Carnet de voyage

2022-Rocca Sparvièra - incursion dans l'histoire

3 étapes
17 commentaires
25 abonnés
Dernière étape postée il y a 8 jours
Rocca Sparvièra rocher des éperviers, village en ruine à 1100 mètres d'altitude il surplombe la vallée du Paillon à l’Est, les gorges de la Vésubie à l’Ouest, lieu rempli d'histoires et de légendes.
Du 17 au 18 janvier 2022
2 jours
Partager ce carnet de voyage
1

Rocca Sparvièra ou "Rocher des Eperviers", village en ruine juché à 1100 mètres d'altitude il surplombe la vallée du Paillon à l’Est (torrent fougueux mais souvent paisible, il baigne rarement Nice car la plupart du temps il est asséché) et les gorges de la Vésubie à l’Ouest, lieu de désolation depuis la tempête historique. Je foulerai ce lieu rempli d'histoires et de légendes pendant trois jours depuis Lucéram (400 mètres d'altitude), castrum romain ce petit bourg coincé au coeur du haut pays niçois est devenu une incontournable cité touristique. Il me faudra atteindre depuis le village les crêtes oscillantes entre 1000 mètres et 1500 mètres d'altitude en franchissant le Col de l'Autaret (1240 mètres), grimper Roccasièrra (1501 mètres), belvédère rocheux offrant un panorama grandiose sur les alpes maritimes françaises et italiennes pour rejoindre Rocca Sparvièra village fantôme perché juste au-dessus du col Saint Michel, il est le passage obligé du circuit des trois chapelles. Vous en saurez plus lorsque je planterai ma tente dans ce lieu mythique et quelque peu sinistre.


Mon périple se poursuivra sur les crêtes du Férion en passant par le col du Dragon et la chapelle Saint-Michel entourée de cèdres plusieurs fois centenaires plantés dans un décor digne de la Belle au Bois Dormant ou du film Le Hobbit (c'est selon votre perception lorsque je publierai les photos), voyage caressant à la fois le fantastique et l'inquiétant. C'est un lieu hors du commun où votre imagination peut vous jouer des tours magiques ou effrayants.

Le décor de la deuxième nuit sera celui des ruines de Chateauneuf Villevieille (un autre castrum novum de l'ancien comté de Nice ) perchées entre mer et montagne non loin du Mont Macaron (806 mètres) crête aérienne et lieu panoramique où certains jours par temps exceptionnellement clair on peut apercevoir la Corse et presque la toucher en étirant votre main vers elle.

De là, je rejoindrai in fine Saint André de la Roche mon village presque natal où Lamartine y écrit quelques vers.

En effet, le grand poète LAMARTINE serait venu, accompagné d’une belle amie de passage. On dit qu’il y planta le figuier dont les branches crochues s’accrochent encore au rocher et on lui attribue ces vers :


"Ici dans les flancs creux d’un rocher qui surplombe

S’ouvre une grotte obscure, un nid où la colombe aime à gémir d’amour

La vigne, le figuier, les ronces la tapissent

Et les rayons du ciel qui lentement s’y glissent y mesurent le jour

La nuit et la fraîcheur de ces ombres discrètes conservent plus longtemps aux pâles violettes leurs timides couleurs

Une source plaintive en habite la voûte et semble sur vos fronts distiller goutte à goutte des accords et des pleurs."

En effet au nord de Saint André de la Roche se situe une grotte naturelle qui servait au XIXième siècle de villégiature aux bourgeois de la ville en mal de campagne grâce à ses voûtes féériques et son coin de rafraichissement. Appelée aussi la Fuon Cauda, elle a une très grande teneur en calcaire.

Si le coeur vous en dit, suivez-moi ! Départ lundi prochain.

2
2

Il ne reste plus que moi dans le bus à destination de Lucéram. Le dernier passager a fait un dernier signe au conducteur et un "au revoir" bien provençal à l'Escarène petit bourg dans le haut pays niçois où jadis je traversais pour me rendre en Italie via le col de Braus.


Lucéram de bon matin

Le vieux village de Lucéram est bâti sur un éperon rocheux, qui domine le Paillon. En fond de vallée, autrefois il a été un carrefour de la route du sel qui mène du port de Nice à la Savoie, en passant par la vallée de la Vésubie. Le village se situe à 650 m d'altitude, à 27 km de Nice par la D 2566.

