Escapade dans la plus belle ville de l'Anneau d'Or, au départ de Moscou. C'est le dernier volet d'une trilogie russe, après Novgorod et Kiji en Carélie.
Du 7 au 9 octobre 2019
3 jours
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Nesterov, Paysage d’automne (1906), Galerie Tretiakov, Moscou 

Octobre est là. Les bois s’ébrouent et font pleuvoir

ce qui restait de feuille aux branches dépouillées ( ...)

Languissante saison, enchantement des yeux !

Il me plait de revoir ta fragile beauté,

j’aime le somptueux déclin de la nature,

les forêts revêtues d’or taché de carmin,

leur ombre où bruit un vent dont l’haleine fraîchit,

l’horizon recouvert d’une brume ondoyante,

les rais amenuisé du soleil, les gelées

et l’annonce feutrée des périls de l’hiver.

(Alexandre Pouchkine)


Les « périls de l’hiver » seraient-il déjà aux portes de la Russie en ce début octobre ? Le train file vers Vladimir. Le paysage de la plaine russe défile à travers la fenêtre. Forêts, marécages, villages aux modestes isbas sont recouverts d’un fragile manteau de neige. Il avait neigé abondamment la veille sur le monastère de Serguiev Possad.

Non ce n'est pas une photo prise depuis le train, mais un tableau d'Ivan Shishkin, Hiver (1890), Musée russe, Saint-Pétersbourg 

Un vent glacial nous engourdit depuis plusieurs jours. Celui-ci va nous accompagner durant toute la visite de Vladimir, étape incontournable avant de parvenir à Souzdal. La neige fondue et le ciel morose rendent encore plus sinistre cette ancienne capitale que seules ses cathédrales parviennent encore à ne pas faire oublier la splendeur passée.

Le haut clocher (XIXe siècle) et les coupoles de la cathédrale de la Dormition (XIIe siècle) 
La cathédrale Saint-Dimitri ("n XIIe siècle). 

Étonnantes sculptures qui ornent chacune des quatre façades de la cathédrale Saint-Dimitri, où se mêlent oiseaux, végétaux et animaux fantastiques. Une filiation de la sculpture romane ?

Il ne faut pas manquer à Bogolioubovo, à une dizaine de kilomètres sur la route de Nijni-Novgorod, l’église de l’Intercession-de-la-Vierge-sur-le-Nerl (Церковь Покрова на Нерли). On y accède à partir d’un pont sur la voie ferrée par un bon chemin pavé d’un kilomètre, à travers la prairie. Malgré le vent et la pluie, la vision de cette petite église solitaire et bucolique, qui se reflète dans la Nerl parmi de vieux ormes, est photogénique à souhait ! C’est le grand-prince de Vladimir-Souzdal, Andreï Bogolioubski, un surnom qui lui viendrait de cette localité, qui fit construire cette église en 1165.

En route pour Souzdal

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Joyau de l’Anneau d’Or blotti entre les méandres de la Kamenka, la petite ville de Souzdal avec ses multiples coupoles à bulbes, ses monastères fortifiés et ses isbas de bois multicolores, semble tout droit sortie d’un conte de Pouchkine. Située à une quarantaine de kilomètres au nord de Vladimir, cette bourgade bucolique a énormément de charme. C’est la Russie telle qu’on se la représente, telle qu’on en a parfois rêvé. Pour autant, bien qu’inscrite conjointement avec Vladimir sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO et malgré les cars de touristes, ce n’est pas une ville-musée. Dans les interstices laissés par ses trente-six églises et ses monastères, la vie locale y est bien présente. Au cœur de la cité, les galeries marchandes qui dominent la place du Commerce ne sont pas seulement occupées par des restaurants ou des boutiques d’artisanat destinées aux touristes. Un marché anime le lieu où des babouchkas proposent les traditionnels pirojki, concombres en conserve ou fruits de saison.


L'église du Prophète Élie domine un méandre de la Kamenka
Les galeries marchandes 
Sur les rives de la Kamenka 

Le soleil est de retour mais un vent froid et vif persiste. Celui-ci fait pleuvoir les feuilles dorées des bouleaux qui illuminent le paysage. Les corneilles virevoltent bruyamment au-dessus du kremlin et des bulbes étoilés de la cathédrale de la Natavité-de-la-Vierge. L’automne, éphémère saison, est bien là, mais semble déjà sur le déclin. Peu de touristes, sinon quelques groupes de visiteurs ou de pèlerins russes très discrets. A Souzdal, il vaut mieux ne pas être un visiteur pressé, marathonien ou stakhanoviste, malgré le grand nombre de merveilles « incontournables » à découvrir. Il faut flâner d’un monastère à l’autre ou le long de la rue Lenina, s’attarder sur les rives de la Kamenka, se laisser envoûter par le charme de cette petite ville et prendre le temps de contempler.

