Carnet de voyage

Retour aux Philippines

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17 étapes
14 commentaires
Par JMS16
Des volcans et des îles
Du 5 février au 16 mars 2020
41 jours
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Ce lundi matin après les dernières vérifications nous avons pris la route pour Roissy , non sans quelques arrêts. Autoroute jusqu'à Pithiviers puis routes de campagne dans la Brie et enfin la Francilienne et ses ralentissements mais on a évité le périphérique Parisien et nous sommes directement arrivés à notre hôtel au Mesnil Amelot tout prêt des pistes . Mardi matin frais et dispos , nous avons pu confier notre véhicule au parking où nous avons nos habitudes .

Le voyage fut long , 13 heures de Roissy à Taiwan , 2 h d'escale , 2 h 30 de Taiwan à Manille. Bref nous avons débarqué aux Philippines à midi mercredi 5 Février. Sans oublier les 7 heures de décalage horaire qu'il faut encaisser.

La compagnie Eva Air est à recommander , l'espace en classe Eco est confortable et le service au top .

On a remarqué dans les couloirs de transfert des aéroports des stands médicaux avec des caméras infra rouges pour dépister d'éventuelles personnes fiévreuses. On porte des masques et on espère que le virus ne se propagera pas plus . Mais le port du masque est assez courant en Asie. Et puis il fait beau et chaud pas de raison de s'enrhumer !

Nous ne resterons pas longtemps en zone urbaine , demain on part pour voir un volcan qu'on espère calme .


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Le jeudi 6 février après avoir récupéré nos forces , nous prenons le bus devant le Terminal 3 de l'aéroport de Manille pour rejoindre celui de Clark plus au Nord. Le long de la route , après la ville tentaculaire , voir des rizières et des montagnes nous fait du bien . A Clark nous avons trouvé un taxi pour rejoindre Santa Juliana , chez Alvin au Bognot Lodge. C'est une guest house qui organise des tours sur le volcan , la terrasse est accueillante et les chambres pleines de charme , en plus Alvin est un hôte très sympathique .

Le lendemain départ à 7 heures en Jeep pour le fameux cratère. En 1991 cette montagne dont la dernière éruption remontait à plus de 5 siècles, s'est soudainement réveillée. C'est un volcan gris de la ceinture de feu du Pacifique, c'est à dire qu'il ne produit pas de lave et est de caractère explosif avec les coulées pyroclastiques qui vont avec ( mélange de pierres, cendres et gaz à très haute température qui dévalent les flancs et détruisent tout sur leur passage ). Des signes avants coureurs ont permis d'éloigner la population, le bilan s'élève à un millier morts tout de même. Mais il n'a pas fait les choses à moitié, son éruption fut la plus importante du XXème siècle. Littéralement décapitée , la montagne a perdu 300 mètres de hauteur et envoyé autour d'elle dans l'atmosphère et les vallées environnantes 10 km3 de matériaux. Ces pierres et ces cendres se sont accumulées et écoulées en mélange avec l'eau modifiant tout le paysage alentour.

Avec la Jeep nous avons remonté la vallée. D'abord c'est un large lit de rivière plein de gravats , puis progressivement on pénètre entre des parois de cendres et de matériaux volcaniques qui s'érodent au fil des saisons. Leur hauteur est impressionnante. On imagine le cataclysme que cela a dû être . Durant cette éruption ce devait être l'enfer ici ! ou plutôt le paradis ! car un volcan qui explose c'est un recommencement.

Le parcours est très chaotique et il faut bien un engin franchisseur pour remonter cette vallée . Nous arrivons enfin à un terminus et là il faut grimper à pied par un sentier qui mène au belvédère dominant le cratère. Un lac le rempli et les crêtes ciselées qui l'entourent ne sont pas encore stabilisées . On peut descendre au bord de l'eau sur une petite plage. Si il y a trente ans ici ce n'était que bruit et chaos maintenant c'est juste beau !

Nous avons profité un long moment du spectacle avant de revenir sur nos pas . A noter que l'on croise quelques cabanes où l'on vend des boissons et des bibelots aux touristes de passage . Elles sont tenues par des familles de tribus locales qui vivent dans la montagne . On les nomme Aetas , ce sont les plus anciens habitants indigènes de cette île , ils ont été surnommés Negritos par les conquérants espagnols en raison de leur petite taille et de leurs traits africains . Ils sont ici depuis des millénaires. Preuve des nombreuses migrations qui ont fait la multiplicité des ethnies qui peuplent les Philippines.

Bref l'expérience était géniale de pouvoir fouler un sol tout neuf .

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Initialement nous avions prévu d'aller voir un autre volcan, le Taal . Mais depuis quelques semaines il s'est réveillé et son accès est interdit . De grosses explosions ont déjà eu lieu alors on n'insiste pas ! Au Nord-ouest de Santa Juliana sur la côte se trouve un parc national : les Hundred Islands. C'est une station balnéaire assez prisée par les philippins. Quelques heures de bus et nous y sommes . Seuls étrangers présents ici , nous intégrons la vie locale . C'est le week-end avec une ambiance familiale très bon enfant dans la ville , sur le front de mer et les restaurants . L'organisation pour le tour sur les îles est encore une fois très bien rodée . Nous ne pourrons faire qu'une demi-journée ce dimanche en raison d'une alerte météo qui s'avérera fausse mais c'est déjà bien pour voir l'essentiel . Nous avons logé au Island Tropic Hotel , et ma foi c'était pas mal !

Les Hundreds c'est beaucoup de petits îlots calcaires de toutes les tailles parsemant la baie . Comme à Along au Vietnam , en plus petit ! Ils sont rongés par l'eau et la houle et présentent de jolies formes. Les Philippins sont très pieux , alors un grand Christ trône au sommet de l'île principale , c'est un lieu de pélerinage . On en fait le tour en passant devant des stations de chemin de croix avec des statues grandeur nature . On s'y amuse aussi avec des tyroliennes d'île en île , on y campe , on y pique-nique . Mais rassurez vous des gardes veillent à la propreté et au respect des lieux , parc national oblige ! Cette zone autrefois dévastée par la pêche sauvage est en pleine réhabilitation avec du corail qui reprend , des bénitiers réimplantés ( normal ! ) et un côté éducatif à l'environnement appuyé.

Nous y ferons même un peu de snorkeling, l'eau était bonne mais un peu trouble.


Un panoramique depuis un sommet
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Après ce week-end passé aux Hundred islands nous refaisons nos sacs pour rejoindre l'île de Mindoro située au sud de Luzon. La route est longue mais tout se passera sans encombres, circuler aux Philippines est somme toute assez simple il y des bus très réguliers et partout . Depuis la gare de Alaminos on rejoint Cubao , quartier de Manille qui est aussi une grande gare centrale , là on trouve une autre compagnie qui dessert Batangas grand port au sud de l'île. Un ferry plus tard , nous sommes sur Mindoro à Puerto Galera , plus exactement au port de Balateros . De là un tricycle nous emmène à l'hôtel qui nous attend, l'Amami Beach Resort .

