Carnet de voyage

1 semaine à Helsinki et Tallin

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Par JB19
Notre "grand week-end" à Helsinki s'est finalement transformé en une semaine à Helsinki et Tampere (Finlande), avec un crochet à Tallin (Estonie).
Du 2 au 9 mars 2016
8 jours
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Dire qu'on avait repoussé notre voyage début mars pour éviter de tomber en plein dans la saison "gadoue neigeuse". J'aime bien la neige, la blanche, la jolie qui fait carte postale, mais je n'ai pas l'équipement. Et je déteste la période "neige fondue", mouillée, froide et tout à fait désagréable...

Sachez-le tout de suite, début mars en Finlande, même au Sud de la Finlande, c'est plus hivernal qu'on ne l'imagine...

En revanche, alors que nous avions au départ prévu 2-3 jours à Helsinki, nous avons pu finalement partir presque une semaine et donc allonger notre séjour de l'autre côté de la Baltique, à Tallinn en Estonie.

Pour résumer : avion pour Helsinki (c'est bien les compagnies aériennes pas chères scandinaves) où on ne reste qu'une nuit, puis ferry pour Tallinn où on passe 2 jours (bien moins cher qu'un vol direct Paris-Tallinn en tout), retour Helsinki jusqu'à la fin de la semaine, en profitant du dernier jour pour faire une excursion en dehors.

Arrivée à Helsinki : temps clair mais frisquet... 
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Le port de Tallinn est à 2 pas du centre ville, pratique ! En plus, les hôtels sont bien meilleurs marchés qu'en France et abondent, il est facile de trouver chaussure à son pied.

La vieille ville est un vrai décor de film, et pas seulement le quartier du château (Toompea). Tiens d'ailleurs, nous ne sommes pas les seules à voir le potentiel !

Tallinn est une ville absolument charmante, tout à fait pittoresque, et ce, d'autant plus que nous avons eu la chance de la visiter sans hordes de touristes, hors saison oblige. Maisons de couleur vive, façades anciennes, rues pavées, toits couverts de neige, grand ciel bleu... Une véritable carte postale... dont vous pourrez trouver des illustrations partout sur internet ! Je ne m'appesantirai donc pas outre-mesure.

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La colline de Toompea : le parlement, la cathédrale orthodoxe, la cathédrale de la Vierge Marie, les fortifications.

La cathédrale orthodoxe 
Panorama sur la ville basse depuis la cathédrale Ste Marie 
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La ville basse, avec ses façades colorées, ses fortifications (20 tours encore conservées, 1,8 km de remparts !) et ses petites rues pavées, est une ville hanséatique... avec une spécialité de marzipan, ce qui est toujours plus agréable pour une petite pause goûter que le hareng (j'aime le hareng, mais pas avec un chocolat chaud...).

L'église de Saint-Nicolas (entrée payante) possède une belle collection d'art religieux et surtout une splendide fresque représentant une danse macabre du XIIIe siècle (malheureusement mal éclairée).

Moralité : la mort n'épargne pas les puissants. 
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Au cas où vous l'ignoriez, Tallinn accueillit une partie des épreuves olympiques des JO d'été en 1980 (régates de voile), la ville hôte étant Moscou.

Il en reste aujourd'hui le Linnahall, sorte de pyramide maya-soviétique que l'on aperçoit dès la sortie du ferry en se dirigeant vers la vieille ville.

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Notre destination est un peu plus au nord, entre le Linna Hall et le musée maritime.

Moins de 48h à Tallinn en plein hiver, et voilà que nous allons visiter une prison. Désaffectée, je vous rassure. C'est un tourisme un peu particulier, je vous l'accorde. Encore plus si je vous dis que nous sommes également allées voir un mémorial soviétique le lendemain... Ce n'est ni par plaisir morbide, ni pour des raisons familiales ou mémorielles. Simplement pour voir, sur place, les symboles de l'histoire tourmentée d'un pays. J'avoue, quitte à être là, on voulait toucher du doigt son passé soviétique. Un intérêt patrimonial aussi : au rythme des dégradations (naturelles et humaines), qui sait combien de temps ce bâtiment restera accessible ? (NB : lorsque j'écris cet article, 18 mois plus tard, en octobre 2017, le site est officiellement annoncé comme fermé).

On aurait pu visiter les musées historiques, mais lorsque j'ai découvert qu'une ancienne prison pouvait se visiter, je me suis dit que ce serait plus parlant. Et c'est le moins qu'on puisse dire.

