Que diriez-vous d’une balade à la (re)découverte de la grande île des côtes de Charente Maritime ? L’escapade sera plurielle, juin et septembre. Hors saison estivale, c'est bien mieux !
Juin 2021
2 jours
Partager ce carnet de voyage
1

Pour débuter le voyage, il suffit de passer le pont ...En effet, l’île d’Oléron est devenue quasiment une presqu’île … depuis 1966 elle est reliée au continent par un cordon ombilical : un pont d’un peu plus de 3 kilomètres, il permet ainsi d’enjamber le bras de mer et d’atteindre le rivage insulaire. Passons le pont puis filons vers l’extrémité ouest de l’île. Là, on découvre érigé face à l’Atlantique le principal phare du territoire : Chassiron, la lumière d’Oléron.

Avec ses bandes noires, sa colonne se remarque, c’est fait exprès bien sûr ! et puis cela permet aux marins de le différencier du phare de Ré, l’île voisine. C’est le printemps et une des premières vues sera champêtre avec au sol cette prairie en fleurs. « Tonte tardive » est indiquée, c’est la tendance actuelle pour préserver la biodiversité, de bonnes initiatives pour tous les amoureux de la nature. Bon, il y a bien sûr une allée bitumée pour accéder au phare édifié en 1836. On lève le regard vers la colonne haute de 46 mètres en pensant à la grimpette qui nous attend : 244 marches pour gagner la passerelle, la lanterne et … la vue panoramique.

Un gardien au costume sombre, casquette vissée sur la tête et au visage de cire, attend les visiteurs en haut de la tour. Cette silhouette évoque le souvenir des anciens gardiens du phare car Chassiron comme la plupart des phares de nos côtes est maintenant électrifié, le seul personnel présent se trouve à l’entrée, en bas : billetterie et boutique souvenirs.

La lanterne est le point fort du phare, avec les reflets du soleil elle éblouie même en pleine journée. La nuit son faisceaux porte au large jusqu’ à 52 kilomètres, par temps clair.

A l’extérieur, depuis la passerelle, la vue panoramique sur 360° captive le regard qui machinalement balaie rapidement l’horizon … avant de l’observer plus en détail.

Le bleu de l’océan qui au loin tutoie celui du ciel puis maintenant un coup d’œil vers la côte entre estran et lande.

Pas de doute le vent doit souffler avec force à la mauvaise saison, cet arbre aux branches ébouriffées horizontalement en témoigne.

On se demande souvent si la vue depuis le haut d’un phare (ou aussi depuis le rivage) est plus impressionnante à marée haute ou pendant la marée basse ? Les deux, j’ai envie de répondre ! En tout cas, ici, la marée basse avec ses eaux qui se sont retirées laisse apparaître un estran très étendu, strié de lignes et de courbes rocheuses des plus esthétiques. Certaines lignes sont en fait des constructions humaines faites d’amas de pierres constituant des écluses à poissons. Une technique de pêche ancestrale qui fait encore le bonheur de quelques adeptes. On en aperçoit quelques un en pleine activité. Comment fonctionnent-elles ces écluses à poissons d’antan ? A marée haute elle se remplissent d’eau de mer et de poissons, ceux qui ont la mauvaise idée de s’y jeter. Car à marée basse, les malheureux se trouvent ainsi piégés par ces murets artificiels … et aux pêcheurs à pied de capturer à la main les prises : dorades, bars, mulets, maquereaux …

Une écluse à poissons est reconstituée dans le parc du phare afin de permettre aux visiteurs intéressés de mieux comprendre leur fonctionnement. Un dernier détail au sujet de ces écluses. Elles permettent de capturer des poissons mais elles font aussi office de brise-lames et protègent donc le littoral des assauts des vagues lors des tempêtes d’équinoxe.Du sommet du phare, on scrute l’horizon mais on jette également un regard vers la vertigineuse vue plongeante vers le pied du phare. Le jardin en « Rose des vents » vaut l’observation, ici une vue côté Sud comme l’indique ce « S ».

De l’autre côté, voici une autre tour (plus petite), des antennes et quelques bâtiments constituent une station radar datant de la Seconde guerre mondiale, elle faisait à l’époque partie du redoutable Mur de l’Atlantique.

Voici un clin d’œil avec cette pancarte observée sur l'allée qui mène au phare, elle nous fait voyager par l’imagination … mais pour le moment on reste bien sur Oléron !

2

On quitte le noir et blanc du phare pour un lieu où la palette de teintes s’avère plus complète. Direction vers la plage de la Borie à Saint-Denis d’Oléron, c’est à deux kilomètres plus loin.

Colorées et coquettes, toutes ces cabanes sont en front de plage … sur trois rangées, elles font l’attraction et la décoration du lieu. En ce matin du mois de Juin, il n’y a pas foule sur le sable et toutes ces pimpantes cabanes sont fermées. Les estivants ne sont pas encore arrivés en cette période printanière. L’observation et la prise de photos en sera facilité, je ne m’en plains pas.Et voilà que je retrouve l’image de phares peints de façon naïve sur plusieurs de ces cabanes de bois ; à l’honneur, bien sûr, c’est le phare de Chassiron qui joue la vedette.

A proximité de la plage, le long de la digue s’étire le port de plaisance, là aussi, les bateaux attendent leurs sorties estivales.

Autre plage de cette côte du nord de l’île, celle de La Brée-les-Bains et là, on peut faire d’autres rencontres : Jeanne, Marthe, Marie … non, ce ne sont pas de sympathiques oléronnaises mais les noms de ces cabanes de plage. Lors de mon passage, j’aperçois une seule présence humaine, c’est un homme dont je n’ai pas le prénom, il promenait tranquillement son chien. Et si ces cabanes paraissent moins pimpantes que celles de la plage de la Borie, c’est surtout parce qu’un nuage de brume est venu voiler le soleil.

Les mêmes cabanes de plages, je les ai immortalisé à mon retour avec un dessin encre/aquarelle.

L’île d’Oléron, par sa superficie est la seconde plus grande île des côtes françaises après la Corse, aussi, elle ne se résume pas seulement à des rivages touristiques. Sur Oléron, l’agriculture est une activité qui a toujours sa place, ainsi on chemine en se baladant parmi des champs de céréales et des parcelles de vignes.

Autre récolte oléronnaise, celle de l’or blanc de l’île, son sel. Ici du côté du hameau de Sauzelle, une partie du paysage est quadrillé par des marais salants. L’occasion d’une petite halte à la rencontre d’un saunier, il va nous vanter sa « production de luxe, la fleur de sel » déclinée en grains fins ou moyens … pour nous ce sera un petit sachet de fleur de sel, grains fins.

• • •

Le monument le plus connu du secteur, il se trouve au large de l’île, on aperçoit sa silhouette massive depuis la belle plage des Saumonards. Je veux parler du célèbre Fort Boyard dont la renommée ne vient pas de son rôle défensif et décisif contre un quelconque assaut ennemi … mais de son utilisation depuis de nombreuses années pour une célèbre émission de jeux télévisés.

• • •

D’une fort à l’autre … passés la forêt de chênes verts et de pins puis la bourgade de Boyardville voici le Fort Royer. Un fort qui n’en a que le nom car il s’agit là d’un village ostréicole. Un site devenu incontournable lors d’une visite de l’île. Avec toutes ses cabanes aux couleurs chatoyantes, ses chenaux, ses pontons et ses terrasses vous invitant à de savoureuses dégustations d’huîtres, le lieu vaut que l’on s’y rende.


Ce village ostréicole est sorti de l’abandon grâce aux efforts des dynamiques membres d’une association qui depuis 25 ans ont décidé de faire revivre ce patrimoine. A grand renfort de démarches administratives, de travaux et de coups de pinceaux … le résultat est, on le constate, particulièrement réussi même si la rançon du succès fait qu’en pleine saison estivale, les lieux sont parfois sur-fréquentés, d’où l’intérêt d’y flâner si possible hors saison.

3

Changement de côte, le temps de traverser l'île en passant par le centre d'Oléron. Une ancienne tour domine les habitations de la petite ville de Saint-Pierre d’Oléron. Avec sa silhouette qui évoque celle d’un phare, une telle colonne ne pouvait évidemment que susciter mon intérêt et donc une halte.

A défaut d’être un phare, cette tour octogonale datant du XII ème siècle est une « Lanterne des Morts ». Edifiée en ce lieu qui était autrefois le cimetière de la paroisse, elle perpétuait le souvenir des défunts avec la flamme de son lanternon perché à plus de 20 mètres de hauteur.

• • •

Un peu plus loin, sur la côte, précisément à La Cotinière, un autre édifice rend hommage aux disparus en mer, marins et sauveteurs. Notre Dame des Flots vieille sur le port depuis la dune où elle a été bâtie.

A l’intérieur, la Chapelle des Marins rassemble des ex-votos sous forme de vitraux d’art, de bateaux et de croix disposés sur un Mur de la Mémoire.

La Cotinière, c’est Le port de pêche d’Oléron, un petit port qui est tout de même le 7 ème de France. On est fier ici de préciser que les pêcheurs locaux pratiquent une pêche artisanale : soles, bars de ligne, céteaux, langoustines, crevettes … que l’on retrouve sur les étals des poissonniers, sur les quais, au marché ainsi que sur les « bonne tables » donnant sur le port.

Un port où en cet après-midi les bateaux de pêche sont au repos avant leur prochaine sortie vers le large. Tiens ! En voilà un qui, solitaire, accoste au quai en face des hangars.

Un port dont l’entrée est balisée par un petit phare au sommet rouge. Je ne pouvais, bien entendu, m’empêcher de le photographier.


• • •

Poursuite de la balade oléronnaise avec la visite à présent d’un autre port. Le petit Port des Salines. Il est situé au bord d’un canal dans l’intérieur des terres, près des marais-salants. Avec un tel nom, on pouvait s’en douter.

Voilà une image qui m’est familière … pas pour être venu très fréquemment dans ce lieu mais parce que j’ai chez moi, une affiche qui représente ces cabanes hautes en couleurs. La lumière est idéale, il y a même quelques reflets qui dansent à la surface de l’eau, la scène est parfaitement photogénique.

Il suffit de faire quelques pas sur les buttes de terre délimitant les bassins où le sel est « récolté » pour rencontrer un saunier en plein travail. Les gestes sont lents, très appliqués pour récolter juste à la surface de l’eau, la fine croûte de sel, à savoir la fameuse fleur de sel. L’or blanc de l’île, résultat de la conjonction du soleil, du vent, de l’évaporation et aussi du savoir-faire des sauniers locaux.

• • •

Notre tour d’Oléron se termine au sud à la plage de Gatseau. Une fois passé le centre de Thalasso, il n’y a plus rien … enfin « rien » voulant dire ici qu’il n’y a plus aucune construction sur le front de plage ; mais là, on découvre l’essentiel : une nature vierge. Des eaux claires, une anse de sable fin bordée d’une forêt de pins et de chênes verts, et pour horizon ? le continent et sa pinède littorale. Assurément, un lieu de charme que l’on quitte avec regret.

Le pont viaduc est maintenant en perspective, on quitte Oléron ... mais ce n’est qu’un aurevoir.

4

Retour sur l’île d’Oléron, histoire de compléter ma (re)découverte de l’île avec au programme : une balade parmi certains lieux « zappés » faute de temps lors de ma virée printanière. Nous sommes maintenant en septembre, la journée est annoncée chaude et ensoleillée … c’est parfait pour qu’Oléron nous dévoile ses charmes.

• • •

La visite débute par un premier arrêt, juste avant de s’engager sur le pont. Le Fort Louvois, imposant et élégant trône sur un socle rocheux dans le pertuis. Cette tour forteresse édifiée au 17ème siècle faisait partie de l’arsenal défensif dédié à la protection de l’Arsenal maritime de Rochefort.

Les eaux sont calmes ce matin et se transforment de belle façon en un parfait miroir d’eau. Pour atteindre le Fort à pied, un passage pavé a été tracé mais cet accès n’est praticable qu’à la seule marée basse ! Pour le moment la marée monte et au bord de ce rivage, on peut assister à un ballet d’embarcations ostréicoles. Les travailleurs de la mer, les ostréiculteurs, rejoignent leurs parcs à huîtres dont la renommée n’est plus à faire. Evoquer les huîtres de ce bassin de Marennes-Oléron a de quoi mettre « l’eau à la bouche » … même en ce début de matinée.

A l’extrémité de l’île, voici la pittoresque cité de Château d’Oléron. La seconde ville de l’île avec quelques 4270 habitants (2019). Ici, bon nombre de casteloléronais sont marins-pêcheurs et/ou ostréiculteurs. Photogénique n’est-ce pas ce petit port avec son alignement de cabanes colorées ?


Avec cette marée basse et ces eaux retirées, l’estran devient un terrain pour la pêche à pied. Aussi, ils sont quelques téméraires, paniers à la main, partant d’un pas décidé à patauger dans la vase, leur espoir ? une belle récolte de coquillages.

Continuons la visite. Un phare attire mon regard et mon objectif. Colonne blanche et sommet/lanterne rouge. Il est de petite taille (une vingtaine de mètres seulement) mais il est idéalement perché sur la colline de la Citadelle.


La Citadelle … là encore, c’est un massif système défensif édifié dès 1630, les noms de Richelieu et de Colbert sont associés à cette construction dont une partie est en ruine.

Passons la majestueuse Porte royale, toute décorée d’armoiries, de blasons et de drapeaux. Elle permet d’accéder à l’historique place d’Arme. Les soldats, les armes, les combats ne sont plus qu’un souvenir … maintenant les lieux sont dédiés aux expositions, aux artistes et aux touristes. Depuis le chemin de ronde, il est facile d’imaginer que la vue s’avère imprenable sur l’étendue marine … qui en fait s’est retirée, très loin, durant cette période de basse mer.

Retour donc vers le port où là aussi, les lieux sont désertés par les eaux mais il y a toujours l’aspect pimpant des cabanes colorées. Je les trouve séduisantes toutes ces simples bicoques en bois bien mises en valeur à grand renfort de coups de peinture.

D’un chenal à l’autre … jusqu’à ce petit pont de bois. Tiens ! c’est original cette décoration laissée par des passants que l’on imagine très amoureux. Ici, pas de lourds « cadenas d’amour » suspendus à la rambarde mais des coquilles d’huîtres, c’est finalement très couleur locale et bien plus nature.

• • •

D’un chenal à l’autre, bis ! ou de cabanes en cabanes, bis également … Nous sommes entre une route et un chenal, précisément au hameau de La Baudissière.

Joli, cet alignement de cabanes traditionnelles. Avec l’essor touristique de l’île, au fil des années elles trouvent d’autres utilisations, comme une seconde vie qui les préserve de l’abandon. Autrefois, il s’agissait de cabanes à huîtres ou à sel, désormais elles sont devenues des ateliers pour artistes créatifs ou autres buvettes/snacks/étals de souvenirs.

• • •

La plage n’est jamais très loin sur Oléron. Gagnons la côte ouest et son littoral. Un rivage fait d’une succession de plages de sable, toutes accueillantes comme ici à La Perroche. Le cordon dunaire traversé, la vue dévoile une étendue bleu océan.


• • •

Une dernière halte, quelques kilomètres plus au sud à « Le Grand Village ». Grand par le nom et surtout pittoresque par son port et ses cabanes.

J’ai trouvé qu’elle avait tout de même de l’allure cette vieille hutte (ci-dessus) malgré sa peinture écaillée. Et puis, ce petit voilier blanc était un bon détail pour une photo … comme ce bien réel bateau qui lentement sortait au même moment du chenal en direction du large.

Fin du tour et des détours sur la charmante Oléron, assurément une des perles, colorées, de la côte de Charente-Maritime.

Jean Saint-Martin – Île d’Oléron – Juin & Septembre 2021