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La Team MyAtlas

À propos

Ici pas de bons plans resto ou hôtel… Juste les "aventures" d'un type qui prend son sac à dos et voyage dès que possible avec ses joies, ses découvertes et surtout ses galères.
Voyager au bout du monde et se sentir comme un enfant devant les merveilles de cette île : C'est ce que signifie un séjour à l'île de Pâques. Récit de mes 6 jours perdu au milieu du Pacifique.
Du 1 au 6 septembre 2017
6 jours
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L'île de Pâques. Voilà un nom qui a fait rêver beaucoup de gens. Qui ne connaît pas les photos de ces monolithes trônant fièrement avec le regard porté à l'horizon ? Après avoir vu des documentaires ou des articles traitant de nouvelles découvertes, l'envie d'aller voir ce que cette minuscule île isolée au milieu de l'océan Pacifique peut offrir se fait de plus en plus pressante.

Profitant d'un voyage de 15 jours en Equateur et de près de 3 semaines en Patagonie, je saute le pas et réserve mes billets pour aller 6 jours à plus de 14 000 km de la France. Je me demande ce que je vais trouver là bas. Le Paradis ? Un île tombée aux mains du tourisme de masse ? Le coin le plus mystérieux du globe ? En réalité un peu des trois.

Avant de rentrer dans les détails, une petite présentation s'impose. Donc l'île de Pâques ( la Isla de Pascua ou Rapa Nui dans la langue autochtone) appartient au Chili mais se situe à environ 3700 km à l'ouest de ses côtes. Il faut presque 5h de vol pour y atterrir depuis Santiago en raison d'un vol journalier. Seule la compagnie LATAM est autorisée à effectuer des vols, cette autorisation permettant en théorie de contrôler le flux touristique. Même si administrativement elle est attachée au continent Sud Américain, elle fait en réalité de la Polynésie. Elle en est même l'île la plus orientale et appartient, d'un point de vue continental, à l'Océanie. De part sa situation géographique, elle est considérée comme l'une des terres habitées les plus isolée du monde car la première peuplée se trouve à plus de 2000 km.

Le drapeau présent sur les édifices officiels est celui du Chili mais l'île possède également son propre drapeau que l'on peut souvent voir sur les habitations et sur les voitures. Le symbole présent sur celui-ci est un reimiro, un pendentif en forme de croissant avec deux visages humains aux extrémités s’observant, qui était réservé à l'aristocratie de l'île. Il tire originellement sa forme d'une pirogue polynésienne.

Sur l'île se trouvent en tout 887 moaïs et 289 plateformes sur lesquelles sont (ou ont été dressés) les fameux monolithes. La majorité des ahus se situent au bord des côtes mais l'on retrouve des moaïs parsemés un peu partout sur l'île et dans les terres. Cependant ils ne sont pas tous facile à repérer car nombreux sont ceux renversé ou ensevelis par le temps et les éléments.

  • Superficie : 162 km² (deux fois plus grand que l'île de Ré)
  • Population : environ 5000 habitants dont la moitié d'origine chilienne travaillant dans le tourisme
  • Densité : 31 habitants au km²
  • Chef-lieu : Hanga Roa
  • Point culminant : Maunga Terevaka (507 m)
  • Langues : Espagnol (principale), Rapa Nui et Français (minorité)
  • Monnaie : Peso Chileno mais possibilité de payer en dollars US si les billets ne sont pas abîmés
  • Point antipodal : Jaisalmer dans la province du Rajasthan en Inde


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La formation de l'île

Habitée depuis seulement quelques siècles, l'île de Pâques est apparue il y a environ 3 millions d'années ; elle est formée de quatre volcans : le Poike, le Rano Kau, le Rano Raraku et le Terevaka. Normalement les volcans se forment aux limites des plaques tectoniques mais ici la formation résulte d'un point chaud.

[Attention, instant Prof de SVT (en vacances)] : Un point chaud est une zone où le magma arrive à se frayer un chemin à travers le manteau et la lithosphère pour atteindre la surface. Le point chaud reste fixe mais comme les plaques sont mobiles, les éruptions successives vont permettre de créer des îles ou des chapelets qui seront alignés. Ainsi le premier volcan formé se retrouve décalé et comme il ne sera plus à la verticale de la remontée de magma, il cesse d'être alimenter et va donc devenir inactif. Lorsque que le magma remonte de à un nouvelle endroit, il peut former une nouvelle île où alors, comme c'est le cas ici, agrandir l'île si la lave en surface rejoint les volcans précédemment formés. L'un des exemples les plus visibles de ce phénomène est l'archipel d'Hawaï.

L'île de Pâques est le résultat de trois éruptions successives d'un point chaud sous la plaque de Nazca et est le point culminant d'une chaîne de montagne volcanique s'élevant à environ 3000 mètres du fond de l'océan.

Représentation et fonctionnement d'un point chaud 

Il y a 3 millions d'années, le Poike est entré en éruption et lorsqu'il est sorti au dessus de la surface de l'eau, il a formé la partie sud-est de l'île. Environ 500 000 ans plus tard ce fut au tour du Rano Kau de former la partie ouest. Il y a environ 400 000 à 300 000 ans la lave émise par le Terevaka permit aux trois volcans de se rejoindre et de créer une île triangulaire. Ce dernier est d'ailleurs le point culminant de l'île.

Les premiers habitants ( les Rapa Nui / Pascuans )

On estime que le peuplement initial de l'île aurait eu lieu entre 400 et 1200 ans. Les premiers habitants seraient originaires des îles Marquises situées à plus de 3000 km à l'ouest. Selon la principale légende, le roi déchu Hotu Matua est venu s'installer sur l'île avec son épouse, après que sept éclaireurs l'ont découverte. Rapidement les habitants auraient instauré une société reposant sur le culte des ancêtres. C'est dans le cadre de ce culte que les premiers moaïs furent érigés ainsi que les ahus (plateformes) en majorité le long du littoral. Cependant une crise environnementale puis tribale se serait déclenchée vers 1600, plongeant peu à peu l'île dans le chaos et participant au début de son déclin.

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Les guerres tribales

Selon certaines hypothèses, une guerre tribale aurait eu lieu au XVIIème siècle entre les clans et aurait mis l'île à feu et à sang. Elle fut sans doute provoquée par plusieurs bouleversements climatiques et une surexploitation des ressources naturelles entraînant une raréfaction des vivres.

Les habitants originels étaient appelés les "hanau momoko" c'est à dire les "Grandes Oreilles" et furent les bâtisseurs des Moaïs. Plus tard, une autre tribu d'origine mélanésienne, les "hanau eepe" ou les "Courtes Oreilles", débarqua à son tour.