Nous ne sommes manifestement pas les seuls touristes. Le lieu est ouvert en été mais, en hiver, se visite seulement en groupe d'au moins 8 personnes, avec inscription préalable (du moins en 2016 à l'époque). Nous sommes donc un petit groupe au lieu de rendez-vous : 2 Françaises, un couple norvégien, 3 Norvégiens, une Taiwanaise et un Finlandais. La guide est une chercheuse estonienne, qui retrace l'histoire de la prison et récolte des archives orales en interviewant anciens prisonniers et gardes.

En quelques mots, voici l'histoire de ce bâtiment (si j'ai bien compris son anglais au débit ultra rapide) :

- 1e moitié du XIXe siècle : construction par les Russes d'une forteresse pour défendre l'accès à la mer ;

- fin XIXe siècle : caserne russe ;

- 1920-début des années 2000 : prison sous différents régimes (droits communs, condamnés à mort, Juifs français déportés par le convoi du 15 mai 1944, prisonniers politiques du KGB...) ;

- 2007 : ouverture comme "parc culturel" (l'été !).

Ce qui donne aujourd'hui un "joyeux" mélange : sculpture contemporaine dans la cour d'entrée par des artistes invités, et graffitis "officiels" ; mobilier abandonné en l'état, pêle-mêle, dans les longs couloirs et les cellules décrépites, tags de plus ou moins bons goûts ; arbres qui reprennent leurs droits dans la "cour de promenade" (qui tiennent plus de cages en plein air).

Avant tout, Patarei reste une prison où des milliers de personnes ont été emprisonnées dans des conditions déplorables (ce n'était pas mieux pour les premiers soldats) : humidité, sur-peuplement, faim... (le nombre de prisonniers a dépassé les 4000, à plus de 40 dans des cellules prévues pour 20). Certains y étaient enfermé à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle. Au point où se briser le genou volontairement permettait de passer des "vacances" à l'infirmerie. Sans compter les exécutions.

Des fois, les détenus ont eu la possibilité de décorer leur cellule et les gardes les ont laissés faire.Une cellule à plus de 20, aux fenêtres bardées de bois pour ne pas pouvoir regarder dehors/ne pas être vus de l'extérieur (il ne faudrait pas que les prisonniers interrompent les épreuves de voile des JO de l'été 1980 !).

Être entassés les uns sur les autres, sans répit. L'heure de "promenade" n'en est pas une : dehors, à tourner en rond dans une cage avec ses compagnons de cellule, grillagée au dessus pour ne pas pouvoir passer des messages/objets aux autres, avec la sono à fond pour ne pas pouvoir communiquer.

Certains des artistes contemporains qui ont taggé les murs ont bien compris la dimension mémorielle et tragique de ce lieu et l'émotion qui s'en dégage aujourd'hui, cherchant à transmettre des messages pacifiques et/ou anti-totalitarismes. Contraste saisissant avec les tags anti-Obama et pro-Trump laissés par des "visiteurs" indélicats.

Difficile de croire que, l'été, le site abrite un bar, une plage et des concerts.

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Finalement, nous passons l'après-midi à arpenter ces locaux labyrinthiques, parfois à la lueur de la lampe-torche de la guide. Nous n'aurons pas le temps d'aller visiter le musée maritime (Lennusadam seaplane Harbour), à peine plus loin (à ne pas confondre avec celui de la tour Margaret, dans le centre historique).

Des hangars militaires de 1911, reconvertis ; des hydravions, un sous-marin, tout ça raté à cause des horaires d'ouverture !

Tant pis, ce sera un prétexte pour revenir à Tallinn.

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On rentre à pied au centre ville, en traversant le quartier de Kalamaja et ses vieilles maisons en bois en cours de réhabilitation ("boboification" ? gentrification).

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Après la prison de Patarei, visitée la veille, nous avons poursuivi notre tourisme mémoriel et atypique.Direction cette fois le mémorial de Maarjamäe, légèrement en dehors du centre ville, à l'Est (proche du musée Maarjamë). A ne pas confondre avec un des nombreux lieux de mémoire de cette ville, notamment celui du "soldat de bronze".

Ce site rassemble un cimetière militaire allemand de 1941, des stèles représentant les régiments soviétiques ayant combattu à Tallinn. Un obélisque, élevé en 1960, est à la mémoire des soldats soviétiques morts en 1918 (donc je pense en se battant contre les Estoniens qui revendiquent leur indépendance).

On repère en tout cas des symboles typiques de l'architecture soviétique (comme au mémorial de Treptow à Berlin) : l'obélisque (immanquable), des "mouettes brisées (s'agit-il des structures en béton le long de la mer ?), une immense esplanade avec des gradins monumentaux, une sculpture de mains jointes tenant une flamme (de l'espoir ? de la paix ?).

