Bus, tente, auberges et chaussures de randos pour découvrir le sud de l’Amérique du Sud. Entre tourisme et volontariat à la rencontre de nouvelles cultures.
Du 11 octobre 2018 au 11 avril 2019
183 jours
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Mercredi 10 octobre

Lever 4h30, les yeux collés après une petite nuit, mais tellement impatients de partir !

Trajet long, long... très long : de Toulouse à Francfort, puis de Francfort à Toronto, suivis par 7 heures d'attente, d'errance et de squat dans l'aéroport canadien et enfin, troisième et dernier vol: Toronto-Buenos Aires !!!

Jeudi 11 Octobre:

8h00, heure locale, soit 13h00 heure française, nous arrivons enfin à l'aéroport de Buenos Aires après plus de 30 heures de voyage. Ouf !

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Sabático Travelers Hostel

Arrière-goût de colonies de vacances dans notre dortoir porteño... Pour des questions de budget, difficile de se prendre une chambre à deux dans la capitale et pour une semaine. Les nuits sont donc rythmées par les arrivées, les départs, les envies de pisser... de nos collocs successifs.

Si on a été plutôt gagnants au taux de change comparé à nos prévisions d'il y a quelques mois, les prix indiqués dans le Lonely Planet, pourtant pas si vieux, ont quasiment doublés. L'un dans l'autre, les cervezas Quilmes restent des petits plaisirs très abordables !Et puisqu'on parle d'argent, parlons aussi de notre première aventure dans la capitale. Premier jour, la tête enfarinée, à peine débarqués de l'avion, on tombe sur une file d'au moins une heure au bureau de change de l'aéroport. Qu'à cela ne tienne, nous effectuons nos premiers paiements en CB. A l'auberge de jeunesse, on nous indique que la Banco de la Nación Argentina sera à même de nous échanger nos euros contres des pesos. A la banque, on nous dit que cette succursale ne fait que les dollars. Mais allez voir là.... Puis là... Et là... On est un peu paumés, et on n'a toujours que d'inutiles euros dans les poches quand quelqu'un nous parle des Casas de cambio de la Calle Florida. Ah bon ?Ah... oui... ok... Dans cette rue piétonne et commerçante, toute sorte d'individus sont debouts dans le froid, un tout les 23 cm en moyenne, et alpaguent le chaland "Cambio-cambio-cambio dollares-euros" "Caaaaaambio-cambio" ! HEIN ? QUOI ?On prend finalement notre courage à deux mains , après une cinquantaine de mètres et on s'approche d'une madame qui n'a l'air que moyennement louche. Quasi sympa. "On a tant. En euros. Ton taux de change ?". "Ok. Suivez-moi." AH BON ? MAIS OU CA ?Tant de drame (cherchez le choc interculturel dans tout ça...) pour finalement allez dans un bureau à la vue de tous, où une grosse madame nous attend dans un box sécurisé pour s'emparer de nos euros et nous donner en échange des pesos à un taux intéressant. On part presque en courant, trop peur que quelqu'un nous suive pour nous planter un couteau dans le ventre et nous voler nos deux-cent balles, on se retourne et... Rien. Juste nous et des gens qui passent.On respire, on rit un coup, et on s'en va boire un caf... une bière.

Microcentro 

Il semble que les empanadas de Buenos Aires ont un p'tit goût authentique qui les rend meilleures que les meilleures empanadas du monde ! La capitale est absolument bouillonnante. A peine arrivés que notre vision franco-européo-occidentalo-centrée en prend un petit coup dans l'aile. Ici le piéton n'est pas roi. L'écologie non plus ! On navigue entre les voitures de tous les âges, les camions de toutes les époques, esquivant les bouteilles de soda nonchalamment balancées par la fenêtre par les passagers des colectivos. Sacrée odeur de pollution qui prend à la gorge les premiers jours, mais... Qu'est-ce que c'est bon de se faire secouer son cadre de référence, de se sentir dépaysés et de réaliser que le voyage a commencé !

Palermo Soho 

En ballade dans le centre ville, on décide d'aller faire un tour dans le quartier Palermo Soho, réputé pour ses bars et terrasses. La nana de l'office de tourisme nous a conseillé d'y aller en bus. Comme on est têtus et qu'on aime marcher, on commence à partir à pied. La ville est faite de quadras qui se succèdent les unes aux autres. A l'américaine: les rues sont immensément longues et infiniment droites. Et malgré tout, on peut vite être désorientés. Grâce à notre super appli Maps.me on consulte rapidement notre position, notre point d'arrivée et là.... Horreur ! Les ampoules sous les pieds frémissent, nos chaussettes suent d'avance... Il y a 7 km entre le point A et le point B convoité.Dans la même ville, en restant dans la "première couronne", si on veut, il y a malgré tout des bornes et des bornes à faire. Donc heu... On se rabat sur le métro sans broncher. Nous qui prenions les locaux pour des feignants qui n'aiment pas marcher !Bref. Après une éprouvante session métro, nous débarquons à l'arrêt Plaza Italia et là... surprise, merveille et volupté ! Il y a des arbres. Une odeur de fleur, voire même parfois de jasmin. Des gens de tout les âges qui se balladent, font leur courses, font leur vie... Bien différent de notre quartier, peu animé bien que proche du centre ville. Et très rapidement, l'impression d'être à Berlin. Des petites rues pavées, des tags sur les murs, des maisons colorées, des boutiques indé de fringues et de bijoux, mais surtout, surtout... De jolies petites terrasses, des rooftops, des bières artisanales et des jeunes dans tous les sens. Cooooooooool !On a même la surprise de découvrir un "Concours de Murga" dans un parc. Kézako ? On n'en sait trop rien... Un genre de batukada-capoeira-orchestre intergénérationnel où on se trémousse et où on fait vibrer tout son corps en même temps qu'on envoie sa jambe au-dessus de sa tête (la preuve en vidéo) ! Il est plutôt déconseillé d'essayer à la maison. (Sauf si votre kiné vous manque).

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Grand classique touristique de Buenos Aires, le marché de San Telmo, qui a lieu tous les dimanches. Du matin au soir et sur des kilomètres, le long de la calle Defensa, des stands à pertes de vue de gens qui vendent un peu de tout : fringues, bijoux, souvenirs, bols à maté, fringues, bijoux, souvenirs, bols à maté, fringues...L'ambiance y est bouillonnante, et en fin de marché, on tombe sur ce couple de danseurs complices. L'occasion parfaite de parfaire notre éducation en "danses trad' de l'autre continent": voici des airs traditionnels du Nord-est argentin (région de Salta).

Feria de San Telmo 

Le lundi soir nous avons déniché, grâce à la communauté Couchsurfing, une milonga ouverte aux non-danseurs de tango... C'est-à-dire nous, entre autres, les yeux écarquillés face à tant de tango !Dans l'arrière cours du Café Vinilo, quartier Palermo, une salle de concert où, tous les lundis, joue L'Orquesta Victoria (12 musiciens) accompagné de chanteurs-invités-surprise.Pour nous, spécialement venu de Buenos Aires, une grande star du tango chanté, a priori très connu par les connaisseurs: Osvaldo Peredo. Un monsieur d'une bonne soixante-dizaine d'année, le trémolo dans la voix et pas le dernier pour raconter des blagues au public pendant les transitions ! On se sent plutôt privilégiés d'avoir pu trouver ce petit plan un peu planqué pour checker sur notre liste un autre incontournable de la capitale.

Café Vinilo - Calle Gorriti 3780


Journée ensoleillée ? Cap sur la Reserva Ecologica Costanera Sur, à l'est de Buenos Aires, coincée entre les grues, le quartier des Affaires et le Rio de la Plata.Rien de trop folichon, pas un pèt d'ombre sur les chemins et aucun accès aux parties naturelles et "sauvages". Enfin quand même, on a entendu d'étranges oiseaux et, et, et... on a vu une coccinelle noire à points blancs ! (Elle avait 8 ans). L'occasion de voir un peu de nature, de verdure, et de ramener quelques coups de soleil !

Reserva Ecologica Costanera Sur 
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Nous quittons (enfin !) Buenos Aires, ses rues cracra, ses tags par milliers, et ses odeurs qui file la nausée direction les Chutes d'Iguazu.

Pour ça, il nous faut d'abord passer devant une bonne centaine de caméras, bien qu'on ait qu'une demie-heure de trajet entre l'auberge et la gare. Escalader quelques détritus, éviter des crottes, se faufiler entre les gens pressés malgré nos gros sacs et la chaleur étouffante. Se jeter dans un métro, large et pas trop bondé. Et puis choisir parmi les multiples corps de police présents devant la Estacion Retiro pour demander son chemin. Il y a ceux en bleu qui fument une clope entre mecs, celles en rouge qui commentent leur derniers what's app devant la gare, ceux en jaune qui discutent avec ceux en beige qui critiquent ceux en noir...

Finalement je m'adresse au premier qui croise mon regard. Lui demande avec aplomb Donde esta la terminal de omnibus ?... Tout ça pour qu'il s'adresse à Antho (qui, rappelons-le, n'est pas encore complètement bilingue, voire pige que dalle aux successifs izquierda, todo recto, cinco minutos) pour lui fournir les informations que moi, jeune fille inintéressante, lui ai demandées. Malheureusement, ce n'est pas la première fois que l'on constate ce type de comportement quand on est tous les deux.

Bref. Je ronge mon frein, et on repart de plus belle, attraper notre bus de 15h alors qu'il est déjà 14h25. Une fois arrivés le long de l'immense quai aux 70 plateformes, on se pose et découvre sur nos billets que le bus n'est qu'à 15h30. Aaaaah ! Ouf ! On ne pensait pas si bien dire, il est finalement arrivé avec 1h30 de retard. L'occasion pour Antho de composer une chanson et de tourner un clip (malheureusement, nous n'avons pas les droits d'auteurs pour le diffuser).

J'en ai plein les fesses, de Buenos Aires

J'dirai pas "tant pis, c'est déjà fini !"

On est dans le bu, jusqu'à Iguazu

C'est trop rigolo, mieux que dans le métro

On a de la place, c'est un vrai palace,

17h d'trajet, ça va bien s'passer !

Malheureusement pour notre enthousiasme, à 8h du mat', l'hôtesse du bus nous réveille. "Se tienen que cambiar de coche. Este coche esta secuestrado por la CNRT. No puede andar mas horas."

Hein ? Quoi ? On était pas dans un bus ?! Ah oui, coche en Espagne = voiture mais coche en Argentine = bus. Mais alors comment on dit "la voiture" en Argentine ? "El Auto". Mais attend là... Le coche secuestrado ? Par la CNRT ? C'est qui ceux-là ??! Des potes à l'ETA ? Et non. Le Comité National de quelque chose qui surveille que nos trois chauffeurs et leur véhicule soient encore capables de nous amener à bon port. Et alors le bus, qui était parti pour 17h de trajet, au bout de 16h, ne peut plus rouler ?

Dur à accepter pour nos cerveaux qui émergent après une courte nuit passée à lutter contre la clim un peu trop fraîche...

Mais on est finalement arrivés à 13h15 (au lieu de 9h00) à notre destination finale, Puerto Iguazu, après verre de whisky (refusé), plateau repas (accepté), verre de vin (refusé), bière (acceptée) et p'tit dèj (trop la dalle !). Ouf !

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Face à l'immensité de ce paysage, à la force du bouillonnement des cascades et à notre petitesse générale face à la grandeur de la Nature, on ne peut que dire qu'il faut le voir, y être, venir pour sentir la force des lieux et se sentir aimanté par la Garganta del Diablo.

Cataratas de Iguazu 


La faune locale 


Même si le site est ultra touristique (on doit être en arrière-plan d'un sacré paquet de selfies ratés !), il semble que les gens arrivent quand même à lâcher leur smartphones pour profiter de la beauté des lieux. Il faut dire que c'est tellement puissant qu'il est difficile de ne pas se laisser absorber par la contemplation.

On découvre autant les Chutes que la faune et la flore des portes de la forêt Amazonienne, forcément très dépaysantes pour nous ! Petit coup de cœur pour le sentier Macuco, assez isolé et peu emprunté par les touristes, et le saisissant Paseo inferior.Nous sommes donc au Nord-Est de l'Argentine, à la frontière du Brésil et du Paraguay, là où se rencontrent les Rios Parana et Iguazu... Sacré douche !

Las tres fronteras: à gauche, le Paraguay; à droite, le Brésil et derrière nous: l'Argentine
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Nous arrivons à San Ignacio sous une chaleur torride, (ambiance climat tropical), les sacs calés sur le dos et les hanches, et nous apprécions tout de suite la tranquillité de la ville. Un peu touristique, mais pas trop. Un peu petite, mais pas trop. A l'époque à laquelle on arrive, la haute saison n'a pas encore commencé, et peu de voyageurs y font un stop car beaucoup se déplacent dans cet immense pays à coups de vols intérieurs.

La terre est toujours aussi rouge et contraste avec les centaines de nuances de vert de la forêt.

Routes goudronnées, rues pavés, terre battue. Pas un feu rouge dans la ville, à peine un rond-point et de toute façon, ils roulent comme des tabanars et coupent les virages à qui mieux mieux. A trois sur un scoot, à 8 ou 9 dans une Jeep. Un rétroviseur ? Pourquoi faire ? Entre l'Afrique et la Province de Misiones, beaucoup de points communs !

Il n'empêche que l'on se sent très bien accueillis dans cette ville, dévisagés mais sans plus, et le manque d'attractions touristiques se faisant sentir, on se rapproche un peu plus de la vie des locaux.


San Ignacio

On opte pour le camping et on découvre que c'est un camping... de luxe ! Farniente au bord de la piscine, comme des vrais vacanciers au Club Med. Rien de tel pour se délasser le dos et se prendre un boost de bonne humeur !



Adventure Hostel


Une fois les coups de soleil un peu apaisés, on daigne se rendre aux Ruines de San Ignacio Mini. Avant, il y avait les Guaranis, peuple indien, tranquillou pépère dans sa belle forêt. Et puis, vers 1500, sont arrivés d'Europe les Jésuites. Fan de Jésus, ces messieurs dames "évangélisaient", construisaient des villages avec place du marché, potager, église, cimetière et habitation et mettaient au boulot les Guaranis. Tous ensemble, tous ensemble !

Et puis les colons Espagnols sont arrivés et ont sortis à coups de pied les Jésuites, qui sont partis sans leurs pierres, et on laissé les Guaranis se démerder avec le nouvel envahisseur.

Aujourd'hui, de notre œil extérieur, on perçoit peu de mélange entre les communautés "indigènes" et les autres, beaucoup de pauvreté chez les Guaranis, qui survivent en vendant un peu d'artisanat en bord de route et de trottoir et en envoyant les enfants faire la manche ou se nourrir dans les poubelles.


Il n'empêche que le lieu est assez magique, la végétation luxuriante. Un arbre, sur un arbre, sur un cactus, des lianes dans tous les sens et de la mousse qui recouvre les énormes blocs de pierre. D'ailleurs,on se demande bien d'où elles viennent, ces pierres...?


San Ignacio Mini 
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Depuis San Ignacio nous prenons la direction de Posadas, capitale de la province de Misiones dont l'intérêt principal réside en une gare de bus assez bien desservie. A la base, on doit aussi y rencontrer un ami d'ami.

L'auberge que nous avons réservée est carrément pourrie, en cinq minutes top chrono on a posé les sacs et on va faire un tour en ville. Trop envie de se laver les oreilles (trivial mais nécessaire !), on achète une boîte de coton-tiges et on demande au pharmacien s'il sait où on peut acheter une bouteille de gaz pour le camping, puisque ça fait quelques jours qu'on en cherche une sans succès. Il nous indique une ferreteria à quelques cuadras de là (genre quincaillerie avec un peu de tout). Ils n'en ont pas mais nous redirigent à la Ferreteria central. Ils n'en ont pas et nous envoi dans un magasin de sport, rando and co. Là lueur d'espoir... On voit la bouteille tant attendue ! Manque de bol c'est un modèle d'expo et heu... en fait ils n'en vendent pas. La vendeuse nous indique The Big Ferreteria, la casa Gabardini, référence de la ville mais elle ferme 15 minutes plus tard, pas le temps de s'y rendre. Bon... ben... on a soif ! Elle aurait pas un bar à nous conseiller, cette demoiselle serviable ? Et bien si, elle a ! Le Vuelos Bar. Un boui-boui qui ne paye pas de mine, mais dont le patron parle français et duquel nous sommes ressortis au petit matin après avoir refait le monde avec Alberto (le boss), Tatiana et Claudia.

Il faut savoir que Posadas, c'est la ville des Bisounours. On a peine le temps de s'égarer que trois personnes viennent nous proposer de l'aide, les gens sont curieux, trouvent que la France c'est très très loin et viennent super facilement discuter avec nous. On collectionne les sourires et les petites attentions, on se sent vraiment bien accueillis (sauf à l'auberge, manque de bol) mais on repart quand même après une nuit car il n'y a pas grand chose à y faire et il nous reste de la route !

Posadas

Les bus de 20h, on a testé, on n'a pas aimé. Notre destination suivante se trouvant à quelques 2300 km nous décidons de hacher le trajet et de faire quelques étapes, recommandées par le mec sympa de l'auberge d'Iguazu.

On débarque donc un beau matin vers 9h, après une nuit de bus, pas franchement frais, à Gualeguaychu. Ville balnéaire prisée des habitants de Buenos Aires. En été. Nous arrivons au début du printemps. Et faisons l'expérience d'une ville saisonnière sans saisonniers, sans touristes, sans vie. Mais avec ciel gris !

On se met en quête d'une auberge où passer la nuit (on en avait prévu deux, mais en fait non !), pas trop inquiets vu a fréquentation actuelle.

Maaaaais... manque de bol, ce jour-là (et seulement celui-là...), une centaine d'étudiants a envahie les alojamientos pour un tournoi sportif universitaire. Après plusieurs tentatives infructueuses dans les hébergements, on fini donc par trouver un jardin d'auberge où planter la tente. Dommage que les étudiants bourrés soient venus faire un tour dans le jardin à 3h du matin, sinon, on dormait bien. Heureusement que le nom de la ville est funky !

Gualeguaychu 

Nouvelle étape, à une nuit de bus de là: Bahia Blanca. Ville un peu plus grande, dotée d'un port, avec la plage à côté.

Le "à côté" argentin se situant à 120 km, pas le courage de se retaper de la route, on n'ira pas à la playa !

Nous avons trouvé une chouette chambre à louer dans la maison de Sonia, avec jardin, bon matelas et salle-de-bain qui claque ! L'occasion de reprendre des forces et de préparer la suite du voyage.

Bahia Blanca 

L'occase aussi de tester le célébrissime asado argentin. Les argentins sont très fiers de leur réputation de viandards et vantent à tout bout de champs leur parilla. Comprendre ici: Viande. Grillée.

On a repéré dans le Lonely Planet une parilla fréquentée par les locaux. Et en effet, pas un touriste à l'horizon quand nous arrivons. Etant novices en la matière, le serveur nous recommande le menu dégustation pour goûter de tout à volonté à un prix plus qu'abordable.

Bon...ben... d'accord. De toute façon, impossible de savoir à quelle partie de la vache correspondent tous ces noms sur le menu. La première assiette arrive: hé béh ouais, ya plein de trucs qu'on reconnait pas ! Vaillants, nous testons tout. Y'a même une empanada de carne !

A peine le temps de respirer que le serveur nous ramène une deuxième assiette toute aussi garnie. Heu...? On espère que c'est la dernière, et c'est reparti !

Perso, je cale. Plus rien ne passe. Anthony se fait un point d'honneur à goûter au moins un peu de tout. On demande au serveur si on peut emporter ce qu'on n'a pas mangé. NIET. Et le voilà qui revient avec une TROISIÈME assiette de viande !!!

Le bout de la fin de nos estomac arrive. Antho n'est même plus capable de prendre une photo nette tellement la quantité de carne est... terrifiante !

C'est alors que nous commençons l'opération camouflage: très très discrètement, on chope chaque bout de viande avec les mains pour les planquer dans un sac à dos sous la table, tout en faisant mine de mastiquer et de se régaler quand les serveurs passent. Non mais oh ! C'est pas parce qu'on n'a plus faim qu'on veut pas tester. Le serveur, fier de nous, nous apporte café et Limoncello pour digérer.

Il faut préciser quand même que nos voisins de table, un couple d'argentins au format assez... impressionnant a pris le même menu en redemandant double dose de je ne sais quelle bout de viande, et le tout sans broncher, hésitants en fin de repas à prendre un dessert. Précisons aussi que chaque morceau est fondant, super bien cuit et très gouteux. Re rico !

Restaurant el Mundo de la parilla 
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Nous voilà enfin (après un petit 6h40-17h30 de bus) arrivés à notre but "ultime": Puerto Madryn. Dans cette petite ville sur la côte Atlantique, on voit des baleines depuis le front de mer. Le tourisme est d'ailleurs la troisième économie de la ville. Des boutiques où acheter portes-clés baleines, peluches pingouins et splendides boules à neige (ce message ne concerne personne en particulier, Gwen, Franck, ne vous sentez surtout pas visés). Des hôtels, des hostels, des pensions et beaucoup d'agences proposant des excursions sur la Péninsule Valdés.

Péninsule d'ailleurs parsemée de minibus et voitures de location. Mais qu'importe ! Après un tour de la péninsule qui nous a permis d'observer de très très près la faune locale, on passe deux nuits au camping de Puerto Piramides, seul et unique village de la péninsule, environ 500 habitants.

Il y a beaucoup de vent, une météo qui change toutes les cinq minutes, des plages magnifiques, des dunes au milieu de rien, très peu d'arbres et de grandes plaines désertiques. Une "steppe", en fait !

Tous les ingrédients pour se sentir seuls au monde sont réunis une fois la première falaise franchie... Trop le bonheur !

Après trois jours de calme sur la péninsule, retour sur le continent. Une douche (ouuuuuuuais !) et une nuit au Tosca Hostel de Madryn plus tard nous partons pour une journée à Punta Tombo, la plus grande colonie de manchots de Magellan du monde; avec une escale à la Isla Escondida, où l'on peut marcher parmi les éléphants de mer échoués sur la plage.

Ambiances & Paysages 

Sur la route, on croise les Guanacos. Kézako ? Un genre de Lama mais en plus grand et plus au Sud. Fait remarquable [AnthoNinaPédia.com], il est le seul mammifère terrestre au monde à pouvoir boire de l'eau de mer sans mourir quelques jours plus tard. Trop fort ! Il crache pour évacuer le sel !

La vie paisible des Guanacos

A l'époque où nous passons (début novembre) les manchots sont en train de couver leurs œufs dans des nids creusés sous la terre ou sous les plantes, bien à l'abris des regards des prédateurs. Ils sont donc assez zen et pas trop dérangés par les flashs des appareils photos. L'été (en janvier-février, il faut s'y faire !) ils sont apparemment des millions.

Manchots de Magellan à Punta Tombo

Mais qui se dore la pilule au soleil, posées sur les rochers ? Ces demoiselles les otaries bien sûr !

Un vrai festival d'animaux, cette péninsule ! Elles aussi sont en phase de post-reproduction et prennent des forces en Argentine avant de continuer leur route maritime.

Otaries à Punta Piramides

A la Isla Escondida ("L'île cachée", qui n'a rien d'une île), on a la chance de voir de très très près une colonie d'Éléphants de mer. Les bébés conçus quelques temps plus tôt sont nés (c'est les noirs) et tètent leur mère pendant environ un mois.

Le mastondonte ci-dessous, c'est le mâle alpha (environ 4 tonnes) avec sa femelle du moment. il surveille son petit monde et vérifie que le mâle "périphérique", qui tourne dans l'eau, ne vienne pas lui voler une femelle.

Difficile d'imaginer qu'ils sont très agiles dans l'eau et qu'ils peuvent plonger à plus de mille mètres. Mais en même temps, ça fait quelques mois qu'ils n'ont pas mangé, alors on les comprend...!

Éléphants de mer à la Isla Escondida et Péninsule Valdés

Mais... mais... mais ??!

Orques à la Punta Valdés

Mais oui ! C'est bien des ORQUES !

On reste scotchés depuis notre bout de falaise devant le passage de ces orques. Ils sont entre cinq et huit à être passés ce jour là tout proches de la colonie d'éléphants de mer, mais n'auront emporté aucun éléphanteau en guise de repas.


Et enfin, le clou du spectacle: la sortie en mer pour faire une approche de baleines.

Après cinq minutes de navigation, le capitaine nous indique un groupe de pingouins en train de nager: "Pinguinos à deux heures, pinguinos à deux heures !". Tout le bateau (une quarantaine de touristes environ) part en "oooooooh" et "aaaaaah" quand, trente secondes plus tard "Ballenas à 9 heures, ballenas à 9 heures !" et VFFFFFOUM ! Toutes les têtes se tournent: le concert d'exclamations peut commencer !

Et c'est vrai que c'est complètement renversant ! Déjà, en voir autant depuis la plage était très impressionnant, mais alors là, les voir à quelques mètres, deviner leur grosseur, s'imaginer leur taille, et les voir apparaître, disparaître, respirer, battre de l'aileron, voir leurs yeux...

C'est à couper le souffle. D'ailleurs, même la bande d'italiens un peu trop contents d'eux s'est tue face à ce spectacle.

L'animal est majestueux, son souffle puissant... Il n'y a rien à ajouter.

Baleines franches australes 

Et pour l'info [AnthoNinaPédia.com], sachez que les baleines franches australes vivent plutôt au Sud (genre Ushuaïa), viennent se reproduire et élever leur baleineaux dans les deux golfes qui entourent la péninsule Valdés, protégés du vent et après quelques mois elles filent jusqu'au sud du Brésil se nourrir de plancton.

Les gens qui savent faire (les chercheurs, quoi), en comptent entre 1200 et 1800 en fonction des années ainsi que 600 naissances de baleineaux en 2018. Un ratio de plus d'une baleine/touriste/jour: nous avions nos chances !

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Après s'en être mis plein la vue avec tous ces animaux pendant quelques jours il est l'heure du retour à la vie humaine.

On se retrouve donc à Trelew sous la pluie. Il nous faut passer le temps jusqu'au lendemain, notre rendez-vous avec les bus. L'occasion pour Antho de parfaire son espagnol en lisant le journal avant de rechercher un fruteria pour s'acheter un avocat. Un supermarché pour s'acheter un rouleau de scotch pour fermer le paquet de pâtes entamées.

Café Maximo 

On n'aura jamais trouvé l'avocat... Le lendemain, c'est donc sandwich au fromage dans le bus qui nous amène à Comodoro Rivadavia. Port pétrolier pas enthousiasmant pour un sou ! De là nous prenons un bus (tiens, ça faisait longtemps !) qui nous permet de parcourir les 12 kilomètres qui nous séparent de Rada Tilly. C'est dans cette mini-ville sans touristes que nous allons passer les trois prochaines semaines, plus précisément à l'auberge de Lautaro, chez qui nous faisons un brin de volontariat workawayer.

Roots Backpackers 
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Manuel du savoir-vivre, savoir-être et savoir-faire à l'attention des jeunes filles et jeunes garçons tenanciers de maison d'hôtes.

  • A 8h00, se réveiller avec le sourire pour ouvrir la maisonnée et se préparer à accueillir les hôtes.
  • Faire couler un café fumant, griller quelques tartines et garnir de victuailles la table du petit-déjeuner.
  • Aux alentours de 10h30, conserver les victuailles dans un endroit sec et à l'abris de la lumière, laver, essuyer et ranger la vaisselle en chantonnant.
  • Passer le balai en sifflotant puis la serpillière en râlant.
  • Si le temps le permet, poncer et peindre une palette ou deux au jardin. Sinon, préférer s'atteler au ménage intégral des douches, toilettes et miroirs. Puis de l'étage et des dortoirs.
  • Laver les draps des hôtes partis, les sécher et les plier selon la technique traditionnelle issue des arts du pliage japonais (type origami).
  • Vers midi, avant le déclenchement de l'arrosage automatique, s'armer d'un chiffon et lustrer les baies vitrées.
  • Choisir une musique entraînante et repasser draps housses, draps de dessous, draps de dessus et taies d'oreiller en révisant ses gammes.
  • 13h12: préparer un levain, activer la levure et laisser mousser pendant 10 à... 60 minutes. Pétrir dans la farine, se décoller les doigts. Laisser lever. Décortiquer des amandes pendant 30 à 40 minutes.
  • 13h47: s'atteler à la préparation du repas. Passage en revue du frigo et du garde-manger, recherche d'une recette, des ingrédients complémentaires; découpage et cuisson des aliments jusqu'à obtenir une substance comestible.
  • 14h26: dresser la table et convier les invités. Bénir le repas. Mâcher puis déglutir. (Sans oublier de s'hydrater).
  • Ranger la table, laver, essuyer et ranger la vaisselle.
  • Pétrir à nouveau et façonner le pain. Ajouter sésame et petites graines saines. Enfourner les baguettes tressées à 200°C.
  • S'autoriser un temps de repos de 30 à 60 minutes ou réaliser des expériences (confection de lait d'amande maison, de masque beauté pour cheveux naturels ou encore de nouvelles recettes culinaires).
  • 17h: sortie dans le jardin pour jouer avec le chien.
  • Accueil des motards, auto-stoppeurs, backpackers et autres voyageurs. Passeport, carte bleue, code wifi, visite des lieux, "voici le plan et là et là il y a un supermarché".
  • 19h: ballade sur la plage en compagnie du vent et des mouettes.
  • 20h: apéro-jeux
  • 21h: confection du repas puis ingestion puis digestion puis sommeil.
Activités diverses, variées et répétitives réalisées ces trois dernière semaines. 

Booooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooon. Il va sans dire que l'hôtellerie, le tourisme et la vie d'homme et femme aux foyer n'est pas devenue notre passion.


On peut même dire qu'une certaine AVERSION est en train de naître. Marre de notre hôte workaway, Lautaro, qui en fout pas une, qui oublie d'acheter des clous, du beurre et du pain pour le petit-dèj, qui prévient au dernier moment quand il invite ses amis, qui met 4 jours, 13 heures et 46 minutes à appeler un réparateur de four. Qui apparaît et disparaît sans crier gare, va déjeuner chez son pôpa et nous adresse la parole seulement pour nous demander si untel ou untel a payé avant de partir. Arrive à temps pour se mettre les pieds sous la table et a fini son assiette avant même que tout le monde soit servi. Il a le "nous" facile et se tourne facilement les pouces.


Pas de panique, on met les voiles ce vendredi 23 novembre vers le grand grand Sud !


Mais au fait ? Où sommes-nous ? Dans la ville de Rada Tilly, Province du Chubut, Argentine. Petite ville côtière et balnéaire située à une quinzaine de kilomètres de Comodoro Rivadavia, port pétrolier, ville d'exploitation minière. Le mètre carré le plus cher d'Argentine. On y trouve, en vrac: un Rotary Club, un Casino, des voitures de courses, une école en forme de château fort, des restos de bord de mer pour gens riches et des maisons modernes de la taille d'immeuble de 20 logements appartenant à des politiciens corrompus actuellement en prison.

Heureusement, il y a une grande plage que l'on peut parcourir en long, en large et en travers, des ballades dans les rochers à marée basse, du vent, du soleil, un super marchand de glaces artisanales... Heureusement, les amis de Lautaro sont très sympas et comme toujours accueillants, curieux et bienveillants. On a pu ramasser quelques bons plans, des promesses d'hébergements, faire de bonnes dégustations de vins argentins, se faire livrer des empanadas dans le jardin et faire des tournois de 10 000 endiablés !

Rada Tilly City 

Nous avons négocié avec Lautaro pour "travailler" 6 jours d'affilée pour ensuite avoir un week-end de trois jours. On est donc partis un vendredi matin le pouce levé en direction de Puerto Deseado. 290 kilomètres à parcourir. Route n°3 en direction du sud puis petite déviation sur la 281.

10 minutes d'attente jusqu'à ce qu'un routier nous embarque dans son camion jusqu'à Caleta Olivia ville côtière où les arbres sont envahis de sacs plastiques emmenés dans leurs branches par le vent. Champs de plastique et vue sur la mer. C'est là qu'un nouveau routier nous emmènera dans son méga-big-gros-camion. On apprend qu'Anthony a un prénom de streap-tisers, que Nina c'est le nom d'une grosse boîte de night chilienne et que monsieur, un tantinet rasciste, passe sa vie sur les routes en écoutant de la musique française. On vous laisse découvrir ses goûts musicaux surprenants en vidéo !

A Puerto Deseado on se fait poser au camping non sans avoir un contact d'un couple d'argentins nous invitant à un maté ou un asado quand on veut. Petite ville au bout d'une route, au milieu de la steppe et de la platitude. Idéal pour les éoliennes et les mouettes ! Rien d'exceptionnel si ce n'est l'occasion de nous échapper un peu et de changer d'air.

Le samedi on se lance dans une ballade annoncée de 6 heures par la jeune fille de l'office de tourisme. En 1 heure on est arrivés au point final du "Trekking" ! (Mot à la mode pour dire "marche sur autre chose que du goudron"). Heuuuuuu... C'est tout ? A droite, le long du chemin côtier, du plastique et des déchets. A gauche, des voitures. OUI OUI. Des voitures sur un chemin pédestre.

Les argentins et la marche, ça fait douze multiplié par quatre...

Heureusement le soleil est au rendez-vous et la couleur de la mer d'un bleu spectaculaire !

Le dimanche, au retour, on est encore suivis par la chance et les voitures rouges, qui s'arrêtent en nous voyant. On a droit à une bonne dose de rigolade avec Patricia, à la tête d'une estancia de 28 000 moutons et 80 000 hectares (ben quoi ? C'est l' Amérique ici !) qui nous raconte ses aventures dans de grands éclats de rire et nous invite à venir marquer ses bêtes à partir du 25 décembre, date où elle reprend le boulot. Bien sûr, elle aussi écoute de grands chanteurs français. En espagnol.

Escapade à Puerto Deseado 
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On savait qu'aller à Ushuaia, ça se méritait. Que c'était loin, très touristique et très cher, surtout en faisant tout au dernier moment. Et qu'on peut y rester "coincé" si les bus sont pleins.

Alors pour une fois, on a tout ficelé: l'aller, la première nuit, le retour. Tout bien fait comme des chefs.

L'avenir nous apprendra rapidement que trop d'organisation c'est pas fait pour nous...!

Le bus de Comodoro Rivadavia arrive avec une bonne heure de retard. Jusque là tout va bien, on a l'habitude d'arriver deux heures en avance pour finalement attendre le bus pendant des plombes. Mais après une heure de route, alors qu'Antho someille déjà (petite nuit, beaucoup de vino, gueule de bois et journée bien remplie), le bus s'arrête pour "un momentito". C'est-à-dire trois heures, sur un parking de station service. Le temps de réparer une petite panne, quoi !

On a encore l'espoir d'attraper le bus suivant puisqu'on avait prévu trois heures de battement entre les deux bus, et qu'ils ne partent jamais à l'heure. Mais, après avoir roulé toute la nuit à travers la steppe monotone de Patagonie (760 km), aux alentours de 9h30, on s'arrête pour l'un des innombrables et rituel passage de poste de police/douane (il y en a un à chaque changement de province et un à chaque entrée de ville). En dix minutes, ça doit être plié. Papiers d'identité (pas nous, on est presque blonds et on a les yeux bleus), liste de passagers, et ZOU.

Mais ce jour là, les 4 heures de retard ne semblait pas suffisantes, on est donc restés bloqués 3 heures supplémentaires à 10 kilomètres de la gare et de la ville. Pouquoi ? Aucune idée... Ils ont fait descendre certains passagers. Ouverts quelques sacs. Fait venir des mecs en jeep avec une malette en plastique et des gants en latex. Et finalement, à un moment, on est tous repartis...

7 heures de retard, décidément, ça ne passe pas. On n'aura jamais testé les lits de Chez Maxi à Ushuaia. A la place on a soigné notre gueule de bois + longues heures de bus chez Elcira Backpackers dans la morne ville de Rio Gallegos. Et le lendemain, rebelotte, on se réveille frais comme des gardons et se jette avec délice dans les 10 heures et 580 kilomètres de trajet du jour !

Au programme, un passage de frontière vers le Chili. Tout le monde descend du bus. Tout le monde se met à la queu-leu-leu. Tout le monde se fait tamponner son passeport par un monsieur. Tout le monde atteste qu'il n'a ni fruits ni produit frais et tend son petit formulaire à la madame. Passe son sac au scanner. Récupère son sac. Prend un petit ticket PDI. Fait une autre queu-leu-leu. Attend le bus. Remonte dans le bus.

Mais au programme aussi, un passage en ferry de 5 kilomètres. Là, le bus se met dans une file. Attend le ferry. Tout le monde descend du bus. Tout le monde fait une file. Attend que les camions, bus et voitures sortent du ferry. Tout le monde monte dans le ferry. Tous les véhicules à la queu-leu-leu montent dans le ferry. Le ferry part. On voit des dauphins de Commerson. Oooooooh ! Que liiiiiiiiiiiiiiiiiiiiindo ! Arrivés de l'autre côté, même stratégie, et le bus repart.

Deux heures plus tard, (pas le temps de s'ennuyer dans ce bus), tout le monde redescend et hop ! On repasse en Argentine, tamponnage de passeport dans tous les sens et enfin enfin enfin,

on peut s'ébahir, s'émouvoir et s'enchanter des paysages de lacs, montagnes et glaciers qui accompagnent l'arrivée à Ushuaia. Bien mérités !

On avait un peu peur du tourisme de masse sur Ushuaia. Peur aussi d'être déçus, certains voyageurs ont des retours peu enthousiastes sur les lieux. Et en fait, mais en fait, CA CLAQUE comme endroit !

Les vues sont magnifiques, pics enneigés à perte de vue d'un côté, canal de Beagle de l'autre. Rues assez étroites et colorées. Centre ville animé. La plus chouette des villes argentines qu'on ait traversé jusque là !

Vues sur la fin du monde 

Premier jour, on est en forme, on est chaud, on est à Ushuaia, on va s'promener quoi ! Direction: Cerro del Medio.

Le démarrage est assez tranquille, on marche une heure et demie dans une forêt (et on est trop contents de voir des arbres, parce que ça faisait hyper longtemps !) et ensuite... ça grimpe sévère ! ça tire dans les mollets, ça chauffe les cuisses, ça coupe le souffle. Bon gros dénivelé. On est vraiment rouillés de nos trois semaines de repassage à Rada Tilly. Peu importe, la vue de la haut, sur la ville et ses environs, vaut carrément le coup et en prime on a l'occase de marcher dans la neige !

Pas de chance, une fois arrivés au bout, on tutoie les nuages et cette P*%##n de lagune pour laquelle on a tant sué est toute noire et toute moche. Le vent glacial et la neige fondue qui s'échappe des-dits nuages très très rafraîchissante. Allez, pas grave, deux bons sandwichs attendent d'être dégustés, les points de vues du retour sont superbes et la ville, là-bas en bas, est dégagée.

La douche chaude et la bière fraîche sont très appréciées. Et pour la peine, on teste deux trois bières locales !

Rando au Cerro del Medio 

Jour deux: option grasse mat' + Laguna esmeralda. Esmeralda ce n'est pas juste la copine de Quasimodo, c'est aussi le mot castellano pour "émeraude". Sans trop de surprises, on peut donc annoncer que l'on va voir un lac, et qui sera vert. Une Laguna Esmeralda quoi.

Après une quinzaine de kilomètres en bus pour rejoindre le début du sentier, la ballade d'environ 4h aller-retour, commence par une forêt puis une plaine avec petite rivière et, et, et.... castorera ! Et oui, comme dans Yakari, des castors ont construits un barrage en travers de la rivière. On a grimpé dessus c'est super solide, pratique pour traverser, dommage que ce soit un fléau écologique en Patagonie... (Ils n'ont pas de prédateurs, se reproduisent comme des lapins et défoncent en trois minutes des arbres centenaires qui ne repousseront jamais. Dit comme ça, ça calme hein ?!).

Après la plaine vient la boue. Après la boue, la tourbière ! Une des plus grandes d'Amérique du Sud. Sympa pour wikipédia, moins sympa quand il faut la traverser ! Et encore moins sympa quand on en a dans les chaussettes... J'ai eu confiance, j'ai posé mon pied et SCHPLOF. Il s'est enfoncé jusqu'à la cheville. C'est pas grave, on a droit à un bon pic-nique au bord de la Laguna Esmeralda et à un rayon de soleil sur les montagnes. Superbe vue sur la vallée, les pics acérés des montagnes et au retour on rencontre un charmant renard gris à la queue touffue. Un zorro !


Rando Laguna Esmeralda 

Jour trois: réveil tranquille chez Federico, notre couchsurfer parti au boulot, puis bus de ville jusqu'au chemin qui mène à la Playa Larga. The place to be ce jour là: grand soleil, 20°C au compteur, c'est mieux que ce que l'on peut espérer trouver en plein été, parole de fuegino ! Belle ballade le long du canal de Beagle qui offre un autre point de vue sur la ville avant de se poursuivre dans une forêt.

Au détour d'un chemin on croise des vaches qui se rafraîchissent dans le ruisseau. Forcément, on fait pareil, même si l'eau est glacée !

Rando à Playa Larga

Et voilà, comme on s'était tout bien organisés, le lendemain matin on doit prendre un bus pour le Chili. Et oui ! Après ces trois très très chouettes jours en Terre de Feu on s'en va vers Punta Arenas.

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C'est dans la petite ville de Punta Arenas, où il n'y a pas grand chose d'autre à faire que d'en visiter le cimetière et la place principale, que l'on choisit de rester au chaud à l'auberge et de se poser. Journées pyjama, lessive, film... Et bien sûr, ballade dans la ville, dégustation de bière locale et de cheescake (tout aussi local !), vitrines de noël goût carnivore et autres petits plaisirs du "dimanche".

Et quand finalement il nous faut partir, après deux jours à se requinquer, on lève le pouce tout en rejoignant une station service. Il n'en faut pas plus à Francisco dit "El Pancho" pour faire crisser les freins de son big camion américain et nous faire monter à bord. C'est parti chiquillos, en route pour Puerto Natales !

Punta Arenas 
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C'est depuis la petite ville de Puerto Natales, au Chili, que partent chaque jour des milliers de randonneurs venus du monde entier (mais quand même surtout des USA, d'Allemagne, de France ou d’Israël) pour le célébrissime "Trek du W" du parc Torres del Paine.

Petite ville au bord de l'eau avec vue permanente sur les montagnes, des dizaines d'hostel, hostal, hotels, hospedaje, hosteria... et autres variantes qui font tourner la tête, des petits magasins où se côtoient bonnets en mérinos et abricots secs et un supermarché pris d'assaut par les randonneurs où le rayon pâtes, riz et bouffe lyophilisée est vide dès 11h du matin. Il règne une grande effervescence et une grande agitation puisque la préparation du trek est à peu près aussi simple que de faire une demande de remboursement à la Sécu sans internet et en chinois.

En gros, depuis qu'un randonneur a fait cramer 10 hectares de forêt en allumant son butagaz, l'accès au parc est restreint. Il nous faut prouver aux rangers que nous avons des réservations dans les différents campings qui servent de camp de base pour les randos à l'intérieur du parc. Si le camping est complet, demi-tour et retour à la case départ. Le problème est que le trek du W est victime de son succès et que s'est devenu une hérésie de passer dans la région sans y mettre la pointe de sa chaussure de rando.

Ce qui fait que certains s'organisent des mois à l'avance et réservent par internet, quitte à se fader une semaine de pluie parce que les prévisions à 6 mois ne sont pas super précises. D'autres s'y essaient mais s'arrachent les cheveux en essayant de s'y retrouver. D'autres comme nous attendent d'être sur place pour tenter de mieux comprendre.

Les campings sur place appartiennent à trois compagnies différentes. Ces trois compagnies sont fermées le dimanche et ont des locaux situés à minimum 7 minutes de marche les uns les autres. Comme ils sont concurrents, ils ne se parlent pas, ne se téléphonent pas, s'ignorent et se toisent dédaigneusement.

Il nous a donc fallu commencer par l'une, Fantastico Sur. Pré-réserver la nuit n°1. Aller dans la deuxième, Vertice, réserver la nuit n°3. Aller à l'autre bout de la ville réserver la nuit n°2 à la CONAF. Manque de bol, bureau fermé. Aller confirmer et payer la nuit n°1 malgré tout. Aller à l'auberge demander si on pouvait rester une nuit supplémentaire. Auberge complète. Trouver une nouvelle auberge, pas trop chère. Déménager. Retourner chez Vertice pour réserver la nuit n°2. Aller réserver le bus de 7h00 du matin pour s'approcher du parc national. Faire les courses. Faire les sacs. Dormir. Partir !

Puerto Natales: paisible en apparence seulement ! 

Nous v'la donc partis pour trois jours de rando dans le parc de Torres del Paine. Au programme du jour 1, ascension jusqu'au Mirador Base Torres pour admirer de près les fameuses tours qui ont donné nom et célébrité au parc. Ça monte dur sur la fin et le temps oscille entre vent, neige, nuages, soleil, chaleur, fraîcheur. Il a fallu procéder à un savant empilage de couches de vêtements pour survivre à la météo mouvementée de la Patagonie sans souffrir !

Jour 2, bus + catamaran pour se rendre au camping Paine Grande et, de là, se rendre au Mirador Grey, d'où on peut admirer lac et glacier du même nom.

Jour 3, découverte de la vallée Francés. Incroyable mais vrai, on s'est levés à 7h du matin. Encore plus incroyable, dès 8h00, on était sur le sentier de randonnée: partis pour au moins 10 heures de marche. Et le plus hallucinant de tout, c'est qu'on est partis sous des rafales de vent à genre 80 km/h, qu'une fois qu'il s'est calmé, on s'est tapé la pluie et que toute la dernière montée s'est faite dans le brouillard. Pas la plus belle journée mais on garde le sourire !

Torres del Paine par tous les temps 
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Dimanche 9 décembre, pour notre tout pile tout poil 61ème jour de voyage nous parcourons en stop les quelques 80 kilomètres qui nous séparent de la ville d'El Calafate, en Argentine, au Parc National Los Glaciares. Là-bas nous attend l'une des étapes dont nous rêvions déjà depuis les bords de la Garonne: l'énormissime glacier Perito Moreno.

On ne dirait pas comme ça, mais il mesure entre 40 et 70 mètres de haut et s'étend sur une superficie d'à peu près 250 km². Fin du point info AnthoNinaPédia.com.

Très impressionnant parce qu'on en est très très proches. Quelques kilomètres de passerelles nous permettent de le longer et de l'admirer depuis plein de points de vue différents, à différentes hauteurs. Il gronde comme le tonnerre, on se demande quel genre d'orage se prépare...? En fait ce sont des morceaux du glacier qui fondent et tombent dans l'eau à grand coup de SCHPLOFFSH avec une belle caisse de résonance. Comme c'est l'été, on a vu plusieurs bouts se fendiller, se craqueler, se briser pour enfin... tomber ! sous les aaah et les ooooh des touristes du jour. Et cerise sur le gâteau, Condor des Andes au dessus de nos têtes!

La petite ville d'El Calafate, quant à elle, n'a pas grand chose d'exceptionnel. Beaucoup d'hébergements, quelques agences de voyage, une rue principale avec restau, bars et magasins de souvenirs.

Mais enfin quand même, alors que l'on sirote une boisson-à-base-de-houblon-dont-nous-tairons-le-nom en terrasse tout en discutant voyage avec nos voisins de table, une marée humaine déferle sur la ville ! Pas des gilets jaunes, non non, mais bien des maillots rouges et blancs, supporters du Rivers, équipe gagnante de la Copa Libertadores. Ça klaxonne, ça crie, ça hurle, ça chante, ça s'arrose... Bref ! La ville entière fête la victoire. C'est pas une blague, on est bien en Amérique Latine et qui plus est en Argentine: leur réputation de footeux est donc basée sur des faits réels !

Et dès le lendemain, nous reprenons la route, armés de nos pouces et de nos sac-à-dos, direction El Chaltén.

El Calafate, entre la steppe et la Cordillère des Andes
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Nous voici donc à El Chaltén pour un temps d'abord indéterminé, et puis finalement une semaine.

Au programme: pluie, soleil, chaud, froid et donc, fatalement: déshydratation + fièvre pour le doyen de l'équipe. Donc dodo, docteur, dodo, plusieurs jours d'affilée, jusqu'à ce que monsieur se sente de relacer ses chaussures de randonnée.

Le petit village d'El Chaltén se trouve un peu plus au nord en Patagonie (mais quand même très très au sud) et s'est auto-proclamé "Capitale nationale du trekking". Pour ceux qui s'interrogerait, "trekking" = marche de plus de 20 minutes, dit-en-anglais-c'est-plus-stylé. (On calcule que les Argentins marchent en moyenne 5 minutes par jour, de la voiture au magasin, dans les rayons du supermarché, et du magasin à la voiture).

Personnellement (et pour avoir arpenté la seule et unique rue en long, en large, les yeux fermés et en moonwalk, et ce plusieurs fois par jour) on a plutôt trouvé que c'était la Capitale nationale de l'Happy Hour.

Pour la petite histoire, la ville a été fondée en 1985 dans le but de montrer aux chiliens que "Ici c'est l'Argentine non mais oh" suite à un long conflit territorial, chacun voulant s'approprier des morceaux de Cordillère. On est donc à 15 kilomètres tout mouillés de la frontière chilienne, dans un village de 350 habitants, environ autant d'alpinistes et de randonneurs, et aucune âme au cimetière (d'ailleurs, y'a pas de cimetière...). Un village de trois rues, des dizaines de bars, restaurants, logements et magasin de location de matos de montagne, à 13 304 kilomètres de Perpignan. (Ben quoi, c'est le panneau qui le dit !).

Petite ballade facile qui offre un point de vue sur El Chaltén, l'immensément grand Lac Viedma et les montagnes environnantes, toujours aussi spectaculaires.

Mirador de Las Aguilas et Mirador de los Condores. 

Dimanche 16 décembre, il fait beau, on est en pleine forme après une semaine très tranquille: la bonne occase de se rendre à la Laguna Torre, à 11 kilomètres du village. On voit très vite les sommets enneigés, bien que l'on se ballade en t.shirt vu la chaleur et l'absence de vent. Pendant quelques heures on traverse des paysages très sympas, sur un chemin facile quasiment plat, dans la forêt puis le long d'une rivière et enfin, on arrive à destination !

Sur place, pic-nique et partie de yams au bord de la Lagune (vous y croyez ?), face au Glacier Maestri et à l'impressionnante Torre, le pic pointu là-bas au loin.

Laguna Torre et mirador Maestri 

Lundi 17: on en veut encore !

On remet les chaussures, on embarque les bâtons et on suit la file de randonneurs qui se lancent à l'assaut de la Laguna de los Tres. Heureusement on est assez peu nombreux pour pouvoir vite s’éparpiller sur le chemin, selon les rythmes des uns et des autres. On va voir le plus célèbre sommet de la région (mais je sais pas pourquoi il est célèbre), le Cerro Fitz Roy. En chemin, trop d'la chance, on rencontre un Huemul. Ben ouais quoi, un Huemul ! Le parc est un zone de réintroduction du Huemul. Quoi ? Vous savez pas c'que c'est un Huemul ? Et bien Anthony vous a fait une vidéo m'sieurs-dames !

La randonnée commence par 3 km de montée légère mais constante, avant de repasser au plat et de découvrir, au loin là-bas, le fameux sommet convoité ! (Je vous rassure tout de suite, on ne l'a pas grimpé). Une chance, le ciel est dégagé et on l'aura en ligne de mire toute la journée. On traverse ensuite une très jolie plaine avant d'arriver au moment fatidique, le début de l'ascension jusqu'à la Laguna de los Tres: 1 kilomètre de montée dans la pierraille et la roche, avec un dénivelé qui fait très mal aux mollets. Heureusement, pendant toute l'heure que dure l'ascension, ceux qui redescendent nous encouragent, nous estiment le temps restant et nous affirment que le jeu en vaut la chandelle.

On sue encore quelques litres pour avoir notre récompense: sommets à pics, lagunes bleutées, couleurs contrastées entre la terre noire et la neige ben... blanche, aiguilles Saint-Exupéry, Poincenot, Mont Fitz Roy et aiguilles Mermoz et Guillaumet. On se régale de ce panorama exceptionnel pendant plus d'une heure, puisque la météo est clémente et le vent parti vers d'autres horizons ; avant d'entamer les 10 kilomètres du retour.

Si vous vous demandez ce que font Mermoz et Saint-Exupéry dans ce paysage, et bien sachez que la région (comme une bonne partie de la Patagonie d'ailleurs) est liée à l'histoire de l'aéropostale. Autre détail rigolo, le Petit Prince est représenté en haut du Fitz Roy dans le chapitre 19.

Allez... on vous laisse méditer sur ces infos de la plus haute importance, nous, il faut qu'on fasse nos sacs, on est attendus chez Angélica et Diego pour trois semaines de wwoofing dans leur ferme à Cochrane, au Chili !

Laguna de los Tres 

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Pour rejoindre notre prochaine étape au Chili, il nous faut d'abord endurer une nuit de bus (mais on a développé un certain nombre de trucs et astuces pour survivre à ce genre de voyage !) jusqu'à Los Antiguos et espérer faire parti des premiers arrivés, heureux élus, pour décrocher les 12 premiers tickets pour le minibus qui permet de traverser la frontière. Et n'allez pas croire qu'il s'agit là d'une simple formalité, même si ce ne sont que 7 kilomètres ! Les chiliens, longtemps protégés par la Cordillère des Andes, ont développé une ultra-sensibilité aux virus venant de l'extérieur et traquent la moindre trace de vie, aussi tatillons que s'ils bossaient pour la police scientifique. Impossible, donc, d'espérer entrer sur le territoire avec une pomme ou un porte-clé en bois.

Ce jour-là, manque de bol, un douanier zélé a cru détecter un filon de drogue dans le sac-à-dos d'Antho.

- Monsieur, ces objets ronds au milieu du sac, là, c'est quoi ?

- Heuuuuu... des bolitas de nieve ?

- Hein ???

Après inspection du sac, il a admiré nos boules à neige (foutu paris à la con !), n'a pas vu les échantillons de caillasse et terre amassés par Anthony au fil du voyage et nous a laissé partir pour Chile Chico. Ouf !

Après cette mésaventure, il nous reste à trouver une solution pour rejoindre Cochrane, à 170 kilomètres et 5 heures de route de là. On opte pour un bus, histoire d'être sûrs de notre coup. Le premier bus qui doit nous emmener au Cruce Maiten arrive avec 5 minutes... 15 minutes... 45 minutes... puis finalement 3 heures de retard. Evidemment, on nous promet que notre second bus va nous attendre au croisement. Evidemment, au croisement, il n'y a ni bus, ni être humain. Juste un panneau et une route, la Carretera Austral, que nous nous apprêtons à arpenter sur 700 kilomètres ces trois ou quatre prochaines semaines.

[Point info AnthoNinaPédia] : La route existe depuis les années 80 et a permis de relier les mini-villages qui la borde les uns aux autres. Avant ça, les gens se déplaçaient en bateau ou à cheval, j'imagine; et allaient bien plus facilement s'approvisionner en Argentine, de l'autre côté de la Cordillère, qu'au Chili. Et puis Pinochet, lassé de cette proximité avec les argentins, a envoyé quelques bastions de militaires construire cette fameuse route n°7. Par "route", comprendre ici "piste" avec virages, cailloux et poussière sur laquelle on roule en moyenne à 40km/h avec de rares pointes à 80 ! Attention les fesses et accrochez vos estomacs !

Elle n'en reste pas moins magnifique et est donc devenue touristique ces dix dernières années : lacs immenses, hautes montagnes, rivières turquoises, pics enneigés et floraison printanière (en été, je sais je sais). [Fin du point info]

Alors que le désespoir pointe face à l'absence de bus à cet arrêt de bus au milieu de nulle part, une voiture arrive à l'horizon. Mince, c'est les flics ! Bon, on les arrête et on leur demande à quelle heure passe le bus. "Hola, buenas, una pregunta, el bus para Cochrane...?" "Cochrane ?! On vous emmène les p'tits loups !"

Ah heu.. ah bon ? Alors nous voici en route avec le Colonel Martinez et l'agent Cesar Antonio, carabineros chilenos, pour quelques heures de turismo policial. Improbable, mais vrai !

Paysages rencontrés sur la route n°7 

Nous voilà donc arrivés à Cochrane. Il ne nous reste plus qu'à nous connecter au Wifi public pour envoyer un petit message à Angélica, notre prochaine hôte pour un volontariat, qui doit passer nous prendre sur la place centrale.

Une fois connectée, je verdis, je pâlis, je blanchis. C'est elle qui nous a envoyé un message: "Désolée. Plus possible de vous recevoir." On balbutie, on rougit, on rugit... On l'insulte et on la maudit ! Non mais quand même. Une journée de galère pour rejoindre son bled paumé au milieu de rien, pour un rendez-vous convenu depuis le mois de novembre, la veille tout allait bien et en cinq minutes elle nous expédie ??! Grrrrrr !

Tout penauds, on se pointe au camping, on raconte nos mésaventures à la madame qui nous rassure immédiatement. Elle, elle connait des fermiers qui cherchent des volontaires. Youpi ! En attendant que tout ça s'organise, on se prend quelques jours pour flâner à Cochrane et, d'un coup de stop, aller voir Caleta Tortel.


Cochrane 

Caleta Tortel c'est un autre bled paumé au milieu de rien, à l'extrême sud de la Carretera Austral, mais qui est tellement atypique qu'il vaut le détour et les deux heures de tape-cul sur la piste.

Ambiance humide et grisaille sont au rendez-vous, mais c'est normal, c'est le micro-climat local qui veut ça. On se demande bien pourquoi certains illuminés sont venus construire leur maison au dessus de cette tourbière géante... Mais ils l'ont fait ! Et ont donné naissance à cet étonnant village faits de passerelles, escaliers, bancs perchés sur le vide, vues sur la baie et planches grinçantes.

C'est complètement dingue, mais c'est aussi complètement fascinant ! Et nous ne sommes pas peu fiers d'annoncer que nous avons clouté notre tente pour la première fois !


Caleta Tortel et ses passerelles 
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Nous nous sommes rapidement mis d'accord, avec Benedicto et Irene (prononcer Iréné), pour aller passer deux semaines chez eux à les aider dans leurs travaux quotidiens en échange du gîte et du couvert. Avant d'y aller, on ne sait pas grand chose sur eux. Seulement qu'ils ont une soixantaine d'années mais en font dix ou quinze de plus, qu'ils livrent du lait au village de Cochrane et qu'il n'y a pas d'électricité chez eux.

Ils passent nous prendre au camping le lundi 24 décembre vers 13h après avoir fait leurs livraisons et leurs emplettes. Ils nous saluent brièvement et nous embarquent dans leur jeep pour un trajet de 30 minutes dans le silence le plus complet. Bon, bon, bon... Une fois sur place, nous tentons d'entamer une discussion pour en savoir un peu plus.

Manque de bol, si eux comprennent nos questions, nous nous avons quelques difficultés à comprendre leurs réponses... Madame marmonne dans sa barbe, on voit à peine ses dents quand elle parle. ça donne un espèce de "si bueno cheumeuneumeuneu, ah si bueno po chmanamanama". En face, on s'efforce de sourire et de faire ahah sans trop écarquiller les yeux. Monsieur, lui, nous regarde droit dans les yeux pendant quelques secondes avant de tourner la tête sans jamais répondre aux questions posées. Bon.

On s'efforce de rester enthousiastes même pendant notre premier repas silencieux à base de mouton.

Dans l'après-midi ils nous montrent notre lieu de vie, à savoir le quincho derrière leur maison, soit une espèce de cabane-maison avec un coin cusine, une grosse cheminée pour les asados traditionnels, de la place pour une grande tablée, une petite chambre et des toilettes. A l'usage, on découvrira finalement que c'est le lieu où Irene cuisine ses sopaipillas (une sorte de pâte à pain façonnée en beignets cuits dans de la graisse de... mouton) et où bien souvent on prend les repas collectifs le midi. Mais nous n'en sommes pas là...

Puisqu'on n'arrive pas à se parler, eux et nous, on décide de les coller et de les suivre partout en imitant le moindre de leurs mouvements jusqu'à ce qu'ils nous demandent de l'aide, voire de le faire nous même.

Circonspects, on fait connaissance avec les dindons, les poules, l'arbre à mouton (qui n'est pas équipé de balançoires comme l'a cru Antho, qui s'est suspendu aux bâtons permettant d'écarteler les agneaux fraîchement abattus), l'arbre à vaches où suspendre les morceaux de veau récemment dépecés qu'il nous faut protéger des vautours en agitant les bras... Du gore, du trash, du 100% nature pour nos sensibilités de backpackers citadins !

Sur les coups de 17h on finit par comprendre qu'ils vont passer le réveillon de Noël dans leur famille à Cochrane, que l'on n'est pas invités et qu'on ne peut pas non plus retourner au village parce que de toute façon tout sera fermé. A partir de 18h on regarde donc l'obscurité tomber petit à petit sur le quincho, on se prépare notre premier repas sur la cuisinière à bois (des pâtes à la sauce tomate dignes de vos meilleures dindes, blinis et autres plateaux de fruits de mer), on trinque dans des coupes de champagne imaginaires remplies de l'eau puisée dans la rivière et on allume la bougie qui nous sert d'unique éclairage, et non de décor pour un dîner aux chandelles. Poin-poin-pooooooooin...

Le lendemain, le 25 décembre, c'est toute leur famille qui débarque au quincho pour le traditionnel asado de Noël. L'agneau que l'on a vu la veille vivant, puis mort est maintenant devant le feu, prêt à rôtir pendant deux bonnes heures. On fait connaissance avec les enfants d'Irene et Benedicto, dont leur fils, Ignacio, qui à 25 ans a déjà un fils de 5 ans. Les grands-parents maternels du-dit enfant viennent aussi et tiens tiens... Ils ont 39 et 40 ans. Avec un peu de chance, à 60 ans ils seront arrière-grands-parents !

On passe donc la journée à préparer à manger, boire différentes mixtures alcoolisées, grignoter, manger, boire et passer le temps en écoutant des musiques traditionnelles chiliennes à fond les ballons. Même si on sait toujours pas vraiment où on est tombés, on est contents de voir du monde et de participer à leur fiesta familiale !

Folklore fermier et cuisine traditionnelle 

Même si eux s'en battent le steak et ne le voit même plus, le cadre dans lequel est posée leur ferme de 800 hectares est assez splendide. Au bord d'une rivière à l'eau laiteuse et bleutée, entourée par les montagnes qui changent de couleur toute les heures selon la luminosité... trop classe !

Pic-vert, rivière El Salto et panorama quotidien 

Au fil du séjour chez Benedicto et Irene, nous avons pu nous familiariser avec les différents lieux de la ferme, parce qu'ici chaque chose est à sa place et pas question de poser le seau qui sert à ramasser les oeufs des poules là où on fait le fromage. Par contre on apprend vite à ranger à la chilienne: tu as fini de te servir du marteau ? Laisse tomber à tes pieds ! Tu n'utilises plus cette brouette ? Laisse là "ahi na' mas", à savoir, "là, juste là". Cette boîte est vide et ne te sert plus ? Jette là donc près de cet arbre. On a aussi appris à mieux connaître et comprendre nos hôtes, leurs façon de faire et de travailler mais aussi et surtout à repérer les mots clés du baragouinage d'Irene et à décrypter le langage des signes utilisé par Benedicto pour nous donner des consignes. Aujourd'hui, on connait les gestes pour "va chercher la brouette" "jette ça là" et "où est le marteau?".

Nous sommes donc en mesure de vous présenter, par ordre d'apparition:

La future pièce à laver les salades, les serres où poussent les-dites salades, notre quincho, la carniceria ou pendouillent les morceaux de viandes séchées, la parcelle de carottes, l'ancienne parcelle à carottes, les fraisiers qui attendent l'été, la maison de maîtres des patrons fermiers, le poulailler, le spot pour traire les vaches qui n'a jamais servi, la fromagerie où madame fabrique son queso maison, les cuves à eau, le garage à bois, l'enclos à mouton (environ 600 dans le troupeau) et le C.E.T. (Centre d’Enfouissement Technique) soit le trou où on jette tout ce qui ne peut pas être mangé par les poules, réutilisé ou brûlé dans un grand feu de joie !

Pays du bois et du clou: la ferme et ses annexes 

Et voilà le tant attendu "Manuel du savoir-vivre, savoir-être et savoir-faire à l'attention des jeunes filles et jeunes garçons fermiers-éleveurs-agriculteurs-bouchers du fin fond de la Patagonie".

  • Réveil à 6h30 par les meuglements des vaches. Direction le parc à vaches pour une session traite d'environ deux heures. Entre 12 et 16 vaches par jour donnent une centaine de litres de lait qu'il faut ensuite filtrer et stocker soit dans la bassine à fromage soit dans de vieilles bouteilles de coca-cola qui partent ensuite au village. Le rituel est bien rodé: attraper une vache au lasso, l'attacher à la rambarde. Lui attacher les pattes arrières. Aller chercher son veau. Le faire téter 12 secondes sur chaque pis, le virer, l'attacher et traire la vache. Recommencer jusqu'à épuisement du stock de pis pleins. Dans ses bons jours, la famille utilise la nouvelle machine tire-lait automatique reçue il y a peu et symbole de la modernité. (Ils sont les seuls de la région à en posséder une !). Comme ils ne sont pas très "machines" pour l'instant ils sont à 4 sur une vache à surveiller l'unique cadran de l'engin et l'affaire n'est pas très rentable...
  • Aux premiers rayons de soleil, aller ouvrir fenêtres et portes des serres.
  • A 9h45, préparer le biberon de lait de vache tiède pour l'agneau orphelin qui, à force de suivre les poules à la trace, doit se prendre pour l'une d'entre elles.
  • Vers 10h, petit dèj général, eux chez eux et nous chez nous; une fois que le feu est partis on peut commencer à faire chauffer l'eau pour le thé et la poêle pour l'omelette: pain maison, oeufs maison, confiture maison.
  • 10h34, toilette expresse: penser à inventer l'eau tiède auparavant en mélangeant l'eau de rivière gelée à l'eau de bouilloire chauffée.
  • 10h40, partir en quête des fermiers et les suivre à la trace jusqu'à recevoir des infos, des ordres ou se faire attribuer nos missions du matin.
  • Vers 13h30, rejoindre le quincho pour y boire un maté en attendant qu'Irene finalise ses préparatifs du repas à base de mouton du jour.
  • Après le repas, se munir d'une brouette et parcourir les champs à la recherche de bois pour la cuisinière. Pas trop grand, pas trop gros, pas trop humide s'il-vous-plait.
  • A 15h00 la famille émerge de sa sieste: commence alors le ballet des activités variées de l'après-midi, toujours imprévisibles. Souvent on sait ce qu'on fait et pourquoi on le fait une fois qu'on a fini de le faire. Quand on le sait...
  • Vers 19h30 aller chercher les oeufs, nourrir les poules, les poussins et aller chercher du pain et de quoi se faire à manger pour le soir, fermer les serres, rentrer les dindons, dé-seller les chevaux.
  • A partir de 20h, profiter des derniers rayons de soleil autour d'un jeu de société, commencer la longue cuisson du repas et patienter jusqu'à 22h00 pour l'allumage du groupe électrogène qui fera scintiller l'unique ampoule du quincho: plus pratique pour faire la vaisselle !
  • A 23h00, Au lit fermiers ! la journée de demain sera longue et bien remplie.

Parmi les activités que l'on a pu réaliser pendant ces deux semaines, on trouve pêle-mêle: le désherbage manuel de différentes parcelles et des serres; la destruction d'une cabane et l'arrachage de clous; de la peinture de murs, plinthes et le vernissage de portes; creuser, déterrer, piqueter en vue de réaliser les fondations de la future pièce à laver les salades; la fabrication de fromage; la traite des vaches; nourrir les poules, l'agneau, les chiens ; le dépeçage d'un veau; la préparation de l'asado al palo ; la fabrication du pain et des sopaipillas ; le ménage des différents lieux de la ferme et le ramassage du fatras accumulé ; la sélection, la mise à mort, le dépeçage, le vidage et le "stockage" de dix agneaux en deux heures (commande spéciale Nouvel An) ; l'arrosage et le binage des parcelles ; l'apprentissage de la préparation du maté ; la conduite du troupeau de vaches ; le démontage d'une clôture ; la réparation des serres et bien d'autres activités étonnantes !

Martine à la ferme version Patagonienne 

N'allez surtout pas croire que je suis la seule à avoir mis la main dans les tripes, heu... à la pâte, Antho a été tout aussi actif mais, comme d'hab, plus prompt à dégainer son appareil photo.

En conclusion, on peut dire qu'on était contents de partir, mais encore plus contents d'être venus ! Bien qu'assez trash et assez retardée dans le temps (des mauvaises langues parlent de Moyen-âge) du fait de leur isolement géographique, la vie quotidienne de Benedicto, Irene et Viviana, leur fille, nous a beaucoup appris. Même s'ils se curent le dents avec le torchon qui a servi à récurer les chiottes et si on a pas vraiment pu discuter avec eux (même après deux semaines, on est pas devenus bilingues en chilien patagonique !), une certaine complicité s'est créée, ils nous ont complètement intégré dans leur quotidien même s'ils nous prenaient un peu pour des intellos de la ville et nous ont accueillis progressivement avec beaucoup de chaleur humaine bien qu'on ai du gravir les échelons petits à petits pour se gagner leur estime !

De notre côté, on a pu suivre le processus intégral qui leur permet de vivre en quasi auto-suffisance, de la production à la transformation et la vente des produits. Ça ne nous a pas donné d'idées pour l'avenir, promis, c'est beaucoup trop de boulot et il faut se lever trop tôt (!), mais une chose est sûre, s'ils n'avaient pas perdu la recette du savon de marseille il y a quelque temps, cette famille n'aurait en aucun cas besoin du progrès et du monde moderne pour subvenir à ses besoins ! Chapeau les fermiers bourrus !

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Après ces deux semaines coupés du monde, il est l'heure de refaire les sacs et de reprendre la route: il nous reste un bon morceau de Carretera Austral à parcourir, loin des effluves de graisse de mouton et de la tranquillité de la ferme. Pas de bus ce lundi 7 janvier, il ne nous reste plus qu'à se trouver un petit abris au bord de la route pour se relayer le pouce levé. Il pleut depuis la veille et la brume qui pèse sur les montagnes n'annonce rien de bon... Pas le paradis de l’auto-stoppeur, mais on doit faire un peu pitié quand même. Non ?

Un couple de jeunes danois fini par nous embarquer dans sa voiture, direction Puerto Rio Tranquilo. Sur la route tout le monde s'accroche à son siège et regarde droit devant pendant que le conducteur garde le sourire et essaie de maintenir la conversation vivace. Mais les virages et la piste nous filent plus la gerbe que l'envie de papoter, in english qui plus est ! Désolés mec !

Après ces 111 kilomètres éprouvants nous arrivons à destination et nous dégotons une petite chambre confortable chez l'habitant: parfait pour nous remettre de nos émotions fermières, faire une lessive et attendre que la pluie cesse. Puerto Rio Tranquilo c'est 5 cuadras donc 5 rues dans un sens, 5 rues dans l'autre et des dizaines d'agences proposant des excursions en kayak ou bateau pour les célèbres Capillas de Marmol. Célèbres depuis qu'il y a une route (enfin une piste) et donc des touristes dans la région.

Deux jours passent avant qu'Antho arrive enfin à me battre à Shoten Toten (j'oublie de dire que depuis 3 mois je me prends de sacré rouste), que notre linge sèche et sente à nouveau la lessive et non plus les pieds-qui-puent-arôme-mouton et que le soleil fasse son apparition au dessus du Lago General Carreras.

Nous voici donc sur une embarcation de 8 passagers, un capitaine et une matelote-guide pour 1h30 de ballade sur le plus grand lac du Chili, deuxième plus grand d'Amérique du Sud (et si je vous le dis, c'est qu'ils en sont fiers), directement alimenté par la fonte estivale des multiples glaciers alentours. Une eau bleue, bleue, bleue qui glace les os et sur laquelle se croisent avec aisance les dizaines de bateaux du jour. Les guides entament leur litanie habituelle "Bonjour-mon-nom-est-Valesca-et-voici-le-capitaine-Carlos-qui-va-vous-conduire-aujourd'hui-dans-le-secteur-des-capillas-de-marmol....blablabla" sachant que de toute façon personne ne les écoute.

Les passagers hispanophones sont trop occupés à bombarder le lieu de photos et les autres (donc nous deux) manquent cruellement de lexique géologique pour suivre les différentes explications du pourquoi du comment c'est si beau ici. On apprend notamment qu'en mille.... mille.... l'an mille a eu lieu le... le.... Bon, de toute façon, personne n'écoute les réponses jusqu'au bout, la guide s'interrompt carrément en plein milieu de sa phrase !

L'endroit est fascinant: entre un lac si grand qu'on dirait une mer intérieure, un ciel bleu, une eau turquoise et des arbres ben... verts ! les contrastes sont saisissants et les reflets à l'intérieur des cathédrales, chapelles, grottes et tunnels de marbre (mais pas du marbre de salle de bain, un genre hybride et plus jeune, mélangé à du calcaire, entre autre) sont à couper le souffle ! On essaie d'oublier les smartphones qui flashent tous les deux mètres pour profiter de la ballade et repérer les différentes figures cachées dans la roche, un peu comme dans les nuages. Allez... saurez-vous trouver la Cabeza del perro parmi toutes nos belles photos ?

Capillas  de Marmol 

Après ce moment déconnexion dans cet incroyable phénomène naturel nous allons prendre des infos sur les bus du lendemain pour Coyhaique, la capitale de la région d'Aysen. Il n'y a pas de gare, commence donc une vraie chasse au trésor: trouver le café dans un angle qui fait office d'arrêt de bus. Ah... Trouvé ! "Blablabla, le bus est 9h00, venez vers 8h30, blablabla, pas de tickets en vente, blablabla, pas de réservation, blablablabla, pas de problème vous pourrez partir, blablabla".

C'est donc très sereins que l'on arrive le lendemain matin à 8h23 (oui oui, on est du genre en avance !) à l'arrêt de bus sans arrêt de bus. Un premier minibus est déjà plein et s'apprête à partir. Hein ?! Un bus arrive à 9h00 mais d'une autre ville et n'a plus que... attention... UNE place de libre. Ah. Mais on est au moins 15 à l'arrêt là, avec nos sacs à dos et tout.

Un monsieur qui passait par là prend les choses en main, nous compte, "blablabla tout va bien", disparaît et revient une heure plus tard au volant d'un bus ! C'est que l'on appelle du service à la demande: vers 10h30 (oui bon ben faut pas être pressé quoi) nous sommes 18 passagers à grimper dans le bus. Entre temps, nous sommes passés par toutes les émotions: désespoir, "il y a toujours de l'espoir", énervement, colère, rire jaune (ah, c'est pas une émotion ?), rire diabolique, rire nerveux, soupirs, regards perdus. Ah oui parce que à part "Todo bien, todo bien", aucune info claire ne nous a été donnée entre 8h30 et 10h du matin !

Allez, après 215 kilomètres de pistes et même quelques tronçons asphaltés, 4 heures plus tard nous sommes à Coyhaique. Parfaite petite ville tranquille pour reprendre des forces, racheter du gaz, remplir les sacs de pâtes et de sauce tomate, manger des cerises et des plâtrées de frites et harceler les mecs de l'office de tourisme jusqu'à avoir les réponses à toutes nos questions.

Pas de bus ? Tiens, tiens... comme d'hab ! On repartira donc en stop, très motivés, on danse, on chante, "Allez venez voir Queulat - Y'a un glacier suspendu - Et une route en asphalte - Vous aurez pas mal au cul !"

On est un tantinet moins motivés après une heure dans le froid à avoir vu passer trois voitures et deux camions.

Enfin, tadaaaam, nous v'la au Parc national de Queulat. Sur les conseils de l'office de tourisme, nous avons prévu trois jours de ballade dans le parc. En apprenant qu'il n'y a en tout et pour tout que trois sentiers de "randonnée" de maximum 3,5 km et en voyant des enfants de trois ans s'y promener, on change finalement nos plans. Une nuit et une matinée seront suffisantes !

Ici, la végétation est luxuriante, ça nous change ! Des feuilles plus grandes que nous, des arbres dans tous les sens et une grande humidité ambiante. Après le pont suspendu, deux sentiers permettent d'accéder à des miradors et d'admirer le glacier suspendu, ce pourquoi on est là, en fait !

Après ce sympathique mais quand même très cher parc et camping, on se remet au bord de la route direction heu... Le Nord. Peu importe où, on veut juste se barrer au plus vite de cette satanée Carretera Austral, belle mais tellement compliquée sans véhicule; sympa mais à la météo tellement changeante et aléatoire que le camping y est toujours incertain et les trois couches de vêtements obligatoires mêmes en plein été.

Parque Queulat 

Jour de chance, grâce à plusieurs véhicules et temps d'attente, nous pouvons faire nos adieux à la route australe dans la journée, à bord du coffre d'un pick-up, sous un soleil radieux. 70 km à parfois 100 Km/h: ça va vite, mais c'est funky !

On se fait déposer à Villa Santa Lucia, hameau dévasté où le soleil brûle. Promis, on sent la proximité du pôle sud et sa couche d'ozone grignotée ! Impossible de rester sous ses rayons sans ressentir la brûlure mordante du soleil. Un comble que dans une région du monde aussi sauvage et peu peuplée les rares habitants motivés paient les conséquences de la pollution mondiale à coup de cancers de la peau...

Après un dernier tronçon de piste éprouvant, à 212 kilomètres de Queulat, nous arrivons à Futaleufu, village touristique à 10 Km de la frontière avec l'Argentine. Camping qui nous coûte un bras au bord de la Laguna Espejo (Lagune miroir en VF, pas besoin d'être un génie pour comprendre d'où vient son nom) où nous passons une journée paisible en attendant l'heure du bus qui nous fera passer la frontière et nous mènera jusqu'à Trevelin.

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La ville de Trevelin est décrite dans le Lonely Planet comme une miniature du pays de Galles, de part ses premiers colons pionniers, où l'on sirote un thé confortablement installé dans un fauteuil en velours, une part de cheesecake au bout de la cuillère. Malheureusement, la petite ville n'a de gallois que le dragon qui décore sa place principale ! Pour le reste, elle est totalement argentine. On reprend d'ailleurs bien vite nos habitudes: vigilance totale sur les trottoirs pour ne pas se tordre une cheville, attention maximale avant de traverser une rue, (ici ni clignotant ni priorité aux piétons, c'est la loi du plus vif qui prime !), chasse à l'empanadas les narines grandes ouvertes et enfin, on ressort nos pesos argentins et on se réhabitue au taux de conversion.

On se trouve un chouette camping tranquille où les grasses matinées sont à l'honneur et dont le propriétaire pourrait bien passer pour un anglo-saxon avec ses tâches de rousseurs et ses mollets blancs. Son accent en castellano, lui, est 100% local !

Le 16 janvier nous partons pour le parc national Los Alerces du nom des arbres qui peuplent ses forêts. On se fait déposer par une mamie rock'n roll à Villa Futalaufquen, où se trouve le centre d'informations, et après avoir installé le campement nous partons à la découverte des fameux Alerces, arbres très très vieux avec des spécimens de plus de 2 000 ans. Leur nom vient du mapuche, peuple indien originaire de la zone et veut dire "abuelo", "grand-père" en V.F.

Bon, on ne peut pas s'empêcher d'être déçus pendant notre première ballade. On voit un lac, certes, des montagnes.... Ok. C'est joli, ouais ouais... Mais ils sont où les arbres qu'on nous a vendu sur les guides, blogs et autres recherches google ?! On se rend compte que bon... les blogueurs et autres rédacteurs de guides en font peut-être un peu trop, parfois. Ou alors c'est nos deux derniers mois en Patagonie andine qui nous ont rendu tellement familiers de ces paysages que l'on s'en émerveille moins facilement. On est en tout cas dans un parc à la fréquentation très argentine, ici personne ne nous parle anglais à la vue de nos yeux clairs et les copains touristes ont tous un thermos et un maté dans le sac-à-dos: indice suprême de leur nationalité !

Enfin quand même, nous, c'est des alerces qu'on est venus voir ! Notre mâchoire manque de se décrocher lorsqu'on apprend que la ballade en bateau qui permet d'aller voir l'abuelo, le fameux spécimen multi-millénaire coûte la modique somme de 60 € par personne. On pensait se l'offrir mais là, quand même heuuuu... C'est un peu abusé. On se contente donc d'une ballade au Mirador Lago Verde (encore un lac, hé oui !) au chemin parsemé de très grands et vieux arbres et d'un petit tour sur le sentier fléché qui permet de rencontrer un Alerce de 300 ans.

Sur la route on peut apprécier une multitude d'espèces d'arbres et de fleu-fleurs, notre ami botaniste est ravi: enfin un peu de latin sur les pancartes, monsieur est comme un poisson dans l'eau bien que, son latin, il l'ai un peu perdu depuis les bancs de l'université...! Parmi eux on est fascinés par les Arrayanes aux bois couleur cannelle ou blanc, tout tachetés, tout fins, amassés en petit groupes le long des cours d'eau et au milieu des forêts. Quand on passe nos doigts dessus, on en ramasse un genre de poussière et on se dit que ça, quand même, c'est bô, c'est beau !

Une fois n'est pas coutume, on repart quelques jours plus tôt de ce parc, un peu blasés. Attends là... blasés ??! En effet, nous aussi on trouve qu'il y a un problème avec ce problème. Mais on en trouve facilement la source: la météo tantôt glaçante tantôt brûlante, les routes asphaltées sur 200 mètres et puis la piste sur les 200 kilomètres suivants, les montages-démontages de tente et campement, les tétris quasi-quotidiens dans les mochillas (sac-à-dos) et l'organisation kafkaïenne à laquelle on s'adonne pour préparer au mieux notre itinéraire et nos étapes; tout ça nous a quelque peu fatigués. Voilà plus de 100 jours que nous sommes sur les routes d'Argentine et du Chili et nos cerveaux commencent à bloquer face à la Cordillère des Andes.

Prochaine mission, donc, se trouver un endroit tranquille où poser nos cerveaux et nos sac-à-dos !

En attendant nous avons prévu d'aller déguster quelques bons chocolats suisses à Bariloche, ville citée maintes fois par les backpackers rencontrés de par les routes, référence de notre voyage depuis les premiers jours. "Ah, quand on sera à Bariloche... on mangera des chocolats... on fera des belles ballades... on fera la route des sept lacs... on ira voir San Martin...". Bref, on a hâte !

Parc national Los Alerces 
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La ville de Bariloche a mis sa tenue d'été pour notre arrivée: lunettes de soleil et mini-shorts sont de sortie, on sent l'effervescence de la ville touristique par excellence où l'été bat son plein. Il faut dire qu'il y a dix jours il a neigé (rarissime en été, mais véridique !) et que le temps est idéal pour notre programme terrasses, glaces et chocolat.

Bariloche c'est donc une ancienne colonie suisse, ville d'aujourd'hui 110 000 habitants, calée entre l'immense lac Nahuel Huapi et la Cordillère, station de ski chic en hiver, ville balnéaire chic en été ! Les argentins adorent et cette année ils s'y sont précipités, le cours du peso actuel ne leur permettant pas vraiment d'aller changer leurs billets en dollars pour voyager à l'étranger. Quand on arrive, le nez en l'air et le sac sur le dos, habitués aux petits villages de province où il y a plus d'hébergements que de touristes, on est presque outrés quand à peine la porte du premier hostel poussée, on apprend que c'est complet. Un deuxième, un troisième, un dixième... toujours aussi complet ou hors de prix. Oups ! On a un petit peu oublié de s'organiser sur ce coup là.

Bien que la ville soit étendue, le centre est concentré en une place et une rue commerçante qui grouille de monde du matin au soir et du soir au petit matin (excepté entre 14 et 17h, siesta time !). Les magasins se succèdent et se ressemblent: "outdoor" où acheter des équipements dernier cri pour partir à l'aventure dans la nature et chocolateries tout droit sorties de l'imagination de Roald Dahl. Un vrai paradis ! Des magasins grands comme des palaces où s’étale du chocolat sous toutes ses formes et de toutes les couleurs... Et ceci tous les deux pas de porte. Waaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaw ! Heureusement pour Antho, avant de partir, les Suisses ont aussi laissé la recette de la fondue savoyarde. Passage obligé par la case "fondue", donc, pour qu'il puisse se recharger en quesos savoureux et prenne sa dose pour les trois prochains mois. Et puis, comble du comble, les argentins ont gardé des italiens la tradition de la glace artisanale et ça tombe bien, c'est ma nouvelle passion et on peut dire qu'elles sont particulièrement savoureuses ici, les glaces !

Bref, tous les ingrédients sont réunis pour que nous coulions des jours heureux dans cette petite-grande ville, et pour que nous nous mélangions à la foule des vacanciers argentins.

Le dimanche 20 janvier on se lève frais comme des gardons et on se précipite à 9h00 pétante pour récupérer notre Galante d'antonio, Renault Sandero, 5 portes, toute belle et toute blanche ! Petite danse de la victoire une fois les sacs balancés dans le coffre: c'est nous maintenant les rois du pétrole !

On est partis pour la fameuse Route des sept lacs. Mettons tout de suite les choses au clair: il s'agit de 190 kilomètres sur la fameuse route n°40 entre Bariloche et San Martin de los Andes durant lesquels on passe devant 10 lacs mais où l'on ne peut en apercevoir que sept. La route est asphaltée (youpi ! c'était pas gagné !), sinueuse comme une route de montagne, très empruntée par des touristes dans des voitures de location et parsemée de miradors si possible annoncés deux mètres avant et placés dans les virages. Le concept est simple: on s'arrête sur les petits parkings, on descend de voiture, on admire, on fait une photo et on s'en va.

Evidemment, les premiers lacs récoltent de grands "ohhh" et "ahhhh" et les derniers des regards entendus du style "Tu vois, je t'avais dit qu'il y aurait un lac". Comme on sait ce que c'est, on ramasse le premier auto-stoppeur qu'on voit et on passe finalement la journée avec lui, de mirador en mirador. On est donc passé, par ordre d'apparition, par le lac Nahuel Huapi, le Lago Espejo (miroir), le Lago Correntoso, le Lago Escondido (le lac caché, facile à identifier), la cascade Nivinco (tiens, ça change des lacs ! En plus il faut se mettre les pieds dans l'eau glacée pour l'apercevoir, chouette !), le lac Villarino (au bord duquel on reviendra planter la tente), le lac Falkner, le Machonico, la valle del arroyo Pil Pil et le Lago Lacar qui borde le petit village de San Martin.

Sur la route des sept lacs 

Le lendemain matin, on se lève traaaaanquille, on met en vrac dans le coffre mochilas, tente, sac de couchage (quel plaisir de ne pas avoir à faire nos sacs !) et Antho reprend le volant, direction Villa Traful. L'occasion d'expérimenter la conduite sur piste, avec virages, montées, nids de poules et tout le tintouin !

La route est magnifique (mais comme Anthony conduit, il n'y a pas de photos, logique...) entre sous-bois et bord de lac. Encore une fois, le lago Traful est si grand qu'on dirait la mer et si transparent qu'on aurait envie de se baigner dedans ! On se contente d'un pic-nique sur la plage une fois qu'on a trempé deux orteils dedans et qu'il ressortent aussi bleus que l'eau.

On traverse el Valle Encantado, la vallée enchantée, aux formes étonnantes sculptées dans les montagnes avant de reprendre la route pour Bariloche, où nous retournons, histoire d'être sûrs qu'on ai bien goûté les bières, les glaces et autres chocolateries.

Notre nouveau camping a des airs de Club Med, bondé de familles argentines en caravanes, roulottes, tentes, mais aussi petite épicerie, bar-restau, plage privée et l'immanquable cours de zumba du mercredi soir. Wahou ! Ça décoiffe !

Avant de quitter la région après une semaine de ballade et farniente, on se fait une dernière journée nature dans le parc municipal de la ville. Au programme, ascension du cerro Llao lLao duquel on peut profiter d'un nouveau point de vue sur le lac Nahuel Huapi, un pont romain construit en 1937 (on se disait, aussi, que les romains n'avaient pas traîné leurs spartiates jusque ici...), un tour dans le hameau touristique de Colonia Suiza, une biè... nooon, vraiment ? Encore une bière ? Bon. Ok. Buvons une bière !

Et ainsi s'achève, ce 24 janvier, notre dernière étape en Patagonie et se tourne une page du voyage, puisque Bariloche était un moment charnière, attendu depuis longtemps et maintes fois rêvé !

Voilà plus de trois mois que nous avons mis nos sacs sur le dos et atterris sur le continent sud-américain, le 11 octobre 2018. A cette époque nous rêvions de tango et de Patagonie et pensions atteindre Ushuaïa en deux temps trois mouvements. On a vite découvert que ce qui se voyait petit sur la carte était en fait immensément grand en réalité, et que quelques six à sept cent kilomètres au minimum séparaient les différents points auxquels on voulait se rendre.

Il nous a donc fallu passer par de nombreuses gares de bus et bords de route pour atteindre et parcourir cette vaste région, de la route 3 à la route 40 en passant par la Carretera Austral.

Nous sommes arrivés en Patagonie argentine le 27 octobre à Bahia Blanca et en sommes repartis hier depuis Bariloche, soit quatre-vingt-dix jours plus tard. Nous nous sommes promenés dans deux pays, l'Argentine et le Chili, avons traversé sept provinces: Rio Negro, Chubut, Santa Cruz, Tierra de fuego, Neuquen, Aysén et Chiloe continental et sommes passés par neuf parcs naturels.

Au total, ce sont environ huit mille deux cents quatre-vingt-quatre kilomètres parcourus en bus, en voiture, à pied et en ferry. Et je l'écris en toute lettres parce que 8284 kilomètres et 90 jours, c'est long !

Nous avons dormi dans 32 hébergements différents, de l’hôtel à l'auberge de jeunesse, de l'hébergement chez l'habitant au couchsurfing, du airbnb à l'hostel en passant par 12 campings.

Il nous a fallu traverser des milliers de kilomètres de steppes aux routes droites ennuyantes, à la végétation monotone mais avec presque toujours le bleu de l'océan Atlantique à l'horizon. Des routes peuplées par des guanacos et des ñandus où l'on se prend des rafales de vent en permanence dans la face. Mais c'est aussi dans ce paysage désolé que l'on a vu baleines, orques, éléphants de mer et autres otaries. Cela a aussi été l'occasion d'apprendre que jamais au grand jamais on ne serait tenanciers d'hôtel ou d'un autre business en relation directe avec les touristes. Les p'tits dèj on aime ça, mais pas quand il faut les préparer pour 15 !

Après de nombreux imprévus, nous avons réussi à atteindre Ushuaïa et pu découvrir une ville sympa, relativement petite, prête à accueillir les touristes venus admirer le canal de Beagle et la Laguna Esmeralda. Mais s'il y avait du vert, de la forêt et du castor, ce n'était toujours pas la Cordillère des Andes..

Et à force de l'avoir attendu, cette Cordillère, elle s'est présentée à nous à coups de tiraillements dans les mollets et de gros dénivelés: l'ascension des Torres del Paine, laguna Torres et autre Fitz Roy nous ont laissés de beaux souvenirs dans les mirettes mais de sacrées courbatures dans les gambettes !

Notre passage au glacier Perito Moreno nous a permis de voir de notre propres yeux cette grandiosité de la nature et nous a fait nous sentir aussi petits et insignifiants que devant les Cataratas de Iguazu.

Et à partir de là, c'est de la Cordillera en veux-tu en voilà ! Routes sinueuses, pistes, lacs, lagunes, rivières, glaciers, eaux bleutées, végétation abondante, neiges éternelles, forêts, ciel bleu, ciel gris, ciel nuageux, nuages pluvieux, rosée ou givre du matin, brumes sur les lacs, couchers de soleil entre les pics des montagnes...

De quoi assouvir notre soif de paysages et notre fringale de kilomètres, tout pour satisfaire nos jambes engourdies et muscler nos dos de sédentaires ! L'occasion aussi de relativiser un peu sur l'idéal d'autosuffisance. La vie de fermiers entre l'arrachage des mauvaises herbes et le scalp des agneaux heu... non... définitivement, nous ne sommes pas prêts. Boire du lait, ok, mais si c'est d'autres gens qui se sont levés à 6h00 pour la traite !

Un dernier petit tour du côté de l'Argentine sur la route de San Martin de los Andes nous permet d'admirer le reflet des montagnes aux sommets enneigés dans les lacs immenses et profonds. De quoi se dire que de cette Patagonie, on aura bien fait le tour. Autant des paysages que des endroits mythiques, autant des gens de l'Atlantique que de ceux des méandres du Pacifique.

Et enfin, durant cette longue pérégrination nous avons pu expérimenter par nous-mêmes deux des dictons les plus en vogue en Patagonie, à savoir "las cuatro estaciones del año en un solo dia" et comme on l'a vécu on propose la variante baroudeurs: "les quatre saisons en une heure de stop" et le célébrissime "Si tienes prisa en la Patagonia, pierdes el tiempo". Si tu es pressé en Patagonie, tu perds ton temps. On dirait que nos hauts et nos bas sur les routes de la région illustrent à merveille ce dicton !

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Nous voilà partis pour 4 jours de road trip dans l'archipel de Chiloé. Nous sommes au sud du Chili (hé oui... encore !) et l'archipel que l'on s'apprête à visiter a une réputation toute particulière dans ce pays qui mesure 4 265 Km du nord au sud (soit un direct Lisbonne-Moscou, quand même.... c'est long.). Il paraît que Chiloé, c'est la Bretagne du Chili. Il parait qu'à Chiloé, la colonisation des Jésuites puis des Franciscains espagnols a laissé un patrimoine riche, une culture spéciale, un folklore particulier... bref, une mentalité estampillée "made in Chiloé".

Un ferry chargé de voitures de vacanciers, de minibus de vacanciers et de bus de vacanciers nous fait traverser les quelques kilomètres qui séparent l’île du continent et nous emmène sur l'île principale, la Isla Grande de Chiloé.

On nous avait parlé de Bretagne... On la cherche encore ! Ici, pas de plaine à perte de vue, pas de petites maisons blanches aux toits en ardoise, et aucun joueur de cornemuse à l'horizon. L'île de Chiloé est très vallonnée, la végétation y est abondante et verdoyante. Elle est peuplée de minuscules villages aux maisons de bois, et exclusivement de bois, de petits ports de pêche aux plages désertes et la couleur du ciel y passe du bleu au gris en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.

En terme de mentalité chilote, on a pu constater que comme tous les chiliens, ils sont très fiers d'être chiliens, mais qu'à cela il faut rajouter qu'ils sont très très fiers d'être chilotes. Il y a l'île, et il y a le reste du monde. Les traditions y sont en effet assez vivaces, mais plus qu'une immersion dans une autre culture, on a plutôt eu la sensation d'une immersion au Moyen-âge: danses en costumes tradi; musiques tradi avec accordéon et papy chevrotant vantant les mérites de Chiloé reprises en cœur par tous les villageois de 6 à 90 ans; nourriture tradi préparée au feu de bois; et comble du retour dans le temps: charrues tirées par des bœufs le long des routes asphaltées.

Ô joie, ô bonheur, à côté de notre premier camping, à Nercon, se tenait l'annuelle fête de village, bien nommée fiesta costumbrista, la costumbre étant l'habitude, la tradition. L'occasion de les voir se lancer, tels des petits lièvres bondissants, dans des courses en sacs effrénées, de les voir s'user les mains sur une corde, d'abord les enfants, puis les femmes, puis les hommes. Mais toujours toujours, d'un côté les gens de l'île, de l'autre "les autres". Pour nourrir ces hommes et femmes du terroir, d'étranges et spongieuses galettes à base de pommes de terre écrasées, les chochoca al palo, des empanadas aux fruits de mer et un hallucinant curanto al hoyo. Pour préparer le curanto dont la réputation a franchit les frontières de l'île et dont on nous rebat les oreilles depuis plusieurs semaines, il faut d'abord creuser un trou dans la terre, y faire un bon feu, et sur les braises encore brûlantes, y enturbaner dans de grandes feuilles de nalca tout ce qui vous tombe sous la main, à savoir: galettes de chapalélé, moules, palourdes, saucisses, cuisses de poulets, poitrine de porc.... Laisser reposer quelques heures jusqu'à ce que l'ensemble ait un goût de fumé. Attendre le public et ôter les différentes couches de feuilles de nalca et de nourriture. Servir encore chaud aux chilotes affamés. Le mélange paraît étrange, mais nos airs écœurés et renfrognés ont finalement été remplacés par des "ça passe", "ça va en fait" et même "mmm c'est bon" !

A part la découverte culinaire, l'incursion en terre chilote consiste aussi en parcourir la Route des églises. Comme on l'évoquait plus haut, Jésuites et cie ont passé du temps dans l'archipel et y ont laissé une quantité d'églises assez improbable: 300 églises, chapelles et autres lieux de cultes. Parmi elles, 16 ont été déclarées Patrimoine Mondial de l'Unesco. Après la route des épices, la route de la soie, la route des sept lacs, voici donc la route des églises ! Naïfs comme tout, nous écoutons les conseils des différents offices de tourisme et nous lançons dans "l'aventure". Wouw ! Vraiment passionnant de faire 30 bornes en voiture sur une route puis 6 kilomètres sur une piste pour finir dans un village de trois maisons et une rue et demie, à la porte d'une église en bois dans laquelle on ne peut pas rentrer, et de recommencer gaiement jusqu'au prochain pueblo. On a eu le courage d'en voir sept avant de réaliser que c'était un peu toujours la même chose et que peut-être, les églises en bois patrimoine mondial de l'Unesco c'est tout simplement pas trop notre truc !

Finalement, notre petite voiture de loc' nous aura permis de nous la couler douce et de doubler les bus dans lesquels on voyage normalement pour aller flâner sur l'ïle Aucar près de Quemchi, se balader le long des palafitos, maisons sur pilotis colorés de Castro, de faire un peu de sport sur le parcours santé de la côte d'Ancud et de se mêler dans la foule des vacanciers chiliens sur les marchés d'artisanats.

Après ce séjour dans le passé, il nous a fallu retourner sur la terre ferme et le continent, à Puerto Montt, rendre la voiture de location et prendre possession de nos nouveaux quartiers. Puerto Montt est la quatrième ville du Chili mais n'a pas un charme fou. Mis à part ses volcans et montagnes à l'horizon, c’est plutôt une grosse ville avec plein de monde, des vendeurs ambulants de tout et de rien à chaque coin de rue, un entrelacs de fils électriques à rendre fou les meilleurs électriciens, des gens riches, des gens pauvres, des gens flingués qui font la manche... Parfait pour ce que l'on cherche à faire, à savoir: rien.

Notre programme consiste à collectionner les grasses mat', flâner dans le centre, chercher avec acharnement du poisson frais (et c'est hyper compliqué bien que l'on soit dans une ville portuaire), passer chez le barbier se faire une coupe et une barbe de latin brother, profiter d'avoir un frigo et un four pour cuisiner comme des dingues et faire une fois des grosses courses et non pas mille fois des petites courses, s'émerveiller face aux otaries qui traînent le long du marché dans l'attente d'un poisson ou deux, laver nos fringues, regarder des films en streaming, faire la sieste... Bref. Des vacances reposantes avant de reprendre la route !

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Le 03 février, après s'être bien reposés, nous repartons à l'assaut de la route pour parcourir dans un vieux minibus brinquebalant les 18 kilomètres qui nous séparent de notre prochaine étape: Puerto Varas. Le soleil tape fort dans la petite ville de 38 000 habitants: idéal pour se balader au bord du lac LLanquihue [yankiwé] qui est, je vous le donne en mille, le deuxième plus grand lac du Chili. Là, on peut admirer le volcan Osorno en fond de carte postale, manger des glaces artisanales où le vendeur a la flemme de mettre la glace dans le cornet et préfère mettre le cornet dans la glace (malin non ?), et tester les différents cocktails à base de pisco (alcool 100% chilien au Chili et 100% péruvien au Pérou, cqfd).

Fort heureusement, nous ne sommes pas brusqués dans nos habitudes: la ville est une ancienne colonie allemande (les premiers colons à avoir, entre les années 1850 et 1900, cultivé la terre et élevé du bétail pour peupler cette région désertée par les chiliens) où se pavanent de belles et grandes maisons en bois devenues des auberges pour backpackers, des hôtels pour ceux qui poussent leurs valises à roulettes et des restau où commander des kuchens et autres spécialités bavaroises.

On s'y sent bien et on passe donc plusieurs jours à arpenter, à toutes heures et sous toutes les températures, les deux ou trois rues principales de Puerto Varas. A la fin on est connus des gens de l'office de tourisme (à chaque jour ses questions...), des vendeurs d'artisanat du front de mer, des serveuses du bar eI Barrista et des marchands de légumes du coin. Nous, on connaît mieux les hostels que les tenanciers d'hostels eux-même puisqu'on en a testé trois en trois nuits et sommes allés frapper à de nombreuses portes puisque beaucoup affichaient complet.

Pour changer un peu de la ville chargée de touristes nous partons en expéditions à Petrohué. "Expédition": le mot est faible pour décrire le parcours du touriste combattant. D'abord, il nous faut remonter la ligne de bus, d'arrêt en arrêt, pour en trouver la source et ne pas voir passer devant nous des bus tellement remplis que même une mouche n'y trouverai pas sa place. Une fois le départ de la ligne trouvé (merci les amis de l'office de tourisme !), il nous faut regarder bouche bée une quarantaine de personnes se ruer dans un bus de 25 places. Heu.. Vraiment ?

Quand on comprend que peu importe si tu as un sac à dos qui fait deux fois ta taille ou juste une serviette et ton maillot de bain, peu importe si tu attends depuis une heure où si tu viens d'arriver, peu importe si tu es vieux, jeune, malade, enfant ou touriste; la seule règle qui compte ici c'est celle du plus rapide. On décide de jouer le jeu par peur de ne jamais pouvoir quitter la ville ! Donc, après avoir enfoncé nos coudes dans les flans charnus de nos voisins, marché sur les pieds d'un enfant ou deux pour qu'ils pleurent et ralentissent le rythme et envoyé des regards foudroyants aux alentours, nous et nos sacs on arrive à se faufiler dans le minibus, et même à s'y asseoir !

Après une soixantaine de kilomètres le long du lac, la route se transforme soudain en piste poussiéreuse et le bus en un bon tape-cul assourdissant. Le chauffeur nous lâche au bout du chemin, au terminus, avec les quelques locaux qui habitent là. Le camping se trouve de l'autre côté d'un bras de rivière, pas bien large mais bien trop profond pour pouvoir s'y lancer à pied. En observant les locaux, on apprend vite la technique: il suffit de se mettre sur la plage et de héler les barques à moteur et leurs conducteurs avec autant de dignité que s'il s'agissait d'appeler un taxi new-yorkais; pour 500 pesos par personnes le type vient te chercher, te file un gilet de sauvetage et te fait traverser.

Une fois arrivés dans le petit camping familial blindé de chiliens qui pêchent, font du kayaks et boivent des coups sur la plage, nous bravons le vent pour planter notre tente dans le sable, presque au bord de l'eau, et enfin il est temps, pour les aventuriers que nous sommes de faire un plouf dans l'eau fraîche face au volcan Osorno et d'admirer le coucher de soleil à l'horizon.

Le lendemain nous retraversons la rivière pour aller faire la boucle "Los Alerces". Sur plusieurs kilomètres on traverse des coulées de lave, des petits bosquets tout en chassant les taons qui nous pourchassent, pour finir par une longue marche le long du lac, sur une plage de sable noir, un paysage somptueux devant les yeux.

L'aventure valait le détour !

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Après l'immersion en pleine nature dans la Région des Lacs, nous partons en découvrir la côte pacifique et la ville de Valdivia. La ville étudiante a été désertée par les étudiants qui sont partis en vacances et ont laissé la place aux touristes. Il n'y a presque plus de place au camping quand nous y arrivons vers 15h00 !

Le centre historique est de nouveau parsemé de maisons coloniales ayant appartenues à des familles allemandes mais, petit plus, ces familles ont légué à Valdivia les secrets de la bière artisanale et en ont donné le goût aux chiliens. Parmi les quarante micro-brasseries de la ville on choisit de faire les vrais touristes et d'aller visiter la plus grande brasserie du pays, la Cerveceria Kunstmann. Culture du houblon, visite des cuves de cuissons et de la salle de mise en bouteilles, description par le menu des étapes de fabrication de la bière et de l'expansion de la brasserie Kunstmann, mais surtout, surtout... dégustation de bières à la fin ! Ouaaaais !

Avant ça, nous avons pris le temps de faire un tour sur le marché, animé du matin au soir, d'aller voir un pendule de Foucault (demandez à Anthony pour plus d'explications !), le jardin botanique sur le campus universitaire de la Isla Teja, un petit lac aux lotus en fleur, un concours de beauté pour chiens, un énième marché d'artisanat, de déguster de bons breuvages et de bons plats dans le jardin du bar très fréquenté La ultima frontera... Une pluie battante nous fait fuir le dimanche 10 février. On replie notre tente en deux temps trois mouvements et on file se réinstaller dans un bus, parce que quand même, ça faisait longtemps, ça a faillit nous manquer !

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Que dire de Pucón, étape "On y va ? on y va pas. On y va !"...? Nous hésitons à nous y rendre car les échos que l'on en a eu sont tous catégoriques sur un point: il y a du monde et c'est très très touristique. En pesant les pour et les contre, on se demande si ça vaut le coup d'aller rejoindre la procession de touristes qui surchargent les trottoirs, terrasses et hébergements de la ville pour aller voir un lac (encore ?) et un volcan (un autre ?). Finalement, on se laisse séduire par les récits de voyageuses s'étant lancées dans l'ascension du volcan Villarica et qui nous racontent ça avec des étoiles dans les yeux.

Premier matin, faux départ, trop de vent pour que l'on puisse monter, nos guides andins décident de rebrousser chemin. Ce n'est pas aujourd'hui que l'on ira voir le cratère actif du volcan, d'où s'échappe en permanence une fumée blanche. Il est 8h du matin quand on rentre désœuvrés dans notre hostel miteux et qu'on croise les derniers fêtards qui vont se coucher. On passe cette première journée à faire le tour du centre ville et à chercher un meilleur hébergement. On fuit la plage (un petit peu trop de monde, un petit peu beaucoup trop chaud) pour lui préférer la place centrale ombragée et ses bars attenants.

Le mardi, deuxième jour, on passe la journée à attendre que l'électricité revienne pour que l'agence puisse consulter la météo et nous dire si oui ou non on retente l’ascension le lendemain. Le temps chaud et extrêmement sec a déclenché un incendie, des arbres sont tombés sur les lignes électriques, le vent qui continue de souffler n'arrange rien et les pompiers ne savent plus où donner de la tête. La journée est longue.

Le mercredi 13, enfin, c'est le grand jour ! Levés à 6h00 excités comme des puces, en train de s'équiper avec nos chaussures de robocops et nos sacs de 8 kilos à l'agence dès 6h30, au pied du volcan à 7h30, le dernier check météo est bon, les guides décident bel et bien de nous emmener, nous et les 10 autres personnes du groupe, sur les flancs du volcan Villarica.

On voit le jour se lever, la lumière changer à chaque instant. Plus on monte et plus la vue est à couper le souffle. Le ciel est voilé et la vallée que l'on voit à perte de vue sous nos pieds prend des airs mystérieux. Les lumières changent et on voit l'ombre du volcan se projeter sous nos pieds.

Notre groupe en suit d'autres et en précède un certain nombre. On est au moins deux cents marcheurs, chacun aux couleurs de son agence, à marcher dans les pas des uns des autres. On savait qu'on ne serait pas seuls, donc pas de déception mais plutôt une bonne solidarité entre touristes essoufflés et une ambiance bonne enfant entre les guides qui se connaissent tous et discutent par talkie. Après deux bonnes heures à grimper dans les roches volcaniques, en t.shirt parce qu'il fait chaud, on s'équipe de gants, de crampons, d'un coupe-vent et d'un piolet: l'heure est venue de continuer la rando dans la neige. Consciencieusement, pas après pas, on avance. Et plus on avance, plus le sommet parait loin et inatteignable. Mais on rassemble nos dernières forces, on se motive les uns autres, et enfin, on est autorisés à lâcher les sacs à dos pour ne garder que nos piolets et nos masques à gaz et faire les derniers mètres dans les rochers sans crampons et plus légers ! Dès que le souffre et la fumée commence à piquer la gorge on s'équipe de nos masques et on trépigne d'impatience.

La récompense est à la hauteur de nos attentes: on entend la lave gronder, on ne voit pas le fond du cratère tellement il est profond et enfumé et la vue tout autour est splendide ! On n'a que quinze minutes au sommet et on ne sait plus où donner de la tête, entre prendre en photos les gens, admirer la vue, que l'on a du haut de nos 2 847 mètres, s'étonner, trouver que ça pue, ne pas en revenir de là où l'on est, au sommet d'un volcan actif dont la dernière éruption date de tout juste 2015...

L'effervescence est grande et on ne se sent pas complètement rassasiés quand il faut redescendre. La descente, justement, se fait bien plus vite que les cinq heures que l'on a mis à grimper les 1400 mètres de dénivelé: dans nos sac-à-dos se cachait pantalon, veste et "couche" imperméables ainsi qu'une luge-pelle en plastique. Et oui... cette descente à pic qu'on voit là, on va la dévaler en luge !

Piolet à la main pour freiner, on se lance les uns après les autres dans des espèces de toboggans creusés dans la neige où il a gelé, plu, regelé, neigé... Bref, ça glisse très (voire trop) bien et on entend bien vite des hurlements, on assiste à des sorties de pistes, des carambolages. Quand on commence à prendre un peu confiance en nous, nos fesses et notre piolet-frein, on sort nous-mêmes par erreur du tracé du toboggan et on se retrouve à dévaler une pente raide et gelée à toute vitesse. La fille derrière moi ne sachant pas freiner me hurle un "j'débouuuuuule !" alarmant avant de me percuter et de me jeter en roulé-boulé dans les jambes d'Anthony et d'un autre égaré qui nous réceptionnent tant bien que mal ! Wow ! ça décoiffe, on a perdu et le contrôle et nos piolets dans l'histoire... On redescend plus tranquillement les tronçons suivants et on est pas fâchés de retrouver la terre ferme et de se faire la dernière demie-heure en marchant !

A 16h on retrouve l'ambiance citadine de la ville surchargée de Pucón, on apprend que le bus du lendemain est complet... on décale donc notre départ au jeudi soir et on va s'offrir un bon restau avant d'aller faire un gros dodo bien mérité !

Afin de profiter de nos muscles encore chauds et de prévenir d'éventuelles courbatures, cap sur le Santuario del Cañi, qui culmine à 1510 mètres et offre une vue panoramique à 360° du haut du mirador Melidekin. La première montée est... comment dire... super-méga-hardcore-putain-mais-qu'est-ce qu'on-fout-là-vas-y-j'ai-chaud-j'ai-faim-j'ai-les-jambes-lourdes-aïe-c'est-long !

Il faut dire que c'est 4,4 kilomètres de montée pure, sur un chemin poussiéreux qui ne s’embarrasse pas de quelques virages qui rendraient la montée plus douce, non non, un chemin qui file tout droit le long de la pente raide et nous rappelle douloureusement notre ascension de la veille. Heureusement la suite du chemin nous fait passer par une grande et belle forêt de Coihue (des arbres) et d'Araucarias (des arbres millénaires) assez magique, on passe par quelques lagunes pleines de vase et d'algues où broutent des vaches, des torrents cachés, des oiseaux qui gazouillent... On se sent mieux quand soudain, la dernière montée se montre et nous fait galérer encore une demie-heure avant de nous laisser profiter de la vue depuis le mirador.

On voit se détacher dans le paysage cinq volcans, dont celui que nous avons grimpé la veille, certains enneigés, d'autres coupés à la moitié et le Lanin qui culmine à 3 747 mètres. Des montagnes à perte de vue, des vagues de forêts, des Araucarias perchés sur des blocs de pierre... et on aperçoit même Pucón là-bas au loin, toute petite. D'ailleurs, il nous faut y repartir fissa fissa pour prendre une douche et récupérer nos sacs avant de prendre le bus pour la nuit entière: cap au Nord, à nous la côte, à nous la célèbre et colorée Valparaiso !

26

Quand on arrive à Valparaíso, ce ne sont pas les rues colorées qui sautent d'abord aux yeux mais plutôt une gare routière miteuse et bondée, pleine de gens de tout âge assis, debout, qui fument, qui mangent, boivent, marchent, attendent... Certains attendent peut-être un bus, mais plus de la moitié d'entre eux semble être là simplement pour attendre que le temps passe.

Une fois dehors, suivant les indications routières d'un agent de sécurité, on se retrouve sur une énorme avenue au sol glissant parce qu'il pleuviote et, avec nos sacs, on slalome entre les vendeurs ambulants tous plus inventifs les uns que les autres. Vendeur de mouchoirs, vendeur de PQ, vendeur de produits ménagers, vendeur de serpillière, vendeur de stylos billes à l'unité, vendeur de feutres en paquets, vendeur d'empanadas, vendeur de pop corn, vendeur d'ananas d'Equateur, vendeur de briquets, vendeur de presse-agrume, vendeur de cigarettes roulées à l'unité, vendeur de grille-pain, vendeur de journaux, vendeur de dentifrice, vendeur de cadenas à codes et à clefs, vendeur de peluches, vendeur de porte-clefs, vendeur de paquets de chewing-gums, vendeur de feuilles à rouler, vendeur de bananes, vendeur de ceintures en cuir, vendeur de porte-monnaies... Bref, achetez, revendez et inventez-vous un métier !

Pendant nos 45 minutes de marche dans la brume matinale, ce qui saute au nez et à la gorge, c'est aussi l'odeur. Pollution, pots d'échappement, urine, jus de poubelle, crottes de chien. Faune urbaine, zone humaine... Nous voici dans une ville, une vraie, et bien qu'on soit au bord de l'océan, on a bien du mal à sentir les embruns marins et un éventuel air iodé. D'ailleurs, c'est surprenant, mais le Pacifique sent moins fort que l'Atlantique !

Quelques kilomètres plus loin, il nous faut quitter l'immense avenue Pedro Montt, longue mais plate, pour nous attaquer à l'ascension de l'une des 44 collines de Valparaiso. Et alors là, attention les cuissots, en garde les mollets, gare aux fessiers ! C'est pas que ça monte mais plutôt que ça grimpe à pic ! Une seconde d'inattention et on repart en arrière, entraînés par le poids des sacs à dos. Pendant ce dernier tronçon qui nous mène à l'auberge, on découvre la partie photogénique de Valparaíso. Le moindre bout de mur, de trottoir, le moindre escalier a été mis en valeur par un artiste graffeur. Les multiples devantures d'auberges de jeunesse et de boutiques d'artisanats, restau, glaciers, bars affirment leur identité par des fresques de tout genre et de toute les couleurs.

Tous les styles se côtoient dans les petites rues et ruelles qui serpentent le long des Collines Alegre et Concepción, qui concentrent le gros du tourisme. En tant que touriste, il n'y a qu'à se laisser porter par son instinct et ses envies pour déambuler dans telle ou telle rue. Il faut être prêt à dégainer son smartphone et à s'émerveiller devant tel ou tel tableau, fresque, petit dessin discrets dissimulés parmi d'énormes graff. Et une fois les quartiers passés au peigne fin, il n'y a plus qu'à se dénicher une terrasse avec vue panoramique ou un mirador pour profiter de la vue sur la ville, immense et bordélique, et sur l'horizon au delà du Pacifique.

Si le quartier touristique est propret et coloré, le plus authentique de la ville se niche tout en haut des collines ou sur les places ensoleillées où des ribambelles de vieux observent avec circonspection les passants, bien cachés sous leurs casquettes. Une ville chaotique où le moindre bout de terrain a été occupé sauvagement, une maison faite de bric, de broc, et de quatre planches construites à la va-vite, un fil électrique connecté en douce et hop ! on y élit domicile, tout simplement. Une dizaine d'ascenseur à l'ancienne des années 1880 permettent de s'économiser escaliers et pentes raides pour grimper au sommet des collines. Sur la partie basse de la ville des trolley bus, un métro et un port marchand et militaire abritant petites barques de pêcheurs, bateaux de croisière et cargo chargés de containers.

Nous avons flâné à Valparaiso pendant deux jours, histoire de nous remettre de notre nuit de bus et de prendre des forces avant d'aller faire notre volontariat dans la ferme marine d'Aldo. Adieu confort de l'auberge et bling-bling touristique, bonjour la cabane dans les bois ouverte aux quatre vents et ambiance rustique prolétaire du bord de mer !

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Samedi 16 février nous avons rendez-vous avec Aldo à 16h00. Non, plutôt 14h00. En fait, chicos, ce sera vers 15h00. Bon, finalement, il est arrivé à 18h30 et nous avons eu la certitude que ce type, on allait souvent l'attendre.

Bref, d'après ce qu'on a lu sur l'annonce qu'Aldo a rédigé sur le site workaway, on se rend dans une ferme aquacole qui élève des poissons et fait de la recherche. Le côté atypique du lieu et des missions ainsi que la situation géographique, à 20 kilomètres de Valparaiso, nous ont motivés à aller voir de plus près cette Marine Farms.

On s'attend presque à devoir donner le biberon à des bébés otaries ou à jouer dans l'eau avec des dauphins tout en faisant des observations animalières poussées, des analyses de la qualité de l'eau, des relevés de températures à reporter sur des fichiers excels confidentiels à 43 onglets. Ces images sont vite balayées de notre esprit quand, après une trentaine de minutes éprouvantes sur une piste pleine de bosses et de crevasses, on arrive sur les lieux.

Au milieu des bois, dans une forêt de pins, sur un sol poussiéreux parfois orangé, se dresse notre nouvelle maison-cabane. Mille fois rafistolée, on se dit d'abord que c'est un lieu temporaire destiné aux gens de passage. On découvrira vite qu'elle est en fait au cœur de la vie quotidienne des personnages loufoques de Marine Farms. Une pièce centrale plutôt bien pensée, avec son coin salon, sa table en bois aux allures de comptoir et son coin cuisine. Première surprise, du robinet sort de l'eau salée ! Ici, on fait la vaisselle à l'eau de mer et, pour l'eau potable, il faut aller se servir au robinet à l'extérieur. Plus d'un gringo s'est fait avoir et a du recracher son Nescafé salé ! Allez, on reste positifs, même après avoir jeté un œil à la couche de graisse et de cramé qui décore la gazinière héritée de la grand-mère.

A l'étage, notre chambre "pour nous tout seuls" comme nous l'a fièrement annoncé Aldo. Ah, cool ! Quand on grimpe l'escalier grinçant et qu'on ouvre la porte, on a plutôt envie de repartir en courant: humidité, odeur de renfermé, des mégots qui jonchent le sol, une couche de poussière à rendre allergique les plus résistants, des canettes de bières entamées, un lit une place et un lit superposé qui grincent quand on appuie dessus. Wahou. Première mission: rendre le lieu un peu plus décent, attraper un balais, virer les merdes accumulées par les anciens occupants, sortir les matelas, aérer la pièce. Miracle de l'architecture chilienne, aucune des fenêtres ne s'ouvre... Pas idéal pour les courants d'air. Première résolution: on dort dans nos duvets et on fait en sorte qu'aucun centimètre de peau ne soit en contact avec les matelas. Sur le coup, on s'est même demandé si on n'allait pas planter la tente ! Après quelques jours à laisser la porte ouverte H 24 l'odeur de renfermé commence à disparaître et on peut à nouveau percevoir l'odeur de nos chaussettes sales. Et l'odeur de nos vêtements pas lavés depuis plus d'un mois en devient réconfortante ! Nous qui espérions faire une lessive, on a vite déchanté: quelques lampes à LED et une multi-prise alimentées par panneau solaire, voilà tout pour les installations électriques.

Après toutes ces découvertes, il nous faut encore passer par l'épreuve de la salle de bain. Pièce attenante à la cabane dans laquelle prédomine une odeur de souffre qui lève le cœur (en provenance directe des excréments humains en décomposition), douche défoncée avec eau chaude quand il fait beau puisque le chauffe-eau est solaire, évier rouillé d'où sort un mince filet d'eau douce et toilettes dont l'alimentation en eau ne fonctionne plus, nous obligeant à remplir des casseroles d'eau pour faire disparaître les traces des précédents occupants, qui sont aussi nos collègues de travail.

Autant dire qu'on a la gorge nouée face à autant d'insalubrité et qu'on est assez surpris de constater que la bande de mecs qui habite ce lieu presque à l'année n'a jamais eu l'idée de mettre un coup de balais, un coup d'éponge et encore moins un coup de javel. Rapidement, on s'emploie à rendre l'endroit un peu plus agréable et pseudo-propre afin de pouvoir y survivre...

Heureusement, pour nous consoler et nous rassurer, il y a le cadre. Paysage époustouflant que l'on ne se lasse pas de regarder !

Tout au bord de l'océan, on peut, jour après jour, observer les changements sur l'eau, mer moutonnante ou mer d'huile; les variations de lumière du lever au coucher du soleil; le ciel étoilé ou éclairé par la pleine lune, que l'on peut voir se lever depuis une colline attenante; les différentes couleurs de l'océan selon les teintes que prend le ciel, parfois brumeux et parfois d'un grand bleu.

Quand on prend le chemin côtier en direction du phare, Faro de las Gaviotas, on peut voir des centaines d'otaries se chauffer le dos au soleil sur les rochers, des chevaux sauvages se balader entre les cactus et les aloés vera, des rapaces, des mouettes et de grands oiseaux aux longs becs partir à la pêche aux poissons.

En ce qui concerne nos journées de travail, elles commencent à 9h00, s'interrompent vers 13h00 pour la pause repas et reprennent de 15h à 17h30 ou 18h00 selon les jours. Aldo, le boss, passe son temps pendu à son téléphone à monologuer avec ses clients ou à beugler des ordres à ses employés partis en livraisons, quand il n'est pas à Valparaiso ou Santiago pour des réunions et le ravitaillement. Tous les jours, il nous ramène du pain et quelques victuailles. Parfois c'est fête, il y a fruits, légumes et produits frais, parfois c'est disette et on mange des pâtes à la sauce tomates deux jours d'affilée.

On passe donc la majorité de notre temps avec Javier (prononcez J'h'avière si vous êtes cap de faire une jota) son employé de 19 ans. Habitué à la solitude dans son hangar à fruits de mer, le mec a pris l'habitude de faire ses propres bruitages et de créer la bande son de sa vie. S'il lave un bac à grandes eau il fait "Pssssssssssssssssssshhhhhhhhhhhhhhh", s'il déplace un truc il fait "vroum vrrrrrrrrrrrrrrrrrrroum", s'il est surpris il fait "Ho !", fatigué il fait "ohhhhhh". Un vrai personnage de manga !

Quand on lui demande ce qu'on peut faire c'est "no sé", "je ne sais pas", si on peut l'aider ? "no sé", où est tel ou tel truc "no sé" , est-ce qu'on fait ça Xavier ? "Mmmm... no sé.... creo que si". Sinon, son autre phrase c'est "qué hora es ?" parce qu'il a fait tomber son portable dans l'eau et n'a plus aucune notion du temps.

De temps en temps, à la ferme, il y a aussi Miguel. Depuis 5 ans l'employé d'Aldo, il n'hésite pas à lui casser du sucre sur le dos et à s'en plaindre tout en acceptant des conditions de travail clairement abusives et irrespectueuses. Mais c'est pas grave, pour faire passer ça, il boit des bières, fume des joints et surtout, s'en vante à tout bout de champs. Lui aussi un peu attaqué par la solitude, il juge approprié de nous détailler la couleur de son caca et nous montrer ses auréoles de sueur entre les fesses. Trash, gore, crado, dégueu, débilos'... les mots ne nous manquent pas pour le qualifier !

Et enfin, pour égayer cette bande de gars et participer au concours de grande gueule il y a Marcelo, le plus attachant de tous. Une tronche de comique, grand sourire au lèvres, toujours une bouteille de vin rouge sous le coude, Marcelo, pêcheur de crevettes la nuit, tous les autres boulots du monde le jour. Il vient nous apporter des bières, de la viande et un peu de gaieté parce qu'il monopolise la conversation en chantant et en racontant ses anecdotes de vieux briscard des mers, toujours suivies d'un énorme rire gras mais contagieux ! Lourdingue mais généreux, fatiguant mais amusant, il nous a aidé à supporter les conditions de vie archaïques et l'ambiance parfois morose de ces dix jours passés dans ce lieu improbable.

Et en ce qui concerne nos missions, elles sont tout aussi improbable que l’environnement !

Dès les premières minutes, dimanche matin, 9h12, nous étions dans le bain: bottes en caoutchouc aux pieds, devant une table parsemée de petites palourdes appelées julianas, nous avons du les prendre une par une pour enlever et jeter les mortes (qui sont donc ouvertes, gluantes et puantes) avant de faire des paquets de deux kilos à mettre dans des filets puis dans l'eau d'un bac. On a très très vite appris à respirer par la bouche !

Les jours suivants, nous avons été amenés à faire de même avec les crevettes pêchées par Marcelo: enlever les mortes, enlever les mues, ne garder que les plus grosses et les mettre dans des filets puis dans des bacs pour qu'elles arrivent vivantes et en pleine forme dans les cuisine des restau de luxe de Valpo ou Santiago. Nous avons compté et mises de côtés des huîtres, vendues par lots de 200 à 500 huîtres. Nous avons trié des escargots. Sorti et compté des crabes. Nettoyé des bacs. Nettoyé le sol. Passé le balais. Débouché les évacuations et les canaux. Ramassé des palourdes mortes. Vérifié que les langoustes avaient de l'eau et de l'oxygène.

Le business d'Aldo est simple: il achète des fruits de mers vivants au sud ou au nord du Chili, les stocke dans son entrepôt et les revend quelques jours plus tard aux restaurants du coin. L'une de ses activités les plus lucrative est le stockage de langoustes pour des mecs aux allures de mafioso. Nous avons participé à la réception matinale de 2300 langoustes qui arrivent par cartons de 28. Il nous a fallu les sortir une à une en les attrapant par les antennes et les mettre dans des bacs, pas plus de 25 par bacs, vite, vite, vite pour ne pas qu'elles meurent !

Quelques jours plus tard, ces mêmes langoustes ont du repartir, direction Shanghai. Dans l'après-midi, avec Antho, on a dû faire des trous au chalumeau dans 94 boîtes en polystyrène, quatre trous par boîtes. Les empiler, les ranger et les numéroter. La nuit, la session de "packing" a commencé.

A 23h, un camion réfrigérant est arrivé et nous a apporté de la glace. Javier, Miguel, Marcelo, Anthony, Jesus, Juan-Pablo et moi sommes descendus au hangar à fruit de mer. Antho et Juan-Pablo avaient pour mission de vider l'eau des bacs, de prendre 10 langoustes, de les mettre dans une caisse, de l'apporter à Javier et de recommencer. Javier, dans une autre caisse, plaçait 24 langoustes, les pesaient, notait le poids sur un tableau et annonçait un numéro de boîte. Numéros pairs pour Miguel, impairs pour Marcelo. Chacun d'eux allait chercher la boîte, préparait un lit de glace et de bolduc et mettait les 24 langoustes en question dans la caisse. Ils me passaient les caisses pleines pour que je les ferme: trois tours de scotch bien serré d'un côté, puis de l'autre. Jesus (oui oui, c'est un prénom aussi commun que Paul ou Pierre par ici...) reportait sur des étiquettes le poids de la caisse, y collait l'étiquette, prenait la caisse et la mettait dans la camionnette. Au bout de 18 caisses il a allait les décharger dans le camion réfrigérant et revenait.

On a fait ça jusqu'à 4h00 du matin, jusqu'à ce que 90 caisses nous soient passées entre les mains. Soit 2160 langoustes. Environ 1700 kilos au total.

A 4h00, elles étaient prêtes à partir pour l'aéroport de Santiago et à prendre leur premier avion avant de faire escale en Australie puis de repartir pour la Chine. Nous on est retournés dormir, exténués et écœurés d'avoir manipulé autant de bestioles vivantes en si peu de temps !

Vous l'aurez compris, notre expérience à la Marine Farms n'a pas été une partie de plaisir. D'un côté le boulot: répétitif, inintéressant et écœurant. De l'autre, des gens avec qui nous avons peu échangé et partagé. Nous sommes les énièmes français à passer par là, ils ne sont donc pas très curieux de notre culture, quand à nous, après trois mois au Chili, on commence à avoir moins de questions. On a la sensation désagréable de participer à un défilé de volontaires européens qui se font avoir et se retrouvent à faire un taf pour un patron qui ne nous utilise que pour ne pas avoir à payer un salarié supplémentaire. On n'a jamais eu l'occasion de voir le hangar destiné à la recherche, pas vu de bébés crabes grandir... On a juste aidé un mec déjà riche à se faire un peu plus de sous en échange d'une cabane miteuse et de tomates moisies. On se demande vraiment ce qui a pu enthousiasmer les autres volontaires qui ont laissé des commentaires dithyrambiques sur la page, et on s'apprête à aller en poster un un peu plus réaliste !

Ce qu'on y a gagné ? Le fait de ne plus jamais regarder les crevettes de la même manière ! Maintenant, on peut s'imaginer par où sont passées les bestioles avant d'arriver dans nos assiettes au restaurant. Et on sait ce que ça sent une palourde morte. Ça pue.

28

Après s'être récurés de la pointe des cheveux (ou de la barbe) jusqu'à sous les ongles du petit orteil; après avoir assistés ébahis à la transformation du contenu de nos sacs-à-dos, passé en une après-midi de l'état de "tas de nippes puantes que l'on touche du bout des doigts" à celui de "vêtements doux et sentant la lessive que l'on porte avec plaisir" et après avoir profité des cafés, glaciers, marchés, brasseurs et terrasses de Valparaíso nous repartons revigorés pour l'Argentine, Mendoza et ses vignobles.

Une fois n'est pas coutume, nous devons pour cela traverser la Cordillère des Andes. La dernière fois qu'on l'a vue d'aussi près, entre Bariloche et Osorno, elle était verdoyante. succession de montagnes pas très hautes recouvertes de forêts laissant la place côté chilien à une série de volcans aux pics enneigés. Cette fois-ci elle est désertique d'un bout à l'autre: pas un arbre, à peine de petites touffes d'herbes piquantes survivants aux vents et à la chaleur et d'impressionnantes découpes de roches qui forment des falaises, des ravins et de drôles de formes biscornues aux sommets. D'un instant à l'autre on passe de l'ocre au rouge, du marron au vert-de-gris, le long d'une route aux virages numérotés (?!) qui traverse sans sourciller l'immense Cordillère.

Au réveil d'une sieste bien méritée on se retrouve dans une vallée, sur une route plate et presque droite, où l'on découvre un peu de verdure, des arbres et un semblant de vie dans les villages que l'on traverse.

Et nous y voilà enfin, à Mendoza. Première fois en cinq mois qu'un bus nous dépose avant l'heure prévue à la gare routière ! Il nous faut nous réhabituer vite-fait bien-fait au taux de change argentin (on ne paye plus en milliers de pesos mais en centaines), s'acheter la carte de bus locale sans se faire écraser au passage piéton (parce que, si au Chili les voitures s'arrêtent vingt mètres avant de croiser les piétons, en Argentine les conducteurs accélèrent s'ils te voient sur le passage clouté), se rappeler des règles de prononciation locales où la calle, habituellement [cayé] devient la [caché] et où le "tu" devient "vos" et se réapproprier rapidement l'accent chantant des argentins.

Dans les guides touristiques, on apprend que suite à un tremblement de terre ayant détruit l'ensemble de la ville en 1861 elle a été reconstruite selon les règles de l'architecture antisismique. Ça donne des graaaaandes avenues très larges, très aérées mais aussi très vides (peut-être parce qu'on s'y ballade un jour férié ?). On se promène dans l'immense parc San Martin à la recherche de la roseraie et du lac. Comme toujours, on est surpris de voir que même dans un parc circulent les voitures, musique à fond, et que les gens font des concours de haut-parleurs; c'est à qui diffusera le plus fort le reaggaeton le plus vulgaire, sexiste et assourdissant. La réputation de Mendoza est fondée sur ses vignobles, c'est de là que viennent les vins argentins destinés à la vente et à l'export et c'est vrai que chaque mètre carré de terrain est occupé par des cépages de Malbec, Carbernet-Sauvignon et autres Pedro Jimenez. C'est sans doute pour ça qu'un petit malin de la mairie a jugé perspicace de remplir les fontaines de grenadine. On vous laisse juger de l'efficacité de l'initiative...!

Coup de chance, on est à Mendoza pile-poil pendant le Carnaval, fête nationale, transformé ici en fête des vendanges. Youpi ! L'occasion de se rendre sur le parvis de l'aéroport où se produit la star nationale Lisandro Aristimuño, très attendu par des hordes d'adolescentes et un parterre de familles, enfants, mamies justes curieux, et dont l'arrivée est préparée par les stands de vignerons du coin. On a osé demandé une bière, on s'est faits rembarrés, évidemment.

Mais le vin, dégusté en bonne compagnie puisque l'on est avec un couple d'argentins de Buenos Aires et leurs amis de Mendoza, coule à flot et, plus le temps passe, plus il est bon. La douce musique de l'orchestre philharmonique reprenant des airs traditionnels tape un peu sur le système, mais ça nous aura pas empêché de quitter bons derniers les pistes d’atterrissage dans de grands éclats de rire puisque les techniciens nous arrachaient les chaises de sous les fesses.

Bon mais au fait, qu'est-ce qu'on fait de beau à Mendoza, à part troquer la bière pour du vin ? Et bien on s'est trouvé un plan pour faire les vendanges chez Cécilia, à la Finca Bravi dont le slogan est "Fuera de la Ley !", soit "hors-la-loi". A peine quelques secondes que nous sommes dans sa jeep de vigneronne que l'on se sent bien et que l'on s'apprête à mieux profiter de notre wwoofing dans les vignes de Maipu que de celui parmi les palourdes à Valpo.

Cecilia a une cinquantaine d'années et elle alterne les moments d'hyper-activité où elle fait pleins de trucs à la fois en s'énervant et les temps calme sous la couette, sur le canapé, devant la télé, entourée de ses chats et de son chien Vladimir "comme Lénine ou comme Poutine, selon celui que tu préfères". On ne tardera pas plus d'une heure à le découvrir, elle est clairement du côté des Lénine. Elle jubile en se rappelant ce boxeur gilet jaune ayant mis "une bonne droite bien sentie dans la gueule de ce pourri de flic", fustige les socialistes, emmerde les capitalistes... et a des idées très arrêtées sur le monde et ses habitants. Les flics ? Hijos de puta ! Les politiciens ? Hijos de puta ! Les bourgeois ? Hijos de puta ! Les gens de Mendoza ? Hijos de puta ! Les vénézuéliens ? Hijos de puta ! Les péruviens ? Hijos de puta ! Les boliviens ? Ils travaillent bien ! Le Chili ? rempli de chiliens, tous hijos de puta.

Même sa fille (oui oui, sa fille) et ses neveux sont passés sans hésitations à la moulinette du "Hijo de puta". Le risque de se faire insulter étant élevé, on agit avec précaution et on prend des pincettes, essayant de la déranger le moins possible. Pas évident puisque, dans les tâches qui nous sont confiées, il y a la restauration de vieilles portes et fenêtres en bois et en fer. Arrachage de clous, on sait faire, mais où donc est le marteau ? Poncer, on est cap', mais y-a-t-il une ponceuse ? Non, on fait ça à la meuleuse. Euhh ?! Bref, comme toujours, pour pouvoir être autonomes, il nous faut quelques clés et indications, que l'on obtient entre deux râleries et invectives contre ce putain de monde de merde.

Mais la Finca Bravi devient rapidement, à nos yeux, un petit coin de paradis où les grasses mat sont autorisées. Des vignes de part et d'autre, un grand salon décoré anarchiquement (on ne parlera pas avec elle de la symbolique des poupées décapitées suspendues aux arbres et fenêtres, le sujet est jugé trop sensible), de vieux meubles retapés dans toutes les pièces, des plafonds hauts, de grandes fenêtres, des repas à base de tomates et basilic du jardin, du raisin à picorer par kilos, un four en terre cuite pour les pizzas maison, une piscine pour les pauses, un repas de famille du dimanche à 9 personnes où seront sifflées 10 bouteilles de rouge de la production maison, pas vraiment d'horaires même si on fait nos cinq ou six heures de taf journaliers... Bref, après quelques jours on marche un peu moins sur des œufs en sa présence, on apprend à avoir des conversations qui ne s'interrompent pas au premier "hijo de puta", on baisse la garde et on se sent parfaitement bien.

C'est donc ainsi, barbouillés de notre fête des vendanges de la veille, perplexes devant la porte en fer à décaper, sur les coups de dix heures du matin, prêts à attaquer la journée mais ne sachant pas bien par quel bout la prendre qu'elle viendra nous surprendre une dernière fois.

Visage fermé depuis plus d'une heure, elle s'approche et nous annonce qu'elle ne veut pas continuer avec nous. Qu'on est bien gentils mais qu'elle nous voit pas faits pour le job. Qu'on aura beau essayer, on a pas assez de force pour les vendanges. Qu'en plus elle nous l'avait bien dit de poncer ça à la main et pas à la meuleuse. Mais qu'on peut quand même rester quelques jours le temps de trouver où aller.

Quoi ? Comment ? Mais qu'est-ce qu'elle a cette madame aigrie ?! Que lui est-il passé par la tête à cette vieille bipolaire qui passe tellement de temps toute seule qu'elle sait plus être avec des gens ? Elle préfère faire venir "son feignant de neveu" que de nous garder pour qu'on fasse à deux le travail d'une personne ! Hein ? Oh ? Ohé ? Non mais ooooooh ? Vraiment ??? La veille tout allait bien et au matin on se fait virer ! Y'a pas à dire, on est vexés et déçus de ne pas pouvoir rester, on comprend pas bien quel câble a fondu pour qu'elle nous annonce sa décision de manière irrévocable. Alors on fait vite fait nos sacs, on passe un coup de balais dans notre chambre et on se tire de là encore sonnés par le tour nouveau qu'à pris la journée.

Sans hésiter une seule seconde, on monte dans un bus qui nous ramène de là d'où on vient, au Chili (par ce que nous, les chiliens, on les aime bien. Na !), et on se dit qu'après tout, elle est chez elle et dans son droit, mieux vaut nous avoir remercié que de nous avoir enduré en ronchonnant sur notre passage. Et on se console très vite en découvrant Santiago qui nous parait être une ville accueillante et agréable et, quand même, de temps en temps, on se permet d'insulter Cécilia en rigolant. Comment ? Mais avec son expression favorite bien sûr ! Hija de...!

29

Nous revoilà au Chili ! Mais pas n'importe où au Chili, sinon en plein cœur du pays, à déambuler dans les rues de sa capitale. Une semaine à Santiago n'aura pas été de trop pour profiter de ses grandes allées piétonnes et d'un peu de repos.

Quand on en a marre du centre commercial de banlieue de chez Pablo et Marcela, chez qui nous sommes hébergés, on prend un bus et un métro pour rejoindre le centre ville. En à peine 40 minutes on est sur la Plaza de Armas où la vieille cathédrale côtoie des immeubles rutilants de modernité; on profite des parcs, du mirador Santa Lucia, au hasard de nos déambulations on rentre dans un musée ou un centre culturel, on salue les gardes postés devant le Palacio de la Moneda, palais présidentiel qui en impose; on se retrouve au milieu d'une foule d'écoliers et collégiens, propres sur eux dans leurs uniformes repassés pour la rentrée; on mange des empanadas sur le pouce ou des arepas au Mercado de la Vega; on passe une journée à arpenter le Cerro San Cristobal duquel on a un panorama brumeux (pas de météo mais de pollution) sur la ville, immense, qui s'étend à perte de vue... Impossible de dire où Santiago finit tellement la mégalopole est étendue. Depuis le jardin japonais, on apprécie bien le contraste entre les quartiers ultramodernes où fleurissent les tours et dont la surveillance (pardon, la sécurité) est assurée grâce à des drones ou autres montgolfières bardées de caméras et les bidonvilles où ont poussées des cabanes construites de bric et de broc dans des endroits improbables. On ne résiste pas non plus à aller défiler avec les étudiants en ce vendredi 15 mars, le long de l'avenue O'Higgins "El agua, el agua, el agua no se vende ! No es un negocio ni tampoco un privilegio !"

Nos batteries sont rechargées à bloc et on quitte Santiago contents mais avec un petit pincement au cœur. C'est que la semaine nous aura suffit à prendre nos petites habitudes et à apprécier la routine !