Carnet de voyage

Découverte du Sénégal Oriental

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3
Quelques jours de randonnée à la rencontre des peuples Bassari, Bédick et Peul dans le pays Tenda.
Du 20 au 26 octobre 2019
7 jours
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20
oct

Après plusieurs séjours dans la région de la "Petite-Côte" (entre Dakar et le Sine-Saloum) je souhaitais découvrir une autre partie du Sénégal, juste après la saison des pluies.

Parti d'Orly la veille au soir un peu avant 20 heures, et après une escale à Casablanca, j'arrive à Dakar en milieu de nuit (2 heures du matin, heure locale, + 2H de décalage). J'y fais la connaissance des 6 autres personnes qui, comme moi, vont découvrir le Sénégal oriental.

Le temps de récupérer les bagages et de nous rendre à l'hôtel "Baobab Soleil" à Sindia (près de l'aéroport), il est presque 4h quand, enfin, nous pouvons profiter de quelques heures de repos. 😴

Hélas, le lever à 7h n'a pas permis un grand sommeil réparateur...

Après un petit déjeuner rapide, nous partons à 7h45, en minibus : la route est longue pour atteindre l'est du Sénégal. Notre première étape aujourd'hui compte près de 470 km.

"Baobab Soleil" à Sindia 

Je n'avais connu le Sénégal qu'en saison sèche. Aujourd'hui, je le découvre sous une autre facette, vert et luxuriant. 🤗

Durant la saison des pluies, le Sénégal reverdit...
Durant la saison des pluies, le Sénégal reverdit...
Entre Fatick et Kaolack, grandes zones de production de sel
Entre Fatick et Kaolack, grandes zones de production de sel

Nous faisons une première pause à Kaolack après 2h de route : arrêt technique (pause pipi) et achat d'eau (1000 FCFA le bidon de 10l, soit 1.52 €). Puis une nouvelle pause une heure plus tard, à Kaffrine, pour faire le plein de carburant.

Les kilomètres défilent, la route est droite et monotone, je m'assoupis à plusieurs reprises... Le minibus n'a pas de clim, mais la chaleur est supportable car nous roulons fenêtres ouvertes.

Un peu après 14 heures, nous arrivons Tambacounda, plus grande ville du Sénégal oriental. Nous déjeunons dans un petit hôtel-restaurant (hôtel Niji) avant de reprendre la route vers 15h30.

Vers 16h15, arrêt sur le bord de la route pour visiter un marché local, un peu avant Missira, à mi-chemin entre Tambacounda et Wassadougou.

Enfin, à 16h45, nous sommes presque arrivés à destination. Après un peu plus de 7 heures de route j'apprécie les 50 minutes de marche à pied pour rejoindre le campement nature de Wassadou (à 3 km environ de Wassadougou).

La piste est agréable, la végétation luxuriante, les buissons et broussailles sont denses et touffus tout le long du chemin. Il est préférable de ne pas s'aventurer à l'intérieur, précise Théo notre guide, des serpents difficilement repérables peuvent s'y trouver...🐍 La température est un peu plus fraiche (une trentaine de degrés ?). La menthe sauvage est très odorante et embaume le parcours.

Menthe sauvage
Termitière cathédrale

Le campement de Wassadou est situé en pleine forêt, près du fleuve Gambie. Les cases sont réparties dans un grand jardin bien entretenu.

Les chambres sont simples et propres, quoique un peu vieillissantes... Un ventilateur apporte un peu de fraicheur mais en début de soirée seulement... C'est un groupe électrogène qui produit l'électricité le soir dès la tombée de la nuit et jusqu'à 23h, et le matin, pendant une heure avant le lever du soleil.

Le campement de Wassadou domine le fleuve Gambie. Depuis la terrasse devant le restaurant, on a une très belle vue sur le fleuve. Des singes, non farouches, ramassent de la nourriture.

Le fleuve Gambie et le port de Wassadou
Femelle vervet avec son petit
Vervet

Après installation dans la case, j'apprécie une petite douche (le débit d'eau est faible) puis une bonne bière devant le fleuve. Mais le tonnerre gronde. Notre guide et le chauffeur partent protéger les matelas que nous utiliserons pour les bivouacs et qui sont sur le toit du minibus.

Durant le repas, un petit orage (durant 15-20 mn) apporte quelques gouttes d'eau et un peu de fraicheur.

Je suis ravi, c'est ma première pluie au Sénégal... 😀 L'hivernage (la saison des pluies) est un peu tardif dans l'est, particulièrement cette année.

Enfin, vers 21h c'est le retour dans les cases et ... dodo.

21
oct

Je me lève vers 6h30. Une demi-heure plus tard, il fait jour et l'électricité est coupée (groupe électrogène).