Souzdal dans l'histoire de la Russie

Souzdal apparaît pour la première fois dans une chronique de 1024. Un siècle plus tard elle est promue au rang de capitale. Les historiens parlent de la principauté de Rostov-Souzdal, puis de Souzdal-Vladimir. Comme les autres principautés de la Russie médiévale, celle de Souzdal eut une politique expansionniste. En 1170 le prince de Souzdal Andreï Bogolioubski fit le siège de Novgorod, mais dut abandonner cette entreprise. Selon la légende ce serait l'icône de Notre-Dame-du-Signe, brandie par les assiégés, qui aurait fait reculer ses troupes.

Mais cette principauté ne réussit pas à maintenir sa souveraineté devant l’expansionnisme moscovite et dans la seconde moitié du XIVe siècle, Souzdal perdit tout pouvoir politique. Cependant elle conserva un grand rayonnement religieux et spirituel en Russie. C’est surtout au XVIe siècle que les bâtisseurs se mirent au travail, sous l’impulsion du prince moscovite Vassili III et de son fils, le futur Ivan le Terrible. On ne peut que s’étonner du grand nombre d’églises pour une si petite bourgade ! On compte également de nombreux monastères, dont deux d’entre eux se distinguent dans le paysage par leurs imposantes enceintes fortifiées qui dominent la vallée de la Kamenka.

Les fortifications du monastère du Sauveur-Saint-Euthyme 
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Ce qui attire le regard dès que l’on pénètre dans la ville en venant de Vladimir, ce sont les cinq bulbes bleus constellés d’or de la cathédrale de la Nativité-de-la-Vierge qui dominent un vaste espace vert enserré dans un méandre de la Kamenka. C’est le kremlin de Souzdal, dont il ne reste plus que les vestiges de l’ancienne enceinte, matérialisés par un modeste talus herbeux. A l’intérieur du kremlin, trois édifices en pierre : la cathédrale, un clocher pyramidal et les appartements épiscopaux transformés en musée. Il y a aussi une église en bois du XVIIIe siècle provenant d’un village des environs : l’église Saint-Nicolas.

L' église en bois Saint-Nicolas (XVIIIe siècle), la cathédrale de la Nativité-de-la-Vierge et les bâtiments épiscopaux

La cathédrale de la Nativité-de-la-Vierge

C’est le prince de Kiev qui fit construire la cathédrale en 1225 en pierre de calcaire blanc. Suite à un effondrement, la partie supérieure dut être reconstruite en 1530. Elle est donc le témoin de deux traditions architecturales : la période pré-mongole sur le modèle de la cathédrale Saint-Dimitri à Vladimir et la période dite classique avec les cinq dômes à bulbes et le clocher octogonal de type chatior situé à l’écart. Le chatior est une forme architecturale pyramidale, généralement octogonale. Il était en cours de restauration lors de notre visite.

Du XIIIe siècle il reste dans la partie inférieure des murs, des colonnettes, des arcatures aveugles et des masques de femme d’inspiration orientale rappelant que cet édifice est consacré à la Vierge. A l’intérieur on est ébloui par les splendides fresques des XIIIe et XVIIe siècles qui recouvrent les murs, les piliers, les voûtes et la coupole et où domine un bleu intense. Un groupe de visiteurs russes écoute sagement un guide local devant l’imposante iconostase du XVIIe siècle à sept registres et aux incrustations d’argent doré. A droite de la porte on remarque la traditionnelle icône dédiée à l’église, en l’occurrence ici, la Nativité de la Vierge.

L'iconostase et l'icône de la Nativité de la Vierge. 

Cependant le joyau de la cathédrale, ce sont les Portes d’Or du XIIIe siècle, un sommet inestimable de l’art russe médiéval. Leurs énormes vantaux illustrent la vie du Christ et de la Vierge par des motifs réalisés selon la technique de la dorure au feu sur feuilles de cuivre niellé. De farouches lions tenant dans leur gueule des anneaux de cuivre semblent protéger ce lieu sacré.

