Carnet de voyage

Abyssinie

Ce sont des circonstances familiales qui nous ont amenés à un séjour prolongé à Addis Abeba, l'occasion d'une découverte des hauts plateaux de l'Abyssinie historique lors d'une brève escapade.
Du 6 au 15 novembre 2017
10 jours
Ce carnet de voyage est privé, ne le partagez pas sans l'autorisation de l'auteur.
6
nov



Les pélicans du lac Tana à Bahar Dar
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Ce matin, Abate nous attend à l’aéroport de Bahar Dar. Abate sera notre chauffeur durant notre périple au nord de l’Éthiopie. Il est venu d’Addis Abeba, en deux jours de route, pour nous accueillir.


Bahar Dar est la capitale de la région Amhara. Elle est située à 1 800 mètres d’altitude, au bord du lac Tana. Sans doute est-ce pour cela que son nom signifie « la Porte de la Mer ». Ce lac, le plus vaste du pays (six fois le lac Léman) ferait donc office de mer intérieure, car en Éthiopie, point d’accès à la mer. Le géographe grec Ptolémée aurait été le premier à rapporter l’existence du lac Tana à la fin du IIe siècle. Mais il faudra attendre le début du XVIe pour qu’un missionnaire jésuite portugais, Pedro Páez, localise la source mythique du Nil Bleu, que les Éthiopiens appellent Abay, à une centaine de kilomètres au sud du lac. Le fleuve se jette alors dans le lac qu’il traverse à manière du Rhône au Léman, puis en ressort au niveau de Bahar Dar pour entamer un long périple jusqu’à la confluence avec le Nil Blanc à Khartoum. C’est à la découverte des chutes du Nil Bleu que nous partons dès ce matin.

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Petite randonnée à Tissisat


Les chutes du Nil Bleu 

Tissisat qui signifie « eau qui fume » en amharique, est le nom du village près duquel se situent les chutes du Nil Bleu. Elles se trouvent à une bonne heure de mauvaise piste au sud-est de Bahar Dar. Chemin faisant nous découvrons des paysages verdoyants de champs de céréales, notamment de tef, de colza et de canne à sucre.

En Afrique, le tef n’est guère cultivé qu’en Éthiopie. C’est une céréale très résistante aux variations climatiques, donc providentielle dans un pays où les conditions climatiques sont instables et les sécheresses récurrentes. Le tef produit des grains plus petits qu'une tête d'épingle, dont la farine est l’ingrédient de base pour la préparation de la galette d'injera.

Le tef 

Arrivés dans ce village très pauvre, nous rencontrons notre guide. Pour cette petite randonnée, le guide local ne fut pas inutile, car bien sûr, il n’y a aucune indication sur le sentier. Après avoir réglé les droits d’entrée, il nous propose deux options de randonnée. Nous optons pour la version dite « longue » d’1h20, par un sentier escarpé qui n’a rien d’évident. Les bâtons de marche n’auraient pas été inutiles, tellement le sentier pour atteindre le fond de la gorge du fleuve est raide et glissant, même en saison sèche, les animaux y déposant tout ce qu’ils ont en trop ! Chantal se fait aider par notre guide.

Le pont de Tisoha Dildil, dit «pont des Portugais» *, construit au XVIIe siècle sous le règne de l’empereur Fasiladès, permet le passage au-dessus de la gorge où s’engouffrent les eaux du Nil Bleu, en aval des chutes. Des eaux qui furent sans doute tumultueuses dans le passé, mais qui ne le sont plus, puisqu’elles sont désormais détournées aux trois-quarts par la centrale hydroélectrique toute proche. D’ailleurs la construction de ces barrages dans le cours supérieur du fleuve cause des tensions avec les pays du bassin du Nil, notamment avec l’Égypte et le Soudan, d’où la création en 1999 d’un organisme regroupant les pays riverains : l’Initiative du bassin du Nil.

Le pont de Tisoha Dildil, dit «pont des Portugais» *

* Au XVIe siècle les Portugais étaient venus au secours du royaume chrétien contre les armées musulmanes. Certains d’entre eux étaient restés dans le pays.

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Nous croisons un grand nombre de paysans, le bâton sur l’épaule, chargés de sacs et accompagnés de leurs ânes. La vue sur les chutes est magnifique. On dit que ce sont les plus belles d’Afrique après les chutes Victoria sur le Zambèze. A vrai dire j’avais hésité à les inclure dans notre programme craignant d’être déçu par le manque d’eau, surtout après avoir vu les chutes d’Iguaçu il y a quelques années. Eh bien non ! Nous y étions juste après la saison les pluies et il y avait encore beaucoup d’eau. Et puis la balade vaut aussi pour la végétation luxuriante aux abords du fleuve et la quantité d’oiseaux que l’on a pu observer. A la fin de la randonnée, nous regagnons le village en traversant de nouveau le fleuve, mais cette fois-ci en amont des chutes et en bateau.





De retour à Bahar Dar, Abate nous conduit dans un des restaurants du bord du lac Tana pour le déjeuner. Quelques groupes de touristes sont déjà attablés. C’est très agréable. On nous installe, à l’extérieur face au lac, le ciel est bleu, le jardin est magnifique, nous contemplons le vol des pélicans. Je commande une soupe de lentilles et un plat de poisson. Logique, puisque nous sommes au bord du lac, les pêcheurs que nous avons pu voir sur leurs frêles embarcations de papyrus on dû le livrer ce matin. Malheureux ! Dans la nuit, des allers et retours aux toilettes pour me vider, d’abord par le haut, ensuite par le bas du système digestif ! Et cela a duré plusieurs jours ! Était-ce une soupe de la veille réchauffée, un poisson pas frais, les mains mal lavées du cuisinier ? Je n’en sais rien. Toujours est-il que l’hygiène alimentaire de ce pays est déplorable, car par la suite, ce fut le tour de Chantal !

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Les monastères du lac Tana.

Le lendemain matin nous partons pour une mini-croisière à la découverte de deux monastères du lac Tana. Le « capitaine » du bateau et un guide local nous accueillent à l’embarcadère. Nous n’irons pas dans les îles qui peuvent être assez éloignées, mais dans la presqu’île de Zeghe où se situent les plus beaux monastères.

Dès le XIIIe siècle, le lac Tana acquit une importance politique et religieuse et joua un rôle dans la consolidation de l’Empire chrétien d’Abyssinie. Sur le lac se dispersent trente-sept îles dont certaines accueillirent aux XIIIe et XIVe siècles une vingtaine de communautés monastiques. Ces monastères sont des lieux de pèlerinage prisés des fidèles. Certains sont interdits aux femmes (une constante en Éthiopie). Nous n’irons donc pas au monastère de Kibran Gabriel, pourtant riche de deux-cents manuscrits anciens. Cependant notre guide nous a demandé un bref arrêt à ce monastère afin d’y accomplir ses devoirs religieux, sous la forme d’un don !

Nous arrivons au monastère Ura Kidane Mehret entouré d’une végétation dense. Tiens, surprise ! Ce n’est pas notre guide local qui nous fera visiter l’église, mais un guide affecté au monastère. Il en sera de même au second monastère visité en cette matinée. Au total ce seront donc quatre personnes qui nous accompagneront !

Ce monastère, dont le nom signifie « Le pacte de la Miséricorde » est le plus réputé du lac pour sa richesse iconographique. Nous devons nous déchausser avant de pénétrer dans l'église, selon le précepte de l'Ancien Testament : « Quitte tes sandales ». L’intérieur de cette église circulaire comprend un déambulatoire externe dédié aux chanteurs et à la communion et, au centre, le Saint des Saints (le Maqdas), lieu réservé à l’Arche d’Alliance et aux seuls prêtres. Tous les murs du Maqdas sont magnifiquement peints du sol au plafond de représentations d’archanges (Gabriel et Raphaël), de chérubins, de saints, de diverses légendes, et bien sûr d'images de Marie et du Christ. Un plongeon dans le Moyen Âge orthodoxe abyssin.

Le "Maqdas" (le sanctuaire ou Saint des Saints) de l'église du monastère Ura Kidane Mehret


La légende de Saint Sébastien 


Une des entrées du "Maqdas": Saint Georges terrassant le dragon; les archanges Gabriel et Raphaël; Vierge à l'Enfant. 


Le combat pour la foi 


La Vierge entourée à gauche par l'archange Michel, à droite par un patriarche portant une croix éthiopienne. 


L'entrée du Christ à Jérusalem et le Golgotha 
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Nous reprenons le bateau pour la visite de notre second monastère de la matinée, situé à l’extrémité de la presqu’île : Betre Maryam. A quelques pas du débarcadère, un sentier à travers des plantations de caféiers et de citronniers conduit au monastère.

Fondé au XIVe siècle, c’est le plus ancien de la presqu’île. Comme toujours en pareils lieux en Éthiopie, une légende entoure ce monastère. Son fondateur, Betre Mayam, était venu s’installer sur la presqu’île de Zeghe pendant plus de 25 ans et avait fait construire une église dédiée à Saint Georges. Ayant eu écho qu’un léopard avait enlevé un enfant placé sous sa protection, il pria nuit et jour sans manger ni boire, jusqu’à ce que ce léopard apparût avec l’enfant. Il ordonna alors au félin de disparaître immédiatement et de ne plus revenir, et bien sûr l’animal obéit sur le champ et Betre Maryam de devenir saint.

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Admirons les peintures qui ornent entièrement les murs du Maqdas, au centre de l’église circulaire construite en bois et recouverte de chaume.

Les archanges 


Saint Georges terrassant de dragon et Vierge à l'Enfant


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Au retour, nous croisons des pêcheurs sur leurs frêles embarcations de papyrus, appelées tankwa. Ces dernières présentent des similitudes avec celles qui étaient autrefois utilisées sur le Nil pour le transport et la pêche et représentées sur les fresques des tombeaux de la Vallée des Rois en Égypte. Rapidement gorgées d’eau, elles doivent être souvent remplacées. Nous croisons aussi des escouades de pêcheurs ailés, des pélicans en grand nombre sur le lac Tana.


L'embarcation traditionnelle  de papyrus: le tankwa
7
nov
7
nov

Gondar, ancienne capitale de l’Éthiopie


Gondar, ville de 200 000 habitants au nord de l’Éthiopie, et son enceinte fortifiée

Nous sommes à l’époque du siècle de Louis XIV. Le nouvel empereur, Fasiladès, après avoir destitué son père, installa sa capitale à Gondar, un modeste village, un peu à l’instar Versailles, simple pavillon de chasse. Mais ici s’arrêteront les comparaisons. Une fois de plus, « la tradition dit » qu’un archange aurait révélé l’endroit au jeune empereur et qu’un buffle l’y aurait conduit.

La laideur, l’aspect crasseux et délabré de la ville actuelle ne permettent pas de soupçonner que celle-ci recèle, à l’intérieur d’une enceinte fortifiée, cinq châteaux construits du XVIIe au XVIIIe siècles par les rois successifs : Fasiladès, Yohanès 1er, Yassou, Dawit II et Bakaffa. Nous consacrons ce début de matinée à une balade parmi les ruines des châteaux, en partie restaurés par l’UNESCO, au milieu d'un magnifique arboretum que notre guide, apparemment érudit en botanique, nous a gentiment commenté.



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Nous avons complété nos visites par l’église Debré Birhan Selassié et ses splendides peintures et, de l’autre côté de la ville, par les bains de Fasiladès. Ceux-ci sont constitués d’un petit pavillon rectangulaire entouré d’une grande piscine dans laquelle les pèlerins s’immergent en mémoire du baptême du Christ lors de la fête de Timkat, chaque année en janvier. Une fête très prisée des tours opérateurs et donc des touristes et à laquelle nous avons échappé !

Rappelons que Gondar est contemporain du Grand Siècle et si la visite présente quelque intérêt, ça n’est tout de même pas Versailles ! Ainsi une matinée nous aura suffi pour voir l’ensemble, l’après-midi ayant été consacré au repos sur la terrasse de notre hôtel dominant la ville, et nous en avions grand besoin !


Les bains de Fasiladès 
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L'église Debré Birhan Selassié, de plan basilical et son plafond "angélique". En bas: Trinité et  Crucifixion
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Un peu à l'écart de la route de Gondar à Bahar Dar et sur une éminence, on peut visiter le château "gondarien" de Guraza, le plus ancien du pays, en cours de restauration. Le lieu vaut aussi pour son site qui dispense un magnifique panorama sur les diverses cultures de la campagne environnante.


Château de Guraza aux environs de Gondar 


9
nov

Cette très belle route relie d'ouest en est Wereta et Weldiya, en contournant le massif du Simien par le sud, sur un haut plateau à plus de 3 200 mètres d’altitude. Elle offre des points de vue spectaculaires sur de profonds canyons. Elle avait été "offerte" par la Chine populaire à l’Éthiopie communiste, dans les années 1980. Nous croisons de gros camions de chantier de couleur rouge et le marque Sinotruck. Notre chauffeur nous dit qu’on les appelle « red terror », tellement ils font peur sur les routes, en référence à la terreur rouge des années sombres du Derg. Un peu plus loin apparaît un géomètre en train d’effectuer une visée au bord de la route en construction. Puis un autre, un calepin à la main. Visiblement ces personnes n’ont rien d’éthiopien ! Les mauvaises langues disent qu’il y aurait depuis une ou deux décennies une quatre-vingt-septième ethnie dans le pays : les Han, l’ethnie majoritaire en Chine. Quelque 800 000 Chinois résident en effet en Éthiopie, un effectif plus important que chez certaines ethnies minoritaires du sud. Ce sont donc des Chinois qui asphaltent cette route. Cependant la qualité de leur travail laisse à désirer. Et notre chauffeur de rouspéter en nous faisant remarquer le piteux état du tronçon réalisé par eux il y a seulement un an ! En effet, le revêtement est ridiculement mince ! Du travail à la chinoise mal soigné et bas de gamme.

Tiens ! Un attroupement au milieu de la chaussée ! Que se passe-t-il ? Tout le monde est vêtu de blanc, c’est une cérémonie d’obsèques. Plus loin, un autre attroupement au milieu d’un village. Cette fois, l’affaire semble sérieuse. En effet un camion citerne et son attelage viennent de renverser un fragile tuk-kuk. Nous n’avons pas vu s’il y avait des victimes. Bilan d’une journée sur la route chinoise : trois accidents ! Ce tuk-tuk accidenté, une collision entre un bus et un camion et un autre camion dans le ravin ! Plus deux containers dans le ravin lors d’accidents antérieurs. Bienvenue sur les routes éthiopiennes !

Un peuple de marcheurs

Les pieds semblent le moyen de déplacement et de transport principal des Éthiopiens aussi bien dans les campagnes que dans les villes. De longues files de piétons circulant de chaque côte de la route, les hommes, le bâton entre les épaules, les femmes chargées de gros sacs. L’âne est aussi le compagnon et auxiliaire du paysan ou du citadin (on en voit sur les avenues d’Addis Abeba). Ces marcheurs conduisent aussi leurs troupeaux. Généralement deux ou trois bovins et une vingtaine de moutons et de chèvres. La scène est particulièrement remarquable quand c’est jour de marché, ou le dimanche pour honorer le jour du Seigneur. On marche beaucoup en Éthiopie ! On court beaucoup aussi, comme le champion olympique Haile Gebreselassie.


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Paysages du plateau abyssin



Éblouissants, époustouflants, à couper le souffle, tels nous apparaissent les paysages qui défilent devant nos yeux au cours des longues heures de route. Des paysages, qui nous dépaysent, c'est-à-dire qui nous sortent de notre pays, que nous regardons avec nos yeux de voyageurs occidentaux. Car pour les paysans croisés sur les routes, occupés à moissonner ou à labourer leurs champs, ce ne sont pas des paysages, mais des terres plus ou moins fertiles, plus ou moins ingrates à travailler. Le paysage est un concept culturel très subjectif inconnu en Afrique, une construction propre aux civilisations occidentale et extrême-orientale.

C’était la saison des récoltes et des labours. Que de fois Abate, notre chauffeur, nous a proposé de nous arrêter pour voir - et photographier bien sûr - des scènes paysannes : ici la récolte du tef à la faucille en positon accroupie, là le battage de l’orge au moyen d’animaux foulant des épis, plus loin un paysan labourant son champ. Des outils rudimentaires, archaïques le plus souvent. Je ne me souviens pas avoir vu un quelconque tracteur. Les labours se font au moyen de l'antique araire, le même que l’on peut voir sur les fresques des tombeaux de la Vallée de Rois en Égypte ! La dernière fois que j’ai observé une scène de battage traditionnel en Europe sur une aire circulaire, c’était en Crête il y a un plus d'un demi-siècle.


Que ce soit en ville ou dans les champs, enfants et adolescents font partie du paysage. L’Éthiopie est un pays jeune! 


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Les paysages des hauts plateaux d’Abyssinie sont le résultat de forces tectoniques considérables qui ont débuté il y a quelque vingt millions d’années et qui ont soulevé ces contrées à très haute altitude pour atteindre 4 620 mètres au Ras Dashen, point culminant du pays dans le massif du Simien. Tandis que plus l’est, l’Afar appartient au grand au bloc effondré du Grand Rift africain où les altitudes s’abaissent à – 120 mètres sous le niveau de la mer dans la dépression du Danakil, l’un des endroits les plus hostiles de la planète avec des températures de 50° à l’ombre, mais très prisé des voyageurs-aventuriers pour son activité volcanique (Dallol, Erta Ale).

Mais retournons à des altitudes plus clémentes ! Ces plateaux sont recouverts de très épaisses couches de roches volcaniques : basaltes, trachytes et tufs. Ils sont disséqués en de très profonds canyons. Les constructions volcaniques les plus récentes forment des reliefs postiches, dont l’un a fait barrage au lac Tana. Parmi ces reliefs, les pitons volcaniques (les necks) constituent de beaux arrière-plans dans le paysage.


Des necks volcaniques se dressent dans la campagne. Évidemment on dit qu'ils sont le "doigt de Dieu" !


La palette de couleurs offerte par les le puzzle des cultures 




10
nov
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Lalibela, voilà un nom qui chante!


Lalibela, lieu de légende qui signifie « les abeilles reconnaissent sa souveraineté », celle du futur empereur-bâtisseur à qui ce nom sera attribué,

Lalibela, une cité monastique médiévale de plusieurs centaines de prêtres, diacres, moines, ermites et dabtara *

Lalibela et ses églises monolithiques uniques au monde,

Lalibela, classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO,

Lalibela, une des destinations phares de l’Éthiopie,

Lalibela qui attire pèlerins et touristes en grand nombre lors de la fête de Timkat,

Lalibela, la nouvelle Jérusalem.


* Les dabtara appartiennent à une caste de l'église éthiopienne, intermédiaire entre le clergé et les croyants. Dépositaires de la tradition liturgique, ils participent aux chants et à la lecture des textes bibliques. Ils ont en outre une réputation de devins et guérisseurs.

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Les trésors de Lalibela sont bien cachés, car lorsque nous sommes arrivés, après huit heures de route, quelle déception! Une bourgade glauque, des rues pentues dont une ou deux seulement sont pavées, des commerces hébergés dans de pauvres cahutes, des tas de gravas et des détritus un peu partout, une impression de chantier inachevé. Lalibela c’est un gros village désordonné et crasseux, où l’on cherche désespérément un centre. Un écrin pourri pour un patrimoine mondial !

Nous nous sommes installés pour trois nuits dans un petit établissement familial, très bien situé sur le rebord d’un escarpement, où chacune des douze chambres bénéficie d’une vue exceptionnelle sur la vallée en contrebas. Le mobilier « ethnique » et la décoration aux motifs éthiopiens met le voyageur dans l'ambiance. Mais quand nous avons aperçu l’état de la cuisine, nous sommes allés déjeuner chez le voisin. La vue ne fait pas tout !

Un guide local nous accompagnera durant deux jours pour la visite des onze églises de Lalibela le premier jour, puis de deux monastères dans les environs le lendemain. L’exiguïté des églises renforce d’illusion de fréquentation touristique. Il y a de nombreux groupes de toutes nationalités, Allemands, Français, États-uniens, etc., mais ce n’est pas non plus la foule. De ce point de vue, ce n’est ni Angkor, ni le Machu Picchu.

Notre guide nous explique rapidement l’histoire de l’empereur de la dynastie Zagoué, Lalibela. Nous sommes à la fin du XIIe siècle, Lalibela transféra sa capitale d’Axoum à Roha, au cœur des hauts plateaux, site qui reçut ensuite le nom de l’empereur, Lalibela. L’empereur-bâtisseur fit sortir de la pierre, avec l’aide des anges bien sûr, une douzaine d’églises, créant ainsi une nouvelle Jérusalem et une nouvelle Terre Sainte. D’ailleurs le site est divisé en deux groupes d’églises, séparés par le Yordanos, une réplique du Jourdain.


Ces églises monolithiques sont taillées dans le tuf, une roche suffisamment tendre pour être travaillée relativement facilement. On commençait par creuser des tranchées qui isolaient le bloc dans lequel était taillée l'église, faisant sortir le monument du rocher. Le guide nous montre sur l’église Bieta Maryam (Maison du Sauveur du Monde) les fines traces régulières, témoins de l'utilisation du ciseau. La taille du monument s'effectuait de haut en bas. Le bloc dégrossi a ensuite fait l'objet de finitions soignées faisant apparaître corniches et fenêtres. Puis venait le moment de l’évidemment du bloc pour créer les volumes intérieurs et procéder à la taille des voûtes, coupoles, nefs, piliers, chapiteaux, arcs, etc. Un travail impressionnant de précision ! Il fallait aussi maîtriser l'écoulement des eaux pluviales et l'évacuation des alluvions pour éviter l’ensevelissement du monument par celles-ci, ce qui a pu d’ailleurs se produire au cours des siècles.



L'e décor peint à l'intérieur de l’église monolithique Bieta Maryam 


L'église monolithique Bieta Emmanuel


Bieta Gabriel et Raphaël. A l’origine, une forteresse imprenable et inaccessible. Œuvre énigmatique. 


Bieta Ghiorgis, une église monolithique cruciforme, située à l’écart. C’est l’église la plus célèbre de Lalibela. 


Bieta Ghiorgis
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On peut voir dans chaque recoin du site un prêtre occupé à méditer ou à lire la Bible ou autre ouvrage liturgique, un fidèle venir embrasser un pilier. Mais il y a aussi beaucoup de mise en scène au cours de la visite, telle cette pseudo-cérémonie chantée avec un accompagnement au tambourin, où notre guide s’est empressé de nous emmener avant la visite des églises. Ou encore la présentation de la croix par un prêtre ou un diacre. Et le guide de nous indiquer la photo à prendre. Et comme par hasard, il y a toujours à proximité une boîte à offrandes…


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Y’a rien à voir !

Au cours de notre visite, notre guide nous promet le Paradis ! Rien que ça ! Banco ! Mais pour cela il nous faut franchir le tunnel qui relie la structure circulaire abritant « le Bethléem », ce lieu symbolique où se prépare le pain de l'eucharistie, à l’église Bieta Emmanuel. Oui, mais sans l’aide de quelque lumière que ce soit ! Donc dans le noir absolu ! Le guide nous recommande de toucher d'une main la paroi et de l’autre le plafond, à cause des irrégularités. Cela dure plus d’une minute et c’est long ! L’avantage c’est que l’on ne voit pas si le lieu est sale. Claustrophobes s'abstenir ! Mais on ne gagnera pas le Paradis !


Aux alentours de Lalibela

Le lendemain matin nous sommes allés jusqu’au monastère de Yemrehanna Krestos, abrité dans une grotte basaltique, à une quarantaine de kilomètres de Lalibela. Mais la visite est décevante, tellement le lieu est sale et sombre, les peintures en mauvais état et "éclairées" par une faible et unique ampoule ! De mon point de vue l’excursion vaut surtout pour les paysages traversés, l’observation de la vie rurale et l’ambiance qui règne dans ce monastère où les pèlerinages sont fréquents.


Un groupe de pèlerins de l'Université de Gondar au monastère de Yemrehanna Krestos. 



Marché aux bestiaux 
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L’après-midi fut consacrée à une agréable balade en montagne jusqu’au monastère d’Ashetem Maryam, bâti au pied d’un piton volcanique à plus de 3 000 mètres d’altitude. Paysages époustouflants. Nous n’avons pas visité l’église, mais le prêtre nous a présenté quelques icônes et de très anciens manuscrits issus du trésor.


Le site du monastère d’Ashetem Maryam


Présentation par un prêtre de très anciennes icônes d'influence byzantine issues du trésor du monastère d’Ashetem Maryam


Manuscrits écrits en guèze, la langue classique et liturgique du pays 


L’Éthiopie otage de la Croix ?

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L’Éthiopie, otage de la Croix, c’est ce qu’affirme Olivier Bourguet, auteur d’un ouvrage sur l’Éthiopie : Éthiopie. L’empire mythique, Vilo, 2006. Je cite (p. 95) : « Si la religion a été un des ciments de la nation des siècles durant, elle est maintenant une entrave au progrès ! » Selon cet auteur, l’Église orthodoxe exercerait une forte emprise sur la vie privée des gens, les maintenant dans la pauvreté, voire la misère : pas de prévention du sida, pas de limitation du nombre d’enfants. Elle réclamerait des fidèles toujours davantage de dons pour construire davantage d’églises et de monastères.

L'Éthiopie, fut évangélisée dès le début du IVe siècle par Frumence, évêque d’Axoum, d’origine syrienne. Ce fut donc le deuxième royaume chrétien après l’Arménie et le premier en terre africaine. L’Éthiopie est une exception, un îlot dans l'Afrique musulmane. Dans ce pays, dès que l'on construit une mosquée, les chrétiens répondent par une église. Il y en aurait quelque 33 000 dans tout le pays !

La vie du chrétien orthodoxe éthiopien est organisée autour d’un calendrier (le calendrier julien) de fêtes et de célébrations liturgiques très dense. Pour ne citer que les plus importantes : Noël, l’Épiphanie (Timkat), Pâques, le Nouvel An éthiopien, (Enkutatash) le 11 septembre , suivi de la fête de la Croix (Meskal), la fête de la Sainte Famille (Qusquam) et une multitude de fêtes mariales. La vie du fidèle obéit aussi à des règles strictes, en particulier la pratique du jeûne. Les périodes de jeûne rituel sont très nombreuses. Pour le grand carême de Pâques, 55 jours de jeûne doivent être observés. Au total 180 jours obligatoires pour tous. Un jour de jeûne est marqué par une abstinence complète de boisson et de nourriture jusqu’à midi, puis la prise d’un seul repas en excluant tout aliment d’origine animale.

Jour de fête devant une église à Gondar. Les fêtes religieuses sont nombreuses dans le calendrier orthodoxe éthiopien.  

On dénombre environ 125 000 prêtres et diacres. Et si l’on considère qu’au moins une trentaine de religieux dessert en moyenne chaque église et qu’il y a en a 33 000 dans tout le pays, on peut ajouter six ou sept fois plus de moines et de dabtara. Cela fait du monde ! Soit au moins un million de personnes au service de la plus ancienne Église chrétienne autochtone d’Afrique ! Si l’on estime qu’il y a peut-être environ 40 à 45 millions d’orthodoxes dans le pays, le ratio entre nombre de religieux et le nombre de fidèles est extrêmement élevé.


Un chiffre à mettre en regard du nombre de médecins dans le pays : un seul médecin pour 33 000 habitant De toute manière la plupart des gens n’ont pas les moyens d’accéder aux soins et d’acheter des médicaments (quand il y en a). Il n’est donc pas étonnant que l’on voie affluer dans les églises et les monastères des pèlerins en quête de vie meilleure ou de guérison, venant embrasser l’enceinte sacrée, boire à l’eau de la source miraculeuse (bactéries comprises), se faire exorciser par les dabtara et évidemment faire des dons. Nous avons vu certaines de ces scènes au monastère de Yemrehanna Krestos: sur le chemin d’accès au monastère, une véritable cour des miracles : des miséreux vêtus d’oripeaux, des mendiants, des aveugles quémandant quelques birr. Même nos guides se sont livrés à ces dévotions pendant qu’ils nous accompagnaient. L’un d’entre eux s’est même arrêté brièvement, après s’être excusé, sur une des îles du lac Tana pour faire un don à un monastère et d’après ce que j’ai aperçu, ça n’avait pas l’air d’être une somme symbolique!

Donc quand Olivier Bourguet dit que «les prêtres aux ventres rebondis, en habits soyeux, côtoient une cour des miracles des plus ahurissantes et la misère la plus profonde d’Éthiopie, venue clamer sa faim et s’enfoncer un peu plus dans le désespoir », ce n’est pas faux et c’est ce que nous avons pu entrevoir. Et au sein de la hiérarchie ecclésiastique, il y a aussi des écarts considérables de condition : nous avons pu rencontrer des moines miséreux en haillons.

12
nov

Quittant Lalibela, nous retrouvons la « route chinoise » avant de rejoindre la « route italienne » à Weldiya et de poursuivre notre voyage du jour vers le nord jusqu'à Mekele, capitale du Tigré. La route est toujours aussi spectaculaire. Les arrêts-photo sont fréquents, ce qui abaisse notre moyenne horaire, d'autant plus que cette route est occupée par de nombreux autres usagers: tuk-tuk, troupeaux, écoliers et une foule de marcheurs.

A l’heure de la sortie des classes, se forment au bord de la route, de longs cortèges colorés d'écoliers ou d'étudiants. Il n’est pas rare de croiser sur la route de frêles silhouettes féminines portant de lourds fardeaux de bois d’eucalyptus.


I

A Weldiya, après une pause déjeuner peu appétissante, nous empruntons la « route italienne », appelée ainsi car elle date de l'occupation par l'Italie à la fin des années 1930. C'est un superbe itinéraire de montagne. La plupart des voyageurs prennent la nouvelle route, plus directe et plus rapide qui passe plus à l’est par la dépression du Rift. Notre chauffeur a préféré prendre l’ancienne route italienne à travers la montagne, par une succession de cols. Elle est plus longue, très sinueuse et fatigante pour le chauffeur, mais ô combien spectaculaire !


Ce qui fait surtout la beauté des paysages c’est la palette de couleurs offerte par les le patchwork des cultures, différentes selon les altitudes : riz, canne à sucre, colza, maïs, orge, sorgho, et bien sûr les champs de tef dorés, ondulant au vent. Sans doute avons-nous eu la chance d’être sur place à la bonne saison, c'est-à-dire juste avant ou pendant les moissons. Le paysage est ponctué ça et là de villages aux modestes masures de pisé, notamment les typiques greniers et habitations de forme cylindrique, recouverts de toits coniques de chaume : les tukul. Parfois les cultures d'orge en terrasses nous ont rappelé les paysages de rizières des montagnes du nord Vietnam.




Champ de sorgho  



cultures d'orge en terrasses 


Les "tukul" 
13
nov
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Le Tigré (ou Tigray) est la région la plus septentrionale de l’Éthiopie, aux confins de l’Érythrée. On y parle le tigrinya, une langue sémitique voisine du l’amharique. C’est le berceau du premier royaume chrétien d’Ethiopie qui avait Axoum pour capitale.

C’est aussi la région du pouvoir central. Le Tigré fut en effet dans les années 1980, avec l’Erythrée, un gros foyer de résistance à la dictature de Mengistu. Mélès Zénawi le leader du Front de Libération du Peuple Tigréen (TPLF) fut en 1991 le véritable libérateur du pays et en devint le nouvel homme fort jusqu’à sa mort en 2015. Durant un quart de siècle il s’est maintenu au pouvoir en dirigeant le pays d’une main de fer, tout en redressant l'économie de manière spectaculaire et en maintenant l'unité de ce pays. Mais la démocratie a du plomb dans l’aile, avec des résultats aux élections de type « soviétique » où le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF) domine le paysage politique, raflant 95 % des sièges au parlement aux élections de 2015. Ce sont donc bien les héritiers des libérateurs tigréens qui sont au pouvoir.

Rien d’étonnant alors que l’on constate une forte croissance et une frénésie de constructions à Mekele, la capitale du Tigré, une ville étonnamment propre selon les standards éthiopiens. Dans ce pays où il nous est apparu que les villes faisaient un concours de laideur, Mekele semble faire exception, avec son monument à la gloire des libérateurs tigréens, son université toute neuve, son immense stade en construction, ses larges avenues fleuries, ses usines en périphérie et un centre commerçant qui ressemble réellement à un centre avec de vrais trottoirs propres et dégagés. Même constat à Wukro, plus au nord. Ceci à grands renforts d’investissements chinois, l’Éthiopie étant la bonne élève de la « Chinafrique ».

Et aujourd’hui ?

Trois ans après notre voyage, tout cela est aujourd’hui remis en cause dans cette région qui a malheureusement basculé dans la guerre. Le pouvoir central a changé de main, les alliances se sont retournées. Abiy Ahmed, de l’ethnie Oromia est devenu premier ministre. Le lauréat du prix Nobel de la paix s’est engagé dans une guerre contre la dissidence tigréenne. L’Érythrée, ennemie hier, est devenue l’alliée d’Addis Abeba contre les Tigréens. Massacres de masse, généralisation des viols, bombardements y compris sur les hôpitaux, réfugiés fuyant vers le Soudan, crise humanitaire, black-out de l’information et tout le cortège de désolations d’une sale guerre. Des églises ainsi que la plus ancienne mosquée du pays ont subi des destructions. Évidemment les voyageurs ont disparu de la région.

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Une région semi-aride

Le paysage est très différent de l’Amhara. Nous somme encore à une altitude élevée (autour de 2 000 m), mais l’ambiance bioclimatique est beaucoup plus sèche, les précipitations étant indigentes et irrégulières. La végétation dite xérophile, adaptée à la sécheresse, domine le paysage : l’Aloès (Aloe vera), l’Agave, l’Euphorbe candélabre, le Figuier de Barbarie, l’Acacia.

Cactus, Euphorbe et Aloès en fleurs 


Le Tigré est un véritable jardin 
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Randonnée culturelle dans la campagne tigréenne

Cette randonnée de trois heures, visites comprises et en prenant son temps, permet de relier trois églises peu visitées et très anciennes, situées à Negah, au nord de Wukro. La balade vaut autant, sinon plus, pour la campagne environnante que pour ces églises taillées dans le rocher.

À Wukro, nous rencontrons notre guide qui s’installe dans la voiture. C’est Johan, le seul dont je me souvienne du prénom, et pour cause ! Un sacré gugusse ! Premier geste : vas-y que je t’ouvre ma fenêtre en grand et que je me recoiffe dans le rétroviseur, avant d’entamer une parlote avec le chauffeur, sans plus se préoccuper des « paquets » à l’arrière du véhicule ! Au terme d’une piste très cahoteuse, nous arrivons au départ de la randonnée. Abate, notre très attentionné chauffeur, nous offre quelques bananes pour la marche. Nous commençons la courte ascension vers la première église, Mehdane Alem Adi Kesho, à travers une végétation luxuriante. À mesure que nous montons, la vue sur la campagne et les monts du Gheralta qui se profilent au loin, est de plus en plus belle. La grimpette devient plus sportive quand on atteint le rocher de calcaire d’un blanc éblouissant, sur lequel est construit le monastère.


La campagne tigréenne. Au fond, dans la brume, le massif du Gheralta.

Pendant ce temps-là, notre guide ou soi-disant tel, semble davantage intéressé par son téléphone portable que par ses clients. Il y hurle ce qu’il a sans doute de très important à dire… Normal, ses interlocuteurs sont loin ! Et puis voici qu’une escorte de jeunes et de moins jeunes nous accompagne. La nature est belle. Ce n’est pas par hasard que cette église ait été construite il y a plus de mille ans ici sur ce rocher, isolée du monde. Ce lieu est une invitation à la méditation et à la spiritualité. Eh bien pour la méditation, c’est non ! Le silence n’est pas de mise: ce ne sont que vociférations des uns et des autres, guide compris.

Un vieux moine en haillons arrive, nous abandonnons nos chaussures dès l’enceinte de la cour franchie, puis nous nous dirigeons vers l’église taillée dans le rocher. Quelques femmes nous emboîtent le pas. L’une d’entre elles, très vieille d’apparence, mais il est difficile de lui donner un âge, tend la main. Elle ne semble ne pas savoir s’exprimer autrement que par des sortes de gloussements. Une impression de cour des miracles. Notre vieux moine ouvre la porte. « C’est magique, nous dit le guide, regardez bien » ! Il nous montre alors un système d’ouverture aussi rudimentaire que complexe, de telle sorte que l’hôte des lieux doit s’y prendre à plusieurs reprises : un système de cordes pour pousser deux cylindres de bois.

L'église semi-monolithique de Mehdane Alem Adi Kesho 


À l’intérieur c’est tellement sombre que je bute sur je ne sais quoi. C’est crasseux à souhait. Normal, cela fait mille ans que le ménage n’y aurait pas été fait… On n’y voit rien ! Contrairement à Lalibela où le guide utilisait la torche de son smartphone, celui-ci n’a pas de quoi éclairer ce qu’il est supposé nous montrer. Le moine allume alors des chandelles afin de pouvoir observer les voûtes sculptées de croix et de motifs géométriques symbolistes. Il n’y a rien d’autre à voir en réalité à l’intérieur, mais quelle vue à l’extérieur!

Nous redescendons en direction de la deuxième église, Mikael Melhaizengi.

Mais où donc est passé notre guide ? Ah ! Il est encore auprès du préposé à la perception des droits d’entrée, et ça dure ! Ça dure ! Mais surtout ça papote ! Une vraie bureaucratie en plein air ! Mais peut-être serons-nous les seuls visiteurs de la journée ? Alors ça occupe

Nous attendons, attendons encore notre soi-disant guide, puis de guerre lasse, décidons de poursuivre seuls. Chemin faisant nous admirons la campagne. Nous observons des paysannes occupées à moissonner dans les champs bordés d’agaves, de figuiers de barbarie et d’euphorbes candélabres aux minuscules fleurs d’un jaune éclatant. Curieuse de notre présence, une souriante petite fille nous suit. Nous lui offrons une bouteille d’eau. Cela semble être un cadeau précieux (nous avons vu ces bouteilles de plastique vides proposées au chaland au marché hebdomadaire d’Hawzen) !





La campagne tigréenne 

« Wrong way ! » Tiens! Notre guide s’est subitement souvenu de nous et nous remet sur le bon chemin. Un guide, ça sert à montrer le chemin, non ? Nous arrivons à l’église, cachée dans un bosquet d'eucalyptus et d'oliviers, au pied d'un rocher isolé. Une porte basse donne accès à l’intérieur creusé dans le rocher. La lumière extérieure est suffisante pour admirer les peintures du Maqdas, quoique de moins belle facture que ce que nous avons pu voir ailleurs. Il en est de même de l’évangéliaire exhibé par le religieux. La pièce maîtresse de cette église est incontestablement la sculpture chargée de symboles, dans la coupole, dans un style assez énigmatique.

L'intérieur de l'église semi-monolithique de église, Mikael Melhaizengi. 

Nous repartons en direction de la troisième église, Petros et Paulos, qui accrochée à la paroi, semble comme suspendue dans le vide. Le mauvais état du monument, l’ascension périlleuse sur une échelle de bois branlante, mais aussi l’envie de nous débarrasser de notre guide au plus vite, nous ont fait renoncer à la visite. Abate nous attend avec la voiture et le pique-nique commandé à l’hôtel de Mekele. C’est alors que le gardien de l’église nous invite à pique-niquer et participer à une cérémonie du café chez lui, à deux pas de là. Nous acceptons volontiers. Pour le guide, c’est raté, le voilà qui emboîte le pas !

Église semi-monolithique de Petros et Paulos près de Frewini.

C’est alors que va avoir lieu l’un de nos meilleurs moments de notre voyage ! Nous pénétrons dans la maison. Nous sommes accueillis par la famille dans une modeste demeure de pierre sèche, recouverte de chaume. Autour d’une cour fermée par un mur de pierre, deux pièces qui ne communiquent pas entre elles et un abri pour le foyer. Le sol est en terre battue, la pièce est sombre, n’ayant que la porte pour seule ouverture. Un moyen de se protéger de la chaleur le jour et du froid la nuit. Sur les murs une sobre décoration faites d’affiches de cinéma indien, de l’équipe du FC Barcelone et bien sûr d’un Christ, d’une Vierge et d’un Saint Georges. Pour mobilier deux lits et de simples bancs le long des murs. On dispose quelques feuillages d'eucalyptus au sol en guise de tapis.

Nous entamons nos pique-niques, mais comme l’appétit ne nous est pas encore revenu et qu’on n’a pas lésiné sur la quantité à l’hôtel de Mekele, nous le partageons avec nos hôtes qui ne refusent pas, bien au contraire ! C’est la fille de la maison qui sera la maîtresse de cérémonie. Nous sommes déjà bien habitués à ce rituel et devant notre chauffeur incrédule, nous devons le lui prouver, photos à l’appui ! Les fèves sont grillées, pilées, les tasses lavées avec l’eau d’un broc provenant de je ne sais où, le café infusé trois fois dans cette même eau, sans oublier l’encens… Eh bien c’est le meilleur café que nous ayons dégusté en Éthiopie et nous n’avons pas eu à nous plaindre de complications gastriques par la suite *.

Je fais remarquer au guide que ce n’est pas à la maîtresse de maison de ramasser les coquilles d’œuf qu’il est en train de jeter sur le sol. Abate traduit à nos hôtes. Hilarité générale. Et notre guide de s’exécuter à ramasser ses cochonneries… Nous sommes vraiment tombés sur un artiste ! Je gratifie généreusement notre hôte qui semble heureux. Tout le monde nous raccompagne joyeusement à la voiture. Ce fut un temps fort de notre périple éthiopien.

* voir page 118: la cérémonie du café

14
nov

Cette région fut comme un point d’orgue de notre escapade dans le nord éthiopien ! D’autant plus que sur le plan santé, nous allions mieux et que nous avions repris de l’appétit grâce à l’excellente cuisine, une fois n’est pas coutume, qui nous a été servie au Korkor Lodge où nous nous installons pour deux nuits. C’est un écolodge situé en peine nature, à proximité de la petite ville de Hawzien, conçu par Luigi Cantamessa, l’auteur du guide Olizane. Il est constitué de bungalows dispersés au milieu d'un chaos granitique et construits par des artisans locaux dans la tradition architecturale tigréenne. Lors de notre passage, les parties communes n’étaient pas terminées : accueil, salle à manger, salon de lecture, etc. On m’a fait visiter le chantier en voie de finition et, avec ces pierres apparentes et ces larges baies vitrées s’ouvrant sur le paysage, cela avait l’air prometteur.

Le soir au dîner, provisoirement servi sous une grande toile, Luigi Cantamessa vient partager le repas avec ses hôtes et engage la conversation. Ce Piémontais qui partage sa vie entre ses deux pays d’adoption, la Suisse et l’Éthiopie est intarissable sur l’impressionnant patrimoine religieux du pays, son histoire, ses légendes, mais aussi sa société moderne. Passionné par l’Éthiopie, il y a effectué de très nombreux voyages d’exploration. Il nous parle de ses nombreuses expéditions à caractère scientifique dans le pays Afar, notamment dans le Danakil, portant sur l’étude du volcanisme. Un personnage attachant et une mine d’informations sur le pays.

Malheureusement j'ai appris que le Korkor Lodge a été pillé pendant la guerre qui ensanglante le Tigré actuellement.

Le paysage, d’une grande beauté, a un petit air de Monument Valley. Devant notre bungalow se dressent les falaises flamboyantes de Korkor, hérissées de pitons. Aloès, acacias, figuiers de barbarie et euphorbes candélabres complètent au premier plan ce décor digne de l’Ouest américain.


Le massif du Gheralta  


Nombreuses sont les petites églises situées dans des lieux discrets


L’ascension vers Maryam Kokor


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Ce monastère est perché au-dessus des falaises de Korkor qui se dressent devant notre lodge. Selon la légende, Dieu a intimé l'ordre à deux frères et rois, Abreha et Atsbeha de se rendre dans ces montagnes afin d’y excaver une église troglodyte. Ces pitons se sont cependant révélés inaccessibles. Qu’à cela ne tienne, Dieu, d'un seul geste, fendit la montagne en deux, sans doute avec l’aide des anges. Puis il mit Satan, le maître des enfers, à contribution pour combler cette fissure par de la roche en fusion. Un escalier y fut alors taillé et nos deux rois purent remplir leur mission divine. Ces légendes sont innombrables parmi la chrétienté éthiopienne.

Les géologues parleraient d’un dyke, c'est-à-dire d’un filon de basalte injecté dans une faille de l’encaissant. Quoi qu’il en soit c’est par cet itinéraire le plus commode que nous allons entreprendre l‘ascension vers Maryam Korkor. Une ascension assez sportive, mais pas engagée, contrairement à Abouna Yémata Guh que nous avons évité pour des raisons de sécurité (l’obligation d’escalader pieds-nus une paroi rocheuse ne me plaisait pas !).

Nous rencontrons notre nouveau guide. Il est étudiant et comprend un peu le français. Un jeune se présente à nous, c’est le scout. Nous entamons la rude grimpette et nous nous engageons rapidement dans ladite fissure. Il y trois-cents mètres de dénivelé à gravir. Un groupe de six Français nous suit à distance. Le guide et le scout bavardent tranquillement entre eux et en tête, jusqu’au moment où j’ai fait remarquer à notre scout que s’il voulait soi-disant assurer la sécurité, il ferait mieux d’être derrière nous.


A la sortie de cette fissure, nous débouchons sur un replat dominant la plaine en contrebas et d’où l’on découvre les pitons rocheux du massif du Gheralta où s’est nichée l’église Abouna Yémata Guh. À partir d'ici, les choses se corsent car il y a quelques pas d’escalade facile à effectuer. Les prises sont évidentes et le scout tente de nous venir en aide. Mais le voici qui se sert de ses mains comme mouchoir ! Puis de prendre gentiment la main de Chantal pour l’aider à grimper… Hum ! Hum ! La solution hydro-alcoolique est au fond du sac, tant pis ça attendra ! En fait la seule difficulté est de ne pas glisser (surtout à la descente) sur le sable issu de l’érosion du grès. Une petite difficulté qui, apparemment, a fait peur à quatre personnes du groupe qui nous suivait et qui a abandonné.


Le massif du Gheralta, "nid d'aigle" de l’église Abouna Yémata Guh.  


Nous arrivons sur le plateau et découvrons enfin, derrière les figuiers de Barbarie et les euphorbes, le mur blanchi à la chaux de l’église semi-monolithique encastrée dans la paroi. L’ascension aura duré un peu plus d’une heure et nous a paru aisée.

Comme d’habitude, opération déchaussage. Nous sommes rodés, maintenant. Les femmes entrent par une porte, les hommes par une autre. Nous découvrons un ample édifice de plan basilical, taillé dans le rocher, avec trois nefs supportées par douze piliers. Le guide nous récite son petit discours sur les peintures murales, non sans critiquer au passage les travaux de Luigi Cantamessa. Ces fresques dont la datation est incertaine (XIIIe-XVIIe siècles ?) sont d’inspiration byzantine : on peut notamment y voir tout un bestiaire et des personnages aux traits très stylisés, mais surtout une étonnante et inédite représentation archaïque de la Vierge enceinte du Christ.

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De l’autre côté de la falaise, une vire le long du précipice permet d'accéder rapidement à la petite église-grotte d'Abouna Daniel, creusée dans le rocher au bord du vide. Le panorama sur la plaine est saisissant. À l’intérieur de la cavité, on découvre de belles fresques de facture moderne.


Fresques de l'église-grotte d'Abou Daniel  


Les "falaises" de Kokor 
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L’église Abreha et Atsbeha

L'après-midi nous partons pour l'église semi-monolithique Abreha et Atsbeha, située à trois quarts d’heure de piste en direction de Wukro. Nous pénétrons dans le narthex abondamment décoré de peintures murales, mais une messe ayant lieu à ce moment-là, nous devons attendre en silence. La cérémonie se déroule à l’abri des regards, derrière les rideaux qui masquent le Saint des Saints (le Maqdas). En revanche nous pouvons entendre les chants. Plutôt que des chants, il s’agit de mélopées lancinantes et monocordes. Ces chants orthodoxes n’ont rien à voir (ou à entendre !) avec les chœurs orthodoxes russes. À nos côtés, quelques vieux en tunique blanche rituelle, appuyés sur leur bâton de prière, tentent de les accompagner. À chacun son rythme, à chacun son diapason, à chacun son attaque… Une cloche tinte de temps à autre. Soudain le rideau s’ouvre. Sortent trois ou quatre ecclésiastiques en habits liturgiques chamarrés rouge et or, sous une ombrelle de même couleur. Quelques fidèles viennent recevoir la communion, puis tout le monde retourne derrière le rideau. La cérémonie se termine par la présentation de la Croix.


Présentation de la Croix et bâtons de prière  
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Nous avons donc largement le temps de contempler l’abondante décoration du narthex qui fourmille des scènes bibliques, mais aussi de représentations relatives aux légendes attachées à l’édifice religieux, notamment celle des frères-rois auxquels cette église est dédiée. Cette riche iconographique est une merveille car les peintures, relativement récentes (XIXe siècle), sont bien conservées.

Le narthex de l'église Abreha et Atsbeha


La Trinité 


L'enfer; saint chevauchant un lion


Adam et Eve  

Ce village de cinq-mille habitants est également connu pour avoir initié un programme pilote d’agriculture raisonnée permettant de faire face aux sécheresses et d'éviter l'exode rural. Pour lutter contre les effets de la sécheresse, les habitants de ce village se sont mis à creuser des centaines de puits, construire des digues et restaurer les berges érodées des rivières.

15
nov

Petit détour par le marché de Hawzien

Le long de la route nous voyons des files interminables de piétons, accompagnés de leurs ânes, bâton sur l’épaule, portant sacs et besaces. C’est le signe que nous approchons d’un marché, celui de Hawzien qui se tient chaque mercredi. Il y a foule. On y vend à même le sol des légumes, pommes de terre, oignons, piments, du miel (le miel du Tigré est réputé), des poules, des objets en matière plastique, des vêtements, et même des bouteilles en plastique usagées et, de facto, recyclées!

Le marché de Hawzien 


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Visite au musée de Wukro.

Ce musée a ouvert ses portes octobre 2015. C’est un projet germano-éthiopien pour héberger les produits issus des fouilles archéologiques des environs, notamment celles du site antique de Meqaber Gae'wa situé à cinq kilomètres de Wukro, effectuées en 2007-2008.

L'énorme générateur électrique d’origine allemande de la fin des années trente qui trône dans la première salle est d'un intérêt moyen. C’est dans la seconde salle, la plus importante, que sont exposés différents objets de la culture sabéenne du premier millénaire avant J.C. et du monde méditerranéen, puisque les relations commerciales existaient dans l’Antiquité, via la mer Rouge, entre la Méditerranée et le royaume de Saba , lequel s’étendait du sud de la péninsule arabique à la corne de l’Afrique.

La pièce maîtresse de cette exposition est l’autel extraordinairement bien conservé du temple d’Almaqah, le dieu sabéen, probablement un autel sacrificiel. Nous avons eu la chance de bénéficier d'une visite privée en français de la part d’un des concepteurs du projet, un archéologue et philologue allemand vivant à Mekele et parlant couramment le Tigrinya.

Les vitrines permettent une magnifique mise en valeur des objets exposés. On est loin de la muséographie poussiéreuse et surannée des musées d’Addis Abeba. Ce musée vaut vraiment le détour ! Seul regret : que les panneaux explicatifs ne soient qu’en anglais et non dans la langue locale, le tigrinya, y compris les petits livrets à vocation pédagogique très bien faits mais inutilisables pour les élèves locaux. Notre hôte germanique en a convenu.

Le mot « café » tiendrait peut-être son appellation du nom de la province de Kaffa au sud-ouest du pays. Cependant les Éthiopiens désignent le café par buna. Cultivé principalement dans les sous-bois des régions montagneuses du sud-ouest entre 1 500 et 2 400 mètres d'altitude, c'est un produit phare du commerce extérieur éthiopien.

C'est aussi un symbole de l'hospitalité éthiopienne et nous avons été invités à plusieurs reprises, tant en ville qu'à la campagne, à la fameuse cérémonie du café. Chaque hôtel dispose par ailleurs d'un espace spécifique dédié au café.

L'attirail du cérémonial se compose d'une sorte de petit tabouret où l'on aligne les tasses, d'un petit braséro à charbons de bois, d'une petite poêle, d'un pilon, d'un brûle-encens en terre cuite* et d'une élégante carafe en terre cuite également et reposant sur un petit coussinet de vannerie.

Le cérémonial est toujours orchestré par une femme. Les fèves de café sont d'abord grillées dans la petite poêle au-dessus du brasier. La maîtresse de maison nous fait alors humer la délicieuse odeur des fèves grillées. Ensuite elle pile les grains de café, en même temps que de l'encens répand une odeur suave. Après avoir rincé les tasses selon une gestuelle rigoureuse, elle fait infuser le café à trois reprises dans la carafe en terre cuite. Elle verse enfin délicatement le breuvage dans chacune des tasses. Il est très corsé et son goût amer peut être adouci par du sucre ou du miel. Un goût très différent de ce que l'on peut connaître chez nous. Traditionnellement on est invité à accepter chacune des trois tasses offertes.

* Dans le petit musée de Wukro (Tigré), nous avons pu voir des brûle-encens identiques, d'origine sabéenne et datant du premier millénaire avant J.C.!





Les hauts plateaux abyssins offrent au regard du visiteur une riche variété d’œuvres d’art conservées dans les églises et des monastères sous la forme de peintures murales, d’icônes et de manuscrits. Les modèles d'inspiration de la peinture éthiopienne sont multiples : d’abord une influence byzantine caractérisée par des formes picturales stylisées, une palette de couleurs réduite, un décor géométrique et une absence de perspective (voir pages 62-63). Puis l’influence occidentale - notamment vénitienne - lors de la période dite gondarienne qui marque l’apogée de l’art pictural éthiopien, avec des formes adoucies. Enfin les échanges commerciaux avec l’Orient asiatique apporteront d’autres éléments stylistiques. Mais l’isolement exceptionnel de l'Éthiopie des hauts plateaux lui a permis de conserver une originalité africaine. C’est particulièrement vrai dans la simplicité de la représentation des visages, où le regard acquiert une forme quasi hypnotique.

Les thèmes les plus fréquents sont les représentations des archanges Mikaël et Gabriel, la Sainte Trinité, l’Annonciation, la Nativité, la fuite en Égypte, la Vierge à l’Enfant, le Golgotha, les quatre évangélistes et leurs symboles, Saint Georges terrassant le Dragon, etc.

Le musée ethnographique éthiopien, situé dans l’ancien palais de l’Empereur Hailé Sélassié, (aujourd’hui c’est l’Université) conserve de riches collections d’icônes des XVIe au XVIIIe siècles, c'est-à-dire des périodes dites de Gondar.

L'Adoration des Mages et Vierge à l'Enfant. Diptyque, style Gondar 1 (XVIIe siècle), Musée ethnographique, Addis Abeba  


Vierge à l'Enfant et saints. Diptyque à double face. Style dit de Gondar 2 (vers 1740 1755).  


Saint George terrassant le dragon. Triptyque. Gondar 2 (vers 1740-1755).  




La fuite en Égypte (Marie donne le sein à l'Enfant Jésus). Triptyque de la vie de la Vierge. Gondar 2 (vers 1730 -1755) 


Le baptême du Christ. Triptyque de la vie du Christ . Gondar  2 (vers 1730 - 1755) 
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« Des pupilles immenses, vives et captivantes, tel est l'un des traits distinctifs de la peinture éthiopienne. D'où vient donc la fascination de ces regards ? (…) Le regard, expression de la beauté et symbole de la lumière, acquiert une force presque hypnotique. »

(Claire Bosc-Tiessé, Anaïs Wion, Peintures sacrées d’Éthiopie, Ed. Sépia, 2005).

Des centaines d’yeux au regard intense, des centaines de visages flanqués de deux ailes. Partout des anges vous regardent: sur le fameux plafond de l’église Debré Birhan Selassié de Gondar (le Mont Lumière de la Trinité), dans l’encadrement des portes du maqdas d’Ura Kidane Mehret, sur le lac Tana, dans le narthex de l’église Abreha et Atsbeha et même dans les décorations murales de notre hôtel à Lalibela.

Et c’est avec nos yeux que nous avons regardé ce pays, avec notre sensibilité. A chacun son regard.

Les gardiens du "maqdas"  et le plafond angélique de la porte de l’église Debre Berhan Selassié à Gondar.  


Vierge couronnée et ses archanges protecteurs. Musée ethnographique, Addis Abeba