Après un petit tour dans le campement et le long du fleuve pour observer, contempler et prendre quelques photos, nous prenons le petit-déjeuner vers 7h45. Nous observons des babouins et des phacochères mais nous ne voyons pas d'hippopotames, le niveau de l'eau est trop élevé...

Puis nous continuons la route vers l’est du Sénégal : près de 200 km encore pour atteindre le pays Bassari et Bédik. Cette région est classée au patrimoine mondial par l'Unesco.

Elle est aussi appelée "pays Tenda". Les "Tenda" forment un groupe ethnolinguistique d'Afrique de l'Ouest établi aux confins du Sénégal, de la Guinée et de la Guinée-Bissau et regroupant notamment les Bassari, les Coniagui, les Bédik et les Badiaranké.

Une dizaine de kilomètres après notre départ, nous sommes arrêtés à Dialakoto par un contrôle de gendarmerie. Nous en aurons d'autres durant la semaine; celui-ci est rapide, pas besoin de sortir les passeports.

Peu après 9 heures, nous arrivons à Dienoun Diala : c'est l'entrée du parc Niokolo-Koba.

Inscrit comme site du Patrimoine mondial et Réserve de la biosphère internationale, le parc National Niokolo-Koba compte près de 350 espèces d’oiseaux et 80 espèces de mammifères, notamment des lions, des léopards et quelques éléphants. La flore y est également très variée. La meilleure période pour observer le plus grand éventail d’animaux se situe entre mars et mai, lorsque la végétation est moins dense, malgré la forte chaleur.

La grand-route qui traverse le parc est bonne et très bien entretenue (plusieurs équipes effectuent des travaux de réparation-consolidation des bords de la route...). Il y a peu de circulation. On croise des gros poids-lourds et on en double quelques uns. Nous observons quelques animaux sur les bas-côtés : des phacochères, des oiseaux, des singes... Le temps est légèrement brumeux, le soleil un peu voilé. On a de l'air dans le minibus mais dès qu'on s'arrête, la chaleur devient vite étouffante.

Nous arrivons à Mako vers 10h30. Nous sommes sortis du parc, la route est beaucoup moins bonne, il y a de nombreux nids-de-poule et notre chauffeur doit zigzaguer pour les éviter. Des collines apparaissent : ce sont les contreforts du massif montagneux du Fouta Djalon surnommé "le château d'eau de l’Afrique de l'Ouest".

Une petite pause d'une demi-heure pour nous dégourdir les jambes est bienvenue : on s’arrête quelques instants à la dibiterie (boucherie) avant de nous diriger vers le fleuve Gambie.

Notre chauffeur et notre guide devant le minibus
Au premier plan, la peau du zébu qui vient d'être débité

Le zébu est en cours de débitage, à la machette. On goutte au dibi (viande grillée au feu de bois), préparation enroulée dans du papier : petits morceaux de foie, de viande, d'oignons.

Le fleuve Gambie traverse Mako
Lessive au bord du fleuve
Le niveau d'eau à la fin de la saison des pluies est très élevé
Campement éco-touristique sur la rive est du fleuve Gambie

Nous poursuivons la route et trois quart d'heure plus tard, nous arrivons à Kédougou. C'est la plus grande ville du sud-est du Sénégal, proche des frontières du Mali et de la Guinée.

En arrivant à Kédougou (à hauteur de l'aéroport), nous nous arrêtons à nouveau pour un contrôle de police. Au fond, dans la brume, on aperçoit du relief : le massif est assez large, c'est la Guinée.

Au centre de Kédougou, nous faisons connaissance de Marc, notre guide Bédick, qui va nous accompagner pendant les prochains jours et nous faire découvrir la région. Il nous emmène faire un petit tour dans le marché central. Quelques achats : fleurs séchées d'hibiscus (pour faire du bissap), cacahuètes, bonbons au gingembre, tissus... Également, nous faisons des provisions d'eau en bidon de 10 litres (1300 FCFA) en prévision des journées de bivouac. (7 bidons pour 9 personnes... ce ne sera pas suffisant pour les 3 jours... Heureusement nous avons pris des pastilles pour purifier l'eau).

Avec Marc, pour découvrir le marché central de Kédougou
Il est midi, il fait déjà très chaud, il y a peu de monde en plein soleil. 
Quelques vues du marché... 

Peu après 13 heures, nous repartons pour Bandafassi, petit village au cœur du pays Bedick. Il nous reste une quinzaine de kilomètres à parcourir. A nouveau, un contrôle de gendarmerie... 👮🏿‍♂️ Les 3 derniers km sont moins rapides (maxi 25 km/h) car il y a une portion de piste.

Quelques vautours sur les arbres au bord de la route
Quelques vautours sur les arbres au bord de la route 

Enfin, peu avant 14h, nous arrivons au campement "Le Bedick" chez Léontine.