Bien sûr j'avais prévu deux jours en cas de retard , mais tout s'est très bien enchaîné, les bus partant toutes les heures c'est assez facile ! Le lundi nous avons donc roulé de 8 h le matin à 17 h le soir . Nous avons dormi à Batangas et pris un ferry le lendemain matin pour pouvoir profiter du paysage ( Il faut 1h de traversée) .

Je dois dire que les bus de liaison Philippins sont très confortables , climatisés, de bons sièges , la télévision et le wifi à bord ! On regarde aussi le paysage qui est étonnant pour nous . On a retraversé Manille et ses grandes artères, ses grattes ciels et ses quartiers moins beaux . Ils ont des autoroutes très modernes mais aussi des routes secondaires où on peut voir du riz et du maïs étalé qui sèche au soleil sur les bas côtés bétonnés . Le relief est très volcanique. Nous sommes passés à 20 km du Taal , on l'a aperçu au loin mais pas de fumée, c'est décevant !

La circulation se fait dans un joyeux bazar , ça déboule de partout , on double à gauche ou à droite , mais curieusement personne ne s'énerve , on laisse passer ! Le klaxon sert à avertir de son approche . La fureur parisienne est bien loin ! Et puis beaucoup de motos et tricycles circulent au milieu des voitures et des camions .

Les ferry eux aussi sont fréquents et nombreux , normal avec toutes ces îles à desservir . Il y a des gros , les RoRo , pour les véhicules, et plein de compagnies de transports passagers rapides ou semi rapides .

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Du mardi 11 au samedi 15 février nous séjournons loin du bruit et des bars de Sabang , Puerto Galera et White beach , à l'Amami Beach Resort sur la plage de Linapacan tout au bout de la route , après c'est la montagne. Un petit lodge sans prétention décoré avec goût. L'accueil et le restaurant sont tout prêt de la plage , des bungalows sont construits en bambou tout autour . Nous logeons dans une annexe appelée Amami Garden de l'autre côté de la route , tout aussi calme . Ce lodge a été créé par Marie-Thérèse , une femme philippine qui a beaucoup vécu en Italie et en France, elle est revenue au pays avec son fils Fabio pour monter ce projet hôtelier depuis 2013 . Le business a l'air florissant, les notes des guides sont excellentes , car leur cuisine italienne est fameuse ! Ils font beaucoup travailler des locaux participant ainsi au développement du secteur .

Nous avons exploré quelques activités autour durant ce séjour . Ils nous les ont gentiment indiquées voire organisées.

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Celles là ils fallait les trouver ! J'en avais eu connaissance en lisant des blogs et Fabio nous l'a conseillé . Plutôt que d'y aller en tricycle nous avons préféré louer 2 scooters qui nous ont été livrés à 8 h mercredi matin. Coiffé pour ma part d'un casque de skate board nous avons fièrement pris la route . Ici on roule tranquille , la route suit presque essentiellement le bord de la côte de cette île très montagneuse , 50 km/h est un maximum . Nous avons roulé jusqu'à Puerto Galera puis continué en direction de Calapan . Les points de vue sur la mer sont saisissants et nous avons multiplié les arrêts . Comme à cette grande cascade en bord de route , Tamaraw Falls , qui méritait bien une photo . A San Théodoro nous avons tourné à droite sur la petite route qui suit une rivière. Le paysage est superbe avec une succession de rizières , de plantations de cocotiers et de bananiers . La route elle , se termine dans un petit village Mangyan ( nom de l'ethnie locale) , après c'est la piste .

Les chutes sont encore loin , qu'à cela ne tienne, aussitôt un buffle est attelé devant une charrette et nous voilà partis avec 2 femmes guides et un cocher . Nous traversons plusieurs fois la rivière, le buffle n'a peur de rien . On trotte parfois , quand le sol est plat , eh oui ! . Nous suivons une piste dans la jungle , partout des cacaoyers sauvages d'où pendent des cabosses. Arrivés au bout il faut tout de même marcher un peu , en retirant nos chaussures car on patauge . Une petite cascade toute mignonne émerge de la jungle , nous la remonterons , de rocher en rocher , pour finir par une baignade, car il fait chaud ! Nos guides très efficaces ont dressé une table avec un parasol sur le banc de sable face à la chute . Déjà la viande grille sur le barbecue et nous mangerons dans ce coin de paradis un merveilleux repas . Nos hôtesses sont au petits soins pour nous et très bavardes ce qui va bien avec Sylvie . Nous avons passé beaucoup de temps à parler tous ensemble .

Ce fût un moment délicieux , la rencontre et l'échange sont tout aussi important que le paysage .

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Jeudi , il est temps de se mettre à l'eau. Un couple de bordelais s'est joint à nous pour louer le bateau . En fait ici tout est organisé. Une guide munie de son badge vient nous chercher au lodge avec un van . Nous rejoignons le port de Balateros pour embarquer sur une banka qui nous emmène jusqu'au bout de Medio Island sur un site appelé Long Beach . A partir de là, chaque couple est pris en charge par deux autres guides ou boatman qui nous font monter sur leur petite banka pour nous diriger vers les sites de snorkeling . Vous suivez ? Ici le travail est partagé, chacun sa part . Ceci dit c'est un bon moyen d'éviter les explorations sauvages et dévastatrices sur des récifs en réhabilitation. De gros efforts sont fait en ce moment dans le pays .

Nous irons d'abord voir de gros bénitiers qui prolifèrent sur un fond sableux . Leur taille est monstrueuse . Nous passerons un long moment sur Coral Garden qui comme son nom l'indique est un jardin de corail . Il est en pleine santé, avec une multitude de couleurs et de poissons , un vrai régal pour les yeux . Puis nous irons faire un tour dans des grottes au bout de la plage . Il s'agit d'anciens tunnels de lave où l'eau s'engouffre . Nous suivrons le sens de la visite comme de gentils touristes . Les vendeurs et autres guides sont plus nombreux que nous , alors on leur fait plaisir !

Après une petite collation nous reprendrons l'exploration du récif de corail devant la plage une fois la marée montée . Nous rentrerons gavés et fourbus de cette journée. C'était un avant goût, bientôt les choses sérieuses vont commencer avec des blocs sur le dos !


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Vendredi , quoi faire ? Des cascades dans la montagne juste derrière le gîte, pourquoi pas ! Nous nous rendons au village de la communauté magyan ( prononcer manian) . Ce sont les habitants originels de l'île de Mindoro . Ils vivent dans leurs villages traditionnels partout dans la montagne plutôt à l'écart. Ils subsistent pauvrement d'agriculture, d'élevage et d'artisanat. Ceux de Linapacan sont plus aisés. Une fondation les protège et leur permet de mieux s'immiscer dans une vie plus moderne . Ils sont nombreux à travailler dans les hotels et commerces alentour , mais aussi comme guides touristiques .

