Vélo
Février 2018
25 semaines
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comité de départ surprise 

Bon béh voilà... Après en avoir tellement parlé, le grand jour est finalement arrivé... Alors étrangement, je fais moins ma maline ! Le vélo me semble beaucoup trop lourd, rien que de traverser le pont Saint-Michel en poussant mon vélo, j'ai déjà bien mal aux bras... Je prends donc des forces avant de partir! Un grand merci à Fabienne et Erick du salon de thé "Après l'ondée" pour les pancakes pour la route ! Merci aux meilleures amies du monde Carole et Émilie, et puis les copains thésards pour le comité de départ surprise, Papa pour le soutien pendant les derniers préparatifs et pour immortaliser ce moment décidément particulier (et t'inquiète pas Maman, tout va bien se passer, des bisous 😀 !) .

Juzes 

Après m'être habitué au poids de mon vélo, à le piloter chargé le long du canal du midi, je finis la première étape de 55 km à Juzes, petit village en haut d'une colline. Alors évidemment, je cale après 2m de montée... La suite se fait en poussant à bout de bras mon vélo sous le regard d'une grand mère que je ne saurais décrire mais qui voulait certainement dire "Mais qu'est ce qu'elle fout là..."

Bref, je trouve un p'tit champ pas mal du tout.

18h30 : bivouac monté, vue sur les Pyrénées, il fait beau, tout est calme, j'ai du riz et une boîte de sardines (qu'une dame m'a gentiment donné suite à quelques soucis d'organisation (ou erreurs de débutante c'est comme on veut !) (oui bah, des épiceries de village entre Villefranche du Lauragais et Revel, et béh il n'y en a pas, pouvais pas deviner moi!)

20h30 : le vent se lève... ça soufflera toute la nuit. J'ai dormi 2h en étant optimiste ...

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Grâce au génial site Warmshower, je trouve refuge près de Mazamet pour la fin de cette 2ème étape chez Matthieu et Leïla qui ont été hypra chouettes (merci infiniment pour le partage de vos expériences, vos conseils, les pâtes (et la délicieuse sauce tomate), l'amélioration de mon vélo (le rétro est tellement bien !) et le mode d'emploi pour faire pousser des endives, entre bien d'autres choses !)

LeÏla et Matthieu 
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Au menu de cette étape sur la magnifique voie verte entre Mazamet et Bédarieux :

- vent de face

- pluie

- forte pluie

- vent et pluie et forte pluie

- camping ouvert puis tout compte fait fermé mais tant pis je m'installe quand même

- pantalon et veste Kway : efficaces!

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Très belle journée ! Du beau temps, des petites routes magnifiques!

je passe les côtes comme si de rien n'était, je n'ai pas mal aux jambes! Il fait bon, je suis hyper confiante pour ce soir : je vais trouver un bivouac au top au bord du lac Salagou, c'est sûr !

Arrivée au Salagou, biiiin, les champs sont pas mal humides, le bivouac au bord du lac semble compromis. Je me perds au bord du lac car certaines petites routes ne sont pas franchissables à vélo à cause des nombreux ruisseaux qui s'y jettent... Des nuages noirs d'orages se forment... un poil moins confiante !

Salagou 

Je retrouve ma route et arrive au village de Salasc. Là je tombe sur un monsieur qui lave ses légumes dans une fontaine et je lui demande où je pourrais bien poser ma tente ce soir. Ce gentil monsieur demande à un autre monsieur se prénommant Yves où donc je pourrais bien m'installer en toute sécurité. Peut être une petite cours derrière cette rue ? Nous allons voir... mouais, moyen bof bof ... (éclair, les premières gouttes commencent à tomber) ... Ah, peut-être que Jean-Pierre est rentré de son voyage en mer mais il a eu des soucis avec la quille de son bateau, il était en train de dériver dans les Antilles, me dit Yves, mais on va aller voir quand même! (de plus en plus de grosses gouttes)

On arrive devant la maison de Jean-Pierre où l'on rencontre Nathaly et Fabien. "Jean-Pierre il est pas rentré ?" - "Non, pas encore!" - "Nan, mais parce que la p'tite, elle cherche un coin pour dormir" - " Elle n'a qu'à s'installer dans la maison de Jean-Pierre, on la libère ce soir!".

Euuuh hein? ah bah ok !

Mon vélo est calé au chaud dans le garage, j'ai une maison pour moi toute seule, c'est le déluge dehors : merci Yves, Nathaly, Fabien et Jean-Pierre !

vue de ma chambre 
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C'est une journée un petit peu plus intense où je rencontre des petites routes très fréquentées mais heureusement de jolies choses à voir sur la route!

St Jean de Fos 


Le soir, un peu épuisée par la route et la circulation, je suis chaleureusement accueillie par Agnès et Carmelo à Sainte Croix de Quintillargues, près du Pic St Loup ! Une chouette soirée et une bonne nuit pour repartir d'attaque le lendemain ! (Merci à vous deux 😉 )

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Petite journée tranquille avec une grande partie sur de la voie verte avant d'arriver chez les copains pour une petite pause à Nîmes (Merci Lulu et Elie !) !

365 km au compteur, 6 jours : aucune courbature (ni mal au derrière, trop chouette!), pourvu que ça dure !!!

Nîmes 
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Après deux ptits jours passés à Nîmes chez Lulu et Elie, le temps de se reposer un peu, je reprends mon périple. Petite étape pour se remettre en jambe : 40km!

Bon ça, c'était sans compter sur la combinaison parfaite entre un pont en travaux infranchissable et une perception du concept "gauche-droite" un peu faussée! On ajoute à tout ça un bon vent de face et ça donne une bonne étape de 55 bornes au travers des vergers et des vignes.

J'ai compris un truc génial : le vélo va là où tu regardes! Ce qui implique 2 choses :

1. C'est hyper pratique pour faire du pilotage de précision (très important sur des ptits chemins cabossés)

2. Si tu regardes le paysage sur le côté, ton vélo aura tendance à y aller

Le soir, je suis accueillie par Karine et Karl à St Etienne du Grès. Décidément Warmshowers est génial! On passera la soirée à refaire le monde et tenter de sauver des tribus de trolls en tapant sur des koalapins!

C'est le printemps!
Passage du Rhône
Après le gris le beau temps mais toujours le vent de face!
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Je retrouve le frangin qui faisait de la musique dans le coin (#Hojde, #TropFiere) le matin à St Etienne du Grès !

Après 2-3 cafés, c'est reparti toujours cap vers l'Est et le Lubéron! Grosses routes, ptites routes, premières montées qui commencent à bruler les mollets et superbe voie verte pour terminer cette étape jusqu'au camping de Apt (et vent de face mais bon, ça vous le savez!)

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J'me réveille au milieu de la nuit à cause de la pluie. Je recherche ma frontale afin de regarder l'heure. Là, biiiin je me rends compte que l'intérieur de la tente est trempé, mais genre mini piscine... bon, bon, la tente n'est plus du tout étanche... Je me dis que j'aurais peut être dû vérifier 2-3 trucs sur mon matos avant de partir en expédition! #DoraCEstMoi

Breeeef, heureusement le soleil est de retour dès le matin! Je prends alors le temps de faire sécher tout mon matos. Autour de moi, il n'y a que des papis-mamies en camping-cars alors une jeune femme toute seule en vélo ça intrigue! Et bizarrement la première chose que 90% de ces mamies m'ont demandé c'est : "est ce que vous avez des bonnes polaires pour avoir chaud?", suivi de très près par "mais vous ètes équipée pour la pluie?", et enfin le fameux "c'est pas très prudent pour une femme seule, hein?". Sauf Christiane, mamie aux cheveux couleur violet-prune-fushia (ça lui allait super bien!), qui trouve le projet génial et qui est bien contente d'avoir une bonne histoire à raconter à son mari qui doit être en train de râler parce qu'elle est en retard.

Pour cette étape, je fais de gros efforts pour ne pas me planter (l'histoire du concept "droite-gauche", vous voyez?) . Je suis scrupuleusement les indications de l'itinéraire gps et me retrouve sur un sentier de rando et de vtt. Alors après avoir poussé mon char sur 2km, j'ai choisi l'option Montjustin par la plaine, faut pas déconner! Sinon, le Lubéron, ça grimpe un peu, et j'ai passé les 500km! L'étape se fini chez Solène et Adrien autour d'une tartiflette et c'était encore bien chouette!

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Des montagnes enneigées au loin, un gros chien trop chou que quand je serai grande, j'aurai le même, des p'tits villages hyper jolis, des routes désertes et un super accueil chez Nathalie et ses deux fils où j'ai appris à faire de la crème dessert rien qu'avec de la noix de cajou et d'où je suis repartie avec de la motivation plein les sacoches à force d'avoir parlé voyage!

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Il a fait super beau, j'ai pas mis de crème solaire... voilà, voilà!

Sinon j'ai passé une chouette soirée chez Philippe et Josiane à Draguignan qui m'ont fait rêver avec toutes leurs anecdotes de voyages en Asie. Philippe, il est balèze, il a suivi toutes les côtes françaises en vélo et fait un Draguignan-Cap Nord en 2 mois!

Puis, comme il a fait un temps pourri le lendemain, je suis allée me refugier chez Kelly et Xavier que j'avais rencontrés la veille à une terrasse de café et qui m'ont directement proposé de m'héberger le temps que ça se calme! Et des gens comme Kelly et Xavier, avec le coeur sur la main comme ça, bin il n'y en a pas beaucoup, j'étais bien contente d'avoir fait leur connaissance!

(J'ai récupéré une tente toute neuve et ça c'est cool !)

(Le matin au réveil ça devient compliqué parce que je mets un temps fou à me rappeler où je suis, chez qui je suis, quel jour on est et quelle était mon étape de la veille! (Aujourd'hui,on est le 15 mars, demain direction Saint Tropez (héhéhé))

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Direction la côte d'Azur ! Après avoir dit au revoir à Xavier et Kelly, direction Frégus - Saint Raphael (Saint Tropez faisant faire un trop grand détour, j'ai préféré tracer droit devant, et vu comment j'apprécie la côte d'Azur, c'est pas plus mal!)

Ça y est, on a trouvé la méditerranée ("on", c'est mon vélo et moi, il a dépassé le stade d'objet maintenant!), qu'on ne lâchera plus pendant un bon moment! L'avantage maintenant, c'est que les opportunités de se perdre se réduisent fortement : tant que la mer est du côté du guidon où il n'y a pas le rétro, c'est bon, c'est la bonne direction!

Je me pose à Agay, qui ressemble un peu à une baie de pirates, mais des pirates qui habitent dans de belles villas et qui ont un chien miniature bien peigné pour compagnie. Que des campings-cars dans le camping (qui coûte quand même un bras hors saison, je sens que je vais aimer la côte d'Azur...). Le massif de l'Esterel à l'arrière plan du tableau a l'air magnifique! Un superbe orage à 4h du matin validera l'étanchéité de ma nouvelle tente hypra chouette!

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C'est parti pour longer la mer par la corniche d'Or jusqu'à Villefranche sur mer! Au programme une belle route, de la roche rouge, de la mer bien bleue et des tas de cyclistes en tenue de compèt' ! Ces types là ont la socquette légère (dédicace à Yannick et Simon, bisous les gars!), leur vitesse en montée est bien plus rapide que la mienne en descente, c'est rageant, on peut laisser tomber le chasse-patate (dédicace toujours!). Et en plus ils ne disent même pas bonjour malgré tous mes efforts ... Moi je pensais qu'on faisait partie de la même équipe, genre un peu comme les motards quand ils se croisent! Mais visiblement non, si t'as pas le vélo en carbone de 3kg, on ne te calcule même pas! Bref, il fait beau sur la route du tour et j'ai eu quand même un super pouce d'encouragement au final !

J'arrive à Cannes... Bon bah là, je me suis rapidement demandé ce que je faisais là! C'est assez fatiguant d'éviter les combats de micros-chiens mieux peignés que moi, les mamies en casquette-visière-lunettes de soleil extra larges (je ne parlerai pas des grosses bagnoles...) et les touristes faisant des selfies devant chaque gros hôtels de la croisette. Il y a beaucoup de monde, même s'il y a une piste cyclable jusqu'à Nice, j'ai trouvé le trajet assez pénible! Donc la côte d'Azur, c'est moyen moyen ma tasse de thé! Sauf Villefranche sur Mer ! À Villefranche sur Mer, il y a une coloc hypra chouette qui m'a accueillie! Alors au départ, c'était pour une nuit. Puis comme ils sont bien marrants (et un peu déjantés aussi 😉) dans cette coloc, et bah j'étais bien contente de rester une nuit de plus! Alors merci Barth, Arnaud, Manu, Léo, Audrey et Valère pour la dose de fous-rires avant de repartir sur mon vélo !


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Cette étape représente le premier passage d'une frontière alors je la vis comme un second grand départ. Elle a d'abord été l'enfer, puis un peu la panique et enfin le top du top!

Je dis au revoir à la joyeuse coloc et c'est parti, direction Monaco sans trop d'enthousiasme... je suis tranquillement la route au bord de la mer, il y a un peu de voitures mais ça va! J'arrive à l'entrée de Monaco, je vois un panneau qui indique un décathlon à droite. "Sérieux? Un décath à Monaco? La blague! Aaaaah, mais il me faut des tendeurs de secours!! Chouette!". Bim, rond-point, je tourne à droite! Et là, sans préparation aucune, je me retrouve directement dans un tunnel (j'aime paaaaaas les tunnels!!). Une espèce de grand toboggan en colimaçon, qui tourne, qui descend, qui tourne... sans fin! Alors là, un mécanisme d'auto défense se met en place : dans les situations de stress plus ou moins intense pour échapper à une réalité qui me dépasse, j'ai des chansons de Céline Dion qui me viennent spontanément dans la tête (je ne devrais pas le dire ça... bon, tant pis!)! Bref, plus je descendais, plus j'me disais "mais comment je vais remonter çaaaa", et plus le refrain de la chanson avançait! Je sors enfin de ce tunnel et là même pas de décath...Naaaan! Bon, j'essaye de rejoindre le bord de mer, je tombe sur l'héliport d'un hotel (aaah Monaco..) pas moyen de passer, demi tour, google map ne fonctionne pas et j'ai un mur d'espèces de gratte-ciels devant moi... ("j'irais où tu iraaaas ououuouuu!"...). Je prends une rue, direction le port, (allez, on ne lâche rien!), une autre et là sorti de nulle part le Décath!! Cool! Je vais garer mon vélo, après deux-trois tours autour du magasin, entre les scooters, range rovers et autres bolides qui rendent un peu débiles, et trouve de quoi cadenasser mon vélo (quoi? Oui je sais, on est à Monaco, et alors? J'pas confiance!). Bref, le Décath est tout miteux, je mets 1000 heures à trouver mes tendeurs, puis lors d'une illumination, j'embarque aussi une boussole!

Ressortie enfin avec mes achats de luxe, je n'ai qu'une envie c'est de m'enfuir loin de cette masse de costards et autres qui ne te voient même pas! Je remonte sur mon vélo, il y a des chantiers partout, je fais comme je peux pour avancer et j'arrive même à m'imposer devant un gros boeuf de range rovers (et biiiiim!) qui me le rendra bien en me dépassant plus loin, oubliant les 100 cm réglementaires! J'me retrouve sur une route qui ressemble vachement a un jeu vidéo du frangin (dédicace!) Alleeez, je roule sur le circuit de Monte Carlo, classe! Et là libération, un panneau de direction Menton, sauvée!

Le trajet jusqu'à Menton se passe sans souci! Juste avant de passer la frontière, moment solennel, je m'arrête, respire, imprime ce moment et un ptit grand père qui s'était baigné vient me causer (j'ai vraiment l'impression qu'il n'y a que des personnes agées dans mes histoires...):

"Et vous venez d'où?"

- "Bah là jsuis partie de Villefranche, mais Monaco c'est vraiment l'enfer cette ville, et en plus c'est moche! Vous ètes d'ici?"

- "oui, je suis monégasque"

- (merde...)

- "mais vous faîtes le voyage toute seule? Vous n'avez pas de muscle!"

- (wooowow, j'ai pas de muscle môaaaa???) "Elle est pas trop froide l'eau?"

- "13 degrés, comme la bretagne en plein été ahaha!"

- "je suis bretonne"

-...

Allez, 1 partout la balle au centre, je dis au revoir à mon nouvel ami, je m'élance joyeusement vers la frontière, je passe la frontière en souriant de toutes mes dents aux ninjas sur-armés et c'est parti! Tunnel... Céline Diaaah non! Ça va, il est court et il y a de la place pour les vélos, ouf!

L'orage menace et je décide de m'arrêter à Vintimille où j'avais vu quelque part que des campings étaient ouverts. Premier camping: fermé... bon, bon, je continue le long de la côte. Pas de camping mais un groupe d'hommes de tous âges en train de jouer aux cartes. Mon air un peu paumé les interpelle et j'ai le droit à mon premier "Ragazza" et "bicycleta"! L'homme qui vient me voir s'appelle Marius et parle un peu français. Je lui raconte mes malheurs et là il hurle "Seeeergioooo, blablabla, ragazza, blablabla, bicycleta, blablabla, notte". Et Sergio, il parle français un peu comme dans les films de mafieux alors ça me fait un peu (beaucoup) marrer et me dit que plus loin, à droite le long de la rivière, le camping est ouvert, seguro!! Jdis au revoir à mes nouveaux copains et le "Ciao bella brava Helena" qui fait trop plaisir me reconcilie avec cette journée. J'arrive audit camping qui est en fait un camping de camping cars et pas pour les tentes... ah... faut attendre le patron...ok... il arrive dans 30min...bon. Je poireaute en chantant (oui, du Céline Dion!). Et là, le patron arrive, c'est Dino, bedaine, grand sourire et ptit chapeau vissé sur la tête! Pas de problème, jpeux poser ma tente où je veux, c'est à dire sur le seul carré d'herbes sur ce grand parking. Puis comme l'orage commençait à arriver juste sur nous, il me fait signe de rentrer dans la salle commune chauffée par un poêle. Il était avec d'autres amis, et fêtait je ne sais pas quoi mais en 2 secondes, j'ai eu une place à leur table, une coupe de champagne dans une main et une mini patisserie dans l'autre ! J'ai essayé d'expliquer ce que je faisais en mimant et ajoutant tantôt des "a", tantôt des "o" à la fin des mots mais ils m'ont comprise ! Dès que je terminais une mini patisserie, on me faisait signe d'en reprendre une autre... j'en ai avalé peut être 10... pareil avec la coupe de champagne! (Béh du coup je l'ai bue moins vite!). Mes premiers pas en Italie sont plutôt chouettes!

