Carnet de voyage

French West Indies

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Chapitre I: La Guadeloupe
Novembre 2020
365 jours
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Publié le 7 janvier 2021

Mercredi 28 octobre… La veille, nous l'évoquions du bout des lèvres, mais pas vraiment sérieusement. Trop de choses à faire encore. Finalement, quelques heures avant l’annonce officielle, la nouvelle tombe officieusement. Dans 3 jours, nous serons de nouveau confinés.

Notre départ, initialement prévu le 24 août, était déjà décalé au 12 novembre.

On y est presque. On tergiverse, mais pas longtemps. Impossible de se résigner à reculer et encore moins à renoncer. Cela fait deux mois qu’on vit chez Margaux et Jérôme (sœur et beau-frère de Perrine) il est temps de les libérer. Plus d’appart, plus de boulot, plus de voiture, plus d'attaches. Les prochaines 48 heures vont être sportives, mais il faut tenter le coup.

Les adieux ne sont pas faciles. D’abord avec Isabelle/Maman (de Perrine) et Molly (notre bébé !), sur l’aire d’autoroute de Laon. Elle est venue de Châlons-en-Champagne pour me remettre nos sacs à dos (les derniers jours avant le départ devaient se faire chez elle). Puis avec Margaux, en peignoir, à 6h30 du matin, le vendredi 30 octobre. Puis avec Jérôme, qui a la grande bonté de nous amener à la gare de Tourcoing. Nous sommes dans le train, la première étape semble franchie.

Nous partons à Orly en taxi. Notre chauffeur, Enébé, nigérian de 42 ans, des yeux rieurs et un rire éclatant, a raison: il n’y a pas de bouchon, c’est de bon augure. La conversation est agréable. Il ponctue chacune de ses phrases par: “tu vois ce que je veux dire?”. Je lui demande si le Nigeria est un beau pays, il répond: “les pays c’est comme les femmes, elles sont toujours belles aux yeux de leur mari” (la réponse est beaucoup mieux que la question).

Durant une conversation dont j’ai perdu le sujet, ce fier papa de 4 enfants nous dit: “personne ne peut dire ce qui est bon pour toi, seul toi le sait”. Je souris, je ne pourrais être plus d’accord. Et ce qui sera bon pour nous, là, maintenant, sera un bon gros n’avion.

Aucun encombre à l’aéroport, chaque étape passée est un soulagement. Un contrôleur s’enthousiasme de notre destination (“je suis de Pointe moi aussi !”) et nous mangeons notre goûter à même le sol, en réalisant à peine qu’on y est.

(Non, on ne va pas à Varsovie...) 

Grâce aux bons conseils d’Emilie et Flavien, nous sommes surclassés ! Une première pour nous deux, autant dire que le vol est bien agréable (et l’avion à moitié vide). Nous remontons le temps mais le coucher de soleil nous rattrape, pile au bon moment. On aperçoit la mer, puis les premières côtes de l’île. Quand l’avion atterrit, il fait déjà noir. Et une fois qu’il s’ouvre, il fait chaud. Très chaud. Nos bagages arrivent en dernier et nous nous retrouvons seuls dans l’aéroport, euphoriques.

Dehors, d’immenses cocotiers nous souhaitent la bienvenue et nous sommes déjà frappés par le chant des grenouilles, qui animeront toutes nos nuits pendant des mois. Flavien et Emilie viennent nous chercher. C’est eux qui nous hébergeront pendant notre séjour ici. En hôtes parfaits qu’ils sont, ils s’arrêtent prendre du poulet boucané (fumé à la canne à sucre) pour le repas du soir, accompagné d’une dégustation de divers vieux rhums et rhums arrangés. On fait rarement meilleur accueil.

 Here we are !!!

Flavien et Nico étaient en BTS ensemble, ils se connaissent depuis 11 ans, les retrouvailles sont excellentes et font chaud au cœur. Flavien vient de Grenoble, il est arrivé en Guadeloupe il y a 4 ans pour aider Boris (un autre ami de la promo) à créer un cabinet d’Orthopédie. Il a rencontré Emilie, native de l’île et amie d’enfance de Boris. Ils vivent dans la maison de fonction des parents d’Emilie, et déménageront bientôt dans leur autre maison, personnelle, dans la commune du Moule.

Dès le premier jour, ils en mettent plein nos yeux embués par le jetlag. Pour commencer en douceur, nous nous arrêtons à la plage de Saint François pour manger une des spécialités culinaires d’ici, un bokit ! Quelques tables en plastique amassées autour d’un camion reconverti en fast-food sommaire, et le tour est joué. Une gentille doudou prépare ses fameux sandwichs dont le pain est frit (c’est le concept), garni à votre guise, d’œuf/jambon/fromage/saucisse (souvent le tout à la fois) ou de poisson. On est au rythme antillais, alors on attend patiemment avec une bière, un planteur ou les deux… On a le temps cette fois, on n’est pas pressé, et ça fait du bien.

Nous partons vers la pointe Sud-Est de la Grande Terre. Nous faisons une halte sur la route et passons sous les arbres jusqu’au bord de mer jonché de rochers. Les vagues s’engouffrent dans une cuvette et projettent un immense rideau d’eau. Ici, on appelle cet endroit “la Douche”, elle porte donc très bien son nom, et forcément, qui qui va faire ‘mumuse dans l’eau tels deux chiens mouillés ?

"... et l'eau ça mouuuuiille...." 

Nous continuons notre chemin jusqu’à l’extrémité de la pointe et découvrons la Pointe des Châteaux. Littoral aux reliefs rocheux et aux rouleaux de vagues incessants. Monsieur Routard m’a appris que le nom ne tient pas de la forme de ces massifs mais ses anciens remparts du temps jadis (me souviens plus des détails). Le soleil se couche et colore le tout de jolies couleurs pastels. Nous escaladons les roches écharpées, taillées, acérées et percées de galeries creusées par les fouets incessants de la mer. (Nous y retournerons plus tard, donc nous n’en rajoutons pas pour le moment...)

Sur place, une doudou a installé une table, sa sorbetière en bois et vend des sorbets coco ou aux fruits. Première expérience gustative avec les sorbets coco, un délice. C’est crémeux et rehaussé d’un peu de citron vert.

Les jours suivants, nous aidons Flavien et Emilie à faire du jardinage dans leur maison de famille, celle dans laquelle nous déménagerons plus tard. C’est une belle et grande villa qui comporte un studio et deux bungalows. Cela demande donc un lourd entretien de jardinage et de travaux, et nous y retournerons donc fréquemment afin de pouvoir accueillir de nouveaux locataires. Je fais ma première expérience d’élagage de bananiers à la machette, et je n’étais pas peu fière, cela donne du style (beaucoup moins quand un coup de chaud me transforme en écrevisse). Les garçons luttent vaillamment contre un arbre à maracujas trop invasif, et Nico sympathise avec bon nombre de Bernard L'Hermite qui squattent les lieux (aux pieds des palmiers multipliants notamment).

 Après l'effort, le réconfort...

Le mercredi 4 novembre, Emilie nous accompagne à Pointe-à-Pitre. Nous allons tout d’abord à l’Institut Pasteur faire notre vaccin contre la fièvre jaune en prévision des futurs voyages. Ensuite, Emilie nous fait visiter le centre ville. Il fait une chaleur écrasante au point que - chose incroyable - je ne fais aucune photo tellement mes doigts sont boudinés (#saucisse). Ce n’est pas une mauvaise chose, nous observons et nous imprégnons de l’atmosphère des lieux. Les rues paraissent vides, et le confinement en métropole n’y est sans doute pas pour rien. Les maisons créoles, abîmées, décrépies faute d’entretien, laissent deviner à quel point elles étaient belles. Une grande maison coloniale au coin de la rue peut habituellement se visiter et possède une jumelle pas loin de chez nous. Le marché coloré et parfumé d’épices est bien vide lui aussi, au désespoir des doudous prêtent à casser tous les prix.

Nos pas nous conduisent à la grande Place de la Victoire, en bord d’eau, lieu d'arrivée de la Route du Rhum. D'immenses arbres centenaires l’entourent, superbes, distribuant leurs fruits (mangues, amandes…) à n'importe quel quidam qui passe. Emilie nous explique que la production est telle que la mairie ne peut tout ramasser. Elle connaît bien les lieux, son lycée n’était pas loin et la place était un repère régulier pour l’adolescente qu’elle était.

Nous tombons sous le charme d’un très vieux cinéma (appelé "La Renaissance", quelle ironie) dont la façade, retenue par des pylônes, est prête à s'effondrer. Au loin, nous apercevons le neuf et scintillant musée de l'esclavage (ou Memorial Acte), construit dans le quartier du Carénage. Ce quartier avait auparavant une très mauvaise réputation en tant que "fief" des prostituées de Pointe. Le musée a nécessité un investissement considérable et le résultat est, semble-t-il, à la hauteur. Nous prévoyons de le visiter plus tard. Nous partons ensuite au restaurant où nos papilles se trémoussent de plaisir (tartare de thon et filet de loup sauce passion, pour les gastronomes). Pour information, il n’y a pas match, les antillais savent VRAIMENT doser leurs cocktails (#vivelerhum).

Pour finir la journée, Emilie nous propose d’aller prendre l’apéro dans l’eau. Littéralement. Cette fille est formidable. Nous voilà à Sainte Anne, nous prenons une bière dans un petit bar au bord de la plage et nous trinquons le corps dans l’eau (à 29°C). Le soleil se couche, le ciel rosit et l’émotion est palpable quand nous croisons notre regard. L’expérience palpable du bonheur.

Comme je ne peux évidemment pas raconter que des choses positives et merveilleuses, je ne vais pas occulter la petite surprise du lendemain matin… la cystite ! (Là c'est donc Perrine qui parle ^^). Pour celles ou ceux qui ne la connaissent pas, je me permets d’utiliser l’expression délicate de ma mère: “C’est comme pisser des lames de rasoir”. Ça sert de leçon… n’oubliez jamais de boire les enfants, surtout quand il fait 30°C (et dans d’autres situations, mais vous êtes encore trop jeunes pour ça. Rien de grave évidemment et la pharmacie était déjà constituée.

Cela ne nous empêche pas d’aller au marché de Sainte Anne le soir. Un joli défilé d’étals colorés remplis de fruits et de légumes, d’épices et de rhums arrangés en tout genre. N'escomptez pas faire d’économies ici. Nous achetons des petites bananes boudinées dont on raffole, appelées ici des “figues pommes” (bien qu’elles n’aient rien de la figue, ni de la pomme). Une jeune fille, toute mignonne et maigrelette, nous sert avec application, et interpelle de sa petite voix sa “mamounette”. Nous achetons des acras à une doudou qui vante ses qualités de cuisinière sur une pancarte signalant son statut de finaliste lors d’une émission d’un “dîner presque parfait”. Malheureusement, les acras n’étaient vraiment pas terribles… Pour finir, nous sommes repartis avec du “punch cacahuète”, dont l’espérance de vie a été très courte une fois entre nos mains (une petite tuerie en somme).

Le vendredi 6 novembre, nous partons faire notre première randonnée. C’est une petite randonnée facile et proche, qui longe le littoral atlantique entre deux anses. Nous sommes partis de la baie Olive, malheureusement envahie de sargasses (algues envahissant les côtes antillaises). Les Bernard L’Hermite et les crabes (rouges avec une tache bleue électrique sur le dos) croisent notre chemin. Nous passons à côté d’une chapelle, traversons la forêt et descendons jusqu’à la plage que nous allons longer quasiment tout le long. Nous sommes seuls. Les rouleaux se fracassent contre le récif et le vent nous rafraîchit, ce qui n’est franchement pas dommage étant donné les litres que nous transpirons. Après un bref passage sous les mancenilliers (arbres indiqués par un cerclage rouge, dont la sève est extrêmement toxique voire mortelle, il est interdit de stationner au-dessous !), nous arrivons à l’Anse à l’Eau, une jolie plage de sable blanc bornée de palmiers. Nous renonçons à la baignade sans regret, et rebroussons chemin.

Le soir, Flavien et Emilie nous emmènent à La Lékouz (référence aux cousins, aux proches). La Lékouz est une brasserie artisanale située à Goyave, en Basse-Terre. Le bar est installé dans un immense hangar où l’on peut voir les cuves. La décoration est faite de tags, de tonneaux, de tables en bois. On est déjà fan. Et la bière est bonne en plus (ça ne vaut pas celles du Nord bien sûr ;) ). Nico et Flavien discutent avec le brasseur et lui achètent 20 kg de malt pour pouvoir brasser eux même.

On finit la semaine en bonne compagnie auprès d’Eric et Patricia, mon oncle et ma tante, installés définitivement depuis peu à Vieux-Fort, pointe sud de la Basse-Terre (donc à l’opposé de nous, pas de bol ^^), leur fille Anaïs, et le cousin de Patricia, Franck, et son épouse. Nous passons un excellent moment autour d’une paella créole succulente et de rhums, cela va sans dire. La conversation est riche d’anecdotes et on en apprend davantage sur les Guadeloupéens et sur eux, en regrettant toutefois, de voir à quel point ils ont toujours subi et subissent encore du racisme “ordinaire” en métropole (“vous êtes la femme de ménage ?”, “je peux voir votre carte de séjour ?”).

Nous repartons le ventre plein à craquer. Sur la route, un pépin arrive avec la voiture qui ne voulait plus monter au-delà de 2000 tours (voyant "système dépollution défaillant" allumé, Dieu sait si je m’y connais…). Nous prenons une petite sortie paumée, et nous nous garons à l'arrache dans l'herbe face à une petite maison. Au bout de quelques minutes, un guadeloupéen d'un certain âge sort pour nous demander ce qu’il se passe. Naturellement je lui dis: "oh ne vous inquiétez pas Monsieur, on ne va pas vous déranger longtemps !". Il me répond: "Pourquoi veux-tu que ça me dérange? Tu ne m'empêches pas de respirer hein !". Très gentil, il commence à regarder sous le capot et m'envoie - chez lui - récupérer du sopalin pour vérifier notre niveau d’huile. Finalement après avoir débranché et rebranché la batterie, la voiture démarre. Le monsieur a pris sa voiture pour nous suivre sur quelques mètres, afin de s’assurer que tout allait bien... Une anecdote sans grand intérêt, certes, mais qui montre bien la gentillesse des Guadeloupéens...

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Publié le 16 janvier 2021

Les deux premières semaines peuvent être définies par un mot: “Adaptation”.

On s’adapte à l’heure pour commencer. “On dit” qu’il faut un jour par heure de décalage pour se remettre du jet-lag. Dans notre cas, cela s’est vérifié, il nous a fallu à peu près 5 jours pour nous recaler.

On s’adapte au temps. La chaleur, bien sûr, 30-35°C si ce n’est plus, parfois assommante pour nous, les Nordistes, qui avons fui l’automne métropolitain. Mais surtout, l’humidité. Elle mérite à elle seule un aparté tant elle est surprenante pour nous. Soyons clair, nous n’avions jamais fait une telle expérience (à part dans une salle de bain mal aérée…).

Fin octobre, la Guadeloupe est encore en saison humide, il pleut souvent. L’humidité nous a enveloppé dès notre sortie de l’avion, c’est presque palpable. Quelques exemples concrets: les serviettes, bien que pendues sur des fils, ne sèchent pratiquement pas ; les vêtements restés trop longtemps pliés (les jeans !) dans la chambre que nous n’avions pas assez aérée, se sont couverts d’une fine couche de moisissures ; après la douche, mes cheveux (Perrine) restent mouillés pendant des heures ; ma peau, habituellement tellement sèche qu’elle rendrait jaloux des crocodiles, devient toute douce, bye bye les crèmes hydratantes. Au moment où l’on écrit ses lignes, cela s’est calmé bien sûr, avec l’arrivée de l’hiver et la diminution des températures.