Pour accéder à la montagne il est obligatoire de passer par leur village . Tout y est propre , on croise beaucoup d'enfants qui vont à l'école ou en garderie . Des vanniers perpétuent leur artisanat . Des couturiers cousent et des guides attendent le client . On se réfère au barème selon la course souhaitée et c'est parti . Notre guide maîtrise parfaitement l'anglais et nous aurons de longues conversations très intéressantes avec lui . Mon métier d'agriculteur l'interpelle et on échangera beaucoup sur les plantes et les méthodes de culture . La course assez simple s'avérera bien plus longue que prévu à cause des nombreux arrêts conversation . C'est ce qui est génial ici, le paysage devient un prétexte pour rencontrer des personnes .

Le sentier était plutôt chaotique, car nous remontions le lit d'un torrent . Aïe les genoux ! , et Sylvie a eu un coup de chaud mais nous y sommes arrivés à cette fameuse cascade . En vrai elle n'était pas bien haute , mais puisque je vous dit que c'était un prétexte !

Le reste de la journée, poussé par la curiosité j'ai eu envie de voir le chantier au bout de notre rue . Visiblement les autorités ont envie de boucler la route qui fait le tour de Mindoro . Au rythme où vont les choses cela risque de prendre du temps . Malgré tout j'ai pu avoir de beaux points de vue sur les plages.

Le bout de la plage de Talipanan est charmant , loin du clinquant , juste un coin tranquille où l'on se repose


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Après ces quelques jour passés à l'Amami , nous brûlons de découvrir plus loin . Depuis le Nord , nous voulons rejoindre la côte ouest de Mindoro . Nous avons le choix , faire le grand tour par le bas , ou plus simple , prendre un bateau qui permet de s'affranchir de la portion de route manquante , puis prendre un bus pour Sablayan , ce que nous avons évidemment fait .

Le bateau traditionnel qui fait la liaison une fois par jour entre Puerto Galera et Abra de Ilog était bondé , entre les locaux , quelques touristes comme nous , des colis , des motos ... mais il avançait vaillamment ! Comme d'habitude la station de bus est derrière le port et un autocar attend les passagers . Nous avons pu en profiter sans délai.

Le paysage est encore une fois différent . Mindoro est très montagneux. Nous suivons une large vallée puis une plaine côtière très fertile . Ici il font 3 récoltes par an , le riz alterne avec le mais . Le climat le permet et les cendres du volcan qui s'y déposaient il y a encore quelques jours sont un excellent fertilisant . Ces cultures prospèrent , on peut en voir à tous les stades , c'est un peu déroutant. Et les grains récoltés sèchent bien entendu sur les bas cotés...

Arrivés à Sablayan nous passons un énième contrôle anti virus. Il vaut mieux ne pas être enrhumé en ce moment . Comme tout va bien nous avons le droit de prendre une chambre et nous choisissons d'aller chez Gustav. Surprise il faut prendre le bateau pour traverser un bout de mangrove. Un long sentier ombragé nous emmène au resort . Des petits bungalows adorables sont disséminés sous les cocotiers et les palmiers en bordure de plage. Gustav nous accueille très gentiment , c'est un autrichien installé ici de longue date et qui y a monté son affaire . Le cadre est superbe et la tranquillité assurée. Nous faisons face à l'île de Pandan sur laquelle nous sommes attendus demain .

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En 2018 , lors de ma mission pour Eurostat , j'ai eu l'occasion de travailler avec Gael Carlut qui a été mon formateur puis mon superviseur. Nous avons été en contact très régulièrement et nous avions sympathisé. Gael est franco-philippin . Son père aujourd'hui décédé avait créé une structure resort et plongée sur cet îlot dont il était devenu propriétaire. Alix le fils ainé en a repris la gestion , Gael son frère lui prête main forte périodiquement et il m'avait invité à passer le voir . Ce petit bijou a été gravement touché par deux typhons successifs en décembre dernier. Les arbres ont souffert et les coraux aussi . Pourtant il garde tout son charme .

Pour y accéder depuis le petit port de Sablayan il faut prendre une banka , remonter l'embouchure de la rivière, passer la barre de sable peu profonde et naviguer environ 30 minutes pour pouvoir fouler le sable de la plage.

Là aussi des bungalows sous les frondaisons , un bar et un restaurant , des sentiers et la plage tout autour . Ici pas d'eau douce , le ravitaillement de chaque logement se fait depuis le port avec des jerricanes . Pour se laver l'eau du réseau est saumâtre . L'électricité fabriquée à partir de panneaux solaires est conservée dans des batteries. Même le compresseur du club de plongée marche avec de l'énergie tirée du soleil . Les 2 frères tiennent à ce concept éco-responsable . La capacité est de 50 résidents tout de même . Dans la journée peuvent s'y ajouter des visiteurs qui repartiront avant la nuit . L'équipe compte environ 40 personnes.

Les activités proposées sont le kayak, le snorkeling et surtout la plongée. Il suffit de tremper ses palmes tout autour pour en profiter . Des bateaux permettent aussi d'aller voir plus loin , notamment Apo Reef le célèbre site connu de tous les plongeurs à deux heures de là.

Nous sommes merveilleusement accueillis. Une case nous attendait et après une visite complète du site nous allons nous rafraîchir dans l'eau, sans oublier bien sûr, masques et tubas. Qu'elle ne fût pas notre surprise, après seulement deux brasses en dessous de nous des tortues sont là , tranquilles, indifférentes, en train de brouter des herbes sous-marines. Dans les coraux des poissons multicolores. Bref tout va bien , cet endroit nous plaît déjà.

Le lendemain nous avons plongé sur deux sites qui ont dû être magnifiques mais malheureusement ravagés par les typhons . Le récif doit se reconstruire. Malgré tout , tortues , mérou, carangues et autres balistes sont toujours là et suffisent à nous réjouir.

Mardi 15 février nous avons pris le bateau pour Apo Reef , un haut fond très au large sur la route vers Busuanga . Pour décrire Apo on dira que c'est un immense lagon avec des vagues qui ondulent autour . Au centre deux petites îles, une est abordable avec une plage et un phare . L'autre n'est constituée que de rochers acérés. Il nous a fallu deux bonnes heures de navigation pour l'atteindre. Nous y avons fait trois plongées. Toutes magnifiques, en dérive le long des tombants . Nous y avons croisé nombre de requins pointe blanche , quelques gris de récif et évité de réveiller les dormeurs sous les rochers . Il y avait aussi des thons , des carangues , des tortues . Bref nous en avons pris plein les yeux. Le retour fût plus long , le vent s'étant levé, la mer était hachée et cassait le rythme du bateau.

Sur Pandan , la vie s'écoule simplement. Le matin plongée, une sieste , l'après-midi, plongée, une séance de massage en soirée puis apéritif sur la plage devant le coucher de soleil ,un copieux dîner et il est temps de se coucher car le lendemain on recommence ce train d'enfer. Cette île est un petit paradis pour nous .

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Après quelques jours passés sur Pandan island , nous devions retourner sur Apo Reef et continuer le voyage en bangka avec Gael jusqu'à l'île de Busuanga en explorant pleins d'îlots déserts. Malheureusement le temps en a décidé autrement, un vent fort pendant plusieurs jours et la mer trop houleuse interdit l'aventure.