Une falaise surplombe le village. Il est possible d'y pratiquer l'escalade.
Campement "chez Léontine"
A l'intérieur du campement
Repas à l'ombre sous une grande case aérée

Après installation dans les cases puis repas à l'ombre, j'apprécie un peu de temps libre en attendant que la température baisse un peu. C'est l'occasion de faire un petit tour près du campement et de rencontrer quelques habitants du village.

Hibiscus sabdariffa, hibiscus à fleurs rouges
Le bissap est une boisson préparée à partir des fleurs rouges séchées d'hibiscus
Léontine prépare le poulet pour le soir

Ensuite, Marc, le guide Bédick, frère de Léontine, nous parle de son pays. Il a une très bonne connaissance des traditions, de la culture et du territoire des alentours.

Sur les contreforts du Fouta Djalon, vivent les Bassaris et les Bédiks, deux des peuples les plus mystérieux d'Afrique de l'Ouest. Ils sont les premiers occupants connus du Fouta Djalon, qu'ils occupent depuis le XIII° siècle. Selon leurs traditions, ils seraient les descendants de trois voyageurs, quittant l'empire naissant du Mali, qui décidèrent de fonder chacun son village dans ces montagnes.

La tradition Bédik continue de survivre au Sénégal, grâce à plusieurs villages disséminés dans le sud-est du pays. Suite à l’évangélisation menée par les colons français, les Bédiks sont devenus chrétiens mais leur “véritable culture d’origine” reste fortement teintée d’animisme.

Vers 17h, nous partons rejoindre le village Bédick Ethwar, sur la montagne au dessus du campement. Il fait encore chaud...transpiration assurée. 😅 Il y a seulement 1,5 km et 150 m de dénivelé. Nous apprécions les nombreuses explications de Marc et la montée nous prend près d'une heure...

Nous quittons le village. Il fait encore chaud...
Marc nous fait découvrir le fonio
Le fonio blanc est une plante annuelle herbacée cultivée pour ses graines
Campement du village communautaire de Bandafassi
Au loin, le site d'escalade de Bandafassi.

Au début de la balade, Marc nous fait découvrir le fonio : cette culture est très importante en Guinée et dans le Fouta-Djalon. Elle se contente de sols pauvres, Le fonio est considéré comme une des plus anciennes céréales d’Afrique.

Nous apercevons au loin le campement du village communautaire de Bandafassi. Il est défini comme une porte d'entrée du Pays Bassari, site classé au patrimoine de l'UNESCO. Il est composé d'un espace multimédia, un campement touristique, un musée, un espace ethnoculturel...

Et un peu plus loin sur notre droite, le site d'escalade de Bandafassi.

Après plusieurs raidillons dans la forêt, enfin, entre deux arbres, le village se découvre à nous au milieu de la végétation. Mais il est désert, à part quelques animaux effrayés. Les villageois sont encore en train de travailler dans les champs...

Sur sa tête, Marc apporte des céréales au village.
Marc donne des explications sur les traditions et coutumes
Ethwar apparait, presque irréel en contre-jour et noyé dans la végétation.

A quelques-uns, on monte au dessus du village sur les rochers (blocs de granit) pour admirer le coucher de soleil.

En bas, le village de Bandafassi
Quelques mots échangés avec une Californienne en stage au village communautaire

Contemplation devant le coucher de soleil... 🤩

La descente ensuite est un peu scabreuse dans l'obscurité... Nous revenons au campement peu après 18h30, alors que la nuit est tombée. C'est alors le temps de l'apéro, puis le repas vers 20H.

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👉🏾 Au sommet, voir une vue en 3D avec Google.


👉🏾 Marc Keita - Guide du Kédougou Marc Keita

22
oct

P'tit déjeuner à 7 heures puis départ à 8h, en 4×4. Ce matin, nous prenons la direction de Ninefescha en vue de rejoindre Ethiès, un autre village Bédick.

Au moment du départ, les falaises de Bandafassi éclairées par le soleil
La piste n'est pas trop mauvaise...
Nous contournons le massif montagneux

Il nous faut trois quart d'heure pour atteindre Ninéfescha situé à l'ouest de Bandafassi, à une vingtaine de kilomètres. La piste contourne le massif montagneux sur lequel sont implantés les villages Bédicks.

A 9 heures, nous commençons à marcher. Cette première partie (à plat) est facile et agréable. Marc nous montre la "liane du voyageur", plante qui recueille et retient l'eau : après entaille on peut goûter la sève qui s'écoule. Évidemment, il n'y a pas des grandes quantités mais il explique que cela peut palier au manque d'eau...

Les herbes sont très hautes
Liane du voyageur
Quelques rencontres au cours de la marche...

On passe dans un petit village Peul (hameau de Namel ?) : rencontres, découverte de la vie rurale...

Culture du mil

C'est bientôt la montée...