Je descends du bus pile au début du GR510 que je dois emprunter jusqu'au col de Porte. J'ajuste mon sac, mes bâtons et me voilà parti pour environ cinq heures trente de marche. Mon sac me pèse malgré un tri minutieux. Le problème c'est l'autonomie totale en nourriture et en eau. Dans ce coin magnifique il n'y a aucun ravitaillement mais pire encore aucun point d'eau. Je trimbale donc quatre litres d'eau, pour les nouilles chinoises du soir et pour étancher ma soif dans la journée. J'ai apporté aussi un petit extra : deux bières Moretti pour les déjeuners.


La montée à Roccassièra

La montée démarre avec une pente peu raide mais sans aucun plat, que du dénivelé. La végétation souffre cruellement du manque d'eau, l'herbe est sèche, les petits cours d'eau ne sont que des traces à peine visible avec des cailloux. Les montagnes des Alpes-Maritimes poudrées de neige affichent un aspect printanier : très peu de neige. Le réchauffement climatique sans doute.


Au sommet de Roccassièra

Le GR 510 suit de près la route qui mène à Turini célèbre pour le rallye de Monte Carlo. Le col de Porte approche je vais quitter ce sentier balisé pour un sentier plus rude, balisé de jaune. La Roccassièra apparaît devant moi, petit sommet de 1500 mètres très rocailleux mais un chemin y conduit sans encombre, il suffit juste d'avoir les jambes et le souffle.

La montée est raide, de temps à autre il faut s'aider des mains, mettre les bâtons de côté et se hisser malgré le poids du sac à dos et de la fatigue naissante.

Je veux être pour le déjeuner au sommet aussi je me focalise sur mes pas et la respiration. Le plateau de Roccassièra n'est plus qu'à quelques enjambées, un dernier effort malgré les yeux qui piquent de sueur et me voilà au sommet.

Spectacle incroyable de calme et de beauté. L'effort a été récompensé. Je prends mon temps pour déjeuner, boire ma bière et faire quelques photos. Je pourrais y rester des heures à contempler le paysage, à deviner les sommet, à repérer les villages du haut pays niçois. Tout est beau ici. D'un côté les montagnes, de l'autre la mer et la Côte d'Azur.


Magnifiques montagnes

Un petit vent frais me dit qu'il va falloir y aller. En restant trop longtemps mon corps va se refroidir et mes jambes aussi. Pas top pour la descente vers Rocca Sparvièra, d'autant plus que la pente semble raide, pleine d'éboulis et de racines entremêlées. Gare à la chute.


La chapelle Saint Michel

Il est 15h00, j'arrive dans le village en ruine de Rocca Sparvièra. J'ai pris mon temps pour descendre du sommet, il faut assurer car le premier endroit civilisé est à plusieurs heures de marche. Pas même un berger ou des moutons en vue. Il n'y a que moi et la nature.

Je monte ma tente dans le village maudit de Rocca Sparviera :

La légende de ce village est liée à l'histoire de la reine Jeanne de Naples (1326 - 1382), ayant réellement existé. Mariée à 9 ans à André de Hongrie, elle hérita du royaume de Naples et du comté de Provence à 17 ans. La bataille entre les différentes familles pour obtenir le pouvoir conduisit à l'assassinat d'André de Hongrie en 1345... Il se dit que Jeanne en aurait été commanditaire, mais selon certains historiens rien ne le prouve.

En 1347, Louis de Hongrie, afin de venger son frère, marcha sur Naples avec son armée et envahit la région. Jeanne se réfugia alors en Provence en 1348 et s'installa quelques temps dans son chateau isolé de Rocca Sparvièra. C'est là que l'histoire devient légende... Il se raconte que les hommes à la solde de la cour de Hongrie retrouvèrent leurs traces. Le soir de Noël, la reine Jeanne tint à assister à la messe dans le village tout proche de Coaraze. A son retour au chateau, elle trouva ses deux enfants morts, sur la table du festin, couchés sur un plat, un couteau planté dans la poitrine. Certaines versions sont encore plus glauques que celle-ci : certaines disent qu'ils étaient découpés en morceau et d'autres encore qu'ils auraient été cuisinés et servis au repas..... 

La reine, folle de douleur, quitta le village sur le champ après avoir fait incendier le chateau. En chemin vers Coaraze, se retournant sur le rocher du village de Rocca Sparviera, elle proféra cette malédiction : "Roche sanglante, roche maligne, un jour viendra où sur tes ruines ne chantera plus ni coq ni poule".

J'aurai mon appareil photo à portée de main si les fantômes viennent me taquiner cette nuit.

