Impressions, coups de cœur et images sous forme d'abécédaire au cours d'un voyage de cinq semaines dans ce pays magnifique. Haere mai! Welcome in New Zealand!
Du 1er février au 7 mars 2018
5 semaines
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Notre avion en provenance de Singapour a quitté les côtes australiennes depuis trois heures, avant de survoler la mer de Tasman. Il entame sa descente vers Christchurch, la plus grande ville de l’île du Sud. Les sommets enneigés de la longue chaîne des Alpes du Sud apparaissent, enveloppés de nuages. Sans doute est-ce la raison pour laquelle les Maoris ont initialement baptisé ce pays Aotearoa, ce qui signifierait selon la tradition, le pays du « long nuage blanc ».

A l'approche, l'appareil est vivement chahuté par de fortes turbulences mais l’atterrissage se fait normalement. Nous apercevons, stationnés devant l'aérogare, de gros porteurs de l'US Air Force pour les expéditions antarctiques. Nous avons la sensation d'être réellement arrivés « au bout du monde », puisque seulement 2 500 km d'espace océanique séparent Stewart Island, l'île la plus méridionale de l'archipel néo-zélandais, du vaste continent blanc. Cependant le monde des glaces est encore loin, car à la sortie de l'aéroport nous sommes accueillis par un soleil estival radieux, mais sous une lourde chaleur accompagnée de fortes rafales de vent.

La Nouvelle-Zélande, c'est TRÈS loin ! A quelque 19 000 km de Paris, 24 heures de vol effectif, et 12 heures de décalage horaire, Aotearoa est un « pays du dessous », un pays situé de « l'autre côté », aux antipodes, là où les saisons sont inversées. Les deux îles principales se situent aux mêmes latitudes que l'Italie, elles en ont la même forme allongée et la même superficie.

C'est un petit pays de moins de cinq millions d'âmes, très inégalement réparties entre les deux grandes îles et dont près d'un tiers vivent à Auckland, la métropole (mais c’est Wellington la capitale). Autant dire qu'avec une densité moyenne de 18 habitants par km2, on peut rencontrer, notamment dans l'île du Sud, de vastes étendues quasi désertiques, où les seuls « habitants » seront les moutons par dizaines de milliers. On pourrait parler de « champs de moutons », car vus de loin ces verts pâturages semblent couverts de pâquerettes ! On dit qu'il y aurait dix moutons pour un habitant ; cela fait partie des clichés habituels. Pourtant il semblerait que l'élevage bovin prenne la relève, notamment dans l'île du Nord et plus particulièrement dans le Taranaki où nous avons vu les fermes les plus opulentes du pays avec des densités bovines impressionnantes !



Vertes et douce collines du Northland 

C'est un pays jeune. La date de l’arrivée des premiers occupants, d'origine polynésienne, fait l'objet de débats. Quoiqu'il en soit il est certain qu'au temps des brillantes civilisations méditerranéennes de la Grèce antique et de Rome, ces îles étaient vierges de toute occupation humaine, et même de mammifères (hormis les chauves-souris). Les Européens, quant à eux ne fouleront le sol d'Aotearoa qu'à partir du XVIIIe siècle, avec les explorations de James Cook, soit un peu moins d'un millénaire après les Maoris. Le contact entre l'Humanité et la Nature fut donc très tardif, la Nouvelle-Zélande étant l'un des derniers territoires de la Terre à avoir été habité. Une double culture s'y est instaurée, anglo-saxonne d'une part, maorie de l'autre, l'île du nord étant plus marquée par cette dernière.


La "rencontre" (musée de Waitangi.).
Pérennité des traditions maories à Wellington, la capitale. 

C'est un pays très préservé, où la Nature est un spectacle permanent, offrant des paysages remarquables : plages immaculées de la Golden Bay ou de Hawke's Bay, panoramas sur les lacs d'origine glaciaire bleu turquoise ou de cobalt, spectacle des manifestations volcaniques entre Rotorua et Taupo, fjords profonds et mystérieux, forêts subtropicales, fougères arborescentes, glaciers alpins, mais aussi vastes espaces pastoraux constitués de vertes collines ondulées à perte de vue. Autant d'attraits pour nous, visiteurs et randonneurs !

Le lac Matheson dans lequel se mirent le Mont Cook et le Mont Tasman (West Coast) 
Fougère arborescente 
Paysage alpin sur la route spectaculaire de Milford Sound dans le Fiordland (île du Sud) 


Bleu de cobalt du lac Tekapo (île du Sud) 

C'est un pays que nous avons adoré : les Kiwis (*) sont très accueillants et plein d'humour. Nous avons pu le remarquer dès notre arrivée, où malgré le sérieux des contrôles sanitaires à la police des frontières et la présence d'un chien renifleur, l'ambiance était décontractée et très amicale. Les images de fougères arborescente et les effets sonores de chants d'oiseaux qui accueillent les passagers à l'aérogare donnent de ton: c'est une Nature-spectacle qui nous attend au cours de ce voyage. Il règne dans ce pays très policé (j'ai bien dit policé et non policier !) une atmosphère de sérénité. Et si la météo est une alliée, comme ce fut le cas pour nous, offrant un soleil estival et permettant d'être en short et manches courtes en plein mois de février, alors on a tout pour être heureux sur les îles d'Aotearoa !

Haere mai! Welcome in New Zealand!


(*) Les Néo-Zélandais ont adopté ce surnom en empruntant le nom de l'emblématique oiseau éponyme.

Humour légendaire des Kiwis... et des oiseaux marins.
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Nos étapes

La première localité indiquée est le lieu de séjour (avec le nombre de nuitées) à partir duquel se sont effectuées les visites mentionnées ensuite.

Arrivée à Christchurch et première nuit à Sumner au bord de l'océan.

Tekapo (1) / Mont Cook

Twizel (1)

Queenstown (1) / Glenorchy

Te Anau (3) / Doubtful Sound / Milford Sound

Wanaka (2)

Okarito (2)

Westport (2) / Denniston / Oparara Basin

Takaka (3) /Abel Tasman NP/ Golden Bay / Farewell Spit

Lochmara Bay (près de Picton) (2) / Queen Charlotte Track

Wellington (2)

New Plymouth (2) / Egmont NP

Taupo (5) / Wai-O-Tapu / Rotorua / Tongariro NP / Napier / Orakei Korako

Auckland (1)

Opononi (1) / Hokianga Harbour / Waipoua Forest

Ahipara (2)

Russel (2) / Waitangi / Bay of Island

Auckland (1) / aéroport

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Avec plus d’un million et demi d’habitants, soit un tiers de la population néo-zélandaise, Auckland est la plus grande ville du pays, mais elle n’est plus sa capitale politique depuis 1865, au profit de Wellington, jugée plus centrale. En revanche elle en est incontestablement la capitale économique et culturelle. Elle s’est développée sur un isthme reliant la péninsule du Northland avec le reste de l’île du Nord, ce qui fait qu’elle est résolument tournée vers la mer grâce à ses baies et ports naturels, enjambés par plusieurs ponts. Sa topographie est marquée par la cinquantaine de cônes et cratères volcaniques de l’Auckland volcanic field.


A vrai dire nous ne nous sommes pas attardés dans la métropole néo-zélandaise. Seulement deux après-midi et deux soirées lui ont été consacrés, avant et au retour du Northland. En cinq semaines, il fallait faire des choix, donc la priorité fut donnée aux parcs nationaux, forêts, fjords, etc. A Auckland nous n’avons visité que le Auckland War Memorial Museum pour ses collections d’art maori et polynésien. Nous nous sommes aussi baladés dans le quartier de Ponsonby où nous logions et celui de Devonport où, du mont Victoria, on bénéficie d'une vue à 360° sur la baie, la ville et l’île volcanique de Rongitoto. C’est la silhouette de la Sky Tower qui donne une sorte d’identité à la ville, un peu à la manière de la Tour Eiffel pour Paris (je m’égare, je ne vais tout de même pas comparer cette ville à Paris !), mais en même temps qui signe une architecture internationale sans originalité. Nous avons même rencontré des Kiwis qui nous ont dit détester cette ville, sans véritable centre, avec des autoroutes urbaines, une circulation infernale et des embouteillages monstrueux. Ce que j’ai pu vérifier au volant en subissant le comportement des automobilistes qui conduisent "à la parisienne" ! Cependant je conçois que l’on puisse y apprécier l’ambiance de ses quartiers, que nous avons brièvement vécue dans un restaurant japonais de Ponsonby (mais on se serait cru à Tokyo !).



Auckland War Memorial Museum et ses collections d'art maori 




Le quartier résidentiel de Ponsonby


Vue du mont Victoria sur la baie, le quartier de Devonport et l’île volcanique de Rongitoto. 
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Nous sommes dans la péninsule du Northland. Bay of Islands fut notre ultime étape avant le retour vers Auckland et l'aéroport. Donc aucun respect de la chronologie dans ce carnet ! Cette étape terminait en beauté notre périple néo-zélandais, car malgré les menaces du ciel, nous avons pu finalement bénéficier d'un bel ensoleillement après deux jours de pluie quasi continuelle.

Bay of Islands, la Baie des Îles, un toponyme qui fait rêver !

Cette baie aux multiples nuances de bleu est un enchantement ! Elle est constellée de quelque cent-cinquante îles ou îlots et c'est évidemment pour cette raison que James Cook, premier Européen à y débarquer, la baptisa Bay of Islands. C'est l'une des nombreuses baies ou « ports » (Hokianga Harbour, Whaganrei Harbour) de la côte du Northland, chantournée par l'action de la remontée des eaux marines, il y a environ dix mille ans, ne laissant émerger que les sommets d'anciennes montagnes. Une configuration qui accentue l'ambiance maritime et adoucit le climat. En effet, située au niveau du 35e parallèle, cette région bénéficie d'un climat tempéré océanique de nuance subtropicale. Les étés y sont donc chauds et ensoleillés, les hivers très doux et la végétation luxuriante. Une mangrove occupe même certaines anses.

Russell et la Baie des Îles 

Un lieu chargé d'histoire.

C'est ici que s'établit le berceau de la Nation néo-zélandaise. C'est en effet sur ces rivages qu'accostèrent, bien avant Cook (1769) et Marion Dufresne (1772), les premières pirogues maories il y a environ un millier d'années et que leurs occupants construisirent les premiers villages, comme Kororareka qui deviendra plus tard Russel lors de la colonisation britannique. Mais le haut-lieu historique du pays se situe de l'autre côté de la baie, à Waitangi, là où a été signé le fameux traité entre les Maoris et la couronne britannique, accordant la souveraineté à cette dernière (voir à la lettre W).

Nous avons choisi Russell comme lieu de séjour, une charmante petite localité historique où de vieilles maisons de bois s'alignent sur le front de mer et s’égrènent sur les collines. Ces demeures cossues qui témoignent discrètement de l'aisance de leurs propriétaires ne laissent pas supposer que cet ancien port fut au début du XIXe siècle un lieu de débauche, un bouge. Certains missionnaires ont même, eux aussi, failli à leur « mission » en se détournant du droit chemin ! Le village ne manque pas d’intérêt : on peut y voir un petit musée, la plus ancienne église du pays et la Pompallier House, du nom du premier évêque d'Auckland, d'origine française qui y installa une mission en 1838.

De très nombreux de visiteurs arpentent les rues du village, mais le soir venu, le calme est de retour jusqu'au lendemain matin, tout ce petit monde s’en retournant vers Paihia par le ferry. Il est donc très agréable de se balader sur le front de mer et d'admirer le coucher de soleil, dans une ambiance quasi insulaire. On peut aussi monter à Flagsatff Hill, une colline historique, d'où l'on jouit d'une belle vue sur la baie. Donc séjourner à Russel fut un bon plan.

En revanche tel ne fut pas le cas de l'hôtel « historique », le Duke of Marlborough : une chambre exiguë, une décoration de très mauvais goût, une vue sur... les toits de tôle ondulée du voisinage, une literie de très mauvaise qualité et pour couronner le tout un petit déjeuner mesquin avec le café en option payante ! Et ce n'est pas dans ce restaurant que nous avons le mieux dîné en Nouvelle-Zélande ! L'établissement profite donc de sa notoriété et de sa situation et abuse sur le prix ! Le label « héritage historique » ne fait pas tout !

Une merveilleuse croisière

En début d'après-midi nous attendons le catamaran de la compagnie Explore pour une découverte de la baie. J'avais, deux jours auparavant, effectué une réservation en ligne. On nous assure avoir 90% de chance d'observer des cétacés. En revanche nous déclinons l'offre de « nager avec les dauphins », peu motivés par ce genre d'activité (ne peut-on pas f.... la paix à ces animaux ?!).

Sur la jetée, des gamins et gamines débordant d'énergie s'adonnent aux joies de la plongée dans les eaux du port, malgré l'interdiction affichée ! Ils avaient participé le matin-même à des compétitions scolaires ; aussi une certaine bienveillance leur fut accordée. Notre catamaran, arrive avec une précision horaire digne d'un Shinkansen. Il n'y a qu'une vingtaine de croisiéristes à bord. La croisière va durer quatre heures.

Naviguer à l'intérieur de la baie, c'est le meilleur moyen de découvrir les îles, dans leur diversité, toutes plus pittoresques les unes que les autres, tantôt minuscules amas de rochers, tantôt hautes terres ondulées couvertes de forêts. Mais d’admirer aussi la multiplicité des paysages côtiers : une anse discrète, une plage immaculée, un promontoire rocheux où s'accroche une végétation luxuriante, tout cela sous un ciel méditerranéen.

Nuages menaçants? L'état du ciel change rapidement en Nouvelle-Zélande 


Nous naviguons à vive allure entre les îles, quand soudain le catamaran réduit sa vitesse. Le capitaine nous fait une annonce que j'ai de la peine à comprendre du fait de son fort accent, et ce malgré plus d'un mois passé dans le pays. Les passagers se précipitent à tribord. Qu'y a-t-il donc à voir ? Je sors mes jumelles. C'est alors que je distingue nettement au loin un groupe de dauphins sortir de l'eau puis s'enfoncer dans les flots. Notre bateau ralentit encore et s'approche discrètement ; je devrais dire que ce sont plutôt les animaux qui, curieux, s'approchent de nous. Durant plus d'une demi-heure nous assistons au ballet de ces cétacés autour de notre embarcation. Puis le capitaine nous enjoint de nous placer à la poupe et remet les gaz. C'est alors que nos nouveaux compagnons, poursuivant le catamaran, nous offrent un spectacle inouï en effectuant une série de sauts prodigieux. Sans doute une manière de nous saluer ! Un spectacle que je n'avais pas vu depuis bien longtemps !


L'autre temps fort de cette croisière fut le fameux « Hole in the Rock », l'ultime îlot rocheux situé à l'extrémité de la péninsule de Russel, face à l'océan dont il subit les assauts. C'est sans doute ce qui explique qu'il soit percé à sa base et c'est ce qui en fait l'attraction. En effet les puissants moteurs du catamaran vont contrer les flots tumultueux afin de lui permettre de traverser de part en part cette étroite cavité. Sensation forte garantie ! On peut remarquer les stalactites qui pendent de la voûte naturelle. Puis notre capitaine, sans doute désireux de montrer son talent de navigateur expérimenté, nous offre une seconde traversée ! Évidemment cette expérience n'a pas lieu en cas de mauvais temps.

La croisière se terminera par un barbecue sous forme de buffet sur la plage de Otehei Bay, dans l'île Urupukapuka, la plus grande de la baie. Mais avant cela, deux options s'offrent à nous : baignade ou courte randonnée en boucle vers un petit sommet. Nous opterons pour ce dernier, du haut duquel on découvrira un panorama de toute beauté par une chaude lumière de fin d'après-midi .

Avec la croisière sur le Doubtfull Sound dans l'île du Sud, celle-ci sera un des meilleurs moments de notre voyage ! Je la recommande chaudement. Évidemment par mauvais temps, j'aurais été moins enthousiaste. L'organisation est parfaitement huilée. L'équipage réduit à deux jeunes hôtesses très souriantes et au capitaine, est très professionnel et aux petits soins. Ayant constaté que je n'ai pas compris un commentaire du capitaine, une des hôtesses me donne gentiment des précisions, puis m'ayant demandé ma nationalité, me dit qu'elle connait bien Lyon pour y avoir séjourné. Et d'ajouter : « j'ai adoré la France! ». Ah bon ? Ce n'est pas la première fois que des Kiwis disent connaître notre pays ou être francophiles (la lamentable « affaire » du Rainbow Warrior en 1979 semble oubliée). Ce ne sera pas la dernière fois non plus, car après avoir débarqué et nous être rendus dans une boutique pour acheter des cadeaux à nos petits-enfants, le commerçant, nous ayant entendu converser, s'adresse à nous en français et nous dit avoir vécu quelques années à Perpignan ! Le monde est petit !


Russel étant située dans une presqu'île, l'accès n'est pas aisé.


Trois possibilités :

- Le ferry pour piétons depuis Pahia ;

- Le ferry pour véhicules de Opua à Okiato par la route 11 ;

- La « Russel Road » de Whakapara à Russell, un itinéraire aux superbes paysages côtiers que je recommande, si l'on dispose de temps (compter 1h30 à 2 heures).

Paysages côtiers le long de la  "Russell Road"
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J'avais évoqué au début de ce récit les turbulences avant notre atterrissage à Christchurch, puis la grosse chaleur et les fortes rafales de vent une fois débarqués. La violence du vent n'a fait qu'empirer durant notre première nuit en terre néo-zélandaise, à Sumner, une petite station balnéaire de la côte pacifique près de Christchurch. Au réveil, le lendemain matin, changement radical de l'état du ciel : nuages bas, averses drues et chute du thermomètre ! Et sur la plage, c'est la désolation : débris de toutes sortes et quelques dégâts. Ça commence mal ! Ainsi vérifions-nous que le climat de ce pays est à la hauteur de sa réputation : venté et pluvieux !

La Nouvelle-Zélande, c'est vert, rien d'étonnant à cela ! 

Je pense à modifier notre programme et cherche sur Google Map l'itinéraire de plus rapide pour rejoindre notre prochaine destination, Tekapo. Mais que vois-je sur la carte ? Que la route SH6 sur la côte ouest est coupée en de multiples endroits. Or notre itinéraire prévoit de passer par là la semaine suivante et il n'y a pas d'alternative, sauf à effectuer un très long détour à l'est. Que s'est-il donc passé ? J'apprends par la presse locale qu'une queue de cyclone (le cyclone Fehi) s'est abattue sur la côte ouest, provoquant des inondations, des glissements de terrain et que plusieurs centaines de touristes sont bloqués depuis deux jours. J'ai donc l'explication du temps à la fois très chaud, sec et très venté de la veille : un effet de foehn.

Le climat néo-zélandais de tendance tempérée océanique subit donc à la fois l'action des vents d'ouest, très puissants sous ces latitudes, de l'océan et du relief. Les montagnes accentuent la dissymétrie entre la côte au vent à l'ouest, hyper-humide (6000 à 7000 mm/an dans le Fiordland) et la côte sous le vent à l'est, très sèche. Nous avons pu constater la sécheresse qui sévissait sur les prairies de la plaine de Canterbury. En Nouvelle-Zélande, on peut bénéficier du grand beau à un endroit et subir des pluies diluviennes à un autre. Et puis le temps peut se dégrader brutalement sans prévenir ; une belle matinée ensoleillée n'est pas gage de stabilité pour la journée. D'où l'idée suggérée d'avoir un « plan B » dans son programme, en fonction de la météo.


Sur les flancs du mont Taranaki  / Egmont


Voilà qui annonce la fin d'une belle journée !

Par ailleurs ce qui marque le climat néo-zélandais, outre ses irrégularités, ce sont ses excès. En particulier en cette saison (février/mars), les îles néo-zélandaises peuvent être frappées par des queues de cyclones. Ceux-ci se forment généralement en été dans la zone tropicale du Pacifique Sud, entre le Vanuatu, les Fidji et les îles Tonga, commencent par suivre la trajectoire des alizés, puis prennent celle des westerlies (vents d'ouest) où ils s'affaiblissent progressivement pour devenir des tempêtes tropicales. Dans cet environnement océanique, il n'est pas rare que la Nouvelle-Zélande soit touchée : il y eut deux queues de cyclone durant notre séjour (Fehi et Gita) puis une troisième peu après notre départ début mars, le cyclone Hola, plus faible, mais qui a donné d'intenses précipitations dans le Northland.

À deux jours près, nous avons pu échapper au cyclone Gita, le plus puissant de la saison (jusqu'à 200 km/h) qui a traversé le pays vers la mi-février. A ce moment-là nous avions passé la journée au musée de Te Papa à Wellington, alors que s'abattait la tempête sur le nord de l'île du Sud entre le Parc National Abel Tasman et les Marlborough Sounds où nous étions deux jours auparavant ! Des campeurs ont été évacués, plusieurs écoles dans la région de Nelson ont été fermées, des vols d'Air New Zealand furent annulés et plusieurs routes furent coupées.


Le ciel de Wellington le jour du passage de Gita, puis le lendemain matin. 

Cela étant, l'été (janvier-février) est généralement la saison la plus ensoleillée. De ce point de vue, nous avons eu de la chance puisque nous n'avons quasiment pas quitté shorts, T-shirts et nu-pieds et sommes rentrés très bronzés. Un vrai bonheur en plein de mois de février ! En tout seulement quatre à cinq jours de vrai mauvais temps et de pluie continuelle

Lien pour le MetServive le service météorologique de la Nouvelle-Zéland

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James Cook, au cours de son premier voyage autour du monde (1768-1771), explora les côtes de la Nouvelle-Zélande et son nom fut emprunté pour nommer le détroit séparant les deux îles, pour désigner un archipel du Pacifique et rebaptiser le point culminant de la Nouvelle -Zélande (3 764 m) que les Maoris avaient appelé Aoraki, ce qui signifierait le « perce-nuage ». Il est englobé au sein du Parc national d'Aoraki/Mount Cook qui fut une des toutes premières étapes de notre voyage, l’occasion d'une journée de courtes randonnées de mise en jambes.

Aoraki / Mt Cook  ((3 764 m), point culminant de Nouvelle-Zélande

Ce matin-là, notre route longe le lac Pukaki. Nous venons du lac Tekapo où nous avons fait étape la veille. Le soleil est de retour et la chaîne des Southern Alps, étincelante, a l'élégance de se dévoiler au loin devant nous, mais pour l’instant, le « perce-nuage » ne perce rien du tout ! Il faudra attendre la fin de la matinée pour que ce toponyme maori soit justifié. Mais la magie du spectacle opère : un lac d'un bleu intense, avec pour toile de fond cette chaîne de montagne. Pour compléter le tableau, il manquerait toutefois les fleurs. Pour cela il eut fallu venir plus tôt dans la saison. Il manque aussi le maître des lieux, encore encapuchonné de nuages : Aoraki-Mt Cook.

Aoraki s'est enfin dévoilé !

On est frappé par le caractère montagneux de la Nouvelle-Zélande, particulièrement l'île du Sud. Cette chaîne relativement élevée (une vingtaine de sommets dépassent 3 000 m d'altitude), s'étire quasiment sur toute la longueur de l'île, parallèlement à la côte et forme une épine dorsale cloisonnant le territoire entre l'est et l'ouest. Les liaisons sont donc difficiles entre la plaine de Canterbury ou l'Otago à l'est, et la côte ouest. Un casse-tête pour planifier son itinéraire. Seuls trois cols et un tunnel routier permettent de franchir la chaîne : Lewi Pass au nord, Arthur Pass au centre et Haast Pass au sud. Dans la région des fjords, seul le Homer Tunnel permet d'accéder à Milford Sound, après quoi, il faudra revenir sur ses pas.

A l'instar de nos Alpes, les Southern Alps sont une chaîne jeune, dont l'orogénie est toujours active (en moyenne un centimètre de soulèvement par an). Sommets et vallées ont été façonnés par une puissante érosion glaciaire. Quelque 360 glaciers issus de la dernière glaciation quaternaire couvrent encore une superficie de plus de 1 000 km2, mais devant le réchauffement climatique, ils ont ces dernières années, reculé inexorablement. C'est notamment le cas dans la région de Fox Glacier et de Franz Josef, où il faut faire une longue marche d'approche sur la moraine avant d'atteindre le front glaciaire. C'est la raison pour laquelle, outre le fait que ces sites sont surfréquentés, nous avons passé notre chemin. Nos Alpes ont au moins autant à offrir !

A propos de surfréquentation, l'Aoraki/Mount Cook National Park, la subit assurément. Quand nous arrivons sur place, le parking est déjà saturé. Les sentiers (tracks) sont déjà très fréquentés et bruyants ! C'est le cas du très populaire Hooker Valley Track, que nous avons rapidement abandonné, pour emprunter le Kea Point Track, plus calme et moins exigeant et qui offre un magnifique panorama sur le Mont Cook lequel, altier, se dresse derrière la moraine ayant donné naissance au lac Mueller. Quand on voit la puissance de ces reliefs escarpés et englacés et malgré leur altitude somme toute modérée, on conçoit qu'ils constituent un formidable terrain d'aventure pour les alpinistes et l'on comprend que ce soit un Néo-Zélandais, Sir Edmund Hillary, qui le premier ait conquis en 1953 le plus haut sommet de la planète en compagnie du Népalais Tensing Norgay. Aoraki et Sir Hillary, figurent d'ailleurs sur le billet de cinq dollars


Un petit détour par le visitor center du parc permet de mieux comprendre cette montagne et son environnement et éventuellement de se renseigner sur les randonnées et les différentes activités. Après quoi en moins d'une heure de route, nous atteignons Twizel et notre hébergement, car l'offre hôtelière au Mount Cook Village est limitée. Omahau Downs Cottages au sein d'une exploitation agricole à l'entrée de Twizel, fut une très bonne option : excellent accueil (comme toujours en Nouvelle-Zélande), chambre lumineuse et confortable avec vue sur le Mont Cook et la chaîne des Alpes qui se profilent au loin derrière les meules de paille, calme de la campagne, cuisine commune équipée.


Si l'on ne voyage pas en camping-car, il est sage en haute saison de réserver son hébergement dans les lieux les plus touristiques comme celui-ci et de ne pas le faire au dernier moment. Presque partout était affiché « no vacancy », ici à Twizel, mais aussi à Tekapo, Queenstown, Te Anau, Wanaka, Fox Glacier, etc

Deux liens utiles:

Sur les randonnées dans le parc national

Sur le visitor center du parc


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DoubtfullSound (Fiordland) 

Not a sound can be heard!


Pas un bruit !


Pas un bruit, si ce n'est celui des machines de notre catamaran qui, sous un ciel chagrin, glisse sur les flots sombres de ce bras de mer, entre de hautes parois abruptes, dans un décor de commencement du monde. A peine entend-on les voix des passagers occupés à contempler ce spectacle et à prendre des photos. Le temps mitigé de cette matinée ajoute une dimension dramatique et un certain mystère à la croisière. Pas d'animation sur ces eaux, sinon quelques kayakistes et un groupe de dauphins au loin. Tout est calme ; no sound.

Les nuages enveloppent les sommets, une fine bruine arrose le pont ainsi que ceux qui s'y sont risqués. Mais cette pluie a l'avantage de son inconvénient : les nombreuses cascades dévalant des montagnes escarpées font la joie de ceux qui les admirent ! Il faut dire que cette région, le Fiordland, est l'un des endroits les plus arrosés de la terre, recevant en moyenne 7 000 mm de précipitations annuelles. Il y pleut 200 jours par an ! Rien d'étonnant à ce que les arbres accrochés aux parois croissent dans si peu de terre, malgré les fréquentes avalanches : ici dominent le hêtre, la fougère arborescente et la mousse dans toutes ses déclinaisons.


Mais dans le plus pur style néo-zélandais, le temps peut changer, dans un sens comme dans l'autre, sans préavis. Or dès la fin de la matinée, ce sera dans le bon sens. En fait le soleil ne fut jamais loin, nous octroyant même un fugace arc-en-ciel. Nous arrivons enfin à l'entrée du fjord, aux îles Shelter, où se prélassent quelques otaries. C'est ici que les eaux du Doubtful Sound rencontrent celles, plus agitées, de l'océan. C'est également ici que nous aurons la chance de bénéficier de belles éclaircies jusqu'à la fin de la croisière.


L'entrée du fjord aux îles Shelter 

Une histoire de doute

Lorsque le 11 novembre 1770 l'Endeavour du capitaine Cook s'approcha de l'entrée du fjord, il lui donna le nom de « Doubtful Harbour » (port douteux), craignant de ne pas être capable d'en ressortir à la voile. Il s'abstint donc d'y pénétrer et poursuivit son exploration des côtes de l'île du Sud. Les chasseurs de phoques et de baleines le renommèrent plus tard Doubtful Sound .

Sound ou sound ?

Quand le sound n'est pas un son, c'est un bras de mer. En anglais, le dictionnaire donne les deux définitions. Mais s'agit-il vraiment d'un bras de mer ? Selon la légende maorie, les quatre bras du sound furent taillés par quatre dieux marins maniant leur hache de pierre magique pour fendre la montagne et laisser pénétrer la mer afin de procurer aux marins des refuges contre l'océan déchaîné. Il y a une petite part de vrai dans cette légende, mais d'un point de vue géomorphologique le rôle de la hache fut tenu par les glaciers quaternaires, lesquels ont façonné une profonde vallée. Et il est vrai que cette vallée fut envahie par la mer lors de la remontée générale du niveau marin après la fonte des glaciers. Les sounds sont donc des fjords.

Mais il y a une curiosité dans le monde hybride des sounds, qui nous fut commentée par une des hôtesses du bord. Ici les eaux, très profondes (plus de 400 m), sont doubles : une couche supérieure de quelques mètres constituée de l'eau douce en provenance des montagnes et une couche sous-jacente d'eau salée. Pas de mélange entre les deux couches. La couche supérieure colorée de marron foncé par les tanins d'origine forestière, ne laisse passer la lumière que sur 40 mètres sous la surface. En conséquence c'est à ce niveau que vivent les espèces marines de profondeur.

The sound of silence

Notre bateau s'enfonce dans un des bras adjacents du fjord, le Crooked Arm, le « bras tordu ». Puis le capitaine fait stopper les machines au milieu de ce bras de mer, à proximité d'une prodigieuse cascade. C'est alors que, munie de son micro, l'hôtesse invite tous les passagers à écouter le son du silence... Puis se produisit un événement incroyable ! Chacun cessa séance tenante de discuter et durant cinq bonnes minutes, observa un silence impressionnant. Avec Simon & Grafunkel dans leur célèbre chanson, nous aurions pu chanter :

« And no one dared disturb the sound of silence »

Et personne n'osa déranger le son du silence.

Et pourtant il y avait quelque cent-cinquante personnes à bord ! Seul un enfant en bas âge gazouillait. Ce furent des moments intenses et remplis d'émotion. Des instants de contemplation et de méditation devant tant de beauté !

Milford Sound : changement d'ambiance !

Le lendemain matin aux aurores, nous prenions la route vers le Milford Sound. Une route magnifique, qui a elle seule mérite d'effectuer ce trajet. Le Milford Sound, plus facile d'accès, grâce au Homer tunnel qui permet de s'affranchir du relief, est beaucoup plus touristique, beaucoup plus fréquenté. Que de monde ! Des groupes bruyants, de toutes nationalités, chinois, allemands, français, américains, des parkings saturés, des cars de tourisme en nombre et surtout le ballet incessant et insupportable des avions légers et des hélicoptères survolant le fjord.

Ces paroles de Simon & Garfunkel s'appliqueraient pleinement ici :

« People talking without speaking, »

Des gens qui discutaient sans se parler,

« People hearing without listening »

Des gens qui entendaient sans écouter

Autant nous avons adoré le Doubtful Sound, autant le Milford Sound nous a fait mauvaise impression ! En revanche la route et les nombreux sites à découvrir le long de cet itinéraire, mérite que l'on s'y attarde, mais il faut beaucoup de temps et nous n'avons pas pu entreprendre la randonnée programmée vers le Key Summit.

Informations pratiques.

La croisière était organisée par la compagnie Real Journeys, une entreprise familiale fondée en 1954 par Leslie et Olive Hutchins, investis dans la protection de la nature.

La croisière proprement dite dans le fjord dure trois heures, mais l'excursion au départ de Manapouri et retour dure environ sept heures au total. En effet le fjord n'est pas directement accessible : il faut d'abord embarquer sur un premier bateau qui traverse le lac de Manapouri jusqu'à une centrale hydroélectrique. Ensuite des bus prennent en charge les croisiéristes et les emmènent jusqu'à l'embarcadère du fjord par une route de montagne passant par un col d'où l'on a une vue plongeante sur le fjord. L'organisation est parfaite, comme toujours pour les activités touristiques en Nouvelle-Zélande. Il y a un snack-bar à bord ; thé et café à volonté. Une documentation sur le fjord, très bien faite et en plusieurs langues dont le français est à disposition. C'est évidemment plus cher qu'une croisière sur le Milford Sound, mais c'est une formidable expérience. J'avais réservé longtemps à l'avance. Je ne sais si l'on peut réserver au dernier moment, en tout cas c'était complet. Cette croisière fut avec celle de la Bay of Island un de nos gros coups de cœur en Nouvelle-Zélande.

Le lac Manapouri 
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Si l'on n'a pas visité les Waitomo Caves dans l'île du Nord, les Te Anau Glowworm caves peuvent être une alternative. C’est une succession de grottes scintillantes de vers luisants, situées sur l'autre rive du lac de Te Anau qui mérite le détour. La visite dure deux heures, elle est organisée également par Real Journeys. C'est littéralement féerique !

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L'insularité est à l'origine de la biodiversité et d'un endémisme floristique et faunistique très important. De nombreuses espèces endémiques ont ainsi pu évoluer sans influence extérieure grâce à leur isolement, d’autant plus que l’homme, le plus grand prédateur, n’est apparu sur l’archipel que tardivement.


Sans isolement, pas de Kiwi (Apteryx australis), ce timide oiseau nocturne, très primitif, incapable de voler, car en l'absence de prédateurs naturels durant 70 millions d'années, ses ailes se sont atrophiées, ce qui le rend aujourd'hui vulnérable. En effet, l’introduction de rats et autres mammifères prédateurs par les hommes a entraîné l’extinction de plusieurs espèces. Le Moa (Dinornis robustus), gros oiseau de la taille d'une autruche et pourvu du même handicap, en a fait les frais dès le XIIIe siècle, car il était facile à chasser. On peut en voir un squelette à l'Auckland Museum.


Sans isolement, pas de Takahé (Notornis mantelli), un autre oiseau que l'on avait cru disparu jusqu’à sa redécouverte en 1948 ; pas de Kākā (Nestor meridionalis) ni de Kéa (Nestor notabilis), deux espèces de perroquets ; pas de Pīwakawaka (Rhipidura fuliginosa), petit oiseau insectivore, plus communément appelé Fantail.


Le Kākā (Nestor meridionalis) et le Le Takahé (Notornis mantelli) - Te Anau Wildlife Center.
Fantail (Rhipidura fuliginosa) et Huîtriers pies (Oystercatcher - Haematopus ostralegus)  

Sans isolement, pas de Kauri (Agathis australis), ce conifère considéré comme l'un des plus grands arbres du monde et qui peut vivre deux milliers d'années ; pas de Totara, un podocarpus dont le bois servit à la construction de pirogues, ni de fougères arborescentes déclinées dans d'innombrables variétés.

Futaie de kauris (Trounson Kauri Park) 


Le Kānuka (Kunzea ericoides), de la famille des Myrtacées et le Podocarpus totara (Bay of Islands)


La Nouvelle-Zélande, c’est le paradis des oiseaux et un immense terrain d'observation pour les ornithologues, ou les amateurs de birdwatching. Nos amis à plumes sont omniprésents dans les parcs, les forêts, sur les littoraux et si on ne voit pas, ils se font entendre ! Pas moins de 350 espèces sont répertoriées, dont une majorité d'endémiques. Par exemple, sur les seize espèces de manchots répertoriées dans le monde, neuf sont endémiques de Nouvelle-Zélande !

Peu enclins à crapahuter dans la forêt pendant la nuit, nous n'avons pas tenté d'apercevoir le Kiwi, et encore moins le très rare Manchot antipode. En revanche nous avons pu facilement observer les oiseaux précités au Te Anau Wildlife Center, un centre ornithologique associatif situé à dix minutes à pied du DoC (1) de Te Anau, sur la route de Manapouri. L'entrée est libre, mais les dons sont les bienvenus. Le meilleur moment pour visiter le centre est celui du nourrissage en début de matinée. On peut y observer notamment Jimmy et Taonga, deux Kākā blessés et soignés par le centre. Les bénévoles donnent toutes les explications utiles sur cette faune ailée. Je recommande vivement la visite.

Le Musée national de Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa donne un aperçu très complet de la biodiversité néo-zélandaise et mérite une visite approfondie. En ce qui nous concerne nous y avons consacré la journée entière, mais il était impossible de mettre le nez dehors ce jour-là !

(1) Le DoC est le Department of Conservation qui gère les parcs nationaux et informe les visiteurs.

Sur une plage du Parc national Abel Tasman, nous avons eu la chance d'approcher le Cormoran caranculé ou King Shag (Leucocarbo carunculatus), une espèce rare, endémique de Nouvelle-Zélande et peu timide !

Le Cormoran caranculé ou King Shag (Leucocarbo carunculatus)


Un site très complet sur les oiseaux de Nouvelle-Zélande:

New Zealand's birds

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Stratford, petite ville aux allures germaniques, au début de la SH43 

Voici une route mythique très peu fréquentée qui traverse une campagne très isolée, hors du temps, un « monde oublié » en quelque sorte, le seul endroit où des voyageurs quelque peu perdus nous aient demandé leur chemin. En réalité cette route de 155 km, la SH 43, qui relie Stratford à Taumarunui, dans la partie occidentale de l'île du Nord, n'est pas si « oubliée » que cela puisqu'elle est goudronnée, hormis une portion de 12 kilomètres. Il y a même une voie ferrée (abandonnée cependant) que la route croise à de nombreuses reprises. Le paysage est de toute beauté : collines, vertes prairies, forêts. La route est sinueuse, en montagnes russes. On franchit une succession de cols (les saddles), d'où les vues sont plus belles les unes que les autres.

La route près de Stratford. Au loin le cône parfait du Mont Taranaki, qui daigne se montrer, mais sans son capuchon de neige 




Nous sommes à mi-parcours. Tiens ! Un village ! Enfin, un hameau dirait-on ! Whangamomona. Une quarantaine d'âmes, mais tout de même trois églises (une pour chaque confession !), un hôtel-restaurant-boutique, quelques maisons et des granges. C'est tout ! Tous ces édifices sont en bois bien évidemment. Une ambiance western. Un bon prodigieux dans le passé. Et puis surtout une curiosité incongrue dans ce village insolite. Suite à une discorde locale, les villageois ont déclaré leur indépendance en 1989 en proclamant la République de Whangamomona. On peut même se faire tamponner son passeport, mais nous avons passé outre. En janvier de chaque année impaire est célébré le Republic Day, une fête burlesque. La dernière « fête nationale » aurait donc dû avoir lieu en janvier 2021, mais le Covid en a sans doute décidé autrement. Notons au passage que la proclamation de ladite république eut lieu un 1er novembre, mais janvier c'est l'été et les Néo-Zélandais sont en vacances… Mais les affaires sont les affaires !

Whangamomona 

Il nous faut reprendre la route ; il nous reste encore 87 km jusqu'à Taumarunui. Arrivés à proximité de cette dernière nous voyons déjà se profiler au loin les volcans du massif de Tongariro. Ce parcours très pittoresque aura duré quatre heures trente, mais nous avons pris notre temps.



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De Motueka, la longue route en lacets grimpe vers Takaka Hill (« la montagne de marbre ») à 900 mètres d'altitude. Un lookout (belvédère) est aménagé au sommet, lequel dispense une vue remarquable sur la vallée en contrebas. Puis la route plonge littéralement par une descente autant vertigineuse que spectaculaire vers l'ample vallée de Takaka. Le paysage change radicalement : nous sommes dans la région de Tasman au nord-ouest de l'île du Sud, une région marquée par l'érosion karstique.

La vallée de Takaka 

Nous avons choisi Takaka, paisible petit chef-lieu local, comme « camp de base » pour sa situation idéale permettant de rayonner alentour. En guise de « camp », nous logerons pour trois nuits dans un confortable B & B : Shady Rest Bed & Breakfast. Cette ancienne demeure est une vraie galerie d'art, ce qui lui donne beaucoup de charme. Nous avons bénéficié d'une belle et grande chambre et d'une literie confortable. Notons que notre salle de bain privative était située à l'extérieur de la chambre, mais ce n'était en rien gênant. Et Mark, notre sympathique hôte, sait vous concocter de délicieux petit-déjeuner !

Mark a pris la peine, dès notre arrivée, de nous expliquer par le menu les sites à découvrir et les randonnées à effectuer autour de Takaka, et il y a de quoi faire ! Grottes, dédale karstique de Labyrinth Rocks, sources cristallines, cascades, plages immaculées du Parc national Abel Tasman et bien sûr l'exceptionnel site de Farewell Spit, à l’extrémité septentrionale de l'île du Sud.

La vallée de Takaka s'ouvre sur l'ample Golden Bay, une magnifique baie fermée au nord par l'interminable flèche littorale de Farewell Spit, et au sud par Separation Point, un cap qui marque l'extrémité septentrionale du Parc national Abel Tasman. C'est à marée basse qu'il faut voir cette baie, quand la Nature se fait artiste : l'eau, le sable et la vase se mêlent dessinant des motifs linéaires aux subtiles nuances colorées, particulièrement belles lorsque le jour décline. Sans parler des oiseaux marins en grand nombre, venus profiter de la nourriture en abondance. Les artistes locaux savent tirer parti de cette beauté et proposent leurs œuvres aux visiteurs.

Randonnée dans le Parc national Abel Tasman (Totaranui)

Totaranui se situe dans la partie septentrionale du Parc national Abel Tasman, à une heure de route de Takaka. La route longe d'abord la baie dispensant de belles échappées sur des plages de sable blond et un petit port, puis se transforme en piste sinueuse et escarpée sur les dix derniers kilomètres. Après avoir franchi un petit col, on descend rapidement vers le terrain de camping de Totaranui. Tout au long de ce trajet, les paysages traversés sont superbes.

Nous nous étions renseignés auparavant auprès de l'I-Site de Takaka (l'équivalent de nos offices de tourisme) sur les possibilités de randonnée à partir de Totaranui. La jeune femme qui nous accueille nous conseille la randonnée jusqu'à Separation Point, le cap qui sépare les eaux de la Golden Bay de celles de la baie de Tasman. Elle dit l'avoir effectuée deux jours auparavant. Nous voici donc au départ de notre randonnée pédestre. Le temps est estival, chaud et ensoleillé. Le sentier côtier s'enfonce dans le bush, d'une plage à l'autre. Lorsque les arbres daignent de temps en temps nous octroyer quelques fenêtres sur l'océan, le spectacle est somptueux : courbe d'une plage immaculée, tranquillité d'une crique aux eaux limpides, puissance d'un promontoire rocheux sur lequel s'accroche une végétation luxuriante.

En chemin, nous rencontrons et discutons avec un couple d'Anglais résidant en Nouvelle-Zélande. Ils nous informent que le sentier a été fermé par le DoC, suite à un glissement de terrain et effectivement, nous constatons des panneaux et une barrière interdisant de poursuivre la randonnée. Nous avons donc obtenu de fausses informations, une fois n'est pas coutume, de la part de l'agent de l'I-Site. Qu'à cela ne tienne, nous décidons de nous installer sur cette magnifique plage et de contempler !

A la décharge de cette femme, il se peut que les conditions évoluant très rapidement, l'information ne soit pas remontée immédiatement. Ayant demandé, une semaine plus tard, au bureau du DoC du parc national d'Egmont (île du Nord), des renseignements sur l'état des sentiers, suite au passage du cyclone Gita, on n'a guère pu me donner davantage de précisions que d'éventuelles chutes d'arbres entravant la marche. En revanche on m'a prié de bien vouloir leur faire part de mes observations après ma randonnée.

Le retour se fera par une belle traversée sur le sable ocre jaune de l'estuaire de Totaranui à marée basse. Magnifique

Te Waikoropupu Springs

Plus communément appelées Pupu Springs, ces sources cristallines se situent à moins de dix minutes en voiture au nord-ouest de Takaka par la SH60 en direction du nord, puis par une petite route sur la gauche au niveau du pont sur la Takaka River. C'est très bien indiqué et l'entrée est libre. Un sentier bien aménagé dans la forêt, le long d'un torrent, conduit en quelques minutes à cette résurgence aux eaux d'une étonnante limpidité et aux improbables nuances de bleu et de vert. L'exceptionnelle pureté de l'eau en a fait un lieu sacré pour les Maoris. Le site étant situé sur la route de Farewell Spit, il aurait été dommage de ne pas effectuer ce petit détour rapide et facile. C'est une merveille !

Farewell Spit

Farewell ! Ce fut l'adieu adressé en 1770 par James Cook à l'ultime terre qu'il aperçut avant de quitter la Nouvelle-Zélande pour l'Australie, au cours de son premier voyage. Formant une étroite bande de terre (spit), un cordon dunaire s'étire sur 25 km et continue de s'allonger progressivement vers l'est, tel de nez de Pinocchio. Un paysage grandiose que l'on peut observer, si les conditions atmosphériques le permettent, du haut d'une colline dominant le hameau de Puponga, en compagnie des moutons. C'est le refuge de nombreuses colonies d'oiseaux, notamment d'échassiers. C'est pour cette raison que la majeure partie de cette flèche littorale est protégée par une réserve naturelle et restreinte d'accès.

Farewell Spit 

Nous y avons effectué deux belles randonnées : le Fossil Point track jusqu'à l'océan en traversant d'anciennes dunes fossilisées (une heure aller-retour), l'autre, très spectaculaire, vers la Wharariki Beach et les Archway Islands (boucle de deux heures environ) : se succèdent des dunes boisées, des étangs, une immense plage et surtout les îles en forme d'arches naturelles.


Archway Islands 
Wharariki Beach  

Sous ce beau ciel quasi méditerranéen, la Golden Bay fut assurément un des sommets de notre voyage !

Les randonnées sont décrites sur le site du Department of Consevation (DoC)

Une bonne table à Takaka: The Brigand Cafe & Bar propose une cuisine simple à base de produits de la mer ou de la terre.


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Julius von Haast était un géologue prussien qui joua un rôle majeur dans l'étude géologique de la Nouvelle-Zélande au XIXe siècle, notamment dans le Canterbury et la West Coast. Il a fondé le Canterbury Museum de Chistchurch et donné son nom à un col, un fleuve côtier et un bourg rural. Ce dernier situé, à l'embouchure de l'Haast River sur la côte ouest n'offre pas grand intérêt, si ce n'est le « visitor center » du DoC qui mérite une halte, ne serait-ce que pour le petit sentier de découverte où j'ai pu observer quelques oiseaux, dont un petit fantail très joueur. En revanche la région de Haast située entre deux grands parcs nationaux, Mount Aspiring et Tai Putini ne manque pas de merveilles naturelles à découvrir.

Sur le sentie r de découverte du "visitor center" du DoC de Haast

Haast river

Venant de Wanaka, la route qui mène à Haast est l'un des plus beaux itinéraires de Nouvelle-Zélande. Elle demande du temps car les possibilités balades sur des sentiers parfaitement aménagés dans les forêts moussues et les arrêts-photos sont nombreux : piscines naturelles, cascades, points de vue sur les Alpes du Sud. Nombreux aussi sont les visiteurs, car c'est la seule route reliant la West Coast au sud du pays. Le Haast Pass à 563 m d'altitude offre, paraît-il, le meilleur panorama sur les montagnes, malheureusement l'état du ciel en a décidé autrement... Après le col, la route descend le long du cours de l'Haast River, jusqu'à la côte ouest.

Le mont Hooker dans les Alpes du Sud (2 652 m) 

Ship Creek

A vingt kilomètres au nord-est de Haast par la route SH6, nous atteignons le site sauvage de Ship Creek, composé de dunes et d'une lagune, côté océan, et d'une rare forêt primaire marécageuse, côté terre. C'est la Kahikatea Swamp Forest. Le Kahikatea (Dacrycarpus dacrydioides) est un conifère endémique de Nouvelle-Zélande, pouvant mesurer jusqu'à cinquante mètres de haut et un mètre de diamètre. On le rencontre dans les zones humides. Une courte balade d'une demi-heure sur un sentier en boucle bien balisé permet de s'enfoncer dans cette forêt enchanteresse, entre ces grands arbres et les marécages aux eaux fortement teintées par la décomposition végétale. Tranquillité assurée sur ce sentier. Rien de tel côté océan, où les dunes semblent avoir les suffrages des touristes ! Il est vrai que c'est à deux pas du parking. Aussi nous ne nous y attarderons pas, malgré la beauté du lieu.

Ship Creek 

« Off the beaten tracks »

Quelques mots sur la West Coast

La plupart des voyageurs, venus du Parc National Abel Tasman, pressés d’atteindre la « Mer de Glace » et le « Chamonix » que l'industrie touristique néo-zélandaise s'est inventée, puis de poursuivre le long de l'axe touristique bien balisé (Wanaka, Queenstown, Te Anau), traversent la West Coast en coup de vent. Pourtant, cette région regorge de richesses naturelles et de wilderness : forêts primaires, zones humides, plages interminables ourlées de dunes, faune marine, avifaune. Il y a aussi un patrimoine historique non négligeable, notamment les sites miniers. C'est un peu « l'âme » de la Nouvelle-Zélande, pionnière, rurale, sauvage. C'est aussi le plus vieux et le plus vaste domaine forestier du pays, couvrant tout l'espace côtier de Takaka à Haast. L’exploitation forestière y a été moins brutale qu'ailleurs et la biodiversité préservée presque partout.


C'est une Nouvelle-Zélande en marge des cartes postales, qui mérite que l'on s'y attarde. Amateurs d'espaces sauvages, nous pourrons nous « perdre » le long de sentiers forestiers oubliés, à l'écart du tumulte des foules et des hélicoptères. Il n'y a pas que les glaciers ou les « Great Walks » !

Évidemment il y a le prix à payer en raison des conditions climatiques qui y règnent, car c'est sans doute la région la plus humide du pays, après le Fiordland. Rappelons la tempête qui s'était abattue début février sur cette côte, provoquant inondations, glissements de terrain et routes coupées, ce qui avait bloqué des centaines de voyageurs. Dans le village très isolé d’Okarito, au bord de la mer de Tasman, nous avons passé la journée entière à lire, enfermés dans notre bungalow, tellement il tombait des cordes !

Nous avons consacré quatre jours à la West Coast, mais cela ne fut pas suffisant, puisque nous n'avons pas eu le temps de nous écarter de la route principale pour faire un détour vers le village de pêcheurs de Jackson Bay au sud-ouest de Haast.

Voir d'autres sites oubliés de la West Coast à la lettre « O »

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Par définition la Nouvelle-Zélande est un vrai pays insulaire. L'ère des grands paquebots de ligne étant terminée depuis longtemps, il est impossible aujourd'hui d'arriver en Nouvelle-Zélande autrement que par la voie aérienne, à moins d'être un Poupon, un Kersauson ou un croisiériste. Les terres habitées les plus proches sont les côtes australiennes, à 2 000 km de celles de Nouvelle-Zélande. Les mots île, insularité et isolement ayant la même racine latine, insula, l'isolement est un mot qui prend tout son sens dans ces deux grandes îles. L'insularité est ici poussée à l'extrême, et même d'une manière caricaturale dans l'île de Stewart à l’extrême sud.

Ce qui frappe le voyageur dès qu'il entre en contact avec les officiers du service de l'immigration à l'aéroport, ce sont les contrôles bio-sanitaires très pointilleux. Il faut d'abord remplir avant de débarquer, une fiche déclarative assez fastidieuse pour certifier la conformité du contenu de ses bagages avec la longue liste de produits interdits, en particulier tous les produits agro-alimentaires : fruits frais ou secs, miel, viandes, graines, etc. Par ailleurs une rigoureuse inspection des équipements et vêtements de camping, de pêche ou de randonnée est pratiquée. En particulier on a effectué un contrôle minutieux de nos chaussures et bâtons de randonnée.

On a donc l'impression de franchir la herse d'une forteresse bien défendue, qui voudrait se protéger d'agressions extérieures. En l'occurrence il s'agit de protéger un patrimoine naturel et environnemental exceptionnel que l'insularité a permis de préserver. Et parmi ce patrimoine, les plus emblématiques sont les fougères arborescentes et le fameux kiwi. Protéger, préserver, conserver sont des verbes qui se semblent ici se conjuguer à tous les temps. Notons que le mot « conservation » est également un mot anglais. D'ailleurs l'équivalent de notre Ministère de l'Environnement se nomme, en Nouvelle-Zélande, Department of Conservation (ou DoC). Celui-ci gère les territoires qui relèvent du patrimoine naturel, mais aussi culturel, en particulier les nombreux parcs nationaux du pays. Une gestion très rigoureuse.

https://www.doc.govt.nz/

Le combat pour la conservation n'est pourtant pas gagné ! Les forêts résiduelles de kauris qui ont subi de sévères coupes au XIXe siècle restent très fragiles. Aussi le Le DoC a-t-il pris des mesures drastiques et construit des sas à l'entrée des sites forestiers, afin que les visiteurs ne contaminent pas les arbres, par un nettoyage minutieux de leurs chaussures.

Il y a aussi la lutte contre les espèces invasives et exogènes. Nous n'avons pas vu les très photogéniques lupins qui colorent les paysages alpins, car ce n'était pas la saison. Malgré leurs qualités esthétiques, il s'agit bien d'une « peste végétale » qui nuit aux espèces endémiques. Nous avons été surpris par le nombre inouï de cadavres d'opossums sur les routes. Ce petit marsupial (Trichosurus vulpecula) originaire d'Australie a été introduit en Nouvelle-Zélande pour sa fourrure. D'ailleurs, ne voit-on pas dans les lieux touristiques de nombreuses boutiques qui proposent des articles en fourrure opossum ? Or aujourd'hui cette espèce qui prolifère (on en compterait vingt fois plus que la population néo-zélandaise !), n'est plus la bienvenue. L'opossum fait des ravages partout où il passe, il détruit par exemple les œufs de kiwis, l'oiseau emblématique du pays. La chasse de ce petit mammifère est donc encouragée et dans les parcs nationaux la pose de pièges est fréquente.

Cette volonté affirmée de vouloir défendre à tout prix un territoire fragile par nature car fermé relève d’une sorte de « syndrome insulaire ». On l’a vu également lors de la pandémie où l’archipel a été hermétiquement fermé à toute personne venant de l’extérieur. Jusqu’à présent cette politique semble avoir été couronnée de succès.

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Les Néo-Zélandais semblent vivre, accepter et même revendiquer cette insularité. Ils se sont même forgé une identité. Est-ce pour cela qu'ils ont adopté de surnom de Kiwi en empruntant le nom de l'emblématique oiseau éponyme ? Peut-être est-ce pour se différencier des « Aussies », leurs cousins australiens ? Kiwis et Aussies sont pourtant sujets de Sa Gracieuse Majesté. Je ne connais pas l'Australie, mais dans les discussions avec une de nos hôtesses, il se dit que les Kiwis seraient plus décontractés et leurs voisins australiens, plus « américanisés ».

Bon nombre de Néo-Zélandais ne semblent toutefois pas apprécier le mode de vie insulaire. Il existe une diaspora néo-zélandaise, notamment en Grande-Bretagne et en Australie. En discutant avec le propriétaire d'Omahau Downs à Twizel, celui-ci nous a dit fuir chaque hiver le froid et la grisaille de la triste plaine de Canterbury pour le Queensland, Bali ou autres cieux plus cléments. Quand on arpente vers 18 heures les rues désertes de Wellington dans une ambiance morose, on n’a vraiment pas l’impression d’être dans une capitale, mais dans une ville moyenne de province. Dans ces conditions on comprend aisément que les jeunes s'expatrient pour découvrir le Monde. Et puis il y a ceux qui dérivent.

Katia, notre hôtesse à Taupo, infirmière en milieu carcéral et auprès de jeunes en insertion sociale, nous a longuement parlé des graves problèmes sociaux de son pays : drogue, alcoolisme et un taux de suicides très important, plaçant la Nouvelle-Zélande au troisième rang mondial ! Le mythe de l'éden néo-zélandais s'effondre !

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Le tri sélectif en cinq langues: anglais, maori, mandarin, coréen et japonais! 
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Une idée a priori incongrue de parler de jardin ici, quand la Nature se fait elle-même jardinière ! La Nouvelle-Zélande n'est ni le Japon, ni l'Italie, ni le Périgord. Les Governement Gardens de Roturua ne sont pas les parterres du château de Versailles ! Dire cela, c'est oublier un peu vite que les Néo-Zélandais ont tenté de reproduire le pays de leurs ancêtres, l'autre île aux antipodes, là où a été inventé le jardin à l’anglaise. La Nouvelle-Zélande a donc créé ses propres Royal Botanic Garden, Kew Gardens et autres Stowe Landsacape Gardens. Chaque grande ville s'est dotée de jardins botaniques : Auckland, Christchuch, Wellington. Malheureusement pour ce dernier, le temps nous a manqué, aussi bien celui de la montre que celui du ciel !

Governement Gardens à Roturua 

Un jardin enchanté

A Wairakei, dix kilomètres au nord de Taupo, sur la route de Rotorua se trouve un lieu original : Lava Glass. C'est à la fois un atelier, une galerie d'art, un café, un lieu où se déroulent différents événements culturels, notamment des concerts et... un jardin. Lava Glass, c'est d'abord un atelier où l'on souffle le verre. Donc rien à voir avec la lave des volcans alentour. L'artiste Lynden Over s'inspire du paysage dramatique de la Nouvelle-Zélande, de sa géologie et de sa lumière.

On peut, moyennant un modeste droit d'entrée (remboursé si l'on fait un achat) assister en direct à la réalisation de pièces de verre. Avant d'être travaillé, le verre est précuit et fondu pendant plusieurs heures dans un four dont la température s'élève à 1 300°. Puis, l'artiste dispose une « boule » de pâte de verre au bout d'une canne et souffle à l'intérieur pour façonner l'objet. Les techniques diffèrent selon le style des objets à créer. Les œuvres ainsi produites (verres, vases, bijoux, sculptures) sont exposées dans la galerie attenante. Évidemment c'est aussi une boutique !

Certaines créations sont également exposées dans un jardin : plus de 600 sculptures de verre soufflé, dont quelques pièces de grande taille. Une petite promenade dans ces quelques arpents très soignés, autour d'un étang, parmi la féerie de ces fleurs surréalistes permet de passer un moment fort agréable. On peut enfin se restaurer ou simplement boire une tasse de thé. Une visite intéressante si l'on dispose d'un peu de temps ou en cas de mauvais temps.


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Une forêt envoûtante

Te Tane Mahuta, 51,5m de haut ! 

Le large sentier bien entretenu s'enfonce sous les grands arbres de la sombre futaie. Le sous-bois, dense et luxuriant, est composé d'arbustes, de fougères, de mousses, de lichens et d'épiphytes. Parmi les arbres de nombreux Podocarpacées : les panneaux informatifs nous parlent de Rimu, Totara, Toatoa, Tanekaha. Tous ces noms sonnent maori, comme des marqueurs de l'endémisme. « Regarde, il y a des cocotiers partout ! », dit une petite fille dans un français parfait. Ce sont des fougères arborescentes lui répond sa maman (à les entendre rouler les r, ils sont certainement Tahitiens). Il faut dire qu'ici, elles atteignent des tailles respectables et apportent une touche de tropicalité ! Mais ce n'est rien à côté de ces géants qui dominent le tout : les kauris. Nous sommes dans la forêt de Waipoua, sur la côte ouest du Northland, à 230 km d'Auckland.

C'est une rescapée, il s'en est fallu de peu qu'elle subisse le même sort que le reste des forêts de kauris de Nouvelle-Zélande. Une déforestation intense eut lieu au XIXe siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale. On estime que ces forêts au nord de la Nouvelle-Zélande occupaient au moins 12 000 km² au début du XIXe siècle. En 1900 il restait moins de 10 % surface forestière. Aujourd'hui seulement 4 % des forêts de kauris ont survécu, dont celle de Waipoua, protégée depuis 1952. Et quelle protection ! Des mesures strictes sont prises et nous avons été priés, avant de pénétrer dans ce sanctuaire, de procéder à un nettoyage minutieux de nos semelles. En effet le système racinaire est très fragile et sensible aux agressions biologiques extérieures.

Le Kauri (Agathis australis) est un conifère endémique du Northland, de la famille des araucariacées. Il n'est présent qu'au-dessous de 28° de latitude. C'est le plus grand arbre de la Nouvelle-Zélande et un des plus grands au monde. Autre record : les forêts de kauris sont parmi les plus anciennes qui soient, apparues à l'époque jurassique il y a quelque 130 à 155 millions d'années. Le tronc forme une immense colonne rectiligne car en croissant, l'arbre perd ses branches inférieures au profit des branches supérieures, à la recherche de la lumière, pour se développer en un houppier massif dominant les autres arbres. Il perd son écorce sous la forme d 'épais copeaux irréguliers, lui procurant une protection.

A droite: le groupe des "four sisters" 

Le « père de la forêt », Te Matua Ngahere, est le doyen de la réserve de Waipoua. Avec un âge estimé à 2 000 ans, Mathusalem est largement battu. Mais la vedette est incontestablement, avec ses mensurations impressionnantes, Te Tane Mahuta, le « seigneur de la forêt » : 51,5 mètres de haut, un tronc de 15 m de circonférence et de 18 m de haut jusqu'à la première branche ! Ceci étant, des arbres plus anciens et plus imposants ont existé dans le passé, dont des spécimens sont exposés dans le Kauri Museum.

Te Matua Ngahere, 2 000 ans ! 

A une demi-heure en voiture par une piste forestière, le Trounson Kauri Park protège une autre futaie de kauris moins importante, mais plus intimiste par sa densité, invitant à une exploration tranquille sur des passerelles de bois protégeant le sol.

Le Kauri Museum

https://www.kau.nz/

Une balade de la forêt de Waipoua serait incomplète sans une visite de ce musée qui permet de se familiariser avec cet arbre extraordinaire. Il est situé à Matakohe, à une centaine de kilomètres plus au sud, un charmant hameau dont les bâtiments coloniaux de bois ont été restaurés avec bonheur : une école, un bureau de poste, une église, un café. Accueil souriant et francophone. On nous donne documentation détaillée, et en français ! On y apprend que le bois du kauri est un des meilleurs qui soient, car on pouvait y découper de longues et larges planches absolument sans défaut. Un bois parfait, sans nœud, facile à travailler, durable et résistant. Le bois de kauri était donc exploité pour de multiples usages : construction navale, bâtiments, ponts, tonneaux, traverses de rails, étais miniers, meubles, sculptures sur bois, etc. On comprend ainsi que cette ressource fut exploitée de manière très intensive et que les forêts de kauri aient été décimées. Il y a aussi le Kauri des marais, provenant de forêts ensevelies il y a des milliers d'années, suite à des cataclysmes (jusqu'à 50 000 ans), mais dont le bois est de moindre qualité. On a fait appel à de la main-d’œuvre croate pour extraire ces arbres fossiles.

Ci-dessous: un spécimen de kauri datant du XIIe siècle et abattu en 1960, n'est pas très ancien. On montre à travers les cernes de croissance, quelques dates de l'histoire de la Nouvelle-Zélande, dont le traité de Waitangi (1840).

Meubles en bois de kauri  exposés au Kauri Museum de Matakohe. 

L'ambre de Nouvelle-Zélande.

Une section du musée est consacrée à la gomme de kauri, une résine secrétée par l'arbre. Lorsqu'une branche est cassée, la résine suinte et forme une cicatrice. La gomme forme une excroissance, durcit, puis finit par tomber au sol. Ce processus naturel a eu lieu pendant des millions d'années. La gomme de kauri est l'ambre de la Nouvelle-Zélande. Cette ressource fut exploitée par les pionniers qui l'extrayaient du sous-sol ou qui la recueillaient sur l'arbre. Les usages sont multiples : utilisée comme combustible par les maoris, puis pour produire des vernis, peintures et autres matériaux industriels. Et bien sûr, les plus belles pièces étaient sculptées et polies pour en faire des bijoux ou des objets de décoration.

Une heure et demie nous auront été nécessaires pour explorer les collections du musée : meubles, objets sculptés, échantillons et objets en ambre, machines, reconstitution d'une scierie, d'une ancienne auberge entièrement en bois de kauri, de la vie des pionniers, spécimens de troncs très anciens, etc. Mais la pièce maîtresse reste incontestablement cette gigantesque planche de bois doré de 22,5 m de long, exposée dans le Volunteers Hall.

Une planche de bois de kauri de 22,5 m de long exposée dans le "Hall des volontaires" au Kauri Museum:

Cette route des kauris, modérément fréquentée, fut une de nos plus belles découvertes en Nouvelle-Zélande. C'est un des trois ou quatre lieux phares du Northland, cette péninsule de l'extrême nord du pays qui mérite un voyage à elle seule.

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Lac Tekapo 

La Nouvelle-Zélande est un pays de lacs, ajoutant aux nombreux attraits du pays. Ils sont particulièrement nombreux dans l'île du Sud. De forme massive dans l'île du Nord, ils sont allongés et s'alignent plus ou moins parallèlement dans l'île du Sud. Cela s'explique par leur genèse : volcanique au Nord, glaciaire au Sud.


Dans l'île du Nord, ils résultent des phases d'éruptions volcaniques, occupant d'anciens cratères d'anciennes caldeiras pour les plus vastes (Taupo, Rotorua, Tarawera). Dans l'île du Sud, les glaciers descendant la chaîne alpine ont façonné de profondes vallées qui furent occupées par des lacs lors de la fonte glaciaire, la moraine terminale ayant constitué un barrage naturel. Ces lacs sont donc très profonds : plusieurs centaines de mètres et jusqu'à 100 mètres sous le niveau de la mer ! Il y a aussi des lacs de barrages artificiels (bassin du Mackenzie).


Ce qui fait l'attrait des paysages lacustres, c'est la couleur irréelle des eaux, aux nuances de bleu. C'est aussi leur écrin montagneux, surtout si les sommets sont enneigés (ce qui ne fut pas souvent le cas en cette fin d'été). La coloration des eaux lacustres, est due au produit de l'érosion glaciaire, une fine poudre blanchâtre que l'on nomme « farine glaciaire ». Les lacs néo-zélandais sont des ressources hydrauliques et évidemment touristiques. Certains d'entre eux ont fait l'objet d'aménagements hydroélectriques, notamment dans le Canterbury, d'autres font la joie des amateurs d'activités nautiques (lac Wanaka, lac Wakatipu à Queenstown).


Des lacs à protéger.


Le mouvement environnemental néo-zélandais prit naissance à la fin des années 1960. C'est un projet d'aménagement du lac Manapouri (rappelez-vous, celui que l'on doit d'abord traverser pour atteindre le Doubtful Sound) qui a fait prendre conscience à la population de la nécessité de protéger ce lieu unique. Il s'agissait d'élever le niveau du lac de 30 mètres. C'est une pétition signée par 10 % de la population néo-zélandaise qui a permis de sauver le lac Manapouri. C'est bien dommage que le Glen Canyon, englouti par le lac Powell, au sud-ouest des États-Unis, n'ait pas bénéficié des mêmes égards, malgré les protestations à la même époque !


Le plus grand : le lac Taupo.

Le lac Taupo 


Avec une superficie de plus de 600 km, le lac Taupo est une véritable mer intérieure, au centre de l'île du Nord. Il s'est formé à la suite d'une gigantesque explosion volcanique il y a plusieurs milliers d'années ayant projeté d'énormes volumes de produits pyroclastiques (cendres, lapillis...) sur plusieurs kilomètres d'altitude, provoquant l'effondrement de l'édifice volcanique et la formation d'une caldeira. A Taupo, il est agréable de se promener en soirée le long du front de lac et de profiter du coucher de soleil, avec pour toile de fond le profil des volcans du parc national de Tongariro.


La situation centrale de Taupo dans l’île du Nord est idéale pour rayonner dans la région : Rotorua, Tongariro, Napier, les parcs géothermiques de Waiotapu et Orakei Korako. Nous avons donc décidé de séjourner cinq jours à Taupo, dans une belle maison d’hôtes trouvée sur Airbnb et située sur les hauteurs d'Acacia Bay. Si l'emplacement tourne le dos au lac et se situe à dix minutes de la ville en voiture, c'est un lieu très calme. L'accueil exceptionnel de nos hôtesses nous ont facilité le séjour et nous avons apprécié les conversations avec Kate sur la société néo-zélandaise et les conseils avisés d'Alex, professionnelle du tourisme.


Le plus long : le lac Wakatipu


Avec ses 75 km de long et sa forme caractéristique en S, c'est l'un des plus beaux lacs et des plus visités. Le cadre alpin offert par la chaîne des Remarkables renforce le caractère grandiose du lac Wakatipu. Pour bénéficier de la meilleure vue il aurait fallu monter jusqu'à à la plate-forme par le téléphérique Gondola, qui domine Queenstown. Mais trop de monde et trop de nuages noirs ce jour-là! Aussi avons-nous préféré fuir l'agitation de cette ville et longer le lac jusqu'à son extrémité nord, à Glenorchy, petite localité de bout du monde, au pied des Alpes du Sud et des glaciers. De l'autre côté de la chaîne, c'est le Milford Sound. Il y règne une atmosphère de sérénité, malgré l'animation touristique. A chaque tournant de la route sinueuse le long du lac, le paysage se renouvelle, tantôt sur le lac, tantôt sur les montagnes ou les deux à la fois.




Le plus grand volume d'eau douce : le lac Te Anau



Deuxième lac de Nouvelle-Zélande par sa superficie, et l'un des plus profonds (plus de 400 m), il constitue la première réserve d'eau douce de Nouvelle-Zélande et même de toute l'Australasie. Il a la particularité d'être digité par trois fjords lacustres. La route du Milford Sound le longe sur la moitié de sa longueur et offre un beau belvédère à Te Anau Downs


Le plus alpin : le lac Pukaki



Il fait partie de la trilogie des lacs alpins du bassin de Mackenzie avec les lacs Tekapo et Ohau. Avec le Mont Cook en arrière-plan, c'est un des plus photogéniques.


Les jumeaux : les lacs Wanaka et Hawea.


Deux lacs allongés et parallèles, comme deux frères. Ils ne sont séparés que par un isthme de deux kilomètres qu'emprunte la route SH6, The Neck. Le premier, Wanaka, est plus animé et touristique, du moins sur sa rive sud où se situe la ville éponyme, une petite sœur de Queenstown, en quelque sorte. Le second, Hawea, est beaucoup plus tranquille. Nous avons pu y effectuer une très agréable randonnée de trois heures en aller-retour le long de la rive méridionale.




Notre préféré: le lac Tekapo (710 m)


C'est ici que l'azur et le turquoise dans toutes leur subtilité s'expriment le mieux. Couleurs modulées selon la lumière et l'action du vent. L'environnement montagnard y est majestueux et sauvage. Du mont John où se trouve un observatoire astronomique, facilement accessible par une petite route à péage, le panorama à 360° sur le lac, les montagnes et la vaste plaine de Canterbury est somptueux ! Certes c'est touristique, mais les visiteurs ne sont que de passage et se limitent à la petite église de pierre et au mont John. Si nous devions revenir en Nouvelle-Zélande (dans une autre vie, qui sait ?) nous ferions un petit séjour à Tekapo. Il y a tant de belles randonnées à faire autour de ce lac !

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Waharoa, portail d'un pā (village fortifié). Te Papa Tongarewa, Museum of New Zealand

Ahipara, Kaitaia, Mangonui, Kaeo, Waipapa, Haruru, Paihia, Oipua et... Russel. Tiens ! Un toponyme d'origine européenne ! L'itinéraire que nous empruntons ce jour-là sur la SH10 d'Ahipara à Russel, dans l’extrémité septentrionale du pays, ne traverse que des localités à consonance maorie. En route, nous passons devant un marae, la maison commune tribale, pourvue d'un portail orné de sculptures anthropomorphes. C'est un lieu de cérémonies, un lieu rituel. Le lieu étant tapu (sacré), nous nous abstiendrons de photographier. Nous sommes réellement en terre maorie.

C'est frappant de constater lorsque l'on circule sur les routes néo-zélandaises, le nombre de toponymes d'origine maorie que l'on rencontre et c'est encore plus vrai dans l'île du Nord. Une singularité dans un pays anglo-saxon. Les deux langues, l'anglais et le maori, cohabitent un peu partout dans l'espace public, que ce soit sur les panneaux explicatifs des musées ou des parcs nationaux, dans les services publics ou sur les routes. Il y aurait donc une vraie volonté de la part des pouvoirs publics de redonner toute sa place à la culture maorie dans le pays. Celle-ci est surtout présente dans l'île du Nord, notamment autour de Rotorua, vers l'East Cape, dans le Northland et à Auckland.

Il est fréquent de voir sur une place, un quai, un front de mer ou devant un bâtiment public, des sculptures sur bois zoomorphes (oiseaux, serpents...) ou anthropomorphes, accompagnés de motifs d’entrelacs et de spirales. Nombreux sont les tiki , représentations d'ancêtre divinisés, offrant une physionomie déroutante : tête surdimensionnée, gros yeux, très large bouche, langue outrageusement tirée, tout cela étant destiné à défier l'adversaire potentiel.

Tikis à Rotorua 


Les Maoris sont des Polynésiens. Ils seraient venus des îles de la Société et des Marquises, sans doute de manière fortuite, en plusieurs vagues successives, sur leurs pirogues à double coque. Il a une filiation polynésienne dans les valeurs et l'organisation de la société chez les Maoris : poids de la tribu (iwi), de la famille au sens large (hapu), du mana, la force surnaturelle, du sacré (tapu). Ayant fait un voyage aux îles Marquises il y a une douzaine d'années, nous avons pu constater des similitudes culturelles dans les motifs des tatouages, dans les danses rituelles (le haka), dans l'art de la sculpture, dans la pratique des compétitions de pirogues. Aux Marquises, d'anciens marae (appelés me’ae) ont été restaurés avec soin pour accueillir les spectacles de danse du Festival des Arts Marquisiens qui a lieu tous les quatre ans et auxquels participent des délégations des diverses îles maories : Hawaï, Tuvalu, Samoa, Rapa Nui (île de Pâques) et… Aotearoa (dernier festival en 2019 à Ua Pou).

Auckland Museum  

Il y a aussi des similitudes linguistiques. A Waitangi, un Maori nous a dit qu'il pouvait y avoir une certaine intercompréhension au sein du monde polynésien, un peu comme pour les langues latines entre elles. Au musée Te Papa de Wellington, un jeu interactif montre quelques mots aux racines communes dans le monde polynésien.

Quelques exemples (Tahitien / Maori)

La terre, le pays : fenua, (henua en Marquisien) / whenua

La femme : vahine / wahine

Bonjour : ia orana / kia ora

Eau : vai / wai

Maison : fare / whare

« Viens, viens ! Sois le bienvenu! Bienvenue dans ce lieu sacré, la source de Waikoropupu » (Golden Bay)

C'est principalement (pour ne pas dire uniquement) à travers les expositions des musées que nous avons approché la culture maorie. En revanche nous avons renoncé aux spectacles, visites de « villages » et autres hangi (repas traditionnels), à caractère excessivement commercial, proposés aux touristes à Rotorua.

- L'excellent Te Papa Tongawera (la « boîte à trésors ») ou Museum of New Zealand à Wellington, consacre un étage entier au monde maori. Il y a un marae actif, donc considéré comme tapu, et par respect on est invité à ne pas prendre de photos.

- L'Auckland Museum, encore plus riche que celui de Wellington du point de vue des collections d'objets maoris et du monde polynésien dans son ensemble.

- Le Waitangi Treaty Grounds (voir à la lettre W), au bord de la Bay of Islands. C'est le seul lieu où nous ayons assisté à un spectacle de danses rituelles.


Façade d'un Marae (Auckland Museum) 
L'intérieur du marae, abondamment décoré 


Cette gigantesque pirogue de guerre exposée à Waitangi fait l'objet d'une grande vénération de la part des visiteurs maoris.  

Enfin, s'il y a une volonté affichée de la part des autorités néo-zélandaises de reconnaître l’importance de la sauvegarde de la langue et de la culture maories, si nombre de Néo-Zélandais sont fiers d'appartenir à cette double culture, force est de constater qu'un grand nombre d'emplois subalternes sont occupés par les Maoris, quand ces derniers ont un emploi...

Ahakarewarewa, village thermal maori à Rotorua
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Voyage en Art déco

Dans un pays où les villes ne semblent pas vouloir être candidates pour un concours de beauté, cette charmante petite ville serait facilement lauréate si un tel concours existait ! Baignée par l'immense baie de Hawkes, Napier nous a séduits. Cette ville portuaire doit sa beauté au drame qui l'a frappée le 3 février 1931. Ce jour-là, un séisme de 7,9 de magnitude la dévasta entièrement. Ce fut la plus importante catastrophe du pays (Christchurch en 2011 : 6,3). Mais Napier sut renaître de ses cendres. Renaître, c'est bien de cela qu'il s'agit, puisque le centre a été reconstruit dans le style de l'époque, le style Art déco. Napier est ainsi devenue une sorte de musée à ciel ouvert de l'Art déco : frontons arrondis, bow-windows, motifs géométriques, angles en arrondi, pans coupés, couleurs pastel, paniers et guirlandes stylisées de fleurs ou de fruits.

Napier 
Marine Parade 

Il est agréable de se balader à l'ombre des pins sur Marine Parade, une longue promenade de front de mer, bordée de jolis jardins très fleuris, face à Hawke's Bay, une des plus belles baies de Nouvelle-Zélande. Ou de flâner dans le secteur piétonnier entre Emerson Steet et Tennyson Street, là où se situent les plus beaux édifices, avant de déguster des fruits de mer.


A l'écart du centre et près du port, le siège de la National Tobacco Company est sans doute l'édifice Art déco le plus abouti de Napier.

Le siège de la National Tobacco Company, située près du port, est sans doute l'édifice Art déco le plus abouti de Napier.   

A une vingtaine de kilomètres de Napier, on peut admirer d'autre édifices du même style à Hastings, la ville jumelle, elle aussi touchée gravement par le tremblement de terre. Et puis on peut poursuivre cet itinéraire « art déco » vers la façade maritime opposée de l'île du Nord.

Le beffroi d'Hastings 

Détour par Wanganui

Si l'architecture de Napier en a fait un lieu touristique, il n'en est rien de Wanganui. Cet ancien port fluvial situé à l'embouchure du fleuve éponyme, sur la route de Wellington à New Plymouth est ignoré des touristes. Pourtant par son charme désuet, Wanganui mérite un détour. Victoria Avenue, la rue principale bordée d'arbres, aligne en effet elle aussi de beaux édifices de styles art déco et néoclassiques.

Watt Fountain et ses réverbères à gaz victoriens à Wanganui
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Une plage de 90 miles ! C'est exagéré ! Il faudrait lire le chiffre 9 à l'envers. En réalité 60 miles, soit pas loin d'une centaine de kilomètres tout de même ! Elle occupe toute la côte ouest de la péninsule d'Aupouri, un territoire de bout du monde !

Pour y parvenir, il nous a d'abord fallu franchir par de ferry de Rawene le Hokianga Harbour, une ria de 30 km de long, bordée de hautes dunes de sable doré. Le petit village d'Opononi est comme figé par le temps. Il conserve quelques maisons coloniales et d'anciennes églises de bois et offre quelques hébergements. Nous y avons passé une nuit, au terme de la route des kauris. Calme et repos assurés : ici on est loin des foules de la péninsule de Coromandel ou de l'agitation urbaine d'Auckland ! Les meilleurs belvédères (lookout) pour contempler ces majestueux paysages de dunes sont indiquées sur cette carte.


Opononi 
Opononi 
La traversée du Hokianga Harbour 


Après avoir traversé une douce campagne verte et ondulée, nous arrivons à Ahipara où se situe notre hébergement : « Escape to 90 Mile »

Cette maison de vacances que les Néo-Zélandais appellent « bach » fut une bonne surprise et un véritable enchantement ! Une vue exceptionnelle à 180° sur la mer de Tasman et sur les premiers kilomètres de la Ninety Mile Beach qui s'étend loin vers l'horizon. Nous avons apprécié le confort de cette grande maison, son séjour spacieux, ses deux chambres sur deux niveaux, sa cuisine entièrement équipée, sa vaste terrasse et même une excellente connexion wifi. Le prix était modéré vu la qualité des prestations. Un hébergement à recommander pour un séjour reposant. Il faut apporter ses provisions, car les commerces les plus proches se trouvent à 15 km à Kaitaia. Une curiosité spécifique au bach néo-zélandais : nous n'avons pas été accueillis en personne par nos hôtes, ni par qui que ce soit. Je n'ai reçu qu'un courriel indiquant le moyen de se rendre au logement ainsi que le code de la serrure électronique. Il y avait juste un petit mot d'accueil personnalisé sur une ardoise.

 Notre "bach" néo-zélandais: "Escape to 90 Mile" 

J'avais réservé deux nuitées et programmé un aller-retour vers le cap Reinga. Eh bien nous avons préféré nous reposer (surtout après quelque 6 000 km de route !) et éviter les quatre heures de route aller et retour, pour profiter de ce magnifique endroit et faire des balades sur la plage située juste en contrebas !

Pour tout savoir sur le bach, la petite maison de vacances néo-zélandaise:

https://maison-monde.com/bach-maison-vacances-nouvelle-zelande/

De la terrasse de notre bach, nous ne nous lassons pas du spectacle de cette plage interminable qui disparaît à l'horizon. Un paysage désolé et quasi désertique battu par les vagues et le vent. Sans doute est-ce la raison pour laquelle James Cook nomma cet endroit Desert Coast. Nous admirons à loisir les couleurs changeantes de la mer de Tasman. Quelques voitures circulent sur la plage à marée basse. Idée incongrue à notre avis ! mais au milieu de l'après-midi le ciel est devenu menaçant, puis nous a déversé un déluge durant vingt-quatre heures ! Nous sommes heureux de ne pas être allés nous faire rincer au cap Reinga !


Avec la Bay of Island et la route des kauris, cette étape fut pour nous un des trois sites phares de la péninsule du Northland. Celle-ci largement délaissée par la plupart des voyageurs et c'est dommage (ou tant mieux, d'une certaine manière !). Le Northland a beaucoup à offrir : sites naturels, sites historiques de Kerikeri et de Waintangi, etc. Mais sa découverte demande du temps : en ce qui nous concerne, presqu'une semaine.


Les sites majeurs du Northland sont ICI

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Retour sur la côte ouest pour découvrir ces lieux oubliés des itinéraires habituels

https://drive.google.com/open?id=1nhAUbrw3s8qthCGZ33pWa37O_Pvb9fzC&usp=sharing

Détour à Okarito.

Okarito est un petit village historique, isolé et assoupi, situé au bord d'une plage sauvage et d'une lagune, l'Okarito Lagoon, une réserve de dizaines d'espèces d'oiseaux, notamment de très rares échassiers.

Nous quittons la SH6 pour prendre une étroite route sinueuse qui traverse la forêt. Celle-ci abrite le Kiwi d'Okarito (Apteryx rowi), une espèce menacée. Aussi des panneaux de signalisation nous invitent-ils à être vigilants. Nous longeons la rive sud de la lagune, passons devant l'Okarito Wharf (l'ancien quai), puis arrivons au village constitué de quelques maisons de bois alignées le long de l'unique rue, The Strand.

Okarito Wharf sur la lagune d'Okarito 

Il y a peu d'hébergements et aucune possibilité d'approvisionnement dans le village. Mais j'ai pu trouver de la disponibilité dans un lodge : Okarito Beach House. Nous avons préféré le Summit Loge avec ses chambres confortables et son vaste espace cuisine-séjour parfaitement équipé, mais peu apprécié The Hutel, un bungalow vétuste, pas très propre et trop cher (les photos sur le site sont trompeuses !)

Malgré la présence d'une agence proposant quelques activités (kayak, sorties ornithologiques...), on est loin ici de la frénésie touristique de Franz Josef, pourtant à seulement une demi-heure de route ! On a du mal à imaginer que ce village somnolent fut autrefois le troisième port de la côte ouest ! Dans les années 1860, la population atteignait plus de 1 500 personnes, et la ruée vers l'or attirait encore davantage de monde dans les environs immédiats ! Durant cette période, le quai d'Okarito (Okarito Wharf) qui a été restauré, a vu débarquer en une journée plus de cinq-cents mineurs, en provenance d’autres régions de Nouvelle-Zélande, d'Australie et du reste du monde. Il n'y avait pas moins d'une trentaine de magasins et d'hôtels le long de la rue principale et les propriétaires de bars faisaient de grosses affaires !

Mais dès le début des années 1880, à la fin de la ruée vers l'or, il y eut un reflux et la population se réduisit à une douzaine de familles. Aujourd'hui les habitants d'Okarito ont probablement le sentiment communautaire le plus développé de toute la côte ouest. En témoignent le nombre de baches, ces anciennes résidences familiales transformées en résidence secondaires par leurs propriétaires qui viennent de tout le pays y passer leurs vacances en été.

Le souci de restauration témoigne également de l'attachement de cette communauté à ses racines. Ainsi furent restaurés l'Okarito Wharf, l'ancienne école et le Donavan's Store, le plus ancien bâtiment commercial encore debout de la côte ouest. Celui-ci, initialement hôtel et bar à filles, fut reconverti en magasin dans les années 1890. Il accueille aujourd'hui une bibliothèque et diverses manifestations communautaires : prestations artistiques d'un musicien, d'un poète, expositions (il y avait un banquet animé en ce dimanche).

Donavan's Store à Okarito 

Notre première journée se terminera par une agréable promenade sur la plage de galets par une chaude lumière de fin d'après-midi. A un jet de pierre, les plus hauts sommets enneigés de la chaîne des Alpes du Sud se profilent à l'horizon. Une vue exceptionnelle, alors que nous sommes au bord de la mer de Tasman. Mais nous sommes en Nouvelle-Zélande, le ciel est capricieux, il s'assombrit et de gros nuages noirs font disparaître la montagne.

En effet le lendemain, pour le Three Mile Pack Track, la randonnée de trois heures, prévue jusqu'au Three Mile Lagoon, ce sera à l'eau ! Et c'est le cas de le dire car ce jour-là, il était tombé des cordes ! Donc ni randonnée, ni excursion ornithologique sur la lagune et encore moins balade nocturne en forêt à la recherche des timides kiwis. Mais une journée consacrée à la lecture, réfugiés dans le confort de notre bungalow. A la fin de la journée une lueur rouge apparaît à travers la fenêtre. Je sors, le parapluie est devenu inutile. Et je ne suis pas le seul à prendre l'air ! Tout le village semble s'être réveillé et donné rendez-vous sur la plage pour admirer ce spectacle !

Vers Westport

En Nouvelle-Zélande l'humeur du ciel étant très changeante, une journée ne ressemble pas nécessairement à la suivante, car quittant Okarito, nous avons droit au retour du grand beau et cela va durer de manière quasi continuelle toute la semaine !

Nous longeons la côte ouest en direction du nord. Bref arrêt à Hokitika, capitale du pounamu (néphrite), le jade néo-zélandais, taillé et sculpté par les artisans locaux. Les Maoris qui l'avaient découverte, donnèrent à l'île du Sud le nom de Te Wai Pounamu, « La rivière des pierres vertes ». D'ailleurs on désigne aussi l'île du Sud sous le nom d'île de Jade.


Nous passons devant Seddon House, un élégant bâtiment néoclassique de brique et de pierre, ancien palais de justice aujourd’hui classé. Devant la façade se dresse la statue de Richard Seddon, coiffée irrespectueusement. Richard Seddon fut une sorte de Jules Frerry néo-zélandais, un homme d’État de premier plan qui fut premier ministre de 1893 à sa mort en 1906. Sous son gouvernement, la Nouvelle-Zélande se dota dès 1898 d'un système de pensions et de sécurité sociale, et fut le premier pays à accorder le droit de vote aux femmes, y compris pour les femmes maori (1893). Comme Jules Ferry, ce fut aussi un fervent partisan de l’expansion de l’Empire colonial, notamment dans le Pacifique (annexion des îles Cook et Niue).


Après Greymouth, modeste capitale (10 000 habitants) de cette région sous-peuplée, se succèdent de somptueux panoramas côtiers sous un ciel méditerranéen : plages sauvages, îlots rocheux, falaises, en particuliers les fameux Pancakes Rocks à Punkaiki, où nous retrouvons la foule des visiteurs de toutes nationalités, notamment des groupes chinois. C’est une curiosité géologique de la côte ouest : ces empilements de "crêpes" sont dus à l'érosion différentielle des roches de calcaire dolomitique par les vagues et les eaux de pluie.

Arrivés à Westport, principal port de la côte ouest, nous faisons une agréable petite randonnée côtière jusqu'au cap Foulwind pour observer une colonie d'otaries.

Cap Foulwind 

Westport est une petite ville située sur l'estuaire du fleuve Buller. C'est un carrefour routier qui permet de se rendre vers le nord et l'est de l'île de Jade par la vallée du Buller. Mais nous préférons d'abord faire étape ici durant deux jours. Ce sera au Carters Beach Bed & Breakfast.

Sue fut une hôtesse très sympathique, prévenante, qui a le souci du bien-être de ses hôtes. Sa maison est accueillante et son jardin est magnifique. Le petit-déjeuner pris dans la salle à manger est un moment privilégié, non seulement pour sa qualité, mais aussi pour les échanges avec Sue sur nos pays respectifs. Elle affiche une carte du monde où sont épinglés les pays d'origine de ses hôtes. La France, qu'elle a déjà visitée, y est bien représentée.

La région de Westport mérite que l'on s'y attarde, car elle offre de nombreux sites intéressants : Cap Foulwind, anciennes mines de charbon, Opara Basin près de Karamea. Nous allons donc continuer notre exploration de la côte ouest, plus au nord, dans des terres très peu peuplées, au-delà de Kamarea. La route SH67 est assez longue (120 km) et une journée entière nous aura été nécessaire pour effectuer cette excursion en aller et retour depuis Westport. Malgré cela, nous avons apprécié ce détour, car les paysages sont variés, les sites intéressants et les visiteurs rares. Une atmosphère de bout du monde.

Au bord de route, nous rencontrons ces insolites sculptures sur bois 

Détour par l'ancienne cité minière de Denniston.

Au village de Waimangaro, à une quinzaine de kilomètres de Westport, nous bifurquons vers l'intérieur des terres par une route en lacets qui gravit une pente très escarpée jusqu'à l'ancienne cité minière de Denniston, située sur un plateau qui domine de 600 mètres l'étroite plaine côtière. C'est aujourd'hui une ville fantôme que l'on peut visiter librement. Mais dans les premières décennies du XXe siècle, il y avait ici jusqu'à 1 500 habitants au service de ces mines de charbon.

Une atmosphère de mélancolie se dégage de ces friches industrielles où les témoins rouillés de ce passé minier se dispersent tristement au sein de la végétation qui a repris ses droits depuis la fermeture définitive du site en 1967.

A Denniston, la Nature reprend ses droits 


Il y a plusieurs sentiers de randonnées sur le site (de 40 minutes à 3 heures). Nous emprunterons le sentier de découverte en boucle qui nous permet en une heure de parcourir les différentes parties de la cité minière jusqu'à la star des lieux : la Denniston Incline, surnommée la huitième merveille du monde par les autochtones, un ingénieux système inauguré en 1880 pour faire descendre vers la plaine, sur une pente très raide, les wagonnets chargés chacun de douze tonnes de charbon. Une opération périlleuse qui nécessitait un solide système de freinage. Nombreuses furent les victimes qui périrent écrasées suite à un accident technique.

Denniston Incline 

Devant l'ancienne école, un mineur retraité, lui-même fils de mineur, commente les panneaux explicatifs accompagnés d'anciennes photographies à une jeune visiteuse chinoise. En réponse aux questions pertinentes de cette dernière sur les conditions de travail de l'époque, il affirme qu'en cas d'accident aucune indemnité n'était prévue. Même en cas de décès accidentel d'un mineur, sa veuve ne recevait rien de la compagnie ! Dans un pays qui fut le premier à donner le droit de vote aux femmes et qui fut une sorte de laboratoire du monde sur le plan économique et social sous le gouvernement Seddon, il est surprenant et choquant d'entendre ce témoignage !

Vers Oparara Basin

Nous reprenons la route, toujours vers le nord et traversons d'autres anciennes villes charbonnières qui ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes. Puis la route quitte la côte pour franchir un éperon boisé. Les virages serrés s'enchaînent. Le paysage devient plus sauvage avec les ingrédients habituels : végétation dense, fougères arborescentes, arbres aux troncs moussus. Puis la route redescend vers Karamea un village léthargique et hors du temps, au milieu de vertes prairies.

Nous poursuivons toujours plus au nord, la route devient une piste, longe de vastes plages solitaires et se termine en cul de sac dans un terrain de camping situé à l'embouchure d'un fleuve côtier. Nous sommes à Kohaihai, en limite de l'immense parc national de Kahurangi qui s'étend jusqu'à la Golden Bay. Au-delà, c'est à pied qu'il faudrait poursuivre, par le Healphy Track qui rejoint Collingwood sur la Golden Bay, une grande randonnée de 78 km en cinq jours. Évidemment, ce n'est pas prévu au programme ! Nous avons donc manqué la bifurcation vers Oparara Basin ! Il nous faut donc faire demi-tour.

La McCallums Mill Road est une piste de gravier de quinze kilomètres qui grimpe à travers la forêt d'Oparara Basin. Elle est très praticable pour voiture ordinaire, mais elle est interdite aux camping-cars en raison de son étroitesse. A partir du parking plusieurs options de randonnées s'offrent aux visiteurs, très peu nombreux ici. Nous optons pour la balade de Moria Arch en une heure aller et retour. Le sentier bien tracé et balisé pénètre dans une sombre forêt de hêtres très humide et très dense. Fougères et mousses en abondance, un univers sauvage rempli de quelque mystère. Un petit fantail espiègle et très vif déploie l’éventail de sa queue, sans doute pour se justifier de son nom anglais, mais le coquin se dépêche bien vite de la reployer dès que l'on est prêt à le prendre en photo ! Nous arrivons enfin à Moria Arch, une voûte de calcaire traversée par une rivière aux couleurs rougeâtres surnaturelles, point d'orgue de cette très belle excursion dans ces confins de la West Coast.


Oparara Basin: Moria Arch 
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Peut-être est-ce à cause des dégradations sur l'environnement causées par les premiers colons, que l'État néo-zélandais a mis en place dès la fin du XIXe siècle (Tongariro, 1887) un excellent réseau de parcs nationaux administrés par le Department of Conservation (DoC). La Nouvelle-Zélande a ainsi créé quinze parcs nationaux, majoritairement situés dans l'île du Sud et couvrant près de dix pour cent de la superficie du pays. Le plus petit est le P.N. Abel Tasman, fondé en 1942 et le plus vaste le P.N. de Fiordland, l'un des plus grands au monde avec 12 000 km2, lequel forme avec les P.N d’Aoraki/Mt Cook et Aspiring, Te Wāhipounamu, inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. Si l'on ajoute les parcs forestiers et les réserves naturelles, ce sont en tout près de 60 000 km2 qui sont protégés, soit plus d'un cinquième du territoire néo-zélandais, ce qui est énorme ! Ajoutons que la protection y est intégrale, contrairement à la zone de cœur des parcs nationaux de France où le pastoralisme est toléré.

https://www.doc.govt.nz/nationalparks

Abel Tasman National Park 


La qualité des aménagements, des équipements et de l'entretien des parcs nationaux néo-zélandais est remarquable. Cette gestion rigoureuse, assez lourde à supporter financièrement pour un si petit pays, est à souligner. Pourtant, une fois n'est pas coutume, ils sont gratuits. En dehors de quelques pays d'Europe, dont la France, la plupart des pays de monde exigent un droit d'entrée dans leurs parc nationaux, parfois plus élevé pour les étrangers. Une de nos hôtesses, professionnelle du tourisme, nous a parlé du débat qu'il y a eu dans le pays pour faire payer l'entrée des parcs nationaux aux étrangers. Eh bien le gouvernement de Nouvelle-Zélande s'y refusé pour des raisons d'éthique, du moins jusqu'au 1er octobre 2019, date à laquelle le paiement d’une taxe touristique et pour la préservation de la nature est exigée de la part de tous les voyageurs se rendant en Nouvelle-Zélande.

Un sentier superbement aménagé dans le Tongariro National Park 

Randonnées

Les parcs nationaux du pays sont sillonnés de sentiers de randonnée bien tracés. La Nouvelle-Zélande est un pays d'éden pour les randonneurs ! Les Néo-Zélandais sont proches de la nature. Avec la voile, le surf, la pêche et l'escalade, la randonnée, fait partie des activités les plus populaires. On parle de « tramping » ou de « walking », la première expression désignant généralement une randonnée plus soutenue. L'immense réseau de sentiers (tramps) est géré par le DoC et quelle gestion ! Des sentiers admirablement aménagés, bien balisés, parfaitement entretenus et en accès libre ! Et cela dans les plus beaux sites du pays ! Un modèle ! Un vrai bonheur ! Le seul inconvénient : l'état du ciel ! Donc pas oublier le vêtement de pluie et le cas échéant le répulsif contre les insectes (les sandflies) ! Le DoC propose différents niveaux de randonnées depuis les « short walks », très faciles jusqu'au niveau « expert » des Great Walks sur plusieurs jours avec nuitées dans les huts et réservation obligatoire.

Nos plus belles randonnées sont décrites dans ce récit, notamment celle des Tama Lakes dans le parc national de Tongariro qui n’a certainement rien à envier au très populaire et hyper-fréquenté « crossing »


Aoraki/mount Cook N.P.  
Tama Lakes ,Tongariro National Park


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Il peut être agréable de ne rien faire d'autre que regarder l'animation qui règne autour de soi. Côté mer, une flottille de petits voiliers de type Optimist d'une école de voile, des bateaux-taxis qui vont et viennent et un ferry qui s'apprête à appareiller. Coté terre, des enfants s'ébattent joyeusement dans une aire de jeu superbement aménagée. Nous sommes à Picton, le port des ferries qui font la liaison entre les deux îles, situé au fond du Queen Charlotte Sound, l'un des bras de mer des Marlborough Sound. Nous attendons le bateau-taxi qui doit nous faire traverser ce bras de mer pour nous amener dans la baie de Lochmara où de situe notre logde. La traversée dure un quart d'heure.


Le Lochmara Lodge se trouve dans un site enchanteur, en pleine nature, loin de tout. A première vue l'endroit paraît idyllique et parfait pour se reposer. Nous sommes accueillis par un jeune homme sympathique souriant et plein de dynamisme (genre « gentil organisateur »). Il nous fait découvrir les lieux et nous briefe rapidement sur les « activités » : kayak, nourrissage des oiseaux, observation de la faune sous-marine et je ne sais quoi d'autre. Mais peu importe, nous n'étions pas venus pour cela. En fait le complexe est situé au cœur d'une sorte de vaste parc d'attraction tourné vers la nature. Il est ouvert aux non-résidents moyennant un droit d'entrée. L'établissement se veut à la fois à vocation écologique et artistique, avec des programmes de protection de la nature et de sauvegarde d'espèces menacées comme le Kakariki un petit perroquet endémique.

Lochmara Lodge 
Œuvres d'art dans le parc de Lochhmara 

Les bâtiments sont étagés sur le versant, face à la mer. Du balcon de notre chambre s'ouvre une très belle vue sur la baie. Les nombreux oiseaux, omniprésents contribuent à enchanter l'ambiance. On peut même converser avec un joli perroquet, dont j'ai oublié le nom. C'est apparemment la mascotte de l'établissement. Un séjour idyllique prometteur avons-nous dit ? Las !

Notre séjour s'est déroulé au cours d'un week-end et il y avait beaucoup de monde. Les chambres étant disposées à proximité du bar-restaurant, au lieu de contempler sereinement le paysage, nous avons subi les vociférations des clients du bar. Le lieu est très mal entretenu, voire sale, particulièrement dans les espaces communs où le jardin mériterait plus de soin. Une écologie à bon marché ! Enfin le prix est TRÈS abusif compte tenu des prestations offertes et le coût du transport par bateau-taxi équivaut à celui du ferry vers Wellington ! Sans parler des petit-déjeuner chers et mesquins. Enfin toutes les chambres ne se valent pas. Si la nôtre était convenable, j'en ai même vu une, ridiculement exigüe et borgne ! Si l'on recherche la sérénité, le calme, la tranquillité, il ne faut pas venir à Lochmara le week-end

Randonnée sur le Queen Charlotte Track

Quoiqu'il en soit, la situation du lodge s'est avérée idéale pour entreprendre une magnifique randonnée sur un tronçon du Queen Charlotte Track, et cela sous un ciel radieux ! Le but de la randonnée est un petit sommet de 400 mètres d'altitude, Onahau lookout , lequel nous demandera deux heures d'ascension sur un sentier qui se faufile parmi la densité végétale. À mesure que nous grimpons, les vues qui se dévoilent sur les baies du Queen Charlotte Sound à travers la végétation sont à couper le soufle. Clac ! Clac ! Clac ! Quel sont donc ces claquements secs que nous entendons de temps à autre ? Cela semble provenir des arbres, mais nous ne voyons rien de tangible. Nous apprendrons qu'il s'agit du Weta, un des insectes de l'ordre des Orthoptères, donc apparenté aux grillons et criquets. Un insecte géant, muni de puissantes mandibules et évidemment endémique de Nouvelle-Zélande. Nous avons pu en observer dans des petites niches vitrées, aménagées dans le parc de Lochmara Lodge.

Arrivés au belvédère d'Onahau, nous découvrons un panorama grandiose à 360° sur les Marlborough Sound : un labyrinthe où s’entrelacent presqu'îles boisées, baies et criques d'un bleu intense. Comme pour la Bay of Islands ou le Doubtful Sound, ce paysage a été dessiné par la remontée des eaux marines après la dernière glaciation. Le Queen Charlotte Sound est très animé : flottille de voiliers, ronds dans l'eau exécutés par un jet-boat et, au loin le ferry qui vient de Wellington sur l'île du Nord. C'est la route maritime que nous emprunterons le lendemain.

Le Queen Charlotte Track traversant des terrains privés, un permis est requis pour l'emprunter, le Queen Charlotte Track Land Cooperative (QCTLC) Pass. On peut se le procurer auprès des i-Sites, des agences et des hébergements ou en ligne sur le site du QCTLC pour 12 NZD à la journée ou 25 NZD pour cinq jours. Ce droit est perçu pour l'entretien du sentier.


https://sites.google.com/view/qctlc

En attendant le ferry, allez déguster les fameuses « greenshell », les succulentes moules de Havelock dans un des restaurants de front de mer à Picton.

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Revenons sur la route SH67, entre Westport et Karamea. Rappelez-vous, celle qui nous a amenés jusqu'au bassin d'Oparara. A mi-parcours, la route doit quitter le littoral, car à cet endroit la montagne se « jette » littéralement dans la mer de Tasman. La plaine littorale a donc disparu, remplacée par de hautes falaises escarpées. Ainsi devais-je négocier dans la montagne quantité de virages à la queue leu leu. Au moment d'aborder l'une de ces épingles à cheveux, surprise ! Je vois un panneau de limitation de vitesse à... 100 km/h ! Quand on disait qu'ils ont le l'humour ces Kiwis !

En fait la règle, c'est une vitesse limitée à 100 km/h

Et cette règle s'applique partout dans le pays, même sur une route de montagne ! Mais bien sûr, toute règle à ses exceptions qui sont spécifiées par les panneaux de limitation ad hoc (dans une agglomération par exemple). En revanche ce qui est appréciable, c'est quand on vous indique la vitesse recommandée pour aborder un virage (panneaux sur fond jaune). J'ai vu ce type de panneau quasiment à chaque virage sur les State Highways, les routes nationales. En règle générale la limitation de vitesse est à peu près respectée, je dis bien respectée à 100 km/h, c'est-à-dire pas à moins (quand c'est possible) ! Par conséquent, le touriste qui traîne un peu sur la route, le Kiwi n'aime pas trop cela !

Deuxième règle : en Nouvelle-Zélande, on roule à gauche !

C'est rappelé sur le tableau de bord de la voiture de location, à la sortie d'un parking dédié au tourisme, etc. De ce point de vue, les Néo-Zélandais, et notamment les loueurs de voiture, se méfient un peu du touriste étranger, sauf s'il est Britannique, Australien, ou Japonais. La première question que le loueur m'a posée en arrivant à l'agence de Christchurch, dans un anglais très intelligible pour mes oreilles : « did you ever drive on left ? ». Quand le lui ai répondu par l'affirmative (Angleterre, Irlande, Japon) je le sentais rassuré. Cela ne l'a pas empêché de me faire passer un petit test informel de code de la route. Je n'ai pas eu tout bon (4 sur 5) ! En effet, me montrant un dessin, il me demande :

- « En abordant ce rond-point, de quel côté regardez-vous ? »

- « Euh... to the left ? »

- « NOOOO ! To the RIGHT ! »

Oui, si l'on conduit à gauche, on regarde néanmoins à droite ! Quoi qu'il en soit, on s'adapte très rapidement, pour ne pas dire immédiatement à la conduite à gauche, et c'est préférable ! Lors de la seconde location à Wellington, on a compris que je n'étais plus un néophyte, et le contrat a été rapidement signé, d'autant que j'ai été reçu par une personne francophone !

Petits rappels utiles, y compris pour les piétons distraits 

Troisième règle : le permis international est exigé.

Du moins si le permis national n'est pas rédigé en anglais. Les deux agences de location à Christchurch et à Wellington m'ont explicitement demandé mon permis international. Mon épouse n'ayant pu l'obtenir à temps, à cause des délais énormes à Nantes, on ne lui a pas permis d'être seconde conductrice. Cependant il est possible se faire traduire son permis par une agence homologuée. Voir ici :

http://www.nzta.govt.nz/driver-licences/new-residents-and-visitors/approved-translators/

Le réseau routier est en excellent état et très bien entretenu par la NZTA. Pourtant en dehors de quelques grands axes, par ailleurs assez chargés, il ne faut pas espérer faire une grosse moyenne horaire. La Nouvelle-Zélande est un pays très cloisonné par le relief, si bien que la plupart des routes sont extrêmement sinueuses et accidentées. Des moyennes de 40 km/h, voire moins, ne sont pas rares sur les routes de montagne. Par ailleurs on rencontre régulièrement des tronçons à circulation alternée à cause des travaux. Il ne faut donc pas trop se fier aux estimations données par GoogleMap et planifier son itinéraire en connaissance de cause.

Sur les petites routes, les ponts à voie unique sont fréquents surtout dans l'île du Sud. Cela est dû au fait que les ponts peuvent être emportés par les crues. Donc leur restauration demande moins de temps et coûte moins cher, ce qui n'est pas anodin pour un si petit pays. D'ailleurs il n'est pas rare d'être confronté à des routes fermées ou à une circulation alternée, donc fortement ralentie, suite à des intempéries (inondations, glissements de terrain). A cet égard il est remarquable de constater avec quelle célérité, les hommes en orange de la NZTA ont remis en état la route SH1 au nord de Wellington, après le passage de Gita, ainsi que la SH6 sur la côte ouest de l'île du Sud.

Mes conseils.

Compte tenu de ce que j'ai écrit précédemment, prévoir des étapes pas trop ambitieuses en kilomètres et en temps. Prendre une assurance avec une couverture complète, d'autant plus que le surcoût est modeste. J’ai été l’auteur d’un accrochage sur un parking occasionnant de légers dégâts, notamment au véhicule tiers et je n’ai rien eu à payer. Je ne sais quel crédit donner à cette information, mais je me suis laissé dire que l'assurance automobile ne serait pas obligatoire en Nouvelle-Zélande et que certains conducteurs ne seraient pas assurés.

Un atlas et un guide routiers

- New Zealand Handy Atlas, Hema maps

Un excellent atlas routier qui me fut fort utile pour planifier l'itinéraire et pourvoir aux facéties du GPS. Avec 80 cartes à 1/400 000 approximativement, l'échelle est suffisamment grande pour que ce soit assez précis. Il y a une cinquantaine de plans de villes à différentes échelles, quatorze cartes des parcs nationaux et la liste des terrains de camping et des aires aménagées pour les camping-cars. J'en recommande l'acquisition.

- New Zealand's best trips. 26 amazing road trips, Lonely Planet.

Ce guide en anglais donne des idées d'itinéraires, accompagnés de suggestions de durée et d'adresses de restaurants et d'hôtels. J'y ai trouvé d'avantage informations que sur le guide Lonely Planet en français, L'essentiel de la Nouvelle-Zélande » qui n'est qu'un catalogue des activités à caractère commercial et que je ne recommande pas (en revanche, j'aime bien le guide du National Geographic)

Sur un pont autoroutier d'Auckland 
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Okarito, dimanche 11 février.

Je suis en train de lire dans la salle commune de notre lodge. Mais qui donc remue aussi brutalement le banc sur lequel je suis tranquillement assis ? En fait, il n'y a personne ! Pendant ce temps-là mon épouse se repose dans la chambre. Je la vois accourir en me disant que des objets (des cadres ou je ne sais quoi) sont tombés à terre sans qu'elle les ait touchés. Puis le couple californien avec qui nous partageons le lodge, arrive à son tour et on me montre sur l'écran d'une tablette la page d'un site internet (GeoNet) où je lis ceci : 4,5 de magnitude sur l'échelle de Richter. Nous venons de vivre en direct notre premier séisme en terre néo-zélandaise ! Et le foyer est peu profond (4 km) et peu éloigné (vers le Mont Cook). Chaque jour la Nouvelle-Zélande enregistre plusieurs séismes de différentes magnitudes et à différentes profondeurs. A l'heure où j'écris ce texte, il y a eu quatre séismes de faible magnitude et à grande profondeur dans la journée. Les manifestations telluriques sont le quotidien des habitants.

La Nouvelle-Zélande se trouve dans une des zones instables de la ceinture de feu du Pacifique. On se souvient du séisme de 2011 qui a dévasté Christchurch et qui fut le plus meurtrier depuis celui de Hawke's Bay en 1931 qui détruisit Napier et Hastings. Le pays est situé sur une charnière tectonique, la plaque du Pacifique s'enfonçant sous la plaque australo-indienne. Ces mouvements sont à l'origine du volcanisme dans l'île du Nord et de l'orogénie alpine dans l'île du Sud. Des failles actives cisaillent le pays selon la même direction subméridienne que la chaîne alpine, siège d'une importante activité sismique. Le site de Wellington épouse une faille vive majeure. Les fréquents séismes ont contraint la ville de construire les immeubles selon des normes parasismiques draconiennes.

Wellington, une capitale à la jonction des deux îles, mais sur un site exposé aux séismes. 

Séismes, tsunamis, volcans actifs, cyclones, glissements de terrain, voilà un pays bien exposé !

On peut consulter le site de GeoNet (Geological hazard information for New Zealand).

https://www.geonet.org.nz/earthquake/weak

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Voici encore un coup de cœur de notre voyage : le Parc national de Tongariro !

Situé sur le plateau central de l'île du Nord, c'est l'un des tout premiers parcs nationaux fondé au monde (1887). Avec les îles sub-antarctiques et Te Wahipounamu (incluant le Fiordland), c'est l'un des trois sites néo-zélandais inscrits au Patrimoine mondial par l'UNESCO. Ce classement est lié au caractère exceptionnel de ce massif, à la fois comme milieu naturel, mais aussi comme paysage culturel. Le parc se caractérise par la présence de volcans en activité (Rapehue, Ngauruhoe, Tongariro), par la richesse de ses écosystèmes et par ses paysages spectaculaires. Pour les Maoris, ces montagnes symbolisent les liens spirituels entre leur communauté et l'environnement. Elles ont donc une signification culturelle et religieuse particulière et certains sommets, considérés comme tapu, sont des lieux sacrés.

Contournement d'un « incontournable »

Évidemment, comme tout le monde, j'avais programmé la fameuse grande randonnée dite Tongariro Alpine Crossing. D'autant plus que les prévisions météorologiques s'annonçaient fort favorables ! Mais c'était sans compter sur un certain nombre de problèmes d'ordre logistique. Devant la popularité sans cesse croissante de ce « crossing », les stationnements sur les parkings sont désormais limités, les prix pratiqués par l'industrie des transports touristiques devenus abusifs, sans parler de la contrainte d'un horaire à respecter. Et puis surtout, il y a autre chose qui nous a vraiment dissuadés ! Alex, notre aimable hôtesse à Acacia Bay (Taupo), elle-même professionnelle du tourisme, nous met en garde. Elle nous parle de cohue sur le sentier, de longues processions quasiment à touche-touche, de vociférations et j'en passe. N'ayant pas trop l'esprit moutonnier, nous abandonnons. Nous préférons respirer la sérénité d'un lieu, plutôt que « s'en mettre plein les yeux », pour reprendre cette vilaine expression !

Tama Lakes

Alex nous propose alors une alternative : la randonnée moins exigeante vers les lacs Tama, au départ de Whakapapa Village (17 km et 6 heures aller et retour). Pas de problème de parking, un bon sentier modérément fréquenté et facile, des paysages de montagne époustouflants et la possibilité de marcher à son rythme. Cette option sera parfaite !

Le but de la randonnée est le lac Tama Supérieur, situé au pied du volcan Ngauruhoe, à 1 440 m d'altitude. Les deux lacs occupent d'anciens cratères d'explosion. Après avoir obtenu quelques informations pratiques auprès du Visitor center du parc, nous nous engageons sur un large sentier, bien tracé, qui monte très progressivement en pente douce. Nous passons d'abord près d'une jolie cascade, les Taranaki Falls, puis nous évoluons dans un paysage magnifique constitué de praires alpines ondulées, avec toujours en vue, le mont Ruapehu, point culminant de l'île du Nord (2 797 m). En cette fin d'été, la neige ne le recouvre presque plus. Nous rencontrons quelques jeunes randonneurs portant de gros sacs et relativement exténués. Ils terminent le Tongariro Northern Circuit qui requiert trois à quatre jours de marche, et nous demandent si le village est encore loin !

Taranaki Falls 
Le mont Ruapehu (2 797 m) 


Après quelques kilomètres, on quitte le sentier principal qui conduit à Waihohonu Hut et on grimpe à gauche vers le lac Tama inférieur. La vue est superbe et le lieu mérite que l'on s'y attarde ! Certains randonneurs ne vont pas plus loin. Nous poursuivons et gravissons une pente raide parmi les éboulis pour arriver sur une crête où un vent violent nous accueille. Nous avons le souffle court à cause de la pente et du vent, mais surtout nous avons aussi le souffle littéralement coupé par ce paysage ! Un lac bleu turquoise dans un écrin de montagnes dénudées et le cône du mont Ngauruhoe qui se dessine en arrière-plan.

Lac Tana inférieur 
 La rude montée vers le belvédère du lac Tama supérieur
le lac Tana supérieur et  le mont Ngauruhoe

Le retour se fera par le même chemin jusqu'aux Taranaki Falls à partir desquelles on peut prendre un sentier alternatif sur la droite dans la vallée, à travers la forêt. Ce fut une superbe journée, une des plus belles du voyage. Vraiment aucun regret d'avoir zappé le crossing  !

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N'ayant rien de mieux en magasin pour la lettre U, je propose ici d'explorer une rubrique secondaire à mon avis : « pavillon national » !

L'Union Jack, le drapeau du Royaume-Uni est placé dans l'angle supérieur du drapeau néo-zélandais pour signifier le rattachement de la Nouvelle-Zélande à la couronne britannique. D'autres anciennes colonies de l'Empire britannique ont elles aussi adopté l'Union Jack (Australie, Fidji, îles Cook), certaines comme le Canada, l'ont abandonné.

L'histoire de ce drapeau, exposée au musée de Waitangi, est assez complexe. En fait elle va de pair avec la construction progressive d'une identité nationale. Pour faire simple, disons qu'initialement, il devenait nécessaire pour les navires en provenance de Nouvelle-Zélande d'arborer un pavillon afin d'être identifiés. D'où la création d'un premier drapeau néo-zélandais en 1834, le Flag of the United Tribes of New Zealand (« Drapeau des Tribus unies de Nouvelle-Zélande »), choisi par les chefs des tribus maories de Nouvelle-Zélande : une croix de Saint-Georges sur fond blanc (le drapeau de l'Angleterre) et dans l'angle supérieur, quatre étoiles blanches sur fond bleu pour symboliser les tribus.

Le drapeau des Tribus unies de Nouvelle-Zélande et le Tino rangatiratanga des Maoris $ottent côte àcôte à Waitangi. 

A partir du traité de Waitangi en 1840, l'Union Jack s'est imposé, ne laissant plus aucune place à la culture maorie. Mais pour symboliser l'appartenance de la Nouvelle-Zélande à l'hémisphère austral, on ajouta en 1889, la Croix du Sud représentée par quatre étoiles rouges sur fond bleu nuit (*). En 1902 il devint le drapeau national.

Cependant depuis plusieurs décennies s'est instauré un débat dans le pays pour un changement du drapeau national avec suppression de l'Union Jack. A l'instar du Canada qui adopta la feuille d'érable, un projet fut porté par une pétition nationale, associant la Croix du Sud à la Silver Fern (la fougère argentée), symbole national et symbole de l'équipe nationale de rugby, les All Black. Il fut soumis à référendum en 2015, mais rejeté par plus de 56% des voix.

Silver Fern et Koru, deux symboles de la Nouvelle-Zélande 

Depuis l’instauration de l’Union Jack en 1840, les Maoris se sont sentis en marge de la représentation nationale, si bien qu'ils ont créé leur propre drapeau : le Tino rangatiratanga, qui signifierait « souveraineté ». Un drapeau fortement inspiré des mythes maoris dans sa composition.

L'Union Jack de la marine marchande, sur fond rouge. 
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(*) On peut faire la confusion avec le drapeau australien, similaire, mais où les étoiles de taille inégale, sont blanches et au nombre de six.

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On ne nomme pas pour rien l'île du Nord, île Fumante. C'est en effet sur cette île que se concentre l’activité volcanique en Nouvelle-Zélande, selon un axe nord-est / sud-ouest de l'île White au nord au mont Taranaki, en passant par la zone dite de Taupo. Certains volcans sont très actifs. La dernière éruption du Ngauruhoe remonte à 1977, celle Ruapehu à 2007 et le Tongariro s'est réveillé en 2012. Le Ngauruhoe est entré 45 fois en éruption au cours du XXe siècle.

Quant au mont Taranaki, s'il est endormi depuis 250 ans, il avait terrifié Abel Tasman qui fut le premier Européen à l'apercevoir en 1642. Il le baptisa du nom du gouverneur de Flandre de l'époque, le comte d'Egmont. Son cône presque parfait évoque le Mont Fuji, du moins quand il daigne se montrer, ce qui n'est pas fréquent. Il manquait toutefois lors de notre passage son emblématique capuchon de neige.

A l'horizon, se profilent les volcans Tongariro , Ngauruhoe et dans les nuages, le Ruapehu, 

Ce sont des « volcans gris » que l'on nomme ainsi à cause des fragments de roches andésitiques et de « cendres » projetées très haut en altitude, lors de violentes explosions aux effets très dévastateurs. Si ces produits volcaniques se mélangent avec l'eau des lacs ou celle issue de la fusion de la neige, ils forment des coulées de boues redoutables, les lahars. Ainsi en 1953, à la veille de Noël, une éruption du Ruapehu produisit un lahar qui dévala la vallée du fleuve Whangaehu et emporta un pont de chemin de fer, entraînant le train qui circulait entre Wellington et Auckland.

Cependant ces volcans ont produit des paysages fantastiques très prisés des touristes et il n'est pas étonnant qu'ils aient servi de décor au tournage de La Montagne du Destin, dans la trilogie cinématographique du Seigneur des Anneaux.

Parmi les attractions touristiques liées au volcanisme, il y a aussi les parcs géothermiques, localisées entre Taupo et Rotorua : mares de boue, sources chaudes, terrasses de silice, bassins multicolores, geysers dont l'activité est un peu aidée, il faut le dire, en ce qui concerne Lady Knox!

Nous avons aimé le site de Wai-O-Tapu, les « eaux sacrées». Certes il y a du monde, beaucoup de monde ! Il semblerait que la terre entière se soit donné rendez-vous ici : des Américains (Canadiens, États-uniens, Brésiliens), des Indiens, des Chinois, des Français, Allemands, etc. Malgré cela, on est bouche bée devant tant de beauté ! On se balade entre « l'Encrier du diable », la « Piscine de champagne », le « Bain du diable ». Mais la palme revient à l'Artist's Palette ! La métaphore artistique n'est pas usurpée ! Il faut prendre son temps pour admirer cette gamme de teintes qui évoluent au gré de la lumière ou du jeu de la vapeur d'eau s'échappant du bassin.

Wai-O-Tapu : la "palette de l'artiste"


Artist's Palette 



Wai-O-Tapu : la « Piscine de champagne » 


Wai-O-Tapu : volcan de boue 

Notre préféré est le parc géothermal plus discret d'Orakei Korako. Le site est situé à une demi-heure de route au nord de Taupo, accessible par la SH1 en direction d'Auckland, puis par une petite route de campagne sur la droite au km 15 (panneau indicateur). Un bac nous fait traverser le fleuve Waikato, très large à cet endroit à cause d'un barrage en aval. Une agréable balade d'une heure et demie dans un univers fantastique, quasi surnaturel : mares bouillonnantes, terrasses multicolores de silice, vapeur d'eau enveloppant la végétation. Les fougères endémiques y sont présentes dans toute leur diversité, notamment la Silver Fern (Cyathea dealbata), l'espèce emblématique du pays. Le temps était à la pluie. Eh bien, loin d'être un inconvénient, cela a ajouté un côté dramatique au spectacle !

Orakei Korako 
Orakei Korako  


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Retour dans le Northland, sur les rives de la Bay of Island. Ce dimanche la couleur du ciel est d'une tristesse à pleurer, le temps est à la pluie et celle-ci ne semble pas vouloir cesser. Rien d'autre à faire que de visiter des musées. Donc place à l'histoire du pays.

Premier arrêt à Kerikeri, un village de charme à l'ambiance bucolique, très anglaise par ses jardins, ses arbres et ses vergers. Un peu au nord du village, Stone Store, le plus ancien bâtiment en pierre du pays, se mire dans le pittoresque estuaire de la Kerikeri River. Il servait d'entrepôt à la Kerikeri Mission Station, une des plus anciennes colonies du pays. Cependant les horaires d'ouverture ne nous permettront pas de faire la visite guidée du musée de la Mission House, le plus ancien bâtiment colonial de Nouvelle-Zélande. Oui, tout est « le plus ancien » par ici !

Kerikeri 

Non loin de là, se trouve le petit village maori de Waitangi, à proximité de Paihia. C'est un haut lieu de l'histoire de la Nation néo-zélandaise, puisque c'est ici que fut signé le 6 février 1840 le traité entre les chefs des tribus maories et la Couronne britannique. Après avoir franchi l'estuaire de la Waitangi River par un pont à voie unique, on accède au site de Waitangi Treaty Grounds, lieu de la signature du traité. C'est à la fois un mémorial et un musée.

Un chef d'œuvre d’ambiguïté diplomatique.

Ce tableau exposé au musée de Waitangi montre les représentants des deux parties signataires du traité.

Hâtivement préparé, mal négocié (on voit sur le tableau ci-dessus les discussions véhémentes entre les chefs maoris, rivalisant d'éloquence mais se méfiant les uns des autres), le traité de Waitangi a souffert d'une interprétation contradictoire entre ses deux versions, l'une rédigée en anglais, l'autre en maori. Or les deux versions ne correspondent pas exactement entre elles, de sorte que ce traité devint inapplicable et fut âprement contesté par les Maoris. La question cruciale était celle de la propriété de la terre. En échange de la reconnaissance de la souveraineté de la Couronne britannique, le texte reconnaissait aux tribus maories la « possession pleine et exclusive de leurs terres, forêts, pêcheries et autres propriétés » et leur garantissait les mêmes droits que les sujets de Sa Majesté. Mais devant la pression de la New Zealand Company et des colons de plus en plus nombreux, les droits des Maoris furent bafoués. Ceux-ci furent de plus en plus nombreux à refuser de vendre leurs terres et un conflit larvé se transforma en véritables batailles rangées durant les quatre guerres de 1845 à 1872 appelées Maori wars, qui affectèrent l'île du Nord jusqu'à la défaite des Maoris. Le traité finit par tomber dans l'oubli.

Malgré les vicissitudes de l'histoire de ce traité, l'État néo-zélandais a fait du 6 février une fête nationale, le Waitangi Day. Par ailleurs en 1975, le gouvernement a instauré le tribunal de Waitangi, qui statue sur les litiges fonciers opposant les descendants des colons spoliateurs et des Maoris dépossédés depuis 1840.


Les salles du tout nouveau musée (2016) montrent à travers divers documents, l'histoire de ce traité et des relations entre Pakehas (Néo-Zélandais d'origine européenne) et Maoris, dont la coexistence n'a pas souvent été harmonieuse. C'est en quelque sorte une fresque historique de la construction de la Nation néo-zélandaise et une vraie réussite muséographique.

Sur une vaste pelouse à l'anglaise se trouve Treaty House, résidence du premier représentant de la Couronne britannique en Nouvelle-Zélande, datant des années 1830. Malgré ce nom et la présence d'une copie de l'accord diplomatique, ce n'est pas dans cette belle maison coloniale que le traité de Waitangi fut signé, mais à l'extérieur. L'emplacement est marqué par un mât portant des trois drapeaux successifs de la Nouvelle-Zélande (drapeau des Tribus Unies de Nouvelle-Zélande, Union Jack, drapeau actuel).

A proximité a été érigée en 1940, la maison commune Te Whare Runanga, pour commémorer le centenaire du traité et célébrer la participation des Maoris à la fondation de la Nation. Si elle est conçue à la manière d'un marae traditionnel, elle n'est identifiée à aucun ancêtre tribal particulier, mais représente l'unité des tribus maories. L'intérieur est une remarquable galerie d'art maori où les sculptures de bois évoquent les ancêtres et les styles des principales tribus. Symboliquement situés l'un près de l'autre, ces deux édifices sont censés témoigner du double héritage culturel dans la construction de la Nation néo-zélandaise.



Double héritage culturel de la Nouvelle-Zélande, Treaty House et Te Whare Runanga, symboliquement situés l'un près de l'autre.


Sur la plage en contrebas, on peut voir deux magnifiques pirogues de guerre rituelles. La plus grande, baptisée... euh… Ngātokimatawhaorua (ouf!) du nom de l'embarcation du chef légendaire Kupe, mesure 35 mètres de long, pèse 6 tonnes à sec et nécessite pas moins de 76 pagayeurs ! C'est la plus grande pirogue de guerre jamais construite. Nous avons pu observer qu'elle fait l'objet d'une grande vénération de la part des visiteurs maoris.


Pirogues de guerre rituelles 

En cours de visite, nous sommes conviés devant Te Whare Runanga pour un spectacle de chants et de danses donné par une petite troupe maorie en tenue traditionnelle. Nos hôtes maoris nous accueillent par un chœur de femmes. Puis un « guerrier » manie une massue qu'il confie à l'un des visiteurs pour signifier nos intentions pacifiques. Après nous être déchaussés en signe de respect, nous pénétrons dans la maison commune. S'ensuivent une série de chants et de danses. Certes la qualité musicale est ce qu'elle est, cependant on ne peut qu'être admiratif devant l'énergique exécution du haka, la danse guerrière rituelle, par ces jeunes danseurs. Tout le corps est mobilisé : les jambes, les bras, les yeux, les mains jusqu'à l'extrémité des doigts et même la langue, d'une longueur impressionnante ! L'adversaire ne peut qu'être effrayé ! Ce spectacle est évidemment conçu pour les touristes, mais nous avons pu apprécier les échanges sympathiques avec les artistes après le spectacle.


Voici une courte vidéo:

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La Nouvelle-Zélande, c'est un spectacle permanent de la Nature qui fera partie de nos plus beaux voyages. Elle fait aussi partie des pays où nous aurions plaisir à revenir. Un seul inconvénient, hormis l'aléa climatique, c'est LOOOIN !


Nous avons notamment aimé :

- L'accueil très sympathique et convivial des Kiwis et leur sens de l'humour

- L'organisation très huilée des activités touristiques

- L'aménagement et les équipements des parcs nationaux et des sentiers de randonnée

- L'information délivrée au voyageur : i-Sites, bureaux du DoC, réceptions des hôtels

- La qualité du réseau routier (cependant il n'est pas toujours facile de faire un arrêt-photo)

- La qualité des hébergements et leur propreté impeccable

- La propreté dans les villes et les campagnes, à de rares exceptions près

- Et surtout la richesse, la variété des paysages et des écosystèmes, la beauté de la nature sauvage, l'endémisme omniprésent (les kauris, quelle découverte !), l'ambiance de bout du monde en certains lieux. Pour qui aime la nature, la Nouvelle-Zélande est une destination de choix.

Nos gros coups de cœur.

- Doubtful Sound

- Bay of Islands

- Golden Bay

- Tongariro N.P (Tama Lakes)

Nous avons aussi énormément aimé

- Le Fiordland

- Le Northland

- Aoraki/Mt Cook et Tekapo Lake

- la West Coast

- Queen Charlotte Sound

- Orakei Korako et Wai-O-Tapu

- Hawke's Bay à Napier

- Forgotten World Highway

En revanche nous n'avons pas beaucoup apprécié les villes qui n'ont aucun caractère, en particulier Auckland, New Plymouth, Wanaka et surtout Queenstown que nous avons fui ! Pour être agréable on pourrait dire que Wellington a un certain charme avec quelques réussites architecturales et un beau front de mer, mais pour une capitale, elle fait plutôt figure de ville provinciale qui sombre dans la léthargie dès 17/18 heures ! Quant à Christchurch, nous n'avons fait que contourner la ville, pour rejoindre au plus vite notre premier hébergement au bord de l'océan et nous reposer. En revanche Napier est une petite ville agréable où il fait bon flâner sur le front de mer.

Wellington 

 A la rubrique désagréments, car il faut bien en trouver, j’en citerais trois :

1) Les sandflies. Ce sont de petits moucherons très agressifs, partout présents sur les littoraux ou au bord des cours d'eau. Le répulsif était constamment à portée de main.

2) Les hélicoptères, en particulier dans la zone des glaciers, du mont Cook et de Milford Sound, mais aussi dans le reste du pays. Une calamité sonore et environnementale. Il y a un étonnant paradoxe en Nouvelle-Zélande, ce pays sourcilleux pour la protection de son patrimoine naturel, dans sa gestion de l’activité touristique. On constate, d’un côté le recul drastique des glaciers Franz Josef et Fox, pour ne citer que ceux-là, qui sont des ressources pour l’industrie touristique. Et de l’autre, cette dernière multiplie à l’excès les « activités héliportées » qui ne contribuent sûrement pas à la diminution des gaz à effet de serre (rien que pour Franz Josef Glacier, mon guide LP cite cinq sociétés d’hélicoptères). Les intérêts mercantiles l’emporteraient-ils sur les considérations environnementales ?

3) Les Chinois par groupes entiers, en bus de tourisme et même en camping-car, qui ont un comportement... à la chinoise ! Je n'avais pas anticipé le Nouvel An chinois, mais Nouvel An ou pas, les citoyens de l'Empire du Milieu voyagent désormais partout (même en Islande !) et en toutes saisons. Et cette forte fréquentation, assez récente, fait évidemment grimper les prix dans les lieux touristiques les plus populaires. Cependant il faut considérer que n'ayant guère plus d'une semaine de congé, ces nouveaux visiteurs rentabilisent au maximum leur séjour et se limitent aux circuits classiques. Nous ne les avons rarement rencontrés sur les sentiers de randonnée. Au Doubtful Sound, il n'y avait qu'une seule famille chinoise.

Selfie !  Ils ont été très flattés qu'on les prenne en photo !

Plus largement je dirais que ce sont les foules bruyantes et peu respectueuses qui sont insupportables, et les Chinois sont loin d'être les seuls dans ce cas ! En fait d'une manière générale, la Nouvelle-Zélande est devenue depuis quelques années une destination très touristique et surfréquentée. Il y aura bientôt, sur une année, autant de visiteurs que d’habitants !

Wai-O-Tapu. Spectacle de la Nature ou la nature mise en scène ? 

La Nouvelle-Zélande est donc devenue une destination populaire et onéreuse qui doit se réserver de plus en plus tôt, du moins en haute saison et cette dernière a tendance à se prolonger du printemps à l'automne.

Il y aura toujours davantage de moutons que de touristes ! 
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Je sais, c'est tiré par les cheveux !


Les couleurs dominantes en Nouvelle-Zélande ne seraient-elles pas plutôt le vert des forêts et des pâturages, le bleu des lacs et des baies marines ?



Et pourtant...

Ce cliché n'est pas de mise quand on voit la sécheresse qui sévit dans le Canterbury !

Ou en Otago

Pour la suite, je vous laisse deviner les lieux, puisque vous commencez à connaître la Nouvelle-Zélande maintenant!

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Au fait, s'il y a une Nouvelle-Zélande, il y aussi l'ancienne, aux Pays-Bas, dans le vieux continent. Tout oppose pourtant la province batave au pays des Kiwis. L'une est un plat pays, constitué de polders sous le niveau de la mer, l'autre est un pays de montagnes et de volcans. La Zélande fait partie des régions les plus densément peuplées du globe, la Nouvelle-Zélande est pour une grande part un désert démographique. La géographie ne nous est donc pas utile ici.


Il nous faut recourir à l'histoire. En effet c'est à un navigateur au service de la compagnie hollandaise des Indes orientales, Abel Janszoon Tasman, que l'on doit l'appellation Nouvelle-Zélande (Nieuw Zeeland). Parti de Batavia (l'actuelle Jakarta), à la recherche de la Terra Australis Incognita, il fut le premier Européen à entreprendre un long voyage dans le Pacifique et découvrir ces terres australes (1642-1643). De la même manière il baptisera lors d'un second voyage (1644) la partie occidentale de l'Australie, « Niew-Holland ». Abel Tasman a donné son nom à de multiples toponymes : une mer, une baie, un parc national, une région, une île, la Tasmanie en Australie.


Plus tard, James Cook, au cours de son premier voyage autour du monde (1768-1771), explora les côtes de la Nouvelle-Zélande et son nom fut emprunté pour nommer le détroit séparant les deux îles, désigner un archipel du Pacifique et rebaptiser le mont Aoraki. Ces voyages furent longs et périlleux : deux années pour Tasman, trois pour Cook, et dans les pires conditions de navigation qui soient: grave avarie de l'Endeavor pris au piège de la Grande Barrière de corail, rencontres sanglantes avec les Maoris, dysenterie, scorbut à bord.


Trois siècles plus tard, vingt-quatre à quarante-huit heures de vol, selon la durée des escales (pour nous trois jours à Singapour), suffisent pour relier l'Europe à ces îles des antipodes. Et pourtant nous sommes pressés ! Cinq semaines pour faire le tour de la Nouvelle-Zélande, c'est à la fois long et trop court. Long, parce que l'on n'a pas nécessairement autant de congés (c'est peut-être aussi la raison pour laquelle nous avons attendu l'âge de la retraite). Court, parce que les itinéraires sur des routes de montagne sinueuses et des paysages qui méritent de nombreux arrêts, rallongent considérablement les distances-temps, sans parler des multiples occasions de randonnées.


Certains voyageurs font des projets d'itinéraires ou rédigent des carnets relatant des voyages de trois, voire deux semaines, et sur les deux îles ! Dans ces conditions, on ne fait qu'avaler les kilomètres ! Certes le pays n'est pas grand, mais il demande du temps, beaucoup de temps pour le découvrir et en profiter en toute sérénité. La Nouvelle-Zélande, n'est pas la Zélande !


Haere ra !