Une randonnée itinérante d'une semaine dans le parc national des Pics d'Europe, le massif le plus élevé de la Cordillère Cantabrique, au nord-ouest de l'Espagne.
Du 28 juin au 4 juillet 2012
7 jours
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28
juin

Partagés entre trois provinces du nord-ouest de l’Espagne (Cantabrique, Asturies et Léon), dans le prolongement des Pyrénées et à une trentaine de kilomètres seulement du Golfe de Gascogne, les Pics d’Europe forment le massif le plus élevé de la cordillère Cantabrique (2648 m). Des gorges profondes creusées par des torrents aux eaux poissonneuses circonscrivent et entaillent ce massif calcaire. Des défilés spectaculaires longent les hauts sommets dentelés par l’érosion, poudrés de neige, en bas desquels s’égrènent de petits hameaux en pierre qui semblent figés dans le temps. Un Parc national y a été créé en 1995 pour protéger la flore et la faune endémiques. Par leur beauté sauvage et la diversité de leurs paysages, les Pics d’Europe, méconnus des Français, sauf des Aquitains, méritent vraiment le voyage.



Mirador del Naranjo de Bulnes 

Mais pourquoi « d’Europe » ?

Ce sont en fait des marins et non des montagnards qui ont baptisé ce massif Picos de Europa, car ces pics hérissés étaient les premières terres visibles à l’horizon sur le vieux continent et constituaient es sortes d’amers pour les navigateurs venus du Nouveau Monde.

Nous avons effectué le tour de la partie centrale du massif en six jours de randonnée. Des journées bien remplies avec 6 à 8 heures de marche et des dénivelés substantiels, malgré la modestie des altitudes.


29
juin

Nous prenons le seul téléphérique de la région qui nous permet de gagner 700 mètres… et du temps. Heureusement, car le premier départ n’a lieu qu’à dix heures ; pas très matinaux ces Ibères ! Nous entreprenons alors l’ascension de la Peña Vieja (2614 m), second sommet des Pics d’Europe. Les sentiers sont bien tracés et bien balisés, car cette région est très populaire auprès des randonneurs et touristes espagnols, bien qu’en ce tout début de saison, ce ne soit pas la foule. Arrivés au sommet, le ciel se dégage peu à peu et un panorama circulaire s’offre à nous sur le massif et notamment sur l’emblématique Naranjo de Bulnes, qui daigne se dévoiler furtivement; c’est une sorte de Pierra Menta ou de Mont Aiguille cantabrique. La descente va cependant s’avérer plus ardue, car très raide et glissante. Nous passons la nuit au refuge-hôtel de Aliva, une ancienne bergerie au milieu des pâturages.


Le Naranjo de Bulnes (ou Picu Urriellu) ans la brume


Descente vers le refuge d'Avila 


Le  refuge de Avila 
30
juin

Cette longue journée de marche s’annonce maussade. Nous empruntons la fameuse « Ruta de la Reconquista » par une ample vallée. En effet cette région qui correspond à l’ancien royaume des Asturies fut au VIIIe siècle un bastion de la chrétienté face aux musulmans et le point de départ de la Reconquête (bataille de Covadonga, 722).



Une belle rencontre : un couple d’énormes gypaètes barbus s’est posé sur le sentier à faible distance, à l’affût d’une proie. Nous les observons. Peut-être étaient-ils à la recherche d’un chevreau, voire d’un veau affaibli. Nous croisons en effet de nombreux troupeaux de vaches, bien encadrés par de robustes mâles (le lieu se nomme d’ailleurs Vega del Toro). Le massif est une région d’élevage, renommée pour ses fromages comme le Cabrales, lequel a l’aspect de notre Roquefort, mais l’aspect visuel seulement... Aussi traversons-nous des « invernales », ou « majadas » hameaux et bergeries où les troupeaux hivernent et où les fromages sont affinés.



Mais vers midi le temps se gâte pour monter au refuge d’Urriellu, situé à près de 2000 mètres et au-dessus duquel se dresse verticalement sur plus de 500 mètres l’énorme tour du Najanjo de Bulnes. Malheureusement, nous n’en verrons rien ce jour-là, pas plus que du paysage, tant le brouillard est dense et la pluie tenace. Il faut dire que les intempéries sont fréquentes dans cette région exposée aux perturbations en provenance directe du Golfe de Gascogne. Ceci dit, nous avons été relativement épargnés, car nous n’aurons véritablement subi le mauvais temps que ce jour-là. Malgré ce brouillard, j’ai quand même eu la chance d’apercevoir un couple d’isards à quelques dizaines de mètres du refuge.

Ce refuge est sans doute le plus populaire des Picos de Europa, ce qui en fait l’un des plus fréquentés par les grimpeurs espagnols qui se mesurent aux six-cents mètres de parois du Naranjo de Bulnes (ou Picu Urriellu en asturien), lesquelles avec offrent un grand nombre de voies d’escalade (première ascension en 1904). Nous avons pu le vérifier ce soir-là, car que de monde… et de bruit ! Le silence est requis à partir de… 23 heures, peut-on lire sur une affiche à l’entrée ! Heureusement que la finale Espagne/Italie de la coupe d’Europe était programmée pour le lendemain soir !

1
juil

La nuit a permis au ciel de se nettoyer et au Naranjo de se dévoiler enfin, surgissant au-dessus du refuge. Mais ce ne fut qu’un éphémère spectacle, les nuages refaisant rapidement leur apparition sur les sommets, ce qui nous obligea à modifier notre itinéraire, car dans ce massif calcaire crevassé par des lapiés, on peut par temps de brouillard se perdre facilement.

Sommet emblématique des Pics d’Europe , le Picu Urriellu ou Naranjo de Bulnes, se dévoile enfin!

- 2 519 m d’altitude

- 600 m de parois verticales

- Première ascension en 1904

- Haut lieu de l’escalade en Espagne

Nous redescendons par le même sentier, ce qui nous permet de voir enfin le paysage, en particulier une belle hêtraie. Puis par un sentier mal commode et glissant après la pluie, nous gagnons le petit village touristique de Bulnes, blotti au fond d’une vallée encaissée et longtemps isolé, ce qui lui a permis de conserver son authenticité, mais pour combien de temps ? Depuis une dizaine d’années, il est désormais relié par un funiculaire souterrain qui achemine les touristes venus admirer le fameux Naranjo de Bulnes.



Bulnes 


2
juil

La seconde partie de notre randonnée fut bouleversée par un aléa : une affiche à l’entrée de notre sentier nous avertit que celui-ci est coupé sept kilomètres plus loin, suite à un éboulement quelques semaines auparavant. Il n’est sensé rouvrir que le surlendemain. Or c’est la seule voie possible pour rejoindre l’étape suivante, puisque l’on doit suivre une gorge sur douze kilomètres (Garganta del Cares). Nous improvisons une alternative : nous prendrons un taxi le lendemain pour contourner le massif, soit 1H45 de route au lieu d’1h30 à pied par les gorges ! Nous ferons donc en aller-retour les sept kilomètres autorisés dans les gorges. La fréquentation touristique étant très réduite, nous avons pu facilement trouver des chambres dans un hôtel voisin. Mais cet aléa est largement compensé par un grand beau temps et il fait même très chaud.

Bien que moins longues, ces gorges n’ont rien à envier au canyon du Verdon. Le sentier, taillé dans le roc, procure des vues grandioses et vertigineuses et suit un canal. Cet ouvrage d’art, construit au début du siècle dernier est magnifiquement intégré dans le site, parfois creusé en tunnel dans le roc, parfois canalisé par de superbes murs de pierres. Des arbres s’accrochent aux parois de la gorge et à la vie, en s’enracinant on se demande comment.






3
juil
Un "horreo" 

Posada de Valdeón, notre dernière étape avant le retour le lendemain, est un paisible village du Léon qui s’étale dans l’ample vallée du Cares, en amont des gorges. Son architecture rurale est caractéristique avec ses nombreux greniers en bois sur piliers de pierre, les « horreos » qui s’apparentent aux raccards ou aux mazots du Valais et de Savoie.

Posada de Valdéon 


Balade le long du rio Cares aux alentours de  Posada de Valdéon  


4
juil

De Posada der Valdéon, nous prendrons le Senda del Mercadillo ou « chemin du marché », emprunté autrefois par les habitants du Valdeón, qui permettra de rejoindre la Cantabrie et notre point de départ. Mais rapidement le plafond nuageux s’abaisse et le brouillard envahit l’espace, si bien que nous devons écourter cette ultime étape pour redescendre directement dans la vallée et reprendre la route plus tôt que prévu.


Au total nous aurons parcouru quelque 80 kilomètres pour un dénivelé d’environ 3500 mètres. Tout au long de ce parcours, que de fleurs ! Je cite en vrac pour les connaisseurs: le Rosier des Alpes; le Géranium des Pyrénées ; l’œillet de Montpellier ; l’Hélianthème nummulaire ; le Chardon bleu ; la Germandrée des Pyrénées ; la Callune vulgaire ; l’Ancolie des Pyrénées ; des Genêts en grand nombre et bien d’autres encore… En revanche nous n’avons rencontré ni le Tétra Lyre, ni le Loup, ni l’Ours (c’est sans doute mieux ainsi !) qui sont les hôtes de ces lieux.




A propos des toponymes locaux :

- Peña Vieja = vieille roche

- Naranjo = oranger (???)

- Garganta = gorges

- Posada = auberge

- Vega = zone de culture irriguée