On s’adapte au milieu. De l’appartement en ville et ses briques rouges, nous passons à la campagne antillaise, dans une maison toujours grande ouverte, entourée d’un jardin magnifique, composé de palmiers, de flamboyant, de frangipanier, de cocotier et de ses colibris qui virevoltent entre les branches tombantes de l’arbre à maracudjas. Un soir, c’est l’apparition de lucioles dans les arbres qui nous émerveillent (perso, j’avais rangé ça au rang des fées et des lutins). Quand la nuit tombe, les grenouilles commencent leur chant parfois tellement sonore qu’on les croirait à notre oreille. C’est d’autant plus surprenant quand on voit la taille de celles-ci (à peine une phalange). Ce paradis a un petit prix à payer, quand même: vivre avec… les insectes ! On dit que le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière, nous on se demande plutôt s’il n’est pas arrivé jusqu’ici. Tout est plus gros. Les araignées sont énormes, les chenilles sont énormes, les fourmis “manioc” sont énormes (les travailleuses qui transportent sans cesse des feuilles, des branches ou de la nourriture sur leurs dos), sans oublier les moustiques (une chasse incessante), les cafards, les papillons et les mille-pattes, appelés “Scolopendres”. Ah les scolo… Avant même de partir en voyage, nos amis Roland et Lucie nous avaient parlé de ces affreux mille-pattes parfois énormes, qui peuvent te piquer/mordre avec les crochets qu’ils ont au- dessus de leur tête et provoquer une douleur atroce. Tout un programme. L’un s’était retrouvé un matin sur leur moustiquaire. Avant même de mettre les pieds ici, je (Perrine) m’étais créé de toute pièce une nouvelle phobie toute belle, toute neuve, alimentée par les récits de tout un chacun ici (“je me suis fait piquer la nuit dans la nuque, il y en avait un dans mon lit”, “je me suis fait piquer en marchant dessus la nuit, mon pied était tellement gros que je ne pouvais plus mettre ma chaussure”, “tu ne peux pas simplement les écraser car ils sont solides, il faut couper la tête”). En réalité, mon inquiétude était (un peu) exagérée. Emilie s’est fait piquer une ou deux fois en trente ans. Nous en avons vu quelques-uns et les gars ont procédé à leur décapitation (vive les hommes, si vous ne savez pas à quoi ça sert, allez sous les tropiques, il vous tuera araignées et scolo et votre amour en sortira plus grandi). Néanmoins, je ne marche jamais la nuit sans sortir la lampe, on ne sait jamais…

Nous avons également des visiteurs plus sympathiques... les lézards ! Les verts sont appelés “Anoli” et les marrons “les Mabouyas”. Il n’est pas rare d’en trouver… partout en fait, à la recherche de cafards à déguster.

Oiseau sucrier, Anoli, Chenille de ouf, Grenouille chanteuse, Scolo et pied de tonton Eric 

On s’adapte au rythme. Imaginez que vous courez sur un tapis roulant. Vous courez, vous courez, sans jamais réellement avancer au final. Et d’un seul coup, le tapis freine brutalement. Vous avez envie de continuer à courir vu que c’est ce que vous faites toujours, mais là non, vous devez ralentir pour vous caler au rythme du tapis. Il est temps de se reposer, et puis de toute façon, encore une fois, vous ne courrez après rien, si ce n’est le temps qui passe. C’est l’effet que j’ai ressenti en arrivant ici. La “vie quotidienne”, le boulot, me donnait l’impression de courir après rien, et une fois arrivée ici, j’étais encore pressée. Comme lors de mes précédentes vacances, j’étais prête à remplir toutes les journées à venir par les coups de cœur du Routard. Pour Nico, c’était différent. C’est un caméléon, il s’intègre et se sent bien partout. Hormis la chaleur, il s’est adapté à tout très vite, même à la bière d’ici, qu’il qualifie plutôt de “boisson désaltérante” que de vraie bière… ;)

C’est lui qui m’a aidé, comme toujours, à m’apaiser, à trouver mes repères et à m’apprendre à vivre. Apprendre à vivre l’instant présent, à être patiente, à ne pas toujours s’inquiéter du jour d’après. On dirait des phrases insipides d’un magazine de psycho, mais c’est pourtant bien vrai.

Alors c’est ce qu’on a fait, on s’est mis à vivre. Nicolas s’est remis au dessin, à la lecture, à l’écriture d’un journal, à l'apprentissage de l'anglais et à la photo, à deux. Cela me manquait tellement de lire que j'ai englouti 4 romans en un mois, des classiques que j'avais mis de côté depuis des années. La pluie était une parfaite excuse pour flâner. Ce qui nous amène donc à la deuxième semaine.

Maison de Gardel, Ondée tropicale, Coucher de soleil  campagnard et Fleur de Tiaré 

Celle-ci est relativement plus calme pour plusieurs raisons. Après Emilie en septembre, c'est au tour de Flavien d'attraper la dengue quelques jours après notre arrivée (une maladie virale semblable à la grippe, transmise par les moustiques). Nicolas fait un léger syndrome grippal pendant trois jours une semaine après. Peut-être la même chose. Cette semaine-là, il pleut souvent. La Guadeloupe est en alerte orange et de nombreuses routes sont inondées (l'eau montant jusqu'aux fenêtres des voitures...) mais nous, nous sommes peu impactés car la maison est située dans les hauteurs. Durant les moments d'accalmie, nous nous promenons à Sainte Anne et Saint François, deux villes du littoral sud de Grande Terre, d’habitude hautement touristiques, réputées grâce à leurs grandes plages de sable blond. Pour l'une comme pour l'autre, il est étrange de voir ces villes entièrement vides, comme si le temps s'était arrêté. Pas de touristes bien sûr, la pluie certainement, mais aussi un certain isolement des locaux suite au covid. Quelques irréductibles se baignent malgré tout.

A Sainte Anne, nous allons faire un tour au "Village Artisanal" qui regroupe une succession de boutiques d’articles de souvenirs. Nous sommes quatre à déambuler, et c’est tout. Une vendeuse nous alpague pour se plaindre de l’absence de touriste. Ici il n’y a pas de confinement, mais c’est inévitable, certains trinquent quand même. Nous repartons avec un seul achat après notre virée shopping… du répulsif anti-moustique.

A quelques kilomètres de Sainte Anne, la ville de Saint François. Elle aussi semble endormie. Quelques restaurants s’animent, mais beaucoup moins qu'à l'accoutumée. Nous découvrons son port de plaisance et ses beaux bateaux (dont le yacht de Monsieur Damoiseau, par exemple) puis, nous longeons les quais jusqu’aux pêcheurs qui reviennent de mer et vendent leurs poissons sur des étals de fortune. Un des hommes dévisage Emilie et lance à Nico qu’il “est bien chanceux d'en avoir deux” !

Emilie nous amène dans un coin autrefois très touristique. Des bâtiments locatifs plutôt jolis et un restaurant, tous tristement abandonnés depuis l'invasion des plages par les "sargasses", algues envahissantes qui dégagent des gaz toxiques et fléau pour les Guadeloupéens. Les nuages gris alourdissent l’ambiance étrange de ce morceau de ville abandonné… (mais où sont les zombies ?!). Comme à Sainte Anne, certaines rues de Saint François présentent un défilé de petites cases, dont les portes parfois ouvertes laissent entrevoir la pauvreté des lieux, où trônent les lits médicalisés. Ces jolies petites cases décrépies sont occupées principalement par des personnes âgées et/ou très pauvres.

Cette deuxième semaine n’a pas été toute grise, rassurez-vous ! Nous avons fait des rencontres riches en couleurs, ami(e)s de Flavien et d’Emilie. Tiphaine, adorable grande blonde aux cheveux bouclés, trentenaire, surfeuse, assistante sociale. J’ai été invitée à une soirée entre filles chez elle, et j’ai pu rencontrer par la même occasion d’autres copines d’Emilie, dont Caroline, avec laquelle nous avons fait une rando un peu plus tard ( #alertespoiler).

Le samedi soir, nous rencontrons un couple d'amis d'Emilie et de Flavien. Elle est espagnole, lui portugais. C’est un couple impossible à ne pas aimer. Elle est brune aux cheveux bouclés, pétillante et pleine d'énergie, aussi belle que gentille. Lui est le genre de garçon qui te met tout de suite à l'aise avec son grand sourire, son regard chaleureux et son humour taquin, il est du genre à te prendre littéralement dans ses bras pour te dire aurevoir alors qu'il vient juste de faire ta connaissance.

Ce soir-là, nos hôtes nous ont encore gâtés. Flavien nous a cuisiné un hachis parmentier de canard confit flambé au rhum et aux patates douces. Emilie, excellente cuisinière et pâtissière, a fait un banoffee maison (au fond biscuit noisette et cajou, caramel maison, banane, chantilly...). Pas besoin de préciser que c’était un régal absolu. Impossible de dormir autrement que sur le dos ce soir-là ^^.

Le dimanche, Emilie et Flavien nous emmènent à la plage du Petit Havre, crique située entre la ville du Gosier et Sainte Anne. Flav nous dit: “Ne vous attendez pas à un truc de ouf” et naïvement, je l’ai cru… ^^ On y accède en descendant une ravine par une route tortueuse bordée de maisons. La plage se dévoile derrière les arbres et les cocotiers qui la bordent. Et ce petit havre porte bien son nom. Une jolie plage de sable blond avec vue sur les falaises (encore la Bretagne ?!). En cherchant un coin d’ombre où nous poser, nous croisons le chemin d’un iguane grand et vert, d’une nonchalance superbe. Il passe tranquillement sans se soucier de nous, jusqu’à l’arbre de son choix. Pris dans cette contemplation, nous ne le prenons même pas en photo.

A peine installés, nous prenons masques et tubas pour aller saluer les poissons. Le courant est assez fort et n’ayant pas de palmes à ma taille, je m’agrippe à Nico durant toute notre randonnée marine (on a essayé le coup des chaussettes dans des palmes trop grandes, fausse bonne idée). La curiosité du jour s’est finalement trouvée au DESSUS de l’eau: sur un même paddle, Papa, bébé et leur gros chien. Prépare toi Molly, on a de nouvelles idées pour plus tard...

Après avoir mangé sur le petit resto de la plage, nous sommes rejoints par des amis de nos amis (donc nos amis… #blaguedemaths): Magali, Joffrey, et leur petite de 2 mois. Encore des voyageurs.

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Publié le 25 janvier 2021

En octobre 2019, nous avons passé notre niveau 1 de plongée à la Réunion. Réalisable en cinq plongées, ce niveau permet de plonger en étant encadré d’un moniteur, jusqu’à 20 mètres de profondeur. Je n’avais jamais plongé de ma vie, mais Perrine avait déjà fait 3 baptêmes. Je lui ai fait confiance et je me suis inscrit directement au niveau 1 sans passer par le baptême habituel. Sur le trajet qui nous menait au club, elle me parlait déjà de passer le niveau 2 en Guadeloupe, et je lui ai répondu un truc du genre: “du calme, une chose à la fois, il faut déjà que je plonge une première fois pour savoir si ça me plait…”.

Après la première plongée, dans la voiture toujours, c’est moi cette fois qui lui ai dit: “Ok. On passe le niveau 2.” Un véritable coup de foudre ! Non seulement j’étais émerveillé par ce que je voyais, mais en plus j’aimais la sensation, je me suis senti tout de suite à l’aise et je voulais en apprendre plus. C’était donc notre objectif en venant en Guadeloupe.

Le niveau 2 est composé de deux parties: la première, le PA 20, permet de plonger en autonomie (en binome ou trinome) jusqu’à une profondeur de 20 mètres. La formation porte sur l’assistance en cas de problème, la planification de la plongée et l’orientation sur site. La deuxième partie, le PE40, permet de plonger en étant encadré par un moniteur jusqu’à 40 mètres de profondeur. Le tout, si tout se passe bien, se fait en 10 plongées.

L’épicentre de la plongée en Guadeloupe se trouve à Bouillante et en particulier à la plage de Malendure, sur la côte ouest de Basse-Terre (appelée aussi “Côte sous le vent”), où se trouvent la Réserve Cousteau et ses fameux îlets Pigeon. Ce secteur s’appelle communément ainsi depuis les années 80 car le célèbre commandant y aurait tourné une partie de son film “le Monde du silence”. Depuis 2004, un buste à son effigie repose sur le sable à 12m de profondeur au pied des îlets.

Nous avons donc pris contact avec le centre PPK plongée. Comme ce n’est pas “à côté” (1h25 de route sans bouchon), nous sommes partis de bon matin du Moule, et nous avons emprunté la Route de la Traversée, laquelle, comme son nom l’indique, traverse au milieu de la Basse-Terre, entre montagnes et de la forêt tropicale. Sur les hauteurs, il y a un micro-climat de bruine et de nuages qui disparaît très vite une fois que l’on descend dans la magnifique baie de Malendure, toujours ensoleillée. En novembre, nous étions quasiment seuls au monde, très peu de monde sur la plage, dans les centres ou les restaurants.

Baie de Malendure et club de plongée 

Petite précision: PPK signifie "Plongée Passion Karukera", Karukera étant l’ancien nom de la Guadeloupe attribué par les Indiens Caraïbes qui y vivaient, signifiant “île aux belles eaux”.

Nous voilà arrivés au centre, accueillis chaleureusement par Sébastien, un quarantenaire au large sourire, bronzé comme pas deux, des cheveux longs blondis par le soleil et la mer. Toujours jovial, il a un stock de blagues ou de mots d’humour pour nous mettre à l’aise (“la plongée sans air, c’est galère, la plongée avec air, c’est super !”, “vous savez pourquoi les plongeurs sont des alcooliques ? Parce qu’il y a un bar tous les 10 mètres !”, “Pour la mise à l’eau, les plongeurs font une bascule arrière... sinon en avant, ils tomberaient dans le bateau”). Nous nous dirigeons vers “le Chambord”, bateau qui nous amènera aux ilets. Un bateau historique ! Il s’agissait d’une des annexes du paquebot Le France, qui amenait les équipages à bord, il y a une soixantaine d’années. On lui a remis une véritable barre en bois pour conserver son élégance à l’ancienne. Gros avantage pour nous, il est suffisamment spacieux pour garder tout le matériel à bord. Comme dirait Séb, “Le Chambord, c’est tout confort !”.

Cette première plongée sert de remise à niveau et validation des acquis tout en nous familiarisant pour la première fois avec nos ordinateurs de plongée, utiles à partir du niveau 2. C’est une sorte de grosse montre que chaque plongeur garde au poignet, qui lui indique entre autres, la profondeur, le temps de plongée, la température de l’eau (28-29°C ici…), les paliers de sécurité, etc. Toutes ses données sont enregistrées et sont prises en compte en cas de plongées successives (combien de temps on peut rester à telle profondeur, prise en compte des états de fatigue, etc). Cela indique également le temps durant lequel on ne doit PAS prendre l’avion ni aller en altitude après.

Nous arrivons sur une des zones autour des îlets, l’Aquarium, qui mérite très bien son nom ! Bien-être immédiat une fois à l’eau, on retrouve les sensations familières de la plongée et nous voilà rassurés de retrouver nos réflexes. C’est comme le vélo visiblement, ça ne s’oublie pas. Puis, vient la claque visuelle. Nous longeons un tombant qui va jusqu’à 60m de profondeur, en nous limitant bien sûr à 20 mètres. Les fonds marins sont sublimes tellement la diversité de coraux et de poissons est exceptionnelle. Il y en a de toutes les tailles et de toutes les couleurs, des pastels, des fluos, des multicolores, des phosphorescents. On sent que le site est préservé depuis suffisamment longtemps pour que les coraux aient eu le temps de mieux se régénérer. Idem pour les poissons qui semblent habitués à la présence des plongeurs et passent près de nous, peu farouches. Ces instants oniriques passent toujours trop vite et nous remontons après une cinquantaine de minutes.

Afin de rester concentrés, nous n’avons pas pris la GoPro lors des premières plongées. Et quand nous l’avons prise après, on ne va pas se mentir, la maitrise était faiblarde donc le rendu assez mauvais. On va quand même essayer de vous sortir quelques photos potables, même si aucune ne pourra jamais rendre compte de la beauté des lieux… ;)

Après nous être rempli le ventre d’un bokit, nous partons pour notre deuxième plongée encadrée cette fois par Jade, en cours de validation de son monitorat de plongée.

Elle nous a libéré de la buée permanente sur nos masques en ... les brûlant au briquet ! (la surface vitrée bien sûr). On avait essayé tous les conseils qu'on nous avait donnés, le dentifrice, le liquide vaisselle et le spray de chez Décathlon, sans aucun résultat. Il a fallu enfin la rencontrer pour profiter d'une plongée sans buée avec nos masques neufs. Nous allons sur une zone plus au nord de la baie, appelée Jardin Japonais. C’est une grande plaine de rochers et de coraux, tout aussi riche en poissons. Jade commence à nous faire travailler la remontée assistée, puis nous partons explorer les lieux en terminant par traverser une petite grotte. Au retour, planteur offert et très apprécié !

Mercredi soir, nous allons boire un verre dans une autre brasserie artisanale, La Lézarde. Si la première, la Lékouz, était dans un style plus urban, street art, hangar, grand parking, celle-ci est son opposée. Ambiance cosy et intime, un parking beaucoup plus petit et une descente vers un jardin tropical soigné et des terrasses qui, de jour, jouissent d’une vue sur la forêt. Le bar est au bas d’une maison, les tables sont protégées par des toiles tendues et des petits ponts en bois passent au-dessus de ruisseaux. La bière est légère et subtilement parfumée (peut-être trop). J’ai préféré la brune (plus de goût) et Perrine l’ambrée et celle à la Gwozèy péyi (rien à voir avec nos groseilles, c’est une fleur de la famille des hibiscus). On a discuté avec le propriétaire qui nous a proposé de venir brasser avec lui une fois qu’ils auront déménagé leur unité de brassage. Affaire à suivre…

Jeudi, nous sommes retournés plonger deux fois. La première, avec Séb, à la Bouée Anticyclonique. Nous travaillons à nouveau la remontée assistée: cela consiste à remonter progressivement un plongeur qui est en difficulté, qui ne va pas bien, sans remonter en flèche, ce qui risque de provoquer un accident de décompression. Séb nous fait également la démonstration du déclenchement d’un parachute au cas où l’on se perd en mer afin que le bateau nous retrouve (à éviter autant que possible tant qu’à faire :) ).