Bientôt la montée, après le village
Après les habitations on attaque la montée.
Récolte d'arachides
Une fois grillées, de bonnes cacahuètes...

Tout se passe bien, la montée était, ni trop longue, ni trop difficile (seulement 130 m de dénivelé).

Mais, en haut vers 11h30, à moins d'un km et demi du village Ethies, il faut faire demi tour. Marc reçoit un appel téléphonique de Théo (certes, il n'y a pas la 4G, mais les communications arrivent quand même à passer...). Théo était parti avec un autre 4x4 pour apporter le matériel au bivouac en passant par une autre piste. Le 4×4 ne peut pas aller au rendez-vous pour le repas du midi car il ne peut pas monter : hélas, suite aux dernières pluies le sentier n'est pas praticable... Déception ...! 😟

Nous redescendons et retournons au point de départ.

Il y aura changement de programme pour le bivouac de ce soir...

Mais ce n'est pas simple de trouver un autre lieu de campement. Pendant le pique-nique, au frais près d'un petit cours d'eau, nos guides, Théo et Marc, s'y affairent.


Finalement, on change de secteur, direction la zone Bassari au Sud de Salémata. Nous irons bivouaquer à Ethiolo. Nous partons à pied vers 15h, rejoindre le minibus qui a été rappelé par Théo, puis nous roulons à petite vitesse (entre 30 et 55 km/h) vers Salémata. Dans la poussière, les cahots... la piste est bien abîmée, il y a de nombreux travaux.

Certains passages sont difficiles. Des travaux de réfection sont en cours...

Puis nous empruntons la piste secondaire permettant de rejoindre le village Ethiolo. Mais elle est encore plus difficilement carrossable, le minibus ne peut pas aller jusqu'au bout et nous continuons à pied.

Nous rattrapons le 4x4 parti avant nous, il s'est embourbé à un kilomètre environ du village. 🥴

Essais de dépannage avec des moyens de fortune...

Nous laissons Théo et le chauffeur qui sont rejoints par des jeunes du village venus aider. Nous arrivons au campement un peu après 19h, à la lueur des lampes torches.

A 20h, le véhicule est enfin dépanné et rejoint le campement. Nous pouvons installer les tentes. Les jeunes nous donnent un bon coup de main...

Préparation du repas à la pile électrique
Les enfants, intrigués et amusés, avant d'aller dormir

La confection du repas est en cours : quelques poulets supplémentaires sont préparés pour remercier les jeunes qui nous ont aidé. Au Sénégal, on est inévitablement touché par la Téranga (hospitalité en wolof) simple et chaleureuse qui est accordée aux voyageurs.

Le repas est préparé à la lueur des lampes électriques et d'une lampe alimentée par batterie solaire.

Il y a un superbe ciel étoilé, pas de lumière de ville pour nous empêcher de contempler la voie lactée. 🤩 Mais il y a des éclairs au loin... Un petit orage, avec quelques gouttes de pluie, nous réveillera dans la nuit.

23
oct

Lever du jour vers 6h30, mais j'ai entendu le coq chanter à 4h... 🤔 ?

Ce matin, je me réveille de bonne heure, juste à temps pour voir le lever de soleil. Super. 😄

Après le petit orage de cette nuit, les nuages se dissipent progressivement. Je découvre notre campement et les alentours sous la lumière du jour. Hier soir, on n'y voyait pas grand chose...

Au fond, le coin toilettes et douche
Le coin sanitaire au fond : "toilettes" et "douche" derrière la tôle

Après une toilette rapide, le petit déjeuner et les remerciements adressés à nos hôtes pour leur accueil, nous partons pour 3 heures de marche à la découverte de la région, en direction de Salemata.

Pascal, adjoint au maire, nous emmène sur le lieu des célébrations et fêtes rituelles d'initiation des jeunes garçons du village, situé un peu au dessus du village.

Explications sur les rites d'initiation des jeunes... 

Puis nous redescendons vers le centre du village avant de bifurquer vers le nord.

Sur la place, une maison commune... école, centre de soins ? 
Chemin à travers la campagne et sur les collines


Notre marche pour relier Salemata est l'occasion de rencontrer la population qui y vit ainsi que de découvrir leur mode de vie, les cultures mises en œuvre pour leur alimentation...

A la fin de la saison des pluies, les champs sont devenus des pâturages, les vergers et les potagers regorgent de fruits et de légumes.


Au point le plus haut (environ 250m) avant de redescendre sur Salemata
Culture du riz

Nous arrivons à Salémata vers 11h. Nous y découvrons un étrange château fort qui dénote dans cette région du monde : un Français expatrié très excentrique voulait au départ construire un relais de chasse, puis finalement une boîte de nuit...

