen de transport pour rejoindre Old Bagan mais ce n’est pas chose simple en début d’après-midi car les scooters, taxis et tuk-tuk ont déjà été pris d’assaut le matin. Nous sommes le 30 décembre et il y a plus de touristes que d’habitude.

Nous trouvons un taxi qui nous emmène sur le site et nous visitons un premier temple, l’Ananda Temple : il fait très chaud et lourd, il y a beaucoup de monde, essentiellement du tourisme local. L’endroit est immense et très beau. Nous sommes assaillis par de nombreux vendeurs de souvenirs et autres babioles. J’achète des bracelets pour Ilena et moi et négocie même le prix ; en apprenant que nous sommes français, le vendeur offre deux autres bracelets à Ilena… Typique de l’hospitalité birmane.

Nous rentrons à l’hôtel nous rafraîchir avant d’aller diner : New Bagan est un quartier familial et sympathique, plutôt calme mais offrant une grande variété de restaurants et de petits bars.

Le 31 décembre, nous avons une grosse journée devant nous ! Nous avons réservé un tuk-tuk pour la journée, il nous emmènera dans les principaux temples de New Bagan. Tcho-Tcho nous attend devant notre hôtel avec le sourire. Il a 42 ans, 6 enfants et est bien sympathique ! Et cerise sur le gâteau, il parle anglais ! Ilena le regarde un peu bizarrement et veut me parler ‘ en privé ’ : ‘Maman, pourquoi Tcho-Tcho ne s’est-il pas lavé les dents depuis longtemps ?’ me demande -t-elle ? En effet, Tcho-Tcho est accro au Bétel : le bétel est une sorte de chique birmane que les hommes (mais parfois aussi les femmes) mâchouillent à longueur de journée, souvent depuis l’adolescence. Le mélange est détonnant : des feuilles vertes de bétel, de la chaux (souvent le résultat de coquillages broyés), de la noix d’arec (qui a des effets de coupe-faim et d’excitant) et parfois des feuilles de tabac séchées. La noix d’arec est apparemment très acide et use l’émail des dents quand elle est consommée en grande quantité et tuméfie les gencives. Les (nombreux) birmans qui chiquent ce mélange ont des dents rouges et noirâtres et donc un sourire pas très agréable à regarder… Par ailleurs, ils doivent cracher régulièrement un excès de salive mélangé à cette substance, qui a l’aspect du sang, beurk, beurk…

Malgré son sourire écarlate, Tcho-Tcho est plutôt marrant et nous emmène aux temples les plus célèbres et en profite pour faire une sieste dans son tuk-tuk pendant qu’on visite. Chaque temple est différent, avec des bouddhas couchés, debout, souriants, pas souriants, petits, grands, il y en a pour tous les goûts ! Un temple, deux temples, douze temples… les enfants commencent sérieusement à se lasser… heureusement qu’il y a toujours des gongs qui les amusent énormément ! Encore une fois, ils sont arrêtés régulièrement pour prendre une photo avec des familles birmanes. Une famille vient même offrir des cartes postales à Ilena (Ilena nous les avait demandées, nous avions refusé, la famille est allée lui acheter et lui offrir, comme ça, pour le plaisir …), quand je vous disais que les birmans étaient juste incroyablement gentils !

L’évènement phare de la journée (à part le changement d’année !) est sans aucun doute le coucher du soleil : le lever et le coucher du soleil sont des moments très importants ici et le spectacle est juste grandiose… Nous arrivons en avance dans un endroit stratégique pour assister au dernier coucher de soleil de l’année, avec en toile de fond quelques-uns des temples de Bagan. Les touristes arrivent progressivement et nous sommes vraiment nombreux (on se demande où tous ces gens se cachent le reste de la journée car nous n’avons pas vu tant de touristes que ça depuis notre arrivée à Bagan).

Le spectacle est vraiment magique… Tcho-Tcho nous raccompagne à notre hôtel et nous nous préparons pour le réveillon du nouvel an. Nous n’avons pas prévu grand-chose et l’endroit n’est pas franchement propice pour faire la fête. Nous mettons nos plus beaux vêtements (le choix est vite limité, je peux vous dire…) et nous allons boire un cocktail à la terrasse d’un bar, et jouer au UNO ! C’est sûr, on n’a jamais fait ça le 31 décembre ! Après 15 jours de plats locaux à base de riz, on a envie d’un peu de changement pour cette soirée spéciale : étonnamment, il y a un restau italien ici qui fait des pizzas et des pâtes. Les enfants sont fous de joie ! Et il est vrai qu’on s’est vraiment régalés ! On goûte même au vin local (mouais…) qu’on doit aller acheter à la supérette du coin car le restaurant n’en vend pas. Retour dans notre chambre avant minuit, on se pelotonne tous dans un lit pour regarder un film avec les enfants, Fred et Ilena s’endorment avant le passage à 2019… Il reste Milan et moi pour se souhaiter une bonne année…

La matinée du premier janvier s’écoule au ralenti, petit dej sympathique sur la terrasse de l’hôtel, école, ballade. L’après-midi, nous réservons un taxi pour aller au Mont Popa à une heure de route de Bagan. Il semble que cet endroit soit le lieu le plus révéré du pays en ce qui concerne le culte des esprits. Il se mérite aussi car il faut quand même monter 777 marches pour atteindre le sommet de ce temple. L’endroit est perdu dans un bled, pas très accueillant avec des singes en liberté un peu partout. Ils n’ont pas l’air super amicaux, on se méfie … La vue depuis le sommet du Mont Popa est magnifique, surtout avec le soleil qui baigne le paysage. Mais l’endroit est plutôt kitsch et pas vraiment intéressant pour nous. Nous reprenons le chemin du retour et traversons de nouveau la campagne birmane, on est bien loin des endroits touristiques. Les populations ont l’air particulièrement pauvres et de nombreuses personnes font la manche sur le bord de la route. C’est un tout autre visage de l’endroit que nous découvrons…

Arrivés à New Bagan, nous nous offrons un massage des pieds en famille, les enfants vont commencer à y prendre goût. La dame qui masse Ilena n’arrête pas de rigoler, elle n’en revient pas de masser les pieds d’une petite fille française apparemment !