Ils furent cantonnés dans la partie Sud-Est où il était difficile de pêcher et de cultiver en abondance. Leur population a rapidement augmenté et les ressources vinrent à manquer. Ils demandèrent aux "Longues Oreilles" la permission de cultiver d'autres terres, mais celle-ci ne fut pas accordée, et les guerres tribales commencèrent au cours desquelles les ahus et les moaïs furent profanés et renversés. Ils abattirent également les arbres afin d'empêcher leurs adversaires d'ériger les moaïs et de construire les pirogues.

Selon certaines hypothèses et la connaissance de rituels de guerre d'Océanie, certains vainqueurs se livrèrent à l'anthropophagie. Afin d’apaiser les clans, les cultes du dieu Make-Make et de l'homme-oiseau, chef de l'île pendant un an suite à une victoire dans une épreuve sportive, supplantèrent le culte ancestral.


La découverte de l'île par les Européens

Bien affaibli par les nombreuses guerres, une série d'évènements allait porter le coup de grâce. Comme d'habitude à cette époque, les fameux évènements sont en lien avec l'arrivée des européens. Le dimanche de Pâques 1722, l'explorateur hollandais Jakob Roggeveen débarqua lors d'une expédition alors qu'il était chargé de découvrir la Terra Australis, un continent imaginaire évoqué par Aristote depuis -300 av JC.

En 1770, ce fut au tour d'une expédition de la couronne espagnole de débarquer et d'annexer cette terre. Puis quelques années plus tard, le Français La Pérousse accosta au cours de son tour du monde. Malheureusement en environ un siècle, la population Rapa Nui passa de 2500 individus à seulement 111. Plusieurs facteurs en sont à l'origine, parmi eux les maladies transmises par les Européens comme la tuberculose mais surtout les esclavagistes qui en moins de cinq ans déportèrent près de 1500 personnes pour les faire travailler dans certaines îles péruviennes. En 1870, sur la population totale de l'île, les Pascuans ne représentaient plus que 3%.

Une mission catholique s'installa sur l'île afin de christianiser la population restante, puis vint le tour des éleveurs français de mettre la main sur l'île. Ces derniers feront fuir les missionnaires et réduiront les derniers Rapa Nui de l'île en esclavage afin de récupérer leurs terres, d'importer des animaux et d'établir un gigantesque élevage.

En 1888, l'île fut annexée par le Chili qui dans un premier temps parqua les Rapa nui dans une réserve spécialement dédiée puis progressivement accorda la nationalité chilienne aux habitants pour enfin déclarer que l'île était devenue un territoire spécial mais toujours administré par le Chili.

C'est ainsi qu’aujourd’hui, l'île possède son propre parlement, et de par son histoire houleuse, des voix pour l'indépendance s'élèvent (le terme "décolonisation" est parfois employé) ou pour que le parc national Rapa Nui (la totalité de l'île) soit administré par les Rapa Nui eux-mêmes et non pas par une institution chilienne, qui selon leurs dires, profiterait allégrement des revenus générés mais ne reverserait qu'une part assez faible à l'île elle même et ses habitants.

Ils désapprouvent aussi que leur terre ancestrale soit parfois bafouée par des constructions illégales. J'ai pu le constater sur le front de mer avec un hôtel "pirate" qui pose problème aux natifs. L'argent donnerait donc des droits supplémentaires ? En voilà une surprise!

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Pour rallier l'île, deux solutions : un vol depuis Santiago ou alors un vol depuis Tahiti. Pour ma part, j'arrive dans la nuit du mercredi au jeudi à Santiago vers 4h du matin. Le lendemain j'en profite pour parcourir la capitale chilienne durant la journée avant de rallier l'aéroport le lendemain matin.

C'est donc à 9h30 que je dois décoller vers la destination attendue avec impatience depuis huit longs mois déjà… Je quitte ma chambre à 6h30 avec sur les épaules mes deux sacs à dos qui sont mes fidèles compagnons depuis bientôt trois semaines et durant encore un bon mois avant de rentrer en France.

C'est donc bien installé dans mon siège (coté hublot bien sûr) que j'aperçois les avions atterrir juste devant le nez de l'appareil où je suis assis. Puis c'est à notre tour de nous aligner. L'avion est moderne et de nombreux films vont m'occuper durant toute la durée du vol, si bien que celui-ci est passé comme une lettre à la poste.

Les moteurs s'emballent, la piste défile, les toits commencent à être visibles et c'est parti pour 5h30 de vol. La cerise sur le gâteau, ce jour-là, peu de nuages au-dessus de Santiago et comme j'ai la chance d'être du bon coté je peux admirer les sommets des Andes qui entourent la ville.

Rapidement nous survolons le Pacifique, et jusqu'à l'arrivée le bleu de cet océan s'étendra à perte de vue… enfin mis à part cinq minutes, lorsque l'avion fait un virage pour que l'on puisse voir sur le coté de l'appareil l'Archipel Juan Fernández et plus particulièrement l’île Robinson Crusoé, le type barbue qui a décidé de se prendre des vacances prolongées seul sur une île plutôt que de vivre dans le chaos de son époque avec ses concitoyens.

Plus de 3 heures passent et l'avion amorce enfin sa descente, mais l'île n'est toujours pas en vue à cause d'une couche nuageuse qui semble épaisse. La trajectoire d'approche de l'aéroport permet de survoler le sud-est de l'île avant d’amorcer un virage serré pour faire un demi-tour complet et se poser sur la piste à l'ouest. C'est pendant ce demi-tour qu'il est possible de voir l’île dans sa totalité. C'est toujours impressionnant quand le virage est aussi prononcé à basse altitude et que l'avion est secoué par des rafales de vents.

Me voilà sur le tarmac et face au terminal de cet aéroport minuscule mais avec énormément de charme. il faut dire qu'avec deux vols au maximum par jour, il n'y a pas besoin de plusieurs portes d'embarquement ou de gigantesques salles d'attente.

Un moaï est d'ailleurs visible comme pour nous souhaiter la bienvenue. L'aéroport ressemble d'ailleurs plus à un hangar quand on le regarde de l'extérieur. Ce premier dépaysement m'amuse, et la température ambiante ainsi que la vision de palmiers un peu partout me font enfin réaliser où je suis.

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en débarquant ici. Je m'attendais à trouver une île paradisiaque avec de grandes plages, mais en survolant et en apercevant les falaises et le littoral abîmé, j'ai compris aussitôt que ce ne serait pas le cas. A ma grande surprise aussi, l'île est plus verte que ce que j’imaginais. Je pensais qu'avec un climat tropical, l'herbe et les plantes seraient toutes plus ou moins brûlées. Mais force est de constater que le climat tropical océanique est quand même pluvieux (même si je n'ai vu les gouttes de pluie qu'au moment d'embarquer pour le vol retour).