Nous faisons la connaissance d’Arthur, pour notre deuxième plongée du jour à la Piscine. Un phénomène ! :) Notre crush amical des vacances. Un humoriste à lui tout seul, mais autant déconneur que sérieux et compétent en tant que moniteur. Événement rare et privilégié, nous ne sommes qu’à trois sur la bateau, et Arthur nous met en condition comme si nous étions une palanquée autonome. Il nous apprend beaucoup de choses sur la planification d’une plongée (à temps de mètres on fait un check-up du matériel sous l’eau, on contrôle la profondeur du mouillage, au bout de combien de temps on contrôle notre réserve, à quel niveau de réserve d’air on fait demi-tour, etc) et sur l’orientation (observation du site de mouillage, épaule côté tombant, sens du courant, lumière, etc).

Dimanche, Emilie et Flavien nous amènent à la Plage du Souffleur, à Port-Louis (côte ouest de Grande-Terre). C’est une plage très touristique et souvent bondée de monde. Surfeurs, loueurs de bouées tractées, jet-ski, ou simples baigneurs. On y trouve également plusieurs lolos et un bar de plage. Je dis une, mais c’est plutôt toute une succession de belles plages de sable blanc et de cocotiers, qui bordent des marais et la mangrove. Nous prenons des bokits à emporter et allons nous installer un peu plus loin, sur une plage plus étroite mais moins peuplée. Un site dont on se régale pour faire des photos.

On enfile tous nos masques, palmes et tubas pour aller faire du snorkeling près de la “caye” (le récif rocheux des lagons). Les fonds ne sont pas très riches mais en cherchant bien, on voit tout de même petites murènes, calamars, poissons colorés, oursins et étoiles de mer.

La farniente dure jusque 15h30/16h00 et pas plus car, quand le soleil commence à peine à décliner, les Yen-Yens attaquent ! Ce sont de tout petits moustiques qui te prennent d’assaut et te piquent sans cesse. Les marais expliquent leur présence en grande quantité ici. Nous retournons vers notre point d’arrivée et prenons un sorbet-coco avant de repartir. un des meilleurs de l’île selon Emilie et Flavien, on ne peut qu’être d’accord.

Sur la route du retour, nous nous arrêtons pour prendre en photo un des nombreux moulins au milieu des champs de canne, vestige de l’exploitation sucrière de l’île.

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Publié le 3 février 2021

Lundi, 4h30 du matin, le réveil sonne. Ce n’est pas une erreur de programmation, nous avons décidé de nous lever aux aurores pour aller voir le lever de soleil à la Pointe des Châteaux. C’est là qu’Emilie et Flavien nous avaient amenés le lendemain de notre arrivée. Rien que le “bas relief” nous avait paru majestueux, il était temps de prendre de la hauteur sur la situation.

Nous partons rapidement, il fait nuit, et les grenouilles chantent encore leur “hui-hui” habituel. Nous garons notre voiture sur le petit parking à côté de la plage, seuls au monde. Notre marche commence le long de la plage, à la lampe frontale, avant d’entamer la courte ascension de la falaise. Je ne pense pas être de nature très peureuse (si on exclut certains insectes ^^) mais je dois avouer que l’obscurité, la solitude, la lourdeur de nos pas dans le sable, et surtout le bruit chaotique des rouleaux de vagues s’explosant sur le rivage, rendent l’atmosphère lugubre, inquiétante et excitante à la fois.

A peine un quart d’heure plus tard, nous voilà posés en haut de notre rocher, à attendre patiemment le lever du soleil. Derrière nous se tient une grande croix qui nous rappelle celle de Binic (pour les connaisseurs…). Au pied de la pointe (à l’Est donc), se trouvent d’immenses massifs rocheux qui pointent hors de l’eau. En prolongeant le regard au loin, on tombe sur l'île de la Désirade. Au sud, la côte se déchire en falaises et tout au loin, c’est Marie-Galante qui se dessine. Nos pensées se perdent dans l’horizon. Nico est impressionné par l’immensité de l’océan qui lui inspire un sentiment d'humilité et un désir de conquête...

En agrandissant les photos, c'est encore plus beau 😉

Le paysage s’éclaire peu à peu et me fait penser une nouvelle fois à la Bretagne, si on exclut la température de 25 degrés à cette heure-ci 😉. Un homme arrive discrètement, puis quelques autres personnes. Nous prenons notre petit-déjeuner sur notre rocher (pain beurre - demi-sel bien sûr- confitures goyave et banane-caramel, on reste sous les tropiques !). Le soleil perce les nuages tout en restant farouchement pudique. Peu importe, sa parure n’en offre pas moins un ensemble superbe et émouvant. Une, puis deux frégates planent en stationnaire au-dessus de nous, je pense qu’elles se régalent elles-aussi.

Une fois le spectacle terminé, nous entamons notre randonnée en longeant les falaises côté sud. Nous voilà à nouveau subjugués par les énormes rouleaux de vagues qui s’y explosent dans un bruit d’enfer. Des falaises blanches, nous passons au falaises noires (lieu que j’imagine propice pour les vacances de Sauron et de Voldemort). Après avoir regardé quelques pêcheurs en action, nous rebroussons chemin vers le Nord, en reprenant le trajet initial de la rando. Changement de décor.

Nous suivons le littoral entre le lagon et ses eaux turquoises sur notre droite, et le marais et ses eaux calmes sur notre gauche. Dieu merci, la randonnée se fait majoritairement sous un “tunnel végétal” qui nous protège de la chaleur.

Nous grimpons une nouvelle fois pour admirer toute la côte que nous venons de parcourir, et une nouvelle fois, de belles grosses vagues s’explosent près de nous en dégageant les malheureux petits crabes qui tentent de s’agripper aux rochers (si vous n’aviez pas compris qu’on aime regarder les vagues…^^). De l’autre côté, une petite anse protège une jolie plage assez sauvage. Une baignade salvatrice s’impose avant de faire demi-tour et c’est finalement une douche intégrale qui nous surprend peu avant notre arrivée… les fameuses ondes tropicales ! Nous revenons à notre point de départ 5 heures après notre arrivée, lessivés et heureux.

A croire que nous n’en n’avions pas eu assez, nous repartons dès le lendemain pour une nouvelle rando en bonne compagnie. Emilie et une de ses amies, Caroline, nous emmènent à Trois-Rivières, au sud de la Basse-Terre. Direction les tropiques ! Nous empruntons le sentier de la Grande Pointe en démarrant sur un tombant de falaise (je n’ai jamais autant écrit ce mot de toute ma vie). Les filles, en intrépides guadeloupéennes qu’elles sont, décident d’y aller en tongs. N’étant pas particulièrement aguerris et fans des entorses, inutile de vous dire que nous n’avons pas fait le même choix... 😉

Après être descendus jusqu’à une petite crique, nous suivons la pointe noire escarpée, jonchée de rochers volcaniques et poreux, sur lesquels s’explosent…. des vagues ! :D. Difficile à traduire en mots ou en photos, le spectacle est réellement grandiose. En s’approchant près des rochers, on voit un mur d’eau s’élever au-dessus de nos têtes dans un bruit assourdissant. C’est fascinant, grisant et flippant à la fois (j’avoue, j’ai poussé un petit cri). Au loin, nous apercevons les merveilleuses îles des Saintes.

Comme le disent si bien les guides touristiques, cette balade permet de traverser l’histoire de l’île. A quelques pas de là, nous tombons sur d’anciens canons et une poudrière, témoin de son passé militaire. Puis, sur un ancien moulin (qui servait à écraser les cannes), témoin de son passé sucrier, et enfin, sur des roches gravées, témoins de l’ancienne civilisation amérindienne. Ces “pétroglyphes” dateraient de l’an mille.

Tout au long de notre parcours, nous traversons la “végétation tropicale luxuriante” (expression que je vole au Routard tant elle convient parfaitement) qui nous offre un défilé de paysages remarquables. Nous posons les sacs au pied d’une jolie cascade et d’un bassin d’eau douce. Le bain ne se fait pas attendre (même avant le pique-nique !). Une fois reposés, rafraîchis et repus, nous rebroussons chemin dans le sens inverse.

Je laisse le clavier à Nicolas pour la suite (vous comprendrez pourquoi :))

(Nicolas)

Journée Off (il en faut bien quelques unes) mais pas pour tout le monde ! Pour moi l’heure est grave, il est temps de faire le premier brassin Guadeloupéen ! Si vous avez bien suivi, nous avons déjà le malt, acheté en direct au brasseur de la Lékouz (et à un bon prix ;)). Nous avons commandé le houblon et les levures sur internet, plus faciles à faire expédier car très légers. On en a également profité pour acheter une capsuleuse. Ces dernières semaines, nous nous sommes entêtés à trouver tout le nécessaire pour notre mini-pico brasserie, et voilà ce que nous avons trouvé:

Pour l'empâtage (mélange de l’eau et du malt) et l'ébullition, Flavien a trouvé une marmite de bonne taille (environ 30L). La fermentation se fera dans une bonbonne d’eau de 20L, de celles que l’on met dans les fontaines à eau, assez répandues ici. Nous avons acheté un réchaud pour chauffer le brassin, et une passoire en inox pour la filtration. Il ne nous manque que le matériel adéquat pour broyer le malt, malgré nos multiples recherches d’un vieux broyeur de canne à sucre. Ce sera donc au mixeur que nous ferons la mouture, ce n’est pas l’idéal car on obtient trop de farine, mais faute de mieux, ça fera l’affaire.

Maintenant que nous avons tout le matériel, nous pouvons nous lancer ! Le but est de faire une bière qui se boit bien sous les tropiques, avec plus de caractère que celles que l’on peut trouver ici. Notre première bière sera donc une bière légère mais avec du goût...

Le brassage se déroule de la façon suivante: Pendant que l’eau chauffe pour atteindre 65°C, on broie le malt. Celui-ci sera ensuite mélangé à l’eau pendant 1h30 pour extraire les sucres : c’est l’empâtage. Puis, vient le moment de la filtration, étape qui peut s’avérer compliquée si nous n’avons pas le bon matériel, mais malgré cela, je trouve que l’on s’en est bien sorti. Le moût est ensuite porté à ébullition pendant 1h30, c’est à ce moment que le houblon est ajouté. La dernière étape n’est pas habituelle pour moi, il s’agit du refroidissement du brassin afin d’ensemencer les levures, sans que la température n’excède les 25°C. D’ordinaire, et surtout à cette période de l’année, je laisse la bière reposer une nuit dans la cuve de fermentation et le liquide descend gentiment à 20°C. Ici, étant donné que la température ne baisse pas en dessous de 25°C la nuit, nous avons dû remédier à ce problème en mettant la bonbonne de fermentation dans une bassine remplie de glaçons. Par chance, on trouve facilement des sacs de glaçons dans les commerces ou stations service. Une fois le moût refroidi, il faut ajouter la levure, et c’est parti pour deux semaines de fermentation sous la clim’ !!!

Ce premier brassin est prometteur. En le goûtant après houblonnage, je ressens une belle amertume en bouche qui s'atténue par la suite, le moût est sucré, et la couleur est claire ! Affaire à suivre !

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Publié le 2 février 2021

Jeudi, nous allons plonger de nouveau. Le matin, nous allons travailler l’assistance et l’orientation l’après-midi. Comme Nico l’a expliqué dans l’article précédent, nous plongeons autour des îlets Pigeon dans la réserve Cousteau, où un buste à l’effigie du capitaine au bonnet rouge a été placé au fond de l’eau. La statue se trouve précisément dans la zone appelée “Jardin de Corail”. Cet après-midi, nous allons y plonger pour la première fois.

Je m’étais déjà “spoilée” sur la statue en lisant des guides, mais pas Nico, qui avait évité toutes les photos.. J’étais donc excitée à l’idée de la découvrir et surtout, de voir sa réaction à lui. Une fois sous l’eau, Jade, notre monitrice, nous l’indique de la main. Mes yeux suivent sa direction, mais les dix premières secondes, je ne vois rien, je ne comprends pas. Enfin, je le vois et… j’éclate de rire ! (Ce que je déconseille quand vous avez les mêmes joues que moi, ça fait rentrer de l'eau dans le masque et il faut le vider à chaque fois… Au moins une douzaine de fois si, en plus, vous plongez avec Arthur).

Entendons-nous bien, ce buste est bien joli et sympathique, mais beaucoup plus petit que je l’imaginais. Naïve ou d’une imagination sans limite (je vous laisse choisir), je m’attendais à une statue de 2-3 mètres, mais à vue de nez, je dirais pas plus de 80 cm… Je l’ai raconté à Jade qui a souri, nous disant que tous les touristes voulaient le voir alors qu’en réalité, ça ne cassait pas des briques… Je dirais qu’il a tout de même le mérite d’y être et au moins, Nico n’a pas été déçu ! ;)

 Coucou Commandant !

Le lendemain, Emilie pose le programme, et quel programme ! Nous retournons à Sainte Anne, d’abord dans un restaurant - littéralement - au bord de l’eau. Certaines tables sont posées dans le sable, suffisamment près pour se faire chatouiller par les va-et-vient de l’eau si l’on est bien placé.

Elle nous emmène ensuite sur la plage de la Caravelle, considérée comme une des plus belles, si ce n’est la plus belle, plages de Guadeloupe. Malheureusement, elle se trouve au pied du Club Med, ce qui implique qu’elle est généralement bondée de monde. Ces temps-ci, le contexte est différent, le malheur des uns fait le bonheur des autres... Par manque de touristes, le Club Med est fermé, la plage (en semaine du moins) est donc désertée. Un bonheur pour nous ! Une belle plage de sable blanc, bordée de cocotiers, de l’eau claire et chaude, dans laquelle nous avons barboté tout l’après-midi. Certes, elle n’a pas le charme d’autres plages sauvages, mais nous n’allons pas faire nos difficiles... ;)

Samedi, nous allons à la villa pour jardiner et bricoler. Les garçons ont monté une palissade en bois coulissante et nous terminons la journée autour d’un apéro bien mérité et d’un jeu de société.

Dimanche, nous partons tous les quatre au nord de la Basse-Terre, que Nico et moi n’avons pas encore explorée. La pluie s’est invitée, alors nous modifions nos plans. Flavien s’arrête pour nous montrer l’Anse de la Perle et la plage de Grande Anse, qui n’en reste pas moins majestueuse malgré les gouttes de pluie. C’est une grande plage magnifique, sauvage, entourée de montagnes. C’est la plage “carte postale” de la Guadeloupe. (Pour autant, il n’y aura pas de photos ce jour-ci, on attendra que la pluie passe).

Nous mangeons dans un restaurant au port de Deshaies et nous avons repris notre “auto-tour” quand le soleil est revenu, direction Bouillante. La ville se nomme ainsi car il existe des sources d’eau chaude que la ville exploite pour la géothermie. Il existe deux bains chauds qui sont accessibles au public. Nous allons voir le premier à la Ravine Thomas, un petit bassin d’eau chaude dans lequel autrefois, les habitants faisaient cuire leurs oeufs ! (C’est Monsieur Le Routard qui nous l’a raconté). Il y a déjà des gens en pleine cuisson quand nous arrivons, nous rebroussons chemin vers la plage de galets pour faire du snorkeling. En traversant le chemin au milieu des hautes herbes, je trouve qu’il y a une odeur franchement désagréable. Impossible de l’identifier, ça ressemble à de l’huile rance pour moi…. Je n’y suis pas du tout, Emilie m’éclaire, se sont des herbes qui sentent la coriandre. Décidément, la coriandre et moi, c’est un conflit éternel (non, ne lancez pas de débat, c'est comme ça et puis c'est tout, il faut avoir des opinions tranchées dans la vie).

Joli spot de snorkeling, avec un immense “bras” rocheux qui s’écroule dans la mer. Les poissons y trouvent refuge. Je rencontre pour la première fois un poulpe (il ne m’a même pas donné son nom) et des petits poissons juvéniles, noirs avec des pois bleu marine fluorescents, très vifs, “comme un ciel étoilé” dit Emilie (son préféré). Nico se fait plaisir avec une murène et un crabe-flèche (qu’est-ce que vous allez imaginer…). Nous repartons peu avant le coucher du soleil, l'apéro nous attend...

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Publié le 17 février 2021

(Nicolas)

Lundi 30 novembre:

Comme j’aime souvent le dire de façon ironique: “On va encore vivre un moment difficile !”. Et c’est peu dire, pile-poil un mois après notre arrivée (le temps passe très vite), une superbe journée nous attend. Nous partons tôt pour plonger à 9h00, car les immersions les plus profondes sont toujours les premières de la journée. Jusque là, notre profondeur maximale de plongée était de 23 mètres mais aujourd’hui, nous allons descendre pour la première fois jusqu’à 40m !