Depuis, la prophétie s'est réalisée : Une invasion de sauterelles au XIVème Siècle, une succession d'épidémies de peste au XVIème Siècle et enfin de puissants tremblements de terre fissurant les maisons : le sort semble s'être acharné sur le village au fil des ans... Ainsi, au cours du XVIIème Siècle, le village est progressivement abandonné. Les derniers habitants partiront en 1723.


Rocca Sparvièra

Je passe mon temps à observer autour de moi, d'abord près puis de plus en plus loin jusqu'à l'horizon dont les couleurs changent à la vitesse de la descente du soleil.

Il n'y a pas de vent mais l'altitude de 1100 mètres se ressent bien qu'on soit dans le sud.

La journée a été facile malgré l'ascension raide. Il fallait simplement réguler son pas et son souffle.

Il est 19h00 dans la tente je rédige les dernières lignes du blog. La nuit va être longue.

Aujourd'hui je n'ai rencontré que trois personnes, un marcheur au sommet de Roccassièra et un couple âgé à Rocca Sparvièra qui m'a souhaité un bon bivouac.

Pendant que je dinais quelques cloches de moutons venaient troubler le calme du lieu. Ils sont certainement sur le Férion que je traverserai demain matin à l'heure où le soleil me réchauffera.

3
3
Publié le 18 janvier 2022

Je ne peux pas vraiment dire que la nuit a été apaisante. J'ai dormi par intermittence, une heure ou deux de rêves puis un réveil en douceur sans un bruit autour de moi comme si le temps s'était arrêté cette nuit.

Les fantômes ne m'ont pas tiré par les pieds et la reine Jeanne doit certainement errer sur les pentes du col Saint Michel ou de la chapelle du même nom.

Lever à sept heures trente, le soleil se cache encore derrière le mont Agel à l'est de Nice. Bientôt il viendra rechauffer le village légendaire à cet instant je sortirai de la tente pour savourer un bon petit déjeuner.

Avant de m'affairer, après m'être extirper du sac de couchage je m'incline presque religieusement devant l'astre bienfaiteur. Une petite salutation au soleil me remet les articulations en place et met le contact de ma batterie d'énergie interne rechargée cette nuit malgré les agitations cadencées par mes réveils.

Un réveil lumineux

Je prends mon temps car l'étape est courte, quinze kilomètres seulement et puis je suis ici pour profiter de ces panoramas enchanteurs berceau de mon adolescence passée à crapahuter sur les cimes de ma région.


Le panorama au nord

Huit heures quarante Après un café bien chaud et du riz au lait bouillant, je démarre par la descente au col Saint Michel, le temps de réchauffer les muscles avant l'ascension du mont Férion. Et dire qu'à une époque des gens vivaient dans cette rocaille, pas d'eau à proximité, quelques terrains en terrasse plus haut, le premier village digne de ce nom à une heure de marche au minimum. Les mules devaient être terriblement costauds pour supporter cette géographie rude et sauvage. Que dire des gens, il n'est pas étonnant qu'il fut abandonné.

Le sommet du Férion

Après le col, une piste mène à un petit plateau DFCI (défense des forêts contre l'incendie), la végétation composée de pin et de broussailles se couche légèrement à cause d'un vent bienvenu mais qui assèche encore plus le terrain déjà bien raviné par les maigres pluies de cet automne.

Petite pause au plateau.

Baisse de la minière

La pente rude file tout droit vers le sommet, il reste environ cent cinquante mètres de dénivelé à avaler. La vue magnifique s'étale au sud par une mer de nuages coiffant la mer Méditerranée, par contre au nord pas un nuage, un ciel bleu électrique. Un beau spectacle. Je reprend mon souffle pour gravir les derniers mètres avant le sommet dominant la ville de Levens.

Il est dix heures trente, je cherche un endroit pour écrire et admirer ce spectacle gratuit de la vie. Je mangerai au sommet vers onze heures trente puis je filerai tout droit vers les ruines de Châteauneuf de Contes, autre endroit magique et plein de belles légendes et de faits historiques.



La mer de nuages

C'est le paradoxe de l'appellation Chateauneuf-Villevieille, la partie Chateauneuf est la plus ancienne, il s'agit du village en ruines fortifié sur la crête. A son époque le chateau était neuf, "castel nova" ! Tandis que Villevieille est le village actuel rebâti plus bas. Le village médiéval a été abandonné fin 1700. Un de plus.