J'ai loué une petite chambre dans un hôtel pas très loin de l'aéroport, il faut environ une dizaine de minutes de marche pour y arriver depuis le terminal. Il fait chaud, mes sacs sont lourds, je transpire comme un dingue et je commence à râler… Mais bon, dix minutes ça passe vite ! Je suis un peu excentré du centre ville, mais le point positif c'est que peu de voitures empruntent ces routes et chemins, je serai donc au calme toute la durée du séjour. Pour y arriver j'emprunte des chemins en terre. Je me pose une petite demi-heure avant de bouger en direction d'Hanga Roa, la "capitale" de l'île.

Mon objectif pour la fin de journée est de faire un petit tour pour me familiariser avec les lieux, réserver une voiture pour les jours suivants et aller acheter mon ticket d'entrée pour le parc national.

On peut l'acheter aussi directement à l'arrivée à l'aéroport mais étant descendu de l'avion dans les derniers, la longue queue devant le comptoir m'a un peu découragé. Le ticket donne accès à toute l'île ainsi que l'entrée au village cérémonial d'Orongo et la carrière de Rano Raraku (une seule visite autorisée pour ces deux lieux, donc il faut bien prévoir le coup, notamment au niveau climatique).

Il est "amusant" de voir sur le bord des routes des panneaux mettant en garde dans certaines zones susceptibles d'être touchées par des tsunamis. L'île de Pâques par sa proximité (relative) avec les côtes chiliennes, souvent secouées par des séismes, est dans un zone à risques géologiques.

C'est donc parti pour la "capitale" de ce bout de caillou au milieu des flots !

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Pourquoi ce titre ? Simplement parce que quelque soit le pays où elle se situerait elle aurait le statut d'un (grand) village mais étant donné que la population vit ici, elle a le statut de ville. Elle est bordée par la mer mais également entourée de plusieurs collines.

Il y a deux ports dans la localité. Le premier, Hanga Piko, est situé à la sortie de la ville en direction de l'aéroport. C'est un petit port où seulement quelques bateaux sont amarrés. Au milieu trône un moaï assez imposant. Au large de ce port se trouve "le moaï immergé", qui n'est pas un moaï original mais un datant de 1994 lorsque Kevin Reynolds tourna son film (raté) "Rapa Nui". Laissé sur place, il fait maintenant le bonheur des nombreux clubs de plongée le long de la côte.

En continuant de longer le littoral, j'arrive sur l'Ahu Mata Ote Vaikava constitué d'un seul moaï mais qui présente la particularité d'avoir des yeux. Un peu plus loin, je passe devant le camping Mihinoa qui propose beaucoup d'emplacements et des locations de tentes juste sur le front de mer. J'arrive rapidement au deuxième port situé à quelques encablures du centre ville.

Sur ce port se trouve trois moaï, dont un seul constituant l'Ahu Tautira. Devant cet Ahu se trouve un panneau sur lequel on peut lire que le nom original est "Ahu Kopeka Tae Ati" décrit en 1774. En général ces moaï sont les premiers découverts par les touristes quand ils arrivent sur l'île. C'est également ici qu'on peut de se baigner à la "Playa Pea" car les petites digues protègent les baigneurs de la houle faisant la joie des surfeurs de l'autre coté du port.

C'est à cet endroit que je m'arrête pour manger dans un petit restaurant. Juste en face de celui-ci, se trouve le stade municipal où un match de première division insulaire est en train de se dérouler. Bon clairement, ce n'est pas la Ligue des Champions et ça ressemble plutôt à un match du dimanche dans nos bleds paumés, mais je profite donc de cette partie inattendue pour m'installer sur la terrasse et suivre le jeu. Deux papys à côté sont en désaccord et commencent à se disputer tout doucement! Ah... le hooliganisme polynésien !!! Ensuite, direction un "supermarché" pour acheter quelques bricoles puis ma chambre d'hôtel.

Le stade, la plage et un supermarché 

Le coût de la vie sur l'île est élevé pour la simple et bonne raison que tout doit être importé. On mange donc en fonction des arrivages et c'est sur la nourriture que le prix se répercute le plus. Ainsi il n'est pas rare de s'en sortir pour quasiment le double lorsque l'on fait des courses avec des produits de première nécessité. Les produits frais dans les restaurants n'échappent pas non plus à ce phénomène, genre 12 € la salade...

Le lendemain matin je retourne en ville. La ville a un système de rues comme sur le continent américain, c'est-à-dire que la majorité des rues sont perpendiculaires les unes aux autres. La ville s'articule autour d'une rue principale, Atamu Tekena, sur laquelle on retrouve la plupart des magasins de souvenirs, les banques, les tatoueurs, les restaurants etc...

L'artère principale part de l'aéroport pour rejoindre à l'autre bout la rue menant au port. Lorsqu'on la descend, on passe devant la poste où il est possible de faire tamponner son passeport. C'est un tampon non officiel mais légal et atypique, alors pourquoi se priver?

A l'opposé du port se trouve l'église Santa Cruz. Elle a la particularité de mélanger les différentes religions qui sont ou ont été présentes sur l'île. Ainsi, on peut noter la présence de croix chrétiennes mais également des motifs de l'Homme-Oiseau et des inscriptions en Rongo-Rongo.

La messe du dimanche dans cette église est paraît-il surprenante puisque tous les chants sont en langue Rapa Nui sur fond de rythmes typiquement polynésiens.

Retour donc au port et en continuant un peu plus loin, j'arrive sur un chemin de terre menant au cimetière local. C'est un cimetière polynésien avec des croix chrétiennes côtoyant des sculptures locales et même quelques moaï de couleur claire pour l'occasion. Le lieu est agréable et paisible avec en fond l'océan, et c'est juste à côté que se trouve le site archéologique et important le plus proche d'Hanga Roa : l'Ahu Tahai.

Le cimetière local 
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A côté du cimetière se trouve le site d'Ahu Tahai. Il faut savoir que comme tous les moaï ont été renversés, ceux que l'on peut voir debout ont été redressés lors des diverses campagnes de restauration des sites archéologiques de l'île. Cet ahu est composé de trois plateformes distinctes :

_ Ahu Vai Uri : composé de cinq moaï dos à la mer dans un état des conservation plus ou moins précaire à tel point que trois sur cinq présentent des fractures importantes sûrement dues à leur chute.

_ Ahu Tahai : constitué d'un seul moaï, auquel le site doit son nom, très fragilisé lui aussi.

_ Ahu Ko Te Riku : constitué également d'un seul moaï, il a été restauré dans les années 70 par un archéologue américain. Il possède la particularité d'avoir des yeux restaurés à partir d'une découverte faite sur une plage de l'île où un autre ahu est lui aussi dressé. L’œil est constitué d'un morceau de corail blanc et d'un morceau d'obsidienne ou de tuf. Son autre particularité est la coiffe qu'il porte appelée "Pukao".