Etrange chateau fort à Salemata
Etrange chateau fort à Salemata
Arrêt dans l'épicerie pour quelques rafraichissements
La préfecture de Salémata

Après contrôle de nos passeports dans la gendarmerie, près de la préfecture, nous quittons Salemata un peu avant midi.

Une route goudronnée devrait relier prochainement les localités de Kédougou et Salémata. La fin prévisionnelle des travaux de ce tronçon long de 76 km est fixée au mois de juin 2020, précise le site Seneweb...

Des travaux sur la piste... mais il reste encore beaucoup à faire...

Après 60 km de piste environ, nous arrivons un peu avant 14 heures au campement situé sous le village Bédick Andiel, à quelques kilomètres d'Ibel.

Derniers kilomètres à parcourir sur une petite piste détrempée par la pluie

Mais le ciel s'est couvert, l'orage gronde et nous arrivons au campement sous la pluie. Le repas du midi est improvisé sous une hutte dans laquelle nos hôtes ont fait un peu de place pour nous accueillir.

Femme Bédick

Après le repas, la pluie s'étant un peu calmée, nous faisons plus ample connaissance avec les habitants du campement et découvrons les environs.

Plusieurs femmes proposent et vendent quelques objets artisanaux (bracelets, colliers,...).

Certaines ont la cloison nasale traversée par un bâtonnet blanc. Auparavant, ce sont les piquants des porcs-épics qui étaient utilisés. Cet ornement servait dans le passé à différencier le Bedick de son ennemi.

Un peu à l'écart du campement, nous observons le travail du forgeron abrité sous un toit de paille soutenu par quelques poteaux. Il chauffe le fer dans un feu alimenté par un soufflet qui fonctionne avec une roue.

Les forgerons fabriquent (ou réparent) essentiellement des instruments agricoles, des outils à travailler le bois, des clous, des armes, des instruments de musique (cloches et grelots). Ils sont aussi bijoutiers et fabriquent des anneaux, bracelets...

Les activités du forgeron-bijoutier-menuisier sont saisonnières ; en hivernage, il fait des houes, en saison sèche il fabrique des bracelets ou taille des portes... Agriculteur, le forgeron a peu de temps à consacrer à son champ en hivernage, car c’est l’époque où tous ont des outils agricoles à faire réparer. Aussi, par le passé, le payait-on souvent, non pas en argent, mais en journées de travail dans son champ, ou en nature : grains, poulets, etc. (extrait du dossier de nomination "Pays Bassari - Paysages Culturels Bassari, Peul et Bédik" - Proposition d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial)

Puis nous partons découvrir le village Andjiel perché sur la colline à près d'un kilomètre de distance.

Red Bishop (Euplectes orix)

Après un dernier raidillon (mais seulement 60 m de dénivelé au total), le village apparait.

La pluie se remet à tomber. Nous entrons nous abriter dans l'église. Marc et notre guide du village en profitent pour nous donner de nombreuses explications sur le village, la venue des prêtres et religieux, la construction de l'église, les traditions, les rites d'initiation...

Puis nous parcourons le village en grande partie inoccupé. Nous rencontrons la tante de notre guide (près de cent ans), qui continue à y vivre. Elle descend encore dans la vallée une fois par semaine (accompagnée bien sûr).

A cette époque, il fait encore très chaud la nuit. Les habitants dorment dehors.

Une fois redescendus de la colline, nous sommes accompagnés par des enfants en rentrant au campement.

Au campement, notre guide tue un poulet et montre comment on examinait ses entrailles... (le noir est signe d’un destin malheureux, le blanc est signe de bonheur...).

> Voir : Initiation en pays Bassari : voyage au cœur des rites et traditions

Une fillette, indifférente aux explications, le regard perdu...

Mais il fait bientôt nuit... Nous installons les tentes puis nous partons faire une toilette rapide : l'emplacement est situé à l'écart du campement, à 5 minutes à pied...

Le puits
Un peu plus loin, le coin "toilettes"

Le repas se fait dehors, au milieu du campement, à la lumière des piles électriques.

24
oct

Lever au petit-jour, un peu avant 6h30.

Deuxième nuit de bivouac encore difficile sous tente : il fait très chaud sous la toile 😅 (près de 30°, même sans double toit), et pas possible d'ouvrir à cause des moustiques. Et puis le matelas n'est pas très épais... 🥴

Lever de soleil à 6h30 

Avec la lumière du jour, le campement commence à s'animer.

Une fois les tentes repliées, c'est le moment du petit déjeuner, au milieu du campement. Un petit scorpion a été trouvé près d'une tente ; heureusement qu'elles étaient bien fermées cette nuit... 😕

Nous sommes au centre des regards. Nous partageons notre petit déjeuner. Habituellement, certains enfants ou jeunes partent peut-être à l'école le ventre vide...

Après avoir remercié nos hôtes et fait nos adieux, nous partons vers huit heures en direction de Dindéfélo.

Dernier regard sur la colline où se situe Andiel.
Au campement "Le Bédick" chez Léontine, mante religieuse perchée sur un lavabo.

En passant à Bandafassi, nous nous arrêtons quelques minutes au campement "Le Bédick" pour saluer Léontine. C'est aussi l'occasion de faire un brin de toilette et utiliser les sanitaires plus adaptés à notre mode de vie. Nous y observons une mante religieuse perdue sur un lavabo...

Il y a seulement une trentaine de kilomètres pour aller de Bandafassi à Dindéfélo. Mais la piste est difficilement praticable à de nombreux endroits suite aux pluies des derniers jours.

Nous n'arrivons qu'à 10 heures. Dindéfélo signifie "au bas de la montagne" en Peul.

La Commune de Dindéfélo se compose de 13 villages. La Réserve Naturelle Communautaire de Dindéfélo a son siège au Centre d’Accueil du village Dindéfélo qui comprend poste de santé, lycée et école.

Départ de la rando...

Nous allons effectuer un circuit de près de 11 kilomètres pour découvrir la cascade de Dindéfélo.

Tracé du parcours

La montée n'est pas très longue mais elle est rendue difficile par la chaleur. 😓 Il aurait fallu partir beaucoup plus tôt.

Il nous faut un peu moins d'une heure pour arriver sur le plateau de Dandé. Au cours de l'ascension, nous prenons le temps d'observer le paysage qui s'offre à nous : la plaine de Bandafassi.

Plaine de Bandafassi vue du sud depuis les montagnes de Dindéfello
Plaine de Bandafassi vue du sud depuis les montagnes de Dindéfello
Plaine de Bandafassi vue du sud depuis les montagnes de Dindéfello 

Vers 11 heures et quart nous découvrons le village Peul de Afia, à deux kilomètres environ de la Guinée.

Elevage de zébus
Traversée du village
La mosquée : haut-parleurs alimentés par panneaux solaires
Récolte d'arachides
Au village Peul, Afia. 

Sur le plateau,nous marchons au milieu de curieuses termitières en forme de champignon, différentes des termitières "cathédrales" (cela dépend de la composition du sol). Elles sont suffisamment solides pour supporter le poids d'une personne.

Au loin, les sommets montagneux de la Guinée

Nous nous approchons au dessus de la cascade. Nous l'apercevons difficilement à travers le feuillage...

Le site est grandiose, à plus de 100 mètres au dessus de la vallée. 🤗

Au dessus de la cascade de Dindéfélo
Au dessus de la cascade de Dindéfélo 

Puis nous nous approchons du lieu où la cascade prend sa source, à 318 m d’altitude. La végétation est luxuriante et le relief un peu accidenté pour y accéder. Enfin nous y sommes...

Là où démarre la cascade 

A proximité, nous découvrons les grottes de Dandé où des Bédiks se sont réfugiés au XIXème siècle pour échapper à la campagne d'islamisation des hommes de Alpha Yaya.

Forage de 85 mètres à Dandé

Il est temps de redescendre. Le sentier est encore plus raide que celui parcouru lors de la montée !

Durant la descente, nous croisons un groupe de jeunes qui reviennent de l'école (collège ou lycée). Ils ne semblent pas gênés par le sentier abrupte ; ils rigolent et chantent, sans être essoufflés. Chaque jour, ils font ce difficile chemin, descente le matin et remontée sur le plateau après les cours... au minimum 2 heures de marche aller-retour... Il y a même un jeune qui grimpe avec son vélo sur l'épaule... 👍🏾

Une fois la descente terminée, il reste environ 20 minutes de marche à travers la forêt pour rejoindre la cascade. Soudain, elle apparaît après un rocher, la vue est magnifique, c'est à couper le souffle. 🤗

La chute d'eau est d'environ 100-120 mètres et, au pied, il y a comme une grande piscine dans laquelle nous pouvons nous baigner. Une légende raconte que cette source aurait des vertus thérapeutiques et d’autres bienfaits.

Iule sur le chemin

Vers 15h30, nous repartons vers le village (1/2 heure de marche pour un peu plus de 2 km). La cascade est dans l'ombre mais il fait encore chaud.

En chemin, nous observons un iule, un myriapode diplopode (ce qui veut dire que chaque anneau porte 4 pattes) que beaucoup appellent simplement un mille-pattes.


Après un rafraichissement au village de Dindéfélo (bière, coca...) nous partons pour rejoindre Kedougou.

La piste détrempée menant à Dindéfélo
Beaucoup de poussière quelques kilomètres avant d'arriver à Kédougou.
Quel contraste entre les deux pistes... 