Qu'importe, nous irons visiter le sud de l'île de Mindoro avant de rejoindre Busuanga et Coron par le ferry . Samedi 22 février au matin , retour à la gare routière de Sablayan. Un bus Roro nous emmène à San Jose puis un autre jusqu'à un village nommé Bulalacao . Pour y accéder il a fallu franchir un col que le bus a eu des difficultés à monter . Il faut dire que la pente était raide !

Nous aimons bien ces voyages en bus , à chaque fois nous engageons la conversation avec l'opérateur ( celui qui vend les tickets , qui charge les colis , renseigne ...) il est toujours ravi de parler avec nous . Cette fois encore nous avons mangé avec lui et le chauffeur lors d'un arrêt repas . Ils nous conseillent sur les plats et sont très fiers que nous nous intéressions à eux et à leur pays . Nous avons compris que le mot magique c'est de leur dire que je suis un fermier , aussitôt je les intéresse et ils posent plein de questions . Sans doute que notre bonne humeur leur plaît. Ils se font un plaisir de nous guider et de nous indiquer quelques adresses .

De l'autre côté de la montagne nous avons découvert un magnifique paysage . Une grande baie avec un chapelet d'îles. Le bus nous a laissés sur le bord de la route à un arrêt dans ce village allongé le long de la mer. Nous n'avions rien préparé si ce n'est regardé le guide Lonely Planet où trois gîtes étaient répertoriés. Un peu au hasard nous avons choisi le South Drive qui était juste à côté sans même savoir s'il y avait de la place . Et encore une fois , bien nous en a pris . Ce choix était excellent , un hôtel magnifique , familial avec une plage privée et une terrasse extraordinaire . La cuisine à base de fruits de mer est succulente. Jane la propriétaire très sympathique nous a proposé d'organiser des activités pour nous . Nous sommes là pour plusieurs jours , je le sens !

C'est dimanche , au programme : plage . Mais on veut du beau ! Qu'a cela ne tienne, Jane a tout prévu. Un tricycle vient nous prendre après le petit déjeuner et dès huit heures nous sommes sur la route . Direction Roxas toujours sur la route qui fait le tour de Mindoro. L'île est montagneuse et la moto plus très jeune . On se traîne un peu , mais ça permet de profiter du paysage . A San Roque on bifurque vers la mer , pour finalement arriver au hameau de Libtong . Deux pêcheurs sont là à nous attendre , notre pilote se joindra à nous. Liptong c'est quelques maisons au bord de la mangrove , comme la marée est basse il nous faut marcher entre les racines de palétuviers pour accéder à leur petite bangka. Le vent souffle encore aujourd'hui et comme nous le remontons nous serons bien éclaboussés mais c'est le jeu .Nous suivons la côte le long du Mont Namalayan . Nous voyons des villages de pêcheurs mangyans dans des petites criques adossés à la montagne sous les cocotiers. Arrivés au bout de la péninsule nous empruntons le passage très venté pour aborder finalement sur l'île de Buyayao . Sur cette petite plage une épave de bateau de pêche se désagrège. Nous chaussons palmes et masques pour observer les fonds . Pas grand-chose. Heureusement quelques poissons clowns sont là pour nous égayer. Plus bas c'est mieux mais on n'a pas de bouteilles ! Et l'apnée c'est dur à force . Pas grave une autre île nous attend .

Cette fois avec le vent dans le dos et dans le sens de la houle ça va mieux. Une demi-heure plus tard nous sommes sur Suguicay Island. Couverte au trois quarts de mangrove , seul le bout de l'île offre une plage . Un village de pêcheurs s'y trouve , avec des kiosques en bambous pour les touristes de passage. La foule ne nous gênera pas ,nous serons les seuls ce jour là . Après avoir mangé quelques bananes achetées au marché nous rechaussons nos palmes . Pas mal ! Beaucoup d'herbes sur le sable , mais pas de tortues , seulement des étoiles de mer bizarres , rouges à points noirs . Du corail pousse sur les rochers avec pleins de petits poissons . Des oursins en bandes sur le sable attendent sans doute la nuit pour chasser . Pas de gros poissons , normal les pêcheurs habitent en face ! Par contre explorer la mangrove est génial on trouve de tout entre les racines . Je me suis régalé. On a profité du site un moment avant de rentrer, encore une journée bien remplie .

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Lundi 24 février , nous devions pouvoir louer des scooters pour explorer plus librement les alentours . Malheureusement , Jane n'est plus là, partie pour Manille . Le personnel semble un peu en roue libre , comme qui dirait , quand le chat n'est plus là les souris dansent . Nos scooters automatiques se révèlent être de vieilles motos pas fiables et comme nos interlocuteurs ne semblent pas bien nous comprendre nous préférons annuler . Personne n'étant capable de nous proposer une activité quelconque nous préférons plier bagages et retourner vers San Jose . En une heure de van nous y sommes . Le Sikatuna beach resort a des chambres libres et nous nous y installons pour attendre le ferry qui part demain matin . C'est sans doute le passage obligé des touristes en transit car nous y retrouvons quatre amis que nous avions laissé à Pandan Island. Nous devions faire ensemble la croisière avortée à cause du vent . Eux aussi sont sur la route de Coron . Ce sont des lorrains, de Thionville , amis de la famille Carlut à qui ils rendaient visite . Nous ferons donc la traversée ensemble malgré tout . Ce sera l'occasion de passer une joyeuse soirée entre français au bord de la plage à admirer un magnifique coucher de soleil .

Pendant ce temps sur cette même plage des hommes , transfèrent, à l'épaule des sacs de riz depuis un camion sur une bangka en empruntant la fine passerelle . J'ai fait de belles photos , avec quelques scrupules tout de même. Nous sommes bien des privilégiés...

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Encore une nouvelle étape à rajouter à notre périple. Pour relier deux îles entre elles , quoi de mieux que le bateau ! Nous avons donc pris deux billets sur le ferry qui relie Mindoro à Coron sur l'archipel des Calamianes. La traversée dure entre six et sept heures et c'est une immersion réelle dans le mode de vie local , tout comme les bus que nous empruntons . Sur le bateau, le numéro de nos tickets correspond à une couchette sur le pont principal , nous pouvons ainsi profiter confortablement du voyage . Le pont avant est aussi un bon observatoire mais il n'y a pas d'ombre. A midi un repas est offert compris , riz et porc Adobo pour tous , on fait la queue pour recevoir notre part . L'arrivée en soirée dans la baie de Coron , en passant au pied des falaises rocheuses vaut franchement le coup . La ville est au pied d'une colline sur laquelle son nom apparaît en grandes lettres avec une croix . Entre les deux ports il y a des quartiers lacustres, et des centaines de bangkas, pour la pêche , les promenades touristiques mais aussi et surtout pour relier toutes les îles entre elles. Encore une fois , aucun problème pour trouver un gîte, le virus qui court en Asie a semble-t-il un impact sur la fréquentation des lieux et c'est tant mieux pour nous . Nous avons opté pour un hôtel avec piscine , et oui , le rustique on s'en lasse ! Il s'appelle Princess of Coron et se trouve un peu à l'écart mais pas trop et nous convient tout à fait .

