× Chère communauté,
Suite à l’incendie au sein des bâtiments de notre hébergeur OVH, à Strasbourg mercredi 10 mars 2021, nous ne pouvions plus accéder au site ! L’accès a été rétabli par notre équipe mais nous n’avons pas accès aux photos pour le moment. Dans l’attente de réponses de la part d’OVH quant au devenir des photos mises en ligne avant le 10 mars 2021, vous pouvez de nouveau réutiliser le site sans risque et ajouter de nouvelles photos !
La Team MyAtlas
Partir de chez soi pour parcourir 2000 kilomètres à pied en solo ou presque.
Octobre 2021
82 jours
Partager ce carnet de voyage
1

« Les seules pensées valables viennent en marchant » écrivait Nietzsche. Rousseau, lui, n’est pas le premier à établir un lien entre la marche et la bonne pensée ; Platon et Aristote philosophaient en marchant, ils sont tous d'illustres personnages à réfléchir à ce que marcher veut dire. Valeur romantique, valeur philosophique, valeur politique, valeur religieuse ou aucune valeur particulière la marche nous rend plus proches de la nature, de l’authentique ; quelques pas et elle nous fait tout de suite éprouver un bien-être, un pur sentiment de bonheur ; qui plus est, elle peut même nous rendre libres. Le marcheur connaît la liberté. Il peut choisir ses chemins, ses pensées seront stimulées, ses sens se maintiendront en éveil, ses ressentis adoucis et le corps suivra le même chemin. Plus celui-ci sera tortueux, plus l'éveil sera grand.

Marcher, faire une pause, manger, penser, observer, boire de l’eau d'un ruisseau bienvenu ou d'une fontaine jaillissante, la nature s'offre à nous pour notre pur plaisir. Il suffira de gouter ce qui se présente au passage.

L'ivresse des chemins ou ivresse du corps, tout se confond malgré la fatigue, la côte escarpée, le poids du sac, la pluie battante, le vent cinglant, la neige piquante. Une petite halte et l'esprit recharge en énergie le corps fourbu, fait disparaître la fatigue, chasse les douleurs, les ampoules, les courbatures, le poids du sac, un vrai petit miracle. Une brève halte et tout reprend, tout se remet en place, le corps à nouveau prêt peut repartir, boosté il consomme cette énergie venue de l'intérieur. Quelques minutes ont suffi. On marche vers quelque chose de nouveau, d'imaginaire, de fantasmé. Au bout d’un moment, on a le sentiment d’être parti pour toujours, plus rien ne nous arrête.

Pourquoi l’interrompre, pourquoi ne pas continuer ? Vers quoi ? Vers qui ? Vers où ? Je n'en sais rien. Je marche on verra bien.

On peut toujours faire moins... 

Depuis des semaines trottent dans ma tête des images du matériel à emporter. Au fil du temps j'ai testé différents produits, essayé des recommandations et même usé des accessoires avant de partir. Tout cela tient dans deux mètres carrés. Le dernier pesage ne dépasse pas huit kilos, je parle bien de ce que j'aurai sur le dos, pas les chaussures, pas les vêtements de marche portés sur moi, il faut rajouter un peu de bouffe et de l'eau, disons deux kilos supplémentaires.

Pour la bouffe, le minimum jusqu'à Le Puy puisque nous serons Guylaine et moi soit en gîte, soit en chambre d'hôtes soit à l'hôtel, le grand luxe. Après Le Puy, seul je poursuivrai. J'ai opté pour les nuits sous la tente voire à la belle étoile lorsque le temps le permettra, plus proche de la nature et des étoiles, moins à la merci des fanfares sonores des pèlerins endormis, plus loin des punaises de lit, une équipe à moi tout seul. J'aurai comme seul compagnon sonore le souffle de la nuit, comme horizon les ombres mouvantes de la forêt et les senteurs d'un printemps déjà installé.

Sur la photo il manque le téléphone (pas d'appareil photos, trop lourd), de l'argent, la VISA, le savon, la brosse à dents et quelques petits ustensiles, je compte bien me laver au fil des opportunités et de temps en temps loger dans le dur (logement jacquaire, couvent, monastère, hôtel) afin de redevenir présentable pour ne pas épouvanter les pèlerins ou pèlerines rencontrés lors d'une petite halte bien méritée ou par les lois du hasard, même si le hasard n'existe pas. Le chemin je l'ai découpé en plusieurs tronçons inégaux en longueur mais avec une certaine logique de progression.