Le diner se fera en compagnie d’une famille de belges expatriés à Hong Kong que Fred a rencontré une heure avant par hasard dans la rue ! On se lie facilement entre occidentaux ici ! Nous passons une très bonne soirée avec eux et les enfants sont ravis d’avoir des copains francophones avec qui jouer et papoter.

Notre dernière journée à Bagan est certainement notre préférée. Au programme, lever du soleil et ballade en scooter. Nous nous levons à 5h du matin pour aller admirer l’ascension des montgolfières au lever du soleil (un gros business touristique ici : pour vous donner un ordre de grandeur, un place dans une montgolfière est vendue 350 euros environ. Un plat dans un restaurant local coûte entre 1,50 et 3 euros). Les enfants peinent à se lever et ne comprennent pas bien l’intérêt de l’opération. Un taxi réservé la veille nous emmène à un temple, nous montons quelques marches et avons une vue panoramique sur la vallée. D’autres personnes nous rejoignent et nous attendons patiemment que Mr le Soleil daigne faire son apparition. La lune est toujours très visible, il fait encore un peu nuit, l’ambiance est magique… Le soleil pointe le bout de son nez mais toujours pas une seule montgolfière à l’horizon, quelle déception… Ilena n’arrête pas de râler, elle a froid, en a marre, pas drôle pour les enfants. Et puis, une montgolfière au loin s’élève, puis une seconde, une troisième, quinze montgolfières, trente montgolfières… elles se rapprochent de plus de nous et se fondent dans un dégradé de couleurs matinales magnifiques, c’est un spectacle féérique… Les photos prises ne sont pas du tout aussi jolies que la réalité mais donnent une bonne idée du spectacle…

Après ce moment hors du temps, nous retournons à l’hôtel reprendre des forces devant un bon petit déjeuner, la suite du programme de la journée va être sportive ! En effet, nous avons réservé des scooters pour nous balader dans la région. Pour l’équivalent de 7 euros pour deux scooters ! (2 jours avant pour le 31 décembre et 1er janvier, les prix avaient triplé du jour au lendemain !), nous pouvons louer un scooter à la journée, on ne nous demandera même pas de papier d’identité, de toute manière, il n’y pas d’assurance, tout fonctionne sur un mode de confiance mutuelle ici. Nous négocions des casques pour nous 4, pas simple ici… Pour être honnête, les casques ressemblent plus à des casques de vélo mais ça fera l’affaire pour aujourd’hui car nous n’avons pas d’autre option.

Bon, une balade à scooter donc (ici, ce sont des scooters électriques)… Vu mon manque d’expérience en la matière (je vois déjà mes 2 frères rigoler, attendez, attendez de lire la suite… ), je conduirai un scooter seule et Fred aura Milan et Ilena avec lui (oui on fait comme les birmans qui mettent toute la famille sur le même scooter !!).

Je ne suis pas très rassurée, j’ai peur de tomber, les enfants et Fred sont morts de rire… Et ben, croyez-moi si vous voulez mais cette journée aura été une révélation ! J’adore conduire un scooter ! Je ne suis pas tombée, j’ai aimé les sensations, la vitesse, l’autonomie, je pense même à m’en acheter un en rentrant à Paris. Affaire à suivre…

Les enfants se régalent également et adorent être à 3 sur le même scooter avec Fred ! Nous passons la journée à nous promener, visiter d’autres temples, passer des voies de circulation aux routes plus sablonneuses (et pas si simple à appréhender en deux-roues !). Nous comprenons vite pourquoi tout le monde klaxonne ici : les scooters sont super silencieux et on ne les entend pas arriver.

Nous rentrons épuisés mais absolument ravis de notre journée.

Cliquez pour jouer la vidéo 

Notre séjour à Bagan s’achève déjà, nous partons le lendemain pour rejoindre Yenangyaung à deux heures de route. Cette ville n’est dans aucun guide de voyage. Alors pourquoi sommes-nous allés là-bas pendant 4 jours me demanderez-vous ? La réponse dans le prochain épisode !

Ta-Tar, (aurevoir en birman), prenez soin de vous !

Nos petits chéris qui profitent à fond de l'aventure !

Bon plan voyageurs : Bagan Empress Hotel au coeur de New Bagan - USD41 par nuit avec petit dej, pour 4 personnes.

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Un conducteur de taxi vient nous chercher à notre hôtel de New Bagan de bon matin. Conducteur de taxi, nous ne sommes pas certains que ça en soit vraiment un, mais nous avons eu énormément de mal à trouver un moyen de transport pour rejoindre Yenangyaung : même les locaux ne connaissent pas cet endroit. Nous avons donc trouvé un ‘chauffeur’ à la station de bus, on ne sait pas qui c’est, ni si c’est vraiment un taxi, ni s’il nous emmènera vraiment à destination mais ici ça se passe comme ça, on fait confiance, sinon on ne fait rien !