Le Christ Pantocrator dans la coupole centrale 
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Quittant le kremlin, dirigeons-nous vers la rivière que nous franchissons par une passerelle de bois pour atteindre ce musée de plein air situé à l’extrême sud de la ville. Pour qui ne connaît pas déjà l’île de Kiji en Carélie, généralement visitée lors d’une croisière, ou le Musée Vitoslavlitsky d’Architecture en bois de Veliki-Novgorod, ce peut être une intéressante découverte (pour ces deux derniers lieux, voir mes autres carnets de voyage sur la Russie).

Ici sont rassemblés dans une sorte de village reconstitué des XVIIIe et XIXe de beaux spécimens en bois d’isbas aux intérieurs restitués, de moulins, granges, bergeries, provenant de la campagne environnante. La pièce maîtresse est l’église de la Transfiguration-du-Sauveur du XVIIIe siècle dont on peut admirer les coupoles faites d’écailles de tremble argentées. Elle partage l’espace avec l’église de la Résurrection, plus modeste et également du XVIIIe siècle.

L'église de la Résurrection (1776) 
L’église de la Transfiguration-du-Sauveur ses coupoles d'écailles de tremble argentées (1756)
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Il est agréable de flâner d'une rive à l'autre de cette paisible rivière, d'un monastère à l'autre, pour découvrir ces lieux emblématiques de Souzdal.

Le monastère du Sauveur Saint-Euthyme

Nous sommes à l’extrémité septentrionale de la ville. De puissantes murailles de brique ocre rouge, flanquées d’une série de tours toutes différentes les unes des autres, se mirent dans les eaux de la Kamenka. Cette sorte de forteresse pourrait laisser croire que nous sommes au kremlin de Souzdal. Mais non, c’est le plus grand monastère de la ville, alors que le kremlin a perdu ses remparts depuis longtemps. Fondé au XIVe siècle, il doit son nom à son premier abbé, saint Euthyme.

Non ma photo n'a pas été prise de travers. C'est bel et bien cette tour qui penche ! 
Derrière les remparts, les bulbes de la cathédrale de la Transfifuration-du-Sauveur 

Une fois l’intimidant passage sous la tour d’entrée franchi, on se trouve face à un grand jardin potager que l’on peut admirer du chemin de ronde auquel on peut accéder (sans toutefois pouvoir faire le tour complet de l’enceinte). En voyant la sérénité automnale qui se dégage de ce jardin, on a du mal à imaginer que ce monastère fut un lieu sinistre. Ce fut en effet une sorte de « maison de correction épiscopale » où l’on enfermait prêtres et moines aux mœurs ou idéologies jugées déviantes. Plus tard des détenus politiques du régime tsariste y furent enfermés, la police de Catherine II l’ayant utilisé comme prison d’État. Aujourd’hui c’est plus prosaïquement un musée.

L'église-sur-porte de l’Annonciation (à gauche) et le potager vus depuis le chemin de ronde 

Par l’église-sur-porte de l’Annonciation (XVIIe siècle) on accède à une cour intérieure où se dévoile la majestueuse cathédrale de la Transfiguration-du-Sauveur (fin XVIe s.) surmontée de ses traditionnelles coupoles à bulbes aux couleurs or et vert. Elle conserve à l’intérieur des fresques d’une qualité et d’un état de fraîcheur remarquables. A l’écart de l’édifice, le campanile à arcades abrite un carillon renommé, mais nous n’avons pas eu la chance de l’écouter.

Le monastère de l’Intercession de la Vierge.

Ambiance très différente sur l’autre rive de la Kamenka où la blancheur de l’enceinte et des bâtiments de ce monastère contraste avec l’ocre rouge du précédent. Ses murs peu élevés et ses tours débonnaires ont un aspect inoffensif. Il fut construit dans la première moitié du XVIe siècle par le père d’Ivan le Terrible, le prince moscovite Vassili III. Contrairement au monastère du Sauveur Saint-Euthyme, celui-ci est actif et habité par des nonnes. Il y a donc des espaces privés et on ne peut déambuler partout. Un joli jardin parfaitement entretenu et encore bien fleuri en cette saison apporte une atmosphère paisible et imprégnée de poésie. Il est donc difficile de croire que ce lieu fut, lui aussi, une prison réservée femmes.