Coron sera notre base pour les prochains jours , au programme : visite de l'île de Busuanga et ses environs . Pour l'instant nous profitons de la piscine de notre hôtel qui en plus jouit d'une très belle vue depuis ses terrasses.

Dans la soirée nous avons gravi le long escalier qui , derrière notre hôtel mène au sommet du mont Tapias . Le panorama sur la baie est magnifique et le coucher de soleil attire de nombreux visiteurs .


Panorama depuis le mont Tapias 
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Situé au Nord de l'île de Palawan cet archipel est composé de 4 îles principales , Busuanga (sur laquelle se trouve la ville principale : Coron) , Coron ( sur laquelle ne se trouve pas la ville !! ) , Culion et Linapacan . Une multitude d'îlots plus ou moins grands , hauts et pointus parsèment la mer tout autour . Nous sommes en mer de Sulu . Nous résidons sur Busuanga . L'île de Coron située en face est une véritable forteresse de pierre , de hautes falaises acérées et découpées n'en facilitent pas l'accès. De toute façon hormis les lacs accessibles depuis la côte et quelques lagons une réglementation en restreint l'accès car elle est le refuge d'une population tribale autochtone. Les taxes environnementales prélevées sur les visiteurs leur reviennent.

Nous étions déjà venus dans la ville de Coron en 2018 passer quelques jours . Mais , pris par notre activité de plongée nous n'avions pas eu le temps de visiter tout autour . Cette année nous avons décidé de prendre le temps pour cela et c'est un vrai luxe . On peut se tromper , se reposer entre deux sorties , et partir à l'aventure sur des tuyaux glanés de ci de là.



1er itinéraire : Presqu'île de Calauit et Black Island

Cette sortie est le parfait exemple des plus et des moins . Une multitude d'agences proposent la même série de circuits organisés de visites . On m'avait recommandé Black Island , mais comme cette île est éloignée au nord de Busuanga, tous les circuits incluent la visite d'un parc animalier à côté.

Le voyage se fait en bus , Calauit est une presqu'île à l'extrémité nord de Busuanga, reliée juste par une mangrove . Un caprice du président Marcos ( dictateur célèbre) l'a transformée en réserve animale appelée pompeusement safari parc , les mauvaises langues disent qu'il voulait y faire un terrain de chasse . On y a importé des girafes et des zèbres qui y vivent en semi liberté, plus des antilopes autochtones et quelques autres bêtes. Nous y sommes allés à contre cœur pensant n'y passer qu'une heure . Et bien non , la visite s'est éternisée, et que je nourrisse les girafes avec des poignées de feuilles en faisant des selfies , et que j'admire les zèbres qui mangent la farine mise au sol pour les attirer près de nous . Puis le passage devant des cages sordides où se morfondent un singe, deux civettes et un porc épic. Ce fût pénible ! Avec en plus le sentiment de cautionner la chose par notre présence. Nous étions plusieurs à protester .

Que de temps perdu en ne profitant pas de Black Island plus tôt. Cette île est une merveille, située à l'extérieur de l'archipel, ses eaux sont cristallines. De hautes falaises noires lui donnent un aspect austère. La petite plage de sable blanc avec ses palmiers et son récif de corail devant , en font une parfaite carte postale. Sans oublier les grottes dans les falaises . Nous y avons snorkelé un temps court mais suffisamment pour voir milles choses. Juste pour le souvenir , une seiche d'une taille encore inconnue pour moi ,s'est pavanée devant nous un long moment .

Bref la journée nous a laissé le goût amer d'avoir perdu beaucoup de temps pour profiter enfin du paradis . Pour en profiter il vaut mieux venir par ses propres moyens en face et privatiser un bateau pour la rejoindre .



2ème itinéraire : ultimate tour , lagons et lacs

Ce tour proposé, se fait dans principalement le long des murailles de l'île de Coron .Tout est organisé, transfert depuis l'hôtel, bangka homologuée, départs sous le contrôle des gardes côtes, étapes prévues au programme avec arrêts snorkeling , repas et retour en soirée. Sur notre bateau nous étions quatorze ce qui est un chiffre raisonnable, qui plus est le mélange des nationalités provoque des rencontres sympathiques qui se sont prolongées plus tard . Vous décrire par le menu nos sept étapes serait difficile . Les photos parleront d'elles même. Nous avons vu des merveilles de la nature . Nous n'avons pas arrêté de nous jeter à l'eau pour admirer les fonds . Les falaises de Coron acérées et découpées cachent des trésors. La foule y est moins présente qu'à El Nido sur Palawan mais pour combien de temps encore ?



3ème itinéraire : équipée motorisée sur Busuanga

Pour varier les plaisirs, une autre journée nous avons décidé de louer des scooters pour pouvoir bouger à notre guise et prendre le temps d'admirer les paysages . Nous avons pris la route qui rejoint le Nord de Busuanga. Sortis du tumulte de Coron , très rapidement on se retrouve en pleine campagne pratiquement seuls sur la route . Cette île est en fait encore très sauvage et peu urbanisée. La plus grande partie est constituée de montagnes . Seule la bande côtière est habitée, et encore il y a beaucoup de mangroves . Des villages de pêcheurs profitent des rares zones propices pour se blottir. . Cette équipée nous a permis de voir un autre visage de cet endroit . En effet nombreux sont les blasés qui nous assènent : Coron c'est nul ! Il y a trop de monde ! Pourtant il suffit juste de s'éloigner du centre urbain pour changer d'avis.

4ème itinéraire : l'île de Culion


Encore une visite hors des sentiers battus , et pourtant je crois que ce sera notre coup de cœur du séjour. Culion est une île spéciale, c'est un lieu chargé d'histoire et d'une grande humanité.

Culion était par le passé la capitale des Calamianes . Les conquérants espagnols ( ce sont eux qui ont donné leur nom aux Philippines en l'honneur de leur roi Philippe II ) y avaient édifié un fort pour défendre la place après leur prise de possession en 1565 . On peut y voir des restes de murs et une tour de vigie où sont posés deux canons . Les pierres du fort ont été utilisées pour construire une basilique à la même place en 1930 . Les États-Unis qui avaient pris le contrôle du pays en 1902 , ont très rapidement transformé Culion en léproserie géante , afin de regrouper tous les malades de la région. C'est devenu un lieu clos où on était confiné à vie . Une frontière séparait l'île en deux zones infranchissables sauf pour les personnels de santé. De nombreux traitements y ont été testés avant qu'enfin on trouve le remède ( un antibiotique qui soigne aussi la tuberculose ) c'est toute une société qui a vécu en vase clos pendant plus de 70 ans , les barrières ont été levées seulement en 1978 . Quelques vieillards infirmes sont toujours là. Aujourd'hui Culion est une petite île tranquille, avec un hôpital réputé ( savoir faire et dons ont permis de créer une unité performante ) qui attire de nombreux philippins. Très loin des agitations de Coron, la mise à l'écart est inexplicable , si ce n'est les restes d'un passé de pestiférés. Nous n'y avons croisé que quatre autres étrangers durant notre journée. Le cadre y est magnifique et les habitants accueillants.