Le reste de cet ensemble imposant est plus tardif et a été construit en 1975 en mémoire des soldats de l'Armée rouge ayant combattu l'armée allemande, cette fois-ci pendant la Seconde Guerre mondiale. Les guides sont un peu confus/contradictoires sur les détails...

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En rentrant tranquillement à pied au centre de Tallinn, nous cherchons à jeter un oeil aux "réserves" du musée de Maarjamäe et à ses encombrantes statues.

Au loin, statues de Lénine et des autres 
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Le palais de Pierre le Grand à Kadriorg nous paraît si ridiculement petit qu'on ne s'y arrête pas... de vrais préjugés de Françaises !

Donc on peut consacrer plus de temps à son voisin, le KUMU, musée d'art contemporain (et à sa cafétéria, mais chut !). Son architecture est très réussie, et les artistes présentés - totalement inconnus de moi - plutôt intéressants, bien mis en valeur par la muséographie.

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Encore quelques maisons de bois pour finir, et un quartier en cours de réaménagement.

Nous reprenons ensuite notre ferry pour aller visiter Helsinki quelques jours.

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Helsinki est une ville à l'architecture variée, notamment beaucoup de bâtiments civils Art nouveau, même si tous ne sont pas aussi connus que sa gare centrale.

Le quartier Katajanokka en particulier est très riche, tous les détails sont d'époque, y compris les numéros des maisons !

Malheureusement, il est difficile de prendre des détails des façades quand l'objectif se recouvre rapidement de neige...

Des églises de tout style...

Bibliothèque universitaire

Musée d'art contemporain KIASMA

National Museum

Musée des arts décoratifs

La Finlande étant le (un des) pays du design, une visite s'imposait ! D'autant plus que l'étage est consacré aux enfants : l'apparition d'un mobilier dédié, de jeux, de tenues spécifiques pour ne pas prendre froid (sachant qu'on leur fait faire la sieste dehors toute l'année pour qu'ils profitent du bon air, vous comprendrez l'importance du duvet !!!).

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Classée au patrimoine de l'UNESCO, la forteresse de Suomenlinna (anciennement Sveaborg pour les Suédois) est située dans la baie d'Helsinki. C'est une grande destination touristique, où les guides nous conseillent de passer la journée et de pique-niquer... Sur ce point, nous n'avons pas été tentées, il faut le reconnaître. L'avantage de la météo hivernale et du hors-saison est que nous n'avons pas été assaillies par des hordes de touristes, et nous avons eu l'impression de pouvoir profiter d'une terra incognité immaculée.

Il s'agit en fait d'un chapelet d'îles, réunies par des ponts. Environ 800 personnes y vivent à l'année : il y a, paraît-il, une impressionnante file d'attente pour y devenir locataire ! Ca peut se comprendre.

La forteresse et l'arsenal ont une histoire compliquée, bien expliquée dans les panneaux introductifs de l'office du tourisme, ainsi que dans le petit musée. Celui-ci vaut une visite : outre le fait qu'il s'agisse d'un des rares musées ouverts le lundi à Helsinki, il est très pédagogique. Une vidéo met en scène l'histoire de la forteresse, des Suédois de la mi-XVIIIe siècle aux Estoniens, en passant par les Russes. Sans oublier la guerre de Crimée et l'attaque par les flottes franco-anglaises. A l'étage sont présentées les opérations de restauration.

Accessoirement (ou pas), sa boutique propose aussi du vin chaud... qui tombait à pic en ce qui me concerne !

Retour à Helsinki : la traversée prend 15 minutes environ. Et s'effectue par tous les temps semble-t-il...

Oui, la mer est encore gelée en mars 
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Après 2 jours très remplis à Helsinki, il nous restait une journée entière pour faire une excursion. Après avoir hésité avec les villes côtières aux maisons colorées, ce fut finalement la ville de Tampere, au Nord, qui retint notre attention : un passé textile et communiste !

Un ancien bâtiment d'usine abrite, outre des restaurants, un centre culturel : musée du textile, salle des machines, et musée Lénine (il s'était réfugié à Tampere) qui s'est replié là pendant que son bâtiment est en travaux. Tout petit mais une belle collection d'affiches.

L'histoire industrielle de la ville se voit partout par d'imposants bâtiments en brique. On y trouve également des magasins d'usine, pour ceux qui voudraient rapporter des textiles au design finlandais !

Aussi des bâtiments plus ou moins Art nouveau avec quelques détails sympathiques :

et surtout surtout, sa cathédrale (Tuomiokirk), un peu plus à l'est vers la gare.

Après cette journée bien remplie, nous reprenons notre train pour Helsinki. Le lendemain, avion pour Paris.