Les ahus pouvaient être des lieux de sépultures, c'est pour cela qu'il est formellement interdit de marcher dessus au risque de se le faire rappeler assez vigoureusement à l'ordre par les Rapa Nui pour qui cet acte est un grand manque de respect à leur culture.

En étant sur ce site complètement seul, on a le sentiment d'être face à l'histoire. Même si leur taille n'est pas très impressionnante, il y a comme une aura qui s'en dégage et je suis resté une bonne demi-heure assis à les contempler, seulement dérangé par quelques chevaux sauvages qui venaient brouter dans le coin.

Si l'on continue de longer la côte sur quelques kilomètres, un nouveau site apparaît : Ahu Tepeu. Ce sont les ruines d'un ancien village avec des maisons-bateaux. Elles sont appelées comme cela à cause de leur forme ressemblant à un canoë. A proximité se trouvent deux ahus complètement détruits avec quelques moaï ensevelis mais laissant dépasser leurs têtes pour certains.

Malheureusement je n'ai pu prendre qu'une seule photo avant que la batterie de mon appareil rende l'âme, et n'ayant pas ma batterie externe sur moi, j'étais dans l'incapacité d'immortaliser le lieu mais dans l'obligation de repasser par l’hôtel pour la récupérer. Et comme ci cela ne suffisait pas, j'avais laissé mon téléphone dans la chambre... pour le coup j'étais en mode "Super Boulet" ce jour-là !

Après ce détour fort intéressant, je suis retourné sur le site d'Ahu Tahai pour assister au coucher de soleil. Je n'étais pas seul, car c'est un coin très prisé des touristes étant donné que le soleil se couche derrière les plateformes, leur donnant une aura totalement différente de celle du matin. Il faut bien avouer que ce coucher de soleil est majestueux et romantique. Peut être trop, vu la scène se déroulant à quelques mètres seulement de moi...

Surement mon meilleur coucher de soleil...

A côté du site se trouve un parc avec des statues et des pétroglyphes de la culture Rapa Nui. Ces dessins symboliques sont gravés généralement dans leur dos. C'est également ici qu'en début d'année se déroule le festival le plus important dans la culture locale avec des épreuves sportives et des traditions culturelles ancestrales.

C'est sur les derniers rayons du soleil que je rentre car j'ai une journée chargé le lendemain avec la visite de deux sites importants pour la construction des moaï : les deux carrières volcaniques d'où ils sont originaires.

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Les sites en question étant éloignés de la ville, je vais récupérer la voiture afin de traverser l'île. J'ai effectué la réservation auprès de l'agence "Océanic Rapa Nui" qui pour environ 55 € la journée permet de louer un des petits 4x4 Suzuki que l'on voit partout sur l'île. Pour la météo de la semaine, un véhicule de la sorte n'était pas vraiment nécessaire mais lorsqu'il pleut, cela peut s'avérer utile lorsque l'on emprunte des routes secondaires généralement en terre.

Direction dans un premier temps la carrière de Rano Raraku à une vingtaine de kilomètres de là. Il faut environ 30 minutes pour faire le trajet car les routes ici sont limitées au maximum à 70km/h pour ne pas risquer d'entrer en collision avec les nombreux animaux sauvages ou domestiques en libre circulation sur l'île. La route que j'emprunte est celle qui longe le littoral sud. Le littoral est dénué de végétation mais parsemé de débris volcaniques rappelant le passé de l'île. Cependant tout le long de la route, aucune plage ou même crique pour se baigner à cause des rochers sur lesquels s'écrasent les vagues...

La route est en parfait état et c'est très agréable de conduire, même si parfois je me retrouve à slalomer entre des vaches qui ont décidé que la chaussée était l'endroit idéal pour se reposer et se dorer la pilule. J'arrive enfin à Rano Raraku. Ce volcan est visible de loin car il est localisé au milieu d'une plaine sans aucune colline autour. On aperçoit déjà au loin des roches qui sortent de terre sur un de ses côtés. Ces roches s'avèrent être les moaï taillés à même le flanc du volcan.

Panorama sur le volcan 

Rano Raraku est "l'usine de moaï" car 95% d'entre eux proviennent de cette carrière. Il y en a sur l'île 887 recensés dont 288 placés sur un ahu. A cela s'ajoute 92 abandonnés lors de leur déplacement et une dizaine dispersés dans des musées à l'étranger. Disséminés dans toute cette carrière, ce ne sont pas moins de 397 moaïs qui sont restés en l'état. On dirait presque qu'ils sont restés figés en attendant le retour des tailleurs reprenant leurs outils pour ajouter les touches finales.

L'accès au site est réglementé : il faut présenter à l'entrée son ticket et le garde du parc y apposera un tampon. Comme une seule visite du lieu est autorisée, il est important de bien choisir le moment, la lumière jouant énormément sur le ressenti du lieu (apparemment).

On entre donc dans la carrière et là surprise... des dizaines de tête de plusieurs mètres de haut dépassent du sol tout en scrutant les visiteurs pénétrant sur le site. Le spectacle est assez grandiose mais plus je marche au milieu et plus je suis happé par ce spectacle unique et incroyable. Ce lieu est l'essence même, l'âme, de cette île.

Sur la droite sont présents des moaïs couchés au sol et cassés en deux. Au cours de la visite il est impératif de suivre le sentier. C'est ici qu'il est possible de voir les différents stades de taillage des moaïs. Certains sont terminés alors que d'autres sont encore couchés dans leur lit de basalte.

J'avais entendu dire que le site, l'un des plus importants de l'île et le plus mystique, était souvent bondé de touristes et que de ce fait, l'atmosphère s'en trouvait changée. J'ai donc eu la chance ce jour-là d'avoir le site presque pour moi tout seul, puisque l'on était moins d'une dizaine sur la totalité des sentiers. C'est vraiment le coté positif de la hors saison, j'ai du mal à imaginer comment profiter pleinement avec presque 3 fois plus de touristes pendant l'été... Il est vrai que déambuler au milieu de ces géants de pierre et d'imaginer les Pascuans les tailler et surtout les déplacer vue leur taille m'a laissé un peu perplexe.

Je continue ma visite en prenant de la hauteur et je commence à avoir une vue d'ensemble de la partie extérieure de la carrière. Il y a des têtes littéralement partout où mon regard se pose. C'est d'ailleurs dans cette partie du site que les plus célèbres clichés ont été pris, que l'on retrouve sur les brochures touristiques vantant cette île, et je pense que ce n'est pas un hasard. Je note qu'ils ont tous une sorte d'air hautain en m'observant de si haut... Malheureusement je suis pressé et je n'ai pas le temps de soutenir leur regard, mais je suis persuadé qu'ils auraient baissé les yeux avant moi... 😉

Durant cette ballade, une question me travaille. Pourquoi certains sont ensevelis, d'autres penchés ou encore couchés ? Qu'est-ce qui pourrait expliquer cela ? Il s’avérerait qu'avec le temps ils se seraient enfouis progressivement ou que certains événements comme des raz de marée auraient contribué à ce phénomène.