Ce n’est pas particulièrement compliqué (je vous passe néanmoins les étapes techniques de DTR, paliers obligatoires, etc, mais si certains veulent plus d’informations vous pouvez...passer votre niveau ! ;)) mais il existe un phénomène particulier à appréhender qui s’appelle la “narcose”. Sans vous faire un cours exhaustif de physique/chimie de plongée, cela est dû à la saturation du corps en azote, gaz présent à (presque) 80% dans l’air.

Cette narcose ou “ivresse des profondeurs” comme disait notre bon vieux Jacques-Yves, se manifeste à partir de 30 mètres de profondeur, avec des signes divers et variés (lenteur de réflexion, désintérêt ou euphorie, hallucinations, perte de concentration et de réflexes, vertiges, perte de notion du temps et des la profondeur, etc… bref, vous êtes bourré quoi ^^!). Rien n’est absolu ni systématique, les réactions sont toutes différentes selon les plongeurs, selon les plongées, et un même plongeur ne réagira pas à chaque fois de manière identique. Par habitude, certains ne le ressentent même plus, ou à une plus grande profondeur. Ce n’est pas véritablement dangereux tant que c’est bien surveillé, et cela disparaît très rapidement en remontant de quelques mètres seulement.

Arthur nous briefe et nous promet de voir de belles raies ...

Nous nous mettons à l’eau dans un site que nous connaissons déjà bien. Nous descendons tranquillement jusqu’à 20, 25, 30 mètres… Arthur ne nous lâche pas des yeux et nous demande si ça va et si on ressent la narcose (le signe étant le poing qui tourne devant le nez). Pour ma part, je ne ressens aucun effet, bien qu’il m’ait avoué quelques temps plus tard que j’avais eu un grand sourire béat. Perrine, en revanche… :) Une légère euphorie, un sentiment de bien-être cotonneux comme quand elle est pompette (ce qui arrive rarement bien sûr). Elle est un peu déconcentrée, moins rapide dans ses mouvements, comme, par exemple, lorsqu’Arthur lui demande d’indiquer sa réserve d’air. Au lieu de faire 7 avec ses deux mains simultanément, elle regarde sa main gauche, réfléchit, montre ses cinq doigts, puis regarde sa main droite, réfléchit, et montre deux doigts, le tout dans un léger déséquilibre…(l’imitation est beaucoup plus drôle !).

Aucune raie, réelle ou hallucinée, ne passe par là. Fidèle à sa promesse, Arthur se charge de créer l’illusion. Il retire ses palmes, enfile ses mains dedans et entame une nage majestueuse digne de la plus belle raie manta… on y croit presque ! Nous explosons de rire, cette fois Perrine a le réflexe de tenir son masque pour ne pas avoir d’infiltration d’eau, mais moi je me fais avoir...

N’oublions pas tout de même que nous sommes là pour travailler, car même si nous sommes accompagnés, nous avons des paramètres à gérer, comme la profondeur! Imaginez un bord de côte qui tombe dans l’eau à un angle de 50/60°, et que sous l’eau le tombant se prolonge. On ne peut pas distinguer le fond, mais plus on descend, plus le décor s’ouvre à nos yeux, et comme la descente n’est pas compliquée en soit, le danger est de se faire attirer par les abîmes. Malgré notre état “narcosé” nous parvenons à gérer notre profondeur, Perrine ne dépasse pas les 39,9m et moi je dépasse de peu avec 40,3m. Nous remontons progressivement et les effets se dissipent très vite. Tout se passe donc très bien, on termine la plongée par une petite balade sous-marine toujours aussi plaisante.

De gauche à droite et de haut en bas: "Monnaie Caraïbe", Baliste noir, Grogneur de Virginie, Diodon (le préférée de Perrine !)

Nous mangeons ensuite un bokit sur la plage, ce qui est souvent le moment du débrief entre nous deux. Je raconte à Perrine qu’avant, quand je voyais les niveaux 2 et 3, et la connaissance qu’il fallait acquérir, j’étais à la fois fasciné, et désabusé car ça me semblait inaccessible. Mais maintenant, plus j’ai de connaissances, et plus j’ai envie de continuer. J’envisage même le niveau 3 ne serait-ce que pour en apprendre davantage et Perrine est du même avis. L’histoire se répète, et nous savons tous les deux que nous ne sommes qu’au début de l’aventure de la plongée qui est devenue notre grande passion commune.

Jusque là, nous avons toujours été des “chats noirs” en ce qui concerne les tortues. Déjà à la Réunion, nous n’avions ni tortue, ni raie, ce qui est vraiment rare. Ici, idem, nous en sommes à notre 7ème plongée, aucune jolie nageuse à l’horizon (“c’est vrai que vous n’êtes pas trop trop chanceux…” comme dirait Séb :p).Alors, pour calmer notre frustration, et surtout celle de Perrine, nous allons faire du snorkeling sur la plage de Malendure (en face du club de plongée) où les tortues y résident de manière permanente. “On les rencontre systématiquement ” qu’on nous dit !

Le “systématiquement” lui fait peur mais, par bonheur, au bout d’une cinquantaine de mètres de nage, une jeune tortue, toute jolie, fait son apparition. Elle mange tranquillement dans les herbiers qui tapissent le fond. Soudain, la tortue se déplace lentement, semblant voler jusqu'à la surface pour reprendre sa respiration, si près de nous que nous pourrions presque la toucher ! Je suis subjugué, et Perrine est aux anges ! Elle fait un petit tour entre les rochers, au milieu des coraux, ce qui rend le spectacle encore plus beau. Nous en rencontrons une autre, puis encore une autre ! Perrine a du mal à s’en détacher, mais on finit par rebrousser chemin après une heure de nage. Un bonheur n’arrivant jamais seul, nous en croisons deux de plus ! Cinq tortues différentes, de quoi nous combler et bien achever la journée.

(Tortues vertes et une intruse 😉 la Raie Torpille, ou Trembleur)

Comme je l’avais prédit, on a encore passé un moment difficile… ;)

Le lendemain, nous profitons d’une journée off pour trier nos photos et nos vidéos, écrire, lire ou dessiner. Le soir, nous sommes invités à prendre l’apéro chez des amis de Flav et d’Emilie. Soirée en toute tranquillité car le lendemain, devinez quoi!?! On plonge ! Et comme on nous l’a appris, la veille d’une plongée on se couche tôt et on évite de boire de l’alcool…en théorie du moins. ^^

Pour notre huitième plongée, nous retrouvons un binôme de nanas, plus avancées que nous dans la formation N2. Nous allons retravailler la remontée individuelle et elles la remontée assistée. Arthur utilise la vidéo comme outil pédagogique. Nous nous filmons les uns les autres pendant leurs exercices afin de pouvoir s’évaluer ensuite.

Mais avant cela, il nous faut programmer la plongée, repérer la profondeur du mouillage, paramétrer le temps de plongée, en prenant en compte le temps d'exercice. La mise à l’eau et les exercices se déroulent sans encombre, et la plongée qui suit également. Mais Arthur est d’humeur taquine aujourd’hui…

Au moment où je lui indique que l’on doit faire demi-tour, (selon les paramètres que nous nous sommes fixés), celui-ci me fait comprendre d’un geste nonchalant qu’il s’en fiche et que lui peut continuer car il lui reste assez d’air! “- Il doit le faire exprès pour me mettre à l’épreuve” me dis-je. Je m’approche alors de lui pour le convaincre. C’est alors qu’il enlève le détendeur de sa bouche et me crie: “le...bateau... est... à...5... min !” (oui, on peut entendre sous l’eau, le son s’y propage d’ailleurs plus rapidement que dans l’air). Je comprends donc à ce moment là que je n’avais pas tenu compte du courant au retour qui nous fera aller plus vite et qu’il fait ça pour ne pas écourter notre balade !

Sur le retour, pas très loin du mouillage, Arthur nous demande la direction du bateau. Perrine et moi l’indiquons sans difficulté. Les filles ne nous ont pas vus, donc il leur demande la même chose. Elles hésitent, ne sont pas tout à fait d’accord, tournent en rond, et finissent par donner la direction opposée. Il leur demande si elles sont sûres d’elle puis leur fait signe “okay, je vous suis”, et se retourne, retire le détendeur de sa bouche et nous regarde en faisant “hihihi”… Pas vache, il ne les laisse pas persister dans l’erreur et leur montre le bon cap.

Une fois le bateau retrouvé, nous restons entre 3 et 6 mètres de profondeur environ pour faire notre palier de sécurité. C’est habituellement le moment de la plongée où l’on se détend, car le bateau est à côté et que les exercices sont terminés. On attend, on fait des bubulles… Du moins c’est ce qu’on croyait… Arthur trouve le moment propice pour nous faire le coup de la panne… d’air! Au moment où il me fait le signe de détresse, je nage vers lui, mais je tarde à trouver le détendeur de secours (l’octopus). C’est alors qu’il “m’arrache” le détendeur de la bouche pour prendre une bouffée d’air, et me le rend après. Sur le bateau il me dira sur un ton jovial: “Et ben oui, si tu mets une heure à me donner de l’air, moi je te vois respirer, je cherche pas à comprendre je t’arrache le détendeur !”. (Rassurez-vous, je n’étais nullement en danger, ça fait partie de l’exercice ;))

Première photo: le Crabe Flèche (et son long nez !) 

Après un petit restau en amoureux au Rocher de Malendure qui offre une superbe vue sur la baie (pub), nous nous arrêtons sur la route du retour à la galerie “L’Art s’en mêle” (pub). Ce mois-ci l’expo est consacrée aux œuvres de linogravure d’Ade ADESINA et Florence POIRIER-NKPA (pub, pour les curieux). Cette dernière est présente et nous parle de ses œuvres avec enthousiasme. On ne connaissait pas cette technique, totalement similaire à de la lithogravure, mais sur un autre support... L’ouvrage est fastidieux. Les tableaux plaisent pas mal à Perrine pour tout le côté symbolique, moi je suis un peu moins enthousiaste. On a fini par s’éclipser gentiment au moment où l’on nous a remis la liste des prix de vente... ^^

La belle vue sur la réserve Cousteau et les ilets Pigeon, et un petit iguane qui passait faire coucou... 

Ce week-end, nous sommes de nouveau invités chez des amis d’Emilie et nous terminons la semaine en flânant à la Caravelle… Encore un moment difficile ! 😉

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Publié le 22 mars 2021

En route vers notre baie favorite, pour notre activité favorite. Nous embarquons avec Arthur et un couple de plongeurs, un peu plus jeune que nous. Cette plongée sera pour eux leur première plongée de formation niveau 2, et pour nous, l’avant-dernière. Durant le trajet en bateau, la nana nous raconte que ses copains lui ont fait passer (donner ?) son niveau 1 il y a 6 ans, en Thaïlande. Elle a refait 3 plongées “d’acclimatation” avant celle-ci, vu qu’elle n’avait pas plongé depuis. A posteriori, on a appris qu’elle a refusé de faire des exercices d'entraînement relativement simples, censés être maîtrisés au niveau 1 (exemple: le vidage de masque, moi non plus je n'aimais pas ça au début, mais pour plonger aisément et en sécurité, il FAUT savoir faire le faire, point). C'était donc un peu mal barré…

En arrivant sur le site, on distingue une tortue morte qui flotte à la surface, une bien triste vision. Cette plongée ne commence pas sous les meilleurs auspices… Des personnes, travaillant sans doute pour la réserve marine, arrivent pour la récupérer.

On se prépare et on se met à l’eau. La fameuse plongeuse galère à descendre au-delà de quelques mètres (ce qui n'est pas grave mais un peu étonnant à son niveau). Arthur la rejoint, la remonte, la détend. Deuxième tentative, elle y arrive, mais finit par s'énerver sous l'eau, s'angoisse, son masque est trop serré mais refuse l’aide d’Arthur qui finit par la remonter et la reconduire au bateau. Ça peut arriver à tout le monde, ce n’est pas un drame, mais finalement assez prévisible au vu de ce que l’on a appris après. Le temps s’est déjà bien écoulé, je me dis que notre plongée est un peu foutue mais bof, pas grave, on en fera d'autres.

Nous exécutons sans trop de difficulté notre dernier exercice de remontée assistée, puis, nous profitons du temps qu’il reste pour nous balader. C’est a posteriori que j’ai compris que toutes ces “mauvaises” circonstances s’étaient parfaitement alignées pour nous offrir le résultat qui a suivi. Nous tombons sur un joli requin dormeur qui sommeille sous un récif. Une grande première pour Nico et moi, et j’en suis réellement émue. On s’approche et contemple ce jeunot (un peu moins d’1m de long) qu’on appelle aussi “requin nourrice”, c’est dire s’il est inoffensif. Il ne présente aucun danger pour l’homme et peut dormir là, immobile, pendant des heures.

Nous croisons ensuite une murène verte qui nage en pleine eau d’un mouvement oscillant, fluide et délicat (c’est rare de la voir ainsi, d’habitude elle se cache !). Celle-ci est plus belliqueuse, il est donc fortement déconseillé d’approcher sa main de sa belle gueule plein de dents pointues (#hachisparmentier). C’est ainsi que cette plongée qui ne partait pas gagnante, est arrivée dans le top 3 des plus belles.

On repart une heure après pour notre 10ème et ultime plongée de formation N2. Je dis à Arthur en plaisantant: “Bon, le requin c'était terrible. Pour la dernière, si tu pouvais me commander une tortue VIVANTE par contre ça serait hyper cool". Lui de son côté, veut trouver le "Frog-fish" repéré par les précédents plongeurs sur cette zone (l’Aquarium). Sa rareté justifie l’excitation et l’appareil photo est de sortie. Par chance, nous tombons sur lui après quelques minutes de recherche. Celui-là est de couleur jaune, il se fond parfaitement dans le décor des coraux pour passer inaperçu. Si personne ne l’embête et qu’il n’y a pas trop de courant, il peut y rester plusieurs jours. Avec son sourire de bouledogue et ses yeux méfiants, il me plait plutôt bien.

En haut à gauche: "Frog-fish" ou Antennaire, en bas à droite: "Red-fish" ou Roussette 

La plongée commence donc très bien. La lumière est belle… il y a de nombreux bancs de poissons… l'atmosphère est agréable, on se sent bien… On s'amuse un peu avec la statue de Jacques Yves, un petit selfie et ça repart. On continue et, alors que je suis concentrée sur autre chose, j'entends la voix d'Arthur qui crie un bon coup. Je vois alors la silhouette d’une tortue remontant vers la surface. La vision m'a marqué. Une silhouette noire contrastant avec le bleu inondé de raies de lumière. On ne la lâche pas du regard pour la repérer une fois qu’elle descendra... et la voilà qui revient enfin ! Elle amorce une descente tranquille, puis s’installe sur une éponge qu’elle arrache et déguste avec appétit. Notre présence ne semble nullement la déranger et nous restons un moment à admirer la belle. Être à son niveau, la regarder évoluer dans son milieu naturel, est une expérience fabuleuse que nous attendions avec impatience et nous n’avons pas été déçus. Peut-être serons-nous un jour blasés de voir des tortues au bout de la 346ème, comme beaucoup de plongeurs aguerris, mais je pense que celle-ci restera gravée dans nos mémoires. Petit détail -peut-être-pour-vous-mais-qui-pour-nous-veut-dire-beaucoup, nous battons notre record de durée de plongée: 66 minutes inside.

Après la plongée, nous pique-niquons sur la plage et partons saluer nos copines écaillées. Elles ne se font pas désirer cette fois, deux jolies tortues vertes nous attendent à une vingtaine de mètres du bord. Pour finir la journée en beauté, nous fêtons notre N2 autour de quelques verres dans une pizzeria dont le nom officiel est “Le Coeur de Pigeon” et le nom officieux “L’Embuscade”, ai-je besoin d’en dire plus…?

 La plongée, c'est le pied ! 

Le lendemain soir, nous avons la chance de faire la connaissance de Joan, un ami de lycée d’Emilie. Grand voyageur, il revenait d’un long séjour en Namibie. Cette soirée n’est que le début d’une longue série de très bons moments passés ensemble.

Mercredi, les garçons mettent en bouteille leur première cuvée. La dégustation (intermédiaire) est prometteuse, la bière semble légère mais avec du caractère, bien houblonnée. Encore deux semaines de fermentation avant la dégustation finale.

Jeudi, nous nous sommes inscrits pour notre première plongée de nuit. Le rendez-vous étant à 17h30, nous décidons de faire une randonnée avant. Nous choisissons de nous arrêter sur la route de la Traversée et de grimper le col de la Mamelle Pigeon (742m d’altitude). En fait, Il existe deux cols au niveau de ce massif, dont la proximité et la forme évocatrice ont inspiré leur nom de “Mamelles”, évidemment pas choisi au hasard.