Notre visite tient du hasard . J'avais envie de voir ce lieu historique et une employée de l'hôtel à qui en parlions nous a proposé de contacter un ami à elle qui se fait un plaisir de faire visiter sa ville . C'est ainsi qu'à notre arrivée de bon matin sur le port de Culion nous avons été accueillis chaleureusement par le pasteur Hermie Villanueva . Bavard et vibrionnant il nous a proposé de boire un café fabriqué avec une récolte locale , puis intarissable il nous a promené à travers la ville depuis le fort jusqu'aux quartiers résidentiels des lépreux . Il nous a fait rentrer dans des cases , goûter des fruits et cela sans rien en retour si ce n'est le besoin qu'il a de faire connaître et perpétuer l'histoire de sa famille . Nous avons conservé précieusement son adresse pour continuer à communiquer avec lui . C'est à ce genre de rencontre qu'on juge de la réussite d'un voyage .

Vue depuis la tour de garde ....


4ème itinéraire : Sources chaudes de Maniquit

C'est une toute petite sortie. Après le port la route continue , très étroite dans un quartier au bord de l'eau , avant de devenir une piste défoncée sur quelques kilomètres. Il y a beaucoup de circulation , normal , c'est un passage obligé pour les touristes de passage à Coron. On descend soudain au bord de la mangrove , la mer monte jusque-là et depuis la falaise des sources jaillissent , l'eau est salée , un peu soufrée et surtout chaude , plus de 40 ° ! Des bassins sont aménagés et l'eau y est retenue avant de rejoindre la mer . Bien sûr nombreux sont les curieux qui viennent s'y relaxer un moment . La température est étonnante , il faut mieux y venir en soirée quand tout est à l'ombre . Le soleil est déjà assez chaud par ici !

5ème itinéraire : Snorkeling dans les lagons

Cette fois , nous voulions vraiment prendre le temps d'apprécier les fonds et les lagons qui bordent l'île de Coron sans dépendre d'un groupe et des impératifs horaires d'un circuit . Comme nous sommes ici depuis plusieurs jours nous commençons à comprendre le fonctionnement , et nous avons choisi de privatiser un bateau pour la journée. Finalement le coût est très raisonnable et on gagne en tranquillité.

Un sympathique boatman est venu nous chercher de bon matin à la porte de l'hôtel. Nous avons fait un détour par le marché pour faire quelques emplettes. A savoir des gambas et des calamars tout frais , un peu de riz , des fruits , du charbon de bois que nous avons amené sur la bangka. Le repas de midi , cuisiné par les soins de nos trois matelots, nous a comblé.

Le bateau nous a promené de lagons en lagons et nous avons pu profiter pleinement des récifs de coraux et du tombant . Beaucoup de poissons , évidemment , une tortue qui passait par là et surtout une source chaude . Etonnant de sentir et de voir de l'eau chaude jaillir entre deux rochers en plein milieu du récif . Les rochers découpés qui nous entourent sont magnifiques .

Mais dès demain nous partons vers El Nido pour une croisière spéciale snorkeling , ce n'était qu'une mise en bouche .



15

Jeudi 5 mars , nous sommes toujours aux Philippines. Ce matin nous quittons le Princess of Coron un peu à regrets car nous y étions si bien . Qu'importe, d'autres aventures nous attendent. Encore une fois nous descendons plus au sud , vers l'île de Palawan à El Nido, célèbre pour sa baie elle aussi . Le ferry nous y emmène en quatre heures . Nous n'y passeront qu'une nuit car c'est ici que commence la croisière qui doit nous ramener à Coron. Nous allons naviguer durant cinq jours sur un voilier de construction traditionnelle appelé Paraw . Le périple prévoit de multiples arrêts dans des endroits remarquables , avec des étapes le soir dans des campements simples qui s'avéreront inoubliables.

TAO est une entreprise , mais une entreprise sociale . Elles organise des croisières inter îles , pour cela elle embauche et forme des hommes et des femmes qui vivent sur ces mêmes îles . Elle les forme aux métiers du tourisme en privilégiant le respect des traditions artisanales . Les camps , les bateaux , la nourriture , tout est produit et fabriqué localement , c'est un éco-tourisme responsable . L'organisation est bien rodée et bénéficie d'une très grande cote dans tous les guides de voyage . Ses bénéfices financent la TAO Académy qui a créé des écoles et des centres d'apprentissage .

1er jour : Embarquement et étape sur Palawan.

Jeudi soir tous les passagers se sont réunis dans les locaux de TAO pour faire connaissance au cours d'un pot . L'équipage s'est présenté , on nous a expliqué le voyage et nous avons reçu les consignes permettant que tout se passe bien .

Nous sommes 24 , de toutes les nationalités et de tous les âges. Sylvie et moi sommes les doyens , mais nous ne nous laisserons pas faire ! Nous ne sommes que six français, l'anglais est la langue de référence pour se comprendre . Pas de soucis , on gère! ( enfin Sylvie gère !! ) . Le groupe s'avérera très sympathique et nous passerons d'excellents moments tous ensemble . Encore une fois nous avons pris des contacts et espérons bien nous revoir avec certains d'entre eux .

Vendredi donc , tout le monde est au rendez vous sur le port dès huit heures . Le Balatik est là devant nous sur l'eau , quelques pas sur une passerelle en bois et nous y sommes . C'est l'unique reconstitution d'un bateau traditionnel qui servait au transport inter îles autrefois . Il a été mis à l'eau en 2014 .Comme tous les bateaux philippins c'est une grosse araignée sur l'eau. Tout en bois , de belles sculptures sur les flancs , une grande plate forme où nous pourrons prendre nos aises . Avec ses deux grands mâts , il est très beau . A noter l'absence de clous et de vis . Tout est lié avec du fil nylon , plus résistant que la fibre de coco . Il a un comportement très souple sur l'eau avec ses deux grands flotteurs au bout de balanciers .

Le temps est couvert ce matin , nous aurions préféré un ciel bleu mais au moins le soleil ne brûle pas . Rassurez vous il fait quand même chaud ! Nous sortons de la baie de El Nido enserrée dans ses falaises et filons vers notre premier spot , un jardin de corail au-dessus duquel nous partons à la recherche du plus beau poisson. Finalement nous le trouverons grillé dans un grand plat , sur le pont ! Le déjeuner pris nous irons voir un autre tombant un peu plus loin . Puis nous mettrons les voiles pour profiter du vent portant qui nous conduira jusqu'au premier camp où nous passerons la nuit . Il se situe dans une petite anse , les cabanes traditionnelles, bâties en forme de bateau inversé sont échelonnées le long des rochers au dessus de l'eau . Une plage s'étire ensuite comme sur les photos de voyage lointain . Au fond de la crique , une source qui permet à l'équipage de faire des provisions , et les sanitaires , spartiates mais propres . Bien sûr il faut se mettre à l'eau pour y accéder. Les marins monopolisent les deux kayaks pour faire des allers et retours afin d'amener à terre nourriture et tout ce qui est nécessaire à un minimum de confort . Ils réussiront le tour de force de nous préparer un vrai festin et nous passerons une soirée à deviser devant le soleil couchant en sirotant une San Miguel . Puis nous nous régalerons de poisson grillé avant de nous endormir bercés par les vagues qui s'étalent en contre bas de nos huttes en bambou . Le matin fut encore plus merveilleux , car il suffit de lever la tête de l'oreiller pour voir le soleil se lever sur la mer et sentir le souffle du vent .