Nous découvrirons en chemin que nous avons pris un moyen de transport totalement illégal : à l’approche d’un barrage de police, le conducteur nous demande de regarder dans la direction opposée pour que les policiers ne repèrent pas que nous sommes des touristes étrangers car il n’a pas l’autorisation de nous transporter.

Le trajet est paisible, les enfants s’occupent en regardant un film, je profite du paysage et Fred aide le conducteur un peu perdu, à trouver le chemin grâce aux cartes de maps.me, appli formidable de géolocalisation, utilisable même sans internet.

Après plus de 2h30 de route, nous arrivons enfin à bon port. Notre hôtel s’appelle Lei Thar Gone et c’est presque le seul hôtel des environs. Vous vous demandez sûrement ce que nous sommes venus faire dans ce bled...

Nous avons découvert cet hôtel et l’école qu’il finance, par hasard, sur un blog de voyageurs il y a quelques mois. Enthousiasmés par ce projet formidable, nous avons souhaité en savoir plus sur l’endroit.

Créé par Eric Trutwein en 2006, ce projet n’a cessé de se développer grâce à sa passion et son envie d’améliorer le sort des enfants des villages environnants. A l’âge de la retraite, après une carrière d’ingénieur, Eric apprend qu’il est séropositif. Sa femme décède également du sida en 1999. Il revient alors dans le village où il est né, Yenangyaung et met toute son énergie et son argent dans un magnifique projet : aider les familles pauvres et surtout les enfants, souvent orphelins ou élevés par d’autres membres de leur famille à acquérir une éducation digne de ce nom.

Il crée alors une école privée ‘Light Of Love School’ ayant pour objectif principal de sortir ces enfants de leur triste condition, en leur offrant une éducation de qualité et surtout gratuite. Il faut se rappeler qu’en 2006, la junte militaire est au pouvoir et créer une école privée n’est pas simple : il faut beaucoup d'autorisations qui sont longues à venir et avoir beaucoup d'argent à disposition... Par ailleurs, se faire soigner du VIH est également difficile pour Eric, qui est aujourd’hui surpris d’être toujours en vie. Il n’est pas en grande forme et sa santé continue à se détériorer mais il continue son beau projet, soutenu par ses neveux et d’autres personnes passionnées.

L’école est financée par les recettes de l’hôtel adjacent mais également par de généreux donateurs partout dans le monde. Plus de 180 élèves de la petite section de maternelle jusqu’au lycée sont pris en charge cinq jours par semaine. Je reviendrai sur cet endroit un peu plus tard.

L’hôtel est composé de plusieurs bungalows répartis sur un immense jardin et est vraiment accueillant : une vue sublime sur la vallée (et des couchers de soleil quotidiens à couper le souffle !), un environnement charmant, une jolie terrasse pour lire ou prendre des apéros le soir, des petits dej délicieux et des diners tout aussi savoureux. Le tout avec du beau temps permanent et une jolie piscine : tout est là pour passer un bon moment. Le personnel ne parle pas très bien anglais mais on arrive à se comprendre malgré tout.

Vue depuis notre chambre

En arrivant, nous apprenons que l’hôtel ne sert pas de déjeuner sur place et nous nous mettons donc en quête d’un restaurant. Ce n’est pas chose simple ici car il n’y a absolument aucun endroit adapté à nos estomacs encore un peu fragiles. Nous marchons jusqu’à la ville, il faut environ 10mn à pied mais nous nous perdons dans les villages et mettons au moins trente minutes pour trouver notre chemin. Il fait très chaud et nous devons marcher dans des chemins de sable et de terre. Nous découvrons la réalité des villages environnants : des bicoques faites de bambou, de bois, de tôle, qui tiennent à peine debout, des enfants partout, jouant avec ce qu’ils trouvent ou nous observant surpris. Malgré tout, nous sommes accueillis par de magnifiques sourires, encore une fois, de vrais sourires, sincères et qui se reflètent dans les regards de tous ces gens. La pauvreté des villageois nous touche énormément, Milan et Ilena ne disent rien mais nous avoueront plus tard qu’ils sont bien conscients de la chance qu’ils ont de vivre dans un environnement privilégié.

Nous trouvons un endroit pour déjeuner, pas vraiment bon, pas vraiment propre avec un personnel qui ne parle pas du tout anglais, ça fera l’affaire pour aujourd’hui, on trouvera mieux demain.

Le lendemain étant un vendredi férié, suivi d’un weekend, nous ne pourrons pas visiter l’école avant le lundi suivant. Nous profitons donc de l’après-midi du jeudi pour nous faire une première idée de la ‘Light of Love’ school. L’école est à deux pas de l’hôtel, nous entrons un peu intimidés : pénétrer aussi facilement dans une école en France serait juste impossible. Ici, les choses sont un peu plus simples. On ne nous attend pas avant lundi mais nous sommes accueillis avec le sourire.

Les enfants les plus jeunes nous accueillent avec enthousiasme et viennent nous dire bonjour. Nous demandons aux institutrices des classes de maternelle si nous pouvons venir dans leurs classes. Quel moment de grande émotion ! Les écoliers sont un peu intimidés mais répondent à nos questions. Eric souhaite que tous ces enfants parlent anglais depuis le plus jeune âge afin d’avoir les meilleures chances de s'en sortir. Dès la petite section, les enfants savent donner leur âge en anglais, compter et dire quelques phrases. Ils nous chantent des comptines en anglais avec les gestes, c’est vraiment trop mignon. Nous ne restons pas très longtemps, nous reviendrons lundi.