Après un déjeuner copieux mais pas trop lourd, je reprend la descente. Le chemin suit la crête du Férion sur un axe nord-sud. La végétation alterne entre broussailles, pins maritimes et petits bosquets.

Le passage obligé traverse une allée de cèdres gigantesques où est campé une chapelle simple. L'endroit est à la fois beau et mystérieux, la lumière a du mal a pénétrer l'allée donnant une impression de paysage maléfique.

La chapelle

Un petit arrêt et je poursuis ma route, les panneaux indiquent deux heures pour atteindre les ruines de Châteauneuf.

La descente se poursuit à un rythme lent car beaucoup de cailloux m'attendent pour une glissade toujours possible.

Un compagnon inattendu

Trois chevaux me surprennent sur ma lancée, ils ne sont pas sauvages et veulent même venir vers moi pour quelques câlins. Le selfy n'est pas concluant, ils ne connaissent pas les règles malgré ma patience et mes explications chevalines.

Je les laisse avec regret j'aurais bien fait un bout de chemin sur un des canassons.

Après le col Rosa, le sentier de crête passe sur le versant est. C'est la première fois que je randonne sur ce bout de sentier. D'habitude je prend la voie en ouest. Comme l'habitude est le boulet du randonneur libre ji'nnove.

Le sentier est bien meilleur du côté est même s'il est un peu plus long que l'autre côté ouest.


Col de Rosa

Le sentier alterne entre combes planes et petites collines à franchir pour rejoindre le chemin menant aux ruines.

Je dois en principe raser une bergerie où habituellement personne n'y vit. La bergerie se présente à quelques dizaines de mètres devant moi mais un beau toutou m'observe fixement tout en faisant mine d'être tranquille.

Les chevaux m'ont apporté une belle surprise mais là, la surprise n'est pas enviable.

Pas de risque, je fais un détour dans les broussailles épineuses, pas de chien en vue et si jamais il lui prend l'envie d'un bon mollet bien musclé il devra lui aussi se piquer dans les épineux très denses à cet endroit.

Il a préféré m'ignorer. Ouf !


Chateauneuf de Contes

Les ruines m'apparaissent au détour du chemin dans moins de trente minutes j'y serai

J'attaque l'ultime montée pour atteindre les ruines. Nouvelle surprise mais cette fois-ci moins dangereuse mais plutôt bruyante.

En effet, deux compères portent sur les épaules d'énormes enceintes accoustiques destinées probablement à une rave party dans les ruines. Pas de bol, je voulais faire ma nuit ici.

Qu'à cela ne tienne, petite pause et je poursuis mon raid pour le sommet du Macaron déjà en vue depuis les ruines.

Mes jambes sont un peu lourdes mais je veux absolument passer une bonne nuit calme.

Le mont Macaron n'est qu'à quarante minutes de marche depuis les ruines avec un dénivelé de deux cents mètres. Le chemin très praticable sert de piste de trail.


Les ruines de Châteauneuf de Contes

Comme prévu j'arrive au sommet, nouvelle surprise. Le terrain très accidenté n'est pas praticable pour mettre une tente. De plus l'endroit a visiblement été la proie d'un feu dévastateur. Ça sent le cramé et je n'ai pas de place pour poser ma tente.

Bon, j'ai pas le choix, je ferai cette fin d'après-midi l'étape prévue demain. Trouver une place pour la tente plus bas, impossible la pente est trop raide et en plus les premières villas apparaissent. Effectivement je me rapproche de la civilisation et de son lot de propriétés aux allures provençales gardées par des chiens certes provençaux mais certainement pas commodes.

Il va falloir rajouter dix kilomètres aux quinze déjà effectués. Pas grave, je rentre.


En descendant du mont Macaron

Du mont Macaron je dois rejoindre le col de Bordinas croisée des chemins où l'on retrouve une des voies de Compostelle.

Au col de Bordinas plus de sentier rocailleux ou de pistes glissantes, du goudron rien que du goudron.

Le bitume pas terrible mais il a l'avantage d'avoir une allure rapide pour un marcheur certes fatigué mais qui n'a plus envie de surprises pour aujourd'hui.

Un dernier coup d'œil à Nice depuis un des lacets nombreux sur la route qui mène à Saint-André de la Roche mon terminus


Nice sous la brume du soir

Ce fut court mais intense avec quelques surprises heureuses et malheureuses. Il me reste un litre d'eau dans mon sac. J'aurais pu tenir jusqu'à demain.

Venez randonner dans Alpes Maritimes, la région est superbe et les chiens ne sont pas méchants si vous faites un grand détour.