Et toujours le panoramique depuis la plage

2ème jour : Palawan et ferme Tao

Samedi on repart de notre camp de Robinson de bon matin . La nuit a été douce , le petit-déjeuner avalé , on rejoint le bateau à la nage . Il s'agit maintenant de remonter au Nord de Palawan puis contourner le sommet de l'île pour rejoindre la ferme d'applications TAO située sur l'autre face . Aujourd'hui pas de voiles , les vents sont capricieux et les changements de direction trop nombreux .Bien sûr nous aurons droit à quelques arrêts baignade, notamment des grottes à flanc de falaise où nous pourrons pénétrer à la nage .

La ferme TAO est un centre de recherches et d'applications qui essaie de promouvoir des modes de cultures et d'élevage autonomes et respectueux de l'environnement. On y produit une bonne partie de la nourriture consommée sur les vaisseaux de la flotte . L'artisanat traditionnel et local y est enseigné . Beaucoup d'élèves en sortent porteur d'une culture et d'une fierté autochtone retrouvée. Les responsables ont créé l'activité touristique innovante dont nous profitons pour à la fois offrir des emplois aux jeunes des tribus , mettre en oeuvre leur savoir faire et aussi faire connaître leur archipel de façon très encadrée pour éviter les dérives.

Une fois cet épisode éducatif et de sensibilisation fait , nous avons traversé la baie pour rejoindre l'îlot Durracuton où se trouve le second camp . Cette fois les cases sont construites à même le sable sur la plage , à l'ombre de quelques cocotiers. Deux plus grandes constructions audacieuses en bambous toujours ,servent de réfectoire et de salon de massage ( et oui nos articulations sont durement éprouvées ! ) . Un village de pêcheurs situé juste à côté s'occupe de l'intendance du camp . Le paysage cela va sans dire est une fois de plus somptueux .

Panoramique


3ème jour : Escale à Linapacan

Pas un bruit ce matin , la mer est d'huile . Nous devons nous pincer pour nous prouver que ce n'est pas un rêve dans lequel nous évoluons . Tout est réel pourtant , nos escales sont vraiment des merveilles ! Après un copieux repas , nous rejoignons le bateau pour une nouvelle journée de navigation . Nous quittons l'archipel des Bacuits et Palawan pour l'archipel des Calamianes . Pour cela il faut traverser un bout de mer libre qui permet de rejoindre l'île de Linapacan et les nombreux îlots qui l'entourent . Nous tenterons par deux fois de nous mettre à l'eau sur des jardins de coraux , mais nous y renonceront à cause des méduses . La pleine lune y est peut être pour quelque chose , en tout cas elles pullulent et ce n'est pas agréable car certaines sont plutôt urticantes . Qu'importe la vie sur le bateau et les paysages nous suffisent . L'étape du soir se fera sur un îlot très isolé , nommé Guinto . Cette fois pas de source d'eau , il faudra économiser , mais l'équipage une nouvelle fois saura nous rendre la vie douce . Je vous ai mis une série de photos du coucher de soleil qui ce soir là nous a comblé avec un ciel embrassé . Cette vie de robinson de luxe est bien agréable .

4ème jour : Escale à Culion

A nouveau une longue route nous attendait ce jour . Nous sommes parti depuis le sud de l'île de Linapacan pour atteindre l'îlot Rhodes Island niché dans un golfe de l'île de Culion . Avant de traverser le détroit entre Linapacan et Culion nous avons fait halte devant une grande falaise percée de caves ou les plus intrépides du groupe n'ont pas manqué de multiplier les sauts . Un peu plus loin , nouvel arrêt , cette fois pour faire du snorkeling sur un très beau tombant . Le repas pris , le bateau a repris sa route dans une mer un peu plus formée à travers le détroit . Le soleil dardait ses rayons sous un ciel azur et comme le vent était portant , l'équipage en profité pour larguer toutes ses voiles . Et c'est ainsi que tout l'après midi nous avons filé sous le vent . Nous sommes arrivés à la nuit tombante au campement . Je pense que c'était le plus beau du séjour , et comme c'était notre dernière nuit de croisière on nous avait réservé une surprise . Un cochon de lait grillait sur des braises depuis un certain temps , le fameux "lechon" , repas de fête des Philippins . Après ce festin , dans le petit village adjacent nous nous sommes essayé au karaoké avant de rentrer sagement nous coucher bercés par le bruit des vaguelettes au pied de notre case .



5ème jour : Arrivée à Coron

Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer le spectacle qui nous fut offert le matin au réveil



Au fond de l'anse où nous nous trouvons l'eau est transparente et calme . Le tombant est très proche du rivage ce qui permet au bateau d'accoster sur un ponton . Nous n'avons pas eu à nous mettre à l'eau hier soir . Aujourd'hui nous sommes tristes , ce soir c'en est fini de notre croisière de rêve. Partant du Sud de Culion nous remontons au large de cette île, la terre la plus proche à l'ouest c'est le Vietnam. Arrivés au Nord nous bifurquons en direction de Coron . Nous nous faufilons au milieu de nombreux îlots. Certains sont bordés de mangroves . Des villages de pêcheurs sont disséminés sur les rives . Après un dernier repas à bord nous faisons halte dans une passe où se trouve une épave. Elle n'est pas profonde et est facilement accessible en apnée. Échoué ici depuis 1945 , victime d'un obus ce gunboat japonais est un havre de vie pour toute une faune marine . Nous avons eu la chance de croiser une tortue et un gros poisson napoléon.

Finalement nous atteindrons Coron le soir . Nous ne quitterons le navire qu'après avoir échangé pleins d'adresses et de numéros , multiplié les photos de groupe et remercié chaleureusement l'équipage .

Ce soir nous dormirons sur la terre ferme . Chacun est parti vers sa résidence, pour nous c'est la villa Corto Divers dans les quartiers bas . Un lieu que nous connaissons pour y avoir séjourné en 2018 .


Un grand merci à tous , nous avons passé 5 jours inoubliables ensemble .

16

Notre séjour se termine bientôt. Cette semaine , nous allons la consacrer à la plongée, principalement sur des épaves et Coron est un cimetière d'épaves. Dans sa baie les navires de ravitaillement de la flotte Impériale Japonaise s'étaient réfugiés en 1944 , se croyant bien cachés . Un avion américain les ayant localisés , le raid qui a suivi à coulé toute l'escadre qui aujourd'hui se trouve sous l'eau et constitue un terrain de jeu passionnant pour les plongeurs du monde entier . En effet la faible profondeur les rend accessibles et elles sont devenues au fil des années des oasis de vie où l'on rencontre toutes sortes d'organismes et poissons multicolores.

