Carnet de voyage

L'ascension du Mont Kenya

6 étapes
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Un magnifique trekking sur le point culminant du Kenya et second sommet d'Afrique après de Kilimandjaro, une montagne peut-être plus belle que le célèbre "Kili".
Février 2014
5 jours
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Il y a quelques années, au cours d'un séjour familial à Nairobi, j'ai effectué l'ascension du Mont Kenya, le point culminant du Kenya et le second sommet d'Afrique après le Kilimandjaro. On dit que cette montagne est plus belle que le Kilimandjaro. Je n'ai jamais gravi ce dernier, mais je veux bien le croire tant les paysages sont variés et très alpins . En réalité je ne suis grimpé, comme la plupart des trekkeurs, que jusqu'à la pointe Lenana, le troisième sommet du massif à 4 985 m d'altitude, les plus hautes cimes étant réservées aux grimpeurs très expérimentés : la pointe Batian (5 199 m) et la pointe Nelion (5 188 m).

Le mois de février se situant à la fin de la saison sèche, cette période s'est avérée favorable pour ce trek, bien qu'il ait eu de légères pluies dans l'après-midi. Quant à la fréquentation elle a été modérée et les refuges étaient loin d'être complets, notamment Mackinders Camp où nous n'étions de sept !

J'ai fait appel à une agence de trekking basée à Nairobi. Le directeur de l'agence est venu me chercher en personne à domicile en voiture privée (j'étais en visite chez mon fils résident à Nairobi) à l'heure convenue avec le guide (David) . Donc pas de matatu ni de rendez-vous au centre-ville, ce que j'ai fortement apprécié !

J'avais initialement envisagé un trek de six jours en traversée par la voie Sirimon à la montée et Chogoria (en rouge sur la carte ci-dessous) au retour, avec étape à Mintos Hut, à mi-chemin entre la pointe Lenana et Meru Mt Kenya Bandas, pour éviter la très longue et pénible bavante d'une journée (20 km). Mais cela impliquait de camper, une perspective qui ne m’enthousiasmait pas trop en cas de pluie. J'ai donc pris la voie Sirimon à la montée (en bleu) et la voie Naro Moru à la descente (en jaune). Cette dernière n'est pas réputée la plus belle, mais je dois dire que la descente de la pointe Lenana vers Austrian Hut, puis Mackinders Camp constitue une magnifique randonnée alpine. En tout cas il est préférable d'emprunter cette voie à la descente qu'à la montée, car elle est plus raide que le voie Sirimon.


Carte de itinéraires. Old Moses est mal situé sur cette carte et se trouve à la place de Sirimon Bandas (source Wikipedia).
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Départ à 7h30 de Nairobi; arrivée à Nanyuki vers 11 heures. Je rencontre le reste de l'équipe qui m'accompagne: Michael, le porteur et Samuel, le cook. Le temps de faire quelques courses (prévoir d'acheter de l'eau à Nanyuki pour le premier jour, le reste du temps, on utilise de l'eau bouillie), puis transfert en voiture privée vers la porte Sirimon du Parc national du Mont Kenya à 2650 m. d'altitude. Formalités administratives, règlement des droits d'entrée, pique-nique, puis début du trek à 14h.

Après trois heures de marche à travers la forêt sur neuf km, le paysage s'ouvre sur une lande d'altitude et nous arrivons à Oldmoses (3 300 m).

La forêt de podocarpus 
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Une longue, mais magnifique randonnée de huit heures de marche (14 km, 1050 m de dénivelés cumulés, car il y a des descentes et des remontées). Paysages magnifiques et apparition progressive de la végétation caractéristique et endémique de l'étage afro-alpin, marqué par le gigantisme, une forme d'adaptation aux rigueurs climatiques : Séneçon géant, Lobélie, Glaïeul, Immortelle, Chardon du Kenya, mousses de toutes nuances, etc. Pour moi, c’est cette végétation étonnante qui fait l’attrait de ce trek : ce jardin alpin est un régal !

Chardon du Kenya (Carduus kiennensis) 
Lobelia dekenii  
Séneçons géants (Senecio johnstonii) 
Lobélie géante (Lobelia telekii) 
Immortelles  
Glaïeul  (Gladiolus watsonioides) 
Un joli jardin afro-alpin. 

Quand nous arrivons au refuge, le temps se dégrade. Les sommets commencent à se voiler. Ce refuge est plutôt glauque, sale et bruyant. Les matelas qui ont dû connaître la période coloniale n'ont plus de forme !