Nous grimpons notre première Mamelle en une petite heure environ. La montée au travers de la végétation tropicale est continue mais pas trop ardue. Un régal pour les yeux. Au travers des lianes, des fougères et autres arbres dont j’ignore le nom, nous prenons de l’altitude et admirons les montagnes vertes. Arrivés au sommet, nos efforts sont récompensés: Montagnes au Nord et au Sud (coucou la Soufrière), la Mer Caraïbe à l’Ouest, et à l’Est une vue plongeante sur la Guadeloupe et l’isthme qui sépare les deux Terres. Malgré le temps nuageux, on aperçoit également les lagons turquoise.

Une mamelle peut en cacher une autre...

On redescend tranquillement à la plage de Malendure pour manger chez Hubert, toujours le même petit lolo où l’on trouve nos bokits préférés. Une fois repus, nous nous installons sur la plage pour faire trempette et bouquiner. Le soleil se couche et nous rejoignons le club.

Nous serons 12 plongeurs et deux encadrants. Arthur nous avait conseillé de faire la plongée de nuit en étant encadré vu la difficulté d’orientation sur ce site. Malheureusement, le directeur de plongée a eu un excès de confiance et nous laisse en autonomie pour notre toute première plongée autonome en tant que N2 ! Bon, il suffira de suivre les palanquées mais je ne suis pas complètement sereine. Ce site est réputé pour être le dortoir des tortues, il faut s’attendre à en voir beaucoup en train de dormir, ce qui me motive suffisamment. Après les recommandations sur l'utilisation des lampes (nous en avons chacun une), nous nous mettons à l’eau. Je pointe la lampe vers le fond, mais contrairement à d’habitude, je ne vois rien d’autre que de l’eau trouble et des micro-organismes. Je ne vais pas mentir, ça fiche un peu les jetons. En descendant, on croise le chemin d’une jeune tortue en train de nager, puis nous commençons notre progression entre les différents bras et patates rocheux.

Contrairement aux autres sites de plongée où nous suivons un tombant, il est difficile de se repérer, et encore pire la nuit. Je suis un peu agitée (et ce sera le cas tout le long de la plongée) car j’ai peur de perdre le groupe (Nico me fait signe d’ailleurs de me détendre et de ne pas aller trop vite). J’arrive néanmoins à laisser aller mon émerveillement juvénile habituel. Pour vous décrire l’ambiance, je vais vous révéler un truc extraordinaire: d’habitude, quand nous plongeons, l’EAU EST BLEUE (applause !). Tout a un filtre, et il ne fait aucun doute que, pour mon cerveau, je suis donc dans l’eau (merci cerveau). En réalité, plus la profondeur augmente, plus les rayons lumineux disparaissent (le rouge disparaît environ à 5m, l’orange à 10m, le jaune à 20m).

De nuit, et à faible profondeur surtout (le max que nous avons fait c’est 10,5m), l’eau est “transparente” ce qui procure la véritable sensation de voler. Tout vole autour de moi. Les poissons, les autres plongeurs, moi. J’ai trouvé ça fantastique comme illusion (et j’ai poussé mon cerveau à forcer l’illusion en imaginant qu’il n’y avait pas d’eau). Comme nous utilisons des lampes de lumière rouge, les coraux et les poissons retrouvent leurs couleurs naturelles, le rouge, le jaune, l’orange ressortent, et c’est juste magnifique.

Les quelques photos que l'on a réussi à sauver !  

J’oscille entre plein de sentiments différents. Le négatif, toujours inquiète à l’idée de perdre les autres. Brusquement, je ne vois plus aucune lumière autour de moi, hormis celle de Nico. Je fais un 360° sur moi-même, je ne vois que du noir. Nico, qui m’a toujours à l'œil, remarque mon angoisse, me rassure et me fait signe de remonter un peu. En effet, il suffisait de dépasser le gros rocher que j’avais devant moi pour apercevoir les lumières qu’il cachait (je vous rassure, si nous étions vraiment perdus, il suffisait de remonter à la surface et de retrouver le bateau). Nous rejoignons deux plongeurs et je m’inquiète encore car j'arrive bientôt à mon niveau de réserve d’air et je n’ai aucune idée de l’endroit où nous sommes et combien de temps il nous faudra pour retourner au bateau. Mais peu de temps après, nous y sommes (le moniteur lui-même était surpris ^^). Autre point négatif, par crainte, nous n’avons pas osé aller trop loin et nous n’avons vu aucune autre tortue… “quand ça veut pas, ça veut pas !”.

Le positif, c’est quand même cette incroyable expérience. Nous avons vu des espèces qui ne sortent que la nuit et des couleurs exceptionnelles (comme des éponges phosphorescentes !). Nico a moins été “subjugué” mais il a aimé l’expérience de mise à l’eau dans le noir. Qu’à cela ne tienne, il y en aura d’autres...

Samedi soir, nous sommes invités pour la première fois au “village”. C’est là que vit Arthur, dans un bungalow qu’il loue à France et Tony, un couple de guadeloupéens qui possède une maison entourée de plusieurs bungalows en location (chose très courante ici). Pour y accéder, il faut prendre un peu d’altitude dans la montagne, et traverser un chemin plus adapté aux quatre roues motrices. C’est paumé et superbe. Ils sont entourés de végétation et ont vue sur la mer.

Comme souvent, le week-end c’est la fête chez eux, au bas de leur maison qui n’est qu’un immense rez-de-chaussée ouvert. Tous les locataires sont les bienvenus, c’est presque un rituel obligatoire ! Nous sommes accueillis par France et Tony avec une chaleur inégalable. Certains chantent, dansent, rient et les enfants courent un peu partout. A peine arrivés, déjà servis ! Nos hôtes s’attardent à ne jamais laisser nos assiettes et nos verres vides. La marmite de mojito passe -presque - inaperçue. Ici, le rhum vieux Reimoneq fait légion: 4 ans d’âge, 7 ans d’âge, 9 ans d’âge… Ils sont tous passés par le verre de Nico ! (à ses dépends… ;))

Nous avons fait la connaissance (entre autres) des voisins d’Arthur, un couple de Marseillais, et de JB, un très bon ami d’Arthur, moniteur de plongée également et fraîchement arrivé de Métropole. Après les bavardages, on nous appelle sur la piste, il est temps de danser ! D’abord à deux, avec des pas de westcoast qui semblent en impressionner plus d’un(e). Alors, afin de s’intégrer au reste du groupe, nous allons danser avec les autres.

L’une d’elle finit par ne plus vouloir lâcher Nico, ce tombeur ! :) On se marre en le regardant, puis je me fais embarquer à mon tour par son mari, sans doute un peu jaloux ^^ Aucune tension néanmoins, l’ambiance est très bonne. Je finis par récupérer mon homme blessé, l’orteil écrasé par la charmante dame un peu insistante. Il me fait part de leur conversation:

- “Elle est là ta femme ?”

- “Oui, elle est là.” (en me montrant du doigt)

- “Et ça ne la dérange pas qu’on danse ensemble ?”

- “Bah non, on ne fait que danser.”

- “Elle est jalouse ? “

- “Bah non, tant qu’on ne fait que danser“

- “et si on faisait plus?”

- “ah mais il n’y aura pas plus !”

La pauvre éconduite a tenté sa chance trois fois, avec les mêmes questions, mais hélas, le beau prince s’en est allé avec sa rousse préférée… (et ils vécurent heureux et eurent beaucoup de voyages).

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Publié le 25 mars 2021

Nicolas

Nous commençons la semaine en visitant le “Village Artisanal” de Saint François. C’est un ensemble de petites boutiques où se mélangent articles souvenirs divers et quelques ateliers où des artisans exposent leurs créations. Nous partons ensuite nous rafraîchir à la plage du bourg de Sainte Anne. Ce joli lagon n’est pas réputé pour être riche en poissons, nous laissons donc masques et tubas à la maison. Après une longue baignade, nous repartons vers le bord. L’eau effleure nos genoux, c’est alors que j’aperçois tout près de nous… une raie pastenague ! Je la montre à Perrine, aux anges, qui rêvait d’en voir (à vrai dire, elle rêve de voir tous les animaux marins, ça me facilite la tâche… ou pas !). Bien qu’elle soit petite (la raie, pas Perrine), le charme opère. Elle a même la gentillesse d’attendre que je la prenne en photo avant de partir vers le large. On sait qu’il y a des chances d’en voir en plongée (on prie même pour), mais en voir si près du bord, c’est un sacré cadeau. Comme toujours, avec la mer, il faut beaucoup de patience...

Petite raie pastenague égarée ! 

La soirée est poétique, c’est la nuit des étoiles filantes ! Nous nous installons tous les quatre dans le jardin, plus ou moins confortablement sur nos bancs (pas question pour Perrine de laisser un pied à terre à la portée des scolo…). Malgré notre avance sur l’horaire prévu, nous parvenons à en capturer quelques-unes.

Le lendemain, nous allons au Moule acheter du poisson. Les pêcheurs reviennent de mer et déposent sur des étals de fortune leur butin du matin. Nous cherchons en particulier du thon pour pouvoir le fumer mais ces derniers jours, la pêche n’est pas très bonne. Nous faisons le tour et je me rends compte que les poissons morts devant moi, en piteux état, sont ceux que je vois habituellement en plongée… Je sais bien qu’il ne faut pas être naïf et qu’on doit bien se nourrir, mais ça me fait tout de même réfléchir.

A défaut de thon, nous nous rabattons sur du poisson-lion. Le poisson lion (ou rascasse) est un magnifique poisson, qu’il ne faut absolument pas toucher car il est très toxique au niveau de ses belles nageoires. Il faut prendre des gants épais pour le manipuler, même mort (le poisson, pas vous).

C’est un poisson que l’on trouve habituellement dans l’océan indien, mais qui a envahi la mer des Caraïbes à la suite de la destruction d’un aquarium de Floride par un ouragan. Le problème est qu’ici, il n’est pas “connu” de ses potentiels prédateurs qui se concentrent sur leurs proies habituelles, il est donc peu chassé. D’autre part, c’est un féroce prédateur pour d’autres espèces. Ceci ajouté à un fort potentiel reproductif provoque un déséquilibre dans l'écosystème. Il y a eu des campagnes de chasse au Lion pour en limiter la propagation. Aujourd'hui, les eaux en sont donc un peu moins envahies. Nous quittons donc le marché avec nos emplettes et la conscience tranquille.

Poisson-Lion (promis, la prochaine fois on le prend de face) 

Perrine

Mercredi, nous partons de bon matin direction Morne Rouge, au nord de la Basse Terre, pour une sortie canoë. Joan et Amélie nous y retrouvent. Nous faisons la connaissance de Franck, qui sera notre guide pour la journée. Il a autour de 45 ans je dirais (c’est difficile à évaluer ici, ils font tous plus jeunes !) et fait ce métier depuis plus de vingt ans. Il a une formation de kayakiste en mer et en eaux vives en montagne.

Le temps est superbe, l’eau est calme, et les yen-yens commencent déjà à nous manger au bord de l’eau. Nous préparons les canoës et nous élançons à la découverte du grand cul-de-sac marin. Franck fait quelques haltes pour nous donner des explications sur cette réserve maritime protégée depuis peu. Le lagon est peu profond par endroit ce qui lui permet de nous montrer des étoiles de mer et différents oursins. Il reconnaît qu’avant, il sortait les étoiles de mer pour les montrer aux touristes. Cela fait seulement deux ou trois ans qu’il a appris que cela pouvait les tuer.

Pour les oursins, pas de problème. Il nous montre l’oursin noir aux longs pics. Contrairement à ce que l’aspect peut laisser croire, ses pics sont plutôt mous, le danger - si jamais vous aventurez votre pied dessus - réside dans le venin qu’ils contiennent et provoquent une grosse inflammation. Franck en prend une dans sa main et Perrine essaye de faire de même. L’oursin (que l’on voit habituellement statique) se déplace sur sa main avec des sortes de milliers de pattes inférieures, sensation plus qu’étrange d’après elle ( il est donc vite retourné à la flotte ^^). L’oursin blanc ne pique pas, on le manipule facilement et c’est lui qui est comestible (sa pêche est régulée). Il en existe aussi des verts qui se fondent dans les herbiers aquatiques (des herbes, pas des algues ! Celles que mangent les tortues, entre autres). Enfin, il nous montre le fameux Holothurie ou “concombre de mer”, à la forme et à la couleur évocatrices d’un étron (n’ayons pas peur des mots), dont le système physiologique est des plus particuliers. Il peut vivre en symbiose avec des petits poissons pouvant s’installer librement dans son intestin. Enfin, il peut finir (quand il en a marre de se faire ratiboiser l’intérieur sans doute) par éjecter la totalité de ses intestins.

Oursins et Concombre de mer (sexy) 

Passé cet intermède biologique, nous poursuivons notre balade entre les mini-îlots de palétuviers, en observant les pélicans qui tombent en flèche sur leurs proies sous-marines. Nous arrivons au petit îlet “la Biche” (impossible de savoir réellement l’origine de ce nom). Imaginez un petit îlet de palétuviers qui abritent un recoin caché où se trouvent une grande table en bois et un petit coin à barbecue. Le tout entouré d’un lagon cristallin. Le rêve ! Nous descendons des canoës et installons les affaires, grand sourire aux lèvres en découvrant les bouteilles de rhum que Franck avait dissimulées (“on ne peut plus servir d’alcool à cause du covid, c’est la règle !” mouhahaha). Celui-ci se rend compte qu’il a oublié le charbon, plutôt problématique. Il appelle un ami, repart avec son canoë et nous invite à faire du snorkeling autour des îlets. On ne se fait pas prier. L’eau est peu profonde (1m/1m50) et bien claire.

Bébé Barrac' en bas à gauche 

On découvre un tout nouveau monde sous-marin qui vit entre les racines de palétuviers. Des millions de petits poissons, des bébés barracudas en veux-tu en voilà, des soles, des poissons-perroquets et même… un hippocampe ! Je dois avouer que celui-ci m’a tout d'abord laissé perplexe. Il était noir, et parfaitement immobile. Je pensais que c’était vif comme n’importe quel poisson, mais il s’avère (et on me l’a confirmé ensuite) que l’hippocampe est une parfaite feignasse nonchalante qui se laisse bercer par les flots et dort tranquille là où il est. Charmante créature en somme.

De retour près de notre campement, Franck nous demande de ne pas marcher sur la droite du chemin, il a quelque chose à nous montrer. Il prend un bout de poisson cru sur une fourchette et commence les présentations. Il va nous montrer une Crevette-Mante.

Je me permets d’aller chercher sur internet des informations pour ne rien oublier et les titres sont équivoques et correspondent tout à fait aux explications de Franck. “Le meilleur boxeur au monde”, “Ce crustacé qui peut vous briser le crâne”. Elle ressemble à une grosse langouste qui vit dans un trou de sable. Sa tête est effectivement visible à l’entrée (et j’aurais pu marcher plein de fois dessus !!). En rapport force/taille, il s’agit de l’animal le plus puissant du monde (ou au moins “l’un des”). Je me permets un petit copier-coller pour me faciliter les choses:

Les espèces « frappeuses » comptent parmi les animaux les plus rapides du règne animal : leurs appendices ravisseurs atteignent la vitesse de 31 m/s (112 km/h)1. Leur frappe délivre une force résultante à près de 1 000 newtons en 2 millièmes de seconde sur une surface très réduite, ce qui équivaut à une accélération proche de celle d'une balle de pistolet (10 400 g soit 104 000 m/s2). Ces coups sont tellement rapides qu'ils provoquent des bulles de vapeur explosive (phénomène de cavitation), dont l'implosion provoque une seconde onde de choc, capable à elle seule d'assommer une proie qui aurait échappé au coup. Cette force de frappe permet aux crevettes-mantes de briser facilement les coquilles les plus dures et d'atteindre ainsi leur nourriture (bivalves, gastéropodes, arthropodes...), mais aussi de se défendre contre d'éventuelles menaces, notamment des mains de plongeurs ou des caissons d'appareil photo sous-marin. Il a déjà été rapporté que ces animaux sont capables de briser des vitres d'aquarium ou des caissons d'appareil photo sous-marin grâce à ce coup.

Franck approche donc de son trou, et l’on voit la crevette sortir doucement sa tête, puis lancer son long bras et son corps à une telle vitesse qu’il est impossible de capturer l’instant. Il ne reste pas grand chose du bout de poisson. Franck nous dit qu’un touriste ne l’a pas cru et a approché sa main trop près… et a perdu une phalange. C’est peut-être une légende, mais je veux bien le croire.

