Carnet de voyage

Escal' à 2 roues

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B
Bruno Sourzac
Deux vélos, du matériel d'escalade, des petits coeurs qui volent et plein de temps devant nous !
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Publié le 8 mai 2022

Et voilà, deux zozos en vacances ! ... "encore des vacances ?!" allez vous nous dire ! Non, mais cette fois, c'est pour de vrai ! Les graaaanndes vacances, voyez vous ?!

"Escal' à 2 roues", c'est deux vélos, deux paires de mollets, plein de bazar pour camper, grimper et réparer, des petits cœurs qui volent partout et plein plein plein de temps devant nous !

Tente, pinceaux, doudounes, chaussons d'escalade, réchaud, gants, corde, rustines, culottes, appareils photos, lunettes, buffs, sacs de couchage, liseuses, mousquetons, stylos, polaires, frontales, bols, casques, t-shirts, inreach, casserole, sac à pof, carnets, shorts, tapis de sol, tournevis, chaussettes, crème solaire, bonnets, palette d'aquarelle, casquette, pompe...

Voilà le nouveau jeu de ces jours ci : Faire rentrer tout ça dans 8 sacoches !

Rentrera, rentrera pas ? Réponse au prochain épisode !

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Publié le 10 mai 2022

Et voilà ! Chaque chose a finalement trouvé sa petite place dans une de nos sacoches...

Et une fois n'est pas coutume, nous sommes même prêts avant l'heure du départ !

Pour autant ces dernières heures, il a fallu faire des choix et pendant que Bruno s'allégeait considérablement en ne prenant qu'un seul slip pour tout le voyage, je m'allourdissais (considérablement !) en ajoutant encore un joli carnet à dessin et un foulard supplémentaire !

Mais chuuuut ! Il ne s'est encore rendu compte de rien...

Je me suis quand même retrouvée à aller faire les dernières courses avec dans mon sac à main la balance de la cuisine pour gagner trois grammes sur une batterie externe. C'est comme ça quand on est amoureuse d'un stacano du light !

Tant que ce n'est pas moi qu'il fait monter sur la balance, tout va bien !

Bref, résultats des courses une quarantaine de kilos pour chaque vélo chargé.

17kg de vélo et un peu plus de 20kg de bazar... Correct quand on emporte à la fois, sa garde robe, sa chambre à coucher, sa cuisine, son local à matos, sa salle de bain, son tiroir informatique et sa boîte à outils en vacances, non ?!

Pourtant j'en vois déjà un faire des bonds du fin fond de sa vallée d'Ossau ! On n'aura ni la même vitesse de croisière, ni le même dénivelé au compteur, c'est certain !

"Light is rigth !" Je la connais la chanson... et pour sûr, elle me reviendra en tête bien assez tôt !

On en reparle bientôt !


10
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Publié le 10 mai 2022

"Et rontonton, demain nous partons,

Et rintintin, nous partons demain,

Et rititi, nous voilà partis !"

Voici la formule magique qui a depuis toujours rythmé chacun de mes départs en vacances. Aussi loin que je me souvienne, à peine le portail du jardin franchi, le voyage commençait. Mon papa au volant du camion poussait la chansonnette, ma maman, le nez dans le grand atlas jaune levait les yeux amusée et moi, le sourire jusqu'aux oreilles, assise au milieu, je clamais les couplets avec joie, tellement impatiente de partir pour de nouvelles aventures !

... alors cette fois, pas de volant mais un guidon, pas d'atlas Michelin mais une carte du monde, pas de papa ni de maman mais un amoureux. Quant à ma curiosité débordante et à mon envie de partir à la découverte de la planète, je crois que rien n'a changé. L'horizon m'apparaît chaque jour toujours plus vaste.

Alors si on n'échappe pas à la traditionnelle ritournelle du départ, on pourrait ce coup-ci l'enrichir d'une strophe ou deux.

"Et rololo, nous partons à vélo,

Et rantantan, nous partons longtemps !"


Ces dernières semaines, ces derniers jours, chaque embrassade, chaque au revoir et chaque "à bientôt" maladroit ont pris des airs bien différents de d'habitude. Comme un air de nostalgie déjà perceptible à l'instant présent.

Comme une envie de nous garder avec vous et à la fois de vous sentir ravis de nous voir nous envoler, comme si nous laisser partir était gage d'histoires à vous raconter au retour ou en cours de route, comme si on se quittait vite pour mieux se retrouver bientôt !

Pour nous, comme une réelle envie de vous embarquer d'une manière ou d'une autre avec nous dans cette folle aventure.

Il faut dire que ce mois d'avril a été pour moi un tel condensé de partages, de joies de vivre, d'expériences vécues un peu partout et d'émotions fortes que laisser tout ça derrière fait tout bizarre.

Mais je sais aussi qu'en regardant de temps à autre dans le rétro, toutes ces images et éclats de rire me reviendront en tête ! Merci à toutes et tous pour vos petits mots, vos petites attentions ces jours-ci. Merci pour toutes vos bonnes ondes, on embarque un peu de vous tous dans nos bagages !

Vous pourrez donc nous suivre ici de près ou de loin, régulièrement ou non, en ayant peut-être parfois les mains mointes ou les mollets qui chauffent...

Il paraît que vous pouvez même vous abonner pour ne rien rater et surtout pour ne pas vous fatiguer à pédaler dans la semoule pour produire assez d'électricité pour arriver jusqu'ici alors qu'il n'y aurait rien de nouveau à lire.

L'humeur et la connectivité décideront de la fréquence des différents épisodes. Et n'oubliez pas... pas de nouvelle, bonne nouvelle !


12
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Publié le 12 mai 2022

Pourquoi choisir d'attaquer le périple en Grèce et pas depuis la maison ? Bonne question !

Notre idée étant de pouvoir rejoindre la Turquie pour y grimper avant que la trop grosse chaleur ne soit là, gagner quelques semaines sur le calendrier estival n'a pas de prix pour la peau des doigts des grimpeurs que nous sommes ! Perte considérable cependant pour les fabricants de magnésie.

Pour autant, prendre un avion pour aller si peu loin ne nous satisfaisait pas complètement et c'est pour une petite mission bus, bateau, vélo, bateau... que nous avons opté.

Rejoindre Milan puis Ancone avec 2 vélos et 12 bagages c'est un peu comme jouer à tetris dans une soute d'un Flixbus.

Flixbus, les seuls bus équipés pour faire voyager les vélos en théorie. En pratique, c'est comme ailleurs dans le monde, tu te dépatouilles comme tu peux. Des tendeurs pour les accrocher à l'arrière et les perdre sur l'autoroute ou bien en rampant dans la soute au milieu d'une certaine de valises. Le spéléo met ses qualités à l'œuvre et en quelques minutes, on est prêt pour le depart. C'est parti pour 22h de bus.

A chaque arrêt, à notre plus grand désarroi les valises viendront s'empiler une à une sur nos belles roues (pas encore voilées) et sur nos porte-bagages (pas encore tordus !). Je me demande bien si d'ici la fin de ce trajet en bus, nos montures se seront transformées en trottinettes ou en monocycles ! Contrairement à Bruno, je ne suis une spécialiste d'aucun de ces deux engins.

Arrivés à Ancone, on se dégourdie les jambettes dans un rallye cyclo en direction du port et on saute dans un ferry à 18h30 pour un départ prévu initialement à 16h30. Comme quoi, la non anticipation c'est parfois la clé du succès ! On grimpe sur le pont et le bateau largue les amarres ! C'est parti pour 22h sur les flots !

Enfin, 22h plus tard, on s'offre nos premiers tours de pédales sur le sol grec !

Quelques kilomètres vers l'Est... 18km selon Bruno, 32 km selon le compteur, cherchez l'erreur (!). C'est comme dans les manifs... ce coup-ci, j'aurais tendance à croire le moins engagé des deux !

Et déjà la nuit est là et la faim aussi... Pour cette première soirée greque, on a droit à un accueil collector !

On vous raconte ça plus tard !

12
mai

Première soirée du voyage ou comment tester l'accueil à la mode grecque...

20h, la nuit pointe son nez et les estomacs commencent à crier famine. Grands coups de frein devant le premier bar venu. Quelques vieux sont assis là et regardent, l'air blasé, le match de foot à la télé.

Le temps d'attraper deux ou trois trucs dans les sacoches, lorsque j'arrive dans le bar, mon Bruno est déjà installé comme un roi et semble avoir déjà tapé la causette à tout le monde. Le festival peut commencer...

Deux grandes bières arrivent, offertes par ce monsieur là nous explique-t-on.

Ah... Et ben, efcharistó !

On commande ensuite une salade grecque. Notre voisin nous explique que ce qui irait très bien avec, ce serait des brochettes et des frites. Bingo, ça arrive justement. Miaaam ! Et c'est déjà réglé par ce même voisin. Ah... Efcharistó !

Le bar se remplit peu à peu. A la télé on passe du foot au basket puis re au foot. Public de toutes les générations mais exclusivement masculin.

Évidemment, on nous demande d'où on vient et où on va. Un peu gênés, on explique qu'on a de grands projets mais que pour le moment, on a roulé à peine une trentaine de kilomètres et que c'est notre premier jour ! Peu importe, on est déjà leurs héros !!

Lorsqu'on nous demande où on compte dormir ce soir, on fait un vague signe du bras pour montrer que l'on n'en sait réellement rien mais qu'en même temps ce n'est pas tellement un problème.

Le téléphone grec semble marcher à toute vitesse dans ce petit bar de pêcheurs et entre plat et dessert, deux gars nous emmène, non loin, visiter la terrasse intérieure d'un restau fermé appartenant à sa sœur où nous pourrons passer la nuit... Royal !

Efcharistó les mecs !

On enchaîne avec un gros morceau de gâteau au chocolat et une énorme part de mille-feuille offert par quelqu'un d'autre encore. Efcharistó !


Bouquet final, quand on croit le repas enfin terminé, John, sûrement le seul irlandais du Péloponése vient discuter avec nous (en français s'il vous plaît !)

Il voudrait lui aussi nous offrir quelque chose : ce sera le café ! Thank you !


Et le comble c'est que quand John nous demande ce qu'on fait dans la vie, c'est le voisin grec déjà bien renseigné qui répond en français : guides de montagne. Ben ouais quoi ?! On n'a pas gardé les cochons ensemble mais on a mangé des brochettes à des tables voisines pardi !

Alors là évidemment, la montagne, ça lui rappelle son bon copain d'école en Angleterre. Il faisait de l'alpinisme. Il était fort. Malheureusement ce dernier est mort à l'Everest en 82 avec son compagnon de cordée.

Ah oui ?

His name was Joe Tasker.

Et Bruno qui rétorque dans la seconde : Ah oui il était avec Peter Boardman, ils sont super famous !

L'irlandais n'en croit pas ses oreilles et moi je n'en crois pas mes yeux. J'ai l'impression d'être dans un bon film ! Au fin fond de la Grèce, on parle de vieux copains morts à l'Everest.


Au moment d'aller nous coucher dans notre palace, il nous reste tout le bar à remercier. Efcharistó encore et bonne nuit !

Au petit matin, c'est la propriétaire du restau où nous dormons qui nous offre café et bouteille d'eau fraîche, pas plus étonnée que ça de découvrir deux clodos sur sa terrasse ! Efcharistó et bonne journée !


Bref, une soirée comme une autre en voyage !


15
mai

Rejoindre Athènes depuis Patras nécessite d'avoir quelque tours de pédales dans son sac. Pas franchement de gros dénivelé au programme de ces trois jours puisque nous longeons la côte mais de là à parler de plat, il ne faut pas rigoler non plus ! Ce serait trop facile et puis il faut bien se mettre dans le bain...

Le bain ? Ne croyez pas que je me sois mise à l'eau mais croyez bien par contre que cela fait au moins un an et demi que je n'ai pas posé les fesses sur un vélo !

Ces deux cent cinquante premiers kilomètres permettent donc de prendre un peu la température et ce n'est pas peu dire !

Sous le soleil du Péloponnèse, il n'y a pas que les mollets qui chauffent, les fesses s'échauffent sur la selle, les épaules, les cuisses et le dessus des pieds grillent au soleil comme des merguez. Le mode bronzage cycliste est activé !

Tongs, short, lunettes et casquette, voilà la parfaite tenue des vacanciers qui pédalent, sous un soleil de plomb, le long du Golfe de Corinthe.

La pause s'impose aux heures les plus chaudes de la journée et c'est aussi l'occasion de reprendre quelques forces. Pour ces premiers jours d'efforts, il n'y a pas de secret : pour avancer, il faut manger ! Et comme on n'a pas de nourriture dans nos sacoches, la réciproque est vraie aussi : pour manger, il faut avancer !

Salades grecques et souvlakis (brochettes) font le job à merveille.

Pour le dessert, point de raisin sans pépin, on n'a pas vu une vigne aux alentours de Corinthe... cherchez l'erreur !

Avec un peu d'élan, on saute le canal du même nom et nous revoilà sur le continent (mais pas pour longtemps...)

D'Athenes, nous voguons en une nuit vers l'île de Kos puis vers Brodum.

Youpi, nous sommes en Turquie !

16
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mai
Publié le 18 mai 2022

[Quand Bruno prend la plume...]

Ce qu'on laisse...


Un balcon au sud-est, où il faisait bon boire son café au réveil, et souvent un maté au retour d’une sortie. Un endroit où "fare niente" et regarder passer le temps. Dedans, la pièce bicentenaire offrait cette douce quiétude au coin du feu. Heureusement, l'étable remisée accueillait toutes les extensions matérielles qu’on accumule au fil du temps… whish bone, bâtons, haches, kites, diapos, jumar, machine à coudre, piolets, quelques milliers de mètres de corde, des courriers, etc... Manu et Armelle m’y avaient accueilli avec toute la bienveillance qui les caractérise à un moment où je n’en menais pas large… L'art s'y était même invité au gré de l’existence sans qu’on aurait pu s'en douter !

26 ans de boutique, c'est quand même pas rien. L'école des guides, on finit par avoir des espérances… Bon, je vous rassure tout de suite, sitôt terminé mon tout premier contrat d'été, j'embarquais sur Pétrel pour traverser l'Atlantique. Destination le Brésil puis la Patagonie pour ce qui allait devenir une véritable addiction.

Tout jeune guide, mes qualités d'enseignant étaient à l'image des innombrable doutes qui inévitablement m’assaillaient. Et je suis sûr que mes premiers stagiaires garderont de nos échanges la stricte rigueur que je rapportais de ces campagnes Patagones : « l’à peu près » n'était pas de mise.

Certains collègues, à mes yeux charismatiques, m'ont nourri. Ce contexte professionnel, associé au fait de presque continuellement devoir se remettre en question a été source de dynamisme et d'élan. Le terrain était au centre de nos préoccupations, l'administration n'était qu'une lointaine nébuleuse.

Puis la roue a tourné, d’autres têtes sont apparues, la confiance et la solidarité « des potes de boulot » s'est perdue… L'absentéisme pour soulever des causes m'a pesé. Bref, cette prise d'année de dispo signe très probablement ma sortie par la petite porte, j'n'en attendais pas plus ! Sentiment de nostalgie, quand même ?...

Ma Twingo rouge, aux bonnes mains de ma chère filleule ! Longue route à vous, et n'oublie pas, avec Renault chaque jour un bruit nouveau ;-)

Des mètres de découverte karstique juste au dessus de la maison! Qu'ils continuent donc à se creuser…

Mes petits. Que les adieux furent émouvants… Je souhaite que cet intermède vous fasse réaliser de l'importance de chaque moment échangé, peu importe la forme. Gagnez en indépendance, en capacité à choisir par vous-même. Qu'ils soient assidus aux études devrait d'une certaine façon me rassurer, j'ai cependant envie de leur dire trouvez vous un centre d'intérêt, quel qu'il soit ! L'avenir tient plus à être motivé par une cause qui nous anime, le reste suivra… Quel regret d'avoir si peu partagé ces dernières années…

Nôtre VW volant, bien au chaud chez les parents de Lara, désassuré. Et oui, on peut, il suffit de demander !

Un truc électronique de 13cm sur 7, voyeur à outrance qu'on passe son temps à charger, inimaginablement chronophage…

Plus qu'une lassitude, une incompréhension de cette pensée dominante à valoriser les gens qui travaillent ?! Ou comment le travail devient une fin en soit alors qu'il devrait être relégué à un simple moyen. Cet anti capitalisme primaire ne serait-il pas LA solution ?

Les montagnes. Plus aucune attirance alpinistiquement parlant. La récurrence des disparitions associée n'est sûrement pas étrangère. Et quoi faire de cet aléa qui devient trop prégnant à mes yeux ... Comment, et pourquoi continuerais-je à l'accepter ?

Des voiles de traction… je ne vous cache pas que j’étais à deux doigts d’en tasser une au fond d'une sacoche. Rhâ… avancer grâce à Éole !!

Ça s'appelle comme ça, une forme de routine...

N’est-ce pas la méga suerte de s'être trouvés, et de partager les mêmes aspirations ? Lara croque la vie, et nous avons cette évidence commune qu'on n'en aura pas deux !

19
mai

A l'heure où on vous écrit ces lignes, cela fait une grosse semaine que nous sommes partis et nous avons parcouru en vélo environ 300 km. Soit même pas la moitié de ce que vient de parcourir Rémi ces trois derniers jours pour relier Hendaye à Cerbère pour une traversée des Pyrénées versant sud. Trois étapes de respectivement 245, 212 et 270 km pour un dénivelé de près de 13000m au total ! Une vraie machine à pédale !

Autant dire, qu'à côté, on se sent un peu comme la tortue de cette photo !

N'avons nous pas, nous aussi notre maison sur le dos ? Ici en Turquie, le décor semble bien vallonné et on a vraiment failli tomber à la renverse quand en pianotant sur le GPS et en y entrant nos hypothétiques prochaines destinations, on a vu s'afficher le chiffre de 7km de dénivelé positif.

Et en même temps, il paraît que "rien ne sert de pédaler (fort !), il faut partir à point".

Alors, pas de vélo ces jours-ci, on sort corde, chaussons et ce qu'il reste de bras à Datça !

24
mai
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Publié le 24 mai 2022

Nous étions à peine partis, en escale à Milan, que justement un vieux Milanais croisé dans un marché de primeurs, à la vue du vélo se remémorait ses Paris-Brest, Marseille-Paris et plein d'autres virées… L'heureuse évocation le fit même quelques minutes plus tard, revenir avec comme cadeau, un demi-kilo de mandarines fraîches.

Depuis toujours, un guidon était pour moi conçu pour être tenu à deux mains. En Grèce, il semble que la priorité numéro un soit la consommation du café frappé. Et les conducteurs de scooter de devenir livreurs avec jusqu'à quatre breuvages dans une main, l'autre servant éventuellement à se diriger dans le dense flux des autres véhicules, et ce le plus rapidement possible : faudrait pas que le café se réchauffe !

Quel bel engin pédagogique que ces scooters pour se familiariser à la conduite. Dès leurs plus jeunes âges, même en cours d'apprentissage de la marche, agrippés au guidon les enfants peuvent s’y tenir debout, entre les jambes du soit disant responsable. Parfois même, un troisième passager chevauche l'engin chargé de quelques cartons hétéroclites au milieu desquels pointent des yeux canins. Mais qui pilote ? …

À Bodrum, classe oblige, les casques tiennent lieu de parures de mode. Génial la multitude de formes et de design, généralement assorti à la couleur de l'engin. La sangle sous le menton, c'est selon… Si on est livreur, on ne coche pas la case obligatoire. Si notre coiffure est imposante non plus. Enfin s'il fait vraiment chaud, c'est le casque lui-même qui est remis en cause. Quel pragmatisme finalement, et quelle capacité d'adaptation !

Les quelques individus qui nous ressemblent, sur des engins non motorisés, sont le plus souvent des jeunes. Et faut assurer pour tenir la roue arrière le plus longtemps possible sur la cannebière locale, zigzaguant entre tous les étals. Le top dans ce registre, c'est au milieu de la foule de touristes entre tables de restaurant et alignement de yachts à quai. La marge est ténue, yessss 🤘 !

Bon, on a aussi partagé quelques belles heures de grimpe avec Claire et Adrien, des Belges en césure qui aussi roulent. Mais eux c'est vraiment la mala-suerte ! Figurez-vous qu'ils sont trois avec Albert, et n’ont que deux roues. Les pauvres… Si vous voulez leurs apporter votre soutien, c'est ici.


Bruno.

25
mai
25
mai
Publié le 26 mai 2022

Ces derniers jours se suivent et se ressemblent...

Comme deux parfaits petits ouvriers de la grimpe qui bosseraient en trois 8, on est soit du matin, soit de l'après-midi (quant à la nuit on essaie de se reposer entre hurlements de chiens et aboiements de coqs !).

Travail à la chaîne, on empile les longueurs. Monoactifs, grimpeurs en quête de falaises ombragées.

Ouf ! Un jour de repos hebdomadaire réclamé par la peau des doigts est obtenu de justesse après quelques négociations, on a frôlé le mouvement social.

Les autres jours, c'est la routine : métro-boulot-dodo à peu de choses près... vélo-grimpe-dodo.

Un détail de taille, notre usine est un paradis, caillou gris ou oranger piquant ou grand porche plein de colos.

Philippe Poutou l'a si bien dit à son meeting, on pourrait très bien vivre sans travailler, on s'en sortirait très bien et on ne s'ennuierait très certainement jamais. Ce qu'il faudrait néanmoins c'est un salaire. Nous n'avons ni l'un ni l'autre mais apprécions grandement cette saveur de liberté retrouvée.

Aussi ces jours-ci, ce n'est ni la rentabilité ni le profit que l'on recherche mais plutôt l'ombre et la fraîcheur toute relative à la Turquie en un début d'été ! On jongle donc avec les faces Est et ĺes faces Ouest, avec les levés un peu tôt et les couchés un peu tard, avec la grimpe du matin ou de l'après-midi et avec les murs raides et les dévers à colos.

Can baba, Sucuk, les Frouzes, que de merveilles pour les grimpeurs gâtés que nous sommes !

On pofe, on dégouline, on repofe, on rerepofe encore et parfois ça fonctionne. On clippe les relais souvent tout transpirants mais heureux !

La plupart du temps quand je retouche le sol, je ressemble davantage à une peintre en bâtiment qu'à une élégante grimpeuse !

Ajoutez y quelques bleus et quelques croûtes et c'est parfait ! Un genou coincé par ci, un autre coincé par là... en short évidemment ! J'adore tellement ce style de grimpe où on passe son temps à chercher des repos. Une grimpe d'oso perezoso !

Reprise du travail pour les petits autistes. J'ai même mis deux essais consécutifs dans la même voie, suffisamment rare pour être souligné !


Matériel de grimpe vieillissant destiné à être abandonné d'ici quelques semaines. Corde ressortie du carton des cordes remisées pour usure avancée et dégaines dépareillées des années 90. Évidemment qu'on enchaîne les voies, qui voudrait tomber sur de telles vieilleries !

Datça nous aura offert son lot de pépites minérales et de belles journées verticales.

Retour à l'horizontale maintenant... quoique, quand on voit ces milliers de mètres de dénivelé à gravir pour rejoindre la région d'Antalya, on se demande si les prochains jours seront si horizontaux que ça !

En tout cas, on range les bras, on ressort les mollets !

26
mai
26
mai
Publié le 30 mai 2022

Vous connaissiez certainement "un dimanche aux Goudes" ?

https://youtu.be/nxbgdLIzeBU

Ben là, c'est un mercredi aux Frouzes. C'est un peu pareil dans une ambiance cependant un peu moins chill'. Point commun, vue sur la mer mais ça s'arrête à peu près là !

"Datça… N'oubliez pas d'aller jeter un œil au canyon des Frouzes !" Nous avait dit Nastro, le plus turc des ouvreurs montpelliérains. C'est chose faite !


La journée commence en fanfare.

Étape 1 : session vtt sur une piste caillouteuse qui grimpe, qui grimpe et qui grimpe encore. On zigzague sous un soleil de plomb entre les tortues énervées et les meutes de chiens impassibles...

A peine a-t-on avalé tout plein de mètres de dénivelé qu'on dégringole à nouveau jusqu'au niveau de la mer. Dommage !

Lorsqu'on arrive enfin tout dégoulinants au départ du sentier menant à la falaise, il fait une chaleur assommante. Le genre de température où si tu étais chez toi, tu resterais l’ombre sur ta terrasse à siroter un pastis en regardant la mer et en écoutant du reggae marseillais ou bien tu ferais une sieste dans ton hamac avec ce même son dans les oreilles. Bref, à ce moment précis, on est déjà cuits-rôtis, assoiffés et on a déjà les jambes ramollies par cette petite virée matinale. On songe déjà au long chemin du retour et aux quelques gouttes d'eau qu'il va falloir gérer au mieux pour tenir la journée !

Qu'à cela ne tienne, on ne s'est pas donné tout ce mal pour arriver jusqu'ici pour ne pas grimper !

Étape 2 : randonnée à pied sous les tropiques.

Évidemment, dans ce canyon, il n'y a pas un brin d'air et la chaleur est étouffante. La falaise, pourtant orientée Est, est encore en plein cagnard, aussi on temporise sous des buissons en cassant la croûte. Enfin, pour ma part, je ne fais que regarder Bruno manger son bout de pain parsemé de points vert parce que moi, je ne me suis toujours pas résignée à manger du moisi… ça arrivera certainement à un certain stade du voyage mais ce coup-ci, j’aurai plutôt opté pour de l’eau croupie mais le canyon est sec et resec ! Jeûne solide comme liquide donc.

Quand la paroi passe enfin à l’ombre, on se jette sur la voie la plus facile du secteur, 6c+, ça tire un peu à la chauffe mais on n’est plus à ça près ! Peut-on même encore parler d'échauffement vu le climat ?

On se faufile entre les frelons déshydratés qui viennent se délecter des quelques gouttes qui suintent de certaines concrétions. Niveau hydratation, on semble tous être dans le même bateau ! Même les chèvres qui se baladent au pied de la falaise économisent leur salive et ne bêlent pas une seule fois.

Privilège du spot sauvage, ça croustille. Inconvénient d’une face Est qui a déjà bien chauffée, le caillou rayonne de mille feux. Inconvénient d'ouvreurs forts grimpeurs, il y a bien de l'air entre les points pour autant, aucun refroidissement notoire à déclarer. Ce combo parfait associé à ces grosses bestioles volantes m'oblige à râler un peu alors que moi aussi, je ferai bien d’économiser ma salive !

Étape 3 : marathon vertical dans un four solaire.


Chacune des voies est une perle et on tente d'y faire honneur en les enfilant comme il se doit. Grandes envolées d’une quarantaine de mètres, caillou neuf, choux fleur, colos et lunules pour des voies de pure conti où l'escalade, toute proportions gardées, est plutôt aventureuse ! Magique ! Merci les ouvreurs pour ces petits bijoux !

J’aurai même eu la chance, aujourd'hui, de me retrouver nez à nez avec une grosse chauve souris avant que celle-ci ne saute dans ma brassière ! …il y a des jours comme ça...

Sinon ici, c’est comme à la salle d’escalade, plus tu montes et plus il fait chaud. Je perd encore le peu d’eau qu'il reste dans mon corps et je transgoutte à grosses pires quand je clippe le relais du dernier 7a+ de la journée. C'est dégoulinante que je rejoins le sol, ce qui n’échappe d'ailleurs pas aux frelons qui doivent me prendre à cet instant pour une stalactite toute humide et se rapprochent dangereusement de moi ! Pas folles les guêpes !

La journée pourrait évidemment s’arrêter là. Plus d’eau, plus de peau sur les doigts, retour à la casbah !

Mais évidemment en voyage à vélo, ça ne se passe pas comme ça, surtout quand tu as la grosse flemme de repédaler encore jusqu'au sommet de la colline, que tu as peur de la descente version trial de l’autre côté avec tes pneus lisses et surgonflés qui dérapent et que tu entends déjà de là, effrayée, les canines des chiens qui claquent en bas de la pente.

Voilà comment, pendant que Bruno refaisait le chemin parcouru le matin en sens inverse, je décidais d’emprunter avec mon petit vélo une variante : un sentier de randonnée longeant la côte. Sur le papier, cela semblait être la solution parfaite : 2,5km de distance et peu de dénivelé pour une balade sur un GR en mode sentier littoral, quoi de mieux pour conclure cette belle journée ? Vous vous en doutez, une fois encore, la réalité a rattrapé la fiction.

Le guide au guidon m’avait pourtant mis en garde avant de me laisser filer dans cette jolie excursion : « un sentier de randonnée, c’est fait pour les randonneurs, pas pour les cyclistes en carton et encore moins pour les vttistes en herbe. »

«T'inquiète mobylette !» Bille en tête, trois gouttes d’eau dans ma bouteille, pas un moyen de communication avec moi, me voilà partie sur les sentiers douaniers turcs… «Rendez vous au bar du port !» … Et dire qu'un temps, j'ai même cru que je pourrai y arriver la première et l'y attendre mémère en sirotant un pastis comme un dimanche aux Goudes. Évidemment c’est l’inverse qui se produisit et ce n’est pas un pastis qu’il aurait eu le temps de boire mais quatre ou cinq pour l'apéro, suivi d’une bouillabaisse, d’un dessert, café et même d’un digestif !!

Étape 4 : bike & walk. Ce raid multisport me réservait encore quelques petites surprises !

Alors oui, j'avoue que je n'ai pas mis une seule fois les fesses sur la selle parce que ce n'était absolument pas roulant. Oui, c'est vrai que le sentier n'étant pas très large et il fallait que je pousse le vélo sur la bande la plus roulante en marchant à côté dans les bartas et que ça piquait parfois beaucoup les jambes. La vérité, c’est aussi que je me suis mangée les pédales dans les tibias environ 578 fois et c'est vrai, qu’il a fallu porter souvent quand de gros cailloux barraient le passage. En descente, le vélo voulait filer à toute vitesse sans moi et sauter dans la mer juste en dessous et qu'il fallait tenir fort les manettes des freins. En montée, il ne pensait qu'à m’aplatir et c’est quand même vrai que ça m’énervait un petit peu ! La vérité, c’est aussi qu'à quelques endroits le sentier s'était éboulé et que passer là, quelques dizaines de mètres au dessus de la mer avec un vélo sur le dos devenait un peu expo. Il est aussi vrai que je pétais de chaud et qu'au moment où je pensais avoir parcouru la moitié de la distance, j’ai bu une gorgée d’eau que j’ai savouré longtemps dans ma bouche avant de déglutir. C’est vrai aussi que j’ai failli me casser la figure quelques fois et que je me suis dit que me faire mal ici toute seule, c’était quand même un peu stupide ! Je me suis parfois demandée où Bruno en était de son parcours, tout en croyant encore que j’allais gagner la course ! Bon, j’avoue aussi qu'à un moment je commençais à fatiguer un peu et que j’avais hâte que la balade se termine. En regardant la suite qui ressemblait à une grande zone raide en terre déboisée, je me suis demandée où ce fichu sentier pouvait bien passer mais que je me suis aussi dit que ça irait… De toutes façons, faire demi tour ? Pas question, ce n’était même plus une question d'honneur mais de faisabilité ! Enfin, quand je suis arrivée devant ce passage étroit au milieu de cette falaise qui dominait la mer et que j’ai essayé de passer en portant mon vélo sans réussir, je me suis dit que je n’étais pas loin du bout du sentier et que Bruno allait sûrement venir à ma rencontre !! Bon… c'est vrai, j'ai laissé mon copain à deux roues ici et j’ai marché pas mal en direction du port. Et voilà que Bruno n’était pas venu à ma rencontre mais m’attendait gentiment au bar, comme prévu. Alors l’air de rien, j'ai débarqué toute ébouriffée sur la terrasse du bar, je lui ai dit comme si tout ça était normal, qu’il fallait venir m’aider ! Entre temps, le soleil s’était couché et la nuit était tombée. Alors l’air de rien, on a repris le chemin en sens inverse. Lui sur son vélo, moi en courant à côté.

Étape 5 du raid multisports du jour : bike & run.

Résultat des courses, retour à 22h au camping un peu fatigués et un peu déshydratés. Il avait raison le guide au guidon ! Quant à moi, maintenant je le sais : les GR ça ne passe pas forcément en vélo. En même temps en France non plus, j'aurai pu m'en douter !

Bref, c’était un mercredi aux Frouzes.


Ps: Ah oui, et si jamais une tête de turc était planqué là, à nous observer... Sans aucun doute, premièrement il se marrerait bien et deuxièmement, il dirait que les "frouzes"... C'est nous !

1
juin

Pris dans une espèce de course contre la montre pour essayer de prendre de vitesse l'été qui déjà, en cette fin de mois de mai, semble bien motivé à s'installer... à Geyikbayri, c'est la résilience (et oui, ce mot à la mode) que nous avons appris !

Les journées de grimpe à Datça, aussi géniales niveau grimpistique qu'éprouvantes niveau calorifique, nous ont laissé comprendre que si on voulait espérer grimper encore un peu avant de continuer le voyage et d'abandonner tout notre matériel, il ne fallait pas trop traîner. Autrement dit, il n'était peut-être pas question de faire des tours et détours de bicyclette et de passer des jours et des jours à défier les 7000m de dénivelé et à parcourir les 500 km nous séparant de la région d'Antalya. Aussi après moultes réflexions éthiques, écologiques, humoristiques, thermiques et physiques, la raison du grimpeur l'a emportée sur celle du cycliste.

On pédalera plus tard, la grimpe d'abord !!

En sautant dans un bus de nuit en direction d'Antalya, on gagne ainsi quelques jours de printemps qui, espérons le, nous seront précieux !

Il est 5h du matin lorsqu'on débarque à Antalya où l'ambiance n'est, avouons-le, pas franchement fraîche. On prend aussitôt la route en direction de Geyikbayri, un des plus fameux spot de grimpe turc. Après quelques efforts et pas des moindres, pentes à 13% au menu, on finit par arriver à destination, avec les jambes un peu en compote et avec un sacré coup de chaud sur le casque. A cet instant, on se dit que les montées turques c'est du sérieux et que s'il fait déjà si chaud à 9h du mat', ça risque d'être compliqué !

On peut maintenant le dire : "Geyikbayri, on n'a pas tout compris !"

Geyikbayri, des falaises de toutes les orientations, rocher gris, blanc et oranger, concrétions, grottes, peu d'approche, petite rivière qui coule au milieu, joli camping, ouverture des voies relativement récente... sur le papier, tout semble parfait ! Dans les faits, très chaud, trop chaud. Les grimpeurs semblent d'ailleurs avoir déserté les lieux pourtant il semble en rester quelques-uns qui traînent là au camping... des durs à cuire ?

On enfile nos chaussons et c'est la désillusion : rocher super patiné et cotations pas données, l'un ayant sûrement l'autre pour conséquence. Dans tous les cas, il semblerait que Geyikbayri ait vieilli...

Quand tu allies ces deux ingrédients, rocher lustré et mains toutes moites, le mélange est détonant : Zipettes à tout instant !

On n'a quand même pas fait tous ces kilomètres pour se retrouver à grimper en plein juillet à la Clape ou au Biclope (chacun ses souvenirs d'enfance...) !

Les premières impressions ne sont pas toujours les bonnes, aussi on se donne trois jours pour tenter d'apprécier à sa juste valeur ce spot fameux ou ce fameux spot. Et trois jours à se battre avec son sac à magnésie, sa transpiration, ses pieds gonflés dans les chaussons et à se faire rouster, c'est déjà pas mal long ! "Hot niveau".

Bruno tire pas trop mal son épingle du jeu alors que moi je suis littéralement scotchée au sol, ce qui évidemment m'énerve énormément !

Molle attitude au programme.

On tente les falaises orientées Ouest le matin tôt, les faces Est l'après-midi, les voies équipées dans les années 2000, celles équipées une quinzaine d'années plus tard, rien n'y fait. Quand un local nous dit que pour lui la saison est tout simplement fini, on comprend qu'il est temps de plier bagage et de filer un peu plus loin, un peu plus au nord, un peu plus haut ! Il nous ouvre sa bibliothèque afin que l'on y choisisse notre prochaine destination. Teşekkür ederiz !

La belle session grimpe à Geyikbayri, ce ne sera pas pour cette fois-ci ! Ça ressemble bel et bien à un beau but cette histoire !

On s'offre quand même un regain de vitalité et un sursaut d'énergie avant le départ en trouvant enfin une fraîcheur toute relative à Çitdibi.

Çitdibi, c'est la falaise du futur, 150 mètres de haut, ticket d'entrée 7b+ et puis hop, presque que du 8 dans du caillou relativement neuf. Le genre d'endroit où tu ne peux pas être trop ramolo des biscotos.

Une falaise perchée en haut d'une colline et qui reste à l'ombre la majeure partie de la journée. Pas question de monter jusqu'ici en vélo et on profite d'un trajet motorisé avec d'autres grimpeurs pour découvrir l'endroit.

L'occasion de discuter un peu avec eux et de comprendre qu'à priori eux aussi sont complètement scotchés par la chaleur à Geyikbayri et que grimper relève du défi !

Voilà qui ce explique qu'on ne les voyait que se balader au ralenti entre les sanitaires, le bar et la cuisine commune du camping et faire une traction ou deux, de temps en temps, sur la poutre en bois accrochée devant leur petit chalet. Quant aux autres habitants du camping, il s'agit de nombreux russes venus chercher le calme en Turquie d'où ils peuvent télétravailler en paix depuis leurs cabanes en bois. Tout s'explique ! Il nous fallait bien quatre jours pour élucider le mystère de Geyikbayri !

Avant de se transformer définitivement en guimauve, on reremplit nos sacoches et on prend la direction des sommets !


1
juin
1
juin
Publié le 8 juin 2022

Sur la route, quand l'ambiance devient canine, on aimerait bien avoir des yeux derrière la tête, on voudrait pouvoir appuyer très fort sur les pédales pour déguerpir à toute vitesse et on rêverait de devenir invisible. On espère aussi de tout coeur ne pas être pris pour une saucisse.

Certains jours, il n'y a pas une minute durant laquelle on ne craint pas de voir une bête à poils surgir de nulle part en aboyant, en montrant les crocs ou en remuant la queue !

Quand la bestiole se présente, on saute tout d'abord sur les freins même s'il arrive d'accélérer mais il faut alors que la situation nous soit très très favorable (un teckel boiteux et une descente à 18%). On lui raconte ensuite des banalités du genre : "Eh salut toi ? Comment tu vas ? Qu'est ce que tu racontes le gros ?"

Pendant ce temps, on prend des indices (retroussage de babines ou remuage de queue...), on étudie le profil (sympatochien?), on sort le trombinoscope (Attends... je pense que je connais ton cousin !). On intercale un objet entre lui et nous (le plus souvent, un vélo !) et puis on évite de se regarder entre quatre yeux tout en faisant semblant d'être super mega rassurés (brrr, même pas peur !)


Tout ça me rapelle les rencontres faites un matin sur les routes turques. Quelques kilomètres à peine et toute la SPA est au rendez vous !

Un chien qui aboie, un deuxième qui nous court après, un troisième qui veut nous manger les mollets, un quatrième qui n'aime pas trop les vélos, un cinquième tout marron, un sixième handicapé, un septième qui s'allie avec plusieurs potes pour nous impressionner, un huitième qui veut participer à la course cycliste, un neuvième qui roupille tranquille, un dixième très très gros, un onzième petit mais teigneux, un douzième tout maigrichon, un treizième presque mignon, un quatorzième qui est attaché (oufff !), un quinzième à qui on dirait qu'on a piqué sa gamelle, un seizième affalé en plein milieu, un dix-septième tout hirsute, un dix-huitième borgne, un dix-neuvième avec les oreilles coupées, un vingtième court sur pattes, un vingt et unième âgé de quelques mois, un vingt-deuxième qui a la langue qui touche par terre, une vingt-troisième qui a un gros ventre, un vingt-quatrième couvert de tiques, un vingt-cinquième qui a pété sa longe, un vingt-sixième croisé avec un rat, un vingt-septième croisé avec un ours, un vingt-huitième en fin de vie, un vingt-neuvième tout crado, un trentième tout frisé, un trente et unième comme une barrique.... et un trente-deuxième qui décide de faire sa petite balade de santé en faisant toute la fin du trajet du jour à nos côtés. Quel courage !

Une dizaine de kilomètres et une pente à parfois 13% en plein cagnard ! Si j'étais lui, c'est sûr, je serai restée à me la couler douce devant une pâtisserie en quémandant des baklavas aux passants !

Chienne de vie...

https://youtu.be/NemrmdFbBHA

10
juin
10
juin
Publié le 10 juin 2022

Un mois sur la route c'est :


◇ 3 pays 🇮🇹 🇬🇷 🇹🇷

◇ 840 km 🚲

◇ De chouettes rencontres...

◇ Et des rencontres chouettes...

◇ 4 spots de gimpe...

◇ Des belles voies...

◇ Des faits marquants...

◇ Quelques KO ❌


◇ 5 bus et 6 bateaux...

◇ 20 journées d'escalade

◇ 7 jours complets de vélos

◇ De jolis bivouacs...

◇ Des ptits dessins...

◇ Baklavas et thé à volonté !

15
juin
15
juin
Publié le 19 juin 2022

Dire qu'on aurait véritablement découvert l'hospitalité, l’accueil ou la bienveillance turque, une fois nos premiers tours de roues effectués dans le pays ne serait pas vraiment exact.

En mars dernier, alors que l'on venait tout juste de casser notre tirelire pour acquérir d’occasion nos deux engins à pédales, nous nous sommes empressés d’aller les essayer lors d’une petite balade dominicale dans l'arrière pays héraultais. Évidemment, la simple balade sur jolies petites routes s'était alors rapidement transformée en sortie VTT sur pistes, chemins scabreux, où il a parfois fallu pousser les vélos et traverser quelques passages à gué en se mouillant les pieds. C’était d'ores et déjà avoir oublié la marque de nos deux bicyclettes de voyage : « vélos de ville » !

Ce jour-là, notre pique-nique avait été un peu trop rapidement englouti au premier tiers de l'itinéraire et la sortie s'était avérée plus longue que prévue. Après avoir parcouru 80km, nous n’étions pas encore tout à fait arrivés et nous étions subitement tout flagadas ! Un seul remède pour les deux ramollos : manger !

Pas un magasin ouvert ce dimanche en fin d'après-midi et pas un sou en poche de toute façon ! Au premier village, nous demandions donc à une grand-mère qui prenait le soleil assise devant chez elle si elle ne pouvait pas nous dépanner d’un petit quelque chose à se mettre sous la dent. Pas simple de se faire comprendre, pourtant nous parlions la même langue. Le voisin, un poil plus jeune, dans son jardin à quelques mètres à peine, écoutera nos échanges mais ne tournera même pas la tête vers les deux mendiants que nous sommes. Heureusement, la mamie semble savoir ce qu’avoir faim veut dire, elle a sûrement connu la guerre et nous déniche un petit bout de pain dur (qui a lui aussi peut-être bien connu la guerre !). On se régale de ce petit en cas sous son regard un peu surpris.

Ne voyant pas d’autres mets nous être proposés, nous la remercions grandement et nous nous remettons en selle, un peu requinqués par cette pause mais pas vraiment ragaillardis par ce ravitaillement improvisé.

Quelques kilomètres plus loin, une aire de pique-nique, des barbecues encore fumants et des gens assis par terre un peu partout. On saute sur les manettes de freins pour retenter notre chance. Ce coup-ci, nous ne parlons pas la même langue. Turcs et maghrébins sont venus passer le dimanche en famille, à la campagne.

A peine avons-nous posé le pied à terre et avons-nous pointé nos bouilles d’affamés que nous nous retrouvons avec une assiette chacun et deux grosses parts de gâteaux posées dedans. Nous avons juste le temps d'avaler une bouchée, qu'on nous apporte deux cannettes de Coca. Bonheur en boîte ! Évidement dans notre état, tout ça passe comme une lettre à la poste !

Le feu est réactivé pour nous et s'en suit brochettes, saucisses grillées, concombres et galettes. Quel festin ! On englouti tout ça comme des bienheureux qui n’auraient pas mangé depuis un mois ! On nous ressert encore et on nous regarde manger avec bienveillance. On lit dans les regards la satisfaction de pouvoir offrir quelque chose et de partager. C’est ensuite l’heure des gâteaux et du thé préparé sur le petit poêle à bois. Nos hôtes sont turcs et c'est à deux pas de la maison que nous apprenons notre tout premier mot : « Teşekkür ederim ».

Google trad nous permettra de dialoguer davantage avant de remettre le nez dans le guidon. En quittant nos bienfaiteurs du jour, je crois bien que nous avons déjà l'intime conviction que notre prochaine virée passera par la Turquie !

Quelques mois plus tard, nous y voici ! Vagabonder sur les routes turques, c’est être surpris à chaque rencontre. Les journées où l’on ne nous offre rien sont finalement bien rares. Cela va d'un « çay » (thé), à un gâteau, une boisson fraîche, un repas, un spot où dormir, des chaises pour se reposer, un canapé pour la sieste, une douche ou bien un sourire, un salut de la main ou encore un coup de klaxon d'encouragement !

Illustre journée :

Quelque part entre Konya et Niğde, au centre de la Turquie, des dizaines de kilomètres sur une voie rapide avec une bande d’arrêt d’urgence confortable. Peu de villages en chemin, pas de commerce si ce n'est une station service régulièrement implantée tous les trente kilomètres. C'est dans une de celles-ci que nous avons fait halte hier soir, deux paquets de chips auront fait office de dîner puisqu'il n'y avait rien d’autre en rayon ! Thé à volonté, douche chaude et soirée devant une bonne série passant à la télé turque avec le gérant de la pompe à essence.

Au lever du jour, un thé et c'est reparti ! Les coups de klaxon de quasi chaque véhicule qui nous double ou nous croise nous accompagnent sur cette espèce d'autoroute. Une trentaine de kilomètres plus tard, bonheur ! La station service suivante ressemble à vraie une petite épicerie et on s’offre notre premier « véritable » repas depuis 24h. Entre deux rayons, on nous offre le second thé de la journée. On se remet en selle et nous avons juste le temps d’ajouter une quinzaine de kilomètres de plus au compteur que deux soudeurs nous invitent dans leur atelier pour le troisième thé du jour. Inutile de préciser, qu'à chaque fois nous avons droit à plusieurs tournées et parfois à un selfie. Le soleil commence à cogner dur et il n’est pas si simple de trouver un peu d’ombre dans ce paysage composé essentiellement de champs de blé. Finalement quelques kilomètres plus loin, ce sont des ouvriers agricoles qui nous invitent à nous mettre au « frais » à l’ombre sous leur tracteur. Quelques verres de Fanta orange bien frais, quelques échanges sur la France, la Turquie, l'économie, notre cher roi de France, l'UE, le maïs, l'irrigation, une photo et c’est reparti !

Remarquez la marque du pare-flamme...

A ces heures les plus chaudes de la journée, nos peaux grillent et le goudron fond. La pause s'impose. Elle a lieu dans un restaurant ce coup-ci. Comme on est affamé, on nous fait griller de la viande qu’on tente de manger en répondant aux mille questions de tout un groupe de jeunes se trouvant là. Ils veulent tout savoir : d'où on vient, où on va, ce qu’on fait dans la vie, combien de kilomètres on fait par jour, depuis combien de temps nous sommes partis, où on va dormir ce soir, si on est marié, si on a des enfants, si on aime le foot, si on croit en dieu… Et là, ça se complique. Autant ne pas être marié ou ne pas aimer le foot ne semblent être que des demi problèmes, autant ne pas croire en Jésus semble les interloquer… Finalement , comme il semble si important de croire en quelque chose, on s’en tire en leur avouant que nous, on croit au père noël. La situation se débloque tout pile à l'heure de la sieste. Oufff ! Comme on est crevé, on nous invite à passer dans l’arrière boutique qui sert à la fois de lieu de prière, d’entrepôt de marchandises et d'hôtel à touristes exténués ! Un canapé, un tapis et des prises électriques, on recharge les batteries en tout genre ! Enfin, comme nous avons débarqué ici tout transpirants, on nous invite avant de repartir à prendre une petite douche et ce n’est pas de refus ! Quelques photos avec toute la troupe et c’est avec quelques « followers » instagram supplémentaires que nous reprenons la route.

Les kilomètres défilent et il est dur de garder les deux mains sur le guidon tant il faut saluer en permanence les gens à droite, à gauche. Des « merhaba » s'échappent des jardins, s'élèvent des champs et s'envolent des fenêtres… Parfois, des voitures ralentissent à notre hauteur pour prendre en photos les aventuriers, tout relatif, que nous sommes pour eux.

Pour clôturer en beauté cette folle journée, à la tombée de la nuit, alors que l’on s’apprête à quitter la route goudronnée pour s’enfoncer dans les champs de blé. Une voiture s'arrête, le conducteur baisse la vitre et nous offre ce qui sera notre repas du soir : un délicieux pain plat et rond qui semble tout juste sorti du four. Dans le chemin en terre qui nous écarte de la civilisation afin de planter la tente tranquillement, notre dernière rencontre du jour, un jeune en scooter nous souhaite une « good night » !

Ce jour-là, 100km dans les pattes et tellement de belles choses dans la tête et dans le cœur !

Teşekkür ederim !

18
juin
18
juin
Publié le 19 juin 2022

Cela fait quelques jours que nous pédalons au milieu de champs de blé à perte de vue. Peu à peu ces derniers ont laissé place à des vergers de fruitiers. Partout la main d'œuvre est au travail : installation de tuyaux d'irrigation ou d'arroseurs automatiques, forages, cueillette, plantation... Des tracteurs avec les bennes chargées de travailleurs nous doublent régulièrement, en route vers le champs. On nous salue. Pas un bout de peau ne dépasse sous les voiles, foulards, masques, casquettes, gants... Le soleil cogne très fort ces jours-ci et les pauses à l'ombre ont souvent lieu sous les tracteurs.

Nous sourions en pensant que nous sommes finalement tous les travailleurs immigrés de quelqu'un. En France, les ouvriers agricoles ou les maçons maghrébins sont maintenant plutôt turcs. Ici ce sont les syriens qui font le job...


Aujourd'hui nous roulons depuis quatre bonnes heures quand le décor se redresse franchement. La petite route qui remontait gentiment cette vallée verdoyante se transforme subitement en route de montagne serpentant dans un paysage désertique. Chaque petite flaque d'ombre devient quelque chose de précieux. Est-il vraiment raisonnable de s'engager dans l'ascension de ces trois cols successifs aux heures les plus chaudes ou ne vaut-il pas mieux opter pour une bonne sieste ? Le kilo de cerises avalé directement sur l'arbre le matin même, nous donne les vitamines nécessaires alors que les fontaines qui jalonnent la route assurent un rafraîchissement régulier, nous permettant d'éviter l'insolation qui nous guette. C'est bien simple, il y a en a une tous les trois kilomètres et dans chacune d'elle, on y trempe entièrement notre t-shirt. Le temps d'arriver au point d'eau suivant, on est déjà complètement sec ; au sens propre comme au figuré ! Deux hypothèses : soit il fait très chaud, soit on met vraiment du temps à parcourir cet intervalle. On peut sans aucun doute valider les deux hypothèses à la fois !

La pente se redresse encore, on frise les 13% à plusieurs endroits. Difficile d'imaginer circuler sur ces routes lorsqu'elles sont enneigés. Point positif, on prend de l'altitude à vue d'œil mais le mercure du thermomètre ne faiblit pas pour autant !

1850m. Encore quelques coups de pédales bien appuyés et nous sommes récompensés de nos efforts : les sommets enneigés apparaissent enfin !

L'Aladaglar : Cette grande chaîne de montagnes de l'Anti-Taurus sera notre prochaine halte.


Depuis notre belvédère, les cimes semblent bien lointaines et si proches à la fois. On a hâte de découvrir tout ça de plus près. Pour rejoindre le pied du massif, il suffit maintenant de se laisser rouler !

La pente étant encore plus marquée de ce côté-ci, on se cramponne aux poignées de freins pendant que les jambes se remettent de leurs émotions !

Comme pour retarder encore un peu la rencontre avec ces montagnes et prolonger l'excitation qui précède la découverte, nous posons notre maison de toile sur une butte un peu plus loin.

Une soixante de kilomètres et 1400m de dénivelé : la pause est méritée.

Ce soir, nous bivouaquons face au massif léché par les derniers rayons du soleil. Magique !


Bonsoir l'Aladağlar !


22
juin
22
juin
Publié le 24 juin 2022

A l'Aladağlar, nous étions venus chercher un coin sauvage, du caillou et la fraîcheur des montagnes.

Ces ingrédients furent au rendez-vous. On aura même eu la chance de partager du temps avec Maud et Florence, venues grimper par là, alors qu'on aurait certainement eu un mal fou à faire coïncider nos agendas en France ! Comme quoi le hasard fait parfois bien les choses !

Grâce à elles, on agrandit même le champs des possibles !! Un brin de corde de 60m, de la cordelette pour rappeler, quelques friends, parfois un taxi et la possibilité de faire quelques grandes voies va s'offrir à nous !

Grand merci les filles !

C'est dans Kazikli canyon que nous nous mettons en bras. Escalade dans un style plutôt physique au programme sur ce conglomérat orangé. Falaises verticales voire déversantes de toutes les orientations ou presque ! On peut donc grimper à l'ombre et même sous la pluie dans les gros devers ! Renversant !

Ici il nous faudra jongler avec les averses quasiment tous les jours. L'orage semble avoir une ponctualité assez redoutable ! Parfois même la grêle s'en mêle.

"L'après-midi, mieux vaut déguster des pâtisseries et boire du thé qu'être sur les sommets." (Proverbe de montagnard turc)

On grimpe la plupart du temps la toute dernière voie dans un concerto de coups de tonnerre, sous les éclairages intermittents des éclairs et sous les premières gouttes.

Une bonne solution pour enchaîner à toute vitesse !


En se levant très tôt, on parvient à grappiller quelques longueurs dans la paroi de Yelatan où souffle soit disant un "vento d'estate". Finalement, il ne fait pas si chaud que ça et l'affaire est vite pliée avant que le soleil n'ait le temps de pointer son nez ! 7 longueurs, 6c+ max, semi équipées et un itinéraire un peu tiré par les cheveux....

De retour, on arrive juste à l'heure pour un barbecue improvisé sur le parking par Valentine et Philippe. Un chouette couple en vadrouille avec leur van, leurs skis, leur matériel d'escalade et leur enthousiasme depuis des mois !

Le lendemain, on change radicalement de style dans Pinarbaşi Canyon. Étroite et profonde gorge, rocher gris peu adhérant et lignes parfaites. Aujourd'hui, on sort les coincements en tout genre, grimpe en fissure au menu !

L'une d'elle capte notre attention depuis notre arrivée : fissure fine et élégante qui raye un grand mur gris. Oserons-nous aller y coincer nos doigts ?

On finit par se décider et c'est "so perfect" !

Le jour suivant apparaît comme LA belle journée sur le diagramme météo. On fonce en montagne !

Réveil matinal, vélo, auto-stop, marche à pied... quelques heures plus tard, nous sommes au pied du mur où plutôt de l'aiguille !

Parmakkaya, un monolithe de presque 300 mètres de haut qui nous fait penser au Naranjo de Bulnes sous son angle le plus impressionnant. On se croirait face à "Orbayu" !

C'est raide et le caillou orangé semble bien compact !

Cotations soutenues dans le 7ème degré dans un style "pas grand chose dans les mains & tout sur les pieds". Ajoutez à cela un point tous les 5 ou 6 mètres, parfois plus et des départs de relais quasi toujours expo. Ambiance garantie !

"Orient" est une belle balade verticale engagée voire exposée, mieux vaut ne pas tomber... Pour clipper les deux premiers points de la dernière longueur, c'est presque un crashpad qu'il faudrait pour parer le crash sur la vire !

Ces sept longueurs nous occupent la tête et le corps toute la journée.

Nous allons ensuite visiter Çimbar canyon. Ce coup-ci, ce sont des murs orangés qui nous attendent.

Petites prises sur lesquelles il faut s'agripper fort si on veut avoir une chance de clipper le relais !

Journée plus qualitative que quantitative : deux voies pour quatre grimpeurs !

Ça laisse le temps de faire plein de photos, de manger, de papoter de méthodes, de se reposer et peut être même d'enchaîner !

Enfin pour notre dernière journée de grimpe dans le massif, nous optons pour une valeur sûre : Karayalak, une belle paroi de presque 300m. Dalles compactes, cannelures, fissures, piliers orangés, tout y est !

L'équipe s'agrandit. Maud et Flo s'encordent avec Christophe rencontré sur place et partent dans la classique "Freedom", tandis qu'on grimpe en parallèle dans une voie plus récente, "Kung Fulanda".

Les deux équipes ne tardent pas à se rejoindre dans la belle longueur 7a et c'est finalement une chouette combinaison de ces deux voies que nous grimperons. Pas une longueur à jeter, tout est beau !

Les jours suivants s'annoncent plus humides que la normale. Il est temps pour certaines de mettre le cap à l'Ouest alors que d'autres se remettent au guidon et continuent leur petit bout de chemin vers l'Est.

Nous profitons de cette rencontre improvisée pour alléger considérablement nos sacoches en confiant tout notre matériel d'escalade aux filles pour un retour en France plutôt que de l'abandonner dans quelques semaines en Géorgie, Arménie, Iran ou ailleurs comme initialement imaginé.

De toute façon, l'été semble avoir pris ses quartiers et nous, il nous faut bien avancer un peu !

... et peut-être qu'en laissant corde, baudrier et dégaines, on aura la place pour garder les p'tits dessins et la palette d'aquarelle !

Quitter ce bel endroit où nous venons de passer une petite dizaine de jours nous fait tout drôle. Poursuivre le voyage sans notre matériel de grimpe nous rend presque déjà nostalgiques. S'il fallait voir le bon côté des choses, on dirait qu'on se sentira probablement encore plus libres en étant plus légers pour passer les cols haut perchés. Evidemment qu'il nous tarde de nous remettre à grimper, dans quelques mois peut-être, à l'autre bout du continent... à condition d'y arriver !

Inchallah !


16
juin
16
juin
Publié le 25 juin 2022

Bien des gens nous renvoient nos saluts lorsque nous pédalons. Souvent leur enthousiasme se manifeste par un coup de klaxon, venu de derrière et bien appuyé.  Frayeur … Mais ça redonne un peu d'énergie quand le faux plat s'éternise. L'ambiance, les codes changent un peu au gré des villages traversés. Qu’il est bon ce rare « merhaba » tout sourire venu de cette  femme au détour d'une ruelle. Le commun étant ces regards masculins qui se braquent sur nous dès l'angle de la place tourné. Que dire des entrées dans les cafés ! Il ne m'a pourtant pas semblé voir un écriteau interdit aux femmes 🤔… Le thé souvent offert compense-t-il ce sentiment trouble ?


Pas vraiment … Nous nous régalons d'un kilo de cerises sur un banc qui jouxte le café.  Les thés s'enchaînent. De l'autre côté de la rue une enseigne de vétérinaire me fait sourire… Les cerises fraîchement ramassées sont divines. Soudain, une scène capte mon attention. Ça va très vite. À l'arrière d'un camion d'éboueurs, deux hommes empoignent par la peau du dos un de ces gros vieux chiens crème. Ses yeux disent tout… pas même un jappement, et il est dans la benne. Un troisième homme vient prêter main forte. 


Dans l'indifférence totale, le camion poursuit … Nous sommes sans voix … Ces paroles de Renaud me viennent aussitôt en tête  :


https://m.youtube.com/watch?v=v28HCO71AxQ


Bruno

22
juin
22
juin
Publié le 28 juin 2022
22
juin

Quelques jours pluvieux nous mènent jusqu'aux portes de la Cappadoce. L'avantage de pédaler sous la pluie, c'est qu'on ne meurt pas de chaud, surtout quand les poids lourds nous arrosent à chaque flaque !

L'inconvénient, c'est que sous ma capuche enfoncée jusqu'au bout du nez, je n'y vois pas grand chose et que je rate donc la sortie d'autoroute.

Heureusement, après quelques kilomètres à pédaler seule sur la bande d'arrêt d'urgence, Bruno qui a fini par s'inquiéter (si, si, ça peut arriver !) de ne pas me voir arriver parvient à me rattraper :

"Demi-tour ! La Cappadoce, c'est par là bas !"

Les pauses dans les cafés pour se faire un peu sécher autour d'un thé chaud sont toujours les bienvenues. Station-services en état ou non, nous offre aussi un toit le temps de laisser passer le déluge.

Peu dans le paradis géologique qu'est la Cappadoce. Canyons, cheminées de fée, falaises de sable, habitats troglodytes... je ne vais pas vous faire un dessin (quoique, je pourrais essayer !), les photos parleront d'elles mêmes. C'est magnifique !

Dans ce parc national, point de réglementation, pas d'interdiction, pas d'accès payant ou je ne sais quoi... C'est bien appréciable de pouvoir se balader librement, de faire du vélo au milieu de ces tours de sable et dans ces petits canyons, de bivouaquer dans un cadre de rêve et même de grimper où bon nous semble, qui plus est, sans corde !

L'envers du décor, c'est que si tout le monde peut faire ce qu'il veut, c'est vite la foire à la saucisse. L'activité principale des beaufs, venus de tout horizon en vacances, semblent être la balade en quad. Imaginez-vous des centaines de quads qui se suivent à la queuleuleu au milieu de ce cadre idyllique ! Le moniteur devant et tous les pinpins derrière : la cata !

Évidemment c'est bruyant, c'est moche, ça pue, ça défonce les chemins et puis c'est dangereux pour les cyclistes qu'ils manquent d'applatir de justesse sur leurs passages !

Heureusement comme la tendance est de tous faire la même chose au même moment, quand l'heure de l'excursion en quad est passée, tout redevient désert, calme et magique !

On est seul au monde ! Comme quoi les p'tits moutons, ça a du bon...


On ne pourrait vous parler de Cappadoce sans vous parler de cette explosion de montgolfières qui a lieu tous les matins au lever du jour. Un ballet de couleurs dans le jour naissant.

Des dizaines de ballons qui flottent dans un ciel éclairé par les tout premiers rayons du soleil. Ça monte, ça descend, ça se gonfle et se dégonfle.

Tout se déroule si vite que cela donne un véritable caractère éphémère au spectacle.

On se sent presque chanceux d'avoir ouvert l'œil à 4h30, éveillés par le ronflement des moteurs de ventilateurs et d'avoir pu apercevoir les toutes premières flammes emprisonnées dans ces immenses bouts de tissu. Telles des lucioles, les premières lanternes se gonflent d'air chaud et s'élèvent lentement : le défilé peut commencer.

La nuée se déplace, se densifie, se disperse. Très vite, il y en a dans tous les coins du ciel et déjà trop pour pouvoir les dénombrer alors on profite de ce spectacle incroyable qui s'offre à nous dans ces paysages splendides.

A 6h30 du matin, tout est déjà replié et rangé. C'est à s'en frotter les yeux et à se demander si finalement on n'a pas simplement rêvé !

Et si le monde appartenait à ceux qui se lèvent tôt ?...

Alors oui, les places dans les paniers d'osier semblent demander un petit budget, le voyage dans les airs de courte durée, un diplôme et une coupe de champagne sont délivrés aux touristes volants à l'arrivée (!!). Ils repartent ensuite dans leur hôtel, dans le même minibus pour prendre probablement le même petit déjeuner !

Bref, ce commerce de la montgolfière florissant, c'est très certainement la "beauf attitude" qui a encore une fois frappé mais quand même...

Cap ou pas cap(padoce) de voyager en Turquie sans venir profiter de cet incroyable spectacle ?

28
juin
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Publié le 28 juin 2022
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juin

Pour fêter notre départ de Turquie, je n'ai rien trouvé de mieux que de me payer une galipette à vélo.Aussi, c'est avec un coude abîmé, une hanche éraflée et une ou deux côtes félées ou cassées que nous passons la frontière Géorgienne.

Pour la première et sûrement seule fois de notre vie, nous doublons une centaine de poids lourds en une quinzaine de minutes. Nous filons à toute allure et eux sont à l'arrêt forcé pour des heures voir des jours. La queue pour passer la frontière est interminable. On révise notre géographie avec les plaques d'immatriculation et on s'amuse du comportement des uns et des autres conducteurs. Certains discutent entre eux, d'autres en profitent pour faire l'entretien du moteur et d'autres encore le ménage de la cabine. Les chauffeurs turcs bien à l'ombre du camion lancent à notre passage de grands "merhaba", les conducteurs russes, affalés sur des chaises de camping, torse nu, en mode bronzette en plein soleil, restent impassibles. Vu la durée de l'attente, on espère pour eux que la douane géorgienne laisse entrer les écrevisses dans le pays !

En tout cas, ils laissent passer les cyclistes et même les cyclistes un peu handicapés et on a droit à notre deuxième tampon sur les pages de nos passeports.

Je n'ai pas souvenir d'avoir déjà vu un changement aussi radical au passage d'une frontière. Routes goudronnées et parsemées d'énormes nids de poule, pistes en terre boueuses, maisons basiques en pierre, on ne nous offre plus de thé mais du café et de la vodka. L'attitude des hommes à mon égard, change aussi un peu. Quelques croix et de discrets clochers remplacent les minarets. Tracteurs et camions d'un autre âge, wagons de trains désaffectée, préfabriqués métalliques rouillés jusqu'aux os ponctuent le paysage, maisons à l'abandon, grandes forêts et vastes étendues fleuries, visages plus fermés aussi... Tout a un peu cet air sinistré ou de désolé...

On vient de faire un bond en Russie !

Les formules russes "Priviet" et "Spasiba" sont d'ailleurs de mise avant qu'on ne les remplace quelques kilomètres plus loin par "Barev" et "Abris" tant la proportion d'Arméniens est grande dans la région.

Un coude tout gonflé, un bras douloureux et des côtelettes qui font mal, je ne pouvais espérer mieux comme programme de convalescence que cette toute première semaine en Géorgie !

L'état des routes principales n'est déjà pas irréprochable mais lorsque le GPS vous joue des tours et vous conduit sur des pistes en terre ou des sentiers et qu'à cela s'ajoute quelques jours de pluie d'affilés, c'est juste cadeau pour les bobos ! J'ai l'impression de passer des heures dans un shecker !

Ici on ne parle pas d'asphalte abîmé, on parle de flaque de goudron au milieu d'un champs de nids de poule, et d'îlots terreux au milieu de lacs d'eau boueuse. Et encore je ne vous parle pas de nos labourages de champs, des garde-boue qui bourrent, des roues bloquées, des herbes hautes et des traversées de rivières et de canaux ! Que du bonheur !

On a beau dégonfler les pneus, chaque secousse est pour moi une véritable petite torture.

Après quelques jours à s'entêter, la météo nous oblige à temporiser et c'est finalement pas si mal car cela me permet d'enfin, pouvoir me reposer un peu.Un jour et demi à écouter tomber la pluie sous la tente me fait le plus grand bien ! Sans compter que je viens soudain d'avoir la lumineuse présence d'esprit que nous avons dans nos sacoches une pharmacie ! Cinq jours après m'être gamellée... mieux vaut tard que jamais !

Cette pause forcée nous permet d'étudier aussi davantage la carte. Il faut se rendre à l'évidence : il y a erreur sur l'itinéraire et craquage en règle de l'appli GPS. Une partie du profil présente une belle aiguille avec des soit-disant pentes à 35%. On croirait la Dibona !

Un dafalgan ou deux et on saute sur la première éclaircie venue pour s'échapper de ce traquenard ! Le plan B sera LA plus belle journée de vélo depuis le début du voyage. 70km de pistes d'états variables, du dénivelé, un beau col dans des conditions hivernales. La descente sur l'autre versant sera si longue qu'il nous faudra même la couper en deux ! Tout vient à point à qui sait attendre !

De l'autre côté de la montagne, on enrichit encore notre lexique : "Camadjoba" et "Madloba". Ici on parle géorgien. Asphalte confortable et bande d'arrêt d'urgence d'autoroute nous conduisent jusqu'à Gori. Ce sont les vacances ou presque...

"Méfiat", quand même aux voitures et aux camions qui nous frôlent de près et aux chiens qui surgissent, de nulle part, babines retroussées !

5
juil
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juil
Publié le 9 juillet 2022

La frontière Géorgienne vient d'être franchie, à nous la Géorgie !

Tous deux, nous fonctionnons aux gré des envies, tendance dernière minute …Comme diraient d'autres, on se laisse aller dans le flot (flow), le courant quoi. Les infos pour aller plus à l'Est, provenant d'un big groupe Whatsapp entre autre, sont assez confuses.

Pas d'urgence alors , plutôt que rejoindre directement Tbilisi, la capitale, on envisage d'aller jeter un œil à la ville qui a vu naître Staline. Pour nous aider à naviguer, point de cartes papier mais la plébiscitée application Komoot, reine des cyclos du moment ! Un p'tit tour par les montagnes est bien alléchant.

Cette App te détaille tout : le nombre de kilomètres sur goudron, celui sur asphalte ( ?! ), sur route nationale voire autoroute et même chemin. Si ça va monter, descendre, tourner beaucoup ou pas trop ! Bref on sait tout avant d’enfourcher nos montures… C'est parti après un bon décrassage à « la bassine » du coin, comprenez piscine dont seul l'accès aux douches sera possible.

Les petits hameaux se succèdent, les 1400 m d'altitude sont tout juste assez rafraîchissants et on finit par installer le campement dans de la belle herbe grasse à l’abri du vent d'une croupe. Curieusement, dès le lendemain matin, une piste bien cassante s'offre à nous en guise de petit déj ! Un tenancier de Market nous offre le café. Deux belles épingles goudronnée s’étirent au dessus du village et nous font gagner bien 300 m jusqu'à nouvelle interruption de ce doux revêtement.

L'imminence d'un lac proche nous stimule et on avance cahin/ chaos sans trop y prêter attention. La vue est belle et on parvient à un village de pêcheurs bien typique à l'ambiance plutôt morne pour cause d'enterrement.

Casse-croûte au coin d'une épicerie et c'est reparti tout en surveillant le ciel qui s'obscurcit plutôt rapidement… S'ensuit une montée sablonneuse, technique. Lara-leuse pour l'occasion- me rejoint en poussant d'une main tant mal que bien son tank. Je mets ça sur le compte du sable ; il n'en est rien, ce sont ces foutues côtes froissées et ce coude choqué qui la font souffrir.

La proximité d'un poste de police nous oblige à prendre un peu le large mais le ciel s'ennoircit soudainement. Les 5 mètres en contrebas du chemin feront l'affaire. La tente est jetée in extremis avant le déluge … sieste obligatoire malgré ce début d'après midi.

Avant la fin du jour, l'accalmie m'invite à aller reconnaître ce qui se profile derrière l'épaule. La vue d'un grand plateau bordé par un cours d’eau avec ces tâches de couleur laissées par les tentes des bergers nomades est saisissante de beauté. Quelle attirance !

Mais le lendemain, alors que la situation nous invite à une journée de repos dans nos 1,79 m2, ça gamberge… étrange cette belle route jaune qui déroule son trait sur l'écran du téléphone. Je pousse un peu plus loin la reconnaissance, mais surtout embarque ce fameux téléphone. Tiens, là ça quitte la piste principale et ça chemine à flancs de relief. Toujours des traces de véhicules, oui, mais plutôt piétinées par les majoritaires représentants des lieux, les brebis…

Une attentive étude de la carte aurait du me faire passer droit dans ce pré à 25° ?!... De retour à la tente, on dissèque la suite de ce tracé alléchant… « tient, alors que tu étais en double traits pleins, ça devient des pointillés ensuite ! Et là, on passe même à un unique filigrane… qu'est ce que dit la pente ? Ah, oh !!! 35% ».

Le lendemain, un ô combien subtil sens du terrain bordé d'un soupçon de sagesse nous invite à rebrousser chemin. Belle descente dans les épingles, après ce gimkhana improvisé entre les baignoires de géant.

« Hé, si on coupait par là ?!! »

...


10
juil
10
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Publié le 10 juillet 2022

On a tellement rit...

Avec ton air naïf de toujours tout découvrir à la vie.

Avec tes grands yeux de biche qui savaient si bien charmer le monde et dont tu abusais délibérément.

Avec cette manière que tu avais de renifler la nourriture avant d'y goûter pour décider souvent de ne même pas y toucher !

Avec tes histoires de cœur rocambolesques où on ne comprenait jamais rien. Tous ces nœuds à dénouer et ce grand besoin de tendresse...

Avec cette capacité à te mettre une pression monstre et à te stresser pour un petit rien.

Avec ton petit côté hypocondriaque qui nous faisait trop marrer.

Avec tes goûts étonnants pour des trucs vraiment trop chelou !

La dernière fois, on t'avait envoyé une photo d'un dauphin mort échoué sur une plage en Sicile. Évidemment, tu avais adoré !

Avec cette manière de te brosser les dents en t'en foutant partout...

Avec cette détermination et ce sérieux qui pouvaient aussi être tiens. Tu savais te donner les moyens, t'entraîner dur pour poursuivre tes rêves.

Avec ces cris poussés quand tu te mettais au taquet. A l'assurage, on tremblait de trouille pour finalement entendre au beau milieu du combat : "Ah non, en fait ça va !"

Nos rires reprenaient alors de plus belle.

Avec ce tour de biceps qu'on ne pourra jamais égaler...

Avec cette capacité folle à parfois ne rien savoir décider.

Avec cet art incroyable de tout mettre sur le dos des autres.

"Mais vous m'aviez pas dit qu'on allait faire de l'escalade et qu'il fallait prendre des chaussons !" "Pourquoi vous m'aviez pas dit de prendre davantage de vêtements ?"

Tu savais nous agacer et c'est bien comme ça qu'on t'aimait !

Avec cette capacité à garder ton sérieux tout en racontant les pires conneries alors que nous, on riait comme deux tordues.

Avec cet air malicieux communicatif, c'était toujours la surenchère de la bêtise.

Quand on piquait dans les magasins, tu choisissais toujours les trucs les plus moches puisque c'était les moins chers. "Mais Marine, puisqu'on te dit que c'est gratuit !"

On a grimpé déguisées en drapeau américain. Au relais, on a mangé des m&m's géants, on a dansé, rigolé, écouté de la musique, fait des photos et des vidéos et puis on a terminé comme trois nouilles avec une frontale pour trois. On a appris à tricoter au pied d'une falaise et on a essayé de faire du yoga dans le désert. Pour nous deux, c'était plutôt laborieux !

Avec tes caprices auxquels on était bien obligé de céder, tu nous as même fait faire du grand huit à Las Vegas !

C'tte flèche que tu étais !

Ces derniers temps, tu avais su trouver ton équilibre, tu vivais et tu travaillais dans ce coin que tu aimais tant. Trop calée. J'étais heureuse de te savoir apaisée. J'aurai adoré que tu me fasses visiter tes montagnes et tous ces sommets.

Je n'aurai jamais cette chance de t'avoir comme guide, je ne fabriquerai jamais la vaiselle de ta future maison comme tu me l'avais demandé, on n'aura jamais la chance de connaître la mini Margaux et pourtant on aurait été deux super tatas !

On aurait pu être collègue à l'éducation nationale mais on a toutes les deux préféré fuir le chemin de l'école pour suivre nos rêves pour finalement devenir collègue à la montagne.

Mais tu étais surtout une amie et je voudrais encore une fois, décrocher et entendre ce "Coucou Lara !" si bienveillant à l'autre bout du fil et papoter des heures !

Je voudrais encore voir ton visage radieux et tes grands yeux dévorant le monde.

Je voudrais encore vous serrer fort dans mes bras toutes les deux ensemble. Simplement.

On aurait tellement pu rire encore...

Marine, on aurait adoré t'embarquer dans tellement plus d'aventures passées et futures. La vie, le travail, l'amour, le temps, la montagne et cette foutue journée là en ont décidé autrement...

On rira encore en pensant à toi, à nous et à nos folles aventures mais pour le moment, on pleure.

Tu vas tellement nous manquer.

Marine, tu es notre "cas soc' préféré" pour toujours. 🧡

10
juil
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Publié le 11 juillet 2022

Rouler à vélo vers l'Est, c'est un peu comme jouer à une partie géante de milles bornes. Disons même dix milles bornes pour être plus juste.

Non seulement tu dois pédaler pour avancer mais tu dois aussi éviter les crevaisons et les chiens enragés. Tu dois trouver des endroits chouettes pour bivouaquer chaque soir et tu dois aussi déjouer les problèmes mécaniques et les chauffards bourrés à la vodka. Quand tu pioches la carte "Patatra", tu dois aussi patienter ou être ralenti pour cause de bobos, de mal aux fesses ou aux mollets. Même combat pour la carte "météo" : pluie, reste à l'abri.

Avec la carte "diplomatie", il te faudra aussi jongler avec les visas, les frontières fermées pour raison politique ou celles fermées pour cause de covid, avec les états d'urgence et les couvre-feu en vigueur. Enfin avec la carte "survie", il faudra aussi jouer fin et composer avec les hautes températures estivales, les déserts, la neige et les cols à 4000 mètres d'altitude...

Un bon programme.

A Tbilissi, on tombe sur la case, "pose toi un peu et réfléchis". C'est la première fois depuis le début de la partie. Ça tombe bien, on pioche également le joker "hôtel avec wifi".

L'Azerbaïdjan, toujours fermé pour cause de covid (?), n'ouvrira pas ses portes avant le 1er septembre, la rumeur s'est officialisée. L'entrée par voie aérienne dans le pays semble pour autant fonctionner mais pas par voie terrestre...

L'accès à la mer Caspienne est donc impossible aux voyageurs souhaitant rejoindre l'Asie centrale et tous les pays en "stan" depuis Baku en bateau.

Une autre option serait de traverser l'Arménie, de rejoindre l'Iran et puis de remonter par le Turkménistan. Là encore, ce dernier a ses frontières fermées pour une durée indéfinie et ce visa semblait de toute façon déjà quasi impossible à avoir obtenir depuis des années.

Une dernière option terrestre serait de traverser le Caucase, d'entrer en Russie pour rejoindre le Kazakhstan. Pas simple à l'heure actuelle.

Pas d'autre alternative que piocher. On tombe sur la carte "voie aérienne" pour faire un bond au dessus de la Caspienne... depuis Tbilissi, depuis Erevan ou depuis Téhéran, c'est au choix !

Nous n'avons pas de visa iranien, l'été est déjà bien trop installé pour espérer y pédaler au mois de juillet et très peu d'avions décollent depuis Téhéran.

La carte "curiosité" nous pousse donc à rouler jusqu'à Erevan d'où nous essaierons de nous envoler pour Aktau, sur la côte de la mer Caspienne au Kazakhstan.

Reste à passer par la case "déchetterie" pour trouver deux grands cartons pour emballer nos vélos puis rejoindre la case "aéroport".


Entre temps les infos défilent sur ce gigantesque groupe whatsapp de cyclistes roulant vers l'Est. Certains y demandent des infos sur des hôtels en Turquie quand d'autres galèrent à Islamabad, quand d'autres encore essaient désespérément de réparer leur réchaud ou leur roue à Bichkek et que d'autres déjà bien plus à l'Est veulent entrer au Myanmar.

Au beau milieu de tous ces échanges, on peut maintenant lire que la route du Pamir serait actuellement fermée, la frontière entre le Tadjikistan et le Kirghizistan également, tout comme la frontière entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan. Ça commence à faire mal en une seule partie... et ça n'arrange pas trop nos affaires.

Mais comme on dit au jeu des dix milles bornes : Qui roulera, verra !

En plus, aujourd'hui, c'est bonus. On a passé les 2000 km, on peut passer deux fois au ravito et avoir double ration de cerises ! Youpi !


13
juil
13
juil
Publié le 13 juillet 2022

Vaste étendue bleue à l'horizon, le Lac Sevan se dévoile à nous, au terme d'une sacrée journée.

60 km et 1600 mètres de dénivelé dans un flux quasi continu de voitures et de camions. C'est dimanche et aujourd'hui tout le monde est de sortie. Quelle idée avons-nous eu de faire cette étape ce jour-là !

Ce serait un peu comme aller faire ses courses à vélo au Pas de la Case, un week-end ! Le profil du terrain, la chaleur et la conduite arménienne nous malmènent un peu.

En Arménie, tout comme en Géorgie, les deux roues sont des espèces rares et par conséquent menacées. Manque d'habitude ou simple négligence, c'est bien simple, on semble parfois être invisible !

On prend peu à peu de l'altitude en remontant une à une les épingles et en se frayant tant bien que mal un chemin au milieu de ce trafic bien dense. Imaginez deux pauvres bagnoles égarées au milieu du peloton cycliste du tour de France. C'est à peu près à ça que l'on ressemble !

"Refus d'obstacle" à l'entrée du tunnel, long de quelques kilomètres, qui évite la partie haute du col ("passer le tunnel du Mont Blanc à vélo un dimanche soir, c'est niet !") nous permet de retrouver une route déserte, de profiter du calme dans les derniers lacets, de s'offrir un bonus de 300 mètres de dénivelé supplémentaires et un beau bivouac frais au sommet.

Le lendemain, nous voici en route pour le Lac Sevan, la perle de l'Arménie ! 78km de long, 56km de large, perché à 1900 mètres, deuxième plus grand lac d'altitude après le lac Titicaca parait-il... Et si on en faisait le tour ?

A la force des mollets, sur la petite reine, voyons, quelles surprises la route du tour a, à nous offrir...

Km 0 : Tente pliée, sacoches bien ficelées. Top départ !

Km 2 : Grande descente pour rejoindre le lac et petite pause dans ce village perché à 2100 mètres d'altitude pour une partie de foot aussi endiablée qu'improvisée. Chacun y va de son coup de pied !

Km 8 : Passage au stand pour l'achat du p'tit dej' : le kilo de cerises quotidien accompagné de beignets à la patate. L'épicière déclare à notre grand étonnement et en français :

"Bonjour, je m'appelle Ovasanna."

Avant le départ, elle viendra m'offrir une rose qui trônera sur mon guidon durant quelques kilomètres.

Km 10 : A peine avons-nous rejoint la berge du lac que je manque voir disparaître mon Bruno sous les roues de la première voiture venue. Mais pourquoi passer si près de nous alors qu'il n'y a personne sur la voie opposée. On vote à l'unanimité l'adoption de l'écarteur biodégradable. Entendez par là, une branche avec une touffe de feuille au bout, accrochée à notre porte bagage. Cela marchera un certain temps ou un temps certain.

Km 12 : Magnifiques hôtels soviétiques sur notre droite. Architecture coupée à la faucille et toit martelé au marteau. C'est à en faire frémir Steiner avec tous ces angles droits. La vue du balcon doit être superbe. On réserve pour ce soir ?

Km 19 : "Oh le train !" Coups de klaxon et grands signes à la fenêtre de la locomotive adressés aux coureurs du tour. Mythique ! Km 23 : "Wouah, t'as vu le bâtiment là-bas ?" Demi-tour !

En passant sous une palissade en béton éventrée, on entre dans l'ancien complexe hôtelier. Cela fait quelques temps que le jardinier ne fait plus le job. Allées envahies de buissons, réception en ruine, bungalows abandonnés, tout est charmant. Mais c'est pour la salle de restaurant panoramique que j'ai le coup de foudre. Chapiteau métallique et verrière arrondie avec vue sur le lac. Trop la classe !

Une sieste sur la terrasse ensoleillée et c'est reparti !

Km 31 : Pause ravitaillement dans l'une de ces épiceries de bord de route où il n'y a quasiment rien à acheter si ce n'est des chips et de la vodka. On opte pour le premier ingrédient, alors que l'on mange assis par terre, à l'ombre du préfabriqué métallique, la vendeuse nous invite à entrer pour prendre un café. Ce dernier sera aussitôt accompagné de bonbons et d'une glace. Autour de ce goûter, nous discutons de la pluie et du beau temps, c'est à dire du nombre de kilomètres jusqu'au prochain vrai supermarché et de la glace qui se forme ou pas sur le lac en hiver. En quelques minutes, la petite dame devient pour nous la Maman de Sergueï. Sergueï, 18 ans, mort à la guerre contre l'Azerbaïdjan tout proche, en 2021. Il y a quelques mois à peine, cette maman perdait son grand garçon pour des querelles absurdes entre deux nations voisines. Tristesse, colère, incompréhension... Pourquoi encore ces horreurs aujourd'hui ?

Nous l'embrassons, la remercions, lui souhaitons plein de courage et reprenons la route. C'est tout chamboulés que nous quittons ce village nommé Drakhtik.

"Drakhtik" veut dire "Paradis".

Km 41 : Shorzha. Une épicerie un peu plus digne de ce nom qui va nous permettre de faire notre premier vrai repas de la journée. Ce soir : pain, fromage, saucisse, tomates. Épicières aimables comme des portes de prisons russes. On ne s'attarde pas, on continue !

Km 45 : Au niveau de ce cap, la route quitte la côte. Et si on coupait par ce chemin en terre. 5 km de tôle ondulée plus loin, nieto, ça ne passe pas ! Peu importe, le spot est royal pour dormir. On pause le bivouac et on profite encore de quelques heures de soleil.

Trop calés !

Km 61 : Alors que l'on mange trois graines en guise de p'tit déj' assis sur le parapet d'un pont, un 4x4 arrivant en sens inverse se gare à notre hauteur. On comprend plus ou moins que le conducteur réclame une photo. Pas bien réveillée, je lui montre l'appareil mais il nous fait comprendre qu'il souhaite être lui aussi sur la photo. Pendant que Bruno installe l'appareil en mode déclencheur automatique sur le toit de la voiture, le gars se rapproche louchement de moi.

Le temps que les dix interminables secondes du retardateur ne s'égrainent, il m'agrippe par la hanche et me plaque contre lui. Je déteste. Clic, clac ! La photo est dans la boîte, il va me lâcher maintenant. C'était mal connaître l'animal.

Le temps que Bruno se retourne pour aller récupérer l'appareil et voilà sa main sur mes fesses. Je lui retourne la mienne dans la figure mais comme il est grand et surtout gros, elle ne lui giflera que l'épaule.

Peu importe, l'intention y était. Il me regarde surpris avec son air de gros malin puis tend sa grosse main à Bruno. Pas gêné le type ! On lui fait signe de remettre ses fesses dans sa voiture et de dégager vite alors qu'il insiste encore pour une poignée de main amicale. Le 4x4 finit par repartir, on se regarde, scotchés.

La photo finit dans la poubelle dans la même minute.

Km 72 : Retour à l'humanité. On fait un stop dans une énième micro-épicerie pour boire un café et là encore, on nous offre une glace pour l'accompagner. Bientôt, cinq papis débarquent, les bras chargés de sac remplis de commissions. En quelques minutes, certains organisent table et chaises pendant que d'autres coupent légumes, fromage et pains. Les derniers sortent les verres et les bouteilles. Efficaces.

Très vite, les voilà à table pour un repas entre vieux copains d'enfance. Évidemment, on nous invite à trinquer : vin, vodka ou bière, on a le choix ! On parvient à décliner l'offre liquide et on opte pour du solide, un bout de pain et du fromage avant de se remettre en selle. Une fois encore, on ne nous laissera rien payer.

Km 78 : A l'ombre du tracteur, au milieu du champ, des ouvriers agricoles nous interpellent. Ils nous invitent par de grands gestes à boire un coup avec eux. On fait mine de ne pas tout comprendre, on les salue et on évite avec brio ce "traquenard vodka" à 11h du mat' !

Km 88 : "Oh un copain !"C'est toujours chouette de croiser un voyageur à vélo. Les questions sont souvent les mêmes... D'où viens-tu ? Depuis combien de temps es-tu parti ? Où vas-tu après ?

Ce jeune belge avait commencé son voyage avant la pandémie et a du l'interrompre au bout de 6 mois. Son vélo l'a sagement attendu pendant presque deux ans en Turquie, avant que ne sonne l'heure des retrouvailles en avril dernier. Comme il fait le tour du lac en sens inverse, nous nous donnons rendez-vous à Erevan dans quelques jours. Qui sait !?

Km 90 : On choisit de prendre ce raccourci en terre pour éviter la grande ville de Vardenis... C'est beau, c'est calme mais il n'y a rien à manger !

Km 103 : On rejoint la grande route, et faisons une halte devant une station essence. Les stations essence sont assez semblables aux nôtres, à un détail près. Pas de pompes mais quelques bouteilles en plastique remplies de carburant sont posées au sol. En même temps, ici, on roule au gaz.

"Barev barev, restaurant ?" : 1km par là.Ce n'est pas la bonne direction mais la faim nous pousse en contre-sens !

Km 104 : Un grand bâtiment avec de grandes baies vitrées noires et quelque chose écrit en haut.

"Restaurant ??"

"Da, da" "OK, cool !"

Un petit espace sur le côté du bâtiment sert de bar, on nous conduit par un couloir dans une petite pièce à l'arrière. Des toilettes ? Non.

Dans ce cagibi, il y a la place pour une seule table où le couvert est installé pour quatre personnes. On se regarde un peu interloqué. Le patron ramène bientôt avec lui, une nana en mini-jupe, couverte de maquillage et avec de grandes boucles d'oreilles. On est tombé dans une discothèque ou quoi ?! Cette dernière nous montre sur son téléphone des photos de frites et de salade trouvés sur le net.

Affamés comme nous sommes, on salive déjà ! On a cependant la présence d'esprit de demander le prix. 7000 dram... 7000 ??!?On mange habituellement pour 1000 chacun. Décidément, ici, c'est vraiment louche...

On renfourche nos vélos, le ventre toujours aussi vide et sans avoir vraiment compris où on venait de mettre les pieds !

Km 117 : Une voiture arrivant en sens inverse nous fait des appels de phare et s'arrête à notre hauteur. Une main se tend à la fenêtre avec des biscuits. "Abris, Abris !" Ils sont tout mous mais c'est bien chouette quand même !

Km 120 : Décidément sur cette grande route, les voitures jouent avec nous comme avec des boules de flipper. Je suggère de rallonger l'écarteur mais ce serait exagéré de trimballer un rondin sur le porte-bagage. On opte pour le maillot jaune. Ce sera peut-être le seul tour où il y en aura deux leaders sur la même étape. De toute manière, l'important n'est pas de gagner mais de participer, non ?

Km 132 : Une pseudo épicerie de plus, c'est à dire une pièce quasi vide avec 30 bouteilles de marque diffrentes de vodka, 9 de soda, 6 de biscuits et 3 de chips. Ce coup-ci, c'est grand luxe, il y a aussi du pain. On en dévore un gros sur place. On nous offre deux bouteilles de limonade. C'est frais, c'est bon. C'est donc ça le "Sevan Up" ?

Quand on demande à payer le pain, là encore, c'est cadeau !

Km 138 : Une belle route bordée de pins qui longe la côte, on se croirait dans les Landes.

Km 139 : La plage, des jeunes en maillots de bain et une vielle voiture jaune, on se croirait dans un film des années 60.

Km 141 : Fin d'étape à Martouni, 96km dans les pattes aujourd'hui.

Km 158 : Le paysage est magnifique. Falaises de basalte, grandes étendues vertes, lac couleur menthe à l'eau et grand vent qui souffle.

Et si on se posait un peu sur la plage par là ?

Pour une fois, qu'on veut se la couler douce à la plage, c'est un troupeau de vaches qui débarque ! On fuit illico !

Km 162 : Des préfabriqués métalliques et des marchands de poissons séchés jalonnent la route et nous interpellent. Du poisson au p'tit dej', ça te branche ?!? Hi !

Km 180 : Pause chez un marchand de caillou.

Des énormes blocs, une très grosse machine qui les coupe en tranche avec un système de scies et d'eau qui asperge les fissures et puis un pauvre homme qui sculpte, plié en deux, le dos cassé, en plein soleil, des pierres... tombales.

Km 185 : Des champs de patates en fleurs, des gens qui font les foins et des vielles carcasses de voitures plantées à la verticale qui servent de barrières entre les parcelles.

Km 190 : Deux motards en vadrouille qui ont emmené leurs chiens sur leurs porte-bagages nous saluent.

Km 195 : Un groupe de cyclistes déguisés en coureurs du tour, avec vélos à assistance électrique et avec une voiture suiveuse font mine de ne pas nous voir. Ben ouais... On ne joue pas dans la même catégorie... Nous, on pédale en tong !

Km 212 : Zone habitée en vue : demi-tour pour retrouver un coin sauvage. Un Kebab, un podcast very good trip qui nous transporte à Woodstock et au lit.

Km 230 : La route est bien trop étroite et bien trop fréquentée pour ne pas rouler de temps à autre dans le bas-côté. Hâte de fuir le trafic !

Km 242 : Sevan, retour à la civilisation !La grande ville du coin, cerises, abricots, croissants au chocolat et café !

Papotage avec deux touristes suisses qui reviendront quelques minutes plus tard nous offrir un "sujukh".

Sucrerie Géorgienne et Arménienne : noix enrobées de sirop de raisin effilées sur une ficelle. Merci !

Un autre homme nous offre aussi un espèce de thé chaud aux fruits rouges. "Abris" !

Cette fois, la boucle est bouclée. Il ne reste plus qu'à se laisser filer, vent dans le dos sur l'autoroute en direction de Yerevan !

Bref, c'était l'épopée de deux cyclistes sur la route du tour... du lac Sevan.

11
juil
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Publié le 15 juillet 2022

Un deuxième mois sur la route, c'est :


◇ 5 pays 🇮🇹 🇬🇷 🇹🇷 🇬🇪 🇦🇲

◇ 2058 km 🚲

◇ De belles rencontres encore 🙋🏽‍♀️

◇ Des invitations 🍽

◇ De chouettes découvertes toujours 🌍

◇ Deux défilés de montgolfières 🌈

◇ Une gamelle et quelques bobos ❌

◇ 1 bus 🚌

◇ 2 journées d'escalade 🧗‍♂️

◇ 25 jours de vélos ce mois-ci 🚵‍♂️

◇ 23 nuits en bivouacs et 7 nuits à l'intérieur 🏕 🏠

◇  4 jours de vélos sous la pluie 🌧

◇ Des petits dessins ✏

◇ 1 cuite 🍷

◇ 1 interview pour la télé 📺

◇ 1 bain en piscine 💧

◇ 12kg de cerises 🍒

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Publié le 18 juillet 2022

...Et peut-être même un peu plus puisque quand on porte les vélos, ce n'est pas comptabilisé au compteur, si ?!

18
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Publié le 18 juillet 2022

Voilà plus de deux mois que l'on parfait notre bronzage pour être au top pour nos futures vacances à la plage...

Y a des zèbres par là ?!


Mer Caspienne, nous voilà !


Ps: on a enfin compris à quoi sert le support Gopro sur le casque !


18
juil
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Il est 6h quand nous sortons de l'aéroport d'Aktau où nous avons atteri quelques heures plus tôt et à l'intérieur duquel nous venons de prolonger, tant bien que mal, notre nuit, à même le carrelage.

La journée ne fait que commencer et le mercure du thermomètre semble déjà atteindre des sommets. Bien que le soleil soit encore relativement bas, la luminosité a déjà cet aspect bien particulier : tout brûle les yeux.

Un bâtiment perdu au beau milieu de la pampa, une route qui y arrive, une autre qui en repart, rien d'autre à l'horizon.

Pour "uniques" bagages, deux sacs à dos et deux grands cartons plats dans lesquels, nous avons réussi, comme par enchantement, à faire entrer vélos et nombreuses sacoches quelques heures plus tôt.


Il aura fallu jouer fin pour parvenir à tout démonter, à tout empiler, à tout emboîter, à tout faire entrer et à tout ficeler à grands coups de scotch. Pourtant l'hôtesse de la compagnie aériennne avec laquelle nous voyageons n'a pas été du même avis. Deux kilos de trop sur l'un des deux cartons et c'est le caprice ! "Nieto de chez nieto !"

Il faut alors réouvrir, réorganiser, refermer et rescotcher la valise de papier géante. Dommage quand on sait que le second carton a lui, deux kilos de marge et que l'avion décolle dans moins de 30 minutes.

A l'instant présent, c'est le scénario inverse qui nous attend. Comment appelle-t-on une partie de "Tetris" à l'envers ? Un "chamboule-tout" ? Un puzzle ?

Nous remettons une à une, bout à bout, les pièces de ce grand jeu sous les regards quelque peu interrogatifs des autochtones.

Quelques heures plus tard, les vélos ont repris leurs allures habituelles : un guidon, un cadre, deux roues, une selle.  Chaque chose a retrouvé sa place dans une sacoche. On a plus que triplé de volume en quelques minutes à peine et nous sommes prêts à pédaler vers de nouveaux horizons !

Une bonne vingtaine de kilomètres, c'est la distance à parcourir pour rejoindre la ville la plus proche et c'est tout ce qu'il nous faut pour prendre la mesure de là où nous venons de mettre les pieds. Une micro traversée initiatique du désert en plein mois de juillet : le Kazakhstan en plein été, quelle bonne idée !

Vingt-trois kilomètres, vent dans le nez, quarante-cinq degrés passés, c'est juste assez pour avoir déjà trop chaud, pour avoir très soif et faire l'expérience de nos premiers mirages !

Quelques véhicules et quelques troupeaux de chameaux seront nos seules distractions sur le trajet. Sable et minuscules buissons d'épineux à perte de vue. Bienvenue dans le désert !

Les premiers immeubles finissent pourtant par apparaître au loin, complètement flous, complètement fous, semblant flotter tels des flammes au dessus de ce sol brûlant. Nos bouches sont tellement sèches que nous peinons à parler lorsqu'il s'agit de demander un peu d'eau à une voiture que l'on a arrêtée en chemin.

Après une course effrénée contre le vent, on finit par rattraper ces bâtiments qui reculent pourtant sans cesse. Plus une goutte d'eau dans nos gourdes, températures corporelles à point, nos peaux sont grillées comme celle d'un poulet et salées comme des harengs.

On se regarde et nos yeux disent tout : "ça promet !"

Des immeubles neufs sans cachet, alignés comme plantés en rang d'oignons. Cette entrée d'agglomération semble être sortie du sol si récemment.

Quelques kilomètres plus loin, le vieux style soviétique reprend le dessus.

Les voitures de toutes générations ne s'écartent guère à notre hauteur et nous obligent à parfois squatter un peu les trottoirs, les coups de klaxon sont une nouvelle fois monnaie courante.

La proximité de la mer Caspienne de l'autre côté de la ville tarde à se faire sentir, pas de fraîcheur notable ni d'air marin à déclarer...

Même un saut à la plage et un bain quelques heures plus tard, nous rafraichira à peine !

Les devantures des magasins ne laissent transparaître aucun indice, si ce n'est quelques enseignes composées d'un enchaînement de lettres, de mots en sylirique auxquels nous ne comprenons évidement rien.

C'est ainsi que, quand on pense entrer dans une banque, c'est dans un magasin de vêtements qu'on atteri ! Faute de pouvoir retirer nos premiers "tenges" à un distributeur, c'est avec deux verres d'eau offerts à la main qu'on finit. L'image est belle, c'est bien ça l'essentiel !

Avec cette chaleur étouffante, la solidarité est de mise, l'humain est tout simplement en mode survie.

Pas de pitié pour le moindre rayon de soleil, qu'il reste dehors ! Vitres teintées, portes en métal, rideaux hermétiques aux fenêtres, tout est bien colmaté.

Ces allures de commerces fermés, combinées au fait que les gens évitent naturellement de sortir aux heures les plus chaudes de la journée ou longent méthodiquement les murs ombragés donnent une impression de ville vide, désertée. Pourtant derrière chaque porte, il y a de la vie et de l'air climatisé, il suffit d'oser la pousser.

Chaque lieu habité est comme une oasis dans ce désert de sable.

Les yeux se brident et les visages sourient, les peaux se tendent et sont plus mates, les voiles et les robes fleuries apparaissent, les hommes sont parfois coiffés de casquettes en feutre.

La curiosité envers les cyclistes européens que nous sommes grandit considérablement.

Pas de doute, ce coup-ci nous avons véritablement changé de continent !

Ce matin là, nous venons de donner nos premiers tours de pédales en Asie Centrale.


A peine quelques heures, quelques kilomètres, quelques expériences et nous aurons compris que vouloir pédaler dans le désert au mois de juillet, ce n'est pas gagné !

On pourrait évaluer ainsi notre faible autonomie :

- entre deux zones ombragées : 20 minutes

- entre deux endroits climatisés : 2 heures

- entre deux douches : 12 heures

- entre deux siestes : 6 heures

- entre deux gorgées d'eau : 15 minutes

- entre deux gorgées d'eau fraîche : 3 heures

- entre deux cornets de glace : 4 heures

Aussi, si nous ne voulons pas mourir lyophilisés et réussir à rejoindre des contrées plus montagneuses avant la fin de l'été, il va nous falloir optimiser cette traversée estivale du Kazakhstan.

Le réseau ferroviaire offre cette opportunité à merveille mais encore faut-il en comprendre les horaires mais ça, c'est une autre histoire que nous vous raconterons plus tard !

18
juil
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Publié le 20 juillet 2022

Le Kazakhstan c'est géant : neuvième plus grand pays au monde.

Logiquement, l'heure n'est pas la même dans tout le pays. Après tout, on pourrait vivre au rythme du soleil et simplement adopter l'heure locale mais l'affaire se complique lorsque l'on veut prendre un train et surtout être à l'heure sur le quai !

+1h, -2h, +30 minutes, heure de la capitale Noursultan en référence, heure locale du point de départ ou heure locale du point d'arrivée ?

On n'a pas tout saisi.

Comprendre les horaires sur un billet de train n'est pas chose aisée... D'autant plus, qu'il faut non seulement comprendre l'heure du départ du train mais aussi l'horaire auquel il faut être sur le quai (jusqu'à 1h30 avant parfois !) pour charger les bagages et s'installer.

Détail de taille quand on a 2 velos et 12 bagages... bien entendu, ces informations doivent apparaître sur le billet ou sur les panneaux d'affichage mais là encore, pour nous, c'est du chinois !

Comprendre les tarifs est encore une autre histoire...

Un vrai casse-tête Kazaque !

Pourtant, ici, tout le monde semble s'y retrouver. On a donc imaginé les petits Kazaques s'exercer à de tels problèmes et ce, dès l'école maternelle.

Énoncé du problème :

Bruno et Lara, deux petits touristes accompagnés de leurs vélos traversent le Kazakhstan en train.

Ils embarquent tout d'abord à Aktau à 09h05, heure locale, le 14 juillet pour arriver à Beyneu après 9h de voyage et 464 km parcourus.

Ils voyagent en couchette 2ème classe sur ce trajet.

Ils repartent 24h et 30min plus tard pour rejoindre Aralsk et parcourent ainsi 852 km supplémentaires en 13h27.

Pour ce trajet pour lequel ils n'ont pas de billet, ils se partagent une couchette en 3ème classe en versant un bakchich au prodovnik, le chef de wagon.

Ils repartent ensuite d'Aralsk à 6h27, heure locale, soit 22h18 après y être arrivés pour rejoindre Turkistan en 14h36 de train. Ils disposent d'une couchette en 2ème classe chacun pour ce voyage de 742 km.

En arrivant, ils doivent enlever une heure à leur montre pour se mettre à l'heure locale.

Ils quittent ensuite Turkistan le lendemain à 15h59 pour rejoindre Chimkent en 3h52 de train dans une couchette 3ème classe. 171 km de plus au compteur.

Vous suivez ?!

Enfin, ils tentent de repartir de Chimkent à 5h53 le lendemain matin mais se font refouler et restent sur le quai comme deux couillons (avec les vélos, ça fait quatre !) avec leurs billets à la main...

(Billets non remboursables... mais n'en tenez pas compte pour vous simplifier un peu la tâche !)

La suite est une histoire de fou mais vous verrez ça à votre prochain cours d' "Education civique & savoir vivre". Le titre de la leçon sera "Entraide et solidarité Kazaque".

Sachant qu'Aktau se situe à l'extrême Ouest et que Tachkent se trouve à l'extrême Sud-Est du pays. (Quatre fuseaux horaires officiels mais deux heures différentes officieusement)

Quel jour et à quelle heure, Bruno et Lara arrivent-ils à destination ?

Convertissez votre réponse en heure locale du point de départ, heure locale du point d'arrivée mais aussi en heure de référence du pays.

Combien d'heures de train ont-ils dans les pattes après ce grand voyage ?

... même eux ne le savent pas !!

Sachant qu'une couchette en 1ère classe coûte environ 49 Ť/km, qu'une couchette 2ème classe revient à 14,5 Ť/km et qu'une couchette en 3ème classe coûte 7 Ť/km.

Sachant qu'aucun supplément n'est demandé pour les vélos.

Sachant aussi que le montant d'un bakchich se chiffre à la tête du client et dépend de l'humeur du "prodovnik".

Combien leur aura coûté approximativement ce voyage ?

Vous pourrez donner votre réponse encadrée dans une fourchette de tarifs possibles, pour le couple, puis par personne. Exprimez ce montant en tenge (Ť), en euros (€) et en dollars ($).

N'oubliez pas de rédiger des phrases pour donner chacune de vos réponses.

Bon courage et bon voyage !

(Souvenir de Georgie)

Ps: Notez (qu'exceptionnellement !) cet exercice scolaire, vous sera très probablement utile dans votre vie future et qu'il ne sera pas simple de réfléchir à toutes ces questions quand votre cerveau sera tout ramolli alors que la température atteindra 48 degrés à l'ombre en plein mois de juillet !

Alors ? A vous de jouer !

22
juil
22
juil

Chimkent, 5h00 du matin.

Nous venons de traverser la ville encore endormie à la lueur de nos frontales. Lorsque nous arrivons sur le quai de la gare, nous même à moitié réveillés, il fait encore bien sombre.

Quelques personnes terminent leur nuit, allongées sur un banc, d’autres attendent patiemment leur train qui n'est pourtant prévu que dans deux heures. Les kazaques sont toujours en avance lorsqu'il s’agit de sauter dans un train !

On échange les banalités classiques. «D'où venez-vous ? Aimez-vous le foot ? Êtes-vous mariés ? Quel âge avez-vous ?»

Alors qu’on a presque fait le tour des présentations, notre train ne tarde pas à faire retentir son sifflement et à pointer son nez. Nous sommes à présent rodés, c’est le sixième train dans lequel nous allons grimper au Kazakhstan en l’espace de 5 jours. Celui-ci nous mènera à Tashkent en Ouzbékistan. Les sacoches sont toutes retirées, la cordelette qui nous sert à ligoter les vélos à la verticale entre deux wagons est délovée, notre téléphone prêt à dégainer nos billets électroniques. Le temps d’arrêt peut varier de quelques minutes à plus d’une heure mais là encore, nous n’avons pas tout saisi, alors il vaut mieux ne pas trop traîner.

Le train stoppe sa course et la prodovnik de notre futur wagon saute sur le quai. Elle a à peine le temps de nous apercevoir qu'elle déclare que pour nous, c’est d’accord mais que pour les «velocipèdes», c’est «nieto» ! Elle nous invite donc à monter dans le train en laissant les vélos sur le quai. À notre tour de lui dire que : «Désolé mais là, c'est niet» !

Zut, nous aussi, on peut le faire… Un partout, balle au centre !

S'en suit une partie enflammée de «ni oui ni non» mais avec toutefois beaucoup plus de «non».

On sort alors le grand jeu : notre bon ami polyglotte, «Google Trad». Ce dernier tente alors d'expliquer à l'employée de la société de chemin de fer que nous avons déjà parcouru plus de 2000km en train à travers le Kazakhstan accompagnés de nos vélos sans soucis, celui-ci sera le dernier. La riposte ne tarde pas à arriver et l’interprète en ligne nous informe que ce train étant plus rapide et plus étroit que les autres, la règle est différente. Dans le Talgo, pas de vélo.

Si on change les règles en cours de partie aussi…

On sort alors notre plus bel atout : LA photo de nos deux bicyclettes bien rangées dans le train précédant. «Vous voyez, ça fonctionne !»

Le joker «illustration» ne fait aucun effet sur notre adversaire et les «nieto» s’intensifient encore. On tente le chantage version Monopoly : «Mais quand même, on a payé !!!»

Comme si tout pouvait s'acheter… Y compris la sympathie d'une prodovnik à l’air sévère. On joue ensuite la carte «yeux de cocker» espérant lui faire pitié : «Mais on ne peut pas pédaler avec cette chaleur, vous comprenez ?!» Échec cuisant. Pendant ce temps, l'heure tourne. Elle joue la montre : on est battu, je m'y résigne.

Mauvais perdant, Bruno tente le tout pour le tout et se met en colère. Il hausse le ton et rapproche dangereusement son visage de l'autorité en question. Je le vois même sauter de force à l'intérieur du wagon quelques secondes avant le départ.

«Tu vas voir si je ne peux pas monter dans ton train !!» … Oups !

Je vais quand même pas rester plantée là, toute seule, sur ce quai avec tout ce barda pendant qu’il part poursuivre les vacances en Ouzbékistan !! On pourra même pas se téléphoner, on n’a qu’un portable pour deux !!

Ouf ! Pour mon plus grand soulagement, il se fait jeter sur le quai à temps, les portes se referment, un coup de sifflet et le train démarre. Parfois on perd… C'est la vie !

Reste à trouver une solution mais pour le moment, nous sommes un peu décontenancés.

Tous les trains qui passent la frontière sont-ils identiques ? Quand passera le suivant ? Y aura-il de la place pour nous ? Peut-on se faire rembourser nos billets ? …Et dire qu'on s’est levé à 4h du matin pour en arriver là…

Je tente de parlementer avec une caissière complètement hermétique assise derrière le guichet. Un seul mot à la bouche «nieto» ! Pas gagné cette histoire !

La suite est complètement surréaliste . Un couple de personnes un peu âgées (disons des gens un peu plus âgés que Bruno !) avec qui nous avions échangé quelques minutes avant l’entrée en gare de notre futur ex train vole à notre rescousse.

En quelques mots accompagnés de quelques mimes, ils nous expliquent que l'on va prendre un taxi jusqu'à la frontière Ouzbek (environ 150km) puis que l’on roulera en vélo ensuite jusqu'à Tachkent, ville relativement proche.

Un taxi ? Avec les vélos ?? Ils sont fous !!! Et puis un taxi se doit être hors de prix…

Oui, ils sont fous. Complètement fous de gentillesse et de bienveillance pour nous.

Sans que l’on ait le temps de nous préoccuper de quoi que ce soit, un taxi est commandé et une collecte est organisée.

Oui, oui, vous avez bien entendu : une collecte d'argent sur le quai. Comprenez par là que la dame et le monsieur en question s’approchent de chaque personne et de chaque attroupement sur le quai pour exposer notre situation. En moins de dix minutes, les billets circulent de main en main, les téléphones se rapprochent et des transferts d'argent, via une application, ont lieu. On ne sait combien de personnes ont-ils réussi à rallier à notre cause, tant tout se passe en un clin d’œil, avec discrétion.

Mais que font-ils ?? Impossible de les stopper dans cet élan de générosité, le budget est bouclé. Le taxi est là, il nous attend.

On nous propose même de nous acheter de quoi boire pour le voyage, on décline évidemment. Il ne manquerait plus que ça !

C’est toute un petite troupe qui nous accompagne à la sortie de la gare. Je n'ai déjà plus mon vélo en main, un jeune se charge de le conduire jusque sur le trottoir. Effectivement une voiture est là, coffre ouvert. Je ne peux m’empêcher de sourire quand je repense à la tête de Bruno quand il aperçoit notre futur taxi. Une berline.

Dans son regard, je lis ça : «Comment voulez-vous qu’on fasse entrer deux vélos dans une voiture pareille ?»

Par politesse, il ne dit rien et de toute façon dans cette histoire, nous n’avons rien à dire, juste à nous laisser conduire.

En quelques secondes, nos vélos sont chargés dans le petit coffre. Empilés l’un sur l'autre, une roue, le guidon et une partie du cadre qui dépassent. Le tout est ficelé, nos sacoches sont empilées sur la banquette arrière et on nous pousse à l’intérieur de la voiture dont le moteur tourne déjà !! C’était quoi déjà notre problème !?!

C’est tout juste si on a le temps de faire une petite photo souvenir avec nos bienfaiteurs du jour, en tout cas avec ceux qui sont là, les nombreux autres étant restés sur le quai pour ne pas rater leur train.

S’en suit environ 150km parcourus à 150km/h. Quand on sait que pour l’équivalent ou presque de la même distance, le voyage en train aurait duré 4h, c’est à se demander pourquoi on n’a pas penser plus tôt à demander à un chauffeur de taxi équipé d’une Renault Mégane de nous faire traverser le Kazakhstan en un éclair !!

Notre sympathique chauffeur nous déposera juste devant la douane Ouzbek, si la voiture était au calibre du portique de sécurité, sûr qu’il nous aurait même conduit plus loin encore !

On veut lui offrir à manger et aussi nos derniers « tinges », la monnaie locale qu’il va nous falloir échanger à présent contre des « sums ousbek ». Il décline fermement.

Une grosse heure plus tard, nous sommes arrivés à destination, Tachkent. On n’y croit toujours pas ! On est tellement en avance qu’on émet même l’idée d’aller attendre notre prodovnik préférée sur le quai car notre train va bientôt entrer en gare, après tout, on a nos billets ! La revanche, imaginez sa tête !

Parfois on perd, parfois on gagne et parfois on hallucine complet !

Happy end au Kazakhstan !

24
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Environ 41 h et 2229 km parcourus sur les rails à travers le Kazakhstan pour rejoindre l'Ouzbékistan... (...pour ceux qui auraient lâché l'affaire du casse-tête Kazaque de l'article précédent !)

Cinq jours de voyage en train, ça peut paraître un peu long et ennuyeux mais détrompez-vous, en chemin, on vit des choses très chouettes !

On a tout d'abord tout son temps pour apprécier le paysage. A la fenêtre, c'est toujours le même : désert à perte de vue. C'est à croire qu'on aime les choses monotones. Tout comme la forêt de Sibérie enneigée ce n'est pas très varié : du sable et un peu d'herbe sèche, parfois un lac de sel asséché et de temps en temps quelques chameaux qui bronzent...

On a aussi le loisir de bouquiner à volonté. Une liseuse pour deux, parfois l'un doit faire la lecture à l'autre.Guy de St Cyr et ses histoires à coucher dehors nous tiennent en haleine. Un vulcanologue se baladant entre des coulées de lave rouge, inhalant toutes sortes de gaz toxiques, jouant entre les projectiles brûlants, il n'en faut pas moins pour réchauffer l'atmosphère quand il ne fait que 49 degrés dehors !

Dans le train, on fait aussi de belles rencontres. Un "wagon lits" en 3ème classe, ça veut dire être à soixante personnes dans la même chambre à coucher et à soixante personnes dans la même salle à manger ou le même salon ! C'est convivial !

C'est un peu comme la promiscuité d'un refuge mais là, tu y restes nuit et jour. Le prodovnic tente de faire régner l'ordre et se contorsionne dans tous les sens pour passer le coup de balai quotidien entre les bagages et les pieds de chacun. Quel job ! Le "samovar" tourne à plein régime fournissant de l'eau bouillante à tous les voyageurs. L'odeur de soupe chinoise lyophilisée embaume tout le wagon.

Bonbons, beignets, melon, épis de maïs, thé, bouteille d'eau fraîche, lait de chamelle... Miam ! On reçoit des cadeaux gustatifs et nos estomacs sont plutôt ravis ! On est encore pas très au point sur les ravitos...

"Rarkmed" à tous et une fois encore Google Trad pour les échanges !

On dort aussi, bien calé dans nos couchettes. Comme tous les trajets sont longs, tous les trains ou presque proposent des couchettes et non des sièges.

Et sinon, lorsqu'on embarque dans un train sans billet, ça se passe comme ça :

La nuit c'est dans le rak à bagages que ça se passe ! C'est pas bien large mais quand on n'est pas épais, ça peut fonctionner ! Du coup, j'ai laissé ma place !

On fait des petits dessins même si parfois ça bouge beaucoup trop ! Le "tremblotant style", ça a son charme non ?

On écoute des podcasts sur tout plein de sujets divers et variés. Entre autres l'histoire de deux cyclovoyageurs qui sont partis d'Alaska pour rejoindre la Patagonie en plus de 2 ans et demi. On partage, c'est ici ! A chaque escale, on découvre aussi des choses incroyables : * Une mer avec davantage de serpents qui nagent que de baigneurs. La mer Caspienne nous rafraichira à peine !

* En pleine nuit, une station service d'autoroute peut faire office de formidable terrain de camping.

* Se lier d'amitié avec un chameau, c'est cadeau ! Ainsi, ce dernier nous expliquera pourquoi certains de ses copains n'ont qu'une seule bosse sur leur dos. Croisements effectués entre chameaux et dromadaires pour avoir un rapport optimal pelage (pour les basses températures hivernales et pour le lainage) et production de lait.

* Qu'au milieu du désert, l'eau peut couler à flot et qu'on peut y jouer comme des enfants !

* Improvisation musicale dans un jardin public.

* Contemplation d'un bien triste spectacle : une mer quasiment entièrement asséchée par le détournement successif de deux grands fleuves, utilisés aujourd'hui pour l'irrigation des cultures intensives de coton.

Plus d'eau pour les poissons de la mer d'Aral, plus de poissons pour les pêcheurs de la mer d'Aral, plus de pêcheurs pour les bateaux de la mer d'Aral...Véritable cimetière marin.

* Devenir les invités d'un jour ! Petit dej' et visite guidée à Aralsk... What else ?!

* Découvrir comment se faire refouler d'un train peut se transformer en une histoire de fou ! (Article précédent)

* Déguster des "Samsas", chaussons, cuits collés aux parois de fours en terre sèche.

Quel labeur pour leur fabrication : le nez dans le four alors qu'il fait si chaud dehors. Les décoller des parois brûlantes sans les faire tomber est tout un art pour lequel il faut manier baguette en métal et épuisette avec brio !

* Rencontrer en Ouzbékistan nos toutes premières pistes cyclables depuis le début du voyage. Comme quoi ! Bon... Pour les jonctions à chaque intersection mieux vaut savoir lever la roue avant !

* Déambuler au bazar local :

* Enfin, rester scotchés devant des monuments grandioses et éblouissants de par leurs couleurs, leurs architectures et leurs histoires. Turkestan, la petite sœur et Samarcande la magnifique !

Ce soir là, on aurait pu rester des heures à admirer ce mausolée à la lumière des projecteurs.

Quel spectacle !

Il est temps à présent de se remettre en selle et de prendre un peu de hauteur.

Après tous ces jours dans la civilisation dense, aussi riches soient ils, je crois qu'on a tous les deux comme une envie qui se précise de fuir la chaleur, de retrouver des contrées un peu plus sauvages, de revoir des montagnes et aussi de bivouaquer où bon nous semble.

La route continue toujours plus à l'Est... Une fois encore la prochaine destination se termine en "stan", alors ?

Le pédalistan a encore sans nul doute de belles choses à nous offrir !

28
juin
28
juin

Un texte qui date de quelques semaines déjà mais reste d'actualité...

Sauter toutes ces frontières, passer d'un pays à un autre et d'une civilisation à ses voisines me renvoie à ce constat :

C'est assez fou comme l'Humain ne fait pas dans la demie-mesure.

C'est tout ou rien. Il adore ou il déteste, bon ou mauvais, virevoltant d'un extrême à un autre, constamment... non sans être influencé par les "bonnes manières", les "règles de conduite" et une "pseudo morale" sortie d'on ne sait où.

En l'espace de quelques kilomètres, tout change brutalement. On ne parle plus la même langue, on n'utilise pas la même monnaie, les maisons sont bâties différemment, on achète des véhicules différents, on ne boit pas et on ne mange pas les mêmes choses, on croit en un dieu autre... sans transition aucune.

Si souvent, on nous interpelle, on nous accueille très chaleureusement, on nous invite, on nous offre à boire ou à manger et quand ce n'est pas le cas... on nous ignore littéralement : pas un bonjour, pas un sourire, pas même un regard parfois... rien, nada, nieto !

Quand bien même dans la froideur, on se déciderait à nous parler, à la simple évocation du mot "France" et là encore ça peut changer du tout au tout ! On nous aime ! C'est vrai un peu partout mais d'autant plus en Arménie. La France... Nous sommes pourtant en tout premier lieu de la même espèce... Humain.

De "je t'admire" à "même pas je ne te calcule", il n'y a, semble-t-il, pas tant de degrés intermédiaires. En somme, il n'y a qu'un pas, c'est dire si ces extrêmes ne sont finalement pas si extrêmement éloignés !

Au volant, le constat est d'autant plus évident... Soit on te frôle et on manque de justesse de t'applatir, soit on te fait des grands signes sonores ou visuels, souvent les deux, pour te saluer, t'encourager et on s'écarte démesurément...

De ces femmes si peu présentes et qui réapparaissent subitement. De l'ombre profonde à la lumière peut-être excessive. Des djellabas où rare sont les bouts de peau qui dépassent aux images de corps dénudés placardés sur certains murs. Aux multiples salons de beauté qui offrent des ongles colorés démesurément longs, aux chevelures bien cachées sous les voiles et aux salons de coiffure où toutes ces nanas avec des papillotes en aluminium sur le crâne attendent que la chimie fasse effet. Quand ce n'est pas la chirurgie pour d'autres...

Du corps à cacher au corps objet... Et sinon, on pourrait pas juste faire simple ?

De ces cafés dépouillés et calmes, exclusivement masculins, où les hommes chapelets à la main regardent le temps filer à ces bars bruyants où des pin-ups servent des breuvages à ces pourtant "mêmes" mâles... ah non, pas exactement les mêmes... histoire de religion, parait-il.

Et qui dit que ces derniers ne les négligent pas autant si ce n'est plus ?

Et qui du plus lourdot, celui qui t'ignore complètement parce que tu es une moins que rien ou celui qui te pose sa main aux fesses, rien de moins ?

A propos de verres, évoquons leurs contenus et la nature des liquides. Là aussi, c'est intéressant. Boire, en voilà un point commun à l'humanité. Avec modération, disent même certains hypocritement...

Des pays musulmans où l'on sirote du thé en quantités démesurées à longueur de journée et où si l'alcool est pourtant présent, il en reste néanmoins tabou. Comment expliquer qu'il faille faire le tour d'une ville entière pour dénicher une canette de bière dans LE magasin officiel de boissons alcoolisées que probablement tout le monde sait situer mais que personne n'ose indiquer clairement ? Comment se fait-il que personne n'achète de bière, que personne n'en boive mais que les fossés de bord de routes soient remplis de bouteilles de bières... vides.

Oui oui, à vélo, on voit tout ;)

Pour vivre heureux, vivons cachés. Buvons la nuit en bagnole et balançons les bouteilles par la fenêtre !

A quelques pas de là, quelques kilomètres plus à l'Est, les bouteilles d'alcool en tout genre sont exposées tel des trophés dans les vitrines des supermarchés. C'est à croire que ces gens-là mangent plus liquide que solide. Vodka en tête de gondole, si tu ne bois pas, tu n'es pas un homme !

Merde alors... Chez vos voisins, on était des mécréants !

Être obligé de boire jusqu'à tomber raide ? Les traditions, nous dira-t-on... ah bon, alors...

On trinque aux rencontres, à la paix, à la bonne santé, à l'argent, aux enfants, aux morts à la guerre, aux voisins, au soleil, aux récoltes, et puis quand on manque d'idée... aux femmes : ça n'en finit jamais !

Comment déjouer le piège ?

Pour t'en sortir vivant, vide trois verres sur cinq sur tes pieds ! Aucune civilisation ne semble voir d'un mauvais œil celui qui finit la soirée les pieds mouillés ! ... Bien que, ce soit encore à vérifier.

Que dire encore de ces petits villages isolés, de ces longues pistes défoncées pour y accéder, de ces maisons au sol de terre battue, de ces rues boueuses et bouseuses, de ces gens qui vivent de la manière la plus basique qui soit, sans eau courante et avec tout juste un peu d'électricité. Travailler la terre pour manger, souvent ne pas vivre bien vieux... 2000 mètres d'altitude, l'hiver ça doit être rude.

Quelques kilomètres à peine à vol d'oiseau, juste sur l'autre versant de la même montagne : une station de ski.

Hôtels de luxe, remontées mécaniques, belles bagnoles, économie du loisir et du superflu.

Une dame à quatre pattes, devant le cinéma, un petit couteau à la main, en train de racler un peu de terre entre deux pavés et de couper trois pauvres brins d'herbe qui y poussent. Ça fait désordre un peu de verdure sur ce béton.

Tout le monde sur son téléphone, dans sa voiture, pressé par le temps, guidé par l'argent, pris dans le flot.

Décidément, pas de demie-mesure pour l'être humain.


25
juil
25
juil
Publié le 12 août 2022


En ces temps où les montagnes tendent à s'écrouler...

À l'approche de la capitale d'Arménie,  une petite équipe de tournage nous met le grappin dessus.  Quel opportunité,  deux cyclos pour égayer un reportage sur un bled de la périphérie d'Erevan. Vite, le trépied de la caméra  est déplié quasi au beau milieu de la route,  il ne s'agit pas qu'ils nous filent entre les doigts se dit le réalisateur !  

Ce probable passage aux infos locales me ramène à celui effectif d’un de ces jours d'août de l'été 2017. Nous nous bidonnions dans notre tente tel deux vers dans nos duvets de ce camp spéléo des Picos de Europa : « ça ne te démange pas un peu partout toi ? bah, c'est p't'être qu'on est craspouilleux à force de se traîner dans ces innombrables méandres. Les jours d'après sous la yourte commune « ça ne vous gratte pas vous aussi ? «  je m'adressais naïf au reste de l'équipe.  Ben non… De retour à la civilisation,  le verdict tombait après une entrevue chez le toubib. La gale, brrrrr… Il nous administrait quelques comprimés à reprendre sous huitaine. Par précaution, j'en informais la médecin de la boutique avant de reprendre l'encadrement d’un stage. Collectivité rimait avec fort risque de contagion. La sentence fut alors 15 jours d'arrêt maladie par ces belles journées estivales !

Des boutons, aussi nombreux soient-ils, ont-il déjà empêché la pratique de la varappe ? Tiens, cette belle face nord du Piz Badille là-bas semble être en condition.

Nous allions être témoins de l’un des plus importants écroulements de nôtre bonne vieille planète. 3 500 000 m³ de rocs collapsaient littéralement sous nos yeux, à quelques kilomètres à peine et pile en face, alors que nous n’étions qu'à mi-paroi ( https://laraamoros.blogspot.com/2017/10/spectacle-son-et-lumiere-pour-une.html?m=1  ).

Après avoir rejoint le sommet, puis le pied de notre montagne et enfin le refuge,  c'est par la voie des airs que nous étions détournés au village par les autorités. « Pour vôtrre vaan, on verrah aprês, la route à été toute emmportée…». Même si ce dit village avait été promptement évacué dans les règles de l'art, les experts du coin s'en doutaient, une effervescence toute particulière régnait sur la place devant la mairie. À peine sortis de l'hélico, une journaliste,  un caméraman et un preneur de son nous sautaient dessus : « âlorhs,  komment c’était là-haut ? »

On avait du faire le 20h. 

Fin de la mise en quarantaine, je reprenais mon emploi et me prenais une remarque de la part de ma directrice : « Je vous ai vu à la télé… vous étiez en arrêt n'est ce pas … ça ne se fait pas… bala, bala, bala… »

Ou comment l'assimilation à un arrêt dicté par un professionnel de la santé devient règle sociale communément admise qu'il ne faut pas bouger de chez soi car l'administration compétente pourrait éventuellement venir vérifier que vous êtes bien à compter vos boutons sous votre couette, s'agirait pas qu'il y'en ait un qui s'échappe !!! 

Heureusement que je n'en étais pas à ma première dans ce registre 😋…


Bruno

14
août
14
août
Publié le 15 août 2022


Trois mois sur la route c'est :


◇ 8 pays 🇮🇹 🇬🇷 🇹🇷 🇬🇪 🇦🇲 🇰🇿 🇺🇿 🇹🇯

◇ 3102 km 🚲

◇ De belles rencontres encore et toujours 🙋🏽‍♀️

◇ 1 maximum à 62 degrés 🥵

◇ 1 minimum à -2 degrés 🥶

◇ De chouettes découvertes 🕌

◇ 2 mers 🌊 1 désert 🏜 des montagnes 🏔

◇ Des paysages magiques 🏞

◇ 1 avion ✈  6 trains 🚂 5 taxis 🚕

◇ 3 cols à plus de 4000 mètres d'altitude ⏲

◇ Des bivouacs trop canons 🏕

◇ 1 sauvetage de chien 🐕

◇ Des journées raplapla 🤒

◇ Des petits dessins ✏

◇  Trois gouttes de pluie ☔

◇ 92 litres d'eau à filtrer 🍼

◇  29 journées en tongs 🩴

15
août
15
août
Publié le 15 août 2022

Pistes cyclables, voies vertes, eurovélo, vélodysée... Certains de ces tracés suivent d'anciennes voies de chemin de fer, d'autres reprennent d'anciens chemins de halage le long d'un canal et d'autres encore longent les berges d'un fleuve. Ces itinéraires réservés aux deux roues ont fleuri, un peu partout ces dernières années, pour le plus grand bonheur des petits et grands équilibristes à deux roues.

La route de nos vacances est parfois plus large mais souvent bien moins carrossable et nous devons aussi la partager avec quelques rares "machines", comme on dit ici, et aussi parfois avec quelques animaux.

Cet itinéraire un peu fou serpente au beau milieu du massif du Pamir, il remonte d'interminables vallées, gravit des cols en altitude, franchit des montagnes, traverse des hauts plateaux, longe des lacs et saute des rivières.Il mène à la grande nature, belle, sauvage, rude et aride...

La "Pamir highway", ou route M41, est cet axe qui relie le Nord Est de l'Afghanistan à Douchanbé au Tadjikistan puis à Osh au Kirghizistan avec à mi-chemin, une bifurcation menant à la frontière chinoise. Aujourd'hui quand on parle de la "Pamir Highway", c'est au tronçon Douchanbé-Osh auquel on fait allusion.

Elle a été construite sous l'ère soviétique dans les années 40 en un temps record. On évoque une centaine de jours à peine pour la partie Douchanbé-Khorog, soit près de 500 km, c'est à dire une avancée d'environ 4km par jour. Vu le relief géologique et les moyens supposés de l'époque, c'est juste lunaire !

À cela doit-on ajouter que bien que soutenu par le gouvernement de la république soviétique, le chantier a été réalisé dans un effort commun et collectif ("khashar", effort mutuel en persan ) comme c'est seulement imaginable dans des états communistes !

C'est aujourd'hui un des réseaux routiers principal du Tadjikistan même si l'aspect de la route peut parfois sembler bien éloigné de celui d'une nationale tel qu'on se l'imagine ! Principalement fréquentée par des poids lourds chinois chargés d'énormes containers, on peut également y croiser quelques 4x4 faisant office de taxis et aussi... quelques vélos !

La "Pamir Highway" est très certainement un rêve pour beaucoup de cyclovoyageurs. Elle est pour certains, qui viennent spécialement la parcourir, un réel objectif à elle seule. Pour d'autres, elle est une étape de taille dans un voyage au plus long cours en Asie Centrale.

Une parenthèse.

Un voyage dans le voyage. Nous ne sommes pas encore de grands cyclovoyageurs mais cette route à travers les montagnes du Pamir nous faisait rêver.

Cyclorêveurs, cyclovoyageurs... Peut-être qu'au terme de cette épopée sur cet itinéraire mythique, serons-nous un peu des deux ?!

Brut mélange d'asphalte décrépis, de nids de poule géants, de terre battue, de sable, de gravier, de galets, de tôle ondulée, de flaques, de passages à gué, de vents durement établis, de poussière qui vole, elle met voyageur comme matériel à rude épreuve sur plus de 1000 km.

Suite à des affrontements armés, plus ou moins récents, entre Tadjiks et Kirghizs, la frontière entre ces deux pays est désormais strictement fermée. Impossible donc de parcourir les deux cents derniers kilomètres de la célèbre route se trouvant en Kirghizie. Dommage...

Pour autant, une fois la déception passée et après réflexion, ce nouveau paramètre s'avère finalement être une sacrée aubaine.

Quand une traversée des montagnes du Pamir se transforme en une boucle, cela signifie que l'on passe deux fois plus de temps dans ces paysages splendides, davantage de jours en altitude et que l'on reste plus longtemps au cœur du massif.

Afin de ne pas emprunter le même chemin à l'aller qu'au retour, on se met alors en quête de variantes et de vallées habituellement délaissées, de pistes peu parcourues, de chemins plus que de routes à proprement parler. On prend alors des voies beaucoup moins carrossables où les véhicules motorisés disparaissent parfois complètement.La "Pamir Highway" est à réinventer !

Autre avantage à cette frontière condamnée, il n'y a plus aucun camion à destination du Kirghizistan sur la M41 et seuls quelques poids lourds chinois empruntent toujours une partie de l'itinéraire mais là encore, covid oblige, leur nombre est beaucoup plus restreint qu'habituellement.

Les quelques véhicules de touristes, quant à eux, contraints de faire l'aller-retour par la même route se font également plus rares. Nous n'en croiseront aucun.

Bref, la route est libre.

À nous la "Pamir Highway" !

Nos passeports tamponnés, il nous faut maintenant également composer avec un délais de trente jours maximum dans le pays, créneau déjà quelque peu grignoté par le temps de rejoindre Douchanbé depuis Samarkand et un peu de logistique sur place :

S'alléger de ce qu'il peut rester de superflus dans nos sacoches et effectuer les quelques démarches administratives nécessaires pour entrer officiellement dans la région du Pamir.

Permis GBAO en poche, courses pour être un peu autonomes en nourriture, taxi rudement négocié et partagé avec trois autres cyclos.

Vélos ficelés sur le toit, excitation à son comble, c'est parti pour 17h de voyage : Pamir en ligne de mire !

C'est à Khorog que débutera notre épopée Pamirienne ! À la classique M41 plus directe, nous préfèrons tout d'abord emprunter le chemin des écoliers : la Whakan valley (en bleu sur la carte !).

Cette interminable vallée remonte sur plusieurs centaines de kilomètres la rivière Panj, énorme cours d'eau et frontière très naturelle entre Tadjikistan et Afghanistan. Les eaux grises sont déchaînées et les vagues parfois gigantesques.

Nous remonterons plusieurs jours durant ce corridor dans lequel le vent s'engouffre avec fureur chaque après-midi. Pour notre plus grand bonheur, il souffle dans notre dos et ça file parfois à toute vitesse !

On peut profiter ainsi du panorama sur les grands sommets enneigés de l'Indu Kouch et saluer de temps à autres les afghans sur la rive opposée. Côté Tadjik, ce sont les militaires qu'il faut "saluer" à intervalle régulier. Checkpoints et patrouilles qui se baladent en permanence, arme à la main et œil fixé sur les Afghans bien occupés, quant à eux, à vaquer aux simples tâches de la vie quotidienne !

Quelques petits villages ou simples hameaux rencontrés égayent le trajet.

Des enfants qui courent à nos côtés ou qui pédalent quelques centaines de mètres avec nous, des paysans au retour des champs tout sourire qui nous saluent, une micro boutique et une boisson fraîche à se mettre dans le gosier !

Après quatre jours à jouer aux montagnes russes le long des flots, on quitte la vallée principale pour prendre de la hauteur et aller à la rencontre des montagnes Tadjiks.

Adieu l'asphalte ! Bonjour le sable, les cailloux et la tôle ondulée !L'altimètre grimpe et les pédales moulinent....

À 4300 mètres d'altitude, tout le monde stoppe sa course : Voilà un premier col dans la poche ! En short et en jupette s'il vous plaît !

Le paysage s'ouvre plus largement et chaque virage est une jolie surprise à condition de pouvoir lever le nez de son guidon !

La descente s'avère être presque plus exigeante que la montée : Piste raide, caillouteuse et grand plat dans lequel on s'ensable copieusement.

De la tôle ondulée de qualité supérieure fait suite et nous mène de lac salé en lac salé... Dommage, on avait justement une grande soif !

Il faudra encore patienter quelques dizaines de kilomètres...

Enfin un dernier virage et une surprise de taille nous attend : noire, lisse et chaude.

Aurait-on pu un jour imaginer que retrouver du goudron provoquerait en nous une si grande joie ?

Bien que défoncée et au dénivelé largement positif, on se laisse porter par l'enthousiasme de l'asphalte retrouvée (et aussi par la soif !) le long de ce tronçon de la M41 que nous venons de rejoindre (en jaune sur la carte !).

Du vélo jusqu'à ce qu'il fasse nuit noire suivie d'une grande étape de cent kilomètres au milieu de paysages incroyables, sur cet immense plateau, le lendemain nous mène jusqu'à LA ville du coin : Murghab.

Changement de décor : C'est par une grande plaine verdoyante et humide que l'on rejoint la civilisation.

Un ultime checkpoint et contrôle de nos passeports. Il ne s'agirait pas que l'on soit deux afghans déguisés en cyclistes ayant traversé la Panj à bord de nos pédalos pour venir acheter deux cannettes de bières à Murghab !

Douche chaude, lits, bières (justement !), soupe et emplettes au bazar local.Changement d'ambiance, ici on porte des chapeaux en feutre et des foulards fleuris, on vend fromage et viande à l'intérieur de yourtes en béton (!) et un village de containers décrépis abrite tout plein d'autres petites boutiques.

Ce petit bazar est un vrai spectacle dans lequel on serait tenté de déambuler des heures.

Les sacoches reremplies de ce qu'on a pu trouver à acheter au container épicerie et c'est reparti ! La M41 fait une grande courbe vers le nord en direction du Kirghizistan.

À présent, le vent est contre nous et il va bien falloir s'y résoudre. Sauf imprévu ou conditions climatiques exceptionnelles, le vent dominant et nous, serons désormais à contre-courant !

La route pour la Chine ayant bifurquée à droite, on a la M41 juste pour nous ! Plus un camion et deux ou trois voitures par jour tout au plus !

Pas un chat et pas un chinois, pourtant la Chine et sa grande muraille de barbelés sont à quelques mètres à peine ! Des kilomètres et des kilomètres de poteaux et de clôtures plantés au milieu de ce no man's land minéral.

Sait-on jamais qu'un Tadjik veuille aller cueillir un caillou sur ce flanc là de la montagne ! Vu la taille du pays, si tout le périmètre est barricadé ainsi, ils ont intérêt à être nombreux les planteurs de poteaux chinois !

La route se redresse peu à peu, la terre et la poussière reprennent leurs droits sur l'asphalte et quelques épingles s'enchaînent.

Ak Baïtal en vue !

Un joli col à 4660 mètres. Qui aurait dit qu'on grimpe un jour si haut... à vélo !?

L'idée nous vient alors qu'on a, enfouis au fin fond de nos bagages deux paires de baskets. Et si on les emmenait se balader un peu ? Des globules plein les sacoches, c'est le moment d'en profiter !

Un peu de marche à pied pour se dégourdir les gambettes et rejoindre cette crête haut perchée. L'alti affiche 4900 mètres.

La barre du "record" annuel est dépassée mais croyez-le ou non, cette presque traditionnelle virée estivale à 4810 mètres ne me manque pas du tout.

La cohue de guides, les refuges blindés et les cailloux qui dégringolent encore moins !

Y retournerai-je, je me le demande à cet instant...

Sur mon vélo, je me nourris parfois néanmoins de ces belles journées d'avril qui ont précédé notre départ. Atlas marocain, sierras espagnoles, caillou chaud, calme, tranquillité, sourires et bonheur d'être là...

En écrivant ces lignes, je pense aussi inévitablement à Marine, déjà un mois ; à Adèle, quelques jours à peine... Chutes fatales encordées à leur client(e). Des vies parties en poussière en montagne mais surtout au travail.

"Métier passion", le mot est beau mais le jeu n'en vaut largement pas la chand'elles...

Cette grande descente dans une tôle ondulée impeccablement sculptée me sort de ces sombres réflexions. Se faire secouer de la sorte est non seulement désagréable mais il semblerait que cela accentue irrémédiablement les effets de l'altitude. Un mal de tête tenace s'installe !

C'est un peu sonnés que nous crloisons nos premières yourtes et apercevons nos premiers yaks au loin. Avec ces nomades là, nous nous observons un moment, incrédules. Je ne sais pas qui prend le plus l'autre pour un extra-terrestre !

Quelques dizaines de kilomètres plus tard, il est temps de quitter à nouveau la M41 pour se jeter à corps perdu dans la grande nature sauvage.

La Bartang valley (en rouge sur la carte !) mériterait un récit à elle seule. De vagues traces de roues dans la pampa, une vallée mal définie, un cours d'eau qu'il faudra parfois traverser...

Ici le goudron n'est plus qu'un très lointain souvenir, les ponts sont en option et mieux vaut avoir fait ses provisions de nourriture et de carburant avant de s'engager plus profondément dans la Bartang.

Pour peut-être la toute première fois depuis le début du voyage, nous roulons vers l'Ouest !

Le soleil nous réchauffe le dos quand nous pédalons aux premières heures du jour où la gelée blanche est encore installée. L'après-midi, il nous brûle le nez et nous le poursuivons jusqu'à installer notre bivouac et le voir jouer à cache-cache entre les sommets, pour finalement disparaître derrière l'horizon acéré.

Le vent, quant à lui, est ici désespérément établi, il nous souffle de reprendre notre chemin vers l'Est ! En milieu de matinée, il se réveille timidement puis par quelques bourrasques s'installe confortablement jusqu'en milieu de nuit. Il lève alors la poussière, le sable, il assèche la peau, la bouche, il pique les yeux. Il ralentit les cyclistes qui tentent de se frayer un chemin à contre-vent, il secoue la toile de tente et vient perturber la flamme du réchaud.

Après quelques jours sur ce grand plateau à pédaler entre 3800 et 4000 mètres, nous plongeons dans la vallée à présent mieux dessinée. Coulée de boue durcie, pont écroulé, passages à gué nombreux, champs de galets, avalanches d'éboulis qui ont envahie un bout de piste, blocs qui ont degringolés, chemin trop raide et trop caillouteux, route parfois rongée par les eaux en furies.

Il y a quelques fois tout juste de quoi laisser l'espace pour le passage d'un vélo et on comprend mieux pourquoi ce sentiment de solitude se ressent si fort ici.

Pas de village à des kilomètres, pas de nomade en estive, le haut de la vallée est isolée, comme coupée du reste du monde. Quel privilège !

Dire qu'il suffirait de se laisser glisser le long de la vallée, de suivre les flots de la Bartang ne serait pas vraiment réaliste. Bien que majoritairement descendant, il faut ici être présent à tout moment. Les yeux rivés sur les quelques mètres à venir, concentré sur où va passer sa roue avant et tonique pour maintenir le cadre dans l'axe de sa trajectoire.

En montée, on guidonne, on mouline, on souffle. En descente, on se cramponne aux freins, on tente d'amortir les chocs trop nombreux et de se frayer un chemin entre les obstacles en maintenant un équilibre plus ou moins précaire.

Serait-ce cela que l'on appellerait le vélo tout terrain ?

Une fourche avec amortisseur nous aurait très certainement bien soulagé les poignets. Pour autant, bien qu'ayant parfois la sensation d'être dans un shecker, on ne lâche ni guidon ni l'affaire ! Une fois n'est pas coutume !

Dans une grande descente, j'enfilerai même mon casque. Si on quittait nos tongs, on ressemblerait peut-être même à des vttistes !

Une fatigue (bien crevante) accompagnée de quelques problèmes gastriques (bien emmerdants) me videront de toute mon énergie quelques jours durant. Je ferai mon possible durant une semaine pour avancer d'une distance correcte chaque jour, dans cette vallée qui me semble de plus en plus interminable, jusqu'à ce qu'une pause d'une journée s'impose.

Dur cependant de reprendre des forces quand il n'y a rien à manger. Nous avons cinq jours d'autonomie et en avançant plus lentement que prévu cela s'avère être un peu léger.

Je pédale au ralenti, je pousse parfois le vélo dans les montées ou dans les descentes trop techniques mais je teste quand même un truc assez génial, le VAM : vélo à assistance musculaire.

C'est assez simple, il suffit d'un vélo, d'une meuf complètement carpette et de son copain qui pousse tout ça !

Et dire que le soir, ça écoute des podcasts féministes... Au secours !

Le retour à la civilisation est lent, progressif, réconfortant... Premier signe de vie humain, une yourte inoccupée puis quelques dizaines de kilomètres plus loin, une bergerie perdue au milieu de nulle part et une poignée de personnes qui y passe l'été avec leurs troupeaux.

Une centaine de kilomètres plus tard, un tout premier village sans véhicule et sans boutique mais déjà une invitation à partager le thé.

Il faudra encore attendre une quarantaine de kilomètres supplémentaires pour reremplir notre garde manger en s'offrant deux paquets de pâtes dans une épicerie qui n'a de l'épicerie que l'appellation !

Peu à peu les habitations se font plus nombreuses, plus élaborées, les jardins sont agrémentés de fleurs, les premiers véhicules motorisés réapparaissent et la tôle ondulée qui y est associée.Les invitations se multiplient, on ne peut toutes les honorer.

De fil en aiguille, le chemin s'élargit pour devenir une route et, cerise sur le gâteau, une dizaine de kilomètres avant de sortir de la vallée et de rejoindre la M41, l'asphalte réapparaît comme par enchantement. Évidemment, le revêtement est loin d'être parfait mais cela nous donne l'impression qu'un boulevard s'offre à nous pour rejoindre Rujan.

Ce coup-ci, c'est le retour à la vraie ville : un hôtel, une douche et un restaurant.

Voilà déjà dix-sept jours que nous pédalons dans ces fabuleux paysages si sauvages. Aujourd'hui, nous avons un peu de mal à réaliser que ça y est... le Pamir, c'est terminé.

Il ne reste plus qu'à se reposer un peu et à inventer le prochain épisode !


On rêverait bien de plage et de farniente mais il n'y a encore rien de tout ça à proximité...

Il va falloir pédaler vite ou patienter encore pas mal !

20
août
20
août
Publié le 21 août 2022

Sur quelques centaines de kilomètres,  la rivière Panj a délimité sa frontière. Nullement arbitraire, l'impétuosité des flots avait cette évidence naturelle pour nous séparer de l'Afghanistan.

Même si l'existence d'une frontière peut interroger, la rive gauche était parsemée de hameaux reliés par une étroite piste. Fort peu de trafic en comparaison avec la nôtre déjà bien réduite,  des piétons majoritairement accompagnés parfois d'un âne,  de rares motos et de plus rares autos encore.

Mais si le photographe avait inversé la photo,  je défie quiconque de nommer les états. Architecture basique en terre ou pierres, l'existence d'un lieu de vie tient ici du génie de l'irrigation.

Soudain,  alors que le minéral règne en roi, des générations ont eu l'intelligence par la création de réseaux d’amener l'eau sur des distances parfois considérables et de faire naître tout simplement et justement la vie. Chacun s'affaire indifféremment,  et avec le même savoir, à la faire naître, prospérer et s'épanouir.

Et il en faut de l'inventivité et du labeur pour "boucler confortablement l'année" !

Les cultures sont identiques, et pour notre plus grande chance, cette saison, les abricotiers croulent sous le poids des fruits. Une harmonie, un équilibre existent dans ce recoin du monde qui est ni plus ni moins l'œuvre de l'homme.

Si l'on se prend au jeu du photographe : y a-t-il une rive mieux qu'une autre ?

Les mains se lèvent pour nous saluer, il y a fort à parier que la rive gauche envie celle où nous sommes de ne pouvoir aussi offrir le thé de bienvenue…

Mais alors,  je reformule la question : existe-t-il une rive « mieux » qu'une autre pour pointer son nez dans ce monde ? 

Là où nous roulons, le choix pris a été de faire patrouiller, à intervalles réguliers, des très jeunes soldats armés.

Rien de bien exaltant dans leur journée, ils marchent par trois à cinquante mètres de distance les uns des autres, sans lunettes de soleil ni même d'iPod ! Bon, ils font de l'exercice au moins…

Aucune présence de cet ordre en face ! Ça vaque aux occupations quotidiennes des champs et de l'élevage.

Sur le site Web dédié aux voyageurs comme nous, par exemple, la région est rouge…

Parfois, un gamin au biclou déglingué qui nous accompagne quelques centaines de mètres lâche au cours de la conversation minimaliste le mot "taliban" avec de gros yeux tout en matant la rive opposée.

Mais dans les faits rien, nada… ah si, il y a quelques temps,  au beau milieu de cette interminable vallée se tenait sur une espèce d'île un bazar où le troc devait régner en maître. Mais ça, c'était avant…

Alors, il me plait d'imaginer,  d'espérer qu’ici, au Pamir,  le milieu et sa rigueur impose plus qu'ailleurs sa condition et que ses habitants vivent dans une sorte d'harmonie dictée par les saisons et les récoltes, et non pas par l'interprétation et l'imposition de croyances dont personne n'a besoin en définitive !

J'aimerais tellement que l'humanité grandisse autour du respect mutuel, du libre arbitre et de la bienveillance.

L'accueil prodigué tout au long de cette Pamir highway avait en tout cas ces fondements ! 

Merci merci …


Bruno


29
août
29
août
Publié le 29 août 2022

La bicyclette: Un nouveau jour se lève sur les montagnes du Pamir. J'ai encore dormi debout et à la belle étoile à côté de leur abri de toile.

J'aime cette vie de nomade. Je vois défiler du paysage et je me nourris de tous ces kilomètres.

Le vélocipédiste : Qu'il fut bon ce bivouac dans l'herbe moelleuse avec la tente pour maison et le glouglouti du ruisseau pour berceuse.

Le confort est une perle rare ces jours-ci. Aussi chaque instant de repos, chaque zone ombragée, abritée du vent ou de la poussière et chaque aliment s'en trouve transformé en un véritable petit trésor.

Petits plaisirs simples du voyageur mis à rude épreuve.

Le toutou : Lorsque je suis allée vers ces deux bipèdes là, au delà d'un peu d'eau et d'un manque cruel de nourriture, je crois que c'est surtout d'un peu affection dont j'avais besoin.

J'ai vu le jour, il y a quelques mois à peine, sur les hauteurs de la vallée du Whakan. J'y ai fait mes premiers pas face aux grandes montagnes Afghanes... depuis j'erre à la recherche d'un cœur qui m'adopterait.

Peut-être aurais-je eu davantage de chance sur la rive voisine ?

Cette nuit, alors que je frissonnais, je me suis délicatement glissée sous l'auvent en toile et me suis blottie contre l'un d'eux endormi. Délicieuse chaleur !

La bicyclette : Je me demande bien pourquoi ce jeune chiot se fatigue à nous suivre depuis deux jours.

Il gambade à mes côtés, parfois il me devance même lorsque que le terrain fait des siennes.

Dans chaque descente, je l'entends au loin japper et pleurer parce que mes roues tournent beaucoup trop vite pour ses petites pattes.

Le vélocipédiste : Cette petite chienne, arrivée de nulle part, nous a adopté depuis deux jours.

Elle ne semble encore appartenir à personne. Preuve en est, ses oreilles encore intactes. Ici, on les coupe à ses congénères dès leurs plus jeunes âges. Elle a au moins échappé à cette torture mais pour autant je crois qu'elle donnerait tout (y compris ses oreilles !) pour devenir la compagne d'aventure d'un humain.

Le toutou : Je suis toute flagada. Mes cousinets sont tout usés, mes pattes sont bien fatiguées, mon ventre est vraiment vide...

J'ai tellement faim, j'ai si soif et j'ai juste une profonde envie de fermer les yeux, pourtant je me relève, je me secoue et je me remets en chemin après chaque pause.

Je suis tant bien que mal, cette drôle caravane. Pas question de les lâcher d'une semelle !

Un regard, un mot, une caresse et mon cœur est tout rempli de bonheur !

La bicyclette : Voilà maintenant six jours que mes roues tournent sur ce qu'ils appellent la Pamir Highway.

Tu parles d'une route... cela avait pourtant bien commencé, mais peu à peu la route asphaltée a rapidement laissé place à un chemin de terre. On suivait tranquillement un énorme fleuve mais voilà que maintenant on s'élève à vue d'œil sur les flancs de la montagne...

Mon compteur altimètre s'affole...

Le vélocipédiste : Aujourd'hui nous quittons le Whakan corridor et la rivière Panj pour basculer sur l'autre versant de la montagne et rejoindre la classique M41, Alichur puis Murghab.

Sur l'altimètre, ça défile... on prend doucement de la hauteur. La route est loin d'être parfaitement carrossable et il nous faut parfois descendre du vélo, marcher, pousser dans des bancs de sable ou dans des champs de galets !

Grrr le sable... ça fait grincer les dents et cela nous stoppe instantanément !

Le toutou : Malgré les kilomètres qui défilent, je tiens le rythme. Je gambade à côtés de ces deux équilibristes, parfois même je baisse la cadence pour les attendre un peu.

Seraient-ils fatigués, serait-ce le pourcentage élevé de la pente qui les ralentit ou l'altitude qui les assomme ?

Je saute de galets en galets, c'est assez ludique cette randonnée ! Et ce sable est si doux pour mes coussinets meurtris. Un délice, le rythme ralentit et j'ai même le temps de rêvasser un peu : La plage, les cocotiers, une glace à la vanille, une sieste...

La bicyclette : Ces galets sont affreux. Ça ricoche sous mes pneus encore un peu surgonflés, ça cogne dans mes jantes et ces chocs répétés vont finir par me faire mal au cadre !

Quant à ce sable qui bloquent net les roues et fait grincer des mécaniques !

Un grain de sable dans l'engrenage, l'expression est toute trouvée !

Le vélocipédiste : Encore quelques lacets et le col se dévoile enfin : 4300 mètres d'altitude. Bonheur d'avoir grimpé si haut à vélo !

On partage quatre graines, deux photos et trois caresses avec la petite chienne.

Nous arrivons à la fin de notre autonomie en nourriture, au bout de nos réserves en eau. Voilà plus de deux jours que nous n'avons pas croisé un seul village dans lequel on espérait "abandonner" notre jolie boule de poil.

Bientôt la descente du col puis l'asphalte, jamais elle ne tiendra ce rythme effréné...

Le toutou : Deux graines... Ce n'est pas ça qui va remplir mon estomac mais je vois bien qu'ils n'ont rien de mieux à m'offrir. Eux aussi semblent un peu affamés ! Ne vous souciez pas de moi, je peux encore tenir le coup et vous accompagner sur un bout de chemin...

La bicyclette : Place à la descente ! Je sens qu'on se cramponne à mes freins, on lève les fesses de ma selle, on serre mon cadre entre les cuisses et mes deux pédales sont au même niveau. Ça guidonne entre les cailloux mais ça file à bonne allure !

Déjà, j'entends couiner le p'tit chien. Déjà il est loin... ce coup-ci, il semblerait qu'on l'ait perdu !

Le vélocipédiste : On plonge dans la descente avec entrain, on sait que tout au bout, il y a de la vie, de l'asphalte et de quoi manger ! Ça secoue pas mal mais ça reste agréable.

Ce qui devait arriver, arriva... La chienne est vite distancée et nous faisons quelques pauses régulièrement. Un petit point noir au loin qui s'accroche de toutes ses forces !

A chaque fois, qu'elle nous rejoint, elle semble de plus en plus épuisée et finit parfois par se coucher avant même arriver à notre hauteur et tarde de plus à plus à se relever quand nous nous remettons en selle.

Le toutou : Cette descente m'épuise, ça va décidément beaucoup trop rapidement pour moi. Et s'ils partaient trop vite devant, si personne ne m'attendait, si je me retrouvais à nouveau seule dans ce désert minéral ? Je suis tellement fatiguée !

La bicyclette : Qui a dit que les descentes étaient plus faciles que les montées ?Celle-ci est vraiment l'exception qui confirme la règle !

Me voici en train de ramer dans une immense flaque de sable... C'est éreintant !

Le vélocipédiste : Ensablage en règle ! On pousse, on marche, on tire, on s'en met plein les pieds, on grogne...

Ce sable, quelle horreur !

Le toutou : Ce sable ! Quel bonheur ! Ça avance tout doucement...

On y va ou quoi ?! Ce n'est pas à ce rythme que vous rejoindrez ce soir la civilisation !

La bicyclette : Finalement, il y a pire que le sable. Il y a ce sol couvert de vaguelettes qui te secoue pire qu'un prunier. Ça en décrocherait presque une de mes sacoches et ça en ferait presque tomber mon rétro... Quel enfer !

Je vibre de tout mon être ! Il ne manquerait plus que mes soudures lachent ici, on aurait l'air malin, tient !

Le vélocipédiste : Tôle ondulée party ! Les bras tremblotent, les mains sont pleines de fourmis, les dents claquent et les yeux essaient de maintenir le cap !

Oh hé, c'est pas bientôt terminé ce chantier ?!.

Le toutou : J'adore ces petites vagues ! Je rebondis d'une bosse à l'autre et j'ai l'impression d'aller à toute allure, c'est tellement amusant !Je vais plus vite que tout le monde sans me fatiguer plus que de mesure et on avance tranquillement ! Que demander de plus ?!

Un peu plus de tôle ondulée s'il vous plaît !

La bicyclette : Hors de question ! Je préfère encore rouler dans les cailloux !

Le vélocipédiste : Moi aussi !

Tiens un lac ! Ça tombe bien on commençait à terriblement manquer d'eau. Mais pourquoi les berges sont-elles si blanches ?

Le toutou : Morte de soif ou presque ! Je me rue sur cette immense flaque.Trois lapées par ci, deux par là... ce n'est pas très bon tout ça !

Essayons encore là où là bas ou bien par ici... Pareil !

Je rêve ou j'ai encore davantage soif à présent ?!

La bicyclette : Appuyée sur ma béquille, je profite de la pause. La vue est magnifique ! Une succession de lacs, des jolis blocs, des couleurs magiques !

Finalement, tout le monde revient de la corvée d'eau avec sa gourde vide... Étrange.

Le vélocipédiste : Quel piège ! Ces lacs sont salés ! Pour se désaltérer, il faudra encore patienter...

Le toutou : Faim, soif, fatiguée... ce coup-ci, je n'en peux plus les amis ! J'en ai vraiment plein les pattes !

Vous me voyez ?!  J'ai l'air maline là non ?

La bicyclette : Encore une dizaine de kilomètres sur cette piste dont l'état laisse clairement à désirer, c'est usant. J'en ai plein les pédales...

Le vélocipédiste : Rira bien qui crevera le dernier ! Mais que vois-je là ?

Le toutou : Un truc noir, lisse, dur, qui chauffe les pattes... c'est bien la première fois que je vois une chose pareil !

La bicyclette : Asphalte chérie te revoici !

Le velocipédiste : Le goudron, c'est si bon !

Le toutou : La suite est un peu floue... Je me retrouve, par je ne sais pas quel miracle enfouie dans un grand sac jaune. La route défile à toute vitesse devant mon nez sans que je produise le moindre effort !

J'en profite pour admirer le paysage puis assommée de fatigue, je m'endors comme un bébé !

La bicyclette : 5 kg supplémentaires sur mon porte-bagage pour finir cette épuisante journée ! En même temps, je ne peux pas vraiment me plaindre, c'est de l'asphalte et ce n'est pas moi qui pédale !

Le vélocipédiste : Mode "sauvetage de chien" activé ! Encore 20km de goudron et on débarquera notre petite migrante à bon port !

Il fait quasiment nuit lorsque nous débarquons la mini passagère clandestine. Elle sort du sac en frétillant puis s'assied face à ce nouveau spectacle. Nous profitons qu'elle admire toute surprise son nouveau village pour nous éloigner rapidement après lui avoir donné un caresse d'adieu. Une route, des véhicules, des gens, des fermes, des chiens, des épiceries, des poubelles, une rivière et des fontaines... Ça en fait des choses à regarder !

Bienvenue à Alichur !

Le toutou : Il y a tant de bruits, d'odeurs et de choses qui s'agitent ! C'est donc ici que je vais vivre ?

Mince... ils sont déjà partis...

Aujourd'hui était donc le premier jour du reste de ma vie...

La bicyclette : Née dans la Whakan, passé un col à 4300m et grandi de l'autre côté de la montagne à Alichur. Il n'y a que nous qui connaîtront cette petite histoire.

Ce sera notre secret de ce 6ème jour sur la Pamir Highway.

Le vélocipédiste : Ce soir, en me couchant, j'ai le cœur un peu lourd et la gorge toute serrée... C'est fou comme on peut si vite s'attacher à ces bestioles. Néanmoins, on s'endort en ayant la certitude que l'on aura fait notre possible... On se souviendra de cette sixième journée !

Aujourd'hui la Whakan valley, c'est terminé. Une première page du Pamir est déjà tournée...

En souriant, nous nous prenons à penser que, si durant le long périple qui nous attend, nous devions nous faire attaquer par un énième chien, ce ne serait vraiment pas juste !

Karma, quoi ! Je te sauve, tu m'épargnes !

Peut-être qu'aujourd'hui dans cette aventure, nous avons même gagné notre immunité face aux molosses qui aboient et aux crocs qui claquent, qui sait ?!

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sept
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Publié le 3 septembre 2022

Douchanbé-Bichkek.

850 km et 10 000 mètres de dénivelé, ça use les mollets !

Croisière en velocipède,TadjikiSTAN-KirghiziSTAN avec virage énergiSTAN par l'OuzbékiSTAN...

PASseports à présenter, PAStèques à déguster.

Grimpettes de cols, bivouacs dans les tournesols,

Interminables lacets ( toujours sans chaussure) pour rejoindre le sommet et enfiler enfin une veste...

Plantations de poivrons, citrouilles, tomates, concombres, pommes, prunes, maïs... cocktail vitaminé, ah les champs !

ASphalte sans AS du volant...

Toujours l'œil dans le rétro si tu ne veux pas finir KO...

Lac menthe à l'eau et collines couleur paille.

Chut... chanvre en train de pousser et fleurs de coton en éclosion !

Chevaux, moutons, vaches en troupeaux, berger en estives, ours et loups à l'affût...

Ruches arc en ciel, abeilles qui butinent et "med" en pot qui attend le gourmand.

Yourtes à gogo et yaourt fermenté pas gégé...

Roulottes sans roue, wagons sans rail, maisons sans voisin.

Camionstop : tunnels tout noir, fumées asphyxiantes , nids de poules et grands coups de klaxons...

Bruyères en fleur, foin en meules, gens en joie, cœurs en fête.

Bières en bouteilles plastiques et pots de glace en papier...

Orages d'étoiles, retour des goutes et des éclairs... plus de deux mois qu'on ne s'était pas fait mouiller le nez !

Montagnes russes, des haut, des bas... un seul panneau dans un sens comme dans l'autre et deux seuls chiffres : 12%. Menu unique !

Soleil levant sous le nez, soleil couchant dans le dos, soleil écrasant au dessus de la tête...

Nuits dans l'herbe et sous la voie lactée, journées au guidon, programme simple du voyageur selleste.

3
sept
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sept
Publié le 3 septembre 2022

Là-bas au loin, des peupliers qui dansent dans le vent.

Oasis de verdure, oasis de vie dans ce désert de pierres, de terre et sable.

L'eau.

Elle jaillit du captage de la source puis et acheminée par des béals pour enfin être répartie ici et là dans chaque champs. Donner l'eau et donc la vie à chaque lopin de terre, à chaque graine plantée est une préoccupation quotidienne. Une pelle sur l'épaule pour seul outil, de petits bourrelets de terre humide et l'eau circule d'un canal à l'autre, d'une culture à sa voisine...

Sans eau courante dans les maisons, la fontaine du hameau est un lieu névralgique, point de rencontre, de partage, de vie. On y remplit ses seaux, on y lave ses patates, on y fait sa lessive, sa vaisselle, on y boit une gorgée en passant à proximité, on s'y retrouve pour discuter, on s'y amuse. Des fois même, on y observe, curieux, des voyageurs y remplir leurs gourdes ou s'y asperger.

Des murets en pierres sèches soutiennent ou délimitent les parcelles et des jardins parfois tout fleuris. Ils servent d'enclos à quelques animaux qui pâturent. Ici et là, des véhicules délabrés, souvent à l'état d'épaves dont on se demande par quels moyens ils sont arrivés jusqu'ici.

Des enfants qui jouent quand ils ne vaquent pas aux mêmes tâches que les adultes.

Des habitations basiques en terre sèche aux petites ouvertures et de formes rectangulaires. Sur leurs toits plats, du foin qui sèche ou les abricots de l'année, étalés sur des nattes, attendent que le soleil fasse son œuvre.

A l'ombre de la végétation, des plates-formes en bois ou en métal couvertes de matelas colorés et garnis de cousins fleuris offrent un repos mérité.

Parfois une petite boutique. Cela peut être l'épicerie au comptoir bien agencée où l'on trouve presque tout, excepté fruits, légumes, pain, viande et fromage ! Avec un peu de chance, un réfrigérateur en état de marche et une boisson allant de tiède tirant sur le chaud à bien fraîche.

Parfois le "magazine" est une simple petite pièce ouverte à la demande où l'on ne trouve presque rien. Des denrées posées à même le sol, mélange de sable et de gravier. Deux cartons ouverts de biscuits en vrac se remplissant de poussière, une bouteille d'huile, quatre paires de chaussures d'enfants et trois cahiers d'écoliers. En insistant un peu, on vous dénichera sûrement un paquet de pâte ou de riz sortis d'on ne sait où !

Depuis les champs, les jardins, l'entrée des maisons, des mains se tendent, des "salamalekums" s'élèvent.

Et toujours cette même question : "Atcouda ?" ... D'où venez-vous ?

Évidemment, d'où peut-on bien arriver à deux roues... De l'autre bout du monde peut sembler si surréaliste. La curiosité n'est alors pas un vilain défaut. Elle ouvre au monde et élargit l'esprit.

Pour ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir bouger c'est alors un peu le monde qui vient à eux, comme par magie.

Les invitations au thé sont nombreuses et nous ne pouvons pas toutes les honorer.

Assis sur des tapis, autour d'une table basse sur laquelle trône la théière fumante, un peu de pain, parfois même une soupe ou quelques abricots, la discussion se poursuit.

Elle est entravée par la barrière de la langue mais à l'avantage d'aller très vite à l'essentiel sans détour et sans gêne.

Ici avec les gens du Pamir, dans le train au Kazakhstan, avec les marchands de pastèques en Ouzbékistan, lors de pauses en Arménie ou en Géorgie, avec les Turcs croisés et j'en passe, c'est à très peu de chose près le même déroulé à chaque fois. Je laisse souvent Bruno répondre car c'est en général les hommes que l'on salut, à qui l'on serre la main et à qui l'on s'adresse.


Dessins à l'aide d'un bout de bois ou du doigt dans la terre, gestes et mimes sont de rigueur.

Sans fausse hypocrisie, les regards et expressions du visage parlent d'eux-mêmes à chacune des réponses.

Ton âge ? 54. S'en suit un geste pour dire que tu sembles plus jeune.

Et elle ? 34. Une légère incompréhension raye le visage...

Mariés ? On fait dans un premier temps mine de ne pas comprendre la question.

"Copine". A leur tour de faire semblant de ne pas comprendre. Le traducteur est sorti mais la traduction ne semble pas les convaincre.

Quand cela devient un peu insistant, on cède : Da, da... mariés.

Enfants ? 4. Illico, on me montre à nouveau du doigt.

Non, une autre femme.

Un regard méprisant s'en suit à moins que ce soit celui de la pitié, peut-être différent d'ailleurs qu'ils s’agissent d'une femme ou d'un homme. Dans tous les cas, on ne me considérera plus du tout dans la suite de la conversation.

Leur âge ? Il ne sait pas. Ça change tout le temps !

Tu vas où ? Par là !

"Paca paca !"


Bien que redondants et quelque peu intrusifs, ces échanges me confortent dans l'idée qu'être curieux, qu'aller vers l'autre et que s'intéresser à comment il vit à l'autre bout de la planète, est bien dans la nature humaine. L'indifférence n'est donc pas généralisée et c'est une bonne nouvelle.

Ces réactions spontanées et sans filtre me permettent néanmoins de comprendre un peu mieux pourquoi si loin, ailleurs, chez nous, on considère si peu "la copine" de second choix... Comme quoi, sans parler la même langue, je peux presque mettre des mots et appréhender un peu mieux ce malaise.

Il m'aura fallu traverser un bout de continent, pédaler des heures, des jours, des semaines et des mois. J'aurais vu défiler ces paysages, il m'aura fallu faire toutes ces rencontres pour cerner cette "non place", ce "rien" de la famille...


Nous quittons alors le village avec des enfants qui courent à nos côtés, qui expérimentent leurs quelques mots d'anglais ou qui nous accompagnent sur un bout de chemin, sur leur vélos déglingués...

Insouciance de l'enfance, bonheur partagé d'équilibristes !

Ça rend le cœur un peu plus léger...


Quelques dizaines, parfois quelques centaines de kilomètres de solitude et d'effort avant d'apercevoir à nouveau là-bas, au loin... des peupliers qui dansent.

Ce qui est bien avec les peupliers, c'est qu'ils ont beau onduler, il savent garder leur ligne et rester droits comme des "i".

Ce qui est sûr aussi, c'est qu'il y aura toujours du vent et que quoiqu'il arrive les peupliers danseront toujours.

6
sept
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Publié le 6 septembre 2022

C'est en poussant les vélos dans ces galets du Pamir que l'on a passé les 3000km... glorieux non ?! 😅


Au moins, on use un peu moins les pédales !


Et c'est en pédalo... euh en pédalant au lac Issy Kul qu'on a passé le cap des 4000 !

3
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3
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Publié le 9 septembre 2022

Bichkek !

En fait, je viens de me souvenir que j'avais déjà fait du vélo une fois dans ma vie dans tes rues !


En mémoire, me reviennent aussi cette folle équipe du Groupe Excellence d’Alpinisme National de la FFCAM , ces jolies longueurs de granit fissurées sous la neige, ces hauts sommets du Pamir et cette épique fin de soirée avec des flingues braqués devant notre nez !


Un peu de lecture de cet épisode Kirghiz qui date déjà un peu par ici :

https://laraamoros.blogspot.com/2014/10/expe-pamir-episode-1-visa-pour-laventure.html?m=1


Là pour la grimpette :

https://laraamoros.blogspot.com/2014/10/expe-pamir-mission-tour-russe-episode-2.html?m=1


Et aussi ici pour la fiesta et l'after au poste :

https://laraamoros.blogspot.com/2014/11/expe-pamir-tout-est-bien-qui-fini-bien.html?m=1

9
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9
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Publié le 10 septembre 2022

Un quatrième mois sur la route c'est :


◇ 9 pays 🇮🇹 🇬🇷 🇹🇷 🇬🇪 🇦🇲 🇰🇿 🇺🇿 🇹🇯 (🇺🇿)🇰🇬


◇ 4253 km 🚲


◇ Des cols qui grimpent fort 🥵


◇ De belles rencontres toujours 🍀


◇ Une capitale 🗽, une fête nationale 🎉


◇ Des bazars 🛒


◇ De chouettes découvertes 🧐


◇ Des paysages magiques 🌄


◇ Du camion et du bus-stop 🚛


◇ Des bivouacs au bord de la nationale, dans les champs et au bord des rivières 🛣


◇ Échec de Visa Russe ❌, Visa Indien réussi ✅ et un changement de direction ⤵️


◇ 1007 chevaux 🐎, 876 moutons 🐑, 764 vaches 🐄,  37 yaks 🦬, 5 chameaux 🐫


◇ Des champs 🍅🥒🌶🌿🌽🍉🌻🌾


◇ Des yourtes 🛖


◇ Des wagons 🚃


◇ Des jolis lacs 🏞



◇ Des petits dessins ✏


◇  Un orage 🌩


◇ Du repos 😴


◇  10 kg de pastèque 🍉


◇ Du lait de jument fermenté 🥛


◇ 15 (petites) glaces chacun🍦


10
sept
10
sept
Publié le 10 septembre 2022

Aujourd'hui, on plonge dans le carnet de voyage pour illustrer ces lignes... Bienvenue !

Le 10 000 bornes, le jeu qui fait mal aux mollets... et parfois aussi aux méninges !

En rejoignant Bichkek, on accroche à notre tableau de cyclotouriste, notre sixième entrée dans une capitale sans se faire écrabouiller.

Après quelques tours de chauffe à Athènes, Tbilissi, Yerevan, Tachkent et Douchanbé, on commence à négocier à merveille le trafic citadin aux heures de pointe : minibus, camions de livraison, bus sur cable, taxis, quelques vélos, motos et voitures de gens pressés.

Toujours est-il qu'ici, on reste aussi parfois bien sagement sur le trottoir... S'offre alors à nous, une belle partie de slalom entre les piétons qui marchent de travers en regardant leur portable et ceux qui ont des écouteurs dans les oreilles n'entendant pas les sonnettes. Il y a aussi les poussettes, les enfants qui jouent, les personnes âgées qui tentent d'avancer, les bébés qui apprennent à marcher, les handicapés en fauteuil, les marchands de fruits et légumes installés sur les trottoirs, les arbres, les bouches d'égout sans plaque, les caniveaux profonds, les poteaux et les grilles avec des fentes bien ajustées, pile à la largeur de nos pneus...

Autant dire que l'on n'a pas le loisir de flâner le nez en l'air.

Bref, retour sur la case "grande ville"... Une capitale, le jour de la fête nationale en plus...

Bon, pour être honnête, en ce 31 août, à part quelques drapeaux qui flottent et un peu de musique le soir, il ne se passe pas vraiment grand chose. Je crois bien que Lénine ne se retournerait pas dans sa tombe s'il voyait cette fête de l'indépendance !

La véritable fiesta, c'est plutôt tous les jours au grand marché de Bichkek.

Faire un tour de vélo aux alentours du Osh Bazar c'est comprendre véritablement le vrai sens du mot "bazar"

Y a-t-il quelque chose qui porte aussi bien son nom ?

Au bazar, il faut se faufiler entre les piétons chargés de commissions, éviter les pastèques qui traversent, se méfier des livreurs en chariottes, des bagnoles qui nous reculent dessus, des étals qui envahissent la route... ça grouille de partout et on vient nous-même, avec nos deux roues et nos trajectoires quelque peu aléatoires, apporter notre part d'eau à ce drôle de moulin !

Mais ce n'est pas dans ce grand marché que notre voyage prend un nouveau virage mais devant l'ambassade de Russie.

Pénétrer dans l'enceinte de l'ambassade sans rendez-vous semble au moins aussi compliqué que vouloir sortir d'un goulag.

Une fois à l'intérieur, tout semble étonnamment simple comme bonjour, enfin disons plutôt, simple comme "priviet".

Mais arracher un sourire ou un "priviet" à un russe n'est pas toujours aisé. Les choses se compliquent...

Infos contradictoires et voucher (lettre d'invitation) hors de prix...

Bref, c'est la retraite de Russie !

Bilan des opérations : Impossible de faire une demande de visa hors de son pays de résidence.

On patine quelques jours sur la case "réflexion".

Vous vous demandez comment font donc les voyageurs qui sont loin de chez eux depuis des mois ?

Ligth is rigth, ils allègent sacrément porte-monnaie ! On est toujours mieux à voyager léger.

Une agence qui gère toute la paperasse pour eux, des passeports qui font un aller-retour en France grâce à un transporteur privé.

Agence+envoie du passeport+voucher+prix du visa = environ 400€ !

Le visa Russe, c'est niet ! On laisse passer notre tour.

C'est comme ça que nos rêves de rejoindre le bout du continent asiatique par voie terrestre (en passant par le Kazakhstan, la Russie, la Mongolie et re par la Russie) s'envolent... C'est le cas de le dire !

Alors que nous sommes un peu perdus, le jeu prend une nouvelle direction inattendue.

Nous avons la possibilité de jouer deux fois d'affilées. Je pioche la carte "voyage dans les airs".

Bruno reçoit, lui, la carte "destination". Sur celle-ci, nous lisons d'une même voix : "Rendez-vous chez les indiens !"

Ah chouette, l'Amérique du Nord, on va ressortir les chaussons d'escalade et les gants de fissure !

Non, non...pas les indiens avec des plumes et des tipis ! Les indiens d'Inde.

L'Inde...

Peut-être un des seuls pays où je ne m'étais jamais imaginée aller pédaler.

L'Inde...

Ça grouille de monde, c'est bruyant, il fait chaud et humide, les odeurs fortes, la saleté, les castes, la nourriture épicée, le trafic, les singes...

L'Inde, c'est dur, c'est rude.

L'Inde ce n'est pas les vacances.

L'Inde à vélo, c'est chaud.

L'Inde... s'en faire sa propre idée.

Quelques appréhensions déjà mêlées à la curiosité de découvrir tout ça, de mes propres yeux, par mes propres narines, papilles et oreilles...

À la fois un peu peur et à la fois hâte de découvrir ces indiens et ce "nouveau monde".

Aussitôt un nouveau défi s'offre à nous, se mettre en quête du graal du cycliste téléporté : le carton à vélo.

Ce précieux trésor de papier est l'objet de toutes les convoitises et fait circuler bons nombres de rumeurs chez les cyclos.

"J'ai lu dans le journal que deux bike box auraient été aperçues vers tel hôtel."

"Mais on me dit dans l'oreillette, qu'une aurait déjà disparu."

"J'ai entendu dire qu'il y en aurait dans ce bikeshop.

"Non, impossible. Le magasin est minuscule, pas de place pour des cartons."

"Allez voir du côté de ce bar, il y en avait la semaine dernière."

"Des cartons auraient été abandonnés suite à une course cycliste."

... les mecs viennent faire une course au Kirghizistan et repartent sans leurs vélos ?!?

Billets d'avion en poche, la chasse aux cartons est ouverte !

Bingo, ils sont toujours là, dans l'enceinte du jardin de ce bar à l'autre bout de la ville. Sauf que le portail est fermé. Quelques pas de varappe, une traversée au dessus d'un chien plutôt vénère, un p'tit saut et Bruno en déniche deux d'un coup.

Bien joué ! Droit de rejouer !

Doublé gagnant, nous nous retrouvons avec deux visas indiens en poche.

Reste plus qu'à s'envoler le 11 septembre... (Une bonne date pour embarquer dans un avion, vous ne trouvez pas ?!)

India nous voilà, Delhi nous voici !

Que la partie continue !

12
sept
12
sept
Publié le 11 septembre 2022

Une balade en images au pays des montagnes, des yourtes, des chevaux, des chapeaux en feutre, des foulards fleuris, des bonbons au fromage, des ruches en roulottes, des gros raviolis, du plov et du lait fermenté...

Bref... mieux que des mots, des images !

Ici, pas de nomades mais des saisonniers. L'été, on le passe en estive.
Les troupeaux broutent l'herbe verte, les yourtes, roulottes, wagons, tentes et containers fleurissent un peu partout !
Bivouac 5 ☆
L'automne pointe son nez... on aura vu défiler des milliers de bêtes qui descendent des alpages...
Le pays du cheval et des cavaliers....
Et ça maîtrise la discipline dès le plus jeune âge !
Finalement, en voyage, on est rarement seuls.
Bienvenue au bazar...
Bonbons au fromage (!!) hyper secs...
Pourtant dans "bonbon", il y a deux fois "bon" !
La partie sommitale des yourtes est tout un symbole. On le retrouve même, entouré d'un soleil, sur le drapeau du pays.
Les mantis, raviolis géants cuits à la vapeur.
Plov, plov, plov... plat traditionnel, riz, carottes, oignons, viande, pas mal d'huile et parfois des pois chiches et des raisins.
Samsas, chaussons à la viande cuits sur les parois de fours en terre sèche...
Cimetière typique...
Tombes en terre sèche
... Et yourtes métalliques, parfois miniatures.
Le souvenir de l'Urss n'est jamais loin...
... la Chine non plus !
Ruches ambulantes, abeilles voyageuses...
Et pour finir, un biscuit et un petit mot doux parce que ça fait toujours plaisir !
16
sept
16
sept
Publié le 16 septembre 2022

Kim, le cyclonaute dit :

"Pamir is the moon. Ladakh is like Mars."

Sans autre explication, sans autre précision... Quelles seront les impressions de deux cosmonautes à deux roues ?

Le Pamir était magique, pur, désertique, magnifique et d'une simplicité basique.

Le Ladakh en est tout proche en terme de paysages mais ici il y a de la vie ! Des couleurs éclatantes et des sons qui éveillent. Il y a des artisans qui créent. Il y a de l'art et de l'esthétisme. Il y a des goûts qui attisent les papilles.

Que le Pamir, que les pays en "stan" nous paraissent à présent bien tristounets à côté de cette explosion de couleurs.

Une lune immaculée qui observe passer le temps, subit les assauts du climat et la rudesse du milieu sans broncher.

La nuit, nous étions comme des particules de la voie lactée. Le jour, on courbe le dos et on regarde défiler les saisons.

Mars est tout autre, plus solaire, plus éveillée, plus créative, plus subtile, plus espiègle. Inévitablement le milieu met, ici aussi, le voyageur selleste à rude épreuve. L'eau est une denrée rare et les pics n'offrent de passages sur leurs flancs qu'à plus de 5000 mètres d'altitude !

Malgré l'hostilité apparentes des éléments, l'humain a semble-t-il davantage investi les lieux et y a créé quelques cocons réconfortants, lumineux, colorés...

Quel bonheur de se balader dans cette étrange galaxie minérale !

Quelle chance de pédaler d'un astre à l'autre !

17
sept
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Publié le 17 septembre 2022

Les vacances en guise d'acclimatation...

Repos, balade dans les dunes et un grand tour de moto au pays des "Royal Enfield".


250 km, 4000m de dénivelé, un col à 5300m, conduite à gauche, trafic banzaï, pistes, retour de nuit... 9h30 en mode "Easy rider" !!!

Croyez le ou non, nous étions, au final, bien plus rôtis qu'après une journée de vélo !!

Maintenant, que nous avons des globules plein les sacoches, nous sommes prêts à nous lancer dans la traversée du Ladakh à vélo !


C'est reparti pour quelques semaines hors du temps et loin de tout !

29
sept
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Publié le 30 septembre 2022

Ce n'est un secret pour personne, en septembre, c'est le grand retour à "les cols".

Habituellement, on tire un peu la tronche et on traîne un peu les pieds.

Oui mais voilà, ici, l'école est belle. La cour de récré est sublime et les petits camarades, à l'exception d'un, sont tous des petits nouveaux. Que de nouvelles surprises à découvrir !

L'été semble déjà loin. L'automne pointe son nez. On remballe les shorts et les tongs, on sort les doudounes et enfin... on va même enfiler des chaussettes !! On réorganise sa trousse :

- De réparation, avec quelques rustines en cas de coup de mou.

- De secours, avec un peu d'aspirine, en cas de MAM (mal aigu des méninges).

On change également le rétro de côté. Ici, c'est à gauche qu'on circule !

On affûte ses mollets, on recompte ses sommets, on remet le nez dans le grand atlas du monde, on refait la pression et c'est gonflé à bloc qu'on attaque cette nouvelle année !

Petit cours de géographie pour ouvrir le bal : "Ouvrez vos manuels au chapitre Inde !

"Consignes de l'exercice : Rechercher une région montagneuse du pays, faiblement peuplée, où vous pourriez imaginer circuler à vélo sans risquer de vous faire aplatir, où vous pourriez bivouaquer tranquillement et profiter de paysages incroyables.

Pensez également que le climat doit être adapté à cette période de l'année !

Le Ladakh !

Ici, sur la carte, tout au nord ! Région de l'union indienne à l'altitude moyenne la plus élevée, 4,6 habitants au km², de nombreux cols routiers culminant à plus de 4500 mètres.

Ça peut faire mais il ne faut pas traîner, la neige va bientôt arriver !

Le retour à l'école, ce n'est pas toujours agréable et comme pour tout changement brutal, il faut bien quelques jours pour s'acclimater, se remettre dans le bain, pour ainsi dire. Surtout quand la baignoire est haut-perchée à près de 4000 mètres d'altitude. Ici, les bulles de savon d'oxygène ont plus de mal à prendre leur envol.

Dès les premières heures de classe, c'est mal de crâne généralisé pour tous. On opte donc tout naturellement pour une leçon de SVT, thème physiologie du petit corps de l'homme sur les hauts sommets.

Problématique: "Que se passe-t-il quand, début septembre, on passe de la plage, altitude 0, à la salle de cours située entre 4000 et 5000 mètres d'altitude ?

"A vos hypothèses !"

C'est parti pour une série d'expériences en tout genre, avec Leh et ses alentours comme laboratoire. L'un propose de courir pour monter jusqu'au grand monastère situé tout en haut de la colline surplombant la ville pour y observer le soleil couchant et voir ce qu'il se passe. Axphysie garantie.

Un autre propose de boire des milkshakes à la banane, de manger des croissants et de faire des siestes... on aura largement le temps de se fatiguer plus tard !

Une autre proposition consiste en une méthode d'acclimatation motorisée. Le protocole est relativement simple : il s'agit de monter très vite en altitude (5300m) d'en redescendre aussi rapidement puis d'y remonter pour enfin en redescendre en nouveau, complètement épuisés après avoir parcouru 250km et passé plus de 10h au guidon d'une Royal Enfield.

Confrontation des hypothèses, l'une d'elles semble se vérifier ! On retient aussi que chaque petit être a son fonctionnement bien à lui. Ne pas brusquer les choses, prendre le temps, ne pas trop forcer, faire comme on le sent, s'adapter au rythme de chacun semble être la meilleure recette. Vive la méthode Freinet et la pédagogie différenciée !

Il est temps à présent de faire marcher un peu ses mains et son sens pratique. Classe de technologie :

Mécanique et remontage des vélos alors démontés et enfermés dans de grands cartons après un voyage dans un avion en papier. "Le guidon par ici, les pédales par là... la pédale gauche, le sens est inversé. Eh, t'as pas vu ma selle ? Tu me passes la clé de 13 ?"

Temps calme... petite session de phonologie : on frappe les syllabes. LA-DAKH. Deux syllabes. Bien.

Et si on faisait un peu de sémantique. Prenez votre dictionnaire Ladakhi, que signifie "la" ?"Baralacha La", "Kardung La", "Taglang La", "Lachung La", les exemples ne manquent pas... "La" signifie "col".

Le Ladakh serait-il donc le pays des cols ??

Des cols oui mais aussi des colliers de turquoise.

A vos cartes, on va imaginer un petit parcours afin de jouer tous ensemble à saute-cols ! (...les moutons aillant tous été bouffés par la panthère des neiges...)

La highway Leh-Manali agrémentée de quelques variantes semble l'itinéraire parfait. Remonter le fleuve Indus sur quelques dizaines de kilomètres, puis gravir le "Namshang La 4960m" pour aller découvrir le lac de Tso Moriri, revenir sur ses pas, puis passer le "Polokongka La 4970m" pour rejoindre la route classique et grimper jusqu'en haut du "Lachung La 5100m", du "Nakee La", débarouler les vingt et une épingles des "Gata loops", regrimper le "Baralacha La" pour enfin se laisser glisser jusqu'à Manali. Sur le papier, c'est un bel itinéraire et chouette programme !

Dans les faits... C'est parti pour un peu de mathématiques. Additions, soustractions, conversion pieds-mètres pour savoir combien de kilomètres et de mètres de dénivelé, il va falloir empiler pour aller boire un chocolat chaud à Manali !

595 km et 7330 m de dénivelé et une dizaines de jours à plus de 4000 mètres d'altitude. Rien que d'y penser, vous êtes déjà fatigués ?!

Aller... Pause ! Ah oui... Ne cherchez pas la cantine. Ici, il vaut mieux avoir quelques chapatis dans son cartable et vous comprendrez vite qu'il faut manger n'importe quoi, à n'importe quelle heure et profiter simplement de l'occasion gastronomique qui se présente.

Les ravitos sont peu nombreux, les épiceries inexistantes et c'est ainsi que l'on se retrouve à manger une soupe chinoise à 9h du matin, à manger trois biscuits à midi, un dal à 16h et à se coucher le ventre à demi rempli à 19h alors qu'il fait déjà nuit noire.

Les soirées sont plutôt longues et obscures mais cela laisse le temps pour effectuer les devoirs du soir à la frontale. Lectures en tout genre : Bruno prend de l'avance, toujours plus à l'Est, il plonge dans la littérature Japonaise.

Quant à moi, à 4500m en ce début d'automne, je gèle ! Je tente donc de me réchauffer avec la meilleure bouillotte dans mon duvet : "D'un volcan à l'autre" et les aventures aussi farfelues que torrides de Guy de St Cyr.

Séance d'écriture également pour que vous puissiez lire justement ces quelques lignes. Des lignes et des heures de cols... à peu de chose près on pourrait croire qu'on enchaîne les punitions, il n'en est rien ! Sages comme ces belles images...

Les sujets du cours de dessin sont très nombreux et les pages du carnet se remplissent à vue d'œil.Ici, l'art est partout. Les couleurs vives explosent, l'architecture en impose, les paysages inspirent et la calligraphie intrigue. Tout est prétexte à un coup de crayon.

Ça griffonne, ça pinceaunne et quelquefois ça gomme... Quel bonheur d'avoir emporté ces pages de papier, je rayonne !

Au cours de langue, après une fin d'année en compagnie du prof de russe, c'est le grand retour du prof d'anglais. Encore un qui vu mes talents va s'arracher quelques cheveux. Peu importe, à l'interro, je pomperai sur le camarade Bruno ! Ici encore, langage des signes et sourires font le job à merveille et puis les Ladakhis ont tout compris, un seul mot pour trois choses. Bonjour, Au revoir, Merci = "Julley".

Enfin après la torture du cours de langue, vient enfin l'heure de mon cours préféré : le cours d'éducation physique.

J'ai, par le passé, souvent trouvé qu'on ne bougeait jamais assez en cours d'EPS, qu'on ne prenait pas assez l'air et qu'on en ressortait tout compte fait, pas si fatigués !

Ce coup-ci, je suis servie ! Sûr que si on me collait à la suite un cours de français, je m'endormirai sur mon plumier. D'ailleurs, à ce sujet, vous remarquerez que j'ai fait l'impasse sur le cours de français à cette rentrée. (Pour une fois qu'on a l'opportunité de choisir son emploi du temps, il ne faut pas s'en priver !)

Au cours d'education physique, on donne tout ! Ainsi chaque jour, ça pédale, ça mouline, ça trialise entre les cailloux, ça maintient l'équilibre dans la boue et ça zigzague entre les flaques.

Ça joue à cache-cache avec les camions et à trap-trap avec les motos, ça se balade sous les flocons, ça grille sous le soleil d'altitude, ça lutte à contre vent, ça tétanise sur les manettes de freins ou ça force sur les pédales et parfois ça pousse !

On a beau passer des heures et des heures sur nos vélos, l'ennui n'arrive jamais. Ici, il y a toujours quelques choses à regarder !

Des décors incroyables, des villages animés, des ouvriers qui travaillent, des geysers d'eau bouillante, des nuages qui envahissent brutalement le ciel, des lacs turquoises, des chevaux sauvages, des cols enguirlandés, des motos chargées et des camions joliment décorés.

Des ponts délabrés, des épingles à compter, des routes taillées dans la parois, des cérémonies bouddhistes, des falaises géantes, des mouflons, des murs à mani et leurs beaux cailloux gravés, des tentes et un tchaï fumant.

Des rivières bleues, des sourires et des "juley", des cheminées de fée, des moulins à prières gigantesques, des cailloux peints, des bornes kilométriques et humoristiques.

Devant chacune d'elles, on pourrait aisément s'installer, assis en tailleur, pour philosopher un peu...Écrit noir sur jaune, certaines formules sont de vraies pépites... Inspirée la DDE locale !

Enfin quand il s'agit de l'heure du cours d'education civique et de découverte des religions, il suffit d'oser pousser la porte...

Battements de tambours qui donnent la mesure, son de voix guturale, cors qui retentissent, symbales... Nous voici comme deux petites souris dans un coin de cette pièce aux mille détails, aux mille recoins et aux couleurs éclatantes.

Des moines vêtus de teintes prune et safran, concentrés à leurs tâches nous ont à peine aperçu passer la porte. Ils lisent des prières, jouent d'un instrument, reçoivent des offrandes... se marrent aussi parfois.

Ces drôles de cimagrés s'enchaînent, tout semble rodé, codifié, ordonné, chaque détail semble avoir son importance, les accessoires sont nombreux, de la nourriture circule, des statuettes sont installées au sol, puis des tissus blancs étendus ça et là. On sort le gros coquillage qui produit un son de corne de brume, puis vient le moment de l'eau chaude puis du thé, enfin de la pause... Et puis ça reprend, cela dure des heures et des heures...

Certains religieux paraissent imperturbables, d'autres un peu éprouvés, d'autres ne pensent, semble-t-il, à s'amuser avec leur voisin, puis tous se ressaissent et la cérémonie suit son cours de longues minutes encore... Quel spectacle !

La récitation à apprendre par cœur pour demain est simple, 6 syllabes : "Om, ma, ni, padme, hum".

Enfin comme à chaque rentrée des classes, c'est la même rengaine : les poux sont de retour ! Comme d'habitude, on ne sait jamais d'où ils viennent, qui les a ramené de ses vacances et qui ne fait pas son petit shampoing à la lavande ou au vinaigre pour s'en débarrasser.

Ce coup-ci, c'est sur ma tête qu'il font une partie de foot. Ça galope, ils ont l'air de s'amuser comme des petits fous ! Sport-étude les mecs !

Bientôt le retour à la civilisation, la dégringolade à 3000 mètres d'altitude, le retour des restaurants, des arbres, des chauffards, de la douche... les vacances ? Déjà deux semaines dans cette cour de récréation géante.

A coup sûr, c'est mon retour à "les cols" préféré !