Les moaï étaient, dans un premier temps, grossièrement taillés, allongés au cœur même de la carrière afin de pouvoir sculpter les détails du visage, le torse et les bras. Puis la sculpture était détachée de la roche pour être glissée dans un trou afin de la mettre sur pied et terminer de la polir et d'inscrire des pétroglyphes. C'est d'ailleurs ici que le plus grand moaï de l'île se situe avec des dimensions colossales : 21 mètres au total avec une tête de 7 mètres pour un poids qui serait estimé à environ 200 tonnes.

Avec cette photo comme comparaison, il est plus facile de s'imaginer leur taille.

En continuant à grimper, j'arrive devant un des moaï le plus intéressant du site et même de l'île : Tukuturi. Il est intéressant car il ne ressemble à aucun autre. En effet cette statue est la seule à posséder un corps complet et fait encore plus étrange, elle est en position agenouillée avec les bras long de ses cuisses. Son nom veut d'ailleurs dire "être assis en pliant les genoux pour que les fesses soient appuyées sur les jambes".

Pour accentuer encore plus les différences, la pierre dans laquelle elle est sculptée ne vient pas de cette carrière mais de la carrière de Puna Pau située à presque une dizaine de kilomètres de là.

Une autre spécificité est sa tête arrondie qui contraste avec la tête plutôt schématisée des autres sculptures sur l'île. En s'appuyant sur toutes ces différences, les scientifiques se sont interrogés sur l'origine de l'inspiration pour tailler une telle statue.

Il apparaît que dans les îles polynésiennes, seule une autre statue de ce type a été retrouvée et vient des îles Marquises. Ceci pourrait donc être une preuve de l'origine des premiers Pascuans et attester qu'ils venaient bien de ces îles-là et non du Pérou comme certaines thèses l'affirment.

Une autre théorie serait que les Marquisiens seraient venus jusqu'à l'île pour la sculpter et repartir après.

Enfin une dernière serait que cette statue est plus récente que les autres et aurait été taillée lors de l’évangélisation de l'île lors des échanges avec Tahiti. Des ouvriers tahitiens impressionnés par les moaï auraient taillé cette dernière pour montrer qu'eux aussi été capables de bâtir des statues.

En redescendant, j'aperçois la péninsule du Poike avec l'Ahu Tongariki (le plus grand de l'île), que j'irai voir le lendemain. Rien que de cette distance, je le distingue parfaitement, alors j'imagine que le spectacle là-bas sera sûrement impressionnant.

Il est temps d'aller vers le deuxième point d'intérêt du site. Il faut retraverser toute la carrière pour accéder au cratère du volcan. Au centre du cratère se trouve désormais un lac. Malheureusement il est impossible d'en faire le tour car la zone est protégée. Je l'ai appris à mes dépens. En voyant une barrière sur le sentier je me suis logiquement dit que je pouvais aller jusqu'à celle-ci, mais le surveillant qui ronflait sous un arbre s'est réveillé, m'a crié dessus et s'est aussitôt rendormi ; Il faut dire qu'hurler sur les visiteurs ça pompe de l'énergie... Bon pas grave, du mirador on peut quand même apercevoir des têtes dépassant là aussi du sol.

C'est un endroit agréable et très important à visiter pour comprendre l'histoire de cette île et de ses cultes et traditions. Le site est vraiment bien conservé et même si pour certains il est frustrant de ne pouvoir le visiter qu'une seule fois, il faut prendre en compte la fragilité de ce patrimoine, préoccupation principale de la CONAF qui gère le parc ainsi que des Pascuans qui considérent ce site d'importance capitale.

Je reprends la route et longe de nouveau la côte en sens inverse jusqu'à arriver à un site en bord de mer. Il s'agit du site de Vaihu avec pas moins de huit moaï face contre terre en lieu et place de l'ahu principal.

Ce site cérémonial que l'on peut aussi appelé Ahu Hanga Te'e est la parfaite illustration de ce qui se passa durant la période de troubles qu'eut à subir l'île durant la guerre des clans où les statues furent renversées.

En face de l'ahu se trouve un cercle de pierres appelé paina. C'est à l'intérieur de ce cercle qu'avaient lieu des rituels commémoratifs anciens en l'honneur des ancêtres.

Les huit moaï sont donc renversés mais ils étaient tous coiffés de pukaos. C'était bien sûr pour humilier les perdants qu'ils étaient renversés, rien n'étant plus offensant que de s'attaquer directement à les croyances ou divinités.

Lors de leur effondrement les pukaos ont, pour certains, roulé jusqu'au bord de la petite baie adjacente. Il fallait avoir de la puissance et de la rage pour pouvoir faire basculer ces blocs de pierre de plusieurs tonnes au point qu'ils se retrouvent échoués à quelques dizaines de mètres de l'autel.

Je reprends la route direction une autre carrière d'où ont été extraits ces fameux pukaos. Puna Pau, qui est situé sur les hauteurs d'Hanga Roa, est un petit cône volcanique mais suffisamment grand pour l'exploiter sous forme de carrière. En arrivant sur le site, et après le traditionnel tamponnage de ticket, j'emprunte un petit sentier qui monte jusqu'à un mirador à partir duquel il est possible d'avoir une vue sur le site mais également sur la ville en contrebas et les environs.

Voir la ville d'aussi haut est intriguant car je me rends compte à quel point celle-ci diffère de nos villes. Ici pas un seul immeuble, tout au plus de grandes maisons sobres à un étage.

Ce volcan est l'unique endroit de l'île où de la pierre rouge, la scorie, peut être extraite. Il reste sur le site quelques pukaos qui n'ont pas eu le temps de trouver preneur. En regardant les sites où on en retrouve, il fallait parfois parcourir plus d'une dizaine de kilomètres dans des paysages vallonnés pour les emmener à leur destination finale. Il en fallait de la motivation à l'époque...

Retour à Hanga Roa pour une soirée un peu particulière. L'île de Pâques étant une île polynésienne, les tatouages sont plutôt en vogue. Je rentre donc dans le salon "Kakaia" tenu par un Marquisien pour avoir des informations. Malheureusement le manque de temps et un agenda chargé de son côté feront que je ne pourrai pas me faire douloureusement encrer ici...

La discussion commence en parlant déjà des tatouages du même style que les miens, puis de musique, enfin de la France et des expériences que ce tatoueur a eues lorsqu'il vivait en métropole, le tout, pendant qu'un chilien se faisait tatouer l'épaule. Ce même chilien, qui apparemment souffrait silencieusement au vu des grimaces de son visage mais qui reprenait du poil de la bête et de la fierté en levant le pouce dès qu'il s’apercevait que je le regardais amusé, profitera d'une pause pour aller acheter des bières afin de trinquer à notre santé (et son calvaire).