Après cette impressionnante (et flippante) démonstration, je contourne d’un mètre l’habitat de la boxeuse, et nous nous installons pour manger. Euh pour boire pardon. Puis manger ^^ Ti-punch, planteur, nous ne sommes pas en reste… Franck avait préparé de la daurade en sauce délicieuse à base d’épices et de beurre rouge. L’ambiance est excellente au point que le temps s’écoule sans que Franck ne prenne garde à l’heure. Un peu (beaucoup) éméché, il nous fait découvrir une musique qui m’a fait ma semaine. Nous parlons de Francky Vincent et de ses chansons… grivoises, et je découvre qu’il y avait un autre maître en la matière: “Joyeux de Cocotier” et sa chanson: “Ma cousine”, qui commence littéralement ainsi: “J’ai oublié que c’était ma cousine, je l’ai prise dans la cuisine”. Je vous invite à regarder le clip, style années 80 sur fond vert dégueulasse et pin-ups en bikini qui dansent autour d’une piscine. Un chef-d’oeuvre :)

D’un seul coup, le vent se lève, les nuages gris nous recouvrent et nous montons la bâche pour nous protéger de l’averse. Comme toujours en Guadeloupe, l’averse est de courte durée et nous n’avons pas froid. Cela est une excuse de plus pour resservir les verres.

Pendant que les conversations mènent bon train et que le soleil revient, je retourne faire trempette avec les filles (tout en évitant Mohamed Ali). J’ai le bonheur de voir une nouvelle fois une petite raie pastenague près de nos pieds, trop peureuse malheureusement pour rester prendre le café. Puis une deuxième, avec Nico cette fois. Je ne me lasse pas de la délicatesse des mouvements ondulants de son corps quand elle nage.

Nous finissons par repartir, avec à peine.. deux heures de retard ! ^^ Franck nous fait croire que nous n’avons plus le temps pour la mangrove et au départ, un peu inquiète, je le crois, petite naïve que je suis. Nous parcourons 3km en pagayant difficilement car la mer est plus agitée. Franck, tout guilleret, nous donne des leçons pour pagayer plus efficacement en se fatiguant moins. Cela n’est pas facile à intégrer, mais payant. Nous arrivons dans un “lac” très calme, au bord de la mangrove. Notre pauvre Franck tombe à l’eau, allez-savoir-comment, et perd ses lunettes de soleil. Joan s’est lancé pour aller les récupérer, pieds dans la boue et masque sur le nez. La première tentative fut une réussite, ce qui n’était pas une mince affaire vu que l’eau n’était plus du tout transparente. Franck était abasourdi: “c’est la première fois qu’on va me chercher mes lunettes… et c’est la première fois que je les perds !”. On se paye de beaux fous rires tous ensemble, lui compris.

Merci Joan pour les belles photos ! 😉

Ensuite, nous entrons dans le vif du sujet. Nous empruntons un chenal sinueux au milieu de la mangrove. Une forêt d’arbres immenses comme la jungle, que nous parcourons au ras des racines sur lesquelles circulent des petits crabes. Un véritable enchantement. L’embouchure se fait sur un nouveau “lac” où nous attend Franck, lequel nous fait parfois des blagues sur le chemin à suivre. Il nous montre des “cassiopées”, espèces de grosses méduses blanches qui vivent par milliers au fond de ces plans d’eau saumâtre. On les voit par transparence. Franck en tient une dans sa main, en nous assurant qu’elle n’est pas venimeuse (“sinon je ne la prendrais pas en main !”). Oui c’est logique, mais pas tant que ça. La bêbête est en réalité légèrement urticante et c’est Joan qui en fait l’expérience, en la plaçant au-dessus de sa bouche pour faire semblant de la manger. Sauf que l’eau qui coule dans sa bouche a coulé sur la méduse avant…

“T’es sûr qu’elle n’est pas urticante ? Je sens des picotements dans la bouche”

“Je n’ai pas dit de la mettre à la bouche non plus !”

Nous faisons le trajet dans la mangrove (#mondemerveilleux) puis nous pagayons jusqu’au rivage, en faisant la course (Flavien et Emilie en tête). Franck n’en revient toujours pas: “En vingt ans, je n’ai jamais fait une journée comme ça !”, “C’est la pire journée que j’ai faite !”, “Jamais on ne m’avait ramassé mes lunettes !”, “Mais en fait je n’ai jamais vu cet endroit sous cette lumière moi, d’habitude, à cette heure-ci je suis rentré depuis deux heures !”

Je lui dis que c’était sans doute la pire journée d’un point de vue professionnel, mais la meilleure d’un point de vue personnel/relationnel. Il en a convenu. :)

Les yen-yens étant déchainés, nous nous dépêchons de repartir, fatigués mais heureux.

Jeudi, nous nous levons aux aurores pour notre première plongée sur épave, le Franjack.

“Originellement baptisé ORESUND, construit au Danemark en 1958, ce cargo sablier d'environ 50 mètres a d'abord navigué à Copenhague (Danemark) et ensuite du côté de la Rochelle dans les années 70.Il est racheté par une compagnie du Gosier en Guadeloupe en 1983. Après quelques années de navigation dans les Caraïbes, il subit comme tant d’autres le passage du cyclone Hugo en 1989. Abandonné à son triste sort, il sera finalement dépollué et coulé comme récif artificiel le 9 juin 1996 au large de Malendure à Bouillante. Il gît désormais bien à plat sur sa quille, sur un fond de sable à 24 mètres.” (merci PPK).

Arthur se joint à nous pour cette plongée et nous invite à descendre le plus vite possible du bateau pour une petite visite VIP. Il plonge le premier pour prendre des photos de l’épave avant que le reste du bateau n’arrive. Nous le rejoignons rapidement et tombons immédiatement sur un énorme pagre qui faisait un tour à l’avant du bateau. La découverte de celui-ci est impressionnante. C’est la toute première épave que nous découvrons et nous ne sommes pas déçus. Le temps a bien fait son œuvre et l’a recouvert de coraux de toutes tailles, de toutes formes, de toutes couleurs. Il y a des poissons partout, pas effrayés par notre présence. C’est absolument magnifique. Cela me fait penser au bateau maudit dans le film Pirates de Caraïbes, dont le navire et l’équipage sont recouverts de coraux. C’est le Disneyland de la plongée pour moi (et ce jour, je n’en suis qu’à ma 19ème plongée !)

Tout en bas: Ange Français (devinez si c'est celui de gauche ou de droite 😉) 

Arthur nous emmène dans la cale. On “descend” les escaliers, on découvre les machines, les énormes tuyaux, on joue avec les boutons. J’ai l’impression de voler. On regarde le bleu à travers le hublot, comme dans un sous-marin. On sort et explore le reste du bateau. Arthur nous montre une murène cachée dans un tuyau (il dit qu’elle est petite, mais une fois la gueule ouverte, je la trouve énorme). Mes photos, majoritairement floues (j’ai encore du boulot) ne rendent pas justice au monde merveilleux que j’ai sous les yeux. Une petite tortue passe par là, puis une grosse. Plein de gros diodons posent devant l’appareil pour mon grand plaisir (mon poisson préféré !). Malheureusement, le temps passe trop vite et l’air diminue, on remonte donc tranquillement en observant toute la vie microscopique qui s’est développée sur le mât. Arthur s’amuse à propulser des volutes sur JB en contrebas, avec son pistobulle. Il ne s’en rend pas compte malheureusement et moi qui me marre, je remonte trop vite, Arthur me fait signe, ça m’apprendra… ^^

Je vois les mêmes étoiles dans les yeux de Nico. A peine ressortis, on se dit qu’on y retournera. De nuit aussi ;)

Après une petite bataille d’eau de pédiluve sur le ponton avec Jb (fallait pas me chercher gnark gnark), nous nous mettons au sec et repartons direction Vieux Fort. Nous longeons toute la côte sud-ouest que nous n’avions pas encore faite. Nous nous arrêtons au phare avant de rejoindre Eric. Le phare est réputé et donne une vue superbe sur les côtes et sur les îles des Saintes au loin. Nous retrouvons Eric avec lequel nous passons l’après-midi et la soirée au retour de Patricia. Le prochain rendez-vous est pris pour Noël, dans la famille de Patricia...

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Publié le 10 avril 2021

Nicolas

Dimanche, Emilie et Flavien sont partis en métropole pour les fêtes de Noël. Nous avons profité des quelques heures avant leur départ pour faire notre deuxième brassin. Un peu plus rodés sur le matériel, nous commençons à trouver nos repères. La bière sera un peu plus maltée que la précédente, et nous avons brassé en plus grande quantité (environ 20L).

Lundi matin, nous décidons d’aller explorer la pointe Nord de l'Île. Objectifs du jour : la Porte d'Enfer, le Trou a Man Coco (ou Trou de Madame Coco) et la Pointe de la Grande Vigie.

Le paysage de ce côté de la Guadeloupe est complètement différent de ce que nous avons l’habitude de voir, la mer venant s’écraser sur d'immenses falaises. Nous retrouvons la sensation que nous avions eu à la Pointe des Châteaux. La force de l’océan, le vent qui souffle en rafales et la roche creusée par les éléments offrent un spectacle magnifique. La randonnée commence par un chemin qui longe une crique. L’eau calme vient s’échouer sur une petite plage, avec des carbets ici-et-là pour pique-niquer.

Nous remontons le sentier tout en nous élevant sur la falaise. La beauté du paysage se révèle petit à petit. La houle augmente et on commence à comprendre pourquoi cet endroit s'appelle la Porte d’Enfer ! L’océan déchainé s’engouffre dans la baie dans un feu d’artifice aquatique et les vagues s’éclatent sur les parois abruptes.

Nous arrivons rapidement au Trou de Madame Coco dont la légende raconte qu’elle se serait noyée ici suite à un chagrin d’amour. Il s’agit d’un immense creux dans la falaise qui a succombé au ressac incessant des vagues et du vent. L’endroit est propice à de belles photos et à la contemplation mais, rapidement, le temps devient menaçant. Nous décidons de faire demi-tour pour récupérer la voiture et de nous diriger vers la Pointe de la Grande Vigie.

La route longe la côte, qui s’élève à une cinquantaine de mètres au-dessus de la mer. Nous nous garons sur un petit parking qui surplombe la Porte d’Enfer, et profitons du panorama qui est à couper le souffle. On s’en met plein les yeux jusqu'à notre destination: la Pointe de la Grande Vigie, extrémité Nord de l’île.

Nous évoluons sur un petit sentier aménagé au travers de la végétation qui nous amène en 5min à la pointe et, surtout, à un beau point de vue. Cette fois-ci, en admirant le paysage, nous sommes stupéfaits par… un mur d’eau qui s’avance vers nous et d’énormes nuages qui plongent l'horizon dans la pénombre. Le plus impressionnant est la rapidité à laquelle l’averse fonce sur nous. Après avoir fait le tour du site, nous rebroussons chemin à vive allure, essayant d’y échapper. Malheureusement, elle nous rattrape et nous sommes trempés en une fraction de seconde. C’est comme si quelqu’un avait appuyé sur un bouton ON ! Nous courons contre le vent pour nous réfugier dans la voiture. Une fois à l’abri, nous décidons de rentrer… après un petit détour par Port-Louis, pour déguster un sorbet coco sur la plage. La journée n’est pas perdue !

Le lendemain, Joan nous propose d’aller faire du snorkeling dans un endroit appelé “La Cuve”. Un très beau site, peu fréquenté, où l’on peut voir habituellement une jolie faune marine. C’était sans compter sur le courant, trop fort ce jour là pour nager en toute sécurité. On tente alors notre chance sur la plage de Grande Anse à proximité de la Pointe des Châteaux. Le courant y est plus modéré, nous pouvons nous laisser dériver tranquillement et remonter par la plage. La baignade n’est pas de tout repos mais j’ai pu observer pas mal de poissons et un gros crabe rouge (gros, genre, 30 cm !). Nous ne nous attardons pas trop et rentrons manger à la maison (fajitas !). L’après-midi, on se repose simplement, car le lendemain, le programme sera chargé.

A journée exceptionnelle, programme exceptionnel ! Ce n'est pas tous les ans qu’on fête son anniversaire sous les tropiques (enfin si, pour les locaux, mais pas pour moi ^^). La journée débute par une randonnée au Saut de la Lézarde, au Nord-Est de la Basse Terre. C’est une descente de ravine à travers la jungle. Le sol argileux et la pente très raide rendent le terrain très glissant, mais ce petit côté aventure dans un cadre idyllique me plait beaucoup.

Nos efforts sont récompensés par une magnifique cascade qui vient perturber l’écoulement de la rivière. La chute d’eau, d’une dizaine de mètres et à fort débit, se termine dans une grande cuve à ciel ouvert, où la végétation a trouvé le moyen de prendre racine sur les roches attenantes. C’est un théâtre de verdure mêlant arbres en tout genre, lianes et plantes aux feuilles immenses. De petits filets d’eau s’écoulent le long des parois, pour atterrir dans une piscine naturelle. C’est paradisiaque ! Une baignade s’impose bien sûr, et l’eau fraîche détend nos muscles endoloris.

Nous profitons de l’endroit pour nous seuls, puis entamons notre ascension tout aussi acrobatique que la descente. De retour à notre point de départ, nous croisons une famille qui nous demande le chemin pour accéder à la cascade. En les voyant avec des enfants en bas âge et des ados pas du tout bien équipées (jupes et baskets lisses ), nous les mettons en garde sur la dangerosité du sentier. Malgré nos avertissements ils se mettent en route, on ne connaîtra jamais la fin de l’histoire !

Si ce lieu est paradisiaque, c’est aussi parce qu’il y a une petite brasserie artisanale à 5 minutes ! :) La brasserie de “La Lézarde”, dont nous avons déjà parlé. Nous trinquons à mon anniversaire, installés sur une table avec vue sur le jardin tropical ensoleillé.

Il nous faut maintenant remédier à une incohérence dans notre séjour en Guadeloupe. Voilà maintenant presque deux mois que nous sommes arrivés, et nous n’avons toujours pas visité de rhumerie ! Nous avons décidé de visiter la distillerie Longueteau. C’est un domaine fondé en 1895, resté dans la famille depuis cette époque. En période de COVID, les visites sont limitées en nombre et sur réservation, mais par chance, deux personnes se sont désistées à notre arrivée. La découverte des lieux commence par une promenade explicative dans les champs de canne. Nicolas, notre guide du jour, nous apprend qu’il y a plus de 200 sortes de cannes, et qu’eux n’utilisent que la canne rouge et la canne bleue. La famille Longueteau se vante d’avoir mis en avant l’influence de la parcelle de terre sur le goût de la canne (comme pour le raisin), et d’être les premiers à avoir sorti des rhums “millésimés”. Nous entrons dans la rhumerie, laquelle n’est pas en marche malheureusement, car les récoltes n’ont pas encore commencé.

Je suis d’abord surpris par l’installation qui me paraît un peu archaïque. Dans un grand hangar complètement ouvert, apparaissent les chaînes de broyage des cannes, les cuves de fermentation à l’air libre et la colonne de distillation. Je dois laisser de côté les images de brasseries et de caves à vin qui paraissent visuellement plus propres et cloisonnées. Toutes les étapes de la conception du rhum nous sont expliquées, de l’extraction du jus à la distillation. C’est une véritable découverte pour moi ! La visite se termine par un petit tour dans le verger attenant à la maison familiale, dont les fruits qui y sont récoltés serviront à la création des punchs.

Maintenant, direction la boutique pour une petite dégustation… On a le droit de goûter quasiment tous les rhums (sauf les plus rares, bien entendu), dans la limite du raisonnable. C’est le moment de découvrir si l’on perçoit les différentes nuances et les arômes décrits lors de la visite. Entre les rhums de canne rouge et bleue, les ambrés, les vieux, les très vieux, il y a de quoi faire ! Passée la première gorgée de rhum sec, qui décape toujours un peu, on perçoit effectivement des différences. Les rhums blancs ont des parfums fruités et une sécheresse en bouche, tandis que les rhums vieux ont une rondeur boisée tant au nez qu’au palais. Perrine ayant subtilement glissé que c’était mon anniversaire, j’ai le droit à une dégustation particulière : Le Genesis. Un brut de colonne à 72°! Ça déchire !

Nous sympathisons avec Nicolas et échangeons quelques mots. Après ça, direction… les urgences !^^ Au cours de la randonnée, Perrine a fait une mauvaise réception sur sa main lors de la descente (et pourtant elle en a une sacrée… de descente !). Une forte douleur persiste, alors nous préférons aller contrôler que rien n’est cassé. Et là aussi, c’est une première pour moi ! Je ne suis jamais allé aux urgences. Accueil formidable, rapidité de prise en charge, nous sommes repartis au bout de… quatre heures à peine ! :D Pourquoi aller s’enfermer dans un restaurant finalement ? :p

Nous sommes le 24 décembre, c’est la veille de Noël (pour ceux qui l’ignoraient). Enfin, il me faut vérifier trois fois sur le calendrier, car avec 30° et des cocotiers partout, j’ai un peu de mal à me mettre dans l’ambiance et je ne suis pas au bout de mes surprises ! Nous sommes invités chez la sœur de Patricia (la tante de Perrine) pour réveillonner en famille. Nous partons ensemble, Eric, Patricia, Anaïs et nous deux. L’accueil est chaleureux et tout le monde se rassemble sur la terrasse autour d’un buffet gourmand. Il fait 26°C, c’est parti pour un Noël en short !