Light Of Love School

Les jours suivants s’écoulent doucement mais paisiblement entre piscine, école, lecture sur la terrasse et activités locales. Nous prenons nos habitudes, connaissons tous les prénoms du personnel de l’hôtel, les enfants se promènent sans nous dans les jardins de l’hôtel, nous trouvons aussi un petit restaurant pour le déjeuner qui deviendra notre cantine. Il est tenu par une famille birmane adorable qui nous chouchoute et nous fait tester des plats locaux. Chaque jour, nous achetons des biscuits pour le goûter des enfants auprès de la même dame, qui nous accueille toujours avec le même sourire chaleureux. Nous nous sentons bien ici.

Nous avons maintes occasions de communiquer avec les villageois des alentours. Par exemple, pendant la visite de la fabrique de briques : cette fabrique fait travailler énormément de personnes de tous âges de la communauté locale. Le travail est plutôt difficile, sous un soleil de plomb, de jeunes gens et parfois des personnes très âgées doivent porter de lourdes charges et effectuer un travail très répétitif. Milan vous expliquera mieux que moi les différentes étapes de fabrication des briques dans la vidéo ci-dessous.

Nous allons également pêcher sur l’Ayeyarwady avec un pêcheur local. Trois motos viennent nous chercher à l'hôtel après le petit-déjeuner : Ilena monte avec le conducteur et une employée de l’hôtel qui nous accompagne. Elle s’appelle Yemin, est toute douce et adore Ilena ! Milan et Fred montent ensemble derrière un second conducteur et moi seule derrière le troisième. Les enfants ont de vrais casques et nous aucun… Nous ne faisons pas les fiers… Le chemin jusqu’aux bateaux est essentiellement sablonneux, les motos dérapent tout le temps, nous avons peur de tomber et de nous blesser, surtout sans casque. Les enfants adorent l’expérience (bon, nous aussi mais on voit plus le danger qu’eux, surtout quand le conducteur vérifie ses emails sur son smartphone en roulant !). Un pêcheur nous accueille, il n’est pas très loquace, c’est le moins qu’on puisse dire. Nous embarquons tous dans une grande barque. A l’arrière, un des conducteurs de moto gère le moteur et la navigation. A l’autre extrêmité de l’embarcation, le pêcheur prépare ses filets sans s’occuper de nous. Nous sommes assis sur des mini planches de bois, les pieds trempés car l’eau rentre dans le bateau. Nous profitons du silence inhabituel et de la beauté des paysages. Le temps semble s’être ralenti. Ilena lit tranquillement, Milan prend des photos. Le pêcheur jette son long filet dans l’eau. Nous ne sommes pas vraiment convaincus de ce qu’il attrapera mais attendons de voir. L’opération est lente et longue avant que le pêcheur ne retire ses filets de l’eau : en effet, à part une bonne friture, on ne mangera pas grand-chose avec cette pêche ! Mais l’expérience est sympathique !

De retour sur la terre ferme, nous reprenons place sur les motos pour rejoindre le marché local. Les odeurs de viandes et poissons sont vraiment fortes. En voyant les étals, on deviendrait presque végétariens du jour au lendemain… Les locaux nous dévisagent, il n’y a pas beaucoup de touristes qui s’aventurent ici, et encore moins d’enfants français. Yemin est aux petits soins avec Ilena qui lui tient la main. Elles ne peuvent pas se parler mais se comprennent très bien quand même, c’est très mignon.

Fred fera lui aussi une expérience tout à fait inédite : une course à pied dans les villages et la ville de Yenangyang. Au vu des réactions des locaux, il a dû être le premier à faire son jogging par ici : il est accueilli par des encouragements, des klaxons et des villageois hilares et de multiples sourires.

Petite parenthèse culturelle : Vous avez dû remarquer la pâte blanche que les enfants et femmes birmans ont souvent sur le visage. Cette pâte couramment appelée le thanaka au Myanmar est une pâte cosmétique d’origine végétale utilisée sur le visage et parfois les bras. Il est produit à partir du bois de plusieurs arbres poussant en abondance au Myanmar. Vendus en petits rondins (on râpe alors l’écorce), le thanaka est aussi disponible en pâte ou poudre. Apparemment (car nous n’avons pas essayé !), le thanaka rafraichit, protège du soleil, aide à lutter contre l’acné, et rend la peau douce. Son parfum rappelle celui du bois de santal.

Le lundi arrive enfin et nous pouvons aller découvrir la ‘Light Of Love School’. Nous arrivons à 9h du matin, juste à temps pour l’’assembly’, la cérémonie hebdomadaire qui rassemble tous les enfants et adolescents. Tout le monde se tient en rang, face à Eric qui vient leur faire un petit discours que nous ne comprendrons pas (car en birman bien sûr). Un écolier est appelé et pose des questions simples, tous les enfants doivent répondre en chœur en anglais. Une autre famille qui séjourne également à l’hôtel est là, ils sont allemands et donateurs. Une autre allemande, Manuela, est aussi présente : elle a travaillé comme prof d’anglais dans l’école à son ouverture et vient donner un coup de main à Eric.