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Mauvaise nuit. Les trekkeurs qui se lèvent à deux heures du matin pour entreprendre l'ascension du sommet ne se gênent pas pour faire le plus de bruit possible, sans se préoccuper de ceux qui essayent de dormir ! En revanche c'est le retour du grand beau et le site est sublime et remarquable, au pied des tours géantes en partie enneigées du Batian et du Nelion.


David m'a emmené, accompagné de deux randonneurs canadiens et de leur guide, sur une partie du « Peak Circuit », vers le col d'Hausberg (4 591 m), soit un dénivelé de près de 400 m. Puis redescente vers le refuge par le petit étang de Kami Tarn, un véritable jardin naturel. Certains ne jugent pas utile de faire cette journée d'acclimatation. Pour moi elle fut absolument nécessaire, le principe étant de monter de quelques centaines de mètres (500 m idéalement) puis de descendre d'autant pour passer la nuit. Certains qui n'ont pas fait cette étape, ou ont voulu monter trop vite,ont beaucoup souffert pour atteindre le sommet, d'autres ont dû abandonner.

Un beau jardin d'altitude. 
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Contrairement à la plupart des randonneurs qui partent à trois heures du matin, j'ai différé le départ de deux heures, afin de mieux profiter des paysages au lever du jour. Je n'ai donc eu qu'une heure à faire à la frontale. Et je ne l'ai pas regretté, car c'était très beau avec une ambiance diaphane au moment du lever du soleil.



J'ai mis quatre heures pour atteindre le sommet, sans forcer et très régulièrement. A la fin il faut utiliser les mains pour grimper parmi les rochers, ce qui rend la progression épuisante à cette altitude. J'ai croisé un gamin d'une dizaine d'années qui, souffrant du MAM, était mal en point qui et que l'on faisait redescendre. C'est de l'inconscience que d'amener des enfants à une telle altitude.


Il y a quelques équipements (pas toujours bien conçus) nommés bien abusivement « la plus haute via ferrata du monde » !! Au sommet de la Pointe Lenana, il manque quinze mères pour atteindre les 5 000 mètres. Qu'à cela ne tienne la vue à 360° sur sur les pitons volcaniques est époustouflante.


La descente s'est effectuée le long du très modeste vestige glaciaire du Mont Kenya, le glacier Lewis, par une arête rocheuse, dominant le vide. Paysages de fin du monde. Mais bien vite les nuages commencent à recouvrir les reliefs. Nous atteignons avec David le Mackinders Camp pour l'heure du déjeuner, tandis que Michael, le porteur et Samuel, le cook étaient déjà sur place, étant passés par le Peak Circuit.


Les necks volcaniques et le glacier moribond.  
Austrian Hut 

Le camp est plutôt sommaire avec des toilettes rudimentaires extérieures et un seul point d'eau à l'extérieur également. En revanche il est propre, les matelas sont neufs et c'est très calme. Cependant j'ai pu observer que les eaux usées allaient dans la nature (dans un parc national !) et que les abords servaient de dépotoir. Des damans du Cap peu farouches colonisent les lieux.

Dénivelés: + 785 m ; -685 m.

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Trois heures pour rejoindre la zone forestière à Met Station, puis un ranger nous a pris en charge dans son véhicule tout-terrain pour faire les six derniers kilomètres jusqu'à la porte de Naro Moru, d'où la voiture privée affrétée par Sammy nous a conduits à domicile avec David et une autre randonneuse à Nairobi où nous sommes arrivés vers 15 heures.

Derniers coup d’œil sur les sommets du Mont Kenya 
Ici la végétation recolonise les lieux  après un incendie 
Retour en forêt.  

Ce fut un magnifique trekking et je remercie Sammy pour l'organisation, ainsi que mes compagnons de route David, Michael et Samuel qui furent toujours prévenants et aux petits soins.

David et Samuel mes sympathiques compagnons de trekking. 

Bon à savoir: une particularité géographique du Mont Kenya.

Le Mont Kenya se trouve exactement au niveau de l'équateur; or dans la zone équatoriale, la pression atmosphérique baisse moins avec l'altitude que dans les latitudes tempérées. C'est lié à un bombement de la troposphère aux basses latitudes dû à la convergence intertropicale des alizés. Donc les effets de l'altitude ne se feront ressentir qu'au-dessus de 4 000 m (soit 500 m plus haut que dans les Alpes par ex.), d'où la nécessaire acclimatation à cette altitude. J'avais pu vérifier cela sur mon altimètre qui me montrait des altitudes plus basses (donc une pression plus haute) qu'en réalité.