En fond sonore, il y a de joyeux chants de Noël en créole, bien loin de nos chants traditionnels parfois mélancoliques. Ma chanson préférée est “Papa Noël di nou bwè rhum” ! Nous faisons alors des allers-retours entre le buffet et la piste de danse. On apprend de nouvelles chorégraphies et on découvre des musiques qui nous suivront lors de nos prochaines soirées. Le réveillon se termine à 3 heures du matin, nous reviendrons dans quelques heures finir les restes. L’après-midi, nous retournons à la maison et en enfance… devant nos films Disney préférés, un vrai Noël quoi ! ;)

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Publié le 27 avril 2021

Nicolas

Cyril, le fils d’Eric, Gaëlle, leur petite Alice et Monique, la mamie de Perrine, sont arrivés le samedi 26 décembre. Ils sont venus passer cinq jours en Guadeloupe et comptent bien en profiter (Monique, elle, restera un bon mois). Nous les rejoignons le dimanche et partons tôt le lendemain vers notre terrain de jeu favori: la Baie de Malendure. Cyril et Gaëlle ont accepté avec enthousiasme de venir plonger avec nous pendant qu’Alice irait au zoo avec les adultes... ;) On commence par un peu de snorkeling à la recherche des tortues, histoire de se mettre en jambe. Nous rejoignons le club de plongée. Cyril et Gaelle sont entre les mains d’Arthur, tandis que Perrine et moi partons en autonomie tous les deux, pour la première fois ! Cette nouvelle sensation d’être livrés à nous-même apporte un peu de piquant.

"Coucou là haut !" 

On se gère et on ne compte que sur nous cette fois, et bien heureusement, notre duo fonctionne parfaitement. Le temps de faire coucou aux cousins et nous prenons un peu plus de profondeur (pas plus de 10m pour eux, pas plus de 20m pour nous). C’est agréable de se sentir libre, à l'aise, dans cet environnement devenu familier. On profite pleinement du moment. Les cousins ont la chance de voir un banc de carangues (les fameux bancs sphériques de poissons étincelants comme des miroirs aux rayons du soleil), ce n’est pas tous les jours ! On les retrouve sur le bateau, très contents de leur baptême qui n'a duré pas moins de 40 minutes.

 Poisson-coffre, BAR-RA-CU-DA (hop, dans la tête !), Poisson Perroquet

En naviguant vers la côte, nous discutons avec Arthur et JB qui nous motivent à faire la plongée sur une épave, le soir même… Nous ne sommes pas difficiles à convaincre ;)

Nous retrouvons Eric, Monique et Alice dans un petit restaurant à l’Anse Caraïbe. Après manger, nous allons à la plage de Grande Anse à Deshaies. C’est LA plage carte postale de Guadeloupe. Une grande plage de sable doré, bordée de palmiers, coupée en deux par la mangrove et délimitée par deux grands mornes. La baignade est de courte durée car les vagues sont trop fortes et que nous devons retourner à notre bastion pour la plongée.

Quand on aime… on aime ! Le rendez-vous est à 18h00 pour un départ à 18h30. Nous connaissons le site, l’épave du Franjack, déjà magnifique en plein jour. La mise à l’eau se fait dans une mer d’huile et nous descendons près de 18 mètres à la seule lueur de nos lampes. Petit à petit, le relief se dévoile sous nos yeux et nous découvrons un nouveau monde…

Là, en pleine nuit, les tortues viennent pour dormir et les poissons pour chasser. C’est l’occasion d'observer d’énormes langoustes dont certaines avoisinent les 5 kg ! Notre éclairage fait apparaître les couleurs réelles des coraux et nous offre le spectacle magnifique de la nature prenant possession des lieux. Après la plongée, nous allons nous réchauffer autour d’un ti-punch et de poulet boucané. Le premier en appelle un deuxième mais il est temps de rentrer...

Deux jours plus tard, nous retrouvons la famille Decaudin dans un restaurant de Saint-François. Nous sommes heureux de servir de guides pour une fois, mais le temps en a décidé autrement. Arrivés à la Pointe des Châteaux, le vent et les gros nuages nous ont rapidement chassés. Nous décidons alors de les emmener à “la douche” pour amuser la petite Alice. Malheureusement, c’est l’inverse ! Plus de vent du tout, à peine trois gouttes d’éclaboussure… Qu’à cela ne tienne, nous ne nous décourageons pas et partons nous baigner à la plage de Bois-Jolan. C’est une belle plage qui s’étire le long de la côte, bien ombragée, l’eau y est claire et peu profonde. Le site est propice à la détente. On barbote dans l’eau avec Monique, Alice s’essaye au snorkeling et Anaïs se repose sur le sable...encore un moment difficile ! Le soleil commence à se coucher, il est donc temps de partir et dire au revoir aux cousins qui repartent le 1er janvier, les journées passent trop vite...

Le 31 décembre, Flavien et Emilie rentrent de métropole. Nous avons préparé un petit apéritif dinatoire pour nous mettre dans l’ambiance, avant de rejoindre des amis pour une soirée à côté du Gosier. Nous sommes chaleureusement accueillis par Jean-Mathieu et Audrey, dont la gentillesse saute aux yeux au premier contact. Nous nous mêlons aux invités, dont certains nous sont familiers, et nous faisons connaissance avec les autres. C’est ainsi que nous rencontrons Michel, 60 ans, navigateur. Il a déjà fait plusieurs fois le tour du monde à la voile. Il est en transit dans les tropiques en attendant que la situation sanitaire lui permette de repartir vers la Polynésie. En discutant avec lui, j’ai des étoiles plein les yeux et une petite graine germe dans ma tête. Je ressens l’envie de naviguer, de voyager au gré des vents, et de découvrir ce nouveau monde qui m’attire de plus en plus. Une certitude est née, je vais apprendre à faire de la voile !

La soirée continue sur la piste de danse. Une grande partie des invités partent vers 1h du matin à cause du couvre feu, mais l’ambiance reste au beau fixe. Nous terminons par un petit bœuf autour de J-M au piano, Flavien à la guitare, Perrine au chant, et moi… au public (ma batterie me manque) ! Nous nous couchons presque au moment où le soleil se lève. Inutile de préciser que la première journée de l’année est très reposante…

Deux jours après le réveillon de la saint Sylvestre, nous allons à Petit-Canal, au Nord-Ouest de la Grande Terre. C’est un lieu chargé d’une sombre histoire pour la Guadeloupe, car c’est par ce canal que débarquaient les esclaves venus d’Afrique. Ils étaient ensuite alignés sur l’escalier du marché aux esclaves, en face de la jetée. Ces hommes ont été contraints de bâtir eux-mêmes les 49 marches en pierre sur lesquelles ils étaient vendus. Sur chaque palier était inscrit le nom des différentes ethnies, établissant une pyramide de valeur: les premières marches pour les Congos et les plus hautes pour les Peuls. Leur position déterminait leur prix.

C’est assez bouleversant de se retrouver à cet endroit. Différents hommages à ce passé douloureux sont présents dans le village. Face à l’église, un monument commémore l’abolition de l’esclavage où les fouets et les chaines seraient enterrés, et où figure le mot “liberté”. La vue donne sur baie et, au niveau de l’appontement, une stèle surmontée d’un tambour Ka, lequel abrite la flamme dédiée à l’esclave inconnu, non loin du buste de Louis Delgrès.

Nous nous promenons ensuite le long du port pour profiter de la vue sur le Grand Cul de Sac marin. Je m'extasie devant son petit phare très mignon ! Nous faisons demi-tour et découvrons, non loin de là, les ruines d’une ancienne prison aux esclaves, littéralement dévorée par un énorme “figuier maudit”.

L’imposant tronc, dont les racines sortent de terre et escaladent les vieux murs de l'édifice, s’érige au milieu des ruines.

A la recherche de fraîcheur, nous entamons une balade sur le sentier de Deville-Maisoncelle. Nous traversons la forêt et ses arbres les plus typiques, tels que le mahogany, le poirier-pays et le fromager. Après un coup de chaud à travers les champs de canne, nous voilà à nouveau à l’ombre d’un arbre pour pique-niquer. Nous terminons la boucle en deux heures.

Avant de rentrer à la maison, nos jambes réclament une petite baignade à l’Anse Bertrand, grande baie de sable blanc, bordée de cocotiers. Tout le monde profite du bain, Perrine, moi... et le pélican qui pêche à côté de nous !

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Publié le 2 mai 2021

Nicolas

Nous prenons la route pour Vieux-Fort. Si les cousins sont déjà partis, Monique est encore là pour un mois, et nous comptons en profiter pour faire quelques sorties avec elle. Aujourd’hui, nous allons au Jardin de Valombreuse, situé à côté de Petit Bourg. C’est un très beau parc classé Jardin remarquable, niché dans la forêt tropicale.

Il abrite des plantes et des fleurs provenant de tous les endroits du globe situés aux mêmes latitudes que la Guadeloupe. La visite commence par un petit tour en train touristique électrique (le premier de la Guadeloupe !), qui nous donne un avant goût de la visite. Il y a peu d'affluence dans le jardin et nous avons le train pour nous seuls :)

Nous faisons ensuite le tour à pied, à travers des petits sentiers aménagés. Nous avançons entre les parterres de fleurs que nous prenons le temps de contempler. Trois ou quatre volières ponctuent le parcours, nous emmenant à la rencontre de Flamants roses, d’Ibis rouge, et d’Aras de différentes couleurs. La balade est agréable, en une heure et demie, nous arrivons tranquillement au terme de la visite. J’ai un coup de cœur pour le Palmier Géant et les Palmiers Multipliants Rouges, impressionnants par la taille... et la couleur (comme quoi ils portent bien leur noms !).

De retour chez Eric et Patricia, autour d’un petit apéritif, les discussions s’enchaînent. Eric en arrive à nous raconter ses souvenirs de jeunesse, que nous écoutons d’une oreille attentive. La soirée se passe très bien, et nous ne tardons pas à nous coucher car nous randonnons le lendemain.

Joan nous a proposé de faire la randonnée des Chutes Moreaux. C’est un sentier qui remonte une rivière, que nous devrons traverser à plusieurs reprises, pour atteindre les dites chutes. Le trajet se fait en quatre heures aller/retour. Il est déconseillé de le faire par mauvais temps, car il y a un risque de crue rapide. En arrivant sur le site, Joan nous attend accompagné de Thomas, Sophie, Vivien et Mélissa. Une fois les présentations terminées, nous nous enfonçons dans la jungle. Nous progressons doucement car le terrain est très boueux, et les nombreuses racines qui jonchent le sol rendent le chemin très glissant. Si on ne fait pas attention, on peut, par endroits, s’enfoncer dans la boue jusqu’à mi-mollet. Joan en fait d’ailleurs l'expérience, un peu volontairement il faut le reconnaître ;)


Arrive la première traversée de rivière. A ce moment-là, en fonction du niveau de l’eau, nous pourrons déterminer s’il est prudent de continuer ou non. Si l’eau monte au niveau des cuisses, le courant est trop fort et il ne faut pas persévérer. Un autre indice: la présence de feuilles mortes signale une crue en amont. Nous passons prudemment le cours d’eau, relativement calme, qui arrive à quelques centimètres des genoux. C’est bon, nous pouvons continuer. On en profite pour se rafraîchir et laver nos chaussures qui seront recouvertes de boue quelque mètres plus loin...

Les traversées suivantes se déroulent sans encombre et sont plutôt ludiques. L’eau rafraîchissante est bienvenue à chaque fois. Les derniers mètres de la randonnée sont sportifs, plus proches de l’escalade que de la randonnée, mais le jeu en vaut la chandelle. Nous découvrons deux magnifiques chutes d’eau avoisinant les cent mètres de hauteur. Nous pique-niquons au pied de la plus haute, après une petite baignade. Nous faisons demi-tour. C’est toujours plus facile dans le sens inverse, même si le terrain reste glissant.

Nous nous arrêtons en chemin pour nous baigner dans une piscine naturelle avec "jets massants", s’il vous plaît ! Une ondée tropicale nous rappelle qu’il ne faut pas traîner, il est seize heures, la nuit tombe vite en montagne. Nous regagnons rapidement le parking, et parcourons les derniers mètres sous le soleil. C’était vraiment une très belle randonnée dans un décor de rêve, et la difficulté nous a fait apprécier d'autant plus la beauté du site à l’arrivée. Une belle récompense pour notre effort fourni.

Les jours suivants, nous migrons de Gardel à La Couronne car Flavien et Emilie doivent faire le tri dans leurs affaires et préparent leurs cartons en vue de leur déménagement. C’est toujours un bonheur d’y être. Nous avions déjà fait une balade en bord de mer avec Emilie et nous décidons de continuer nos explorations. Nous empruntons le chemin qui longe la côte jusqu’à La Porte d’Enfer, une superbe crique d’eau turquoise qui interrompt la falaise.

Le samedi, nous partons tous les quatre à la plage de l’Autre Bord au Moule, pour rejoindre la bande d’amis du nouvel an. La plupart sont venus de métropole pour les fêtes de fin d’année. Le séjour touche à sa fin, c’est l’occasion de dire au revoir à tout le monde. Nous allons manger un bokit (élu meilleur de Grande Terre) et un planteur délicieux (et bien corsé) avant de les rejoindre. A côté de la plage se trouvent des terrains de pétanque, de beach-volley et de tennis.

Après les discussions courantes et une petite baignade, nous commençons à établir les équipes pour le beach. Dans un premier temps, Perrine est dans l’équipe “sieste” et nous rejoint après. Pour ma part, je suis trop content de pouvoir aller faire un peu de volley, alors je ne boude pas mon plaisir. Nous enchaînons les parties toute l’après-midi dans une ambiance très bon enfant. Le soir, nous sommes tous invités chez l’un des couples de la bande qui habite au Gosier. Au terme de cette agréable soirée, J-M et Audrey nous invitent à nous joindre à leur randonnée du lendemain, accompagnés de leurs amis venus de métropole.

C’est donc au début du sentier qui mène à la troisième Chute du Carbet que nous nous sommes donné rendez-vous. Il y a environ une heure de marche pour atteindre la chute. Le sentier est très accessible et agréable, ce qui nous permet de faire plus ample connaissance avec nos compagnons. J-M et Audrey ont pour projet de partir à la Réunion, île que nous aimons beaucoup également. Nous discutons tout en contemplant la jungle qui nous entoure. Une belle lumière donne aux différentes plantes tout leur éclat. Le temps est parfait ! Les fleurs apparaissent entre les oreilles d’éléphant et les feuilles de palmier: balisiers, becs de perroquet et roses de porcelaine.

La fin du chemin est interrompue et détruite par un éboulement passé, mais des cordes ont été installées afin de descendre en rappel sans trop de difficultés. En bas, nous admirons ce magnifique écrin de nature recueillant l'eau de la cascade, haute d’une vingtaine de mètres. L’endroit me fait penser au saut de la Lézarde, en un peu plus grand. Après un bain rafraîchissant et vivifiant, nous prenons notre déjeuner au port du bassin. Nous profitons des lieux encore quelques instants, le temps de faire une petite séance photos de groupe. Il est ensuite temps de rebrousser chemin, nous nous enfonçons alors de nouveau dans la forêt. Quand nous regagnons les voitures, l’heure des adieux sonne. nous nous reverrons peut-être à la Réunion qui sait !

Nous retournons dormir chez Eric et Patricia, car nous partons le lendemain matin de Trois-Rivières (proche de Vieux Fort) pour partir aux Saintes….

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Perrine

Les Saintes… voilà des années que j’entends parler de ces îles merveilleuses. “Si tu vas en Guadeloupe, il faut absolument que tu ailles aux Saintes !”: un conseil que j’ai entendu de nombreuses fois. Elles nous font rêver depuis notre première venue chez Eric et Patricia, admirables depuis la route, puis de leur balcon. Paradisiaques, ensoleillées, ondoyantes, aguichantes, nous avions hâte de partir à leur rencontre.

Nous voilà enfin en route, ou devrais-je dire en mer, sur un ferry au départ du port de Trois-Rivières. Un joli petit port surplombé par la montagne, entouré de quelques cocotiers et de cahutes. Nous nous installons à l’étage, à ciel ouvert. Ce qui nous semble être une bonne idée pour profiter de la vue et du beau temps… c’est sans compter la houle et les éclaboussures qui nous trempent jusqu’à l’os ! :p Cela ne gâche pas le trajet pour autant (ça rafraîchit !) pendant lequel nous apercevons pour la première fois des sauts d’exocètes, c’est-à-dire… des poissons volants ! Après une petite heure de trajet, nous débarquons sur Terre-de-Haut.