Encore des tours penchées ! En arrière-plan on aperçoit le monastère Saint-Euthyme)

Une bien étrange histoire entoure ce monastère quand il accueillit l’épouse de Vassili III, Solomonia Sabourova. N’étant pas parvenue à lui donner un fils, et l’épiscopat refusant l’accorder le divorce, elle fut contrainte de prendre le voile. Cependant Solomonia se retrouva enceinte, peut-être avec l’aide de l’archange Gabriel, qui sait ? Apparemment il se passe des choses peu orthodoxes dans les monastères...

Quoi qu’il en soit elle mit au monde un garçon qu’elle fit adopter par une famille de Souzdal. Informé, le prince moscovite dépêcha des émissaires et croyant qu’on allait assassiner son bébé, Solomonia mit en scène un simulacre de funérailles sous leurs yeux. Selon une légende, l’enfant serait devenu une sorte de héros populaire à la manière de Robin-des-Bois. A l’époque soviétique les tombes de Solomia et de son bébé furent ouvertes et l’on découvrit une poupée de chiffons dans celle de son fils.


La cathédrale de l’Intercession-de-la-Vierge et son clocher pyramidal, où sont inhumées des prisonnières de haut rang. C’est ici que Vassili III, Ivan le Terrible, Pierre le Grand se sont débarrassés de leurs épouses... Quand je disais qu’il se passait des choses peu orthodoxes dans ces monastères...

Покровский собор (Pokrovskiy sabor): cathédrale de l'Intercession 

En face du monastère de l'Intercession, de l'autre côté de la rivière, se trouve le monastère d'Alexandre avec son clocher pyramidal, dit à chatior.

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Trente-six ? Peut-être, je ne les ai pas comptées ! Quoi qu’il en soit, il est difficile de ne pas rencontrer à Souzdal, en moins de cinq minutes de marche, une église, un clocher ou un monastère. Une myriade de bulbes et d’élégants clochers dessine la silhouette du paysage souzdalien. De même, les carillons font partie du paysage sonore de la ville. Mais que l'on soit rassuré, on ne va pas s’infliger une trentaine d’églises supplémentaires, après celles que l’on a déjà visitées au cours de ce récit !


Partons du kremlin et dirigeons-nous vers le nord après avoir longé un joli parc arboré aux couleurs automnales. En moins de cinq minutes de marche apparaissent les murs et le clocher vermillon de l’église de la Dormition-de-la-Vierge construite au XVIIIe dans le style baroque Narychkine d’inspiration moscovite, inhabituel à Souzdal.

A proximité sur la rive de la Kamenka, les bulbes verts et gris des pittoresques églises jumelées de l’Entrée-du-Christ-à-Jérusalem et de Pyatnitskaya ne manquent pas d’attirer l’attention.

Puis on atteint la place du Commerce (Torgovaia ploshchad) au cœur de la ville. Elle est bordée par de longues galeries marchandes d’architecture néoclassique. En son centre s’élèvent deux églises : l’église Notre-Dame-de-Kazan et l’église de la Résurrection flanquée d’un élégant campanile octogonal. La première, la plus grande est dite « froide », la seconde c’est l’église « chaude ». En effet les hivers sont rigoureux en Russie et à Souzdal comme ailleurs, la plupart des églises sont jumelées : à côté d’une l’église « froide » plus élevée et plus décorée, réservée aux célébrations estivales, se trouve une église de dimensions plus modestes et théoriquement chauffée pour l’hiver. En réalité celle-ci disposait rarement de chauffage, mais son intimité sous des voûtes basses et les flammes des bougies en faisaient une église « chaude ».

Les églises jumelées de Notre-Dame-de-Kazan et de la Résurrection et les galeries marchandes

Poursuivons notre visite vers nord en empruntant la rue principale, Lenina Ulitsa. Au loin on ne peut manquer le plus haut clocher de Souzdal qui domine de ses 72 mètres le monastère de la-Déposition-de-la-Robe. Surnommé le « vénérable clocher », il fut érigé en 1819 pour commémorer la victoire de la Russie sur Napoléon. Très dégradé, il commémore plutôt aujourd’hui 70 années d’incurie soviétique… On accède au monastère par la Porte-Sainte surmontée de deux tours pyramidales. Sur la droite le regard se porte sur l’élégante tour rosâtre à trois niveaux, surmontée d’une jolie église miniature baroque avec sa coupole. A l’intérieur de l’enceinte du monastère, la cathédrale (XVIe siècle), toute blanche, est pour l’instant le seul bâtiment à voir bénéficié d’une restauration. Une fois n’est pas coutume, elle n’est surmontée que de trois coupoles sur de hauts tambours et sans bulbe.