J'intitulerai le parcours Pizay - Le Puy (185 km) Saison 1. Nous serons deux avec des étapes allant de 14,5 km à 27 kilomètres. Guylaine était partie il y a quelques années de Le Puy, ce périple lui permet de rajouter un tronçon à celui déjà réalisé. En juin, elle poursuivra son avancée vers Saint Jean Pied de Port pendant ce temps je foulerai les rues d'Oviedo en Espagne ou la campagne asturienne.

La Saison 2 de Le Puy jusqu'à Roncevaux (Via Podiensis -GR 65 - 782 km), partie française, fréquentée, classique, l'Aubrac magnifique, Conques légendaire. En fait je vais jusqu'à Roncevaux juste pour voir là où au retour d’une expédition contre les Maures d’Espagne, Charlemagne qui avait imprudemment divisé son armée dans le passage des Pyrénées, fut attaqué par les Basques, qui massacrèrent complètement son arrière-garde engagée dans la vallée de Roncevaux. En fait, arrivé à Saint Jean Pied de Port je ferai juste un aller-retour à Roncevaux (Roncesvalles), deux jours et trois mille sept cents mètres de dénivelés quand même !

La Saison 3 plus courte (86 km) partira de Saint Jean Pied de Port jusqu'à Irun (Espagne), peu fréquentée, pittoresque elle m'écartera progressivement de la horde de pèlerins du Camino Francès, je remonterai vers le nord-ouest pour rejoindre l'océan et son lot d'incertitudes climatiques.

La Saison 4, la plus longue (Camino del Norte - 812 km) m'amènera à Saint Jean de Compostelle (Santiago de Compostela). Je prévois averse, grêle, crachin, orage dans un paysage grandiose avec comme horizon à tribord le Golfe de Gascogne et les Asturies à bâbord. Le chemin suivra la côte très verte lavée par les averses fréquentes et quelquefois séchées par les vents frais du Golfe de Gascogne.

La Saison 5 achèvera mon périple de Santiago de Compostela jusqu'à Muxià (un peu après Cabo Fisterra) longue de 118 km, longe côte uniquement, le bout du bout de l'Espagne. Une tradition récente veut que, le soir venu, arrivé à ce cap, les pèlerins brûlent ou laissent en offrande leurs vêtements ou leurs chaussures. Je pense que je jetterai simplement un regard émerveillé sur le coucher du soleil flamboyant, je brûlerai d'envie de me reposer et je saluerai la providence de m'avoir permis d'être ici et maintenant sur ce lieu mythique.

La Saison 6, retour au bercail par les moyens les moins polluants possibles : bus et train, le temps de digérer ces quatre-vingt-deux jours de bouts de vie nomade et d'abandon à soi-même.

Jeudi 1er avril, départ vers 9 heures de Pizay. Ultreïa !

Je viens de quitter la salle télé, il faut se rendre à l'évidence ça démarre mal. J'ai écrit ce que vous venez de lire il y a quelques jours avant l'allocution de notre cher Président. J'ai parcouru les réseaux sociaux et particulièrement les groupes Compostelle et ils sont nombreux : il va falloir décaler. De combien de jours ? Trop tôt pour le dire.

Ce qui est certain, pas de départ pour le 1er avril de Pizay. Non ce n'est pas un poisson d'avril, c'est encore une mauvaise blague de ce satané virus qui nous a déjà fait le coup l'année dernière pour notre voyage en Chine qui s'est finalement terminé en Thaïlande.

Je vous salue toutes et tous en vous disant : "Ultreïa".

Ultreïa est une expression de joie du Moyen Âge, principalement liée au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. La vraie interjection semble être « E ultreïa, E susseïa » qui signifie « Plus loin, allons! Plus haut, allons! ».

Bon je vous dis : "Salut et à plus !". C'est plus simple. Je publierai dans quelques jours mes intentions et le nouveau projet jacquaire un peu remanié. Je ne recule que pour mieux marcher.