Ce fut une soirée assez inattendue mais vraiment fun et mon seul regret a été de ne pas pouvoir immortaliser ma venue avec un tatouage... Mais bon ce n'est que partie remise !

7

Deuxième jour au volant de la voiture de location et c'est reparti pour une nouvelle traversée de l'île à la rencontre de trois autres sites majeurs, trois ahus très différents les uns des autres.

Tous se présentent sur le même modèle comprenant 3 étages :

  • la place avec les galets ronds qui est plate appelée l'aile de la plateforme qui était le lieu de cérémonie lors des festivités à l'occasion de naissance mais aussi de décès.


  • une plateforme plus courte avec un plan incliné qui contient des chambres mortuaires où les restes des dignitaires reposent. A l'origine, les morts étaient incinérés mais par manque de bois la coutume a changé. Les restes étaient mis à sécher pendant une année complète derrière l'ahu. On récupérait les os, les nettoyait et on les mettait dans des bols en pierre appelés havenga que l'on plaçait dans les chambres mortuaires.


  • l'étage où étaient érigés les moaï

Le premier site se trouve de l'autre côté de l'île, à proximité de la plage d'Anakena, une des deux seules plages de sable blanc où il est possible de se baigner.

Cette plage ressemble typiquement à une carte postale et lorsque je vois les cocotiers, il est évident que ce lieu rappelle l'idée que l'on se fait de la Polynésie et des plages de rêves. Il y a déjà du monde en cette fin de matinée vu qu'il fait beau et même plutôt chaud, temps parfait pour pouvoir piquer une petite tête.

Comme partout sur le site il y a un garde à l'entrée qui vérifie si l'on est bien en possession du ticket du parc et qui me (re)donne les consignes de respect des sites.

La plage d'Anakena est, selon la légende, le point de débarquement de Hotu Matu'a, le chef marquisien qui avait envoyé les 7 explorateurs à la recherche d'une nouvelle terre où vivre.

Je déambule entre les cocotiers jusqu'à atteindre les ahus. Le premier, l'ahu Ature Huki ne contient qu'un seul moaï en assez mauvais état et peu photogénique. le second par contre l'ahu Nau-Nau, est l'un des sites les mieux restaurés avec ses 7 moaï, donc 4 avec des pukaos. Ce ne sont pas les plus grands mais ce sont certainement les plus détaillés.

Lorsque l'on contourne l'ahu, on peut apercevoir sur les dos des statues la présence de gravures. Lorsqu'elles ont été renversées, elles sont tombées sur le sable et ont été peu à peu ensevelies et donc protégées de l'érosion.

Sur le mur de pierre qui forme la base, plusieurs pétroglyphes représentent des oiseaux et d'autres animaux, comme des lézards ou des singes. On peut également apercevoir qu'une tête de moaï est présente parmi les blocs constituants le socle de la plateforme (l'ancêtre du recyclage ?).

Il est maintenant temps d'aller piquer une petite tête, et malgré la saison, l'eau est vraiment très bonne. Vu la clarté de l'eau, j'en profite pour essayer d'observer quelques poissons tropicaux mais malheureusement je n'en aperçois aucun. Bon j'aime bien les défis mais évidemment sans masque et tuba c'était perdu d'avance. Après cette pause fraîcheur et détente, je ne m'éternise pas pour bronzer sur la plage et je vais vers les petites cases qui font office de bars/restaurants pour ensuite manger au pied d'un cocotier.

Je reprends la voiture pendant environ 10 kilomètres pour arriver à l'Ahu Tongariki, la plateforme la plus majestueuse de l'île. Il se situe en bord de mer à environ 2 kilomètres de la carrière de Rano Raraku.

C'est en faisant le tour que je me rends compte à quel point ils sont grands et imposants, le cadre aidant beaucoup entre un volcan et une mer d'un bleu tirant sur le turquoise. La plateforme mesure plus de 250 mètres de longueur, la plus grande de toute la Polynésie, et accueille des géants. Un des moaï atteint les 15 m de haut pour un poids de 86 tonnes, ce qui en fait le plus haut et le plus lourd de l'île achevé et érigé.

Chacune de ces statues est différente et il y a deux hypothèses qui pourraient en expliquer la raison. La première serait que 15 des 18 fils du roi Hotu Matu'a soient représentés ici. La seconde serait qu'ils représentent différents ancêtres, alors les tailleurs auraient essayé de leur donner une touche de véracité pour pouvoir les distinguer.

Comme pour les autres ahus, celui-ci a également été renversé mais il a eu encore moins de chance car il l'a été à deux reprises. Après avoir été restauré une première fois, un tremblement de terre d'une magnitude 9,5 sur l'échelle de Richter, a frappé la côte chilienne en 1960 et a également provoqué un important tsunami dans l'océan Pacifique. Certaines vagues ont mesuré jusqu'à 11 mètres de haut et lorsqu'elles ont frappé l'ahu, ont traîné les moaï sur une centaine de mètres à l'intérieur des terres. Ceci a engendré des dommages très importants sur la totalité de la structure.

Le projet pour le restaurer a été estimé à deux millions de dollars, somme qui a été fournie par le gouvernement japonais. Le chantier a commencé en 1993 et a duré cinq ans. Lors de cette campagne, les fouilles ont permis la découverte de 17 autres moaï complètement détruits sur le site, qui ont servi a bâtir le socle de l'ahu comme cela se faisait couramment avant. C'est une sorte de recyclage des matériaux sur les sites de construction d'ahus qui en abritaient déjà un.

En reconnaissance de l'aide fournie par le gouvernement japonais, le moaï situé à l'entrée du site a été envoyé au Japon pour être prêté à des expositions à Osaka et à Tokyo. En raison de ce voyage épique, les insulaires ont commencé à le surnommer le "Moaï Voyageur", car les locaux eux, ne doivent jamais quitter l'île.

Au centre du site, il est possible de voir un moaï allongé sur le dos. Comme ses orbites ne sont pas taillées, il ne se trouvait donc pas sur la plateforme d'origine. En effet, une fois positionné debout c'est à ce moment précis que les orbites étaient finalisés. Il est probable que cette statue soit tombée et se soit cassée pendant le transport depuis la carrière.

La dernière chose à savoir sur cet endroit est qu'il est très prisé des touristes à l'aube car le soleil se lève derrière les statues, ce qui en fait certainement un des lieux les plus photogéniques du coin. Il n'est donc pas rare que des dizaines de personnes soient présentes très tôt le matin pour immortaliser l'instant. Malheureusement, je n'ai pas pu me rendre ici à l'aube, ou plutôt rien ne servait de s'y rendre car comme le temps était très couvert et pluvieux à ce moment de la matinée les rayons du soleil n'ont pratiquement jamais percé la couche nuageuse...