Du haut de ses 72 mètres, le "Vénérable clocher" domine le monastère de la-Déposition-de-la-Robe. 
La cathédrale du monastère de la-Déposition-de-la-Robe 

Plus au nord, face au monastère du Sauveur-Saint-Euthyme, se trouvent les églises jumelées Notre-Dame-de-Smolensk et de Saint-Siméon. Mais l’intérêt de l’endroit se porte davantage sur le petit édifice civil situé juste à côté : c’est la maison Posadsky. Datant du XVIIe siècle, il s’agit de la plus ancienne maison d’habitation de pierre ayant été conservée à Souzdal. Ses caractéristiques architecturales reproduisent dans la pierre les décors des maisons en bois du vieux Souzdal qui ressemblaient aux isbas paysannes. C’est une rareté dans le circuit de l’Anneau d’Or.

Gagnons maintenant la rive de la Kamenka. Au sud-ouest de la ville sur une petite éminence se dresse l’église du Prophète Elie qui se mire dans un méandre de la rivière. C’est un édifice très photogénique que l’on remarque rapidement quand on arrive à Souzdal. Elle date du XVIIIe siècle. Dans les premières années du pouvoir soviétique, le clocher et le réfectoire furent détruits ainsi que l’église d’hiver voisine Saint-Jean-l’Évangéliste. L’église a été entièrement restaurée en 2010.

L’église Saint-Nicolas datée de 1720 se dressait près du kremlin à l’emplacement de la jetée principale à l’époque où la Kamenka était navigable. C’est une église « froide » jumelée avec la discrète église « chaude » de la Nativité-du-Christ. Elle a aujourd’hui perdu quatre de ses cinq coupoles, mais la rangée de kokochniksrouges sous le toit lui donne une certaine élégance. Le clocher octogonal quant à lui attend encore sa restauration.

Soixante-dix ans de régime soviétique ont mis à mal le patrimoine religieux de Russie, très souvent laissé à l’abandon, dans un état de délabrement. Au cours des deux dernières décennies, un grand nombre des édifices religieux de Souzdal ont été restaurés, mais il y a encore ici et là quelques monuments qui servent de substrat à une végétation envahissante. Il en est ainsi du clocher du monastère de la-Déposition-de-la-Robe. Cependant je trouve parfois ces travaux de restauration un peu trop clinquant à mon goût. C’est le cas de l’église Boris-et-Gleb, située au sud-ouest de la ville, non loin du Musée de l’Architecture en bois.

Les deux frères Boris et Gleb, fils du prince de Kiev Vladimir 1er qui diffusa le christianisme en Russie sont les premiers martyrs canonisés de la principauté de Kiev. De nombreux monastères et églises leur sont dédiés en Russie, comme cette église à Souzdal. Il devait y avoir de gros stocks de peinture vermillon à disposition, car on n’a pas hésité à ripoliner la brique de cette église !

L'église Boris-et-Gleb  après restauration. Une sur-restauration ?

Voir l'état de l'église avant restauration ICI

Plus sobre est la restauration de l’église de Znamenskaya avec son clocher séparé, située à l’entréede la ville sur la route de Vladimir (XVIIIe siècle).

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Laissons nos pas nous porter au hasard des rues, le long de la Kamenka, au gré du vent si je puis dire, car du vent il y en avait en ces journées automnales ! A Souzdal, l’ambiance est semi-rurale, bucolique avec ces alignements d’isbas de toutes couleurs qui semblent vouloir participer un concours de beauté. En effet pour la plupart elles ont été rénovées. Mais il n’est pas rare d’en voir encore dans un état de vétusté avancé, notamment en périphérie. Certaines attendent un acquéreur qui aura les moyens de les remettre en état. Un pauvre jardinet potager constitue un appoint économique. Il y a donc à Souzdal comme ailleurs en Russie des gens restés en marge. En cela Souzdal n’est pas une ville-musée.

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La maison du marchand Bibanov (XIXe siècle), 110 rue Lénine 
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Souzdal fait partie du circuit touristique de l’Anneau d’Or. C’est un itinéraire d’environ 800 km entre Moscou et la Volga qui relie entre elles d’anciennes villes princières, hauts lieux de l’ancienne Moscovie et qui ont su préserver un riche patrimoine : Serguiev Possad, Pereslavl-Zalessky, Rostov Veliki, Iaroslavl, Kostroma, Souzdal et Vladimir, auxquelles on ajoute parfois Ouglitch généralement visitée lors d’une croisière entre Moscou et Saint-Pétersbourg.