Nous repassons par les classes des maternelles qui nous reconnaissent et posons quelques questions (les réponses seront données dans un autre article rédigé par les enfants pour leurs classes). Milan prend son guitalélé et s’assied au centre de la classe pour jouer une chanson en français (Vianney est maintenant connu dans les contrées les plus reculées du Myanmar ! :o). Nous sommes très fiers de Milan qui a un naturel timide mais a su aller au-delà de ses appréhensions pour profiter de l’expérience ! Nous passons ensuite aux classes des lycéens : cours d’économie. Nous échangeons avec les adolescents sur leur vie d’étudiant, leurs aspirations, leurs rêves, sur ce qu’ils pensent de l’école. C’est passionnant. Ils sont très conscients de la chance qu’ils ont de pouvoir étudier dans de telles conditions et savent aussi que l’éducation et une bonne maîtrise de l’anglais seront clefs pour sécuriser un avenir plus radieux. Ils travaillent dur et ont énormément de respect pour Eric et son travail. Nous terminons par les classes de CE1, Ilena en profite pour poser quelques questions. Les réponses seront aussi partagées dans un prochain article.

A l’occasion de la visite de cette école, nous avons eu la chance d’interroger quelques étudiants mais également Eric sur son projet. Les interviews filmées sont plutôt longues et vont demander pas mal de montage, nous les partagerons avec vous dès que nous le pourrons.

Ainsi s’achève notre visite à Yenangyang. Nous avons tellement aimé l’endroit, l’ambiance, la qualité de nos échanges et l’expérience inédite que nous sommes vraiment tristes de partir. Nous nous sommes aussi attachés au personnel de l’hôtel, on se sentait vraiment chez nous. Le seul point négatif aura certainement été le bruit des nombreuses pagodes environnantes avec des chants tonitruants au petit matin ou tard le soir. Milan et Ilena ont aimé visiter l’école mais ont été frustrés de ne pas pouvoir communiquer plus en anglais avec les enfants. Ils ont quand même pu jouer avec eux et obtenir des réponses aux questions posées par leurs camarades de classe pendant notre visite avant notre départ.

Nous visiterons d’autres écoles pendant notre voyage et avons hâte de rencontrer d’autres enfants et d'en savoir plus sur le quotidien des écoliers du monde entier.

Pour en savoir plus sur le fabuleux projet d’Eric, allez visiter le site :

https://www.leithargone-guesthouse.com/our-story/

Pour notre prochaine étape, nous poserons nos sacs à dos à Kalaw et sur le magnifique lac Inlé pour un second trek dans la campagne birmane.

En attendant, prenez soin de vous, on vous embrasse !

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Nous quittons Yenangyaung avec regret. Toute l’équipe de l’hôtel est venue nous dire aurevoir. Un des employés nous dépose à la gare routière. Encore une fois, la gare se résume à deux chaises posées sur le bord de la route. Nous avons 8h de route pour rejoindre Kalaw, de jour et en mini-bus. Il est confortable et déjà bien rempli. Milan et Ilena regardent des films pendant que Fred et moi écoutons de la musique, le temps passe vite. Il pleut énormément depuis le matin et le mauvais temps durera toute la journée.

A chaque arrêt, des dames tentent de nous vendre des fruits et autres snacks : elles sont en tongs, parfois pieds nus et ne semblent pas gênées de clapoter dans les flaques d’eau sale. De notre côté, nous avons mis nos chaussures de trail et essayons de ne pas marcher dans la gadoue, deux mondes… A l’un des arrêts, un des passagers birmans jette tout simplement son paquet de chips vide par la fenêtre ; je sors du mini-bus et ramasse le paquet, lui montre de manière à lui faire comprendre que je ne suis pas d’accord, vais le jeter dans la poubelle à 2 mètres du bus… Je peux lire une incompréhension totale dans les yeux du jeune homme, il doit voir la même chose dans les miens. Les chocs culturels, c’est aussi ça…

Le voyage se passe sans encombre (à part la voisine de Fred qui vomit bruyamment non-stop pendant 8h, je ne sais pas qui est le plus à plaindre… ).

Nous sommes assez déçus par Kalaw : la ville n’a pas beaucoup de charme, la pluie et le ciel gris n’arrangent rien. Notre hôtel est plutôt sympa, situé dans les hauteurs de la ville. Nous partons découvrir la ville mais franchement, on a plutôt envie de rentrer à l’hôtel, on prend quand même le temps de rencontrer Phô (prononcer Pô), le guide qui nous emmènera en trek le surlendemain.

Le lendemain, journée au calme : double session d’école pour les enfants, écriture d’article pour le blog, repos. En nous baladant, nous découvrons une école ouverte avec énormément d’animation : c’est la journée des familles et c’est la fête ! Les élèves dansent (sur de la musique birmane mais également Ed Sheeran !) et il y a une chouette ambiance. Nous demandons à entrer pour assister au spectacle et on nous laisse faire sans souci. Nous allons à la rencontre des élèves : les plus petits nous accueillent avec enthousiasme et testent les quelques mots d’anglais de leur vocabulaire. Contrairement à l’école de Yenangyaung qui est privée et met l’accent sur l’apprentissage de l’anglais, celle-ci est publique (d’où les uniformes verts et non violets) et l’anglais n’est pas au programme. Même les adolescents des grandes classes connaissent très peu d’anglais. Il nous est donc difficile de vraiment échanger avec eux. Nous passons un super moment quand même et découvrons encore une autre facette des écoles birmanes.