Nous sommes arrivés le mardi 10 mars en soirée dans les locaux du club . C'est une maison cossue dans un quartier qui l'est moins . Au rez de chaussée dans une grande salle, se trouve le stockage de matériel, le bureau , un espace enseignement et un coin convivial où l'on peut discuter le soir quand on revient de plonger . A l'étage au dessus , un grand espace patio, une cuisine équipée, un grand salon qui donne accès à quatre chambres et un espace sanitaire commun . Ceci pour un prix modique . Le fondateur du club est un grand admirateur d'Hugo Pratt , c'est pourquoi le nom et toute la décoration des lieux font référence au célèbre marin aventurier héros de ses bandes dessinées, Corto Maltese . Il possède aussi en ville un hôtel beaucoup plus luxueux, le Corto del Mar, mais ce n'est pas pour notre bourse ! Nous nous avons affaire avec kasper qui dirige le club et des encadrants philippins .

Dans le quartier on trouve plein de boutiques et les restaurants de la rue principale sont à quelques pas . Devant , autrefois c'était la mer et la mangrove . Depuis , une cité lacustre s'est bâtie au fil du temps . Il ne faut pas être très regardant sur l'hygiène ! Les autorités ont commencé à combler la mer avec des gravats pour faire une vaste esplanade . Le quartier va sans doute disparaître.

Quand nous partons plonger le matin , notre matériel nous précède. Des tricycles nous emmènent au port où nous pouvons embarquer sur la banka du club , après une dernière vérification , c'est le départ pour la journée, généralement trois plongées sont au programme . Pas plus de 8 plongeurs et 2 encadrants plus l'équipage . Le repas est cuisiné à bord . Les conditions sont optimales .


Le mercredi , ça commence mal ! Nous pensions plonger et suite à une incompréhension nous ne sommes pas sur la liste et il n'y a plus de place . Nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur et après tout une journée de repos nous fera du bien !

Le jeudi nous sommes dans les starting blocks, 3 épaves sont prévues . Et bien ce sera non ! le vent a soufflé toute la nuit , la houle s'est levée et les gardes côtes interdisent la navigation vers la zone . Finalement une solution de secours est trouvée, nous pouvons plonger sur deux tombants situés le long de l'île de coron et à l'abri des vagues . Les deux plongées s'avéreront très plaisantes. Bien sûr l'eau est un peu troublée par des particules en suspension , mais les coraux sont superbes et nous verrons des seiches , des tortues et plein d'autres choses .

Vendredi , le vent s'est calmé, la mer est moins agitée et nous pouvons enfin naviguer vers le cimetière des épaves. Nous en ferons trois. L'Irako , le Kogyo Maru et le Sangat Gunboat . Les bateaux gisent sur des fonds de 30 à 40 m et exigent tout de même un minimum de compétences en plongée , les règles de sécurité sont strictes mais nécessaires. Après avoir survolé la structure nous avons pu pénétrer dans plusieurs cales où sont figés dans le temps des milliers de sacs de ciment , des rouleaux de grillage ainsi que des tracteurs et bulldozers . Nous avons pu voir la chaudière à vapeur pour l'une d'entre elles , avec son stock de charbon . Nous sommes passés à travers des coursives , dérangeant des poissons qui ont investi les lieux depuis très longtemps. C'est une sensation étrange de voler au milieu de ces structures endormies depuis si longtemps .


En faisant surface après notre troisième plongée, un membre d'équipage nous a montré ce qu'il venait de recevoir sur son mobile . Le Président des Philippines décrétait la fermeture des frontières à partir de dimanche minuit pour un mois . Fin du rêve, retour à la réalité, ce maudit COVID 19 nous avait rattrapé. A partir de là, fini le voyage , il va falloir trouver le moyen de rentrer au plus vite si l'on ne veut pas rester coincé ici .

17

Ce samedi 14 mars c'est un peu la débandade parmi les touristes encore présents sur Busuanga. Nous sommes présents sur le petit aéroport Francisco Reyes dès 6 heures du matin . Notre but : trouver un vol vers un des trois aéroports internationaux des Philippines pour quitter le pays . Les vols qui étaient réservés depuis longtemps pour le jeudi suivant étaient bien entendus supprimés. Un premier avion décollait à 7 heures , bien sûr il était complet . D'autres vont partir toute la journée, complets eux aussi . Nous nous sommes inscrits sur une liste d'attente . Beaucoup d'autres sont dans notre cas et nous patientons toute la journée, couchés à même le sol . Finalement vers 16 heures on nous informe que nous pouvons acheter un billet pour un des vols supplémentaires affrétés le lendemain . Le ticket est manuscrit sur un papier volant et le paiement se fait exclusivement en cash . Certains ont compris comment s'enrichir à bon compte ! Pas le choix !

A moitié rassurés nous sommes rentrés à Coron pour dormir un peu . Les gens du Princess of Coron nous ont accueillis très aimablement .

Dimanche matin nous sommes de retour à l'aéroport de bonne heure . Le vol est bien programmé, finalement il partira vers 11 heures . Une heure plus tard nous atterrissons à Clark où nous étions passés en début de séjour. A nouveau , c'est la cohue et cette fois il nous faut trouver un vol vers Paris . Les guichets sont fermés et tout le monde se refile des tuyaux , j'ai fini par trouver deux billets sur un site internet qui a bien voulu fonctionner. Nous passerons donc par la Corée du Sud avec Korean Airlines. Le prix des billets flambe il faut faire vite . Décollage lundi matin à 3 heures . En attendant , à nouveau c'est l'attente dans le hall . Heureusement nous avons de quoi lire .


Lundi , la journée sera longue ! Un premier vol nous conduit à Busan , seconde ville de Corée sur sa côte Sud . Dès l'arrivée nous passons par un sas où l'on prend notre température et où on distribue des masques à ceux qui n'en ont pas .Nous avons une heure pour passer l'immigration, récupérer nos bagages et nous réenregistrer sur le vol vers Séoul , qui sera court , moins d'une heure !

Dans le grand aéroport de la capitale Coréenne presque désert nous attendrons patiemment durant cinq heures . Le vol vers Paris part à 14 heures pour arriver à 18 heures 30 . Rapide non ! En fait pas tant que ça, il faut rajouter les 8 heures de décalage horaire. Ce qui nous fait 12 heures 30 pour rejoindre la France . L'avion survolera la Chine , les vastes étendues de Sibérie , la Russie et l'Europe du Nord avant d'arriver à Roissy . Nous débarquons dans une grande débandade, aucun contrôle ou test à notre grande surprise . Nous arrivons tout de même de Corée ! Tous attendent l'allocution du président qui annoncera un confinement général dès le lendemain à midi .

Une nuit de repos à l'hotel et nous prenons la route vers notre maison de Charente. Nous avons eu la chance de pouvoir rentrer à temps . Nous pensons à certains camarades de croisière et autres qui n'ont pas eu cette chance et sont restés bloqués aux Philippines.


Ce voyage se termine un peu en queue de poisson , mais pour des plongeurs ça peut arriver . Nous avons vu de magnifiques paysages et fait plein de rencontres , l'objectif est tout de même atteint . A bientôt pour de nouvelles aventures .......