Moaï Voyageur avec l'ahu Tongariki au fond -  Le moaï cassé durant son transport.

En route pour le troisième et le dernier de la journée. Je reprends pour cela la route qui mène à la carrière de Puna Pau, mais je continue plusieurs kilomètres sur la route qui alterne chemin de terre et asphalte. Je croise un homme avec un drône gigantesque, mais comme c'est interdit sur l'île, je me demande ce qu'il arrivera à son drône s'il se fait chopper. J'arrive et, une fois n'est pas coutume, je présente mon ticket.

L'ahu Akivi est le seul à l'intérieur des terres, et de fait, le seul face à la mer. Constitué de sept moaï, cet ahu s'appelle en réalité "Atiu", l'ahu Akivi est situé plus loin dans les collines. L'erreur de nom viendrait d'une erreur de lecture de carte lors d'une campagne de rénovation archéologique.

D'une longueur d'environ 90 mètres, sur laquelle se trouvent sept moaï d'une hauteur approximative de 4 mètres, le design de ces derniers est très homogène, ce qui suggère qu'ils ont été sculptés et érigés en même temps.

Sa position à l'intérieur des terres, le regard en direction du soleil couchant et leur nombre ont fait jaillir l'hypothèse qu'ils représenteraient les sept explorateurs ayant découvert l'île. Or, d'après ce que j'ai compris, cette théorie ne reposerait sur aucun fondement, mais serait tirée de la tradition orale contée de génération en génération, et serait maintenant reconnue comme vérité historique, à tort donc.

Cet ahu, même s'il ne représentait pas les sept explorateurs, présenterait un autre intérêt de par son orientation par rapport à certains repères astronomiques. Il est aligné avec les points où le soleil se lève au printemps et à l'automne lorsque ont lieu les équinoxes. Les Pascuans auraient donc pu très bien se servir de cette plateforme pour étudier le mouvement des étoiles et du soleil.

Au retour, je repasse devant l'homme au drône, mais je vois ce dernier tomber comme une pierre et s'exploser sur le sol et le type semble dégoûté. Ah le Karma...

• • •

Transport et mise en place des moaï sur les ahus


L'une des questions, toujours sans réelle réponse, qui subsiste est de savoir comment les moaï étaient transportés de la carrière jusqu'aux différents sites. Comme les Européens sont arrivés à une période où leur fabrication s'était arrêtée, les réponses se trouvent dans les traditions orales et dans les théories scientifiques.

La méthode la plus simple est le transport horizontal où l'on positionne le moaï sur une plateforme ou des rondins en bois et on tire à même le sol.

Une scientifique a remarqué que dans la carrière, les moaï ont une base plate alors que ceux couchés sur le site ont une base arrondie et abîmée à cause d' une friction. Elle a émis l'idée que le moaï était directement sur le sol avec des cordages au niveau de la tête de chaque coté. Puis en alternant, les hommes tiraient chacun d'un côté à plusieurs reprises pour le faire avancer. Il fallait seulement 40 à 50 personnes pour transporter ceux pesant environ 20 à 30 tonnes.

Autre technique venant des récits ancestraux est le transport vertical. En Polynésie, le monde spirituel est très présent, et selon les récits, le roi avec son pouvoir surnaturel les faisait marcher. En réalité, on pose le moaï verticalement au milieu d'une plateforme en bois et on le fixe avec des cordages aux angles pour le stabiliser et l'on tire la plateforme à même le sol.

La dernière théorie est celle impliquant les OVNI et les extra-terrestre, mais peu de crédit lui est accordée (et l'on se demande vraiment pourquoi...)

Il n'y a cependant qu'une seule technique connue pour les relever et les positionner sur l'ahu. Avec un système de levier, la tête est soulevée et des cailloux sont placés en dessous. Puis les pierres sont entassées sous la totalité de la structure jusqu'à ce que cette dernière soit debout. Au final devant le moaï érigé se dressera une rampe de pierre.

Il ne reste plus qu'à mettre les pukaos sur les têtes. De façon très simple malgré le poids, ils seront roulés sur la rampe à la force des bras jusqu'à la tête. Mais selon les scientifiques, cette technique est bien trop compliquée et pour eux, les pukaos étaient fixés avant le redressage à l'aide de cordages et l'ensemble était soulevé en même temps.

source : imaginaisladepascua.com  & nicolasleclerc.com
8

Le départ approche à grands pas, il me reste une journée et demi pour profiter des attractions de l'île. Aujourd'hui au programme c'est l’ascension jusqu'au village cérémonial d'Orongo situé au sommet du cratère de Rano Kau. Je pars de mon hôtel, traverse Hanga Roa, contourne l'aéroport et je longe le littoral à l'Ouest. L'aller jusqu'au sommet comprend 8 km de marche pour un gain d'altitude d'environ 280 mètres : une bonne petite ballade en somme sous un soleil qui, pour la première fois du séjour, tape fort.

Avant d'atteindre le sentier grimpant sur les premières pentes du volcan, je traverse des zones côtières contenant énormément d'hôtels, des parcs pour enfant au design très local ainsi que des aires de points de vue donnant directement sur les falaises formant la pointe occidentale de l'île.

C'est parti pour l’ascension par le sentier nommé "Te Ara O Te Aro" qui signifie littéralement "le chemin chargé d'Histoire" ! Chargé d'Histoire car le sentier est le même que celui emprunté depuis 150 ans par les hommes afin de célébrer le rituel de l'Homme-Oiseau au village cérémonial d'Orongo. Je traverserai plusieurs types de paysages au cours de celle-ci. Dans un premier temps, c'est un jardin et un centre des visiteurs de la CONAF qui s'offrent à moi dans lequel sont cultivés les toromiro, arbres sacrés de l'île, qui ont pratiquement tous disparu durant la phase de déforestation.

Pour finir j'arrive au milieu de terres recouvertes seulement de hautes herbes à moitié brûlées qui offrent enfin les premiers points de vue sur la ville et le centre de l'île. Il fait chaud, je n'ai presque plus d'eau et j’essaye d'attraper la bouteille dans mon sac sans enlever ce dernier pour gagner du temps. Evidemment la bouteille était mal fermée, tombe et se vide.. Je continue mais j'ai chaud, je transpire, j'ai soif et je râle (encore).

Il me faut environ une bonne heure pour arriver au cratère du volcan vieux de 2.5 millions d'années. Petit par sa taille, ayant un diamètre d'environ 1,5 kilomètres, il abrite également en son centre une lagune qui forme la réserve biologique de Rano Kau. Quand on regarde de plus près, il est facile de distinguer plusieurs dizaines d'îlots de roseaux. Pour plusieurs espèces endémiques, c’est là l’unique endroit où l’on peut encore les trouver. Il est interdit de descendre dans le cratère pour ne pas bouleverser l'écosystème, mais la vue est largement satisfaisante. Pour rejoindre le village de l'autre côté du cratère, il faut marcher sur une crête mais le chemin est complètement recouvert par la végétation.