Sur le chemin du retour, nous trouvons un petit restaurant tout mignon, tenu par une dame Shan. Nous lui donnons rendez-vous pour le soir même. Quel bon moment : nous sommes les seuls clients et les propriétaires sont aux petits soins, les plats birmans sont délicieux et nous nous régalons. Nous goûterons même du vin de goyave, sans alcool et très bon !

Le lendemain matin, Phô vient nous chercher pour démarrer le fameux trek de Kalaw à Inlé. Nous déposons nos bagages dans son agence : ils seront envoyés directement à notre hôtel à Inle pour ne pas nous encombrer. Milan, Fred et moi aurons chacun un sac de 30 litres sur le dos pendant les deux jours. Ce trek est plutôt connu par les touristes et autres routards, il dure généralement entre un et quatre jours suivant l’option choisie. Nous prendrons l’option de deux jours / une nuit. Nous démarrons par 45 mn de voiture (qui correspondent aux 20kms du premier jour réalisés par les personnes qui prennent l’option de 3 jours) et c’est parti !

Notre guide s’appelle donc Phô, a 31 ans, est célibataire et est né à Kalaw. Il est sympathique et rieur mais pas aussi facile d’accès que notre guide de Hsipaw, Tun-Tun. Il parle bien anglais.

Le soleil tape déjà fort et nous traversons la campagne birmane et ses terres agricoles vallonnées : champs de gingembre, de riz, d’ail, de maïs, de piment rouge. C’est la saison du piment en ce moment et les fermiers le font sécher au soleil pendant deux semaines après sa récolte, avant d’aller le vendre sur les marchés. Un kilo de piment rouge est vendu environ 2 euros, un bon prix ici.

Nous marchons d’un bon pas, traversons plusieurs petits villages et rencontrons d’autres groupes de trekkeurs. L’ambiance est détendue : nous révisons nos classiques de chants de colonies de vacances, les tables de multiplication, les règles de grammaire et papotons avec Phô.

Nous croisons de nombreux villageois qui travaillent dans les champs, courbés toute la journée sous un soleil de plomb…

Les paysages sont magnifiques et défilent toute la matinée. A l’heure du déjeuner, nous nous arrêtons dans un petit village. Notre ‘cuisinier’ nous a précédé en scooter et a pu préparer un bon repas. Nous déjeunons dans une maison, assis par terre devant une table très basse. Un groupe de moines et de villageois se joint à nous mais pour prier : chaque maison possède une sorte d’autel où des offrandes sont faites au bouddha.

Fruit du dragon !

Nous repartons repus après cette pause gourmande. Il fait vraiment chaud mais les enfants sont motivés et volontaires. Nous coupons à travers champs, rencontrons des buffles en liberté et traversons un grand nombre de petit ponts en bambous surélevés (parfois très hauts !) qui rendraient fiers Indiana Jones !! :o)

Nous arrivons enfin au village qui nous accueillera pour la nuit. Il y a beaucoup de villageois dans les rues : des jeunes filles qui sont allées chercher de l’eau et portent de gros et lourds bidons jaunes sur les têtes, des jeunes gens avec des porcelets à vendre, des personnes âgées qui rentrent des champs, des enfants qui rient… L’ambiance est joyeuse et détendue.

Nous logeons dans une grande maison : quatre matelas sont déjà prêts dans une pièce adjacente à la pièce de vie. Nos hôtes seront juste de l’autre côté du salon. Comme partout, il y a un autel pour les offrandes. Il y a également une table au centre de la pièce avec 5 chaises. Et c’est tout… La pièce semble bien vide aussi dépourvue de meubles. Phô dormira dans un coin de cette pièce. Les sanitaires sont encore une fois très basiques mais comble du luxe, nous avons droit à des toilettes ‘à l’occidentale’ dans la cour. Il est vrai qu’il faut braver une colonie d’araignées à l’intérieur, mais entre les toilettes turques et les araignées, tout le monde choisit les araignées ! :o)

Notre cuisinier (dont j’ai malheureusement oublié le prénom) nous a préparé un véritable festin : nous mangeons avec appétit après nos 16kms de marche de la journée ! Nous goûtons de nombreux plats birmans, dont de délicieux curry de poulet et des légumes fondants et épicés, certains que nous n'avons jamais goûtés.

Phô qui a appris que Milan jouait un peu de guitare, lui en trouve une ! Il manque un médiator à Milan, qu’à cela ne tienne, Phô lui en fabrique un en découpant une bouteille en plastique. Et hop, un médiator fait maison ! Phô nous joue aussi quelques musiques de son pays, c’est très joli.

Nous nous lavons les dents dehors et assistons à un spectacle féérique : des centaines et des centaines d’étoiles illuminent un ciel immaculé couleur d'encre, c’est féérique et quelque chose que nous n’avons plus l’habitude de voir dans nos villes polluées. Pendant ce voyage, nous savourons plus que jamais chaque moment magique que la nature nous offre…

Nous nous couchons tôt, épuisés de notre journée. Réveil au son du coq de la ferme qui n’a pas compris qu’une fois le soleil levé, il faut arrêter de faire du bruit comme ça ! On a compris Mr le Coq, on se lève !