Départ de Trois-Rivières 

L’archipel est composé de deux îles principales, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Le “Haut” et le “Bas” sont définis selon quelle île reçoit le vent d’Est (les Alizées) en premier. De même que les Grande-Terre et Basse-Terre de la Guadeloupe. Christophe Colomb (toujours lui) les accosta début novembre 1493 et les baptisa Los Santos en l’honneur de la Toussaint. Les saintois sont un peuple de pêcheurs. Le climat, plus aride, ne permet pas le développement de cultures et notamment de la canne. Ils n’ont donc pas eu recours en masse à l’esclavage. Ce sont des descendants bretons, normands et poitevins, dont le brassage de population fut limité, ce qui explique leur teinte de peau mordorée.

Terre-de-Haut possède une rade splendide, qui possède son Pain-de-Sucre (comme celle de Rio !), qui la classe depuis 1997 parmi les “Plus Belles Baies du Monde”. C’est l’île la plus touristique, avec le port, le village piéton, les bars, les restaurants et la plupart des logements, ce qui peut troubler sa quiétude par le passage incessant des scooters. Terre-de-Bas est plus calme, moins visitée, et s’adresse volontiers aux amateurs de randonnée. Qu’à cela ne tienne, nous nous ferons notre propre idée sur les deux.

Golden Hours... 

La foule s’éparpille et nous rejoignons notre appartement de location. C’est un petit cocon qui nous sied parfaitement, dans des combles aménagés avec une vue dégagée sur le bourg. Nous préférons les vélos électriques au scooter et, le hasard faisant bien les choses, le loueur est juste face de chez nous, dans une jolie petite maison blanche et fleurie.

(à gauche: la Soufrière qui se cache encore sous les nuages !)

Une fois en selle, nous partons directement au Fort Napoléon, avant sa fermeture. Nous grimpons les routes sinueuses de la partie du village autorisée aux deux roues. Sous le charme de toutes ces belles maisons colorées et délicates, je ne sais déjà plus où poser les yeux. Le fait de circuler à vélo nous permet d’admirer les paysages différemment, et nous procure un sentiment de liberté et de légèreté. Nous rejoignons le fort, perché sur un morne à 119m d’altitude. D’en haut, la vue incroyable embrasse la quasi-totalité de l’île.

 Bleu passion...

Je cite le routard pour les explications d’usage ;)

Construite de 1844 à 1867 à la place du Fort Louis, du XVIIIème siècle, dont il ne reste rien, la citadelle actuelle est très bien conservée mais ne connut jamais le feu et Napoléon n’y mit jamais les pieds. Elle fut utilisée jusqu’au début du XXème siècle comme pénitencier et, à l'occasion, comme prison politique pour les opposants à Vichy durant la seconde guerre mondiale. Elle accueille le musée d’histoire des Saintes. Suivez le guide sur les pas de flibustiers, des gentilhommes de fortune, et d’autres personnages plus fréquentables. De salle en salle, on évoque les grandes lignes de la Conquista, avec une maquette de la Santa Maria de Christophe Colomb, mais aussi la bataille de Saintes de 1782 avec maquettes des deux navires amiraux ennemis. [...]

Nous visitons donc les deux étages du fort et les diverses expositions qui nous font découvrir l’histoire de l’île, des guerres, de l’esclavage, des coutumes, de la pêche traditionnelle et ses fameuses “Saintoises” (leurs bateaux !).

Nous flânons dans le jardin pour profiter de la vue (ou plutôt des vues) jusqu’à finir seuls dans l’enceinte. Quelques cabris nous accompagnent à la sortie, et nous nous remettons en selle.

Une nouvelle “pause-vue”, comme dirait Mamie, s’impose pour admirer… la Guadeloupe cette fois ! C’est aussi beau et surprenant de la voir de ce côté-là.

Nous grimpons sur nos bolides pour rejoindre la plage de Pompierre en longeant la baie de Marigot où dorment quelques bateaux.

Le chemin nous amène à un petit restaurant à bokits qui rempliront parfaitement nos ventres affamés. Nous allons nous installer sur une des tables en bois éparpillées sur la palmeraie que l’on découvre avec un émerveillement total. Je tombe amoureuse.

Cette belle anse, presque fermée par un ilet, est grande et sauvage, quelque peu abîmée par le cyclone Maria en 2017. L’eau est troublée par les vagues, il y a une ligne de sargasses, mais peu importe, le charme opère, je l’aime. On se jette rapidement à l’eau avant de nous délasser sur nos serviettes. Notre histoire est de courte durée car notre journée n’est pas finie, mais le souvenir est imprégné.

Nous faisons un petit tour dans la baie de Marigot, regardant un pélican plonger en trombe sur ses proies. Avant de retraverser le village, nous nous arrêtons face à la maison-bateau d’Adolphe Catan. Cette curieuse maison bleue et blanche (malheureusement très abîmée par le cyclone elle aussi) surplombe la baie, et se distingue dès l’arrivée en bateau. D’ailleurs, l’histoire raconte qu’à sa construction en 1945, les bateaux entrant la saluaient car pensaient croiser un vrai navire. Adolphe Catan, photographe célèbre de la Basse-Terre, l’a légué à la ville à condition qu’elle soit le logement dédié au médecin de la ville. Elle est pour l’instant en rénovation.

Notre prochain arrêt se trouve quasiment de l’autre côté de l’île: l’anse du Pain de Sucre. C’est ce qui est merveilleux ici, l’île est à échelle humaine. On traverse facilement d’un bout à l’autre, mais pas toujours facilement. Les côtes sont bien, bien raides, et je bénis l’inventeur du vélo électrique. Celle qui mène à notre destination est même la pire, et c’est justement à ce niveau que mon vélo décide de me lâcher. Mes cuisses souffrent, impossible de faire avancer ce veau (car c’est pratique, mais bien lourd comme bestiau !). Nous faisons demi-tour jusqu’à la maison de notre sympathique loueur qui me le change immédiatement et nous change déjà les batteries pour des pleines.

Ni une ni deux, on repart en toute vitesse. Finalement un peu trop rapides, nous manquons l’entrée du petit chemin qui nous y conduit. Nous arrivons tout au bout de l’île, à l’Anse Crawen, qui n’en est pas moins agréable. Quasiment déserte, baignée par les lumières chaudes du soleil couchant, elle méritait le détour et la dernière baignade du jour. Une fois le soleil couché, nous faisons le chemin en sens inverse jusqu’à la petite supérette du village, avant de regagner notre petit foyer.

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Perrine

Ce matin, le temps est couvert. Nous avons réservé une plongée particulière – particulièrement renommée devrais-je dire – et je guette nerveusement un éventuel message d’annulation. Le rendez-vous étant à 11h00, cela nous laisse du temps pour explorer les autres recoins de l’île sur nos petits bolides.

Nous traversons le village, prenons de la hauteur et longeons l’aérodrome pour arriver sur la côte Est de l’île. Nous voilà face à la plage de Grande Anse. Cette grande baie a subi de nombreux dégâts suite au passage du cyclone Maria. La baignade y est interdite en raison de courants très dangereux. Par temps clair, on peut voir les îles de Marie-Galante et de la Dominique. Aujourd’hui, la nappe de nuages gris, le vent, les arbres arrachés et le grondement des vagues dépeignent un paysage désolant.

Notre route se poursuit jusqu’à l’anse Rodrigue. Le temps est toujours mauvais, mais cela nous confère une solitude “d’explorateurs” que nous apprécions particulièrement. Une ondée passe et nous nous réfugions sous un arbre en attendant l’accalmie.

Prochaine étape: l’Anse du Figuier. Le soleil est revenu. Nous restons juste le temps qu’il faut pour sécher, allongés sur le sable. L’heure tourne. Un dernier coucou aux cabris et nous voilà repartis.

Sur le chemin, nous nous arrêtons chez Cillette. Cette septuagénaire vit dans une petite maison qui fait l’angle d’une rue, en dehors du centre touristique. De prime abord, rien de particulier, et pourtant cette gentille dame qui nous accueille en robe de chambre est particulièrement réputée pour ses “Tourments d’Amour”, pâtisserie typique des Saintes. Il s’agit d’une tartelette avec de la génoise à la confiture de coco, banane, ou goyave. Gourmands que nous sommes, nous prenons les trois. Francky Vincent les a mis à l’honneur dans une chanson pleine de bons conseils:

Le tourment d'amour est un petit gâteau - Qu'on peut trouver aux Saintes - Avec mon tourment d'amour, chérie - Tu peux tomber enceinte - Le tourment d'amour est un sympathique gâteau - À base de farine et de noix de coco - Mon tourment d'amour est un méchant gâteau - À base de muscles et de spermatos

Si tu veux être enceinte - N'oublie pas de demander - Le tourment d'amour - Son tourment d'amour vient d'en-dessous - Si tu veux tomber enceinte - N'oublie pas de demander - Le tourment coco - Avec un zeste de spermatos …

NDLR: la présence de ce dernier ingrédient n’a jamais été prouvée.

Nous arrivons au club de plongée “Pisquettes”, accueillie par Françoise, la propriétaire. Tout le monde s’active pour préparer son matériel. Dans quelques minutes, nous serons une dizaine à partir sur le célèbre “Sec Pâté”. C’est une plongée renommée, accessible uniquement à partir du niveau 2 / PE40 (plongeur encadré jusqu’à 40 mètres). Le site se trouve entre l’île de Terre-de-Bas et la pointe sud de la Guadeloupe. Il faut environ une demi-heure de navigation pour y arriver. Le briefing commence. En raison des conditions météorologiques, la mer risque d’être houleuse, mais il se peut qu’il n’y ait pas de courant en dessous (l’inverse est vrai également). Une fois sur site, Eric, un des moniteurs, plongera et nous fera signe en surface si le courant nous permet de plonger… ou pas !

A cause de la houle, notre mise à l’eau sera différente pour ne pas risquer de dériver au loin. Au lieu de sauter avec le gilet gonflé pour flotter et attendre à la surface, nous plongerons gilet à vide afin de couler immédiatement puis de nous stabiliser à quelques mètres de profondeur. C’est ce qu’on appelle une immersion négative.

A la fin de la plongée, il faudra également respecter des consignes pour remonter sur le bateau: se tenir à une ligne de sécurité et la remonter par la force des bras jusqu’à l’échelle. Echelle qu’il faudra bloquer rapidement de tout son poids, car celle-ci ne fera que se lever et retomber avec le mouvement des vagues. Bref, rien de compliqué en somme ! :)

Nico et moi aurons la chance d’être guidés par Pétian, un “ancien” du club. Âgé d'une cinquantaine d’années environ, Pétian vient aider de temps en temps pour ce site qu’il connaît très, très bien. Il est tout simplement celui qui a le plus plongé sur le Sec Pâté, environ… 3000 fois.

Bref, nous voilà à bord du bateau. La mer est effectivement bien agitée avec des creux entre 1,50 et 2 mètres. Rien que le trajet est une expérience en soi. Cela n’a rien d’agréable, cela peut même faire peur, mais pour nous, c’est totalement grisant. Le bateau ralenti, nous voilà en pleine mer. Le pilote du bateau nous dit de chercher les tortues. Je pense qu’il plaisante, mais pas du tout. Les tortues résident de façon permanente sur ce site et remontent régulièrement à la surface pour respirer. Et les voilà justement ! Nous sommes au bon endroit.

Une fois arrivés sur site, ce serait mentir de dire que je n’ai pas d’appréhension. Être en pleine mer m’impressionne. Prendre conscience que l’on va plonger en pleine mer (et non plus près des côtes), m’impressionne. La hauteur des vagues m’impressionnent, d’autant plus quand Eric se met à l’eau. A la surface, ballotté comme un bouchon de liège, il paraît si petit et si fragile dans cette immensité bleue. Il plonge, nous attendons dans un silence quasi religieux. Il remonte et nous fait le signal positif que nous attendions tous. C’est parti ! Tout le monde s’équipe, puis nous plongeons en respectant les consignes. Cela n’est finalement pas perturbant, on plonge direct, on se stabilise et on se regroupe. Ce qui est incroyable, c’est vraiment la différence de courant par rapport à la surface. A peine quelques mètres plus bas, nous voilà au calme, dans le monde du silence. Et voilà la montagne.

Un sec est par définition une remontée rocheuse ou corallienne dont le sommet est sous la surface. Il a généralement la forme d’une montagne sous-marine, globalement circulaire. Le Sec Pâté est formé de deux pitons volcaniques surgissant des abysses (- 300 mètres) et remontant à - 15 mètres sous la surface. La plongée consiste à descendre entre 20 et 40 mètres et à remonter en faisant le tour, en explorant les failles, les cavités et les passages dans lesquels on peut se faufiler. Tout le massif est recouvert de somptueux coraux, éponges, gorgones, et la faune marine y est très riche.

Pour nous, c’est Disneyland ! On ne sait plus où poser les yeux tellement il y a de belles choses à voir. J’essaye de graver fermement ces images magnifiques et ces souvenirs dans ma tête. De grosses tortues s’approchent près de nous, absolument pas farouches car habituées aux visiteurs. Ce sont des tortues imbriquées, que l’on reconnaît à présent facilement par rapport à leurs copines, les vertes (différences de taille, de bec, de carapace et de queue). On voit des carangues noires, des thazards et les superbes anges-royaux. Nous traversons une faille et tombons sur l’énoooorme murène verte du quartier, en pleine eau qui plus est, une chance !

Aucune photo ne rendra justice à la beauté des lieux mais on vous met quand même quelques échantillons (on a fait plus de vidéos en réalité, à suivre...)

Le temps passe à une vitesse folle et il est déjà temps de remonter. Nous faisons notre palier de sécurité habituel à 5 mètres (on reste plusieurs minutes en stationnaire pour évacuer l’azote accumulé). Pendant ce temps j’observe la surface...

Quand j’étais petite, j’ouvrais les yeux sous l’eau, comme beaucoup d’enfants. Bien évidemment, c’était flou (!). Imaginez mon exaltation le jour où l’on m’a donné une paire de lunettes de piscine. J’adorais être dans l’eau et regarder ce qu’il se passait en dessous, comme si j’explorais un nouveau monde secret, inconnu, même s’il s’agissait de simples playmobils jetés au fond d’une piscine. Un jour, j’ai eu l’idée de me retourner et de regarder la surface par le dessous. Cela me faisait peur au début, j’imaginais comme un plafond au-dessus de moi, puis j’ai trouvé ça beau et fascinant. Cela me paraissait incroyable de regarder la surface “de l’autre côté du miroir”, comme si j’étais passée dans un autre monde et que je voyais quelque chose qui n’existait pas vraiment. Des années plus tard, je continue à la contempler, en particulier quand elle est transpercée par les rayons du soleil, c’est une vision onirique et apaisante pour moi...

Mais aujourd’hui, c’est tout autre. Je devine que la houle n’a pas cessé, et je vois la surface déchaînée par les vagues. Encore quelque chose de nouveau et d’impressionnant, qui donne plutôt envie de retourner au fond que d’y remonter. Nous suivons Pétian et nous accrochons à la ligne comme prévu. La force du courant m’impressionne et je lutte pour grimper correctement à l’échelle. Nico me suit de près, on s'assoit enfin et je vois les mêmes étoiles dans ses yeux. Durant notre absence, le ciel n’a pas chômé. Les nuages sont encore plus noirs, plus épais et la pluie s’est invitée. Nous sommes répartis de manière équivalente de chaque côté du bateau. Le pilote conseille de se mettre sur tribord pour être moins arrosé. Avant même d’avoir compris, nos voisins se jettent sur le bord opposé, il n’y a plus de place pour nous. Il n’y a plus que nous deux à bâbord, on se regarde en souriant: “bon bah tant pis !”. Et il n’avait pas menti. On ne traine pas et on part à toute allure. Les creux sont énormes et l’on s’agrippe tant bien que mal pour ne pas tomber, en se prenant des seaux d’eau dans la figure en permanence. Malgré tout, nous rions comme des enfants, trempés, en nous essuyant les yeux en permanence. Rien ne peut entamer notre bonne humeur.

Après avoir remercié Pétian et salué tout le monde, nous rentrons nous sécher et manger. La sieste est tentante, mais nous voulons encore profiter des vélos avant de les rendre. Nous allons enfin à l’Anse du Pain de Sucre, sans nous tromper cette fois. Emilie m’a raconté qu’il y a des années, cette petite plage paradisiaque était peu connue et donc peu fréquentée. C’était sans compter sur les réseaux sociaux. A présent, elle est bondée de touristes entre les heures de départ et d’arrivée des bateaux. Nous y sommes en fin de journée, moment plus agréable. Un chemin raide, étroit et plein de cailloux nous y mène. On y croise un petit restaurant qui propose même de vous livrer votre bokit à la plage même…

On tombe sur une anse étroite, délimitée par le magnifique Pain de Sucre et un petit bout de plage. Elle est circonscrite par un grillage qui délimite le jardin d’une résidence privée. Il y a plus intime ! Nous restons à l’écart sur les rochers et plongeons dans l’eau cristalline pour faire un peu de snorkeling. La journée se terminera par une petite balade dans le village, après des adieux émouvants à nos fidèles destriers à deux roues.