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Saut de puce de 40km le long de la côte Italienne, comme les campings ouverts sont rares et les possibilités de bivouac inexistantes, je suis obligée de la jouer "sécurité" en faisant de petites étapes ...

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Après le saut de puce, le saut de micro puce : 25km ! Ouais parce que des rafales de 90 à 100 km/h, et bien ça te freine direct un vélo en pleine descente (merci Quentiiiin pour l'assistance météo 😉) ! Du coup, je ne le sentais pas du tout, mais alors du tout cette histoire! Après 10 km, je m'arrête au premier village pour prendre un café et élaborer un plan d'action en regrettant d'avoir quitter le camping de la veille qui était plutot chouette. Béh je n'ai pas regretté longtemps parce que j'ai rencontré Carletto!

Carletto, 70 ans mais 20 ans dans la tête il m'a dit! C'est une vedette, un phénomème, un joli monde à lui tout seul! Quand j'ai dit que j'étais française, il s'est mis à faire des pas de danse classique en disant "pliéééé, tenduuuuuuu, rond de jaaaaambe, arabeeeesque!".

Et Carletto, il a un rêve, celui d'aller en Californie, pour trois mois ou peut être quatre, pour faire la route 66. Quand il parle des Etats Unis Carletto, on dirait qu'il y est déjà allé. Mais non. Il a regardé tous les reportages possible à la télé sur les grands espaces américains. Ça doit être pour ça que, quand il en parle Carletto, on a l'impression qu'il les a là, juste sous ses yeux, comme s'il y était. Il a même une petite fiole qu'il garde toujours dans sa poche avec de la terre que des amis lui ont ramené de là bas, de trois endroits différents même. Il m'a presque fait pleurer Carletto, avec son rêve. On aura discuté pendant deux bonnes heures de Bob Dylan, de Leonard Cohen, de la country, des grands espaces, on aura trinqué souvent à l'enthousiasme, à la curiosité et à la gentillesse! Parce que oui, à 11h on a trinqué au vin blanc! Puis comme il s'est rappellé que j'étais en bicyclette, il a fini mon verre pour ne pas prendre le risque que je tombe...

Et il m'a dit en partant "t'es comme dans into the wild! T'es into the wild from de la Bretagne" et on s'est quittés en riant!

Ensuite, j'ai poussé mon vélo sur 10 km jusqu'au prochain camping mais j'ai passé une belle journée!

(Et une carrément belle journée parce que le gardien du camping, Gianni, est venu me chercher pour m'installer dans un bungalow, au chaud ... et "tutto gratis" il a dit 😁 !)

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Le vent est pas mal tombé, je suis donc repartie plus sereinement sur la route avec la mer toujours du côté du guidon où le rétro n'est pas! Cafés en terrasse, grand soleil, mer bleue limpide, île aux trésors et palmiers, ça commence à être agaçant... Je discute avec des grands mères qui n'en reviennent pas que je sois toute seule avec mon vélo. Une mamie trop gentille me crie (retranscription phonétique): "Viva lé donné i BASTAA" en partant! #GirlPower

Puis j'ai alors le droit à une série de tunnels bien sympathique et un plantage magistral qui me fait débouler je-ne-sais-pas-trop-comment (enfin si, j'ai loupé la petite sortie avant le tunnel, voila voilaaaa) sur une espèce de voie rapide (j'ai eu du Céline Dion dans la tête pendant 10 min !). Quelques camions sympas car ils ne me klaxonnent pas, histoire de ne pas compliquer la situation ! D'ailleurs, depuis que je suis arrivée en Italie, je me fait un peu plus souvent klaxonner. Mais pas le coup de klaxon méchant du genre "casse toi de là tu m'gènes" mais plus dans le genre "alors attention, je suis juste derrière toi, je vais te dépasser dans un quart de seconde sans trop prendre la peine de bien m'écarter mais si tu tiens bien ton guidon, certes ça peut un peu secouer, mais ça devrait bien se passer"... voilà, j'pense que ça veut dire ça!

J'arrive sans trop de peine à Celle Ligure, chez Pietro qui parle pas mal le français et Dario. Et genre mais la maison !! En haut d'une colline, avec une immense terrasse vue sur la mer ET la montagne! Royal! J'ai mangé mes premières pâtes italiennes cuisinées par mes hôtes 4 étoiles, en philosophant sur la cuisine. Pietro, il pense que le destin de l'humanité est entièrement lié à la cuisine. Je paraphrase mais en gros :

1. quand tu manges bien (surtout des pâtes et des "gelatos super bonno"), t'es content et t'as pas envie d'aller emmerder les autres,

et 2. il faut manger "kilomètre zéro".

Et là, selon Pietro, on a tout réglé!

Du coup, je suis restée une journée de plus à méditer sur tout ça sur la terrasse au soleil, il fallait bien ça!

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Comme pour me punir d'avoir squatter la terrasse la veille alors qu'il faisait un temps magnifique, ce matin il pleut... à torrent... Bon, bon, bon, allez courage, c'est le jeu ma pauv'Lucette! Puis Dario me propose de rester manger des pâtes au pesto le midi.. Ah?! Ooh-j'veux-pas-déranger oui d'accord ! J'en reprends même deux fois des pâtes (j'ai fini le plat quoi!) en essayant de discuter sport avec Dario qui ne parle ni anglais ni français (Pietro n'étant pas là). Croyant tenir un sujet de conversation au top (c'est à dire facile à comprendre avec le combo mimes et mots français avec ajout d'un "o" à la fin), je me lance sur la coupe du monde de foot : moi pas peur! Oui parce qu'en Italie, le foot c'est une religion, alors forcément, ça devrait être une conversation animée, chouette, la bonne idée! Et là, il me fait comprendre que l'Italie n'a pas été sélectionnée... hein??? Mais je n'savais pas moi!!! On m'a rien dit à la frontière aussi !

Bon, la douleur est encore palpable, le drame n'est toujours pas surmonté, on finira le repas devant le patinage artistique où le japonais aura enchainé les chutes et aura fait une bonne diversion!

Après le café, 14h, il ne pleut plus! Allez zou, cette fois c'est bon, je reprends mon vélo et direction Ponzone! C'est à dire direction nord, c'est à dire droit vers les montagnes, c'est à dire " j'aurais peut être dû éviter de reprendre des pâtes au pesto"... Oui, j'ai besoin de changement, la mer toujours du côté du guidon où le rétro n'est pas, c'est lassant!

Au programme: 40 km (ça va!), 2 grosses montées (pas peur!): la première longue et assez pentue (pas d'problème!), la deuxième courte et très trèèès pentue (euuuh, on verra!).

Objectif : passer la première montagne sans pousser le vélo!

La température est idéale, fraîche mais pas trop, pas de vent, pas de pluie! Ça commence à monter gentillement, la route est sympa, des petits villages paisibles, j'ai le droit à des tas de pouces de cyclistes ou de voitures me dépassant et des "allez allez" sur la route!

Puis béh ça commence à devenir bien, biiiien pentu. Je suis déjà en configuration 1-1 (c'est à dire petit plateau, petite vitesse) et je n'aurais définitivement pas dû reprendre des pâtes au pesto... Je maintiens timidement un 9,2 km/h, péniblement un 7,4 km/h, héroïquement un 5,6 km/h... Et là, Céline Dion, elle ne vient pas hein, elle te regarde avec pitié en te disant "nan mais là non, c'est sans moi, tu te démerdes ma grande!". C'est la pleine conscience totale, l'instant présent uniquement ! (Bisous maman!). Le cerveau ne peut pas se projeter dans le futur à plus d'une seconde, c'est à dire le petit caillou blanc sur la route à 10cm juste devant! Et alors s'en suit une série de désillusions à chaque virage où j'ai l'impression que la route redescend juste après mais en fait pas du tout... et cela pendant très très trèèès longtemps...

Mais j'arrive au bout de cette première montagne sans pousser mon vélo à bout de bras! Yeeaaah #CEstQuiLePatron

Le descente est très appréciable et en plus je passe la barre des 1000 km !! (Arrêt d'urgence sur le bas côté de la route pour prendre la photo (après avoir eu un petit doute sur la capacité du compteur à afficher 4 chiffres!)).

Le paysage est très chouette malgré la brume et la route est agréable. Puis j'arrive au pied de la deuxième montagne qui démarre sur une toute petite route ou plutôt une piste... bon je regarde le profil topo: ça grimpe sévère sur 3 km. Pas de challenge, je vais faire ce que je vais pouvoir! C'est à dire 100m... C'est donc parti pour une heure de re-souffrance à pousser mon vélo (à une vitesse de 3km/h selon mon compteur) sur une côte que même les coureurs du tour de France n'oseraient s'y aventurer, au milieu de nulle part. Je glisse de temps en temps, je n'en vois pas la fin, je regrette mes 30 kg de bagages (coucou Michel!! # Dedicace) mais le paysage est magique entre montagnes, neige aux sommets, brume et quelques rayons de soleil! En nage et complètement épuisée, j'arrive enfin au sommet. La route ne fait que descendre jusqu'à l'auberge où je dors ce soir, je n'ai plus qu'à me laisser aller! J'arrive à l'auberge : une petite ferme adorable, des p'tits ânes, des p'tits chats, un gros chien et une chambre de princesse "parce qu'il fait trop froid dans les dortoirs" me dit Stefania la gérante!

Temps d'endormissement à la fin de cette étape : 30 secondes!

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Une étape avec uniquement de la descente puis du plat, premices de la plaine du Pô. Je traverse une ville jumelée avec Vinon sur Verdon où je me suis arrêtée au début de mon voyage (c'est marrant!). Je croise un papi en tenue du maillot à pois du tour de France (c'est rigolo!). Enfin j'arrive à Pozzoto Formigaro où je suis hébergée par Simone et Simone (c'est drôle)!

On a mangé des pizzas (yeaaah 1ère pizzas italiennes!). Puis Simone et son pote Marcus ont joué de la guitare et de l'armonica : tout l'album Harvest Moon de Neil Young et ça, c'était juste génial!

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Du plat, du plat, du plat... L'avantage c'est que du plat + pas de vent = 22.7 km/h vitesse croisière = étape de 85 km et biiiiim !

Sinon la plaine du Pô, c'est moche, y a des tas de camions, des tas de ragondins écrasés sur la route (dédicace à PEB et son pâté!), c'est pollué, ça ne sent pas l'agriculture bio et en plus ils font croiser des routes secondaires avec des autoroutes... Alors ça, j'ai pas compris, mais pas compris du tout! Je suis tranquillement ma petite route secondaire (pas si petite mais bon, je me suis faite à la circulation) et là, pour continuer, il fallait que je traverse tout simplement l'autoroute, genre intersection normale quoi... Béh là, mes gambettes ont commencé à légèrement trembler, Céline Dion est de suite intervenue : "Demiiiii touuuuuououur"!! Les dépassements de camions : ça y est je gère, les intersections avec du trafic : je maîtrise, les ronds points avec sortie d'autoroute et autres routes avec beaucouuup de trafic : même plus peur (avec une légère tendance à crier un truc du genre "ouuuuwaaaah" avant de m'engager à toute allure, m'enfin, ça passe!) mais l'intersection avec l'autoroute, je ne veux même pas l'envisager, le tenter, c'est mort, niente! Donc petit détour de 15-20 km (m'en fous c'est plat!).

Auberge de jeunesse pour clôturer cette étape.

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C'est plat... horriblement plat... 95 km... que ça se termine vite cette plaine du Pô-camions-ragondins écrabouillés-rizières-pollution...

Et sinon j'ai été hébergée par Shani, qui est israelienne et qui apprend le métier de luthier à Crémone, la ville de Stradivarius, et c'était cool!

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... du plat-ragondins écrabouillés-camions-rizières-pollution et..... PREMIERE CREUVAISOOOOOON !!! Au 1344ème km, c'est pas mal! Cool chouette, de l'action à 2 km de ma destination finale pour cette étape! Et en plus : roue arrière s'il vous plaît!

Bon bééh manquant un peu de pratique et d'organisation, je me suis un peu étalée... (Dédicace Ju et Michel !) Mais bon, 40min et ma roue était réparée, sans accepter l'aide que l'on me proposait (#JePeuxLeFaire) et sans enlever le pneu de la jante !! Alleeeez laaa, trop fastoche, c'est qui le patron, give me five!! J'arrive au camping, la gérante me propose d'aller manger une pizza en ville avec le couple d'allemands en caravane, un physicien et une instite proche de la retraite... béh je ne me fais pas prier, allez zou, j'ai faim ! On aura bien rigolé à mixer toutes langues!

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Ras-le-bol du plat, de la direction Est (ça commence à faire un bronzage pas du tout homogène, c'est nul ...), et bien c'est pas grave, direction le nord pour aller voir la montagne (et puis pour pouvoir bien négocier le virage vers la Grèce et non pas vers le sud de l'Italie! ).

Le couple d'allemands hypra gentils m'invite à prendre le petit dej dans leur caravane avant de partir! Et là, je découvre que Karola fait partie d'une association de protection des écureuils (dédicace Camille, bisous frangine!) et que du coup, elle doit s'occuper de quatre bébés écureuils qui se trouvent dans la caravane ... bon béh là, il n'y avait plus personne, j'avais 4 ans et j'ai passé mon temps à les regarder! Je suis repartie avec des tas de tablettes de chocolats "pour les jours de pluie" ils m'ont dit! Ça tombe bien il pleut!

40 km de piste cyclable et là, DEUXIEEEEEME CREUVRAIIIISOOON ! Re-roue arrière... ah... Houston on a un problème, c'est louche cette histoire! Allez, on retrousse bien les manches et on y va! Bien mieux organisée, je m'éparpille moins, je suis méthodique! Inspection du pneu et découverte d'une petite pointe de fer de plus de 5mm qui avait transpercé mon pneu en biais...

Note à moi-même : à partir de maintenant, tu démontes TOUT quand tu répares la chambre à air et tu inspectes le pneu, merci.

Je suis arrivée au bord d'un lac soit disant au pied des Alpes... j'vois toujours pas de montagne moi... Le temps doit s'améliorer d'ici 2 jours... JE NE PARS PAS D'ICI SANS LES AVOIR VUES.

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Et béh aujourd'hui, contrairement à ce qui avait été annoncé et bah il fait trop beau! Direction le bout du bout du lac de Garde, 60 km au nord, c'est à dire le pied les Alpes. La route au bord du lac est très chouette (mis à part les 5 premiers km où s'enchaine une multitude de parcs d'attraction : Gardaland, Aqualand, Movieland et j'en passe).

Je commence enfin à distinguer quelques montagnes et ça me fait tout de suite oublier les trois dernières étapes d'un ennui mortel ! J'ai la pêche mais je sens bien que mon vélo, lui, commence à faire un peu la tronche : ça frotte légèrement à l'arrière, le guidon bouge pas mal, les vitesses sautent de temps en temps et malgré le faible dénivelé, j'ai l'impression de trainer. Comme c'est une étape tranquille, je m'inquièterai plus tard. Festival de pouce et de ciao des cyclistes, les gens sur la route ont l'air détentu et prennent toutes les précautions possibles pour me doubler, j'arrive finalement à Riva assez tôt. J'ai rendez-vous en fin de journée avec Alberto qui m'héberge ce soir, donc cela me laisse du temps pour visiter la ville tranquillement. Et là, dans le centre ville plein à craquer (weekend de Pâques quoi), c'est défilé de mode de la collection automne-hiver 2018 de toutes les marques de sport de montagne confondues, à vous filer des complexes et l'envie de foncer dans le premier magasin pour acheter la dernière polaire à capuche verte fluo ... Je combats donc ardemment mon envie d'achat compulsif de polaire à capuche (foutue pression sociale!) et je fais deux-trois courses pour manger un peu et rapporter des bricoles à mon hôte. Calée au bord du lac à regarder la compétition internationale d'optimists (ouais ça existe!! (Mais si les optimists : les ptits bâteaux quoi!)) qui faisait rage au large, je finis presque le paquet de brioches (ah? Bah j'avais faim on dirait). C'est pas grave, pour une fois, ça m'évitera de me ruer comme une meurt-de-faim sur le repas de ce soir! J'arrive donc au magasin d'Alberto qui loue et répare des vélos! Alberto, hyper sympa, (qui avait aussi prévu des trucs à manger (ah mince... ouais mais j'ai encore faim, c'est bon!)) installe mon vélo chargé de tout mon barda dans le fond de son magasin et là, l'oeil de l'expert annonce direct (sans manipuler le vélo) : la roue avant est voilée, les freins sont morts à l'avant et à l'arrière, les pneus sont sous-gonflés et la tonne de graisse sur la chaîne, on en parle ou ça ira?! Oooh mais comment je suis bien tombée moi ! Allez, c'est parti pour une révision des 1500 km, il y avait urgence !

1h plus tard, on retrouve son meilleur pote Nicolo avant d'aller manger. Avec plein d'appréhension, ils me demandent "euuuh..t'es végétarienne?". Alors là, je sens bien que ma réponse a une importance cruciale et que si je me plante, ils pourraient bien me foutre dehors... Timidement, je réponds que non, je ne suis pas spécialement végétarienne... Et là, gros soupir de soulagement ! "Non mais on avait vraiment pas envie de manger japonais!" Ah bah cool alors! C'est parti pour une soirée typiquement italienne : restaurant allemand (j'ai encore un peu faim, ça devrait aller!) et pub irlandais! On a rapidement établi que je ne partirai pas le lendemain. Bref, j'ai encore bien rigolé!

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Mon idée de départ était de suivre plus ou moins le pied des Alpes en passant par Vérone, puis rejoindre Venise pour arriver ensuite en Slovénie. Alberto me dit que c'est tout à fait possible de passer par les Alpes pour aller en Slovénie, certe ça grimpe un peu sévèrement à quelques endroits mais c'est principalement de la piste cyclable! Bon, de toute façon, au "c'est tout à fait possible de passer par les Alpes", j'étais déjà convaincue (quand il s'agit de montagne et de plan galère, je suis toujours partante!) Mes mollets et mes bras sont donc prévenus : direction les Alpes et les Dolomites !!

J'ai un peu de mal à quitter mes nouveaux copains mais je repars avec un vélo qui a retrouvé la patate et je suis impatiente de voir la suite! Du soleil, des lacs, des montagnes enneigées, de la piste cyclable qui ne monte pas trop sur tout le long de l'étape sauf la fin parce que je me suis (encore) plantée (mais le panneau indiquant Trento pour les vélos était pas clair du tout!), du coup : tunnel et voie rapide en descente sur 3 km mais ça m'a fait débouler direct à 200m de l'auberge de jeunesse alors, m'en suis pas trop mal tirée!