Combien de temps ?

Oubliez de faire une excursion à la journée depuis Moscou (contrairement à Serguiev Possad), comme le font certains groupes en voyage organisé ! Vous allez passer plus de temps dans les transports que sur place et ce serait dommage ! La visite serait bâclée et au pas de charge ! Par ailleurs la ville est assez étendue et comme la visite peut se faire facilement à pied, cela demande du temps.

Deux nuits à mon avis sont un minimum pour bien profiter de l’ambiance de la ville et prendre le temps de flâner tranquillement sans but précis, notamment le matin ou en fin de journée. Nous y sommes restés trois nuits et c’était idéal.

Quand ?

Comme les photos le montrent, l'automne est une saison idéale pour les couleurs et aussi pour la faible fréquentation. Le printemps à partir du mois de mai est également une saison agréable, mais il y a davantage de visiteurs. L'hiver est une expérience spéciale privilégiée par quelques voyageurs. En tout cas il faut éviter l'été à cause de la foule.

Comment ?

La meilleure solution, c'est le train. Il faut d’abord se rendre à Vladimir, une ville bien desservie par le train depuis la gare de Moscou Kourskaia en 1h40 en moyenne. Voyager en train est un plaisir en Russie : ponctualité, service, confort. Sauf dans le cas d'un circuit dans les villes de l'Anneau d'Or, il n'est pas conseillé d'y aller en voiture à cause des embouteillages pour quitter Moscou et y revenir.

De la gare de Vladimir, il y a des bus fréquents vers Souzdal en moins d’une heure, ou en taxi en trente minutes. Peut-être serez-vous tentés par une de ces vieilles Lada ?...

Où loger ?

Ce ne sont pas les hébergements de qualité qui manquent à Souzdal. Nous étions hébergés à l'hotel Svetliy Terem (Отель Светлый терем), situé un peu à l’écart au sud de la ville, à deux pas de l’église Saints-Boris-et-Gleb et du Musée de l’Architecture en bois. D’ailleurs c’est justement l’architecture en bois qui confère à cet établissement un charme rustique très russe. Nous avons bénéficié d’une grande chambre, chaleureuse et d'un excellent confort. Le petit-déjeuner est copieux et varié, le personnel attentionné, souriant et serviable (on fait un effort pour s’exprimer en anglais). Tout cela pour un prix modéré. Pas de service de restauration, mais il y a plusieurs restaurants aux alentours et on peut se faire livrer un bortch ou des pirojkis dans la chambre. Je recommande vivement cette adresse.

Où déjeuner et dîner ?

Les restaurants sont légion dans cette ville touristique. Nous en avons testé deux qui ont régalé nos papilles.

Le Restaurant Grafin 146, Ulitsa Lenina, à côté de la maison Posadsky, en face du monastère du Sauveur Saint-Euthyme. Ambiance chaleureuse, décor rétro et excellente cuisine en particulier le bortch et les desserts pour les gourmands. Service impeccable et chansons… françaises quand nous y étions !

Gostinyj Dvor, 63A Ulitsa Lenina, au premier étage de la galerie marchande.

Service rapide et belle carte. Un grand établissement qui doit accueillir beaucoup de monde en haute saison, mais il n’y avait qu’un groupe de Russes autour d’une grande tablée avec les traditionnels verres de vodka entre les plats, les histoires drôles qu’on se raconte à tour de rôle. Ambiance !

Les musées de Souzdal

Trois sites ont une entrée payante (400 RUB par site), tous les autres sont à entrée libre. Ils sont ouverts tous les jours. Une fois n’est pas coutume, les photos sont autorisées à l'intérieur des deux cathédrales.

Le Musée de l’Architecture en bois et de la Vie paysanne.

9h – 17h

Le Kremlin et la cathédrale de la Nativité

9h – 19h pour le kremlin et 10h – 18h pour la cathédrale et les expositions.

Le monastère du Sauveur Saint-Euthyme

10h – 17h (samedi : 10h – 19h)

Attention il y a généralement un jour de fermeture variable en fin de mois, à vérifier ici :

http://www.vladmuseum.ru/ru/geografiya-muzeya/suzdal/

Tous les lieux mentionnés dans ce récit sont localisés sur cette carte: