× Chère communauté,
Suite à l’incendie au sein des bâtiments de notre hébergeur OVH, à Strasbourg mercredi 10 mars 2021, nous ne pouvions plus accéder au site ! L’accès a été rétabli par notre équipe mais nous n’avons pas accès aux photos pour le moment. Dans l’attente de réponses de la part d’OVH quant au devenir des photos mises en ligne avant le 10 mars 2021, vous pouvez de nouveau réutiliser le site sans risque et ajouter de nouvelles photos !
La Team MyAtlas

À propos

Ici pas de bons plans resto ou hôtel… Juste les "aventures" d'un type qui prend son sac à dos et voyage dès que possible avec ses joies, ses découvertes et surtout ses galères.
Le Guatemala, terres mayas avec ses incroyables ruines mais aussi une nature sauvage à l'image de ses furieux volcans actifs, est un pays à parcourir en bus pour en savourer toutes les particularités.
Avril 2019
45 jours
Partager ce carnet de voyage
1

Après 10h de vol, j’atterris à Dallas. Comme d'habitude, j'adore patienter trois jours juste pour obtenir le petit tampon permettant l'entrée sur le territoire. Je suis assez mauvaise langue, il m'aura fallu seulement patienter qu'une heure pour sortir de l'aéroport. Le match est dans environ 5 heures mais avec le décalage horaire, le coup d'envoi sera à 3h du matin pour moi. Direction l’hôtel pour une sieste salvatrice. Au moment de me réveiller, je pète le feu. En route pour l’American Airlines Arena. Je commande un Uber pour y aller et… c'est un cow-boy qui m'ouvre la porte de la voiture : chapeau, bottes et flingue à la ceinture. Il parle pas trop mais au bout de deux minutes vient la fatidique question : " Do you love America?". J'hésite à répondre qu'avant l'élection de l'autre malade j'étais déjà partagé sur mon ressenti, mais alors maintenant… A final, plein de courage, je botte en touche et réponds juste "Ouais, c'est plutôt différent de ce que je connais". La réponse semble convenir à Lucky Luke.

Devant la patinoire, une foule en maillot vert fait déjà la fête. Cela fait 3 ans que les Stars ratent les Play-offs alors c'est la fête ici. Un concert de country est organisé sur le parvis, avec diffusion simultanée sur un écran géant.

J'arrive à l'intérieur et, comme je ne roule pas sur l’or, j'ai seulement le droit d'être au troisième balcon. C'est vrai que j'aurai pu être mieux placé, mais disons que les 270 $ demandés pour une place m'ont vite refroidi ! L'ambiance est sympa, la mise en scène pour l'ouverture est très travaillée et c'est le thème de Matrix qui est retenu pour ce qui est un véritable show à l'américaine. Là je sens vraiment que je suis aux States, je n'ai jamais vu ça dans toutes les patinoires que j'ai visitées.

Mais la partie la plus américaine arrive… L'hymne et l'hommage au drapeau : " Mesdames et messieurs, veuillez vous lever pour l’hymne national et acclamer notre héros local, le Sgt Machin Truc, tout juste de retour d'Afghanistan, où il servait notre pays en protégeant nos libertés". Ferveur, applaudissements et dès que les premières notes retentissent, mes voisins se mettent à chanter à gorges déployées et leurs mains viennent se poser sur leur cœur, tout simplement.

Mon voisin se tourne vers moi et, l'air étonné, me demande pourquoi je n'ai pas chanté. Je réponds un brin provocateur que je ne connais pas les paroles. Vu son regard, ça n'a pas l'air de l'amuser et même quand je lui dis que je suis français, il ne comprend pas et me sort "Il faut s'adapter au pays où l'on se trouve !". Ok, ok, mon grand… Attends de comprendre que je suis pas pour Dallas au moment où je serai tout content lorsque Nashville marquera !

Le match avance et les Stars jouent vraiment mieux que leur adversaire. C'est plutôt dur d'être pour l'équipe adverse alors qu'il y a une ambiance de feu, surtout quand un joueur se prend une énorme charge ou que les gants s'envolent pour que les joueurs puissent en découdre "comme de vrais mecs". Aaaaahhh, un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Bref, fin du match et victoire des Predators de Nashville 3 à 2.

Lendemain matin, retour à l'aéroport pour un court vol entre Dallas et Belize City. J'ai juste prévu un passage express dans ce petit pays pour rejoindre directement la frontière au nord du Guatemala. Entre l'aéroport et Florès, il n'y a que 220 km mais la lenteur des transports, surtout du côté guatémaltèque, fait que je risque d'arriver très tard. Je décide de passer la nuit à San Ignacio à 15 km de la frontière. Je monte dans un ancien bus scolaire américain très vétuste, la norme dans le coin, et après trois heures de route, j'arrive à destination. Durant le voyage, j’aperçois souvent des hommes blancs en salopettes noires et chapeau de paille sur des chariots. Leur aspect physique me fait directement penser à des Amish. Alors instant culture ; il s'agit en réalité de Mennonites, un courant chrétien évangélique ayant pour origine l’Allemagne ou les Pays Bas du 16ème siècle. Ceux qui résident au Belize viennent en majorité du Mexique voisin, qu'ils ont fui à cause des cartels pouvant les harceler.

San Ignacio est une petite ville sans vraiment d'âme, mis à part quelques bâtisses de type colonial et une rue principale avec bars et restaurants. C'est en réalité juste une ville de passage. Ce qui m'interpelle le plus ce sont les banderoles avec pour slogan "Yes for Belize". Il y a un conflit territorial entre le Guatemala et le Belize en ce qui concerne la frontière et qui suscite des tensions depuis 150 ans. Le Guatemala réclame au Belize le sud du pays soit… 50 % du territoire, rien que ça. Chaque pays soumet au peuple un référendum et si le OUI l'emporte, la Cour Internationale de Justice de La Haye statuera sur la question et y mettra fin. Enfin ça c’est en théorie vu que le « perdant » se sentira forcément lésé et contestera la décision rendue...

Le lendemain matin, c'est encore jetlagué que je vais sur la place pour prendre le bus de 6h30 direction la frontière. Un taxi vient m'aborder pour me dire qu'il amène justement 3 passagers et que pour 4 $, je peux embarquer. C’est un peu plus cher que le bus, mais le départ est immédiat. A la frontière il faut s'acquitter d'une taxe de sortie de... 20 $! Madre de Dios ! On se fait plutôt plaisir par ici, surtout pour moins de 24h de présence ! J’ai le droit de faire un petit tour dans les bureaux pour que l’on me pose des questions et une fois ce petit entretien surprise passé, le tampon de sortie est apposé sur mon passeport. Il ne faut surtout pas oublier d'aller vers le bureau du Guatemala à l'écart, au risque d'avoir des soucis plus tard pour en sortir. Je patiente de longues minutes mais je ne me plains pas vraiment car ceux voulant rentrer au Belize patiente beaucoup plus de temps. Je traverse finalement le pont sur la rivière Mopan et je fais enfin mon premier pas sur les terres guatémaltèques.

2

HOLA CHICOS Y BIENVENIDOS A GUATEMALA !

Aaaaaahhhhh le Guatemala ! De l'autre côté du pont, il y a des collectivos qui attendent d'être complets pour partir, direction Florès, à deux heures de route d'ici. Le moteur se met en marche alors que nous ne sommes que trois à l'intérieur. C'est cool, j'ai de la place et je peux étendre mes grandes jambes entre les banquettes qui sont pensées pour des gabarit d'enfants. Mais les gens montent au fur et à mesure si bien qu'au bout de 10 minutes à sillonner toutes les rues du village, le bus est rempli et mes genoux rentrent dans le dossier devant moi… Il doit y avoir environ 20 sièges mais au plus fort du trajet, on est au moins 25 personnes. Autant dire qu'avec 36° à l'extérieur et un taux d'humidité avoisinant les 80 %, il fait une température de rêve dans cette camionnette et quelques tensions éclatent entre voisins.

Je suis le seul "gringo" à l'intérieur et j'attire l'attention, ou plutôt la curiosité. Ma voisine de siège est captivée par mes tatouages et me dit qu'ici personne n'en a sauf les mareros. Ce sont les membres des Maras, des gangs d'origine salvadorienne qui se sont montés aux USA durant les migrations dues aux dictatures et guerres civiles dans les pays d'Amérique Centrale. Lorsqu'ils se sont fait expulser de là-bas, ils ont ramené la culture des gangs avec eux. Vu mon allure et la couleur bien blanche de ma peau, même avec un tatouage apparent, les gens devraient pouvoir faire la distinction sans trop de peine.

En fait ce que l'on nomme Florès n'est pas une ville mais plutôt une île reliée à la ville de Santa Elena par un unique pont. Santa Elena est plutôt moche, par contre l'île a un vrai charme. En déambulant dans ces ruelles, on fait comme un bond dans le temps. Toutes les bâtisses sont colorées, chacun peint son bâtiment de la couleur qu'il souhaite.

Parfois ça donne quelques les mélanges douteux, du vert côtoyant du violet. Les rues inégales à cause des pavés et les trottoirs défoncés et irréguliers ne permettent pas de se balader tranquillement vu qu'il faut toujours regarder ses pieds, pour être sur de pas buter dans une pierre ou une marche. L'île est minuscule et en 30 minutes, le tour est fait.

La première chose qui marque est le nombre de gardes armés de fusils à pompe devant les banques, les distributeurs automatiques ou des commerces, qui sont là pour s'assurer que tout se passe bien. De même, il n'est pas rare de croiser des personnes avec des armes à la ceinture, pistolet ou machette. D'entrée c'est plutôt déroutant.

L'attrait principal de cette région est la cité maya de Tikal perdue en pleine jungle qui est l'un des sites les plus visités du pays. C'est de Florès que tous les bus et agences partent et beaucoup proposent l'excursion. Semaine sainte oblige, les prix sont élevés pour le pays, et les excursions déjà blindées de réservations. Je réussis à en trouver une mais devant le peu de choix que j'ai, je ne peux pas vraiment négocier, au risque de me faire jeter. J'ai le choix entre un départ à 3h du mat ou à 4h30 devant mon hôtel. Le plus tôt c'est pour voir le soleil se lever au dessus des pyramides, mais avec l'humidité de la jungle, ce que les agences se gardent de dire, c'est qu'une brume sera présente et réduira fortement la visibilité ! Je réserve donc le deuxième créneau et pour acheter son entrée à l'avance, il suffit d'aller dans une banque et de payer le tarif étranger. Donc 3 € pour un local mais 18 € pour un étranger… L

Le lendemain, à 4h40 toujours pas de bus. Je vais à l'entrée de l'île, aperçoit le gars de la veille qui m'a vendu le transport et qui me dit le plus sérieusement du monde " T'es en retard, on t'attendait". Sérieux ? Heureusement que je me suis bougé ! D'ailleurs trois autres Français et Allemands étaient dans le même cas que moi.. Après 1h30 de route, le bus s'arrête à l'entrée du site. A cette heure-là, nous ne sommes que quelques groupes c'est vraiment l'idéal pour parcourir tranquillement les immenses ruines.

L’accueil est assuré par des coatis, des bestioles de la même famille que les ratons-laveurs reniflant sans cesse l'air ou le sol à la recherche d'une odeur de nourriture. Ils profitent qu'il ne fasse pas encore trop chaud pour sortir se nourrir et n'ont visiblement pas peur de l'homme vu que certains se mettent à courser un groupe dans l'espoir qu'il lâche de la nourriture. D'ailleurs il est bien indiqué sur plusieurs panneaux de ne pas s'approcher d'eux ou de les nourrir sous peine de se faire mordre. En parlant de morsure, il vaut mieux faire attention où l'on met les pieds : des fers de lance traînent dans les parages. Ils sont plutôt actifs la nuit et au crépuscule mais qui sait.. Une morsure et le séjour peut se finir aussi vite qu'il a commencé.

Comme c'est l'un des sites mayas les plus importants, ça mérite une petite explication historique. Allez on s'échauffe… et c'est parti pour l'histoire de la cité !

Tikal est le plus grand site maya du Guatemala mais aussi l'un des plus anciens de cette civilisation car l'arrivée des premiers habitants aurait eu lieu vers -900 av JC. Contrairement à ce que l'on pense, les Mayas n'étaient pas organisés en un empire mais en cités-états et nouaient des alliances entre eux pour se défendre ou attaquer d'autres cités ennemies. C'est un peu comme Intervilles mais en plus violent pour les perdants.

Les villes devenaient prospères, ou devenaient des vassales, en fonction du dénouement des nombreuses guerres et conquêtes. Mais c'est plutôt étonnant qu'ils aient choisi de construire la ville ici vu qu'il n'y aucune ressource en eau à proximité. Grâce à un ingénieux système d'irrigation et de de stockage dans des réservoirs, les précipitations saisonnières suffisaient pour alimenter toute la cité et les terrains défrichés servant de cultures. Le génie de cette civilisation était déjà à l'œuvre.

La cité se développe en construisant des monuments de plus en plus imposants et nombreux en raison de la hausse démographique jusqu'à la fin du VIème siècle. Ensuite pendant une centaine d'années aucun grand édifice ne sera construit. Pour expliquer ce changement brutal, les archéologues pensent que la cité de Caracol serait devenue super proche de Calakmul pour vaincre Tikal. A la suite de la sévère défaite militaire, une grosse partie de la population est déplacée vers les cités vainqueurs pour y servir et le roi de Tikal est sacrifié après sa capture.

Dans presque toutes les cités, il y a une trace racontant comment Calakmul a assujetti ses voisins, soit par la négociation soit par le sang et les armes. Avide de conquête pour régner sur tout le territoire et faisant usage aussi bien de la ruse que de la force, Calakmul c'est un peu la maison Serpentard de l'époque : personne ne les aime mais s'ils sont de ton côté alors tant mieux et tu ne fais pas la fine bouche. En plus quand on sait que c'était la capitale du "Royaume de la Tête de Serpent", ça prend tout son sens. A cette époque comme toutes les cités se faisaient la guerre, même victime, une cité était toujours le bourreau sanguinaire d'une autre.

Mais à la fin du VIIè siècle, Tikal reprend le dessus et met une raclée à Calakmul, qui entame son déclin. De nouveau sur leurs terres, les constructions de très grands édifices reprennent pour donner les six gigantesques pyramides visibles sur le site aujourd'hui allant pour certaines à plus de 60 mètres de hauteur. La cité devient la plus grande du monde Maya d'un point de vue culturel, commercial et religieux. Elle entretient également des liens avec Teotihuacan, l'immense métropole vers l’actuel Mexico, pour former une importante zone d'influence.

Contrairement à ce que l'on pense, ce n'est pas l'arrivée des conquistadors qui provoqua sa chute, vu qu'elle fut désertée environ 400 ans avant leur arrivée. La cause de son abandon, comme beaucoup d'autres cités mayas, est la surpopulation et la déforestation au profit de l'agriculture entraînant des changements climatiques avec de longues périodes de sécheresse. A court de ressources naturelles, les populations durent partir pour ne pas mourir de faim et trouver d'autres endroits où prospérer. Une autre hypothèse affirme que les guerres avec des cités voisines et rivales eurent raison du lieu. Pour se retrouver et croiser le fer, c'est sûr qu'à l'époque il y avait des volontaires…

Au total, la cité fut habitée durant presque 1 800 ans et a été peu à peu engloutie par la jungle et protégée dans son cocon de végétation jusqu'à sa (re)découverte. Je marche depuis mon arrivée mais je suis loin d'avoir fait le tour de l’endroit. Et le plus fou dans tout ça, c'est que la zone ouverte à la visite ne fait qu'à peine 20% du site. Le reste fait l'objet de fouilles et il est fort probable que prochainement un nouveau trésor soit libéré de sa prison végétale et refasse surface.

Avant d'arriver sur la place principale, je déambule dans un petit complexe de ruines et remarque d'autres habitants des lieux à travers la cime des arbres et des feuillages qui s'agitent sur leur passage. C'est un groupe de singes araignées qui observe le drôle de bipède tout blanc et imberbe que je suis foulant le sol. Ils sont facilement reconnaissables grâce à leurs longs bras et leur queue pouvant servir de balancier. Peu après, j'arrive directement sur la grande place où se font face deux pyramides, les temples I et II. Elles sont célèbres notamment grâce au film "Apocalypto" de Mel Gibson, qui retrace des affrontements entre plusieurs cités mayas, et met en scène des sacrifices sans prendre trop de pincettes.

Mais les gens du coin n'ont que très moyennement apprécié le film, voire lui ont carrément craché dessus. La cause ? Les 50 prisonniers de guerre sacrifiés à la chaîne correspondent plutôt à un rituel… aztèque. Ces derniers étaient persuadés que leurs dieux devaient se repaître de sang humain pour se calmer. C'est quand même dommage de ne pas renseigner correctement avant de tourner un film qui en plus se veut historique… Selon un des guides, les Mayas ne faisaient que quelques sacrifices par an pour les grandes occasions ou les catastrophes. Après tout, quoi de mieux quand on a un nouveau souverain que de mettre à mort quelques gars ?

Même si les pyramides sont les tombeaux de certains rois importants de la cité, elles servaient à donner une plus grande importance au temple à son sommet. Les temples se dressent au-dessus du commun des mortels et symbolisent le dialogue avec les Dieux. C'est sûrement pour ça que le commun des mortels peste quand il faut emprunter des marches très étroites et irrégulières. Lorsque l’on trébuche, on se retrouve dans une position vertigineuse. Ayant réussi quand même à me rattraper, j'ai fait honneur à mes racines en râlant après avoir failli voir les marches de plus près et descendre bien plus vite que prévu après avoir raté une (mini) marche…

Il y a en tout 6 temples pyramidaux, qui n'ont pas été tous construits en même temps. Le Temple III est quasiment impossible à voir depuis le sol car la végétation le recouvre presque intégralement. Avec ses 65 mètres de haut, le Temple IV offre une vue panoramique sur le site archéologique. Enfin… vu la hauteur des arbres, on va dire que l'on ne voit que quelques pierres s’élever au-dessus de la jungle à perte de vue. C'est aussi ici qu'une scène de "Star Wars : Un Nouvel Espoir" fut tournée représentant la planète Yavin 4.

Nous sommes une bonne vingtaine à profiter de la vue. Il faut dire qu'en bas, au milieu de la végétation de la jungle, il fait pas loin de 35° déjà, alors qu'en haut le vent qui souffle est assez salvateur. La vue offre un paysage qui donne envie de rester sans rien faire. C'est paisible et la jungle continue de se réveiller. On ne fait qu'un avec et on profite des cris des animaux couplés au chant des oiseaux et à la brume matinale s'élevant au-dessus de cet océan vert. Sauf qu'à ce moment précis, un type décide de se lever et de méditer mais pas en silence… Le gars fait des cris en fermant les yeux et pour dire vrai, saoule tout le monde. En moins de 3 minutes on décampe presque tous.

Après cet effroyable concert, je vais au "Mundo Perdido", un ensemble d'une trentaine de structures et pyramides. En m'avançant, j'entends un énorme cri droit devant moi dans la jungle. Le bruit est si fort que la bestiole qui le pousse doit être énorme. Et ici, la seule vraiment énorme c'est un jaguar. Donc sauve qui peut ? Pas vraiment non.. Sur une branche apparaît une petite boule de poil noir, que l'on aurait envie de cajoler. Mais lorsqu'elle ouvre la bouche, la mignonne petite chose se transforme en Godzilla. C'est un singe hurleur et le bruit qu'il émet est probablement mille fois disproportionné par rapport à sa taille réelle. Pour ceux qui vivent dans la jungle, ça doit être vraiment sympa d'en avoir comme voisin et vivre près d’eux, mais s’ils veulent dormir il vaut mieux avoir des actions chez Boules Quiès...

Pas de jaguar en vue, je grimpe au sommet d'une pyramide pour me poser de nouveau dans le calme en haut. Seul les cris de notre nouvel ami se font entendre. Et le mieux dans tout ça ? On ne peut pas dire que ces sons soient très harmonieux, mais c'est tellement plus apaisant que les chants de l'autre en haut de la pyramide ! Après 10 minutes j'entends quelqu'un monter. Nom de dieu… c'est de nouveau lui ! Un gars à coté de moi prend les devants en lui disant, sans trop de pincettes il faut bien l'avouer, de la fermer. Bon c'est un Français en "retraite spirituelle". S'ensuit un débat sur la liberté et le droit d'en jouir où bon lui semble. La joie des voyages… Ce n'est que le JOUR 2, et déjà un bon gros relou. Je reste à l'écart, mais d'autres personnes s'invitent dans la conversation. Résultats des courses, le mec a l'air vexé et décide de partir et la tension baisse d’un cran en haut.

Il est à peine 10h et un monde fou a débarqué sur le site spécialement vers la grande place. Sur le chemin de retour jusqu'au parking c'est l'enfer. Je croise des centaines de personnes qui arrivent pour passer un moment en famille à l'occasion de la semaine sainte.

Heureusement que je suis venu bien plus tôt car sinon la visite aurait été bien moins agréable au milieu de tous les autres et surtout de la chaleur. Je n'en peux déjà plus, si c'est comme ça tout le temps, je vais vraiment souffrir beaucoup plus que ce que j'avais imaginé.

Avant de rentrer, la difficulté est de retrouver la navette qui doit nous ramener à Florès parce qu'entre temps, des dizaines de bus se sont garés et occupent tout l'immense parking. Je ne connais pas (encore) les gros sites mayas du Mexique, mais grimper une pyramide qui domine toute la jungle et contempler depuis là haut plusieurs siècles d’histoires et de civilisations encore partiellement cachés dans cette épaisse jungle, était une expérience à couper le souffle.

Avant de rentrer, la difficulté est de retrouver la navette qui doit nous ramener à Florès parce qu'entre temps, des dizaines de bus se sont garés et occupent tout l'immense parking. Je veux partir plus au sud dès le lendemain mais le Vendredi Saint tombe pile poil ce jour-là, et dans un pays aussi religieux, tout sera fermé et aucun bus ne circulera. La nuit passe et comme prévu tout est fermé. Cerise sur le gâteau, le temps est pourri... mais il y a un mirador accessible sur la rive en face.

Avec la météo je ne sais pas si ça vaut franchement la peine mais vu mon activité intense du jour, c'est mieux que de ne rien faire. Quelques minutes de lancha plus tard, j'accoste à San Miguel, petite bourgade tranquillement baignée par les eaux du lac. Il faut 10 minutes pour monter jusqu'au mirador. Je marche en compagnie deux personnes du village qui vont à la plage de l'autre côté. On traverse des zones totalement sinistrées, où les habitants vivent dans une extrême précarité. C'est triste et désespérant de voir que de nos jours, certaines personnes vivent dans des conditions comme celles-ci, entres les maisons qui ne sont pas finies mais restent "habitables" grâce à des bâches étendues, pas d'eau courante, des déchets jonchant un peu partout le sol etc... La face cachée de la carte postale. En haut c'est vrai que la vue est sympa et permet de voir entièrement la petite ville insulaire au milieu de l'immense lac Petén Itzá .

Avant de rentrer, je vais assister aux processions. Je m'attends à voir des gars avec des capuches colorées et pointues marcher en portant la vierge ou le Christ à travers la ville, un peu comme à Séville. Pas exactement, les gens ont dessiné sur le sol des motifs avec du sable de couleur et des pétales de fleurs, que le cortège devra emprunter en portant des signes religieux. La procession commence à 18h et doit se finir vers minuit. Le cortège est très lent et les porteurs calent le char sur leurs épaules. Ils le tiennent d'une main et de l'autre s'aident en s'appuyant sur un bâton en bois pour limiter la souffrance de l'effort. L'exercice semble extrêmement dur physiquement et les saints ont l'air très lourds. Je plains sincèrement les porteurs, vu la chaleur étouffante en cette fin d'après-midi, mais surtout quand j'aperçois leurs visages rouge écarlate. Bon… comme le dit un spectateur derrière moi à l'un de ses enfants : "C'est la force et leur amour de Dieu qui permet ça". C'est sur cette phrase hautement philosophique et avec un niveau zéro d'empathie, que mon séjour dans ce coin du pays se termine.

3

Mon bus part le lendemain matin vers 7h. Il va directement jusqu'à la capitale mais je vais m'arrêter dans une petite ville à quelques heures de route. Pas de difficultés particulières, cette route est sûrement une des meilleures du pays mais aussi une des plus chargées. Le seul moment difficile est le passage de Rio Dulce avec son pont à une seule voie. Il faut passer par alternance le pont et comme c'est l'une des seules routes entre le nord et le sud, ça prend des plombes pour parcourir le kilomètre séparant les deux rives. Rio Dulce est une ville située entre le plus grand lac du pays à l'ouest et le début de l'estuaire qui mène directement à la Mer des Caraïbes.

Je descends un peu plus tard dans un village appelé "Los Amates". Il n'y a vraiment rien qui donne envie de s'arrêter ici pour une étape. Le village est construit autour de la Panaméricaine où tous les bus de l'est du pays passent dont les très colorés chicken bus. D’ailleurs le premier que je vois arrive au loin est peint en jaune vif, klaxonne de manière excessive et traverse le village à très vive allure si personne n’a besoin de monter ou de descendre. C’est un véritable défilé car il est rapidement suivit d’un rouge, bleu et orange tous plus brillants et tape à l’œil les uns que les autres.

Ici il y a seulement quelques stands de nourriture, des tiendas et des pharmacies le long de la route. Sur internet, seuls deux établissements sont signalés dans le coin et voilà comment je me suis retrouvé à dormir, pour une bouchée de pain, dans une sorte de petit ressort avec piscine, rempli de familles venues se détendre pour les derniers jours de la semaine sainte.

En réalité les calendriers mayas sont très complexes et fonctionnent en cycles plus ou moins longs. La stèle retrouvée ici correspond au renouveau d'un cycle et non à la fin du monde à proprement parlé mais le quatrième cycle terrestre devait normalement prendre fin ce jour-là en une catastrophe sans nom, comme lors des trois précédents. Soit les prophètes de l'époque ont abusé de psychotropes pour leur prédiction soit l'équipe qui ayant traduit la stèle est complètement à la ramasse. Une mauvaise interprétation très lourde de conséquence puisqu'elle a engendré une certaine hystérie mais surtout la catastrophe hollywoodienne qu'a été le film "2012".

Comme pour Tikal, la vie de la cité a été marqué par des périodes de soumission, de conquêtes et d'émancipation. Entre 420 et 730, Quirigua était une cité satellite de Copan au Honduras. Sauf qu'un jour, le roi s’est dit que c'était bien beau d'être amis avec Copan mais il aimerait bien être libre aussi. Et dans le monde maya quand on n’a pas assez de force pour se défaire de l'emprise d'autrui qu'est ce qu'on fait ? On appelle bien évidemment ses copains de Calakmul, qui eux n'attendaient que ça avec impatience. Donc voilà que le roi et sa nouvelle alliance s'emparent de Copan et décapitent le souverain adverse. Ainsi, la cité peut s'émanciper, construire de superbes fresques mais moins de 70 ans plus tard elle devra à son tour être abandonnée.

Quirigua est un petit site avec une grande place bien verte où sont exposées certaines stèles. Autre différence de Tikal, certains édifices ou structures ont conservé des traces de peintures sur certains autels contenant des zoomorphes sculptés et pouvant peser jusqu'à 20 tonnes.

En réalité, on ne sait pas énormément de chose sur ce lieu car pendant plusieurs siècles, aucune trace de son existence n'a été documentée. Une des seules choses dont les archéologues sont presque sûrs, c'est que certaines stèles et autels laissent apparaître les portraits des rois de l'époque, les derniers érigés datant d'environ 800. Vers 1840, un explorateur anglais et son associé qui explorèrent les ruines pensèrent à racheter le site pour le transporter en entier jusqu'à… New York ! L'idée est sympa mais qui pourrait penser à faire un truc pareil ?

Tiens, ça a l'air de bouger dans les hautes herbes… Et il a l'air assez gros ce lézard ! Au milieu des ruines, il est possible de voir plusieurs iguanes qui, même s'ils ne sont pas vraiment effrayés par les humains, ne se laissent pas approcher facilement. Pas vraiment de regrets vu que je n'ai pas spécialement envie non plus de les câliner. Après avoir visité Tikal, c'est quand même compliqué de trouver les ruines vraiment impressionnantes. J'avais été de toute façon prévenu, l’intérêt de ce site n'est pas les bâtiments mais le niveau de détails sur ceux-ci. C'est plutôt agréable de déambuler au milieu de toutes ces structures ou stèles, mais sans aucune explication ou même indication, je ne capte pas grand-chose.

Le lendemain, seulement 147 km me séparent de la frontière hondurienne. Rien du tout, je devrais en avoir pour trois bonnes heures de bus environ. Je sors sur la Panaméricaine mais aucun ne va directement jusque là bas. Un passant qui me voit me conseille d'aller dans la petite station du village car il y a une compagnie faisant le trajet. Une fois dans le bus c'est parti pour 6h30 de trajet. Quoi ? Non mais il doit y avoir une erreur de destination !

Les sacs des voyageurs sont chargés directement sur le toit du van et solidement attachés selon le chauffeur. Va dire ça au colis qui est tombé et s'est complètement explosé sur la route moins de 5 minutes après être sorti du village… Deux fois plus de temps que ce que je pensais car le bus est en fait un collectivo qui s'arrête toutes les 3 minutes pour laisser descendre ou monter des gens en train d'attendre sur le bord de la route. C'est pas tout confort mais ça roule bien et je devrais arriver au Honduras avant la nuit. Après au moins 90 arrêts et une attente de 25 minutes dans une petite ville, plutôt une fourmilière humaine au milieu des ruelles super étroites, le bus stoppe devant une barrière.

Terminus, tout le monde descend… enfin les trois derniers passagers restants pour rejoindre un petit bâtiment faisant office d'immigration. Je passe la ligne imaginaire séparant les deux pays et je pourrais aller directement au Honduras sans aucune vérification car rien n'empêche le passage, si ce n'est la dizaine de militaires en poste mais qui ne surveillent que très vaguement l'endroit. Il me faut moins de deux minutes pour passer côté Guatemala et une quinzaine pour le Honduras. Tout est simple, contre 3$, le tampon est apposé sur mon passeport et comme le dit si bien le panneau : "Bienvenue au Honduras" !

4

HOLA CHICOS Y BIENVENIDOS A HONDURAS !

Le Honduras c'est un pays qui fait peur. Quasi recordman du monde en ce qui concerne les homicides, tout le pays est en zone orange d'après le ministère sauf la minuscule région de Copan. Après avoir traversé la frontière, payé la taxe pour rentrer il faut que je trouve un moyen de rejoindre la petite ville à quelques kilomètres de la frontière. En demandant à des jeunes qui font aussi la queue avec moi, ils me proposent de me prendre et de me déposer à l'entrée de la ville. Eux vivent à San Pedro de Sula et ils semblent amusés de la réputation qu'elle a. Apparemment, ce n'est pas complètement faux mais les gens de passage comme moi ne sont pas vraiment concernés par ce problème.

Copan Ruinas est le nom de la ville et les ruines s’appellent Copan… On repassera pour la logique de la chose. C'est une ville typiquement coloniale quadrillée avec des rues pavées en pente et une végétation tropicale. Avec l’altitude, il fait bien moins chaud ici que dans le Peten et c'est avec une joie immense que je vais pouvoir me poser dans les hamacs sur la terrasse de l'auberge. Tout a l'air paisible dans cette ville et les habitants semblent vivre calmement, chacun à son rythme.

Ce qui m’intéresse ici ce sont bien évidement les ruines. Copan est surnommé le "Paris Maya" car bien qu’assez peu imposantes, les ruines contiennent un grand nombre de détails et des stèles sculptées qu'il n'est pas possible de voir à Tikal. Reste que pour valider le surnom, il faudrait savoir si à cette époque dans les rues de la cité, certains locaux tiraient la tronche et t'envoyer balader quand tu avais le malheur de demander ton chemin ou une information. Il y a deux sites : les ruines principales et un autre quelques kilomètres plus loin qui servait de quartier résidentiel aux habitants de la cité.

Le site n'est seulement qu'à un kilomètre du centre-ville. Je fais chauffer mes muscles pour y accéder à défaut de faire bosser un chauffeur de Tuk-Tuk. A l'entrée du parc, des bruits stridents s'élèvent en haut des arbres. Ce sont les cris d'aras rouges, perroquets symboles du pays, une espèce menacée faisant l'objet d'une attention particulière. Ceux-là ne sont pas sauvages car ils viennent d'un parc à proximité où ils sont recueillis, soignés pour être relâchés dans la vallée où se trouvent les ruines. En plus d'eux, il est possible d'apercevoir d'autres espèces d'une multitude de couleurs différentes. Il y a aussi une petite bestiole ressemblant à un rat mais avec des pattes surélevées qui traverse devant moi. Impossible de savoir le nom quand je demande au gardien qui me répond que c'est juste "un genre de rongeur". Cette bestiole est un agouti (qu'est-ce que l'on ne ferait pas sans internet). Le gardien est en fait aussi guide et me propose ses services. J'hésite, vu la précision sur les animaux, si c'est pareil pour les vieilles pierres je risque d'être un peu déçu…

Point culture : Copan est devenue une cité de premier plan quand un roi nommé Grand Soleil a pris le pouvoir vers 426. Selon les historiens, ce dernier fut envoyé par Tikal pour fonder une nouvelle dynastie et étendre le pouvoir de la cité du nord sur cette région. La ville prit de l'importance durant quasiment plus d'un siècle jusqu'à l'arrivée d'un roi charismatique surnommé, d'après ce que j'ai compris, 18-Lapins. En 738, il fut capturé lors d'une guerre par la cité voisine de Quirigua et décapité quelques jours plus tard. Malheureusement, la légende ne raconte pas s'ils lui ont aussi coupé la main pour se faire faire un porte-bonheur. Depuis les successeurs n'arriveront plus à égaler la gloire d'antan malgré des constructions importantes.

Le problème de cette cité était la surpopulation qui la mena à sa perte. Comme la démographie était de plus en plus importante, il fallu nourrir cette population. Les montagnes autour ont été complètement déboisées pour permettre de cultiver davantage mais ceci accéléra l’érosion des sols.

Les conséquences furent des récoltes moindres et des inondations très fréquentes. Les restes humains découverts montrent notamment au niveau de la densité des os et des dents un problème de malnutrition. Ces problèmes environnementaux sonnèrent le glas de la cité au Xème siècle bien avant la découverte des conquistadores en 1570.

Copan était une cité d'importance au même titre que Tikal. Elle est d'ailleurs construite sur le même schéma que cette dernière : une grande place avec l'acropole et des quartiers d'habitation/d'activité aux quatre points cardinaux. C'est sur cette grande place que sont érigées des stèles ultra détaillées, les plus impressionnantes du monde Maya, qui représentent soit 18-Lapins soit des divinités. C'est d'ailleurs pour ça que le surnom de Copan est le "Paris Antique ou Maya" car dans tout le site on peut trouver des structures de la sorte. Pour une fois que Paris est utilisée objectivement de façon positive, on va prendre le compliment tel quel ! Juste pour la comparaison, Tikal est surnommée la "New York Maya" car imposante mais sans réels détails architecturaux ou artistiques de qualité.

Juste à côté se trouve le terrain de jeux de balles, celui de Copan est d'ailleurs l'un des plus grands d'Amérique Centrale. C'est une sorte de football où les joueurs devaient lancer un ballon dans des cerceaux de chaque côté du terrain. Ça n'a pas l'air bien compliqué mais… ils ne pouvaient toucher la balle seulement avec les genoux, les coudes ou les hanches. Pas si facile au final non ? Et évidemment, pour rajouter un peu de piment, l'équipe qui perdait était traditionnellement mise à mort. En réalité c'était un rituel religieux opposant les énergies vitales à la mort.

Au bord de cette place se situe l'acropole avec ses structures importantes servant pour des cérémonies religieuses mais aussi comme palais du souverain. Il y a un grand escalier recouvert d'une bâche pour le protéger du soleil. Il y a plus de 2000 glyphes mais comme l'escalier a été découvert en assez mauvais état, lors de sa restauration les ouvriers n'ont pas fait attention à l'ordre. Maintenant c'est un gigantesque puzzle qui reste à déchiffrer et qui va occuper les archéologues pour encore un très long moment. J'aime énormément voir comment le temps et la nature semblent reprendre leurs droits tout en donnant un aspect plus sauvage et mystique au site. Par exemple, sur certaines structures, les arbres ont repoussé en plein milieu, leurs racines et troncs se frayant un chemin entre les pierres. A Tikal aussi c'était parfois le cas, mais les pyramides visibles étaient totalement dégagées de leur végétation.

Le mieux ici c'est qu'il n'y a que très peu de touristes et j'ai l'impression que le site nous appartient. Au final, pas de déception, le guide ne parle pas trop vite et je capte toutes les infos qu'il donne. Par contre pour la deuxième partie du site il ne m'accompagne pas vu "qu'il n'y a pas grand chose à voir" et surtout car il faut marcher un petit peu pour y aller.

Il me faut seulement une vingtaine de minutes sur le bord de la route en plein soleil pour le rejoindre. Je vois sur le registre que je suis le premier visiteur de la journée. Quasiment personne ne prend la peine de venir jusqu'ici après avoir parcouru le site principal, ce n'est peut-être pas super bon signe. Je vais avoir le site en entier juste pour moi tout seul. Le nom "les sépultures" est assez mal choisi vu qu'il ne s'agit absolument pas d'un cimetière mais d'un quartier d'habitation. La confusion vient du fait que les défunts après leur passage de vie à trépas, étaient enterrés sous leur maison pour la protéger. A l'entrée, la plus grosse structure est en pleine rénovation ou excavation. C'est le Japon qui finance les fouilles et c'est "marrant" de voir les locaux en plein soleil en train de creuser pour dégager le site avec un équipement très basique pendant que les chefs de l'expédition, des Japonais, sont à l'ombre sous une tente le nez planté dans l'écran de leur PC. Je me demande bien qui va récolter toute la gloire si une découverte importante est faite juste ici…

Pour la dernière après-midi de ce très court séjour hondurien, je vais à la Macaw Mountain. Les oiseaux présents dans les cages sont des animaux qui ont été recueillis blessés, très mal en point ou pire confisqués à des trafiquants. Le trafic d'espèces protégées étant très fructueux, certains n'hésitent pas à essayer de faire passer des dizaines de jeunes individus pour se faire un bon grostas de billets. Le but ici c'est de soigner afin de réintroduire les individus dans la nature. Malheureusement, certains ne pourront jamais l'être, car trop abîmés physiquement ou encore devenus bien trop dépendants de l'Homme. Mais les nombreux aras dans l'entrée de Copan et certains toucans montrent que le programme fonctionne en partie.

En se baladant dans les allées, il est possible de voir des perroquets en grand nombre, des toucans mais aussi des chouettes. Il y a plusieurs espèces de toucans, chacun arborant des becs plus colorés les uns que les autres. Ça peut aller du vert quasiment fluo alors que d'autres l'ont bariolé de jaune, orange ou marron. Des coupes pleines de fruits sont disséminées un peu partout sur les sentiers et les anciens pensionnaires qui savent que c'est une source de nourriture facile reviennent revisiter les lieux le temps de se remplir l'estomac.

Mon préféré est le vautour pape, un oiseau impressionnant avec ses yeux perçants et sa tête extrêmement colorée. Il n'est vraiment pas facile à apercevoir dans son habitat naturel car en dépit de sa grande taille, il est craintif vis à vis de l'Homme. Et on ne peut pas dire qu'il ait tort vu son statut préoccupant d'espèce en voie de disparition.

L'association qui gère ce parc fait également des interventions éducatives auprès des écoles du coin pour changer les mentalités et pour que humains et oiseaux puissent cohabiter sans que ces derniers ne subissent les inconvénients de ce partage de territoire. L'entrée est payante et vaut bien les quelques lempiras pour visiter l'endroit. Vu que la majorité du personnel est bénévole, l'argent va directement dans les soins et la nourriture essentiels à la survie de ces oiseaux.

Le lendemain, pour quitter le Honduras, je choisis de prendre un van pour rejoindre directement Antigua. Il y a bien sur d'autres solutions moins coûteuses mais je n'ai absolument pas envie de me prendre la tête à changer de bus trois fois pour arriver à destination, surtout qu'il faut traverser la charmante et infernale Ciudad de Guatemala. Le passage de douane est rapide et cette fois gratuit grâce notamment au petit papier d'entrée qu'il faut redonner en sortant.

5

Pas moins de huit bonnes heures de route seront nécessaires pour arriver jusqu'à l'ancienne capitale. La traversée de Guatemala Ciudad n'est pas de tout repos surtout avec les embouteillages monstres. Environ 2h30 rien que pour la parcourir d'Est en Ouest. On arrive d'ailleurs dans la ville par la Zona 18, qui est réputée comme une des zones "caliente" de la capitale. Juste en y passant sans s'arrêter, j'ai l'impression que cette réputation n'est pas franchement usurpée… tout respire la pauvreté ici, comme si l'état n'avait jamais rien fait pour améliorer les choses. Bref tout le monde m'a dit d'éviter Guatemala car il n'y avait pas grand chose à voir.

Après une journée de trajet j'arrive après la tombée de la nuit à Antigua. L’hôtel que j'avais réservé pendant le trajet est vraiment tout pourri. 80 % de la surface de la chambre est totalement vide, insonorisée et l’hôtel se trouve au fond d'une ruelle bien glauque. Moi qui pensais y rester un petit moment, je vais partir à la recherche d'un nouvel endroit où rester dès le lendemain matin quand j’irai faire un premier tour dans le centre-ville car Antigua est réputée comme la plus belle ville du pays.

Et c'est plutôt vrai. C'est typiquement une ville de la période coloniale avec ses maisons colorées, sa multitude d'églises, sans oublier les indispensables rues pavées. En tout cas, le nombre de monuments religieux reflète bien le pays, le plus croyant d'Amérique latine. Dire qu'ils sont complètement dingues du type qui a changé l'eau en vin est un euphémisme. On retrouve sa tête partout : panneaux géants, sur les bus et même en graffiti. Sauf dans les églises qui sont fermées ou en ruines, à cause des nombreux séismes qui ont ébranlé la ville durant les derniers siècles. Il faut dire qu'elle est située dans une zone sismique très importante comme toute la chaîne volcanique qui part de la frontière avec le Mexique et qui va jusqu'au Costa Rica. En 1773 et 1976 des séismes ont complètement ravagé la ville, et c'est justement après celui de 1773 que la couronne espagnole décida de déplacer la capitale à Guatemala Ciudad.

En me baladant dans la ville, je passe devant des agences a chaque coin de rue. D'ici il est possible de randonner sur plusieurs des volcans de la région : l'Acatenango, le Fuego, l'Agua et le Pacaya. Il est en théorie possible de faire les excursions seuls mais depuis peu le Fuego et le Pacaya sont en phase d'activité importante. C'est donc plus sûr d'y aller accompagné d'un guide, notamment pour le Fuego car il a explosé il y a moins d'un an en faisant pas mal de victimes et de dégâts. Tout comme les agences, le nombre de démarcheurs est aussi assez affolant. A chaque coin de rue proche de la place centrale, des rabatteurs attendent le client en promettant monts et merveilles.

Je cherche à me rendre dès l'après-midi même au Pacaya parce que le tour de la ville est assez rapidement fait. Je rencontre des directeurs d'agence et la majorité ne sont pas guatémaltèque. Ça m'embête un peu, ce qui m'arrangerait c'est de payer pour des excursions avec des locaux. Le conseil que l'on donne pour voir si c'est vraiment un guatémaltèque du coin : s'il ne parle pas anglais alors c'est du tout bon. Je repère un gars plutôt sympa au coin d'une rue et il m'emmène voir sa cheffe. Ça a l'air d'être une petite agence familiale et du coup je prends le package avec la sortie de l'après-midi au Pacaya et les deux jours sur l'Acatenango que je ferai plus tard. Après avoir payé, c'est à l’hôtel que je vais voir les commentaires sur l'agence, et le moins que je puisse dire, c'est qu'ils sont partagés. J'aurai dû faire ça avant, mais maintenant je n'ai plus qu'à croiser fort les doigts.

Le bus doit passer me prendre à 14h devant l’hôtel. A 14h20 toujours rien… Je n'ai pas dû croiser suffisamment les doigts. J’appelle l'agence qui me dit qu'elle va prévenir le chauffeur pour qu'il fasse demi-tour et passe me prendre. Quand il arrive, il m'engueule allègrement car je n'étais soi-disant pas assez visible, absolument seul au coin de rue, et c'était trop compliqué pour lui de bien me voir. Donc soit il est de mauvaise foi, soit mon chauffeur est la réincarnation de Ray Charles. Ça met moyennement en confiance pour le trajet, surtout que Ray commence à slalomer entre les bus et les camions pied au plancher et sans jamais trop toucher à la pédale de frein.

Le Pacaya est un volcan situé juste au sud de la capitale. Ce qui le rend si intéressant c'est qu'il est en éruption constante depuis des années et émet des coulées de lave quotidiennement. On doit grimper pendant plus ou moins une heure pour arriver au plus proche des coulées. On est un groupe d'environ 15 personnes et une championne s'est glissée dedans ! Elle s'est dit que c'était une bonne idée de marcher sur un volcan en tongs. Oui oui, mais encore mieux, en tongs compensées. Ce n’est pas parce qu'il y a souvent un peu de sable sur les volcans qu'il faut s'équiper comme pour aller à la plage, surtout avec le temps bien pourri qu'il fait. Ce qui devait arriver arriva et, comme le terrain est accidenté en plus d'être sablonneux, au bout de 100 mètres elle galère grave. Pourtant il y a des mules à disposition pour arriver en haut pour ceux ne voulant pas marcher mais elle refuse de devoir payer pour ça. Comme avec plusieurs autres ça nous saoule de devoir nous arrêter pour attendre des personnes de ce genre, on part devant en compagnie d'un Allemand et de deux autres Français.

On marche dans un épais brouillard jusqu'à arriver à une série de miradors mais on ne distingue même pas les arbres à 10 mètres alors le paysage, on ne peut que l'imaginer. On continue jusqu’à une barrière mais il faut attendre le guide car après c'est "dangereux". Au loin et au-dessus de nos têtes, les bruits des pierres qui tombent poussées par la lave qui avance se fait entendre. Le reste du groupe arrive, avec une certaine personne sur une mule ! Tiens donc… Dans un sens, tant mieux sinon on aurait attendu jusqu’au lendemain matin.

On avance maintenant sur le flanc du volcan jusqu'à s'arrêter devant un immense paysage de désolation. On pourrait sans peine s'imaginer être des naufragés sur une lointaine et hostile planète ou dans le monde ténébreux imaginé par H.P Lovecraft tant le paysage en noir et blanc donne une atmosphère mystique à cet endroit. Le noir profond et glaçant des anciennes coulées de lave refroidies et changées en pierre à jamais ne fait maintenant plus qu'un avec ce sombre et épais brouillard qui nous enlace.

C'est à cet endroit que la coulée d'avant-hier s'est arrêtée. Mais il doit rester de la lave un peu en profondeur sous les pierres parce qu'on peut sentir la chaleur s'échappant d'en dessous. Je pourrais même faire des œufs au plat ici, mais c'est un autre aliment que l'on va cuire car le guide a ramené des marshmallows que l'on pique au bout d'un bâton. C'est plutôt probant, en l'enfonçant un peu entre les fragments de lave solidifiée, il se teint de noir et fond. On reste là une dizaine de minutes avant de rentrer car la nuit commence à tomber. De retour au niveau des barrières le volcan se découvre enfin. MIRACLE. C'est de courte durée car moins de 10 secondes après il a disparu de nouveau. Mais ce laps de temps était suffisant pour voir qu'effectivement il y avait des coulées de lave, juste au-dessus de notre position précédente comme en atteste les petits points orangés visibles sur la photo. Mais on est loin des clichés de rêve que l'on trouve sur internet.

De retour au bus je me retrouve à côté de la personne qui confond plage et rando. Allez on est sur le chemin pour rentrer alors je ne fais pas le gars bourru et je lui demande si dans l'obscurité c'était pas trop dur de descendre sur une mule. "Non c'était la première fois que je montais dessus mais bon comme j'habite dans un endroit où il y a des chevaux, ça allait". Hum… Qu'est-ce que je peux répondre à ça ? De fil en aiguille la discussion se tend un peu car il y a apparemment eu une prise de tête pendant la montée entre elle et d'autres. Ambiance mortelle dans le van pour les 50 minutes du retour. Je ne sais pas si c'est bien ressorti quand je l'ai écrit, mais le courant n'est pas vraiment passé entre nous. Le problème avec les groupes c'est que l'on peut choisir ses potes de voyages mais certainement pas les "potes" d'excursions…

Le lendemain c'est le jour où je pars à l'attaque de l'Acatenango, que je détaillerai dans l'étape suivante. J'ai déjà parlé des séismes qui ont ravagé la ville mais cette dernière est également sous une menace d'origine volcanique. Sur les cinq jours que j'ai passés dans cette ville, je n'ai pu voir le volcan en arrière-plan qu'une matinée. Le volcan de Agua est en sommeil mais son danger est bien réel. Pour avoir une vue imprenable sur celui-ci il faut monter jusqu'au Cerro de la Cruz qui lui fait directement face. Petite montée de 10 minutes où j'ai croisé autant de flics que de promeneurs, pour arriver sur un mirador avec des stands un peu partout autour qui te vendent des produits "locaux" mais pas si locaux car estampillés "Made in China" si on regarde de plus près. La vue depuis la croix sur le Volcan de Agua est imprenable, surtout qu'aujourd'hui aucun nuage ne vient gâcher la vue. En 1541, un énorme glissement de terrain eut pour conséquence de vider son lac de cratère. Des centaines de milliers de m3 se sont alors déversés et provoquèrent une gigantesque coulée de boue qui recouvrit entièrement Santiago de los Caballeros, anciennement une partie d'Antigua. D'où le nom "Agua" pour ce volcan.

En passant près du terminal de bus et du marché central, j'aperçois au loin une autre église en ruines. Ne faisant rien et comme j'ai une journée à tuer en attendant de partir pour une autre ville, je vais jeter un œil de plus près. C'est donc un séisme qui l'a mise dans cet état. Même si les constructions antiques ne supportent pas aussi bien les secousses et colères de la terre, on arrive à imaginer la force colossale qui s'est dégagée pour réduire l'édifice à ce gros tas de cailloux.

Le dernier jour en ville est peu productif mais c'est jour de match. On m'a dit que si je vais voir le match je serai déçu surtout si je m'attends à un niveau à l'européenne. Aujourd'hui Antigua joue contre un club de la capitale dans un match important car en cas de victoire, les locaux vert et blanc passeraient premier. L'ambiance est au beau fixe, c'est festif avec de la musique et des chants. En Europe on a une mauvaise image des tribunes des stades de foot d'Amérique Latine. Mais ici, on vient en famille profiter du match et passer un moment calme et apaisant. D’accord… Il y a toujours les habituels "Hijo de Puta" criés vers les adversaires ou l'arbitre mais un match sans insultes, serait-ce encore un match de foot digne de ce nom ? Le niveau n' est vraiment pas dingue, on dirait un match entre Tours et Niort… et ça ne donne pas spécialement envie.

Score final : 1 à 1. Pas de sifflets de la part des supporters, ça change. Au final, trois semaines plus tard, Antigua sera sacré champion du Guatemala.

Dans le centre, en ce jour c'est la cohue. L'exposition itinérante "United Buddy Bears" vient d'arriver et de s'installer en ville. Chaque pays reconnu par l'ONU a son ours, qui a été crée par un artiste du pays. Tous ensemble les ours sont les ambassadeurs d'une coexistence pacifique. Ils forment donc une œuvre d'art pour inciter à la tolérance. Certains sont plus réussis que d'autres mais dans l'ensemble ça a l'air de plaire à tous. Parfois il faut quand même réfléchir longtemps pour reconnaître le pays représenté. Je me dis que l'artiste a dû faire en sorte que l'on reconnaisse son pays au premier coup d’œil mais vu la qualité de mon esprit artistique, je galère à en reconnaître certains. Je suis même assez déçu de voir que l'ours français ne porte ni béret ni baguette sous le bras…

6

Durant le temps passé à Antigua, j'en ai profité pour randonner pendant deux jours sur le l'Acatenango. Retour sur ce trek qui ne n'aura pas laisser de marbre, aussi bien mentalement que physiquement.

Dire qu'aujourd'hui est le jour que j'attends le plus est un euphémisme. Il y a environ deux ans, c'est entre autre, à la suite d'un reportage sur les éruptions très fréquentes du Fuego que j'ai ajouté le Guatemala à ma liste des pays à faire rapidement. Pour être aux première loges, il faut grimper jusqu'au camp de base de l'Acatenango situé juste en face et à moins de trois kilomètres à vol d'oiseau du cratère.

J'ai lu plusieurs blogs qui racontaient le trek de l'Acatenango, et tous sont unanimes : ça n'est absolument pas une partie de plaisir. Pour arriver au camp de base, il faut marcher pendant quasiment 7 km et encaisser les 1520 mètres de dénivelé avec "seulement" 13 kg sur les épaules. Un bon programme en perspective. Il faut dire qu'entre la difficulté de l’ascension, la nourriture fournie par l'agence parfois en quantité insuffisante, le mal de l'altitude et la nuit dans une tente avec des températures flirtant et passant régulièrement en dessous de 0°C... l'expérience s'est transformée pour certains en un véritable calvaire. On verra si j'ai de la chance, l'agence est la même que pour le Pacaya et pour le moment je n'ai rien à redire après la sortie de la veille.

Avant même de partir, mauvaise nouvelle. J'ai été malade une bonne partie de la nuit et je ne sais pas si je vais tenir pendant les deux jours. Je checke une dernière fois mon sac pour vérifier qu'il ne manque rien, surtout au niveau du PQ et des Imodium. Il est 8h quand un 4x4 vient me prendre devant l’hôtel. Bonne nouvelle cette fois, on ne sera que 6 dans le groupe : Estelle et Arnaud, un couple de français de La Rochelle - Phillip, un Allemand parti depuis 7 mois à travers l'Amérique Centrale et Andréa & Andréa, sorte de Dupont et Dupond à l'italienne remontant le pays jusqu'au Belize. On a tous l'air plutôt affûtés physiquement, et il ne devrait pas y avoir de problèmes surtout que cette fois tout le monde porte des chaussures fermées. On arrive rapidement au point de départ du trek, dans un village au centre d'une vallée à quinze kilomètre à l'ouest d'Antigua. On fait connaissance avec Moïse notre guide d'une vingtaine d'années qui semble être né sur le volcan et en fait l'ascension depuis ses 11 ans.

Il annonce la couleur : la première partie dans le sable jusqu'au bosquet est la plus difficile et il va falloir s'accrocher. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il avait raison. Le problème avec les montées dans le sable c'est qu'à chaque fois que je fais deux pas, je recule d'un. Le guide part comme une balle, suivi des autres. En moins de 5 minutes nous ne sommes plus vraiment un groupe. Je monte à mon rythme mais ça se gâte, au bout de 30 minutes je me sens vraiment mal. J'ai une grosse douleur au ventre et j'avance bien plus lentement que ce que je pensais. Les quelques arrêts furtifs mais indispensables dans les bois ne m'aident pas à garder le rythme. Attendre ce jour avec impatience et être malade comme un chien, c'est pas vraiment comme ça que je l'avais imaginé. Au pire ça fera une histoire drôle à raconter, à condition d'arriver jusqu'au sommet.

D'ailleurs, au bout d'une heure de marche, arrivent dans l'autre sens des gens venant de jeter l'éponge. C'est rapide et pourtant je les comprends. Si la difficulté est identique jusqu'au camp et vu la nuit difficile que je vais passer là-haut, est-ce que ça vaut vraiment la peine de galérer autant pour ne pas profiter ? D'ailleurs, le lendemain, l'un de nous va le vivre et confirmer. Je m'accroche en serrant les dents et en essayant de ne pas prêter attention à la guerre qui se déroule à l'intérieur de mon corps. J'espère vraiment que mon état va vite s'améliorer.

Avant d'arriver au bosquet et de rejoindre mon groupe, je rattrape Philip lui aussi lâché et sympathise avec deux Québécoises. Elles font partie d'un groupe maintenant disséminé le long du chemin sur des centaines de mètres composé de… 24 personnes. Alors qu'eux se reposent, notre groupe repart aussitôt à l'assaut de la pente. Pendant une bonne heure, le chemin s'élève dans une forêt nuageuse. Les muscles de mes jambes brûlent sous la répétitivité de l'effort et mes épaules subissent de plus en plus le poids de mon sac. Lorsque l'on sort de cette forêt, les nuages sont maintenant en-dessous et l'humidité se dissipe sous l'effet des rayons du soleil. La chaleur étouffante est la nouvelle difficulté qui vient s'ajouter à la liste. Le chemin est toujours aussi incliné et serpente au milieu des arbres de moins en moins nombreux. A ce stade, rien n'indique si le sommet est encore loin ou non, mais la seule chose sûre c'est que la couverture nuageuse en haut est inexistante. La montée semble plus facile, et malgré le poids toujours important du sac, je retrouve un semblant de rythme et mon ventre commence à se calmer. Phillip galère lui aussi et l'on s'attend mutuellement. A part quelques "Fucking cigarettes" de ce dernier, on n'échange pas vraiment vu qu'à plus de 3500 mètres d'altitude, il nous faut plus de temps pour récupérer notre souffle. La fin de la montée est synonyme du déjeuner. Autant dire que je ne suis pas vraiment en condition pour apprécier ce que je me trimbale depuis ce matin. Bon au moins le riz ne pourra pas faire de mal.

On est absolument seul dans cette petite clairière et la (très) bonne nouvelle intervient. Il ne reste plus qu'une heure de marche et le chemin ne grimpe plus beaucoup. Fini les lacets et les montées abruptes qui n'en finissent plus, ici on va contourner le sommet du volcan en passant par l'est. Au fur et à mesure de la progression, le sommet voisin de l'Agua se découvre timidement au dessus des nuages. Il culmine à 3760 mètres et est inactif depuis plus de 10 000 ans. Il est possible de randonner jusqu'à son sommet mais c'est apparemment déconseillé à cause de nombreux "bandits" qui attendent là haut les randonneurs pour les dépouiller. D'ailleurs les agences ne proposent que rarement cette excursion. Après 50 minutes de marche, on touche au but. Le volcan de Fuego apparaît enfin entre les arbres mais pour l'instant pas d'explosions. On est le premier groupe à arriver en haut, et notre tente est aux première loges, directement en face de l'arrête et du cratère du Fuego, sans aucune personne devant. Plutôt pas mal l'endroit pour poser sa toile. Il ne nous aura fallu que 4h au lieu des 5h30 annoncés pour arriver jusqu'ici.

• • •

Un bruit sourd parvient à nos oreilles. Ça y est, le géant a explosé pour la première fois. Et la vue… mais quelle vue de dingue ! J'avais déjà assisté au réveil du Sanbacaya au Pérou l'année dernière mais j'étais assez loin de ce dernier. Là c'est totalement différent, le cratère fumant du Fuego se trouve à seulement 2,5 km à vol d'oiseau. Le gros nuage gris formant le panache éruptif s'élève doucement, suivi d'un autre et encore d'un autre toutes les cinq minutes. Devant ce spectacle, j'oublie immédiatement toute la douleur que j'ai pu ressentir au cours de la journée. Dans le campement, tout le monde reste assis, récupère tout en profitant du feu d'artifice que le volcan nous offre. Il n'y a pas un bruit, autre que les grondements sourds venant d'en face. Ce n'est pas souvent que l'on a la chance d'assister à un tel florilège d'explosions. D'ailleurs, certains jours il n'y en a qu'une ou deux, mais là en moins d'une demi-heure, on a déjà pu assister à une bonne dizaine. On se sent vraiment minuscule et insignifiant face à cette force de la nature.

Le Fuego est le volcan le plus actif d'Amérique centrale. Culminant à 3763 m, il est fréquemment en éruption depuis plus de 500 ans. En Juin 2018, il entra en éruption, provoquant des centaines de morts et de disparus. Plusieurs villages se retrouvèrent purement et simplement rayés de la carte. Les gens le respectent autant qu'ils le craignent et l'ont nommé, Chi'gag, qui veut dire "d'où sort le feu". Ce qui est intéressant avec ce volcan, comme plein d'autres dans le monde d'ailleurs, c'est qu'il présente deux types d'éruptions : une vulcanienne et une strombolienne. Lors d'un dynamisme strombolien, il peut émettre régulièrement des fontaines de lave, ou parfois des coulées. Par contre lors d'un dynamisme vulcanien, il peut projeter dans l'atmosphère des cendres et bombes volcaniques mais le plus grand danger est la formation de coulées pyroclastiques. Ce sont des nuages de gaz mêlés à des cendres et des roches portés à très hautes températures et dévalant les pentes à plusieurs centaines de km/h, détruisant tout sur leurs passages, comme justement en Juin 2018. En ce moment pas de fontaines de laves, mais à chaque explosion, les roches incandescentes sortant se verront parfaitement dans l'obscurité de la nuit.

En théorie, on se couche de bonne heure parce que vers 4h du matin il faut se lever, se retaper une bonne heure de montée pour assister au lever du soleil depuis le sommet de l'Acatenango. Lorsque Moïse revient, il nous annonce que comme nous avons marché plus rapidement que prévu, on va tenter de grimper jusqu'au sommet maintenant pour voir le coucher du soleil et ainsi faire une grasse matinée demain. Enfin qu'on s'entende bien, au lieu de se lever à 4h le réveil sonnera vers 6h30. Il va vraiment falloir se remotiver. Mes muscles ne veulent pas répondre après cette longue pause réparatrice et j'ai plutôt l'impression qu'ils sont plutôt enclins à faire une sieste plutôt qu'une nouvelle grimpette.

C'est donc après une bonne heure de récupération devant un spectacle explosif, que nous revoilà reparti sur les pentes de nouveau sablonneuses du volcan pour parcourir les derniers centaines de mètres restants. Sauf que maintenant… le volcan est totalement pris dans les nuages et l'on ne voit rien. On avance dans un brouillard si épais que seul les traces de pas dans le sable permettent de se guider. Je suis toujours pas super bien mais bien remonté après ce que j'ai vu. Malgré ma motivation plus les minutes passent et plus le brouillard s'intensifie et la lumière du jour commence à décroître. Je commence à me dire que continuer pour ne rien voir ne vaut pas les efforts qui me restent à déployer. On arrive au sommet et il reste 10 minutes pour atteindre l'autre coté du cratère mais les minutes passant, la visibilité se dégrade encore plus. Quand Estelle décide de retourner au camp je me dis que c'est peut être la bonne décision et je la suis. On est rejoint par Andréa qui lui aussi en a marre et commence à se sentir mal. Bien nous en a pris vu qu'au retour des trois autres, ils nous annoncent qu'ils n'ont même pas aperçu, ne serait ce qu'une petite seconde, la silhouette du Fuego.

Entre temps, la température a pas mal chuté et on commence vraiment à sentir le froid et le vent. Une énorme explosion vient d'avoir lieu. Le bruit est si fort que j'ai l'impression qu'une bombe vient d'exploser pas loin du campement. Un léger souffle de l'explosion nous parvient et fait agiter les bâches avant que la terre et le sable noir se mettent à trembler. C'est une sensation difficile à décrire, mais cet instant est incroyable. Se tenir aussi prêt et sentir ce type de manifestation est aussi excitant mais je suis persuadé que dans la tête de toute personne présente dans le camp, il y a aussi de la préoccupation quand on connaît le passé récent du volcan.

La nuit est tombée et le nombre de couches de vêtements sur nous augmente en même temps que les heures passent. On reste éveillé en mangeant les dernières provisions et en essayant d'esquiver la fumée du feu de camp qui nous brûle les yeux. Ce que nous attendons tous de voir c'est bien sûr la lave rougeoyante sortir du cratère dans un vacarme qui est maintenant devenu quelque peu routinier. A part à une reprise, nous ne la verrons jamais parfaitement, en tout cas pas de façon très nette et pas plus de 4 malheureuses secondes…

Même si la température est maintenant en dessous de 0°C, la nuit dans la tente à l'abri du vent n'est pas si difficile à supporter grâce aux trois couches de vêtements et aux duvets fournis de bonne qualité. Avec la fatigue accumulée aujourd'hui, je tombe comme une masse quelques secondes seulement après avoir touché l'oreiller. J'ai de la chance d'être relativement en forme car certains sont couchés depuis plusieurs heures et souffrent notamment de l'altitude. Nous ne sommes pas encore très haut, mais à plus de 3700 m, les manifestations qui se déclenchent peuvent être assez violentes. En pleine nuit, je me réveille parce que… j'ai trop chaud ! Le pull péruvien en alpaga fait le taf, trop même. J'en profite pour sortir, en espérant que le ciel se soit dégagé laissant apparaître la lave éclairer les flancs du volcan. Mais toujours rien.

Je me lève une demi heure avant le lever du soleil, espérant profiter de la vue avec les premières lueurs du jour. De nouveau toujours rien. Un peu plus tard, le volcan s'extrait des nuages et se laisse admirer juste un court instant, le temps de prendre un ou deux clichés. Le froid est saisissant et c'est seulement grâce à toutes les couches de vêtements et la double capuche que j'arrive à rester dehors. L'heure du petit déjeuner sonne et un nouveau membre vient se greffer à notre groupe. Fort de ses quatre pattes, il fait aussi souvent l'ascension que les guides et lorsque le jour se lève, fait sa tournée pour voir ce qu'il peut se mettre sous la dent. Eh, pas bête la bête ! Notre campement n'a pas l'air si mal, et il décide de rester près du feu jusqu'à notre départ.

Ce que j'avais lu de négatif ne s'est pas produit. Je n'ai absolument pas souffert du froid ou de l'altitude. C'est donc revigoré, et en bien meilleure forme qu'hier, que j'attaque la descente. Pour Andrea, la descente est à l'image de la nuit : un véritable calvaire. L'humidité, la pente et des chaussures qui n'adhèrent pas du tout rendent certains passages très délicats. En croisant ceux qui montent aujourd'hui, on ne peut s'empêcher d'avoir de la compassion pour ceux qui galèrent déjà énormément. Il y a 24h, on était à leur place, et on ne devait pas avoir l'air en meilleure forme. Bizarrement, quand on lance un chaleureux "Allez courage les gars, plus que 3h30 de montée", ils ne semblent pas super ravis et réceptifs…

En moins de deux heures, nous sommes de nouveau dans le village où le chauffeur nous a laissés hier. Ce même chauffeur qui refusera de nous arrêter quelques minutes dans un village où des coulées de l'année dernière se sont solidifiées. De retour à Antigua, je mets pratiquement deux jours pour que mes intestins et mes muscles retrouvent leur forme d'antan. J'avais bien besoin de récupérer physiquement vu que mes jambes ont pas mal morflées pendant la montée et pire encore, mes genoux pendant la descente. Pour le coup, j'ai l'impression d'être un papy.

Avec du repos et malgré toutes les difficultés que j'ai rencontrées, l'expérience a été incroyable, et si c'était à refaire, ça sera avec "plaisir". J'avais beaucoup d'attentes et je n'ai pas été déçu, si ce n'est de ne pas avoir profité de la vue depuis le sommet. Mais les groupes qui se sont réveillés à 4h pour y aller, n'ont eux aussi rien vu du tout, donc au final, Moïse avait raison de tenter le sommet le soir. La morale de ce trek : Toujours croire un gamin qui connait l'endroit comme sa poche.


7

Le lac Atitlan n'est qu'à deux heures de route de Antigua, mais en bus c'est bien plus long. C'est un incontournable du pays si bien qu'il est même surnommé "le plus beau lac du monde". C'est un lieu hors du temps surplombé par 3 volcans avec plusieurs villages disposés sur ces rives. Dans ces villages, l'héritage maya y est très fort et il n'est pas rare de voir les personnes issues des communautés habillées en tenue traditionnelle ; hommes comme femmes. Comme il n'y a aucun affluent au lac, l'eau qui le compose dépend uniquement des précipitations, ce qui rend le lac très vulnérable en cas de phénomène climatique et aléas de grande ampleur. D'autant plus qu'il est une ressource très importante pour les communautés autour. C'est cette importance qui inquiète aujourd'hui car à cause des activités humaines et notamment de l'agriculture et de l'absence d'assainissement, l'eau est contaminée par les pesticides et s'y baigner ou consommer des produits présenterait quelques dangers sanitaires.

Atitlan était la destination phare des hippies dans les années 60/70, et même s'ils en subsistent encore quelques-uns, le coin a pas mal évolué. Même si la majorité des villages ont réussi à garder leur charme d'antan, force est de constater que c'est différent pour la tranquillité car la tornade touristique est passée par là. Des hostels et des restaurants ont fleuri un peu partout. Heureusement, il est possible en s'éloignant un petit peu des centres, de tomber sur des coins tranquilles, véritables havres de paix au bord de l'eau.

Je débarque à Panajachel dans l'après midi après quelques heures de bus chaotiques et je comprends rapidement que c'est LA station balnéaire du lac, avec ses hôtels et son énorme marché le long de la rue piétonne principale. Si on cherche de l’authenticité, c'est foutu. Puisque je suis là, autant profiter au moins d'une nuit sur place pour me faire une idée. Après avoir dégoté un petit hôtel excentré, je vais sur le quai. C'est la partie animée avec tous les embarcadères, les restos et les bateaux touristiques. Certains peuvent accueillir une bonne quarantaine de personne et pour démarcher les gens, les capitaines utilisent un haut parleur. Du coup, du matin jusqu'au soir il n'y a quasiment pas de temps morts où le coin est silencieux. C'est franchement joli, la vue sur les volcans surplombant le lac doit être sympa… quand le temps est découvert. C'est clairement pas un endroit où j'ai envie de rester plusieurs jours pour me détendre et juste profiter.

Du coup, direction San Pedro le lendemain. C'est aussi un village très prisé des touristes mais plus tranquille. Pour y aller, je monte dans une lancha et c'est parti pour 20 minutes de traversée. Il y a du vent et j'arrive enfin à distinguer les sommets entourant les eaux sombres du lac. Les vagues sont là et on n'est pas mal ballotté. Vu la vitesse à laquelle le bateau file sur le lac, il se soulève régulièrement, retombe et tape fortement sur la surface de l'eau. Eh mais ça y est, je viens de comprendre pourquoi il y a des sangles au plafond un peu partout… Bref.

C'est lors de l'arrivée au port de San Pedro, que l'on voit la différence avec Panajachel. Ici, c'est comme un village à étage, qui est construit en plusieurs parties tout en s'adaptant au relief. Au rez de chaussée, l'embarcadère, au premier étage la partie hôtelière et les activités touristiques et tout en haut les quartiers d'habitations et la vie locale. Derrière trône fièrement l'un des trois volcans du lac sobrement appelé San Pedro. Je décide de faire du village mon pied à terre pour les 3 ou 4 prochains jours vu que mon vol pour le Nicaragua est le 5 Mai. Au final, à l'heure d'écrire ses lignes, on est 13 Mai et c'est seulement maintenant que je m’apprête à quitter San Pedro en bus. Léger changement de programme donc…

En faisant un tour dans le village pour ma première après-midi, il y a plusieurs choses qui m'interpellent. San Pedro présente un côté un peu colonial et soigné toujours avec quelques rues pavées se mêlant à un Street Art coloré et inspiré. Mais malgré tout, nombre de panneaux écrits en hébreu est affolant. Il y a même certains bars ou échoppes, où si l'on n'est pas israéliens, il est impossible de rentrer. Vivement l'officialisation de ces nouvelles micros colonies… J'ai pas l'impression que ça plaise trop aux locaux, mais ils semblent s'en accoutumer. En parlant avec certains d'entre eux, ces derniers n'hésitent pas à entamer une conversation où ils expliquent des trucs sur la vie et les problèmes du coin ou tout simplement aider à trouver l'hôtel et le restaurant que je cherche. Après Panajachel et surtout Antigua, ça fait un bien fou de voir que je ne suis plus seulement considéré comme un touriste avec des billets plein les poches. Avec cette ambiance où le temps semble s'écouler calmement, je me sens détendu, un peu comme à la maison.

Une autre chose marquante ici est le nombre d'écoles proposant des cours d'espagnol. Les pays où les cours sont le moins cher sont le Guatemala et la Bolivie. Je parle un peu espagnol, enfin objectivement plus qu'un peu car j'arrive sans trop de mal à tenir des conversations, même si le style n'est ni très beau ni académique. Vu que je suis parti pour plusieurs mois, il serait peut être intéressant de consolider mes bases pour pouvoir être bien plus à l'aise et m'améliorer ensuite. Je rentre pour me renseigner dans plusieurs et le courant passe bien avec l'un des dirigeants. Après avoir passé un test de niveau juste pour voir où j'en suis, je suis agréablement surpris du résultat. Je m'attendais à pire. C'est super motivé que je vais donc rester un peu plus longtemps pour prendre des cours. Pour 15h il faut débourser environ 50 €... En France pour 50 € tu dois avoir à peine deux pauvres heures. Je commence après demain et j'ai choisi d'avoir 3h tous les matins pour être libre les après midi et pouvoir faire des activités. Et autour du lac, il n'y a que l'embarras du choix : kayak, rando jusqu'au sommet des volcans, activités proposées par l'école, visite des autres villages etc...

Sur la rive d'en face, s'élève un sommet assez atypique et visible partout depuis San Pedro. Il dessine le profil d'un homme allongé. C'est pour cette raison qu'il est sobrement surnommé "la Nariz del Indio". C'est aussi depuis cet endroit qu'il est possible d'avoir une vue grandiose sur le lac et notamment lorsque le soleil se lève. Y aller seul peut poser problème car de nuit les alentours du lac ne seraient pas spécialement recommandables. A 5h du matin, un camionnette passe me prendre puis fait les 20 minutes de route jusqu'à nous laisser dans un village sur les hauteurs. De là, notre petit groupe entame une balade d'un quart d'heure pour arriver jusqu'à une série de belvédères. Normalement en cette période, les matinées sont dégagées et les après midi nuageuse et orageuses. Sauf qu'aujourd'hui, lorsque le soleil se lève, la visibilité n'est pas si bonne. Il est quand même possible d'apercevoir les villages, le lac et les volcans mais pendant tout le temps passé là-haut, jamais la brume ne se dissipera. Tant pis, d'ici la vue est quand même splendide . Entre les lumières des villages se réveillant petit à petit et les premiers rayons du soleil transperçant l’atmosphère, le paysage s'éclaircit, se colore jusqu'à laisser entrevoir le bleu vif émergeant des eaux du lac.

C'est Osvaldo qui nous accompagne et fait office de guide. Un guide ici n'est pas vraiment nécessaire vu qu'il paraît difficile de se perdre sur l'unique sentier du coin. D'ailleurs, être guide n'est pas son métier, ça lui sert juste à arrondir ses fins de mois. Durant l'année, il est professeur en primaire et tous les matins avant d'aller dans son école, il accompagne les touristes jusqu'aux miradors pour pouvoir compléter et se faire une paye "correcte". Au Guatemala, une paye de prof peut à peine être suffisante pour nourrir ta famille, donc les balades six jours par semaine, lui permettent de s'en sortir. Mais le rythme doit être infernal : balade - école - préparation des cours. Je ne sais pas comment il fait pour tenir depuis plusieurs années…

Evidemment une certaine complicité s'installe entre nous et l'on se questionne mutuellement sur nos pratiques et nos conditions de travail. Peu importe le pays où l'on vit, les élèves sont pareils, avec les mêmes capacités surdéveloppées pour nous rendre parfois dingue. J'en profite pour lui demander s'il est possible de venir un jour dans la semaine pour voir comment ça se passe. L'idée a l'air de le ravir mais la semaine prochaine les enfants sont malheureusement (ou heureusement pour eux) en vacances…

L'après-midi, après avoir trouvé un logement pour le reste de la semaine, je pars pour San Juan à moins de 3 minutes en lancha. San Juan est bien plus tranquille et petit que San Pedro. C'est un village dont les habitants vivent plutôt de la vente de leurs objets issus de l'artisanat. Il y a une petite colline avec un promontoire offrant une vue dégagée sur le lac à quelques minutes à pied de la route. La vue est sensiblement la même que depuis la Nariz, bien que moins impressionnante car moins haute. Au moment de partir, le ciel était peu couvert mais quand j'arrive en haut comme d'hab... Ai-je vraiment besoin de finir cette phrase ? Les gens disent que c'est le pire moment pour venir car on est en plein dans la transition saison sèche-saison des pluies et que le phénomène "dégagé le matin / couvert l'après midi" est très aléatoire.

Ne voulant froisser personne, je préfère prévenir que lors de la lecture du paragraphe suivant, même si je ne rapporte que des faits avérés, il en ressortira une narration plutôt partisane. L'histoire récente de San Juan a été un peu mouvementée. En 2008, une communauté d'environ 200 juifs ultra-orthodoxes venu d’Israël et des Etats-Unis s'installent dans le village. Après plusieurs années, refusant de s'intégrer à la population locale, ils ouvrent des établissements spécialement pour eux tout en s'installant sur des terres dont ils n'étaient pas vraiment propriétaires. Jusque là, on n'est pas vraiment surpris. Cependant, l'histoire va vraiment s'enflammer suite à plusieurs événements. La communauté va faire pression auprès des épiciers pour fixer eux-mêmes les prix des produits qu'ils souhaitent acheter. Les mayas n'ayant pas beaucoup d'autres ressources vont résister. La mèche va vraiment prendre feu en 2014 lorsque la communauté va décider de ne pas respecter certaines coutumes locales et provoquer des querelles d'ordre religieux. Sauf que ces derniers ne vont pas se laisser faire et après les avoir menacés, parfois aller quasiment jusqu'au lynchage, les ont foutus hors du village. Ceci a déclenché un tollé en Israël, où le gouvernement a déclaré que cette expulsion était humiliante, preuve en est que ce gouvernement connait quand même le mot "humiliation". J'ai entendu cette version de plusieurs personnes dans le village et je sens qu'en parler avec eux, ils ont une petite fierté d'avoir réussi à récupérer leur village.

La semaine de cours se passe super bien. Trois heures chaque matin avec Pedro. Les cours ne sont pas comme ce que l'on pourrait imaginer, ce n'est pas une leçon suivie d'exercices d'application. Même s'il y a une partie similaire aux cours de langue du lycée, Pedro me prévient que la majeure partie sera juste des discussions sur des sujets variés. En réalité, l'écrasante majorité du temps on parle juste, lui me corrigeant et me donnant pas mal d'infos culturels, sur son pays, la politique etc... D'ailleurs j'apprends qu'entre Panajachel et San Pedro, ce n'est pas la même ethnie maya. Ayant chacune sa propre langue, le dialogue entre les habitants des rives sud du lac et ceux vivant au nord peut parfois être compliqué. D'ailleurs, il existe 25 langues parlées dans le pays dont 22 sont d'origine maya.

Pour se déplacer dans les nombreux villages plusieurs choix : prendre un des très rares bus qui les relient entre eux ou la lancha. La lancha est le moyen le plus rapide même si parfois, elle s'arrête dans tous les villages. Mais pour moins d'un euro le trajet, je vais pas faire la fine bouche. Il y a aussi un chicken bus qui fait le tour, mais à certains endroits, il y aurait d'anciens guérilleros qui rançonneraient en exigeant un droit de passage voire un peu plus. Après l'Acatenango et pour ne pas trop me ramollir, j'ai pour projet de grimper en haut du San Pedro pour avoir une vue complète du lac depuis son sommet. A part quand je partais pour l'école ou ma dernière matinée, je ne l'ai jamais vu sans une imposante cape de nuage englobant sa moitié supérieur.

Juste en face de San Pedro, se trouve San Marcos. Une rue principale, quelques petites rues adjacentes et le tour du village est fait. C'est tranquille, bien trop. Mais c'est le paradis du tourisme "hippie" ou ceux qui aiment profiter d'activités du type yoga, méditation, art, peinture etc... Je n'y suis pas resté très longtemps, cette ambiance ne correspond pas vraiment à ce que j'affectionne. Cependant, c'est ici que se trouvent les coins les plus agréables pour se baigner, à condition d'aimer les nombreux joueurs de guitare sur le rivage. Meilleurs guitaristes que chanteurs pour certains cela dit au passage.

Le dernier village où je me rends est Santiago. Là-bas, rien de bien intéressant à voir si ce n'est son marché et une église. Pourtant, c'est ici que ce trouve une des attractions du lac : rencontrer Maximon. Cette divinité est la rencontre entre les croyances issues du catholicisme et celles du monde maya. Grosso modo c'est un mix entre un saint et un dieu de l'infra-monde Maya. Pour le célébrer, il faut se rendre près de son mannequin et déposer des offrandes. Les offrandes en question sont surtout des cigarettes ou des bouteilles d'alcool plus ou moins remplies. Pour le trouver, il suffit de demander à quelqu'un du marché comment s'y rendre et dans les secondes qui suivent, une ribambelle de gamins viennent pour nous emmener jusqu'à lui, en échange évidemment de quelques pièces. Je n'y suis pas allé, malgré ma curiosité pour ce personnage qui semble important dans le coin. L'idée d'aller de l'autre coté de la ville, dans une maison au fond d'une ruelle voir un mannequin ne m'a pas vraiment emballé.

Un matin, je me réveille et encore perdu dans les nuages, et j'ai l'impression que tout vacille légèrement quelques secondes autour de moi. Cette sensation est similaire au passage tout proche d'un camion qui entraîne de légères vibrations. Ma chambre étant assez loin de la route, c'est assez bizarre. Quelques heures plus tard, je reçois une notification d'une appli de géologie indiquant qu'un séisme d'assez faible magnitude a eu lieu à quelques centaines de kilomètres d'où je me trouve au large du pays. Des séismes détectés dans cette zone il y en a tous les jours mais en regardant l'heure… C'était donc ça ce léger vacillement ! Se faire réveiller par des ondes sismiques, original non?

En fin d'après midi, j'ai pris pour habitude d'aller au bord de l'eau me poser sur des rochers un peu à l'écart du village, musique dans les tympans. Un peu plus loin, des familles viennent pour que les enfants se baignent pendant que les mères lavent leur linge directement dans les eaux noires du lac. Le coin est calme et les nuages descendent petits à petit en cachant de nouveau les montagnes. Seul le ballet incessant des lanchas remplis de passagers en cette fin d'après midi, trouble les eaux calmes du lac. Ah non pardon, un autre événement est venu perturber le calme ambiant : la chute d'un boulet qui n'avait pas compris qu'il vaut mieux être prudent sur des rochers humides et glissants. Le boulet, c'est celui qui écrit ces lignes en ce moment même… Au moins, ça a l'air d'avoir amusé les gamins ! C'est donc complètement trempé et en ayant perdu mes lunettes de soleil que je rentre me réchauffer.

En parlant d'être trempé, question météo rien ne s'arrange. Toutes les après-midi, vers 14h de grosses averses se s'abattent sur le lac et de violents orages éclatent en soirée. C'est d'ailleurs pendant l'un d'entre eux que j'ai pu expérimenter une nouvelle activité pour le moins humide : la douche à l'eau de pluie. Dans le petit logement que j'occupe, il n'y a pas la place pour faire sécher mes quelques affaires. C'est donc dehors que je les laisse, mais n'ayant pas percuté tout de suite que l'orage a éclaté, mes affaires sont sous des trombes d'eau. Je sors à toute vitesse les récupérer et, au passage, claque la porte avec les clés à l'intérieur. Être enfermé dehors sous un déluge avec de l'eau jusqu'aux chevilles pendant une demi heure, ne figurera sûrement pas dans mon Top 100 des moments les plus plaisants de mon voyage.

Je profite de mes derniers jours pour me renseigner pour un tatouage. Plusieurs salons sont ouverts à San Pedro. Un qui tatoue à la chaîne et l'autre qui est ouvert de tant en tant quand on a la chance de passer au bon moment. C'est au deuxième que le courant passe le mieux et je choisis d'encrer dans mon épiderme un volcan avec au premier plan le profil de la fameuse Nariz del Indio. Après une dizaine de jours autour du lac, je reprends ma marche vers l'est pour aller à Quetzaltenango non loin d'ici.

Un petit miracle se produit aujourd'hui. Avant de partir, tout le lac est totalement dégagé et pour l'une des premières fois, je peux apprécier le cadre sans nuage de ce village que j'ai parcouru en long, en large et en travers que ça soit à pied, en tuk tuk ou depuis l'eau. Je ne sais pas objectivement si ce lac est le plus beau du monde, mais je suis en tout cas sûr que ce n'est pas le plus moche.

8

Depuis Atitlán, il y a deux façons pour arriver à Quetzaltenango : réserver un shuttle privé ou alors prendre un chicken bus. Évidemment la première façon est bien plus rapide mais plus onéreuse, alors que dans la seconde, c'est le confort qui est mis à mal mais mon portefeuille sera reconnaissant. J'opte pour la seconde car même si je n'ai pas envie de passer 4 heures mal assis sur des routes sinueuses de montagne, au moins il y aura de l’authenticité à l’intérieur de ce bus. En théorie il faut 4 heures pour parcourir les 70 km pour arriver à destination. Récit d’un trajet presque normal parmi tant d’autres que j’ai eu la chance de vivre lors de la visite de ce pays.

La première partie du voyage consiste à monter sur les hauteurs du lac en suivant une étroite route et en enchaînant une succession de lacets serrés pendant des kilomètres. Après seulement quelques kilomètres de route, la porte du fond s’ouvre soudainement alors que nous sommes lancés dans une rare et minuscule descente pour qu’un jeune garçon descende de l’échelle arrière et saute dans le bus. C’est le troisième homme d’équipage qui rentre dans le bus après avoir fini l’amarrage des bagages sur le toit.

Il y a deux messages évocateurs dans le bus : « Jehovah es mi pastor » au-dessus de la porte du fond et « Jésus es mi piloto » au-dessus du pilote. On est donc entre de très bonnes mains !

Le chauffeur est littéralement accroché à son volant et comme la pente est importante, il veille à ne pas trop ralentir en entrée de virages et lorsque l’on est dans une épingle, passe le plus possible à l’intérieur pour ressortir le plus large possible. C’est digne de la conduite d’une F1, à une exception prêt c’est qu’il a responsabilité de plusieurs dizaines de vies assises derrière lui. Ainsi le bus frôle souvent la falaise d’un côté et les différents ravins de l’autre.

Ce qui doit arriver arriva et parfois quelqu’un vient en face. Parfois le temps est suffisant pour se rabattre et parfois… étant toujours sur la voie de gauche, le véhicule nous croise à droite et à contresens. Evidemment pendant tout ce temps, le klaxon retentit presque sans discontinuer. Bizarrement ce n’est pas le chauffeur responsable du klaxon mais bien le crieur / rabatteur débout à côté, ou bien sur le marchepied, à moitié suspendu dans le vide. Quand il le juge nécessaire, il tire sur la petite corde au-dessus du parebrise et le klaxon rugit.

Le bus continue sa longue montée et le moteur commence à montrer des signes de fatigue. L’enchaînement entre les accélérations et les rétrogradages brutaux ne doit pas l’aider. D’ailleurs la boîte aussi présente des signes de fatigue et certaines vitesses ont du mal à passer.

Le bus continue sa longue montée et le moteur commence à montrer des signes de fatigue. L’enchaînement entre les accélérations et les rétrogradages brutaux ne doit pas l’aider. D’ailleurs la boîte aussi présente des signes de fatigue et certaines vitesses ont du mal à passer.

Une fois en haut du col, la descente s’avère bien plus dangereuse. Souvent lorsque la vitesse le permet, le chauffeur se met au point mort et le bus se laisse porter dans la descente, sûrement pour économiser l’essence. Visiblement le chauffeur croit énormément en Jésus et en ses freins!

Plusieurs kilomètres plus loin, on quitte cette petite et étroite route sinueuse pour s’engager sur la Panaméricaine. A partir de maintenant, le trajet se passe tranquillement, pas de virages serrés et une route bien large nous permettent d’arriver à Quetzaltenango en 4 heures. Le contrat est bel et bien rempli !

Cette ville est également appelée Xela, nom que je vais dorénavant utiliser dans la suite de cette étape pour des raisons de gain de temps évidentes mais surtout, parce quand il s'agit d'écriture, moins j'en fais et mieux je me porte. C'est la deuxième plus grande ville du pays mais, de façon assez étonnante, elle est encore plutôt épargnée par les circuits touristiques. Il y a pourtant pas mal de choses dans les alentours qui valent le coup d'œil, mais généralement les touristes voyageant au Guatemala se limitent souvent au Peten, au Lac Atitlan et surtout à Antigua. C'est peut-être pour ça que cette région est délaissée et encore plus l'ouest du pays. La ville, comme beaucoup dans cette région du monde, ne vaut pas vraiment le détour si ce n'est pour sa place principale avec sa cathédrale et son passage couvert qui rappelle ceux que l'on peut voir dans de nombreuses villes françaises ou européennes. Bizarrement sur une autre place, un monument jurant radicalement avec l'architecture et l'histoire de la région, a été érigé. Avec ses colonnes et son style grec, c'est le dépaysement assuré. Il paraît que les Grecs anciens étaient d'excellents navigateurs, mais bon là je crois qu'on les a très largement sous-estimés. Exit les Espagnols premiers découvreurs de ces terres, place aux Grecs.

En recherchant des agences pour me renseigner sur les différentes choses à faire dans les environs, j'arrive par hasard au terminal, qui n'en est pas vraiment un en soit. C'est plutôt une rue avec un terrain vague accolé et occupé par des dizaines de bus, tous plus colorés les uns que les autres comme d’habitude. Pour y arriver depuis le centre, il faut au moins une bonne demi-heure de marche et traverser un gigantesque marché sur 5 ou 6 rues. La majorité des stands vendent de faux maillots de foot de toutes les plus grandes équipes européennes et des vêtements à n'en plus finir. La circulation n'étant pas fermée, même s'il est rare de voir des voitures déambuler au milieu des étals, beaucoup de motos ou de scooters se faufilent entre les passants. Il faut donc être assez vigilant pour ne pas se faire voler son sac ou son portable. Si cette pensée me traverse l'esprit, c'est parce qu'à seulement quelques mètres de moi, un homme s'est fait arracher son portable qu'il avait à l'oreille. D'ailleurs personne d'autre n'avait son portable sorti et tout le monde semble agripper fortement ses affaires, sac sur le ventre.

Sur les hauteurs de Xela, il y a une croix au sommet du Cerro el Baul, qui offre un panorama sur toute la ville et les montagnes qui l'entourent. Du centre-ville c'est assez éloigné, mais à pied ça doit quand même se faire. En cherchant un lieu où manger quelque chose, je vois sur la porte du restaurant un panneau "interdit aux armes". Cette douce et étrange sensation qui te parcourt quand tu comprends alors que dans la rue, il n'y a pas de réglementation des armes… J'en ai profité pour demander au serveur comment monter là-haut. Il me conseille de prendre un Uber et de ne pas me risquer à me fatiguer et y aller seul à pied. Ici ça ne coûte rien, et en une dizaine de minutes je me retrouve quasiment en haut. Le chauffeur me confirme aussi que c'est, évidemment pour son intérêt perso, bien mieux de monter en Uber car il y a de gros risques de se faire attaquer sur le chemin. Les seules personnes que l'on croise ne sont que des travailleurs qui refont la chaussée, bien loin donc des criminels qu'il me décrit. Lorsque l'on passe à côté d'eux, il remonte rapidement les vitres teintées et m'explique que c'est pour ma sécurité. Si l'on ne me voit pas, alors personne ne va prévenir d’éventuels complices qui m'attendent en haut pour venir m'attaquer. Ah ouais quand même… Mais à travers le pare-brise, comment ils vont ne pas me voir alors?

Remarque il vaut mieux être informé, même si tout ça c'est clairement de la flûte. En me déposant, il me donne son numéro pour le recontacter : en gros il a l'exclusivité si je décide de rentrer en voiture. Il ne perd pas le nord le joueur de pipeau. En haut il y a un parc qui doit être très fréquenté le weekend car il y a toutes les installations possibles pour faire des barbecues, des pique-niques, des installations sportives et même une piste de luge en acier. D'ailleurs un peu plus loin, un groupe de jeunes délinquants attendent les touristes pour les dépouiller de leurs biens tout en prenant des selfies et en écoutant de la musique sur des enceintes portables. Le danger est imminent. Un policier monte justement la garde au pied d’un immense monument représentant un intimidant guerrier maya et j'en profite pour lui demander réellement ce qu'il en est au niveau de la sécurité. Lorsque je lui explique ce que je viens d'entendre, il rit allègrement, façon polie de dire qu’il se fout carrément de moi, et me confirme ce que je sais déjà : il n'y a aucun problème pour moi si je redescends à pied.

Effectivement au niveau de la croix, on a une vue sur la vallée et Xela. Cette dernière est bien plus grande que ce que j'avais pu imaginer. La route pour redescendre à une allure d'escargot, en enlaçant le Cerro et en faisant le tour progressivement. Les paysages varient, d'un côté la ville et de l'autre la campagne avec plusieurs autres petits sommets partiellement déforestés pour laisser place à des terres agricoles. Le policier m'avait quand même dit qu'un passage pouvait être un peu plus délicat, mais pas forcément pendant la journée, car la route arrive directement plus bas en périphérie de la ville, dans un quartier populaire et plutôt pauvre. Mais je ne ressens aucune pression dans les regards des gens que je croise mise à part une teinte de curiosité. J'occupe ma fin d'après-midi en traînant en ville pour trouver une agence et faire une excursion sur le Santa Maria, le volcan dominant le sud de la ville. Je passe devant une vitrine incroyable : celle d'un magasin de statues religieuses. Il y a le choix et il y a plus de saints là-dedans qu'au Paradis. Je dirais même que globalement, c'est dans cette ville que j'ai pu voir le plus d’œuvres ou de messages religieux démontrant l'amour qu'a ce pays pour le Seigneur et son fils, que ça soit dans la rue, dans les commerces ou les transports.

Pour le Santa Maria, il vaut mieux être accompagné d'un guide car le départ a lieu dans un endroit assez isolé et peu desservi par des bus, surtout vers 5h du matin. J'ai deux choix qui s'offrent à moi : soit je fais l'ascension jusqu'au sommet du Santa Maria ou alors je me dirige vers un point d'observation sur un des flancs pour observer le Santiaguito se réveiller et cracher des cendres dans l'atmosphère. Comme on est maintenant en saison humide, le gars de l'agence me fait bien comprendre qu'en ce moment il y a de fortes chances que tout soit couvert et que la visibilité soit nulle. Allez, soyons fous ! J’ai renoncé au San Pedro alors là pas question de ne pas tenter le coup. En plus je ne sais pas pourquoi mais je sens que la chance sera au rendez-vous ! Je pars donc sur l'ascension du Santa Maria, qui devrait me prendre plusieurs heures vu l’altitude et l’inclinaison de la pente. Le rendez-vous est pris pour le lendemain matin de très bonne heure, quand un chauffeur viendra me prendre à l'hôtel avec le reste du groupe.

Il est 5h pétantes quand le chauffeur et la guide sonnent. Au final je serai tout seul car les autres se sont désistés. Attention fin de suspense : ils ont eu plutôt le nez creux… Super l’intuition! Le chauffeur nous lâche dans une petite rue à la sortie de la ville où l'on rejoint le sentier tout au fond. La première partie est plutôt tranquille et la pente gagne progressivement en importance. Le soleil n'est pas encore levé et la brume nous entoure déjà totalement alors que l’on progresse sur un sentier moyennement entretenu. Ça ne présage rien de bon… Il est à peine 6h du matin, le jour vient de se lever, et pour atteindre le sommet il faut encore au minimum deux heures et demie de marche, ce qui laisse le temps aux nuages de se dissiper et à mon espoir de ne pas être encore totalement détruit.

On arrive à un embranchement. Vers la droite le chemin mène au mirador pour être au même niveau que le dôme explosif et voir les explosions, et à gauche le chemin permettant de monter au sommet à plus de 3700 mètres. C'est maintenant que les choses sérieuses commencent et la pente devient rapidement très raide. La difficulté est plus ou moins semblable à celle que j'ai rencontrée sur l'Acatenango mais au moins on n'évolue pas dans vingt centimètres de sable et on progresse assez rapidement. Au bout d'une heure plutôt physiquement intense, les nuages ne se sont toujours pas dissipés et ils semblent être de plus en plus nombreux. Ma motivation baisse à vitesse grand V, mais dans un coin de ma tête je me dis qu'il y a toujours une chance qu'en haut la cime soit au-dessus des nuages. Mais le problème reste le même ; les nuages m'empêcheront de voir les dômes en contrebas cracher leurs cendres. La montée continue à être difficile et nous sommes maintenant dans des lacets. Rien ne va plus, la pente se durcit encore plus et avec l'altitude et les nuages, le froid fait son apparition accentué par l'humidité et par le vent.

Mes cuisses recommencent à brûler sous l'effort physique. C'est bon, je jette l'éponge, j'ai déjà vécu en partie cette frustration sur l'Acatenango, et je n'ai pas envie de me manger encore une heure de montée bien galère pour ne rien voir et mourir de froid là-haut. La guide a l'air du même avis que moi et on fait demi-tour. Par contre, je ne veux pas rentrer de suite mais bifurquer jusqu'au mirador pour essayer au moins de voir quelque chose et sauver la journée.

La descente jusqu'à l'embranchement est rapide et l'on arrive un peu plus loin devant une barrière qu'il faut enjamber. S'il y a une barrière, c'est que quelqu'un va nous demander de payer un droit de passage. Aussitôt pensé aussitôt fait, un gars déboule de nulle part et me demande de payer l'équivalent de 2 € pour pouvoir emprunter le chemin qui passe sur sa propriété. Je commence à reprendre espoir car un bout de ciel bleu fait son apparition en compagnie de quelques rayons du soleil qui arrivent à transpercer la couche nuageuse. Ça recommence à sentir bon tout et l’on presse le pas pour arriver le plus rapidement possible au point d’observation.

Il est interdit d'atteindre le mirador initial car autour du dôme actif, une zone d'exclusion de 3 km a été mise en place par mesure de sécurité. Ça peut se comprendre d'une part à cause des éruptions et d'autre part à cause des glissements de terrain qui ont fréquemment lieu sur ce flanc surtout lorsque l'humidité et les pluies sont importantes. D’ailleurs, il y a quelques années, un guide n’a pas respecté cette mesure et s’est aventuré avec un touriste sur le dôme pour voir de plus près et trouver un endroit où planter la tente. Le volcan s’est réveillé et les deux hommes ont trouvé la mort. Est-ce que cette histoire est vraie ou alors est- ce que c’est juste pour donner du poids à cette interdiction ?

Mon espoir a été très vite douché car les nuages sont revenus rapidement en nombre et l'on aperçoit maintenant que très partiellement le dôme. Seule une vague silhouette sort de temps en temps des nuages qui l'entourent.

Dis donc Jamy, pourquoi le Santiaguito est-il le volcan le plus atypique du Guatemala?

Eh bien c'est à cause de sa morphologie et de son histoire éruptive. Vu depuis le Nord il a un aspect parfaitement conique avec des pentes régulière et abruptes, mais depuis le Sud Ouest c'est une caldeira dans lequel quatre cônes volcaniques ont pris place. En réalité, depuis le nord c'est le cône du Santa Maria qui est visible et le complexe du Santiaguito est né sur les pentes effondrées du Santa Maria pour former un "nouveau" volcan. C'est un peu les poupées russes volcaniques. L'effondrement a eu lieu en 1902, lorsque le Santa Maria a été le théâtre d'une éruption extrêmement violente avec un indice d'explosivité volcanique de 6 (sur une échelle qui en compte 8) ayant entraîné la mort de plus de 6000 personnes. C'est seulement à partir de 1922 que plusieurs dômes se sont mis progressivement en place dans cet effondrement pour former le complexe du Santiaguito : El Brujo (le sorcier), El Monje (le moine), La Mitad (celui du milieu) et El Caliente (le chaud). C'est d'ailleurs ce dernier dôme qui focalise l'attention aussi bien des volcanologues que des curieux car c'est le seul présentant des signes d'activité. Il est très étroitement surveillé car il est en éruption constante depuis 1922 avec des phases explosives très violentes et parfois la formation de lahars, des coulées de boue géantes détruisant tout sur leur passage. D'ailleurs la petite ville d'El Palmar a été détruite à deux reprises par ces torrents de boue et a été forcée de déménager plus à l'ouest pour faire face aux éventuels futurs dangers. Des dizaines d’explosions se produisent certains jours et peuvent être à l'origine de la formation de nuées ardentes détruisant également tout sur leurs passages. Vu le nombre de personne vivant à proximité et du danger que représente son activité, les volcanologues l'ont placé dans les volcans de la décennie, une liste répertoriant les 16 volcans les plus dangereux de la planète.

source : volcanohotspot.files.wordpress.com

On fait une pause en attendant de voir si la visibilité s'améliore. Je suis complètement à sec pour l'eau. La guide sort alors une bouteille mais je ne me sens pas capable d'essayer de la boire. L'eau n'est pas transparente mais tire beaucoup vers le jaune. Assez interloqué, je lui demande naïvement si elle contient quelque chose mais non, elle sort directement du robinet. Si je tente de boire cette eau j'aurai au pire droit à un aller simple pour les urgences de l’hôpital de la ville ou au mieux le privilège de passer toute une semaine assis et enfermé dans les toilettes de ma chambre. Elle me confirme d'ailleurs que lors de son retour, après avoir été vivre aux États-Unis, n’étant plus habituée à boire l'eau du coin, elle a été malade les premières semaines.

Evidemment je décline et jusqu'à mon retour à l’hôtel, j'aurai certainement très soif mais au moins je ne serai pas malade. La visibilité ne s'améliorant toujours pas, on décide de lever le camp. Juste avant de quitter la zone, un son sourd et lourd se fait entendre. J'ai l'impression d'être à côté d'une cocotte-minute qui s'emballe et bouillonne à l'intérieur. Le bruit émis par le volcan est simplement le dégazage massif pour évacuer et permettre la diminution de la pression accumulée à l'intérieur du dôme. C'est sympa mais c'est plutôt une maigre compensation, pas vraiment ce que j'espérer voir ce matin. D’ailleurs la photo qui suit, représente la meilleure vue que j’ai pu avoir durant toute la matinée. Du grand spectacle n’est ce pas?

Tiens, tiens, il est atypique ce bâton. Et en plus il… bouge ? Et mais… depuis quand un bâton a une gueule qui s'ouvre en laissant découvrir des crochets ? Parce que oui, l'étrange bout de bois est en réalité un serpent qui traversait tranquillement le chemin. La guide a aussi dû le confondre car elle a failli marcher dessus. Ce dernier s'est mis en position d'attaque lorsqu'elle a posé son pied juste à côté, lui arrachant un cri strident trahissant sa phobie. Une fois dépassé, il a continué sa traversée jusqu'à se poser confortablement dans un abri.

La guide me dit que si j'ai envie de le voir de plus près, je peux le prendre à la main car il n'est pas dangereux. Oui… mais non. Je n'ai absolument aucune envie de le faire, déjà pour ne pas le déranger dans son terrier et surtout car au fond de moi je suis presque persuadé qu'il n'est pas aussi inoffensif qu'elle veut bien le dire. Lorsque l'on me dépose à mon hôtel, je montre la photo du serpent à l'employé pour savoir s'il connaît un peu et si mon intuition était la bonne. Et bingo il s'avère qu'il faisait bien partie d'une des espèces venimeuses du pays, donc potentiellement dangereuses. Certes, ce n'est pas une information qui vient d'un herpétologiste, mais ça me conforte quand même un peu plus dans l’idée que mettre les mains dans un trou où un serpent s’est caché n’est pas la chose la plus intelligente qui soit.

Pour le lendemain j'ai de nouveau un guide pour aller à la Laguna de Chicabal, le site n’étant pas facilement accessible si je ne suis pas motorisé. Comme la veille, départ à 5h30 du matin lorsque les premières lueurs du jour apparaissent. Eddy, mon guide, me dit qu'il travaille pour cette agence mais qu'il refuse de faire l'excursion du Santa Maria car à 50 ans passé, il se retrouve toujours en galère lorsqu'il doit accompagner des randonneurs qui crapahutent beaucoup plus vite que lui. Il me précise d'ailleurs d'emblée que si pendant la montée, je suis plus rapide que lui, de ne pas l'attendre et que l'on se rejoindra plus haut. Et effectivement une fois arrivé le pauvre Eddy va avoir du mal à grimper. Moins d’un quart d’heure à peine après être parti, je commence à l'entendre respirer très fortement. On passe devant les Toritos, des gros pick-up de style safari avec des pneus énormes et d’immenses cornes montées sur le pare choc avant. Eddy me demande si je veux en prendre un ou alors monter à pied. La question ne se pose pas et il me dit de continuer seul avant de me retrouver un peu plus haut. Pour l'instant je marche sur une sorte de route pavée, pas très agréable vu que les pierres sont inégales mais surtout bien glissantes avec l'humidité de ce début de matinée.

J'arrive au niveau d'un terrain de foot, et cinq gamins du village tapent dans un ballon. Je ne sais pas si parmi eux se trouve le prochain Messi, mais pour leur jeune âge ils gèrent plutôt bien. Eddy arrive et nous entamons directement la deuxième partie, celle qui s'enfonce peu à peu dans la forêt. On rattrape sur le chemin plusieurs familles en tenue traditionnelle qui montent elles aussi pour atteindre le bord du lac et prendre part à une cérémonie. Et ça grimpe dur. Certaines petites mamies d'au moins 70 ans impriment un rythme de malade ! Il y en a même une qui me propose de faire la course et me garantit, avec un immense sourire, qu'elle va l'emporter haut la main. Ça sent le défi ! Au moment d'accepter pour le relever, Eddy se manifeste en disant que le plus important est de profiter de la nature qui nous entoure. Il n’avait vraisemblablement pas envie de courir dans cette montée. C'est ça la véritable voix de la sagesse !

Il faut au moins une bonne demi-heure pour arriver jusqu'en haut. La mamie ayant bifurqué sur un autre sentier, personne ne saura jamais l'issue de ce choc des générations. Nous ne sommes qu'à 2700 mètres d'altitude, mais avec la forêt qui recouvre intégralement le volcan l'humidité est importante et il n'est pas rare que le brouillard prenne possession du volcan. Depuis le mirador, il est quand même possible d'apercevoir le Santa Maria et le Caliente fumant vers l'Est.

C’est certainement ce qu’il devait se produire hier mais bon… Au moins je l’aurai quand même vu même si ce n’est que furtivement. Aujourd'hui le temps est totalement découvert même mais au final je n’ai pas trop de regrets car très rapidement les nuages arrivent et englobent l'ensemble des sommets visibles depuis ma position. D’ici, et lorsque l’on se retourne, on a une vue plongeante sur le lac qui occupe le fond du cratère, entouré par une forêt très dense.

Arriver jusqu'au sommet ne constituait pas l'objectif de la matinée, mais seulement une étape avant la descente finale pour atteindre le bord du lac. Pour y accéder, il faut s'enfoncer dans la végétation et suivre un escalier d'environ 620 marches. Lorsque l'on atteint le lac, un événement très localisé survient et donne à l'endroit une atmosphère mystique : par alternance, la brume pénètre dans le cratère, passe au-dessus de l'eau et remonte, le tout en quelques minutes.

Il est interdit de se baigner dans le lac car il a un caractère sacré pour les Mams (un des peuples Maya) vivant dans cette région. D'ailleurs le lac est bien plus célèbre que le volcan en lui-même. La légende raconte que le lac était agacé car les habitants ne le considéraient pas comme il pensait le mériter. Ils s'y baignaient et y lavaient leurs vêtements. Devant ce manque de respect, il décida un jour de partir laissant toute la communauté sans eau. Entendant les prières des anciens, le lac prit la décision de revenir mais cachée au cœur du volcan. Une nuit, un fort tonnerre signala que le lac était revenu, apparaissant à la stupéfaction générale au fond du cratère jusqu'alors inoccupé. C'est d'ailleurs de cette légende qu’il tient son nom, Chicabal signifiant "où il tonne avant qu'il pleuve" en Mam.

Les descendants Mayas ne sont pas les seuls à venir ici pour des cérémonies ou des prières car en faisant le tour, on aperçoit plusieurs autels cérémonieux sortant de terre. Dans la croyance maya, le lac est le centre spirituel de la création du monde et serait hanté par des nahuals, créatures mythologiques, mi-homme mi-animal, capables de faire le bien ou le mal. Mais certains autels sont attribués à des courant religieux bien plus récents car il y a aussi des évangélistes et quelques catholiques venant ici pour partager des chants et prières.

Il y a justement un groupe de jeunes filles en train de prier à coté de plusieurs croix faites de bois et de fleurs. Eddy les rejoint et me présente comme son pote français. Elles ont l'air plutôt gênées de son intrusion, et j'avoue que je suis aussi mal à l'aise, même s'il essaye de faire le lien car il tient vraiment à ce qu'elles me parlent. Du coup pour faire connaissance j'ai le droit à une question quelque peu surprenante, disons même que je n'avais jamais imaginé que l'on puisse demander ça à un inconnu avec qui on voudrait entamer une conversation : "Toi, tu es évangélique ou catholique" ?

"Et bien en fait, je ne suis ni l'un ni l'autre". C'est maintenant à leur tour d'être plus que perplexes devant ma réponse. J'imagine bien l'effet que cette question puisse faire lors d'une première approche pendant une tentative de drague, il faudrait que j'essaye de tester ça un jour ! Après cette discussion ô combien étrange, pour remonter il faut donc se retaper les marches mais cette fois ci dans l'autre sens. Autant en descendre plus de 600 ne représente pas vraiment un challenge, mais les remonter ça ne plaît guère à notre Eddy.

Pas relou pour un sou, il me redit de partir devant et lui va finir tranquillou. Sur le chemin on repasse devant le terrain de foot avec beaucoup plus de petits en train de jouer qu'à l'aller. Eddy a l'air de connaître tout le monde dans le village, il parle à chaque personne que l'on croise et comme avec les filles précédemment, dit aux gamins que je veux jouer avec eux. Incroyable ! En fait ce type n'est pas seulement un guide mais un entremetteur, plutôt efficace je dois avouer. Si vous avez du mal à rencontrer du monde, faites-moi signe que je vous passe son numéro !

Après 14 ans de foot à mon actif, c'est toujours une remise en question lorsque je me prends une véritable raclée par des gamins d'à peine 12 ans qui enchaînent les petits ponts et les gris-gris comme leurs idoles à la télé. Sale temps pour le vieux que je suis devenu en quelques minutes…

Sur le chemin du retour j'en profite pour demander où il est possible de se procurer une plaque d'immatriculation guatémaltèque, celle-ci étant plutôt jolie avec la représentation de la pyramide de Tikal dessus. Il me répond que ça risque d'être difficile car elles sont soumises à des restrictions. Mais sans se laisser démonter il me dit qu'il peut me donner la sienne il faudra juste qu'on passe chez un de ses amis pour la démonter. Le problème c'est que si les flics le chopent, il risque de prendre une belle amende. Je laisse tomber l'affaire, déjà qu'il doit gagner quelques clopinettes en tant que guide alors si c'est pour que les flics lui tombent dessus... Surtout qu'ici ce n'est pas vraiment comme notre police municipale. Les Kangoo sont remplacées par des pick-up remplis d'une dizaine de mecs en treillis militaires avec leurs fusils d'assaut toujours à portée de main. Donc non, ce n’est définitivement pas une bonne idée qu'il a eue, mais au moins ça montre bien sa gentillesse.

J'ai vu sur internet qu'il est possible de faire l'ascension d'un autre sommet volcanique, le Cerro Quemado. Et là encore il faut un guide, non pas pour le transport mais plutôt parce que les terrains traversés appartiennent à une communauté plutôt virulente à l'égard des touristes qui posent le pied sur leur propriété, parfois n'hésitant pas à faire usage de la force. Du coup avec un guide qui donne un petit pourboire, ils sont tout de suite beaucoup moins regardant sur qui pénètrent chez eux. Après deux heures de recherche je trouve une agence avec un départ le lendemain. Il va encore falloir que je me lève super tôt mais au moins j'aurai fait le tour de tout ce que je voulais voir ici.

Sauf que dans la soirée une nouvelle va venir bouleverser mes derniers jours. Mon père en France est tombé sérieusement malade et je suis en attente des résultats. Autant dire que la nuit ne fut pas très reposante, et lorsque le lendemain arrive, la motivation ayant disparu, je ne me présente pas au point de rendez-vous. Durant les deux derniers jours, le moral totalement en berne, ma seule activité consiste à rester dans ma chambre dormir et de temps en temps sortir, histoire de remplir mon estomac. Les nouvelles qui me parviennent au fur à mesure ne sont pas super rassurantes, et je commence à envisager qu'il va falloir mettre un terme à mon voyage et rentrer en France le plus rapidement possible.

Avec le recul, ça a été évidemment les deux jours les plus pénibles que j'ai eu à vivre durant ce voyage, ne sachant pas ce qu'il allait se passer pour moi mais surtout pour lui. Pourtant un matin de bonne heure, je décide quand même de me rendre au terminal et de prendre la route un peu plus vers l'ouest histoire de me changer les idées et de ne pas rester dans la spirale négative dans laquelle je me trouve et qui me ronge.

Direction donc le département de San Marcos situé à seulement quelques dizaines de kilomètres de là, pas très loin de la frontière mexicaine, pour m’attaquer au plus grand de tous les géants guatémaltèques, en espérant avoir de la chance niveau météo pour pouvoir profiter et ne pas trop galérer à monter.

9

Les transports au Guatemala (et dans les trois autres pays voisins que j’aurai la chance de visiter plus tard qui sont le Honduras, le Salvador et le Nicaragua) sont une expérience incontournable à vivre. Que ce soit en collectivo, bus, ou chicken bus et à condition d'être patient, le trajet ne coûte rien. Malgré la lenteur et l'inconfort, il ne faut jamais attendre très longtemps avant qu'un bus s'arrête et nous embarque. Ma préférence va, sans contestation possible, aux chicken bus.

Ce sont d'anciens bus scolaires américains d’une dizaine d’années plus aux normes là-bas et avec un kilométrage très important qui sont donc mis hors service par les gouvernements. Même s’ils sont considérés comme morts au pays de l’oncle Sam, certains pays d’Amérique Centrale leurs offrent une autre chance et même une seconde jeunesse. Des chauffeurs voyagent généralement jusqu’aux états frontaliers avec le Mexique et, après avoir acheté les bus aux enchères aux alentours de 2000 $, sont chargés de les ramener jusqu’au Guatemala. A raison de 10 heures de route chaque jour pendant quatre jours, ils arrivent au pays pour passer entre les mains de mécaniciens, carrossiers et de peintres. La première étape est de changer le vieux moteur et de le remplacer par un moteur de camion bien plus puissant pour affronter les routes de montagne. En plus d’une peinture toute nouvelle et très voyante, est également installé un porte bagage sur le toit, un lecteur CD avec de puissantes enceintes et un très gros klaxon. Comme la conduite se fait au klaxon c’est presque l’élément le plus important du bus.

Mais l’intérieur n’est pas en reste car les chauffeurs personnalisent l’espace de conduite : objets religieux, guirlandes lumineuses, autocollants et messages à la gloire du Seigneur et de Jésus etc…

Le bus a un propriétaire mais engage un équipage 14h par jour et 7/7. Composé d’au minimum deux, parfois trois personnes, ils sont payés pour un nombre de voyages entre un point A et un point B. S’ils font davantage de voyages alors tous les bénéfices vont directement dans leurs poches après partage. C’est pour ça qu’on ne traine ni en route, ni pendant les rotations.

Pendant les trajets, comme un ballet ininterrompu, les vendeurs et vendeuses montent et descendent sans cesse. Ici tout s'achète pour une misère : boissons, sucreries, chips, jus maison dans un sachet plastique, bière etc... Ce sont des hôtesses de l'air ambulantes qui attendent sur le bord de la route et dans les terminaux pour aller de bus en bus. Le seul hic, n'ayant pas de poubelles à bord, les déchets sont jetés par la fenêtre directement dans la nature.

Pour nous Européens, c’est un comportement plutôt choquant mais il faut se dire que ce sont des générations qui n’ont jamais été sensibilisé à l’écologie, même si la génération actuelle commence à en prendre conscience.Même en parcourant les bus du matin au soir, je me demande comment ils peuvent rentrer chez eux avec suffisamment pour nourrir leur foyer. Tel des contorsionnistes, même quand il n'y a plus d'espace, ils arrivent toujours à se faufiler avec brio tout en portant à bout de bras leurs poches ou bassines remplies à ras bord.

Les chicken bus sont donc souvent ultra colorés, parfois pimpés à l'extrême mais toujours porteurs de messages religieux les protégeant, eux, mais surtout leurs passagers. Lorsqu'ils circulent dans des régions rurales, ils embarquent des paysans en compagnie de leurs poulets ou parfois d’autres animaux qu'ils vont vendre aux marchés, d'où leurs noms. Les banquettes sont conçues initialement pour accueillir 2 ou 3 élèves. Sauf qu'ici on est plutôt sur du trois adultes par banquette, et vu la corpulence moyenne des Guatémaltèques, c'est parfois un voyage très tactile. En général, comme ils ne sont pas très grands, ils ont assez d'espace pour leurs jambes. Seulement moi, 1m85, je me suis souvent retrouvé entre deux bons vivant mais surtout avec les genoux qui rentraient dans le siège de devant, quand le dossier de ce dernier n'était pas en bois…D'autres les surnomment "Coffin Bus", faisant allusions à la conduite quelque peu sportive des chauffeurs.

Une route de montagne mouillée avec des virages serrés, une longue file de voiture et de la brume ? NO HAY PROBLEMA ! Le pied au plancher et sans clignotant, le bus déboîte dans un nuage de fumée d'échappement noire et remonte toute la file sans aucune visibilité. Quand un véhicule arrive en face, l'ayudante qui est là pour faire payer ou prévenir le chauffeur des arrêts, sort par la porte, siffle pour que le véhicule dépassé freine et laisse assez d'espace pour se rebattre. Mais la bonne nouvelle : on s'y habitue très vite vu comment les mecs maîtrisent leurs véhicules ! Tout marche à la perfection car le système est bien rodé.

En prenant ces bus, le risque de passer un trajet pénible à cause de l'inconfort est bien réel mais c'est aussi à l'intérieur que les situations les plus inattendues surviennent. Ainsi durant mes trajets au Guatemala, Salvador, Honduras et Nicaragua j'ai pu :

  • écouter et "danser" sur du reggae avec un rasta et tous les autres au fond d'un bus bondé
  • parler, pendant que le bus roulait, avec un mec voyageant dehors sur l'échelle
  • dormir sur mon sac par terre dans un coin avec la moitié du corps sous un siège
  • lire par dessus l'épaule de mon voisin la bible (juste un peu) qu'il tenait dans ses mains
  • rencontrer des cow-boys, des Mayas ne parlant pas espagnol mais communiquant avec des signes
  • goûter des spécialités parfois affreuses, parfois non, et acheter des gadgets tout nazes qui n'ont jamais marché
  • partager le siège du chauffeur par manque de place à l'intérieur
  • assister à des sketchs d'ados grimés en clowns pour gagner quelques centimes
  • être assis juste à côté d'un trou dans le plancher du bus laissant entrevoir la route au travers
  • avoir eu plusieurs fois mon âme sauvée grâce à des prédicateurs hurlant la parole de Dieu dans le couloir
  • être assis avec un poulet sur les genoux car mon voisin n'arrivait pas à le garder dans ses bras
  • voyager sur le marche pied en compagnie de trois autres gars, toujours par manque de place
  • flipper parce que le bus ne se rabat pas alors qu'un camion arrive en face
  • voir des gens faire le voyage sur le toit en compagnie des bagages, encore une fois par manque de place

A ce jour, avec près de 26 000 km de bus cumulés dans les différents pays d'Amérique Latine, j'ai eu la chance de n'avoir eu que très rarement peur (coucou la Bolivie…) mais le Guatemala c'était quand même vraiment à part. A chaque trajet tu peux te dire - "Putain, mais c’est pas possible, il ne va quand même pas faire ça ? Ah si…".

Bref, c'était tellement cool et surprenant à vivre, et encore plus à se remémorer en l'écrivant, que malgré la longueur, la poussière, la chaleur et l'inconfort des trajets, ça a été une de mes expériences de voyage préférées, tous séjours confondus. Et si un jour je retourne dans ces pays, alors ça sera avec un plaisir certain que je remonterai dans un de ces bus flippants et pourris mais avec à l'intérieur une ambiance qui, je pense, est difficilement retrouvable ailleurs (surtout celle rencontrée au Nicaragua) !

10

Pour rejoindre le département voisin depuis Xela, il faut trouver le bon bus au "terminal". Vu le nombre de bus stationnés, et qui desservent tout le pays, cela ne semble pas si simple que ça pour trouver celui qui va vers San Marcos. En réalité, ce n'est pas très difficile car chaque bus a un crieur/rabatteur si bien que dès mon arrivée dans la zone, trois me sautent dessus. Aucun pour ma destination, mais ils me montrent dans lequel je dois monter. Il est déjà en train de rouler et quand je fais signe, l'ayudante saute, prend mon sac sur ses épaules le temps de monter à l'échelle pour le placer au-dessus du bus.

Comme les banquettes sont conçues pour deux enfants et qu'en plus le bus est bondé on se retrouve à trois adultes par banquette. Plus de place ? Pas de problème ! Dans l'allée les strapontins se déploient et on est maintenant sept par rangées collés serrés. Quand tu es au fond du bus et que tu veux descendre, avec aucun espace dans l'allée, il vaut mieux s'y prendre bien à l'avance pour remonter tout le couloir et descendre à l'endroit souhaité.

Durant le trajet d'à peine 45 km, mais qui va durer quand même pas loin de 2h, je me retrouve coincé entre deux personnes au milieu d’une banquette. A ma droite, un homme d'une certaine corpulence chante en faisant de grands mouvements de tête et bougeant les épaules au rythme de la musique qui sort du haut-parleur, plutôt qui est hurlée vu le volume frisant celui d’un concert. Alors qu’à ma gauche c’est un jeune lycéen qui s’est assis et qui va passer son temps à s'imprégner de la parole divine en lisant la Bible. Si on devait faire la comparaison avec une boîte de nuit, l’expression « deux salles, deux ambiances » prendrait pleinement son sens.

Après un trajet aussi serré qu'agréable, le bus arrive à San Marcos mais ce n'est pas là que je veux descendre. Je veux aller jusqu’au petit village de Tajumulco au pied du volcan du même nom. Il faut donc que je trouve le bon endroit pour descendre et prendre un autre bus qui va s'enfoncer dans la montagne. Au moins dans celui-là, il y a suffisamment d'espace pour chacun.

Je sonne et un vieil homme arrive pour m'ouvrir. Il s'agit de Don Abigail, qui semble être le doyen et la figure locale la plus importante. Pas de problème, il y a de la place. C'est un peu particulier parce qu'il n'y a qu'une petite couverture pour se protéger du froid qui est déjà saisissant à l'intérieur même de la pièce. Le plus déroutant se trouve dans la salle de bain, car pour obtenir de l'eau chaude, il faut faire une manip quelque peu étrange et pas vraiment intuitive.

Depuis que je suis au Guatemala, l'eau chaude a été un luxe. Mis à part dans la jungle du nord où ce n'est pas vraiment un problème, il faut souvent se contenter d'une eau au mieux tiède. Après, il faut aussi que j’avoue avoir toujours privilégié des tarifs très bas pour les logements, au final je n'ai eu que ce que je méritais. Vu l'isolement plein milieu de la montagne, je me suis préparé à avoir froid sous la douche. Mais du tout, le Don me montre comment il faut procéder si je veux me réchauffer. Il suffit de laisser couler l'eau, puis que enlever un carreau derrière lequel se trouve une sorte de disjoncteur que je dois actionner pour que l'eau devienne brûlante. Ce ne sont pas vraiment les mêmes normes sécuritaires que chez nous, mais ça fonctionne super bien.

Pas le temps de trop m’attarder et après un petit tour dans le hameau pour acheter quelques provisions pour le lendemain, à 21h30, le papy est au lit. Pour avoir une chance d'atteindre le sommet avant qu'il ne soit entièrement englobé dans les nuages, il faut partir de bonne heure pour espérer être en haut au plus tard vers huit heures. Le réveil à 4h30 est assez brutal et moins d'une demi-heure plus tard je pars à la recherche du sentier.

Le Tajumulco est peu connu des touristes car il est isolé de tous les autres points d'intérêt du pays. Avec ses 4220 mètres, il s'agit du point culminant du Guatemala mais il est généralement admis, si on exclut le Mexique, qu'il est également celui de l'Amérique Centrale. Même s'il se trouve en pays tropical, il neige parfois en haut. C'est d'ailleurs le Tajumulco qui détient le record national avec des chutes de neige avoisinant les 20 cm.

Heureusement, je n'ai pas l'impression que ça soit au programme aujourd'hui. Son ascension ne présente pas de difficulté particulière et depuis l'hôtel il faut environ trois heures de marche pour atteindre le cratère sommital. Il fait encore nuit quand je pars, et je me repère à l'aide d'une frontale pour trouver mon chemin. Le Don m’avait dit qu'il fallait que je fasse attention aux chiens errants se baladant en meute dans le village. Au milieu de la route, ils sont bien là pour m'accueillir. Je ne fais pas trop le malin car ils sont au moins huit et j'accélère le pas pour ne pas qu'ils me repèrent et me suivent. Pas de bol, ils viennent tous vers moi en aboyant mais sans être trop agressifs et en gardant leurs distances. Tout en leur faisant face, je continue d'avancer à reculons sur le chemin jusqu'à ce que le dernier se lasse et finisse de me suivre pour faire demi-tour.

Le parcours consiste à suivre un sentier qui passe dans un petit hameau toujours endormi, puis qui longe une forêt, des champs et finalement s'engouffre dans un gigantesque éboulis dans la partie finale, bien évidemment la plus difficile. Une heure après avoir commencé à marcher, le soleil pointe le bout de son nez et commence à réveiller la nature autour de moi, dissiper les quelques nappes brumeuses ici et là et surtout à me réchauffer.

Même si je ne suis pas encore très haut, la vue commence à bien se dégager et je commence à pouvoir discerner les nombreux sommets de la Sierra Madre de Chiapas, la chaîne de montagnes commune au Guatemala et au Mexique. Je continue à progresser alternant des passages découverts et d’autres dans les bois pendant une heure. Au détour d'une clairière, le sommet de couleur ocre apparaît. Je ne suis plus qu'à quelques dizaines de minutes.

Le calme qui règne sur les pentes de ce volcan n'est troublé que ponctuellement par des tirs de chasseurs. D'ailleurs ils semblent se rapprocher de plus en plus alors que je m'enfonce dans un terrain boisé, et je ne suis que moyennement rassuré. Si les chasseurs du coin confondent randonneurs, cyclistes ou même surfeurs sont comme ceux que l'on a la chance d'avoir en France, c'est vraiment un mauvais endroit pour une balade matinale. Au final rapidement les tirs cessent et en sortant du bois, j'arrive sur une crête qui mène directement au pied de l'éboulis.

Depuis cette position j'ai une vue sur le volcan Tacana et le Mexique d'un côté, et sur toute la chaîne des volcans guatémaltèques de l'autre. Juste avant de m'engager dans l'éboulis, je remarque qu’il y a une sorte de mini cabane blanche dans un renfoncement du chemin, protégée par une paroi rocheuse. Il s'agit en fait de la première stèle du chemin de croix représentant la dernière marche de Jésus jusqu'à sa descente de la croix après sa crucifixion. Cette dernière étape se trouvera tout en haut et matérialisera le sommet. Je ne sais pas si c'est un présage de ce qui m'attend mais je suis content de ne trimbaler que mon sac déjà bien rempli sur les épaules. Ici et là, quelques fleurs, bougies ou objets divers servent d'offrandes et décorent ces monuments. Il faut vraiment être motivé ou avoir une foi solide pour décider de monter déposer des fleurs là-haut.

J'ai bien fait de partir si tôt car pour l'instant il n'y a aucun nuage à proximité du sommet. Mais ce n'est pas une raison pour traîner car avec le vent qui commence à souffler fort, certains reliefs voisins commencent à être partiellement cachés par une mer de coton.

Cette partie de la montée est assez pénible, il faut souvent escalader de gros rochers pour suivre le chemin qui zigzague à flanc de montagne. Jusqu'à maintenant je n'ai toujours pas croisé âme qui vive, du coup je redouble de prudence car glisser et m'exploser un genou sur un des rochers serait peu enviable vu la densité du trafic par ici. Il me faut environ 35 minutes pour enfin arriver sur le plateau du sommet. Le cratère se trouve sur l'autre face et est surmonté d'une petite croix blanche, l'étape finale. D'ici le paysage est sensiblement le même que celui visible depuis la crête, à la différence que je distingue vaguement en face de moi l'océan Pacifique.

Depuis le sommet j'ai une vue à 360°. Devant, et en-dessous de moi, s'étend une timide mer de nuages. Depuis la croix, je surplombe le cratère qui n'a pas une taille si impressionnante, car il doit faire seulement une cinquantaine/centaine de mètres de diamètre. Il y a un chemin qui permet d'en faire le tour, en descendant jusqu'à atteindre la face où un effondrement a eu lieu. La descente est plutôt raide et le sol est assez inégal. Je marche sur un revêtement instable, fait de milliers de fragments de roche pulvérisée durant la période active du volcan. Quand j'arrive au point le plus bas du cratère, je ne m'octroie qu'une toute petite pause. Les premiers gros nuages gris chargés de pluie arrivent à ma hauteur et ce n'est qu'une question de temps avant que le paysage que j'ai devant les yeux se transforme en un épais brouillard. En plus je n'ai absolument aucune envie de subir la descente au milieu des rochers, ne voyant à même pas trois mètres devant. Juste avant de redescendre, je croise une famille qui a l'air aussi étonnée que moi, de trouver quelqu'un ici. Je n’ai seulement croisé que trois personnes aujourd'hui, et ça fait un bien fou de se retrouver seul dans un environnement pareil. Vingt minutes plus tard, je me retourne pour constater que le sommet est maintenant totalement masqué, c’était moins une ! Il me faut encore une heure et demie de marche pour retourner à mon point de départ.

Petite parenthèse mythologique. Comme pour beaucoup de volcans, une légende est rattachée au Tajumulco ou « Chman » en langage Mam. Selon cette dernière, le Tajumulco est l'endroit où toute la vie de la région a vu le jour. Au commencement du monde, le volcan décida de cacher un certain nombre de choses pour les garder et les protéger. Un jour, les anciens remarquèrent qu'un oiseau ressemblant à un pic-vert entra dans le volcan lorsque personne ne faisait attention pour en extraire du maïs. Ils le suivirent jusqu'à tomber sur un énorme rocher qui bloquait le passage, qu'ils cassèrent. Les premières choses qu'ils ont extraites du volcan étaient du maïs, des haricots, des animaux, l'eau, l'air, des piments, des marimbas (sorte de xylophone), des pommes de pin, des jarres, du bois, des masques, des habits de danses traditionnels et le feu. C'est pour cela que le nom indigène du volcan est Chman signifiant "Cœur de treize choses".

De retour dans ma chambre, je reteste le système quelque peu atypique de la douche mais manque de chance, cette fois-ci le fusible a dû sauter. Douche froide, au sens propre comme au figuré. Le proprio m'a laissé un mot dans la chambre pour me demander, en raison de son absence, de laisser l'argent pour le règlement de la nuit dans le tiroir. C'est quand même plutôt rare de faire confiance aux autres personnes de cette façon dans notre monde actuel !

Les bus pour me ramener à San Marcos passent environ tous les trois quarts d'heure directement devant les grilles de l’hôtel. C’est le jour du marché dans le seul village qu'il faut traverser avant San Marcos. Il est installé en partie sur les trottoirs au bord de la route principale, mais quelques petits stands sont aussi à cheval sur la chaussée. Il n'y a suffisamment d'espace que pour le passage d'un bus, et lorsque deux se croisent, ça devient mission impossible. La situation doit souvent se produire car les gens savent comment résoudre le problème. Ils descendent du bus, soulèvent les différents stands pour les déplacer le temps que le bus puisse passer et les remettent à leur place. Rapidement, ils remontent pour terminer le trajet, le tout sans jamais s'énerver.

Lorsque j'arrive à San Marcos, je n'ai aucune idée de l'endroit où je dois descendre. Evidemment mon choix n'est pas encore le bon. Il faut que j'attende un autre bus pour m'amener en réalité à San Pedro là où il est plus facile de trouver des hôtels bon marché. À l'arrêt de bus, j'attire un peu l'attention avec le gros sac à dos, mon visage pâle et mes fringues qui ressemblent à celles d'un mec qui descend tout droit de la montagne. Je sympathise avec un groupe de jeunes à proximité qui attendent eux aussi le même bus et je décide de les suivre car ils connaissent un hôtel qui a l'air plutôt sympa. Une fois devant l’hôtel, des mecs en costard cravates avec de petits porte-documents sortent. Euh... il doit y avoir une erreur, je n'avais pas dit que je voulais un hôtel super chic.

En arrivant avec mon gros sac à dos et en pantalon de rando, le réceptionniste a dû se dire la même chose. C'est un deux étoiles et c'est la première fois que je rentre dans un hôtel de ce type pendant mon séjour. Je n’ai pas trop d'espoir mais j'attends de connaître le prix pour savoir si je reste ou pas. Verdict : 12€ la nuit, je reste ! Avant je demande quand même s'il y a de l'eau chaude, pour être bien sûr et ne pas avoir de mauvaises surprises. La question a l'air bizarre pour l'employé que j'ai en face. C'est plutôt bon signe.

Mon estomac gargouille de plus en plus et j'ai une fringale d'enfer. Comme le groupe va aussi manger, il me propose de les accompagner et je vais tester le Pollo Campero, le KFC local. Un bon poulet industriel et excessivement frit. Bon app ! J'en profite pour leur demander s'il y a des choses atypiques à faire dans le coin et ils me disent que si je veux ils vont peut-être aller à des thermes le lendemain matin. Intéressante cette idée, mais le lendemain, à l'heure de prendre un mini-bus, il n'y a personne au rendez-vous. De toute façon, seul ou pas, me détendre après la rando d'hier dans un bassin chaud ne peut pas être une mauvaise idée.

Juste avant que le bus arrive Jenny, l'une des trois se montre au point de rencontre. Les thermes sont composés de plusieurs bassins d'eau plus ou moins chaude et d'un sauna. Ils sont complètement perdus en pleine nature ; les bassins offrent une vue sur une vallée où une rivière s'écoule en contrebas, le tout dominé par des montagnes entièrement recouvertes de végétation. Passer du temps dans les bassins est relaxant et je sens que musculairement j'en avais un peu besoin. Le sauna n'est par contre pas du tout une partie de plaisir, n'étant pas déjà un grand fan lorsque j'en avais testé en Finlande, mais dans un climat chaud et tropical c'est encore pire.

Pour retourner en ville, on attend sur le bord de la route qu'un bus passe mais un c'est un pick-up qui arrive en premier, s'arrête et nous embarque à l'arrière. Arrivé près du centre, le pick-up se retrouve coincé dans des embouteillages et en voulant repartir, le moteur s’arrête net. Impossible de le redémarrer. Une flic arrive à notre hauteur et se met à me crier dessus pour que je descende et pousse la voiture. Je suis très surpris car je n’ai même pas eu le temps de comprendre ce qu'elle me voulait. Cette fin de matinée est nettement moins reposante finalement…

Après plusieurs invectives, je pousse de toutes mes forces l'énorme et super lourd véhicule. La rue étant en plus en pente, évidemment le tas de ferraille sur roue ne bouge pas d'un pouce. Le miracle se produit et le chauffeur arrive à redémarrer et à repartir en trombe. C'est en courant derrière le pick-up et en entendant de nouveau la flic hurler, que j'arrive à remonter dedans. Je ne sais pas si cette femme était vraiment énervée ou si c’est comme ça qu’elle communique avec tout le monde, mais si c’est la deuxième option, elle ne doit pas s’ennuyer dans sa vie quotidienne !

Pas très loin de San Marcos, sur les contreforts du Tajumulco, se trouve un sanctuaire où il est possible de voir des quetzal, visible sur le drapeau et symbole national. C'est un petit oiseau vert avec des plumes rouges sur le ventre, facilement reconnaissable grâce aux très longues plumes au niveau de la queue pouvant faire le double de sa taille. Il vit dans des milieux humides mais est extrêmement difficile à observer. Ils sont peu nombreux et craintif donc il ne faut faire aucun bruit si on veut en apercevoir voir un. On peut suivre un parcours pour monter sur un sommet et redescendre par l'autre versant. Tout le chemin se trouve dans une forêt dense mais aujourd'hui, je n'ai même pas une plume à me mettre sous la rétine. Pas grand-chose à voir en termes de paysages mais des oiseaux, des papillons ou même un gigantesque mille-pattes noir et jaune fluo se montrent… C'est en fait un iule, un arthropode qui a un corps composé de segments et ces derniers portent chacun deux paires de pattes. Dans la nature tout ce qui est de couleur vive est un avertissement pour dire qu'ils sont toxiques, mais pour cette bestiole, ce n'est pas du tout le cas.

Le périple au Guatemala touche bientôt à sa fin et je dois rentrer en France. C'était un retour prévu dès le départ car c'est le mariage d'un de mes potes. Des chicken bus font le voyage jusqu'à Guatemala City, mais c'est extrêmement long. Il existe une autre façon, plus chère, qui consiste à prendre un shuttle privé depuis Xela. Le matin du départ, je reçois un appel pour me prévenir qu'il y a un blocage généralisé du pays et qu'il est impossible pour le moment de sortir de la ville. Le chauffeur me dit que le départ est différé en début d'après-midi. Pas de stress, mon vol n'est que le lendemain à 6h du matin. À 15h, le chauffeur passe me prendre et me voilà en compagnie d'un Australien, de deux Canadiennes, de deux Allemands et d'un autre Français. Mais c'était trop beau et à peine 10 km sur la Panaméricaine, un blocage et énorme embouteillage a lieu. Le chauffeur décide de faire demi-tour et nous ramène sur la place principale. Il y aura un départ dans la soirée, mais comme les autres doivent s'arrêter avant à Atitlán, je dois prendre une correspondance, mais… cette dernière étant déjà partie, la prochaine n'est pas avant le lendemain matin. J'appelle la compagnie aérienne pour savoir si je peux changer ma date au surlendemain. Ouf je peux le faire ! Mais il va falloir que je débourse 1200 dollars. Soulagement de courte durée et ça sent plutôt mauvais pour mon vol...

J'en discute avec Jenny restée à San Marcos et elle me dit que son cousin peut passer me prendre dans la soirée et m'amener jusqu'à l'aéroport pour que je puisse prendre mon vol en temps et en heure. Bien évidemment moyennant finance, mais entre payer 65 ou 1200 $, le choix est vite fait. Vers minuit, Jenny et César sont là et on est parti pour 4 heure de route jusqu'à la capitale. Pas de barrage ou de policiers sur le chemin, César met la gomme car il doit faire l'aller-retour dans la nuit pour pouvoir retourner au boulot le lendemain matin. C'était assez inespéré et je me voyais déjà devoir repayer un billet d'avion pour pouvoir rentrer mais comme le dit si bien le panneau géant que l'on croise à l'entrée de Guatemala City : « Crois au Seigneur Jésus Christ et tu seras sauvé, toi et ton foyer ». Après une escale de quelques heures à Miami, me voilà de retour en France. La prochaine destination d'Amérique Latine sera l'Equateur pour aller rendre visite à Valentin, mon pote du lycée que je n'ai pas revu depuis déjà presque deux ans.

11

A l'image de ma dernière galère, mes semaines à travers le Guatemala n'ont pas été de tout repos, alternant le très bon, le moins bon, le drôle et l'ennuyeux. Même si la première moitié du séjour a eu lieu dans des hauts lieux touristiques du pays, en s'écartant un peu dans des endroits moins connus, un deuxième visage du Guatemala ressort. Cela ne veut pas dire que le premier était mauvais, au contraire, mais évidemment dans un lieu touristique, les rapports entre les locaux et les voyageurs sont différents. Cela dit, au travers de mes rencontres, j'ai toujours trouvé les gens avenants, souriants et prêts à aider avec bienveillance. Je garderai comme images du Guatemala ses paysages incroyables, ses volcans bien sûr mais aussi ses lacs et ses sites chargés d'histoire précolombienne ou coloniale. Peu importe les centres d’intérêt de quelqu'un arrivant ici, il y en pour tous les goûts. Vu le nombre d'endroits que je n'ai pas eu le temps de découvrir, ou pas voulu pour des raisons de transports ou climatiques, c'est avec un plaisir que j'imagine revenir pour les découvrir, ou en redécouvrir d'autres en espérant qu'ils soient un peu moins brumeux. Rien que venir ici et vivre l'expérience d'un trajet de bus vaut le coup, alors mêler ça à tout le reste évoqué précédemment... quiconque se risquant à venir ici, devrait repartir ravi !

Dernière chose concernant la violence. C'est souvent elle qui est mise en avant dans divers reportages ou documentaires traitant du Guatemala. A notre époque, parler de meurtres, drogues et criminalité ça fait vendre... Elle existe bel et bien, mais dans la très grande majorité des cas, et malheureusement pour eux, elle ne touche que les locaux. Alors toi, le gringo de passage dans le pays pour des vacances comme moi, tu ne risques rien vu que tu n'as aucune raison d'aller dans les coins très chauds comme certaines zones de la capitale ou sa périphérie, là où 90% des actes de délinquances sont commis. Tous ces reportages à sensation et alarmistes ne doivent pas occulter le reste : un pays touristique, avec maintenant de bonnes infrastructures et pas plus risqué que le voisin mexicain, le poids lourd en matière de tourisme. Le voyageur, s'il suit des règles logiques et les conseils des locaux sur les endroits à éviter, ne risque pas grand-chose à part des petits délits comme des arnaques, vols… En bref : il faut se sortir les idées reçues de la tête, s'acheter un billet, boucler son sac à dos et profiter pleinement de cette pépite centraméricaine !