Nous nous arrêtons vers 18h au carrefour près de Bandafassi, au moment de reprendre la piste principale, pour faire nos adieux à Marc, notre guide Bédick. Nous le remercions chaleureusement de nous avoir fait découvrir le pays Tenda et pour ses nombreuses explications sur les coutumes et traditions locales.

Enfin, à la nuit tombante, nous arrivons à Kédougou. Nous allons pouvoir bénéficier d'une soirée confort dans l'hôtel Le Bedik avec chambre climatisée, piscine,....

25
oct

Le retour vers Dakar s'effectue sur deux jours. Aujourd'hui, grande étape : un peu plus de 550 km.

Lever 6h30, petit déjeuner à 7h. Nous n'avons pas beaucoup profité de la piscine (hier soir, la nuit étant tombée, crainte des moustiques et du palu...).

La piscine de l'hôtel
La réception

Nous partons un peu avant 8 heures et nous nous apprêtons à rester confiner dans le minibus pendant de longues heures.

En traversant le parc du Niokolo Koba nous apercevons quelques animaux sur le bord de la route : un Bucorve d'Abyssinie mâle, des phacochères, des singes...

Le Bucorve d'Abyssinie est une espèce d'oiseau, proche des calaos : les mâles ont la peau gulaire rouge, chez les femelles elle est bleue.

Bucorve d'Abyssinie mâle
Termitière cathédrale

A 10 heures, nous avons terminé la traversée du parc. A Dialakoto, au poste de contrôle de la gendarmerie, surprise, on ne nous arrête pas, contrairement à l'aller. 😉

La route défile, Wassadou à 10h30, petite pause ensuite à Missira peu avant 11h...

Nous arrivons à Tambacounda à 11h30.

Arrêt dans une banque pour faire un peu de change puis repas au Relais de Tamba, hôtel-restaurant faisant parti de la même chaîne que l'hôtel d'hier soir.

Départ à 13h30. "Waze" indique 330 km pour Sokone. Au moins 4h de route...

Si le chauffeur reste éveillé (heureusement), à l'arrière plusieurs s’assoupissent sous l'effet de la chaleur.

Vers15h30, un petit arrêt à Koungheul pour acheter du carburant et de l'eau. "Waze" indique encore 190 km... Peut-être une arrivée vers 18h ?

Un dernier arrêt à Kaolack pour faire le plein de gazole, plus arrêt technique.

Kaolack est un port fluvial et l'une des plus grandes villes du Sénégal (la 6ème avec environ 200 000 habitants). C'est un centre important du transit de l'arachide.

En traversant la ville, sur près d'un km, j'ai été surpris de découvrir un chaos monstre indescriptible : ça va, ça vient, ça grouille de monde, ça s'active, mais chacun semble savoir où aller... Chaos mais aussi saleté... J'ai rarement vu cela à ce point au Sénégal (mais n'ayant vu qu'une très petite partie de la ville, je ne suis peut-être pas objectif... ). Toutefois, de retour en France, sur le Net, je découvre que Kaolack est classé comme un des endroits les plus sales du Sénégal (voir planete-senegal.com).

Il est déjà 18 heures lorsque nous quittons Kaolack et poursuivons la route.

Une fois à Sokone, porte du Parc Naturel du Delta du Saloum, il nous reste 3 à 4 kilomètres à faire pour atteindre notre dernier lieu d'hébergement.

Nous avons quitté la route et roulons doucement sur le tanne, la partie la moins fréquemment submergée du delta. L'obscurité rend la conduite difficile, il faut éviter les petits bras de mer...

Enfin, nous arrivons peu après 19 heures aux Barracudas, écolodge bâti sur une ile de coquillages, qui offre une vue extraordinaire sur la mangrove. Mais nous verrons cela demain quand il fera jour...

26
oct

Ce matin, j'ai raté le lever du soleil. La fatigue s'accumulant, j'ai dormi un peu plus longtemps. Il ne faisait pas trop chaud dans la case, le Sine Saloum et le ventilateur apportant un peu de fraicheur.

Possibilité de découvrir la mangrove du sine Saloum en kayak
Découverte de l'écolodge les Barracudas 
Crevettes pêchées ce matin

Je profite de la fraicheur du matin, avant le petit déjeuner, pour découvrir les Barracudas et prendre quelques photos.

Des crevettes pêchées ce matin sont en cours de préparation pour le repas du midi.

Pour cette dernière matinée, plusieurs activités sont possibles : à plusieurs, nous choisissons promenade à pied pour découvrir les bolongs et le tanne.

Le bolong est un chenal d'eau salée, caractéristique des zones côtières du Sénégal ou de Gambie, proches d'estuaires. L'eau de mer s'y mêle à celle des cours d'eau et ils sont soumis à la marée.

Le mot tanne (ou tann) est emprunté au wolof tan qui signifie « étendue de terres salées ».