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Etape semblable à la dernière : soleil, montagnes enneigées, piste cyclable qui ne monte pas trop (pfff trop facile les Alpes). Comme ce sont encore les vacances scolaires, je n'ai pas eu de réponse positive pour être hébergée, les gens n'étant pas chez eux. Pas de problème, j'ai repéré un camping ouvert, ça m'ira très bien! J'arrive vers 16h à Bolzano, je fais 2-3 courses à la superette près du camping, la soirée s'annonce tranquille et au lit à 20h! Je me pointe à l'accueil du camping : bonjour un emplacement pour une tente et pour une nuit merci! Et là, la blonde de l'accueil sur-maquillée me répond que ouais ouais mais non, la zone du camping pour les tentes n'ouvre qu'au mois de mai... béh je lui dis qu'il me faut juste un carré d'herbe et puis c'est bon, on fait comme si c'était un emplacement, suis pas compliquée! Elle me répond qu'elle comprend bien, mais qu'il faut que je prenne un emplacement de camping car et que je paye 30 euros ... Bon, je crois que ça va pas être possible, je reprends mon vélo et passe penaude sous le panneau où était inscrit le nom du camping et ses 4 étoiles (ah, ceci explique peut être celà...). Bref, un peu dégoutée de ne pas avoir réussi à trouver un arrangement, j'envoie quelques messages via le site warmshower sans trop y croire (vacances de Pâques tout ça, tout ça). 5 min après, Goeth m'appelle! Et là, je ne comprends strictement rien de ce qu'il me dit. J'ai juste compris, avant qu'il ne raccroche, qu'il me rappellerait... bon...ok... qu'est ce que je fais du coup moi? Il est 17h30... je décide de me caler dans un parc pas très loin. Je m'enfile d'un trait mon demi kilo de yaourt à la vanille (ah bah j'avais faim on dirait!), je fais un peu les 100 pas, pars remplir mes bouteilles à la fontaine d'eau à côté. En revenant, je trouve un p'tit grand-père en train d'inspecter mon vélo de près. J'accèlere : on ne s'approche pas de mon vélo comme ça ! Et là le grand-père me regarde, puis regarde mon vélo, cherche un truc du regard autour de lui, re-regarde mon vélo, me re-regarde et me fait "Noooooooo"! Et là, trop fière, je lui fais "Eeeeet ouais!" avec un grand sourire et toutes les dents qui vont avec! Puis il montre du doigt successivement mon vélo et ma pauvre personne et refait son "Noooooo" accompagné d'un hochement de tête. Oui bon, ça suffit maintenant, moi ragazza, sola, avec ma bicycleta mais la patata! Il s'appelle Igor, c'est un peu comme "Victor" mais pas tout à fait il me dit. Pas moyen de parler anglais. On aura quand même discuté pendant une demi heure, lui en italien, moi en français et c'était comme si on se comprenait, à grand renfort de moulinets et autres chorégraphies avec les mains et les bras, et c'était chouette! Puis il est parti. Puis je me suis retrouvée toute seule, 18h15 et toujours pas de nouvelle de Goeth... Je repère une auberge de jeunesse, tant pis, je n'ai pas envie de tenter un bivouac près d'une grande agglomération. 3 coups de pédales et mon téléphone sonne! C'est Goeth, parfaitement audible qui me dit qu'il n'y a pas de souci, il peut m'héberger! Youhouuu! Et me voici donc chez Goeth, allemand, qui produit des bières en italie. Et là, j'ai dû faire un peu plus d'efforts d'adaptation. Oui parce que, autant mon enthousiasme, mes blagues et mon anglais approximatif passaient bien jusqu'à maintenant, autant là, il fallait que je développe en 3 parties l'explication de mes conneries! Pas grave, une fois le bon ton trouvé, j'ai passé une bonne soirée, et on a même un peu rigolé à la fin!

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Mon assistant météo perso (Coucou Quentin !!!) me signale à l'oreillette que le temps va se gâter pour au moins deux jours! Allez, je réserve 2 nuits dans l'hotel le moins cher à 70 km de Bolzano, dans le sud du Tyrol, pour attendre tranquillement que ça s'améliore!

Encore une bonne partie sur de la piste cyclable puis de la petite route... qui grimpe... longtemps... de plus en plus... 7km à pousser mon char pour 700m de dénivelé (MAIS POURQUOI T'AS PAS VÉRIFIÉ L'ALTITUDE DE TON *** D'HOTEL AVANT DE RESERVEEEER). C'est vrai qu'une fois en haut, c'est très beau (mes bras font la tronche). La dame de l'hotel : "bah? Pourquoi vous n'avez pas pris le bus" - moi, épuisée "... j'en saiiiis riiiiiien... Veux dormir..."

Le lendemain je n'ai absolument RIEN FAIT à part regarder la pluie tomber (trop fort Quentin), avaler de travers mon café parce que du yodel passait à la radio (non mais du yodel quoi!) et dormir!

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Alors là, ça commence à devenir grandiose! Ça grimpe mais ça m'est complètement égale : les montagnes!! J'ai l'impression que je n'en avais jamais vues de ma vie !

Alors par contre, il a sacrément neigé dans le coin parce qu'il reste un paquet de neige. Et pousser son char sur de la neige, c'est rigolo. Au début. Parce qu'après, quand un petit tronçon se transforme en un périple de plus de 5 km, bin ça devient un ptit peu agaçant... mais le paysage est grandiose!

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J'ai laissé une partie de mes sacoches à l'auberge de jeunesse pour aller vadrouiller dans les Dolomites sous les conseils d'Alberto! Alors ça grimpe, sévèrement même, mais ooooomamammia! J'en ai pris plein les yeux toute la journée! J'étais incapable d'écouter de la musique en roulant, mon cerveau ne voulait se concentrer que sur le paysage... alors je reviendrai ici c'est sûr, mais avec mes petons munis de chaussures de rando et quand il n'y aura plus de neige!


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Mes dernières heures en Italie avant de passer en Autriche. Je quitte un peu à regret les Dolomites... La tonne de neige qui reste limitant mes possibilités de déplacements, j'ai pris rendez-vous pour dans pas trop longtemps!

Il fait toujours beau, et après avoir grimpé pendant plusieurs jours, aujourd'hui ce n'est que de la descente! Oui, alors de la descente tout court c'est plutôt chouette, de la descente sur de la neige c'est plutôt marrant mais de la descente sur de la glace c'est juste casse-gueule! Donc j'y suis allée "piano piano" avec mon vélo bien chargé pendant les 15 premiers km (au moins) en tout cas jusqu'à ce que la piste de ski de fond redevienne une piste cyclable et jusqu'à ce que je comprenne qu'utiliser les freins sur de la glace, ça ne sert à rien. Puis enfin, deux petits coups de pédales et je n'ai plus qu'à me laisser porter jusqu'à la vallée du Drau en Autriche. Je sens bien que je suis dans le pays d'Heidi : les vaches et les chèvres ont l'air heureux dans leurs prés, les primevères et les jonquilles sont en fleur, c'est très joli. Les abeilles sont de sortie... et ça, ça peut être moins cool surtout quand une, on ne sait pas pourquoi, a décidé de s'accrocher à ta jambe et à te piquer d'un coup, alors que tu ne lui demandais rien! Breeef...#SauvezLesAbeillesQuandMeme

Le soir, c'est Hana et Peter qui m'ont accueillie chez eux à bras ouverts. Et rencontrer Hana et Peter, ça se mérite quand tu es à vélo, parce qu'ils habitent dans un p'tit village avec une vue extraordinaire, surplombant la vallée de 400m. Donc qui dit "surplombant la vallée de 400m", dit "allez chauffe Marcel et (re)pousse ton char pendant 1h30"... Mais ça valait tellement la peine : leur accueil, leurs sourires, leur maison magnifique (oh mammamia la vue!), leur petit village paisible, et bien c'était réconfortant de se trouver dans un endroit pareil !

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Après avoir beaucoup discuté de voyage et bivouac à vélo avec Hana et Peter, je décide de me la jouer un peu plus "Into the wild" pour cette étape. C'est à dire trouver un coin tranquille où poser ma tente. Le long du Drau, ce ne sont pas les spots de bivouac qui manquent et j'en trouve un pas mal du tout vers 17h... Et à partir de ce moment, c'est un petit peu long d'attendre 20h pour pouvoir monter la tente. Donc tu te promènes un peu. Et comme tu n'es pas la seule à te promener parce qu'il fait beau et que c'est dimanche, (et que finalement tu ne te sens pas hyper à l'aise encore avec ce concept de bivouaquer toute seule) bin tu feins de chercher ta route en mode : "non, non, je ne compte pas bivouaquer là pas du tout, jme pose un peu c'est tout", tu essayes d'adopter une attitude complètement naturelle quand les gens passent devant toi et fixent ton vélo chargé : "baah quoi? Un problème peut-être?". Enfin, il n'y a plus personne. Des jolies couleurs de coucher de soleil apparaissent sur les montagnes et la neige, le sol est plat, la tente est montée, la soupe et les nouilles chinoises sont prêtes : mode "Into the wild" activé! Je suis même devenue experte en allumage de réchaud avec la pierre à feu! Ce qui n'était vraiment pas gagné à la base, n'arrivant pas à obtenir des étincelles convenables. Mon briquet m'ayant lâchée, je n'ai eu d'autre choix que de m'acharner dessus pour enfin produire des étincelles de compète! Sinon, j'ai pas hyper bien dormi et au réveil, ma tente était toute givrée... mais c'est le métier qui rentre!(et je sais allumer mon réchaud avec la pierre à feu quand même!)

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Je décide donc après ma courte nuit, de faire une petite étape avant de passer en Slovénie. Toujours le long du Drau, avec des bambis et écureuils qui traversent la voie cyclable tout les kilomètres! J'ai passé la barre des 2000km (et je suis dégoutée parce que, quand j'y ai pensé, c'était trop tard, le compteur affichait 2002 km... donc c'est une photo pour fêter les 2002 km). J'arrive le soir dans une auberge de jeunesse un peu particulière où tout le monde avait l'air de se connaitre, je me suis même demandé si je n'étais pas tombée au milieu d'un stage de méditation-reconnection à la nature - yoga... Comme j'étais plutôt claquée et pas franchement très receptive au concept méditation (bisous maman!, allez Lulu! #Dédicace), bin jsuis allée trèèès vite me coucher!

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Alors cette étape me faisait un peu peur sur le papier :

- 2 frontières à passer (parce que je repasse en Italie pour quelques kilomètres)

- du dénivelé et donc de l'altitude et donc peut être de la neige

- un temps pourri


Finalement, c'était top !

Ça grimpait dur jusqu'à la frontière slovène mais j'ai tout grimpé sur mon vélo (Hahahaaa! #Championne) ! L'arrivée à la frontière avait des airs dramatiques : forte pente, poste de garde abandonné, pluie et vent de face... Tadaaam, ça y est, je suis en Slovénie! Alors j'ai inspecté plusieurs fois les pictogrammes du panneau d'entrée pour bien vérifier qu'il n'y avait pas d'ours dans les parages. Puis c'est parti pour une longue descente jusqu'au prochain village, sous la pluie mais contente. Et là, c'est grandiose : des forêts de sapins magnifiques, les nuages font disparaitre la base et le sommet des montagnes et les quelques rayons de soleil donnent une impression surréaliste au paysage. Du coup, je m'attends à tout moment à voir débarquer Gandalf et sa bande de potes au milieu de la route en me disant : " et bah qu'est ce que tu foutais? On t'attendait nous!" (Oui, quand tu viens de te taper presque 1000m de dénivelé, tu n'es plus très lucide...). J'arrive à Bovec dans une petite pension ou je reste quatre jours pour explorer les environs. La seule journée correcte m'a permis de rouler le long de la Soça qui est une rivière d'un bleu turquoise hallucinant (le reste du temps, j'ai dormi... et mangé...)! La Slovénie, ça s'annonce très bien !!

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Après 4 jours passés à Bovec (ça se prononce "Bovetss") (dont 2 jours passés juste à manger et dormir, comme quoi, quand je ne roule pas, je compense!), je repars sous un grand soleil.

Je longe la Soča (ça se prononce "Sotcha", j'ai vraiment l'impression de faire des séances d'orthophonie à chaque fois que j'essaye de prononcer correctement les noms des villes ou des rivières d'ici... bref!), considérée comme l'une des plus belles rivières d'Europe. Sa couleur est juste incroyable. D'ailleurs, toutes les rivières ici ont une couleur incroyable, du vert émeraude, au turquoise en passant par le bleu canard (bien sûr c'est une couleur le bleu canard!), il y aurait de quoi faire une thèse sur le sujet (Naaaaan j'déconne! Coucou Dominique! Coucou les collègues! #Dédicace).

Les routes slovènes sont chouettes et les conducteurs sont plutôt tolérants vis à vis des cyclistes (d'ailleurs j'en croise au taquet sur la route, en tenue de compète et tout et tout, ça ne rigole pas!).

Je m'arrête à un petit point de vue, le temps de boire un coup et d'installer ma petite caméra sur mon casque histoire d'essayer de faire de belles images. Au moment de repartir un cycliste me dépasse. Le bonhomme s'arrête et vient me causer. Bon, l'anglais est très limité de son côté, mais j'arrive quand à me faire comprendre sur le pourquoi du comment de tout ce barda sur mon vélo. Bref, comme on va dans la même direction, on repart ensemble. Puis au bout de 2 min il s'arrête puis il me fait en gros "j'ai une super idée, moi je prends ton vélo et toi mon vélo". Ah bah allez, ça peut être marrant! Et là, au moment où j'ai lâché mon guidon et saisi son vélo, il y a Parano qui s'est réveillée soudainement dans ma tête et qui me fait "Et bah? Mais? Mais qu'est ce que TU FOUUUUS?" - Bah tu vois pas? Je prête mon vel... OOOOH MEEE**** MAIS QU'EST CE QUE J'AI FAIS??? Mon vélo !!!!! (À lire avec la voix de Bourvil, c'est plus marrant)

Je le vois donc sur mon vélo faire d'énormes zigzags, manquant de tomber et malmenant les vitesses (parce que ouais, un vélo chargé, ça ne se pilote pas comme ça hein !) Donc grosse angoisse et Parano qui me hurle "MAIS POURQUOI T'AS FAIT ÇAAA?". Je le rattrape avec son vélo (tout pourri en plus) puis il me fait un truc du style "nan, nan, c'est bon, vas-y devant, ça roule" puis il enchaine en disant "Tour de France, Tour de France"!! Et bah c'est super... me voilà bien! On continue comme ça sur un petit kilomètre (qui m'a semblé une éternité), lui toujours à faire des écarts sur la route et allant à 2 à l'heure (au moins il n'aurait pas pu aller bien loin avec mes affaires...). Je m'arrête et je lui fais bien comprendre qu'il est graaaand temps que je récupère mon vélo (parce que je crois qu'il était parti pour faire les 20 bornes qu'il me restait à faire avec...) ! Bref, nos routes se séparent enfin, j'ai retrouvé mon vélo, Parano qui commence à se calmer "Tu refais ça une seule fois et t'es morte ma vieille!"

J'arrive à Spodnja Idrija vers 16h (ça se prononce "Spodnia Idria", bah oui mais quand tu ne le sais pas, qu'on ne prononce pas le "j" mais un "i" à la place, bin tu galères bien à essayer de le prononcer ce nom !). J'ai rdv chez Jošt vers 17h, je suis en avance, impeccable! Je vais donc pouvoir faire des courses avant d'arriver chez mes hôtes (je n'ai absolument plus rien étant donné que j'ai tout mangé les 2 derniers jours). Et il fallait sûrement savoir un petit truc avant d'arriver en Slovénie, ce qui m'aurait été très utile genre maintenant : c'est que les magasins sont généralement fermés le samedi après-midi... on est samedi... après-midi... Boooon bah tant pis, de toute façon j'arriverais surement à survivre les deux prochains jours vu tout ce que j'ai englouti les deux derniers jours! Allez va pour un café avant d'arriver chez Jošt! Je vérifie avant l'itinéraire et je remarque que le trajet est quand même est bien sinueux... La destination est très proche mais ça tourne vachement quand même... Je zoome. Ah... c'est pas tout à fait à Spodnja Idrija sa maison, à Jošt... Ah... en fait, c'est le hameau au dessus, mais 400m au dessus quoi...

Et m**** c'est reparti! J'ai dû chopé, sans m'en rendre compte, une carte de fidélité pour les hôtes habitant 400m au dessus des vallées! Bon béh pas de café, je retrousse mes manches, mes bras me disent "oooh non.." Et si ! Par chance, une épicerie était ouverte, au moins, je ne vais pas mourir de faim ! J'arrive dans la famille adorable de Jošt 1h30 plus tard (du coup je suis arrivée en retard!) où je me suis faite chouchouter par sa maman avec un bon plat chaud slovène, de quoi te requinquer en deux minutes!


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Après avoir papoté toute la matinée avec la famille de Jošt, d'éducation, de voyage et des 2-3 collines habitées par des ours juste à côté, je repars sous un ciel tout gris et menaçant. Petite étape de 40 km qui se passe bien. La campagne slovène est très belle, pleins de petits villages (pas encore croisé d'ours!). Je croise à 10 km de l'arrivée Alenka et son mari, mes hôtes de ce soir, qui rentraient d'une randonnée! Hypra chouettes tous les deux, Alenka me dit qu'elle héberge aussi Haley, une anglaise de mon âge qui fait aussi un grand voyage à vélo toute seule, et que la route jusqu'à leur maison est très facile et qu'au pire, elle enverrai son fils de 15 ans me chercher. À 1 km de l'arrivée, un ado tout sourire me rejoint et dans un anglais impeccable se présente. On papote un peu puis au bout de 2 min, il me fait "ah mais tu parles plutôt bien anglais pour une française !" Ah béh allez, bim, on me vanne direct! On a une de ces réputations ici! Heureusement qu'ils sont ultra fans du Tour de France. On arrive à destination après une petite visite guidée du village. Je fais la connaissance de la joyeuse grande famille d'Alenka, maman de trois garçons et d'une fille, de 15 à 25 ans, et puis d'Haley qui a commencé son voyage d'angleterre une semaine avant mon départ! Mais comment ça soulage de rencontrer une nana qui s'est lancée dans le même périple que toi ! Alors Haley, c'est quand même le niveau au dessus, elle va jusqu'en Chine (t'as vu Maman, quand je te dis que ça aurait pu être pire! Des bisous!)! Et on a passé une soirée vraiment géniale avec toute cette tribu, à partager nos petites galères de cyclotes, à discuter de tout et de rien, à boire du vin slovène qui est je cite "moins bon que le vin français mais qui sera toujours meilleur que le vin anglais"!