Petit déjeuner / festin de nouveau pour prendre des forces pour la longue marche de la journée : pain perdu, fruits frais, brioche locale, salade d’avocats (une des spécialités, c’est simple mais délicieux avec des avocats mûrs à point). Nous partons vers 8h du matin, il fait déjà bon. Les paysages sont très différents, nous marchons souvent en plein soleil sur des terres ocres et glissantes, devons passer sur de nombreux rochers glissants eux-aussi et à l’ombre de forêts verdoyantes. Sur les chemins, nous rencontrons quelques groupes de trekkeurs mais surtout de nombreux birmans allant aux champs, ou déjà en plein travail, des gens qui travaillent sur la route…

Phô nous parle de sa famille : son père était militaire et est maintenant politicien auprès de Aung San Suu Kyi, une belle occasion de discuter politique birmane avec lui et notamment du conflit des Rohingyas. Intéressant d’avoir le point de vue d’un birman sur le sujet car nous n’avons que la version des médias occidentaux.

Après plus de 15kms, nous apercevons enfin le lac Inlé à l’horizon… Nous nous arrêtons pour déjeuner, notre cuisinier est déjà là et nous a préparé de bons petits plats. Nous sommes bien sales et transpirants après cette matinée sportive (et ces deux jours sans douche !). Il est déjà 14h, il est temps de remercier et de dire adieu à Phô. La dernière partie de notre périple se fera en bateau : nous embarquons dans une grande barque typique du lac Inlé pour une heure sur le lac, afin de rejoindre notre hôtel.

Ce moment est une agréable surprise, nous ne nous attendions pas à une balade aussi jolie. Le lac est paisible et nous rencontrons de nombreuses embarcations comme la nôtre avec tantôt des touristes, tantôt des birmans. Nous découvrons un monde à part sur ce lac magnifique mais il faudra attendre le prochain article pour en savoir plus...

A bientôt donc pour notre dernier article du Myanmar sur notre séjour au lac Inlé. A l’heure où j’écris ces lignes, nous venons d'arriver au Laos, mais ça c’est aussi une toute autre aventure...

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Pour la dernière étape de notre périple birman, nous passerons quatre jours au lac Inlé.

Situé à quelques 600 kms au nord de Yangon, le lac Inlé est entouré de montagnes et culmine à environ 880 mètres d’altitude. Cet endroit est fascinant à plusieurs égards : sa beauté et le mode de vie de ses habitants, les inthas (= ‘les fils du lac’).

Les inthas, d’origine chinoise (une communauté de plus de 70 000 personnes) vivent dans plusieurs villages le long des rives du lac et sur le lac lui-même, dans des maisons sur pilotis. Les familles inthas vivent essentiellement de la culture de fermes maraîchères (sur des jardins flottants) et de la pêche. La pêche est exclusivement réservée aux hommes alors que les femmes s’occupent des jardins.

Fraîchement rentrés de notre trek de deux jours, nous avons hâte de nous reposer et de prendre une douche avant de découvrir notre nouvelle étape. Notre hôtel est bien situé, à quelques rues de l’animation de la ville de Nyaung Shwe.

Afin de profiter de l’endroit et de nos derniers jours au Myanmar, nous n’avons rien prévu à l’avance et souhaitons prendre notre temps pour nous reposer, nous balader, avancer sur les cours des enfants et profiter de notre petite famille.

Nyaung Shwe est une ville plutôt touristique (mais sans excès, nous sommes au Myanmar !) avec de nombreux restaurants à chaque coin de rue. Nous nous sommes régalés dans cette ville et avons découvert énormément de plats birmans nouveaux et tout aussi savoureux les uns que les autres. Nous avons pris des apéros sur des terrasses, profité de longues soirées et juste pris notre temps avec les enfants, un vrai luxe !

Nous réservons une journée sur le lac afin de découvrir un peu plus la vie qui s’y cache. Notre conducteur de pirogue, Hita, vient nous chercher à notre hôtel. Il ne parle pas vraiment anglais et rit tout le temps.

Après une traversée paisible de la plus large partie du lac, nous rejoignons les petits villages bordant le lac : toutes les habitations sur pilotis possèdent une ou plusieurs pirogues (indispensables pour se déplacer), généralement sans moteur. Les pirogues à moteur sont réservées aux embarcations les plus grandes (souvent celles qui transportent les touristes) ou pour les trajets les plus longs.

Outre les habitations, il y a aussi de petits magasins de proximité. Le linge lavé dans le lac sèche aux fenêtres, les gens prennent leur bain (en maillot de bain !) directement dans le lac, à la vue de tous, c’est vraiment un monde à part.

Nous rencontrons d’autres pirogues avec des touristes, certaines transportant de grosses quantités de bois, de matériaux divers, des fruits et légumes etc. Il y a tellement de choses à découvrir qu’on ne sait plus où tourner la tête.

L’attraction première du lac reste quand même les pêcheurs. Pour être honnête, il y a les ‘vrais’ pêcheurs qui ramènent vraiment du poisson le soir et les pêcheurs qui font le show pour les touristes (à notre grande joie car c’est magnifique !), reproduisant des gestes ancestraux et utilisant une sorte de cage plongée dans l’eau. Cette manière de faire n’est plus utilisée depuis longtemps mais plait bien aux touristes qui donnent volontiers un billet aux agiles pêcheurs qui se contorsionnent avec agilité sur leur pirogue. Le spectacle est particulièrement sympa à regarder, spécialement au coucher du soleil.

Nous visitons une fabrique d’argent, une autre d’or où des bijoux sont créés sur place avec les méthodes traditionnelles, c’est très intéressant. Nous verrons aussi un atelier de tissage traditionnel où de vieilles dames utilisent des métiers à tisser en bois pour confectionner étoles, longyis (vous savez les tenues que portent les hommes ici et dont je vous ai parlé dans l’article sur Yangon) et autres tenues traditionnelles birmanes en soie, lotus et lin.

Hita nous emmène également dans un atelier de fabrication de cigares tenu exclusivement par des femmes qui fabriquent 500 cigares à la journée chacune.

Nous déjeunons dans un restaurant sur pilotis. La journée s’écoule paisiblement entre visites, découvertes de la vie sur le lac, achats au marché, balade en pirogue, sous un beau soleil. Nous sommes bien ici…

Le lendemain, journée sans programme précis : cours des enfants, mise à jour du blog, vélo, séance de massage de pieds en famille, la belle vie…

Nous avons tellement aimé la gastronomie birmane que nous nous inscrivons à un cours de cuisine locale ! Avant de cuisiner, petite visite au marché avec notre ‘professeur’ qui nous commente les étals de fruits et légumes : on se rend compte qu’on ne connait pas la moitié des primeurs d’ici !

Retour aux cuisines où un autre groupe de jeunes anglais nous rejoint. Nous avons choisi au préalable ce que nous souhaitions préparer. Découpe des légumes, de la viande, du poisson, épices, cuisson, tout le monde cuisine de bon cœur. Les enfants sont enthousiastes et veulent participer au maximum. Nous cuisons nos plats sur des fours à charbon individuels et ça sent très bon !

Le meilleur moment du cours est la dégustation de nos petits plats : salade de feuilles de thé, curry de poulet, curry de poisson, noodles aux légumes, Kim Pound Kiaw (une entrée succulente à base d’oignons de printemps, gingembre, piment et tomates, servi avec une sauce au tamarin) : un régal pour les yeux et les papilles !

Notre dernière étape est déjà terminée, nous reprenons un bus de nuit pour Yangon le soir même. Belle surprise pour ces 12 heures de trajet nocturne : nous avons droit à un vrai bus VIP cette fois, avec un confort comme nous n’avons jamais eu au Myanmar, un écran individuel pour regarder des films en anglais ou jouer (comme dans l’avion !), une hôtesse qui nous apporte des boissons et des sourires :o) et même des arrêts toilettes / diner dans des endroits propres, avec des toilettes ‘normales’ et de la nourriture qui donne envie d’être mangée ! On a l'impression qu'il existe deux lignes de bus de nuit parallèles dans ce pays et qui ne sont pas dans le même siècle !

On nous débarque à 6 heures du matin pour prendre un mini-bus pour la dernière partie du trajet : il n’y a pas assez de place pour tout le monde, c’est un peu compliqué mais on se débrouille comme on peut.

Pour notre dernière nuit au Myanmar, nous avons réservé le bel hôtel dans lequel nous avions séjourné une nuit quand nous avions été malades en début de séjour. Mais cette fois, nous prenons une seule chambre pour 4 car les lits sont juste immenses et ça divise le budget par deux. Nous profitons de la grande piscine, des chaises longues et du soleil et reprenons des forces après notre nuit dans le bus.

Nous prendrons un avion pour rejoindre le Laos le lendemain.

Ainsi s’achève notre mois au Myanmar. Quel bilan faisons-nous de cette expérience ?

Nous avons ADORE ce pays (mais ça, je pense que vous l’avez compris depuis longtemps !) : la gentillesse et la bienveillance des birmans, l’accueil qui nous a été réservé et l’intérêt porté aux enfants par les locaux, la cuisine birmane, la beauté des paysages, la culture bouddhiste, la variété d’activités à disposition, nous avons tout aimé !

Le peu de tourisme est également un point fort de ce voyage : le Myanmar est encore peu, voire pas du tout, abimé par le tourisme de masse comme ses voisins d’Asie du Sud-Est. Ce pays oscille encore entre traditions millénaires et passage à la modernité mais les infrastructures présentes sont suffisantes pour passer un bon séjour.

Ici, les gens font confiance aux touristes et vice-versa. Nous avons pu côtoyer des birmans de très près et comprendre leur culture et leur mode de vie, tout en partageant des expériences authentiques.

Le Myanmar a encore beaucoup de trésors à nous dévoiler, nous reviendrons, c’est certain…

Nous terminons aussi notre premier mois de voyage autour du monde : nous avons pris un bon rythme en famille. Nous sommes fiers et heureux que les enfants se soient aussi bien adaptés aux changements quotidiens, aux (petites) galères et qu’ils prennent autant de plaisir. Les copains leur manquent un peu et ils aimeraient rencontrer plus d’enfants de leur âge mais prennent plaisir à jouer tous les deux et sont de plus en plus complices (malgré quelques chamailleries bien sûr). Nous profitons à fond de l’aventure mais aussi de la relation avec nos enfants. Avoir autant de temps avec eux n’a pas de prix et nous en sommes pleinement conscients.

Milan comme Ilena sont volontaires et motivés pour travailler les cours et montrent énormément de bonne volonté, un bon signe pour les mois à venir, nous espérons que ça durera ! Nous avançons vite sur les cours et nous concentrons sur les points faibles et passons rapidement sur les sujets qui sont maîtrisés.

Nous sommes positifs et optimistes pour la suite du voyage et avons hâte de découvrir toutes les merveilles que notre magnifique planète a encore à nous dévoiler.

Direction le Laos pour les trois prochaines semaines. Rendez-vous sur ce blog pour la suite de l’aventure !