Arrivé à l'entrée, il faut de nouveau faire tamponner son ticket car Orongo est le second site que l'on ne peut visiter qu'une seule fois. Site historique d'une importance capitale pour la culture de l'île, c'est ici qu'avaient lieu les épreuves permettant de désigner le nouveau chef de l'île.

Le culte de l'Homme-Oiseau et les épreuves associées :

Après la chute de la période des moaï, un nouveau culte apparut pour élire un chef de l'île pour une année et ainsi apaiser les tensions tribales. Chaque chef de tribu choisissait un champion qui défierait les autres chaque année entre Juillet et Septembre durant le printemps austral. C'est à cette période que les sternes parcouraient des milliers de kilomètres pour pondre leurs œufs sur les 3 îlots au large du village.

L'épreuve consistait à descendre la falaise abrupte, à nager dans des eaux qui, paraît-il, étaient infestées de requins puis à grimper sur le premier îlot pour récupérer le premier œuf pondu de la saison, en attendant parfois plusieurs semaines dans une des deux grottes devant un nid. Le candidat en possession du premier œuf remportait la "compétition" et voyait son chef nommé "Tangata manu" ou Homme-Oiseau. Érigé à l'état de demi-dieu, on le disait envoyé par Make Make, la divinité suprême dans la religion Rapa Nui, représenté comme un homme avec une tête de sterne, et faisait le lien entre les divinités et les hommes.

Cette épreuve a malheureusement pris fin avec l'arrivée des missionnaires dans les années 1860 lors de l'évangélisation de l'île.

Il est formellement interdit de s'écarter du sentier qui forme une boucle. Le premier arrêt se situe sur le bord de la falaise où les trois îlots se tiennent juste devant respectivement "Motu Kao Kao", "Motu Iti" et "Motu Nui". Ce dernier est le plus étendu et forme le sommet d'un volcan sous marin d'une hauteur de 2000 mètres au-dessus du plancher océanique. Il y a seulement trois autres personnes sur le site avec moi, un couple d'italiens et une japonaise qui dessine le paysage se dressant devant nous. N'ayant pas son talent je continue à avancer et arrive sur le village cérémonial à proprement parler.

Le destin des Neru :

Les neru étaient les filles des chefs qui au cours de leur puberté devaient suivre un véritable rite d'initiation. On les enfermait ensemble dans une caverne pendant environ 5 mois entièrement nues afin que leurs peaux blanchissent un maximum. Cette blancheur représentait l'aristocratie alors que le bronzage signifiait le travail dehors, donc le rôle peu enviable du paysan. Elles devaient également avoir les cheveux et les ongles très longs et être vierges. Dans la caverne, elles apprenaient les prières, des tatouages étaient apposés sur leurs corps tandis que leurs lèvres étaient étirées à la main avec des massages. Le but était de procurer du plaisir à leur futur partenaire ainsi qu'à elles-même.

Au bout des 5 mois, elles sortaient de la caverne et étaient emmenées jusqu'à Orongo pendant la cérémonie qui consacrait le vainqueur. Elles prenaient place les jambes écartées sur un rocher pendant qu'un "prêtre" mesurait la taille des lèvres. Celle qui avait les plus grandes était jugée la plus belle et choisie pour devenir la femme de l'Homme-oiseau. C'est ainsi qu'immédiatement elle avait la chance d'être déflorée en public ( oh bonheur...) avant d'être de nouveau séparée pour encore 5 mois de son mari.


Le village a été rénové à l'identique dans les années 70 et permet de voir comment étaient empilées les pierres, mais ne présente plus les décorations extérieures que l'on pouvait trouver sur les maisons lors de leur construction. Elles étaient à l'origine peintes et pleines de pétroglyphes présentant évidemment le culte vénéré en ce lieu.

Les maisons ont été pillées par les différentes expéditions européennes et même un moaï qui est maintenant présenté au British Museum a été retiré du site pour être ramené en Europe lors de l'une d'entre elles.

En redescendant, j'entends des moteurs se mettre en route. Etant proche de l'aéroport je comprends que c'est le vol journalier qui s'apprête à repartir vers Santiago. Je marche donc sur la route parallèle à l'aéroport qui surplombe la piste et attends quelques minutes pour assister au décollage assez impressionnant du Boeing. Impressionnant à double titre car juste après la fin de la piste, il y a une falaise avec une route en contrebas et surtout moins de 10 secondes après que les roues ne soient plus en contact avec le sol l'avion survole déjà les eaux du Pacifique. En gros, il ne vaut mieux pas se rater !

Dernière chose à faire : acheter des souvenirs pour tout le monde vu que je ne pense pas revenir avant un moment ici. Du coup je trouve une minuscule cabane sur le bord d'une route menant à la plage où il y a tout ce qu'il faut. Magnets, drapeaux, patchs...etc feront l'affaire et un peu mon bonheur.

9

Après cinq jours complets à parcourir l'île la plus isolée du monde, plusieurs choses en ressortent.

Tout d'abord, je me suis senti à l'aise et au paradis très rapidement notamment grâce à l’accueil des habitants et des différentes rencontres faites durant ces quelques jours. L'atmosphère est certes particulière, entourée d'aura et de légendes, mais tellement apaisante.

Cinq jours sont suffisants pour faire le tour de l'île et voir les principaux sites mais quelques jours de plus pour bien prendre son temps et notamment aller randonner dans le centre de l'île auraient également été une option intéressante et m'auraient bien tenté mais il était temps de partir...

Mon seul regret est de n'être pas allé sur le Maunga Terevaka, qui permet d'avoir un panorama sur la totalité de l'île ni dans la péninsule du Poike, beaucoup moins accessible car sans route et seulement avec un guide.

La seule chose négative est le coût de la vie sur l'île. Il est évident que comme tout est importé, cela revient bien plus cher que sur le continent. Normalement le prix des logements est également très élevé mais étant parti en basse saison je n'ai eu aucun mal à trouver un logement très bien situé et parfaitement équipé pour environ 20 € par jour.

Globalement en faisant attention sans trop se priver, on arrive à tenir un budget raisonnable sans vendre un rein, ou les deux mais là ça risque de se compliquer un peu, pour financer son voyage. Au final, les pâtes et la sauce tomate seront quand même vos meilleurs amis, pour mieux rappeler l es merveilleux souvenirs d'étudiant !

J'avoue n'avoir réalisé ce que je venais de vivre et que c'était vraiment unique et exceptionnel ... seulement dans l'avion du retour... J'ai pris un petit coup au moral, rapidement gommé par la perspective de la suite de mon aventure sud-américaine !