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Direction le lac de Bohinj, en bordure du parc national du Triglav. 40 km, c'est pas beaucoup mais ça grimpe, sévèrement et pendant très longtemps! Je croise des chamois, enfin je crois (c'est possible ou pas Camille?), des bambis et toujours pas d'ours! Parce que d'après Alenka, il y en a dans le coin. C'est un ami d'un voisin de la cousine de sa collègue qui en a vu un, il n'y a pas longtemps... L'avantage quand ça grimpe, c'est qu'après, ça descend! Et en deux minutes me voilà au bord du lac de Bohinj qui est MA-GNI-FI-QUE! Je ne croise que des touristes français... C'est assez rigolo d'entendre certains commentaires sur "mais si, j'te dis que c'est la meuf qui est en vélo" puis ensuite de leur dire un grand "Bonjouuuuur".

Je me cale pour quatre nuits ici. Ils annoncent du beau temps et j'ai bien envie d'aller randonner un peu!

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Donc j'ai vadrouillé dans les montagnes tout autour du lac. La neige est très présente à 1000m d'altitude ce qui a un petit peu limité mon exploration. Sinon, j'ai découvert que (enfin non, pas "découvert", mais plutôt "expérimenté que") les muscles utilisés lors de la marche ne sont pas les mêmes que ceux utilisés pour faire avancer un vélo. Oui, après seulement deux randos, bim, périostite, j'ai mal aux tibias... j'ai perdu mes muscles de la bipédie après un mois et demi de route, ça va vite! Note pour la suite : alterner plus régulièrement les périodes de vélo et les périodes de rando, merci!

La région est superbe, il fait beau et chaud!

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Alors cette ville, ça faisait parti des endroits sur lesquels je me suis basé pour faire mon parcours. Ce sont donc des endroits que je veux absolument voir. Pour le cas de Bled, j'avais imaginé un grand lac niché dans la montagne avec donc une île et une église hyper mystérieuse au milieu entourées de brume, le silence et la nature tout autour. Alors je ne sais pas pourquoi je me suis entêtée à imaginer ça malgré les nombreux indices :

- site considéré comme la perle de la Slovénie (du coup pour le côté mystérieux, ça semble mal barré)

- tous mes hôtes slovènes m'ont dit "ouais mais non, passe plus de temps à Bohinj" (ce que j'ai fait)

Pleine de belles illusions, j'arrive à Bled et là... grosse déception : c'est tout petit !!!! Le lac est TOUT petit... puis j'aperçois les grosses barres immeubles faisant office d'hotels, puis ça continue : des hotels partout, des restaurants et marchands de glace partout, des cars de touristes partout, des gondoles pleine de touristes partout et en plus les montagnes sont loins! Et j'ai réservé 3 nuits ici... Bon ça reste quand même joli comme coin mais on est loin du mystère, de la brume et du lac niché dans la montagne! De toute façon, j'ai toujours mal aux tibias, donc je vais rester tranquille (bon j'ai quand même trouvé 2-3 ballades à faire).

Sinon, il fait très beau et très chaud. Donc j'ai sorti les t-shirts sans manche... et là, c'est le drame, paye ton bronzage façon playmobil (dédicace frangin!), c'est à dire tête et mains ultra bronzées mais le reste... comment je vais galérer moi, à rattraper ça... (oui maman, j'ai de la crème solaire!)

Demain (23 avril donc) direction Ljubljana (ça se prononce "Liubliana")

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Je quitte Bled ce matin sous un grand ciel bleu. C'est complètement l'été maintenant : 28 degrés, j'ai définitivement une polaire et un pantalon de trop (et définitivement pas assez de t-shirts) ! En Slovénie, il y a des tas de circuits vélo qui relient les villes sur des petites routes, chemins et belles pistes cyclables. Il n'y a plus qu'à suivre les petits panneaux rouges pour Ljubljana (et malgré ça, je me suis quand même débrouillée pour trouver des itinéraires bis à ce circuit... bref!). La Slovénie à vélo c'est top, et tu te rends compte que c'est vraiment petit en fait! Plus petit que la Bretagne!

J'arrive en fin d'après midi à Ljubljana ou je retrouve Doru, un ami de Jonathan que j'avais contacté par Warmshowers et qui ne pouvais pas m'héberger. Découverte du magnifique parc Tivoli en pleine ville. Il a l'air de faire bon vivre ici. Petite balade nocturne avec mes 2 guides, Doru et Jonathan, super sympas! Je vais rester ici 3 nuits, pour visiter un peu et pour faire réviser et changer la chaîne de mon vélo!

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Ljubljana a des airs de petit village. Aucune voiture dans le centre ville et ça c'est tellement agréable. Les gens n'ont pas l'air de courir dans tous les sens, c'est en même temps paisible et très dynamique. Il y a des terrasses et des petits cafés à tous les coins de rue.

Mon ancien directeur de thèse (coucou Dominique!) me dit à l'oreillette qu'une collègue à lui travaille à Ljubljana. Deux messages plus tard, je rencontre Mateja, super gentille, qui me fait visiter l'équivalent du centre de recherches météorologiques de Toulouse! On passe la matinée à discuter et j'en profite pour demander où je peux faire réviser mon vélo. Ici beaucoup de gens viennent à vélo (il y a même un concours de celui qui fera le plus de kilomètre pour venir au boulot!). Et un coup de téléphone de Mateja plus tard, nous emmenons mon vélo dans un atelier à côté que je récupererai après le repas du midi. Le soir je retrouve Doru et Louis qui s'est lancé dans un tour d'Europe en stop pour refaire le monde autour d'une assiette de spaghettis vegan dans un lieu artistique vraiment chouette de la ville.

Deuxième jour à Ljubljana. Je le passe en buvant des cafés ou mangeant des glaces en terrasse, à me perdre dans ces petites rues, bref, à explorer le moindre recoin de cette très belle ville, toujours sous un beau soleil!

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Avant de quitter Ljubljana ce matin, je repasse dire au revoir à Mateja au centre de météo. Finalement, je vais y rester toute la matinée et partir après le repas du midi, entre papotage et pause café avec ses collègues! C'est rigolo de retrouver une ambiance de labo que j'ai quitté quelques mois auparavant. Et j'ai même le droit à des prévisions perso pour mon étape : à partir de 17h, gros risques de pluie! (Merci encore Mateja pour tout ça!)

De retour sur mon vélo comme neuf, je quitte l'horizon occupé les Alpes pour rouler maintenant vers le sud, au milieu de la campagne slovène jusqu'à Zagradec ! C'est Marko, Tania et leur petit garçon Mattic qui m'accueillent ce soir! (Finalement, dans l'histoire, je n'ai pas eu de pluie du tout!). En Slovénie, on va toujours chercher le lait, les oeufs, la farine dans la ferme juste à côté. Tous les produits consommés sont locaux et on évite le plus possible d'aller dans les grandes surfaces. J'ai été bien chouchoutée par cette petite famille qui va bientôt s'agrandir !

(La suite plus tard, je pars en vadrouille (on est le 2 mai, et j'ai 29 ans depuis hier : ouaiiiiis!))

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(27 avril)

Je quitte Marko, Tania et Mattic vers 11h après avoir papoter une bonne partie de la matinée. Succession de petits villages, jolis champs avec des vaches qui ressemblent à des nounours (trop chouuuu!), rivières et routes tranquilles et toujours sous un grand soleil !

J'arrive à Crnomelj (alors ce me semble que ça se prononce Tchernomel, en tout cas quand je le dis, les gens comprennent!) qui est à 10 km de la frontière croate. Justina et Jože, tous les deux professeurs à la retraite m'hébergent cette nuit. Et chez Justina et Jože, c'est trop chouette, on n'a pas envie de partir. Pour les vacances, 4 de leurs petits enfants étaient là, alors ça riait, criait et courait dans tous les sens! J'étais bien contente d'ajouter au tas de paires de chaussures, tatanes et rollers devant la porte d'entrée ma paire de baskets et d'aller étendre mon linge avec tout le monde dehors à côté du lilas. Justina, elle a un four magique : il y a toujours des parts de gâteau qui en sortent, et ce à n'importe quelle heure de la journée et à l'infini. Elle préfère quand c'est comme ça, bruyant, le salon et la cuisine sans dessus dessous et des tas de casseroles sur le feu!

Le lendemain matin, après une bonne nuit passée dans le jardin d'hiver, je traine un peu (beaucoup) avec eux. On s'attaque aux devoirs d'école sur la table de la cuisine, puis on va chercher les oeufs dans le poulailler au fond du jardin. Je repars finalement qu'après le repas du midi avec un p'tit pincement au coeur et en pensant très fort à ma mamie et son riz au lait (Coucou Mamie!!)

(J'ai encore une semaine de retard, la suite arrive mais là, je repars en vadrouille (on est le 5 mai))

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(28 avril)

Etape difficile aujourd'hui : 10 km. Juste le temps de passer le poste de frontière en adressant un grand sourire crispé aux douaniers qui vérifient ma carte d'identité et inspectent du regard mon vélo, et de retrouver Josip, qui est le frère d'Ana, qui est la collègue de Mateja, qui est la collègue de mon directeur de thèse (hé hé hé! C'est fou la vie parfois!).

Bref, je ne pouvais pas mieux démarrer mes premiers coups de pédales en Croatie. Je me retrouve chez Mirkos, un copain de Josip, qui m'installe sur un terrain au bord de la rivière Kupa, qui fait la frontière entre la Slovénie et la Croatie. C'est un petit coin de paradis, l'emplacement est juste parfait pour un bivouac. Mes deux nouveaux potes me rejoignent en soirée avec leur bonne humeur, la musique de la voiture à fond et tout le matos pour faire des grillades au bord de la rivière et c'était hypra chouette ! Mille mercis Ana, Josip et Mirkos !

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(29 avril)

Levée en même temps que le soleil. Allez, je tente un plongeon dans la rivière avant de quitter ce petit coin de paradis. Alors le plongeon a duré 3 secondes, suis ressortie fissa fissa hors de l'eau : très mauvaise évaluation de la température de ma part! Au moins ça réveille efficacement !

Je rejoins ensuite Mirkos pour un café et une leçon d'Histoire sur ce coin, pas tant de paradis que ça, qui s'est petit à petit vidé de ses habitants qui ne pouvaient plus vivre de l'agriculture ou ne trouvaient pas de travail. Alors je prends des notes sur l'Histoire des Balkans que je ne connais pas. Puis sa maman m'amène un petit déjeuner tout fait maison rien que pour moi : du pain au fromage en passant par le saucisson.

Je repars en fin de matinée. Les petites routes croates sont belles et peu fréquentées. Il commence à faire très chaud. Et avec la chaleur, l'apparation de charmantes bestioles volantes et qui piquent (forcément, s'il n'y avait que des papillons, ça serait moins marrant! ) Ces foutues bestioles jouent plutôt bien aux fléchettes sachant que la cible, c'est mon bide... (on va me jeter des cailloux sur les plages croates : bronzage ridicule et pseudo varicelle...bref!). Entre deux averses d'orage, je fini mon étape dans un petit village adorable : Tounj. Je retrouve Lana qui me prête un petit bout de son joli terrain pour poser ma tente. Lana, elle aspire à une vie la plus simple possible : une toute petite maison en bois qu'elle construit avec son père et un jardin en permaculture. Et c'est largement suffisant pour être heureux ici où, à 5 min à pied, il y a un torrent avec une eau cristalline, des grottes naturelles et surement aussi quelques fées, lutins et gentils dragons parce que l'endroit semble vraiment magique !


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(30 avril)

Je profite encore un peu du jardin de Lana en lui posant des tas de questions sur la permaculture et la construction de sa petite maison, et je repars sur mon vélo en fin de matinée sous le soleil. Direction Slunj où Frane, qui est parti 5 jours en vadrouille en vélo car il prépare un tour du monde, me prête son appartement bah-ouais-pas-de-problème-les-clefs-sont-sous-le-paillasson ! Les petites routes croates sont toujours agréables et les bestioles volantes-piquantes se sont bien calmées. La journée se termine par une petite soirée tranquille : couchée à 21h !

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(1er mai)

Je retrouve mes super meilleurs copains trop chouettes Carole et Seb aujourd'hui, youpiii !!!!!

Bon avant ça, je dois rouler 55 km ! À Grabovac (20km de Slunj) je retrouve Marie Noelle et Olivier et leur deux ptits loups Nell et Jonas, qui sont partis de Montpellier (en même temps que moi) pour un périble de 5 mois en vélo à travers l'Europe (tout pareil) ! En arrivant au café, ils me font un accueil digne d'une arrivée du tour de France! J'étais bien contente de pouvoir papoter enfin avec des cyclos et en français. Le tas de vélos qui encombrait l'entrée du café-resto faisait plaisir à voir! Là, j'étais en présence de la crème de la crème du cyclo randonneur. Ouais, parce que Marie Noelle et Olivier, ils transportent sur leurs vélos, non seulement une sacoche pleine de jeux, mais aussi une boîte de 10 oeufs frais ! Alors respect ! (Des bisous à vous 4 et on se tient au courant 😉 )

Après le repas du midi, la petite famille continue sa route. En ce qui me concerne, il reste 25 km de montée pas cool sur une route très passante car c'est l'unique voie pour rejoindre le parc national de Plivice. On ajoute à tout ça une flemme magistrale et ça donne un coup de téléphone aux copains " Vous zètes ouuuuù ?? Y a moyen de me prendre au passage ou paaaas ????". Résultat : une toute petite heure d'attente calée au café, 25 km de montée épargnés, un pot de crème de marron qui aura vécu à peine 24h et des copains pour 6 jours !

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(2-3 mai)

Bon bah en résumé : des copains, un parc paradisiaque et des bonnes poilades !

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(3-6 mai)

Bon bah en résumé :

des copains, des bonnes poilades, mer turquoise, soleil, terrasse, baignades, un plan foireux de "mais si j'suis sûre que du parking on aura une belle vue sur le coucher de soleil et la ville", un plan moins foireux de "resto-bord-de-mer-coucher-de-soleil-ah-mince-un-orage" et tentative d'homogénéisation du bronzage (c'est bon, on ne m'a pas jeté de cailloux!)

(Carole, Seb : reveneeeez !!!)

(C'est bon, je suis à jour! On est le 6 mai, il est 16h22, 2700 km au compteur et j'attends un ferry pour jouer à saute mouton sur des îles croates avant de rejoindre le continent, ferry qui est à 19h15!)


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(6-7 mai)

C'est ce que j'appellerai une journée de transition, de réadaptation au voyage en solo après la chouette semaine passée avec les copains.

Comme je n'ai pas équipé mon vélo d'un pédalo canard (dédicace aux anciens de Toulouse), juste après avoir au revoir aux copains (qui m'ont abandonnée sur le bord de la route à une station essence, génial le tableau! Bisous Carole et Seb!), je prends le ferry pour rejoindre la petite île de Rab, pour ensuite rejoindre l'île de Pag le lendemain, pour enfin rejoindre la côte.

Le plan semble bien rôdé, j'ai repéré un bateau à 17h qui m'emmènera sur la 2ème île. J'ai toute la journée pour buller sur Rab qui est un repère de touristes allemands et italiens, alors je me cale dans un petit parc près du port pour faire la sieste sur un banc. Une petite grand mère en pull jaune toute souriante se ramène. J'ai dû lui piquer son spot à l'ombre pour passer l'après midi mais elle s'installe à côté de moi et de mon vélo (elle m'a bien dit comment elle s'appellait mais je suis incapable de prononcer son prénom (histoire de séance d'orthophonie quoi!)). Elle me prend le bras et me parle en italien-germano-croate. L'anglais ne sert à rien, donc j'essaye de me concentrer pour tenter de deviner ce qu'elle dit. Et ça n'avait pas l'air d'être très rigolo ce qu'elle me racontait parce qu'elle terminait chacune de ses histoires en disant "caput" et en hochant la tête tristement. Même si elle savait que je ne comprenais pas, elle a continué de parler, toujours agrippée à mon bras. Puis une copine à elle est arrivée, s'est faite sa petite place avec nous et je me suis retrouvée à l'autre bout du banc. Le ton est devenu plus enjoué, on a discuté et ri, de quoi? Je ne sais pas mais c'était drôle quand même ! Puis l'heure de prendre mon bateau est arrivée alors j'embrasse les deux joues des deux mamies et je file sur le port.

N'ayant pas trouvé de guichet pour prendre le billet pour le bateau, je me dis qu'on peut surement le prendre directement là bas et que de toute façon, il y aura toujours moyen de s'arranger (#Naïve #JourneeDeTransitionJeVousAiDit). On arrive devant le bateau (mon vélo et moi) et là, le monsieur pas commode du bateau me voit, fronce les sourcils et me fait non de la tête... Euuh bah comment ça non ? Non, parce que ce bateau ne prend pas les vélos, je dois donc prendre le bateau qui prend les voitures, c'est à dire le ferry, qui est à l'autre bout de l'île, à 20 km, il est 17h... Et je me revois dire à ma maman au téléphone (bisous maman) 2h plus tôt "ouaiiis nan, l'organisation, je gère troooop, tout s'enchaîne super biiiiien". Excès de confiance et biiiim ! Retour à la réalité! Allez, il n'y a pas de problème, que des solutions! Je décide de faire les 20 km pour me rapprocher du 2ème port. Je trouve un endroit bien calé au bord de l'eau pour poser ma tente. Les piquets ne s'enfoncent pas, c'est de la caillasse... Allez! Nuit à la belle étoile au milieu des moutons et des fourmis! Et étonnament, j'ai plutôt bien dormi !

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(8 mai)

Levée à 5h !

Journée un peu technique : je dois prendre un ferry qui me ramène sur la côte, pédaler 20 km, puis reprendre un ferry pour rejoindre l'île de Pag. Je chope donc le ferry de 6h45 (de justesse, je n'ai plus l'habitude des horaires.. ). La route le long de la côte n'est pas facile, c'est étroit, il y a du dénivelé, du vent et pour rendre le trajet encore plus sympa, certaines portions sont dépourvues de parapet, la bonne blague! (Ça tombe bien, je n'ai pas le vertige ... #Ironie) Heureusement à 7h, il y a peu de voitures et peu de camions mais ça suffit à me filer quelques bonnes frayeurs.

1h30 plus tard j'arrive soulagée au port pour mon 2ème ferry qui m'emmène sur l'île de Pag. Et à seulement 10 min de la côte, je me retrouve sur une autre planète ! De la roche blanche, de la caillasse, 3 brins d'herbe et une route qui semble disparaitre dans un désert immense. Arrivée en haut de l'île, changement de paysage : des prairies, des oliviers, des murs en pierre, des moutons ... j'ai l'impression d'être téléportée dans des tas de mondes différents et il n'est que 10h du mat! La petite route entourée de murs en pierres sèches qui parcourt l'île est très chouette! Jusqu'à ce que je tombe sur un tas d'immenses serpents luisants qui bougeaient dans tous les sens hyper rapidement sur le bas côté de la route (et j'exagère à peine! Bon si peut être un peu quand même) ... Gros stress, je m'écarte au maximum, les jambes un peu en cotton, c'était quoi ces machins ????? J'arrive au port de la ville suivante en croisant un paquet de ces créatures de l'enfer écrasées sur la route, je sors mon portable et tape "croatie ser.." et là le mot "serpent" s'affiche direct! Oooh merde... et le titre du premier article : "L'orvet géant des Balkans"... mais je vais me faire BOUFFER !!! En faisant mes prières, j'envois un message à deux expertes (Bisous frangine, bisous Carole) "euuuuh...c'est gentil un orvet?". Deux réponses:

- "Très, c'est tout mignon et ca n'a meme pas de patte" (alors oui effectivement, j'avais bien noté l'absence de patte!)

-"Oui les orvets, c'est pas méchant, c'est des lézards dont les pattes se sont atrophiées. Une anguille de terre"

Okayyyyy, on va tâcher de rester calme si on se retrouve de nouveau nez à nez avec ces lézards-tout-mignons-dont-les-pattes-se-sont-atrophiées-mais-qui-ressemblent-vachement-à-des-serpents-quand-même!

Je respire de nouveau. Deux bonhommes devant sont en train de pêcher à la miche de pain (???). Que de dépaysement depuis ce matin ! Je suis pas experte en technique de pêche mais de loin, la miche de pain, ça ne semblait pas efficace! Comme ils étaient aussi intrigués par mon vélo, le contact a été établi. À nouveau, l'anglais ne sert à rien ici, seulement l'allemand ou l'italien. Mais on arrive quand même à discuter et le monsieur qui pêchait à la miche de pain sur sa chaise connaissait l'équipe de foot de Rennes (??? Sérieux? On est si bon que ça au foot à Rennes?). La pêche à la miche de pain s'est finalement avérée efficace!

Je reprends ma route et croise une autre famille extraordinaire de cyclos. Des brestois : Fred et Fred et leurs 4 gamins au taquet sur leurs vélos ! Des boules d'énergie positive, juste génial! Depuis 9 mois ils font le tour de la méditerranée en vélo, en passant par le Portugal, l'Espagne, le Maroc, la Sicile et j'en passe! (C'est bon, j'ai trouvé mon prochain circuit!!) Rendez-vous pris à Brest au retour!

Cette journée bien riche se termine par une bonne baignade dans une eau à 22 degrés!

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(9 mai)

Étape de 70 km assez longue mais tranquille jusqu'à Zadar où Nino, professeur d'électronique dans un lycée et qui a hâte d'être à la retraite pour faire plus de vélo, m'héberge. Nino me confirme que la côte croate pour les vélos c'est l'enfer alors je reprends un billet pour jouer à saute moutons sur les îles et m'épargner 200km d'enfer. Puis il me fait visiter la belle ville de Zadar à vélo, on ajoute au moins 15 km au compteur : bin j'ai bien dormi!

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(10 mai)

Le nouveau plan est maintenant de rejoindre Split par la côte pour prendre un ferry (qui prend les voitures et donc les vélos) qui m'emmènera sur l'île de Korčula où de là, je rejoindrai sereinement la côte. Donc pas le choix, j'ai 150 km de côte à faire.

Je quitte Zadar à 8h direction Šibenik, à 80 km. Pas trop de circulation sur cette portion, des panneaux rigolos tous les 100 m ( mais ils devraient plutôt installer des panneaux avec des cyclistes dessus plutôt que des sangliers parce que : 1. C'est plus facile à dessiner, et 2. J'en ai croisés au taquet des cyclistes contrairement aux sangliers. Oui, c'est la saison des cyclos, j'en croise au moins 3 par jour ! ( Mais je n'ai toujours pas rattrapé ceux qui vont dans le même sens que moi ) Bon, en tout cas, ils existent et ça fait plaisir ! J'arrive assez tôt à Šibenik, ce qui me permet de lâcher mon vélo et d'aller me perdre dans toutes les petites rues étroites pleine d'escaliers. Et Šibenik, c'est vraiment joli!

Sinon, c'est complètement l'été ici, minimum 25 degrés le jour et pas moins de 20 la nuit. Et le soleil tape dur. Il faut que je m'adapte un peu. C'est maintenant que je me rends compte que la gourde de 1.5 litre, c'est bien, mais de couleur noire, c'est moins bien, sauf si tu n'as plus de gaz ds le réchaud et que tu veux te faire un thé vert à la menthe à 10h du matin, ce qui n'est pas mon cas pour le moment ... le monsieur du café très sympa m'a filé des tas de glaçons (j'ai peut être gagné 30 min d'eau fraîche).

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(11 mai)

Sur mon vélo à 7h. J'ai préféré passer par les petites montagnes pour rejoindre Split plutôt que de longer la côte ce qui m'a permis d'éviter la circulation (25 km en montée, allez!). À 15 km de Split, je m'arrête à un café au bord de la mer contente d'en avoir presque fini avec ce bout de côte et un peu épuisée. Alors, en plus d'être la saison des cyclos, c'est la saison des orages. Moi j'aime pas trop les orages (Lulu toi même tu sais 😉). Et justement, 3 grosses gouttes tombent. Aouch! Je repars fissa sur mon vélo pour le dernier tronçon pénible avant Split : une 4 voies sur un peu plus de 5 km... Donc un orage derrière + un trafic très soutenu "limité" à 100 km/h et bien, ça donne moi, sur le côté de cette route, avec un sursaut d'énergie, pédalant comme une malade droit devant à plus de 30 km/h (je peux ajouter une ligne à mon CV : l'autoroute en vélo, c'est fait! )

Arrivée à Split (uuuuultra touristique! J'ai pris les photos à 6h30 ce matin, je ne pouvais pas circuler sinon) à 15h30, 80 km et partie pénible terminée, à moi les îles!

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(12 mai)

Donc départ de Split pour l'île Korčula en ferry. Histoire de ne pas me louper et d'obtenir toutes les infos en temps et en heure, je vais chercher mon billet tôt ce matin. Mon bateau prend bien les vélos et le départ est pour 15h cet aprem. Je retourne vers le centre ville de Split pour me caler quelque part à l'ombre. Sur le chemin, je croise Susan et Chase (très dans le style "Feux de l'amour"), canadiens, qui profitent pleinement de leurs retraites à vadrouiller partout en Europe. Susan, un peu excentrique, me lance un pêle-mêle de "Oh-My-God-You-Are-Amazing-No-Way-Kidding-Me-Good-For-Youuuuuu-Can-I-Take-A-Picture?", puis me dit qu'elle aussi a fait un tour d'italie en vélo quand elle était jeune et qu'il faut absolument que je déjeune avec eux à midi, après leur visite guidée de la ville. Rendez-vous pris au restaurant de l'hôtel 10000 étoiles qu'ils ont réservé. Je les retrouve donc à midi, tous frais et stylés (j'avais l'impression d'être en pyjama pour ma part avec mon pantalon éléphant , bref...(voilà, c'était le point "comment être stylée en voyage").

En écoutant d'une oreille (qui a dû se mettre à saigner au bout d'une heure) le concours de chant assez insupportable de minis clones de Rihanna, Beyoncé et autres chanteuses juste à côté de nous, on a disserté sur la vie et les voyages, mais surtout sur le fait qu'il fallait que je mange et j'ai donc terminé toutes leurs assiettes et embarqué le reste de pain dans la corbeille ("Take the bread! Take the bread" comme dirait Susan).

Je dis au revoir à Susan et Chase qui ont une après-midi de balade en jet ski autour des îles de prévue et pars prendre mon bateau pour Korčula.

Arrivée en fin d'après midi je décide de rouler un peu à la fraîche. Puis je trouve le spot parfait pour un bivouac, au milieu d'oliviers et de petites montagnes! Et cette fois, j'ai trop bien dormi!

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(13 mai)

Je traverse toute l'île de Korčula pour récupérer un ferry au bout de l'île qui me ramène sur la côte. L'île est très montagneuse alors ça grimpe. Mais ni voiture ni camion à l'horizon, j'ai la route pour moi toute seule et ça fait du bien. Je passe au travers d'une multitude de champs d'oliviers, de vignes et de labyrinthes formés par des murs de pierres sèches.

De retour sur le continent, je m'arrête à un tout petit camping juste en face de la mer. Un couple adorable et très élegant, Ugo et Amanda qui sont danois, en fourgon aménagé à côté de moi me permet de recharger tout mes appareils. Puis je suis allée profiter du soleil et de l'eau turquoise à plus de 22 degrés (c'est peut être une phrase agaçante s'il fait froid et moche chez vous... héhéhé! (Pardon!))

Je me suis fait bouffer par les moustiques... Ce qui m'a permis de tester et valider l'efficacité de l'huile essentielle de lavande aspic pour calmer les démangeaisons. (Voilà, c'était le point "soins et santé au naturel", demain nous verrons comment assumer des mollets poilus lorsque l'on est en short et dans des endroits très touristiques!)

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(14 mai)

Réveillée par un super orage ce matin ... Bon, bon, ça s'annonce moyen bof aujourd'hui. Calée dans ma tente à patienter, j'entends Ugo me dire de venir prendre le petit déjeuner avec eux à l'abris dans leur fourgon ! Chouette, j'arrive! Ugo et Amanda, ils forment une chouette famille recomposée de 7 filles et un garçon, alors forcément, quand ils m'ont vue, ils se sont demandés ce qu'ils auraient aimé qu'il arrive si c'était une de leur fille à ma place. Et puis, c'est reparti pour une chanson que je commence à bien connaitre : "mange", "reprends-en", "finis le paquet", "prends ça pour la route" ! On a discuté de tout et de rien pendant deux heures puis comme le soleil s'est à nouveau pointé, je suis repartie sur mon vélo vers 10h après avoir été bien chouchoutée. Je dois faire 65 km et encaissser 800m de dénivelé positif, j'ai moyen envie aujourd'hui.

Je choisi de suivre une petite route, en blanc sur ma carte, qui longe la côte parallèlement à la route principale. La route est magnifique, monte, descend et passe par des jolis villages et pas une seule voiture. Je suis contente de mon coup jusqu'à ... ce que la route se transforme juste après le port d'un minuscule village et 15 km au compteur, en un magnifique escalier en pierre... Naïvement, je monte les marches 4 à 4 en me disant que ma petite route doit être juste au dessus, c'est juste une légère imprecision de ma carte. Mais non, je suis bien sur la bonne route mais c'est en réalité un chemin de pierre, très joli d'ailleurs mais impraticable ! Donc à ce moment précis, sous le soleil qui tapait fort, j'ai juste eu envie de m'assoir par terre, les bras croisés, et de bouder jusqu'à ce qu'on vienne me chercher... Étant tout à fait consciente que ça ne menera nulle part, je reprends mon vélo et refais la route en sens inverse (qui descend et monte...) pour revenir à 5 km de mon point de départ avec mon compteur qui m'indique 21 km, il est 12h, le plus dur reste toujours à faire, moralement, c'est pas simple! De plus le vent se lève et les nuages d'orage se reforment gentillement. J'entame la première ascension et après seulement 2 km d'effort je croise un couple de cyclos croates. Je m'arrête pour papoter (désormais résignée à subir une très longue journée). Ils n'ont plus qu'à descendre la route pour terminer leur étape (ce qui achèvera presque définitivement ma motivation). Ils me donnent plein de conseils pour mon itinéraire et m'indiquent une petite route pour passer au Monténégro, très peu fréquentée. Je note, puis reprends mon vélo avec une motivation de 3.75 sur 10 puis qui remonte à 5 lorsqu'ils me disent que le reste de ma route pour aujourd'hui n'est pas si pire. Uniquement concentrée sur mes coups de pédale, je grimpe petit à petit mes 800m de dénivelé, passe par des vignes où un groupe de bonhommes qui étaient en train d'y travailler m'encourage des tas pouces et des signes de la main. Groupe de bonhommes que je retrouve 2h plus tard. Alors que j'étais calée sur un banc devant une superette à me nourrir de pain et de bananes (ma principale alimentation en ce moment), les voilà qui débarquent dans leur fourgonette. Je leur ai visiblement piqué leur spot où ils ont l'habitude de boire une bière après le boulot mais, pas de problème, on (mon vélo et moi) s'est retrouvé entourés de 5 bonhommes, on n'a pas fait les malins au début. Inspection de mon vélo, les bagages pèsent combien ? T'as fait combien de kilomètres? Et t'as même pas pris le bus ? (Alors cette question commence à revenir un peu trop souvent à mon goût et ça va finir par me vexer!). Bref, à leurs yeux je fais un "super job" et j'ai des "big balls" (merci, c'est gentil...). Ils repartent en me lançant des pouces et des "bon voyage". De mon côté, un peu requinquée, je rassemble les restes de motivation que j'arrive à trouver et repars. Il est 17h, plus qu'1h30 de vélo pour atteindre le camping. Enfin arrivée et épuisée, je décide de rester 2 nuits au camping et me faire une journée complète de repos (dormir, manger, lire, manger et dormir)


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(16 mai)

Après une journée complète de repos et les batteries rechargées à bloc, j'attaque ma dernière grosse étape en Croatie à 6h45 du matin. Il fallait bien ça pour éviter au maximum le gros de la circulation. C'est donc parti pour serrer les fesses sur 80 km comme dirait un suisse en vélo que j'ai croisé. Enfilade de camions et de bus à toute allure sur une route où l'on se croise de justesse. Les freins, ils ne connaissent pas, mais je me répète dans la tête qu'ils n'ont pas l'intention de me tuer donc ça devrait passer... Heureusement, les parapets sont plutôt bien placés sur ce tronçon parce que la route à flanc de falaise, c'est très impressionnant surtout quand tu as le vertige! Le but du jeu, c'est de donc taper un sprint dès que j'aperçois une encoche le long de la route pour m'y garrer et laisser passer les camions derrière. Une fois sur 10, j'ai quand même le droit à un p'tit coup de klaxon de merci et des pouces, les 9 autres tracent leur route comme si je n'existais pas. A 10h26 et 52 km, grosse averse orageuse et pas d'endroit où m'arrêter pour mettre mon Kway... 10h28 enfin une encoche le long de la route, c'est bien trop tard mais j'enfile quand même mon Kway... 10h29 éclaircie, le soleil qui cogne direct et pas de possibilité d'enlever le Kway... Je décide de ne pas aller visiter Dubrovnik, beaucoup trop de monde à circuler et pour les vélos, c'est juste pas possible. Donc direction le petit camping que j'avais repéré sur la carte. 12h23 : 80 km bouclés, tente montée, mode sieste activé!

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(17 mai)

Aujourd'hui direction le Monténégro. Encore une étape de 80 km mais la côte croate, je commence à saturer! Je suis les indications que m'ont données le couple croate rencontré quelques jours avant. Quelques kilomètres sur la route principale puis je me retrouve donc sur une petite route (en blanc sur ma carte et comme un léger pressentiment...) très chouette, qui grimpe 10-12% de temps en temps et sur des distances plus ou moins grandes mais la vue est splendide. J'avance tranquillement, j'ai tout le temps pour faire les 80 km et je savoure l'absence de trafic. À 12 km de passer la frontière, la route descend sevèrement (12% le panneau il a dit) jusqu'à un énorme chantier tout en bas. Toute la descente je me suis dit "et merde et merde et merde"... Bonjouuur! Ah comment ça la route est barrée? Pour 6 mois? Demi tour? Rejoindre route principale dans 15 km et donc remonter cette côte? Non je ne pleure pas ! Scénario qui se répète on dirait ! Je suis en bien meilleure forme aujourd'hui donc, pas de problème! Activation des bras qui n'en demandaient pas tant et chauffe Marcel ! Puis quelques minutes plus tard un berlingo s'arrête à mon niveau. À peine j'avais entendu "need help, main road" que j'essayais déjà de caler par tous les moyens mon vélo à l'intérieur du véhicule! C'est un monsieur hypra gentil dont le prénom ressemble à Pedro (mais tout en sachant que ça ne doit pas être ça, en tout cas, ça s'en rapproche) qui m'emmène donc jusqu'à la route principale ! Pedro, il est apiculteur et a toujours vécu ici, entre la mer, la montagne, les oliviers et ses abeilles et il se dit que peut être un jour il prendra sa vieille moto pour voyager, même s'il est déjà un peu vieux, mais on ne sait jamais il a dit ! En tout cas, il aimerait bien que son fils parte lui aussi. Puis comme il a encore beaucoup de travail, il ne peut pas s'arrêter discuter d'avantage alors il repart en me disant "keep going and be safe". Moi trop contente, la frontière est à 2 km. Très chiante à passer cette frontière d'ailleurs, deux postes à passer, deux files de voitures, et comme à la caisse au supermarché, à chaque fois j'ai choisi celle qui n'avançait pas... Bref, enfin arrivée au Monténégro ! J'ai été surprise de retrouver l'euro comme monnaie. Le début des bouches du Kotor est très laid : c'est très industriel. Ça klaxonne à tout bout de champ, et comme j'étais un peu sur les nerfs après la côte croate, j'ai très vite râlé et fait 2-3 gestes pas très sympas... Jusqu'à ce que je comprenne qu'ils klaxonnent pour se dire bonjour ou juste pour prevenir qu'ils vont doubler.. oups, pardon les gars!

10 km plus loin, ça devient magnifique avec des jolis villages de pêcheurs et les montagnes tout autour. J'arrive à Kotor après 95 km (je n'avais pas prévu tant au début de ma journée...) où deux énormes verrues de paquebot de croisière encombrent le paysage. Je me cale ici deux nuits le temps de décider si je rejoins l'Albanie par la côte ou par la montagne (en fait si, j'ai déjà décidé : 1600m de dénivelé sur 20km est un plan trop galère pour ne pas le tenter! Plus que 24h de préparation psychologique!)

(Et le monsieur de l'auberge de jeunesse connait aussi l'équipe de foot de Rennes, dingue!!)

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(19 mai)

Pas mécontente de quitter Kotor et ses 3000 touristes qui débarquent d'un seul coup de leur magnifique paquebot. Juste avant de partir je croise un gentil couple d'argentins en vélo qui viennent d'Albanie et se dirigent vers la Croatie. On en profite pour faire des échanges (magouilles) de monnaie entre les euros, lekke et kuna selon la direction de chacun. Ils me conseillent de prendre la côte... Ouais mais non, je décide de rester sur ma première idée : passer par les montagnes pour rejoindre l'Albanie.

Et c'est donc parti pour les fameux "serpentins" de Kotor : 26 virages qui montent gentillement au dessus de la baie et la vue est magnifique. Je m'étais préparée à bien galérer mais finalement, ça se fait sans problème. Sur la route je croise un grand papi norvégien sur son vélo qui vient lui aussi de passer l'Albanie. Il relie la grèce et la norvège en 80 jours sur son vieux vélo et avec tout le matériel à l'ancienne, mais au moins c'est du costaud il dit ! Il me conseille, une fois arrivée en Albanie, de prendre l'autoroute entre Shkoder et Tirana ... ouiiii, tout à fait, bah on verra hein ! J'arrive à Cetinje par une belle route toute neuve. Mais quand je dis toute neuve, c'est genre le goudron qui n'est pas sec et le tunnel pas fini mais que tu peux passer quand même dedans !

Vers 16h, alors que je pensais continuer un peu ma route et trouver un bivouac, je rencontre Leigh et Janet qui sont partis de Hong Kong en vélo et qui voyagent pour un an! Leigh et Janet me proposent de rester avec eux pour la soirée, trop cool ! On repère un jardin dans un petit quartier où l'on pourrait caler nos 3 vélos et les tentes. J'observe alors les experts opérer en prenant des notes. Bin 2 minutes plus tard on avait chacun une part de gâteau au chocolat (et j'en ai pris deux fois !), on pouvait s'installer dans le grand champ en face et en attendant, on pouvait se caler sur la terrasse du jardin pour manger. Dans ce quartier, les maisons n'ont pas de clôture, c'est comme un grand jardin partagé et les voisins vont et viennent pour discuter ou prendre un café et sont tous très chaleureux. Jovan, le voisin hypra cool nous installe finalement dans son salon pour la nuit. Puis il nous annonce qu'il y a un concert gratuit ce soir au centre ville. C'est une chanteuse serbe ultra connue et qui a même gagné l'Eurovision en je-ne-sais-plus-quelle-année! Alleeeeez, alleez, hors de question de louper ça! L'Eurovision quoi ! Meilleur concert de toute ma vie !(j'déconne!) mais c'était génial de voir les gens de tous âges chanter à fond toutes les chansons.

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(20 mai)

Nos routes avec Leigh et Janet se séparent ce matin. C'est étrange d'avoir l'impression d'avoir partagé une grande partie d'un voyage alors qu'on s'est juste rencontré la veille. Puis on s'est dit qu'on essayerait de se retrouver quand ils seront en France.

L'étape d'aujourd'hui se fait sur une petite route tranquille au travers des montagnes qui laissent entrevoir petit à petit l'immense lac de Skadar, superbe. Sur le bord de la route, un monsieur calé dans un fauteuil devant un cabanon m'interpelle. Je m'arrête discuter un peu. Puis il appelle sa femme qui nous rejoint avec une bouteille de liqueur faite maison. Donc ça, ça sous-entend que tu n'as pas le choix, tu dois gouter! Heureusement, ce n'était pas fort parce qu'il me fait "celle là, liqueur de noix, maintenant, liqueur de figue!". Oui alors, on va peut être pas toutes les faire non plus, j'ai vélo cet aprem! Ça s'est fini par un grand verre de jus de grenade bien mieux adapté!

J'arrive en fin d'aprèm au tout petit camping de Virpazar où dans un premier temps, je me suis faite parfaitement snobée par les seules personnes présentes dans le camping (des français), puis dans un deuxième temps, engueulée par le papi du camping parce que j'ai voulu installer ma tente sur un endroit plus plat mais réservé aux éventuels camping cars, pour enfin dans un troisième temps, être superbement ignorée par une famille allemande cycliste tout comme moi qui a installé sa tente à 2m de la mienne. Donc vu l'ambiance, on était loin de faire claquer l'apéro mais sans aller jusque là, un sourire ou un signe de tête ça ne coûte pas grand chose, breeeef !

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(21mai)

70 km et 1300 m de dénivelé cumulé aujourd'hui. Je longe le lac Skadar sous un soleil de plomb et sur une petite route peu fréquentée. Il fait vraiment chaud, je pense que l'on doit pas être loin des 30 degrés et il n'y a pas beaucoup d'ombres sur la route. Je passe la frontière pour arriver en Albanie. Au premier village, des gamins courent se placer au bord de la route avec la main tendue. Je comprends que je dois taper dans chaque petite main en lâchant donc une main de mon guidon! J'ai bien assuré les deux premiers mais garder la trajectoire pour les trois derniers a été un peu périlleux. Beaucoup de maisons ou stations essence abandonnées au bord de la route. J'arrive à l'entrée de Shkoder. Shkoder qui est considérée comme la ville du vélo en Albanie! Et c'est vrai qu'il y a un paquet de vélo et des pistes cyclables (cachées par des voitures garées dessus) partout dans la ville. Le trafic est assez dense mais lent, ça va dans tous les sens mais j'arrive à avancer et traverser des intersections sans paniquer. Il n'y a que des hommes installés aux terrasse des cafés, notamment à la péripherie de la ville

Je ne me sens pas très à l'aise, c'est un peu comme si j'avais mis tous mes repères dans une boîte, secoué très fort la boîte pour récupérer plein de petits bouts qu'il faut maintenant réassembler. Je m'arrête à un café pour analyser tout ça. Le monsieur du bar arrive et me fait non de la tête tout en me faisant signe de m'assoir. Donc là, l'interprête dans mon cerveau a fait un truc du genre : "hein? euuuuh c'est à dire?? C'est contradictoire ça, non ? Comprends pas...". Alors je me suis assise sur une moitié de chaise avec mon sac sur les genous en attendant de voir ce qu'il se passe. Puis comme le monsieur est revenu avec un café, un verre d'eau et des petits gateaux, je me suis détendue ! J'arrive le soir dans une auberge de jeunesse hypra cool dont les propriétaires tentent de faire vivre une économie locale en faisant des partenariats avec des producteurs locaux et des associations de quartiers.

(À partir de maintenant, il se peut qu'il y ait pas mal de photos de chatons et de chiots, désolée...)

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(22 mai)

98 km sur une route toute droite et plate jusqu'à Tirana la capitale. Et j'ai pris l'autoroute ! (Mais c'était facile, il y avait une sorte de troisième voie ou je pouvais être peinarde!). Beaucoup de monde sur la route, mais ça se fait plutôt bien.

Je m'arrête à un restaurant au bord de la route vers 14h. Un gamin en vélo fait des tours autour des tables en terrasse. À chacun de ses tours j'ai le droit à une question en anglais "tu viens d'où" , "tu t'appelles comment?", "T'aimes bien l'Albanie?". Puis comme j'avais fini ma salade, il a fini par lâcher son vélo et s'installer avec moi. Et voici donc Louis, 10 ans, qui veut devenir businessman, qui adore un joueur de foot (me rappelle pas du nom!) capable de faire des trajectoires courbées avec le ballon et il aimerait bien savoir faire ça. Et Louis, il m'a fait une leçon d'histoire sur son pays. Son pays qui est vraiment très pauvre, où les politiques sont trop nuls mais que c'est comme ça, c'est son pays et qu'il y a quand même des endroits très beaux il m'a dit. Je ne suis repartie qu'à 16h parce qu'on a bien discuté avec Louis, qui se débrouille bien mieux que moi en anglais.

J'approche alors du centre de Tirana. Sucession de stations de lavage de voiture, de nombreux conteneurs à ordures débordent. Quand je m'arrête, des enfants viennent me demander des euros. Je suis un peu déboussolée par tout ça, le contraste avec toute la partie touristique que je viens de faire est fort et je sens bien que je n'ai pas encore les clefs pour êtreplus à l'aise. Je me cale à nouveau dans une auberge très chouette.

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(23 mai)

Je retrouve quelques montagnes à grimper aujourd'hui. Une autoroute toute neuve à été construite, ce qui me permet de rouler sur l'ancienne route avec très peu de trafic. On me fait souvent des signes, des hello et ciao en souriant sur mon chemin. Mais je retrouve quelques regards méfiants qui semblent dire "qu'est ce qu'une nana toute seule fout là".

Je m'arrête à un café au bord de la route avant d'attaquer la fin de l'ascension. Quelques secondes après avoir repris mon vélo, il se met à tomber quelques gouttes (quand je dis que j'ai perdu mes repères, ça comprend aussi le bon sens parce que le gros nuage noir était quand même repérable!). Donc ça s'intensifie beaucoup, puis énormément ... un monsieur en voiture me fait des grands signes. Je crois comprendre qu'au prochain virage, je peux me mettre à l'abri. Je continue donc et arrive devant un jardin et une sorte de refuge. Entre temps le monsieur a fait demi tour et de sa voiture me montre que c'est bien là et que je peux rentrer. Calée sous le petit préau, je suis enfin à l'abri et c'est la grosse tempête avec grêlons et grosses rafales. Puis au moment où la pluie se calme, le monsieur sort de sa voiture et prépare un feu dans le poele de la petite cabane! Puis il me montre toutes les photos de cyclo touristes qui sont passés devant son terrain, et me montre tous les membres de sa famille!! Comme il doit partir, il me fait comprendre que je peux rester le temps que tout se calme et que le bois pour le feu est derrière la cabane! J'ai attendu 1h30 avant d'avoir une acalmie pour repartir.

J'arrive à une toute petite auberge de jeunesse à Elbasan tenue par Fatima, adorable. Je décide de rester deux nuits ici, le temps d'intégrer comment on dit "bonjour", "merci", "au revoir", "très bien" et de me reposer un peu. À la toute petite superette au bout de la rue, je mets en pratique ce que Fatima m'a appris et c'est carton plein devant la vieille dame, une autre dame et la caissière! Bon, je commence enfin à trouver ces nouveaux repères. Et j'ai surtout compris que le hochement de tête de gauche à droite signifie oui !

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(25 et 26 mai)

Je repars d'Elbasan en ayant enrichi mon vocabulaire de 2 nouveaux mots rigolos (phonétiquement) : "ouille" qui veut dire "eau" et mon préféré "avache avache" qui veut dire "petit à petit". Mon nouveau jeu, c'est de les placer le plus souvent possible sur la route.

L'objectif aujourd'hui est de rejoindre l'immense lac d'Ohrid qui se trouve juste à la frontière de l'Albanie et de la Macédoine. Je suis la route principale une bonne partie de la journée. Vers midi, à Librazhd, je me décide à m'arrêter à un café où la terrasse est uniquement occupée par des hommes (comme toutes les terrasses). Scannée de la tête aux pieds avec insistance, le regard sans expression particulière mais un peu dur je me sens de nouveau mal à l'aise. C'est un vieux monsieur qui va finalement engueuler le serveur qui tardait un peu à venir prendre ma commande. Je demande le mot de passe pour le wifi mais celui-ci ne semble pas fonctionner sur mon portable. Et là, presque toute la terrasse s'y met pour essayer de régler le problème, mon portable passant dans toutes les mains. Je respire mieux, l'ambiance n'est donc pas hostile et puis en plus, le code a fini par fonctionner. Rassurée, je pars faire un tour dans la ville. Cette fois, ce sont des collégiens en pause "déj" qui viennent papoter spontanéement : et tu viens d'où? Et pourquoi t'es là? Et t'aimes bien l'Albanie ? Et j'peux essayer ton vélo? (Non!) Et tu vas où? Et t'as pas 5 euros? (Bien essayé!) Puis intervention de 2 collégiennes qui me regardent avec un air désolée en me disant "sont trop débiles les garçons" ! Je quitte tout ce petit monde mais les 2 collègiennes me rattrappent pour m'accompagner sur un petit bout de chemin : et t'as pas peur toute seule ? (Bin, si parfois) et c'est pas trop dur ? (Bin, ça dépend, "avache avache quoi !"(+1)) et ta mère, elle est d'accord ? (Ouais à fond # BisouMaman). Elles aimeraient bien devenir danseuses, il parait que l'école de danse de Tirana est trop bien, mais pour le moment, c'est celle de Librazhd, il n'y a pas vraiment le choix.

Je reprends la route principale, lâchant régulièrement une main du guidon pour faire coucou. Me sentant mieux dans mes pompes, je décide de prendre des routes blanches sur ma carte pour rejoindre le lac d'Orhid. Petite concertation avec Parano avant de me lancer qui me fait " Nan écoute, j'te sens bien là, vas-y, j'te suis, aucune objection!". Et bin c'était LA bonne idée ! Route blanche tout à fait praticable ! J'ai traversé des petits villages où à chaque fois j'entendais des joyeux "hello helloooo". Une très vieille dame qui ramenait ses vaches dans son champs m'a donné de l'eau bien fraîche alors que j'étais en train de galérer (mourir) dans une montée et qui avait l'air de me dire "non mais t'as vu dans quel état tu t'es mise ma pauvre cocotte?!" (Alors j'suis pas sûre pour le "pauvre cocotte" mais je suis certaine que c'était un truc du genre!) Puis j'ai transformé l'essai : après avoir fièrement sorti un "ouille", j'ai enchainé par un magnifique "avache avache" (+10)! Puis quelques mètres plus loin, j'ai discuté sport avec deux ados qui ont aussi tenté le fameux "t'as pas 5 euros", très vite chassé par une évaluation de mes connaissances en foot qui s'est avérée passable.

Une dernière montée de 5 km en fin de journée effectuée à bout de bras, le lac d'Orhid apparait enfin, et c'est juste magnifique !

Arrivée en bas je croise Léon, qui est parti de Mâcon à vélo pour aller en Inde. Et c'est trop chouette de croiser un cyclo français pour terminer cette journée. On est rejoints par Sacha et Martin, deux allemands cyclos que j'avais rencontrés à Elbasan ! Plongeon dans le lac et montage des tentes sous le regard amusé du gars du camping.

Levée de bonne heure pour le lever de soleil! Je décide de rester à Pogradec une journée de plus et de quitter mes nouveaux potes qui préfèrent rouler sur les autoroutes à vélo parce que c'est plus marrant...bin voyons!

Je me cale dans un parc de la ville au bord de l'eau. Et là, à nouveau, je suis scannée avec insistance et je me sens de nouveau mal à l'aise, rien n'y fait. Malgré ça, j'arrive à avoir de chouettes échanges avec le monsieur qui vendait des fruits et les dames de l'épicerie juste à côté. Je retente une dernière sortie dans la ville puis je finis par me caler dans une auberge de jeunesse pour prendre un peu de recul. Auberge de jeunesse qui organise une fête ce soir...ah...bah tant pis... et en Albanie, ils adorent Maître Gims... il y a eu du Maitre Gims jusqu'à 1h du mat... bon allez, c'est pas grave, c'était clairement pas l'idée du siècle, un beau raté pour mieux repartir après!

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(27 mai)

Après l'échec de la dernière journée, j'ai des fourmis dans les jambes! Je pars de très bonne heure malgré la courte nuit. En sortant de la ville, j'ai le droit à un tas de pouce, des sourires et des "bravo"! Rien à voir avec la journée d'hier, je ne comprends plus rien...

Je roule sur une route principale peu fréquentée. Je me rapproche des montagnes et je commence à enchainer pas mal de petits cols. Ça devient de plus en plus sauvage et je me sens nettement mieux. Il fait très chaud et heureusement il y a des sources d'eau potable très régulièrement. Je n'ai pas envie de m'arrêter, la route, la montagne, les torrents, c'est juste parfait. Je pourrais la refaire indéfiniement cette route. 110 km plus tard et quelque peu épuisée (m'étais pas rendue compte que j'en étais là!) je tombe sur un hotel qui fait aussi camping. Le proprio me demande d'où je suis partie ce matin. Je lui réponds et là il me fait "tu t'assoies là et j'te paye une bière!". Alors la bière fraîche quand t'as très soif, que tu as 110 km dans les jambes et que tu es à jeun, c'est pas non plus l'idée du siècle! Bref! Sa femme et lui parlent parfaitement l'anglais alors j'en profite pour leur parler du malaise que j'ai pu ressentir souvent. Puis sa femme me fait "bah oui tu m'étonnes!". Elle m'explique que les voyageurs solitaires ne sont pas très bien vus et surtout si c'est une femme. Bon, ça me suffit pour me sentir mieux et oublier tous ces regards que je n'ai pas su bien gérer parce qu'au final, c'est ici, en Albanie où j'ai dû lâcher le plus souvent mon guidon pour répondre aux personnes qui me faisaient signe!

Puis il me demande d'où je viens. Je lui réponds Rennes et il me fait " Aaaah oui je connais Rennes, l'équipe de foot"!! Ah mais encore, c'est pas possible !!! Puis devant mon incompréhension sa femme me dit : "les paris ! Il y a plein de bars où tu paris sur les équipes de foot". Hiiiiiiin d'accooooord, ok! C'est vrai que la plupart des noms des bars étaient "loto foot", "euro foot" entre autres, mais je n'avais pas fait le rapprochement !

Deux "mystères" résolus en 5 min : j'ai bien dormi cette nuit !

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(28 mai)

La route est ma-gni-fi-que. Avec l'étape d'hier, ce sont mes 2 étapes préférées jusqu'à maintenant !

Après avoir empruntée la plus belle route d'Albanie (c'est un guide albanais qui me l'a dit!), je passe la frontière avec la Grèce. Passage du poste albanais : le douanier super sympa me regarde en montrant mon vélo et en me disant "Mais? Mais pourquoi ?" - "bah pourquoi quoi?" - "pourquoi toute seule" - "aah oui! Euh bah parce que j'avais envie" #SourireColgateAuDouanierPasConvaincu

Passage du poste grec : "descendez du vélo et passeport s'il vous plait". J'obtempère fissa. "Avez vous quelque chose à déclarer?" - "euuuh c'est à dire ?" - "transportez vous de la drogue ?" - (début d'un fou rire, j'le fais? J'le fais pas?) "Euuh bah non" (ouais, on ne va pas tenter la blague!) - "de l'alcool?" - (fou rire qui revient) "bin non!" - "ya quoi dans vos sacoches?" Et là, je me mets un peu à raconter ma vie en même temps que je lui explique le chargement de mon vélo. Puis il me dit de faire attention aux chiens parce que lui, il fait pas mal de vélo autour de chez lui, et qu'il s'est fait pas mal courser. "Oui oui m'sieur, j'vais faire attention, promis!" Et me voilà en Grèce ! Premier kilomètre et j'ai le droit à un joyeux et tonitruant "Yassouuuuuuu" (ça veut dire "Saluuuuut") d'un vieux berger gentillement moqueur. Je suis bien contente de revenir la Grèce où j'avais passé 5 mois en Erasmus et donc les repères sont très vite retrouvés!

J'arrive à Konitsa juste avant un méga orage! Je dois attendre Aggelos qui m'héberge ce soir. Aggelos il passe sa vie à randonner autour de chez lui pour faire découvrir sa région aux touristes et à repérer les meilleurs coins à champignons pour les revendre aux restaurants. Et TOUS les placards chez Aggelos, sont occupés par des bocaux de champignons !

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(29 et 30 mai)

Petites montagnes et gros orages à gros grêlons ! Tous les jours à partir de 14h j'y ai le droit, alors il ne faut pas trop trainer sur la route !

Anna, Kosta et leur petite fille m'hébergent ce soir dans le petit village de Zitsa. C'est un joli village perché sur une montagne, au milieu de la nature. Kosta est né et a grandi ici, il tient la boulangerie du village et c'est aussi là qu'il a rencontré Anna, américaine qui voyageait en Europe et qui depuis n'est plus repartie. Tout le monde se connait, aucune porte n'est fermée à clef et si un voisin traîne trop avant le repas du soir, il finit à table avec une assiette. Anna et Kosta ont acceuilli des tas de voyageurs dans leur village, bientôt 1000 et ça amène de l'animation ! Malheureusement, depuis quelques mois c'est un peu la panique. Ils ont découvert accidentellement que, un peu plus bas, des engins avaient arraché et mis à nu une partie de la montagne. Une industrie pétrôlière espagnole REPSOL, dont le gouvernement grec à donné son accord pour exploiter l'huile et le gas de schiste présents dans le sous-sol a donc commencé l'exploration sans même avertir les habitants. La machine à tout détruire est déjà bien lancée (depuis 2014 en fait). Kosta et Anna qui a fait des études de droit environnemental, essayent de rattraper le temps perdu en organisant la résistance à coup d'affiches dans la grande ville à côté Ioannina, de page facebook et de réunions pour expliquer aux habitants ce qui est en train de se passer et les conséquences provoquées par la fracturation hydraulique et pyrolyse. Mais la prise de consciente est longue. Récemment, une réunion a été faite avec l'entreprise espagnole et les habitants. Elle les a pris pour des cons en leur affirmant qu'il y avait plus de problème avec la fracturation hydraulique et a été surprise et destabilisée de se trouver face à des personnes qui se sont renseignés sur le dossier. Alors la réunion a été écourtée et décalée à un autre moment. En attendant les employés de l'entreprise travaillent toujours.

(https://savepirus.gr/en/)

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(31 mai)

Il fait très très chaud. Au programme :

- chaleur

- 1000 m de dénivelé positif

- 2 tortues sauvées

- des orages

- 90 km au lieu de 70 km, me demandez pas pourquoi ni comment, j'en sais rien !

- 4000 km de franchi

- arrivée au point le plus au sud de mon périple, maintenant c'est comme si je rentrais chez moi ...

- une nuit sur le bateau pour rejoindre Brindisi

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(1er juin - 2 juin)

Pensant être opérationnelle pour le lever du soleil en pleine mer sur le bateau, je me réveille tout juste pour l'arrivée à Brindisi à 8h... Comme quoi on dort bien sur les strapontins ! Je file direction Lecce. Lecce où il y a mes anciens collègues qui sont en conférence, héhéhé! Allez, débarquement sur le lieu de la conférence au moment de la pause café en mode short et baskets avec l'aide de mes indics (Coucou Alexane! Coucou César! Coucou Judith!) où je croise un ancien prof de master, mon ancienne chef et un membre du jury de ma thèse! Et ça, c'était assez suréaliste mais très très drôle ! Du coup : squatage d'hotel 4*-balade-glaces-pasta-pizza et plage avec les collègues! #SquadraPatate (Encore merci Alexane, César, Judith, Etienne et Jonathan, c'était trop chouette!)

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(3 juin)

Pas du tout décidée à attaquer la route du retour, je décide de dessiner le contour du talon de la botte avec mon vélo. J'arrive vers midi à Otranto. En errant dans les petites rues avec mon vélo, une dame américaine me demande où donc je vais comme ça avec tout ce chargement. 30 secondes plus tard, elle me propose de m'héberger dans son appart fraîchement loué vue sur la mer (40km depuis ce matin ça fait pas beaucoup... ouais d'accord!)! Et donc voici Jill, instite à la retraite de San Diego qui est ici en vacances pour 3 mois et qui déborde d'énergie ! Et Jill, c'est une comedie musicale de Broadway à elle toute seule, une vraie vedette ! Elle fait chanter les habitants et les touristes d'Otranto pour en faire des petites vidéos. Mais si tu lui parles de Trump, elle va de suite s'énerver et très fort. Alors pour ne pas se laisser aller, tout ce qu'il y a à faire, c'est de profiter de la vie tant qu'on peut et chanter comme Jill ! (Merci Jill!)

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(4 juin)

Bon bah étape de 130 km aujourd'hui... étape que j'avais estimé à 90 km, je ne sais pas ce que j'ai foutu dans mes calculs...bref !

Donc je suis dans les Pouilles (oh le nom rigolo!). Les Pouilles (donc on va pas se priver), c'est très beau. Mais dans les Pouilles (c'est bon j'arrête!) il fait très chaud! J'attaque ma journée assez tôt pour faire un maximum de kilomètres à la "fraîche". Sur ma route, je croise un couple de français à la retraite en vélo. Chouette! Le monsieur me fait directement remarquer je suis "chargée"... (euh bah pas spécialement non...) puis enchaîne en me disant "vous savez ce qu'on dit, la taille des bagages est proportionnelle à la taille de l'angoisse" ... (quôaaaa? D'où je suis angoissée moi???) Alors je lui fais remarquer qu'on a exactement le même matos mais que dans leurs cas, celui-ci est réparti sur 2 vélos. "Ah oui, peut-être! En tout cas pour un premier voyage je n'aurais pas choisi l'Italie" (?????)... Bon, alors devant tant d'optimisme, de joie de vivre et de partage, j'ai vite continué ma route avant de lui faire bouffer sa sacoche guidon! Un peu plus loin, je croise des cyclistes encadrés par un guide et une voiture de ravitaillement avec qui je vais jouer au chat et à la souri sur une trentaine de kilomètres! Changement d'état d'esprit : grands sourires, des "allez la France, un, deux, trois", de l'eau fraîche en haut de chaque montée et une offre sérieuse de boulot pour cet été : guide vélo dans les Pouilles (j'vais y réfléchir) !

Le point le plus au sud est atteint à Leuca... Maintenant, c'est parti pour remonter toute l'Italie !

Le soir, je suis hébergée à Nardò par Tiziana qui travaille pour la prévention des feux de forêt mais qui est en reconversion car elle ne veut plus passer toute sa vie au boulot et veut consacrer plus de temps à faire ce qu'elle aime vraiment.

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(5-6-7 juin)

Toute petite étape pour récupérer de mes 130 km de la veille. Ce sont les parents d'Ezio qui m'hébergent et qui ne parlent qu'italien!

Donc après le débarquement en pleine conférence, voici le débarquement en pleine réunion tupperware thermomix très animée chez les parents d'Ezio ! Alors c'est pas exactement une machine Thermomix, c'est une Bimby (autre nom rigolo!)! Alors attention, pour que ça claque, il faut bien appuyer sur le 1er "b" et sur le "m", comme ça : Bbimmby! Sinon, c'est moins marrant. Donc le tableau quand je suis arrivée comme un cheveux dans la soupe de la Bbimmby, c'est : une dame très maquillée, chaussures très compensées, pantalon en patte d'éléphant très fleuri et lunettes en forme d'aile de papillon qui vante les capacités de la Bimby, petit bijou de technologie (qui coûte un bras, c'est fou!) à vous faire gagner un temps précieux en cuisine, et les voisines de la maman d'Ezio assises autour de la table de démonstration, plus ou moins convaincues. Et bah la Bimby, elle vous fait des Polpettes (nom très très rigolo!) (C'est des boulettes!) à la vapeur en 20 min seulement (cuisson qui permet préserver toutes les qualités nutritionelnanana), un truc de dingue! Et comme j'avais faim, bin j'ai servi de cobaye et fini ou presque toutes les recettes de démonstration. Pour cette soirée, c'est l'immersion est complète. Et à coup de carnet-stylo et google traduction, et bien on s'en sort plutôt pas mal. Je commence à intégrer quelques notions d'italien petit à petit.

Le lendemain (6 juin), après le café avec les voisines et la maman, je "décide" de rester une nuit de plus. C'est parti pour une session découverte du littoral - baignade - observation des poissons - glaces - questions philosophiques avec Ezio. Le soir, repas avec toute la famille et le papa qui me demande d'une grosse voix bienveillante "Capito ???" à chaque fois qu'il me dit quelque chose, alors je réponds direct "ho capito!" même si j'ai pas trop compris ...

Le lendemain (7 juin), après le café avec les voisines et la maman d'Ezio, (et une belle engueulade à l'italienne provoquée par une réponse que j'ai faite à une question qui me semblait être "tu manges des pâtes le soir?", mais ça ne devait pas être ça vu le débat qu'il y a eu juste après!), j'ai bien compris que je ne partirai pas non plus aujourd'hui! Alors exploration de l'autre partie de la côte. Puis repas du soir avec toute la famille, en écoutant les grands classiques italiens et les histoires de la région pour parfaire mon intégration.

Le lendemain (8 juin), après le café avec les voisines et la maman d'Ezio, j'ai un peu bataillé pour partir aujourd'hui, même si je n'avais pas très envie...

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(8 juin)

Jolies routes, jolis villages, joli bivouac

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(9 juin)

Tout pareil que l'étape d'avant (sauf le bivouac, c'est auberge de jeunesse pour ce soir) !

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(10 juin)

90 km initialement prévu aujourd'hui pour aller jusqu'à Potenza! Je démarre vers 10h après avoir trainé un peu dans Matera ce matin. Il fait chaud, ça grimpe et pour l'ombre il fallait se lever plus tôt ! Je suis mon tracé gps qui m'emmène vers un petit col et qui me permet de quitter la route principale. C'est parti pour une petite grimpette qui ne passe pas si mal ! Je perds quand même 10 litres d'eau à la minute donc une fois arrivée en haut, je me pose 2 minutes pour souffler et boire un coup. Une voiture passe et s'arrête pour me demander si tout va bien - bah ouais ça va, fait un peu chaud quoi ! - ah vous n'êtes pas perdue alors? - oh bin c'est gentil mais non ça roule! Puis la voiture repars avec son conducteur un peu dubitatif.

Quelques minutes après, c'est la voiture des gendarmes qui passe, qui pile, qui fait marche arrière jusqu'à mon niveau et qui me demande si tout va bien ! Bin décidément, ils sont hypra gentils dans le coin (ou alors je donne l'impression d'être au bout du rouleau, j'sais pas...). Je leur dis que tout va bien, j'suis pas perdue, va bene, va bene! Je repars sur mon vélo puis la route se termine et c'est une piste qui prend le relais... la piste se termine et c'est un chemin complètement défoncé et qui descend raide dans la forêt qui prend le relais... Ah...Aaah ok! J'crois que je viens de comprendre un truc !

J'ai mis 1h à descendre ce foutu chemin pour arriver au milieu des champs de blé (alors je crois qu'il me reste 1.5 L d'eau, un paquet de gâteaux et une tomate...en gérant bien, je peux peut-être survivre 3 jours... ) pour enfin retrouver une petite route (OUUUuuuff... Presque eu peur d'être perdue dis donc! #GrosSoulagement) Avec tout ça, j'ai perdu pas mal de temps et d'énergie. Je décide de me caler une petite heure dans le jardin public du joli village de Tricarico qui a l'air hyper dynamique vu le monde qui se balade dehors. Reposée et ayant fait le plein d'eau, je me remets en route. En sortant du jardin je repère un café juste en face qui vend aussi des glaces... Rhoooo allez! Café-glace et après, après sûr je repars! Je gare un peu difficilement mon char devant le café. Me voyant galérer, une dame assise à une table avec deux monsieurs me fait signe de venir. D'où tu viens? Qu'est ce que tu fais ? T'es toute seule? Tu veux un café? Tu veux une glace? Viens t'assoir ici !

Voici Lina, l'actuelle maire du village, son mari, et peut-être le futur maire de Tricarico car oui, aujourd'hui, c'est dimanche, jour d'élection du nouveau maire ! (Aaaah c'est pour çaaaaa ! J'ai encore compris un truc moi!). Et Lina, elle a une amie, Loredana qui a fait un tour du monde toute seule en 6 mois l'année dernière. Du coup Lina elle me fait (me crie dessus) : "Tu bouges pas, j'l'appelle!!!". Lina appelle Loredana, l'engueule, lui raccroche au nez et me fait un truc du genre " t'inquiète, elle arrive!" (Ouais parce que Lina, elle ne parle qu'italien, du coup je fais au mieux pour la traduction quoi...) Ah, ok! ... pas trop convaincue que Loredana débarque, je vois 17h arriver et il me reste au moins 2h de vélo pour Potenza où Donato peut m'héberger et j'me dis qu'il faudrait quand même que j'y aille... Puis soudain, une petite voiture rouge arrive à fond, se gare en double-file-n'importe-comment-on-s'en-fout devant le café! Ah béh si! Voilà Loredana, mèches de cheveux bleus, prof d'italien et de latin au lycée qui s'installe avec nous. 5 min plus tard, toujours assise à la terrasse du café, je vois mon vélo embarqué dans une petite fourgonnette sortie de nulle part, Loredana qui me dit : "il va emmener ton vélo chez moi, je vais faire des courses, on se retrouve dans 2h, en attendant Pasquale va te faire la visite de Tricarico!". Bon bah à Tricarico, c'est simple, tout ce que tu as à faire, c'est suivre le mouvement, de toute façon, tu ne peux pas lutter, ça va trop vite (j'ai trouvé quand même une fraction de seconde pour prévenir Donato)! Alors, la visite historique avec Pasquale, c'est facile, tous les monuments de Tricarico, ils sont datés de 1200 ! ou 1100, il n'est pas sûr... Boo dans ces eaux là quoi !

Le soir, en attendant la fin du dépouillement des votes, c'est pizza, avec Loredana, Lina et Pasquale. Pour oublier un peu les élections, on a parlé de voyages et d'Ida. Ida Pfeiffer qui est l'une des premières femmes à avoir voyagé seule et sans ressource financière au 19ème siècle. Loredana, elle, est partie faire le tour du monde seule pour montrer aux femmes et aux jeunes filles qu'elles n'ont pas besoin d'un homme, d'un père ou d'un frère auprès d'elles pour réaliser ce qu'elles veulent. C'est un problème en Italie et aussi un sujet qui revient régulièrement dans ses classes. Alors Loredana s'est inspirée d'Ida pour écrire un blog et faire passer le message le plus largement possible. Pour son tour du monde, elle s'est transformée en Fée Bleue et a emmené avec elle un petit Pinocchio en bois pour le photographier aux 4 coins du monde et elle compte bien l'embarquer à nouveau.

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(11 juin)

Départ de Tricarico ce matin, direction chez Donato à Potenza, qui doit venir à ma rencontre en vélo. Donc on devrait se retrouver sur la route à peu près au milieu du parcours. Une seule route, la via Appia, donc ça ne devrait pas être bien compliqué! Et pourtant ... alors que j'étais pile au milieu du parcours je reçois un message "je suis à 3 km de Tricarico, t'es où?" Heiiiiin ? De? Mais? Comment ça? J'suis à 20km de Tricarico moi! Pas compris quelque chose là ... Bon alors faut savoir que sur le réseau secondaire italien, la signalisation, c'est sûrement un stagiaire qui aurait préféré être ailleurs qui s'en ait chargé. Parce que dans mon sens, le raccourci Potenza via Appia (ancienne!) était bien indiqué alors qu'à l'autre bout: non ! Alors biiin, Donato, il s'est tapé 90 bornes au lieu de 45 ! (Mais comme il avait un vélo de course ultra sophistiqué, on va dire qu'il en a fait 50 hein, parce qu'il n'avait pas l'air de bien galérer dans les montées!) Comme on est arrivés en milieu d'aprem et bien on est reparti direct pour aller vadrouiller dans les montagnes mais en mode rando cette fois. Et c'est parti pour un p'tit sommet, sans chemin, droit devant dans la forêt jusqu'en haut, youpi ! Donato, il est ingénieur forestier et guide de montagne : va le suivre toi, quand t'as passé plus de 3 mois à pédaler et que maintenant quand tu marches, tu as l'impression d'avoir deux pieds gauches... Bin la vue valait bien le coup ! (et j'avais aussi bien oublier mon portable pour les photos !) Le soir, repas avec toute la famille et c'était ultra chouette. Il a fallu que je surveille mon verre de près parce que le grand-père, qui par ailleurs était ultra fier de sa chemise d'aviateur-trop-petite-pour-lui-mais-lui-il-s'en-fout-il-l'aime-bien, le remplissait de son vin fait maison en moins de temps qu'il ne faut pour le dire ! Mon verre a fini à l'autre bout de la table pour être tranquille!

Puis on est repartis pour visiter Potenza car il y avait des concerts dans les rues.

De retour dans ma chambre : je me suis é-crou-lée !

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(12 juin - 23 juin)

J'ai retrouvé ma môman, son chien et son fourgon pour quelques temps ! Le vélo calé sur le porte vélo, pour moi c'est vacances, pour Maman, un peu moins 😉 !

Au programme :

Un chien prénommé "Pantoufle" (cherchez pas!), bataille de bus et serrage de fesses sur la côte Amalfitaine, des "mais si ça passe, j'te dis!", des orages l'après midi, des "mais qu'est ce qu'il fout lui, il va emboutir mon camion", Pompéi, des kilomètres en trop, des sentiers de rando qui disparaissent, 1kg de crème de marron englouti, des jolis lacs ...

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(23 juin- 24 juin)

Je reprends mon vélo pour aller faire un tour à Rome sur le weekend. Alors Rome en vélo, c'est clairement pas la meilleure idée, "si j'avais su j'aurai pas venu"... bref! J'ai dû me décomposer à l'approche de quelques carrefours mais en ayant une confiance absolu en son destin et en fermant les yeux : ça passe ! En déambulant (en écrasant les touristes) avec mon vélo au milieu d'une concentration incroyable de colonnes, ruines, églises, statues (qui se la racontent grave je trouve) au mètre carré, je me fais un nouveau pote : Massimo, qui gère un petit café à coté du centre touristique et qui connait tous les passants. Il me fait "on est de la même famille, je suis motard !!". Massimo, c'est une pile, il doit avoir une perfusion à expresso tellement il bouge dans tous les sens! Je suis comme Speedy Gonzales il dit! Massimo, il aimerait bien tout plaquer pour partir sur sa moto à l'autre bout du monde ou juste faire le tour d'Italie ça serait déjà bien ! C'est pas un romain lui, il vient du sud de l'Italie et ça lui manque. Après 3 expressos et un verre d'eau, je quitte mon nouveau pote pour me rendre chez Fabio qui m'herberge ce weekend. Fabio, il tient un magasin de vélo mais prépare les concours pour être prof. Là où Fabio habite, il y a une vraie vie de quartier, avec le bar à vin où tu croises le professeur de philo à la retraite, une archéologue, un guide touristique... tous d'ici et tous se retrouvent souvent pour discuter, pas longtemps, le temps d'un verre de vin puis repartent à leurs activités. J'ai eu l'impression d'avoir toujours habité là, à force de croiser, pendant seulement 48h, les mêmes lieux et les mêmes personnes qui te reconnaissent et qui te font coucou à l'autre bout de la rue. Sinon, quand tu es en soirée avec des quarantenaires, qu'ils débatent sur la date de sortie de la chanson qui passe et qui semble être 1989, faut éviter de dire joyeusement " héeeeé mais c'est mon année de naissance!!!" : ça fout un blanc et ton logement pour la nuit peut devenir incertain...

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(25-27 juin)

Toscane, 2ème kilo de crème de marron englouti, lac, églises, cathédrales, champs-collines-cyprès-villages et glaces!

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(28 juin)

Allez, vacances finies (au risque que l'on me jette des p'tits cailloux, je ne me sens pas en vacances quand je suis sur mon vélo...(nan, mais c'est juste que j'ai tendance à le prendre mal quand des touristes français me disent que je me prends 5 mois de vacances alors que je me lève avant 6h quasiment tous les matins et que c'est toute une organisation pour caler les étapes et trouver des logements...voilà bon bref, tirez pas!)), je reprends définitivement mon vélo (bisous Maman 😁)! Les petites routes de Toscane sont trop chouettes. C'est simple et hyper ludique : c'est un enchainement de petites collines avec parfois un village en haut. Donc le jeu c'est d'aller le plus vite possible dans la descente pour pédaler le moins possible dans la montée. Oui donc bien sûr, en fonction de la montée, cette technique marche plus ou moins bien et tu te retrouves très vite à galérer dans des côtes à plus de 10% (pas grave, ça prépare les Alpes!). Sinon, j'adore Sienne et surtout la piazza il Campo ! J'ai eu l'impression d'être catapultée directement au Moyen Âge juste en arrivant sur la place. Je ne me baladais plus avec un vélo mais avec un cheval (nan, plutôt une licorne ! #DedicaceACarole)... jusqu'à ce qu'un policier vienne me sortir de mon délire pour me dire que les vélos sont interdits sur la place... bref, je reviendrai pour tout visiter, avec le vélo et la foule, c'était un peu compliqué!

Auberge de jeunesse ce soir!

(C'est bon, j'suis à jour !!!!!!)

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(29-30 juin)

Dernière étape en Toscane avant d'attaquer les Appenins. Je contacte Nicola via warmshowers qui me dit que ce weekend il y a la grande fête des 4 ans de l'existence de la communauté de Mondeggi avec concerts de musiques traditionnelles, coin pour poser la tente et tout et tout. Allez, ça peut être marrant! Alors la communauté de Mondeggi, c'est un groupe d'une vingtaine de personnes qui ont réhabilité un corp de ferme situé sur une jolie colline, une oliveraie et les champs tout autour, qui étaient à l'abandon. Ce terrain appartient à l'Etat qui souhaite le vendre pour une bouchée de pain à des personnes américaines ou autre qui en feront un établissement touristique de luxe ou une propriété privée (de luxe). Voulant empêcher la vente de ce terrain, cette communauté revendique le droit de rester, d'occuper ces lieux et de travailler la terre.

Nicola me dit donc qu'il arrivera en soirée. Alors il fallait savoir que pour Nicola, "en soirée", ça voulait dire 23h30. J'ai débarqué au lieu-dit à 18h... et personne ne voyait qui était Nicola... Bin me suis débrouillée toute seule pour me faire des potes ! Merci vélo, ça facilite quand même pas mal les choses quand tu débarques au milieu de 20 personnes qui te regardent avec des yeux ronds genre mais-d'où-elle-sort-celle-là ! Le lendemain, j'ai creusé des trous pour des futurs arbres fruitiers, j'ai exploré le domaine et les alentours et refait le monde avec Gianluca dit "Jean-Lou", 60 ans, ingénieur agronome toujours prêt à faire la révolution !

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(1-2-3 juillet)

Aujourd'hui, direction Rocca Corneta, village paumé dans les montagnes où Thomas peut m'héberger!

Bon, alors je ne sais pas trop pourquoi je me suis embarqué dans une étape pareille genre "mais si en partant à 5h30 du mat', 110 km avec 1500m de dénivelé c'est largement faisable"... mouais... Donc je pars de la colline Mondeggi à 5h45 précise, après avoir dormi seulement 2h, la faute à un concert de ronflements surhumains. Bref! Une heure plus tard, j'arrive à Florence où je me dit "j'ai le temps de faire un p'tit tour et de me prendre un cappuccino". Je fais donc mon p'tit tour. À 7h, il y a déjà un peu de monde dans les rues (et des tas de mariées accompagnées de photographes (?????)). Je commande un cappuccino dans un café sur la place de la cathédrale en me disant qu'il ne devrait pas être plus cher qu'à Rome (genre 2.50 quoi!). Cappuccino qui arrive donc en même temps que la note : 5 euros... ah oui quand même... bah je l'ai tellement regardé mon cappuccino de luxe que je l'ai bu froid. Je fuis donc Florence pour ne pas prendre le risque de payer un croissant à 15 euros. 50km plus tard, après avoir franchi la barre des 5000 km (tuut tut tut ouaiiiiiiis !!) j'arrive au pied des Apennins, il est 13h. La suite immédiate c'est : 15km de montée et 800m de dénivelé... et il fait chaud, genre très chaud... Les jambes sont un peu lourdes avant même de commencer et 1ère réflexion du genre "huum est ce que ça va pas faire un peu beaucoup pour aujourd'hui tout ça..." 3h plus tard j'amorce la descente d'une vingtaine de km avant d'attaquer la deuxième côte de 700m de dénivelé. Je remarque que la route où il y a pas mal de trafic m'emmène droit vers un grand tunnel. Alors je prends la décision d'éviter ce tunnel et de passer par une petite route puis une toute petite route puis une piste qui arrive à une maison et 3 gros chiens censés monter la garde mais qui, heureusement, n'étaient pas franchement dissuasifs! Hors mon gps est formel, la route continue... là une petite voix dans ma tête me fait "nan mais, vu comment c'était parti pour aujourd'hui, c'était obligé que ça se termine comme ça !" Il est 18h... Un monsieur sort de la maison, je lui montre direct le tracé sur mon portable et là il me regarde avec un air un peu compatissant en mode "et bah t'es pas encore arrivée ma pauvre!". Il me fait signe de le suivre, prend un baton et dégage des ronces pour faire apparaitre un sentier qui descend à pic dans la broussaille derrière sa maison... La petite voix dans ma tête se marre et me fait " aaah ça, on nous l'avait pas encore fait dis donc !". Il me fait comprendre que je dois descendre par là, qu'après il y a une rivière, qu'il y a un guêt mais pas sûr que je puisse le franchir, que je dois remonter après plus ou moins à travers champ et normalement je dois retrouver la route! Je souris mécaniquement, dis merci, prends mon vélo à la main et m'élance dans ce sentier que personne n'a dû prendre depuis un bon moment! Les mollets écorchés et ensanglantés (ouais bon ok, j'exagère un peu : deux égratinures mais ça piquait hyper fort!), je m'extirpe de cette jungle pour ensuite ne plus repérer le chemin. De toute façon je dois descendre jusqu'à la rivière. J'explore le bord jusqu'à repérer le guêt qui est parfaitement franchissable (il est 18h45, la petite voie me fait "alors, le coin est plutôt sympa pour bivouaquer, on a de l'eau mais rien à bouffer, donc tu fais comme tu veux mais moi je veux manger ce soir!"). J'en suis à 100 km...et il reste 500m de dénivelé... pendant 30 min je pousse mon vélo à travers champs pour retrouver enfin la route. Dans un état qui se rapproche au plus près d'un mort-vivant, j'arrive finalement je ne sais plus trop comment chez Thomas à 20h. Thomas hypra cool qui habite avec ses colocs hypra sympas dans un mini village composé de 3 maisons et d'une église. La petite voix elle a fait "trooooop biiiiiien !!". Je suis restée là trois jours parce que gros chien blanc + montagne + rivière + gens hypra chouettes, bin ça ne donnait pas envie de partir (et certe le temps aussi de récupérer mes muscles !)

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(4-5 juillet)

Fin des Apennins et r etour dans la plaîne du Pô qui est quand même plus sympa en été avec les champs de tournesols! Thomas me conseille d'aller un peu plus à l'est pour aller visiter Ferrara (oui c'est pas du tout ma direction qui est plutôt nord-ouest et oui, ça fait la fille qui n'a pas envie de rentrer et qui cherche par tous les moyens d'allonger le parcours!). C'est donc l'ami d'un ami d'un ami (Thomas) qui s'appelle Filippo et qui peut m'héberger ce soir à Ferrara. Et comme cet ami de l'ami d'un ami bossait jusqu'à 23h, c'est l'ami de cet ami qui m'a accueillie. Et puis comme c'était chouette j'suis restée 2 jours!

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(6 juillet)

Direction le pied des Alpes, Vérone, où une amie de Valeria, la coloc de Thomas, peut m'héberger (trop facile!). Après être passée juste au milieu de 2 orages (et après avoir assisté au début du match de la France contre je-ne-sais-plus-qui-parce-que-j'avoue-que-je-m'en-fous-quand-même-un-peu lors de la pause café), j'arrive donc chez Giulia, qui termine ses études de médecine, qui habite une petite maison en pleine nature jveux-la-même dans les hauteurs de Vérone. Soirée trop chouette : session ciné en plein air, plaid-coussin-glace, et test validé du nouveau système audio !

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(7-8 juillet)

Retour chez les copains Alberto et Niccolo!

C'est marrant de revenir 3 mois après (et 4000km en plus) au même endroit ! Je préfère la version début du printemps sans toute la masse de touristes !

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(9 juillet)

En examinant un peu le parcours qu'il me reste à faire, Alberto me dit que je pourrais faire un crochet en passant par un col peut-être un peu costaud au nord où le paysage est magnifique, avant de rejoindre Turin. Ce qui serait vachement plus rigolo plutôt que de retourner dans la plaine du Pô directement! Et en plus c'est majoritairement de la piste cyclable avant d'attaquer le col. Une petite voix qui me fait "ohohoh le plan galère bien tentant!!!". Alberto me dit que si je me lance là dedans, c'est soit ça passe, soit c'est plus de 200km de détour. Allez vendu, j'ai deux jours pour arriver au pied du col d'après la météo, après ça se gate (#CommentJSuisTropEnExpeditionLà!). Donc première étape : 140km sur du faux plat légèrement montant (étape que j'avais fait en 2 jours au mois d'avril, c'est là que je me dit que j'ai bien progressé quand même!). Et comme la piste cyclable est un peu monotone, je m'invente un jeu toute seule qui est d'essayer de ne pas me faire dépasser le plus longtemps possible. Après avoir passer Trento, je repère dans mon rétro un papi en vélo qui se met en chasse patate derrière moi. Je fais mon jeu un peu débile et comme il maintenait bien le rythme bin j'ai ralenti pour qu'il me dépasse. Il parle uniquement allemand, moi pas du tout. On comprend quand même que l'on va au même endroit. Alors on a fait les 70 km restants côte à côte, en se donnant le relais de temps en temps pour rouler devant. J'ai compris qu'il avait 79 ans, qu'il est parti de Merano en vélo ce matin pour aller manger des spaghettis à Trento, qu'il habitait près de Berlin et qu'il était aller voir passer le tour de France à Grenoble. Et même si au final, on ne s'est pas dit grand chose durant ces 70 km (parce les mains sur le guidon t'empêche toute tentative de mime pour communiquer sous peine de chute ridicule), je pense que si il n'avait pas été là, je n'aurais pas pu atteindre l'objectif que je m'étais fixé. Et je m'en veux parce que je n'ai pas réussi à me souvenir du prénom de ce monsieur. On s'est serré la main à l'arrivée comme si on avait été des coéquipiers de longue date et qu'on avait gagné une étape du tour de france et c'était chouette!

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(10 juillet)

Mini étape pour arriver au pied du col. Je me suis installée dans un camping où des motards belges se sont installés à côté de moi. J'ai hésité à aller chercher la bagarre avant le match mais j'ai préféré rester tranquille et me préparer psychologiquement pour demain. Col de Stelvio : route de 25km à 8% de moyenne et comprenant 48 virages en épingle à cheveux et 1800 m de dénivelé ! Ouais, moi aussi j'me dis "mais pourquoi tu fais ça??"

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(11 juillet)

- Levée 4h15 (bordel!) : pliage de tente mouillée parce que pluie presque toute la nuit (rebordel!). Objectif du jour : grimper le col en 5h

- 5h13 : 1er coup de pédale. Stratégie du jour : pause obligatoire tous les 2.5 km soit toutes les 30 min pour boire et manger

- 6h37 : un premier cycliste me dépasse

- 7h00 : 10 km de fait, et première épingle à cheveux

-7h06 : deux papis matinaux m'applaudissent genre tour de France! Ça me fait rire, obligée de m'arrêter pour reprendre mon souffle.

- 7h43 : je croise le cycliste qui redescend (bordel!! Allez, bientôt 20 km de franchis)

- 8h12 : une cycliste me dépasse

- 8h32 : un écureuil sur le bord de la route tape dans ses pattes pour m'encourager, enfin je crois, je sais plus...

- 9h03 : une marmotte qui traverse la route me fait un pouce et me dit que j'ai fait le plus dur, enfin je crois, j'suis plus lucide... plus que 5 looooooong km

- 10h01 : moins d'un km, je croise la cycliste qui descend. Série presque continue de motards et de voitures qui me dépassent ainsi que quelques cyclistes

-10h18 : sommet du Stelvio, jsuis fatiguée...

-14h09 : début de la descente, des tas de cyclistes me dépassent à la vitesse de la lumière, je maintiens une vitesse de 20km/h

-15h00 : arrivée à Bormio après une descente de 23km : auberge de jeunesse trop chouette

-20h03: sommeil profond


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(12 juillet)

Bon béh ça va pas trop mal ce matin! Je décide de repartir pour atteindre le lac de Come ce soir. Que de la descente, j'ai jamais parcouru autant de km avec si peu d'effort ! Je croise un papa et sa fille de 16 ans qui viennent de commencer un voyage de 2 mois vers le cap Nord. On s'improvise un thé avec des gâteaux et on a discuté pendant une bonne heure. Ils ont toujours voyagé à vélo, pour Viola, c'est son 8ème grand voyage! Ils attaquent le Stelvio demain !

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(13 juillet)

27 km : aucune envie de rouler aujourd'hui. En plus il parait que Georges Clooney est en vacances au lac de Côme en ce moment alors on ne sait jamais ! Sinon, on m'a encore proposé du boulot : guide de rando vélo autour du lac de Côme et là, c'est carrément la directrice de l'agence qui est venue me voir pour me filer sa carte, je vais finir par sérieusement considérer la chose...

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(14 juillet)

Petit retour dans la plaine du Pô avant de retrouver les Alpes et dernier Warmshower de mon périple : Guido, qui a fait des études d'ingénieur puis qui s'est dit "ouais mais non c'est chiant" pour finalement refaire des études pour être prof de philo !

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(15 juillet)

Ultime partie dans la plaine du Pô et j'ai franchi les 6000 km (tututuuuut!!!) !

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(16 juillet)

Toute petite étape pour reposer les mollets avant les Alpes et dernière étape en Italie.

(Oui ça sent la fin, je raconte moins ma vie!)

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(17 juillet)

Journée qui s'annonce pas hyper marrante : réveil douloureux, une flemme magistrale (c'est pas comme si j'avais un col à franchir...) et prise de conscience de la fin toute proche du voyage. Prise de conscience qui se traduit par une envie de pleurnicher à chaque panneau indiquant la France, devant chaque cappuccino et devant chaque glace, la grosse patate quoi ! La petite voix qui s'exaspère "mais arrête de chouiner et avance!". Puis les premiers gros pourcentages de la montée arrivent et me permettent de faire un retour direct dans le moment présent. La petite voix triomphe "Ah ah! On ne t'entend plus là hein !! Allez grimpe, t'es pas rendue encore!"

Arrivée en haut, à la frontière avec la France j'étais en mode détaché : "bon bah ça c'est fait, c'était un ptit tour sympa! ". Une part de tarte à la myrtille, un pain au chocolat et une brioche plus tard je descends côté français, ne sachant toujours pas si je suis contente de rentrer ou pas... et c'est agaçant comme sensation!

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(18 juillet)

Grande descente de 2500m de dénivelé négatif juste après le col du Lautaret (15 km à même pas 6% trop facile!). Le tour de France est dans le coin et je croise un sacré paquet de cyclistes. Calée à l'ombre un peu avant Grenoble, je vois arriver un monsieur tout en jaune avec un vélo équipé de sacoches comme moi (toutes en jaune!) qui arrive tout sourire. C'est Patrick, magistrat à la retraite en maillot jaune, qui s'est lancé le défi de faire toutes les étapes du tour de France entre Annecy et Carcassonne pour récolter des dons pour la Fondation pour la recherche médicale ! On a comparé notre matos et on a bien rigolé. Retrouvailles avec les copains à Grenoble et ça aide bien pour le moral !

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(19 juillet)

Bon bah voilà... ça y est, dernière étape (bordel, dernière étape!)... où j'ai évidemment passé mon temps à me paumer, à expliquer aux gens que non, je ne pars pas, je reviens... J'ai l'impression d'être partie hier, mon cerveau doit faire un déni des 4 derniers mois (et demi), j'espère que tous les souvenirs vont vite revenir parce que quand on me demande ce que j'ai préféré ou le pire truc qui m'est arrivé, je suis incapable de répondre. Les deux seules choses qui me viennent à l'esprit c'est que je suis un peu déçue de ne pas être devenue une experte en réparation de vélo étant donné que le seul pépin subi était une (presque) unique creuvaison, et qu'après 6436 km, je n'ai pas d'énormes cuisses ou d'énormes mollets façon cycliste professionnel (ouuuuuf) !

Je vais jouer les prolongations et rentrer en Bretagne en passant par Toulouse en vélo, histoire d'arrondir le 6436 à 7000 et surtout d'atterrir en douceur avant de lâcher le vélo et de préparer d'autres expéditions !

En tout cas, je me suis bien éclaté à écrire ce carnet de voyage! Un immense merci pour tous vos commentaires qui m'ont bien fait rire! #CoeurSurVous #DesBisous #Niaise