Nous partons pour une marche de près de 4 km, à proximité, dans le Sine Saloum. C'est un delta très vaste formé par la confluence de deux fleuves, le Sine et le Saloum. C'est également un bras de mer laissant entrer l'eau salée de plus en plus profondément dans les terres car le débit des deux fleuves est assez lent.

Puits de sel
Acacia : le terme vient du grec akis, (pointe), à cause des épines.
Nous traversons à pied, plusieurs "bras de mer"
Nous traversons à pied, plusieurs "bras de mer", l'eau arrivant un peu en dessous des genoux  

Mais depuis plusieurs années la salinisation de l'eau est en hausse.

Des terres dévorées par le sel sur des dizaines de kilomètres. L'eau douce qui a disparu, ou presque, à cause de la sécheresse. Des pluies qui se raréfient chaque année. Telle est la situation face à laquelle se désolent de plus en plus de sénégalais. Les agriculteurs les premiers.

Reportage : Sénégal, quand le sel dévore la nature


Découvrez le reportage de France Télévisions diffusé en décembre 2019 : Sénégal : quand le sel dévore la nature.

👉🏾 www.francetvinfo.fr

L'association Nébéday œuvre au quotidien dans le delta du Sine Saloum pour repousser ce phénomène de progression du sel et de la mer afin de maintenir la vie. Comment ? En plantant des arbres dans les villages et dans la mangrove. Une solution qui vise d'une part à augmenter les pluies et lutter contre la sécheresse, et d'autre part, à repousser la montée de la mer.

Le Nébéday est le nom Wolof d'un arbre, le Moringa Oleifera, qui est souvent qualifié d'arbre de vie car il peut nourrir et soigner les gens.

Baobab couché

Mais sous l’effet de la marée, le niveau de l'eau a monté. Notre accompagnateur juge plus prudent de rentrer en barque.... Appel téléphonique aux Barracudas... hélas personne ne peut venir nous chercher. Finalement ce sont des pêcheurs qui étaient à proximité (2 hommes et 2 garçons) qui nous emmènent.

Attente à l'ombre

Sur la pirogue, le garçon le plus âgé est en train de préparer le poisson pour le repas du midi. J'essaye de dialoguer avec lui... mais il ne comprend pas et ne s'exprime pas en français. Pourtant, le français est enseigné dans les écoles primaires au Sénégal.

En fait, il n'est pas scolarisé, cela fait plusieurs jours qu'ils sont en train de pêcher.

Est-il un des “enfants fantômes” ? Jamais déclarés à la naissance, ils ne peuvent ni voter, ni passer leurs examen. Ils vivent sans existence légale. Au Sénégal, leur nombre est estimé à 4 millions...

Le retour est rapide (une vingtaine de minutes), nous voyons la mangrove de loin.

Revenus aux Barracudas, vers 11 heures, moment détente dans la piscine, avec vue sur la mangrove.... 😎

Ce midi, nous dégustons une thieboudienne.

Le thieboudienne qui peut s’écrire tiéboudiène et qui signifie riz (tieb) au poisson (dieune) en wolof est un plat traditionnel Sénégalais.

Temps libre en début d'après midi, repos à l'ombre, et rangement des affaires personnelles pour le retour de ce soir.


Nous quittons la Sokone un peu avant 16 heures. Mais le bac de Foundiougne est en panne... Théo, prévoyant, vient d'avoir confirmation. On est obligé de repasser par Kaolack pour rejoindre Fatick : quelques kilomètres en plus,... au total, pour rejoindre Mbour, encore 165 Km...

Vers 17h, nous sommes à kaolack, il fait encore très chaud :37°... Fatick à 17h40

Marais salants près de Kaolack
Des marais salants près de Kaolack

Il fait nuit quand nous arrivons à Mbour. Nous allons dans un hôtel (Safari) afin de nous doucher et nous changer avant de reprendre l'avion.

Puis nous reprenons des forces dans "La brioche dorée" (chaîne de restauration rapide) en face de Speedy, auprès de la grande mosquée (Serigne Saliou).

Nous faisons nos adieux à notre guide et notre chauffeur à l'aéroport.

Un retour fatigant nous attend : enregistrement vers 23h, puis décollage peu après 2h, escale à Casablanca et arrivée à Paris vers 11h du matin...

Escale à Casablanca
Lever de soleil lors de l'escale à Casablanca 
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J'ai énormément apprécié ces quatre jours d'immersion dans cette région reculée et peu connue du Sénégal.

Mais il faudrait y rester plus longtemps... Avoir découvert et partager (un peu) les conditions de vie difficiles de ses habitants permet de relativiser nos petits soucis d'occidentaux...

Un grand Merci à nos guides et plus particulièrement à Marc. 😀

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Un autre aperçu du Sénégal oriental sur le carnet de @ChantalEnVoyage :

www.myatlas.com/ChantalEnVoyage/2018-senegal-1